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Elections Législatives : un sondage qui rebat les cartes mais prévoit aussi le chaos

Elections Législatives : un sondage qui rebat les cartes mais prévoit aussi le chaos

La perspective d’une majorité absolue semble s’écarter de plus en plus d’abord pour la gauche mais aussi pour le rassemblement national. Jusque-là la plupart des sondages s’étaient limités à transposer bêtement les résultats du premier tour en nombre de sièges. La réalité est forcément plus complexe. Le nombre de députés dépendra surtout des réalités locales notamment de la personnalité des responsables, aussi des désistements. L’hypothèse la plus vraisemblable c’est que le rassemblement National sera très loin et même très loin de la majorité absolue. De toute manière ,dans toutes les hypothèses cette dissolution brutale et irresponsable aura conduit à la chienlit. Et Macron peut se féliciter d’avoir organisé le plus grand désordre dans le pays. S’il continue dans cette voie de l’irresponsabilité, sa légitimité pourrait être mise en cause.

En même temps, va s’installer une situation de chaos car aucun des trois camps narra cette majorité absolue est les réformes seront sans doute très difficiles à engager dans la plupart des domaines. Un sondage Toluna Harris Interactive, le premier depuis le dépôt des candidatures, chiffre désormais le nombre de sièges pour le RN entre 190 et 220, loin des 289 requis pour obtenir une majorité absolue. Le Nouveau Front populaire obtiendrait désormais entre 159 et 183 sièges, le camp présidentiel entre 110 et 135.

Elections législatives : des conséquences économiques négatives pour les Français

Elections législatives  : des conséquences économiques négatives pour les Français

Selon la dernière édition du Baromètre de l’économie réalisé par Odoxa pour Agipi, Challenges et BFM Business  »Les Français sont persuadés que la victoire de chacune des trois principales formations favorites aux législatives aura des conséquences plus négatives que positives sur la situation du pays, que ce soit sur la situation économique globale de la France, sur l’évolution du pouvoir d’achat, sur l’emploi, ou sur la réduction de la dette ».

 

La majorité présidentielle est le bloc qui cristallise le moins de craintes puisque 38% des sondés estiment que les conséquences économiques seront négatives en cas de victoire (mais seulement 17% y voient une perspective positive).

Vient ensuite le Rassemblement national: 48% des Français craignent des conséquences négatives (contre 31%) puis le Nouveau Front populaire avec 58% des sondés estimant que sa victoire aux élections législatives aurait des conséquences négatives sur la situation économique de la France (contre 21%).

Paradoxalement, c’est le RN qui inspire le plus confiance en matière de politique économique efficace sur le pouvoir d’achat (38% des Français), l’emploi (34%) et même la réduction de la dette et des déficits (37%).

La majorité présidentielle est derrière, notamment concernant le pouvoir d’achat puisque seulement 25% des sondés font confiance à ce parti pour l’améliorer. Par contre, 45% des Français estiment que la majorité est la plus efficace en ce qui concerne l’attractivité de la France pour les investisseurs étrangers, bien plus que les deux autres blocs (29% pour le RN, 20% pour le NFP).

Le Nouveau Front populaire est celui qui inspire le moins confiance pour réduire la dette et les déficits (22%) ou améliorer l’emploi (28%). Par contre, 31% des Français l’estime capable d’améliorer le pouvoir d’achat, c’est 6 points de plus que la majorité présidentielle.

 

Elections législatives : Le moral des Français plonge

Elections législatives :  Le moral des Français plonge
Si les Français sont pessimistes sur les conséquences pour le pays, ils le sont également pour leur situation économique personnelle d’après un sondage Odoxa pour BFM. 

63% des sondés pensent qu’une victoire du NFP sera négative pour eux, contre 58% pour la majorité présidentielle et 55% pour le Rassemblement national. 41% pensent au contraire qu’une victoire de l’extrême droit aura des conséquences économiques personnelles positives (36% pour la majorité et 34% pour le NFP).

« Le RN, qui est le grand favori de ces législatives, est le parti qui fait finalement le moins peur sur chacune de ces dimensions », peut-on lire.
Au final, ce contexte très incertain et anxiogène fait plonger le moral des Français. Il s’effondre en juillet: 78% des Français se disent défiants vis-à-vis de l’avenir de la situation économique de leur pays contre 75% en juin.

*Enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français interrogés par Internet les 26 et 27 juin 2024. Échantillon de 1.005 Français, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon est assurée par la méthode des quotas.

 

Elections Législatives: Des risques de chienlit et de chaos

Elections Législatives: Des risques de chienlit et de chaos

 

D’après Macron qui a décidé de manière précipitée et irresponsable de dissoudre brutalement l’Assemblée nationale, l’objectif des élections législatives vise à opérer dans le pays une clarification politique. Le problème,  c’est que dans  l’hypothèse centrale, aucun des trois grands courants ne parviendra à obtenir une majorité et que le Parlement risque de courir après une union introuvable sur chaque texte tellement les positions sont inconciliables. Sans parler évidemment des contradictions internes à chaque courant. Les Français eux-mêmes sont très divisés puisque 53 % craignent l’arrivée du Front populaire et 50 % craignent l’arrivée du rassemblement national. Conclusion un risque de chienlit voire de cahot et sous les yeux de la presse internationale présente à l’occasion des JO

Quand on examine les programmes de chaque tendance politique, on peut vérifier qu’ils ont surtout des connotations sociales certes dont certaines sont légitimes mais qui ne sont pas financés en tout cas bien insuffisamment. Faut-il rappeler qu’il y a encore quelques jours le ministre des finances affirmait qu’il cherchait des économies environ  10 milliards pour rendre son budget plus présentable et plus sérieux vis-à-vis des autorités monétaires notamment.

Aujourd’hui dans les trois courants, ce sont des dépenses supplémentaires qui vont de 25 milliards à presque 200 qui sont prévues ( derniers chiffrages approximatifs).

On objectera que les promesses des campagnes ne font pas toujours loin s’en faut le contenu de l’action politique lorsqu’on est en situation de gestion. Mais le désarroi et la déception risquent d’augmenter encore davantage. Le vote des législatives est surtout une sorte de référendum contre Macron non seulement rejeté  par une grande partie de l’électorat et même par  sa propre organisation.

On a donné du mal à trouver un peu de cohérence dans les programmes électoraux bâtis à la  hâte quelques jours qui mettent d’une part sous le tapis les contradictions et insistent surtout sur les dépenses à venir en faisant grandement fi de la situation financière déjà particulièrement grave du pays.

Toutes ces contradictions se traduiront forcément par des conséquences économiques dont la principale se traduira en hausse du coût de l’argent et en inflation pour les ménages comme pour les entreprises. D’où le risque d’une nouvelle perte de compétitivité , de croissance et d ‘emploi.

Bref, Macon a vraiment joué à l’apprenti sorcier et démontrer toutes les limites du personnage bien trop jeune et bien trop inexpérimenté pour conduire le pays de manière cohérente et efficace. Et sa dernière décision ressemble à un chemin vers le chaos.

Élections législatives : la coupable désinvolture de Macron ( A. Bauer)

Élections législatives : la coupable désinvolture de Macron ( A. Bauer)


Le criminologue, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, fustige la décision de dissolution au regard du contexte international et des menaces qui pèsent sur la sécurité des Jeux olympiques. « Un cas d’école pour la science politique », à l’origine duquel l’auteur de « Tu ne tueras point » (Fayard) pointe la coupable « désinvolture » du chef de l’Etat et sa stratégie de « fragmentation et de division ».( dans la Tribune)

Le vote historique en faveur du RN aux européennes n’est pas une surprise. Ses racines sont protéiformes. Quelle est celle qui vous apparaît centrale ?
ALAIN BAUER – L’origine du « moment » que nous vivons depuis le 9 juin peut être datée à 1992 : le rejet populaire du référendum sur la Constitution européenne puis la signature du traité de Maastricht sont les points de bascule. Ils sont le symbole d’un sentiment très fort des Français : leur vœu et leur vote ne sont pas entendus. Alors ils expriment leur désillusion par l’abstention, la colère ou le suffrage de rupture, RN, Reconquête !. Entre ces deux dates, il y a eu les Gilets jaunes, les Bonnets rouges, les militants des Soulèvements de la terre, qui tous illustrent une structuration nouvelle et élargie de la violence sociale.

Le vote aux européennes comme toujours traduit en partie une motivation domestique. Le double sentiment de ne pas être « entendu » à Bruxelles et à Paris est-il identique ?Prenons l’exemple de mon domaine d’expertise : la sécurité. En 2012, la France connait son niveau le plus bas d’homicides et de tentatives depuis 1972. Depuis, la courbe n’a jamais cessé de se redresser. Et dans une intensité inédite. Au point qu’en 2023 le nombre d’homicides et de tentatives – ce que j’appelle les homicidités – atteint le pire record depuis cinquante ans. Ce n’est pas une impression ou un commentaire. Les enquêtes de victimation réalisées au sein de l’Observatoire national de la délinquance sont sans équivoque – elles font notamment le distingo entre les plaintes issues d’une parole heureusement libérée contre les violences intrafamiliales (féminicides, incestes) et les autres – : les Français n’éprouvent plus un simple ressenti d’insécurité, ils expriment leur vécu dans un climat réel de violence. Or ils ont un double sentiment : les attributs de la social-démocratie tels qu’appliqués par Michel Rocard (écouter, dialoguer, négocier, débattre pacifiquement) ne sont plus mis en oeuvre, leur peur et leur colère ne sont pas entendues par l’Etat qui préfère le rapport de force. Citoyennes et citoyens engagent avec lui ce rapport de force et expriment dans la rue et dans les urnes leur déception.

Les difficultés de l’Etat à juguler la violence cristalliseraient donc selon vous l’analyse du scrutin ?

Quand près de 40% d’une population (RN, Reconquête ! et quelques listes complémentaires) manifestent leur mécontentement de la politique sécuritaire et migratoire, il faut peut-être cesser de croire qu’ils sont tous contaminés par un virus saisonnier. Cesser de jeter la faute sur les électeurs, et d’exonérer le politique de sa responsabilité ne va rien changer si on ne répond pas aux questions, bonnes ou mauvaises. La nature de la violence a changé. Même les policiers, mais aussi les pompiers ou les personnes de santé en intervention, sont régulièrement l’objet de guet-apens et d’actes d’une violence inouïe, inimaginables auparavant. L’expansion du trafic de stupéfiants n’est plus circonscrite aux grandes agglomérations, elle empoisonne les petites et moyennes villes. Qui a entendu l’inquiétude de la population qui s’y confronte au quotidien ? Le triptyque négation – minoration – éjection (en français courant : « ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave, ce n’est pas de ma faute »), symptomatique des élus perturbés dans leur préjugés, s’est confirmé de nouveau le 9 juin. La dernière goutte d’eau, celle qui a fait déborder le vase, n’était pas plus importante que les précédentes, simplement c’était celle de trop.

Les effectifs de police et de gendarmerie traditionnellement se mobilisent en forte proportion pour les formations de droite « dure » et d’extrême droite. L’analyse socio-professionnelle du scrutin européen, puis celle des législatives, devraient le confirmer. L’alignement de ces sensibilités sur un pouvoir détenu par le RN augure-t-il le « débordement » des comportements sécuritaires ?

Chez les publics affectés à l’ordre (policiers, gendarmes, …), il existe habituellement une sur-représentation des votes au profit des partis qui l’incarnent. Toutefois, la valeur républicaine à laquelle les forces de l’ordre sont attachées s’est toujours imposée à la couleur politique du pouvoir en place, qu’il soit de droite ou de gauche. Elles servent la sécurité indépendamment de cette coloration, et la structure même de leur hiérarchie est une garantie.

Quel qu’il le soit, le prochain gouvernement enflammera la colère des Français s’il applique brutalement des mesures contraignantes sans les avoir au préalable explicitées et sans avoir convaincu de leur nécessité

 

Pas toujours. Le comportement d’une partie d’entre eux sous le régime de Vichy devrait nous le rappeler…

Il y eut aussi beaucoup de résistants policiers et gendarmes durant l’Occupation. Désobéir aux ordres d’un pouvoir légitime (le Maréchal Pétain fut investi par la chambre du… Front Populaire de 1936) n’est pas toujours aisé. Entre Résistants (de l’intérieur comme de l’extérieur, venus des extrêmes aussi), collabos et entre deux, le choix des fonctionnaires est souvent complexe.

Faut-il attendre du RN au pouvoir qu’il « libère » le cadre d’intervention des policiers et, a contrario, de LFI qu’il le comprime davantage ?

Leur prise à partie et une cassure réelle dans la société du fait du comportement de certains qui prennent en otage le corps de police tout entier, la difficulté à expliquer les processus de sanctions internes (pourtant très nombreux), posent un problème qu’il faudra résoudre par l’exemplarité des comportements. Ce qui est aussi en jeu est le traitement de la légitime défense et de son mode opératoire. La France a fait le choix de lui appliquer des conditions extrêmement restrictives, qui d’ailleurs la distinguent de la plupart des autres pays occidentaux. Plus que les conditions juridiques d’exercice de l’ordre, le plus pénalisant est le temps de la justice – le temps, et non un supposé « laxisme » en réalité infondé. Un temps parfois d’une grande lenteur, qui délite la confiance des Français dans « l’organisation d’ensemble » de la sécurité, notamment en matière de violences physiques et sexuelles. La justice est censée s’exprimer « au nom du peuple français », or elle l’intègre peu à son fonctionnement. Certaines incohérences publiques ne facilitent pas la compréhension commune : les pouvoirs publics étudient l’opportunité d’abaisser le droit de vote à 16 ans mais continuent de vouloir exonérer de ses responsabilités un mineur coupable de violences….

La société française est lardée de fractures, qu’elle exprime sur un spectre très large de violences. La nomination d’un premier ministre RN ou LFI peut-elle ouvrir un cycle de violences inédit ?

D’aucuns s’amusent à le prophétiser, nul n’en sait rien. Le pire n’est jamais écrit. Un bémol, toutefois : quel qu’il le soit, le prochain gouvernement enflammera la colère des Français s’il applique brutalement des mesures contraignantes sans les avoir au préalable explicitées et sans avoir convaincu de leur nécessité. Ou enfin expliquer pourquoi il a changé d’avis faisant mine d’avoir toujours pensé la même chose… La violence des rapports sociaux naît du fait que les pratiques politiques cultivent en permanence la contrainte. Elles ont méprisé une double règle d’or, que Michel Rocard avait bien définie : la négociation doit systématiquement initier la relation, sous peine sinon d’entrer dans des rapports de force violents ; il est possible de négocier efficacement sans imposer de contraintes inutiles à la société. Parler Vrai, équilibrer l’action publique, négocier pour pacifier. La gestion de conflit néo calédonien reste un modèle qui a tenu plus de trente ans avant d’être vandalisé par le « nouveau monde » qui méprise tant l’ancien.

Les forces capables d’influencer le scrutin ont tout intérêt à ce qu’il se déroule dans les meilleures conditions, et qu’il entérine la défaite du camp présidentiel.

Entre d’un côté des menaces protéiformes et de l’autre quelques « trous dans la raquette » de l’organisation, le péril terroriste qui pèse sur les Jeux olympiques et paralympiques est réel. Vous-même depuis plusieurs mois ne cessez pas d’alerter. Prendre le risque de « casser » la tête de l’Etat, en premier lieu celui des ministères de l’Intérieur et des Armées, à quelques semaines de l’événement est-il – trivialement – « irresponsable » ?

Mon inquiétude est grande. Elle continue de grandir. L’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre a montré les limites du fétichisme technologique et les failles béantes du gouvernement de la première puissance de sécurité et de renseignement au monde ; la « dronisation » massive de la guerre en Ukraine ; les vives tensions avec la Russie ; la résurrection de l’État islamique (ISIS K) et la rémanence des structures d’Al Qaeda ; les tensions sociales ou environnementales en France, l’intérêt de groupuscules de déstabiliser, les crises à Mayotte et en Nouvelle Calédonie, les annonces de réforme des retraites ou du chômage, la crise agricole… forment un faisceau de paramètres auquel les Jeux Olympiques constituent par nature une extraordinaire caisse de résonnance. Dans ce contexte, décréter la dissolution de l’Assemblée nationale à ce moment restera un cas d’école pour la science politique. Au-delà même du sujet olympique, le président de la République s’est comporté avec désinvolture en faisant porter aux parlementaires les responsabilités d’une campagne qu’il avait de fait menée lui-même, disqualifiant le Premier ministre et la présidente de l’Assemblée nationale, écartés de sa réflexion. Sa décision envoie à la poubelle des projets de loi déterminants (réforme agricole, aide à mourir, audiovisuel public). Elle entretient la fragmentation et la division. Finalement elle cristallise le cœur de « son » problème : sa relation avec les Français.

Lors du scrutin, des manœuvres cybercriminelles de déstabilisation apparaissent inévitables puisqu’elles sont devenues la règle. Au profit de quoi et de qui ? Le chaos et/ou les forces d’opposition ?

Les forces capables d’influencer le scrutin ont tout intérêt à ce qu’il se déroule dans les meilleures conditions, et qu’il entérine la défaite du camp présidentiel. Voilà pour elles une opportunité formidable, et même un coup du sort inespéré.

En cas, très probable, de défaite du « camp Macron », que faut-il redouter en matière de diplomatie européenne et de politique internationale d’une cohabitation inédite avec l’extrême droite ou l’extrême gauche ?

Les exemples italien et hongrois fournissent quelques clés de lecture : leur dépendance aux mécanismes européens fixe des limites strictes aux aspirations – distinctes – de Giorgia Meloni et de Viktor Orban. D’autre part, nos règles institutionnelles garantissent au chef de l’Etat des prérogatives majeures en termes de politiques diplomatique et de défense. Enfin, là encore le principe de réalité et celui de la stratégie politicienne devraient s’appliquer : la formation politique qui pilotera le gouvernement aura en ligne de mire le scrutin présidentiel de 2027 – voire avant si le 7 juillet la défaite des sortants prend l’allure d’une déroute – et devrait adapter sa politique, notamment étrangère, à cet objectif.

Les citoyens qui doutent ou qui expriment un rejet voteront-ils « en toute connaissance de cause » ?

 

Vous avez été Grand Maître du Grand Orient de France (2000 – 2003). Historiquement et culturellement, le parti de la famille Le Pen a toujours considéré la franc-maçonnerie comme un ennemi. Quand bien même elle n’est plus aussi audible, cette détestation témoigne du choc des « valeurs » entre les deux adversaires. La franc-maçonnerie est de natures, de règlementations, d’aspirations, d’intérêts composites ; toutefois, une fois le RN aux commandes, pourrait-elle se rassembler et former implicitement un arc de résistance ?

En effet, les ADN des obédiences ne forment pas une unité. Grand Orient de France, Droit humain, Grande Loge Féminine estiment qu’ils doivent fortement s’engager dans le débat citoyen, donc parfois politique ; la Grande Loge de France prône la neutralité mais aussi la possibilité exceptionnelle, comme dans l’épisode de 2002, de prendre position ; quant à la Grande Loge Nationale Française, elle se tient à une neutralité complète car participer au débat citoyen en tant que telle serait antinomique avec ses fondements. Le GODF a toujours exprimé des positions claires lorsqu’il considérait que la République était fragilisée. Il est très probable qu’il renouvellera ses vœux dans les prochains jours – moi-même m’y étais employé lors du second tour des présidentielles 2002 opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Mon Convent (assemblée générale) ayant ultérieurement ratifié massivement cette position. Il est inédit que le président du RN Jordan Bardella ait été récemment invité d’un déjeuner de francs-maçons – réunis certes « hors loge ». La liberté absolue de conscience dicte à chaque sœur ou frère d’être totalement libre de porter son suffrage vers le candidat de sa sensibilité. Je ne suis pas habilité à indiquer ce qui est bien et ce qui est mal, et ma sensibilité historique de social-démocrate rocardien est connue de tous. Je résume ma responsabilité à poser les questions que me suggèrent l’analyse des mouvements de société et celle des aspirations que les citoyennes et citoyens expriment dans la rue, dans les urnes ou par d’autres voies. A chacune et chacun en conscience de faire un libre choix démocratique. La question qui se pose est de comprendre pourquoi des organisations politiques minoritaires convainquent autant d’électrices et d’électeurs. Et comment les partis qui s’affirment républicains ont pu perdre autant de terrain. On peut s’offusquer du vote des autres. Mais qui cherche encore vraiment à convaincre les électrices et les électeurs qu’il existerait d’autres chemins pour répondre à leurs doutes, leurs angoisses, leurs colères ? Qu’on peut sortir de la rageosphère ?

Un message pour le 30 juin ?

Voter, parce que la démocratie est notre bien commun le plus précieux. Même si son intime conviction est qu’il faut faire « sauter le système », qu’il faut le sauver même au prix de renoncements, ou qu’il n’existe aucune « bonne solution », chaque citoyen dispose d’une alternative électorale pacifique. Reste une inconnue : sommes-nous tous enclins à « choisir » de manière totalement éclairée ? Les citoyens qui doutent ou qui expriment un rejet voteront-ils « en toute connaissance de cause » ? Voilà qui soulève un enjeu majeur : déployer un processus « pédagogique du vote » pour assurer ce libre-arbitre, essentiel à la validation démocratique du suffrage final. Et de son respect. En ayant tout fait pour préserver ce qui nous permet d’être des Français libres.

SONDAGE – Elections Législatives : le RN toujours en tête

SONDAGE -  Elections Législatives : le RN  toujours en tête

D’après   Opinionway pour CNEWS, Europe 1 et le JDD, publié ce jeudi 20 juin, le Rassemblement national   obtiendrait 35 % des intentions de vote. Le Nouveau Front populaire se classerait en deuxième position avec 27 % des voix, tandis que les candidats de la majorité présidentielle atteindraient la troisième place avec 20 % des suffrages. 

 Les Républicains obtiendraient 7 % des intentions de vote, en baisse de 2 points. Reconquête (-2 points), divers gauche (-1 point), et divers droite (+1 point) récolteraient chacun 2 % des voix. Par ailleurs, 4 % des électeurs choisiraient de soutenir « un autre candidat ». L’extrême gauche (-1 point) et un « autre candidat écologiste » recueilleraient chacun 1 % des suffrages en cas de vote dimanche prochain.

Les résultats détaillés du baromètre révèlent que les 18-24 ans se dirigent principalement vers les candidats du Rassemblement national et ses alliés (35 %) et du Nouveau Front populaire (30 %), tandis que les candidats de la majorité n’obtiendraient que 15 % des voix. Chez les 25-34 ans, la tendance s’inverse avec 48 % d’intentions de vote pour le Nouveau Front populaire et 32 % pour le Rassemblement national et ses alliés. La majorité présidentielle est en tête uniquement chez les 65 ans et plus avec 30 % des intentions de vote.

L’élection se déroulera selon le mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours dans 577 circonscriptions. Pour être élu dès le premier tour, un candidat doit obtenir plus de 50 % des suffrages exprimés et au moins 25 % des voix des électeurs inscrits.Si aucun candidat ne satisfait à ces conditions, les deux premiers seront automatiquement qualifiés pour le second tour, prévu le 7 juillet. Les candidats ayant obtenu plus de 12,5 % des inscrits peuvent également se maintenir, même s’ils sont en troisième ou quatrième position. Lors du second tour, le candidat avec le plus de voix l’emportera, quelle que soit la participation.

Elections Législatives : la fuite en avant des promesses

Elections Législatives  : la fuite en avant des promesses

 

Après la décision du président de la République de dissoudre l’Assemblée nationale et de procéder à de nouvelles élections, le champ politique français apparaît organisé autour de trois blocs : le camp présidentiel avec le slogan Ensemble pour la République, une coalition des forces de gauche intitulée le Nouveau Front populaire et le Rassemblement national. Quant aux Républicains, après leur score de 7 % aux élections européennes et leur division en trois factions, ils ne semblent plus en mesure de peser réellement sur la vie politique française.

 

par 

Professeur et directeur du Mastère Spécialisé Patrimoine et Immobilier, Kedge Business School dans The Conversation 

Restent donc trois forces qui, en vue des élections législatives, viennent de présenter leur programme pour la XVIIe législature de la Ve République. Ces trois forces ont développé, avec plus ou moins de précision et de détails, leur programme économique et budgétaire mais chacun semble faire fi, avec plus ou moins d’intensité, du monde réel. Le retour de balancier et le réveil pourraient être cruels pour des électeurs qui n’auront eu finalement que peu de temps pour faire leur choix. Mais il est vrai que la maîtrise de la science économique n’est pas le point fort des Français préoccupés avant tout par leur pouvoir d’achat à court terme.

Selon les derniers sondages, trois blocs hétérogènes peuvent prétendre, après le 7 juillet, conduire le gouvernement qui selon l’article 20 de la Constitution « détermine et conduit la politique de la Nation ». Le Rassemblement national en tête des sondages avec environ 32 % des intentions de vote a le vent en poupe. Il est en outre favorisé par le mode de scrutin qui renforce le parti hégémonique et peut même rêver d’une majorité absolue avec les troupes de son allié supplétif, Éric Ciotti. Pour asseoir sa crédibilité et espérer gagner les indécis, le RN a sérieusement édulcoré son programme budgétaire depuis la dissolution. Ainsi, le parti dirigé par Jordan Bardella repousse désormais dans un second temps, indéterminé, des mesures coûteuses comme l’abrogation de la réforme des retraites, l’exonération de cotisations patronales sur une hausse des salaires de 10 % (jusqu’à 3 smic) ou l’exonération d’IR des jeunes actifs.

 

Inversement, les partis qui composent l’actuelle majorité présidentielle réunis sous la bannière Ensemble ont nettement desserré les cordons de la bourse et abandonné l’hymne à la rigueur budgétaire vantée encore tout récemment par le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, pour respecter le Pacte de stabilité européen et rassurer les marchés.

À gauche la nouvelle Union populaire écologiste et sociale s’est reconstituée dans l’urgence sous l’étiquette du Nouveau Front populaire en rassemblant des éléments hétéroclites encore plus disparates que lors des législatives de 2022 puisque, sous cette bannière, on trouve aussi bien François Hollande en Corrèze que Philippe Poutou du NPA dans l’Aude. Le programme budgétaire et fiscal est plus à gauche qu’en 2022, et même qu’en 1981, même s’il n’est plus question de nationalisations d’entreprises du secteur industriel ou financier. Il a été qualifié à juste titre par ses auteurs de programme de rupture. Pour répondre à la principale préoccupation des électeurs, le pouvoir d’achat, les trois camps rivalisent de propositions.

Le Rassemblement national veut, dès la séance inaugurale de la prochaine Assemblée nationale le 18 juillet, faire passer sa mesure phare déjà annoncée en 2022 : une baisse massive de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 % (qui coûterait 10 milliards d’euros) et sur le gaz et l’électricité (7 milliards). Le coût global en année pleine de ces mesures s’élèverait dont à 17 milliards d’euros. Cette mesure profiterait à tous les conducteurs, français et étrangers, particuliers et routiers, mais aussi aux distributeurs qui ne répercuteront sans doute pas la totalité de la baisse de la taxe sur les prix proposés aux consommateurs.

Pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages, il serait préférable de ressusciter en le ciblant par exemple sur les actifs en dessous d’un certain revenu, le défunt chèque carburant actuellement en pause en dessous de 2 euros le litre ou d’augmenter le chèque énergie ce qui n’est pas très difficile à mettre en œuvre et coûterait bien moins cher.

Pour financer la mesure, le RN veut supprimer une disposition fiscale réservée aux armateurs dont le coût est estimé à 5,6 milliards en 2024. Cette mesure très décriée est pourtant destinée à lisser l’imposition d’une activité très volatile, puisque le cours du fret est passé de 1 000 dollars avant le Covid à 20 000 dollars le conteneur au moment de la guerre en Ukraine. C’est pourquoi sa suppression rapportera beaucoup moins en moyenne sur plusieurs années. Cette disposition fiscale permet en outre au pays de disposer dans un secteur très compétitif d’un des trois géants du commerce maritime mondial, CMA-CGM dont le siège est à Marseille.

En revanche, l’idée d’exonérer d’IR les médecins retraités qui accepteraient de reprendre du service, si elle est marginale, est originale, utile et peu coûteuse.

De son côté, le Nouveau Front populaire veut prendre vingt actes de rupture, dès les deux premières semaines de la législature, tous axés sur le pouvoir d’achat des ménages. Avec le blocage des prix des biens de première nécessité dans l’alimentation, l’énergie et les carburants, sont prévus l’abrogation pure et simple de la réforme des retraites, l’augmentation des fonctionnaires (soit 30 milliards selon le think tank de gauche Intérêt général), du minimum vieillesse de 10 % et du smic de 200 euros pour atteindre 1600 euros nets. En année pleine, cela représente un coût global d’au moins 40 milliards (le nombre de smicards a progressé de 50 % en 2 ans). Le programme prévoit aussi l’augmentation du minimum contributif jusqu’au niveau du salaire minimum et un minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté.

Viendraient ensuite dans les cent jours « les bifurcations » et enfin les mois suivants « les transformations », comme l’indexation des retraites sur les salaires et celle des salaires sur les prix, une mesure pourtant abandonnée par la gauche au pouvoir en… 1983, au moment du tournant de la rigueur. Bref le coût total de ces mesures atteindrait rapidement entre 150 et 200 milliards par an, ce qui laisse planer quelques doutes sur sa faisabilité, toutes choses égales par ailleurs.

Le financement de ces mesures passerait par la fin des contraintes de maîtrise du déficit public contenues dans le Pacte de stabilité européen. La fiscalité augmenterait significativement pour les privilégiés dès le 4 août (en référence explicite à l’abolition des privilèges de 1789) via l’accroissement de la progressivité de l’impôt sur le revenu qui passerait à 14 tranches (comme en 1983) la progressivité du taux de la CSG, un ISF renforcé avec un volet climatique, la fin de la flat tax, le rétablissement de l’exit tax et une réforme de l’impôt sur les successions pour le rendre plus progressif tout en instaurant un héritage maximum…

Dans la même veine, prétendre taxer, sous l’impulsion de l’économiste Gabriel Zucman, dès mi-juillet, les ultrariches est totalement illusoire du fait d’un prévisible exode massif et immédiat. Comme nous l’avons déjà démontré à plusieurs reprises notamment sur ce site dans un monde ouvert, réduire la base taxable ne peut que diminuer le rendement des impôts et affaiblir l’économie du pays.

À la différence des deux autres blocs qui se revendiquent pro-business, le Nouveau Front populaire réduirait les allégements de cotisation des entreprises et alourdirait leur fiscalité de diverses manières, notamment via une taxation renforcée des transactions financières et la taxation des « superprofits des agro-industriels et de la grande distribution ».

Dans la course à l’échalote des dépenses publiques, le camp présidentiel a confirmé la publication d’un décret durcissant les conditions d’accès à l’assurance chômage au 1er juillet contre l’avis du RN et du Front de gauche, mais prétend sanctuariser les retraites en les indexant sur l’inflation. Ensemble pour la République veut également élargir significativement la prime de partage de la valeur (ou PPV, plus connue sous le nom de prime Macron) qui passerait de 3 000 euros maximum à 10 000 euros toujours sans charges sociales, ce qui réduirait d’autant le financement de la sécurité sociale mais en la soumettant à l’IR.

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Les factures d’électricité baisseraient de 15 % l’hiver prochain soit environ 200 euros par ménage, un complémentaire santé publique à 1 euro par jour serait créé pour ceux qui ne sont pas couverts par la complémentaire gratuite ou à prix réduit et une volte-face est prévue pour relancer le leasing social pour les véhicules électriques. Cette fois, il serait ciblé sur les personnels soignants. Enfin, l’exonération des frais de notaire pour l’achat de biens inférieurs à 250 000 euros (soit une économie de 10 000 à 20 000 euros par achat) est destinée à relancer le marché immobilier.

Quels que soient le ou les vainqueurs, le principe de réalité va rapidement s’imposer. Il prendra d’abord la forme du droit car le Conseil constitutionnel censurerait évidemment toute velléité d’instaurer un héritage maximum au visa, entre autres de l’article 2 de la Déclaration des droits.

La réduction de la TVA sur les produits énergétiques est contraire au droit de l’UE et exposerait la France à une amende car ces taux sont harmonisés précisément pour éviter tout dumping, les carburants étant explicitement exclus des taux à 5,5 % depuis 2022 pour faciliter l’agenda de décarbonation et l’interdiction des véhicules thermiques neufs en 2035.

Le second risque est bien connu : il s’agit de l’économie puisque la hausse des charges sur les entreprises voulue par le Nouveau Front populaire est critiquée par le Medef qui fustige l’irrationalité des mesures et par le CGPME qui dénonce le retour d’une économie administrée et un scénario budgétaire identique à celui de la Grèce. Ils estiment que ces mesures entraîneraient très rapidement une flambée du chômage à court terme. Les enfants chéris du macronisme ne sont pas en reste puisque la French Tech s’inquiète d’une hémorragie de talents et de capitaux étrangers.

Enfin, le troisième risque est bien sûr financier. Comme nous l’avons rappelé à plusieurs reprises sur ce site depuis le début de l’année, la France arrive au terme des 44 dispendieuses ou 44 années d’indiscipline budgétaire. Malgré la résilience d’une économie riche et diversifiée, la persistance d’un déficit public supérieur à 5 % et d’une dette de 110 % du PIB réduit à néant les marges de manœuvre budgétaires dont disposait encore le programme commun de la gauche en 1981. À l’époque, le gouvernement de Raymond Barre avait laissé des comptes publics à l’équilibre et une dette de seulement 20 % du PIB alors qu’en juin 2024 la Commission européenne va déclencher une procédure pour déficit excessif contre la France. Malgré les promesses des uns et des autres, le 9 juin 2024 pourrait ainsi marquer la date symbolique de la fin de l’insouciance budgétaire.

Elections Royaume-Uni : l’extrême droite devant les conservateurs

Elections  Royaume-Uni : l’extrême droite devant les conservateurs

Les conservateurs du Premier ministre britannique Rishi Sunak sont pour la première fois devancés par le parti anti-immigration Reform UK . Selon cette étude réalisée pour le « Times », publiée précisément à mi-parcours de la campagne au Royaume-Uni, les travaillistes restent toujours largement en tête avec 37 % (-1 point) d’intentions de vote pour les élections législatives du 4 juillet .

La nouveauté vient du fait que le parti de Nigel Farage, héritier de l’Ukip, arriverait en seconde position avec 19 % des intentions de vote (+2 points), devant les conservateurs (18 %). Certes, l’écart reste inférieur à la marge d’erreur des sondeurs et doit encore être confirmé dans la durée.

Mais le croisement des courbes reflète une dynamique favorable à l’extrême droite depuis l’entrée en campagne de Nigel Farage , qui avait pris tout le monde par surprise. « C’est tout à fait remarquable », a-t-il applaudi sur la BBC vendredi matin.

Cette montée de l’extrême droite sanctionne une campagne laborieuse de Rishi Sunak. Après avoir déclenché l’élection de manière anticipée sans avoir un soutien franc de son camp.

 

Elections Législatives : Menace des marchés financiers

Elections Législatives  : Menace des marchés financiers

La fragilité de la France est évidemment son d’endettement qui représente environ  110 % de la richesse nationale annuelle. La France est condamnée à emprunter bien sûr pour ses investissements mais aussi pour assurer son fonctionnement du fait du déficit chronique du budget (et aussi de la sécu). Avec les changements politiques intervenus ce dimanche,  les marchés financiers ont décidé en quelque sorte de punir le pays avec une différence par exemple qui s’accroît entre les taux d’intérêt consentis pour les obligations allemandes ( prêts aux états) et les obligations françaises.

L’agence de notation Moody’s, qui avait maintenu fin avril la note souveraine de la France, a prévenu aujourd’hui que les élections législatives anticipées pourraient avoir un impact négatif sur la perspective de la note, et même sur la note elle-même. « L’instabilité politique potentielle constitue un risque de crédit compte tenu de la situation budgétaire difficile dont héritera le prochain gouvernement », souligne notamment l’agence, qui redoute plus que tout un blocage institutionnel dans l’hypothèse d’une nouvelle assemblée sans majorité de coalition.

La France est également la cible sur les marchés actions. Le CAC 40, l’indice des 40 plus grandes entreprises  a chuté de 2,66% à 7503,27 points, portant ses pertes depuis lundi à 6,2%.

Pour les ménages et les entreprises sera sans doute une hausse assez significative de l’inflation qui va se nourrir de l’augmentation du de l’argent emprunté pour financer les promesses électorales. En clair, la France pourrait connaître après la crise politique, une crise financière. Une inquiétude toutefois à relativiser car les promesses de campagne ne sont pas toujours loin s’en faut les décisions prises une fois au pouvoir

 

 

Élections législatives : l’union de la gauche, le meilleur moyen de reculer encore

Élections législatives : l’union de la gauche, le meilleur moyen de reculer encore

Après la décision surprise de Macron de dissoudre l’Assemblée nationale et de provoquer de nouvelles élections, la question se pose d’ores et déjà de l’hypothèse d’une nouvelle union de la gauche. En tout cas,c’est ce que envisage la plupart des médias et certains responsables notamment chez les insoumis.

Le problème, c’est que pour  cette nouvelle union de la gauche , la défaite risque d’être encore plus dévastatrice en termes de résultats électoraux. En effet d’une façon générale insoumis, écolo et marxistes du parti socialiste font l’objet d’un rejet massif de la part de la population. Un front uni serait l’association de leurs faiblesses alors qu’individuellement ils peuvent espérer sauver les meubles mais sans doute pas envisager de récupérer la majorité.

En outre la bataille dans l’hypothèse d’une union risque d’être sanglante pour les investitures. En effet les insoumis vont continuer de réclamer la majorité des sièges alors qu’ils ont été largement battus par les sociaux-démocrates de Glucksmann. Ces derniers surtout éventuellement alliés  avec les écolos voudront occuper la majorité des investitures.

Le mieux pour tous serait qu’ils se présentent sous leurs drapeaux respectifs au premier tour au lieu de constituer une nouvelle alliance complètement hétéroclite de bobos, de communistes et de sociaux-démocrates.

Élections européennes : montée des partis nationalistes

Élections européennes : montée des partis nationalistes

Recul des partis traditionnels , monté des nationalistes et relative défaite des écolos marquent le résultat de l’élection européenne.

À droite, le groupe du Parti populaire européen, auquel appartient les Républicains français, devrait rester le plus important, avec 189 élus selon les projections du Parlement européen, en légère hausse par rapport à la mandature précédente.
La droite nationaliste et l’extrême droite sont divisées entre les groupes des Conservateurs et réformistes européens (ECR) et Identité et démocratie, qui obtiennent respectivement 72 et 58 sièges, contre 68 et 59 jusqu’ici.

La gauche, à l’inverse, décroche, même si les sociaux-démocrates devraient rester la deuxième force du Parlement de Strasbourg, avec 135 élus. De son côté, le groupe écologiste chute, passant de 72 eurodéputés lors de la mandature sortante à 53 tandis que le groupe de la gauche, où siège la France insoumise, en obtient 35.

 

Jusqu’alors, aucun parti politique ne détenait la majorité absolue au sein du Parlement européen, qui comptait jusqu’ici 705 eurodéputés.

Conclusion, le jeu des alliances sera un peu plus complexe que précédemment avec sans doute notamment des unions de circonstances.

Élections Européennes: Caricature de démocratie ?

 
Un haut fonctionnaire tenu à l’obligation de réserve Il y a déjà 35 ans faisait de graves réserves quant au caractère démocratique des élections européennes dans le Monde

N’en déplaise à ceux qui s’inquiètent du taux d’abstention, et dût-on me traiter de mauvais citoyen, je ne voterai pas aux élections européennes. Je refuse de participer au mode de scrutin choisi (il y a dix ans) pour la désignation des parlementaires français, car c’est une caricature de démocratie. La présentation de listes (bloquées) au niveau national n’offre à l’électeur qu’un rôle marginal dans le choix de ses représentants et, ensuite, le prive de la possibilité de sanctionner le travail de l’élu si celui-ci se porte de nouveau candidat (ou plutôt si sa formation politique en décide ainsi) au terme de son mandat.

 
En réalité, le système adopté, que les appareils des partis avaient déjà essayé d’imposer pour les élections législatives nationales au lendemain de la guerre, représente pour eux l’idéal, puisqu’il leur permet pratiquement d’assurer l’élection des candidats placés en  » position éligible « , l’incertitude ne jouant que sur une  » zone grise  » dans chaque liste. De son côté, le citoyen se trouve confronté à une panoplie de listes qui reflètent, non pas différentes options de politique européenne, mais essentiellement des considérations de politique intérieure évoquées dans des cénacles fermés et sur lesquelles il n’a pas eu son mot à dire.

 
Ayant fait son  » choix  » d’une de ces listes, il est invité à entériner un cocktail qui peut inclure des personnes de valeur, mais comprend aussi généralement des vedettes dont certaines n’ont aucunement l’intention de siéger régulièrement à Strasbourg et des apparatchiks qui n’ont jamais réussi à se faire élire ou osé se présenter dans une circonscription législative.Or, on ne peut pas s’empêcher de rapprocher ce mode de scrutin _ qui revient à une quasi-désignation des futurs parlementaires par les états-majors politiques _ des avantages matériels dont nos  » élus  » bénéficieront et qui sont excessifs au regard de la sinécure que constitue le mandat européen pour un trop grand nombre d’entre eux. Ainsi le Parlement européen offre une belle réserve de prébendes aux appareils politiques. C’est là un sujet tabou que ceux-ci se sont bien gardés d’aborder.

Élections européennes : trop de listes

Élections européennes : trop de listes

 

 

Avec  35 listes, on touche le ridicule démocratique pour les élections européennes surtout compte tenu de l’objet ésotérique de certains courants de pensée. Pierre Larrouturou,  lui,  va jusqu’à demander à ses éventuelles électeurs ( moins de 1 %) de voter utile en faveur d’Europe écologie les Verts menacé de ne pas atteindre les 5 % de voix nécessaires pour obtenir des députés. Dommage évidemment qu’il n’est pas réfléchi avant et qu’il n’est pas été possible de procéder à un filtrage pour ne retenir que les listes réellement représentatives .

. Estimée à 0,5% d’intentions de vote dans le dernier «rolling» Ifop-Fiducial pour Le Figaro , LCI et Sud Radio, la tête de liste «Changer l’Europe» Pierre Larrouturou a annoncé qu’il ne sera «pas réélu dimanche», dans une vidéo publiée jeudi sur ses réseaux sociaux. Député européen depuis 2019, il considère que sa «campagne a été très difficile». En cause ? Les «grands médias où il a été très difficile de se faire entendre». Il est «évident qu’on ne passera pas la barre des 5%, qu’on ne pourra pas être élus».

«On risque aussi de perdre cinq députés écolos au Parlement européen et d’en donner trois élus de plus pour l’extrême droite et la droite.» Raisons pour lesquelles il va voter pour sa concurrente EELV, «le seul vote utile», «sans aucun plaisir, mais sans aucune hésitation» !

Le métier d’ingénieur : en péril car trop mal payé

 Le métier d’ingénieur : en péril car trop mal payé

Valérie Rialland, conseillère départementale les Républicains et professeure en lycée, alerte sur la pénurie d’ingénieurs et appelle à «une réforme en profondeur de notre système éducatif et industriel».( dans la Figaro)

D’autres ont été découragés par le système de sélection, qui ne valorise pas suffisamment les écoles qui ne font pas partie du «Top 10». Pourtant, même les diplômés d’une «petite» école d’ingénieurs trouvent un job sitôt diplômés. Le dernier stage devient souvent le premier emploi.

Pourtant, là encore, les chiffres ne mentent pas : il faudrait au moins 20.000 ingénieurs diplômés en plus tous les ans en France pour faire face aux nombreux défis auxquels notre pays est confronté : transition énergétique, relance du nucléaire, intelligence artificielle, leadership dans l’aérospatial, relance de l’industrie d’armement, réindustrialisation.

Soyons clairs : les écoles d’ingénieurs peinent à attirer suffisamment de talents, notamment à cause de la désaffection pour les matières scientifiques au lycée, exacerbée par la réforme du bac en 2019.

Tant et si bien que les élèves qui sortent du bac avec une mention très bien subissent un «choc» à leur arrivée en prépa, et se «prennent des taules», passant de seize à quatre de moyenne. Quand ce n’est pas tout simplement zéro. Les professeurs de prépa sont excédés par le niveau des élèves qui intègrent, qui n’est pas du tout à la hauteur des attentes des grandes écoles d’ingénieurs, dont les concours sont encore – heureusement – perçus comme très durs.

 Pire encore : les diplômés des écoles prestigieuses comme Centrale Supélec, donc, ingénieurs, se tournent pourtant de plus en plus vers des carrières dans la finance, le conseil et l’informatique, attirés par des salaires plus élevés et des opportunités internationales plus attrayantes, notamment grâce au prestige des grandes écoles d’ingénieurs françaises ! Par exemple, entre dix et 20% des centraliens rejoignent des cabinets de conseil, et beaucoup optent pour des secteurs comme la finance et l’assurance, laissant le secteur industriel en manque cruel de tête bien remplies.

L’équation est simple : En France, un ingénieur gagne en moyenne 47.663 euros par an​​, tandis qu’un consultant junior chez McKinsey peut espérer toucher entre 100.000 et 150.000 dollars par an ! Un job de manager se négocie à plus de 400.000 dollars​​. À ces conditions, à quoi bon devenir ingénieur ?

L’attractivité des filières scientifiques et techniques pour les filles demeure un autre défi majeur. Actuellement, seulement 28% des élèves des écoles d’ingénieurs sont des jeunes femmes. Où sont les autres ? La Société des ingénieurs et scientifiques de France a récemment alerté sur le manque de filles dans les filières scientifiques et a appelé à agir dès à présent pour inverser la tendance. Malgré une légère augmentation de la proportion de filles passant un bac scientifique jusqu’à 47% avant 2019, la réforme du bac a provoqué une chute dramatique, réduisant de 61% le nombre de filles recevant plus de six heures de cours de maths en terminale​​. Pour remédier à cette situation, il faut absolument pousser les filles à intégrer les filières scientifiques : les métiers qui en découlent ne sont pas, ne sont plus des pré carrés masculins !

Il est crucial de repenser notre approche de la formation et de l’employabilité des ingénieurs. De plus, il est impératif de modifier les programmes scolaires pour redonner goût aux sciences dès le plus jeune âge.

La formation des ingénieurs doit devenir une priorité nationale, la France doit se donner les moyens de non seulement combler le déficit actuel d’ingénieurs, mais aussi d’engager une réforme en profondeur de notre système éducatif et industriel. La réussite de ma fille, de vos enfants, et de tous les jeunes talents de notre pays en dépend, tout comme l’avenir industriel et économique de la nation.

 Il est temps de prendre des mesures audacieuses pour assurer l’avenir de la France qui, à l’heure de l’intelligence artificielle, de la transition énergétique, de l’épuisement des ressources naturelles, du tsunami de «vieux» qui pointe à l’horizon, et des nombreux autres défis qui sont devant nous, passera forcément par la science et donc, entre les mains d’ingénieurs. Français, et pas chinois, indiens, ou américains !

 

Elections européennes 2024 : des enjeux pour le climat

Elections européennes 2024 : des enjeux pour le climat

 

Sur le montant de nos impôts, le calcul de nos retraites, l’organisation de notre système éducatif ou de santé, l’Europe n’est pas décisionnaire. En matière de climat, cependant, elle pèse lourd. Les objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre sont décidés à l’échelle de l’Union européenne (UE). Ainsi, c’est le Conseil des chefs d’État qui a adopté l’objectif de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2030 pour viser la neutralité en 2050, décision ensuite traduite dans la loi par les députés sortants du Parlement européen. L’UE joue également un rôle crucial dans la mise en œuvre des politiques climatiques. Les normes réglementaires, comme celle abondamment discutée par les candidats sur l’interdiction des ventes de voitures neuves thermiques à partir de 2035, sont européennes. C’est enfin l’UE qui a la main sur le système d’échange des quotas de CO₂, grand absent des débats malgré son rôle dans les réductions d’émission. Pour mieux cerner les enjeux climatiques du scrutin, examinons où en est l’UE en matière de réduction d’émissions et les leviers dont elle dispose pour atteindre l’objectif de – 55 %.

 

par  , Professeur d’économie, fondateur de la chaire « Économie du climat », Université Paris Dauphine – PSL dans The Conversation.

En 2023, les émissions brutes de l’UE (mesurées hors séquestration du CO2 par les forêts) sont en recul d’un tiers par rapport à 1990. Contrairement à une idée reçue, cette baisse ne résulte pas de délocalisations d’émissions de CO2 que nous réimporterions via l’achat de produits émetteurs à des pays tiers. Depuis 2005, l’empreinte de consommation de l’UE, qui inclut ces émissions incorporées aux importations, diminue au même rythme que les émissions sur le territoire de l’UE.

S’il a fallu 33 ans pour réduire de 33 % les émissions, atteindre – 55 % sur les 7 ans qui restent d’ici 2030 est-il un objectif atteignable ? Il faut en réalité distinguer deux périodes :

  • Les émissions de l’UE ont stagné entre 1990 et 2005.
  • Depuis 2005, elles suivent une tendance baissière de 2 % par an, une fois gommées les fluctuations de court terme.
Évolution des émissions de gaz à effet de serre de l’UE. Agence Européenne de l’Environnement (estimation provisoire pour 2023), Fourni par l’auteur

La cause de cette rupture de tendance est clairement identifiable. 2005 marque le démarrage effectif des politiques climatiques européennes, avec l’entrée en vigueur du Protocole de Kyoto et celle du système d’échange de quotas de CO₂.

Pour atteindre l’objectif de – 55 %, il faudra doubler ce rythme de baisse tendanciel d’ici 2030. C’est l’objet de la panoplie des mesures du « Pacte vert » et de leurs déclinaisons sectorielles. Si on conteste ces mesures, ce qui est bien sûr le droit de chacun en démocratie, il faudra leur proposer des substituts ou renoncer à l’objectif de -55 %. C’est dans ces termes qu’il conviendrait d’organiser le débat public.

Deux secteurs, la production d’énergie (électricité, chaleur, raffinage du pétrole) et l’industrie ont réalisé 80 % des réductions d’émissions (voir tableau ci-dessous). Ce sont les secteurs couverts par le système d’échange des quotas dont la réforme est un maillon essentiel du Pacte vert.

Un prix élevé du quota de CO2 accélère l’arrêt des centrales électriques utilisant le charbon ou d’autres combustibles fossiles. La suppression des allocations gratuites de quotas encore accordées à l’industrie manufacturière, couplée à la taxe carbone à la frontière, devra faciliter la décarbonation des procédés industriels les plus émetteurs en protégeant les secteurs concernés (acier, ciment, engrais…) de la concurrence des pays tiers.

Or, les candidats plébiscitent la taxe à la frontière mais bottent en touche sur les autres volets de la réforme du marché des quotas de CO2.

Les émissions générées par le transport – un quart du total, un tiers si on inclut les transports internationaux – sont encore nettement au-dessus de leur niveau de 1990. C’est dans ce secteur qu’il faut impérativement trouver des réductions d’émission supplémentaires d’ici 2030 en s’attaquant aux transports routiers, principale source d’émissions de CO2 du secteur, mais aussi à l’aérien et au fret maritime.

L’électrification des véhicules, visée sur les nouveaux véhicules par les normes européennes, n’est que l’un des vecteurs de cette transformation. Il faudra aussi jouer sur le partage entre transports individuels et collectifs, la vitesse des déplacements, leur nombre, l’organisation de la logistique. L’inclusion des transports domestiques dans un second système de quotas de CO2, à partir de 2027, devra faciliter cette transition vers la mobilité bas carbone qui implique aussi de repenser l’organisation des mobilités à l’échelle des territoires.

On aurait aimé que les candidats se prononcent sur les conditions sociales et économiques permettant l’émergence de cette mobilité bas carbone qui va impacter nos modes de vie.

Pour viser l’objectif de – 55 %, il faudra également consolider les baisses d’émissions dans l’agriculture et les bâtiments. La période récente a vu une accélération des réductions d’émission liées à l’usage des bâtiments (résidentiels ou professionnels), avec le renchérissement des factures à la suite du conflit ukrainien, mais aussi grâce au déploiement des pompes à chaleurs dont les effets s’additionnent à ceux des rénovations thermiques des bâtiments.

Sur l’agriculture, l’évolution récente a plutôt pris l’allure d’un tête-à-queue. La baisse passée des émissions agricoles, notamment dans l’élevage bovin, a été le reflet des difficultés économiques des producteurs, bien plus que le résultat de politiques climatiques embryonnaires. La PAC, par laquelle transite la majorité des soutiens agricoles, n’a que marginalement intégré les enjeux climatiques via des écoconditionnalités. Sous la pression du mouvement des agriculteurs, l’Europe a reculé sur les volets agricoles du Pacte vert qui privilégiaient la norme sur les instruments d’accompagnement économiques ou financiers.

Au-delà de formules incantatoires sur la souveraineté alimentaire ou l’agroécologie, il y a urgence à reconstruire la PAC pour assurer la résilience de l’agriculture européenne face au dérèglement climatique et faire refluer ses émissions. C’est particulièrement le cas en France où l’agriculture compte pour 20 % des émissions nationales, contre 11 % dans l’ensemble de l’UE.

Sur les émissions brutes, l’UE est dans la bonne direction, avec un gros bémol pour l’agriculture, mais pas dans le bon tempo. On vient de le voir. Ce n’est pas le seul levier à mobiliser pour atteindre l’objectif de réduction de 55 %. Cela implique aussi de porter la séquestration du CO2 atmosphérique grâce aux forêts et aux autres puits de carbone à 310 millions de tonnes (Mt) de CO2 en 2030 (34 Mt pour la France). Or, en matière de séquestration du CO2, ce n’est pas le tempo qui est insuffisant, mais la direction suivie qui est mauvaise.

La capacité d’absorption des puits de carbone naturels de l’UE a perdu un peu plus de 100 Mt durant la dernière décennie et a été divisée par deux en France. La superficie des massifs forestiers continue de s’étendre, mais la croissance des arbres est affaiblie par les changements climatiques : sécheresses, tempêtes, incendies et surtout remontée des invasifs qui propagent de nouvelles maladies. Comme pour l’agriculture, il y a urgence à construire des politiques publiques qui protègent la capacité des puits de carbone forestiers face au durcissement des conditions climatiques.

Pour atteindre l’objectif européen de – 55 % en 2030, chaque pays contribue différemment suivant la structure de son économie et ses contraintes domestiques. Ainsi, la France vise un objectif de réduction de – 50 % par rapport à 1990 et l’Allemagne de – 67 %. Les deux pays suivent des stratégies différentes en matière énergétique pour atteindre ces objectifs. L’Allemagne a choisi de se retirer du nucléaire et d’investir massivement dans l’énergie renouvelable. Pour certains, cette stratégie est une impasse conduisant à une « relance du charbon ». Pour d’autres, c’est la preuve que le renouvelable est «  la solution ».

Examinons les faits. En 2023, l’Allemagne émet encore 8 tonnes équivalent CO2 par habitant, quand la France est descendue à 5,5 tonnes. L’écart provient principalement de la production d’électricité bien moins émettrice en France, où les trois-quarts du courant sont fournis par le parc nucléaire.

Mais l’Allemagne réduit nettement plus rapidement ses émissions qui sont, en 2023, en recul de 56 % sur le niveau de 1990, contre seulement – 30 % en France. L’écart résulte principalement de la forte baisse des émissions du secteur électrique allemand, où le charbon ne fournit plus que 26 % de l’électricité en 2023, contre près de 50 % 10 ans auparavant, grâce au développement accéléré des renouvelables. Il n’y a donc pas de relance du charbon en Allemagne, contrairement à une opinion répandue en France.

Pour autant, l’option de sortir en priorité du nucléaire a un coût élevé pour le climat, car elle ralentit le désinvestissement du charbon. L’arrêt de huit réacteurs à la suite de la catastrophe de Fukushima en 2011 a entraîné un recours accru aux centrales thermiques jusqu’en 2015. Sur la période récente, la fermeture des dernières centrales nucléaires (totale depuis avril 2023) a pesé sur l’offre d’électricité décarbonée en Allemagne et a contribué à la reprise temporaire des émissions du secteur électrique en 2021 et 2022.

Si l’Allemagne était sortie du nucléaire plus progressivement, les investissements massifs dans le renouvelable auraient permis un recul encore plus rapide des émissions de CO2.

L’exemple allemand nous montre combien il est important, dans le débat sur le nucléaire, de distinguer les choix concernant l’utilisation du parc existant de ceux concernant le nouveau nucléaire. Des éléments à verser au débat de ce côté du Rhin, si un jour les choix énergétiques y sont discutés au Parlement comme le prévoit explicitement la loi.

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