Archive pour le Tag 'environnement'

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Environnement-Liaison fer Lyon-Turin: Une manifestation idiote de gauchistes

Environnement-Liaison fer Lyon-Turin: Une manifestation idiote de gauchistes

Les organisations qui vont soutenir la manifestation contre le projet ferroviaire Lyon Turin ne vont pas se grandir aux yeux des Français car il s’agit d’une réaction idiote, contre-productive qui affirme clairement son idéologie gauchiste.

Le plus contradictoire dans l’affaire c’est que ce sont d’abord des Italiens qui se sont opposés à ce projet avant de le réaliser de leur côté. Maintenant c’est la France qui bloque la partie qui lui incombe. Enfin pas toute la France mais le conglomérat habituel des gauchistes, c’est-à-dire des écologistes d’Europe écologie les Verts ( qui auparavant étaient pour !), Des insoumis et autres groupuscules d’extrême-gauche. Le pire étant sans doute la présence du syndicat sud-rail. Et certains d’affirmer- en se réjou issant presque- que de toute manière il n’y presque plus de transport par pour le fer .

S’il y a bien un projet de transport cohérent c’est bien celui de la liaison Lyon Turin qui vise à alléger de manière considérable le trafic de camions entre la France et l’Italie. L’argument majeur des gauchistes et de considérer qu’il ne faut encourager aucun mode d’échange mais changer le mode de production. Un argument sympathique et souhaitable mais qui s’applique surtout aux transports internationaux à longue distance qui font faire des milliers de kilomètres polluants et inutiles. Là il s’agit de transport intracommunautaire et en plus de courte distance. Notons que les mêmes organisations sont aussi contre le développement du TGV mais aussi contre le développement des autoroutes et de l’avion. Bref, un positionnement complètement incohérent sur le plan économique et environnemental. Cette dernière contradiction risque de coûter cher au plan électoral car il met en évidence que ces organisations ont choisi le gauchisme , l’irresponsabilité voir la provocation comme doctrine.

Environnement- « Tout miser sur les carburants d’aviation durables est une erreur »

Environnement- « Tout miser sur les carburants d’aviation durables est une erreur »

Pour développer les SAF, ces carburants sans pétrole auquel le gouvernement va dédier 200 millions d’euros, selon l’annonce d’Emmanuel Macron ce mardi. Mais pour le directeur général d’Air Caraïbes, Marc Rochet, cette solution s’avère trop chère et surtout pas assez économe en émissions carbone. Interrogé par La Tribune lors du Paris Air Forum, ce vendredi, il détaille d’autres pistes à privilégier selon lui.

Invité au Paris Air Forum organisé par La Tribune ce vendredi, le directeur général d’Air Caraïbes et président de French Bee a, en effet, souligné les ressources limitées en biomasse. « Il y a déjà actuellement un vrai débat sur comment utiliser cette matière qui n’est pas en quantité suffisante pour le secteur du transport aérien », pointe-t-il, estimant que les quantités disponibles ne répondent qu’à 20% des besoins de l’aviation.

Et ce n’est pas la seule difficulté à laquelle se heurtent ces carburants d’un nouveau genre, selon lui. Car ils coûtent bien plus cher que le kérosène. Entre quatre et cinq fois plus et « nous ne voyons pas de baisse significative du tarif à venir », explique Yan Derocles, analyste chez Oddo Securities, également présent au Paris Air Forum ce vendredi. « Une énergie qui coûte quatre fois plus cher, je n’ai pas tendance à y croire », tance Marc Rochet qui avance un troisième argument : « je voudrais que tout le monde soit conscient que quand un avion vole une heure, une minute, ou 100 kilomètres, qu’il soit alimenté à 100% par du SAF ou par du kérosène, il émet la même quantité de CO2 dans l’air ».

En effet, en vol, rempli de carburant vert ou polluant, l’avion brûle la même quantité de CO2. En aparté, Marc Rochet a précisé que les économies de CO2 sont réalisées lors de leur confection puisque les SAF ne nécessitent pas d’énergies fossiles. Même s’ils sont donc moins polluants, Marc Rochet fait valoir qu’ils sont certes « une très belle solution », mais qu’il faut « une quantité d’électricité incroyable pour en produire qui est, actuellement, totalement hors de portée de ce qu’on sait produire ».

Baisser la consommation et davantage de passagers

« Je crois que les SAF feront partie du dispositif mais tout miser là-dessus est une erreur et nous allons le payer très cher », conclut celui qui plaide davantage en faveur d’innovations technologiques au service d’une baisse de la consommation des avions. « À chaque saut technologique, elle diminue de 25% », assure-t-il, estimant « qu’on ne va pas assez vite ». Ainsi, « vous revenez assez vite à l’émission de gaz carbonique actuelle ou d’il y a 10 ans », fait-il valoir, considérant qu’« on ne met pas assez le paquet là-dessus ».

En outre, au défi de la hausse des coûts induite par la décarbonation du secteur, il affirme que les solutions sont multiples et passent par des avions plus modernes, une réforme du contrôle aérien, déployer du matériel électrique dans tous les aéroports, optimiser les trajectoires ou encore concevoir des avions plus légers. Il avance également la possibilité d’une meilleure optimisation de la place à leur bord. Et d’expliquer que « nous avons été les premiers et les seuls à densifier l’avion en mettant dix sièges de front dans nos A350, plutôt que 8 ou 9. Bien sûr, c’est moins confortable, mais avec ça on est capable de produire des prix qui attirent le client car ils restent accessibles ». « Je pense que l’industrie devra être capable d’absorber une partie de ces coûts », conclut-il, n’excluant toutefois pas qu’une partie de cette hausse devra être supportée par le client.

Des innovations technologiques et plus de passagers à bord des avions : une solution qui devrait également permettre à la compagnie de répondre au grand nombre de voyageurs à venir. Un point sur lequel alerte la députée écologiste, présidente de la commission transports et tourisme, Karima Delli, craignant que le nombre de passagers actuel, 4,3 milliards, soit doublé. Répondant, lors du Paris Air Forum, à Marc Rochet, elle dénonce que « lorsque vous multipliez le nombre de voyageurs transports et que vous doublez votre flotte, même si vous parvenez à baisser votre consommation de 25%, le bilan reste catastrophique. La question qui se pose est donc de savoir comment allons-nous réguler une croissance qui va ne faire que s’accélérer ». Face à ce phénomène, « certains aéroports décident de baisser le nombre de vols. Il y a, en effet, cette réflexion au niveau européen », fait-elle valoir.

Environnement -Température : Nouveau record mondial en juin

Environnement -Température :Nouveau record mondial en juin

D’après le service européen Copernicus on a enregistré des valeurs battant les précédents records avec une «marge substantielle».

Les températures moyennes mondiales relevées début juin ont été les plus chaudes jamais enregistrées pour cette période par le service européen Copernicus, battant les précédents records avec une «marge substantielle», a-t-il annoncé jeudi dans un communiqué.

«Le monde vient de connaître son début juin le plus chaud jamais enregistré, après un mois de mai qui était seulement 0,1°C plus frais que le record», a souligné dans un communiqué Samantha Burgess, directrice adjointe du service européen Copernicus sur le changement climatique (C3S).

«Les températures moyennes de l’air à la surface de la planète pour les premiers jours de juin ont été les plus élevées enregistrées dans le jeu de données ERA5 pour un début juin, et par une marge substantielle», indique Copernicus, dont les données remontent pour certaines jusqu’en 1950.

Ces relevés interviennent alors que le phénomène météorologique El Niño, généralement associé à une augmentation des températures mondiales, a officiellement commencé, rappelle Copernicus. Ce dernier a aussi récemment annoncé que la surface des océans venait de connaître son mois de mai le plus chaud jamais enregistré.

Copernicus souligne aussi que début juin, les températures mondiales ont dépassé les niveaux pré-industriels de plus de 1,5°C, qui est la limite de réchauffement la plus ambitieuse de l’accord de Paris de 2015.

Environnement et agriculture : L’agroécologie, une urgence 

Environnement et agriculture : L’agroécologie, une urgence 

Un autre modèle agricole est possible, qui concilie les défis productifs, alimentaires, climatiques, économiques, environnementaux et sociaux, affirment, dans une tribune au « Monde », plus de 150 scientifiques, chercheurs, enseignants et personnes qualifiées, qui l’expérimentent déjà dans les parcs naturels régionaux. A l’heure où les aléas du climat se multiplient et nous rappellent que le réchauffement est bien là, où la guerre en Ukraine et le Covid-19 ont remis la question de la souveraineté au cœur des objectifs de nos décideurs, la tentation d’une nouvelle fuite en avant pour notre agriculture n’en est que renforcée : celle d’une activité qui se focalise (une fois encore) presque exclusivement sur la production en misant, avec des techniques de plus en plus élaborées, sur un niveau élevé de l’usage des engrais et des pesticides, en sollicitant un accès plus abondant à la ressource en eau – ce bien commun qui devient un vrai enjeu de société –, en tournant ainsi le dos à la compréhension de cette activité par la société, et annonçant des perspectives destructrices de nos territoires. (dans le Monde)

Nous ne pouvons, et ne devons, choisir entre produire des biens agricoles et produire des services environnementaux. La nature des enjeux nous oblige à produire les uns et les autres ! D’autant qu’ils ne s’opposent pas.

Nous, qui accompagnons le réseau des parcs naturels régionaux (PNR) au sein de leurs conseils scientifiques, pour qu’ils soient des territoires de référence dans ces transitions, considérons que l’agroécologie (c’est-à-dire l’utilisation intégrée des ressources et des mécanismes de la nature dans l’objectif de production agricole, visant à mieux tirer parti des interactions entre végétaux, animaux, humains et environnement) ne doit plus être une option mais une urgence, et qu’un basculement massif des exploitations dans une nouvelle alliance avec les écosystèmes et les territoires est la seule option durable.

Une approche de conversion globale

Elle garantirait une meilleure performance face au réchauffement climatique, en la rendant plus résiliente aux aléas, moins dépendante d’une ressource en eau aléatoire, mieux intégrée à la vie des territoires, apportant sa part de solution en stockant davantage de carbone, en limitant le ruissellement des eaux pluviales et en redonnant, au travers de la régénération des sols et des infrastructures écologiques, un formidable essor à la biodiversité locale.

Agriculture : tout est à changer

Le modèle agricole français reste le symbole de l’inadaptation du système économique à la double crise du climat et de la biodiversité.

Environnement–Climat : limiter le réchauffement à 1,5°C ne suffira pas

Environnement–Climat : limiter le réchauffement à 1,5°C ne suffira pas

La limitation à 1,5°C du réchauffement de la planète permettra d’éviter un emballement du changement climatique, mais elle ne suffira pas, a averti mercredi 31 mai un consortium de 50 chercheurs.

Les émissions de gaz à effet de serre restent à des niveaux records, et pour les experts du Giec, les politiques actuelles mènent plutôt vers un réchauffement de 2,7°C d’ici à la fin du siècle. La température moyenne à la surface de la Terre a déjà augmenté de près de 1,2°C depuis l’ère préindustrielle. Afin d’éviter que de larges pans de l’humanité soient exposés à « des dommages importants (…), la juste limite doit être fixée à 1°C ou en dessous », et la concentration atmosphérique de CO2 – actuellement à 420 parties par million (ppm) – doit être réduite à 350 ppm, selon les scientifiques.

« Nous sommes dans l’Anthropocène, mettant en danger la stabilité et la résilience de la planète entière », a souligné Johan Rockström, auteur principal de l’étude, faisant référence à une nouvelle époque géologique marquée par l’empreinte humaine sur la planète. Johan Rockström est l’un des initiateurs du concept de « limites planétaires », des lignes rouges à ne pas franchir.

En 2009, lui et ses collègues ont identifié neuf de ces limites et trois avaient déjà été franchies : les gaz à effet de serre réchauffant la planète, l’accélération de l’extinction d’espèces et un excès d’azote et de phosphore dans l’environnement. Depuis, trois autres limites ont été franchies : la déforestation, la surexploitation de l’eau douce et l’omniprésence de produits chimiques synthétiques. La pollution extérieure aux particules pourrait s’y ajouter cette année et l’acidification des océans n’est peut-être pas loin derrière. « Rien de moins qu’une juste transformation globale (…) est nécessaire pour assurer le bien-être humain », concluent les auteurs de l’étude.

Environnement–Pour un vrai verdissement de l’industrie

Environnement–Pour un vrai verdissement de l’industrie

par Pierre Veltz

membre de l’Académie des technologies

et Grégory Richa

directeur associé d’OPEO, cabinet de conseil en stratégie industrielle dans « Le Monde »

Le chercheur Pierre Veltz et le consultant Grégory Richa rappellent, dans une tribune au « Monde », qu’il faut agir sur tous les fronts : conception, marketing, design ; fabrication, distribution et logistique ; fin de vie et recyclage ; modes d’usage et modèles économiques

Les annonces le 22 mai d’Elisabeth Borne sur le « plan d’action » du gouvernement pour réduire les émissions de carbone secteur par secteur, après celles du président de la République et de Bruno Le Maire, ministre des finances, concernant la « réindustrialisation verte », vont dans le bon sens, comme tout ce qui contribue à renforcer l’industrie sur notre territoire, sous le double signe du gain de souveraineté et du « verdissement » de l’économie.

On peut évidemment s’interroger sur l’ampleur des moyens envisagés (face au plan massif de l’Inflation Reduction Act américain), sur les limites d’une démarche nationale lorsque la bonne échelle est l’Europe, sur les financements et sur la crédibilité d’un impact budgétaire promis comme neutre.

Mais cette séquence politique devrait être aussi une invitation à réfléchir sur ce que devrait être l’industrie « verte », notion qui reste en réalité bien floue. Le premier point à souligner est que celle-ci ne peut pas se limiter à des secteurs spécifiques. Cibler les batteries, le solaire, l’éolien et les pompes à chaleur est très utile.

Il ne faut pas rater ces virages énergétiques, de même qu’il faut décarboner en priorité les industries lourdes très émettrices (acier, aluminium, ciment). Mais c’est l’industrie tout entière, tous secteurs confondus, qui doit devenir verte. Deuxièmement, ce verdissement ne peut pas se limiter à la décarbonation des procédés industriels et de l’énergie employée. C’est un point crucial, mais mal perçu.

L’industrie verte ne sera pas une collection d’usines émettant moins de gaz à effet de serre (GES). Le changement de paradigme à opérer est plus profond. Pourquoi ? D’abord parce que la production du futur sera de plus en plus sous contraintes de ressources : énergie propre, mais aussi gestion de l’eau, interactions avec la biosphère, matières premières et composants en tension, compétences humaines rares.

Ensuite, il faut regarder bien au-delà des usines, pour considérer les chaînes de valeur complètes, de bout en bout, en amont et en aval, y compris les usages. L’usine d’où sort le produit final ne représente souvent que 5 % à 10 % des émissions de GES totales de ces chaînes. Il faut aussi repenser les produits eux-mêmes, biens et services. On parle beaucoup de sobriété d’usage, mais la sobriété de conception est un enjeu fondamental.

Environnement: le fléau de la pollution des plastiques

Environnement: le fléau de la pollution des plastiques


Il y a un peu plus d’un an, à Nairobi (Kenya), un accord de principe a été trouvé pour mettre fin à la pollution plastique dans le monde, avec l’ambition d’élaborer d’ici fin 2024 un traité juridiquement contraignant, sous l’égide des Nations unies. Après une première session de négociations achevée le 2 décembre à Punta del Este (Uruguay), Paris accueille la deuxième session sur les cinq prévues au total. Les questions de gouvernance ont jusqu’à présent dominé les échanges, mais cinq jours de discussions doivent permettre de commencer à tracer de grandes orientations. Par ailleurs en France on envisage de créer une météo plastique pour indiquer chaque jour l’importance des retombées dans l’air (souvent des micros particules

L’enjeu de ces négociations est de taille. Le plastique, dérivé du pétrole, est partout : emballages, fibres de vêtements, matériel de construction, outils médicaux… Sa production annuelle, qui a plus que doublé en 20 ans pour atteindre 460 millions de tonnes (Mt), pourrait encore tripler d’ici à 2060 si rien n’est fait. « Si on ne fait rien, en 2060, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans », résume Christophe Béchu.

Une situation d’autant plus inquiétante que les deux tiers de ce plastique partent au rebut après une seule ou quelques utilisations, et que moins de 10% des détritus en plastique sont recyclés.

Des déchets de toutes tailles se retrouvent dans les océans, la banquise, l’estomac des oiseaux et même au sommet des montagnes. Des microplastiques ont été détectés dans le sang, le lait maternel ou le placenta.

Le plastique pose aussi problème pour son rôle dans le réchauffement climatique : il représentait 1,8 milliard de tonnes de gaz à effet de serre en 2019, soit 3,4% des émissions mondiales, chiffre qui pourrait plus que doubler d’ici à 2060, selon l’OCDE.

Environnement–Vers un vrai verdissement de l’industrie

Environnement–Vers un vrai verdissement de l’industrie

par Pierre Veltz

membre de l’Académie des technologies

et Grégory Richa

directeur associé d’OPEO, cabinet de conseil en stratégie industrielle dans « Le Monde »

Le chercheur Pierre Veltz et le consultant Grégory Richa rappellent, dans une tribune au « Monde », qu’il faut agir sur tous les fronts : conception, marketing, design ; fabrication, distribution et logistique ; fin de vie et recyclage ; modes d’usage et modèles économiques

Les annonces le 22 mai d’Elisabeth Borne sur le « plan d’action » du gouvernement pour réduire les émissions de carbone secteur par secteur, après celles du président de la République et de Bruno Le Maire, ministre des finances, concernant la « réindustrialisation verte », vont dans le bon sens, comme tout ce qui contribue à renforcer l’industrie sur notre territoire, sous le double signe du gain de souveraineté et du « verdissement » de l’économie.

On peut évidemment s’interroger sur l’ampleur des moyens envisagés (face au plan massif de l’Inflation Reduction Act américain), sur les limites d’une démarche nationale lorsque la bonne échelle est l’Europe, sur les financements et sur la crédibilité d’un impact budgétaire promis comme neutre.

Mais cette séquence politique devrait être aussi une invitation à réfléchir sur ce que devrait être l’industrie « verte », notion qui reste en réalité bien floue. Le premier point à souligner est que celle-ci ne peut pas se limiter à des secteurs spécifiques. Cibler les batteries, le solaire, l’éolien et les pompes à chaleur est très utile.

Il ne faut pas rater ces virages énergétiques, de même qu’il faut décarboner en priorité les industries lourdes très émettrices (acier, aluminium, ciment). Mais c’est l’industrie tout entière, tous secteurs confondus, qui doit devenir verte. Deuxièmement, ce verdissement ne peut pas se limiter à la décarbonation des procédés industriels et de l’énergie employée. C’est un point crucial, mais mal perçu.

L’industrie verte ne sera pas une collection d’usines émettant moins de gaz à effet de serre (GES). Le changement de paradigme à opérer est plus profond. Pourquoi ? D’abord parce que la production du futur sera de plus en plus sous contraintes de ressources : énergie propre, mais aussi gestion de l’eau, interactions avec la biosphère, matières premières et composants en tension, compétences humaines rares.

Ensuite, il faut regarder bien au-delà des usines, pour considérer les chaînes de valeur complètes, de bout en bout, en amont et en aval, y compris les usages. L’usine d’où sort le produit final ne représente souvent que 5 % à 10 % des émissions de GES totales de ces chaînes. Il faut aussi repenser les produits eux-mêmes, biens et services. On parle beaucoup de sobriété d’usage, mais la sobriété de conception est un enjeu fondamental.

Environnement Pollution des plastiques: L’autre fléau

Environnement Pollution des plastiques: L’autre fléau


Il y a un peu plus d’un an, à Nairobi (Kenya), un accord de principe a été trouvé pour mettre fin à la pollution plastique dans le monde, avec l’ambition d’élaborer d’ici fin 2024 un traité juridiquement contraignant, sous l’égide des Nations unies. Après une première session de négociations achevée le 2 décembre à Punta del Este (Uruguay), Paris accueille la deuxième session sur les cinq prévues au total. Les questions de gouvernance ont jusqu’à présent dominé les échanges, mais cinq jours de discussions doivent permettre de commencer à tracer de grandes orientations. Par ailleurs en France on envisage de créer une météo plastique pour indiquer chaque jour l’importance des retombées dans l’air (souvent des micros particules

L’enjeu de ces négociations est de taille. Le plastique, dérivé du pétrole, est partout : emballages, fibres de vêtements, matériel de construction, outils médicaux… Sa production annuelle, qui a plus que doublé en 20 ans pour atteindre 460 millions de tonnes (Mt), pourrait encore tripler d’ici à 2060 si rien n’est fait. « Si on ne fait rien, en 2060, il y aura plus de plastique que de poissons dans les océans », résume Christophe Béchu.

Une situation d’autant plus inquiétante que les deux tiers de ce plastique partent au rebut après une seule ou quelques utilisations, et que moins de 10% des détritus en plastique sont recyclés.

Des déchets de toutes tailles se retrouvent dans les océans, la banquise, l’estomac des oiseaux et même au sommet des montagnes. Des microplastiques ont été détectés dans le sang, le lait maternel ou le placenta.

Le plastique pose aussi problème pour son rôle dans le réchauffement climatique : il représentait 1,8 milliard de tonnes de gaz à effet de serre en 2019, soit 3,4% des émissions mondiales, chiffre qui pourrait plus que doubler d’ici à 2060, selon l’OCDE.

Environnement-climat : une question aussi de comportements individuels

Environnement-climat : une question aussi de comportements individuels

L’activiste britannique, Rob Hopkins, auteur de plusieurs livres sur la transition écologique, nous incite à faire preuve de créativité et de détermination pour lutter contre le réchauffement climatique sans quitter son quartier. Invité au sommet ChangeNOW, qui se tient à Paris du 25 au 27 mai et dont franceinfo est partenaire, Rob Hopkins explique ce qui motive ou freine notre capacité à revoir nos façons de vivre ensemble à l’aune du changement climatique.

Aujourd’hui, le réseau que vous avez développé revendique des projets dans plus de 48 pays, dont la France. Comment l’aventure a-t-elle démarré ?

Mon ambition était de trouver un moyen de s’organiser pour vivre mieux à Totnes, la petite ville où j’habite dans le sud-ouest de l’Angleterre. Rien de plus. Très vite, on m’a écrit des villes voisines pour me dire : « C’est génial ! Comment faire chez moi ? » Il n’y a jamais eu de plan machiavélique pour conquérir le monde ! On s’est aperçu qu’un petit groupe d’habitants délesté des lourdeurs administratives – comme une communauté de personnes motivées dans un village, un quartier, etc. – peut lancer des projets très rapidement et faire preuve de beaucoup plus d’imagination que les gouvernements ou les collectivités.

« On croit qu’il faut d’emblée convaincre la majorité et embarquer tout le monde pour réussir à faire changer les choses. Mais dans les faits, il ne suffit souvent que de quelques personnes dans leur coin avec une bonne idée. »

La responsabilité de transformer la société ne doit en aucun cas reposer sur ces petits groupes, mais ils sont une pièce cruciale du puzzle de la transition. L’action doit venir de partout. Des universités aux banques, en passant par les petites villes et les multinationales.

Comment ces initiatives locales peuvent-elles aboutir à de véritables politiques de transition, notamment à l’échelle locale ?

En général, pendant deux ou trois ans, les acteurs institutionnels sont sceptiques. Puis, quand le projet s’avère une réussite, les mairies appellent et demandent : « Comment peut-on vous aider ? » « Quels blocages pouvons-nous lever ? » Quand on me demande ce qu’il faut faire, je réponds qu’il suffit de commencer ! Au pire, ça ne fonctionne pas et ce n’est pas grave. Car quand ça marche, le voisin se sentira encouragé à tenter quelque chose, puis son voisin et ainsi de suite.

En 2014, des habitants de Liège, en Belgique, se sont demandé comment faire pour que la nourriture qu’ils consomment soit en majorité produite localement à l’horizon de quelques années. Ils ont organisé une simple réunion publique. Aujourd’hui, on compte 27 coopératives dans la ville et un réseau composé d’une ferme, de vignes, d’une brasserie, de quatre magasins… Et tout a démarré sans l’aide des banques, ni de la ville, ni rien. Les porteurs du projet discutent avec la municipalité pour livrer les cantines scolaires, les hôpitaux, etc. Le concept a essaimé dans d’autres communes de Belgique, et même en France.

Sécheresse en Espagne et en France, inondations en Italie, incendies et vagues de chaleur précoces dans toute l’Europe… Ces catastrophes récentes sont-elles les meilleures avocates de la transition, ce changement de modèle que vous prônez depuis des années ?

C’est le problème avec le réchauffement climatique. Personne ne peut se réjouir que les catastrophes nous donnent raison. D’autant plus que, quand bien même les effets du réchauffement climatique sont clairs et indéniables, les entreprises du secteur pétrogazier continuent de mener d’énormes campagnes de désinformation, extrêmement bien organisées, pour préserver leurs intérêts et freiner la sortie des énergies fossiles.

J’ai vu de mes propres yeux des embouteillages de vélos aux heures de pointe, des quartiers agréables et dynamiques interdits aux voitures, d’innombrables solutions pour produire de l’énergie renouvelable, des innovations, partout dans le monde, etc. Nous avons la preuve depuis longtemps que des alternatives existent, mais la transition se heurte au pouvoir de ces géants du pétrole, du gaz, etc.

Le mot de « transition » étant employé à tout va, comment éviter le « greenwashing » ?

Il m’arrive de me rendre dans des villes et de m’apercevoir que ce qu’on y appelle « transition » n’est pas toujours très intéressant. Par exemple, je me méfie quand on me parle d’ »atteindre la neutralité carbone d’ici 2050″. Les gouvernements et les pouvoirs publics adorent cette expression, or elle cache souvent l’incapacité à réagir à l’urgence et l’illusion qu’on peut continuer sans rien changer.

« La transition, ce n’est pas faire comme d’habitude et se contenter d’installer des panneaux solaires sur le toit ou de se déplacer en voiture électrique. »

La culture dominante selon laquelle plus l’on consomme et mieux l’on vit est de plus en plus remise en question. Les choses évoluent car il apparaît que ce modèle nous a rendus de moins en moins capables de résister aux crises. A l’inverse, des petites communautés en transition à qui j’ai récemment rendu visite, à Londres, et qui existent depuis parfois quatorze ou quinze ans, se portent mieux que jamais. Que ce soit un « repair café » par-ci, un jardin communautaire par-là… Outre l’aspect économique de ces initiatives, tous les membres de la communauté créée autour de ces projets nous font part de la satisfaction d’avoir retrouvé du contact humain et d’avoir renoué des relations, alors qu’un mode de vie tourné vers la consommation nous isole les uns des autres. Il faut changer d’état d’esprit et réfléchir à ce à quoi nous accordons de la valeur.

Comment voyez-vous l’avenir de ce réseau ?

Tout d’abord, je suis très fier et honoré d’avoir contribué à la naissance d’un réseau qui aide les gens à impulser ce genre de transformations. Mais je suis aussi réaliste : depuis que nous avons mis en place le réseau, l’humanité s’est rendue responsable de 30% du total des émissions de CO2 dans l’atmosphère. C’est donc une très belle histoire, c’est vrai, mais elle se finira mal si nous perdons le combat contre les entreprises du pétrole et du gaz qui, contrairement à nous, sont riches, puissantes et politiquement influentes.

« Quand tout le monde réalisera l’ampleur de la tâche qui nous attend, j’espère que ce réseau jouera le rôle d’une immense bibliothèque d’expériences. »

Ces projets répartis à travers le monde alimentent un catalogue de tous ce que nous avons appris, de tous les outils utilisés, de toutes les idées que des groupes de citoyens ont mises en pratique. Ces connaissances n’ont pas de prix.

D’expérience, constatez-vous davantage de difficultés à imaginer ces nouveaux modèles en ville ou à la campagne ? Entre l’injonction à abandonner la voiture et les appels répétés à la sobriété, urbains, périurbains et ruraux s’accusent parfois mutuellement de ne pas faire leur part de l’effort de transition…

Partout où je vais, j’entends : « Ce que vous racontez est très chouette, mais ce sera plus difficile à faire ici que chez le voisin. » C’est vrai dans un village ou en plein centre de Paris, et même d’un pays à l’autre ! Si je parle à des Allemands d’un projet français ou italien dont ils pourraient s’inspirer, quelqu’un argumentera que « oui, mais en France et en Italie, c’est facile ». La réalité, c’est qu’avec un peu de créativité et de curiosité, on peut tous se lancer et tenter quelque chose de nouveau. Parfois, un même problème se pose en ville et dans un petit village, mais les solutions trouvées pour y remédier sont différentes. Si vous vivez dans un endroit isolé, vous n’aurez jamais le métro et le bus à toute heure devant chez vous. En revanche, j’ai vu des gens se regrouper pour créer leur propre service de transports en commun, adapté à leurs besoins, ou d’autres se concerter pour optimiser les trajets. L’arrivée des vélos électriques offre aussi énormément de possibilités.

Une chose est sûre : si l’on continue à penser que les autres doivent changer mais que nous, juste nous, pouvons continuer comme avant, alors cela nous conduira dans le mur. Car le climat, lui, change déjà.

La biodiversité : le parent pauvre de l’environnement

La biodiversité : le parent pauvre de l’environnement

par
Philippe Grandcolas
Directeur de recherche CNRS, systématicien, directeur de l’Institut de systématique, évolution, biodiversité (ISYEB), Centre national de la recherche scientifique (CNRS)

Martine Hossaert
Directrice de recherche, Ecologie évolutive, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) dans the Conversation

Vous vous en souvenez sans doute, en décembre 2022 s’est tenue à Montréal la COP15, la conférence internationale sur la diversité biologique.

La biodiversité reste la parente pauvre des initiatives politiques et sociétales sur l’environnement ; elle est peu visible malgré son importance et la crise actuelle qui menace de disparition plus d’un million d’espèces.

À Montréal, il était ainsi primordial d’aboutir à un accord pour stopper cette sixième crise d’extinction. Une urgence d’autant plus impérieuse que les objectifs des accords signés à Aïchi (Japon) en 2012, avec la même finalité, n’avaient pas été atteints.

En amont de cette COP, qui aura accueilli les représentants des 196 États signataires de la Convention sur la diversité biologique, des observateurs et des négociateurs européens avaient mis l’accent sur quelques mesures phares qu’ils espéraient voir accepter par tous.

Aller vers 30 % d’aires protégées sur terre et en mer, au lieu des presque 15 et 10 % actuels ; intensifier la restauration des écosystèmes ; promouvoir les « solutions fondées sur la nature » ; réduire l’usage des pesticides et des engrais polluants.

Les négociations ont également porté sur l’application d’une mesure d’équité entre détenteurs (y compris de savoirs traditionnels) et utilisateurs de séquences génétiques.

La COP15, en mobilisant une telle diversité de pays, de cultures, de situations politiques, juridiques ou économiques, a connu son lot de difficultés.

Revenons par exemple sur la mesure phare portant les aires protégées à 30 % de la surface terrestre. Rappelons qu’il s’agit de laisser localement les écosystèmes suivre des trajectoires (relativement) spontanées pour bénéficier de la reconstitution des populations locales d’organismes, de l’amélioration des services attendus, voire de l’enrichissement de la biodiversité par débordement sur les aires adjacentes.

Certains alertaient sur l’éviction scandaleuse des peuples autochtones lors de la mise en place de ces aires protégées. De nombreux pays du Sud y étaient défavorables, trouvant la mesure trop coûteuse et trop contraignante, compte tenu de leurs spécificités géographiques. Cette mesure est souvent perçue comme une injonction des pays riches ayant déjà dévasté leur environnement.

Un autre exemple concerne le concept même de « solutions fondées sur la nature », promu par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Cette mesure, quasi unanimement agréée par les scientifiques, a malheureusement été souvent galvaudée par des mesures en faveur du climat qui ne respectent pas l’intégrité des écosystèmes.

On plante par exemple des arbres exotiques par centaines de milliers pour prétendre stocker du carbone et réguler le climat, au lieu de favoriser la régénération d’écosystèmes forestiers locaux, riches, équilibrés et aux bénéfices vraiment multiples sur le long terme.

Les proportions d’aires protégées ont bien été portées à 30 % sur terre et en mer. À cette occasion, les droits des peuples autochtones et des communautés locales ont été réaffirmés, en reconnaissant que les territoires gérés grâce aux savoirs traditionnels (environ 8 % de la surface des terres) deviennent de facto des aires protégées.

Autres cibles importantes : atteindre 30 % de surfaces d’écosystèmes restaurés en dehors des aires protégées ; viser une diminution de 50 % d’usage des pesticides ; laisser en libre accès l’usage des données de séquences moléculaires sur les ressources génétiques, initiative essentielle pour garantir une « science ouverte » et la prévention du pillage de ces ressources par des intérêts privés.

Il est également prévu, mais sans détail sur les moyens à mettre en œuvre, de réduire de moitié les introductions d’espèces exotiques envahissantes d’ici 2030 ; rappelons qu’il s’agit là d’une des causes principales du déclin de la biodiversité.

L’océan et l’agriculture, deux angles morts
L’accord final présente de moins bons aspects. Par exemple, le sujet des océans y a été très peu abordé, dans l’attente de la négociation sur les aires protégées dans les eaux internationales qui semble avoir finalement abouti, sous réserve d’application réelle par les États. Surtout, l’ensemble des 23 cibles de l’accord final représente des coûts importants de mise en œuvre pour de nombreux pays.

Le Fonds pour l’environnement mondial, dédié à financer ces coûts, ne satisfait pas tout le monde ; il doit en outre être adapté à la mesure des objectifs. Des États, à l’image de la France, ont promis de le faire, d’autres moins ou pas.

Il n’y a également pas d’objectifs chiffrés pour la réduction de l’empreinte écologique ou le respect des limites planétaires.

Autre point problématique, l’agriculture, qui est appelée à évoluer soit en « intensification durable », soit en agroécologie ; le premier concept est particulièrement flou tandis que le second a, dans le texte final, une dimension plus large que celle admise en Europe notamment. La production de viande d’élevage – un enjeu environnemental majeur – est quasiment absente de l’accord, même si certains objectifs (aires protégées, restauration, baisse des pesticides, etc.) peuvent concourir à une action plus raisonnée dans ce domaine.

Quant à la relation de la biodiversité avec le climat (atténuation), elle est mentionnée sans objectifs chiffrés ou datés.

On le voit, la transformation de nos systèmes industriels de production alimentaire, pourtant primordiale aux yeux des scientifiques et synthétisée par l’IPBES en 2019, n’est pas près d’être fortement contrainte…

Mais rappelons-le : même si les accords des COP ne sont pas juridiquement contraignants (et s’ils l’étaient, encore faudrait-il transcrire leurs dispositions dans le droit de chaque pays), ces sommets internationaux sur la biodiversité ont le grand bénéfice de mettre en présence 196 pays, de leur permettre de mesurer et de réduire leurs désaccords, et donc de tenter de trouver des solutions politiques communes.

Ils ont aussi l’avantage de rendre publics des mesures et des indicateurs, chiffrés dans le meilleur des cas, et des calendriers d’applications. Se dédire et ne pas respecter de tels accords fait désordre ; on se rappellera les accords de Paris sur le climat, le scandale de la sortie des États-Unis et les reculades dissimulées de certains pays, dont la France. Sans COP, tout cela resterait invisible.

La prochaine étape importante sera celle de la publication des politiques nationales en matière de biodiversité dans les mois à venir.

Pour la France, il s’agira de prêter attention à la publication de la version 2023 très attendue de la Stratégie nationale sur la biodiversité.

Cette stratégie publiée par le gouvernement liste les indicateurs de l’état de la biodiversité et explicite les actions à entreprendre. Elle est constituée par discussion avec les territoires de métropole et d’outre-mer, les scientifiques, les associations, les instances consultatives, les services et les opérateurs de l’État. L’avantage de la démarche est d’engager collectivement les parties prenantes à agir.

Son inconvénient est de contraindre l’élaboration de cette stratégie par la participation de parties présentant potentiellement de forts conflits d’intérêts en regard de la mise en place d’une transition environnementale. Au final et pour cette raison, la stratégie élaborée peut être en retrait par rapport aux engagements de la France à l’international et par rapport aux objectifs précis, contraignants et opérationnels qu’il faudrait se fixer.

Le danger d’une telle situation est évident : outre l’absence de progrès pourtant indispensable au plan environnemental dans une situation de crise et d’urgence, une stratégie peu ambitieuse et peu contraignante minera la confiance de la société dans l’efficacité des négociations entreprises et des modes de médiation et de gouvernance politique.

Redisons-le : les COP sont indispensables, mais ne se suffisent pas à eux-mêmes. Les États doivent transcrire et suivre les engagements qu’ils ont négociés et acceptés.

Environnement–Sobriété : Le gâchis des ressources naturelles

Environnement–Sobriété : Le gâchis des ressources naturelles

Par
Bruno Villalba
Professeur de science politique environnementale, AgroParisTech – Université Paris-Saclay dans the Conversation

La sobriété interroge notre rapport à la matérialité. Elle est souvent conçue comme la masse et la composition physico-chimique des choses extraites, produites et échangées ou des investissements réalisés qui s’oppose à leurs valeurs.Mais une telle approche minimise le stock disponible, c’est-à-dire la quantité physiquement existante pour permettre que ces dynamiques de flux et d’échange puissent se mettre en place et se développer. Concevoir une matérialité dans une vision évolutive (comme l’extension du contrôle efficace des échanges) revient à maintenir une certaine vision de l’abondance de la ressource – ou tout au moins de l’extension de ses potentialités d’exploitation. Or, nous assistons plutôt à une raréfaction programmée de cette matérialité. Cette programmation résulte du prolongement des politiques de développement qui, inévitablement, conduiront à l’assèchement des ressources.

De nombreuses analyses mettant en évidence ce paradoxe ont déjà été réalisées. Une abondante littérature porte sur la disparition programmée des ressources fossiles et de ses conséquences catastrophiques sur nos « sociétés carbones ». Nous souhaitons insister sur le déploiement de mécanismes plus invisibles encore, qui rend plus compliqué le fait de saisir la relation de dépendance qui nous relie à eux, et montrer combien le « pic » concerne la quasi-totalité des matières avec lesquelles nous entretenons un rapport d’extraction.

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En 1863, le chimiste Dmitri Mendeleev a classé 63 éléments chimiques naturels, connus à l’époque, qui composent tout ce qui nous entoure, et a publié, en 1869, le fameux « tableau périodique ». Depuis la classification s’est étoffée et il y a maintenant 118 éléments répertoriés, dont 90 sont présents dans la nature. Les autres sont pour la plupart des éléments super lourds qui ont été créés dans les laboratoires au cours des dernières décennies par des réactions nucléaires et qui se désintègrent rapidement en un ou plusieurs des éléments naturels.

En 1976, le chimiste américain William Sheehan offre une nouvelle vision de ce tableau. Il représente chaque élément en fonction de son abondance ou de sa rareté, ce qui permet d’échapper à la présentation traditionnelle, où chacun d’entre eux est soigneusement rangé dans des petits carrés équivalents18.

On peut ainsi voir l’abondance de l’hydrogène (H), du carbone (C), de l’oxygène (O), d’une moindre profusion du phosphore (P) ou du calcium (Ca), et d’une très faible présence du lithium (Li) ou de l’argon (Ar), ou bien plus encore, de l’extrême pénurie du prométhium (Pm). Avec cette figuration, il souhaite signifier les possibilités d’exploitation de ces éléments, en fonction de leur profusion naturelle ou de leur création artificielle. Ce croquis, repris puis diffusé sur les réseaux numériques, connaît une amélioration graphique ; ainsi, le tableau a été codé par couleur pour indiquer la vulnérabilité plus ou moins grande des éléments.

Ce qui est ainsi mis en scène, c’est l’extension de la pression sur certains éléments non renouvelables. Bien sûr, cette présentation synthétique a fait l’objet de certaines critiques, dont l’une qui fait état de l’absence de connaissances globales sur l’état des ressources qui empêcheraient de mesurer avec précision le degré de disparition. Mais, elles ne remettent pas en cause l’inégale pression sur les ressources, ni l’intensification des tensions.

The European Chemical Society (EuChemS) s’inspire de ce travail et publie, en 2021, une nouvelle version de son « Element Scarcity – EuChemS Periodic Table ». Dans la plupart des cas, les éléments n’ont pas disparu. Mais, au fur et à mesure que nous les utilisons, ils se dispersent et sont beaucoup plus difficiles à récupérer. La dispersion rendra certains éléments beaucoup moins facilement disponibles dans cent ans ou moins – c’est le cas pour l’hélium (He), l’argent (Ag), le tellure (Te), le gallium (Ga), le germanium (Ge), le strontium (Sr), l’yttrium (Y), le zinc (Zn), l’indium (In), l’arsenic (As), l’hafnium (Hf) et le tantale (Ta). L’hélium est utilisé pour refroidir les aimants des scanners IRM et pour diluer l’oxygène pour la plongée sous-marine. 26 éléments du tableau de Mendeleïev, tels que l’or, le cuivre, le platine, l’uranium, le zinc ou le phosphore seraient en voie d’épuisement. 6 autres ont une durée de vie utile prévue est inférieure à cent ans. Sur les 90 éléments, 31 portent un symbole de smartphone – reflétant le fait qu’ils sont tous contenus dans ces appareils.

The European Chemical Society attire aussi notre attention sur une autre dimension, que les auteurs qualifient de « provenant des ressources du conflit ». Par exemple, le carbone, en particulier le pétrole, peut provenir d’endroits où des guerres sont menées pour les champs pétrolifères ou où les revenus pétroliers sont utilisés pour mener des guerres. Nous sommes donc face à un stock limité d’éléments constitutifs. De plus, même les agencements que nous pouvons réaliser entre eux sont limités : dès lors que l’un des éléments vient à manquer, ils ne sont pas toujours substituables.

À partir de ce simple constat matériel, on voit combien le dépassement technologique est rendu illusoire à cause de la disparition progressive des ressources non renouvelables. Leur rareté devrait conduire à une modération dans leur usage. On retrouve ainsi le « stock de sable » : une quantité limitée, des possibilités d’innovations limitées en raison de la disparition programmée de certains éléments, ainsi que des combinaisons limitées… Et il faudra encore que les générations futures gèrent durablement ces pénuries.

Malgré cet état de fait, la transition écologique, notamment dans son volet énergétique, continue à promouvoir le développement de technologies vertes nécessitant l’utilisation intensive de ces ressources limitées. Il faut, quoi qu’il en coûte, maintenir la croissance, désormais flanquée du qualificatif « verte ». Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), cette croissance consiste « à favoriser la croissance économique et le développement tout en veillant à ce que les actifs naturels continuent de fournir les ressources et les services environnementaux sur lesquels repose notre bien-être. Pour ce faire, elle doit catalyser l’investissement et l’innovation qui étaieront une croissance durable et créeront de nouvelles opportunités économiques ».

Cette définition met clairement en lumière l’objectif que les démocraties occidentales et les autocraties cherchent aujourd’hui à atteindre : poursuivre l’amplification économique, mais en s’appuyant sur le progrès technique pour tenter d’atténuer les impacts sur l’environnement.

Cependant cet artefact des économistes classiques et néo-classiques, qui suppose de considérer le système économique comme une machine à mouvement perpétuel, se heurte aux limites matérielles bien réelles du monde naturel. En effet, les réserves de métaux rares sont relativement peu abondantes, comparées au rythme de consommation effréné de notre siècle. Elle croît à un rythme de 3 à 5 % par an. À titre indicatif, à l’horizon 2030, la demande de germanium, utilisé pour la fabrication de cellules photovoltaïques, va doubler ; celle de tantale, utilisé comme conducteur de la chaleur et de l’électricité ou pour la fabrication d’instruments chirurgicaux et d’implants, va quadrupler ; celle de cobalt, utilisé pour la fabrication des aimants ou des voitures hybrides, va être multipliée par 24. Ces métaux les moins abondants (lithium, béryllium, cobalt…) sont devenus essentiels à la production d’aimants, de moteurs, de batteries, incorporés à l’électronique… Autant de ressources qui sont indispensables au développement des « énergies vertes ». Les terres rares – une trentaine d’éléments chimiques – sont aussi concernées par cette intensification de leur exploitation, au nom des énergies renouvelables.

L’extractivisme est général ! La déplétion est progressive mais permanente. La quantité de matière première extraite de la Terre est passée de 22 milliards de tonnes en 1970 à 70 milliards de tonnes en 2010. Au cours des années 2000-2010, à l’échelle du globe, entre 47 et 49 milliards de tonnes de matériaux ont été extraits chaque année, soit 18 kg en moyenne par jour et par personne.

Au rythme actuel d’extraction, nombreux sont ceux qui risquent d’être épuisés dans une cinquantaine d’années. Il est estimé que, pour satisfaire la demande – en termes de logements, mobilité, nourriture, énergie, eau, etc. – des futurs 10 milliards d’habitants de notre planète, 180 milliards de tonnes de matières premières, soit trois fois la quantité de ressources actuelles, seront nécessaires à l’horizon 2050. L’océan profond devient ainsi un nouvel espace de jeu de l’extractivisme. On envisage tranquillement d’aller exploiter la Lune et Mars… : la poubellocène deviendra spatiale !

Il va sans dire que les impacts négatifs iront de pair. Tout d’abord, ces exploitations répondent à la loi des pics d’extraction : on doit creuser plus profond, pour des taux de concentration plus diffus… Ce qui entraîne inévitablement une logique d’épuisement et une l’augmentation des coûts énergétiques croissants de leur extraction.

Ensuite, ces politiques ont des effets sociaux importants, comme l’augmen – tation des prix de l’énergie en raison de ces contractions de quantité, mais aussi de la spéculation financière qu’elles produiront. De plus, il faut aussi prendre en compte les effets rebonds sur les grands enjeux écologiques : pour extraire toujours plus de matière, on aura besoin de toujours plus de ressources (en pétrole, en eau, etc.), ce qui accentuera les émissions de gaz à effet de serre et participera à la continuité (voir l’amplification) des effets de rétroaction du dérèglement climatique (acidification des océans, érosion de la biodiver- sité…), mais aura aussi des conséquences sur les milieux de vie, sur les pollution et eutrophisation des sols et des nappes d’eau douce, la déforestation massive…

Enfin, cette course à la ressource participera à l’accroissement des violences et des conflits locaux pour protéger la richesse générée par ces exploitations. La diminution des volumes disponibles (à bas coûts) entraîne une augmentation des prix, ce qui rend l’accès plus difficile pour certains pays ne disposant pas de ressources financières importantes.

Si l’on souhaite bâtir des politiques de souveraineté énergétique à l’échelle de chaque pays, la compétition va être rude pour sécuriser l’accès à ces ressources. La concentration de ces terres dans quelques pays représente une source de tensions géopolitiques de premier plan. Par exemple, la Chine dispose aujourd’hui de 80 % à 90 % de la production mondiale de 17 matériaux, indispensables à la fabrication de nombreux équipements électroniques, alors même qu’elle ne possède qu’un tiers des réserves. Comment réagir face à la contraction des échanges si la Chine décide de conserver ces ressources ? Les stocks de ressources deviennent de plus en plus des enjeux stratégiques, comme l’a montré la guerre en Ukraine. Les États développent des stratégies de sécurisation de leurs approvisionnements afin de maintenir ce flux de métaux indispensables au fonctionnement de leur économie. Comment garantir l’approvisionnement en métaux dits « critiques », selon la terminologie de l’International Energy Agency ? La question est posée, la réponse est plus sibylline, notamment lorsqu’elle tend à édulcorer son rapport à la violence (assurer la ressource et ainsi renforcer sa souveraineté) ainsi que les conséquences d’un redéploiement local de l’approvisionnement (réduire sa dépendance, c’est relancer l’exploitation des mines sur son sol, ce qui n’est pas sans rencontrer de vives oppositions).

Mais face à cette réalité, on continue à invoquer le mythe d’une innovation capable de limiter les effets rebonds et d’élaborer des compensations réparatrices… Cette politique extractiviste mobilise de plus en plus de compétences et d’ingéniosités, de financements et de complexités dans les chaînes d’approvisionnement – ce qui contribue d’autant plus à la fiction de l’ingéniosité humaine sans limite, comme en témoigne le récit des énergies « vertes ».

Environnement : Pour une écologie populaire

Environnement : Pour une écologie populaire

par Theodore Tallent
Chercheur en science politique et environnement au Centre d’Etudes Européennes et de politique comparée, Sciences Po dans the Conversation

Les conséquences énergétiques de la guerre en Ukraine et les débats politiques à la suite des divers rapports du GIEC ont mis au centre une question fondamentale : alors que la sobriété des comportements et l’adoption de mesures environnementales ambitieuses s’imposent pour lutter contre la crise énergétique et le dérèglement climatique, comment caractériser les pratiques et attitudes des classes populaires à l’égard de l’environnement ? Le discours écologique mainstream qui s’est développé depuis une quarantaine d’années repose sur une vision politique, globale, urbaine, et conscientisée de l’engagement écologique.
Les classes populaires urbaines et rurales, fréquemment dépeintes comme sobres « par nécessité » du fait de fortes contraintes économiques qui modèlent leurs habitudes, sont-elles vouées à subir une transition coûteuse et des mesures de sobriété qui, pour elles, n’ont rien d’« heureuse » ?

Intimement lié à l’écologie politique, ce discours écologique dominant défend donc la politisation de l’enjeu écologique, l’adoption généralisée d’une conscience écologique individuelle, et le déploiement de politiques de régulation telles que la fiscalité verte. Malgré les divergences, ce discours écologique a de commun qu’il considère l’intentionnalité des actions environnementales (la « conscience écologique ») comme centrale.

Or il semble à première vue que les classes populaires résidant en zone rurale ou en périphérie des villes rentrent difficilement dans ce cadre discursif. Pour elles, ce sont plutôt les impératifs de pouvoir d’achat, d’emploi et de logement qui sont régulièrement présentés par des éditorialistes ou sondages comme primordiaux. Les pratiques de sobriété sont donc souvent qualifiées de « subies », à rebours d’un engagement conscientisé et politique

Compte tenu du fait que la transition écologique mêle pratiques individuelles et politiques publiques, il est en outre intéressant de noter là encore que ces dernières, appliquées uniformément et sans adaptation, imposent un coût supérieur aux classes populaires. Une étude confirme ainsi que la majorité des instruments de décarbonation ont un impact distributif important. L’acceptabilité de ces politiques baisse ainsi au sein des classes populaires, mais aussi des classes moyennes rurales, qui craignent pour leur situation économique.

À l’aune de ces éléments, une éventuelle « écologie populaire » semble plutôt rimer avec précarisation et difficultés d’adaptation. Il paraît surtout clair qu’elle ne s’inscrit pas dans les bornes fixées par le discours écologique dominant.

Dépasser l’opposition entre « fin du mois » et « écologie »
Loin des discours caricaturaux distinguant les « bobos écolos » des centres-villes des périurbains et ruraux, trop préoccupés par leurs conditions de vie pour envisager l’enjeu écologique, une nouvelle écologie se dessine pourtant.

En 2015, 35,7 % des ménages français possédaient deux voitures ou plus. Damien Meyer/AFP
Certes, la précarité des classes populaires rend plus difficile l’adoption de certaines pratiques ou la formation d’opinions positives à l’égard des politiques environnementales. Mais c’est paradoxalement par cela qu’elles sont en train de réinventer une écologie relocalisée, sobre, et aux valeurs fondamentalement populaires, comme le démontrent deux études de terrain menées dans le contexte des « gilets jaunes ».

Ces citoyens des classes populaires urbaines, ou même de la classe moyenne rurale, proposent un modèle alternatif au discours dominant sur l’écologie.

Au cœur des conclusions de ces études réside l’idée que ce n’est pas parce que certaines de leurs pratiques sont contraintes que cela les rendrait moins écolos.

Qui a dit que l’écologie de conviction (et de discours) valait mieux que l’écologie de l’action ?

L’essence de cette critique se trouvait déjà chez Joan Martinez-Alier lorsqu’il publiait son livre The Environmentalism of the Poor en 2002. Un nouvel écologisme était, selon lui, en train de naître sous nos yeux, en opposition aux dommages environnementaux subis par les populations pauvres du Sud global.

Vingt ans plus tard, c’est aussi une nouvelle écologie qui apparaît dans les pays du Nord, au sein de classes populaires urbaines et rurales ne se reconnaissant que rarement dans l’écologie mainstream, en témoigne par exemple la sociologie du vote vert en France. Cette « dépossession écologique » s’explique par des références et valeurs différentes, des impératifs quotidiens divergents et des pratiques et attitudes qui n’expriment pas un message tout à fait similaire à celui porté par le mouvement dominant.

Cela se manifeste également par une forte préoccupation économique, dont ces citoyens ne peuvent s’éloigner – raison pour laquelle le discours décroissantiste, actuellement débattu au sein des mouvements écologiques, y fait moins recette.

Les « gilets jaunes », bien que longtemps caricaturés, ont dévoilé les bribes d’une écologie pensée hors des centres métropolitains. Leur imaginaire écologique, fondamentalement « populaire », insistait plutôt sur les valeurs morales de « non-gaspillage », de « modération », et de localisme.

C’était une écologie du soin, du familier, du « moins », du local. Une écologie tournée vers son environnement proche, vers une manière d’habiter unique et relationnelle. Une écologie parfois de la débrouille, mais également du territoire, ancrée dans son quartier ou dans son village.

Au-delà des « gilets jaunes », l’écologie populaire cherche à démontrer que « les “gens de peu” ne sont pas des riches auxquels il ne manquerait que l’argent ». Si les classes populaires ont un faible bilan carbone, ce n’est pas juste par contrainte budgétaire, c’est aussi parce qu’elles cultivent un imaginaire différent et ont d’autres modes de vie. Lors d’entretiens conduits hors des grands centres urbains, c’est le même message qui revient : les pratiques existent, ce sont les justifications qui varient.

Loin d’une lecture binaire de l’écologie (entre les « écolos » et les autres), il s’agit d’envisager l’écologie dans sa pluralité. Les attitudes et pratiques divergent, les justifications aussi, mais dans une crise environnementale toujours plus vive, il serait bon de rappeler l’expression anglaise bien connue : parfois, « actions speak louder than thoughts » (les actions comptent plus que les idées) – récemment remis au goût du jour.

L’association Vrac, présente dans de nombreuses villes de France, rend accessible les aliments bio aux habitants des quartiers populaires et aux étudiants, comme ici à Lyon. Nolwenn Jaumouillé, CC BY-NC-ND
Lorsqu’Anne (son prénom a été modifié), résidente d’un village dans l’est de la France, me déclare dans un entretien trier ses déchets organiques, car « elle a été élevée comme ça », car « on a toujours fait comme ça ici », elle ne rentre pas dans la case de l’écologie dominante. Elle ne déploie pas un discours performatif justifiant son action au nom d’un idéal environnemental plus grand, mais incarne plutôt une écologie rurale et populaire.

De la même manière, lorsque Franck critique les zones à faibles émissions, il ne néglige pas la protection de l’environnement. Il pointe davantage du doigt le poids déséquilibré que ce type de politiques fait peser sur les classes populaires périurbaines et rurales.

Le défi de cette écologie populaire se manifeste par la difficulté matérielle vécue par bon nombre d’Européens avec l’application de « principes » écologiques dans leur quotidien, à la fois pour cause de précarité ou par une impression de distance à l’égard des injonctions (et des politiques publiques) promues à Bruxelles, Paris ou Berlin.

Reconnaître une écologie populaire implique donc aussi bien l’adoption de nouveaux logiciels de pensée, ouverts à d’autres pratiques et attitudes, mais également l’adoption de politiques visant à éviter d’en arriver à l’impasse des « gilets jaunes ».

Cela passera sans doute par de la planification et de l’anticipation, pour éviter de tomber entre le marteau de la sobriété subie et l’enclume de la transition éprouvée, mais aussi par un effort pour rebâtir la confiance avec des classes populaires vivant un fort sentiment d’exclusion écologique.

En prenant au sérieux ces discours et pratiques écologiques populaires, il sera ainsi possible d’y trouver des clés pour construire la société de demain, plus sobre, tournée vers le soin et ancrée dans son territoire.

Environnement– Les villes accentuent la crise de l’eau

Sur-urbanisation – Les villes accentuent la crise de l’eau

La sur-urbanisation conduit à la bétonisation des sols et contribue ainsi à aggraver la crise de l’eau En plus de la baisse de la pluviométrie, l’imperméabilisation des sols est une des causes principales du déficit de rechargement de nos réserves d’eau. Par Olivier Bataille, DG d’O2D Environnement.( dans la Tribune)

Les périodes de sécheresse, de canicule ou encore les inondations liées au dérèglement climatique marquent de plus en plus le quotidien des Français. Le début du XXIe siècle comptabilise ainsi 8 des 10 années les plus chaudes jamais enregistrées, chacune étant postérieure à 2010. En 2022, le continent européen a subi une période estivale marquée par les canicules : la France vivait à l’époque son 2e été le plus chaud, atteignant des températures dépassant les 40°C. La même année, le pays battait son record de déficit pluviométrique (-25% enregistré au global, avec des déficits compris entre 10 et 40% selon les départements).

Cette sécheresse s’installe et perdure avec des hivers doux et un manque notable de précipitations. Ce sont les trois quarts du territoire français qui sont aujourd’hui touchés. L’aridité est à l’origine non seulement d’incendies détruisant la faune et la flore, mais également d’une baisse du niveau des eaux de surface, fleuves, rivières et lacs. Au mois de janvier, la Garonne se trouvait ainsi à un cinquième de son débit normal et, l’été dernier, près de 50% du fleuve était totalement asséché.

Ces épisodes météorologiques extrêmes sont autant de facteurs qui réduisent les capacités de recharge des nappes phréatiques et menacent nos approvisionnements quotidiens en eau potable ainsi que l’irrigation des cultures agricoles. L’assèchement des sols peut également conduire à une fragilisation du bâti en déstabilisant les fondations.

La vie humaine n’est évidemment pas la seule à être menacée par ces dérèglements climatiques. Alors même que la végétalisation urbaine est indispensable pour rafraîchir la ville et lutter contre les îlots de chaleur urbains, la flore souffre déjà des périodes de sécheresse et du manque d’eau dans les sols. D’ici à 2050, plus de 70% des arbres en ville pâtiront du réchauffement climatique en France. Leur survie dépendra de l’évolution de la couverture des sols urbains, afin de leur garantir un approvisionnement en eau suffisant.

Une étude menée par une équipe de recherche internationale, réalisée dans 164 villes de 78 pays, démontre que la moitié des espèces d’arbres est d’ores et déjà menacée par ces changements climatiques.

Perméabilité des sols et gestion durable des eaux pluviales : deux notions complémentaires
Rendre la ville durable et vivable dans le futur, c’est donc prendre en compte la question de l’imperméabilisation des sols. Il est en effet nécessaire aujourd’hui de restaurer les fonctions naturelles du sol, dont sa capacité d’infiltration, afin de réintroduire le cycle de l’eau en ville.

Il semble impératif de limiter au maximum l’utilisation de matériaux étanches qui scellent les sols et isolent les nappes phréatiques de l’élément qui les constituent : l’eau. Pour cela, la solution s’impose d’elle-même : favoriser la mise en place de sols perméables (éventuellement végétalisés) en ville qui permettent un aménagement durable et esthétique des zones piétonnes, parkings, pistes cyclables ou encore cours d’écoles. En plus de répondre aux besoins des usagers, ces aménagements laissent l’eau pluviale s’infiltrer, permettent le retour de la biodiversité urbaine, ont des capacités de régulation thermique, contribuent au désengorgement des réseaux d’assainissement… Par ailleurs, l’infiltration de l’eau à son point de chute est un élément déterminant pour la qualité de l’eau. Moins l’eau ruisselle sur des surfaces imperméables, moins elle a de risque de se charger en polluants.

En France, la transition a déjà commencé sur l’ensemble des territoires. Une quantité non négligeable de projets de désimperméabilisation des sols ont déjà été réalisés ou sont actuellement en cours, afin de transformer durablement nos villes dans un esprit de résilience urbaine. Les aides financières proposées par les collectivités, mais également par les Agences de l’Eau facilitent par ailleurs la mise en place de tels dispositifs.

La désimperméabilisation des sols est devenue un impératif vital et doit donc avoir toute sa place dans les stratégies de transition territoriale. Une urgence qui ne fait que se renforcer alors que les effets du dérèglement climatique ne font que croître. Il est temps de considérer le sol comme une composante essentielle de l’urbanisme durable pour que la ville de demain soit, avant tout, perméable.

Environnement- Sauver les sols

Environnement- Sauver les sols

Par
Tiphaine Chevallier
Chercheuse, Institut de recherche pour le développement (IRD)

Anne C. Richer-de-Forges
Pédologue-cartographe, Inrae

Thomas Eglin
Animateur thématique « biodiversité, sol et paysage », Ademe (Agence de la transition écologique) dans the Conversation

Le sol ne se limite pas à une simple surface que l’on foule de ses pieds. Il constitue un écosystème à part entière, essentiel à nos sociétés pour l’approvisionnement en nourriture et en matériaux, la régulation du cycle de l’eau et du climat, le recyclage de déchets organiques, la préservation d’un patrimoine biologique et culturel…

Les sols fertiles sont en quantité très limitée sur notre planète – environ un huitième des terres émergées, soit 1 500 millions d’hectares. Pourtant, la majorité des sols du monde est en général dans un état passable, mauvais ou très mauvais, et leurs conditions empirent.

Alors qu’une proportion toujours croissante de la population humaine vit en ville, le risque de déconnexion entre les bénéficiaires des services rendus par les sols et la prise de conscience de leur importance est réel. Ne dit-on pas aux plus jeunes d’éviter de mettre les mains dans la terre, car « c’est sale » ?

Malgré son importance, le sol n’est pas visible et reste donc mal connu. L’indifférence de nos sociétés, associée à la pression des activités humaines et à un manque de réglementation dédiée engendrent d’importantes dégradations, dont certaines sont quasi irrémédiables.

La gestion durable de ces espaces doit être au premier plan de nos préoccupations, tant pour assurer notre alimentation, que pour protéger l’environnement, ou encore développer une agriculture plus économe en intrants (engrais et pesticides), valorisant au mieux le fonctionnement biologique et écologique des sols.

Reconnecter la société aux sciences des sols est donc aujourd’hui un enjeu majeur afin de favoriser leur protection et de renforcer les services qu’ils nous rendent. Ce transfert de connaissances doit passer par la multiplication des actions de vulgarisation vers le grand public, mais aussi dans l’enseignement et auprès des décideurs.

Pour des scientifiques, si intervenir dans une classe, proposer une exposition ou une animation lors de la Fête de la science, constituent autant d’activités agréables, elles sont aussi souvent source d’interrogation. Comment adapter le discours aux enfants, au grand public, aux décideurs ? Comment préparer une séance, une exposition, un stand ? Comment présenter ce sujet d’étude noir, sale et à l’apparence si banale comme un milieu riche et mystérieux ?

Pour inciter scientifiques et médiateurs des sciences à partager leurs retours d’expériences, l’Association française pour l’étude du sol (AFES) a édité un numéro spécial de sa revue Étude et gestion des sols sur le thème « Communiquer et sensibiliser au sol ».

Ce numéro rassemble plusieurs événements ou produits de vulgarisation pour mieux sensibiliser une grande variété de public à ces questions. Les approches décrites sont diversifiées : dispositifs pédagogiques et ludiques à destination de publics scolaires, animations, expositions et outils de sensibilisation pour des évènements grand public, applications web de sciences participatives pour les naturalistes amateurs, jeux familiaux…

Mais le sol des uns n’est pas celui des autres. Le communicant doit donc commencer par écouter et apprendre le sol de l’autre pour lui transmettre ensuite le sien propre. Associer les citoyens à la production de ressources pédagogiques et la production de connaissance sur les sols est également une voie de sensibilisation reconnue.

Un programme associant scientifiques, enseignants et formateurs est actuellement mené par l’AFES pour recenser, partager et produire des ressources pour l’enseignement sur les sols.

Et, parmi les nombreux projets de sciences participatives, quelques-uns sont spécifiques au sol, tels que les observatoires participatifs de la biodiversité des sols et des vers de terre, l’échantillonnage participatif des vers de terre ou encore le Teabag Index Project, qui vise à acquérir des données de décomposition de matières organiques dans les sols.

Même si des ressources pédagogiques et initiatives de sensibilisation sur les sols existent, elles sont aujourd’hui très dispersées. Les rendre plus visibles pourrait passer par un recensement plus systématique et l’alimentation des sites existants.

Voici quelques sources francophones précieuses à retrouver en ligne :

le site Mtaterre.fr, proposé par l’Ademe.

le site de l’AFES, l’Association française pour l’étude du sol.

le site du GIS SOL, le Groupement d’intérêt scientifique sol, qui donne accès aux bases de données et aux publications techniques et scientifiques sur les sols.

le site de « Sols et territoires », un réseau mixte technologique qui vise une prise en compte des sols dans différentes politiques, projets et programmes environnementaux et d’action agricoles.

Renforcer la présence des sols dans les médias grand public constitue une autre étape incontournable, tant le sujet est peu mis en avant.

Quelques émissions de radio, des reportages et des articles – comme sur The Conversation où ont été notamment évoqués la vie des sols urbains, le stockage de carbone ou encore la pollution des sols au chlordécone – ouvrent la voie ; mais il faut renforcer cette médiatisation en reliant les enjeux de préservation des sols à ceux de la société.

Des approches plus décalées ont aussi leur intérêt, comme l’opération #PlanteTonSlip soutenue par l’Ademe, ou ses équivalents destinés au monde agricole, au niveau national et international.

Cette initiative originale aura éveillé les curiosités avec des reportages sur France Inter, France Info, Loopsider et des collaborations avec les désormains incontournables Youtubeurs.

Il y a aussi quelques films, comme Bienvenue les vers de terre (Prix du meilleur film au festival des possibles en 2019) ou Kiss the Ground, film à gros budget diffusé sur Netflix et dont la bande-annonce a été vue plus de 8 millions de fois ; ils nous montrent que le sol peut et doit devenir aujourd’hui un sujet grand public.

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