Archive pour le Tag 'environnementale'

Pas de transition environnementale sans projet collectif

Pas de  transition environnementale  sans projet collectif 

 

 

Jean Pisani-Ferry, économiste estime que dans une économie où les choix de chacun pèsent sur tous, il faut repenser le rôle de la puissance publique. Et donc oui, planifier. La question est de savoir comment, considère l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

 

Chronique.

 A défaut d’accéder au second tour, Jean-Luc Mélenchon a réussi à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.

 

L’expression surprend : le dernier plan français a pris fin en 1992. Mais, surtout, on a longtemps dit que la transition écologique reposerait sur le marché. Les économistes répétaient que le rôle des gouvernements n’était pas de jouer les chefs d’orchestre, mais de donner un prix au carbone. Le reste – choix des technologies, spécialisation sectorielle, consommation, modes de vie – serait du ressort des agents privés. L’Etat fixerait l’ampleur et le rythme de la transformation, le marché en déterminerait les modalités.

Cette belle architecture s’est défaite. En France, la hausse de la fiscalité carbone est suspendue depuis fin 2018 ; aux Etats-Unis, Joe Biden a renoncé à cet instrument ; dans le reste du monde, les recettes correspondantes sont neuf fois inférieures aux subventions aux énergies fossiles, selon les calculs de l’Institut d’économie pour le climat. Certes, le marché européen des quotas fonctionne, et l’UE envisage de l’étendre. Mais ce ne sera, au mieux, qu’un instrument partiel.

La raison première de cet échec est une hostilité sociale profonde à la tarification du carbone. Celle-ci n’est pas sans fondement : en France, en 2019, un quart seulement du produit des nouvelles taxes devait être redistribué aux ménages. Mais même une restitution intégrale, pour un montant égalitaire, est perçue comme injuste. Pour celles et ceux que le prix des combustibles contraint à se restreindre, l’équité commande d’obliger les plus aisés à renoncer à leurs week-ends à Rome. Pas d’en augmenter le prix.

Il y a pire. Si l’on veut qu’entreprises et ménages investissent pour réduire leurs émissions, il ne suffit pas de fixer le prix du carbone pour aujourd’hui, il faut aussi le programmer pour dans vingt ans. Or, les gouvernants ne peuvent pas lier les mains de leurs successeurs. Et quand ils le font, cela n’empêche pas l’Etat de se dédire : en 2013, l’abandon de l’écotaxe poids lourds lui a coûté 1 milliard d’euros en indemnités. Ce manque de crédibilité affaiblit grandement l’instrument.

Toujours nécessaire, le prix du carbone ne sera donc plus la pierre angulaire de la stratégie climat. L’Etat va agir davantage par la réglementation, la subvention, l’investissement, et assumer la responsabilité de choix technologiques, territoriaux ou sociaux. C’est, au fond, normal : entre nucléaire et renouvelables, entre mobilité électrique et hydrogène, entre métropolisation et renaissance des villes moyennes, la décision appartient à la société. Dans une économie où les choix de chacun pèsent sur tous, il faut repenser le rôle de la puissance publique. Et donc, oui, planifier. La question est comment.

La TVA environnementale: Anti taxe carbone , plus écolo et plus sociale

 

 La TVA environnementale: Anti taxe carbone , plus écolo et plus sociale

 

Jusqu’à présent, les produits polluants sont moins chers que ceux qui respectent l’environnement, mais la possibilité de baisser la TVA sur critères écologiques va fournir une arme de transformation massive de notre modèle économique, expliquent, dans une tribune au « Monde », les consultants Nathan Stern et Simon-Pierre Sengayrac.

Un article qui articule enfin problématique environnementale et sociale. Il propose une TVA environnementale réduite sur les produits peu polluants au lieu et place d’une taxe carbone qui renchérit le coût des biens y  compris pour les plus défavorisés.

 

Tribune. 

 

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), paru le 4 avril, affirme clairement que l’humanité a trois ans pour mettre en place de « rapides, profondes et la plupart du temps immédiates réductions de gaz à effet de serre dans tous les secteurs », afin de ne pas dépasser 1,5 °C de hausse de la température du globe. L’année 2021 a en effet marqué des records en matière de concentration de CO2 dans l’atmosphère et de réchauffement climatique.

S’il est établi que les modes de production et de consommation des pays développés contribuent grandement à ces dérèglements, les externalités de notre système économique – à savoir son impact sur l’environnement – sont très peu intégrées au prix final payé par les consommateurs. Alors qu’il est urgent de transformer notre économie, comment concilier nos comportements de consommateurs avec cette exigence vitale ? Sans donner une réponse exhaustive à cette question, la Commission européenne est en train de fournir aux Etats une arme de transformation massive de notre modèle : la possibilité de baisser la TVA sur critères environnementaux.

Concrètement, les institutions européennes sont en cours de révision de la directive TVA, en application depuis 2006, dont l’objet est de s’assurer que les marchés de chaque Etat membre reposent sur des règles fiscales communes. Cette révision ouvrira le droit à exonérer de TVA des produits jugés respectueux de l’environnement (au passage, cette révision entraînera aussi pour la France l’impossibilité d’appliquer des taux réduits sur le chauffage au gaz « naturel » et au bois).

Cette évolution est cruciale. En effet, la crise des « gilets jaunes » a montré à quel point il est difficile en France de mettre en place une taxe carbone sur les produits polluants, notamment le gazole. Cette crise a manifesté l’inadéquation de notre organisation sociale et territoriale avec l’urgence écologique : la planète brûle, mais il est encore difficile pour de nombreuses personnes de se rendre à leur travail ou sur leurs lieux de sociabilité sans leur voiture ; de remplir leur réfrigérateur ou encore de s’habiller sans acheter des produits dont la confection, le transport et la distribution détruisent notre planète.

Bien que la conscience écologique s’étende, en témoigne la place de ce sujet dans les préoccupations des Français, il est toujours moins cher de consommer des produits à l’empreinte environnementale élevée que des produits respectueux de l’environnement. Or, la TVA environnementale est en ce sens une anti-taxe carbone : au lieu d’augmenter les prix des produits polluants, elle baisse les prix des produits respectueux de l’environnement. Elle permet d’aligner enfin ses choix de consommation avec ses convictions écologiques.

 

La promotion de la problématique environnementale à l’école

 

La campagne présidentielle est passée à côté de la jeunesse et du défi climatique, dont l’urgence exige de revoir complètement la manière dont l’école l’aborde, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles Jean Jouzel, Jean-Louis Etienne, Tristane Banon et Tony Parker, qui proposent un « décloisonnement radical » de l’approche des questions environnementales.

 

Tribune.

 

La campagne présidentielle ne mobilise pas les jeunes, qu’ils soient en âge de voter ou non. Mais a-t-elle vraiment cherché à le faire ? Et comment aurait-elle pu, le cas échéant, y parvenir ? La tâche est complexe, face à une multiplicité de défis interdépendants qu’il incombe à la jeunesse de relever.

L’urgence climatique et environnementale rebat toutes les cartes : les repères de la vie économique et sociale, nationale et internationale, les migrations, les modes de consommation, la citoyenneté, l’alimentation. Elle remet en question la perception du corps, la mobilité, la sexualité, les identités, les relations intergénérationnelles – d’une façon générale, les rapports à soi-même, aux autres, êtres humains comme êtres vivants.

Le défi est, à bien des égards, vertigineux, ce que confirme le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril. Sur une planète Terre, devenue comme menaçante à force de lancer des signaux de détresse, la jeunesse exprime, comme jamais elle ne l’avait fait jusqu’à présent, des inquiétudes collectives profondes, mais aussi une attention renouvelée à l’environnement.

Par où fallait-il commencer ? Comment redonner à notre jeunesse quelques étoiles dans les yeux ? Par l’école. Parce que sans elle on s’épuisera en vain à réguler des secteurs en transition, à la façon de Charlot dans Les Temps modernes, embringué dans une mécanique incontrôlable ; parce que le savoir et la pensée critiques sont les meilleurs guides face à des choix difficiles, pour éviter les fausses routes, les fantasmes, les peurs « collapsistes », les ostracismes et les violences ; parce que, comme la graphie le suggère, « écologie » commence par le mot « école ».

Le changement sera matriciel ou ne sera pas. Il doit être éveillé et naître dans les cerveaux des bâtisseurs de l’avenir, non pas comme une série de données abstraites ou d’actes automatiques, mais comme un mode d’appréhension sensible du monde. Ce n’est là ni plus ni moins que la vocation première de l’école : apporter les bons matériaux pour l’exercice de l’esprit critique et pour l’esprit tout court. Mais appliquée à la construction d’une citoyenneté du XXIe siècle, c’est une révolution copernicienne, parce que l’école ne relie pas spontanément les acquis fondamentaux au défi fondamental.

Nous faisons partie du vivant et, en ce sens, l’école doit enseigner la réalité et la richesse de ses relations symbiotiques. Elle doit permettre à chacun de trouver à s’insérer dans une société ouverte au monde, en dialogue avec lui. Elle doit viser à créer et à stimuler ces liens. Elle est une éducation politique en ce qu’elle est ouverte aux autres êtres vivants : elle doit enseigner et cultiver une politique du vivant !

 

Problématique environnementale : un double enterrement

Problématique environnementale : un double enterrement

 

Paradoxalement la cause environnementale aura presque disparu de la campagne électorale présidentielle française. En cause, sans doute d’abord la crise en Ukraine qui va remettre au centre des préoccupations la compétitivité souvent au détriment de la qualité de l’environnement. En outre, une crise qui va durer peut-être des mois et même des années avec des effets négatifs sur l’inflation et plus généralement sur l’environnement. Non seulement la croissance sera remise en question au plan mondial mais son contenu productiviste et gaspilleur sera encouragé pour  compenser la hausse des coûts.

Mais il s’agit d’un double enterrement, celui évoqué par la guerre menée par la Russie mais tout autant sans doute par l’incohérence totale du parti Europe écologie les Verts qui a démontré toutes ses limites et ses contradictions et d’une certaine manière a largement discrédité la cause environnementale. La plupart des dirigeants d’Europe écologie les Verts sont d’ailleurs plus proches politiquement des communistes ou  de Mélenchon que d’un parti réellement écolo. Et ne parlons pas des délires des gauchistes de culture woke; Sandrine Rousseau illustrant jusqu’à la caricature l’extrémisme d’Europe écologie les Verts dans tous les domaines : économique, écologique, social et sociétal. On objectera que chaque partie assez folle ( ou ses) exemples Morano pour les républicains, Ségolène Royal pour le parti socialiste ou encore Taubira pour la gauche bobo. N’empêche qu’avec un score d’environ 5 % le représentant politique des écolos renvoie la cause environnementale à beaucoup plus tard : au moins cinq ans sinon plus! Heureusement cette cause est sans doute mieux servie par des écologistes indépendants des doctrines extrémistes gauchistes

Macron a enterré la question environnementale

Macron a enterré la question environnementale

Que ce soit sur la question de la chasse, de l’agriculture intensive ou encore de la forêt et du climat, l’action politique entreprise au cours des cinq dernières années a été marquée, notamment, par le mépris du droit et des avis scientifiques, juge dans sa chronique, Stéphane Foucart, journaliste au « Monde ».

Par Stéphane Foucart

 

Chronique. 

 

« Imaginez. Vous vous réveillez et quelque chose a changéVous n’entendez plus le chant des oiseaux (…), les paysages que vous avez jadis chéris sont désormais desséchés et toute vie en a disparu. L’air et l’eau, tout ce que vous respirez et qui permet la vie est altéré. (…) Le temps du déni est révolu. Nous ne sommes pas seulement en train de perdre la bataille contre le changement climatique, nous sommes en train de perdre notre bataille contre l’effondrement de la biodiversité. »

Relire, quatre ans plus tard, cette mise en garde d’Emmanuel Macron, postée sur les réseaux sociaux fin mars 2018, donne toute la mesure du grand reniement du quinquennat qui s’achève. La cause environnementale, qui semblait promise à en être un axe central, a complètement disparu après seulement dix-huit mois de mandat.

Les tenants du président candidat ont trois décisions emblématiques à citer à son actif sur le front environnemental : les abandons des projets d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), de la mine de la Montagne d’or, en Guyane, ainsi que du complexe EuropaCity dans le Triangle de Gonesse (Val-d’Oise). Sans compter, il est vrai, quelques prises de position du chef de l’Etat sur la scène du théâtre diplomatique.

Pour le reste – quelle que soit la sympathie que peut inspirer ce président jeune et dynamique, libre du carcan des vieux partis –, l’exigence de vérité impose de le reconnaître : sur l’écologie, l’action politique entreprise au cours des cinq dernières années a été marquée par le clientélisme, la priorité au productivisme, le mépris du droit et des avis scientifiques, la privatisation des biens communs et la criminalisation de l’engagement militant.

La chasse en offre l’un des exemples les plus frappants. Prétendant annoncer lui-même, le 29 mars sur le site du Parisien, le programme du président candidat sur le sujet, le patron de la Fédération nationale des chasseurs, Willy Schraen, l’a dit avec une sincérité désarmante. « [Emmanuel Macron] mettra toute son énergie pour répondre à nos demandes, a-t-il expliqué. J’ai sa parole. Il ne m’a pas déçu. Aucune loi ou amendement pouvant abîmer la chasse n’a été adopté dans ce quinquennat. A chaque fois qu’on a eu un problème à régler avec un ministre de l’écologie, il est intervenu. »

M. Schraen dit vrai. Le permis de chasse a vu son prix réduit de moitié, les porteurs de fusil siègent désormais au nouvel Office français de la biodiversité, le nombre d’espèces d’oiseaux chassables, dont une vingtaine est menacée, se situe à un niveau plus de deux fois supérieur à la moyenne européenne… C’est d’ailleurs la perméabilité du pouvoir au lobby cynégétique qui avait fini de convaincre Nicolas Hulot de quitter le gouvernement, en août 2018. Elle ne s’est jamais démentie. Au lendemain du congrès mondial de l’Union internationale pour la conservation de la nature, organisé en grande pompe par la France trois ans plus tard, le gouvernement tentait de réautoriser les chasses traditionnelles non sélectives que le Conseil d’Etat venait pourtant de juger illégales.

Encore une instrumentalisation de la question environnementale des océans

Encore une instrumentalisation de la question environnementale des océans

 

Entre effet d’annonce et évitement des problèmes de fond, le One Ocean Summit est un échec, estime Claire Nouvian, dans une tribune au « Monde », la fondatrice de l’association Bloom pour la défense de l’océan.

 

Tribune.

 

Sans surprise aucune, le sommet de l’océan organisé à la va-vite par la France, et qui s’est tenu à Brest du 9 au 11 février, a été à la fois un embarrassant flop diplomatique et une occasion ratée de réfléchir sérieusement à la façon de réinventer notre rapport à l’océan afin qu’il devienne pérenne, responsable et respectueux des humains et des écosystèmes. En écrivant ces lignes politiquement correctes, en laissant croire que l’occasion a seulement été « ratée », je me laisse une chance de convaincre mes détracteurs potentiels, mais je contribue aussi à l’imposture.

Puisque le compte à rebours est enclenché pour maintenir les conditions d’habitabilité de la planète, quel autre choix avons-nous que de cesser de nous mentir ? La correction politique n’est plus de mise et la réalité de ce sommet, c’est qu’il n’a pas servi à grand-chose, sinon à confirmer la « méthode Macron » en matière écologique : instrumentaliser les annonces avant les échéances électorales et les calibrer pour optimiser leur effet médiatique tout en minimisant leur portée environnementale.

 

Il faut reconnaître que le président est arrivé à un tel degré de maîtrise de la communication que, sans être fin connaisseur des dossiers, il est presque impossible de ne pas se laisser berner. Le sommet pour l’océan est un cas d’école pour quiconque voudrait analyser sa « méthode environnementale ». Il commence par faire de la programmation neurolinguistique : il martèle des éléments de langage qui le font passer pour un militant de la planète.

Ensuite, il égrène les enjeux de l’agenda international. Il appelle, par exemple, avec beaucoup de conviction à la réussite des négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) visant à mettre fin aux subventions menant à la surpêche dans le monde. C’est fourbe, ça fonctionne : sans prendre le moindre engagement, ni même clarifier la position de la France sur cet enjeu majeur, le président crée l’illusion d’être courageux sur des sujets structurels qu’en réalité il évite soigneusement et fait même reculer.

Rappelons que son gouvernement a appuyé la réintroduction des catégories d’aides publiques les plus dangereuses pour l’océan pendant la réforme de l’instrument financier européen de la pêche.

La méthodologie présidentielle se poursuit avec des annonces environnementales « à double fond » qui, appuyées par des chiffres impressionnants, jettent de la poudre aux yeux, alors qu’elles dissimulent une porte de sortie permettant de ne pas porter préjudice aux intérêts financiers, industriels ou commerciaux. Le président a, par exemple, grâce à un décret signé le matin même, annoncé avoir dépassé, les objectifs internationaux de protection de 30 % de notre territoire marin. Incroyable. Applaudissements.

« L’intelligence artificielle pour réduire l’empreinte environnementale ?

« L’intelligence artificielle  pour réduire l’empreinte environnementale  ?

Michaël Trabbia est responsable de l’innovation d’Orange. Passé par le cabinet du Ministre délégué à l’Industrie, diplômé de Polytechnique et Telecom ParisTech, il est persuadé que la pédagogie et le débat sont les meilleurs moyens de convaincre les réfractaires au progrès technique. À condition de s’assurer que l’éthique est bien respectée dans les technologies sensibles comme l’intelligence artificielle. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune – N°7 Décembre 2021)

 

L’innovation est une notion parfois difficile à cerner. Quelle est votre définition ?

Michaël Trabbia Pour moi, il s’agit d’apporter un service nouveau qui va permettre de simplifier ou d’enrichir la vie des utilisateurs. Ce type de services est très présent dans l’industrie du numérique. Dans un monde menacé par le dérèglement climatique, l’industrie du numérique peut-elle s’affranchir d’une réflexion sur son empreinte carbone ? Chez Orange, nous plaidons pour une innovation à impact positif, pour l’usager comme pour la société. Le bitcoin est un bon exemple. II y a un vrai sujet sur la consommation énergétique de cette technologie (estimée à 115 TWh, soit plus que les Pays-Bas, ndlr). C’est un point que l’on ne peut ignorer. L’innovation doit être bénéfique pour l’utilisateur, mais dans le cadre d’une démarche soutenable.

Quels sont les exemples de technologies qui peuvent aider à lutter contre les émissions de GES (gaz à effet de serre) ?

M.T. Le numérique, en nous permettant de communiquer à distance, a permis de limiter les déplacements. Nous sommes passés de la lettre manuscrite au téléphone, puis au courriel et maintenant aux outils de communication collaborative. Nous avons vu en cette période de Covid que le numérique nous a donné la possibilité de continuer à travailler en étant confinés. Si nous sommes capables d’ajouter un ou deux jours de travail à distance pour la moitié des salariés dans le monde, nous aurons un impact énorme dans la limitation des émissions de CO2. Autre exemple : le bâtiment. Avec les objets connectés, il est possible de faire baisser de 20 % à 30 % la consommation d’énergie. L’optimisation de la logistique avec de l’IA est un autre élément important de cette baisse des émissions de GES.

Une politique environnementale qui manque d’ambition

 

 

Dénonçant la politique de l’exécutif qu’il juge peu ambitieuse, le directeur général de Greenpeace France appelle, dans une tribune au « Monde », à « prendre des mesures fortes » alors que s’ouvre à Marseille le Congrès mondial de la nature.(Extrait)

 

Alors que, du 3 au 11 septembre, les yeux seront rivés sur la France, hôte du Congrès mondial de la nature, organisé à Marseille par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), Emmanuel Macron s’apprête à revêtir une nouvelle fois son costume de « champion de la Terre » pour parader sur la scène internationale.

Mais, si le président porte en apparence des positions volontaristes sur le climat et la biodiversité, la réalité est tout autre : tant à domicile que dans les négociations internationales, la France est loin de porter et de mettre en œuvre des mesures suffisantes pour freiner la crise de la biodiversité.

Le déclin de la nature est sans précédent : il y a une urgence absolue à prendre des décisions fortes pour protéger les écosystèmes, dont l’équilibre est directement menacé par nos modes de production et de consommation. La crise climatique et la perte vertigineuse de biodiversité sont inextricablement liées. Les feux qui ont ravagé plusieurs parties du monde ces dernières semaines en témoignent : l’emballement climatique mondial provoque davantage de phénomènes météorologiques extrêmes, qui eux-mêmes portent atteinte à la biodiversité. Inversement, la perte de biodiversité, en partie directement induite par les activités humaines, entraîne un dérèglement climatique à l’échelle mondiale.

 

Le constat du rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat] publié il y a trois semaines est sans équivoque : plus nous rejetons de CO₂ dans l’atmosphère, moins les puits de carbone tels que les forêts, les sols et les océans sont efficaces pour absorber ce CO₂.

En somme, si nous n’agissons pas aujourd’hui pour les protéger et réduire nos émissions, la machine va s’emballer et nous ne serons bientôt plus en mesure de l’arrêter. L’équilibre mondial en sera irrémédiablement bouleversé, menaçant la survie de l’humanité.

Pourtant, notre gouvernement s’obstine à mener une écologie des petits pas, des tergiversations et des reculades. Cela s’est illustré ces derniers mois par l’adoption d’une loi Climat et résilience sans ambition, vidée de la substance des propositions de la convention citoyenne pour le climat. Cela se voit également au quotidien sur la scène internationale, où Emmanuel Macron refuse de mettre un terme définitif à des accords de libre-échange climaticides comme le projet d’accord Union européenne (UE)-Mercosur qui pourrait entraîner une augmentation de la déforestation dans les pays du Mercosur, jusqu’à 25 % par an pendant six ans.

La folie environnementale des voyages touristiques spatiaux

 La folie environnementale des voyages touristiques spatiaux

 

Un papier du Monde qui dénonce la folie environnementale des voyages spatiaux (extrait) 

 

 

Au moment où un virus a considérablement compliqué la façon de voyager sur Terre, une poignée d’entrepreneurs richissimes se sont mis en tête de rendre l’espace plus accessible. Mardi 20 juillet, cinquante-deux ans tout juste après le premier pas de l’homme sur la Lune, le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, s’est envolé avec trois autres passagers dans une fusée conçue par sa société spatiale, Blue Origin, pour se propulser à une centaine de kilomètres d’altitude. 

Il y a quelques jours, le Britannique Richard Branson, patron de Virgin Galactic, inaugurait le premier vol touristique suborbital. D’autres milliardaires sont prêts à utiliser les fusées de SpaceX, la société d’Elon Musk, pour rejoindre la station spatiale internationale, située à 400 kilomètres de la Terre, où un projet d’hôtel est planifié. Certains envisagent même de faire le tour de la Lune.

La tentation est grande de réduire ces projets de tourisme spatial à des caprices de milliardaires en manque de frissons. Certes, les onze minutes de vol que se sont offertes Jeff Bezos et ses compagnons ont un coût financier et environnemental démesuré pour le commun des Terriens, mais l’initiative est surtout conçue comme une étape vers des horizons beaucoup plus ambitieux.

A la manière d’Icare, qui tentait de s’échapper du labyrinthe conçu par Dédale, son père, grâce à des ailes fixées avec de la cire, Musk et Bezos poursuivent la même quête : permettre un jour à l’humanité de prendre ses distances avec une Terre devenue invivable, après que les hommes ont épuisé ses ressources et déréglé son climat. Quand le patron de SpaceX veut coloniser Mars, celui de Blue Origin imagine faire de l’espace une base arrière. L’urgence nous commande au contraire de consacrer tous nos moyens à préserver la vie sur la Planète bleue.

Un far west sans shérif

Se brûleront-ils les ailes avant de parvenir à leurs fins, comme dans le conte de la mythologie grecque ? En attendant, la privatisation de la conquête spatiale pose des questions plus immédiates. Les investisseurs du « New Space » sont en train de bousculer le pré carré des puissances étatiques grâce à des fusées réutilisables. Si le tourisme spatial devrait à court terme rester un marché de niche, en revanche, la diffusion de l’Internet haut débit par satellite, indispensable pour faire fonctionner des milliards d’objets connectés, sans parler des téléphones mobiles, constitue une source de profit et de pouvoir gigantesque pour ces nouveaux acteurs.

Avec sa constellation Starlink, composée de milliers de satellites, SpaceX a pris une longueur d’avance sur Jeff Bezos, transformant déjà l’orbite basse autour de 500 kilomètres de la Terre en une sorte de far west sans shérif où les risques d’accidents et de collisions avec les autres satellites sont de plus en plus fréquents.

 

C’est pourquoi l’exploitation de l’espace, touristique ou plus industrielle, doit être impérativement régulée, au moment où les acteurs étatiques sont en train de perdre leur suprématie. Cela pourrait passer par la création d’une gouvernance sous l’égide des Nations unies. Même si ces entreprises privées prétendent sauver l’humanité, l’espace ne leur appartient pas. Il serait regrettable de reproduire les erreurs commises avec l’Internet. Après avoir laissé une poignée d’entreprises fixer les règles pour le reste du monde, les Etats ont désormais toutes les peines du monde à juguler la puissance des géants du Web.

Si l’objectif de Jeff Bezos consiste à « construire la route vers l’espace », il revient à la communauté internationale d’en baliser le tracé. L’espace n’est pas une jungle, même pour le fondateur d’Amazon.

Engrais azotés et climat : des taxes supplémentaires comme politique environnementale

Engrais azotés et climat : des taxes supplémentaires comme politique environnementale

 

 

Précédemment la France justifiait  la plupart des impôts par de nombreux motifs notamment budgétaires. Désormais le gouvernement s’empare de la problématique environnementale pour augmenter encore le niveau des prélèvements obligatoires notamment concernant les engrais azotés utilisés dans l’agriculture. Pas sûr que l’agriculture française déjà handicapée par la bureaucratie et la fiscalité y gagne au change et l’environnement aussi.

 

Le gouvernement envisage en effet de mettre en place une taxe supplémentaire sur les engrais azotés si les émissions dépassent les objectifs prévus. Le Sénat s’oppose à ce que politique française punitive qui va pèserait un peu plus l’agriculture du pays. Pour la rapporteure centriste Anne-Catherine Loisier, «c’est un ultimatum qui traduit encore une fois une méthode punitive plutôt qu’une méthode d’avenir et une méthode incitative et responsabilisante».

 

Les sénateurs ont ainsi retenu un dispositif alternatif, proposant la mise en place d’un plan «Eco-Azot» rassemblant des mesures d’accompagnement des agriculteurs afin de réduire l’usage d’engrais azotés. À défaut de réussite de ce plan, une redevance serait envisagée, mais uniquement au niveau européen. «Une option plus opérationnelle et plus efficace», selon Catherine Loisier. Sur «l’épineux sujet» des engrais azotés, «le Sénat vous propose une voie de sortie par le haut pour cet article qui ne contente personne en l’état», a appuyé Pascal Martin, autre rapporteur centriste.

Les socialistes ont défendu sans succès des amendements visant à la mise en place de redevances. Angèle Préville a «pointé du doigt les engrais azotés qui sont de plus en plus utilisés». La France est «le premier pays en Europe et le 4e pays au niveau mondial» en matière de consommation de ces engrais, a-t-elle affirmé. En face, Laurent Duplomb (LR) a souligné «les énormes progrès sur l’utilisation de l’azote»«positionné au plus près des besoins de la plante». L’écologiste Joël Labbé a estimé qu’un plan «Eco-Azot» permet «de faire un pas en avant même s’il n’est pas suffisant».

Le Sénat a par ailleurs précisé en séance l’interdiction introduite en commission de l’utilisation, hors agriculture, d’engrais azotés pour l’entretien des espaces relevant du domaine public et privé des collectivités territoriales et de l’État. Des dérogations sont ainsi prévues pour les terrains de sports. De plus, elle serait subordonnée à une évaluation préalable.

Observant que le même type de mesures pour le désherbage qui interdit l’usage de produits chimiques dans des espaces du domaine public s’est traduit par exemple par l’utilisation du gaz pour supprimer l’herbe dans les villes ! Un bel exemple de politique environnementale !

Technologie environnementale : l ’Europe à la traîne

Technologie environnementale : l ’Europe à la traîne

Ludovic Subran,chef économiste et directeur de la recherche économique de l’assureur AllianzÉvêque le retard de l’Europe en matière d’environnement

L’administration Biden fait son grand retour sur la scène internationale. Début avril, Janet Yellen, la secrétaire d’État au Trésor américain, a présenté des propositions visant à taxer les sociétés multinationales, notamment un taux d’imposition minimum mondial de 21 % et jeudi et vendredi prochain, le président Américain accueillera 40 chefs d’État et de gouvernement lors d’un sommet virtuel sur le climat. Après des années d’une politique étrangère plus conflictuelle sous Trump, l’Amérique revient donc à un multilatéralisme éprouvé. Les Européens peuvent pousser un soupir de soulagement.

Enfin presque. Car en y regardant de plus près, il n’est absolument pas vrai qu’avec ces initiatives, les États-Unis se sont à nouveau glissés dans le rôle du défenseur altruiste des valeurs mondiales – c’est-à-dire occidentales – (quand bien même ils auraient eu ce rôle). Au fond, il s’agit aussi principalement d’intérêts américains.

Sur la question de la fiscalité, c’est facile à voir. L’administration Biden prévoit une forte augmentation des impôts sur les sociétés pour financer son ambitieux programme d’infrastructures. Pour atteindre leurs propres objectifs – des recettes fiscales nettement plus élevées – les États-Unis ont donc besoin d’un soutien international.

Technologie environnementale. La situation n’est pas très différente avec la politique climatique américaine. Ici aussi l’accent n’est pas mis sur l’idéalisme ou sur les efforts visant à éviter in extremis une menace pour l’humanité. Beaucoup plus terre à terre : il s’agit d’emplois américains. En Europe, on parle souvent de la politique climatique de Biden ou de son plan d’infrastructure ; le président Biden lui-même a donné un autre nom à cette politique : American Jobs Plan.

Les États-Unis n’ont aucunement l’intention d’introduire une taxe carbone – le Saint Graal de la politique climatique. Au lieu de cela, il est prévu de consacrer beaucoup d’argent au lancement d’innovations et d’investissements visant à décarboniser progressivement l’économie d’ici à 2050 ; pour la production d’électricité, cet objectif doit être atteint dès 2035.

Il ne s’agit donc pas de la carotte et du bâton, l’approche européenne classique des questions climatiques – il s’agit simplement de la carotte. Et le gâteau pour les entreprises américaines sera d’autant plus gros – le nombre d’emplois créés d’autant plus élevé – que les technologies vertes américaines pourront être déployées non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier.

Derrière ce nouvel élan pour contribuer à la réussite de l’accord de Paris sur le climat se cache l’intention de parvenir à un leadership mondial dans une technologie clé de l’avenir, la technologie environnementale. En d’autres termes, il s’agit d’un autre domaine de la lutte entre les États-Unis et la Chine pour l’hégémonie. Et les Américains montrent que les Chinois ne sont pas les seuls à s’y connaître en capitalisme d’État.

Le pragmatisme de Biden. Qu’est-ce que cela signifie pour le climat et pour l’Europe ? Tout d’abord, le climat. Les motifs de la nouvelle politique américaine n’ont que peu d’importance. La seule chose qui compte, c’est que le plus grand émetteur historique de gaz nocifs assume enfin sa responsabilité et présente un plan sérieux et prometteur pour atteindre les objectifs climatiques mondiaux. Après l’échec de ses prédécesseurs démocrates au Congrès avec leur projet de taxe sur le CO2, il faut saluer le nouveau pragmatisme de l’administration Biden, qui ne se soucie pas de concepts politiques théoriquement soignés, mais veut produire des résultats – pour le climat et pour les gens.

Et l’Europe ? Elle est toujours confrontée à la tâche de trouver sa propre voix pour se faire entendre dans le concert des grandes puissances.

Les intérêts de l’Europe ne peuvent être défendus que par l’Europe elle-même, que ce soit vis-à-vis de la Chine, de la Russie ou même des États-Unis. En ce sens, les quatre dernières années Trump n’ont pas été un cauchemar dont l’Europe pourrait maintenant se réveiller, mais bien le début d’une nouvelle ère, un apprentissage de la géopolitique du XXIe siècle.

Mais l’Europe doit aussi apprendre des États-Unis sur les questions climatiques. Il ne suffit pas de s’épuiser dans des débats idéologiques ou moraux sur le climat ou d’évoquer de prétendues peurs ou des conflits de générations. Les responsables politiques doivent plutôt montrer comment la transformation verte aidera les gens ici et maintenant ; et cela signifie, avant tout, la création d’emplois. Avec le programme NextGenerationEU, l’UE dispose déjà d’un instrument qui, à l’instar du plan Biden aux États-Unis – bien qu’à une échelle un peu plus modeste – pourrait avoir précisément cet effet stimulant. Il suffit de le mettre en œuvre, et rapidement. Or, pour l’instant, il semble que l’Europe va buter sur sa bureaucratie, comme elle l’a fait pour la campagne de vaccination. Qui aurait cru que les Européens seraient si prompts à regarder à nouveau l’Amérique avec admiration et à souhaiter aussi, pour l’Europe, un peu de sa mentalité volontariste « let’s-do-it » et de son pragmatisme.

Ludovic Subran est chef économiste et directeur de la recherche économique de l’assureur Allianz. Il est également correspondant du Conseil d’analyse économique (CAE).

Écologie-Performance énergétique ou performance environnementale ?

Écologie-Performance énergétique ou performance environnementale ?

 

L’ancien ministre de l’écologie , Brice Lalonde, Président de l’association Equilibre des énergies,  revient, dans une tribune au « Monde », sur le vote par l’Assemblée nationale de l’interdiction de louer des « passoires énergétiques », et sur le mode d’évaluation discutable, selon lui, du diagnostic de performance énergétique (DPE), qui favorise le chauffage au gaz.

 

Tribune. 
Entre l’engagement solennel de réduire les émissions de gaz à effet de serre et sa mise en œuvre s’intercale un espace obscur où les règles anciennes et les influences occultes peuvent aboutir au résultat inverse. C’est le danger qui guette la loi Climat et résilience dans ses articles sur le bâtiment. 

Le gros morceau, c’est la rénovation du parc existant que les parlementaires, à la suite de la convention citoyenne pour le climat, veulent renforcer. Pour montrer sa détermination, l’Assemblée a voté l’interdiction de louer des logements trop énergivores. Ainsi 4,8 millions de logements pourraient sortir du marché de la location si leurs propriétaires ne se hâtent pas d’améliorer leur performance énergétique.

Bien évaluer la performance des bâtiments

Des dispositions aussi sévères doivent être fondées sur une évaluation indiscutable de la performance des bâtiments. C’est le rôle du diagnostic de performance énergétique (DPE), dont l’administration vient de présenter une nouvelle mouture, désormais opposable. Le logement évalué sera rangé selon ses mérites dans une des sept classes étiquetées de A à G. Une rénovation réussie élève le logement dans l’échelle du DPE et accroît sa valeur sur le marché.

 

Chaque classe du DPE est déterminée par deux seuils : l’un pour l’émission de CO2, l’autre pour la consommation d’énergie. C’est l’indicateur COqui mesure la performance climatique puisque le but est de réduire les émissions qui dérèglent le climat. Les classes F et G désignent les « passoires énergétiques » que l’on ne pourra plus louer. En apparence tout est parfait… En apparence seulement. 

« L’indicateur COne joue pas son rôle, c’est de la poudre aux yeux »

Car la contrainte COn’existe pas. Le DPE nouveau la « desserre » de 30 % par rapport à l’échelle précédente, qui était déjà bien clémente. Calée sur les émissions des logements chauffés au gaz, elle fait du gaz la référence comme si l’Etat considérait cette énergie fossile comme le compagnon de route préféré du climat. L’indicateur COne joue pas son rôle, c’est de la poudre aux yeux.

C’est donc la performance énergétique qui continuera à déterminer le classement, et non la performance climatique. Or les deux ne se recouvrent pas. L’économie d’énergie est bien entendu un moyen au service de la réduction des émissions quand il s’agit des énergies fossiles responsables du dérèglement climatique. Mais lorsque l’énergie est décarbonée, elle n’affecte pas le climat. Centrer l’action climatique sur l’économie d’énergie au lieu de la réduction des émissions de CO2, c’est taper sur le mauvais clou.

Performance énergétique ou performance environnementale ?

Performance énergétique ou performance environnementale ?

 

L’ancien ministre de l’écologie , Brice Lalonde, Président de l’association Equilibre des énergies,  revient, dans une tribune au « Monde », sur le vote par l’Assemblée nationale de l’interdiction de louer des « passoires énergétiques », et sur le mode d’évaluation discutable, selon lui, du diagnostic de performance énergétique (DPE), qui favorise le chauffage au gaz.

 

Tribune. 
Entre l’engagement solennel de réduire les émissions de gaz à effet de serre et sa mise en œuvre s’intercale un espace obscur où les règles anciennes et les influences occultes peuvent aboutir au résultat inverse. C’est le danger qui guette la loi Climat et résilience dans ses articles sur le bâtiment. 

Le gros morceau, c’est la rénovation du parc existant que les parlementaires, à la suite de la convention citoyenne pour le climat, veulent renforcer. Pour montrer sa détermination, l’Assemblée a voté l’interdiction de louer des logements trop énergivores. Ainsi 4,8 millions de logements pourraient sortir du marché de la location si leurs propriétaires ne se hâtent pas d’améliorer leur performance énergétique.

Bien évaluer la performance des bâtiments

Des dispositions aussi sévères doivent être fondées sur une évaluation indiscutable de la performance des bâtiments. C’est le rôle du diagnostic de performance énergétique (DPE), dont l’administration vient de présenter une nouvelle mouture, désormais opposable. Le logement évalué sera rangé selon ses mérites dans une des sept classes étiquetées de A à G. Une rénovation réussie élève le logement dans l’échelle du DPE et accroît sa valeur sur le marché.

 

Chaque classe du DPE est déterminée par deux seuils : l’un pour l’émission de CO2, l’autre pour la consommation d’énergie. C’est l’indicateur COqui mesure la performance climatique puisque le but est de réduire les émissions qui dérèglent le climat. Les classes F et G désignent les « passoires énergétiques » que l’on ne pourra plus louer. En apparence tout est parfait… En apparence seulement.

« L’indicateur COne joue pas son rôle, c’est de la poudre aux yeux »

Car la contrainte COn’existe pas. Le DPE nouveau la « desserre » de 30 % par rapport à l’échelle précédente, qui était déjà bien clémente. Calée sur les émissions des logements chauffés au gaz, elle fait du gaz la référence comme si l’Etat considérait cette énergie fossile comme le compagnon de route préféré du climat. L’indicateur COne joue pas son rôle, c’est de la poudre aux yeux.

C’est donc la performance énergétique qui continuera à déterminer le classement, et non la performance climatique. Or les deux ne se recouvrent pas. L’économie d’énergie est bien entendu un moyen au service de la réduction des émissions quand il s’agit des énergies fossiles responsables du dérèglement climatique. Mais lorsque l’énergie est décarbonée, elle n’affecte pas le climat. Centrer l’action climatique sur l’économie d’énergie au lieu de la réduction des émissions de CO2, c’est taper sur le mauvais clou.

Environnement: Ces écolos bobos qui vont tuer la prise de conscience environnementale

Environnement: Ces écolos bobos qui vont tuer la prise de conscience environnementale

 

 

 

Le radicalisme dans toutes les matières conduits assez souvent à l’inverse de l’objectif recherché. Ainsi par exemple la doctrine marxiste qui visait à rendre le régime communiste plus égalitaire a surtout conduit à créer des régimes de dictature au profit d’oligarchies. Ainsi le prosélytisme très militant de certaines religions se fondant sur l’amour a-t-elle provoqué d’immenses guerres et de crimes contre l’humanité.

 

Il en est de même avec la cause environnementale. En effet cette cause est surtout servie de manière caricaturale autant que sectaire par des militants qui veulent d’un coup changé les usages mais aussi les valeurs de la société. Ce radicalisme va provoquer forcément une sorte de boomerang chez ceux qui prennent aussi en compte la problématique économique et sociale.

 

La plupart des écolos bobos méprisent  en effet la dimension économique et sociale pour la simple raison que pour la plupart ils viennent sur des métiers financés par l’État ou les organisations internationales. Environ 80 % des élus écolo  d’EELV sont en quelque sorte des fonctionnaires ou assimilés ; ils n’ont  guère eu à se préoccuper des contraintes économiques et de leurs conséquences sociales. Du coup les exigences des écolos bobos risquent de provoquer un dernier coup fatal à la fois à une industrie française en pleine obsolescence et à l’industrie agricole, elle aussi en crise

 

. Certes des changements sont nécessaires et même incontournables là et dans d’autres secteurs. Mais des changements progressifs, négociés et réalistes. Pas vraiment ce que proposent les nouveaux maires élus un peu par hasard lors des  municipales par ailleurs  complètement délaissées par les électeurs. Or la prise de conscience environnementale est indispensable. Tout ne peut en effet posséder de décision ou de régulation étatique.

 

Une part non négligeable dépend du comportement des usagers et des citoyens. D’une certaine manière, les écolos bobos sectaires se comportent comme ces anciens militants communistes qui voulaient faire le bonheur de la société contre la volonté des dés intéressés. Il y a de ce point de vue une certaine similitude entre les deux systèmes de pensée puisque pour une bonne part les écolos bobos sont surtout des gauchistes reconvertis dans l’environnement à la suite du dépérissement voire de la disparition de la gauche et de l’extrême gauche politique. Le même discours prophétique, le même sectarisme, la même volonté de changer la nature de l’homme sans son assentiment et sa participation.

Ces écolos bobos qui vont tuer la prise de conscience environnementale

Ces écolos bobos qui vont tuer la prise de conscience environnementale

 

 

 

Le radicalisme dans toutes les matières conduits assez souvent à l’inverse de l’objectif recherché. Ainsi par exemple la doctrine marxiste qui visait à rendre le régime communiste plus égalitaire a surtout conduit à créer des régimes de dictature au profit d’oligarchies. Ainsi le prosélytisme très militant de certaines religions se fondant sur l’amour a-t-elle provoqué d’immenses guerres et de crimes contre l’humanité.

 

Il en est de même avec la cause environnementale. En effet cette cause est surtout servie de manière caricaturale autant que sectaire par des militants qui veulent d’un coup changé les usages mais aussi les valeurs de la société. Ce radicalisme va provoquer forcément une sorte de boomerang chez ceux qui prennent aussi en compte la problématique économique et sociale.

 

La plupart des écolos bobos méprisent  en effet la dimension économique et sociale pour la simple raison que pour la plupart ils viennent sur des métiers financés par l’État ou les organisations internationales. Environ 80 % des élus écolo  d’EELV sont en quelque sorte des fonctionnaires ou assimilés ; ils n’ont  guère eu à se préoccuper des contraintes économiques et de leurs conséquences sociales. Du coup les exigences des écolos bobos risquent de provoquer un dernier coup fatal à la fois à une industrie française en pleine obsolescence et à l’industrie agricole, elle aussi en crise

 

. Certes des changements sont nécessaires et même incontournables là et dans d’autres secteurs. Mais des changements progressifs, négociés et réalistes. Pas vraiment ce que proposent les nouveaux maires élus un peu par hasard lors des  municipales par ailleurs  complètement délaissées par les électeurs. Or la prise de conscience environnementale est indispensable. Tout ne peut en effet posséder de décision ou de régulation étatique.

 

Une part non négligeable dépend du comportement des usagers et des citoyens. D’une certaine manière, les écolos bobos sectaires se comportent comme ces anciens militants communistes qui voulaient faire le bonheur de la société contre la volonté des dés intéressés. Il y a de ce point de vue une certaine similitude entre les deux systèmes de pensée puisque pour une bonne part les écolos bobos sont surtout des gauchistes reconvertis dans l’environnement à la suite du dépérissement voire de la disparition de la gauche et de l’extrême gauche politique. Le même discours prophétique, le même sectarisme, la même volonté de changer la nature de l’homme sans son assentiment et sa participation.

États-Unis. La bourse doit aussi prendre en compte la responsabilité sociale environnementale

États-Unis. La bourse doit aussi prendre en compte la responsabilité sociale environnementale

 

C’est en tout cas ce qu’affirme l’autorité de régulation des marchés boursiers.

 

La présidente en exercice de l’autorité de régulation des marchés boursiers américains, la SEC, a loué ce lundi les vertus des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), réfutant l’idée que ces derniers étaient un frein à la bonne santé financière des entreprises.

Parmi les initiatives visant à faire pression sur les compagnies récalcitrantes, la SEC a créé début mars un groupe de travail chargé de «détecter des comportements fautifs liés à la politique climatique et aux normes ESG» ((environnementaux, sociaux et de gouvernance),), a rappelé Allison Herren Lee.

La SEC a multiplié ces derniers mois les annonces soulignant son engagement en faveur d’une finance responsable.

Cette ligne devrait être poursuivie par Garry Gensler, le candidat de la Maison Blanche pour prendre les rênes de cette agence fédérale et dont la nomination doit être approuvée par le Sénat.

Reste que les républicains sont très sceptiques sur ces annonces de l’autorité des marchés boursiers qu’il considèrent davantage comme médiatiques que comme opérationnels.

Banque centrale : changer de modèle pour éviter la catastrophe environnementale et sociale

Banque centrale : changer de modèle pour éviter la catastrophe environnementale et sociale

 

L’économiste Barry Eichengreen affirme, dans sa chronique au Monde , que lutter contre le réchauffement et les inégalités pourrait entrer dans le mandat des banques centrales sans menacer leur indépendance.

Chronique.

 

Nous avons l’habitude de penser que la mission des banques centrales est de veiller à la stabilité des prix et au plus de cibler l’inflation en veillant à la fluidité du système de paiements. Mais avec la crise financière de 2008 et aujourd’hui celle du Covid-19, nous les avons vues intervenir pour soutenir un éventail de plus en plus large de marchés et d’activités, par exemple le système de prêts aux institutions financières venant en aide aux PME fragilisées par la pandémie, le Paycheck Protection Program Liquidity Facility, mis en place par la Réserve fédérale (Fed) des Etats-Unis. Cela n’a plus grand-chose à voir avec la banque centrale qu’a connue la génération de nos parents.

 

Aujourd’hui, Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), et Lael Brainard, qui siège au conseil des gouverneurs de la Fed, ont exhorté les banquiers centraux à l’action face au changement climatique. Dans le contexte du mouvement Black Lives Matter, Maxine Waters, députée de Californie à la Chambre des représentants des Etats-Unis, a incité le président de la Fed, Jerome Powell, à être plus actif concernant les inégalités, et plus encore les inégalités raciales.

Ces appels font pousser des hauts cris aux puristes, qui préviennent que, en chargeant de ces nouvelles responsabilités les banques centrales, on risque de les détourner de leur objectif premier, le contrôle de l’inflation. Surtout, ils craignent que cela ne compromette leur indépendance. L’idée selon laquelle leurs objectifs statutaires sont mieux servis par des mains qui ne dépendent pas d’un mandat électif fait consensus. Mais les banquiers centraux doivent justifier leurs actions et expliquer pourquoi les mesures qu’ils décident servent les objectifs fixés. Avec un mandat beaucoup plus étendu, la justification des mesures prises est plus difficile à communiquer, les succès ou les échecs, plus délicats à juger. Et, dans la mesure où la politique monétaire n’a qu’une influence limitée sur le changement climatique ou les inégalités, intégrer ces variables à leurs cibles, c’est condamner les banques centrales à l’échec, et leur indépendance opérationnelle pourrait alors être reconsidérée par des politiques que ces fiascos laisseraient insatisfaits.

Ces arguments ne sont pas sans pertinence. En même temps, les banquiers centraux ne peuvent s’abandonner à l’inaction alors que l’urgence demande que tout le monde soit à la manœuvre. Le changement climatique et le creusement des inégalités ouvrent des crises proprement existentielles. Si les banquiers centraux les ignoraient, cela apparaîtrait comme une démonstration hautaine et dangereuse de leur indifférence. Et leur indépendance serait dès lors réellement en danger.

États-Unis : une nouvelle stratégie environnementale

États-Unis : une nouvelle stratégie environnementale

L’exécutif américain, qui entend annoncer en avril un nouvel objectif national de réduction des émissions, met à contribution de nombreuses agences gouvernementales.(Article du Wall Street Journal)

 

 

L’administration Biden met les bouchées doubles pour finaliser d’ici le mois prochain une stratégie globale de lutte contre le changement climatique, en mobilisant diverses agences gouvernementales afin de concevoir un projet qui pourrait refaçonner l’économie américaine et bouleverser des secteurs de premier plan.

Joe Biden et ses hauts conseillers envisagent d’associer aux mesures de l’exécutif – durcissement des normes en matière de pollution, investissements ciblés ou modification des marchés publics à l’échelle fédérale – des initiatives du Congrès dans le but d’accélérer la transition vers les énergies à bas carbone. Cette offensive pourrait mettre en difficulté les entreprises pétrolières et gazières tout en donnant un coup de fouet aux spécialistes des énergies renouvelables, et contraindre pour la première fois le secteur financier à se plier à de stricts critères gouvernementaux en matière de politique climatique.

Les fonctionnaires de l’administration Biden présentent la stratégie comme un pilier de leur projet de relance de l’économie après la pandémie de coronavirus.

« Il y a vraiment beaucoup de choses que nous pouvons faire aujourd’hui concernant le climat, et qui nous permettront de véritablement rebondir après la Covid, a affirmé lors d’un entretien Gina McCarthy, la conseillère nationale de la Maison Blanche pour le climat. Si l’ensemble du gouvernement collabore, nous pourrons agir sans avoir à sacrifier quoi que ce soit. »

Les milieux d’affaires, y compris ceux qui se sont montrés plutôt favorables aux initiatives gouvernementales en matière climatique, craignent cependant une approche dirigiste préjudiciable à de vastes pans de l’économie. A l’instar de la Chambre de commerce américaine et de l’American Petroleum Institute, beaucoup soutiennent une législation pénalisant l’ensemble des émissions de carbone, par exemple, mais rejettent l’idée de mesures gouvernementales ciblant certains secteurs.

« Les entreprises ont besoin d’un instrument législatif, déclare Christopher Guith, qui suit les politiques publiques pour le compte d’une division de la Chambre du commerce en charge de l’énergie. Les réglementations qui changent radicalement d’une administration à l’autre créent trop d’incertitudes et paralysent toute planification à long terme. »

Selon les sources, les groupes reçus à la Maison Blanche ont présenté des modélisations d’après lesquelles un objectif de réduction des émissions de 50 % d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005 était réalisable s’il tenait compte des mesures déjà prises par les municipalités, les Etats, les entreprises et les gouvernements locaux

L’Accord de Paris sur le climat, dont les Etats-Unis s’étaient retirés sous la présidence Trump et que M. Biden a décidé de réintégrer dès les premiers jours de son mandat, exhorte les pays signataires à renforcer leurs engagements en termes de réduction des émissions tous les cinq ans. M. Biden et ses hauts conseillers se voient pressés par d’autres pays de fixer des objectifs ambitieux témoignant de la détermination des Etats-Unis à participer aux efforts de réduction des émissions qui, selon la plupart des scientifiques, sont la principale cause de l’augmentation des températures à travers le monde.

Les responsables de l’administration Biden ont annoncé leur intention de dévoiler, lors d’un sommet sur le climat prévu à Washington en avril, un nouvel objectif national de réduction des émissions pour les neuf prochaines années.

Durant des réunions privées qui ont eu lieu ces dernières semaines, selon des sources proches du dossier, des groupes extérieurs de défense de l’environnement et des analystes des données climatiques ont encouragé la Maison Blanche à doubler quasiment l’objectif de réduction des émissions qui avait été fixé en 2014 par le président Obama. A l’époque, celui-ci s’était engagé à ce que les Etats-Unis réduisent leurs émissions de 26 à 28 % d’ici à 2025 par rapport au niveau de 2005.

Selon les sources, les groupes reçus à la Maison Blanche ont présenté des modélisations d’après lesquelles un objectif de réduction des émissions de 50 % d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005 était réalisable s’il tenait compte des mesures déjà prises par les municipalités, les Etats, les entreprises et les gouvernements locaux. L’an dernier, le total des émissions américaines s’est inscrit en baisse de 21 % environ par rapport à 2005, en partie sous l’effet de la mise à l’arrêt de l’économie liée à la pandémie.

Mme McCarthy n’a pas souhaité donner d’indication quant à l’objectif à venir. « Il ne s’agira pas de ce que je préfère ou de ce que je souhaiterais… Nous laisserons les données guider les résultats », a-t-elle affirmé, en référence aux modélisations climatiques et à d’autres analyses sur lesquelles s’appuieront les responsables de l’administration pour décider des réductions possibles. Elle s’est également entretenue avec des entreprises de services collectifs et des constructeurs automobiles avant que la Maison Blanche ne décide des prochaines étapes.

A l’approche du sommet sur le climat prévu le 22 avril, «  Jour de la Terre  », la Maison Blanche a lancé une analyse transversale visant à déterminer un objectif qui soit à la fois ambitieux et réalisable, selon des fonctionnaires de l’administration.

Depuis son investiture en janvier, M. Biden a suspendu les nouvelles concessions pétrolières et gazières sur les terres fédérales, sa secrétaire à l’Energie a réactivé un programme de prêts de 40 milliards de dollars dédié aux énergies propres et l’administration a commencé à faire pression sur le Congrès en faveur de dépenses d’investissement se chiffrant en milliers de milliards de dollars.

M. Biden a par ailleurs pris rapidement des mesures pour mobiliser l’ensemble de l’exécutif, faisant appel à des agences fédérales qui ne jouaient jusqu’alors aucun rôle dans les politiques climatiques – comme les départements du Trésor et de l’Agriculture. Le nouveau président de la SEC (la commission américaine des opérations de Bourse) choisi par Joe Biden s’est engagé à rendre obligatoire des déclarations financières relatives aux risques climatiques, ce qui augmenterait probablement les coûts de financement de certains projets dans les énergies fossiles. En outre, le nouveau programme de la Représentante américaine au Commerce prévoit entre autres de taxer les importations en fonction de leurs émissions de dioxyde de carbone.

Un grand nombre des mesures prises jusqu’à présent sont de nature préliminaire, ou relatives à des processus. Cependant, l’administration n’a pas fait mystère de son ambition de frapper fort, recrutant des champions de la cause environnementale pour conseiller M. Biden et nommant de hauts responsables dédiés au changement climatique dans des agences gouvernementales clés.

L’ancien secrétaire d’Etat John Kerry, qui avait contribué aux négociations sur l’Accord de Paris, dirigera les discussions relatives au climat en tant que Représentant spécial de Joe Biden pour le climat. Il se rendra à Londres, Paris et Bruxelles cette semaine afin d’évoquer les enjeux climatiques mondiaux avec des responsables européens.

La politique climatique nationale reviendra à Mme McCarthy qui, en tant qu’administratrice de l’Agence pour la protection de l’environnement sous la présidence Obama, avait présidé à l’établissement de certaines des premières limites d’émissions de gaz à effet de serre aux Etats-Unis.

M. Biden a mis en place un Groupe de travail national sur le climat, présidé par Mme McCarthy, en vue de produire des idées dans la lutte contre le réchauffement climatique à tous les niveaux du gouvernement. Mme McCarthy a indiqué que ce Groupe de travail s’était déjà étoffé, certaines agences (dont le département de l’Education, qui envisage d’intégrer le changement climatique dans les programmes scolaires) ayant demandé à le rejoindre.

La volonté de parvenir à un objectif dès le mois d’avril est ambitieuse. Selon des sources impliquées dans le processus, l’effort logistique requiert une coordination à tous les échelons administratifs, une analyse des données et une planification des politiques. L’administration Obama avait passé neuf mois environ à établir son objectif climatique en 2014, selon des sources qui y avaient pris part.

Dans le même temps, les groupes de défense de l’environnement, des scientifiques et des figures de premier plan comme l’ancien maire de New York, Michael Bloomberg, attendaient ce moment depuis des années. Ces derniers mois, plusieurs documents d’orientation politique faisant part de recommandations ont été publiés, et des écologistes se sont associés pour calculer l’impact global des politiques locales – et des nouvelles politiques fédérales potentielles – en termes d’émissions, dans l’espoir que leur analyse puisse aider un gouvernement démocrate à fixer un objectif climatique ambitieux.

En 2019, un rapport de défenseurs du climat indiquait que les entreprises, villes et Etats américains pourraient à eux seuls réduire les émissions des Etats-Unis de 37 % par rapport au niveau de 2005 d’ici à 2030. Ce chiffre pourrait être porté à 49 % si de nouvelles mesures fédérales étaient prises en faveur d’une baisse rapide des émissions du secteur de l’électricité et d’un large recours aux véhicules électriques, précisait le rapport.

« Parvenir à 50 % nécessitera un effort considérable et général de la part de l’ensemble de l’économie fédérale, ainsi que des municipalités, des Etats et des gouvernements locaux, soulignait Nathan Hultman, directeur du Center for Global Sustainability à l’Université du Maryland et coauteur du rapport. Nous pouvons y arriver, les tendances observées au cours des dernières années nous le montrent. Mais cela sera difficile. »

Dans ce contexte, l’administration envisage une vaste offensive secteur par secteur, examinant les tendances et projections actuelles pour déterminer le niveau possible des réductions d’émissions dans de larges pans de l’économie comme le transport, l’industrie lourde et les services aux collectivités.

Sur le plan politique, les obstacles ne manquent pas. Le Président, qui souhaite une coopération du Congrès, fera face au scepticisme des républicains, ainsi qu’aux craintes de dommages économiques et de destructions d’emplois.

Le président entend dévoiler dans les prochaines semaines un dispositif législatif qui pourrait atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars, visant à améliorer les infrastructures nationales et lutter contre le changement climatique

L’administration est déjà critiquée par les républicains, et même par certains syndicats alliés des démocrates, pour avoir suspendu les nouvelles concessions pétrolières sur les terres fédérales et révoqué le permis de l’oléoduc Keystone XL dès l’entrée en fonction de Joe Biden. Le promoteur de l’oléoduc a immédiatement arrêté le projet et licencié 1 000 ouvriers.

« Nous devons réfléchir à la manière de préserver les emplois existants – des emplois bien rémunérés, qui font vivre des familles entières – pour qu’ils ne disparaissent pas tous d’un seul coup », a déclaré la sénatrice républicaine de l’Alaska Lisa Murkowski vendredi, lors d’une conférence sur l’énergie, en référence aux premiers décrets de Joe Biden sur le climat.

Mme McCarthy a reconnu la difficulté de trouver de nouveaux emplois pour les ouvriers licenciés. L’administration annonce la création d’une nouvelle agence pour l’emploi au sein du département de l’Energie et l’élaboration d’une stratégie globale de soutien aux travailleurs dans le pétrole, le gaz naturel et le charbon.

« Nous avons conscience du défi à relever, mais nous ne pensons pas qu’il est au-dessus de nos capacités », a déclaré Mme McCarthy, ajoutant espérer une collaboration avec le secteur des énergies fossiles.

Le président entend dévoiler dans les prochaines semaines un dispositif législatif qui pourrait atteindre plusieurs milliers de milliards de dollars, visant à améliorer les infrastructures nationales et lutter contre le changement climatique.

Les défenseurs du climat estiment que ce type d’investissement massif est probablement la manière la plus rapide de promouvoir les objectifs du Président, en faisant appel aux technologies de capture du carbone, en encourageant l’utilisation des véhicules électriques et en développant les sources d’énergies propres, ainsi que les systèmes de transmission permettant leur connexion à grande échelle.

« Le meilleur signal qu’ils puissent envoyer pour montrer que les Etats-Unis sont de retour est de faire adopter par le Congrès un projet de loi prévoyant l’investissement de plusieurs milliers de milliards de dollars dans les infrastructures, affirme Collin O’Mara, président de la National Wildlife Federation. Ce serait la preuve irréfutable d’un engagement inédit à l’échelle mondiale. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

La question environnementale hypothéquée par dans la politique étrangère de l’Europe

La question environnementale hypothéquée par dans la politique étrangère de l’Europe 

 

Cinq experts observent, dans une tribune au « Monde », que l’objectif européen de neutralité carbone pour 2050 va modifier profondément les relations de l’Union avec les pays étrangers fournisseurs d’énergie, dont certains devront céder la place à de nouveaux venus.

 

Tribune.

 

L’objectif de neutralité climatique de l’Union européenne (UE) d’ici à 2050, le « Green Deal » [« pacte vert »], n’est pas seulement un exercice révolutionnaire de modification des habitudes du continent en matière d’énergie, de consommation et de voyage. Il implique également des changements majeurs dans la politique étrangère et les relations diplomatiques de l’Europe.

Aujourd’hui, environ 70 % du bouquet énergétique de l’UE continuent de reposer sur les combustibles fossiles, tandis que les énergies renouvelables représentent moins de 15 %. Cette situation va complètement changer au cours des trente prochaines années si le Green Deal européen est couronné de succès.

Une baisse massive de la consommation de combustibles fossiles restructurera les relations de l’UE avec ses principaux fournisseurs, notamment la Russie, l’Algérie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et la Libye, dont les économies dépendent fortement des exportations d’énergie vers l’Europe. La fin de la dépendance de l’Europe à l’égard des combustibles fossiles leur porterait préjudice et pourrait même déstabiliser leurs gouvernements.

 

Comme l’Europe représente environ 20 % des importations mondiales de pétrole brut, une forte baisse de la demande européenne affecterait aussi le marché mondial du pétrole en faisant baisser les prix, ce qui nuirait même aux producteurs qui exportent relativement peu d’énergie vers l’Europe, comme l’Arabie saoudite. 

Dans une étude récente, nous avons décrit comment les effets géopolitiques du Green Deal européen se feront sentir au-delà des marchés de l’énergie (« The geopolitics of the European Green Deal », Bruegel, 2 février 2021). Les industries européennes s’inquiètent de leur compétitivité par rapport à leurs homologues étrangères, car elles devront payer des prix plus élevés pour le carbone et se conformer à des lois environnementales plus strictes.

Le Green Deal européen protégerait ces entreprises en introduisant un mécanisme dit « d’ajustement aux frontières », ou un tarif sur les biens importés basé sur leur contenu en carbone, équivalent au prix du carbone national. Une telle mesure aura inévitablement des répercussions sur les flux commerciaux et la politique mondiale.

 

Si certains pays seront désavantagés par le Green Deal européen, d’autres en bénéficieront. Une Europe plus verte devrait importer davantage de produits et d’intrants énergétiques propres. La Chine en bénéficierait, car elle domine le marché des minéraux dits de terres rares, qui sont essentiels pour les éoliennes, les moteurs de véhicules électriques et les applications dans d’autres domaines des technologies propres. 

Prendre en compte la santé humaine mais aussi animale et environnementale

Prendre en compte la santé humaine mais aussi animale et environnementale

Dans un entretien au « Bilan du Monde », la primatologue Sabrina Krief, qui travaille depuis plus de vingt ans auprès des grands singes en Ouganda, regrette que la crise sanitaire mondiale n’a pas permis, jusqu’à présent, de faire progresser la prise de conscience de l’urgence de préserver la nature.

Ils doivent se demander pourquoi elle a disparu : cela fait des mois que Sabrina Krief n’a pas pu aller à la rencontre des chimpanzés de la région de Sebitoli, en Ouganda, en raison de la pandémie de Covid-19. La primatologue « survit » grâce aux images envoyées par son équipe, qui lui permettent d’évaluer l’état de santé des grands singes ou d’observer l’arrivée d’un nouvel individu. Depuis 2008, elle dirige des travaux sur les effets des activités humaines sur le comportement et l’écologie des chimpanzés, au nord du parc national de Kibale.

Sabrina Krief est l’une des grandes voix du combat pour sauver de l’extinction les derniers grands singes. Les quelques milliers d’entre eux qui vivent encore à l’état sauvage, en Afrique et en Asie, pourraient avoir disparu d’ici une trentaine d’années. Et la crise sanitaire mondiale n’a pas permis, jusqu’à présent, de faire progresser la prise de conscience de l’urgence de préserver la nature, s’alarme la chercheuse.

Comment avez-vous vécu l’irruption de la pandémie qui frappe la planète ?

Sabrina Krief.- J’ai bien sûr été surprise par son ampleur, je n’aurais jamais imaginé ça. Mais la survenue d’une telle pandémie était une de mes craintes. Je suis vétérinaire de formation et mon travail de recherche porte sur les interactions humains-pathogènes-faune sauvage. Il s’agit de voir comment humains et grands singes peuvent utiliser leur environnement, de façon relativement similaire, pour prévenir les maladies ou améliorer leur santé. Je savais donc que la proximité entre les humains et les grands singes était un facteur important de passage de pathogènes et que cette proximité était accrue par l’anthropisation du milieu.

Là où je travaille avec mon équipe, en Ouganda, les zones agricoles sont très proches de l’aire protégée où vivent les grands singes. En période de maturité du maïs en particulier, qui attire les chimpanzés, ceux-ci se retrouvent dans une grande promiscuité avec les populations locales, qui vivent dans des conditions de pauvreté extrême et d’hygiène réduite. Le passage d’agents pathogènes est alors vraiment important. Mon modèle d’étude porte sur les grands singes, mais tout cela est vrai pour d’autres espèces.

Chez les grands singes, la plus forte cause de mortalité connue, en dehors des menaces directes telles que le braconnage, ce sont les maladies respiratoires. Nous mettons donc en place des moyens pour prévenir à tout prix la transmission de ces maladies. Nous avons des mécanismes de surveillance dans les villages et en cas d’épidémie respiratoire, on augmente encore les précautions. Les masques, la distanciation entre nous et les animaux, ou entre humains quand il y a la moindre crainte de maladie, c’était déjà notre quotidien au travail avant la pandémie !

Il y avait aussi déjà eu toutes ces alertes qui nous avaient fait prendre conscience de la rapidité de la propagation de maladies infectieuses émergentes et de leur amplification sous l’effet de certaines menaces. La déforestation, le maintien à un niveau élevé du commerce d’animaux sauvages vivants, on l’observe au quotidien sur le terrain.

Dès le début de cette crise, nous nous sommes dit qu’il fallait que ce soit le facteur qui permette d’enclencher un mouvement beaucoup plus général en faveur de la protection de l’environnement. Elle a peut-être permis de poser de façon encore plus claire le constat global sur les liens entre pandémies et érosion de la biodiversité.

Dans notre microcosme, chez les vétérinaires, on sent une motivation beaucoup plus importante pour mettre en œuvre l’approche « One Health » (« une seule santé »), qui permet d’intégrer les santés animale, environnementale et humaine.

Mais, à une échelle plus large, j’ai l’impression que l’économie a pris le dessus et que l’origine de la pandémie est déjà oubliée. Je ne suis pas certaine que le fait qu’il faille anticiper et prévenir d’autres crises sanitaires soit vraiment intégré par les responsables politiques et les citoyens. La notion d’urgence n’a pas été ressentie par tous.

On revient donc à l’opposition entre urgence environnementale et urgence économique…

Mais la solution aux problèmes économiques ne passe-t-elle pas aussi par une transformation de cette économie ? L’idée du « monde d’après », c’était de se dire que, pour que l’économie reparte sur des bases plus saines, il fallait accélérer la transition écologique.

« Ce qui fait défaut, c’est la volonté de renforcer l’application des lois qui existent déjà »

Ce qui fait défaut, c’est la volonté de renforcer l’application des lois qui existent déjà. Nous avons une stratégie de lutte contre la déforestation importée, un plan pour la protection de la biodiversité, des réglementations contre le trafic d’animaux sauvages, le traité international de l’accord de Paris sur le climat. Il manque une mise en œuvre efficace.

La stratégie de lutte contre la déforestation importée a été signée il y a deux ans. Est-ce qu’on arrive à faire un premier bilan ? On sait pourtant que la déforestation accroît le risque de transmission de pathogènes.

Comment observez-vous l’érosion de la biodiversité sur le terrain ?

Il y a vingt ans, il y avait encore des fragments forestiers autour du parc de Kibale, qui est une aire protégée. Ils ont depuis été grignotés par les populations locales parce que celles-ci n’ont plus accès au cœur de la forêt. En la mettant sous cloche, on a créé une rupture entre l’aire protégée et ces communautés qui ont reporté leur activité, parfois destructrice, sur les petits fragments forestiers. On se retrouve avec un îlot de forêt entouré de zones agricoles, marquées par une augmentation de la densité de population et des infrastructures. Cette promiscuité entre la population pauvre et la faune sauvage, amenée à sortir du parc parce qu’il y a des cultures attractives, est de plus en plus criante.

En parallèle, on a analysé l’eau des rivières. Au cœur des territoires des chimpanzés, on retrouve quinze pesticides en cocktail. On décèle aussi du bisphénol dans leurs poils, qui provient a priori des bouteilles en plastique jetées autour du parc. La pollution atteint le cœur de la forêt tropicale.

Comment faut-il orienter les politiques de conservation de la nature ?

L’idée de réensauvager en gardant un cloisonnement entre des aires pour les humains et des aires pour la faune sauvage, je pense que ce n’est pas la solution. En tout cas pour les zones que je connais. L’aire protégée où je travaille n’a aujourd’hui que des inconvénients pour les populations locales. Elles en ont été expulsées, la faune vient détruire en une nuit les cultures qu’elles ont mis des mois à faire pousser, on leur interdit l’accès à des ressources médicinales et à des lieux sacrés… On ne peut pas imaginer qu’elles puissent protéger ces aires dans ces conditions. Il n’y a aucune gouvernance collective, chacun défend son petit lopin de terre.


Ce sont des questions qui font débat au niveau mondial. Faut-il rester sur le modèle des parcs nationaux comme celui de Yellowstone, aux Etats-Unis, ou faut-il autoriser des activités traditionnelles qui ne soient pas destructrices ?

Plusieurs rendez-vous internationaux (la COP15 sur la biodiversité, la COP26 sur le climat, le congrès de l’Union internationale de conservation de la nature…) prévus en 2020 ont été reportés. Ces reports auront-ils des conséquences ?

L’urgence était évidemment de se poser et de réfléchir à la pandémie. On espère revenir avec des constats plus solides et des ambitions encore plus fortes en 2021. En même temps, on sent vraiment aujourd’hui le décalage entre les beaux discours et la difficulté de la mise en application, entre la réalité du terrain et ce qui se passe au niveau économique.

Des changements en profondeur du système économique, tels que le recommandent les Nations unies ou les ONG pour protéger la biodiversité, sont-ils possibles ?

La question est surtout : est-ce faisable dans les temps ? Cette question de la temporalité se pose aussi pour nous, à propos du temps de la recherche et du temps de l’action. En Ouganda, nous menons un projet visant à avoir une ceinture d’agriculture biologique autour du territoire des chimpanzés, en travaillant avec les communautés locales à une conversion vers une agriculture plus raisonnée et plus équitable.

Si on a engagé ce projet maintenant, c’est parce que l’on n’a pas le temps d’attendre le résultat des études scientifiques pour savoir si les malformations faciales que l’on observe chez les chimpanzés ont bien une même cause et quel est le pesticide précis qui en est responsable.

De toute façon, ce que l’on voit dans les rivières et autour du parc avec ces plantations mono-spécifiques et ces mélanges détonants d’intrants, ces champs de thé à perte de vue dont les consommateurs sont des Occidentaux ou des Pakistanais ou des Japonais, ça ne peut pas marcher. Il faut un changement le plus rapide possible.

Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir aujourd’hui ?

C’est la force de vie de la forêt tropicaleSi on lui laisse une toute petite chance, elle peut se régénérer ! C’est aussi, malgré cette ambiance pesante, l’engagement de beaucoup de citoyens. Une envie d’agir aussi collectivement : on se rend peut-être encore plus compte, en étant isolé et confiné, que cette solidarité est essentielle.

Sabrina Krief est spécialiste de l’écologie comportementale des chimpanzés, rattachée au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Elle dirige une équipe de recherche sur les primates dans le parc national de Kibale, en Ouganda, depuis 2008. Elle a notamment publié Chimpanzés, mes frères de la forêt (Actes Sud, 2019).

 

 

Cet article est tiré du « Bilan du Monde » 2021. La nouvelle édition est en vente dans les kiosques à partir du lundi 18 janvier ou par Internet en se rendant sur le site Boutique.lemonde.fr

 

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