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Des élites ignorant le sens de l’intérêt général (Aeron Davis)

Des élites ignorant le  sens de l’intérêt général (Aeron Davis)

 

Professeur de communication politique, Aeron Davis dénonce la perte de sens de l’intérêt général des élites britanniques et au-delà. son. Son livre, « Reckless opportunists : Elites at the end of the Establishment » montre l’effondrement de l’Establishement qu’entraîne la faillite de ces élites, ainsi que leur déconnexion avec la réalité. Interview Atlantico, extraits

«  Votre livre, Reckless opportunists : Elites at the end of the Establishment, a été publié en 2018 après plusieurs années de travail sur le thème des élites britanniques et la conduite de près 350 entretiens. Quelles sont vos conclusions sur les élites britanniques?

Aeron Davis

, le constat évident est que nos élites se sont déconnectées du public, qu’ils se sentent plus concernés par leurs intérêts personnels, et qu’ils se sont précarisés. Ils sont plus enclins à atteindre le résultat escompté le plus rapidement possible avant de bouger pour prendre un autre poste, et laisser les problèmes derrière eux. Les études classiques qui analysaient les classes supérieures du passé montraient que celles-ci se pensaient elles mêmes stables alors que les classes populaires étaient considérées comme précaires. Pour diverses raisons, les élites sont devenues aussi précaires que le reste de la population. Evidemment, ils gagnent bien plus d’argent, mais ce qui apparaît, c’est qu’ils ont un très faible sentiment de sécurité, et perçoivent leur niveau de risque comme étant très élevé. Selon moi, cette perte du sentiment de sécurité explique une grande part de leurs comportements et de leurs actions.

 

Quel lien faites-vous avec cette situation et le Brexit ?

Ce constat de recherche de l’intérêt personnel fonctionne plutôt bien avec le Brexit. Du point de vue des élites, et notamment pour les membres du parti conservateurs-  mais en réalité cela est vrai pour tous les grands partis – on constate une moindre cohérence idéologique, ils ne sont plus en accord pour ce qui est de leurs intérêts. Les points de vue sont de plus en plus divergents. Tout ce qui est lié au Brexit embrasse la question des intérêts et des aspirations personnels. La décision de David Cameron de mettre en place le référendum était liée à sa volonté d’affaiblir ses opposants au sein du parti conservateur. Puis, ceux qui sont devenus les figures du Brexit, comme Michael Gove, étaient en réalité plus intéressés par le fait de devenir premier ministre que par le Brexit lui-même. Avant le Brexit, Boris Johnson était considéré comme plus pro-européen qu’anti-européen. Mais il a vu ici une opportunité personnelle pour essayer de diriger le parti. Et depuis ce moment, toutes les manœuvres auxquelles nous avons assisté ont toutes eu pour objectif d’obtenir plus de pouvoir, mais ces personnes n’ont aucune idée quand il s’agit de savoir ce qui est le mieux pour le pays. Ainsi, toute la stratégie de Theresa May a consisté à se maintenir en position et de faire en sorte de que le parti conservateur garde le pouvoir, et non pas la recherche de l’intérêt supérieur du pays.

Du point de vue de la population, et des classes populaires en particulier, on pouvait observer un désenchantement grandissant et une perte de confiance généralisée envers les élites au sens global. Et cette défiance concerne l’ensemble des élites, que ce soient les élites politiques, économiques, ou médiatiques. Le Brexit n’a pas inversé cette tendance, et la défiance envers les élites a continué de se renforcer au fil des négociations avec l’Union européenne.

 

Après le référendum britannique, que les élites européennes ont fermement condamné, un esprit de punition envers le Royaume-Uni s’est dressé sur le continent. Ne pourrions-nous pas voir, dans l’action des élites européennes, incapables de tirer les leçons du désenchantement qui existe en Europe, pour avancer vers une Union plus conforme aux aspirations des populations, le même processus à l’œuvre?

Oui. Mon livre concerne les élites britanniques, et mon prochain livre concerne les relations entre dirigeants politiques et les médias, et il apparaît clairement que les autres pays européens souffrent des mêmes problèmes. Des élites plus intéressées par leurs intérêts personnels que par la recherche de l’intérêt général, des élites plus mobiles et plus précaires, et cette situation s’articule avec un fort désenchantement de la population. Cela est également visible en France, en Allemagne ou en Italie par exemple avec des anciens partis qui se délitent et de nouveaux partis qui émergent. Ce phénomène se produit également pour les élites des institutions européennes, peut-être à un moindre niveau que les élites nationales, mais elles sont particulièrement déconnectées des personnes ordinaires, des Etats, et des processus démocratiques. Cela a également un impact. Si le Royaume Uni est confronté à des problèmes sérieux, les autres pays européens, tout comme le projet européen, le sont tout autant.

 

Comment votre approche des élites britanniques peut-elle être pertinente pour les autres démocraties occidentales, notamment en France?

Il y a beaucoup de parallèles. La France dispose aussi d’un système d’écoles pour élites, d’une haute fonction publique, et on peut constater ce même problème lié à la mobilité et à la précarité de l’Establishment en France. De l’extérieur, on voit que les grands partis qui ont dominé la vie politique française pendant des décennies ont été marginalisés au moment où Emmanuel Macron est apparu. Mais le résultat est qu’Emmanuel Macron propose les mêmes politiques que Tony Blair, Barack Obama, ou Angela Merkel. Ce sont des centristes qui n’arrivent pas à se représenter les problèmes posés par l’économie et par la mondialisation, aux personnes ordinaires. Pourtant, la mondialisation et le libre échange affectent directement les classes populaires de ces pays. Mais ces dirigeants considèrent la mondialisation et le libre échange comme des étapes positives d’un processus politique, tout comme le seraient les baisses d’impôts ou la dérégulation. En proposant les mêmes politiques, ils sont logiquement confrontés aux mêmes problèmes de concentration des richesses et d’augmentation des inégalités, de précarisation du bas de la société, et de déconnexion sociale. Il est intéressant de noter qu’Emmanuel Macron a été perçu comme un sauveur de l’Europe, apparu après le Brexit, et que le même sentiment anti-élites que nous avons au Royaume Uni est très clairement apparu en France avec le mouvement des Gilets jaunes. Cela est arrivé parce que les propositions d’Emmanuel Macron découlaient de la même logique : plus de libre échange, plus de mondialisation, plus d’Europe, plus de dérégulation, plus d’harmonisation etc.… Ce dernier point, l’harmonisation, pourrait être un bon projet en soi, mais le problème est que les dirigeants ont l’air de ne pas vouloir voir les effets de ces politiques.

 

Quel lien faites vous entre le constat que vous dressez concernant les élites avec ce qui est appelé le “néolibéralisme” ?

En menant de nombreux entretiens, je me suis rendu compte que certaines idées, des idées très simples, comme le libre échange, la dérégulation, la concurrence, sont assez consensuelles parmi les élites. Mais quand vous parlez avec des économistes, ou avec des hommes politiques qui ont été des économistes, ils admettent que la théorie est bien différente de la pratique. Quand vous regardez la tendance historique, vous voyez que le néolibéralisme faisait par exemple la promotion de la concurrence, de l’investissement, mais le résultat a été une plus grande concentration, la création de géants de la finance ou du secteur numérique, une importante financiarisation de l’économie. Nous avons créé des monopoles privés qui accumulent la richesse pour les riches tandis que les autres catégories ont vu leurs revenus stagner ou baisser.

On voit qu’il existe un consensus autour de quelques vagues idées, par exemple que le libre échange et la concurrence profitent à tous, mais cela n’est pas ce qui est arrivé dans la pratique. Cela a pu se produire dans quelques secteurs, mais le résultat que nous avons obtenu est la financiarisation d’une part et le capitalisme de plateformes d’autre part. Dans les deux cas, nous observons de grands monopoles qui font d’immenses profits sans qu’ils soient liés aux personnes ordinaires. C’est le résultat. Il y a certaines idées concernant le néolibéralisme auxquelles les élites s’accrochent, mais les résultats qui étaient escomptés de ces politiques ne sont simplement pas arrivés. L’idée était de faire la promotion de la concurrence, et nous avons des monopoles. L’idée est de permettre l’investissement et l’innovation, mais ces entreprises sont plus préoccupées par leurs profits à court terme que l’investissement à long terme. Et cela s’est empiré depuis la crise financière. Si je pense que les économistes ont une part de responsabilité, on voit que les dirigeants politiques consultent davantage les dirigeants d’entreprises et les financiers sur ces questions, et non pas les économistes. Cela explique aussi cette confusion.

Des élites qui perdent le sens de l’intérêt général (Aeron Davis)

Des élites qui perdent le sens de l’intérêt général (Aeron Davis)

 

Professeur de communication politique, Aeron Davis dénonce la perte de sens de l’intérêt général des élites britanniques et au-delà. son. Son livre, « Reckless opportunists : Elites at the end of the Establishment » montre l’effondrement de l’Establishement qu’entraîne la faillite de ces élites, ainsi que leur déconnexion avec la réalité. Interview Atlantico, extraits

«  Votre livre, Reckless opportunists : Elites at the end of the Establishment, a été publié en 2018 après plusieurs années de travail sur le thème des élites britanniques et la conduite de près 350 entretiens. Quelles sont vos conclusions sur les élites britanniques?

Aeron Davis

, le constat évident est que nos élites se sont déconnectées du public, qu’ils se sentent plus concernés par leurs intérêts personnels, et qu’ils se sont précarisés. Ils sont plus enclins à atteindre le résultat escompté le plus rapidement possible avant de bouger pour prendre un autre poste, et laisser les problèmes derrière eux. Les études classiques qui analysaient les classes supérieures du passé montraient que celles-ci se pensaient elles mêmes stables alors que les classes populaires étaient considérées comme précaires. Pour diverses raisons, les élites sont devenues aussi précaires que le reste de la population. Evidemment, ils gagnent bien plus d’argent, mais ce qui apparaît, c’est qu’ils ont un très faible sentiment de sécurité, et perçoivent leur niveau de risque comme étant très élevé. Selon moi, cette perte du sentiment de sécurité explique une grande part de leurs comportements et de leurs actions.

 

Quel lien faites-vous avec cette situation et le Brexit ?

Ce constat de recherche de l’intérêt personnel fonctionne plutôt bien avec le Brexit. Du point de vue des élites, et notamment pour les membres du parti conservateurs-  mais en réalité cela est vrai pour tous les grands partis – on constate une moindre cohérence idéologique, ils ne sont plus en accord pour ce qui est de leurs intérêts. Les points de vue sont de plus en plus divergents. Tout ce qui est lié au Brexit embrasse la question des intérêts et des aspirations personnels. La décision de David Cameron de mettre en place le référendum était liée à sa volonté d’affaiblir ses opposants au sein du parti conservateur. Puis, ceux qui sont devenus les figures du Brexit, comme Michael Gove, étaient en réalité plus intéressés par le fait de devenir premier ministre que par le Brexit lui-même. Avant le Brexit, Boris Johnson était considéré comme plus pro-européen qu’anti-européen. Mais il a vu ici une opportunité personnelle pour essayer de diriger le parti. Et depuis ce moment, toutes les manœuvres auxquelles nous avons assisté ont toutes eu pour objectif d’obtenir plus de pouvoir, mais ces personnes n’ont aucune idée quand il s’agit de savoir ce qui est le mieux pour le pays. Ainsi, toute la stratégie de Theresa May a consisté à se maintenir en position et de faire en sorte de que le parti conservateur garde le pouvoir, et non pas la recherche de l’intérêt supérieur du pays.

Du point de vue de la population, et des classes populaires en particulier, on pouvait observer un désenchantement grandissant et une perte de confiance généralisée envers les élites au sens global. Et cette défiance concerne l’ensemble des élites, que ce soient les élites politiques, économiques, ou médiatiques. Le Brexit n’a pas inversé cette tendance, et la défiance envers les élites a continué de se renforcer au fil des négociations avec l’Union européenne.

 

Après le référendum britannique, que les élites européennes ont fermement condamné, un esprit de punition envers le Royaume-Uni s’est dressé sur le continent. Ne pourrions-nous pas voir, dans l’action des élites européennes, incapables de tirer les leçons du désenchantement qui existe en Europe, pour avancer vers une Union plus conforme aux aspirations des populations, le même processus à l’œuvre?

Oui. Mon livre concerne les élites britanniques, et mon prochain livre concerne les relations entre dirigeants politiques et les médias, et il apparaît clairement que les autres pays européens souffrent des mêmes problèmes. Des élites plus intéressées par leurs intérêts personnels que par la recherche de l’intérêt général, des élites plus mobiles et plus précaires, et cette situation s’articule avec un fort désenchantement de la population. Cela est également visible en France, en Allemagne ou en Italie par exemple avec des anciens partis qui se délitent et de nouveaux partis qui émergent. Ce phénomène se produit également pour les élites des institutions européennes, peut-être à un moindre niveau que les élites nationales, mais elles sont particulièrement déconnectées des personnes ordinaires, des Etats, et des processus démocratiques. Cela a également un impact. Si le Royaume Uni est confronté à des problèmes sérieux, les autres pays européens, tout comme le projet européen, le sont tout autant.

 

Comment votre approche des élites britanniques peut-elle être pertinente pour les autres démocraties occidentales, notamment en France?

Il y a beaucoup de parallèles. La France dispose aussi d’un système d’écoles pour élites, d’une haute fonction publique, et on peut constater ce même problème lié à la mobilité et à la précarité de l’Establishment en France. De l’extérieur, on voit que les grands partis qui ont dominé la vie politique française pendant des décennies ont été marginalisés au moment où Emmanuel Macron est apparu. Mais le résultat est qu’Emmanuel Macron propose les mêmes politiques que Tony Blair, Barack Obama, ou Angela Merkel. Ce sont des centristes qui n’arrivent pas à se représenter les problèmes posés par l’économie et par la mondialisation, aux personnes ordinaires. Pourtant, la mondialisation et le libre échange affectent directement les classes populaires de ces pays. Mais ces dirigeants considèrent la mondialisation et le libre échange comme des étapes positives d’un processus politique, tout comme le seraient les baisses d’impôts ou la dérégulation. En proposant les mêmes politiques, ils sont logiquement confrontés aux mêmes problèmes de concentration des richesses et d’augmentation des inégalités, de précarisation du bas de la société, et de déconnexion sociale. Il est intéressant de noter qu’Emmanuel Macron a été perçu comme un sauveur de l’Europe, apparu après le Brexit, et que le même sentiment anti-élites que nous avons au Royaume Uni est très clairement apparu en France avec le mouvement des Gilets jaunes. Cela est arrivé parce que les propositions d’Emmanuel Macron découlaient de la même logique : plus de libre échange, plus de mondialisation, plus d’Europe, plus de dérégulation, plus d’harmonisation etc.… Ce dernier point, l’harmonisation, pourrait être un bon projet en soi, mais le problème est que les dirigeants ont l’air de ne pas vouloir voir les effets de ces politiques.

 

Quel lien faites vous entre le constat que vous dressez concernant les élites avec ce qui est appelé le “néolibéralisme” ?

En menant de nombreux entretiens, je me suis rendu compte que certaines idées, des idées très simples, comme le libre échange, la dérégulation, la concurrence, sont assez consensuelles parmi les élites. Mais quand vous parlez avec des économistes, ou avec des hommes politiques qui ont été des économistes, ils admettent que la théorie est bien différente de la pratique. Quand vous regardez la tendance historique, vous voyez que le néolibéralisme faisait par exemple la promotion de la concurrence, de l’investissement, mais le résultat a été une plus grande concentration, la création de géants de la finance ou du secteur numérique, une importante financiarisation de l’économie. Nous avons créé des monopoles privés qui accumulent la richesse pour les riches tandis que les autres catégories ont vu leurs revenus stagner ou baisser.

On voit qu’il existe un consensus autour de quelques vagues idées, par exemple que le libre échange et la concurrence profitent à tous, mais cela n’est pas ce qui est arrivé dans la pratique. Cela a pu se produire dans quelques secteurs, mais le résultat que nous avons obtenu est la financiarisation d’une part et le capitalisme de plateformes d’autre part. Dans les deux cas, nous observons de grands monopoles qui font d’immenses profits sans qu’ils soient liés aux personnes ordinaires. C’est le résultat. Il y a certaines idées concernant le néolibéralisme auxquelles les élites s’accrochent, mais les résultats qui étaient escomptés de ces politiques ne sont simplement pas arrivés. L’idée était de faire la promotion de la concurrence, et nous avons des monopoles. L’idée est de permettre l’investissement et l’innovation, mais ces entreprises sont plus préoccupées par leurs profits à court terme que l’investissement à long terme. Et cela s’est empiré depuis la crise financière. Si je pense que les économistes ont une part de responsabilité, on voit que les dirigeants politiques consultent davantage les dirigeants d’entreprises et les financiers sur ces questions, et non pas les économistes. Cela explique aussi cette confusion.

 

Démocratie numérique: la grande trouille des élites

Démocratie numérique: la grande trouille des élites

 

 

 

 

De manière plus ou moins larvée  est en train de monter une contestation par les élites de la démocratie numérique. Une attitude à la fois réactionnaire et corporatiste un peu de même nature que la critique qui portait sur l’intérêt du chemin de fer par exemple au début du XXe siècle ou plus loin sur l’imprimerie. D’un certain point de vue,  la plupart du temps les technologies sont neutres, tout dépend de leur usage. La critique s’appuie surtout sur le manque de transparence de l’information et le développement de fake news et de la haine sur certains réseaux sociaux. . Certes on ne peut contester que le net constitue une sorte d’auberge espagnole où se côtoient le pire et le meilleur, l’intelligence et la nullité parfois même l’insulte et la haine (comme sur certains réseaux sociaux). Mais la mise en cause répond aussi à une sorte de réflexe corporatiste de la part des élites qui n’apprécient pas sans doute que la connaissance puisse être accessible à tous et que chacun puisse devenir aussi un citoyen réellement actif et conscient. Ainsi on entend souvent des phrases du type : « chaque internaute se prend pour un journaliste ou pour un expert » ! La remarque est particulièrement excessive car il n’y a pas de la part des internautes une volonté générale d’être plus pertinents que ne  le seraient les médias classiques ou les spécialistes d’un sujet. La réaction des internautes correspond d’abord à un phénomène d’appropriation des problématiques posées par les principaux enjeux de société ensuite sur la volonté d’apporter une contribution sans doute parfois et même assez souvent insuffisamment pertinente. Ceci étant même si 80 % de ses contributions présentent  un intérêt très secondaire voir aucun intérêt du tout, reste 10 ou 20 % qui ont ainsi multiplié par 100, par 1000 ou  par 10 000 les sources classiques d’informations et de connaissances. D’abord un extraordinaire progrès pour l’accès à cette connaissance. Ensuite un outil de communication et de vie démocratique. Bref un phénomène qui remet en cause les espaces protégés des journalistes, des experts, aussi des politiques. Justement parce que précisément des internautes possèdent un savoir-faire journalistique certain, voir la multitude de sites d’information par exemple aussi la possibilité pour des experts non labellisés d’apporter un éclairage qui ne s’inscrit pas forcément dans la mode du moment. Il est clair que les journalistes classiques et les experts patentés sont bousculés dans leur zone de confort et de certitude. Si leurs remarques vis-à-vis de nombreuses déviances  d’Internet sont   justifiées, pour autant la technologie ne doit pas être condamnée de manière aussi simpliste. On peut notamment imaginer que des progrès seront réalisés en matière de déontologie pour éviter le développement d’excès comme la haine ou l’intox.  La vraie démocratie passe d’abord par un développement de la connaissance et l’outil numérique y contribue.

Démocratie et internet: la grande trouille des élites

Démocratie et  internet: la grande trouille des élites

 

 

 

 

De manière plus ou moins larvée  est en train de monter une contestation par les élites de la démocratie numérique. Une attitude à la fois réactionnaire et corporatiste un peu de même nature que la critique qui portait sur l’intérêt du chemin de fer par exemple au début du XXe siècle ou plus loin sur l’imprimerie. D’un certain point de vue,  la plupart du temps les technologies sont neutres, tout dépend de leur usage. La critique s’appuie surtout sur le manque de transparence de l’information et le développement de fake news et de la haine sur certains réseaux sociaux. . Certes on ne peut contester que le net constitue une sorte d’auberge espagnole où se côtoient le pire et le meilleur, l’intelligence et la nullité parfois même l’insulte et la haine (comme sur certains réseaux sociaux). Mais la mise en cause répond aussi à une sorte de réflexe corporatiste de la part des élites qui n’apprécient pas sans doute que la connaissance puisse être accessible à tous et que chacun puisse devenir aussi un citoyen réellement actif et conscient. Ainsi on entend souvent des phrases du type : « chaque internaute se prend pour un journaliste ou pour un expert » ! La remarque est particulièrement excessive car il n’y a pas de la part des internautes une volonté générale d’être plus pertinents que ne  le seraient les médias classiques ou les spécialistes d’un sujet. La réaction des internautes correspond d’abord à un phénomène d’appropriation des problématiques posées par les principaux enjeux de société ensuite sur la volonté d’apporter une contribution sans doute parfois et même assez souvent insuffisamment pertinente. Ceci étant même si 80 % de ses contributions présentent  un intérêt très secondaire voir aucun intérêt du tout, reste 10 ou 20 % qui ont ainsi multiplié par 100, par 1000 ou  par 10 000 les sources classiques d’informations et de connaissances. D’abord un extraordinaire progrès pour l’accès à cette connaissance. Ensuite un outil de communication et de vie démocratique. Bref un phénomène qui remet en cause les espaces protégés des journalistes, des experts, aussi des politiques. Justement parce que précisément des internautes possèdent un savoir-faire journalistique certain, voir la multitude de sites d’information par exemple aussi la possibilité pour des experts non labellisés d’apporter un éclairage qui ne s’inscrit pas forcément dans la mode du moment. Il est clair que les journalistes classiques et les experts patentés sont bousculés dans leur zone de confort et de certitude. Si leurs remarques vis-à-vis de nombreuses déviances  d’Internet sont   justifiées, pour autant la technologie ne doit pas être condamnée de manière aussi simpliste. On peut notamment imaginer que des progrès seront réalisés en matière de déontologie pour éviter le développement d’excès comme la haine ou l’intox.  La vraie démocratie passe d’abord par un développement de la connaissance et l’outil numérique y contribue.

 

 

Démocratie numérique : la grande trouille des élites

Démocratie numérique : la grande trouille des élites

 

 

 

 

De manière plus ou moins larvée,  est en train de monter une contestation par les élites de la démocratie numérique. Une attitude à la fois réactionnaire et corporatiste un peu de même nature que la critique qui portait sur l’intérêt du chemin de fer par exemple au début du XXe siècle. La critique s’appuie surtout sur le manque de transparence de l’information et le développement de fake news. Certes on ne peut contester que le net constitue une sorte d’auberge espagnole où se côtoient le pire et le meilleur, l’intelligence et la nullité parfois même l’insulte et la haine. Mais la mise en cause répond aussi à une sorte de réflexe corporatiste de la part des élites qui n’apprécient pas sans doute que la connaissance puisse être accessible à tous et que chacun puisse devenir aussi un citoyen réellement actif et conscient. Ainsi on entend souvent des phrases du type : « chaque internaute se prend pour un journaliste ou pour un expert » ! La remarque est particulièrement excessive car il n’y a pas de la part des internautes une volonté générale d’être plus pertinent que ne  le seraient les médias classiques ou les spécialistes d’un sujet. La réaction des internautes correspond d’abord à un phénomène d’appropriation des problématiques posées par les principaux enjeux de société ensuite sur la volonté d’apporter une contribution sans doute parfois et même assez souvent insuffisamment pertinente. Ceci étant même si 80 % de ses contributions présentent  un intérêt très secondaire voir aucun intérêt du tout, reste 20 % qui ont ainsi multiplié par 100, par 1000 ou  par 10 000 les sources classiques d’informations et de connaissances. D’abord un extraordinaire progrès pour l’accès à cette connaissance. Ensuite un outil de communication et de vie démocratique. Bref un phénomène qui remet en cause les espaces protégés des journalistes aussi des experts, aussi des politiques. Justement parce que précisément des internautes possèdent un savoir-faire journalistique certain .voir la multitude de sites d’information par exemple aussi la possibilité pour des experts non labellisés d’apporter un éclairage qui ne s’inscrit pas forcément dans la mode du moment. Il est clair que les journalistes classiques et les experts patentés sont bousculés dans leur zone de confort et de certitude. Si leurs remarques vis-à-vis de nombreuses déviances  d’Internet sont   justifiées, pour autant la technologie ne doit pas être condamné de manière aussi simpliste. On peut notamment imaginer que des progrès seront réalisés en matière de déontologie pour éviter le développement d’excès comme la haine ou l’intox.la vraie démocratie passe d’abord par un développement de la connaissance et l’outil numérique y contribue.

Le rejet des élites ou de leur incompétence ?

Le rejet des élites ou de leur incompétence ?

Dans cette période digitalisation du climat social, la tentation est grande de procéder à des caricatures de typologies opposant d’un côté les élites, de l’autre côté les populistes. Certes les choix des dirigeants en général sont effectivement contestés par la base mais il ne s’agit pas forcément d’une négation de l’élitisme mais d’une contestation de certains choix. Plus précisément ,la mise en cause de leur incompétence. Ce n’ai pas tellement le concept de hiérarchie qui est en procès mais la manière dont cette hiérarchie se constitue, se perpétue et véhicule un discours inefficace, obsolète et injuste. C’est le procès des politiques publiques depuis près de 40 ans. Des politiques publiques qui ajoutent des strates aux strates, multiplient  les contradictions et finissent par plomber les grands équilibres. D’où cette contradiction d’une France étatisée, injuste mais qui pourtant détient le record du monde de fiscalité et de dépenses publiques. On objectera sans doute à juste titre que les couches populaires et notamment les gilets jaunes sont aussi porteurs de contradictions avec une différence toutefois :ils ne sont pas en situation de gestion. Avec l’affaiblissement du mouvement des gilets jaunes, certaines les élites en profitent pour redresser la tête et taper à bras raccourcis sur ces populistes incultes. Or l’inculture est largement partagée car l’élite ne constitue pas un corps homogène. Certains possèdent des compétences indéniable ( dans la politique, dans l’administration ou dans les entreprises)  mais beaucoup trop se satisfont de leur rente élitiste (la hiérarchie des diplômes et non la hiérarchie des compétences). Une sorte de clergé qui défend d’ailleurs ses avantages de manière très corporatiste. La formation de nos dirigeants est en cause du fait de la surreprésentation des diplômés d’instituts politiques au détriment des techniciens et autres scientifiques. Des dirigeants qui se font la courte échelle parce qu’il dispose du même carnet d’adresses, des mêmes relations et qu’ils défendent souvent les mêmes intérêts. La vérité impose de dire que la plupart de ses dirigeants sont incompétents, c’est particulièrement vrai du monde politique. En cause,  le fait de l’insuffisance voire de l’absence de procédure d’évaluation et de l’absence le plus souvent de concertation avec les citoyens, les administrés ou les salariés. Bref, la France fonctionne encore sur le modèle d’une monarchie dans chacun des champs d’activités économiques, politiques et sociétaux. La France est clairement le malade de l’Europe dans nombreux domaines : la croissance, le chômage le déficit public, les déséquilibres sociaux et la bureaucratie. Une situation qui fabrique de l’inefficacité, de l’incompréhension et du rejet. L’injustice fiscale et sociale domine parmi tous les mécontentements. Encore une fois cela ne saurait faire oublier que les gilets jaunes eux-mêmes sont porteurs de nombreuses contradictions. La seule manière de s’en sortir serait d’instaurer en France un mécanisme systématique et permanent d’évaluation des grandes décisions, d’y associer les acteurs et de restaurer une hiérarchie des compétences au lieu et place d’une hiérarchie des castes et des diplômes.

Gilets jaunes : la condescendance et le mépris des élites

Gilets jaunes : la condescendance et le mépris des élites

 

À l’occasion du mouvement des gilets jaunes et surtout dans la dernière période, les clivages se sont nettement approfondis entre d’une part les intérêts des couches moyennes et populaires et ceux  des plus nantis. En fait, le problème de fond qui est posé est celui la question de la répartition des richesses. Il est clair que ceux qui sont les plus favorisés ne sont pas tous prêts à partager de façon différente le gâteau. On a même vu des propos  particulièrement injurieux comme celui de l’acteur Mathieu Kassovitz (par ailleurs bon comédien) s’adressant aux gilets jaunes qui a déclaré après l’intervention de Macron : » vous n’êtes pas contents ? Vous attendiez peut-être à ce qu’on vous paye une Mercedes et qu’on vous donne un SMIC à 2500 € ? ». D’autres déclarations du même type ont été  relevées comme la catastrophe annoncée de l’économie française, le chômage généralisé si on augmentait le SMIC de 10 € supplémentaires. Facile de ridiculiser la demande sociale quand on gagne 20 000, ou 100 000 € par mois. D’une certaine manière le même mépris dont a témoigné Macron. Pas étonnant, si ces nantis soutiennent  d’ailleurs autant la politique de Macron car elle profite surtout aux plus favorisés. Le pompon sans doute c’est quand des ancien de 68, leaders de l’époque, comme Cohn-Bendit ou Romain Goupil se transforment  en avocat de Macron. Sans doute l’effet de l’âge quand on approche les 70 ans mais surtout quand on est passé du statut de révolutionnaire à celui de bourgeois ignorants des problématiques sociales et surtout économiques contemporaines. La confirmation comme disait Malraux que décidément la vieillesse est un naufrage ! Pour preuve la difficulté qu’ont les deux intéressés cités à s’exprimer de manière un peu claire et cohérente. Bref, ils radotent !

 

La trouille des élites

La trouille des élites

 

Deux pépés, anciens directeurs de recherches au CNRS, respectivement 75 et 68 ans font un procès en légitimité des gilets jaunes mais à l’inverse font un plaidoyer pour Macron, sa politique. Ils expriment surtout leur peur de ce mouvement inédit des gilets jaunes qui évidemment remet en cause les confortables convictions des élites. Ils ne sont pas les seuls. Nombre d’hommes politiques, de journalistes, d’experts commencent  à avoir sérieusement la trouille de cette insurrection, sans doute davantage culturelle que politique. Certes certains demandent la démission de Macron ou la suppression du sénat mais pour l’essentiel les gilets réclament davantage de justice sociale et fiscale. Ils demandent à être entendus par des élites qui les prennent pour des demeurés.  Mais qu’est-ce que vous proposez alors ? demandent souvent les journalistes aux gilets jaunes ? Et les gilets jaunes de répondre : aussi de nouvelles élections. Pour les élites c’est la révolution, le complot, la faction ! Il est clair que ce mouvement affole  nombre d’institutionnels des élus bien sûr, des partis politiques mais aussi les médias tellement habitués à dialoguer avec des caciques, des oligarques et des experts à vieilles barbes qui radotent plus souvent. Bref des interlocuteurs dont la sociologie est proche de celle des journalistes qui  partagent  les mêmes idées à la mode concernant la régulation économique et sociale. D’une manière générale les médias accordent une certaine place au mouvement des gilets jaunes mais en manifestant parfois une certaine condescendance, une grande incompréhension aussi. Quelque chose « comme on approuve mais ….. ». C’est vrai de la plupart des institutionnels qu’ils soient politiques, syndicaux, élus, experts. La vérité, c’est que ce type de manifestation constitue aussi une remise en cause de l’intermédiation classique d’organisations qui ont tendance à se scléroser. Ce mouvement comprend en effet des aspects sociaux, économiques mais aussi sociétaux en ce sens que c’est une contestation également de la démocratie telle qu’elle est pratiquée. Contestation du pouvoir en place bien entendu qui s’arroge le pouvoir de matraquer fiscalement les moins nantis mais contestation aussi des institutions, des partis, des syndicats. Une contestation des organisations tout autant que de la pensée culturelle dominante. Une pensée par ailleurs, comme la mode, très évolutive, voir à cet égard l’évolution concernant le diesel. Peut-être demain sur la filière bois aujourd’hui encensée, peut-être demain mise au pilori. Et cette fameuse taxe carbone dont les économistes, Bercy et les écolos attendent des merveilles. Comme si soudain tous s’étaient convertis à la monétarisation des nuisances comme mode de régulation. Or l’environnement est une question sociétale qui ne peut être régulée par le seul signal prix et par le seul marché. La vraie régulation de ce type de problématique passe par une politique de normes et par une politique d’offre industrielle. Une politique qui doit être cohérente et qui ne peut être que progressive. Ce mouvement constitue une sorte de coup de pied dans la fourmilière des institutions qui au mieux roupillent, au pire participent à la dégradation économique et sociale du pays. La grande trouille des institutions c’est que, le même phénomène se reproduise. Bref qu’il devienne une forme d’expression de démocratie vivante sur tous les grands sujets d’intérêt général.  

 

« Gilets jaunes » : pour Jean-Yves Camus, « le rejet des élites est inquiétant » !

« Gilets jaunes » : pour Jean-Yves Camus, « le rejet des élites est inquiétant » !

Jean-Yves Camus, directeur de l’observatoire des radicalités à la fondation Jean Jaurès (proche du PS), s’inquiète de voir la légitimité des élus de plus en plus remise en cause. (Interview JDD). Un avis qui témoigne de la fébrilité de certains institutionnels qui n’ont rien compris de la nature de la crise. Intéressant à lire de ce point de vue !

Certains députés ont été menacés. Peut-on parler d’une fracture entre le peuple et les élites ?

Cela témoigne d’une exacerbation du rejet des élites que l’on a vu dans d’autres pays. Aux Etats-Unis, il y a eu des quantités d’incidents, de cas ou un individu s’en prend physiquement à un élu, soit parce qu’il déteste les élites en général, soit parce que cet élu, particulièrement, lui semble responsable de sa situation personnelle. Il y a une très grande violence à l’égard des élus dans nombre de pays.

Selon vous, le pouvoir a-t-il pris conscience de l’ampleur du rejet exprimé ?

Je trouve que le rejet est considérable. Il est considérable à un point que les élus ne l’appréhendent que dès lors qu’on vient devant leur résidence privée, et qu’il se fond dénoncer sur les réseaux sociaux. C’est un climat auquel on pouvait s’attendre. L’exaspération tient les élus en bloc, c’est ce qui est grave, alors que l’immense majorité d’entre eux propose des solutions innovantes et fait son travail. Par ailleurs, ils sont élus, c’est-à-dire dépositaires d’une partie de la souveraineté nationale. C’est ce concept qui n’est plus compris. »

Et encore moins la posture d’élus notamment PS qui transforment la politique en oligarchie (NDLR). Cette prise de position de nature corporatiste explique en grand partie la perte d’audience du PS ((NDLR).)

Lynchage Banlieue : la découverte de la violence par les élites

Lynchage Banlieue : la découverte de la violence par les élites

67 point de suture après le lynchage d’un jeune de 17 ans mercredi 26 septembre, suite à un des règlements de compte entre bandes à Garches les Gonesses. Et l’occasion pour les élites

de découvrir la violence des banlieues et de s’en offusquer à droite comme à gauche. Comme si le phénomène était nouveau. En fait le terme banlieue sensible est même inapproprié car le phénomène touche presque tous les quartiers des grandes villes. Officiellement on compte près de 800 quartiers sensibles en France ;  en fait,  il y en a bien davantage et chaque ville (même les plus petites de 10 000 à 30 000 habitants) est affectée. Ce qui caractérise ces zones c’est d’abord leur état juridique de non-droit : les services officiels hésitent à s’y rendre. C’est surtout le marché généralisé de la drogue avec souvent des échoppes sur le bord des trottoirs au vu de tous. On vient y faire son marché. Ensuite la violence précisément entre bandes pour se partager le gâteau. Le chômage est un mal endémique avec 25 à 30 % de jeunes sans emploi dont beaucoup ont abandonné l’école avant 12 ans. Avec aussi en toile de fond un communautarisme qui refoule les valeurs et les usages de la république aux frontières du quartier. Dans ces zones, à partir d’une certaine heure dans la soirée il ne fait pas bon de se promener à pied. Régulièrement des violences sont signalées : violence verbale, violence physique avec la distraction préférée qui consiste à brûler des voitures. Les municipalités locales, les services officiels et la presse sont relativement complices et font tout pour qu’on évite de parler de ces différents débordements. Encore une fois, il ne s’agit pas seulement des quartiers des grandes villes type Paris, Marseille ou Lyon mais de toutes les villes moyennes et même petites. Des sortes de zones hors la république que les services officiels finalement tolèrent en considérant qu’ainsi on arrive à circonscrire le mal géographiquement. Un aveuglement, une hypocrisie et un manque de courage qui fait honte à la république et menace évidemment la cohésion de la société. Comment nous élites pourrait-il d’ailleurs connaître cette réalité puisque pour la quasi-totalité il n’habite pas dans ces zones et ne fréquentent pas les habitants qui y résident.

Formation des élites en France : les réalités (François Lévêque)

Formation des élites en France : les réalités (François Lévêque)  

Professeur d’économie,   MINES ParisTech jette un regard critique sur la formation de nos élites.

 

«  Les étudiants choisissent leurs universités et les universités choisissent leurs étudiants. Les classements et palmarès aident les premiers à formuler leurs préférences tandis que concours, dossiers de candidature ou tests d’aptitude président au choix des secondes. Pour les meilleurs des deux, comment se fait l’appariement et quel est son résultat ?

L’analyse économique de la formation élitaire est pour moi un exercice délicat. Le lecteur pourra légitimement se demander si l’auteur, professeur d’une grande école parisienne prestigieuse, ne porte pas un regard biaisé et partial, en particulier s’il parle de l’Université française. Que son établissement, l’École des Mines ParisTech, ait récemment rejoint une université nouvelle, celle de Paris-Sciences-Lettres, n’arrangera rien. Bien logiquement, sa visée d’occuper les premiers rangs n’est pas perçue avec bienveillance par ses consœurs.

De plus, l’enseignement supérieur est une activité économique très éloignée de la place de marché et du monde de l’entreprise. Le prix ne règle en rien les admissions. Contrairement aux maisons d’opéra, il n’est pas le moyen utilisé pour attribuer les meilleures places. Ce serait les plus offrants et non les plus méritants et motivés qui rejoindraient alors les meilleurs rangs universitaires ! Même aux États-Unis où des entrées en premier cycle de grands établissements peuvent « s’acheter » via des dons de parents riches ou célèbres (les deux, c’est mieux), la chose n’est pas essentielle.

Même si cela leur est parfois reproché, les étudiants ne sont pas non plus des consommateurs. Ils doivent travailler, souvent d’arrache-pied, réussir examens et projets. Les universités ne sont pas non plus des entreprises. Il en existe bien de privées, à l’exemple des universités de Stanford aux États-Unis ou de Waseda au Japon, mais elles n’ont pas de but lucratif. De plus, les universités d’élite ne peuvent pas se développer en produisant toujours plus pour satisfaire la demande et grandir en taille à l’instar de n’importe quel constructeur automobile, fabricant d’ordinateurs ou chaîne de restauration rapide qui connaîtrait le succès.

Les écoles de commerce et d’administration des affaires sont celles qui se rapprochent le plus des modèles économiques du marché et de l’entreprise. Elles en restent encore cependant bien éloignées : il faut payer cher pour suivre leurs enseignements mais il ne suffit pas de payer pour y entrer ; les plus coûteuses ne sont pas forcément les plus cotées ; leurs administrateurs, souvent des anciens élèves, veillent à l’équilibre des comptes non au maintien d’une marge positive et ils sont attentifs à ce que la croissance n’entame pas le caractère très sélectif et prestigieux de leur établissement.

Mais n’oubliez pas que l’économie est une discipline qui s’intéresse à l’allocation des ressources rares et qui cherche à quantifier des effets et leurs déterminants, ce qui donne tout de même quelques clefs pour observer de près les sommets de l’enseignement supérieur.

Les biens et services rares ne sont pas uniquement alloués à travers le mécanisme des prix. Pensez à l’échange d’organes entre donneurs et receveurs, par exemple. Ils ne sont pas attribués à ceux qui sont prêts et capables de proposer le plus d’argent. Les consentements à payer et recevoir ne jouent aucun rôle dans la répartition. En revanche, ils peuvent être attribués en recourant à un système de règles qui tient compte des préférences et des caractéristiques des offreurs et demandeurs et qui impose des contraintes et des critères de choix.

Ces systèmes d’appariement ont justement fait l’objet de nombreux travaux théoriques et pratiques de la part des économistes, notamment des meilleurs d’entre eux tant le problème est ardu (voir appendice). Il ne s’agit pas moins de concilier des principes d’efficacité et d’équité.

Plus près de vous que l’échange de rein ou de foie, je l’espère, vous pouvez aussi penser à Parcoursup. Vous-même ou votre fille ou votre fils y étiez peut-être inscrits cette année. Souhaitons alors que les affres de l’attente des résultats n’aient pas été trop aiguës et que le candidat ait été admis dans son établissement préféré, ou pas loin.

Plus précisément, la formation supérieure élitaire s’apparente aux concepts économiques de bien de club et de bien de position.

Au bien de club car, à l’image des salles de sport, la satisfaction retirée des membres dépend de leur nombre, nombre qui ne doit être ni trop petit ni trop grand. S’il est trop petit, les effets positifs de réseau sont insuffisants : manque de pairs à qui se confronter et auprès de qui apprendre ; association d’anciens clairsemée qui ne facilite ni le placement à la sortie ni l’entretien de la renommée.

S’il est trop grand, le prestige associé à l’appartenance au club devient moindre car partagé entre un plus grand nombre et dégradé par un taux de sélection à l’entrée moins drastique. Ce taux sera inévitablement interprété comme une baisse de qualité, ce qui entraînera une diminution de la demande auprès de ceux, sûrs de leur capacité, de leur mérite ou encore de leur statut, qui auraient autrement candidatés et dont le choix se portera désormais ailleurs.

La notion de bien de position, ou bien positionnel (positionnal goods) complète cette idée. La formule est laide mais elle est parlante : la valeur d’un tel bien dépend en effet de son rang dans un classement ou une échelle reconnus par les personnes auxquelles l’on prête attention, voire par l’ensemble de la société.

En d’autres termes, la satisfaction n’est pas retirée du bien lui-même mais de sa position relative. Si la formation de haut niveau était un pur bien de position, cela voudrait dire, par exemple, que les élèves de l’École polytechnique ne retireraient leur satisfaction d’en être diplômés pour aucune part de l’enseignement reçu mais seulement de sa place au-dessus des écoles des mines, des ponts, des télécoms et d’autres encore moins cotées.

Les positions étant chacune uniques, la concurrence pour l’accès à ces biens se caractérise par un jeu à somme nulle comme dans les compétitions sportives : si l’un gagne, l’autre perd ; si je suis admis à l’Université Paris Dauphine, une autre ou un autre ne l’est pas ; si le MIT est le cinquième du classement de Shanghai, la place est prise et Princeton sixième ne l’a pas.

La concurrence entre les fournisseurs de ces biens prend dès lors souvent la forme d’une course à des investissements de prestige coûteux. Au cours de ma carrière, j’ai pu assister à une impressionnante escalade dans le luxe des cafétérias des law schools américaines. Si vous avez l’occasion de visiter Cambridge (Massachusetts) faites un tour à celle de Harvard. On se croirait dans le salon d’un grand hôtel. Vous ne pourrez pas cependant visiter la cafétéria de la school of law de Princeton.

Dans une enquête, les étudiants américains classent cette faculté de droit parmi les dix meilleures des États-Unis. Sa cafétéria doit donc être chouette. Le problème c’est qu’il n’y a pas de school of law à Princeton !

Ces dépenses de prestige contribuent à signaler la qualité des établissements. Mais elles ne sont pas les seules, ni même les principales. Le recrutement de chercheurs de haut niveau est par exemple devenu clef à cause de l’importance des publications dans les classements nationaux et mondiaux des universités. Idem pour les efforts d’internationalisation des cursus. Bref, des dépenses multiples car ce qui fait la qualité d’une université ou d’une école d’élite repose sur de multiples critères.

Un des plus intéressants à discuter est la qualité des étudiants eux-mêmes. Elle est l’input principal du processus de production, dirait l’ingénieur qui observerait aussi que c’est en se frottant à leurs pairs qu’elle s’améliore. Elle détermine la qualité du service produit tout en étant apporté par les clients eux-mêmes, ajouterait l’économiste. Et certains d’entre eux d’en déduire qu’il convient de rétribuer les meilleurs étudiants pour faire la course en tête.

Cette caractéristique très particulière de la technologie de la formation supérieure permet d’expliquer qu’il arrive que les grandes universités coûtent moins cher à leurs élèves que les autres. Citons le cas des universités américaines dans les années 1990. Les frais de scolarité étaient en moyenne par étudiant de 3.800 dollars pour un coût total de 12.000 dollars, la différence étant comblée par des subventions (donations, aides publiques, etc.). Ces frais et ce coût étaient respectivement de 5.700 et 28.500 dollars pour les universités les plus riches et cotées et de 6.100 et 7.900 dollars pour les universités en bas de tableau.

Observons également qu’en France, certains des établissements parmi les plus prestigieux tels l’X et les Écoles normales payent leurs étudiants en leur octroyant une solde ou un salaire. Vous pourriez objecter que ces émoluments sont la contrepartie d’un engagement de l’étudiant une fois diplômé de servir l’État. Mais jusque vers les années 2000, ils ont été rarement remboursés en cas de passage dans le privé. Passage d’ailleurs souvent mal vu, d’où le terme péjoratif de pantoufle pour désigner cette somme à rembourser par opposition à la botte des premiers classés. De façon générale, le coût de la formation par étudiant, c’est-à-dire les dépenses totales de l’établissement divisées par la taille de ses promotions est un signal de qualité.

Le salaire moyen à la sortie naturellement aussi. Sans surprise, il augmente avec le caractère sélectif de la formation. Ce phénomène a bien été démontré pour le premier cycle aux États-Unis : plus le collège est sélectif, que ceci soit mesuré par le score moyen obtenu au test d’admission standard ou par un ensemble d’autres critères, plus les étudiants qui en sont issus percevront un salaire élevé au cours de leur carrière. Ce résultat intuitif tient compte du poids que jouent également d’autres variables observables et renseignées sur les salaires comme le genre, l’origine ethnique ou encore le niveau d’étude des parents.

Mais n’est-il pas biaisé par des variables cachées ? Si cela se trouve, l’écart de salaires ne reflète pas tant les différences des collèges que le talent et l’ambition des étudiants qui y entrent. Et bien, c’est grosso modo le cas, le recrutement prévaut sur les années de formation.

Un mathématicien, Stacy Berg Dale, et un économiste, Alan B. Krueger, ont les premiers mis en évidence ce biais de capacité. Ils ont recouru à une bien jolie astuce : les candidats postulent en général à plusieurs collèges et certains ne choisissent pas toujours l’établissement le mieux classé (c.-à-d., le plus sélectif) prêt à les accueillir. Or, toutes choses égales par ailleurs, ces originaux seront une vingtaine d’années plus tard autant payés que leurs camarades conformistes qui ont eux choisi le collège qu’ils n’ont pas retenu (ils, c’est-à-dire les originaux).

Dit de façon journalistique et moins alambiquée, si l’étudiant est bon il réussira (financièrement s’entend) même s’il ne sort pas du meilleur collège. Et d’ajouter que Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, a quitté Harvard en deuxième année ; Bill Gates de Microsoft aussi. Dans un autre registre, l’acteur Matt Damon n’y est resté que six mois.

En creux, l’étude de Dale et Krueger montre donc que les différences dans la qualité de l’enseignement entre établissements n’influent pas à long terme sur les niveaux de salaire et les carrières. Mais que les dirigeants d’universités et d’écoles d’élite et leur corps d’enseignants-chercheurs se rassurent. Les mêmes auteurs montrent également que le choix du collège importe pour les étudiants afro-américains et pour ceux dont les parents n’ont pas fait d’étude. Ces étudiants gagneront plus s’ils choisissent le plus sélectif de ceux auxquels ils sont admissibles et non un qui l’est moins. Par ailleurs, d’autres travaux fondés sur des données et des méthodes différentes présentent des résultats sur le biais de capacité moins tranchés. Caroline M. Hoxby, économiste renommée de l’éducation, avance que le collège pèse pour un quart dans la différence de salaire, les trois quarts s’expliquant par l’aptitude des élèves.

Enfin, il s’agit de résultats qui portent sur le premier cycle. La formation en master et doctorat étant moins standardisée, se déroulant en plus petite classe et étant dispensée par des enseignants praticiens ou chercheurs plus chevronnés, le poids joué par l’établissement est sans doute plus important. En tout cas, c’est rassurant de le croire quand on enseigne à des étudiants gradués comme c’est mon cas… »

François Lévêque vient de publier « Les habits neufs de la concurrence : ces entreprises qui innovent et raflent tout » aux éditions Odile Jacob.

 

 

LREM : démission du fait des élites déconnectées

 

100 marcheurs qui demissionnent de LREM pour protester contre le manque de démocratie d’un parti qui relève davantage d’un club de fans que d’une organisation politique. Plus grave encore à peine 10 % des militants du début sont encore actifs. En cause, le fait que les structures de base ne jouent strictement aucun rôle dans l’orientation du parti. Le seul rôle de ces structures de base et des militants et de lire les communiqués nationaux et de les diffuser. Les responsables nationaux de la république en marche rétorquent que cette démission collective relève de l’épaisseur du trait (Griveaux sur BFM). On  considère le phénomène comme complètement anecdotique puisque le mouvement compterait 384 000 adhérents et que ce ne sont pas 100 démissions qui vont le déstabiliser. La vérité c’est que la république en marche ne compte certainement pas 384 000 adhérents. Ce chiffre est le total de ceux  qui a un moment ou à un autre ont apporté leur soutien à Macron mais il ne s’agit pas d’une véritable adhésion puisque cette adhésion n’est pas renouvelée chaque année et qu’elle ne nécessite pas de verser une cotisation. En fait c’est une addition de noms, une sorte de pétition. Non seulement les structures de base n’ont aucun rôle,  aucune responsabilité mais en plus le niveau national a désigné des référents locaux, sorte de commissaire politique représentant d’une direction autoproclamée. Dans une tribune publiée mardi sur le site de franceinfo, ces “100 démocrates” autoproclamés dénoncent ce qu‘ils considèrent comme un manque de démocratie au sein du mouvement dont quelque 800 membres – parlementaires, élus, référents et 200 militants tirés au sort – se réunissent samedi à Lyon. Parmi les démissionnaires figurent Tiphaine Beaulieu, présidente de la confédération des Marcheurs de la République, et Emmanuel Drouin, élu municipal de Segré (Maine-et-Loire). Tiphaine Beaulieu a expliqué vouloir quitter un “parti d’élites, complètement déconnecté des réalités”. “Moi, personnellement, ce que je rejette, c‘est l‘abus d‘autorité, l‘autocratie, l‘arrogance, la politique de l‘entre soi”, a dit à Reuters celle qui était il y a quelques mois la porte-parole du collectif des “Marcheurs en colère”. Ils affirment ne pouvoir “continuer au sein d‘un mouvement ou parti sans ligne politique qui n’a pas su s’appuyer sur les piliers de la démocratie et qui a nié avec arrogance et mépris l’intelligence du peuple”. Dans sa profession de foi, Christophe Castaner dit son vœu de “réinventer” le parti dont il entend “préserver la voix singulière” face au pouvoir. Il aura du travail car il faudra transformer le club de supporters de Macon en organisation politique réellement démocratique.

L’affaire Fillon illustre le divorce des élites et du peuple (Jean Garrigues)

L’affaire Fillon illustre le divorce des élites et du peuple (Jean Garrigues)

 

L’historien Jean Garrigues considère que l’affaire Fillon illustre bien le divorce ente les élites et le peuple dans une  interview au JDD

L’affaire Penelope Fillon est-elle un événement exceptionnel dans cette campagne?
Cet événement inhabituel vient se greffer à cette campagne exceptionnelle. Cette affaire révèle le divorce entre les Français et les pratiques politiques. Embaucher sa femme, ce n’est pas illégal, mais ça fait partie d’une culture de caste, du privilège, que les Français rejettent. François Fillon – qui pouvait incarner précisément une sorte de rupture avec cette culture de caste, parce qu’il avait une image d’intégrité, de rectitude morale – est rattrapé par cette affaire. On est quand même dans une situation unique, qui va donner lieu à des solutions, pour la droite, qui sont à inventer. C’est pour ça qu’il y a une hésitation pour l’instant, qu’il n’y a pas de véritable plan B chez Les Républicains.

François Fillon dénonce une « opération de calomnie sans précédent ». Sous la Vème République, a-t-on connu d’autres affaires de ce genre en période électorale?
Oui. En 2007, autour de l’acquisition par Nicolas Sarkozy de sa maison de Neuilly, et de l’autre côté autour de la sous-évaluation des biens du couple Hollande-Royal. Pour l’élection de 1995, il y avait eu des affaires à propos d’Edouard Balladur, notamment sur des spéculations qu’il avait effectué sur des sociétés auxquelles il avait participé… En 1969, pour la campagne de Georges Pompidou, il y avait eu l’affaire Markovic. Mais elle avait eu lieu avant la campagne elle-même. En 1965, le général De Gaulle lui-même avait été soumis à un autre scandale, l’affaire Ben Barka. L’image de De Gaulle avait été un peu écorchée mais les médias n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. A cette époque, De Gaulle avait employé l’expression de « boule puante », reprise par François Fillon.

Lire aussi : Comprendre les différentes affaires Fillon

Quel avait été l’effet de ces affaires sur la campagne présidentielle?
Ces affaires-là ont eu un impact tout à fait minime sur les élections, comme avec l’affaire des diamants, au moment de la campagne de Valéry Giscard d’Estaing, en 1981. Mais cette affaire est sortie un an et demi avant l’élection. Les effets sont réels, parce que l’image de Giscard a été affectée, mais elle n’a pas profondément changé la campagne électorale. Giscard était encore favori des sondages quelques semaines avant l’élection. Ce n’est pas ça qui a fait la bascule, ce sont d’autres aspects, notamment ce qui pouvait être reproché à Giscard dans sa gestion de la crise, etc. Le cas de l’affaire Strauss-Kahn peut être intéressant dans le déroulé de ce qui va suivre, où on peut déboucher sur un plan B. C’est ce qui était arrivé : l’affaire Strauss-Kahn avait permis à Hollande de devenir le candidat de la gauche. Mais là aussi, ça c’était passé presque un an avant l’élection.

Quelle est la différence entre ces affaires et le « Penelope Gate »?
L’affaire Fillon résonne avec ce qui est le fond même du divorce entre le peuple et les élites politiques, cette dénonciation de l’esprit de castes. Il faut aussi voir le rôle de la télévision. Par exemple, l’émission Envoyé Spécial, sur France 2, avec le témoignage de Penelope Fillon, a eu une très forte audience [3,36 millions de téléspectateurs]. Et puis, évidemment, la caisse de résonance des réseaux sociaux reflète la coupure avec les élites, qui est aussitôt répercutée par les médias, et réciproquement. Il y a un jeu entre les réseaux sociaux et les médias qui s’en font les échos. Tout ça est une caisse d’amplification qu’on ne connaissait pas il y a 10 ans. Mais il y a d’autres aspects.

Lesquels?
On est dans un moment politique, sociétal, où il y a une sorte d’intransigeance, une exigence éthique totalement nouvelle de la part des Français. Cette affaire, je ne suis pas sûr qu’elle aurait eu de l’impact il y a seulement une quinzaine d’années. En 2002, une affaire avait pollué la campagne de Jacques Chirac : il était question du paiement de ses voyages de loisirs, à La Réunion… Il y avait eu des articles, une polémique autour, là aussi, d’une utilisation des fonds publics. C’était à peu près la même incrimination. Mais elle n’a pas du tout eu l’impact qu’on connaît aujourd’hui, d’une part parce qu’on avait pas la même caisse de résonance avec les réseaux sociaux. D’autre part, ça n’entrait pas en contradiction avec l’image de Jacques Chirac. Il avait l’image de sa caricature, de « Super menteur », et finalement de quelqu’un qui prenait un peu de libertés avec l’argent public. Tandis qu’avec Fillon, là il y a une contradiction avec son image. Et puis, troisième élément : il y a de moins en moins de tolérance des Français vis-à-vis de ces dérives. C’est dû au contexte de crise, à la difficulté du quotidien pour beaucoup de Français, au fait qu’ils n’ont plus confiance dans les élites politiques. Tout ça est très lié et très cohérent.

Les primaires rendent-elles aussi la campagne exceptionnelle?
Incontestablement, cette campagne est totalement atypique. Elle s’est étendue d’une séquence nouvelle, qui est une double primaire. C’est une première! On avait déjà eu une primaire ouverte pour la gauche en 2011, une primaire fermée en 2006. Ces primaires ont acté le « Sortez les sortants », une volonté de la part des électeurs d’une rupture radicale avec ceux qui ont incarné le pouvoir. La primaire de la droite a sorti Nicolas Sarkozy, et dans une moindre mesure, Alain Juppé. La primaire de la gauche a eu pour effet de provoquer le retrait de François Hollande et d’acter l’échec de Manuel Valls. C’est donc aussi l’échec des prétendants naturels à l’élection présidentielle. On voit bien que la légitimité que l’exercice du pouvoir, qui était jusqu’à présent un sorte de garantie pour l’avenir, a totalement disparu. On a sur le carreau deux anciens présidents de la République, deux anciens Premiers ministres et peut-être un troisième si Fillon est écarté lui aussi.

Qu’ont changé les primaires dans cette campagne?
La possibilité de faire émerger des projets alternatifs, avec Fillon et Hamon. On a une sorte d’ouverture démocratique que la désignation traditionnelle par les partis n’autorisait pas. La vocation du parti politique était de pérenniser l’homme fort, les candidats naturels. Maintenant, la primaire permet autre chose. Mais en même temps, la primaire a un résultat ambigu. Elle a permis, à droite ou à gauche, de désigner celui qui correspondait le mieux à la culture politique, à l’ADN de son camp. Hamon, la gauche du rêve, du réenchantement. A droite, une autre forme de réenchantement, par le repli sur les valeurs conservatrices. Or ce repli identitaire de chacune des primaires n’est pas forcément en cohérence avec l’efficacité électorale. Hamon et Fillon ne sont pas forcément les meilleurs candidats de leur camp pour aller au bout d’une présidentielle, pour rassembler lors d’une élection présidentielle. C’est ce que disaient les sondages, quand les projections montraient par exemple que, au premier tour d’une primaire, Manuel Valls faisait mieux a priori que Benoît Hamon. De la même manière, François Fillon n’était pas forcément le meilleur candidat pour la droite et le centre par rapport à Alain Juppé par exemple, qui était plus rassembleur au centre-droit et peut-être au centre-gauche.

Quels sont les autres éléments qui rendent cette campagne atypique?
Le retrait de François Hollande : le renoncement d’un président à briguer un deuxième mandat, c’est une première historique. Ceux qui ne l’ont pas fait, c’est parce qu’ils ont été rattrapés par l’âge ou la maladie, comme Pompidou. Mais aussi le fait que la candidate FN soit en tête des sondages. Jean-Marie Le Pen a été au second tour en 2002, mais il n’avait jamais été en tête des sondages. C’était une surprise! Et puis la candidature d’Emmanuel Macron. Avoir un candidat ni de droite, ni de gauche, ça a déjà existé avec la campagne de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, et celles de François Bayrou depuis 2002. Mais un candidat, ni de droite, ni de gauche, en position d’accéder au second tour, quatre mois avant l’élection, c’est inédit. Cela signifierait un échec pour les partis traditionnels, donc nécessairement une recomposition politique. On voit très bien qu’à gauche cette éventualité est de plus en plus crédible, car on a déjà une petite hémorragie, avec des députés qui sont partis rejoindre En Marche! Il est possible que certains électeurs de gauche ne se retrouvent pas non plus dans la candidature de Hamon. Et si François Fillon est candidat de la droite, il n’est pas impossible qu’une grande partie des électeurs centristes aillent chez Emmanuel Macron.

Vivons-nous un moment politique de transition?
On est dans une campagne de toutes les nouveautés, de transgression totale. On arrive dans une fin de cycle, par rapport aux institutions ou aux pratiques de la Vème République. On voit bien qu’il y a un divorce entre les Français et la manière de faire de la politique, avec tout ce qui incarne le monde politique : les institutions, les partis, les syndicats, et même les médias associés à la vie politique. Tout ça est condamné. C’est quelque chose de tout à fait nouveau, qui acte la fin d’un cycle qui s’était ouvert en 2007, quand il y avait un sursaut de mobilisation et d’illusion de renouveau de la politique. Ce cycle-là est terminé. Que ce soit Sarkozy ou Hollande, l’alternance a montré ses échecs.

Peut-on s’attendre à d’autres surprises dans cette campagne?
On peut dire que l’affaire Fillon va déboucher sur d’autres réactions en chaîne au sein de la droite. Vraisemblablement, le retrait de François Fillon. Dans tous les cas, ça affaiblira considérablement la droite. Le résultat quasi-certain de cette élection, qui était l’alternance, devient de plus en plus contestable! Qu’il y ait d’autres affaires, c’est tout à fait possible. On a en ce moment l’affaire des assistants européens de Marine Le Pen, la suspicion des dépenses d’Emmanuel Macron au ministère de l’Economie, on ne parle pas trop du poste de professeur associé de Benoît Hamon à l’université Paris-VIII…

Peut-on dire que c’est la campagne présidentielle la plus incertaine de la Vème République ?
Oui, et de très loin. La victoire de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 était une surprise, parce qu’on attendait a priori une victoire de Jacques Chaban-Delmas. Mais en même temps, Giscard n’était pas un inconnu dans la vie politique. Surtout, ça a été une campagne très rapide avec la mort de Pompidou, c’étaient des circonstances particulières. En 1995, Jacques Chirac était largement distancé par Edouard Balladur, mais il finit par l’emporter parce qu’il a fait une campagne beaucoup plus efficace que son adversaire. A chaque fois, on a eu un ou deux éléments de surprise dans ces campagnes. Aujourd’hui, les nouveautés surgissent de partout.

*Elysée Circus. Une histoire drôle et cruelle des présidentielles, Jean Garrigues et Jean Ruhlmann, Tallandier, 19,90€.

Les candidats antisystème et contre les élites : une escroquerie

Les candidats antisystème et contre les élites : une escroquerie

 

Trump, Sarkozy, Le Pen, d autres encore, représentants autoproclamés du peuple, anti-élite, antisystème. Une supercherie évidemment. Trump d’abord, un héritier, milliardaire qui a utilisé toutes les failles du système pour obtenir des marchés, employer des travailleurs clandestins mexicains notamment et qui a oublié de payer ses impôts pendant une vingtaine d’années. Résultat une fortune  de plusieurs milliards ; pas vraiment le représentatif  de la sociologie des électeurs de la classe moyenne qu’il prétend défendre en utilisant les pires arguments populistes. Marine le Pen, héritière elle aussi, d’abord du Front national où son père l’a imposée à la tête du mouvement, héritière aussi de la fortune de le Pen obtenue de manière sulfureuse d’un industriel. Le Pen tient   une partie de son patrimoine du testament d’Hubert Lambert, dit Saint-Julien, auteur de nombreux articles dans des revues nationalistes et héritier de la dynastie des ciments Lambert, mort le 25 septembre 1976, à 42 ans, sans enfant. Cette succession, et notamment l’hôtel particulier au parc de Montretout à Saint-Cloud, donne lieu à un début de procès, abandonné après négociation avec le « cousin [Philippe] Lambert ». Jean-Marie Le Pen est assujetti à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) depuis sa création, en 1982  Pour l’historienne Valérie Igounet, « l’héritage Lambert change considérablement la vie de Jean-Marie Le Pen sur les plans politique et personnel. Il lui permet de faire — comme il l’entend — de la politique » (Source WIKIPEDIA). Des enquêtes sont aujourd’hui en cours pour dissimulation de patrimoine et de comptes à l’étranger autant vis-à-vis de Jean Marie Le Pen que de sa fille. Bref des multimillionnaires bien peu représentatifs de ce petit peuple de France dont ils revendiquent la représentation ; pas vraiment non des politiques nouveaux. Jean marie le Pen est présent sur la scène politique depuis plus de 50 ans et Marine depuis plus de 15 ans. Même chose pour Sarkozy,  politicien depuis plus de trente ans, et dont la situation financière personnelle n’a guère à voir avec  celle de la France d’en bas. On pourrait en citer d’autres qui ont en commun d’utiliser la rhétorique populiste bien à labri derrière leur fortune personnelle et qui vivent et reproduisent le système qu’ils prétendent dénoncer.

La Cour de Justice de la République : une juridiction pour protéger les élites

La Cour de Justice de la République : une juridiction pour protéger les élites

 

Le magistrat Eric Alt, vice-président de l’association anticorruption Anticor, revient sur le fonctionnement de la CJR. (Interview Challenges)

Comment expliquer l’existence d’une juridiction spéciale pour poursuivre les ministres?

Cela traduit le fonctionnement un peu particulier de la démocratie française, marquée par le poids de l’exécutif. L’architecture de la Vème république n’aime pas que l’on s’attaque au pouvoir. En France, la loi est sévère mais la pratique est molle. On remarque qu’il n’y a pas vraiment d’équivalent à la CJR dans les autres démocraties où l’on considère généralement que les ministres peuvent être jugés dans le cadre d’une procédure de droit commun.

Le fonctionnement de la CJR pose-t-il problème?

L’instruction des dossiers est plus lente car elle se fait de manière collégiale mais au moins les juges sont professionnels. En revanche, la formation de jugement n’a qu’une apparence d’impartialité car seuls trois des douze juges sont professionnels, les autres sont des parlementaires. Charles Pasqua a certes été jugé pour trois affaires et condamné dans deux. Mais les décisions, selon l’avis majoritaire, n’ont pas été à la hauteur de la gravité des faits commis. On a soupçonné les élus de bienveillance, d’un certain corporatisme. Ensuite, c’est un problème dans une affaire d’avoir un volet de droit commun, concernant les justiciables classiques, et un volet ministériel, traités de façon différente.

C’est ce qu’il se passe dans l’affaire Tapie…

Christine Lagarde est poursuivie pour les mêmes faits que son ancien directeur de cabinet Stéphane Richard. Mais ils sont qualifiés différemment: l’ancienne ministre de l’économie est poursuivie pour négligence tandis que Stéphane Richard l’est pour détournement des fonds publics, avec à la clef des peines différentes. Or, on imagine mal que le directeur de cabinet se soit autonomisé de sa ministre. C’est une justice à deux vitesses qui pose problème. Dans cette affaire très discutée, il est au moins satisfaisant que le futur procès ait lieu en public alors que le non-lieu aurait aiguisé les soupçons.

Faut-il donc supprimer la CJR ?

Durant sa campagne, François Hollande avait promis de la supprimer. Un projet de loi a été écrit mais il s’est enlisé à l’été 2013 car il n’y a pas eu de volonté politique forte. Et pourtant, il y a un consensus sur le sujet à la différence de la question de l’indépendance du parquet, qui divise davantage le monde politique. Cela a été une vraie déception alors que l’affaire Cahuzac venait d’éclater, c’était symboliquement délétère.

N’y a-t-il pas un risque de voir une multiplication de plaintes abusives contre les ministres?

La loi protège déjà les citoyens lorsqu’ils sont attaqués de manière abusive, c’est ce que l’on appelle la diffamation ou la dénonciation calomnieuse. Le juge d’instruction sait faire la part des choses. On pourrait à la limite imaginer un système de filtre où les poursuites engagées soient d’abord soumises à la Cour de cassation avant de déclencher une procédure.

Livre Trierweiler : le grand malaise des élites

Livre Trierweiler : le grand malaise  des élites

 

Les élites sont pour le moins très partagées concernant le livre de Trierweilller. Beaucoup objectent qu’il s’agit d’un récit de vie privée qui ne doit donc prendre une dimension publique. En fait Trierweilller est devenue un personnage public dès lors que Hollande a installé sa compagne à l’Elysée, on ne saurait donc être surpris que ses propos  prennent une telle ampleur. Certes Trierweiler n’était pas très aimée mais la manière dont elle a été congédiée par dépêche à l’AFP a suscité beaucoup de désapprobation. On ne peut sans doute contester que cet ouvrage vise à démolir Hollande mais en fait Hollande n’a pas eu besoin de Trierweilller pour se déconsidérer auprès de l’opinion. En réalité ce qui gène surtout une grande partie des élites c’est que ce livre décrit en fait la vraie personnalité de nos responsables  seulement assoiffés de pouvoir, sans scrupule, méprisant set cyniques. Ce n’est pas seulement Hollande qui est visé mais la plupart des cette oligarchie, son système politique, son fonctionnement, son mode de reproduction, bref le vrai visage de ceux qui nous gouvernent ,  aussi leur environnement économique, médiatique, culturel. Il y a bien entendu des secrets d’alcôves mais ce n’est pas le cœur du récit qui porte surtout sur le comportement politique. Un comportement dont les grands médias sont souvent complices. Médias qui se satisfont  d’être les miroirs de ceux qui se contentent de parler, de  paraitre au lieu d’agir et de réfléchir. On peut constater une grande hypocrisie chez ceux qui déclarent  ne pas vouloir lire le livre ou le condamnent  sans l’avoir lu, ceux-là craignent d’y retrouver une partie de leur profil psychologique. La multiplication de affaires de toutes sortes révèle que le système démocratique est à bout de souffle et beaucoup de nos responsables ne sont que des caricatures de démocratie. Comme une affaire chasse l’autre, les médias , les experts mêmes, font l’économie d’une réflexion critique. Or notre politique souffre de trois maux essentiels, manque d’analyse, manque de conviction, manque de détermination. Manque d’analyse parce que les élites sont toutes formatées de la même manière et suivent le conformisme sans réel approfondissement intellectuel, manque de conviction car la plupart encor sont idéologiquement plat ( sauf ceux qui sont aux marges mais qui n’ont aucune chance d’être élu un jour) ; manque de détermination enfin , ils changent  au gré du vent, des sondages, des modes,  comme Hollande et bien d’autres  Exemple pour se faire élire on déclare que « l’ennemi , c’est la finance » ensuite on bâcle la réforme bancaire à la demande des banquiers. Et de ce point de vue la livre de Trierweilller apporte un éclairage sur qui nous gouvernent  qui sont ceux que nous avons élus ; ce qui met auusi en question le concept de démocratie, en tout cas ses modes d’application. .

Le livre de Trierweilller sur Hollande : le malaise des élites !

Le livre de Trierweilller sur Hollande : le malaise des élites !

 

Les élites des médias et des mileiux politiques semblent assez partagés sur l’analyse du livre de Trierweilller sur Hollande. Une affaire privée disent certains, quand même  avec des dimensions politiques osent certains autres. Pourtant c’est forcément politique car on ne lui demandait pas de faire entre à l’Elysée sa maîtresse. Et cet ouvrage révèle sa personnalité et son comportement politique. En fait ce portrait au vitriol rend compte de la vie personnalité du président mais aussi de nombre de politiciens, sans réelle conviction, cyniques et méprisants. Au-delà des discours démagogique, c’est surtout la conquête du pouvoir qui nourrit seule leur philosophie. En faiat Hollande a chois le PS comme il aurait pu choisir n’importe quel autre parti, nombre d’énarques d’ailleurs ne se servent des différents partis que pour servir leur carrière. Hollande est supposé représenter les plus défavorisés ; ce que révèle Trierweiler c’est qu’il ne manifeste pas la moindre compassion à leur égard et même qu’il les méprise. Sans doute ce pensent maintenant les anciens ouvriers de Florange auxquels il avait pourtant tant promis ! ( comme à d’autres lors de la campagne électorale) Du coup les élites sont inquiètes car c’est un nouveau coup porté à oligarchie, à son image dans l’opinion.  Au final, le portrait de François Hollande semble terrible. On découvre un homme froid, sans cœur, totalement dépassé par les événements, calculateur, parfois méchant, enfermé dans une bulle… Le passage le plus terrible est une scène qui se déroule lors d’un repas familial. Il moque la famille de Valérie d’origine modeste : « Une gifle ». « Il s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres. Lui, l’homme de gauche, dit en privé : les sans-dents, très fier de son trait d’humour. » Le timing de la parution de Merci pour ce moment est parfait ou désastreux. Parfait, car il prend tout le monde de surprise. L’éditeur et l’auteur peuvent faire un coup d’édition magistral. Désastreux, car, au moment où François Hollande pensait enfin repartir de l’avant, le voici confronté à « la vengeance d’une blonde ». Les bienfaits d’un remaniement spectaculaire et d’une révision drastique de la politique économique sont déjà estompés. Pour l’Élysée, c’est le scénario noir : à deux semaines de sa conférence de presse de rentrée, le chef de l’État prend encore un paquet de mer en pleine figure. On s’attendait à un président normal, il lest sans doute si l’on se réfère à la personnalité de nombre d’élus nationaux. Encore un mauvais coup contre les institutions et ceux qui les dirigent.

La mafia des élites (Pierre Stehlin, avocat)

La mafia des élites  (Pierre Stehlin, avocat)

Dans son livre au titre provocateur paru récemment, « Lettre ouverte à ceux qui nous gouvernent et nous prennent pour des c… », (Le Passeur-Editeur, 15,90 euros) l’auteur, authentique libéral, critique pêle-mêle, une société de plus en  plus individualiste, des classes sociales de plus en plus étrangères l’une à l’autre, l’appât du gain comme unique motivation, une centralisation des pouvoirs, un risque de désintégration sociale et un manque de projet collectif…  Qui ne  souscrirait à un tel constat ? Pas un seul élu de la République. Pas un seul grand patron. Pas un seul professeur d’université. Pas davantage un haut fonctionnaire qui graviterait du côté de Bercy… Bref, à en croire Stehlin, notre société serait sclérosée, incapable de se réformer parce qu’en butte aux corporatismes de toutes sortes. Il n’a pas tort. Ce qui lui fait écrire que nous serions en 1788. Ainsi donc, surprise, notre avocat rejoindrait dans son analyse Jean-Luc Mélenchon le leader du Front de gauche ! C’est vrai. Mais c’est le seul point commun entre les deux hommes. Car l’avocat Stehlin n’a rien d’un égaré, on l’a compris, qui lorgnerait du côté du marxisme ou du collectivisme. Au contraire. Non, ce qu’il dénonce avant tout, ce sont nos élites… qui se délitent, incapables de choisir le modèle économique dans lequel  nous devrions vivre. Drôle de pays que la France. Alors que pratiquement tous les Etats européens ont opté pour un système libéral, y compris l’Allemagne, la France reste dans l’incertitude. Paralysée qu’elle est par l’opposition récurrente entre la droite et la gauche… Aussi est-ce sans surprise, que depuis des lustres, les majorités parlementaires ne parviennent jamais à appliquer la politique pour laquelle elles ont été élues. Dans l’Hexagone, pragmatisme, connaît pas. A l’inverse de notre voisin d’outre-Rhin, qui parvient à  mener une politique pour le bien commun grâce à un consensus entre le SPD (sociaux –démocrates) et la  CDU (chrétiens-démocrates). Seulement voilà : n’est pas Angela Merkel qui veut. A ce blocage institutionnel très français, s’en ajoute un autre, ontologique à la Vème République, surtout depuis mai 1974, avec l’élection de Valéry Giscard d’Estaing à la présidence de la République : l’exercice monarchique du pouvoir par une caste (dans tous les domaines, Etat, grandes entreprises)  issue tantôt de l’ ENA , de l’Ecole polytechnique – ou les deux à la fois. Sûre d’elle, souvent déconnectée des réalités, on a cru qu’avec Nicolas Sarkozy, elle serait mise sinon sur la touche, tout du moins verrait son aura diminuer. Il n’en a rien été. Elle est même, selon Stehlin, grand admirateur de Tocqueville, revenue en force. Et de citer la promotion Voltaire de l’ENA, à laquelle appartient François Hollande, qui détient un pouvoir considérable dans le pays. Parmi ses membres, figurent Ségolène Royal, Michel Sapin, l’un des plus  vieux amis du président, Henri de Castries (AXA), Jean-Pierre Jouyet, lui aussi complice du président, qui vient de le propulser secrétaire général de l’Elysée, Stanislas de Laboulaye (ex-ambassadeur à Moscou), Pierre-René Lemas, ancien secrétaire général de l’Elysée qui a succédé à Jouyet à la tête de la Caisse des dépôts et consignations… Cette « élitocratie », selon les termes de Stehlin, est unique au monde. Ses membres sont tous du même moule. Tête bien faite. Esprit rapide, souvent brillant. Culture de bon aloi. Et alors ? Souvenons que sous la Vème République, sur les 7 présidents, 3 étaient énarques, (Giscard d’Estaing, Chirac, Hollande) deux étaient avocats (Mitterrand, Sarkozy), un était normalien (Pompidou) et un autre général (de Gaulle)…

( lu dans Atlantico)

 

“Lettre ouverte à ceux qui nous gouvernent et nous prennent pour des c…”, de Marc Pierre Stehlin, éditions Le Passeur (mars 2014)

Municipales : la crise des élites

Municipales : la crise des élites

 

Dans le système politique les maires bénéficiaient jusqu’à maintenant de la meilleure image au près de l’opinion. Pourtant l’abstention record annoncée (de l’ordre de 40%) témoigne auusi du désintérêt des français pour la chose publique. En cause bien entendu la situation globale de la France, sa fiscalité, sa crise, le chômage, les affaires et un système d’oligarchie qui asphyxie la démocratie. C’est une crise des élites qui ne parviennent à saisir réellement les préoccupations réelles des citoyens. D’où aussi la montée des extrêmes qui exprime davantage un rejet des partis traditionnels qu’une vraie adhésion, une sorte de vote de protestation. Deux enjeux majeurs dominent aujourd’hui : l’emploi et l fiscalité ; combien de maires prennent réellement en compte ces deux problèmes. Un des facteurs explicatifs c’est la présence massive de fonctionnaires dans les fonctions électives. II ne s’agit sans doute pas d’interdire l’accès aux fonctions électives mais simplement de souhaiter une présence plus représentative des catégories socioprofessionnelles ; de ce fait la France gère un statu quo en matière de réformes structurelles et ne permet pas une sortie durable et significative de la crise. De ce point de vue les réformes sociales, pour importantes qu’elles soient, ne sauraient dominer le calendrier politique. Il y a d’autres priorités. Concernant la fiscalité, c’est surtout le poids des impôts locaux qui pèsent le plus sur le ménages (impôt foncier et taxe d’habitation). Malheureusement la plupart des collectivités sont surendettées et  pratiquent la fuite en avant en augmentant encore la pression fiscale. La préoccupation de l’emploi n’est guerre prioritaire dans les programmes municipaux. Certes les communes ne peuvent seules créer des emplois mais elles peuvent davantage réunir  les conditions  de son développement en valorisant mieux les ressources matérielles, humaines locales et leur environnement. D’un certain point de vue, les dérives locales sont à limage des dérives nationales. Témoin l’armée de superstructures municipales locales qui s’occupent de tout et de rien. Il y a aussi le manque de pertinence de découpage des collectivités, notoirement trop nombreuses et qui multiplient les dérives financières. Pas étonnant que nombre d’électeurs soient très dubitatifs sur l’intérêt de ces élections locales et l’abstention risque d’être le grand vainqueur de ces élections.

Hollande : représentatif de la dégénérescence des élites françaises

Hollande : représentatif de la dégénérescence des élites françaises

 

Hollande est un pur produit de ce système élitiste qui accapare et le pouvoir partout sur le plan économique, administratif et économique. Un produit de ces grandes écoles (Polytechnique et ENA surtout) qui fabriquent le sommet de l’oligarchie qui paralyse le pays et le conduit dans le mur. Combien de grandes entreprises ne sont pas en réalité gérées par de vrais managers mais par d’anciens fonctionnaires, accédant à la direction de société via leur passage dans les cabinets ministériels ; Ce mode de reproduction à couté cher à la France (charbonnages, mines, sidérurgie, SNCF, EDF,  banques) et surtout conduit au déclin industriel et au chômage de masse. Ces élites sont en général (même s’il y a des exceptions) complètement incompétentes en matière de gestion et aussi il faut bien le dire étanches aux préoccupations sociales réelles. Hollande est archétype du modèle français d’émergence de responsables. En quelque sorte les produits de ces grandes écoles se comportement comme une mafia avec ses rites, sa hiérarchie et son dédain de l’état de droit. Un seul exemple combien d’anciens grands commis de l’Etat ont été inquiétés pour leur gestion de la crise financière ? Aucun sauf un ou deux lampistes. Comme kerviel. Les élites françaises sont en fait comme une sorte d’aristocratie en pleine dégénérescence qui s’attribue tous les droits, y compris celui de répudier des compagnes comme des courtisanes ; une aristocratie républicaine dans une monarchie républicaine, avec un monarque qui décide de tout, sur tout. Evidemment un système démocratique complètement obsolète, amis aussi injuste et inefficace. Avec en plus cette espèce de morgue qui se caractérise par un profond mépris à légard de tous ceux qui ne sortent  pas du cercle restreint des « élus » ; Hollande à cet égard est actuellement le plus représentatif de ces élites incompétentes et méprisantes qui n’ont en réalité aucune conviction, aucun projet, aucun référentiel de valeurs si ce n’est leur propre ascension dans la hiérarchie des pouvoirs.

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