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Réforme ENA: Risque de politisation de l’administration ?

Réforme ENA:  Risque de politisation de l’administration ?

La chronique de Gilles Savary dans l’Opinion

 

« On est fondé à se demander si la réforme de la haute fonction publique ne constitue pas prosaïquement une évolution vers un spoil system à l’américaine, susceptible de politiser notre haute administration »

La suppression de l’ENA et la disparition annoncée du corps préfectoral témoignent de l’ardeur intacte du réformisme macronien à un an de l’élection présidentielle. En tout cas, si la bougonnerie française contre sa haute administration constitue un bruit de fond chronique amplement véhiculé par la classe politique, nul avant Emmanuel Macron, qui en constitue pourtant un brillant prototype, n’avait osé s’attaquer aux grands corps de l’Etat de façon aussi audacieuse et spectaculaire.

Il est vrai que cette petite et remarquable élite, qui trouve sa source dans le régime monarchique pour certains corps techniques, puis dans le bonapartisme pour ce qui concerne les préfets, et le gaullisme pour ce qui concerne l’ENA, connote d’anciens « vieux mondes » et ne dispose pas des mêmes rapports de force que de vénérables corporations publiques capables de bloquer le pays et ses services publics essentiels.

Sa réforme radicale peut en effet présenter l’intérêt politique d’un sacrifice sans frais à un air du temps de plus en plus critique des élites, du centralisme et de la verticalité du pouvoir en France. Accessoirement, elle présente le mérite d’en soustraire les politiques.

Mais elle dessine aussi, au motif d’horizontaliser la formation des hauts fonctionnaires et de faire prévaloir sur leur formatage élitiste et académique une ouverture des recrutements basée sur la diversité des parcours, un projet de revitalisation de l’Etat et d’évaluation de ses résultats en profonde rupture avec nos traditions administratives.

Sans doute ce projet de dépoussiérage de notre haute fonction publique répond-il à des nécessités qui ne manquent pas de pertinence, mais il peine à dessiner quel Etat et quelle France nouveaux il porte en germe

Elle intervient néanmoins à un moment un peu paradoxal où, quoique l’on en dise et que les tâtonnements des pouvoirs publics peuvent laisser penser face à une crise sanitaire hors normes, les administrations de notre pays ont fait preuve d’une capacité d’adaptation et de souplesses procédurales qui n’ont rien à envier à l’hôpital et qu’on ne leur soupçonnait pas.

Sans doute ce projet de dépoussiérage de notre haute fonction publique répond-il à des nécessités qui ne manquent pas de pertinence, mais il peine à dessiner quel Etat et quelle France nouveaux il porte en germe.

« L’Etat profond », réputé résistant à l’autorité politique des élus, s’inscrit dans une tradition de continuité de l’Etat républicain, par-delà les alternances politiques, les velléités démagogiques ou les déficits de préparation des politiques aux rudes contingences du pouvoir.

C’est précisément la raison pour laquelle le gouvernement de la Libération avait pris soin, sous l’égide de Maurice Thorez, de promulguer un statut du fonctionnaire basé sur les principes de neutralité et d’irrévocabilité.

Ce n’est pas tant l’indépendance des fonctionnaires que la colonisation par les énarques spécialement, des partis et de tous les postes de pouvoir et d’influence politique de la République, qui a dévoyé le système.

Il devenait en effet urgent d’y mettre de l’ordre en redonnant au peuple la conduite des affaires politiques, mais des dispositions d’incompatibilité du même ordre que celle qui s’impose aux militaires ou que celle qu’Emmanuel Macron s’est volontairement appliquée en démissionnant de la fonction publique avant de présenter sa candidature à l’élection présidentielle y auraient peut-être suffi.

Ce n’est pourtant pas cette voie qui a été choisie.

Du coup, on est fondé à se demander si cette réforme ne constitue pas prosaïquement une évolution vers un spoil system à l’américaine, susceptible de politiser notre haute administration.

Gilles Savary est ancien député PS de Gironde et délégué général de Territoires de progrès

ENA: de la méritocratie à l’oligarchie

ENA: de la méritocratie à l’oligarchie

« C’est dans notre pays que l’origine sociale a le plus d’influence sur les parcours individuels. Nous avons rendu la méritocratie héréditaire et fait de l’ENA le berceau de l’oligarchie »Déclare dans une tribune François de Closets ( l’Opinion)

 

Tribune

Qu’il faille réformer l’ENA, un énarque seul pouvait en douter. L’institution comporte, dans sa structure comme ans son fonctionnement, des aberrations qui devaient être corrigés. Mais pourquoi diable fallait-il supprimer le mot ? Avait-on un sigle plus accrocheur ? Je doute que, dans l’avenir, l’imprononçable ISP puisse faire oublier le clinquant ENA qui convenait parfaitement à l’école de remplacement. Au reste, lorsque Emmanuel Macron prononça la sentence, les commentateurs la trouvèrent hors de propos.

A quoi bon ? La disparition de la prestigieuse école ne figurait pas dans le catalogue hétéroclite des revendications en gilets jaunes. Mais il ne s’agissait pas de satisfaire telle ou telle réclamation, il fallait répondre à une attente informulée car plus profonde. Cette décision trouvait sa pertinence dans la rage antisystème que ressentaient les Français. Le peuple en colère demandait un sacrifice, l’ENA avait la tête de l’emploi. C’est même tout son problème.

La marque fait florès à l’étranger, bien des pays veulent s’en inspirer, mais pour nous, elle cristallise la détestation des élites. Les Français ont le sentiment que leur pays est tenu par cette super-élite aussi saisissante qu’insaisissable. Or le mouvement des Gilets jaunes était d’abord antiélitaire et c’est pour cela sans doute qu’il a bénéficié d’un soutien populaire si large et si constant.

L’Enarchie aurait dû résister à cette fièvre égalitariste car elle s’appuyait sur la sélection la plus républicaine qui soit ​: la compétition scolaire

Pour la démocratie, cette détestation des élites est un péril mortel car toute société se construit sur une structure pyramidale, inégalitaire. L’égalitarisme qui prétend s’en passer, bascule toujours du meilleur au pire. Ainsi l’antiélitisme exacerbé, loin d’annoncer un regain démocratique, nous conduirait tout droit au cauchemar de la démocratie directe ou de l’anarchie. Le sacrifice de l’ENA est donc tout sauf un caprice présidentiel, il nous renvoie, par son incongruité même, à cette condamnation des élites qui nourrit le populisme.

D’une façon générale, les Français ne supportent pas que certains passent avant les autres. Pour la fortune comme pour le pouvoir. Ils suspectent le « self made man ​», ils envient autant qu’ils méprisent l’héritier et contestent chaque matin les élus de la Nation. Seuls les gagnants du Loto trouvent grâce à leurs yeux. L’Enarchie aurait dû résister à cette fièvre égalitariste car elle s’appuyait sur la sélection la plus républicaine qui soit ​: la compétition scolaire. L’école n’a pas seulement pour rôle de transmettre le savoir, elle doit aussi classer les jeunes Français entre les cracks et les cancres et donner à chacun sa place dans la société. Un classement qui fut longtemps indiscutable ​: la France est d’abord une république des bons élèves. Sacraliser la méritocratie scolaire et contester la méritocratie économique, c’est la recette de la cohésion sociale à la française.

Certains élèves, soutenus par leur famille, étaient plus égaux que d’autres devant le parcours scolaire, on le savait. Mais cette inégalité, cette injustice, était compensée par « ​l’ascenseur social ​» qui, pour l’essentiel, était assuré par l’école. C’est elle qui assurait la promotion de boursiers méritants, elle qui permettait de réussir brillamment ses études avec un père ouvrier et une mère femme de ménage. Cette mobilité sociale compensait les inégalités et légitimait la place des uns et des autres.

L’ENA s’est précisément construite en 1945 pour affirmer le principe méritocratique. Elle a mis fin au système opaque de concours qui protégeait l’entre-soi des notables dans la haute fonction publique. Comment est-on passé de cette vision républicaine de l’administration à cette « ​noblesse d’Etat ​» que dénonçait justement Pierre Bourdieu ?

D’emblée, la fonction de sélection-classement l’a emporté sur la fonction d’enseignement-formation. Les meilleurs élèves étaient proclamés Inspecteurs des Finances, Conseillers d’Etat ce qui ne correspondait à aucun enseignement spécialisé mais à un niveau d’excellence. Ainsi dès la sortie de l’école, avant toute expérience professionnelle, ils se trouvaient habilités aux plus hautes fonctions. L’ENA générait la caste qui dirigerait le pays.

Il faut reculer de deux générations pour trouver, éventuellement, une origine populaire à nos Enarques

Ce triomphe de la méritocratie scolaire ne s’est pas limité à l’administration. L’habilitation au commandement qu’elle décernait à travers les Grands Corps n’était pas seulement valable pour l’administration mais également pour la banque, les entreprises, les partis politiques, les plus hautes institutions, pour la France entière. Cette aristoénarchie compensait son arrogance par la plus républicaine des légitimations ​: la méritocratie. Elle était donc ouverte à tous grâce à la promotion au mérite qu’assurait l’école. Malheureusement, celle-ci, qui fonctionnait jusqu’à l’instauration du collège unique en 1975, a peu à peu cédé la place à la reproduction.

Aujourd’hui, la sélection pour nos grandes écoles se fait à la naissance et repousse impitoyablement les enfants des milieux populaires. Pour cacher ce recrutement trop élitiste, l’institution se plait à présenter le pourcentage honorable des élèves qui ne sont pas fils, mais petits-fils, d’ouvriers, d’artisans d’agriculteurs ou d’employés. Il faut reculer de deux générations pour trouver, éventuellement, une origine populaire à nos Enarques. Notre méritocratie s’est refermée sur les classes les plus instruites ou les plus aisées. En un demi-siècle, l’ENA a donc subi une double évolution. D’une part, elle a étendu son emprise sur l’ensemble de la société, de l’autre elle a restreint son champ de recrutement aux seules CSP++. Les comparaisons internationales PISA sont impitoyables. C’est dans notre pays que l’origine sociale a le plus d’influence sur les parcours individuels. Nous avons rendu la méritocratie héréditaire et fait de l’ENA le berceau de l’oligarchie.

Reconstruction. Le phénomène s’est à ce point généralisé que la méritocratie dans son principe même se trouve aujourd’hui remise en cause. Tant dans l’enseignement que dans les entreprises. Le mouvement est parti des Etats-Unis et arrive en France. Un jeune énarque d’origine modeste, il en existe encore, David Guilbaud s’attaque à L’Illusion méritocratique[1] en dénonçant un système qui engendre une aristocratie fort peu démocratique. La déconstruction est parfaite mais elle appelle, ce que l’on oublie ordinairement, une reconstruction.

Pour beaucoup, l’école qui promettait à tous la réussite n’annonce plus que l’échec. Longtemps cette dégradation fut cachée par la baisse du niveau

Pour la formation des hauts fonctionnaires, les voies sont connues. Un tronc commun d’initiation au service public pour tous et des écoles de spécialisation pour former aux différents métiers de la fonction publique. Pas de grands corps, pas de classements, rien que des certificats d’habilitation professionnelle. La sélection entre les meilleurs et les autres se fait sur le terrain, dans l’exercice de l’activité professionnelle. Cette émulation confère à l’administration plus de dynamisme, plus de souplesse, plus d’inventivité. A chacun de faire ses preuves ! C’est ainsi que l’Etat peut choisir sur une décennie ceux qui feront l’école d’excellence, l’équivalent de l’Ecole de guerre pour les militaires, d’où sortiront, les futurs dirigeants de l’administration, voire du pays. Dans un système de ce type, l’Enarchie se dissout dans la haute fonction publique, il devient possible de compenser les inégalités sociologiques, de redonner leurs chances à ceux qui ne viennent pas des milieux aisés. Bref de corriger les défauts les plus criants de notre oligarchie. La réforme en cours va dans ce sens mais hésite à rompre totalement avec une méritocratie scolaire dévoyée.

Mais l’ENA n’est que l’aboutissement de cette instruction que reçoivent tous les enfants de France et qui doit conduire chacun au maximum de ses possibilités. Un système magnifique mais qui ne fonctionne plus. Pour beaucoup, l’école qui promettait à tous la réussite n’annonce plus que l’échec. Longtemps cette dégradation fut cachée par la baisse du niveau. On sait maintenant que de donner le bac à tous les candidats ne mène à rien. Mais cet indispensable renouveau qui, pour l’ENA, est une réforme devient, pour l’Education nationale, une révolution. C’est pourtant l’ensemble de notre système de formation qui est à régénérer. Un système qui ne peut se fonder que sur la méritocratie, une méritocratie qui ne peut venir que de l’école pour tous. Pas seulement de l’ENA pour les meilleurs.

[1] David Guilbaud, L’Illusion méritocratique, 2018 chez Odile Jacob.

ENA: de la méritocratie à l’oligarchie

ENA: de la méritocratie à l’oligarchie

« C’est dans notre pays que l’origine sociale a le plus d’influence sur les parcours individuels. Nous avons rendu la méritocratie héréditaire et fait de l’ENA le berceau de l’oligarchie »Déclare dans une tribune François de Closets ( l’Opinion)

 

Tribune

Qu’il faille réformer l’ENA, un énarque seul pouvait en douter. L’institution comporte, dans sa structure comme ans son fonctionnement, des aberrations qui devaient être corrigés. Mais pourquoi diable fallait-il supprimer le mot ? Avait-on un sigle plus accrocheur ? Je doute que, dans l’avenir, l’imprononçable ISP puisse faire oublier le clinquant ENA qui convenait parfaitement à l’école de remplacement. Au reste, lorsque Emmanuel Macron prononça la sentence, les commentateurs la trouvèrent hors de propos.

A quoi bon ? La disparition de la prestigieuse école ne figurait pas dans le catalogue hétéroclite des revendications en gilets jaunes. Mais il ne s’agissait pas de satisfaire telle ou telle réclamation, il fallait répondre à une attente informulée car plus profonde. Cette décision trouvait sa pertinence dans la rage antisystème que ressentaient les Français. Le peuple en colère demandait un sacrifice, l’ENA avait la tête de l’emploi. C’est même tout son problème.

La marque fait florès à l’étranger, bien des pays veulent s’en inspirer, mais pour nous, elle cristallise la détestation des élites. Les Français ont le sentiment que leur pays est tenu par cette super-élite aussi saisissante qu’insaisissable. Or le mouvement des Gilets jaunes était d’abord antiélitaire et c’est pour cela sans doute qu’il a bénéficié d’un soutien populaire si large et si constant.

L’Enarchie aurait dû résister à cette fièvre égalitariste car elle s’appuyait sur la sélection la plus républicaine qui soit ​: la compétition scolaire

Pour la démocratie, cette détestation des élites est un péril mortel car toute société se construit sur une structure pyramidale, inégalitaire. L’égalitarisme qui prétend s’en passer, bascule toujours du meilleur au pire. Ainsi l’antiélitisme exacerbé, loin d’annoncer un regain démocratique, nous conduirait tout droit au cauchemar de la démocratie directe ou de l’anarchie. Le sacrifice de l’ENA est donc tout sauf un caprice présidentiel, il nous renvoie, par son incongruité même, à cette condamnation des élites qui nourrit le populisme.

D’une façon générale, les Français ne supportent pas que certains passent avant les autres. Pour la fortune comme pour le pouvoir. Ils suspectent le « self made man ​», ils envient autant qu’ils méprisent l’héritier et contestent chaque matin les élus de la Nation. Seuls les gagnants du Loto trouvent grâce à leurs yeux. L’Enarchie aurait dû résister à cette fièvre égalitariste car elle s’appuyait sur la sélection la plus républicaine qui soit ​: la compétition scolaire. L’école n’a pas seulement pour rôle de transmettre le savoir, elle doit aussi classer les jeunes Français entre les cracks et les cancres et donner à chacun sa place dans la société. Un classement qui fut longtemps indiscutable ​: la France est d’abord une république des bons élèves. Sacraliser la méritocratie scolaire et contester la méritocratie économique, c’est la recette de la cohésion sociale à la française.

Certains élèves, soutenus par leur famille, étaient plus égaux que d’autres devant le parcours scolaire, on le savait. Mais cette inégalité, cette injustice, était compensée par « ​l’ascenseur social ​» qui, pour l’essentiel, était assuré par l’école. C’est elle qui assurait la promotion de boursiers méritants, elle qui permettait de réussir brillamment ses études avec un père ouvrier et une mère femme de ménage. Cette mobilité sociale compensait les inégalités et légitimait la place des uns et des autres.

L’ENA s’est précisément construite en 1945 pour affirmer le principe méritocratique. Elle a mis fin au système opaque de concours qui protégeait l’entre-soi des notables dans la haute fonction publique. Comment est-on passé de cette vision républicaine de l’administration à cette « ​noblesse d’Etat ​» que dénonçait justement Pierre Bourdieu ?

D’emblée, la fonction de sélection-classement l’a emporté sur la fonction d’enseignement-formation. Les meilleurs élèves étaient proclamés Inspecteurs des Finances, Conseillers d’Etat ce qui ne correspondait à aucun enseignement spécialisé mais à un niveau d’excellence. Ainsi dès la sortie de l’école, avant toute expérience professionnelle, ils se trouvaient habilités aux plus hautes fonctions. L’ENA générait la caste qui dirigerait le pays.

Il faut reculer de deux générations pour trouver, éventuellement, une origine populaire à nos Enarques

Ce triomphe de la méritocratie scolaire ne s’est pas limité à l’administration. L’habilitation au commandement qu’elle décernait à travers les Grands Corps n’était pas seulement valable pour l’administration mais également pour la banque, les entreprises, les partis politiques, les plus hautes institutions, pour la France entière. Cette aristoénarchie compensait son arrogance par la plus républicaine des légitimations ​: la méritocratie. Elle était donc ouverte à tous grâce à la promotion au mérite qu’assurait l’école. Malheureusement, celle-ci, qui fonctionnait jusqu’à l’instauration du collège unique en 1975, a peu à peu cédé la place à la reproduction.

Aujourd’hui, la sélection pour nos grandes écoles se fait à la naissance et repousse impitoyablement les enfants des milieux populaires. Pour cacher ce recrutement trop élitiste, l’institution se plait à présenter le pourcentage honorable des élèves qui ne sont pas fils, mais petits-fils, d’ouvriers, d’artisans d’agriculteurs ou d’employés. Il faut reculer de deux générations pour trouver, éventuellement, une origine populaire à nos Enarques. Notre méritocratie s’est refermée sur les classes les plus instruites ou les plus aisées. En un demi-siècle, l’ENA a donc subi une double évolution. D’une part, elle a étendu son emprise sur l’ensemble de la société, de l’autre elle a restreint son champ de recrutement aux seules CSP++. Les comparaisons internationales PISA sont impitoyables. C’est dans notre pays que l’origine sociale a le plus d’influence sur les parcours individuels. Nous avons rendu la méritocratie héréditaire et fait de l’ENA le berceau de l’oligarchie.

Reconstruction. Le phénomène s’est à ce point généralisé que la méritocratie dans son principe même se trouve aujourd’hui remise en cause. Tant dans l’enseignement que dans les entreprises. Le mouvement est parti des Etats-Unis et arrive en France. Un jeune énarque d’origine modeste, il en existe encore, David Guilbaud s’attaque à L’Illusion méritocratique[1] en dénonçant un système qui engendre une aristocratie fort peu démocratique. La déconstruction est parfaite mais elle appelle, ce que l’on oublie ordinairement, une reconstruction.

Pour beaucoup, l’école qui promettait à tous la réussite n’annonce plus que l’échec. Longtemps cette dégradation fut cachée par la baisse du niveau

Pour la formation des hauts fonctionnaires, les voies sont connues. Un tronc commun d’initiation au service public pour tous et des écoles de spécialisation pour former aux différents métiers de la fonction publique. Pas de grands corps, pas de classements, rien que des certificats d’habilitation professionnelle. La sélection entre les meilleurs et les autres se fait sur le terrain, dans l’exercice de l’activité professionnelle. Cette émulation confère à l’administration plus de dynamisme, plus de souplesse, plus d’inventivité. A chacun de faire ses preuves ! C’est ainsi que l’Etat peut choisir sur une décennie ceux qui feront l’école d’excellence, l’équivalent de l’Ecole de guerre pour les militaires, d’où sortiront, les futurs dirigeants de l’administration, voire du pays. Dans un système de ce type, l’Enarchie se dissout dans la haute fonction publique, il devient possible de compenser les inégalités sociologiques, de redonner leurs chances à ceux qui ne viennent pas des milieux aisés. Bref de corriger les défauts les plus criants de notre oligarchie. La réforme en cours va dans ce sens mais hésite à rompre totalement avec une méritocratie scolaire dévoyée.

Mais l’ENA n’est que l’aboutissement de cette instruction que reçoivent tous les enfants de France et qui doit conduire chacun au maximum de ses possibilités. Un système magnifique mais qui ne fonctionne plus. Pour beaucoup, l’école qui promettait à tous la réussite n’annonce plus que l’échec. Longtemps cette dégradation fut cachée par la baisse du niveau. On sait maintenant que de donner le bac à tous les candidats ne mène à rien. Mais cet indispensable renouveau qui, pour l’ENA, est une réforme devient, pour l’Education nationale, une révolution. C’est pourtant l’ensemble de notre système de formation qui est à régénérer. Un système qui ne peut se fonder que sur la méritocratie, une méritocratie qui ne peut venir que de l’école pour tous. Pas seulement de l’ENA pour les meilleurs.

[1] David Guilbaud, L’Illusion méritocratique, 2018 chez Odile Jacob.

Pourquoi changer la marque ENA ?

Pourquoi changer la marque ENA ?

 

« Dès lors que les fonctionnalités principales sont conservées, pourquoi ne pas conserver aussi le nom ? S’interroge Jean-Eric Schoettl ,  ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel.

 

Tribune

 

On peut estimer nécessaire de réformer la haute fonction publique. On peut penser que cette réforme exige une refonte de la formation des hauts fonctionnaires, une révision du déroulement des carrières et une plus large contractualisation des emplois publics de catégorie A. Mais comment se passer d’un système de formation et de recrutement présentant les fonctionnalités basiques aujourd’hui confiées à l’ENA et à une douzaine d’autres écoles ? La fin des concours serait la porte ouverte au clientélisme. Aussi n’est-il prévu que de remplacer l’ENA par un Institut du service public, moyennant quelques aménagements de fond.

Quels aménagements ? Deux principaux, croit-on comprendre : un tronc commun entre 13 écoles de fonctionnaires en première année d’études et un différé de titularisation dans les grands corps de l’Etat à la sortie de l’école. Quoique d’une mise en œuvre compliquée, les deux mesures poursuivent des enjeux essentiellement emblématiques.

La première mesure entend mettre fin à l’administration en silos. Mais, outre qu’on ne voit pas en quoi elle y parviendrait, c’est une usine à gaz qui ignore les différences d’âges, de cultures et de vocations entre lauréats des différentes écoles. La seconde mesure repose sur l’idée que, pour éviter de devenir de « petits marquis » à la sortie de l’ENA, les tout premiers du classement doivent tâter de quelques années de « terrain ». Idée séduisante sur le papier, mais, comme on sait, le diable est dans les détails.

« Botte ». Soumettra-t-on à ce différé de titularisation la partie de la « botte » qui est issue du concours interne ou du troisième concours et qui connaît déjà le terrain ? Et comment compenser les conséquences négatives, sur le fonctionnement d’organismes comme le Conseil d’Etat et la Cour des comptes (et donc de la République), de la privation de ce sang neuf que constituent les auditeurs frais émoulus de l’ENA, dont les talents sont taillables et corvéables à merci ?

«On entend signifier, en jouant sur les fantasmes, que le pouvoir d’Etat quitte sa tour d’ivoire technocratique, qu’il se dépouille de sa morgue»

Quoiqu’on pense de l’opportunité de tels changements, ils ne remettent pas en cause les fonctionnalités principales de l’ENA et des autres écoles de la haute fonction publique : sélectionner les candidats à l’entrée et classer les élèves à la sortie, pour pourvoir aux mêmes emplois de responsabilité qu’aujourd’hui. Sélectionner non par obsession du classement, mais pour respecter le principe énoncé à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 : « Tous les citoyens sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

Dès lors que les fonctionnalités principales sont conservées, pourquoi ne pas conserver aussi le nom ? Pour un motif de communication politique. En immolant la marque, on entend signifier, en jouant sur les fantasmes, que le pouvoir d’Etat quitte sa tour d’ivoire technocratique, qu’il se dépouille de sa morgue, qu’il se rapproche des gens, qu’il va désormais entendre leurs doléances.

Démagogique, la liquidation de la marque ENA sera également contre-productive. Tout d’abord le nom actuel de l’école annonçait loyalement les couleurs républicaines d’une institution fille de la Résistance et de la Libération : une école d’application qui est au service de la Nation et se réclame non du « management » mais de l’administration. L’appellation envisagée fait plutôt penser à un think tank. Et quel symbole d’abroger l’ordonnance de 1945, sous les auspices de laquelle toute la haute fonction publique contemporaine s’est construite…

Prince sacrificateur. Ensuite, la disparition de la marque réduira l’attractivité du concours, car celle-ci tient plus au prestige de l’école qu’aux perspectives concrètes de carrière. Mais surtout, la République n’a-t-elle rien de plus urgent à faire, en pleine crise économique et sanitaire, que de supprimer ce qui marche ? Management pour management, quelle entreprise renoncerait à une marque dont le rayonnement est international ? Pourquoi se priver d’un « label » dont les anciens élèves étrangers se prévalent à juste titre et qui constitue pour eux une valeur patrimoniale ? N’est-ce pas trahir la confiance légitime qu’ils ont placée dans les institutions françaises ? Et dilapider un capital d’influence française à l’étranger ? C’est paradoxal venant de personnalités (le prince et ses inspirateurs) qui disent tant se soucier de la place de la France dans le monde.

Calcul politique ? Il serait vain. L’énarchie était un objet non identifié sur les ronds-points en 2019. L’ire des Gilets jaunes est dirigée non contre l’ENA mais contre le coût de la vie, contre l’éloignement des services publics, contre l’effacement des repères et contre la classe politique.

En sacrifiant la marque ENA, le chef de l’Etat semble se livrer à un acte propitiatoire : purger sa propre image de ses adhérences élitaires. Le sacrificateur pourrait s’en repentir trois fois. Son image restera ce qu’elle est ; les déconvenues de la réforme seront portées à son débit, comme celles d’autres initiatives hasardeuses du quinquennat (retraites, révision constitutionnelle, taxe d’habitation, démocratie directe, environnement…) ; enfin, beaucoup d’amertume sera ressentie par ces 95 % d’anciens élèves qui servent humblement et loyalement l’Etat sans pantoufler ni faire de la politique.

Ceux-là ne manifesteront pas et ne feront pas grève. Mais ils se sentiront injustement transformés en victimes expiatoires de maux dont l’ENA est parfois un symptôme, mais dont elle n’est assurément pas la cause : le divorce entre les anywhere et les somewhere, la mondialisation et ses conséquences sur le déclassement français, l’insécurité matérielle et culturelle, l’inflation normative, la bureaucratie, l’éclipse de l’intérêt général dans les arbitrages politiques, l’emprise de la « com » et de la judiciarisation sur les politiques publiques.

Le président de la République jetant la marque ENA aux orties, c’est comme Napoléon expliquant à ses grognards que la Grande Armée s’appellera désormais « Eléments projetés des opérations extérieures »…

Nouvelle ENA : 74 classes préparatoires …. pour résoudre la crise des banlieues ?

Nouvelle ENA : 74 classes préparatoires …. pour résoudre la crise des banlieues ?

 

 

 

On peut sérieusement s’interroger sur le sérieux de la stratégie gouvernementale pour gérer la crise économique, sociale et culturelle des banlieues. En effet parmi les mesures envisagées figurent la réforme de l’ENA appelée institut du service public.

 

Grâce à 74 classes prépas qui permettront de faire entrer au maximum sept ou huit élèves à l’ENA par an, on escompte un changement de situation dans les quartiers difficiles.

Créée en 1945 par le général de Gaulle, l’ENA, qui sélectionne 80 élèves par an, était régulièrement critiquée pour sa formation d’élites «hors sol».

 

Début avril, Emmanuel Macron a annoncé sa suppression, pour la remplacer par un Institut du Service public (ISP). Ce qui évidemment ne changera strictement rien. L’ENA nouvelle appellation va donc demeurer et ce n’est pas l’entrée de quelques élèves de quartiers difficiles qui vont changer la donne sociale , économique et culturel des zones en crise.

ENA: une suppression qui ne met pas en cause la nécessité d’une réforme de l’État

ENA: une suppression qui ne met pas en cause la nécessité d’une réforme de l’État

Pour l’essayiste Édouard Tétreau, le remplacement de l’ENA par un «Institut du service public» ne permettra en rien de répondre aux problèmes de fond comme le relâchement du patriotisme qu’il croit constater dans une partie des nouvelles générations de hauts fonctionnaires.

 «Quand vous êtes embêté, embrouillez tout» (Henri Queuille). La ficelle de la suppression de l’ENA est un peu grosse. Certes, tout n’est pas mauvais dans cette réforme: grâce notamment à l’opiniâtreté et au pragmatisme de la ministre de la Transformation et de la Fonction publiques – qui n’est pas énarque -, certaines propositions vont dans le bon sens. À commencer par la suppression de l’accès direct aux grands corps, qui «sont des corps de contrôle, d’inspection et de jugement», alors que les très jeunes anciens élèves de l’ENA n’ont même pas eu l’occasion de se frotter à l’opérationnel et de faire leurs preuves concrètement. Le principe d’une «école de guerre» pour promouvoir les futurs «généraux» de l’administration est excellent, tout comme une forme de primat donné aux parcours commencés dans les administrations locales et régionales.

ENA : l’entourloupe de Macron avec l’entrée de quelques pauvres pour justifier l’institution

ENA : l’entourloupe de Macron avec l’entrée de quelques pauvres pour justifier l’institution

 

L’entourloupe de Macron et grossière mais pourtant elle passe puisque pratiquement peu de médias se scandalisent de ce changement total de position vis-à-vis de l’ENA. Le président de la république avait pourtant prit l’engagement de supprimer cette institution de technocrates qui ont envahi toutes les institutions publiques et privées et même la politique. Brusquement pour la justifier Macron sort de  son chapeau la possibilité de faire entrer quelques pauvres donnant ainsi un vernis démocratique a un outil obsolète qui pollue la vie politique, économique et administrative.  D’une certaine manière c’est une manœuvre dilatoire car la vraie question de l’ENA n’est pas celle de sa sociologie mais des liens consanguins entre les anciens élèves qui ne cessent de se renvoyer l’ascenseur pour coloniser la plus grande partie de la vie économique et politique du pays.

 

En matière de politique à peu près tous les partis de gouvernement sont sous influence de l’ENA. Dans les entreprises le recrutement d’énarques est incontournable afin qu’ils mettent à disposition de l’entreprise leur carnet d’adresses. Dans l’administration aussi évidemment l’ENA domine et s’accapare les plus hauts postes dans l’Etat. Le tout avec des allers-retours plus que discutable entre la sphère politique, économique et administrative.

La France est le seul pays développé doté d’une école de formation des hauts fonctionnaires avec entrée directe à vie dans les grands corps et les administrations centrales, comme l’ENA. A minima, une solution aurait été de supprimer le fameux classement de sortie. Le rapport Thiriet qui était censé préfigurer l’organisation de la suppression de l’ENA proposait d’ailleurs de lui préférer des entretiens d’embauche entre les jeunes diplômés et les administrations et un accès aux grands corps seulement accessible au bout de trois ans.

 

 

La défense corporatiste de l’ENA

La  défense corporatiste de l’ENA

 

 

Dans une interview au journal l’Opinion, l’actuel directeur de l’ENA, Patrick Gérard, défend  avec vigueur cette fabrique d’élites  donc dit-il la France devrait être fière. Une Argumentation de nature très corporatiste qui ne pose absolument pas la problématique du champ et de la nature régalienne de l’État. En effet, c’est parce qu’ils sont beaucoup trop nombreux que les énarques se  reproduisent  dans des structures qu’ils pérennisent et même développent. Il n’y a même pas assez de postes pour caser de manière satisfaisante les élèves. On ajoute donc des directions aux directions, des postes de directeur adjoint à des postes de directeur, bref des structures administratives à des structures administratives quand il faudrait sans doute en réduire la moitié. L’intéressé oublie aussi d’indiquer que les énarques envahissent le monde économique et politique et que l’ENA n’a pas cette vocation première.

Interview

La suppression de l’ENA est à l’ordre du jour. Quels sont les arguments pour la défense de l’école ?

Ce sera évidemment au président de la République et au Premier ministre de prendre des décisions à l’issue du rapport Thiriez. Il m’appartient, comme directeur, de rétablir quelques vérités. Car l’image, souvent répandue, d’une institution coupée des réalités, fournissant des bataillons de hauts fonctionnaires inconscients des difficultés de leurs concitoyens, est tout simplement fausse.

Prenons le symbole des grands corps (Inspection des finances, Cour des comptes, Conseil d’État). Les jeunes gens qui les intègrent ne sont-ils pas assurés d’une belle carrière, confortée par l’entre-soi, du seul fait d’avoir été bien classés à la sortie de l’ENA ?

D’abord, contrairement aux clichés, les énarques ne sont pas de jeunes blancs-becs de 25 ans. Ils ont en moyenne 31 ans et la moitié d’entre eux ont exercé des responsabilités professionnelles avant leur entrée à l’ENA. Sur la question des corps d’inspection et de contrôle, les avis sont partagés. Certains voudraient créer un parcours où les élèves sortant de l’ENA passeraient d’abord cinq ans comme administrateur dans un ministère avant de tenter un nouveau concours, à 35-36 ans, pour intégrer un tel corps. D’autres font valoir que ces corps ont besoin de sang neuf et que dans le secteur privé les cabinets d’audit font confiance aux juniors. Je pense que l’accès direct à ces corps compte pour beaucoup dans l’attractivité de l’école. Mais il faut faire en sorte qu’il y ait davantage de brassage dans leurs effectifs, par exemple en ouvrant ces corps de façon significative aux sous-directeurs d’administration.

Le vrai sujet n’est-il pas le manque de RH dans la fonction publique ?

Sans doute peut-on améliorer la gestion des carrières, les perspectives de mobilité, valoriser davantage le travail des administrateurs civils au cours de leur carrière. On a encore trop tendance à laisser un énarque dans le même service, dans la même administration sans faire de gestion personnalisée.

Le procès en « déconnexion » de la haute fonction publique a resurgi avec la crise des Gilets jaunes…

Ce pays est fier de ses élites culturelles, sportives mais a un peu de mal avec ses élites administratives… Les Français sont-ils mécontents de leurs préfets, de leurs sous-préfets ? De leurs diplomates ? De leurs juges administratifs ? J’analyse plutôt ces critiques comme une demande supplémentaire d’Etat et, donc, un besoin de renforcer la présence des cadres de l’Etat par plus de mobilité sur le terrain.

Le manque de diversité sociale est souvent pointé du doigt. Est-ce cette image de « reproduction des élites » qui colle à l’ENA ?

Première remarque : quarante étudiants sont recrutés via le concours externe aujourd’hui. Ils étaient cent il y a quarante ans, comme à l’époque de la promotion Voltaire. En réduisant les effectifs, on diminue forcément la diversité. L’ENA accueille 26 % d’élèves qui étaient boursiers, plus que d’autres grandes écoles. Mais il faut faire mieux. C’est pourquoi nous ouvrons cette année à Strasbourg – il en existe déjà une à Paris depuis dix ans – une seconde classe prépa « égalité des chances » destinée aux étudiants d’origine modeste, très bons et, si possible, venant de province. Ces diplômés de master sont coachés par nos jeunes anciens élèves. L’idéal serait d’en créer une par région.

Pour quels résultats ?

La plupart réussissent les concours difficiles d’administrateur de l’Assemblée, de l’Institut nationale des études territoriales (INET), de la Banque de France ou de commissaire de police. En moyenne, sur dix-sept candidats de cette classe, un intègre l’ENA. Il subsiste encore une tendance chez ces étudiants, je le regrette, à penser que l’ENA « ce n’est pas pour elles ou eux »… C’est ce plafond de verre et cette autocensure qu’il faut parvenir à percer.

Parmi les pistes évoquées par Frédéric Thiriez pour « décloisonner » : la création d’un enseignement commun à tous les futurs hauts fonctionnaires (ENA, fonction publique territoriale, hospitalière, magistrats, commissaires de police) mais aussi aux quatre corps techniques (Mines, Ponts, armement, Insee). Est-ce une bonne idée ?

C’est une bonne idée d’avoir des enseignements communs. Par exemple, nos élèves travaillent sur les politiques territoriales avec ceux de l’INET et sont en scolarité avec des officiers de gendarmerie ou de l’armée de terre reçus à l’Ecole de guerre. A partir de l’an prochain, ils travailleront aussi avec l’Ecole nationale de la magistrature. En revanche, je verrais trois écueils à rallonger la scolarité d’un an. Celui de créer une sorte de « 6 année de Sciences Po » alors que les élèves, lorsqu’ils arrivent à l’ENA ou dans d’autres grandes écoles, ont envie de se préparer à leur métier. Le risque de renforcer la critique sur le mode : « Ils sont tous formatés de la même façon ». Enfin, toute année supplémentaire a un coût budgétaire… Ma préférence serait d’imaginer des travaux communs pour les élèves quand ils sont en stage.

Emmanuel Macron avait souhaité mettre en place, en début de quinquennat, un « spoil system » à la française. Près de deux tiers des directeurs d’administration centrale ont été changés depuis 2017, moins que sous ses prédécesseurs. La « technostructure » est accusée de « bloquer la France ». A juste titre ?

Les directeurs d’administration centrale ont un devoir de loyauté à l’égard du gouvernement. Quand un ministre donne des ordres, ils sont appliqués. Gérald Darmanin a instauré le prélèvement à la source, Jean-Michel Blanquer le dédoublement des classes dans les zones d’éducation prioritaires, le projet de loi pour la restauration de Notre-Dame de Paris a été écrit en quelques jours. L’image de directeurs plus puissants que les ministres qu’ils voient passer est un cliché.

L’ENA attire-t-elle toujours autant ?

Il n’y a jamais eu autant de candidatures : 1 731 cette année, record depuis 2013 ! Mais il est vrai qu’à Sciences Po comme dans les Instituts d’études politiques en région, les étudiants semblent moins attirés par le service public que par le monde des grandes entreprises, de la communication, de la finance, des start-up. Quand l’Etat, et les fonctionnaires qui le servent, sont critiqués tous les jours, ce n’est pas très engageant pour un jeune d’une vingtaine d’années… Par ailleurs, les vocations pour la politique se raréfient. Depuis la création de l’ENA en 1945, moins de 3 % des anciens élèves ont fait de la politique. Un taux encore plus bas aujourd’hui. Quant au fameux pantouflage, il concerne 20 % des élèves qui, à un moment ou un autre de leur carrière, vont dans le privé. Près de la moitié revient ensuite dans le public.

Finalement, faut-il juste changer le nom de l’ENA ?

La marque ENA bénéficie dans le monde d’un prestige considérable. Oxford, la London school of economics, le MIT n’imaginent pas changer de nom. L’administration française est admirée dans le monde entier pour l’impartialité de son recrutement, sa compétence et son intégrité. Depuis sa création, l’école a formé 3 700 élèves étrangers. Parmi ceux aujourd’hui en fonction : les ambassadeurs du Japon et de Malte en France, l’ambassadeur du Liban, qui était d’ailleurs dans la même promotion qu’Emmanuel Macron, la vice-première ministre des Pays-Bas, deux ministres belges, le directeur de cabinet du Grand-Duc du Luxembourg, le directeur du protocole de l’empereur du Japon, plusieurs dizaines de ministres africains, le secrétaire général du Tribunal constitutionnel de Karlsruhe… Au titre de la formation continue, l’ENA forme chaque année plus de 4 000 auditeurs étrangers.

« L’ENA bashing » serait donc un travers bien français ?

Peut-être… Il faut sans doute améliorer beaucoup de choses, transformer l’école mais faisons attention à ne pas se priver d’un outil précieux.

 

La future ENA : le doctorat

La future ENA : le doctorat

 

Yann-Maël Larher,  docteur en droit social, expert Institut Sapiens)  dans une tribune aux Echos explique que le successeur de l’école des hauts fonctionnaires existe déjà. Il s’agit du doctorat

« La recherche, c’est le futur de la France, mais c’est paradoxalement une thématique absente des débats actuels qui visent à le construire. Pourquoi 30 % de nos chercheurs sont amenés à partir à l’étranger ? Serge Haroche, prix Nobel de physique 2012, déplorait lors du « Grand débat des idées », en mars, « le décrochage inquiétant de la France dans la compétition internationale » en matière de recherche, et « le manque d’attractivité des carrières scientifiques ».

Les titulaires du doctorat ont pourtant un rôle essentiel à jouer dans la transformation de la société et la compréhension des mutations. Des sciences physiques aux sciences humaines et sociales, il s’agit de s’assurer que la valorisation des chercheurs dans la recherche privée mais aussi publique soit à la mesure des enjeux climatiques, sociaux, économiques, géopolitiques… auxquels nous faisons face.

Pour conserver notre place dans la compétition économique mondiale, il devient donc urgent de valoriser la recherche française et de créer des conditions « d’épanouissement » pour les jeunes docteurs avec des débouchés sérieux. Le profil des docteurs n’a en effet rien à envier aux ingénieurs et autres diplômés de grandes écoles.

 

Annoncée en septembre 2018, l’ouverture de l’Ecole nationale d’administration (ENA) aux docteurs des universités n’était que de la poudre aux yeux. En effet, comment parler d’ouverture alors qu’en 2019, la prestigieuse école n’a ouvert que trois places sur 173 ? Et encore tous les domaines ne sont pas concernés. Il faut d’abord rentrer dans le moule. Ces derniers sont « tournants », selon une formule dont seule l’administration française a le secret, entre trois domaines de spécialité.

Cette année, l’ouverture concernera les docteurs dans la spécialité « sciences de la matière et de l’ingénieur » avant de s’ouvrir en 2020 dans la spécialité des « sciences humaines et sociales ». Tout un programme, il ne manque que le formulaire Cerfa (mais là aussi l’administration a pensé à tout) !

Le doctorat, nouvelle ENA

Il se dit que l’ENA, dont Emmanuel Macron pourrait annoncer la suppression lors de sa conférence de presse du 25 avril, serait remplacée par une nouvelle grande école des services publics très ouverte. Celle-ci existe déjà. Il s’agit du diplôme le plus haut qu’elle délivre, il s’appelle un doctorat ! A l’instar des grands pays développés, le doctorat doit trouver sa place en France que ce soit dans la formation de la haute fonction publique, comme des dirigeants de grandes entreprises. C’est la seule façon de redonner ses lettres de noblesse à l’université française qui donne plus de place à l’égalité des chances et à la diffusion des savoirs.

 

Un doctorat en art pourrait ainsi être une porte d’entrée vers le ministère de la Culture et un doctorat en économie vers Bercy… En France, les énarques aiment souvent prendre l’Allemagne pour modèle, mais chez nos voisins justement, il n’y a aucune grande école centralisée dans la formation des futurs hauts fonctionnaires, il faut avant tout avoir un diplôme dans le supérieur (de préférence un doctorat). De la même façon, dans les entreprises allemandes, c’est le doctorat qui est privilégié pour accéder aux grandes fonctions des entreprises, là où seules les grandes écoles règnent en France.

Un diplôme très formateur

On l’oublie souvent en France, non seulement le doctorat valorise des compétences scientifiques spécifiques à un domaine de recherche, mais il récompense aussi des compétences en communication, des compétences relationnelles, des compétences de management, de direction d’équipe, de gestion de projet, d’adaptation et d’innovation.

 

 

En composant avec des contraintes budgétaires auxquelles la recherche académique française n’a malheureusement pas échappé, en échangeant quotidiennement à la fois avec des professionnels et des chercheurs bien établis, en assumant seul la responsabilité de leur thèse dont ils doivent constamment maîtriser chaque aspect, les doctorants appelés à devenir docteurs s’approprient très tôt les ressorts essentiels d’un environnement contraint bien loin du confort routinier.

Les docteurs sont de fait formés pour s’attaquer à des problèmes dont nul ne connaît la solution. Leur appréhension originale des difficultés et leur capacité à trouver des solutions permettant d’aller au-delà du statu quo, représenteraient une plus-value certaine pour la France. »

Yann-Maël Larher, docteur en droit social et expert Institut Sapiens. Il est le cofondateur d’Okay Doc.

ENA : un simple changement sémantique !

 ENA : un simple changement  sémantique !

L’Ecole nationale d’administration (ENA) changerait de nom et s’intitulerait l’Institut supérieur des fonctionnaires (ISF) ! En fait une petite manipulation sémantique qui ne changera pas grand-chose quant à la nature et au rôle de cette fabrique d’oligarques. La question centrale qui se pose pour avec l’ENA  n’est pas seulement le problème de son nom, des conditions d’entrée et de sortie mais de sa réelle utilité. En effet au départ, l’ENA a été créée après la guerre pour former et unifier le profil des grands administrateurs publics. Or progressivement cette école a évolué pour former aussi des oligarques du monde politique. La plupart des partis ont en effet à la tête d’anciens élèves de l’ENA à gauche comme à droite. Certains ont même été présidents de la république. Dans l’histoire de la république, ce ne sont sans doute pas ces responsables qui auront marqué le plus l’histoire. L’autre dérive de l’ENA, c’est de former également de futurs businessmen ou prétendus comme tels. Il faut noter que parmi les énarques figurent des managers particulièrement efficaces mais aussi de piètres dirigeants qui ont tué certaines grandes entreprises voire certains secteurs économiques. Dans une formation de deux ans on ne peut évidemment couvrir l’ensemble du champ des connaissances concernant la gestion de l’administration, le business ou la politique. Du coup, la formation est assez superficielle. Elle aborde à peu près tous les sujets mais sans en approfondir aucun. Surtout,  elle donne des connaissances théoriques qui ne s’appuient sur aucune expérience concrète, sur aucune réalité sociale, technique, économique ou environnementale. C’est le même reproche qu’on pourrait faire à la multitude d’instituts d’études politiques qui préparent d’ailleurs à l’ENA. Nombre des élèves de ces instituts noyautent  d’ailleurs le parti de la république en marche. Des anciens élèves, d’un conformisme désolant,  tous formatés de la même manière répétant  les idées à la mode, les idéologies approximatives, voir les pires âneries.  Le problème de ces anciens élèves, c’est  qu’ils ont constitué une sorte de caste dont les membres se reproduisent parce qu’ils s’occupent  maintenant l’essentiel des fonctions dans la politique, dans l’administration et dans le business. On recrute un énarque dans le privé en raison de son carnet d’adresses parce qu’il pourra facilement communiquer avec l’administration ou encore avec les finances et réciproquement. Globalement ces écoles sont à la fois inefficaces sur le plan public si l’on en juge par les résultats du pays et non démocratiques puisque réservées aux fils de l’élite (60 à 70 %.)

 

ENA : « Non, les élèves ne sont pas coupés des réalités » (le directeur de l’ENA)

ENA : « Non, les élèves ne sont pas  coupés des réalités » (le directeur de l’ENA)

 

Une défense assez corpo du directeur de l’ENA qui protège son établissement en affirmant notamment que les élèves ne sont pas coupés des réalités, ni cooptés. Ce qui formellement est vrai sur ce dernier point.  En effet, les élèves sont recrutés par voie de concours mais le problème c’est que seulement moins de 20 % viennent de milieux modestes et 10 % de milieux très modestes. Quant à dire que les élèves de l’ENA ne sont pas coupés des réalités, c’est évidemment une information un peu gratuite quand on connaît d’une part le  programme d’enseignement, d’autre part la réalité des stages sur le terrain (le plus souvent dans les bureaux d’une préfecture ou d’une ambassade). Cette défense de l’institution tente évidemment de répondre par avance aux menaces de suppression que pourrait annoncer le président de la république. Une suppression d’ailleurs virtuelle puisqu’elle serait remplacée par un institut supérieur de formation des fonctionnaires. Le directeur reconnaît fois que près de la moitié des ambassadeurs préfets ou recteur sont d’anciens élèves. S’il ne veut pas  « participer au débat actuel sur l’avenir de l’ENA, qui sera tranché par le président de la République », il estime tout de même de son « devoir de rétablir quelques vérités » face aux critiques visant l’établissement qui « choquent voire blessent profondément ses élèves et ses personnels ».

Le  patron de l’ENA dit refuser d’entendre que les étudiants y entrent  »par favoritisme » puisqu’ils passent « un concours exigeant ». Avant d’ajouter que  »non, les élèves de l’ENA ne sont pas tous des jeunes de 25 ans » mais qu’ils ont un « âge moyen de 31 ans et demi » à la sortie de l’école. Et qu’ils y entrent après « plusieurs années d’expérience professionnelle » ou « après des études supérieures plus longues qu’autrefois ».

Il rappelle aussi que la création de l’école en 1945 visait précisément à mettre fin à « un système de cooptation » des hauts fonctionnaires. D’ailleurs, « l’actuelle promotion Molière ne compte aucun enfant d’énarque, de ministre ou de parlementaire ». Pour autant, concède Patrick Gérard, « il faut encore mieux faire ». Car « on peut regretter que seuls 19% des élèves actuels aient un parent ouvrier, commerçant, employé, agriculteur, artisan ou chômeur. »

 

ENA : un simple changement de nom !

ENA : un simple changement de nom !

L’Ecole nationale d’administration (ENA) changerait de nom et s’intitulerait l’Institut supérieur des fonctionnaires (ISF) ! En fait une petite manipulation sémantique qui ne changera pas grand-chose quant à la nature et au rôle de cette fabrique d’oligarques. La question centrale qui se pose pour avec l’ENA  n’est pas seulement le problème de son nom, des conditions d’entrée et de sortie mais de sa réelle utilité. En effet au départ, l’ENA a été créée après la guerre pour former et unifier le profil des grands administrateurs publics. Or progressivement cette école a évolué pour former aussi des oligarques du monde politique. La plupart des partis ont en effet à la tête d’anciens élèves de l’ENA à gauche comme à droite. Certains ont même été présidents de la république. Dans l’histoire de la république, ce ne sont sans doute pas ces responsables qui auront marqué le plus l’histoire. L’autre dérive de l’ENA, c’est de former également de futurs businessmen ou prétendus comme tels. Il faut noter que parmi les énarques figurent des managers particulièrement efficaces mais aussi de piètres dirigeants qui ont tué certaines grandes entreprises voire certains secteurs économiques. Dans une formation de deux ans on ne peut évidemment couvrir l’ensemble du champ des connaissances concernant la gestion de l’administration, le business ou la politique. Du coup, la formation est assez superficielle. Elle aborde à peu près tous les sujets mais sans en approfondir aucun. Surtout,  elle donne des connaissances théoriques qui ne s’appuient sur aucune expérience concrète, sur aucune réalité sociale, technique, économique ou environnementale. C’est le même reproche qu’on pourrait faire à la multitude d’instituts d’études politiques qui préparent d’ailleurs à l’ENA. Nombre des élèves de ces instituts noyautent  d’ailleurs le parti de la république en marche. Des anciens élèves, d’un conformisme désolant,  tous formatés de la même manière répétant  les idées à la mode, les idéologies approximatives, voir les pires âneries.  Le problème de ces anciens élèves, c’est  qu’ils ont constitué une sorte de caste dont les membres se reproduisent parce qu’ils s’occupent  maintenant l’essentiel des fonctions dans la politique, dans l’administration et dans le business. On recrute un énarque dans le privé en raison de son carnet d’adresses parce qu’il pourra facilement communiquer avec l’administration ou encore avec les finances et réciproquement. Globalement ces écoles sont à la fois inefficaces sur le plan public si l’on en juge par les résultats du pays et non démocratiques puisque réservées aux fils de l’élite (60 à 70 %.)

 

 

L’ENA : école d’administration, d’oligarques ou de business

L’ENA : école d’administration, d’oligarques ou de business

 

La question centrale qui se pose pour avec l’ENA  n’est pas seulement le problème des conditions d’entrée et de sortie mais de sa réelle utilité. En effet au départ, l’ENA a été créée après la guerre pour former et unifier le profil des grands administrateurs publics. Or progressivement cette école a évolué pour former aussi des oligarques du monde politique. La plupart des partis ont en effet à la tête d’anciens élèves de l’ENA à gauche comme à droite. Certains ont même été présidents de la république. Dans l’histoire de la république, ce ne sont sans doute pas ces responsables qui auront marqué le plus l’histoire. L’autre dérive de l’ENA, c’est de former également de futurs businessmen ou prétendus comme tels. Il faut noter que parmi les énarques figurent des managers particulièrement efficaces mais aussi de piètres dirigeants qui ont tué certaines grandes entreprises voire certains secteurs économiques. Dans une formation de deux ans on ne peut évidemment couvrir l’ensemble du champ des connaissances concernant la gestion de l’administration, le business ou la politique. Du coup, la formation est assez superficielle. Elle aborde à peu près tous les sujets mais sans en approfondir aucun. Surtout,  elle donne des connaissances théoriques qui ne s’appuient sur aucune expérience concrète, sur aucune réalité sociale, technique, économique ou environnementale. C’est le même reproche qu’on pourrait faire à la multitude d’instituts d’études politiques qui préparent d’ailleurs à l’ENA. Nombre des élèves de ces instituts noyautent  d’ailleurs le parti de la république en marche. Des anciens élèves, d’un conformisme désolant,  tous formatés de la même manière répétant  les idées à la mode, les idéologies approximatives, voir les pires âneries.  Le problème de ces anciens élèves, c’est  qu’ils ont constitué une sorte de caste dont les membres se reproduisent parce qu’ils s’occupent  maintenant l’essentiel des fonctions dans la politique, dans l’administration et dans le business. On recrute un énarque dans le privé en raison de son carnet d’adresses parce qu’il pourra facilement communiquer avec l’administration ou encore avec les finances et réciproquement. Globalement ces écoles sont à la fois inefficaces sur le plan public si l’on en juge par les résultats du pays et non démocratiques puisque réservées aux fils de l’élite (60 à 70 %.)

 

 

Fiscalité, retraites, ISF, ENA, micro RIC… : la confirmation du discours de Macron

Fiscalité, retraites, ISF, ENA, micro RIC… : la confirmation du discours de Macron

 

Depuis lundi des médias sont en possession du discours que devait prononcer Macron  s’il n’y avait pas eu la catastrophe de Notre-Dame de Paris. De nombreux éléments du contenu circulent depuis lundi, ils confirment  ce qui a déjà été écrit ici ou là. Pour l’ISF,  Macron maintient sa position, il ne sera pas rétabli avant une réévaluation. Il y aura une plus grande progressivité profitant notamment aux couches moyennes. Pour les retraités, la réindexation sera réalisée pour les retraites de moins de 2000 €. La prime dite gilet jaune défiscalisée sera reconduite pour les salariés chaque année. Il n’ira pas véritablement de RIC à caractère national mais des petits RIC sur des questions locales. Sur les services publics,  pas d’annonce d’ampleur simplement la promesse de maintenir les hôpitaux et écoles actuels. Concernant la vie démocratique juste un peu de proportionnelle aux législatives. La mesure surprise concerne l’éventuel remise en cause de l’ENA, promesse déjà devenue déjà tenue par d’autres et qui demandera des années. Les principales mesures

Les impôts

Dans son discours qui devait être diffusé lundi soir, Emmanuel Macron indiquait vouloir «baisser les impôts des classes moyennes». Il souhaite financer cette mesure en supprimant «certaines niches fiscales».

Alors que le rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est une des principales revendications des «gilets jaunes», le chef de l’État demande une «évaluation objective» dès le début de l’année 2020 pour savoir si les contribuables qui en ont été exonérés ont bien respecté la philosophie de la réforme et réinvesti leur capital dans l’économie française. Si ce n’est pas le cas, il s’engage «à apporter toutes les modifications et corrections nécessaires».

La prime “gilets jaunes” chaque année

Dans son allocution, Emmanuel Macron dit vouloir «pérenniser» la prime exceptionnelle de 1000 euros défiscalisée et désocialisée décidée fin 2018 pour répondre à la colère des «gilets jaunes». Il souhaite ainsi qu’elle soit ouverte aux employeurs «chaque année».

Petites retraites

Dans son discours de lundi soir, Emmanuel Macron affirme qu’il souhaite la réindexation des retraites de moins de 2000 euros sur l’inflation à partir du 1er janvier 2020. La mesure était attendue, tant la grogne est vive au sein de cette catégorie de la population. Le 10 décembre dernier, le président de la République avait d’ailleurs déjà annoncé qu’il allait annuler la hausse de la CSG pour les retraités percevant une pension inférieure à 2000 euros par mois.

 

 

Référendums «locaux» d’initiative citoyenne

Dans la version de son allocution enregistrée lundi, Emmanuel Macron se dit «favorable» à ce que des référendums d’initiative citoyenne (RIC) – mesurent phare réclamée par les «gilets jaunes» – «puissent être organisés sur certains sujets d’intérêts locaux». Le chef de l’État y assure qu’il est également «favorable à ce qu’on puisse rendre plus accessible, en en simplifiant les règles» le référendum d’initiative partagée (RIP). Aujourd’hui, un dixième du corps électoral (soit 4,5 millions de citoyens) et un cinquième des membres du Parlement sont nécessaires pour convoquer un référendum sur une proposition de loi.

Dose de proportionnelle aux législatives

Selon Le MondeEmmanuel Macron devait aussi s’engager lundi soir à introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives et à réduire le nombre de parlementaires. Deux mesures qui doivent entrer dans le cadre de la réforme constitutionnelle, dont le chantier a été lancé l’été dernier.

 

● Supprimer l’ENA

«  Nous changerons la formation, la sélection, les carrières en supprimant l’ENA et plusieurs autres structures pour en rebâtir l’organisation profonde», détaillait-il.

● «Aucune fermeture d’école et d’hôpital jusqu’à la fin du quinquennat»

Lundi, dans son discours enregistré face caméra, le chef de l’État indique qu’il ne souhaite plus «aucune fermeture d’école et d’hôpital jusqu’à la fin du quinquennat», «sauf demande des maires». Bien conscient que «beaucoup de nos concitoyens ont le sentiment que leur territoire est abandonné», Emmanuel Macron dit vouloir «assurer la présence des services publics» et «ouvrir un nouvel acte de notre décentralisation». Il souhaite notamment «plus de fonctionnaires sur le terrain, avec davantage de responsabilités», «et moins de fonctionnaires à Paris pour écrire des normes ou créer des règles».

● Plafonner les classes à 24 élèves

 

Le président envisagerait, dès la prochaine rentrée, de plafonner à 24 l’effectif d’élèves dans les classes de la maternelle au CE1, et ce dans toutes les zones.

L’ENA en déficit !

L’ENA en déficit !

 

Il y a évidemment de quoi s’étonner quand on apprend que l’ENA, l’école des managers de la France est en déficit de près de 3 millions. En vérité, il ne s’agit pas vraiment d’une surprise dans la mesure où la formation des énarques est surtout  centrée sur la problématique administrative et non sur les questions managériales. Pour preuve dans nombre d’institutions de l’État, la gestion est souvent catastrophique. Curieux que cette école dont la vocation est de former les futurs dirigeants de la France ne soit pas capable de gérer son budget. On objectera que certains des énarques également à la tête de grandes entreprises privées réussissent dans leur gestion. Cela ne saurait cependant masquer l’échec de la masse des autres présents partout dans l’administration bien sur mais aussi dans les partis politiques et dans les entreprises. Dès lors,  il ne faut guère s’étonner par exemple que le poids de la fiscalité ait dépassé les 1000 milliards par an,  soit près de la moitié de la richesse nationale. Or la plupart des grands postes de l’État sont occupés par l’ENA.

L’école de l’ENA en déficit : un curieux exemple de bonne gestion !

L’école de l’ENA en déficit : un curieux exemple de bonne gestion !
. On peut s’étonner que l’école de l’élite française se retrouve dans une situation financière particulièrement délicate avec une aggravation de son déficit ; certes une situation due à une réduction de la part de financement consacré par l’État mais sans doute aussi à un coût de fonctionnement difficile à comprendre. Finalement la formation de chaque élève coûte la modique somme de 167 000 €. On compte par ailleurs 135 fonctionnaires pour assurer le fonctionnement d’une école qui comprend 90 élèves (dont la scolarité est de deux ans) sans parler évidemment des nombreux intervenants extérieurs. La moindre des choses c’est qu’on aurait pu espérer qu’on anticipe la dérive financière et qu’on propose des mesures de rigueur, celles précisément que souhaitent ensuite les énarques pour l’ensemble de la population lorsqu’ils sont en poste. Une note en tout cas salée pour ceux qui en définitive n’apprennent pas grand-chose hormis essentiellement t le droit administratif (et la langue de bois) qui permet de multiplier lois, décrets, circulaires, arrêtés et qui fait de la France l’un des pays les plus bureaucratiques au monde (11 000 lois, plus de 100 000 décrets sans parler de la pluie de circulaire et autres décisions administratives). Une note confidentielle de la direction de l’école nationale d’administration, révélée par le site acteurspublics.fr, état d’un “déficit chronique” et d’une “forte tension sur la trésorerie” dans les prochains mois. Dans ce document d’une vingtaine de pages, rédigé à la demande des administrateurs de l’école et qui leur a été communiqué en février 2016, la direction de l’ENA s’inquiétait des déficits chroniques, depuis quatre ans, de la plus prestigieuses des grandes écoles françaises. En 2014, selon son rapport annuel disponible, son déficit était de 472.000 euros. En 2015, selon cette note, il se serait nettement aggravé atteignant 1,83 million d’euros. L’accumulation de ces déficits a sérieusement rogné les marges de manœuvre de l’école qui, si rien n’est fait, ferait « naître une forte tension sur la trésorerie dès 2018 et sans doute dès mars 2017, si l’État traîne les pieds pour verser sa subvention », selon le site spécialisé. La cause principale de ce trou budgétaire tiendrait précisément à la réduction de la part de la subvention étatique dans le budget de l’ENA et dont dépend la bonne tenue de ses finances. En 2014, celle-ci s’est élevée à 32 millions d’euros. Elle n’a représenté que 77% des recettes totales de l’école, contre 83% en 2006. Les ressources propres de l’ENA se sont donc élevées la même année à 23%. L’école tente notamment de développer son activité internationale (formation et missions à l’étranger…) mais le procédé a ses limites. Mais le plus inquiétant pour les finances de l’ENA provient du fait que la subvention étatique ne couvrirait plus totalement les salaires, ceux des fonctionnaires de l’école et ceux des élèves. Or, ces rémunérations augmentent mécaniquement du fait des mesures d’avancement et d’ancienneté bénéficiant aux fonctionnaires employés par l’école : ils étaient 135 fin 2014 pour 46 contractuels. La note met aussi en avant le coût de la double localisation de l’école à Paris et à Strasbourg. Considéré comme la « principale charge de fonctionnement », ce double site a un coût annuel de 1,17 millions d’euros pour l’école. Les pistes d’économies suggérées dans le document, au cas où cette situation de déficit perdurerait, vont de la réduction du nombre d’élèves (90 aujourd’hui) ou à une scolarité réduite de six mois. Cette scolarité a un coût : pour les élèves passant deux années à l’ENA, la durée totale de formation d’un futur haut fonctionnaire revient à plus de 167.000 euros. Mais, les énarques ont-ils encore suffisamment la cote dans l’opinion publique pour l’État leur accorde une rallonge budgétaire ?

Une vraie réforme de l’ENA : sa fermeture (Bertrand Venard)

Une vraie réforme de l’ENA : sa fermeture (Bertrand Venard)

Bertrand Venard, professeur de management,  a raison, la seule réforme pertinente pour l’ENA, c’est sa fermeture. Pourquoi ? Parce que l’ENA est un outil de reproduction de l’élite en place qui noyaute l’administration, l’économie, les partis politiques mais surtout parce que l’ENA ne forme en réalité qu’à la maîtrise d’une dialectique bureaucratique pseudo scientifique, bref à la langue de bois politico- administrative qui tue la pensée comme l’action. Or  le pays  a besoin de  rebelles  et de créatifs, de courageux qui ne peuvent être formés par une institution comme l’ENA qui ne produit que des élites  dociles et stéréotypés.  Interview de Bertrand Venard dans la Tribune :

 

« Quelles sont les compétences et les qualités des candidats que l’on veut recruter à l’ENA? Cette question est fondamentale quand il s’agit de recruter des futurs fonctionnaires qui ont vocation à rester dans la fonction publique pendant 30 ou 40 ans. Il vaut mieux ne pas se tromper. Or, j’ai été surprise de ne pas trouver de réponse à cette question dans les documents dont dispose le jury, ni dans ceux remis aux candidats ». Cet extrait du rapport de l’ENA fut écrit en 2010 par la Présidente du jury du concours et suffit à montrer les lacunes importantes dans le fonctionnement de l’ENA. Pendant longtemps, l’école a considéré que le jury était souverain dans ses critères de décision. Sans consigne, sans grille d’évaluation, l’objectif était pour certains uniquement de sélectionner sans se soucier du savoir prodigué. En effet, une des attaques les plus acerbes a été portée par des énarques eux-mêmes comme Adeline Baldacchino, soulignant que « l’ENA exclut complètement le volet théorique et universitaire, elle se conçoit comme une école dépendante de la fonction publique, complètement coupée du monde universitaire et intellectuel au sens large ». Cette situation de désert intellectuel à l’ENA avait poussé les étudiants désespérés de la promotion 2001 à signer une pétition en dénonçant une scolarité aussi « médiocre que conformiste ». Ce désert provient peut-être de l’absence de corps professoral permanent à l’ENA, mise à part les deux enseignants esseulés de français et de sport. Mettre en avant ses 1000 vacataires comme le fait l’ENA dans sa communication, c’est totalement méconnaître ce qui fait l’enseignement supérieur : une masse critique d’enseignants-chercheurs, de doctorants et d’étudiants dont l’aboutissement est une combinaison de création de connaissance, de débats scientifiques, d’innovation pédagogique et d’initiatives intellectuelles. A l’inverse, la Kennedy School of Government, créée aux Etats-Unis seulement 5 ans avant l’ENA, affiche 275 professeurs, qui se confondent avec leurs 2400 enseignants chercheurs de Harvard. Cette faiblesse de la faculté ne peut pas être le fruit d’un manque de moyens. Joyau de la République, l’ENA bénéficie d’un budget de 42 millions d’euros en 2014, en très grande partie financé par l’État. Comme la vocation essentielle de l’ENA est de former des hauts fonctionnaires pour l’État français, on peut considérer que l’ENA coûte 262.500 euros par an par étudiant permanent français. Habilement, l’école a multiplié les formations continues courtes, les cycles de spécialisation, les préparations aux concours, faisant grimper le nombre d’étudiants de passage, certains pour une semaine. Le coût réel de la scolarité d’un énarque est donc au minimum de 100 000 euros et certainement plus proche des 160 000 euros. Dans une période économique difficile, cette dépense peut apparaître superflue d’autant qu’un autre dénigrement porte sur l’échec patent de démocratisation du recrutement. En 1979, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron avaient dénoncé la mainmise des héritiers, bénéficiant d’un instrument idéal de reproduction de l’élite avec l’ENA. Plus récemment, en septembre 2015, Luc Rouban a publié une étude sur le devenir des énarques de différentes promotions qui montre que les enfants d’énarques avaient 8 fois plus de chance que les autres de sortir dans les meilleurs, de monopoliser les grands corps de l’Etat et donc les meilleures carrières. Par ailleurs, les étudiants ayant un père exerçant une profession supérieure représentent 70%, des promotions de l’ENA, un pourcentage 5 fois supérieur à celui de la population active. La forte concentration des enfants de l’élite dans les « meilleurs » établissements est une constante. Il est illusoire d’accuser ici l’ENA car le système de reproduction élitiste ne trouve pas sa source dans l’enseignement supérieur mais bien en amont dès le primaire et le secondaire. De plus, on ne pourra jamais empêcher les parents des classes supérieures de contribuer plus fortement par leurs capacités cognitives, des incitations intellectuelles répétées et leurs réseaux sociaux à la réussite de leur progéniture. Cependant, cette faiblesse démocratique de l’ENA pose la question plus fondamentale d’une hypothèse qui constitue la raison d’être de cette école : est-il nécessaire de repérer vers 25 ans moins d’une vingtaine de personnes dans une génération qui, rentrant dans cet établissement, vont accéder aux grands corps de l’Etat et régner sur la fonction publique? La réponse est négative. D’une part car les effectifs de l’enseignement supérieur sont passés de 97 000 en 1945 (année de création de l’ENA) à 2 430 000 en 2015, soit 25 fois plus. L’État peut largement puiser dans ce vivier de jeunes en mal d’emplois. D’autre part, les hauts fonctionnaires devraient être uniquement recrutés sur la base des résultats obtenus durant leurs carrières et non à cause d’un passe-droit (un concours) leur accordant un statut quasi aristocratique. Enfin, si le bénéfice de l’accélération de carrière est patent pour attirer certains talents avides et ambitieux vers l’Etat, on ne considère jamais l’effet de cet élitisme sur les millions de fonctionnaires démotivés qui savent par principe que le sommet de leur hiérarchie n’est pas pour eux. En soufflant ses 70 bougies, les supporteurs de l’ENA ont l’âme chagrinée par ses critiques récurrentes à l’encontre de leur établissement. Les réponses aux légions de réquisitoires féroces sont depuis des années des colmatages précaires comme la refonte du recrutement et de la scolarité. La seule réforme nécessaire ne devrait-elle pas être sa fermeture ?

Nouvelle réformette de l’ENA

Nouvelle réformette de l’ENA

La réforme de l’ENA encore sur le tapis pas sûr cependant que cela puisse apaiser les critiques de ceux qui voient l’Ecole comme déconnectée de la société et du monde ? « Je n’en suis pas sûre du tout, admet sa directrice, Nathalie Loiseau, car ceux qui portent ces critiques parlent d’autant plus qu’ils n’y connaissent rien. Ils ont trouvé une manière commode de critiquer les hauts fonctionnaires, qui ne peuvent pas répondre. » . Un argumentaire de la directrice qui caractérise bien l’attitude des énarques et le sentiment de supériorité de cette caste qui mobilise  les responsabilités, dans la fonction publique bien sûr, dans l’économie mais aussi dans la politique.  Sous couvert d’anonymat, certains de ces hauts fonctionnaires parlent, pourtant. Et ils voient dans la réforme annoncée un simple « replâtrage », loin du contenu des enseignements dispensés à Harvard ou à Cambridge. « L’ENA est une école d’application, où l’on apprend son métier sur le terrain, rétorque Nathalie Loiseau. Ceux qui y cherchent une poursuite infinie de leurs années d’université ne trouveront pas ça. » C’est sur ce point que porte la critique d’Adeline Baldacchino, énarque et auteure d’un livre aux allures de réquisitoire (1). « L’ENA exclut complètement le volet théorique et universitaire, elle se ­conçoit comme une école dépendante de la fonction publique, complètement coupée du monde universitaire et intellectuel au sens large », assène-t-elle, résumant la réforme à « un affichage et [à] des ajustements cosmétiques ».  Dans cette scolarité rénovée, le management public est, pour sa directrice, le nouveau « fil rouge ». Selon un document interne que « Les Echos » se sont procuré, le nombre d’heures consacrées au management devrait passer de 140 à 200 heures pendant les vingt-quatre mois de scolarité. Les élèves apprendront à « conduire une équipe, conduire un projet, conduire le changement », répète Nathalie Loiseau. « On nous annonce de l’interdisciplinarité, des approches issues d’expériences de terrain et des introductions à l’innovation publique et, en faisant cela, on nous donne les mêmes mots-clefs habituels. Mais où est le vrai contenu ? », interroge Adeline Baldacchino. « Ce qu’on apprend le mieux à l’ENA, poursuit-elle, c’est à ressortir les bons mots clefs, mais le réel, derrière, est souvent vide. » L’enseignement de déontologie passe de 8 à 20 heures avec des ­conférences et des partages d’expériences venant des corps d’inspection et de contrôle. Autre nouveauté : les élèves sont invités à faire leur stage d’entreprise dans des PME et des entreprises de taille intermédiaire « performantes » plutôt que dans les grands groupes. « L’objectif n’est pas forcément d’apprendre le management en entreprise, c’est de comprendre l’impact de l’action publique sur le tissu des entreprises », indiquait Nathalie Loiseau en juin, devant son conseil d’administration. A l’ENA, on juge « l’intention » des PME et des ETI intéressante, mais « les employeurs pas toujours en situation d’accueillir des stagiaires et de leur donner les missions souhaitées ». L’anglais devient une épreuve obligatoire au concours d’entrée (en 2018) et une « épreuve collective d’interaction » voit le jour.

Hollande : moi, président je nomme mes copains de l’ENA

Hollande : moi, président je nomme mes copains de l’ENA

 

Les militants socialistes  sont choqués, ils ne devraient pas il y a longtemps que les énarques ont noyauté les partis surtout  le PS. Et Hollande, président exemplaire nomme ses copains de l’ENA, Sapin bien sûr mais auusi Jouyet, Lemas  de la même promotion que  Hollande ( au fait ils sont socialistes ? oui ? non ? bof !). Nommé en juillet 2012, Jean-Pierre Jouyet, ami intime de François Hollande, va le rejoindre à l’Élysée, dont il sera le secrétaire général. Il remplace Pierre-René Lemas, que François Hollande va proposer… pour la direction générale de la Caisse des dépôts! Étonnant chassé-croisé. La Caisse des dépôts devra faire bon accueil à ce préfet, quand la tradition l’a habituée à être pilotée par des financiers, souvent des anciens du Trésor, et même des anciens directeurs du Trésor. «On sait maintenant que les inspecteurs des finances peuvent prétendre à la Préfecture de police», ironise un haut responsable. «C’est une décision de monarque. On est très loin de l’anaphore du candidat Hollande» Mais c’est surtout la méthode qui est en cause. Ils sont nombreux, de droite comme de gauche, à le dire: «Qu’aurait-on entendu si Nicolas Sarkozy avait agi de la sorte!» La décision de François Hollande d’intervertir les deux hommes, tous deux ses condisciples de la promotion Voltaire à l’ENA il y a plus de trente ans, ressemble au fait du prince. «C’est une décision de monarque. On est très loin de l’anaphore du candidat Hollande», commente un bon connaisseur. L’affaire est d’autant plus marquante que la Caisse des dépôts occupe une place à part dans le paysage des institutions publiques. Ce bras armé financier de l’État, bicentenaire, est placé sous la protection du Parlement. Il ne s’agit évidemment pas d’être naïf: de tout temps, le président de la République a eu la décision d’en nommer le directeur général. Mais de là à le «remanier» comme un ministre, il y a un pas dont la CFDT dénonçait mercredi la «désinvolture». La CGT, quant à elle, y voit «un dangereux précédent» qui «fait peu de cas du respect du principe d’autonomie de la Caisse des dépôts vis-à-vis de l’exécutif».

 

Conférence Hollande : le grand bla-bla, style grand oral de l’ENA

Conférence Hollande : le grand bla-bla, style grand oral de l’ENA

 

Il aime ça les conférences de presse Hollande ; c’est du même tonneau que la grand oral de l’ENA, du bal-bla. Style sous-préfet de la Creuse qui s’adresse en termes alambiqués aux paysans  du coin pour leur faire oublier la question posée. L’ENA ne forme à rien c’est bien connu, il suffit d’y entrer (après si possible  apprentissage à Sciences-po, autre école de l’approximation). Si la politique était une science, ça se saurait, une science molle en tout cas comme les montres de Dali. La recette de la dialectique énarchique : complexifier la problématique en termes administratifs incompressibles, contourner les vraies questions, endormir, surtout ne rien décider de clair. En fait donner un complexe d’infériorité à l’interlocuteur qui, désorienté, finit par lassitude par oublier son questionnement. La crise en France ? La faute au contexte international, bien sûr ;  d’ailleurs on a réussi à convaincre 43% des français à force de matraquage repris docilement par la presse qui se contente de diffuser  les communiqués officiels. Pas question évidemment de traiter de la bureaucratie, du taux record de prélèvement obligatoires, de l’absence de vison prospective ou de stratégie  C’est le domaine des économistes et de l’économie réelle. On parle d’un monde virtuel pour des observateurs eux-mêmes acteurs de cette réalité virtuelle. Pour l’emploi ? La question est réglée : emplois d’avenir (qui ne marchent pas), effectifs en plus à Pôle emploi (qui ne sert à rien) ou pacte de croissance européen (lui aussi virtuel). De toute manière,  on va inverser la courbe ; comment ? On ne sait pas ;  Si c’est pas en 2013 ce sera en 2014 ou à la St Glin-glin, le pire est derrière nous ! Bref, des formules creuses mais sémantiquement bien décorées comme un sapin de Noël. On ne change pas de cap, c’est le cap qui change comme la Girouette d’Edgard Faure «  elle ne tourne pas, c’est le vent qui change ». Le degré zéro de la politique hors du monde réel, incompétent et mensonger qui tente pathétiquement de combler son vide absolu par une dialectique que seul les clercs  du système oligarchique politique peuvent comprendre. Normal, il faut se démarquer du langage des entreprises, des épiciers et autres boutiquiers du réel. Ce langage de l’ENA est maintenant approprié par toute la classe politique même ceux qui n’ont pas fait l’ENA (et qui le regrettent), une spécificité bien française qui permet d’entrer en politique à une vingtaine d’années et d’y rester jusqu’à 70 ans (à moins de faire un petit pantouflage dans une grande banque  à 4 ou 5 millions d’euros par an). Les autres, les acteurs de la vie réelle ? Ecartés, ils ne parlent pas la langue, un handicap linguistique mortel.




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