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Afghanistan : Est-il trop tard pour agir ?

Afghanistan : Est-il trop tard pour agir ?

Un collectif de personnalités politiques et d’intellectuels appelle dans le Monde  la France et l’Europe à ne pas se cantonner dans une attitude de retrait et d’agir pour la paix en  Afghanistan . La question est de savoir s’il n’est pas trop tard.

Tribune

 

 

 La situation s’est récemment aggravée en Afghanistan. Alors que le retrait des forces américaines et de l’OTAN approche de son terme, les talibans, délaissant la table des négociations, ont lancé des offensives dans de nombreuses régions d’Afghanistan et pris le contrôle d’un certain nombre de districts ruraux. La capacité de l’armée afghane à garder le contrôle de la majeure partie du territoire rural, voire de plusieurs grandes villes, est incertaine.

La population afghane vit dans l’angoisse. Les attentats contre des cibles civiles se sont multipliés, visant des écoliers, des journalistes, des fonctionnaires, des femmes, des artistes. Des Afghans demandent l’asile à l’étranger, d’autres doivent abandonner leur domicile, d’autres enfin prennent les armes. Beaucoup en effet refusent l’avènement d’un régime qui, sous couvert d’une application rigoriste de règles religieuses, serait un régime dictatorial, refusant des élections libres, réalisant la suprématie d’un groupe sur les autres, ne permettant pas aux femmes de vivre librement et dignement.


Toute la population afghane aspire à la paix. Beaucoup ont espéré que les négociations entamées à Doha aboutiraient à une solution acceptable par la majorité. Hélas, la rigidité des talibans, leur jusqu’au-boutisme, les maladresses américaines, l’absence de concertation avec les autres acteurs de la région et la mise à l’écart du gouvernement afghan n’ont pas permis aux négociations d’avancer.

Le centenaire des relations entre l’Afghanistan et la France

L’Afghanistan est à présent doté d’un réseau médiatique performant. Les zones rurales les plus reculées reçoivent la télévision. Les Afghans savent ce qui se passe dans le monde et beaucoup ne sont pas prêts à accepter les conditions de vie que leur imposeront les talibans s’ils venaient à prendre le pouvoir.

La communauté internationale se trouve donc à présent devant une alternative. Ou bien elle contraint les talibans à une véritable négociation (pendant laquelle toute action militaire devrait cesser) ou bien l’Afghanistan sombre de nouveau, comme dans les années 1990, dans une guerre civile dévastatrice.

Nous ne pouvons pas accepter cette seconde hypothèse, lourde de conséquences pour les Afghans mais aussi pour la stabilité de la région et la sécurité mondiale.


Alors que se profile le centenaire des relations diplomatiques, économiques et culturelles entre l’Afghanistan et la France, alors que les deux pays sont liés par un traité d’amitié et de coopération signé en 2012 par un président et ratifié par son successeur, alors que l’Union européenne et ses Etats membres ont conclu en 2019 avec l’Afghanistan un accord de coopération en matière de partenariat et de développement et au moment où la France prend la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU, nous demandons instamment au gouvernement français et aux instances européennes de ne pas se cantonner dans une attitude de retrait et d’agir pour la paix.

Un new deal est-il possible en 2020 ? Jean-Claude Worms

Un new deal est-il possible en 2020  ?  Jean-Claude Worms

N’est-ce pas le bon moment de résoudre des problèmes mondiaux cruciaux tels que le changement climatique ou les crises sanitaires majeures ?, s’interroge le scientifique Jean-Claude Worms, Directeur exécutif du comité international pour la recherche spatiale dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Entre 1933 et 1939, le président américain Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) a adopté une série de mesures, connues sous le nom de « New Deal », comprenant de très nombreux projets publics subventionnés par l’Etat fédéral américain, ainsi que des réformes financières et des réglementations, dont le but était de sortir de la crise de 1929.

D’importants programmes fédéraux ont été mis en œuvre, notamment dans le domaine de la sécurité sociale. Le New Deal a soutenu diverses catégories de professions, mais aussi les chômeurs, les jeunes et les personnes âgées. D’autres pays ont entrepris des démarches similaires au lendemain de la crise de 1929 ou de la seconde guerre mondiale, qui ont également donné lieu à des programmes fortement soutenus par l’Etat en matière de santé, d’éducation, d’emploi, de recherche, etc.

Le New Deal a en outre abouti à une redistribution de la carte politique en donnant une majorité au Parti démocrate, qui a par la suite conservé la présidence durant sept mandats sur neuf, jusqu’en 1969. Pendant cette période, même le président républicain Dwight Eisenhower (1890-1969) a continué à s’appuyer sur les succès du New Deal, sur des questions telles que la sécurité sociale, le logement ou le salaire minimum.

A l’époque, une forte intervention du gouvernement fédéral américain sur ces questions était en quelque sorte devenue presque naturelle pour une majorité de personnes, qui trouvaient impensable de devoir y renoncer.

Malgré tout, les opposants à ces mesures ont finalement réussi à mettre un terme à l’interventionnisme de l’Etat en soutenant Ronald Reagan, pourtant un ancien défenseur du New Deal, qui a par la suite affirmé que « le gouvernement était devenu le problème ».

Depuis cette période, on a répété au peuple américain que cette action collective était inefficace et destructrice, avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui aux Etats-Unis, comme d’ailleurs dans le reste du monde, des inégalités considérables et toujours croissantes, et elles-mêmes destructrices.

Que le New Deal puisse être considéré comme un changement de culture économique et politique aux Etats-Unis, ou comme un plan de relance ponctuel dont la cohérence interne peut être discutée, est un autre débat. Le propos n’est pas ici de soutenir qu’un tel programme devrait être mis en œuvre à l’identique aujourd’hui.

Cependant, n’est-ce pas le bon moment pour envisager de nouveau une intervention massive des Etats comme le seul moyen de résoudre des problèmes mondiaux cruciaux tels que le changement climatique ou les crises sanitaires majeures ? Le débat n’est pas nouveau, mais le contexte actuel a le mérite de jeter un éclairage utile sur ce qui peut être réalisé lorsque des gouvernements décident de prendre des mesures sans précédent pour s’attaquer aux problèmes du monde. »

 

Le capitalisme est-il devenu obscène ?

Le capitalisme est-il devenu obscène ?

Michel Santi, économiste. Dénonce les excès du capitalisme dans un article de la Tribune et la collusion finance et politique.

 

 

« L’accord tacite et consensuel sur lequel prospérait jusque-là notre société a été foulé aux pieds. Ces 1% qui contrôlent l’économie et qui créaient en échange l’emploi et la croissance autorisant les études, les services de santé et les retraites ont transformé ce contrat social en un pacte avec le diable. L’intervention – voire la rébellion – du citoyen s’impose plus que jamais car il est certain que croissance et qu’emploi n’atteindront plus jamais les niveaux précédents la crise des années 2007-2008.La rupture de ce pacte par ceux-là mêmes qui en profitaient le plus fait que la masse des citoyens ne vivra plus jamais une vie décente car le peu de croissance qui reste à leur jeter en pâture sera naturellement accompagnée d’inégalités aberrantes ponctuées de chocs réguliers d’instabilité financière.

La promotion de l’emploi, la recherche & développement ne sont désormais – et de loin – plus la priorité des entreprises cotées en bourse qui rachètent frénétiquement leurs propres actions afin d’en faire encore et toujours monter les cours pour faire gagner le actionnaires, déjà gâtés par le versement des dividendes réguliers. Dans un pays comme les États-Unis, ces rachats d’actions atteindront, selon Goldman Sachs, 1.000 milliards de dollars cette année, en hausse de près de 50% par rapport à 2017. Les 1% les plus nantis possèdent à eux seuls près de 70% des capitalisations boursières et les 90% les moins fortunés seulement 6% !

Ne nous masquons pas la réalité car les progressions boursières indécentes sont à la fois condition sine qua non et conséquence directe des inégalités choquantes, mais hélas si familières de notre paysage occidental. Quant à celles et ceux qui sont en bas – qui n’ont « qu’à traverser la rue pour trouver un emploi » et qu’un ancien président qualifiait naguère de « sans dents » -, « ils n’ont qu’à manger de la brioche » pour reprendre la fameuse répartie de Marie-Antoinette…

L’employé de McDonald’s aurait eu droit à une augmentation annuelle de salaire de 4.000 $ si son entreprise n’avait utilisé 21 milliards entre 2015 et 2017 pour racheter ses propres actions en bourse. Ceux de Starbucks 7.000 dollars de plus, et ceux de Home Depot 18.000 dollars de plus, selon une analyse menée par la National Employment Law Project aux USA. C’est simple : les sociétés cotées US ont dépensé 60% de leurs profits entre 2015 et 2017 à ce petit jeu des « buybacks » pendant que les salaires de leurs responsables suprêmes étaient 127 fois plus élevés que leur salaire médian.

Au cours des dix années écoulées ayant suivi la crise des années 2007-2008, nous avons donc assisté au sabotage en règle d’un pacte qui durait depuis le New Deal de Roosevelt et qui avait largement inspiré une Europe que l’on qualifiait autrefois de « sociale ». Ce même Franklin Delano Roosevelt qui mettait en 1938 en garde car, disait-il, « l’Histoire prouve que les dictatures ne prospèrent jamais sur des gouvernements qui réussissent ». À bon entendeur ! »

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(*) Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.

Il est également l’auteur de :  »Splendeurs et misères du libéralisme »,  »Capitalism without conscience »,  »L’Europe, chroniques d’un fiasco économique et politique »,  »Misère et opulence ». Son dernier ouvrage : « Pour un capitalisme entre adultes consentants », préface de Philippe Bilger.

Sa page Facebook et son fil Twitter.




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