Archive pour le Tag 'Eric'

Les GAFA doivent payer leurs impôts « (Eric Vernier)

Les GAFA doivent payer leurs impôts « (Eric Vernier) 

 

Eric Vernier,  professeur de finance, estime dans une tribune du JDD qu’il faut faire payer les impôts aux GAFA  et autres multinationales

« Le bon sens rappelle que mieux vaut un bon accord qu’un mauvais procès. C’est ce qui semble avoir présidé à l’annonce mardi dernier par Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, de l’éventualité d’une transaction financière avec Google. Le tribunal administratif a en effet annulé le redressement fiscal de 1,15 milliard d’euros infligé à la firme. L’Etat a décidé alors de faire appel, mais le ministre a évoqué parallèlement cette possible négociation. Comment les magistrats motivent-ils leur décision? Les ventes publicitaires de Google, si elles se font en France, sont effectuées par sa filiale irlandaise, Google Ireland Limited (GIL). On connaît le montage, c’est celui de l’ensemble des Gafa, décrié depuis dix ans et qui permet aux industries du Net et autres multinationales d’échapper à l’impôt ou tout du moins de le réduire fortement, améliorant ainsi extraordinairement la compétitivité internationale et la rentabilité de ces entreprises. Alors, effectivement, face au poids de ces mastodontes et à la qualité de leurs conseillers, notamment fiscaux, les Etats sont obligés de négocier pour espérer récupérer un peu d’argent et éviter un procès long et coûteux dont on ne connaît jamais l’issue. Mais c’est, je pense, une erreur fondamentale. La transaction est une solution de facilité qui règle à court terme une problématique récurrente de la fiscalité nationale face à la mondialisation des transactions, à l’internationalisation des firmes et à l’existence des paradis fiscaux. Par le « Double irlandais » , le « Sandwich hollandais » et autres recettes d’optimisation fiscale sauvage, les multinationales font perdre à la France plusieurs milliards d’euros chaque année, quand on sait que l’impôt sur les sociétés (IS) total s’élève à 60 milliards d’euros et la TVA à 185 milliards d’euros environ. Poussant même les Etats européens à baisser leur taux d’IS pour contrer les offensives irlandaises. Dans ces conditions, la négociation apparaît comme une tentative désespérée. Il faut pourtant traiter la question au fond. Se demander comment changer les règles pour éviter ces excès qui se sont installés de manière permanente, humiliant un peu plus chaque jour les Etats. Comment? En homogénéisant les assiettes et les taux d’imposition en Europe ; en modernisant les outils des administrations avec la promesse offerte par les Big Data ; en changeant les règles, sans se limiter au siège social des entreprises pour fonder le lieu d’imposition ; en renforçant et précisant la notion « d’établissement stable » ; en améliorant le reporting pays par pays ; etc. Nous avons des lois, des outils et des process qui datent d’un siècle face à une économie sans frontières dont la transformation est d’une rapidité sans précédent. En définitive, cette solution « effet de manche » apparaît comme un signal fort envoyé aux Gafa, leur indiquant que les accords seront la règle, accords au sein desquels ils se trouveront souvent en position de force et où ils finiront par payer moins que ce qu’ils doivent. Cette position va peut-être dans le sens de l’histoire du président de la République, qui instille une certaine américanisation de notre société, de la main sur le cœur pendant l’hymne national jusqu’au règlement transactionnel des délits financiers. Heureusement, le gouvernement annonce en même temps qu’il fait appel de la décision du tribunal administratif. Faible consolation qui laisse un peu d’espoir quant à l’issue de ce bras de fer. »

Eric Sadin : vers le cauchemar de la silicolonisation du monde

Eric Sadin : vers le cauchemar de la  silicolonisation du monde

  •  

Eric Sadin,  philosophe, met en garde contre le technolibéralisme contemporain qui menace gravement l’humanisme dans une interview au Figaro. Un procès sans doute excessif des nouvelles technologies dont le développement mérite bien sûr d’être maîtrisé et régulé mais son point de vue  est significatif des peurs voire des fantasmes qui agite la socité.  Un positionnement qui mérite d’être lu même si l’auteur fait un mélange assez approximatif des concepts techniques et philosophiques.


 

FIGAROVOX. – Vous établissez un lien entre les années 1960 et les nouvelles technologies, entre Jimi Hendrix et les GAFA. Quel est ce lien?

 

Eric SADIN. – San Francisco, au cours des années 1960, représentait le foyer le plus actif de la contre-culture. Ses acteurs étaient fort divers, néanmoins tous voulaient instaurer de nouvelles modalités d’existence à l’écart des normes sclérosées héritées de la société américaine des années 1950. La ville formait un bouillon de culture qui cherchait à réaliser les conditions d’une démocratie locale, à promouvoir la justice sociale, à s’opposer à la répartition rigide des rôles entre les sexes, à s’engager dans des expériences communautaires, ou à expérimenter des formes artistiques et culturelles privilégiant l’intensité sensorielle. Tout un mélange bigarré qui dessinait une scène unique au monde et qui en outre chercha à construire une Nouvelle Gauche. Une gauche nouvelle qui aurait renoncé tant à l’orthodoxie dogmatique du communisme qu’à la frilosité et à l’atonie de la gauche traditionnelle.

Mais l’élan utopique finit par se briser.

Mais l’élan utopique finit par se briser. Certains, qui avaient côtoyé de plus ou moins près ce large mouvement, décideront de le réactiver, mais hors de toute dimension collective, se chargeant presque en solitaire de répondre à ces aspirations. En les déplaçant vers des moyens jugés plus pragmatiques, grâce à l’avènement de l’informatique personnelle dont on supposait, on ne sait par quel abus rhétorique et rétrécissement subit du champ de l’expérience, qu’elle pouvait être porteuse des mêmes valeurs d’autonomie individuelle et d’émancipation sociale et politique

C’est à cette époque que se constitua tout un imaginaire autour ce qui fut alors nommé «cyberculture». Elle aspirait à de nouvelles formes de créativité grâce aux pouvoirs offerts par les machines informatiques alors très embryonnaires.

L’avènement de l’Internet laissa entrevoir la réalisation du « village global ».

Plus tard, l’avènement de l’Internet laissa entrevoir la réalisation du «village global» prophétisé au cours des mêmes années 1960 par Marshall McLuhan. Le protocole rendant possibles des communications entre personnes au mépris des distances physiques à des coûts marginaux, autant qu’un accès à des corpus de tous ordres. Dimensions qui ont contribué à le parer de vertus supposées offrir un surcroît d’autonomie aux individus.

Mais très vite, au moment de sa soudaine généralisation, vers le milieu des années 1990, il a été massivement investi par le régime privé. Qui l’a d’abord exploité comme un nouveau canal de vente de biens et de services, en inaugurant les «magasins en ligne». Ensuite par l’exposition de bannières publicitaires, alors très rudimentaires. Un peu plus tard est apparu un modèle inédit, fondé sur le suivi des navigations et la constitution de gigantesques bases de données à caractère personnel, dont Google devint l’acteur majeur.

Ces trois axes n’ont cessé de se sophistiquer au cours des années 2000 et ont définitivement assis la domination des puissances économiques sur le monde numérique.

Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle étape de la numérisation progressive du monde.

Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle étape de la numérisation progressive du monde. Celle de la dissémination tous azimuts de capteurs. À terme, toutes les surfaces sont appelées à être connectées: corps, domiciles, véhicules, environnements urbains et professionnels… Cette architecture technologique entraînant un témoignage intégral de nos comportements permettant à l’économie du numérique de s’adosser à tous les instants de l’existence, de n’être exclue d’aucun domaine, et d’instaurer ce que je nomme une «industrie de la vie» cherchant à tirer profit du moindre de nos gestes.

A vous lire, l’économie des start-up est une utopie. Comment en définir les contours?

La start-up, c’est la nouvelle utopie économique et sociale de notre temps. N’importe qui, à partir d’une «idée», en s’entourant de codeurs et en levant des fonds grâce aux capital-risqueurs, peut désormais se croire maître de sa vie, «œuvrer au bien de l’humanité», tout en rêvant de «devenir milliardaire».

La start-up, c’est la nouvelle utopie économique et sociale de notre temps.

La start-up offre une cure de jouvence au capitalisme. Un capitalisme paré de contours lumineux, non plus fondé sur l’exploitation de la majorité de ses acteurs, mais sur des «vertus égalitaires», offrant à tous, du «startupper visionnaire», au «collaborateur créatif», ou à «l’auto-entrepreneur autonome», la possibilité de s’y raccorder «librement» et de s’y «épanouir». C’est pourquoi elle est adoubée par les forces tant «progressistes» que libérales, faisant l’objet d’une quasi-unanimité puisque chacun peut aller y piocher des arguments répondant à sa sensibilité. En cela, la start-up incarne de façon paradigmatique le consensus idéologique social-libéral de notre temps.

Or, à y voir de près, le mythe s’effondre aussitôt. La plupart des start-up échouent rapidement. Le régime de la précarité prévaut. Une pression horaire est exercée par le fait de l’obligation rapide de résultat. Il est souvent offert des stock options qui, sous couvert d’intéressement aux résultats futurs et hypothétiques, évite de convenablement rémunérer les personnes.

Le technolibéralisme a institué des méthodes managériales laissant croire que chacun peut librement s’épanouir.

Plus largement, le technolibéralisme a institué des méthodes managériales laissant croire que chacun peut librement s’épanouir. En réalité tout est aménagé afin de profiter au maximum de la force de travail chacun. En outre, les conditions de fabrication du hardware dans les usines asiatiques sont déplorables. Quant aux travailleurs dits «indépendants» qui se lient aux plateformes, ils se trouvent soumis à leurs exigences et ne sont protégés par aucune convention collective.

Enfin les grands groupes savent opérer des montages complexes afin de se soustraire à l’impôt. Le technolibéralisme relève de la criminalité, non pas en cols blancs, mais en sweet-shirt à capuche. Et pourtant ce modèle est partout célébré. Comment un tel aveuglement est-il possible?

Que vous inspire les discours des politiques qui font des nouvelles technologies une sorte d’eldorado de la croissance et de la prospérité?

Les responsables politiques se situent aux avant-postes de cette «silicolonisation du monde», éprouvant la terreur de «rater le train de l’histoire», convaincus que le soutien, sous toutes les formes, à l’industrie du numérique, va résoudre les difficultés économiques autant que nombres des problèmes de la société. Tel celui de l’école publique, par exemple, qui voit actuellement une massive introduction du numérique envisagé comme la panacée au marasme de l’éducation nationale. C’est aussi cela la silicolonisation du monde, le fait que le régime privé s’infiltre partout, supposé apporter un surcroît de compétence et structurant des secteurs aussi décisifs sans l’assentiment des citoyens.

Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique est une ayatollah du siliconisme, ne cessant de se réjouir du modèle de la French Tech.

Cette situation est favorisée par une intense politique de lobbying menée par l’industrie du numérique, tant à Washington, qu’à Bruxelles. En France par exemple, Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique est une ayatollah du siliconisme, ne cessant de se réjouir du modèle de la French Tech, dans une ignorance ou une indifférence manifestes à l’égard de toutes les conséquences induites.

De son côté, le Conseil national du numérique œuvre à faciliter le développement tous azimuts de l’économie de la donnée, ne se souciant que des seuls enjeux économiques dans un mépris coupable à l’égard de toutes les incidences civilisationnelles. Il doit être relevé que les deux tiers de ses membres sont des responsables d’entreprises impliquées dans l’économie de la donnée alors qu’il s’agit d’un organe de préconisation de la République. Ce qui correspond exactement à ce qui est nommé «conflit d’intérêt». C’est un scandale qui doit être dénoncé haut et fort.

Dans son livre Le Révolutionnaire, l’expert le geek (Plon), Gaspard Koenig prophétisait, avant 2050, des troubles sociaux, conséquences de la révolution économique enclenchée dans la Sillicon Valley. Partagez-vous ce point de vue?

On peut toujours prophétiser sans grand risque sur des perspectives à trente ans. Pour ma part, ce que je relève, c’est qu’aujourd’hui l’industrie du numérique s’est engagée dans une conquête intégrale de la vie et qu’elle entend façonner de part en part la société, que ce soient la forme de notre intimité domestique, le monde du travail, l’organisation urbaine, l’éducation, la santé…

La silicolonisation du monde institue à terme une marchandisation intégrale de la vie autant qu’une organisation automatisée de la société.

La société, dans sa grande majorité, témoigne d’une regrettable passivité. Quant à la classe politique, elle est comme pétrifiée par une fascination sans borne. Regardez la façon, lors de cette édition du CES de Las Vegas, avec laquelle les responsables politiques français de tous bords, de François Fillon à Michel Sapin et tant d’autres vont allègrement s’agenouiller devant les gourous de la Silicon Valley, vantant en boucle l’horizon radieux promis par l’économie de la donnée. Sans saisir qu’elle institue à terme une marchandisation intégrale de la vie autant qu’une organisation automatisée de la société. À leurs yeux, la silicolonisation relève d’une sorte de miracle historique. Elle offre un appel d’air salvateur inespéré qui va les sauver de leur incapacité à n’avoir su lutter efficacement contre les crises économiques à l’œuvre depuis des décennies.

C’est à toutes les forces de société civile de faire œuvre de politique.

Puisque la classe politique non seulement fait défaut sur ces enjeux majeurs, mais pire encore, se soumet de façon béate au nom des sacro-saints points de croissance et de l’emploi. Alors, c’est à toutes les forces de société civile de faire œuvre de politique. Pour l’instant, nous voyons trop peu de signes de cela, mais j’observe que les choses sont en train de progressivement se modifier. Nous devons espérer que des oppositions salutaires se manifestent partout où elles doivent se manifester. Si c’est le cas, alors ce sera là une des luttes majeures des années à venir.

L’homme a toujours dominé la machine, pourquoi serait-il désormais incapable de le faire dans un monde silliconisé?

La nature de la technique est en train de muter. Celle qui émerge actuellement ne consiste plus à répondre à de seules tâches fonctionnelles mais à assurer une mission organisationnelle. Il s’agit là d’une rupture majeure. C’est le rôle désormais dévolu à l’intelligence artificielle, celui de gérer «au mieux» les affaires humaines.

Ce n’est pas la race humaine qui est en danger, mais bien la figure humaine, en tant que dotée de la faculté de jugement et de celle d’agir librement et en conscience.

L’intelligence artificielle est érigée comme une sorte de «surmoi» doté de l’intuition de vérité et appelé à guider en toute circonstance nos vies vers la plus grande efficacité et confort supposés. Dimension emblématique dans les assistants numériques personnels, tels Siri d’Apple ou Google Now, à l’efficacité encore balbutiante, destinés à terme à nous accompagner au cours de nos quotidiens. Beaucoup de choses ont été dites sur l’intelligence artificielle, notamment qu’elle allait à terme se «retourner» contre ses géniteurs. Vision grotesque et fantasmatique. Ce n’est pas la race humaine qui est en danger, mais bien la figure humaine, en tant que dotée de la faculté de jugement et de celle d’agir librement et en conscience. Car c’est notre pouvoir de décision qui va peu à peu être dessaisi, appelé à être substitué par des systèmes supposés omniscients et plus aptes à décider du «parfait» cours des choses dans le meilleur des mondes et qui de surcroît ne visent in fine qu’à satisfaire de seuls intérêts privés.

Vous concluez votre livre par l’éloge de la limite. Où faut-elle la fixer?

Xavier Niel dit de L’École 42 qu’il a fondée, que le principe qui la guide «c’est no limit». Proposition qui fait écho aux super-héros de la Silicon Valley ou des grandes figures de l’industrie du numérique qui ambitionnent tous de «cracker le système». Ce sont les nouvelles figures contre-culturelles de notre temps (où l’on renoue avec le San Francisco des années 1960). Cracker le système voulant dire conquérir la vie entière, palier l’imperfectibilité du monde et de l’humain grâce à des systèmes d’intelligence artificielle infaillibles et omniscients et transformer le vivant en vue d’annihiler la mort. Voit-on la volonté qui se manifeste ici de plier le réel à tous ses désirs et fantasmes?

 

Volonté de toute-puissance, névrose de l’enrichissement perpétuel et déni de l’imprévisibilité du réel et de la mort, à l’œuvre dans le délire transhumaniste.

Or, c’est exactement la conjugaison de ces trois ambitions à laquelle procède le technolibéralisme. Volonté de toute-puissance, névrose de l’enrichissement perpétuel et déni de l’imprévisibilité du réel et de la mort, à l’œuvre dans le délire transhumaniste. Facteurs qui ne s’additionnent pas, mais qui se potentialisent entre eux comme il est dit en médecine. C’est-à-dire que leurs effets néfastes se démultiplient au croisement des autres, faisant d’ores et déjà céder de nombreuses digues de toutes natures en un temps réduit entraînant une conséquence majeure: la soudaine perte de repères à toutes les échelles de la société. Ce qui aujourd’hui rend possible ces dérèglements, c’est l’avènement des technologies dites «de l’exponentiel». L’expression supposant que les bornes jusque-là tracées n’ont plus de raison d’être, que toutes, un jour ou l’autre, sont appelées à être franchies, entérinant dans la langue, consciemment ou inconsciemment, cet irrésistible ouragan. Ouragan dont la particularité est qu’il dessaisit la société de sa capacité à se prononcer en conscience et par la délibération collective, conformément à des exigences démocratiques fondamentales.

« Un homme ça s’empêche » disait Camus.

Or, la limite, c’est à la fois la conscience et la preuve sans cesse renouvelée que nombres de choses nous excèdent et que le réel ne peut s’ajuster à tout instant à notre volonté. Sa prise en compte revenant à se ranger au principe de réalité nous permettant de ne pas nous illusionner quant à l’étendue de notre puissance. Ce que cherche précisément à abattre l’industrie du numérique en ambitionnant une maîtrise toujours plus prégnante sur le cours des choses.

«Un homme ça s’empêche» disait Camus ; nous pourrions rajouter, ce n’est pas seulement chaque être qui doit s’empêcher, c’est la société tout entière, ce sont les civilisations qui doivent s’empêcher, au risque de sombrer dans le chaos. Il n’est pas concevable que des êtres dévorés par leur pulsion de toute-puissance entendent façonner nos vies sans que leur soient opposées des forces contraires.

 

Ce qui se joue, c’est un modèle de civilisation contre un autre et il faut choisir.

En outre, nous sommes tous citoyens mais également consommateurs, et nous pouvons notamment, par des décisions simples mais d’une redoutable efficacité, mettre en échec ce modèle. Raison pour laquelle j’en appelle au refus de l’achat d’objets connectés et de protocoles dits «intelligents» chargés de nous assister en continu, autant que des compteurs Linky par exemple, mémorisant nos gestes au sein de nos habitats.

Jamais autant qu’aujourd’hui le refus de l’acte d’achat n’aura revêtu une telle portée politique, civilisationnelle même. Contre l’ambition démesurée du technolibéralisme à vouloir piloter le cours de nos vies, nous nous devons de sauvegarder la part inviolable de nous-mêmes, autant que notre autonomie de jugement et d’action. Car ce qui se joue, c’est un modèle de civilisation contre un autre et il faut choisir. L’un, issu de l’humanisme, s’efforçant sans fin de sauvegarder l’autonomie de notre jugement et notre droit à agir librement. L’autre, cherchant à monétiser tous les instants de la vie et à sans cesse encadrer, via des systèmes, l’action humaine.

Nous devons espérer qu’une multitude d’initiatives et d’actions concrètes se mettent en marche, fermement décidées à contrecarrer cet anarcho-libéralisme numérique indigne et à faire valoir des modes d’existence pleinement respectueux de l’intégrité et de la pluralité de la vie humaine.

Car si nous ne reprenons pas la main, alors c’est le technolibéralisme qui va de part en part dessiner la forme de nos vies individuelles et collectives et cela est inacceptable.

Les limites de la fascination pour le numérique » (Eric Sadin, philosophe)

Les limites de la  fascination pour le numérique » (Eric Sadin, philosophe)

Dans une  interview au JDD le philosophe et écrivain Erix Sadin met en garde contre la fascination du numérique,. « l’industrie de la vie » et les dangers des technologies dans notre quotidien. Il appelle au boycott de certains objets connectés, dans son dernier essai, La Silicolonisation du monde.

 

Eric Sadin, dans son dernier livre, La Silicolonisation du monde, s’alarme de l’impact du technolibéralisme sur nos vies.

Vous dénoncez dans votre livre l’émergence d’une « industrie de la vie ». Les dangers du numérique viendraient moins d’Internet et des réseaux sociaux que des objets connectés?
Nous ne sommes plus seulement dans l’âge de l’accès à une infinité de textes, de musiques ou de vidéos à des coûts marginaux. Nous entrons dans l’ère de la numérisation intégrale du monde. La dissémination sans cesse croissante de capteurs va envahir nos corps, nos habitats, nos environnements urbains et professionnels. L’extension des objets connectés entraîne une connaissance approfondie des comportements, détenue par les compagnies privées, leur permettant de continuellement coller à la vie des personnes. Par exemple, un pèse-personne connecté ne se contente pas d’indiquer notre poids, mais suggère, en fonction des résultats, des produits supposés adaptés. La télévision connectée est déjà capable d’enregistrer et d’interpréter les conversations tenues à proximité et de suggérer, en fonction des propos, des programmes ou des produits en rapport. C’est cela que je nomme l’industrie de la vie : la collecte, à terme, de tous les flux de l’existence permettant au libéralisme numérique de tirer profit du moindre de nos gestes.

 

Que redoutez-vous?
L’industrie du numérique prétend alléger nos existences, voulant nous offrir à tout moment le meilleur de ce que nous pouvons attendre. Forme d’accompagnement qui ne prend pas seulement une forme incitative mais tout autant coercitive. Dimension particulièrement emblématique dans le champ du travail. En fonction des cadences de production, des systèmes rétroagissent et dictent les actions du personnel. Ces pratiques sont à l’œuvre, par exemple, dans certains entrepôts d’Amazon ou dans les ateliers de fabrication de Zara. La capacité d’initiative et de créativité des individus est niée, réduite à exécuter des ordres émanant de programmes, administrés la plupart du temps par des cabinets extérieurs. Il est temps que les syndicats se saisissent de ces questions qui bafouent le droit du travail autant que la dignité humaine.

Lire aussi : Quand l’innovation et le digital bouleversent notre relation au travail

L’intelligence artificielle risque-t-elle de supplanter l’humain?
Elle devient une sorte de surmoi qui détiendrait l’intuition de vérité en toute chose et appelée à nous signaler en toutes circonstances les meilleures actions à prendre. Par exemple, Watson, le programme conçu par IBM, est un outil de diagnostic médical. D’ores et déjà, aux États-Unis, des compagnies d’assurances lui accordent davantage de crédit qu’à un médecin! Mais Watson ne saisit rien de la dimension sensible d’un patient, de ses doutes manifestes dans ses paroles ou de ses larmes. C’est un dispositif qui réduit tout à des données et évacue la part impalpable de l’existence. L’industrie du numérique relève d’un réductionnisme qui exclut quantité de dimensions de la vie humaine. Au-delà d’un modèle économique, c’est un modèle civilisationnel qui s’instaure, fondé sur l’exclusion du sensible, l’automatisation de secteurs toujours plus étendue de la société et la marchandisation intégrale de la vie.

Mais toutes ces innovations améliorent notre quotidien…
Les technologies numériques sont de plus en plus appelées à entretenir un rapport de compagnonnage avec leurs utilisateurs, prenant des contours bienveillants. Dimension qui franchira un seuil lorsque les assistants numériques personnels tels Siri d’Apple ou Google Now, à l’efficacité encore balbutiante, en viendront à nous prodiguer des conseils relatifs à la quasi-totalité des séquences de nos quotidiens. Ce sera encore le cas avec la voiture sans pilote, par exemple, qui ne se contentera pas de piloter le véhicule mais nous proposera de faire une pause dans tel restaurant ou tel hôtel supposés adaptés à notre profil. En prétendant nous offrir le meilleur confort supposé, c’est notre pouvoir de jugement et de décision dont nous dessaisit peu à peu le technolibéralisme.

Vous êtes particulièrement critique sur l’école numérique. Pourquoi
La précipitation avec laquelle l’Éducation nationale cherche à instaurer des établissements numériques représente une grave faute politique. À ce titre, la place que prend actuellement Microsoft dans l’école publique, s’arrogeant un pouvoir de partenaire éducatif, constitue un scandale qui doit être dénoncé. Aux États-Unis, des actions de groupe ont été menées par des parents d’élèves contre des applications éducatives de Google qui revendaient les données, portant sur les comportements des élèves, à des cabinets de recrutement et à des entreprises de fournitures scolaires. Ils ont obtenu gain de cause. Les tablettes quantifient les comportements des élèves mais aussi ceux des professeurs. En outre, la place du livre se trouve peu à peu marginalisée, alors qu’il représente un des piliers de notre civilisation.

Oui, mais que faire
Les responsables politiques restent aveugles à l’étendue des conséquences civilisationnelles induites par l’industrie du numérique. Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, est une ardente apôtre du siliconisme. Et que dire du Conseil national du numérique, organe de préconisation de la République dont les deux tiers des membres sont des responsables de l’économie de la donnée? Mais nous, citoyens, pouvons mettre en échec ce modèle indigne. Il est plus que temps de nous défaire de la fascination et d’entrer dans l’âge de la responsabilité. Pour ma part, j’en appelle au refus de l’achat d’objets connectés et de protocoles dits intelligents ; au refus de l’infiltration tous azimuts de capteurs, tels les compteurs Linky appelés à mémoriser nos gestes au sein de nos habitats. Ce qui est en jeu, c’est la sauvegarde des valeurs humanistes qui nous constituent. De notre degré de mobilisation dépendra rien de moins que la nature, présente et future, de notre civilisation.

La Silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique, L’Échappée, 256 p., 17 €

Myriam El-Khomri doit démissionner (Eric Verhaeghe)

Myriam El-Khomri  doit démissionner (Eric Verhaeghe)

 

 Eric Verhaeghe a été président de l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) entre 2004 et 2009.

 

« On s’étonnera de lire de-ci de-là un concert de soutien plus ou moins franc à la ministre, sur le mode du: ce n’est pas si grave que la ministre du Travail ne connaisse pas les principales règles applicables au contrat à durée déterminée. Après tout, attend-t-on d’une ministre de l’Éducation qu’elle sache en quoi consiste le baccalauréat, attend-on d’une ministre de la Culture qu’elle sache apprécier un roman, attend-on du ministre des Finances qu’il sache lire les comptes de l’Etat? Le renoncement d’un certain nombre de relais d’opinion face à la compétence minimale en politique est un étrange signal du déclin français. Des esprits éminents n’attendent même plus d’un ministre de la République qu’il connaisse les grands mécanismes qu’il doit conduire ou qu’il doit réformer.  C’est d’ailleurs l’argument de Myriam El-Khomri: je suis là pour réformer, pas pour savoir! Mais quelle intelligence de la réforme, si elle s’attaque à des sujets qui ne sont pas compris ni maîtrisés. Le plaidoyer en faveur de l’ignorance auquel la ministre s’est livré en sortant du Conseil du mercredi en dit long sur le poids de la technostructure en France: plus besoin de connaître les dossiers pour décider- les fonctionnaires sont là pour savoir à la place des élus.  Se satisfaire de cette décrépitude explique largement la défiance des Français vis-à-vis de leurs élus, et François Hollande enverrait, à l’approche des régionales, un signal positif en demandant à sa ministre de partir. Les cafouillages du gouvernement sur les mesures fiscales de 2016 en disent long sur l’approximation des ministres dans la maîtrise des dossiers, et sur le poids qu’ils laissent aux fonctionnaires dans la conduite des affaires. Se satisfaire de cette décrépitude explique largement la défiance des Français vis-à-vis de leurs élus, et François Hollande enverrait, à l’approche des régionales, un signal positif en demandant à sa ministre de partir. Il montrerait ainsi qu’il souhaite inverser la courbe du déclin démocratique en France – une courbe à laquelle il gagnerait à s’attaquer avant qu’il ne soit trop tard. La question du contrat à durée déterminée n’est pas, contrairement à ce que notre ignorante ministre soutient, une question secondaire. Si le CDD est bien minoritaire dans la masse des contrats salariaux, il constitue toutefois une cause majeure du chômage. Une inscription nouvelle à Pôle Emploi sur quatre est due à une fin de CDD. Si le CDD est bien minoritaire dans la masse des contrats salariaux, il constitue toutefois une cause majeure du chômage. Dire qu’il n’est pas essentiel de connaître les règles applicables à ce dispositif, c’est soutenir qu’il n’est pas intéressant de comprendre un quart du chômage en France. Quand on est ministre du travail, ce manque d’empathie ne peut qu’être interprété pour ce qu’il est vraiment: un désintérêt marqué confinant au mépris profond pour les personnes qui n’ont pas d’emploi.  Myriam El-Khomri aurait voulu signifier qu’elle se moque souverainement du sort des chômeurs en France, elle ne s’y serait pas prise autrement. C’est précisément ce mépris pour les gens qui tue ce pays. Qu’une ministre ne démissionne pas spontanément lorsqu’elle est prise en flagrant délit d’une telle ignorance sur ce qui touche à l’emploi et au chômage montre toute l’ampleur du mépris que ce gouvernement porte pour le monde du travail privé. Myriam El-Khomri aurait voulu signifier qu’elle se moque souverainement du sort des chômeurs en France, elle ne s’y serait pas prise autrement. Mais il est vrai que ce monde-là, la ministre n’y a jamais mis les pieds. Sur le fond, Myriam El-Khomri constitue la parfaite incarnation de la décadence qui pourrit le pouvoir en France et explique notre naufrage collectif.  Pour se régénérer, la gauche pourrait faire le choix de piocher des talents dans les milieux populaires, puis de les faire émerger. Mais de talent, elle ne veut point. Elle préfère des esprits soumis, malléables, vierges comme des tablettes de cire, qui obéissent aux moindres caprices des puissants.  Myriam El-Khomri est de ceux-là : dégottée par le parrain Bartolone pour exécuter des basses œuvres, la ministre appartient à ce lot de thuriféraires sans imagination qui répètent laborieusement leur leçon. Myriam El-Khomri est de ceux-là: dégottée par le parrain Bartolone pour exécuter des basses œuvres, la ministre appartient à ce lot de thuriféraires sans imagination qui répètent laborieusement leur leçon. Ils sont là pour servir leur maître et trouvent leur bonheur dans la fange de la soumission dont ils déshonorent la liberté de l’esprit. Quand elle dit: je ne suis pas là pour savoir mais pour faire une réforme, elle ne dit pas autre chose.  Cette classe d’apparatchiks tue, année après année, la chose publique et l’intérêt général. La ministre du Travail appartient à cette galaxie d’imposteurs choisis non pour leur mérite mais pour leur flagornerie, non pour leur compétence mais pour leur absence de conscience. Ces gens-là tuent la nation française à petits feux »

 

« Hollande: la méthode Coué (Eric Coquerel -PG)

« Hollande: la méthode Coué (Eric Coquerel -PG)

Eriv Coquerel estime que Hollonde est un adepte de la méthode Coué. Aprèsl ‘incantation de l’inversion du chômage, c’est maintenant celle  de la croissance, mais sans résultat. Invité de France Info ce vendredi, le secrétaire national du Parti de gauche, Eric Coquerel, déclare « Avec la politique de François Hollande, c’est la méthode Coué« , lance-t-il. « Je ne vois pas ce qu’il y a à sauver dans l’année de François Hollande« . Et c’est l’anémie qui guette l’économie : « Le partage des richesses est totalement inégal. Il y a de plus en plus d’argent qui va au capital, dans le pire du capital, celui qui n’est pas investi, qui boursicote, celui des actions. Et du coup vous avez moins d’argent pour tous ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre« . « Une politique qui fait en sorte que l’activité soit de plus en plus diminuée. Une politique qui fait en sorte que l’argent aille toujours au même endroit, c’est-à-dire dans les entreprises, mais sans contrainte. Ce qui veut dire que ça part chez les actionnaires. Le problème aujourd’hui, c’est pas le coût du travail, ce sont les bons de commande des entreprises. Il faut faire en sorte qu’ils augmentent« , explique-t-il. Si est revenu sur l’affaire des bancs d’Angoulême, qu’il relie à la pauvreté et aux inégalités dans le partage des richesses en France. Un problème que la politique de François Hollande fait empirer selon lui.   »C’est un mauvais conte de Noël, c’est indigne« . Commentaire d’Eric Coquerel, secrétaire national du Parti de gauche, invité de France Info ce vendredi sur le dispositif anti-SDF du maire d’Angoulême. Mais pour lui, s’indigner de l’installation de grillages autour de bancs publics ne suffit pas : « C’est une politique, c’est celle de l’austérité, celle du partage des richesses. On est la cinquième puissance économique et on a neuf millions de Français en dessous du seuil de pauvreté. Quand vous avez autant de pauvres dans ce pays, au bout d’un moment, on ne peut plus les cacher ». Et pour lui, la politique menée par François Hollande ne fait qu’aggraver cette situation : « Avec la politique de François Hollande, c’est la méthode Coué« , lance-t-il. « Je ne vois pas ce qu’il y a à sauver dans l’année de François Hollande« . Et c’est l’anémie qui guette l’économie : « Le partage des richesses est totalement inégal. Il y a de plus en plus d’argent qui va au capital, dans le pire du capital, celui qui n’est pas investi, qui boursicote, celui des actions. Et du coup vous avez moins d’argent pour tous ceux qui n’ont que leur force de travail pour vivre« . « Une politique qui fait en sorte que l’activité soit de plus en plus diminuée. Une politique qui fait en sorte que l’argent aille toujours au même endroit, c’est-à-dire dans les entreprises, mais sans contrainte. Ce qui veut dire que ça part chez les actionnaires. Le problème aujourd’hui, c’est pas le coût du travail, ce sont les bons de commande des entreprises. Il faut faire en sorte qu’ils augmentent« , explique-t-il.

Bradage d’Alstom énérgie : résultat du chantage américain (Éric Denécé)

 

Bradage d’Alstom énérgie  : résultat du chantage américain  (Éric Denécé)

 

Alors que refait surface l’affaire de la venet d’Alstom à GE, il est intéressant de relire l’interview donnée en juillet à L’humanité par  Éric Denécé, ancien militaire,  consultant en risk management et intelligence économique (interview à l’Humanité)

 

« La récente vente d’Alstom à General Electric (GE) pose un problème fondamental de souveraineté à notre pays, tant en matière militaire qu’énergétique. En matière de turbines pour les bâtiments de surface et les sous-marins de la marine nationale, GE se trouve désormais être un fournisseur en situation de quasi-monopole, ce qui rendra notre flotte de guerre très largement dépendante de ses livraisons. En matière de surveillance de l’espace, nous cédons également la filiale d’Alstom Satellite Tracking Systems, qui fournit nos armées, en particulier la direction du renseignement militaire (DRM), et qui contribue à l’efficacité de notre dissuasion nucléaire par la surveillance constante des satellites alliés ou adverses. Sur le plan du nucléaire civil, nous tombons, par cette vente, totalement entre les mains de GE pour l’approvisionnement de nos centrales en turbines et en pièces de rechange. Le rachat de cette filiale critique remet directement en cause notre maîtrise intégrée de la construction d’une centrale et nous prive de débouchés à l’export, car Alstom est l’un des leaders mondiaux en la matière. Nous venons donc d’abandonner à la fois notre souveraineté, des savoir-faire technologiques essentiels que peu de pays au monde maîtrisent et que nous avons mis des années à construire, et une entreprise rentable qui dispose de débouchés commerciaux indéniables. En l’espèce, la loi du marché ne justifiait nullement cette vente. Outre son rejet du pouvoir socialiste, l’une des raisons qui ont conduit Patrick Kron à vendre Alstom à GE est la menace de poursuites pour corruption qui pèse sur les dirigeants du groupe français, sans qu’il soit possible d’en mesurer le bien-fondé. Il s’agit bien là d’un chantage américain. En effet, nous sous-estimons toujours les pratiques déloyales et illégales américaines dans la compétition économique mondiale. Rappelons qu’au nom de la « guerre contre le terrorisme », la NSA écoute la planète entière, en particulier les entreprises étrangères qui concurrencent les firmes américaines. Ainsi, depuis la fin de la guerre froide, les Américains ont développé une véritable stratégie planétaire de domination politique, juridique et économique : la mondialisation n’est finalement que l’imposition au reste du monde du droit et des lois américains. C’est là la définition même de l’impérialisme. L’affaire Alstom est à rapprocher d’autres offensives que les États-Unis ont déclenchées contre nous, profitant de notre faiblesse politique du moment à cause d’un président impopulaire et passif : remise en cause par Washington de la vente de navires Mistral à la Russie et véritable racket dont a été victime BNP Paribas. C’est pourquoi il est temps de sortir de l’aveuglement dans lequel nous baignons : nous ne sommes plus amis depuis longtemps avec les États-Unis, tout au plus alliés. La guerre économique est depuis longtemps déclarée et il est affligeant que nous ne rendions pas les coups ! Ainsi, contrairement aux allégations du gouvernement, le dossier Alstom n’est en aucun cas une victoire française. C’est uniquement une victoire de GE qui a eu tout ce qu’il voulait. Ce qui est incroyable, c’est que l’entreprise américaine a pu dérouler toute sa stratégie sans la moindre opposition de la part de notre pays. L’affaire Alstom révèle donc l’incompréhension de la compétition économique des dirigeants politiques français. Le gouvernement n’a pas été à la hauteur des enjeux. Mis à part les rodomontades d’Arnaud Montebourg, rien n’a été fait. Pire, certains, dans la haute administration, ont torpillé dès le départ l’option d’un rachat d’Alstom par la France

 

Vente d’Alstom : résultat du chantage américain (Éric Denécé)

Vente d’Alstom : résultat du chantage américain  (Éric Denécé)

 

Alors que refait surface l’affaire de la venet d’Alstom à GE, il est intéressant de relire l’interview donnée en juillet à L’humanité par  Éric Denécé, ancien militaire,  consultant en risk management et intelligence économique (interview à l’Humanité)

 

« La récente vente d’Alstom à General Electric (GE) pose un problème fondamental de souveraineté à notre pays, tant en matière militaire qu’énergétique. En matière de turbines pour les bâtiments de surface et les sous-marins de la marine nationale, GE se trouve désormais être un fournisseur en situation de quasi-monopole, ce qui rendra notre flotte de guerre très largement dépendante de ses livraisons. En matière de surveillance de l’espace, nous cédons également la filiale d’Alstom Satellite Tracking Systems, qui fournit nos armées, en particulier la direction du renseignement militaire (DRM), et qui contribue à l’efficacité de notre dissuasion nucléaire par la surveillance constante des satellites alliés ou adverses. Sur le plan du nucléaire civil, nous tombons, par cette vente, totalement entre les mains de GE pour l’approvisionnement de nos centrales en turbines et en pièces de rechange. Le rachat de cette filiale critique remet directement en cause notre maîtrise intégrée de la construction d’une centrale et nous prive de débouchés à l’export, car Alstom est l’un des leaders mondiaux en la matière. Nous venons donc d’abandonner à la fois notre souveraineté, des savoir-faire technologiques essentiels que peu de pays au monde maîtrisent et que nous avons mis des années à construire, et une entreprise rentable qui dispose de débouchés commerciaux indéniables. En l’espèce, la loi du marché ne justifiait nullement cette vente. Outre son rejet du pouvoir socialiste, l’une des raisons qui ont conduit Patrick Kron à vendre Alstom à GE est la menace de poursuites pour corruption qui pèse sur les dirigeants du groupe français, sans qu’il soit possible d’en mesurer le bien-fondé. Il s’agit bien là d’un chantage américain. En effet, nous sous-estimons toujours les pratiques déloyales et illégales américaines dans la compétition économique mondiale. Rappelons qu’au nom de la « guerre contre le terrorisme », la NSA écoute la planète entière, en particulier les entreprises étrangères qui concurrencent les firmes américaines. Ainsi, depuis la fin de la guerre froide, les Américains ont développé une véritable stratégie planétaire de domination politique, juridique et économique : la mondialisation n’est finalement que l’imposition au reste du monde du droit et des lois américains. C’est là la définition même de l’impérialisme. L’affaire Alstom est à rapprocher d’autres offensives que les États-Unis ont déclenchées contre nous, profitant de notre faiblesse politique du moment à cause d’un président impopulaire et passif : remise en cause par Washington de la vente de navires Mistral à la Russie et véritable racket dont a été victime BNP Paribas. C’est pourquoi il est temps de sortir de l’aveuglement dans lequel nous baignons : nous ne sommes plus amis depuis longtemps avec les États-Unis, tout au plus alliés. La guerre économique est depuis longtemps déclarée et il est affligeant que nous ne rendions pas les coups ! Ainsi, contrairement aux allégations du gouvernement, le dossier Alstom n’est en aucun cas une victoire française. C’est uniquement une victoire de GE qui a eu tout ce qu’il voulait. Ce qui est incroyable, c’est que l’entreprise américaine a pu dérouler toute sa stratégie sans la moindre opposition de la part de notre pays. L’affaire Alstom révèle donc l’incompréhension de la compétition économique des dirigeants politiques français. Le gouvernement n’a pas été à la hauteur des enjeux. Mis à part les rodomontades d’Arnaud Montebourg, rien n’a été fait. Pire, certains, dans la haute administration, ont torpillé dès le départ l’option d’un rachat d’Alstom par la France

 

Eric Woerth: non-lieu

Eric Woerth:  non-lieu

 

 

No lieu pour Eric Woerth pour l’affaire de l’hippodrome de Compiègne. « Nous disions depuis quatre ans que cette affaire était sans fondement. Il y a eu une instruction particulièrement fouillée et il n’y a rien contre le ministre », a déclaré Me Jean-Yves Le Borgne à Reuters. Le ministère public avait requis en octobre un non-lieu, une position que la commission d’instruction de la CJR a confirmée. La CJR avait ouvert début 2011 une enquête pour prise illégale d’intérêt après le feu vert donné courant 2010 par Eric Woerth, juste avant de quitter le ministère du Budget pour celui du Travail, à la vente d’une parcelle de 57 ha de la forêt de Compiègne, comprenant un hippodrome et un golf, à la société de courses hippiques qui le louait déjà. L’opération s’était faite sans mise en concurrence et contre l’avis du ministère de l’Agriculture. Une expertise juridique commandée en 2012 par le ministre délégué au Budget avait conclu que la vente en question était possible légalement et que son prix – 2,5 millions d’euros – n’était pas une mauvaise affaire pour l’Etat. Mais un rapport commandé par la CJR et cité par le site d’information Mediapart concluait que l’hippodrome de Compiègne valait en fait 13 millions d’euros, ou 8,3 millions après application un abattement tenant compte de la présence d’un occupant sur le bien.  Le statut du député-maire de Chantilly dans cette affaire n’a jamais dépassé celui de témoin assisté. Pour Sébastien Huyghe, porte-parole de l’UMP, « justice est enfin rendue » à Eric Woerth « après quatre ans de polémiques et de calomnies ». Une autre enquête sur le volet non ministériel du dossier est menée en parallèle par deux juges d’instruction du pôle financier du parquet de Paris.

 




L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol