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Elon Musk veut transformer Twitter en espace de chaos et de profit

 Elon Musk veut transformer Twitter en espace de chaos et de profit 

Le milliardaire va faire du réseau social, qu’il vient d’acquérir, un espace proche du chaos, s’inquiète le chercheur en biologie Olivier Hamant, dans une tribune au « Monde ».

 

En rachetant le réseau social Twitter, le milliardaire Elon Musk déclare : « J’espère que même mes pires détracteurs resteront sur Twitter, car c’est ce que signifie la liberté d’expression. » Si certains pourraient croire entendre Voltaire dans ces paroles, le libertarien Elon Musk soutient plutôt une vision débridée de la liberté, sans aucun filtre. Ne confond-il pas la liberté et un désordre qui sert les plus forts  ?

Pour éviter des débats sans fin sur la notion de liberté, il est salutaire de revenir à sa définition, et donc à l’article 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » La liberté est donc définie par un cadre à respecter, et non par des frontières à dépasser.

Alors, de quoi parle Elon Musk ? S’il s’agit de partage débridé d’opinions sans filtre et sans loi, alors ne défendrait-il pas plutôt une forme d’anarchie ? Encore une fois, revenons aux définitions. Comme le dit le journaliste et théoricien Pierre-Joseph Proudhon, « l’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir ». Au contraire, Elon Musk propose de partager toute opinion dans l’immédiateté de son réseau social. Il s’agit donc de l’exact opposé : le désordre avec le pouvoir.

Dès lors, si Elon Musk ne parle ni de liberté ni d’anarchie, de quoi parle-t-il ? D’entropie ! Cette notion, liée au deuxième principe de la thermodynamique, est parfois mal comprise. Faisons alors appel au militant écologiste Victor Chaix et à son article limpide sur le sujet publié sur son blog, appliqué à la crise environnementale : l’entropie du monde signifie que « l’énergie se dissipe, les écosystèmes se désorganisent et les singularités s’homogénéisent ». Appliqué à la liberté d’expression selon Elon Musk, il s’agit donc plutôt d’une forme de dissipation des informations, qui augmente le désordre et conduit à l’homogénéisation des croyances. Elon Musk ne soutient pas la liberté, il la dissipe.

Pourquoi la confusion entre liberté et entropie pose-t-elle problème ? Tout d’abord, nos opinions sont surtout guidées par nos nombreux biais cognitifs. Nous avons l’impression d’avoir des intentions libres alors qu’elles sont principalement guidées par le biais du statu quo (être conservateur par défaut), le biais de confirmation (ignorer les informations contradictoires) ou le biais de corrélation (transformer corrélation en causalité). Partager des opinions sur Twitter sans cadre légal, c’est bien plutôt donner un haut-parleur à nos biais cognitifs individuels. C’est d’ailleurs une des raisons qui expliquent pourquoi une fausse information a 70 % de chance de plus d’être republiée qu’une information vraie sur Twitter, comme l’ont démontré trois chercheurs américains, Soroush Vosoughi, Deb Roy et Sinan Aral, dans un article publié, en 2018, dans la revue Science.

 » Espace numérique : une zone de non-droit »

 » Espace numérique : une zone de non-droit »

Le commissaire européen au marché intérieur expose les grandes lignes du projet de Bruxelles de régulation des contenus sur les réseaux sociaux.

Alors qu’après la tragédie de Conflans-Sainte-Honorine, le rôle des réseaux sociaux pose une nouvelle fois question, Thierry Breton explique, dans un entretien au Monde, comment l’Europe envisage de les réguler. Il aura l’occasion d’en parler avec Jean Castex, le premier ministre français, qui se rend à Bruxelles vendredi 23 octobre, pour évoquer la législation du numérique. Le commissaire européen au marché intérieur rappelle que les législations qui pourront être prises en la matière en France ou ailleurs devront s’inscrire dans le droit européen. Contenus illégaux, haineux, désinformation… l’ancien ministre de l’économie fait le tour des sujets, à moins de deux mois de la présentation par la Commission, le 2 décembre, de son Digital Services Act (DSA). Il évoque aussi le Digital Markets Act, qui sera présenté le même jour, et dont l’objectif est d’imposer de nouvelles obligations aux plates-formes les plus importantes.

Les conditions dans lesquelles Samuel Paty a été assassiné ont relancé le débat, en France, sur la manière dont il faut réprimer les contenus haineux sur les réseaux sociaux. Comment s’articulent ces réflexions avec celles que vous menez ici à la Commission européenne ?

Cette tragédie suscite une émotion immense qui déborde le cadre français. Je m’y associe pleinement. Elle incite une nouvelle fois à s’interroger sur le rôle joué par les réseaux sociaux. Il y a, ici ou là, sur le plan national, des pressions qui s’exercent pour les réguler. Mais cette question a vocation à être traitée au niveau européen et les Vingt-Sept devront l’inscrire dans la future législation européenne – le Digital Services Act –, en voie de finalisation.

Aujourd’hui, il n’existe pas de législation européenne à même de traiter ces sujets ?

Pas de texte global, non. On vit encore sous le régime de la directive e-commerce qui remonte à 2000. A l’époque, seuls existaient Microsoft et Apple. Google était encore dans un garage, Facebook, WhatsApp, Instagram, TikTok, Twitter n’étaient pas entrés dans nos vies. La directive avait pour objectif de réguler une économie numérique structurée autour d’hébergeurs, qui se contentaient d’abriter des prestataires et les services qu’ils offraient en ligne.

Le monde a changé depuis…

Oui, au point qu’il est devenu crucial de s’organiser pour réguler l’espace numérique, ce que j’appelle l’espace informationnel. De le doter de règles pour les vingt prochaines années. On a l’impression aujourd’hui que cet espace est une zone de non-droit. Et dans bien des cas, c’est vrai. Les lois s’appliquent à notre espace économique, social, territorial, elles doivent aussi s’appliquer à l’espace informationnel. Quand vous laissez vos enfants dans la rue, vous exigez qu’ils bénéficient d’un certain niveau de sécurité. Quand vous les laissez naviguer sur Internet, vous voulez de la même manière qu’ils soient protégés.




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