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Référendum Russie: «Poutine est bousculé par la crise « 

Référendum Russie: «Poutine est bousculé par la crise « 

Arnaud Dubien, directeur de l’Observatoire franco-russe estime en quoi la crise bouleverse le calendrier qu’avait imaginé Poutine pour le référendum qui devrait l’autoriser à prolonger son mandat. Interview le Figaro

- Que vise Vladimir Poutine avec ce référendum?

ARNAUD DUBIEN. - Le président russe a, me semble-t-il, un triple objectif. D’une part, perpétuer le poutinisme en gravant dans le marbre ses principes fondateurs. D’autre part, résoudre le «problème 2024», terme de son quatrième mandat et date, pensait-on, de son départ du Kremlin. Enfin, relégitimer le pouvoir, alors que certains signes d’usure sont visibles, après vingt ans à la tête de la Russie. Les amendements à la Constitution de 1993 peuvent être classés en trois catégories: sociaux (par exemple l’indexation annuelle des retraites), «sociéto-historico-civilisationnels» (obligation pour l’État de défendre la «vérité historique», etc.) et institutionnels. La «remise à zéro» des mandats présidentiels,

bref une opération politicienne pour redonner une légitimité institutionnelle et politique qui a été acculée par les résultats économiques de la Russie est récemment par une crise sanitaire mal maîtrisée. Chez Poutine comme chez d’autres la mode est actuellement au bricolage institutionnel pour s’asseoir sur les principes démocratiques qui limitent les mandats. De ce point de vue la Chine aura précédé Poutine mais d’autres s’engagent sur ce chemin dangereux de forme dictatoriale

La science face à la complexité du vivant

La science est balbutiante face à la complexité du vivant

La philosophe, Isabelle Stengers ,  considère, dans un entretien au « Monde », que la crise sanitaire a révélé l’incapacité du pouvoir politique et des « experts » à sortir de l’idéalisme de la croissance et à penser la réalité qui nous attend.

Isabelle Stengers est professeure de philosophie des sciences, retraitée de l’Université libre de Bruxelles. Après avoir longtemps étudié la construction des discours et des concepts scientifiques et les relations entre sciences et pouvoirs (L’Invention des sciences modernes, La Découverte, 1993), elle analyse les risques que l’idéal scientifico-capitaliste fait courir au vivant (Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2008) et s’engage dans un combat intellectuel pour une refondation des rapports sociaux et biologiques (Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle, La Découverte, 208 pages, 18 euros) à partir de la pensée du mathématicien britannique Alfred North Whitehead (1861-1947).

Que nous montre le coup d’arrêt provoqué par le virus sur la fragilité du système global de croissance ?

Le premier trait de l’événement pandémique est le rapport étonnant qu’il établit entre le local et le global. Bien qu’il ait partie liée avec les désordres écologiques que provoque l’exploitation tous azimuts du vivant et de son milieu, cet événement a pour point de départ une affaire hyper-locale : un être, qui n’existe que pour cette éventualité rare, rencontre un hôte accueillant, avec lequel, grâce auquel, il pourra participer à l’aventure de la vie.

Une telle rencontre est parfaitement contingente, même si les virus ne cessent de muter, c’est-à-dire d’en augmenter la probabilité. Mais elle a ouvert à celui-ci un destin étonnant, bien différent de celui de ses cousins, qui participent de manière plus ou moins pacifique à la vie de chauve-souris ou de pangolins. Ce qui, pour le virus, est l’accomplissement de sa vocation première et dernière, a réussi à susciter ce qu’a été incapable de provoquer une menace qui, elle, est globale et prévisible : celle du désastre climatique dont les signes avant-coureurs se multiplient aujourd’hui. Certes, des catastrophes se succèdent désormais, imposant le fait qu’il y a « comme un problème », mais il semble entendu que celui-ci devra se résoudre dans le respect de l’impératif de croissance. Quoi que ce soit d’autre est inconcevable. La réussite virale a pourtant provoqué l’inconcevable.

Il y a un contraste assez sidérant entre le désordre climatique, explicable, implacable et indifférent à ses conséquences, et le virus, prince de l’opportunisme, qui n’existe que grâce aux conséquences qu’il provoque, mais sans les expliquer. Car le virus n’explique pas les effets de la rencontre, et encore moins l’« arrêt » sinon du monde, en tout cas de tout ce que ce monde fait circuler. C’est bien plutôt ce monde qui s’est bloqué à son épreuve. Panique générale, sauf en Afrique, où les épidémies, on connaît.

 

« Un expert sans conflit d’intérêt est un expert sans intérêt. »

« Un expert sans conflit d’intérêt est un expert sans intérêt. »

Dans un livre de 2014 ,pour expliquer les difficultés de recrutement, Bernard Dalbergue expliquait déjà la mainmise de nombre d’industrie pharmaceutique sur les  » experts »

 

.la majorité des pontes préfèrent désormais l’argent des labos aux honneurs. »

En 2011, Bernard Dalbergue ne tombe sans doute pas de sa chaise en découvrant le pot au rose, puisqu’il connaît de longue date ces experts et les usages du secteur. Mais le Victrelis est pour lui la couleuvre de trop à avaler, le symbole d’une industrie décidément bien malade.

« Habitude a été prise d’enfumer les autorités de santé. Mais le lancement de notre nouveau médicament frôle la démesure, écrit Bernard Dalbergue. Durant toute ma carrière, jamais je n’avais été le témoin de telles liaisons dangereuses entre des toubibs et une entreprise privée. »

Si elles sont avérées, ces infractions pourraient coûter cher au laboratoire, y compris dans son pays d’origine, où les législateurs ne plaisantent pas avec les conflits d’intérêt. Le puissant Foreign Corrupt Practices Act (FCPA) leur permet de sanctionner, souvent lourdement, des entreprises américaines suspectées de corruption, quel que soit le pays où les faits ont eu lieu.

250 RÉCLAMATIONS DISSIMULÉES

Ironie du sort : au moment même où la direction française de Merck s’empêtre dans ses contradictions, la maison mère du laboratoire déploie dans le monde entier un logiciel supposé l’alerter sur le moindre conflit d’intérêt potentiel.

Deux autres « affaires » relatées dans l’ouvrage posent une question plus grave : certains laboratoires sont-ils prêts à sacrifier certains patients sur l’autel du business ? Pour Bernard Dalbergue cela ne fait aucun doute. La preuve ? Ce stylo injecteur lancé par Merck pour administrer un traitement contre l’hépatite C.Commercialisé en 2002, il n’a été retiré du marché qu’en 2013 alors que le laboratoire a été alerté dès son lancement de ses dysfonctionnements.

Entre-temps, dix ans de « com » bien orchestrée préservent bon an mal an les ventes de son blockbuster avec un argument imparable : ce n’est pas le stylo qui pose problème mais les patients qui ne savent pas s’en servir. Quoi qu’il en soit, sans le savoir, une partie d’entre eux n’a régulièrement pas reçu le dosage adéquat du médicament.

Avec quelles conséquences ? « Difficile de le dire, puisque les incidents étaient très peu reportés », regrette Bernard Dalbergue qui, avec le recul, se demande comment il a pu cautionner et couvrir cela pendant dix ans.

Il cite un chiffre inquiétant : Merck, dit-il, a admis lors d’une réunion à l’agence du médicament avoir dissimulé 250 réclamations. Selon lui, la pharmacovigilance est « une vraie passoire » : ni les médecins, ni les laboratoires ne signalent correctement les problèmes qu’ils constatent. « Seuls 1% des cas apparaissent dans le radar, donc quand on voit apparaître un ou deux morts, il est vraiment temps de s’inquiéter. »

« REGARDER DANS LA BASE DE DONNÉES DE L’ASSURANCE MALADIE »

L’enquête complémentaire menée par Anne-Laure Barret, revient de son côté sur l’affaire du Vioxx, un anti-inflammatoire lancé par Merck au tournant des années 2000 et brusquement retiré du marché en 2004. Pourtant soupçonné d’avoir causé 20 000 à 40 000 morts prématurées aux Etats-Unis, il n’a curieusement pas fait l’objet d’investigations poussées de ce côté de l’Atlantique, constate la journaliste.

Pis, son successeur, un anti-inflammatoire de la même famille, a obtenu une AMM en 2008 malgré de sérieux doutes sur son efficacité et des données très préoccupantes quant à ses effets secondaires. « Ce traitement, prescrit à 50 0000 personnes en 2011 est-il, comme son cousin, un produit dangereux ? », interroge la journaliste.

Elle rassemble en tout cas des éléments troublants : le rapport d’un épidémiologiste américain soulignant les biais des essais cliniques, le rapport mitigé de la Haute Autorité de Santé, l’instance qui note les médicaments, ou encore la volte-face de l’Agence du médicament qui rédige des conclusions pour le moins contradictoires avance de donner son feu vert.

« Pour savoir si ce médicament tue, il suffirait aux autorités d’aller regarder dans la gigantesque base de données de l’Assurance maladie. On y trouve toutes les prescriptions. En les analysant et en les recoupant avec d’autres sources, sur les décès ou les hospitalisations, on pourrait facilement repérer les effets secondaires des médicaments en vie réelle », souligne Bernard Dalbergue.

Ces informations ont été exhumées dans l’affaire Mediator, mais depuis, aucun suivi systématique n’a été mis en place. « Personne n’y a intérêt, c’est explosif », juge-t-il.

Au-delà de ces affaires emblématiques, qui finiront peut-être un jour sur le bureau d’un juge, le médecin met aussi en lumière des pratiques qui, sans être illégales, interpellent. C’est le cas des techniques de marketing employées par les laboratoires, parfois à la limite de la manipulation.

Bernard Dalbergue les connaît par cœur, pour avoir lui-même participé à ces séminaires de formation intensifs organisés dans des hôtels luxueux aux quatre coins du monde. Il raconte l’« embrigadement quasiment sectaire » des visiteurs médicaux chargés de « vendre » les médicaments dans les cabinets et les hôpitaux.

Une armée dont le discours parfaitement formaté conquiert d’autant plus facilement qu’il est difficile, voire impossible, pour les médecins de relativiser ou interroger les informations qui leur sont communiquées. « Les études cliniques – quand elles sont publiées – sont bien trop complexes à décrypter, avec des biais savamment dissimulés. Même les experts s’y perdent ! Dans ce domaine, nous sommes aux mains des laboratoires », estime Bernard Dalbergue.

Une dépendance savamment orchestrée, dont il livre les secrets. Comment obtenir ses entrées à l’hôpital, quels arguments employer pour inciter un médecin à prescrire le médicament maison même s’il est notoirement moins bon que celui du concurrent, que lui faire miroiter comme contrepartie s’il accepte de cautionner un essai…? Voilà toutes les ficelles maîtrisées par un bon visiteur médical. On est très loin de la science et du progrès.

La science est balbutiante face à la complexité du vivant

La science est balbutiante face à la complexité du vivant

La philosophe, Isabelle Stengers ,  considère, dans un entretien au « Monde », que la crise sanitaire a révélé l’incapacité du pouvoir politique et des « experts » à sortir de l’idéalisme de la croissance et à penser la réalité qui nous attend.

Isabelle Stengers est professeure de philosophie des sciences, retraitée de l’Université libre de Bruxelles. Après avoir longtemps étudié la construction des discours et des concepts scientifiques et les relations entre sciences et pouvoirs (L’Invention des sciences modernes, La Découverte, 1993), elle analyse les risques que l’idéal scientifico-capitaliste fait courir au vivant (Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, La Découverte, 2008) et s’engage dans un combat intellectuel pour une refondation des rapports sociaux et biologiques (Réactiver le sens commun. Lecture de Whitehead en temps de débâcle, La Découverte, 208 pages, 18 euros) à partir de la pensée du mathématicien britannique Alfred North Whitehead (1861-1947).

Que nous montre le coup d’arrêt provoqué par le virus sur la fragilité du système global de croissance ?

Le premier trait de l’événement pandémique est le rapport étonnant qu’il établit entre le local et le global. Bien qu’il ait partie liée avec les désordres écologiques que provoque l’exploitation tous azimuts du vivant et de son milieu, cet événement a pour point de départ une affaire hyper-locale : un être, qui n’existe que pour cette éventualité rare, rencontre un hôte accueillant, avec lequel, grâce auquel, il pourra participer à l’aventure de la vie.

Une telle rencontre est parfaitement contingente, même si les virus ne cessent de muter, c’est-à-dire d’en augmenter la probabilité. Mais elle a ouvert à celui-ci un destin étonnant, bien différent de celui de ses cousins, qui participent de manière plus ou moins pacifique à la vie de chauve-souris ou de pangolins. Ce qui, pour le virus, est l’accomplissement de sa vocation première et dernière, a réussi à susciter ce qu’a été incapable de provoquer une menace qui, elle, est globale et prévisible : celle du désastre climatique dont les signes avant-coureurs se multiplient aujourd’hui. Certes, des catastrophes se succèdent désormais, imposant le fait qu’il y a « comme un problème », mais il semble entendu que celui-ci devra se résoudre dans le respect de l’impératif de croissance. Quoi que ce soit d’autre est inconcevable. La réussite virale a pourtant provoqué l’inconcevable.

Il y a un contraste assez sidérant entre le désordre climatique, explicable, implacable et indifférent à ses conséquences, et le virus, prince de l’opportunisme, qui n’existe que grâce aux conséquences qu’il provoque, mais sans les expliquer. Car le virus n’explique pas les effets de la rencontre, et encore moins l’« arrêt » sinon du monde, en tout cas de tout ce que ce monde fait circuler. C’est bien plutôt ce monde qui s’est bloqué à son épreuve. Panique générale, sauf en Afrique, où les épidémies, on connaît.

 

Véran,  » l’épidémie est derrière nous »!

Véran,  » l’épidémie est derrière nous »!

  • Champion du truisme et sans doute de la courtisanerie, Olivier Véran,  le ministre de la santé, davantage politique que médecin, reprend à son compte l’autosatisfaction de Macron vis-à-vis de la gestion de la crise sanitaire. Dans ce domaine, c’est même un des meilleurs élèves. Mais il le dit avec une telle autorité qu’il donne une crédibilité supplémentaire à des propos très banaux mais par ailleurs fort discutables. En effet rien ne dit que l’épidémie soit derrière nous. Certes dans les pays développés grâce sans doute notamment à des systèmes sanitaires plus élaborés la population a pu éviter le pire mais la propagation du virus continue notamment dans les pays pauvres ou mal équipés. Même à Pékin certains quartiers ont été déconfiner. Preuve peut-être que le virus n’a pas fini de se propager voir même qu’il mute peut-être. Véran,  pour espérer une promotion bien méritée par ses nombreuses apparitions médiatiques plus ou moins contradictoires d’enfoncer le clou en affirmant aussitôt que la lutte contre le Coronavirus n’est encore pas victorieuse. Ou l’art de dire tout et le contraire. Bref le fameux en même temps de Macron qui sera apprécié;

 

Le ministre de la Santé a rappelé l’importance de respecter les gestes barrières pour ne pas favoriser la circulation du virus.

En France, « le gros de l’épidémie (de Covid-19) est derrière nous », a déclaré ce lundi le ministre de la Santé Olivier Véran, sur LCI, tout en soulignant que la lutte contre le coronavirus n’est pas terminée

« Le virus n’a pas terminé sa circulation dans le territoire » et cela « ne veut pas dire que nous nous arrêtons face au virus », a expliqué Olivier Véran, en rappelant que des mesures barrière et autres restrictions restaient en vigueur. Une manière aussi de se préparer à tirer le parapluie pour le cas où le vent sanitaire changerait.

 

 

La situation économique est rassurante (MINC)!

La situation économique est rassurante (MINC)!

Paradoxalement la situation plus rassurante qu’en 2008″, assure Alain Minc. Invité de la matinale d’Europe 1 vendredi, l’essayiste et économiste est revenu sur la crise économique qui a suivi la crise sanitaire du coronavirus. Celui qui s’est fait une spécialité de tout dire et le contraire affirme qu’il est « très important » de comparer cette crise avec ce que le monde a vécu en 2008. Il y a douze ans, affirme Alain Minc, « tout pouvait s’arrêter définitivement ». Alors qu’aujourd’hui, « la mondialisation numérique s’est accentuée, la mondialisation financière continue allègrement avec des niveaux de bourses ahurissants« . 

« En 2008, le système capitaliste pouvait mourir », rappelle Alain Minc. Mais aujourd’hui, « la question ne se pose pas : le système capitaliste ne mourra pas », tranche-t-il au micro d’Europe 1. « En revanche, c’est comme quelqu’un qui a une entaille et il faut combler cette entaille », prévient l’économiste. Selon lui, cette tâche prendra « des années ».

 

« Néanmoins, les dégâts sont là« , reconnaît Alain Minc. Mais la méthode employée par les décideurs au niveau international fait que la crise que nous vivons n’est pas comparable avec celle de 1929, selon l’essayiste. « Il faut se dire que les gouvernements et les banques centrales ont fait un travail extraordinaire », dit-il à notre micro. « Si en 1930 les gouvernements et les banques centrales avaient fait ce qui a été fait là, peut-être aurions-nous évité l’engrenage fatal qui a conduit a Hitler », affirme Alain Minc. » L’action d’une banque centrale le meilleur moyen de lutter contre Hitler  ou l’histoire revisitée par les conseillers des princes… du moment !

La situation économique est rassurante (MINC)

La situation économique est rassurante (MINC)

Paradoxalement la situation plus rassurante qu’en 2008″, assure Alain Minc. Invité de la matinale d’Europe 1 vendredi, l’essayiste et économiste est revenu sur la crise économique qui a suivi la crise sanitaire du coronavirus. Celui qui s’est fait une spécialité de tout dire et le contraire affirme qu’il est « très important » de comparer cette crise avec ce que le monde a vécu en 2008. Il y a douze ans, affirme Alain Minc, « tout pouvait s’arrêter définitivement ». Alors qu’aujourd’hui, « la mondialisation numérique s’est accentuée, la mondialisation financière continue allègrement avec des niveaux de bourses ahurissants« . 

« En 2008, le système capitaliste pouvait mourir », rappelle Alain Minc. Mais aujourd’hui, « la question ne se pose pas : le système capitaliste ne mourra pas », tranche-t-il au micro d’Europe 1. « En revanche, c’est comme quelqu’un qui a une entaille et il faut combler cette entaille », prévient l’économiste. Selon lui, cette tâche prendra « des années ».

 

« Néanmoins, les dégâts sont là« , reconnaît Alain Minc. Mais la méthode employée par les décideurs au niveau international fait que la crise que nous vivons n’est pas comparable avec celle de 1929, selon l’essayiste. « Il faut se dire que les gouvernements et les banques centrales ont fait un travail extraordinaire », dit-il à notre micro. « Si en 1930 les gouvernements et les banques centrales avaient fait ce qui a été fait là, peut-être aurions-nous évité l’engrenage fatal qui a conduit a Hitler », affirme Alain Minc. » L’action d’une banque centrale le meilleur moyen de lutter contre Hitler »ou l’histoire revisitée par les conseillers des princes !

 

Chloroquine: Surgisphere est une entreprise bidon

Chloroquine: Surgisphere est une entreprise bidon

Personne ne connaît Surgisphere? C’est logique c’est une entreprise bidon de quatre ou cinq employés non scientifiques qui ont bidouillé des données pour faciliter la condamnation du chloroquine dans la revue normalement prestigieuse de the Lancet . Plusieurs chercheurs ont d’ailleurs dénoncé l’utilisation faite de leurs données. L’entreprise était totalement inconnue du grand public et des spécialistes il y a encore quelques semaines. Mais tout a basculé avec la publication le 22 mai dans la prestigieuse revue The Lancet d’une étude se basant sur les données que Surgisphere dit avoir collectées dans des centaines d’hôpitaux dans le monde, sur des dizaines de milliers de malades. Les résultats ont eu un retentissement planétaire: non seulement l’hydroxychloroquine

 

Fête de la musique: est-elle vraiment une priorité ?

Fête de la musique:  est -elle vraiment une priorité ?

 On sait que pour apaiser la colère des Romains, la solution était de leur proposer du pain et des jeux. En France, on semble reprendre la recette magique. Pour le pain ,il y aura quelques primes pour les plus pauvres, les fonctionnaires aussi pour le personnel soignant. Ces primes ne permettent pas cependant un relèvement pérenne du pouvoir d’achat et les infirmières françaises continueront d’être rémunérées moitié moins que les infirmières allemandes.

La promesse se centre sur les jeux avec l’annonce de la tenue de la fête de la musique le 21 juin. Une fête indiscutablement innovante, populaire , l’initiative a même été reprise dans le monde entier. Alors qu’on s’interroge encore sur les conditions de reprise d’un tourisme qui est en train de mourir, l’annonce de la fête de la musique n’était sans doute pas vraiment prioritaire.

On aurait pu d’ailleurs attendre de vérifier l’hypothèse d’une seconde vague Coronavirus avant de prendre position. On aurait pu également reporter cette fête d’un mois ou deux. Il semble bien que dans ce gouvernement chaque ministère tente de se singulariser pour apporter sa pierre au grand vide politique et existentiel qui le caractérise. Pourquoi pas aussi annoncer dès maintenant la reprise de tous les championnats sportifs professionnels.

Ce serait aussi prématuré et incohérent que l’annonce de la fête de la musique ou évidemment les mesures de distanciation seront bien difficiles à observer. Heureusement certaines danses modernes permettent aux partenaires de s’éloigner (voir même d’ignorer totalement la manière dont chacun danse). Il y avait sans doute d’autres priorités y compris sauver des activités artistiques en grand péril  . Les déclarations du ministre sur le flou de l’opération paraissent vraiment désarmantes :

“On fêtera la musique le 21 juin, ça c’est sûr, parce que c’est dans l’identité de nos compatriotes”, a-t-il dit. “Il y aura un grand rendez-vous de musique”, a-t-il ajouté, soulignant que l’audiovisuel et le secteur de la musique étaient mobilisés autour de ce rendez-vous annuel créé il y a près de quarante ans.

“Alors jusqu’où on pourra l’organiser ‘en présence’, en physique, c’est ce qu’on est en train de regarder”, a poursuivi le ministre de la Culture.

“On essaie de préparer quelque chose qui puisse permettre y compris dehors, à l’extérieur, de pouvoir organiser des événements mais pour nous la limite, c’est de ne pas prendre le risque d’avoir des regroupements ou des brassages de population trop importants”, a-t-il ajouté.

Le plan de déconfinement lancé en début de semaine interdit les rassemblements en public de plus de dix personnes jusqu’au 2 juin. Les événements rassemblant plus de 5.000 personnes sont pour leur part interdits jusqu’en septembre.

Concernant les salles de cinéma, fermées depuis le 14 mars dernier à minuit comme les cafés, les restaurants et les commerces non essentiels, le ministre de la Culture a évoqué une réouverture au début de l’été, là encore dans le respect de nouvelles normes sanitaires en cours d’élaboration.

Coronavirus : on est loin des conditions d’unité nationale 1944

Coronavirus : on est loin des conditions d’unité nationale 1944 

L’historien, Laurent Douzou rappelle, dans une tribune au « Monde », les circonstances de la naissance du programme du Conseil national de la Résistance après la seconde guerre mondiale, texte auquel Emmanuel Macron a fait référence dans son discours du 13 avril.

Tribune. En juin 1944, le programme du Conseil national de la Résistance (CNR) fut publié sous le titre « Les jours heureux » dans une brochure de huit pages éditée et diffusée par le mouvement Libération-Sud. 200 000 exemplaires sortirent de l’imprimerie Lions et Azzaro de Toulon. Une édition numérotée de 100 exemplaires avec couverture cartonnée fut même réalisée sur un papier de qualité chez l’imprimeur Gaulier, à Paris. Ce titre a aussi contribué à conférer à ce programme une étonnante longévité mémorielle. Ainsi s’explique qu’il ait suffi que le président de la République promette, le 13 avril, qu’on « retrouverait les jours heureux » pour que les commentateurs saisissent l’allusion et s’interrogent sur le point de savoir si cette référence historique traduisait un changement de paradigme.

Pourtant, Emmanuel Macron s’est évertué à démentir par avance ce pronostic puisque le 13 juin 2018 à Montpellier, devant le congrès de la Mutualité française, le chef de l’Etat avait salué « cette solidarité visionnaire des membres du Conseil national de la Résistance qui ont inventé le système convenant parfaitement à un peuple meurtri et à une nation en reconstruction », mais avait aussitôt ajouté « ne pas avoir peur du changement, car la société a changé ». Et de renchérir : « Nous pourrions, nous aussi, après tant d’autres, céder à l’adoration des totems, mais je préférerai toujours la justice sociale effective aux incantations, et l’efficacité au fétichisme. » Grâce à une impeccable rhétorique, le programme du CNR était célébré et en même temps relégué aux oubliettes d’un passé révolu.

Le cap aurait-il donc changé sous l’effet de la crise que nous affrontons ? L’avenir le dira, mais la politique conduite depuis 2017, dans la droite ligne des quinquennats précédents, invite à la plus grande circonspection.

Pour l’heure, ce qui intrigue, c’est qu’au cœur de cette grave crise au cours de laquelle il sait sa parole scrutée, le président de la République ait choisi cette référence alors que rien ne l’y obligeait. Ce choix tient probablement à l’écho que ce programme, adopté à l’unanimité le 15 mars 1944 par toutes les composantes de la Résistance unifiée, a suscité et suscite encore. Ses signataires posaient là les bases de l’organisation économique et sociale du pays à mettre en œuvre après la Libération. Ce n’était pas rien.

Que penser de l’assertion, formulée en 2018, selon laquelle les nobles mais poussiéreux principes du programme du CNR seraient inadaptés au nouveau monde et nécessiteraient d’être remplacés par des principes plus neufs ? Cette antienne n’est pas l’apanage de M. Macron ; elle revient de façon entêtante chez les partisans des comptes bien tenus et d’une économie libérée de la pesante tutelle d’un Etat dont on ne se méfierait jamais assez…

 

 

«Au secours, la gauche est de retour… les réacs aussi !»

 «Au secours, la gauche est de retour… les réacs  aussi !»

 

Un appel au secours d’un éditorialiste du Figaro qui écrit : au secours, la gauche morale est de retour. Certes certains points de vue exprimés quant à une transformation brutale du mode de production et de consommation peut paraître assez ésotérique. Ils expriment cependant la nécessité d’envisager des modifications plus respectueuses de l’environnement aussi plus égalitaire. Ceci étant ,  il est évident que la transition ne pourra être aussi soudaine que souhaitée pour des raisons liées à la complexité de la crise qui intègre des éléments environnementaux, économiques, sociaux et sociétaux qui interagissent entre eux. Par ailleurs,  la priorité dominante après la crise sanitaire sera la crise économique avec son cortège de défaillance et de chômage. Pas forcément le moment privilégié opéré immédiatement des mutations du système de production et de comportement des consommateurs. C’est l’emploi qui va devenir la priorité immédiate avec celle de la baisse générale des revenus. Les évolutions structurelles de l’organisation mondiale de la production et de la distribution devront s’inscrire dans le temps et être cohérente avec un projet sociétal cohérent. Cela passe par un travail d’expertise préalable et une forte association des acteurs concernés. Inversement on ne peut que regretter que certains militent en faveur d’un jour d’après qui ressemble au jour d’avant, bref qui milite pour que rien ne change pour surtout ne pas perturber les retours financiers que procure le mode de production, de commercialisation et de consommation actuelle. Bref la gauche morale et théorique et peut-être de retour mais les réacs aussi..

Le PIB est obsolète dans le contexte de la crise

Le PIB est obsolète dans le contexte de la crise

. Expert et consultant en Finance, Marc Verspyck  estime  dans la Tribune PIB n’est pas le bon indicateur pour mesurer la profondeur de la crise : avec des Etats qui mobilisent massivement leur « bilan », lèvent abondement de la dette, subventionnent le chômage partiel,… il nous faut suivre des indicateurs plus « physiques » et réfléchir à ceux qui nous aideraient à appréhender le « new after ». Reste à identifier ceux qui seraient plus pertinents.

 

« De nombreux chiffres circulent sur les effets de la crise sanitaire du Covid 19 en matière économique : on évoque 3% d’impact mensuel sur le PIB, on relativise en évoquant des effets de rattrapage possible, on discute des modifications de comportements qui altéreraient les équilibres (consommation et productions plus locales, télétravail,..) et on s’interroge sur les conséquences indirectes non paramétrées (commerce mondial, prix des matières premières).

Mais une difficulté de taille apparaît : comment appréhender dans les calculs macro-économiques des actions – justifiées – des Etats ? Comment mesurer un PIB « nettoyé » des subventions (chômage partiel, reports de paiement d’impôts) et non corrigé des effets positifs des prêts et garanties étatiques et para-étatiques ? On comprend bien que le PIB se dégraderait bien davantage sans ces mesures : non pas – 8% annuels, mais – 30% ?

Il serait effectivement possible d’évaluer, en parallèle du PIB, les encours de dettes publiques et parapubliques qui se créent – en les imputant uniquement aux mesures conjoncturelles de lutte contre la récession. Mais mesure-t-on réellement les encours de garanties et les mécanismes européens ? Comment intégrer le facteur temps, avec des dettes de maturités différentes ?

Aussi, pour prendre la mesure de la gravité de la crise et pour mieux accompagner sa sortie, des indicateurs plus « physiques » pourraient utilement identifiés et analysés. Et nous ne sommes pas à court de chiffres, grâce aux multiples instituts qui travaillent sur le sujet.

Des « familles » d’indicateurs sont envisageables. La première serait l’emploi (au-delà des chiffres classiques de d’offres d’emploi, de chômeurs et de chômeurs partiels couverts par le dispositif de Mars 2020, le risque porte sur un frein à de l’apprentissage et de l’alternance). La deuxième porterait sur la production (avec un focus spécifique sur les niveaux de consommation d’électricité et de pétrole).  Les investissements des entreprises et la consommation des ménages sont en général bien mesurés par l’INSEE. Enfin l’évolution de l’épargne (risque d’augmentation d’un sur-épargne de prudence au détriment de la consommation). Nul doute que nous aurons besoin de mesures de relance complémentaires ; elles auront besoin d’être ciblées, mesurables et réversibles : pour cela des indicateurs doivent être posés au préalable et nous sortir d’un logique englobante du PIB.

Pour autant, les enjeux vont au-delà des indicateurs traditionnels : « a new after », comme certains libellent nos lendemains incertains, préfigure que les comportements des acteurs économiques évolueront dans des directions inconnues, que des mutations engagées vont s’accélérer alors que des tendances peuvent s’inverser (relocalisations). Il sera donc intéressant de suivre le pourcentage de consommation locale, des indices de déplacement, le taux de télétravail, les décisions d’investissement/relocalisation, le nombre de consultations médicales, nombre de créations d’entreprise,… Chaque entreprise dans son secteur pourrait établir une liste et analyser son éco-système de manière anticipée. Les fédérations professionnelles pourraient prendre le leadership et aider les secteurs à prendre la mesure de ces changements.

Se pose enfin la question de la mesure de la dette. Dette publique, dette garantie, dette d’entreprise. Le bilan de la BPI sera une bonne lecture – mais la transparence et l’exigence d’un bon « pilotage économique » impose que nous disposions de l’encours des prêts garantis par l’Etat, à un rythme mensuel. »

Une vague sans précédent de licenciements 2,5 millions de licenciements est inévitable

Une vague sans précédent de licenciements 2,5 millions de licenciements est inévitable

le jour d’après ne sera peut-être pas conforme aux espérances de ceux qui espèrent un changement de mode de production et de consommation voire de société. En effet la crise sanitaire pourrait bien laisser place à une immense crise économique et sociale. Jusqu’à la fin de l’année 2019 le taux de chômage était de 8 %. Il pourrait monter du fait des difficultés de nombre d’entreprises notamment des PME à près de 20 % soit 2,5 millions de chômeurs supplémentaires. Une véritable catastrophe où la préoccupation sociale va dominer sans doute pour étouffer des réorientations du système productif plus qualitative. Le  souci premier sera de conserver son emploi ou d’en  retrouver un.  globalement on connaîtra  de toute manière une baisse générale du pouvoir d’achat.

Certains secteurs seront forcément touchés de manière prioritaire, tout ce qui touche au tourisme, à la restauration, à l’hôtellerie et à l’événementiel. Là la cascade de faillites sera immense. Cela d’autant plus qu’on est complètement incapable de savoir si cela peut repartir d’ici  la fin de l’année. Mais beaucoup d’autres secteurs vont également être impactés. En premier sans doute, l’industrie automobile déjà affectée par une crise structurelle, d’autres industries qui sont liées aussi subir de graves dégâts. Globalement du fait de la baisse moyenne du pouvoir d’achat la demande va très nettement se tasser.

Beaucoup  les investissements seront décalés ou retardés. Le secteur de la construction va souffrir car tendanciellement les prix vont s’inscrire à la baisse du fait du net ralentissement de la demande notamment de primo accédants. La crise va en effet rendre insolvables nombre de candidats. Malheureusement la problématique de relocalisation et de meilleure prise en compte de l’environnement risque de passer derrière le problème social. La tendance baissière de l’économie sera largement alimentée par la perte des confiance des acteurs économiques et les éventuelles incitations gouvernementales pour encourager la consommation ne suffiront pas à relancer la mécanique économique.  Cette crise là pour l’instant est notoirement sous-estimé en raison sans doute de l’actualité  encore très forte d’une crise sanitaire qui par ailleurs est encore loin d’être terminée.

«La stratégie sanitaire est incompréhensible» (Philippe Douste-Blazy)

 «La stratégie sanitaire est incompréhensible» (Philippe Douste-Blazy)

 

À juste titre l’ancien ministre trouve particulièrement incompréhensible la stratégie de déconfinement par exemple concernant la réouverture programmée des écoles qui risquent d’être une source de transmission du virus dans les familles. Philippe Douste-Blazy prône évidemment le port de masques aussi le développement de tests massifs en privilégiant les tests par famille. Notons aussi que Philippe Douste-Blazy avait soutenu le traitement du Professeur de Marseille avec la chloroquine.( interview)

. Qu’avez-vous retenu des annonces présidentielles?

Philippe DOUSTE-BLAZY. - Si j’ai apprécié le ton du président, humble et grave, je dois reconnaître ne pas comprendre la stratégie sanitaire. Je suis déçu: il ne peut y avoir de stratégie sanitaire sans stratégie de santé publique forte et affirmée. Si j’applaudis les prouesses des hôpitaux et des soignants qui ont montré que notre système de santé résiste avec brio, nous faisons fausse route en matière d’épidémiologie d’intervention. Une fois de plus, nous sommes excellents dans la médecine curative et individuelle mais faibles dans la médecine préventive et communautaire.

Profitons de ce confinement pour dépister les personnes y compris non symptomatiques

Pourquoi défendez-vous le dépistage massif par foyer plutôt que le dépistage par individus à symptômes, annoncé par le chef de l’État?

Parce que nous ne pouvons plus attendre. L’épidémie continue. Plus de 2000 cas par jour! Si le confinement ne sert qu’à diminuer le nombre de lits hospitaliers occupés, c’est très utile mais cela ne suffit pas.

Coronavirus : La création monétaire démesurée est dangereuse

Coronavirus : La création monétaire démesurée est dangereuse

 

Jean-Michel Naulot, Ancien membre du Collège de l’Autorité des marchés financiers/AMF explique dans le monde en termes techniques que le fait de faire tourner la planche à billets pourrait conduire certains pays à la ( mises en défaut) ou à l’écroulement de la monnaie européenne. Une évidence quand le volume de monnaie complètement est  disproportionné par rapport à la vieille richesse réelle. Une création monétaire abondante, fort agréable dans un premier temps pour les investisseurs, renvoie malheureusement à des expériences historiques douloureuses

L’ancien membre de l’Autorité des marchés financiers Jean-Michel Naulot s’inquiète dans une tribune au « Monde » du gonflement du bilan de la Banque centrale européenne que va engendrer ses rachats massifs des dettes souveraines et du risque de « défaut ordonné » qui guette certaines d’entre-elles.

Tribune.

Les difficultés rencontrées pour parvenir à un accord au sein de l’Eurogroupe sont une fois de plus révélatrices du défaut initial de la zone euro. L’absence de budget destiné à compenser les chocs asymétriques, les inégalités historiques et géographiques, les divergences inévitables de politiques économiques, font de la zone euro un système incomplet, bancal.

Depuis dix ans, les capitaux ne circulent plus. Les dirigeants eux-mêmes sont divisés sur la nature de l’Union monétaire. La menace est réellement existentielle. Cette menace est d’autant plus réelle que les inégalités entre pays de la zone monétaire n’ont cessé de se creuser, attisant les divisions. Depuis la création de l’euro, la production industrielle a progressé de 31 % en Allemagne, alors qu’elle a baissé de 2 % en France et de 16 % en Italie.

 

La balance courante allemande est devenue massivement excédentaire (6 % à 9 % du produit intérieur brut – PIB – depuis dix ans). La dette publique allemande représente 61 % du PIB contre 100 % en France, alors que les deux pays étaient à égalité en 2000 (60 % du PIB). Face à ce tableau assez sombre, tous les regards se sont tournés depuis plusieurs semaines vers la Banque centrale européenne (BCE), seul élément stable et fédéral de la zone monétaire. 

Christine Lagarde a déclaré que la BCE pourra désormais acheter des actifs « autant que nécessaire et aussi longtemps que nécessaire ». Cette monétisation de la dette publique, c’est-à-dire à la possibilité pour un Etat de se financer auprès de la Banque centrale, via le marché secondaire, autant que de besoin et de fait gratuitement, est une petite révolution pour la BCE.

Les marges de manœuvre, pour le moment importantes, pourraient cependant vite devenir plus étroites. Pour mettre en place cette monétisation, la BCE a en effet renoncé aux règles dites de proportionnalité (respect de limites par pays). Or, en 2018, la Cour de Justice du Luxembourg avait conditionné sa décision favorable sur le rachat des dettes publiques à l’existence de ces règles. De nouvelles actions judiciaires ne sont donc pas à exclure.

 

Si elle veut conserver des marges de manœuvre, la BCE doit surtout veiller à la taille et à la qualité de son bilan. Sa crédibilité en dépend. On a tendance à oublier que, de la fin de la seconde guerre mondiale à la crise de 2008, le bilan de la Réserve fédérale américaine (Fed) a constamment représenté autour de 5 % du PIB. D’ici la fin de l’année, il devrait passer de 20 % du PIB fin 2019 à près de 40 %.

 

 

«Le bac est mort : tant mieux ! »

 «Le bac est mort : tant mieux ! »

Le bac est mort  et c’est heureux, se réjouit Jean-Robert Pitte, ancien président de l’université Paris-Sorbonne dans le Figaro :

« À quelque chose, malheur est toujours bon: c’est l’un des fondements de notre culture chrétienne dont le Felix culpa de l’Exultet de Pâques devrait bien nous inspirer en ce moment. Espérons de tout cœur qu’une fois passé le cortège d’afflictions et de contraintes que provoque ce détestable virus

qui répand la terreur sur toute la planète, nous repartirons plus sages et d’un pied plus assuré dans bien des domaines. Comme la Deuxième Guerre mondiale a permis la naissance de l’Europe et l’entrée en démocratie de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon, il est à souhaiter que, demain, l’on fasse un meilleur usage de la mondialisation.

Elle nous donne de fantastiques opportunités de vivre mieux et en paix ; faut-il encore accepter l’idée de regarder dans l’assiette du voisin et de s’inspirer des choix les plus intelligents des différents pays de la planète. Les Français n’ont pas spontanément ce réflexe, mais les grandes crises les ont parfois fait réfléchir à leur destin. »

L’idée pour Jean-Robert Pitte st den profiter pour faire une orientation le plus tôt possible des élèves au lieu de délivrer à presque tous un diplôme avec lequel beaucoup vont se fracasser sur les bancs de l’université.

« Coronavirus : parler de guerre est une faute » (Michel Wieviorka )

« Coronavirus : parler de guerre est une faute » (Michel Wieviorka )

Le sociologue Michel Wieviorka, condamne  la rhétorique guerrière retenue dans la lutte contre le Covid-19, et compte sur la démocratie dans cette crise. ( interview de la Tribune)

 

La Tribune – Ce moment si particulier de début de confinement, comment l’éprouvez-vous intimement, comment l’interprétez-vous intellectuellement ?

Nous vivons un choc qui est à la fois collectif – à divers niveaux, du mondial au local – et personnel, intime. Certains sont mieux placés que d’autres pour l’encaisser et faire preuve, comme le qualifie un mot à la mode, de résilience, et même pour se projeter vers l’avenir. Je fais partie des privilégiés, socialement, économiquement, mais cela ne m’empêche pas de penser aux plus faibles, aux plus démunis – l’économie n’est pas seule à devoir être sauvée, il y a aussi des individus en déshérence ou très fragiles.

Je fais partie des générations âgées, mais cela ne m’empêche pas de penser aux vieillards, isolés ou dans des Ehpad si insuffisamment soutenus par la puissance publique, ou aux jeunes générations et à l’avenir de leur point de vue. Bref, je « ne m’en sors personnellement pas trop mal », et tout en veillant à distance au fonctionnement de l’institution que je dirige, la Fondation Maison des sciences de l’Homme, je réfléchis, lis et écris à partir de cette expérience.

Je pense beaucoup au sociologue allemand Ulrich Beck [1944 - 2015], dont j’étais l’ami. Il a ouvert la voie aux réflexions les plus fécondes sur la société du risque et, titre de son dernier livre que je viens de relire, sur The Metamorphosis of the World (Polity Press, 2016).

Vous venez de publier Pour une démocratie de combat (Robert Laffont, 2020). Un écho saisissant aux déclarations et à la posture du Président de la République, affirmant que nous sommes en « guerre » et adoptant discours et actes d’un chef martial. Aux yeux du sociologue et historien, cette sémantique belliqueuse est-elle appropriée et judicieuse ?

Les mots sont importants, nous le savons très bien lorsqu’il y a lieu de s’inquiéter, à juste titre, des pulsions fascisantes qui animent nos sociétés – à ce propos, j’ai été heureux de préfacer la traduction en français du livre de Robert Habeck, le dirigeant des Verts allemands, Du langage en politique. Ce que les mots font à la démocratie (Les Petits matins, 2020). Mais nous devrions être attentifs tout autant à la sémantique des responsables les plus démocrates qui soient. Parler de « guerre » me semble inadapté, incongru et déplacé, c’est même une faute s’il s’agit aujourd’hui du Covid-19, comme ce l’était en 2015 à propos du terrorisme, et même encore plus. Une guerre ne surgit pas de nulle part, comme l’a montré l’historien Christopher Clark à propos de la Première Guerre mondiale (dans Les somnambules, Flammarion, 2013), il s’agit là d’une pure construction politique et sociale. Or le virus n’est pas un ennemi humain, il a frappé soudainement. S’y opposer convoque des politiques publiques. Le discours de la guerre ne veut voir que l’unité du corps social, il interdit le traitement démocratique de ce qui nous divise, et face à l’épidémie il autorise l’opacité, la dissimulation de la part du pouvoir. Ce qui est contre-productif dans un tel combat. De plus, le discours de la guerre flatte les tendances à mettre en avant l’idée de nation, et de là il rend difficile d’être complètement orthogonal par rapport aux dérives nationalistes.

« Le discours de la guerre ne veut voir que l’unité du corps social, il interdit le traitement démocratique de ce qui nous divise, et face à l’épidémie il autorise l’opacité, la dissimulation de la part du pouvoir. Ce qui est contre-productif dans un tel combat »

Quel défi, c’est-à-dire quels périls et quelles opportunités, ce « moment historique » a-t-il commencé d’exercer sur notre et les démocraties ?

Le défi est d’abord vital. Vital du point de vue des personnes singulières, du point de vue des pays, du point de vue de l’humanité. Mais il l’est inégalement : les plus aisés et les plus jeunes s’en sortiront mieux. Il met en cause les équilibres géopolitiques, il questionne notamment la place de la Chine, que l’on découvre être davantage qu’une puissance majeure : le reste du monde en est dépendant pour nombre de produits, nous vivons sous son emprise. Ce défi suggère de repenser l’économie, fait exploser les idéologies néo-libérales, et incite à parler de nouveau de dé-mondialisation, de ré-industrialisation.

Il est aussi social. A cet effet, il interroge les politiques publiques dans bien des domaines, en premier lieu de la santé. Ulrich Beck avait forgé l’idée de « métamorphose du monde » pour expliquer que nous vivons bien plus qu’une transformation dans laquelle les réalités antérieures se modifient sans nécessairement disparaître : nous sommes dans une rupture anthropologique majeure, qui nous oblige à tout repenser. Il précisait que cette métamorphose peut avoir des dimensions positives, et ainsi proposait le concept de « emancipatory catastrophism » : toute tragédie – et la pandémie en est une – peut profiter à l’émancipation, au mieux, au bon.

Que sortira-t-il de « bon » justement ? Un autre rapport à la nature ? D’autres modes de production, de consommation ? D’autres conceptions de la culture, de la ville, de la mobilité, des loisirs ? Le défi est là : la crise va nous conduire à choisir : voulons-nous continuer à laisser prospérer les populismes, les extrémismes, les nationalismes, l’autoritarisme ? Ou pouvons-nous essayer de construire un monde meilleur ? Après tout, la sortie de la grande crise de 1929 a donné naissance d’un côté au New Deal, de l’autre à Hitler… Et face à ce défi, il n’est pas contestable que les démocraties sont mieux outillées que les dictatures, même chinoise.

Quelle « démocratie de combat » doit-on commencer d’inventer qui permettra à la démocratie d’une part de gagner cette guerre, d’autre part de survivre à cette guerre, enfin de sortir davantage renforcée qu’affaiblie par cette guerre ? Une nouvelle démocratie peut-elle voir le jour ?

La pandémie est donc l’occasion d’opposer la démocratie à l’autoritarisme. Mais évitons les appréciations trop simples. L’action a été inaugurée en Chine sous les auspices du mensonge et de la persécution de ceux qui comme le docteur Li Wenliang annonçaient l’épidémie. Elle a permis au régime de se renforcer, et a montré l’efficacité de mesures apparemment brutales mais qui ont produit rapidement leurs effets. Ailleurs en Asie, en Corée du Sud, au Japon, à Singapour, à Taïwan, des régimes démocratiques ont su eux aussi faire preuve d’efficacité, tout en mettant en œuvre des mesures qui si elles devaient se prolonger après la crise, constitueraient autant d’atteintes aux libertés et aux droits de l’homme : notamment le traçage des individus un par un. En France, les mesures déployées ont été moins efficaces, faute surtout de préparation antérieure – l’Asie avait l’expérience de ce type d’épidémie. L’Etat de droit, la séparation des pouvoirs ou les acquis sociaux en ont été affectés. En fait, partout dans le monde, la démocratie, pour être sauvée, a dû s’adosser sur des mesures non démocratiques, autoritaires.

La démocratie, c’est à la fois l’unité et la capacité de traiter de ce qui divise le corps social sans violence, tout en respectant l’Etat. En fait, en temps de menace, la priorité est donnée à l’unité, et on voit bien comment deux impératifs existent face au risque ou à la catastrophe : la sécurité s’oppose d’une part au maintien de la vie économique, d’autre part aux libertés individuelles. Ce qui produit toute sorte de variantes possibles, selon ce qui, d’un pays à un autre, est privilégié par les gouvernements.

« D’un coup, nous sommes confrontés à notre capacité de (sur)vivre et de nous projeter vers l’avenir. Nous découvrons les impasses de la pensée technocratique, purement gestionnaire, et comptable, à laquelle bien des gauches ont adhéré, perdant alors leur âme. Nous constatons que l’Etat, en s’éloignant de politiques de redistribution, en cessant d’investir suffisamment dans des domaines cruciaux comme l’éducation ou la santé, a failli, et qu’il faut le repenser, au plus loin des dogmes néo-libéraux. »

Le politologue Pascal Perrineau l’espère : cet épisode unique dans l’histoire contemporaine peut être l’opportunité de réintroduire le « tragique« , ce tragique que la longue période de paix, mais aussi l’arrogance, la vanité, le culte prométhéen, la folie technologique et scientiste, ont effacé de la mémoire collective. Ce tragique qui affecte chaque individu dans son individualité mais aussi dans son rapport à la collectivité, peut-il contribuer à faire de nouveau « société ensemble », et même « communauté de destins » ? De cette appréciation inédite de la peur peut-il naître un devenir aussi stimulant qu’au lendemain de la Libération ?

Surtout, ce qui réapparaît comme opportunité, c’est l’histoire et la politique. D’un coup, nous sommes confrontés à notre capacité de (sur)vivre et de nous projeter vers l’avenir. Nous découvrons les impasses de la pensée technocratique, purement gestionnaire, et comptable, à laquelle bien des gauches ont adhéré, perdant alors leur âme. Nous constatons que l’Etat, en s’éloignant de politiques de redistribution, en cessant d’investir suffisamment dans des domaines cruciaux comme l’éducation ou la santé, a failli, et qu’il faut le repenser, au plus loin des dogmes néo-libéraux. Nous voyons que la solidarité peut aussi, et peut-être même d’abord, se construire bottom up, à partir d’une formidable mobilisation de la société civile structurée autour de ses associations, de ses réseaux d’entraide, et d’une multitude d’initiatives dont certaines relèvent de l’économie sociale et solidaire. Nous observons une immense soif de démocratie, qui sollicite des demandes de transparence et de vérité : les citoyens ne demandent pas au gouvernement de « tout réussir », ils attendent qu’il les informe convenablement, sans langue de bois, sans mensonges ou omissions sur des points sensibles – comme le nombre de décès, puisque les seuls comptabilisés ont longtemps été ceux qui se jouaient à l’hôpital, ou l’origine du déficit de masques ou de tests. A cette condition, le discours de l’unité peut fonctionner.

Mais ne nous y trompons pas : cette aspiration à l’unité ne fait pas l’unanimité. C’est pourquoi le débat démocratique, même conflictuel mais non violent, est si important. Il permet de négocier, d’aboutir à des choix, des décisions, d’éventuels compromis. Il apporte sa légitimité à l’action gouvernementale.

Le tragique, c’est lorsque tout ceci devient presque impossible, et qu’apparaissent alors soit des héros - qui en se comportant de façon exceptionnelle montrent à quel point il est difficile d’agir de façon ordinaire -, soit des salauds - qui volent et s’enrichissent -, soit des irresponsables – qui agissent de façon incivique. Le tragique, c’est quand l’histoire se substitue à la routine et au fonctionnement habituel.

Pour l’heure, la nation semble se resserrer, elle se coalise dans la peur et se soude dans le malheur, elle se rassemble d’une seule voix dans le soutien au personnel soignant, elle fait front derrière les figures de l’Etat, elle fait preuve d’actes de solidarité – qui cohabitent toutefois avec d’autres, égoïstes. Et la promesse de construire un « avenir nouveau », plus humain, plus altruiste, plus « care », davantage tourné vers l’essentiel, est clamée partout. Cette promesse est-elle… promise à s’enraciner autrement que celles, tout aussi généreuses et fortes, qui suivirent la crise financière de 2008 et ne virent jamais le jour ?

Les plus blasés affirmeront : tout redeviendra comme avant sitôt la crise terminée, l’habitude retrouvera tous ses droits. Les plus pessimistes déclareront : rien ne sera plus comme avant, tout sera pire, les inégalités seront renforcées entre individus, entre groupes, entre pays, l’économie sera entrée dans une phase de grande régression, les nationalismes déboucheront sur des bruits de bottes, puis sur des guerres, etc. Quant aux optimistes – dont Beck était, et dont je suis -, ils seront attentifs à ce qui nous fait entrer dans une « ère nouvelle ». Une ère nouvelle où l’idée de progrès retrouve son sens, où l’économie – plus juste socialement et cessant d’être comme déconnectée de la politique – se relance sur des bases inédites, où la représentation politique reprend des couleurs, où l’écologie forme une préoccupation débouchant sur des décisions concrètes, internationales, etc. Une telle perspective implique que nous pensions autrement, que nous inventions des catégories, des concepts, des mots peut-être même, et que nous fassions confiance à la science pour éclairer les décisions, sans pour autant que les scientifiques se substituent aux responsables politiques. Dès lors, les sciences humaines et sociales ont devant elles un « boulevard » – à condition de bénéficier de politiques et de formes d’emploi et de financement autres que la règle en vigueur aujourd’hui.

Une strate déterminante du fonctionnement de la démocratie que Nicolas Sarkozy avait, le premier, violemment discréditée et marginalisée, et que de manière plus surprenante Emmanuel Macron a négligée, est composée des corps intermédiaires, au niveaux tant national que local. Quelle reconnaissance le chef de l’Etat doit-il irrépressiblement leur conférer aujourd’hui pour gérer la crise et demain pour reconstruire le pays et revitaliser la démocratie ?

Le constat est juste, mais l’expression de « corps intermédiaires » n’est pas la mieux adaptée. Elle renvoie à l’image d’une construction formée, à son sommet, du pouvoir (l’Elysée), à sa base, de la population, et entre les deux, de ces « corps ». D’autres images méritent examen. Celle par exemple, classique depuis Montesquieu, de la séparation des pouvoirs. Celle aussi d’un pouvoir d’Etat qui n’est pas l’horizon indépassable de l’action politique. Toujours est-il que nous avons vécu, sous Nicolas Sarkozy, plus encore ensuite avec François Hollande, l’épuisement de la représentation politique classique, et une configuration qui a abouti à la situation actuelle : un pouvoir installé, selon ses dires, au centre, et en réalité plutôt à droite. Puis sur ses deux flancs, plus rien jusqu’aux extrêmes de gauche et de droite. Nous avons vu aussi le syndicalisme être ignoré ou presque, y compris lorsqu’avec la CFDT et Laurent Berger, il se présente comme un acteur négociateur ouvert au débat et au compromis. Ajoutons que les institutions n’ont pas été pleinement respectées, le Conseil d’Etat n’a pas été écouté à propos de la loi sur les retraites.

On peut certes s’interroger : si les partis classiques et les syndicats ont semblé ainsi perdre pied, n’était-ce pas aussi de leur faute ? Et le phénomène n’étant pas propre à la France, ne faut-il pas y voir une tendance mondiale, générale ? Certainement. Mais ce qui frappe, c’est que le chef de l’Etat n’a jusqu’à peu rien fait pour créer les conditions d’une reconstruction de ces acteurs et des systèmes dans lesquels ils opèrent. Avec la crise, il a semblé modifier quelque peu cette attitude : il a – bien mal lui en a pris – écouté les dirigeants de tous les partis qui lui demandaient de maintenir le premier tour des élections municipales du 15 mars 2020 ; il s’est entouré des avis d’instances scientifiques, et pas seulement de ses conseillers habituels. Il a annoncé le report de la loi sur les retraites.

Mais il a aussi pris des mesures d’urgence qui contredisent cette image. La reconstruction est annoncée, toutefois rien n’indique qu’elle s’exercera en reconnaissant la nécessité de ces « corps intermédiaires », et en faisant en sorte qu’ils deviennent de plus en plus utiles et présents. En fait, le chef de l’Etat s’est davantage mis en dynamique de rééquilibrer son positionnement vers la gauche, que de permettre à une gauche de se relancer. Jusqu’au jour où il tentera de faire basculer le curseur à nouveau vers la droite. Et s’il a semblé entendre un peu plus les syndicats, son gouvernement a pris des mesures qui ne sont certainement pas celles qu’ils peuvent attendre.

« Le chef de l’Etat s’est davantage mis en dynamique de rééquilibrer son positionnement vers la gauche, que de permettre à une gauche de se relancer. Jusqu’au jour où il tentera de faire basculer le curseur à nouveau vers la droite « 

Vos travaux notamment sur le racisme, l’antisémitisme et la violence vous distinguent mondialement. Parce qu’il a vu le jour en Chine, parce que la force de frappe et de nuisance des réseaux sociaux et des fake news sont tentaculaires et incontrôlables, parce qu’identifier un bouc-émissaire participe – malheureusement – de tout processus d’exorcisation et d’instrumentalisation des peurs, le coronavirus enflamme la sphère raciste. Quelles traces, momentanées ou indélébiles, faut-il redouter ?

Effectivement, le thème du « péril jaune » est réapparu, et de nombreux épisodes racistes sont venus faire de la Chine et des Chinois les boucs émissaires de la pandémie. Ce phénomène est très classique, l’anthropologue et historien René Girard avait très bien montré comment en cas de malheur « on » charge un bouc-émissaire de tous les maux pour l’expulser en le tuant.

Ce racisme ne joue pas seulement chez nous, il est à l’œuvre par exemple à Hong Kong, visant les Chinois de Chine continentale, et au sein même de cette dernière, il cible les habitants de Wuhan. En France, il prend la forme de stéréotypes, de préjugés, de propos et d’attitudes dans l’espace public, de menaces, d’agressions, jusqu’au refus de fréquenter des commerces tenus par des Asiatiques, etc. A terme, le tourisme chinois en France, qui devenait si important, pourrait de ce fait régresser, et les appels à la ré-industrialisation s’accompagner de postures hostiles à la Chine sous des formes confinant au racisme. N’oublions pas que les migrants d’origine asiatique en France sont nombreux, qu’ils ont fait souche et famille ici, que leurs enfants vont à l’école : voilà un problème très concret et interne à notre société.

Tout le monde n’a pas la chance de partir se réfugier dans sa résidence de l’Ile de Ré ou sa propriété de Gordes. Au fur et à mesure qu’il va se prolonger, ce confinement va inévitablement exacerber les violences au sein des foyers les plus fragiles, des logements les plus précaires, des familles les plus déstructurées, des individus les plus vulnérables aux addictions. Mais aussi au sein des corps sociaux les plus exposés, notamment par un chômage qui va s’enflammer. La prolifération de ces violences intimes peut-elle coaguler et s’exprimer dans une violence organisée collectivement ?

Le gouvernement a eu raison d’engager des efforts considérables pour sauver l’économie et les entreprises. Il n’en a pas produit autant à l’égard des personnes singulières, en tant que travailleurs, et ne pouvait pas se mobiliser substantiellement pour ceux que la crise sanitaire et le confinement placent en situation très difficile. Au final, tous les chômeurs ne seront pas convenablement indemnisés, de nombreux précaires ne seront pas aidés, déjà les associations humanitaires peinent plus que jamais à venir au secours des SDF et des personnes en grande pauvreté.

La répression de ceux qui contreviennent aux consignes officielles a atteint en priorité les habitants des quartiers populaires, qui, plus que d’autres, ont besoin de sortir de chez eux. Une famille nombreuse entassée dans un appartement modeste et dont les enfants, quand ils ne sont pas en classe, sont souvent dehors, dans la rue, vit plus délicatement le confinement ! Les addictions deviennent plus difficiles à satisfaire. Le risque d’être victime du virus est plus élevé quand il faut nécessairement nourrir une famille et donc faire des courses assez souvent, quand les enfants, intenables, sortent finalement malgré les interdictions. Les risques sont également plus grands pour ceux qu’une foi puissante décourage de la moindre prudence, et qui préfèrent se réunir pour communier dans leur religion plutôt que de se protéger en restant confinés.

Mais si des violences sporadiques sont susceptibles d’apparaître, je ne pronostique pas une grande convulsion collective. D’ailleurs, ceux qui se mobilisent ne sont pas nécessairement les plus démunis, les plus opprimés, comme l’avait montré Tocqueville à propos de la Révolution française : celle-ci n’a jamais été aussi active que dans les régions économiquement les plus prospères. En revanche, je constate un processus de « gilétisation jaune » de la société en cette phase de crise sanitaire : des protestations s’expriment contre le pouvoir et sa politique de santé, qui ont un vif écho sur les réseaux sociaux, et qui font penser à ce que les Gilets jaunes ont eu de plus central dans leur mouvement : la critique de l’action publique en matière sociale. En fait, si la pandémie est naturelle, au départ, et provient d’ailleurs, elle vient se mêler, dans son impact, à d’autres crises, sociale, politique, qu’elle pourrait relancer malgré les appels incantatoires du pouvoir à l’unité.

« Si des violences sporadiques sont susceptibles d’apparaître, je ne pronostique pas une grande convulsion collective. »

La violence, vous l’avez longuement étudiée dans le monde du travail. La violence du travail, la violence liée au relations sociales, à la mutation des conditions de travail, à l’évolution des organisations du travail, etc. Que l’on soit confiné en télétravail, orphelin momentané de travail ou, plus grave, définitivement sans emploi, notre relation au travail connait une épreuve inédite. Que peut-il en rester, à long terme, d’opportun et de délétère ?

Nous sommes entrés depuis plus d’un quart de siècle dans l’ère numérique, et cette pandémie nous y installe massivement, et avec une densité inédite. Tout est digital aujourd’hui : la lutte contre le virus, comme on l’observe en Asie, où les smartphones et Internet sont devenus des outils décisifs, le fonctionnement à distance de l’éducation, la communication massive, à l’échelle souvent planétaire, qu’autorisent les technologies de communication… et ainsi, l’isolement qu’impose le confinement est en partie pallié par une intense communication et par le télétravail.

Celui-ci est une rupture, et non un prolongement dans les modes d’organisation du travail. La vie des entreprises, leur gestion, leur structuration interne, le fonctionnement des collectifs de travail se transforment à grande vitesse. D’ailleurs, de nombreuses entreprises, y compris des startups, s’inscrivent dans cette mutation, proposant toutes sortes de e-services, d’applications, de systèmes de gestion, etc. Ce qui, à terme, dessine une autre structure générale de l’emploi.

Chez ceux qui peuvent relever du télétravail, l’habitat constitue une donnée clé : il est possible de vivre beaucoup plus loin de son lieu de travail, auquel on ne se rend que rarement ou moins souvent. L’urbanisme, les réseaux de transport public sont aussi impactés par cette évolution, que la crise sanitaire a rendu spectaculaire, créant des habitudes sur lesquelles nous ne reviendrons pas, ou en tous cas jamais entièrement. Le télétravail rend moins nécessaire qu’avant bien des réunions à distance, y compris internationales, et apportera sa contribution à la réduction du transport aérien, qui se présente déjà aujourd’hui comme une victime majeure de la crise sanitaire.

Nul doute que notre relation au risque et à la précaution ne sera plus la même une fois la crise passée, et votre évocation d’Ulrich Beck met en exergue ce thème central. A titre individuel mais aussi à l’égard des pouvoirs publics, quelle sera désormais notre exigence de précaution ? Notre acceptation du mais aussi notre aspiration au risque ? L’avenir du contenu du principe de précaution constitutionnalisé par Jacques Chirac ? Le rejet de l’imprévisibilité, devenu dominant et même irrationnel, peut-il reculer au profit d’une « réacceptation » que tout n’est pas anticipable et contrôlable ?

En période de crise sanitaire, très logiquement le principe de précaution semble devoir jouer fortement. Mais même là, des voix se font entendre : « Il nous empêche de continuer à vivre, à produire, il est paralysant et même à terme, contre-productif, car en contrecarrant l’épidémie, il va générer ou renforcer d’autres crises, notamment économiques et financières, mais aussi culturelles, voire personnelles »… ; imposer le confinement absolu durant plusieurs semaines, par exemple c’est mettre en cause durablement l’équilibre psychique et la santé mentale et morale de bien des personnes. La pandémie actuelle, plutôt que de susciter des comparaisons en termes de guerre, devrait plutôt encourager à accepter l’idée que la société, comme le monde, sont confrontés à des risques majeurs, certains causés par l’homme, mais pas tous – ou pas entièrement : accident nucléaire, tsunami, volcan dégageant de vastes quantités de poussière qui obscurcissent la planète et provoquent un refroidissement généralisé, crise financière, etc. Ces risques ont de particulier que leur probabilité de réalisation est très faible, mais que lorsqu’ils surviennent, la catastrophe et le chaos menacent. Nous ne pouvons pas même concevoir tous ces risques, et pas davantage anticiper pleinement quand, où et à quelle échelle ils sont susceptibles d’advenir. Le principe de précaution ici devrait surtout consister à nous préparer à faire face à de telles menaces et à gérer une crise majeure. A apprendre à mobiliser dans les meilleurs délais ressources et compétences. Cela peut se jouer en amont, en veillant à minimiser certains éléments, par exemple en ne laissant pas se construire une ville le long d’une ligne de faille, en initiant des instruments de détection sur les côtes susceptibles de subir un typhon ou un tsunami, en érigeant des habitations antisismiques, etc. Des formations civiques et éducatives à la gestion de crise peuvent aussi contribuer. La capacité de tirer les leçons d’épisodes antérieurs, comme dans les pays d’Asie, à commencer par la Chine, qui ont su utiliser les acquis de leur expérience des épidémies de type Coronavirus, est également clé. Bref, le principe de précaution paralyse, ou est peu mobilisateur et même vite démobilisateur, là où nous avons besoin d’être prêts à nous constituer en quelque sorte en acteurs contre-offensifs.

« La lutte contre la pandémie et celle contre le terrorisme ont en commun d’être toujours liberticides. »

Certains de vos travaux ont porté sur les répercussions sociales et sociétales du terrorisme. A certains égards, cette « guerre » contre le Covid-19 s’apparente-t-elle à celle déployée contre le terrorisme – lui aussi aveugle, irrationnel, planétaire ?

Le terrorisme est humain, et non pas naturel, et il est le fait d’acteurs qu’il est possible d’identifier. La « guerre » contre le terrorisme vise ces acteurs, qui ne sont pas pour autant des Etats, même s’il arrive qu’un Etat sponsorise un groupe terroriste, voire, avec Daech, que se constitue un quasi-Etat terroriste – le Califat a existé durant quelque trois ans au Proche-Orient. Le terrorisme peut être « ciblé », c’est-à-dire choisir ses victimes – les journalistes de Charlie Hebdo, les clients juifs de l’hypercasher en janvier 2015. Il a sa rationalité, il déborde d’une pléthore de sens, et ses protagonistes sont capables de calculs, parfois même plus intelligents que ceux des spécialistes chargés de le combattre : alors que des scénarios très élaborés imaginaient à la fin des années 90 l’irruption d’un terrorisme nucléaire, chimique, bactériologique, les acteurs du 11 septembre 2001 ont construit l’impressionnant succès de leur opération en achetant des billets « business », en se munissant de simples cutters, en prenant place dans les avions, et en s’étant préparés à mourir.

Les luttes contre ces deux fléaux ont en commun d’être toujours liberticides. Le gouvernement vient de faire passer des mesures d’exception relatives à la lutte contre le Covid-19, en 2015 l’exécutif d’alors avait fait de même pour agir face au terrorisme. Ce n’est pas un hasard si ce sont les mêmes, réseaux d’organisations de défense des droits de l’homme, d’avocats, de militants humanitaires, d’intellectuels qui se mobilisent dans les deux cas pour tenter de ralentir ou d’empêcher ces types de dérives.

Nous apprenons, avec – plutôt – discipline à comprimer très fortement nos libertés. Cet apprentissage peut-il, au-delà de la période de confinement, modifier notre culture de la liberté, et notamment altérer notre capacité de révolte, de contestation, d’insubordination ? Les avocats Eric Dupond-Moretti et François Sureau ont très bien expliqué comment les Français se sont peu à peu résigné, au nom de la lutte contre le terrorisme, et se soumettent docilement à des réflexes liberticides…

Hélas ! L’expérience montre qu’il est plus facile d’entériner des mesures d’exception, de les banaliser, de les faire entrer dans le droit commun, comme ce fut le cas en 2017 avec les textes anti-terroristes, que de revenir en arrière une fois une crise dépassée. Ces mesures ont alors d’autres desseins que ce pour quoi elles avaient été explicitement proposées et adoptées, elles constituent dès ce moment une régression démocratique.

Votre ami Edgar Morin l’espère : ce moment inédit de confinement « peut nous aider à commencer une détoxification de notre mode de vie ». Il s’agirait là d’une rupture civilisationnelle. L’état « social », politique et démocratique du pays se prête-t-il à une telle ambition ?

Comme Edgar Morin, je suis plutôt optimiste, confiant dans la capacité des humains à explorer les « bons » chemins. Mais les processus par lesquels s’opère un travail de chacun sur soi-même, et de la société sur elle-même ne sont pas écrits d’avance, ils changent d’une personne à une autre, d’une société à une autre, d’un moment à un autre, et ne sont pas linéaires. Certains s’enfermeront dans la mélancolie, et seront incapables de se projeter vers l’avenir. D’autres oublieront, pour envisager le futur sans tenir compte du choc actuel. Et d’autres seront capables d’être à la fois dans le passé et le futur. Les sociétés occidentales, et tout spécialement la nôtre, ont manqué depuis plusieurs années d’appétence pour se tourner vers l’avenir avec une certaine confiance.

Nous avons vécu dans le présent – le « présentisme » que critique l’historien François Hartog. En Asie, il semble qu’on veuille davantage imaginer un futur sinon radieux, du moins meilleur, on mise sur l’enseignement supérieur et la recherche, sur la science, on ne clame pas que les jeunes générations vivront moins bien que les plus âgées. Si le choc de cette pandémie doit aider à retrouver le goût du progrès, doit soutenir l’idée qu’un autre futur est possible – et qui sera ce que les citoyens, surtout les plus jeunes, en feront -, alors la crise se révélera avoir été « aussi » salutaire.

Mais gardons-nous des tendances à l’arrogance provinciale, par la faute de laquelle nous nous croyons supérieur aux autres nations, et qui témoigne en réalité de notre refus d’aller dans ce sens.

Le chef de l’Etat l’a affirmé lors de son allocution du 16 mars annonçant le confinement. « Lorsque nous serons sortis vainqueurs [de la guerre contre le coronavirus], le jour d’après ne sera pas un retour aux jours d’avant » (…). « Cette période nous aura beaucoup appris. Beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées, (…) et je saurai avec vous en tirer toutes les conséquences (…). Hissons-nous individuellement et collectivement à la hauteur du moment ». Et chaque jour qui passe le corrobore, plus guère d’observateurs (politologues, sociologues, scientifiques, anthropologues) contestent l’obligation ou l’opportunité d’un aggiornamento. En résumé, comment imaginez-vous et comment espérez-vous que prenne forme ce « jour d’après » ?

Cette période nous aura beaucoup appris sur le pouvoir actuel ! Sur la façon dont il prétend faire demain le contraire de ce qu’il a fait jusqu’ici. Les électeurs sauront en tirer toutes les conséquences.

Si de véritables changements doivent être à l’œuvre, ils proviendront de la société, d’en bas, et de ses initiatives, de demandes sociales, culturelles, politiques, économiques que des forces politiques seront capables de traiter -qu’il s’agisse de vieux partis de droite et de gauche se renouvelant en profondeur (ce dont je doute), des Verts (ce qui est déjà un peu plus vraisemblable), ou de nouveaux partis émergents.

 

 

La survie de l’UE est en jeu » Macron, toujours excessif

La survie de l’UE est en jeu » Macron, toujours excessif

 

S’il est clair que l’union européenne, pas davantage que les pays ou les autres zones économiques n’ont fait preuve de discernement et de solidarité. Pour autant ,la menace brandie par Macron lors du conseil européen de voir l’Union éclater est une fois de plus excessive. En outre l’angle d’attaque de ce risque d’éclatement concerne l’espace de Schengen qui permet la mobilité à l’intérieur de l’Europe. Or cette question n’est actuellement sans doute pas la priorité ni des opinions publiques ni des Etats.

Le vrai problème que veut dénoncer Macron, c’est le manque de solidarité financière. Alors qu’on sait bien que les pays du Nord et notamment l’Allemagne ont pour doctrine de ne pas ouvrir les vannes pour financer le laxisme des pays du Sud dont la France. Il y a déjà des années que la France propose des emprunts différents noms  dont la charge de remboursement reposerait  faite sur la totalité de l’union économique.

Jusque-là les pays du Nord ont toujours refusé ce transfert de charges. Finalement Macron suit la politique de ses prédécesseurs en criant très fort pour obtenir sans doute un compromis très en-dessous de sa position de départ. On le voit encore avec la levée de son opposition à l’entrée dans l’union de nouveaux pays des Balkans. La menace est toujours forte et finalement la France se couche. Il n’y a sans doute pas de risque majeur d’éclatement de l’union européenne car c’est union pour l’essentiel , cette union se limite à un espace de marché.

D’ailleurs juridiquement personne ne peut reprocher aux Etats  leurs différentes politiques sanitaires, économiques, financières suite au Coronavirus. Le seul ennui majeur actuel en rapport avec l’espace Schengen, c’est la difficulté à faire venir des travailleurs étrangers notamment dans l’agriculture où les Français ne veulent pratiquement plus travailler. Peut-être là l’occasion non pas de fermer la porte à l’immigration mais de contraindre certains à ne pas s’installer durablement dans l’aide sociale.

Les fondements de l’Union européenne sont en péril, a pourtant  menacé le président français Emmanuel Macron lors du Conseil européen organisé jeudi par les dirigeants du bloc dans le contexte de la crise liée au coronavirus, a-t-on appris de source diplomatique française.

Selon le chef d’Etat français, le principe même de l’espace de libre-circulation né des accords de Schengen est aujourd’hui menacé si les Européens ne parviennent pas à faire preuve de solidarité. “Ce qui est en jeu, c’est la survie du projet européen”, a-t-il dit aux 26 autres dirigeants lors de ce conseil organisé par visioconférence. “Le risque, c’est la mort de Schengen”, a-t-il dit. Pas sûr que ce discours alarmiste soit la meilleure méthode de persuader Merkel et les autres. Ces cris d’alarme ont déjà été prononcés par les prédécesseurs de Macron, sans grand résultat jusque-là. La vérité c’est que la France est incapable de faire fonctionner le couple franco allemand qui précédemment animait  la politique européenne. La France prise dans ses contradictions essaye de contourner l’obstacle des pays d’une Nord en criant très fort;  pas vraiment le meilleur procédé en diplomatie

« La meilleure science économique est celle qui fait le moins de bruit »

« La meilleure science économique est celle qui fait le moins de bruit »

Prix Nobel d’économie en 2019, les deux professeurs au Massachusetts Institute of Technology publient « Economie utile pour des temps difficiles » (Seuil), dans lequel ils montrent comment les économistes peuvent apporter des réponses aux questions du moment : réchauffement climatique, inégalités, immigration… En avant-première, « Le Monde » publie des extraits du premier chapitre, intitulé « MEGA : Make Economics Great Again ».

Bonnes feuilles. Nous vivons une époque de polarisation croissante. De l’Inde à la Hongrie, des Philippines aux Etats-Unis, du Brésil au Royaume-Uni, de l’Italie à l’Indonésie, le débat public entre droite et gauche se réduit de plus en plus à des affrontements bruyants, où l’invective laisse peu de place à la nuance et à la réflexion. Aux Etats-Unis, où nous vivons et travaillons, le nombre d’électeurs qui votent pour un parti différent aux diverses élections est à son plus bas niveau historique. Parmi les Américains qui s’identifient à l’un des deux grands partis, 81 % ont une opinion négative du parti adverse ; 61 % des démocrates jugent les républicains racistes, sexistes et sectaires, et 54 % des républicains jugent les démocrates malveillants. Un tiers des Américains seraient profondément déçus si un membre de leur famille proche épousait une personne de l’autre camp.

En France et en Inde, deux autres pays où nous passons beaucoup de temps, la montée de la droite dure est commentée, au sein de l’élite progressiste « éclairée » à laquelle nous appartenons, en des termes toujours plus apocalyptiques. La peur ne cesse de grandir : la civilisation telle que nous la connaissons, fondée sur le débat et la démocratie, serait désormais menacée.

 

Nous sommes des économistes, c’est-à-dire des chercheurs en sciences sociales. Notre métier consiste à présenter des faits et une interprétation des faits qui seront susceptibles, nous l’espérons, de réduire ces divisions et d’aider chaque camp à mieux comprendre l’autre, afin de parvenir, sinon à un consensus, du moins à une sorte de désaccord raisonnable. La démocratie ne peut certes pas vivre sans conflit, mais à condition qu’il y ait du respect de part et d’autre ; et le respect suppose la compréhension mutuelle.

Ce qui rend la situation actuelle particulièrement inquiétante, c’est que l’espace permettant un débat de ce type semble se réduire chaque jour un peu plus. On observe une « tribalisation » des opinions, non seulement dans le domaine strictement politique, mais aussi en ce qui concerne les principaux problèmes de société et les solutions qu’il conviendrait de leur apporter. (…)

Cela est d’autant plus regrettable que nous rentrons dans des temps difficiles. Les folles années de forte croissance mondiale, alimentée par l’expansion du commerce international et l’incroyable réussite économique de la Chine, sont sans doute terminées : la croissance chinoise ralentit et des guerres commerciales éclatent ici et là. Les pays qui ont prospéré sur cette déferlante – en Asie, en Afrique, en Amérique latine – commencent à s’inquiéter de ce qui les attend. Bien sûr, dans la plupart des pays riches, en Occident, cette croissance lente ne date pas d’hier, mais le détricotage du tissu social qui l’accompagne la rend particulièrement préoccupante aujourd’hui. Il semble que nous soyons revenus à l’époque des Temps difficiles de Charles Dickens, les riches se dressant contre des pauvres de plus en plus aliénés et privés de perspective d’avenir.

 

 

 

Coronavirus : « le taux de mortalité est de 1% maximum » ?

Coronavirus : « le taux de mortalité est de 1% maximum » ?

Il paraît difficile de comparer le Coronavirus avec la grippe classique. La différence concernerait surtout le taux de mortalité qui pourrait être autour de 1 % d’après des autorités américaines entre 2 à 3 % d’après des chiffres très approximatifs de l’OMS). Aujourd’hui il y a environ 3000 morts dus au Coronavirus alors  que la grippe dite classique entraîne plus de 600 000 morts par an  dans le monde. Le Coronavirus dont on dénombre plus de 95 000 cas confirmés et 3 200 décès dans le monde, se présente comme un syndrome grippal. Il est provoqué par un nouveau coronavirus SARS-CoV-2 apparu à Wuhan (Chine). Si la grippe est bien connue, de nombreuses inconnues subsistent sur le SARS-CoV-2, d’autant que les coronavirus saisonniers, qui n’entraînent que des rhinopharyngites banales, sont peu étudiés.

Le SARS-CoV semble se transmettre plus facilement que les virus grippaux et surtout entraîner plus de décès parmi les personnes atteintes, mais la grippe fait globalement plus de morts (jusqu’à 650 000 décès par an) car elle touche bien plus d’individus. Le ministre adjoint américain de la Santé, Brett Giroir, a estimé ce jeudi que le taux de mortalité du coronavirus était de 1% au maximum, et non de 3 à 4% comme le dit l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Contrairement à l’OMS qui base son estimation uniquement sur le nombre de cas confirmés, le responsable américain base la sienne en tenant compte des nombreux cas non détectés au niveau mondial.

 

« Actuellement, la meilleure estimation du taux de mortalité global du Covid-19 se situe entre 0,1% et 1% », a déclaré à la presse Brett Giroir. « C’est d’abord parce que de nombreuses personnes ne tombent pas malades et ne se font pas tester -ceci reflète ce qui se passe dans les pays à l’étranger. Donc pour chaque cas, il y en a au moins deux ou trois qui ne sont pas répertoriés », a-t-il expliqué.

 

Le taux de mortalité « pourrait certainement et est probablement plus élevé que celui de la grippe saisonnière », qui est d’environ 0,1% selon les services de santé américains, « mais il n’est vraisemblablement pas autour de 2 à 3% », a-t-il ajouté

 

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