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Environnement- Sécheresse : la crise supplémentaire

Environnement- Sécheresse : la crise supplémentaire

La sécheresse atteint une intensité inédite en France cette année. Un phénomène qui, amplifié par le réchauffement climatique, est devenu une menace supplémentaire à l’échelle mondiale, avec pour conséquence de faire de l’eau une ressource rare devenue plus que jamais vitale. Par Charaf Louhmadi, ingénieur-économètre chez Natixis, et Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à Brest Business School.

 

La terre contient 96,5 % d’eau salée et 3,5 % d’eau douce. L’essentiel de cette eau douce se trouve dans les glaciers et dans les nappes phréatiques. On dénombre à peine 0,3 % d’eau douce potable disponible pour l’espèce humaine.

Face à une demande en eau sans cesse croissante, les ressources restent de plus en plus limitées. L’augmentation de la demande en eau s’explique par l’accélération de l’urbanisation, l’essor de la démographie mondiale et les besoins croissants en eau dans les secteurs de l’agriculture et de l’industrie.

Selon un rapport de la Banque mondiale, 70 % de l’eau douce est utilisée par l’agriculture, 22 % par l’industrie et 8 % par les particuliers. A noter également que près de 7 personnes sur 10 ont accès à l’eau potable à domicile et que sa disponibilité sur le plan géographique est fortement variable.

Les ressources en eau se font de plus en plus rares. Le stress hydrique mondial est désormais un fait et une crise internationale de l’eau dans les décennies à venir semble inévitable. Selon le World Resources Institute, d’ici 2040, la plupart des pays n’auront plus assez de ressources pour répondre à leur demande en eau. Les activités industrielles et agricoles font que l’espèce humaine puise énormément et de plus en plus dans les nappes phréatiques et les aquifères qui, rappelons-le, ont mis des millénaires à se former.

Pour illustrer la gravité de ce fléau, notons que dans certaines régions, au Maghreb par exemple, il faut creuser plus de 200m sous terre pour trouver de l’eau. De plus, le réchauffement climatique aggrave cette crise hydrique car les précipitations seront de moins en moins abondantes dans les prochaines décennies. Les villes commencent à envisager de plus en plus des scénarii de coupures ponctuelles d’eau. On parle même de « jour zéro », une journée entière sans eau. Dans certaines villes du Maghreb, la réduction des débits d’eau potable est d’ores et déjà à l’ordre du jour, à Berrechid, non loin de Casablanca, la réduction aura lieu à partir du 1er août.

La crise écologique accentue les phénomènes de sécheresse et de pénurie d’eau, en particulier dans des zones de la planète touchées par l’extrême pauvreté. La pénurie d’eau sera, sans doute, un fléau permanent majeur du 21e siècle et risque d’entraîner des tensions voire guerres locales et régionales

L’Europe n’est pas épargnée par la sécheresse. La France hexagonale affronte une sécheresse grave et historique, plus de 100 communes sont privées d’eau potable. Au mois de juillet, on observe un déficit pluviométrique supérieur à 80% et des températures fortement et historiquement élevées. Des niveaux d’alertes, à échelles de gravité variables, sont déclenché sur tout le territoire. La Première ministre Elisabeth Borne a activé, vendredi 5 août, la cellule interministérielle de crise.

En outre, les niveaux sont de plus en plus bas dans le Rhin. Des minimums non observés en plus de quinze ans sont retrouvés dans certaines villes allemandes. Cela a un impact au niveau énergétique car les navires sont contraints de diminuer leurs cargaisons. Or le fleuve revêt une position névralgique en ce qui concerne le commerce maritime européen. Le gaz russe étant coupé, l’Allemagne, locomotive économique européenne se tourne désormais vers le charbon pour s’approvisionner ce qui entraîne donc la hausse du prix du charbon et fragilise ipso facto notre voisin outre-Rhin.

Les pays du sud de l’Europe se retrouvent face à la canicule, aux incendies et à une sécheresse accrue. Dans le nord de l’Italie, la production agricole est terriblement fragilisée. Cinq régions sont déclarées en état d’urgence. Coldrietti, une des plus grandes associations agricoles italiennes, estime les dégâts à 3 milliards d’euros, soit près de 5% de la production agricole à l’échelle du pays. Dans les îles Canaries, à Tenerife, plusieurs centaines d’habitants ont été évacués et 2.500 hectares ont brûlé.

Lors du premier semestre 2022, les températures en Italie ont augmenté de 2 degrés et les volumes de précipitation et de neige ont baissé respectivement de 80% et de 60%. On assiste à la pire sécheresse depuis plus de sept décennies. La France a connu également courant juillet une canicule sévère et une série d’incendies.

La sécheresse et la pénurie d’eau sont également des problèmes vitaux en Afrique. Ce continent paye au prix fort les conséquences du réchauffement climatique. La corne de l’Afrique subit une des sécheresses les plus sévères depuis plus de 40 ans. C’est la troisième année consécutive de sécheresse et 20 millions de personnes sont menacées dans 4 pays : le Kenya, la Somalie, l’Ethiopie et Djibouti.

Rein Paulsen, directeur de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (ONUAA), affirme que « le temps presse » et que ces pays sont indéniablement au bord de la catastrophe. Michael Dunford, directeur régional du Programme Alimentaire Mondial (PAM) de l’ONU pour l’Afrique de l’Est, mentionne que : « Les récoltes sont ruinées, le bétail meurt et la faim augmente. »

L’Afrique et plus précisément les pays du Maghreb connaissent un inquiétant stress hydrique, lui aussi conséquence du réchauffement climatique. Si l’on se rapporte à la définition de l’ONU, un pays ou une région est en stress hydrique si on y prélève plus de 25% des ressources phréatiques. Aux pays du Moyen Orient et du Maghreb, on prélève en moyenne plus de 80% des ressources. C’est ce qu’on appelle un stress hydrique extrême. Au Maroc, les barrages se vident à grande vitesse.

Une étude de l’Economist Intelligence Unit confirme que les causes de la pénurie d’eau et de la pression sur les systèmes d’approvisionnement en eau se ramènent à la crise climatique mais également à la forte croissance démographique et l’accélération de l’urbanisation. De plus, l’élévation du niveau des océans, accentue le risque d’inondation, et donc de pollution des ressources d’eau potable.

Dans une étude publiée en octobre 2021, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) souligne la situation critique du stress hydrique dans le monde et confirme qu’une nouvelle crise se profile, celle de l’eau. Celle-ci va s’ajouter à la conjonction des crises que connaît l’humanité au début de ce 21e siècle : crise pandémique, crises financières, crises politiques…

Selon l’OMM, en 2020, plus de 2 milliards de personnes vivaient dans des pays connaissant des stress hydriques ; 3,6 milliards de personnes ne disposaient pas d’assainissement gérés de manière sûre et 2,3 milliards manquaient d’eau pour l’hygiène de base.

Toujours selon l’OMM, plus de 107 pays ne sont pas sur la bonne voie en termes de gestion de ressources hydriques à l’horizon 2030. Par ailleurs, plus de 5 milliards d’individus seront exposés à échéance si leurs pays ne mettent pas en place des politiques durables et écologiques en vue de préserver cette ressource qui se raréfie

L’eau fait son entrée dans l’économie de marché. La bourse de Chicago a procédé  le 7 décembre 2020 au lancement des contrats à terme sur l’eau. C’est la première fois que des produits dérivés sur l’eau sont négociés sur les marchés financiers.

Le sous-jacent de ces contrats dérivés est le Nasdaq Veles California Water, un indice noté NQH20, qui a pour unité le dollar par acre-pied, soit environ un dollar par 1,2 million de litres. Il a été créé en 2018 par le Nasdaq en partenariat avec Veles Water et WestWater Research. La capitalisation boursière au lancement des contrats à terme est d’environ 1,1 milliard de dollars. Cet indice reflète les échanges d’eau effectués dans les plateformes souterraines les plus importantes de l’État de Californie. Selon le Chicago Mercantile Exchange (CME), le marché des indices de l’eau a enregistré plus de 2,6 milliards de dollars de volume de transactions entre 2012 et 2019.

L’indice NQH20, dont la cotation est hebdomadaire en fonction des achats d’eau effectués la semaine précédente, a bondi de plus de 66,3% en « year-to-date », entre le début de l’année et début juillet 2022, il est à son plus haut historique, dépassant 1.140 points. Entre octobre 2018 et juillet 2022, sa valeur a plus que doublé enregistrant un mouvement de 123%. Cela confirme l’intérêt croissant et l’appétit des investisseurs pour le produit financier « eau ».[1]

Les fonds spéculatifs, dont certains dits « fonds vautours » (cette expression ayant massivement été utilisée lors de la crise immobilière en Espagne), anticipent déjà la pénurie d’eau dans les années et décennies à venir. De plus en plus d’économistes estiment que l’eau deviendrait au cours du 21e siècle la première matière première traitée sur les marchés, devant l’or. Willem H. Buiter, ancien économiste en chef de Citigroup, partage cet avis.

L’Australie, continent le plus chaud de la planète, où la sécheresse sévit et les barrages ne sont remplis parfois qu’à hauteur de 20%, a instauré une bourse de l’eau. Le « Water Act », mis en place par le gouvernement australien, permet de définir un système de quotas d’eau, dans les secteurs industriels et agricoles, au-delà desquels l’eau est échangée dans des marchés spécifiques.

Les fonds spéculatifs et les investisseurs y ont vu l’opportunité de réaliser d’importants profits notamment dans les régions australiennes les plus arides. Ils ont vu juste car les prix y ont considérablement augmenté et dépassent 500 dollars le million de litres. Les investissements sont également particulièrement lucratifs avec des taux de rendements dépassant parfois 25%. Les agriculteurs modestes sont touchés par ces pratiques spéculatives.

Cette politique australienne des quotas de l’eau ne date pas d’hier. Depuis les années 1990, le pays des kangourous fixe des volumes maximaux d’extraction à ne pas dépasser et les droits de détention sont également négociés dans des marchés spécifiques.

L’Australie n’est pas le premier pays à privatiser l’eau. Le gouvernement Thatcher a expérimenté cette politique en 1989 en adoptant une loi privant les mauvais payeurs de cette ressource vitale. Ces lois, portées par la « Dame de fer », considérées ex post comme inhumaines et scandaleuses vis-à-vis des classes défavorisées, ont été abrogées dix ans plus tard.

Comme mentionné plus haut, les investisseurs s’intéressent de plus en plus à l’eau en tant que produit financier. A Wall Street, on s’amuse à utiliser l’expression de « pétrole du 21e siècle ». Les économistes et stratégistes de Citibank estiment dans le rapport « Solutions for the global water crisis » publié en 2017 que le marché de l’eau dépassera le milliard de dollars à l’horizon 2025.

L’Organisation des Nations Unies estime que d’ici 2030, 40% de la population mondiale sera impactée par la raréfaction d’eau et que la demande mondiale bondira de plus de 50%, ce qui est particulièrement alarmant. En même temps, les fonds spéculatifs chercheront de plus en plus à tirer un maximum de profit en lien avec ces tensions et ces déséquilibres offre/demande sur l’eau. Quelles solutions pour parer au problème de pénurie ?

La désalinisation est de plus en plus utilisée, notamment dans les pays du golfe, très touchés par la pénurie d’eau.

Les systèmes de désalinisation sont généralement basés sur des mécanismes liés à la pression appliquée à l’eau. On sait que pression et température sont liées par les lois de la physique. Parmi les techniques de dessalement, on retrouve l’osmose inverse, des techniques industrielles de distillation dont les origines remontent à l’antiquité, la congélation de l’eau de mer ou encore l’électrodyalyse. Les technologies de désalinisation semblent de plus en plus inéluctables avec la crise mondiale de l’eau qui se profile, toutefois leurs impacts écologiques sont parfois très nocifs et les coûts énergétiques y associés particulièrement élevés, notamment lorsque les énergies fossiles sont utilisées dans ces procédés.

Des groupes industriels notamment français portent dans les pays du golfe des projets de désalinisation à base d’énergies renouvelables. Suez et Veolia sont impliqués à Abu Dhabi, dans le cadre de la ville durable « Masdar ».

En France, on note également quelques projets de désalinisation industrielle, à Port Melin à Groix notamment, où une usine de dessalement sera installée. En outre, la start-up Chartraines Mascara a mis en place un processus de désalinisation non polluant, visant à alimenter les régions françaises souffrant d’un manque d’eau.

Transformation de l’air ambiant en eau potable : Exemple de la start-up Kumulus

Pour faire face au stress hydrique extrême dans les pays du Maghreb et du Moyen Orient, au Maroc par exemple, où les niveaux de réserve des barrages ne cessent de diminuer, du fait de l’assèchement progressif des fleuves, la start-up tunisienne Kumulus a produit une machine permettant la transformation de l’air ambiant en eau potable. Elle cible tout particulièrement les marchés maghrébins et orientaux. Kumulus s’appuie et réplique le phénomène de rosée matinale, et grâce à cette technologie innovante, la start-up arrive à produire 20 et 30 litres d’eau potable par jour et par unité. Le projet est testé en Tunisie, dans une école située à El Bayadha, non loin de la frontière algérienne.

[1] Historique de l’indice NQH20, 2018-2022

 

Santé, alimentation et environnement: Quelle cohérence ?

Santé, alimentation et environnement: Quelle cohérence  ?

 

Plusieurs experts*s’interrogent  dans The Conversation  sur la cohérence entre santé, alimentation et environnement

 

Les acteurs des politiques publiques se disent conscients de l’urgence à lutter contre les pollutions, la perte de biodiversité, le changement climatique et contre les maladies chroniques liées à l’alimentation et à l’environnement. Les politiques propres à chaque ministère n’abordent cependant souvent qu’une facette de ces problèmes, très interdépendants.

Ces politiques en silo échouent souvent à atteindre les objectifs qu’elles se sont fixés ou génèrent des effets rebonds, c’est-à-dire des effets indésirables dans un autre domaine.

C’est pourquoi des politiques plus transversales, à l’image de ce qui est initié pour la planification écologique, devraient être renforcées, et étendues aux enjeux de santé. La coordination de ces différentes politiques est aussi à renforcer à l’échelle des territoires où il plus facile de mobiliser les différents acteurs du système alimentaire.Pilotée par le Ministère de la transition écologique, la stratégie nationale bas carbone comprend un volet agricole pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, augmenter la séquestration de carbone dans les sols et produire de l’énergie.

L’objectif fixé en 2015 était de diviser les émissions par deux pour 2050. Le Haut Conseil pour le climat alerte aujourd’hui sur le rythme de réduction insuffisant au vu des enjeux d’atténuation. Les recherches montrent que les bonnes pratiques agricoles ne suffiront pas à elles seules à atteindre les objectifs ; il faudrait par exemple réduire d’environ 50 % la consommation de viande, ce qui nécessiterait un redimensionnement de l’élevage.

Depuis peu, les agriculteurs se saisissent du label « bas carbone » pour stocker du carbone dans les sols moyennant rétribution. Sachant que pour aboutir à de la matière organique stable encapsulant ce carbone il faut apporter 100 g d’azote par kg de carbone, cet apport d’azote devrait provenir des légumineuses plutôt que des engrais de synthèse dont la fabrication nécessite du gaz naturel et contribue à d’importantes émissions de protoxyde d’azote dans l’atmosphère.

Par ailleurs, la méthanisation alimentée par des déjections animales risque de créer un appel à plus d’élevage, maintenant l’objectif productiviste de l’agriculture.

Pour éviter ces déviances, il faut donc concevoir une politique répondant conjointement aux trois objectifs : production alimentaire et énergie, séquestration de carbone.

Le programme national nutrition santé recommande aujourd’hui de consommer plus de légumineuses, de fruits et légumes, si possible bio, et moins de viande (limitée à 500 grammes de viande rouge et 150 grammes de charcuteries/semaine).

Tout en respectant [la recommandation de 1 gramme de protéines par kg de poids corporel pour un adulte] sédentaire (contre 1,4 d’après les études INCAs), il est possible de diviser en moyenne par deux la quantité de viande consommée, voire plus en ne consommant qu’un tiers de protéines animales grâce à une plus grande végétalisation de l’assiette.

Les ministères concernés doivent l’encourager pour la santé des consommateurs et de l’environnement, tout en accompagnant la transformation requise des filières.

Consommer des légumineuses deux fois par semaine nécessiterait, par exemple, de quintupler leur surface cultivée ! Or le ministère de l’Agriculture ne précise pas comment libérer ces surfaces, alors même qu’il veut réduire les importations de tourteaux de soja américain. Or, sans réduction préalable de l’élevage et sans réattribution des terres à la culture de légumineuses, il est impossible de répondre aux enjeux de santé et de climat.

Soulignons que notre consommation de fruits et légumes frais est en grande partie importée – à 31 % pour les légumes et 60 % pour les fruits. Pour les noix, par exemple, décupler les surfaces couvrirait à peine plus de 50 % des besoins théoriques des Français en fruits à coque. La production de fruits et légumes doit donc être bien plus soutenue qu’elle ne l’est par les politiques publiques (0,11 %) de la PAC.

Le programme national nutrition santé encourage aussi la consommation de céréales complètes bio pour leur apport en fibres et leur qualité sanitaire, mais nous en importons déjà 75 000 tonnes alors que 90 % des Français ne consomment pas suffisamment de fibres et d’antioxydants.

Il est dès lors évident que la proposition du gouvernement de soutenir dans un premier temps l’agriculture biologique (AB) et la certification haute valeur environnementale (HVE) au même niveau témoigne du manque d’ambition pour une forte transition agroécologique comme le souligne la Commission européenne dans un récent avis.

En effet, l’HVE réduit bien moins l’exposition aux pesticides. D’autre part, il est prévu de supprimer les aides au maintien de l’agriculture biologique.

Enfin, les programmes actuels de financement de la recherche poussent à investir sur l’ultra-transformation des protéines végétales, au lieu de favoriser la transformation sobre des graines entières.

Mais cette ultra-transformation (cause) – associée le plus souvent à de l’« ultra-formulation » (effet) pour corriger la dégradation excessive des matrices alimentaires d’origine (ajout de nombreux agents cosmétiques type arômes, modificateurs de goûts, texturants, colorants…) – s’accompagne de risques accrus de maladies chroniques.

Les différents plans Ecophyto (2015, 2018, 2020) ne sont pas parvenus à leur objectif de diviser par deux l’utilisation des pesticides malgré un soutien financier conséquent.

Les efforts ont porté sur l’amélioration de l’efficience (le bon produit, au bon moment, à la bonne dose) ou la substitution (remplacer un pesticide de synthèse par un produit de biocontrôle), et non sur une reconception des systèmes permettant une diversification des cultures et de notre alimentation.

Pour renforcer la protection des cultures par les « ennemis » naturels, la recherche souligne la nécessité de combiner plusieurs leviers : diversité des espèces cultivées, des sols en bonne santé, des surfaces des parcelles réduites et 20 % d’infrastructures paysagères… Or ces leviers sont encore peu pris en compte dans les politiques agricoles.

En outre, les normes actuelles sur les limites maximales de résidus de pesticides ne suffisent pas : leur danger pour notre santé provient des effets cocktails qui sont plus qu’additifs, ainsi que des effets non considérés sur notre microbiote intestinal.

Malgré les politiques dédiées depuis 1991, les émissions d’azote dans l’environnement (nappes phréatiques autant qu’eaux de surface) restent à un niveau critique.

Entre 2000 et 2018, le nombre de captages abandonnés pour cause de pollution a doublé. Repenser la place de l’élevage et des légumineuses est urgent : pour produire 100 g de protéines, les pertes d’azote sont de 250 g pour le bœuf contre 4,5 g pour les légumineuses !

Le ministère de la Santé ne prend pas certaines mesures essentielles pour atteindre ses propres objectifs. Le 4e programme national nutrition santé propose de réduire de 20 % la consommation d’aliments ultra-transformés (35 % des calories chez les adultes et 46 % chez les enfants), mais le NutriScore, pilier des politiques de santé censé accompagner le consommateur dans ses choix, ne tient pas compte de cette caractéristique en premier choix, alors que 57 % des produits industriels notés A et B sont des aliments ultra-transformés.

Autrement dit, les objectifs de santé publique ne peuvent être atteints.

Par ailleurs, l’objectif de l’affichage environnemental en cours d’élaboration est louable : sensibiliser les consommateurs aux impacts environnementaux de leur alimentation, notamment la consommation trop élevée de protéines animales. Mais des divergences existent selon le modèle de production.

Ainsi, un modèle agroécologique s’affranchissant au maximum des intrants conduira à favoriser un élevage à l’herbe, cohérent avec les enjeux environnementaux, alors qu’un modèle basé sur les technologies de la robotique, du numérique et de la génétique favorise des animaux élevés en bâtiment.

Ces politiques publiques « en silos », sectorielles (agriculture, alimentation, environnement, santé) et réductionnistes, ne permettent donc pas structurellement de relever les défis sanitaires et environnementaux : elles ne les traitent chacune qu’en partie et génèrent des effets rebond.

L’excès d’utilisation d’azote, de pesticides, de consommation de viande et d’aliments ultra-transformés, entraîne des coûts cachés non payés directement par le consommateur : pour 1 euro dépensé en alimentation, la société doit en dépenser presque 2 pour réparer la santé et l’environnement

Pour la nécessaire refonte de notre système alimentaire, il faut donc dépasser les outils classiques d’action publique (subventions et taxes, normes et étiquetages) en les coordonnant au sein d’un pôle composé par ces quatre domaines d’action.

Pour cela, seules des politiques territorialisées permettront de décliner les ambitions nationales pour tenir compte à la fois des spécificités des territoires (sol, climat, entreprises…) et faciliter la concertation entre la société civile et les acteurs économiques. En ce sens, les projets alimentaires territoriaux constitueraient une échelle d’action privilégiée.

*auteurs

  1. Michel Duru

Directeur de recherche, UMR AGIR (Agroécologie, innovations et territoires), Inrae

  1. Anthony Fardet

Chargé de recherche, UMR 1019 – Unité de Nutrition humaine, Université de Clermont-Auvergne, Inrae

  1. Jean-Pierre Sarthou

Professeur INP-ENSAT en agronomie et agroécologie, Inrae

  1. Marie-Benoît Magrini

Économiste, Inrae

Environnement : des discours mais peu d’action

Environnement : des discours mais peu d’action

L’historienne Laure Teulières montre, dans une tribune au « Monde », comment les procédés de communication et de marketing « vert » ont créé l’illusion d’une transition écologique sans ruptures

Au vu des bouleversements et des menaces écologiques, certaines questions reviennent sans cesse : « Pourquoi en sommes-nous encore là ?  » et « Que faire ? ». Y répondre demande de déjouer le « greenwashing », c’est-à-dire les effets de communication ou de marketing opérant un verdissement de façade et plus largement les procédés donnant une image trompeuse d’écologisation.

Ces procédés ont eu un rôle certain à la fois dans notre trajectoire socio-environnementale depuis la fin du XXe siècle, et dans l’inertie et les impasses actuelles. Le terme apparaît à la fin des années 1980 quand le « développement durable » s’impose pour prendre en charge les problèmes environnementaux (sommet de la Terre de Rio, 1992) et que de grandes entreprises commencent à s’afficher dans cette voie.

Après les fortes mobilisations des années 1970, où les préoccupations écologiques s’articulaient aux aspects socio-économiques et à la mise en cause des rapports de domination, c’était aussi, de facto, une façon d’évacuer cette dimension critique. Un environnementalisme gestionnaire s’affirme dès lors à travers la promotion d’incitations et d’objectifs, d’écogestes et de chartes écoresponsables, de diagnostics biodiversité ou de services écosystémiques, de politiques publiques… jusqu’à présent largement inefficaces ou biaisées en pratique.

Les dernières décennies ont vu dans le même temps la situation se dégrader de façon alarmante. Il n’y a eu aucune inflexion de la courbe globale d’émission des gaz à effet de serre (la moitié du CO2 émis l’a été ces trente dernières années), ni de réduction plus générale de l’empreinte de nos activités, y compris dans des domaines d’action strictement nationale ‒ comme l’illustre en France le fiasco des décisions visant à enrayer l’augmentation de l’usage des pesticides ou l’artificialisation des terres.

Au fil des ans, le greenwashing s’est ainsi installé comme un fait beaucoup plus vaste et structurel de notre histoire récente : la prolifération de discours et de dispositifs faisant illusion, faute de prendre des orientations à la hauteur de l’enjeu. Certes, des lobbies ont pesé pour défendre âprement leurs intérêts en travestissant l’impact délétère d’activités industrielles ou agro-industrielles, ou de modes de consommation hors-sol.

Des gouvernements ont cyniquement joué d’annonces en faveur de l’environnement, avant de les oublier ou d’adopter des mesures antagonistes. Mais cet échec est surtout le résultat d’un monde social où les prétentions écologiques sont subordonnées à d’autres logiques prédominantes.

Surconsommation et environnement: des explications pseudo-scientifiques

Surconsommation et environnement:  des explications pseudo-scientifiques

 

Des chercheurs en neurosciences et sociologie mettent en garde contre la thèse, qu’ils jugent scientifiquement infondée, selon laquelle une de nos structures cérébrales nous conditionnerait à surconsommer.

 

 

Selon Thierry Ripoll et Sébastien Bohler, les ravages écologiques liés à la surconsommation des ressources planétaires seraient dus aux comportements individuels déterminés par notre cerveau. Une structure, le striatum, piloterait par l’intermédiaire d’une molécule neurochimique, la dopamine, le désir de toujours plus, sans autolimitation, indiquaient-ils récemment dans un entretien au Monde. Cette thèse a des conséquences politiques : notre programmation biologique conditionnerait les organisations socio-économiques possibles. Le modèle de croissance économique serait le seul compatible avec le fonctionnement cérébral humain. Cela disqualifie les projets politiques de décroissance ou de stabilité basés sur la délibération démocratique. Conséquences possibles : changer notre nature comme défendu par les transhumanistes, ou contraindre à consommer moins de façon autoritaire.Cette thèse, qui n’a pas fait l’objet d’une expertise contradictoire, est sans fondement scientifique. Elle repose sur un mésusage des neurosciences, une lecture psycho-évolutionniste dévoyée et une méconnaissance des sciences humaines et sociales. Nous soulignons ici les inepties en neurosciences (les autres faiblesses scientifiques sont décrites dans une version plus longue de cette tribune).

Tout d’abord, le striatum ne produit pas de dopamine (il la reçoit), et la dopamine n’est pas l’« hormone du plaisir », ce que reconnut dès 1997 Roy Wise, auteur de cette hypothèse dans les années 1970. L’absence de « fonction stop » du striatum, pour lequel il faudrait toujours « augmenter les doses », est une invention de Sébastien Bohler (reprise sans recul par Ripoll) en contresens avec les études scientifiques. Plus largement, la vision localisationniste du XIXe siècle consistant à rattacher une fonction psychologique (le plaisir, le désir, l’ingéniosité) à une structure cérébrale est totalement obsolète. Le fonctionnement d’une aire cérébrale est donc rarement transposable en termes psychologiques, a fortiori sociologiques.

Rien ne justifie non plus une opposition entre une partie de cerveau « récente » (et rationnelle) et une autre « archaïque » (et émotionnelle, donc responsable de nos désirs). Le striatum, le système dopaminergique et le cortex frontal, régions du cerveau présentes chez tous les mammifères, ont évolué de concert. Chez les primates, dont les humains, le cortex préfrontal a connu un développement et une complexification sans équivalent. Mais cette évolution correspond aussi à l’accroissement de liens avec le reste du cerveau, dont le système dopaminergique et le striatum, qui se sont également complexifiés. Le striatum archaïque est donc un neuromythe.

Quel placement financier dans un environnement de stagflation ?

Quel placement financier dans  un environnement de stagflation ?

Les marchés évoluent actuellement dans un environnement en complète mutation. Exacerbées par le contexte géopolitique, les tensions inflationnistes font craindre que le ralentissement actuel de la croissance ne se transforme en récession globale. Pourtant, les opportunités existent sur les marchés actions et obligataires ainsi que dans l’univers du Private Equity. Par Vincent Manuel, Chief Investment Officer chez Indosuez Wealth Management et Gilles de Foucault, Directeur des Investissements Private Equity chez Indosuez Gestion.(la Tribune)

 

La donne a changé sur les marchés alors que le contexte économique se dégrade. La hausse de l’inflation pousse les grandes banques centrales à réviser en profondeur leur politique monétaire. En Chine, le maintien d’une politique zéro Covid contribue à prolonger les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Les sanctions prises contre la Russie amplifient la hausse des prix du pétrole, sans que la décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), début juin, de relever les quotas de production ne parvienne à rétablir les équilibres antérieurs.

Or, si cette augmentation du prix du baril devait se poursuivre, elle devrait conduire à un ralentissement plus prononcé de la croissance au cours des prochains mois. Si les prévisions de croissance mondiale en 2022 restent très incertaines (estimé à 3,1% au niveau mondial, et en particulier entre 2 et 2,5% en zone euro et aux Etats-Unis et inférieure à 4% en Chine*), elles cachent néanmoins une quasi-stagnation des trimestres à venir, après un premier trimestre bénéficiant d’un effet de base qui a été très important par rapport au T1 2021.

« La tendance des dernières semaines confirme l’hypothèse d’un choc significatif, déjà constaté depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine et qui est visible dans les statistiques relatives à la confiance des ménages au Royaume-Uni, aux Etats-Unis et en zone euro. Ce choc inflationniste est surtout supporté par les ménages.

Cette baisse déjà visible du pouvoir d’achat conduit à une contraction des ventes de détail. Ceci contraste avec le moral des entreprises, dont les indicateurs d’activité (PMI composite**) restent encore en expansion (au-dessus de 50) malgré une décélération qui fait jour.

Celle-ci pourrait s’amplifier en écho à la baisse inquiétante du sentiment de confiance des CEO américains revenu aux niveaux de mars 2020 », prévient Vincent Manuel, Chief Investment Officer, Indosuez Wealth Management.

Inflation structurelle

Conjuguée à des perspectives de ralentissement économique, l’inflation ressort à des niveaux inédits, qui n’avaient plus été atteints depuis quarante ans (8,6% aux Etats-Unis en mai en glissement annuel, 8,1% en zone euro**) compliquant la donne pour des banques centrales et des gouvernements, qui ont perdu l’habitude d’évoluer dans un tel environnement de stagflation. En 2023, l’inflation devrait rester à des niveaux élevés (+4,6% aux Etats-Unis, +4,9% en zone euro***), s’installant dans le paysage économique et demeurant à des niveaux largement supérieurs aux objectifs des banques centrales.

« Ce choc d’inflation revêt une composante cyclique importante, liée à des déséquilibres offre / demande, aux matières premières, aux tensions salariales actuelles, qui peuvent s’inverser en cas de ralentissement.

Cependant, les facteurs de déflation structurelle observés au cours des dernières années (mondialisation des échanges, coûts modérés de l’énergie et des transports, digitalisation de l’économie, etc.) laissent une place grandissante aux facteurs inflationnistes comme l’aspiration à plus d’autonomie dans un certain nombre de secteurs stratégiques qui pourrait conduire à une régionalisation croissante de l’économie mondiale.

On peut aussi citer un consensus social plus fort pour un rééquilibrage du poids des salaires dans le partage de la valeur ajoutée dans les pays matures, et en parallèle la hausse des coûts salariaux dans le monde émergent, notamment en Chine. Enfin, la transition climatique requiert des investissements considérables et devrait à ce titre alimenter durablement les pressions inflationnistes », analyse Vincent Manuel.

Après la hausse de 75 points de base annoncée mercredi 15 juin, la Réserve Fédérale (Fed) devrait avoir remonté ses taux directeurs au-delà de 3% d’ici la fin de l’année alors que la Banque centrale européenne (BCE) s’orientera vers une sortie des taux négatifs avec une première hausse programmée début juillet. Pour autant, les taux réels restent en territoire encore négatif étant donné le niveau de l’inflation. A ce titre, il est difficile de parler de resserrement monétaire. Le terme « normalisation » convient davantage. La réduction du bilan de la Fed contribue toutefois à la remontée des taux longs (le 10 ans américain atteint 3,5%). La question est désormais de savoir jusqu’à quel point les banques centrales mèneront leurs programmes de hausse des taux tandis que le risque de récession grandit.

« Les craintes de récession et le niveau d’endettement des économies occidentales finira probablement par limiter la capacité des banques centrales à poursuivre la remontée les taux d’intérêt au-delà du début d’année 2023 », note Vincent Manuel.

L’ajustement actuel des marchés prend en compte cette hausse des taux qui affecte comme prévu les valorisations alors que les entreprises n’ont pas encore révisé à la baisse leurs prévisions de résultat, après des publications trimestrielles très satisfaisantes. On estime qu’une hausse de 100 points de base du taux 10 ans américain correspond historiquement à une baisse de 3,5 points du ratio cours/bénéfices de l’indice S&P 500**.

« La normalisation monétaire en cours conduit les investisseurs à accélérer leur désendettement. Ceci contribue à amplifier la baisse du prix des actifs », explique Vincent Manuel.

Toutefois, le momentum est propice aux titres Value, aux valeurs de rendement et aux défensives. Au niveau sectoriel, les matières premières, les banques, l’énergie ainsi que la santé, les télécommunications, les services aux collectivités permettent de construire des portefeuilles générant du rendement. Enfin, les valeurs offrant des cash-flows élevés et du pricing power restent à privilégier.

A la faveur du ralentissement économique en cours, les taux de défaut pourraient remonter au cours des prochains mois. Mais dans un contexte favorable aux valeurs de rendement, il est préférable de privilégier les obligations d’entreprises.

« Le rendement moyen des obligations d’entreprises est de l’ordre de 3% en zone euro et de 4,5% aux Etats-Unis alors qu’il peut atteindre 6% pour les obligations à haut rendement de la zone euro et 8% aux Etats-Unis** », constate Vincent Manuel.

Dans cet environnement difficile pour les marchés financiers, le marché des actifs non cotés conserve tout son attrait au sortir d’une année record en 2021. Les taux de croissance et de rentabilité sont restés à des niveaux très élevés. Plus de 1.000 milliards de dollars ont été investis l’an dernier sur les marchés du Private Equity et de la dette privée, renforçant la confiance des investisseurs sur ces classes d’actifs. Ces marchés ne se limitent plus à financer des entreprises technologiques ou évoluant dans l’univers de la santé mais s’étendent aux secteurs plus traditionnels (industrie, consommation, etc.).

« Depuis le début de l’année, les multiples de valorisation ont peu évolué. L’enjeu à plus long terme réside dans la capacité des entreprises à préserver leur croissance et leurs marges dans un contexte de ralentissement. Or, les sociétés capables d’offrir du « pricing power » et d’imposer des barrières à l’entrée devraient faire la différence », estime Gilles de Foucault, Directeur des Investissements Private Equity, Indosuez Gestion.

D’autant que la baisse du nombre d’entreprises s’introduisant en Bourse va de pair avec l’augmentation du nombre d’opérations de Private Equity, mettant en lumière un phénomène a priori durable.

« Les opportunités sont là. Le ralentissement de l’économie devrait inciter certains grands groupes à se recentrer sur leurs activités les plus rentables, leur cœur de métier. En outre, de nombreux chefs d’entreprises pourraient accélérer les processus de transmission en faisant appel à des managers ou à des partenaires extérieurs (LBO primaires).

Le contexte se prête également à l’intervention des investisseurs en quête de liquidités sur le marché secondaire. Pour les investissements en infrastructures ou en immobilier, le financement de la transition énergétique constitue un thème d’investissement attractif et pérenne », conclut Gilles de Foucault.

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* Indosuez Wealth Management sur la base des mises à jour d’Amundi et de Crédit Agricole SA
** Bloomberg, Indosuez Wealth Management
*** Prévisions CACIB, Juin 2022 (sous l’hypothèse d’un prix du pétrole à 123$)

Environnement : ne pas se soumettre aux normes américaines

Environnement : ne pas se soumettre aux normes américaines

 

Dans une tribune au « Monde », les spécialistes du changement climatique Alain Grandjean, Jean-Marc Jancovici et Laurent Morel estiment que notre pays ne doit pas renoncer à son avantage stratégique en matière de normes environnementales en adoptant les standards que dicteraient les Américains.

 

L’Elysée a lancé, le 3 juin, la création d’un comité directeur sur les données liées au climat, pour les rendre transparentes et normées. Cette initiative est portée simultanément par Michael Bloomberg, envoyé spécial des Nations unies pour l’ambition et les solutions en faveur du climat. La production et la mise à disposition d’informations permettant aux acteurs économiques et financiers de comprendre « à quelle distance ils sont du problème » sont indispensables pour permettre une action pertinente contre le changement climatique en cours.

Cette initiative n’a cependant aucune chance d’aboutir à des résultats tangibles. Elle va même ralentir la progression du secteur financier vers sa décarbonation, et conduira la France à se faire dicter la norme par des acteurs dominants qui sont tous non européens, alors que notre pays est en avance sur ces derniers ! L’Elysée indique que « le manque de données accessibles et normalisées limite la capacité des marchés et du grand public à lutter contre le changement climatique ». Cette affirmation est fausse.

Pour les entreprises qui font déjà l’effort de calculer leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), elles sont disponibles dans leurs documents de référence (en France, c’est obligatoire pour les entreprises cotées). Si les investisseurs ou les banquiers veulent les connaître, il leur suffit de lire ces documents ou d’exiger de les voir. Produire ces informations est d’un coût marginal par rapport à celui des informations financières. D’autre part, la réduction des émissions de GES des entreprises n’est pas déterminée par la communication de ces émissions, mais par les contraintes que la puissance publique, les clients ou salariés, va leur imposer.

L’Elysée écrit aussi que « la mise à disposition d’informations plus pertinentes et accessibles à tous contribuera à faciliter et à accélérer la transition vers une économie mondiale “zéro émission nette” ». Contribuera oui, mais l’essentiel est ailleurs. L’existence d’une nouvelle plate-forme – même transparente – ne garantit pas que les entreprises vont élaborer des informations de meilleure qualité. Quel intérêt y trouveraient-elles ? Pourquoi seraient-elles enclines à les publier sur cette plate-forme ? Pourquoi, pour disposer d’informations environnementales sur les entreprises européennes, les acteurs européens – financiers, ONG, clients, puissance publique – feraient-ils confiance à une plate-forme lancée par des acteurs américains ?

L’annonce fait mention d’une plate-forme publique de données ouvertes. Une information publique, gratuite d’accès et d’usage, contournerait la barrière de données payantes d’accès, qui pénaliserait les parties prenantes – dont les ONG – dans leur travail critique. Mais cette idée ne résiste pas à l’analyse. La production des informations demandées aura un coût pour l’entreprise. Qui doit le payer ? Le secteur public ? Des mécènes ? Le développement et l’utilisation d’une plate-forme demandent aussi des moyens. Qui les fournira et avec quelle contrepartie ? Dans les conditions actuelles d’obligations réglementaires des acteurs, une plate-forme gratuite et publique ne sera pas alimentée.

Environnement : Alerte avec de nouvelles limites franchies

Environnement : Alerte avec de nouvelles limites  franchies

Depuis le début de l’année 2022, deux nouvelles limites planétaires ont été franchies, celles de la pollution chimique et celle du cycle de l’eau. Retour sur cette notion méconnue. Par Mélanie Mignot, INSA Rouen Normandie. (

 

Au cours des derniers mois, les franchissements de deux limites planétaires ont été annoncés dans les médias à la suite de publications scientifiques. Celle des polluants chimiques, en janvier dernier, puis celle du cycle de l’eau douce, en mai. Aussi inquiétantes qu’elles soient, ces annonces n’ont pas défrayé la chronique. Peut-être en partie car cette notion reste méconnue : qu’entend-on donc par limite planétaire ?

Le concept, défini par une équipe internationale de 26 chercheurs et publié en 2009 dans les revues scientifiques Nature et Ecology and Society, entend fixer des seuils à l’échelle mondiale que l’humanité ne devrait pas dépasser afin de continuer à vivre dans des conditions favorables et préserver un écosystème sûr, autrement dit une certaine stabilité de la planète. L’Holocène est souvent utilisée comme point de comparaison car cette période qui remonte à 11 700 ans apparaît plutôt stable d’un point de vue climatique.

Le dépassement des limites planétaires pourrait entraîner des modifications brutales, non linéaires et difficilement prévisibles sur l’humain et son environnement, compromettant donc la capacité de notre planète à rester dans des conditions semblables à l’Holocène.

À l’heure actuelle, certaines limites apparaissent comme déjà franchies : à savoir le changement climatique, l’intégrité de la biosphère (biodiversité), la perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, les modifications de l’occupation des sols et l’introduction de nouvelles entités dans l’environnement.

Certains phénomènes n’ont pas encore atteint ce seuil alarmant – ce qui n’empêche pas que les processus soient en cours : c’est le cas de l’acidification des océans, l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique, et l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère.

La neuvième et dernière limite, le cycle de l’eau, a fait l’objet d’une dernière étude qui apporte un nouvel éclairage en déclinant l’eau douce en eau verte et eau bleue.

Toutes ces notions relatives à l’environnement sont liées, interconnectées, les processus de régulation interagissent et la perturbation de l’un affecte la régulation et/ou la résilience des autres. Une façon très interactive et accessible de percevoir ces notions est de participer un atelier de la Fresque du Climat, un jeu crée par Cédric Ringenbach.

La première étude, publiée le 18 janvier dans la revue scientifique Environmental Science and Technology, émane de scientifiques du Stockholm Resilience Center (SRC) et présente des données relatives à la pollution chimique. Cette dernière désigne toute entité émise lors de rejets de produits chimiques d’origine industrielle et/ou domestique. Elle peut résulter par exemple de l’utilisation de pesticides, de détergents ou encore de métaux lourds. Parfois, elle est aussi engendrée lors d’accidents ponctuels (industriels, marée noire, etc.). Ces polluants en s’accumulant dans l’environnement et/ou en formant des sous-produits de dégradation peuvent présenter un risque pour la santé humaine et l’environnement.

Les plastiques bien sûr, dont l’utilisation a explosé avant une prise de conscience relativement récente, génèrent une pollution pour la faune et la flore lorsqu’ils sont relargués dans l’environnement (micro plastique et formation du « 7ᵉ continent »

Cette étude est la première évaluation publiée des limites planétaires liées aux « entités nouvelles ». Les chercheurs concluent que lla frontière a maintenant été dépassée, augmentant les risques pour la stabilité du système terrestre. Une meilleure gestion des risques, une réduction de la production et des rejets de polluants sont nécessaires, et rapidement, pour revenir dans la zone sûre.

La deuxième étude publiée dans Nature Reviews Earth & Environment le 26 avril dernier, porte sur une nouvelle évaluation réalisée par des chercheurs du Stockholm Resilience Center avec d’autres scientifiques du monde entier au sujet de l’eau verte.

Ils y mettent en lumière que l’eau douce évaluée jusqu’alors portait essentiellement sur l’eau bleue, c’est-à-dire l’eau dans les rivières, les lacs et les eaux souterraines (40 % de la masse totale des précipitations).

L’eau verte quant à elle est stockée dans le sol et la biomasse, évaporée ou absorbée et évapotranspirée par les plantes. Elle retourne directement à l’atmosphère et représente 60 % de la masse totale des précipitations.

Or les chercheurs estiment que le rôle de l’eau verte n’a pas suffisamment été pris en compte dans les précédentes études, malgré son importance capitale : elle contribue à assurer la résilience de la biosphère, préserver les puits de carbone et réguler la circulation atmosphérique.

Ainsi, si l’on s’en tient à la définition actuelle des limites planétaires, la déforestation qui détériore le fonctionnement de l’eau verte en faveur d’une disponibilité accrue d’eau bleue ne participe pas à la transgression des frontières – actuellement établies en fonction de l’eau bleue. Cette contribution de l’eau verte devrait en réalité être prise en compte.

Parmi les exemples concrets, citons la forêt qui perd de son humidité du fait du changement climatique et de la déforestation – il est de plus en plus courant de découvrir des sols anormalement humides ou secs.

Pour conserver une chance de rester dans des conditions favorables à la vie telle qu’on la connaît à l’heure actuelle, il est urgent d’agir sur l’utilisation croissante de l’eau, la déforestation, la dégradation des terres, l’érosion des sols, la pollution atmosphérique et plus globalement, le changement climatique. Le franchissement de ces limites compromet peu à peu la capacité de résilience de la Terre.

De l’espoir et surtout des actions concrètes émergent progressivement : une conscience collective qui prend forme et une éducation au respect de l’environnement dès le plus jeune âge pour enrayer la tendance. En France, des collectifs tels que le Shift Project cherchent à éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique.

Ils produisent des rapports, animent des conférences et des ateliers, afin d’accompagner sur les enjeux climatiques et forcer à l’action, pour bâtir un autre modèle économique, décarboné et prouver scientifiquement que des alternatives existent, si l’on s’ouvre au changement.

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Par Mélanie Mignot, Enseignante chercheuse en chimie au sein du laboratoire COBRA, INSA Rouen Normandie.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Environnement et santé au travail

Environnement et  santé au travail

 

L’historienne Judith Rainhorn pointe, dans une tribune au « Monde », le lieu de travail comme environnement toxique et les facteurs d’invisibilité de cette toxicité dans le système économique contemporain, depuis l’ère industrielle.

La souffrance au travail a une histoire. Rappelons-nous le vieux Maheu du Germinal de Zola (1885), qui déclarait avoir « assez de charbon dans la carcasse pour [se] chauffer tout l’hiver ». Au détour d’une archive, on rencontre, depuis l’aube de l’ère industrielle, des chapeliers saoulés par les vapeurs de mercure dans les fabriques de feutres, des ouvrières en allumettes dont la mâchoire se nécrose sous l’effet du phosphore, des ouvriers cérusiers fabriquant le fameux « blanc de plomb » destiné aux peintures en bâtiment, des mineurs dont les poumons s’encrassent de silice ou, plus près de nous, des ouvriers du bâtiment intoxiqués par les fibres d’amiante : cette litanie des corps souffrants traduit un environnement de travail dangereux pour celles et ceux qui le fréquentent.

Depuis l’aube du XIXe siècle, l’industrialisation a exacerbé des risques préexistants et, dans le même temps, introduit des risques nouveaux, liés à l’entrée dans l’âge des machines et à l’usage de plus en plus massif de produits chimiques nocifs dans les procédés de travail. Cependant, l’environnement de travail pollué et dégradé souffre d’une opacité historique majeure. Pour qu’il soit visible, encore faut-il que le fatalisme fasse place à l’impatience et à la colère contre l’intolérable : tomber malade ou mourir de son travail ou, comme on l’a plus récemment formulé, « perdre sa vie à la gagner ».

Au XIXe siècle, le mouvement hygiéniste évoquait l’environnement toxique du travail, tout en le noyant dans les multiples causes de la misère ouvrière : salaires insuffisants, logement indigne, alimentation carencée, suivi médical inexistant, etc. La négligence et les « mœurs ouvrières » sont aussi érigées en coupables : vers 1900, quand le savoir médical atteste que le plomb est un abortif puissant, certains déplorent l’atmosphère polluée des ateliers d’imprimerie, qui entraîne des fausses couches à répétition chez les femmes typographes, tandis que d’autres accusent les ouvrières anglaises de s’embaucher aux fabriques chimiques de Newcastle pour se débarrasser à bon compte d’une grossesse indésirable…

Savantes ou populaires, les mobilisations qui demandent l’abolition légale des produits toxiques dans l’espace de travail provoquent la croisade des entrepreneurs mis en cause. Ils élaborent un argumentaire collectif de défense maniant l’approximation, voire le mensonge scientifique, et construisant l’ignorance publique à propos de la toxicité de leur poison : qu’on se rappelle la croisade du Comité permanent amiante, né en 1982, pour promouvoir la recherche scientifique encourageant l’usage de l’amiante dans l’économie française, alors que sa toxicité était avérée.

Environnement et numérique

Environnement et numérique 

 

L’impact du numérique sur l’environnement peut être fortement atténué par les entreprises du secteur, estiment les consultants Régis Castagné et Emmanuelle Olivié-Paul dans une tribune au « Monde ».

 

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a publié, en avril, son très attendu rapport consacré aux solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. En mars, c’est l’Arcep, le régulateur des télécoms, qui publiait le rapport « Pour un numérique soutenable » avec onze propositions pour réduire l’empreinte environnementale du numérique.

Celle-ci représente de 3 % à 4 % des émissions mondiales et 2,5 % au niveau national. Si pour l’instant la part du numérique dans l’ensemble de ces émissions semble moindre comparée à d’autres secteurs, la croissance effrénée des usages et des services numériques pourrait augmenter son impact de 60 % d’ici à 2040 au niveau national.

Les entreprises peuvent grandement contribuer à la réduction de leur empreinte environnementale en plaçant le développement durable au cœur de leur consommation numérique et de leurs investissements. Si, par le passé, nous avons fait des choix qui se sont avérés désastreux pour la planète en matière d’énergie ou de production de biens, les connaissances et technologies actuelles permettent de ne pas reproduire ces erreurs.

De plus en plus d’entreprises inscrivent l’écologie au cœur de leurs choix stratégiques et intègrent le volet numérique dans cette perspective. De l’externalisation de leurs ressources informatiques au financement de la production d’énergies vertes, en passant par le soutien d’innovations destinées à limiter le réchauffement climatique, elles peuvent dès aujourd’hui réduire considérablement l’incidence de leur activité numérique. Les leaders de la tech doivent aussi encourager leurs clients et partenaires à adopter des bonnes pratiques par des solutions plus respectueuses de la planète.

Le numérique et le cloud ne peuvent plus être dissociés. Que ce soit du point de vue du consommateur ou des entreprises, les services numériques consommés produisent des données hébergées et traitées dans le cloud et donc dans des datacentres. Les fournisseurs de datacentres ont la possibilité de pousser l’ensemble de la filière et leurs clients vers une frugalité informatique et un usage durable des ressources. La filière s’est engagée il y a longtemps à contribuer à la neutralité carbone mondiale, avec un approvisionnement en énergies renouvelables pour alimenter le fonctionnement des sites, ou encore par la mise en place de mécanismes permettant la récupération de la chaleur des sites pour nourrir les réseaux de chaleur des municipalités ou de bâtiments à proximité.

Environnement : la transition écologique est surtout un enjeu économique

Environnement : la transition écologique est surtout un enjeu économique

La transition peut réussir à condition de réunir quatre préalables : taxer le pétrole, assurer l’efficacité énergétique, sortir du mythe du bien commun et repenser la filière nucléaire, estime, dans une tribune au « Monde », l’énergéticien Gilles David.

 

La situation est grave, et les perspectives sombres. Le temps est compté avant le point de non-retour et le chaos. C’est en tout cas ce que beaucoup affirment dès que le sujet de la transition énergétique est abordé.

Pourtant, être un entrepreneur lucide et investi dans les « cleantech » [technologies propres] donne une vision autre de la réalité. Le sérieux et la complexité des enjeux ne doivent pas empêcher un optimisme lucide. Car, loin d’une foi aveugle dans la technologie et la science, c’est l’histoire qui nous ramène à la mesure et la raison.

En effet, si la crise énergétique et existentielle que nous traversons est d’une intensité inédite, elle n’en est pas moins une nouvelle réplique des secousses récurrentes que connaît notre monde en matière d’énergie. Moulins à vent et à eau ont ainsi permis, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, à l’industrie européenne de produire farine, papier et… armes. A cette date, presque toutes les chutes d’eau en France sont équipées.

En Angleterre, ce sont les besoins croissants en énergie qui provoquèrent, aux XVIIe et XVIIIsiècles, une grave pénurie de bois et l’émergence du charbon, d’abord pour remplacer le bois dans les cheminées, les hauts-fourneaux et les fours à verre et ensuite pour remplacer les barrages, grâce à la machine à vapeur. C’est aussi la crise pétrolière de 1973 – et la forte hausse des tarifs du pétrole – qui a conduit le nucléaire à remplacer le pétrole dans notre pays. Le nucléaire n’aurait pas connu un tel développement sans cette crise.

En réalité, les avancées énergétiques se sont toujours faites pour des raisons d’abord économiques. La transition énergétique que nous appelons tous de nos vœux n’échappe pas à cette règle. Elle se fera si les conditions économiques d’un marché de la production d’énergie sans CO2 et l’efficacité énergétique sont réunies. Elle réussira si elle est technologique, libérale et régulée par des politiques visionnaires.

A l’échelle de l’homme, l’énergie disponible est illimitée. Entre le soleil, le vent, la géothermie, les combustibles fossiles ou le nucléaire, le problème n’est pas la raréfaction de l’énergie. Le problème est celui de son coût de production, de son stockage et de ses externalités. L’énergie n’est pas gratuite.

Elle coûte en capital et en main-d’œuvre. Pour produire de l’énergie, il convient donc de mobiliser du capital, de disposer de moyens humains ainsi que de conditions de marché permettant de vendre la production. La question est d’abord économique et non physique.

Environnement : pas de transition pacifique ?

Environnement : pas de transition pacifique ?

Dans une tribune au « Monde », les historiens François Jarrige et Charles-François Mathis voient les changements de système énergétique non pas comme des processus linéaires et naturels, mais comme le résultat de rapports de force.

 

Envolée des prix de l’essence, tensions sur l’approvisionnement en gaz, précarité énergétique croissante, réchauffement climatique… Au moment où la sortie des combustibles fossiles s’impose comme remède à ces maux, l’histoire nous rappelle comment se sont installées nos dépendances énergétiques et pourquoi la réponse ne saurait être seulement technique, en confiant aux ingénieurs la fameuse « transition ».

Toute société possède un système énergétique qui modèle son écologie comme ses structures sociales, par lequel elle transforme des sources primaires (rayonnement solaire, bois, eau, charbon, etc.) en énergie utile (force musculaire, chaleur, mouvement mécanique, électricité, etc.) et/ou appropriable (manèges de chevaux, roues hydrauliques, machines à vapeur ou à explosion, cellules photovoltaïques).

L’adoption et l’évolution de ces systèmes énergétiques ne se sont pas faites via de pacifiques transitions, mais à travers de vifs débats et tensions, aboutissant aujourd’hui à l’accroissement incessant de toutes les consommations : nous n’avons jamais autant consommé de bois, de charbon, de pétrole et de ressources dites renouvelables. Si les systèmes énergétiques furent d’abord étudiés de façon linéaire comme le résultat des progrès de l’inventivité humaine, la question énergétique est aujourd’hui pensée comme le fruit des rapports sociaux, des imaginaires et des choix politiques de chaque société.

Les travaux d’histoire environnementale rappellent d’abord combien nos sociétés sont extraordinairement énergivores, sans commune mesure avec celles qui les ont précédées : entre 1820 et 2000, la consommation mondiale d’énergie aurait été multipliée au moins par 25 (World Energy Consumption. A DatabasePaolo Malanima, 2022). Et encore est-ce une moyenne qui cache d’énormes disparités : en 2015, un Nord-Américain consommait 282 gigajoules par an contre 4,5 pour un habitant du Malawi. Les sociétés contemporaines se sont largement appuyées sur cette capacité à mobiliser de l’énergie en très grande quantité pour façonner leur environnement et accroître leur puissance.

Environnement : La faute aux 30 glorieuses ?

Environnement : La faute aux 30 glorieuses ?

 

Les deux historiens Yann Brunet et Stéphane Frioux montrent, dans une tribune au « Monde », la simultanéité entre une croissance porteuse de bouleversements des paysages urbains et la naissance d’une contestation qui se transformera en prise de conscience écologiste.

 

Un article intéressant mais qui procède un peu par amalgame un peu grossier pour discréditer la croissance par rapport à l’environnement. L’histoire de la naissance de l’écologie est sans doute plus ancienne et démarre des la fins de la seconde guerre mondiale avec le développement des machines et notamment dans l’agriculture où  les ouvriers agricoles ont été chassés vers la ville.. Finalement ce n’est pas tellement la croissance qui est en cause mais plutôt son contenu et la manière de la produire. NDLR

 

Plus haut, plus loin, plus vite : c’est dans cet esprit qu’on a pu se représenter les progrès techniques de la France du général de Gaulle et de ses successeurs : le pays du Concorde, du TGV, ou bien encore du programme électronucléaire censé apporter l’indépendance énergétique.

Cette France s’urbanise et se périurbanise à grande vitesse et participe à ce que l’historien américain John McNeill a qualifié de « grande accélération » de l’emprise environnementale des économies et sociétés contemporaines (Du nouveau sous le soleil. Une histoire de l’environnement mondial au XXe siècle, Champ Vallon, 2010).

En trente ans, l’Hexagone accueille près de vingt millions d’urbains pendant que la population du pays s’accroît de douze millions : autrement dit, comme le chante Jean Ferrat dans La Montagne, les jeunes partent gagner leur vie dans les villes, et habiter en HLM ou en immeuble locatif avant de s’acheter, pour beaucoup, un pavillon individuel.

La croissance économique exceptionnelle de ces années d’après-guerre, qui a inspiré, en plus du progrès matériel des conditions de vie symbolisé par les biens électroménagers, la formule de l’économiste Jean Fourastié (1907-1990) les « trente glorieuses », a cependant eu son revers de la médaille, en particulier au plan environnemental.

C’est dans ce contexte d’inquiétude intellectuelle face au gigantisme de certaines cités, comme la tentaculaire agglomération parisienne que l’on essaye de maîtriser au moyen de « villes nouvelles », que naît également un mouvement écologiste, composite, mais qui va s’ancrer dans les villes au point de percer dès les élections municipales de 1977.

Une enquête menée sur l’agglomération lyonnaise a révélé la multiplicité des terrains de contestation d’une croissance économique et urbaine dont les habitants ont souligné, très vite, les nuisances pour leur mode de vie, voire pour l’environnement en général (Une France en transition. Urbanisation, risques environnementaux et horizon écologique dans le second XXe siècle, sous la direction de Stéphane Frioux, Champ Vallon, 2021).

Ce sont tout d’abord les nombreuses voies autoroutières, planifiées parfois depuis les années 1930, et destinées à absorber un flux toujours plus considérable de véhicules individuels et de poids lourds. Des transformations massives sont opérées au nom d’une mécanique des fluides : abattage d’arbres, rabotage de trottoirs, destruction d’immeubles frappés d’alignement. Viennent ensuite les grands ensembles et leurs nombreuses nuisances environnementales : mauvaise isolation phonique, problèmes de chauffage, remplacement des espaces collectifs prévus à l’origine par des parkings, etc.

Environnement et Forêts: Pour des coupes raisonnables

Environnement et Forêts: Pour des coupes raisonnables

L’abandon total de ces coupes, fustigées par certaines associations environnementales, pourrait réduire notablement la richesse spécifique de certains massifs forestiers. Par Amélie Castro, ingénieur au Centre National de la Propriété Forestière Nouvelle Aquitaine.( la Tribune)

 

Les Français s’intéressent à la conservation des forêts et s’interrogent sur leur avenir dans un contexte climatique qui évolue. Une opération forestière, la « coupe rase », focalise les craintes et suscite des critiques parfois véhémentes. La façon dont certaines associations les présentent peut laisser penser que la forêt sera « rasée de façon définitive » et que le phénomène s’aggrave. Le parallèle avec le déboisement des forêts tropicales est constant. Mais qu’en est-il vraiment ?

Cette coupe, où l’on prélève tous les arbres d’une parcelle lorsqu’ils sont suffisamment âgés, existe depuis longtemps pour certains types de boisements. C’est une étape incontournable pour le renouvellement des taillis et une technique adaptée pour les forêts d’essences qui ont besoin de beaucoup de lumière pour pousser, comme les pins, les peupliers, les bouleaux…

Quand la forêt est attaquée par une maladie ou un insecte et que les arbres dépérissent, en l’absence de traitement sanitaire, la coupe rase est le seul moyen pour enrayer la propagation en supprimant les parcelles atteintes.

L’Inventaire Forestier National suit l’évolution des forêts depuis 1958 et évalue la durabilité de leur gestion tous les cinq ans depuis 1990. Il fournit des statistiques sur les coupes, dont les coupes rases. Chaque année, moins de 1% de la surface forestière est concernée et la taille moyenne est faible (inférieure à 4 ha en général ; 5 à 6 ha dans les forêts de pin maritime des Landes de Gascogne). Ces chiffres sont restés stables et on ne détecte pas de tendance à l’augmentation de la taille des coupes décidées par le forestier. La très grande majorité des coupes de bois faites en France (hors catastrophes naturelles) ne sont donc pas des coupes rases mais des coupes partielles.

La suppression des arbres est souvent présentée comme défavorable pour les espèces forestières. C’est vrai pour celles qui ont besoin d’ombre et d’humidité. Mais, en supprimant transitoirement le couvert des arbres, la coupe crée une ouverture temporaire favorable à de nombreuses espèces, avides de lumière et de chaleur. Ces espèces occuperont cette ouverture pendant plusieurs années après la coupe et jusqu’à son occupation par la nouvelle génération d’arbres. Parmi elles, il y a des espèces rares et protégées : insectes, reptiles et oiseaux. L’un des plus connus est l’engoulevent d’Europe, assez fréquent dans la forêt des Landes de Gascogne.

Les ouvertures faites par les coupes rases créent une mosaïque diversifiée au sein des forêts, surtout dans les grands massifs : les jeunes boisements succèdent aux coupes, à côté de boisements plus âgés voire très vieux. La forêt française a doublé de surface en deux siècles. Sur les anciens terroirs agricoles devenus forestiers, la mosaïque des coupes permet la cohabitation des espèces héritées des anciens usages et des espèces recherchant la protection des arbres. D’autres espèces encore utilisent, à un moment de leur cycle, les ouvertures du couvert. Ainsi certains rapaces font leur nid dans les grands arbres et chassent dans les coupes qui hébergent reptiles et rongeurs. Entre une coupe et un boisement plus vieux, on trouve une lisière temporaire. A la frontière de la lumière et de l’ombre, poussent des plantes et des arbustes appréciant ce contraste. Ces zones de nourrissage très riches en biodiversité appelées écotones attirent insectes et oiseaux.

Comme pour toutes les interventions, il y a des risques associés aux coupes rases. Même si leurs effets sont localisés et en général fugaces, faire une coupe avec des pratiques ou du matériel inadaptés peut avoir des conséquences importantes, notamment sur le sol.
Lorsque la coupe se justifie dans la gestion forestière, on peut limiter certains risques environnementaux en prenant des précautions : bien choisir la dimension, la période d’intervention, le matériel, délimiter les parcours des engins pour limiter les impacts sur les sols sensibles, maintenir certains éléments structurants pour la protection des sols ou de la biodiversité… Les impacts paysagers peuvent être limités en adaptant la forme des coupes, lorsque c’est possible. Maintenir des bosquets peut favoriser l’intégration de l’opération dans la mosaïque paysagère : garder les boisements en bord de cours d’eau, par exemple. Ces bonnes pratiques existent et doivent être encouragées. Une étude multipartenariale menée par le Groupement d’Intérêt Public ECOFOR a entamé un bilan des connaissances sur le sujet.

Le bois est un biomatériau qui concentre beaucoup d’avantages : peu coûteux en énergie, renouvelable, contribuant au stockage de carbone. Il est intégré dans les stratégies de lutte contre le changement climatique. L’engouement pour son utilisation est forte. Paradoxalement, les critiques sur les coupes forestières augmentent, omettant qu’il faut accepter de couper des arbres pour avoir du bois.

A l’interface, les forestiers français gèrent une grande variété d’écosystèmes, intégrant des enjeux complexes : conservation de la biodiversité, production de biomatériaux, prise en compte des risques, etc. Ils utilisent toutes les solutions de gestion possibles en les adaptant au contexte et sont les premiers acteurs de la sauvegarde des forêts.

 

Environnement: « La ville postcarbone de demain exige un bouleversement technologique, économique, sociétal et urbanistique total »

Environnement: « La ville postcarbone de demain exige un bouleversement technologique, économique, sociétal et urbanistique total »

 

La clé de la transition énergétique ne peut être laissée aux seules mains des maires, même si la ville est aujourd’hui la principale émettrice des gaz à effet de serre, analyse dans une tribune au « Monde » Albert Levy, architecte urbaniste. Il souligne la nécessité d’une politique relevant du pouvoir central.

 

Un article intéressant mais qui aborde bout des lèvres la question de l’aménagement du territoire comme si la super concentration était une donnée incontournable. La vraie question est en effet celle de la répartition harmonieuse de la population sur l’ensemble du territoire et de l’équilibre homme nature NDLR

 

Dans son dernier rapport annuel, en 2021, l’Autorité environnementale (AE) a livré un diagnostic accablant en concluant que la transition écologique n’a pas encore été vraiment amorcée en France. Après le Haut Conseil pour le climat, l’AE a rappelé qu’à côté des politiques d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES) l’adaptation au dérèglement climatique est également un impératif majeur pour les villes. A ce sévère constat au niveau national s’ajoute celui de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France pour la région parisienne, notamment le bilan de l’action de la Ville de Paris en matière de climat depuis 2004, qui montre l’écart entre les objectifs annoncés et les résultats obtenus. Le plan climat de 2004 visait la réduction de 75 % des émissions de GES en 2050, par rapport à 2004, avec un objectif intermédiaire de 25 % en 2020. Le chiffre de 20 % a été atteint. Sur 25 % d’énergies renouvelables prévus pour 2020 (10 % en 2004), seuls 18 % ont été obtenus, et pour la sobriété énergétique, sur 25 % d’économie visés, 5 % seulement ont été atteints. Les services de la Mairie ont eux-mêmes été peu exemplaires : les émissions de GES, dont la baisse programmée était de 30 %, n’ont reculé que de 9 %, de même l’éclairage public de 3,5 % au lieu des 30 % pronostiqués. On est loin de la trajectoire vers la ville neutre en carbone avec 100 % d’énergies renouvelables pour 2050, conclut le rapport de la Chambre régionale, qui reste pessimiste sur la possibilité d’atteindre cet objectif.

Cette politique vers une économie « zéro pétrole », vers une « ville postcarbone », implique de repenser totalement la ville existante et son fonctionnement, voire l’aménagement du territoire, et une planification écologique qui doit articuler différentes échelles dans sa mise en œuvre. Se passer du « pétrole énergie » pour se chauffer, s’éclairer, cuisiner, communiquer, travailler… en le remplaçant par une électricité 100 % d’origine renouvelable (sans énergie nucléaire ?), se déplacer autrement (sans voiture thermique), transporter voyageurs et marchandises en utilisant des carburants non fossiles (batterie électrique, biocarburant, hydrogène « vert »…), réduire la facture énergétique en isolant/rénovant tout le parc immobilier, résidentiel et tertiaire pour atteindre la neutralité carbone restent, en effet, un énorme défi écologique. Energie, transport, pétrochimie… la ville postcarbone de demain exige un bouleversement technologique, économique, sociétal et urbanistique total. Dans ce cadre, il faudra une planification qui coordonne les différentes politiques sectorielles indispensables pour sortir, progressivement et sans choc, des énergies fossiles (voir, par exemple, les travaux du think tank The Shift Project).

Environnement–Loi de protection des territoires marins : une escroquerie

Environnement–Loi de protection des territoires marins : une escroquerie

 

La fondatrice de l’association Bloom pour la protection des océans, Claire Nouvian,  explique pourquoi le décret gouvernemental est, selon elle, dangereux pour l’avenir des espaces maritimes et du climat. (Le Monde)

 

Ala veille de la Journée mondiale de l’océan, je suis porteuse de deux mauvaises nouvelles. La première, c’est que la France, deuxième puissance maritime mondiale, vient de prouver par un terrible décret qu’elle n’avait nullement l’intention de protéger son territoire marin. Et ce malgré l’urgence à restaurer la santé d’un océan qui n’est plus que l’ombre de lui-même alors qu’il est un allié stratégique dans la lutte contre le réchauffement climatique, absorbant plus d’un quart de nos émissions de CO2.

La seconde, c’est que non, Emmanuel Macron n’a pas fait son aggiornamento « écolo » et il ne le fera pas. Alors que, d’une main, le président préparait son plaidoyer de Marseille du 16 avril à l’adresse de l’électorat vert, empruntant à Jean-Luc Mélenchon son concept de « planification écologique », de l’autre, il orchestrait la signature, le 12 avril, d’un décret honteux mettant en pièces le concept même d’« aire marine protégée », rendant inopérantes toutes les promesses qu’il avait faites à ce sujet.

 

Rappelons que, de 2019 à 2022, Emmanuel Macron a martelé que la France protégerait 30 % de ses eaux, dont 10 % « en pleine naturalité » ou en « protection forte ». Des annonces célébrées pour leur ambition et sans ambiguïté : l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) avait en effet déjà clarifié qu’une aire marine ne pouvait pas être appelée « protégée » si des activités industrielles (incluant la pêche) y étaient conduites. D’après les définitions internationales, l’engagement du président de protéger 30 % de notre territoire marin correspondait donc à l’interdiction catégorique des extractions et installations industrielles. Cela signifiait aussi que les 10 % de « protection forte » promis par Emmanuel Macron correspondaient automatiquement au degré supérieur de protection : une protection intégrale, stricte, ce que les Anglo-Saxons nomment les « no-take zones ».

Ces zones de protection « forte » ne permettent aucune activité humaine, pas même les prélèvements de la petite pêche artisanale, et sont les plus efficaces pour restaurer l’océan. Les scientifiques ont quantifié le rétablissement spectaculaire du milieu marin quand cessaient les pressions anthropiques : la biomasse des poissons y est 670 % plus importante que dans les eaux non protégées ! Or, aujourd’hui, la France ne protège, selon une étude du CNRS, que 0,09 % de sa façade méditerranéenne et 0,005 % de sa façade Atlantique, Manche et mer du Nord !

Malheureusement, protéger moins de 1 % de l’océan est encore trop élevé pour les industriels, et Emmanuel Macron a choisi de prendre leur parti plutôt que celui de la science et des citoyens en amoindrissant, par ce décret du 12 avril, les critères de « protection forte ».

Environnement: Pas seulement une affaire de puissance publique

Environnement: Pas seulement une affaire de puissance publique 

 

Si aujourd’hui la planification écologique s’impose dans le débat public, les deux conseillers en stratégie Thibaut Cournarie et François-Régis de Guenyveau précisent, dans une tribune au « Monde » ses conditions de mise en œuvre et plaident pour une approche globale qui associe citoyens, entreprises et pouvoirs publics

 

L’écologie a gagné la bataille des idées. Elle n’a pas encore remporté celle de l’engagement. Aussi assiste-t-on, depuis quelques semaines, à l’apparition d’un nouveau concept dans le débat public : la planification écologique. Victoire sémantique de Jean-Luc Mélenchon et de son centralisme jacobin, cette planification s’incarne dans le gouvernement Borne par la création de deux ministères [transition écologique et cohésion des territoires, confié à Amélie de Montchalin, transition énergétique, dirigé par Agnès Pannier-Runacher] et d’un tout récent secrétariat général.

L’intention est louable : puisque nous soutenons collectivement la transition mais que nous ne parvenons pas à nous y plier individuellement, déléguons à l’Etat la construction d’un plan. Outre ses vertus d’ordonnancement, celui-ci aura le mérite de nous offrir un cap, ingrédient précieux pour une époque qui se cherche, tiraillée entre les crises et les revirements permanents.

L’idée a pourtant fait polémique. Qui fixe le plan ? Qui distribue les bons points ? Plus globalement, que fait-on des leçons du XXe siècle, joyeusetés bureaucratiques en tête ? Comme toute politique centralisatrice, la planification écologique péchera par sa rigidité. Entre chiffres à répétition et réglementations à rallonge, les effets de bord sont déjà connus. Ils se doublent d’une difficulté propre au sujet environnemental : quel intérêt de planifier en France s’il n’y a pas d’alignement à l’échelle mondiale ? Eternel dilemme du prisonnier…

En réalité, la question n’est pas de savoir s’il faut ou non planifier. Il le faut. Sans quoi le marché continuera d’innover dans des technologies sales, même avec des rendements décroissants, phénomène de « dépendance au sentier » bien décrit par Philippe Aghion dans ses cours au Collège de France. La question est de savoir comment compléter la planification écologique par d’autres méthodes moins dirigistes, susceptibles de créer les conditions d’une mobilisation collective de masse.

 

I

Éoliennes : L’ADEME ment (Fédération Environnement Durable)

Éoliennes : L’ADEME ment (Fédération Environnement Durable)

 La fédération environnement durable conteste totalement une étude l’ADEM  qui affirme que les éoliennes n’ont pas d’influence sur les prix de l’immobilier. Par ailleurs la fédération environnement durable critique sévèrement la méthodologie.
 Le comité de suivi comprend, sur 19 noms cités, 14 représentants de l’industrie éolienne et des groupes d’études ou d’avocats qui lui sont liés et un seul représentant des agents immobiliers. Quel est l’expertise en matière de valeur immobilière en milieu rural des syndicats patronaux (Syndicat des Énergies renouvelables et France Énergie Éolienne), de l’Office Franco-Allemand pour la transition énergétique ou du cabinet d’avocat parisien Arnaud Gossement par exemple ?

   L’opposition au projet éolien est présentée comme le fait d’une minorité peu représentative. En fait, quand les riverains ont pu donner leur avis dans des référendums locaux, le non au projet éolien l’a emporté très largement dans la quasi-totalité des communes

   Après des dizaines de pages sur les méthodes d’analyse possibles et leurs limites, l’étude statistique ne porte que sur :
 
    les éoliennes construites entre 2016 et 2020, soit moins d’un tiers des éoliennes existantes,
    1 380 transactions à moins de 5 kms d’une éolienne (ou dans une commune située à  moins de 5 kilomètres d’une éolienne ?),
    3 avis de communautés de communes sur les 24 interrogées par courrier,
    1 avis d’agent immobilier sur les 16 interrogés par courrier,
    128 riverains interrogés.

  Bref une étude statistique avec un échantillon très faible, particulièrement pour les distances éolienne-habitation de 500 et 2 000 mètres où les nuisances sont le plus importantes. Et une absence d’enquête auprès des professionnels de l’immobilier, les connaisseurs du marché.

   Dans sa « Synthèse d’études préliminaires et perspectives » l’ADEME reconnaît d’ailleurs les « limites » de l’étude. Citons en entier ce paragraphe croustillant (sous copyright ?):

   Faute de quantité de données disponibles (quantité insuffisante de ventes immobilières enregistrées) :
L’analyse quantitativeØ·   n’est pas territorialisée
L’impact àØ·   proximité directe des éoliennes (500 m-2000 m) ne peut pas être quantifié
L’impact de l’éolien sur lesØ·   biens premiums est suggéré par l’analyse qualitative mais pas confirmé par l’analyse quantitative

Les sondages auprès de réseaux d’agences immobilières n’ont pas apporté de résultats exploitables

L’histoire des transactions (conditions de vente et d’achat, place de l’éolien dans les discussions liées à la transaction…) situées à proximité directe des éoliennes (500 m – 2000 m) n’a pas été explorée au cours de l’étude.

    Il faut ajouter que l’étude comporte un biais méthodologique rédhibitoire : elle ne porte que sur les transactions effectivement réalisées. Or l’expérience montre (par exemple celle des agents immobiliers dont 1 seul a été interrogé, et par un formulaire courrier !) que les biens immobiliers deviennent très difficiles à vendre dans tous les territoires où sont implantées des éoliennes. Cela n’est en rien étonnant : qui achèterait une maison à proximité d’un parc éolien, quand il a le choix d’en acheter une qui en est préservée ? Dans le monde rural, l’offre est abondante ; elle n’a pas la rareté de l’immobilier parisien !

    En conclusion, cette nouvelle étude de l’ADEME est totalement partisane et manque de la plus élémentaire rigueur méthodologique et scientifique. Elle ne représente en rien ce qui est vécu aujourd’hui par des centaines de milliers d’habitants des campagnes françaises.
  

Environnement : enquête européenne contre la France

Environnement : enquête européenne contre la France

 

 

 

Une nouvelle procédure contre la France pour non-respect des engagements. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a confié à sa formation suprême, la Grande chambre, une requête déposée contre la France par l’ancien maire écologiste de Grande-Synthe (Nord) Damien Carême, qui lui reproche une action insuffisante contre le réchauffement climatique, a annoncé la CEDH mardi 7 juin. Selon le service de la presse de la Cour joint par l’AFP, l’audience devrait se tenir « autour de la fin de l’année ».

La CEDH, qui siège à Strasbourg, confie généralement à sa Grande chambre, composée de 17 juges de la Cour dont son président, les affaires qu’elle considère comme les plus importantes. Pour Damien Carême, maire de Grande-Synthe de 2001 à 2019 et député européen (EELV) depuis 2019, « la carence des autorités à prendre toutes mesures utiles permettant à la France de respecter les niveaux maximums d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’est elle-même fixés constitue une violation de l’obligation de garantir le droit à la vie », précise la cour.

Selon l’ancien maire, la France est également contrevenue à son « droit à une vie privée et familiale normale », garanti de la même manière par la Convention européenne des droits de l’homme, lui-même se considérant comme « directement affecté » par les insuffisances de la lutte contre le réchauffement climatique.

La Cour de Strasbourg rappelle que le 1er juillet 2021, le Conseil d’Etat avait enjoint au gouvernement français « de prendre des mesures supplémentaires d’ici au 31 mars 2022 pour atteindre l’objectif – issu de l’Accord de Paris – de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030″. La plus haute juridiction administrative française, rappelle encore la CEDH, avait fait valoir que « le respect des objectifs fixés de réduction des émissions, qui prévoient notamment une baisse de 12% pour la période 2024-2028, n’apparaissait pas envisageable si de nouvelles mesures n’étaient pas adoptées rapidement ».

Environnement :L’urgence de la transition énergétique

Environnement :L’urgence de la transition énergétique

 

La sociologue Dominique Méda  dresse, dans Le Monde , la liste des politiques (mix énergétique, emploi…) que le futur gouvernement devra entamer pour s’engager dans la voie de la transition écologique.

 

Quelle que soit sa couleur, le gouvernement qui déterminera et conduira la politique de la nation après les élections législatives, les 12 et 19 juin, devra être capable de proposer, de mettre en discussion, puis de faire adopter, par le plus grand nombre de citoyens possible, des choix clairs – parce que structurants pour les décennies à venir – en matière de transition écologique. 

Il s’agit en premier lieu du choix du mix énergétique. C’est peut-être le moins délicat de tous, dans la mesure où, malgré des positions qui peuvent sembler radicalement opposées chez les responsables politiques et dans la population française, la voie raisonnable consiste à développer de façon massive les énergies renouvelables, tout en s’appuyant sur le nucléaire pour assurer la transition et en continuant à travailler sur d’éventuelles autres solutions.

Le choix des places respectives à accorder aux innovations technologiques et aux changements de comportements semble, en revanche, beaucoup plus délicat. Il s’agit concrètement d’indiquer dans quelle mesure nous sommes collectivement prêts à changer nos modes de vie et à accorder plus de place à la sobriété. Alors que ce dernier terme est encore très peu utilisé dans les discours politiques français, son équivalent anglais (« sufficiency ») est mis à l’honneur dans le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Il signifie que nous pourrions collectivement obtenir la même quantité de bien-être et garantir à tous les êtres humains un niveau de vie décent tout en diminuant nos consommations matérielles, et donc nos émissions de gaz à effet de serre, ainsi que notre consommation d’énergie.

Les crispations autour de cette question sont majeures, comme en témoignaient déjà les réactions indignées des politiques, notamment français, à la fameuse lettre écrite par le travailliste néerlandais Sicco Mansholt, en février 1972, un mois avant qu’il ne devienne un éphémère président de la Commission européenne (jusqu’en janvier 1973). A la suite de sa lecture du rapport du Club de Rome « Limits to Growth », paru la même année, il y plaidait en faveur d’une forte diminution de la production et de la consommation de biens matériels, organisée grâce à une planification capable d’assurer à chacun un minimum vital. Vingt ans après, en 1992, le président George H. W. Bush déclarait « le niveau de vie américain est non négociable ». Aujourd’hui, le refus d’un grand nombre de responsables politiques de promouvoir la sobriété continue de s’enraciner dans l’idée que celle-ci serait liberticide et punitive.

 

Environnement : La décarbonation n’est pas une simple affaire de fiscalité

Environnement : La  décarbonation n’est pas une simple affaire de fiscalité

 

L’assureur Pascal Demurger, Directeur général de la MAIF, dans une tribune au « Monde », répond au Medef qui a invoqué la réduction des impôts de production comme solution pour décarboner l’économie. Estimant cette proposition insuffisante, il explique que c’est d’abord aux entreprises de s’engager pleinement et sincèrement dans cette transformation.

 

À juste titre l’auteur de la tribune considère qu’on ne peut réduire les solutions la décarbonation à une affaire fiscale. Pourtant la voie dans laquelle s’engouffrent  aussi économistes, écolos et utopistes. Les uns pour récupérer la thématique et l’insérer dans une logique de marché, les autres pour donner des raisons supplémentaires à leur lutte contre l’économie de marché. La martingale fiscale est une sorte de solution miracle en France ; une solution avec laquelle on pense soigner toutes les maladies économiques, écologiques et même sociétales quand il s’agit en fait d’engager des processus très complexes sur longue durée articulant des champs d’action à caractère systémique. L’écologie réduite seulement à une augmentation de taxe relève du slogan caricatural 

 

Tribune.

 

Décarboner notre pays ne passe pas par une simple politique économique conjoncturelle. C’est changer nos fondamentaux pour répondre à une urgence vitale et assurer notre pérennité.

Bien entendu, mener une telle transition a un coût colossal, même s’il est bien moindre que celui de l’inaction. Selon le think tank Institute for Climate Economics, il faudrait au moins, dès 2023, 13 à 15 milliards d’euros d’investissements publics et privés supplémentaires en France chaque année pour tenir les objectifs de l’accord de Paris.

Comment garantir ces nouveaux investissements pour le climat ? Pas en appliquant une simple baisse des impôts de production. Baisser ces impôts sans condition, c’est améliorer les marges, la compétitivité coût et la rentabilité. C’est utile au sein d’une économie ultra-concurrentielle, mais ça n’a pas de lien, voire pas d’impact, sur la transition que nous devons mener.

Réussir la décarbonation de notre économie impose de changer beaucoup plus profondément notre logiciel.

C’est d’abord aux entreprises elles-mêmes de s’engager pleinement et sincèrement dans cette transformation. C’est leur responsabilité et leur intérêt. Alors que nous fêtons les trois ans de la loi Pacte (Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, votée en 2019), une solution leur tend les bras : le passage en société à mission. Quelle meilleure méthode pour garantir son engagement que de se fixer des objectifs environnementaux et sociaux ambitieux, publics et contrôlés chaque année ?

Devenir société à mission, c’est bien plus que s’accorder un supplément d’âme : c’est se donner une raison d’être autre que le seul profit sans lendemain, c’est se fixer un objectif pour assurer sa pérennité dans un monde en crise et se donner les moyens de l’atteindre. Déjà, le mouvement s’accélère : en mars 2022, le nombre des entreprises à mission avait doublé en un an. Elles concernent désormais plus de 500 000 salariés, avec une place croissante des grandes entreprises.

C’est ensuite à l’Etat d’amplifier cette dynamique en engageant une politique économique qui récompense la vertu écologique. Au-delà des investissements publics directs, la priorité de la puissance publique doit être de favoriser les entreprises aux stratégies de décarbonation ambitieuses, celles qui prennent des risques à court terme au service du long terme. A ce jour, rien n’est organisé de cette manière et une baisse aveugle des impôts ne changera pas la donne. Il faut en réalité activer tous les leviers verts à la main de l’Etat.

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