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Rééquilibrage social : Macron rappelé à l’ordre par trois économistes proches

Rééquilibrage social : Macron rappelé à l’ordre par trois économistes proches

Une critique très forte sur le fond concernant le manque de rééquilibrage gouvernemental mais aussi une critique sur la forme car non seulement Macron traîne l’étiquette de président des riches mais il a tendance à s’en vanter avec des mesures assez inopportunes comme par exemple les exonérations fiscales de certains résidents qui partent à l’étranger. Pas sûr que Macon apprécie vraiment ce rappel à l’ordre de  trois économistes proches qui l’ont aidé à bâtir son programme électoral. Les trois personnalités dénoncent la relative indifférence du pouvoir par rapport à la question sociale. Philippe Aghion, Philippe Martin et Jean Pisani-Ferry qui furent parmi les plus fervents supporters de macro regrette que le thème de la lutte contre les inégalités d’accès, qui était constitutif de l’identité politique du candidat, est occulté». La réforme de l’assurance-chômage est notamment pointée du doigt.  Les trois auteurs suggèrent donc au président de présenter des «objectifs concrets» en matière de sous-emploi des jeunes, sortie du chômage de longue durée et d’ouverture des postes de responsabilité. Ils affirment ainsi qu’ «il ne faut pas réduire la prime d’activité».». Ils se déclarent en revanche favorables à une réforme des dispositifs pour les personnes à l’activité réduite, à la réduction de la durée d’allocation-chômage conditionnée à l’évolution du taux de chômage, et demandent, comme la CFDT, la nomination de plus de représentants salariés dans les conseils d’administration.

En matière fiscale, ils suggèrent de revoir les aides sectorielles aux entreprises et «le maquis des aides à l’innovation». «». Ils encouragent aussi le président à taxer plus lourdement les «très grosses successions», car «les enfants des innovateurs sont souvent des rentiers». Objectif, mettre un terme à l’étiquette de «président des riches». Enfin, ils recommandent un étalement de la suppression de la taxe d’habitation dans le temps. Dans le détail, ils suggèrent de «différer» la mise en œuvre de cette réforme «pour les 20% les plus aisés» pour la «coupler avec une réforme de la fiscalité locale et l’introduction d’une taxe foncière progressive».

Interrogés par Le Monde, les trois économistes se refusent à tout commentaire.

 

 

Les 35 heures : le coup final au manque de compétitivité , deux économistes font le bilan

Les 35 heures : le coup final au manque de compétitivité ,  deux économistes font le bilan

 

Deux économistes Éric Meyer keynésiens plutôt de gauche et Nicolas Bouzou économiste libéral font le bilan des 35 heures dans un échange sur le Figaro. Pour l’homme de gauche le bilan lui semble « partagé » (nuance sémantique pour indiquer quand même que les 35 heures ne sont pas parvenues à créer l’emploi espéré), à l’inverse Nicolas Bouzou ou considère que cette mesure a constitué le dernier fatal porté au manque de compétitivité. Les deux experts pensent cependant que d’autres facteurs explicatifs sont à prendre en compte. Un détail cependant, l’économiste Eric Meyer reprend à son compte la conséquence immédiate de 300 à 400 000 emplois mais ne parle pas des emplois ensuite supprimés du fait des 35 heures( autour d’un million)

Les 35 heures ont-elles été positives pour l’économie française? Ont-elles créé des emplois?

 

Eric Heyer - Il faut d’abord faire une précision. Quand on parle des 35 heures, on parle des lois Aubry I et II, c’est-à-dire de la baisse de la durée légale du temps de travail mais aussi – en contrepartie – de l’annualisation du temps de travail, de la baisse des cotisations sociales pour les entreprises, du forfait jours et de la réorganisation de la production. Dire «les 35 heures», c’est réducteur, car la France n’a pas fait que baisser la durée du temps de travail. Pour moi les lois Aubry – si on se base sur les bilans officiels de l’Insee et de la Dares (le service statistiques du ministère du Travail, NLDR) – ont créé entre 300.000 et 400.000 emplois. Ça a créé des emplois mais ça n’a pas permis de faire baisser durablement le chômage. Le bilan des 35 heures est mitigé, ce n’est ni la catastrophe comme le disent certains mais ça n’a pas non plus créé 2 millions d’emplois comme d’autres l’espéraient. En revanche, il est vrai que les 35 heures ont dégradé les finances publiques: il restait un surcoût car les baisses de cotisations n’ont pas été financées par le surplus de croissance attendu.

 

Nicolas Bouzou - Économiquement, les 35 heures n’ont pas permis de créer d’emplois. Certains se basent sur des études, notamment de l’Insee, mais ils les lisent mal. Ce que disent ces études, c’est que ce sont les mesures d’accompagnement et d’allégement de charges qui ont créé des emplois. Mais les 35 heures en elles-mêmes n’ont pas eu d’impact positif avéré sur l’emploi. Je pense que globalement, on tend à exagérer l’impact des 35 heures, qui sont avant tout une mesure politique. La gauche pense que c’est une mesure emblématique qu’il ne faut surtout pas attaquer pendant que la droite dit que c’est un drame.

 

Certains disent que les 35 heures ont dégradé la compétitivité de la France, êtes-vous d’accord?

 

Eric Heyer - Non, c’est faux. Les chiffres montrent que les parts de marché françaises ont commencé à diminuer à partir de 2001 et 2002. Certains disent que c’est à cause des 35 heures mais en 2001 les économies européennes ont connu plusieurs chocs, notamment l’entrée de la Chine dans l’OMC (Organisation mondiale du commerce, NLDR) et la forte appréciation de l’euro par rapport au dollar. Le troisième choc, c’est que l’Allemagne a mis en place l’agenda Schröder de baisse du coût du travail quand la France a mis en œuvre les 35 heures. Avec tout cela, la France a perdu en compétitivité et a perdu des parts de marché, tout comme d’autres pays européens tels que l’Espagne ou l’Italie. Si on regarde l’évolution des coûts salariaux unitaires en France entre 1997 et 2002, ils ont d’ailleurs progressé dans la moyenne et n’ont pas augmenté plus que la moyenne de la zone euro.

 

Nicolas Bouzou - Les 35 heures ne sont pas responsables du manque de compétitivité de la France, qui date de la fin des années 1990. Lorsque les 35 heures ont été mises en œuvre, il y a eu une accélération de la baisse de nos parts de marché à l’international et une accélération de la désindustrialisation. Mais c’est surtout lié à la montée en puissance de pays émergents, comme la Chine, et au fait que l’Allemagne ait renforcé sa compétitivité. Les 35 heures n’ont pas été positives pour l’économie française mais ce n’est pas un drame, comme certains le disent. Ça a un peu contribué à dégrader notre compétitivité mais ce n’est pas le seul élément: on n’a pas assez investi dans l’innovation, notre industrie n’a pas réussi à monter en gamme et la grille salariale a beaucoup augmenté dans l’industrie car on revalorisait le Smic tous les ans.

 

Dans quels secteurs ont été appliquées les 35 heures et quel a été leur impact? Certains observateurs évoquent une forte hausse de la productivité…

 

Eric Heyer - Les grandes entreprises industrielles y ont gagné mais les petites boîtes moins, car pour être gagnant il fallait pouvoir se réorganiser et avoir beaucoup de salariés au niveau du Smic. Certains secteurs ont aussi été complètement désorganisés. La loi Aubry I était facultative mais est devenue une réalité en 2000. On a dit aux entreprises «vous avez 2 ans et demi pour vous préparer à ce choc» mais l’administration ne s’est pas préparée. L’hôpital a par exemple été complètement désorganisé: manque d’infirmières, heures supplémentaires gigantesques non payées…. Ça été très mal géré, il a même fallu aller chercher des infirmières en Espagne. Selon les secteurs, la baisse du temps de travail n’a pas eu la même incidence. Dans l’industrie on est passé au travail en 3×8: on a augmenté le temps de travail des machines et on a augmenté la durée d’utilisation des équipements. Les 35 heures, c’était surtout pour l’industrie. Il faut aussi noter que les 35 heures payées 39 ont été compensées par une hausse de la productivité horaire. Les cadres, qui étaient au forfait jours, ont vu une hausse de leurs jours de congé. Ils sont passés de 220 jours à 210 jours de travail par an mais avec une réaffirmation de la durée journalière de travail de 13 heures. Globalement, on a dit aux cadres «tu as 10 jours de repos en plus mais tu dois faire la même tâche qu’avant». Pour un cadre, la réduction du temps de travail a été difficilement compréhensible.

 

Nicolas Bouzou - Les 35 heures ont surtout été appliquées dans certains secteurs, comme dans les industries à faible et moyenne valeur ajoutée. Avec la diminution du temps de travail, le coût horaire du travail dans l’industrie a augmenté malgré les allégements de charges. La mise en place a été catastrophique dans la fonction publique hospitalière, les gens ont fait des heures supplémentaires qu’on ne pouvait plus leur payer. Au niveau de la productivité ça n’a pas été bon car ça a contraint les gens à faire beaucoup de travail dans un temps diminué. Or il faut aujourd’hui des modes de travail plus flexibles, avec la possibilité de travailler un peu chez soi ou le week-end. Finalement, les 35 heures ont conduit à «charger la barque». Sans s’avancer, on peut imaginer que ça a eu une responsabilité dans l’augmentation des burn-out.

 

Vingt ans après, que reste-t-il des 35 heures?

 

Eric Heyer - Les 35 heures n’ont en réalité duré que de 1998 à 2002. Elles ont été progressivement détricotées dès janvier 2003: les lois Fillon de 2003 ont donné des baisses de cotisations à tout le monde et augmenté le contingent d’heures supplémentaires qui était jusqu’alors de 130 heures par an et par salarié. Ce qu’il reste, c’est la durée légale de 35 heures, c’est-à-dire qu’à partir de 35 heures, on fait des heures supplémentaires. Il y a aussi de plus en plus de salariés qui sont au forfait annuel de 1607 heures. Il reste aussi un peu les baisses de cotisations puisque Martine Aubry avait rajouté 12 milliards de baisses de cotisations pour les entreprises qui font les 35 heures. On peut aussi dire que ça a changé le rapport des Français au travail car ça les a incités à travailler moins.

Nicolas Bouzou - Ce qu’il reste des 35 heures, c’est un cadre rigide en matière de temps de travail: soit vous êtes au forfait, soit on comptabilise le nombre d’heures que vous faites et vous devez pointer le matin et le soir. C’est un management d’outre-tombe. Le management doit aujourd’hui être plus flexible, notamment dans les entreprises de services, il faut valoriser l’intelligence et laisser les gens travailler de chez eux, dans les transports… Plutôt que de garder les gens enfermés dans l’entreprise. Il reste aussi des choses qui n’étaient pas stupides dans les lois Aubry comme l’annualisation du temps de travail. Les 35 heures ont été assouplies et contournées ces dernières années car les négociations de branches et d’entreprises ont permis d’avoir plus de latitude mais il y a un aspect symbolique qui reste: cet aspect est très fort vis-à-vis des investisseurs étrangers. Les 35 heures ont aussi participé à valider dans le débat public l’idée selon laquelle la baisse du temps de travail était bonne pour l’économie, dans la lignée du livre de Jeremy Rifkin en 1996 sur la «Fin du travail». Sa grande théorie était de dire que la technologie baissait le nombre d’emplois et qu’il fallait partager le travail. Pour ma part, je pense que plus on travaille, plus il y a de travail.

Serait-il souhaitable de mettre fin aux 35 heures? Les entreprises le veulent-elles?

 

Eric Heyer - On est resté à une durée légale à 35 heures car beaucoup d’accords ont été signés durant cette période. Personne ne veut revenir à la situation de 1997 – en réaugmentant la durée légale sans compensation – car aujourd’hui il y a la baisse des cotisations, l’annualisation du temps de travail et la possibilité de réorganiser la production. Les lois Aubry, c’est un tout.

Nicolas Bouzou - Je ne suis pas sûr que les entreprises veuillent sortir du cadre des 35 heures. Ce serait stupide de passer à 39 heures, tout comme ce serait stupide de passer à 32 heures. Le vrai enjeu, c’est d’appréhender autrement le temps de travail car nous sommes dans une économie servicielle. Le débat devrait notamment porter sur le télétravail. Aujourd’hui, la technologie fait que le temps de travail est très difficile à appréhender.

3 économistes pour Fillon, 40 pour Macron, ….. 134 pour Mélenchon

3 économistes pour Fillon, 40 pour Macron, ….. 134 pour Mélenchon

 

Comme d’habitude Mélenchon ne fait pas dans la dentelle. Après avoir constaté que 40 économistes s’étaient prononcés pour Macron, lui, il  réussit à obtenir le soutien de 134 experts. Manquerait plus que Cheminade en réunisse 150 , français, étrangers voire extraterrestres. Évidemment cette course au soutien des experts relève un peu parfois du ridicule. D’abord parce qu’on rencontre autant d’économistes libéraux que d’économistes crypto marxistes. Ensuite parce que l’économie n’est pas une science exacte et demeure une science sociale approximative même lorsqu’on utilise des algorithmes et autres modèles économétriques. Enfin parce que certains titres d’économistes sont délivrés par les universités comme des poignées de mains,  un peu à la volée. La France est d’ailleurs un des pays qui en forment le plus avec les psychologues. Notons enfin que la plupart de ces experts n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise et coulerait une épicerie de quartier en moins d’un mois. Un privilège qu’il partage avec les énarques ! Ces universitaires pour Mélenchon signent une tribune dans Libération où ils affirment que le programme du candidat de la France insoumise est le seul à pouvoir répondre à plusieurs « urgences », telles que la baisse du chômage et la réduction des inégalités. Les partisans de Jean-Luc Mélenchon jouent la carte du nombre et de l’international. Ainsi, dans les colonnes de Libération ce jeudi, ce ne sont pas moins de 134 économistes issus de 17 pays qui signent une tribune pour afficher leur soutien au candidat de la France insoumise. Dans leur texte, ces économistes dénoncent « les politiques de coupes dans les dépenses publiques, de démantèlement de l’État social et du droit du travail, menées sans relâche par les gouvernements précédents » et poursuivies, selon eux, par Emmanuel Macron et François Fillon. « Elles ne conduisent qu’à plonger le pays dans le cercle vicieux du chômage et de la précarité, terreau de la montée du FN », ajoutent-ils. « À l’inverse, les solutions proposées par Jean-Luc Mélenchon sont, à nos yeux, les seules capables de répondre aux cinq urgences majeures de notre temps », continuent les auteurs de la tribune. Ces cinq urgences étant la baisse du chômage, la réduction des inégalités, la lutte « contre la financiarisation de l’économie », la transition écologique, et la réforme des traités européens « qui dépossèdent les États de leurs leviers de politique macroéconomique ».  Amen !

3 économistes pour Fillon, 40 pour Macron

3  économistes pour Fillon, 40 pour Macron

 

Alors que Macron a reçu le soutien de 40 économistes, Philippe Chalmin, économiste ancien candidat des républicains aux régionales,  professeur à Paris-Dauphine, à peiné pour lancer un appel de trois experts en faveur de Fillon.  Les deux autres auteurs du texte sont Michel Godet et Marc Ivaldi.  Dans leur texte, les trois économistes conviennent que les affaires et le Penelopegate ont écorné le capital confiance de François Fillon. « Des centaines de milliers de Français ont été choqués et déçus par les affaires qui sont venues ternir l’image du champion de la droite et du centre », écrivent-ils ainsi. « Cependant, il a su montrer une capacité de résistance forte face à une adversité aussi exceptionnelle que les faits dénoncés ont été pitoyables. On peut espérer que ces épreuves lui auront servi de leçon salutaire pour l’avenir », poursuivent-ils néanmoins. Les trois universitaires affirment ensuite que leur soutien envers François Fillon tient à une seule et unique explication: son programme est « le seul à pouvoir redresser la France ». Quarante des économistes français les plus éminents avaient apporté  leur soutien à Macron, dans une tribune du Monde. »Nous ne sommes pas toutes et tous en accord avec l’ensemble de ses propositions mais nous estimons que le programme d’Emmanuel Macron est le plus à même de poser les bases de la nouvelle croissance économique dont notre pays a besoin. Nous sommes à la croisée des chemins. Le jeu des partis politiques traditionnels a rendu impossible la formulation de choix favorables à la construction d’un Etat providence refondé et d’une croissance nouvelle », ajoutent-ils. « Emmanuel Macron est le seul à porter un projet permettant de retrouver une croissance équitable. C’est pourquoi nous le soutenons. » Parmi les signataires figurent des économistes qui ont contribué à la confection du programme de l’ancien ministre de l’Economie, comme Philippe Aghion, Elie Cohen, Jacques Delpla, Marc Ferracci ou Philippe Martin. La présence d’autres noms dans la liste des signataires, comme ceux de Jean-Paul Betbeze ou de Jean-Paul Fitoussi, sont plus surprenants. Les signataires estiment en revanche qu’une victoire de la présidente du Front national, Marine Le Pen, serait une « catastrophe économique, sociale et démocratique ». 

 

2017 : Quarante économistes pour Macron

2017 : Quarante économistes pour  Macron

Quarante des économistes français les plus éminents apportent leur soutien à Macron, dans une tribune publiée mercredi par Le Monde. »Nous ne sommes pas toutes et tous en accord avec l’ensemble de ses propositions mais nous estimons que le programme d’Emmanuel Macron est le plus à même de poser les bases de la nouvelle croissance économique dont notre pays a besoin. Nous sommes à la croisée des chemins. Le jeu des partis politiques traditionnels a rendu impossible la formulation de choix favorables à la construction d’un Etat providence refondé et d’une croissance nouvelle », ajoutent-ils. « Emmanuel Macron est le seul à porter un projet permettant de retrouver une croissance équitable. C’est pourquoi nous le soutenons. » Parmi les signataires figurent des économistes qui ont contribué à la confection du programme de l’ancien ministre de l’Economie, comme Philippe Aghion, Elie Cohen, Jacques Delpla, Marc Ferracci ou Philippe Martin. La présence d’autres noms dans la liste des signataires, comme ceux de Jean-Paul Betbeze ou de Jean-Paul Fitoussi, sont plus surprenants. Les signataires estiment en revanche qu’une victoire de la présidente du Front national, Marine Le Pen, serait une « catastrophe économique, sociale et démocratique ». La dirigeante d’extrême droite et le candidat d’En Marche !sont au coude à coude en tête des sondages sur les intentions de vote pour le premier tour, le 23 avril, suivis par le candidat de la droite, François Fillon, et celui de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.

Les économistes ultra libéraux deviennent fous

Les économistes ultra libéraux deviennent fous  

 

Hier nous rendions compte d’une interview du très libéral économiste Jean-Marc Daniel qui prévoyait la suppression progressive du salariat et sa substitution par des autos entrepreneurs avec comme conséquence la suppression d’une grande partie de la protection sociale. Extrait de l’interview «  Il est vrai que pour l’instant, plus de 90% des travailleurs français sont des salariés. Mais d’ici à 50 ans, nous allons nous retrouver avec 50% de travailleurs indépendants. Le temps où des armées d’ouvriers se lèvent tôt pour aller pointer dans une usine est révolu. Aujourd’hui, le capitalisme 2, 3 puis  point zéro se caractérise par la multi-activité où la figure de l’autoentrepreneur est centrale. Il faut réfléchir à ce qu’est la relation salariale à l’aune de cette société. Il est devenu nécessaire d’assouplir le contrat de travail né pendant l’ère industrielle » et d’ajouter que ce serait en même temps la fin de la sécurité sociale : « La fin programmée d’une société régie uniquement par le salariat et le contrat de travail va engendrer la mort de la sécurité sociale telle qu’elle est aujourd’hui. En effet, comment financer une protection sociale basée sur les cotisations sociales des salariés ». En fait une sorte d’Uberisation  économique et social généralisée. Ce matin sur France Info, Jean-Marc Daniel rajoute une couche en souhaitant que les licenciements se libèrent de toutes contraintes et puissent être réalisé par une « simple notification » de l’employeur. D’une certaine manière on peut se demander si certains économistes très libéraux ne sont pas devenus fous. Certes l’échec total de la politique économique et sociale de François Hollande et plus généralement des socialistes depuis Mitterrand semblent libérer la parole de ces experts en même temps que les pulsions visant à régler leurs comptes aux salariés. On objectera cependant que la droite n’a pas fait mieux lorsqu’elle était au pouvoir ou si peu. Les experts ultra libéraux se déchaînent d’autant plus facilement que la défaite des socialistes en 2017 est déjà inscrite dans l’histoire. Il faut aussi convenir que dans le camp d’en face les experts de l’ultra gauche en sont encore à défendre les conceptions marxistes d’il y a un siècle. Finalement les propositions de ces derniers influencés par les dogmes de l’anticapitalisme et de l’anti-impérialisme les conduisent à proposer des orientations très proches de celles du Front National. Du coup les économistes ultra libéraux se régalent de cette obsolescence de la pensée. D’une manière générale il faut sans doute se méfier des analyses des économistes de droite comme de gauche car la plupart sont des fonctionnaires qui n’ont qu’une idée assez approximative des réalités économiques et sociales. Théoriser sur l’économie c’est bien mais c’est mieux quand on condition quand on connaît un peu les conditions de la production. Une voix moyenne existe entre ces visions d’ultras, celle qui consiste à articuler le marché st une régulation prenant en compte les dimensions économiques bien sûres mais aussi sociales, environnementales et sociétales à la fois pour rendre les conditions de concurrence plus équitable mais aussi pour préserver l’environnement et la paix. La misère sociale ne pouvant conduire qu’à des situations conflictuelles voire à la guerre. Mais cette approche plus équilibrée que celle des des ultras apparaît moins sexy ;  surtout son absence de radicalité la rende moins « vendeur » dans les grands médias et dans les partis politiques.

Sortie de crise : le remède miracle de 80 économistes de gauche

Sortie de crise : le remède miracle  de 80 économistes de gauche

La France est sans doute l’un des pays qui comte le plus d’économistes proportionnellement à sa population (idem pour les sociologues et les psychologues). Pourtant cette masse d’experts n’a guère permis à la France de s’extirper de la crise. La responsabilité n’en incombe pas seulement aux économistes dont les avis lorsqu’ils sont pertinents ne sont pas toujours écoutés. Les avis divergents dans cette population d’experts ;  on retrouve à peu près les mêmes clivages qu’en politique. Pas étonnant l’étude de l’économie n’est pas une science exacte. La preuve cet appel lancé par 80 économistes de gauche qui d’une certaine manière dise la même chose que Mélenchon et font notamment l’impasse sur la question de la bureaucratie et de la fiscalité qui tue croissance et emploi. Quatre-vingts économistes, principalement de gauche, appellent donc dans une tribune publiée ce mercredi sur Mediapart et dans Le Monde à un changement de politique en France, afin de « sortir de l’impasse économique » qui menace le pays. « Le chômage, la précarité, la difficulté à boucler ses fins de mois, marquent la vie de millions de nos concitoyens », soulignent les signataires de cet appel, parmi lesquels Michel Aglietta, Philippe Askenazy, Liem Hoang-Ngoc ou bien Xavier Timbeau. Face à cette situation, « les partisans du libéralisme économique plaident pour réduire plus drastiquement encore la dépense publique » et « démanteler le droit du travail », poursuivent les économistes, qui jugent ces solutions vouées à l’échec. Pour « répondre à l’urgence économique et sociale », les signataires proposent un plan de sortie de crise construit autour de trois volets : un pacte productif écologique et social, un programme de soutien à l’activité et à l’emploi, et une remise en cause des règles européennes. « La sortie du sombre tunnel politique dans lequel (l’Europe) est engagée ne passe pas uniquement par l’économie. Mais elle restera hors de portée si l’on s’acharne à poursuivre des politiques néolibérales qui creusent les inégalités », concluent-ils.

« Economie qui tue » : dialogue de sourds entre le pape et les économistes

« Economie qui tue » : dialogue de sourds entre le pape et les économistes

Preuve sans doute qu’un nouveau modèle économique est à inventer :  le dialogue de sourds et caricatural entre des économistes et le pape.

Le directeur du Centre de recherche de l’Essec, Radu Vranceanu, docteur en science économique, et son collègue Marc Guyot, professeur d’économie dans cette même école ont publié le 2 avril, sur le site de « La Tribune », une sévère critique de la vision économique du pape François, telle qu’il l’a longuement développée dans son « Exhortation apostolique » du 25 novembre 2013. « Le pape François se veut clairement anti-libéral, au nom du respect de la personne humaine et il a tort », affirment les deux profs, qui ajoutent : « C’est en l’absence de libéralisme que surviennent la pauvreté, la corruption et le manque d’infrastructures publiques ». Selon eux, « la compréhension du pape de la crise financière de 2008 prête à sourire ».

C’est dans le cadre d’un long texte de 165 pages, titré « Evangelii Gaudium » (la joie dans l’évangile), qui présente la philosophie du nouveau pape, que celui-ci a développé sa vision économique et sociale. Elle figure dans le chapitre 2 du texte diffusé par le Vatican, entre les paragraphes 52 à 60, notamment sous les titres « Non à une économie de l’exclusion » et « Non à la nouvelle idolâtrie de l’argent ». Il y martèle une dénonciation des injustices sociales et sociétales, en des termes qui vont bien plus loin que les discours d’un François Hollande ou d’un Jean-Luc Mélenchon. Ses affirmations ont mis en ébullition quelques économistes ou journalistes ultra-libéraux américains, comme Tim Worstall qui moque dans Forbes « ce gentleman catholique bien éduqué qui n’a pas compris le monde dans lequel nous vivons ». Mais elles étaient restées jusqu’ici très peu commentées, voire inconnues, en France (voir cependant un papier de Rue 89 sur le sujet). La sortie des deux profs de l’ESSEC est d’autant plus intéressante – et audacieuse – que cette grande école dépend de l’Institut Catholique de Paris qui compte deux représentants dans son conseil de surveillance, dont le recteur de l’Institut. Interrogé à ce sujet, Jean-Michel Blanquer, le directeur de l’école, déclare : « Je ne suis pas d’accord avec la position de ces profs, mais il faut respecter la liberté académique. »

Le pape François : « Les exclus sont des déchets »

Voici quelques extraits du réquisitoire du Pape François : « De même que le commandement de ‘ne pas tuer’ pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire ‘non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale’, car une telle économie tue. Il n’est pas possible que quand une personne âgée réduite à vivre dans la rue meurt de froid, ce ne soit pas une nouvelle, tandis que la baisse de deux points en  bourse en soit une. Voilà l’exclusion. On ne peut plus tolérer le fait que la nourriture se jette, quand des personnes souffrent de la faim. Aujourd’hui, tout entre dans le jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le plus faible. Conséquence : de grandes masses se voient exclues et marginalisées, sans travail, sans perspectives, sans voies de sortie. On considère l’être humain en lui-même comme un bien de consommation, qu’on peut utiliser et ensuite jeter. Nous avons mis en route, et même promu, la culture du “déchet”. Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau (…) Les exclus ne sont pas des ’exploités’, mais des déchets, des ‘restes’ ».

Les deux profs : « La magie du système libéral est qu’il profite à tous » 

Réplique des deux profs de l’ESSEC  : « Le fonctionnement de l’économie libérale échappe complètement au Pape puisque celui-ci pense que les pauvres ne profiteront jamais du système car les riches ne voudront jamais partager. En fait la magie du système libéral est qu’il profite à tous sans avoir besoin de la bonne volonté des puissants. C’est un système qui est vertueux par lui-même et ne nécessite pas que ses membres aient la vertu du partage ». Et de citer Jean Paul II, qui, dans son encyclique « Centesimus Annus », écrivait : « Il semble que le marché libre soit l’instrument le plus approprié pour répartir les ressources et répondre de façon appropriée aux besoins « .

Les riches sont-ils partageux en économie libérale ? Ce n’est en tous cas pas l’analyse de l’ONG Oxfam qui vient de révéler que 67 personnes possèdent à elles seules autant de richesse que la moitié de l’humanité. Ceci dit, il est vrai que, globalement, le nombre d’humains vivant sous le seuil de pauvreté a régressé ces dernières décennies, le boom de l’Asie y ayant beaucoup contribué. La croissance portée par l’économie de marché favoriserait-elle une meilleure inclusion sociale ? Pour le pape François, « cette opinion n’a jamais été confirmée par les faits. Elle exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant ».

Le pape : »Le fétichisme de l’argent et l’économie sans visage »

Le pape s’en prend à la tyrannie de la finance en des termes peu éloignés de ceux de François Hollande qui désignait la finance comme son ennemi sans visage : « Une des causes de cette situation se trouve dans la relation que nous avons établie avec l’argent, puisque nous acceptons paisiblement sa prédominance sur nous et nos sociétés. La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a à son origine une crise anthropologique profonde : la négation du primat de l’être humain.  Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain (…) . Alors que les gains d’un petit nombre s’accroissent exponentiellement, ceux de la majorité se situent d’une façon toujours plus éloignée du bien-être de cette heureuse minorité. Ce déséquilibre procède d’idéologies qui défendent l’autonomie absolue des marchés et la spéculation financière. Par conséquent, ils nient le droit de contrôle des États chargés de veiller à la préservation du bien commun. Une nouvelle tyrannie invisible s’instaure, parfois virtuelle, qui impose ses lois et ses règles, de façon unilatérale et implacable ».

Les profs de l’ESSEC : « Les marchés financiers sont hyper régulés »

A cette charge contre une économie dérégulée, les deux profs de l’Essec répliquent que   »les marchés financiers sont l’une des activités les plus régulées du monde ». Plutôt étonnant, car si c’est si régulé, comment des Lehman Brothers, des Madoff et autres Kerviel ont-ils pu monter des arnaques portant sur des milliards sans que nul ne s’en aperçoive ?  Si c’est si régulé, comment la crise des subprimes a-t-elle pu survenir ? Le remarquable documentaire  » Inside Job «  de Charles Ferguson  a démontré le contraire. Et si les banques américaines se sont vu infliger plus de 100 milliards de $ d’amendes, dont 13 milliards pour la seule JP Morgan, c’est sans doute qu’elles ont pu transgresser pas mal de règles… Mais les états sont-ils plus vertueux ? Nos deux profs en doutent :  »Hormis dans leurs discours, les gouvernements ont rarement les qualités que leur prête naïvement le pape en termes de soucis des pauvres  (…) La pauvreté dans les favelas d’Argentine ou du Brésil est-elle une preuve que l’économie de marché ne réduit pas la pauvreté ? Bien au contraire ! « Selon eux, c’est parce que l’économie n’est pas assez libérale que, dans  » la plupart des pays d’Amérique Latine l’on trouve pauvreté, corruption et absence d’infrastructures publiques ».  Et de citer quelques « gouvernements omniprésents et interventionnistes du style Peron, Kirchner, Chavez et autres leader maximo ». Nos deux économistes assurent que « le principe de l’économie de marché est de briser la puissance du grand capital en imposant une certaine dispersion des firmes et en leur imposant une pression qui les contraint à se mettre au service du consommateur ».  Et ils ajoutent : « Contrairement à ce que semble croire le pape, l’économie libérale requiert un Etat fort ».

« Un libéral nommé Jésus »

Cela ne semble pas être l’avis des libéraux américains qui ont sonné la charge contre le Pape, faisant ressurgir l’antique querelle entre catholiques (qui seraient anti profit ) et protestants (pro profit). Le Tea Party n’a pas hésité à dire que « Jésus ne pouvait pas être socialiste puisque c’était un capitaliste ». Où l’on rejoint une théorie développée par l’économiste Charles Gave, qui a publié, trois ans avant la crise de 2008, un livre titré « Un libéral nommé Jésus ». Gave, qui s’autoproclame  » spécialiste mondialement reconnu des marchés financiers » y développe l’idée que les évangiles glorifient la prise de risque, en s’appuyant sur la fameuse Parabole des Talents dont il extrait ce passage : « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance. Quant à celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a ». Charles Gave ne modère pas son enthousiasme : « Avouons-le, cette parabole suscite chez tout économiste libéral un profond ravissement. Un régal. Rien ne manque ». Il poursuit : « Ce qui compte, c’est la volonté de prendre des risques et de s’exposer ». Il semble oublier qu’aujourd’hui dans l’entreprise, c’est le salarié qui court l’essentiel des risques, le capital étant super protégé. Catholique lui-même, Gave relève que les protestants ont fait des évangiles une lecture totalement différente des catholiques dont les élites, « insuffisamment formées » auraient fait « une lecture fausse ».

(l u dans le Nouvel Obs)

 

« A quoi servent les économistes? »

« A quoi servent les économistes? »

Intéressante cette interview de la directrice adjointe du trésor qui révèle en fait que nombre d’experts sont impuissants à prévoir les crises et souvent à les analyser. (Interview de Claire Waysand dans le Jdd) ; sans parler des conflits d’intérêt, du corporatisme et de la dictature des pensées dominantes.

Seuls quelques économistes ont vu venir la crise la plus grave de la décennie qui a débuté en 2007. N’ont-ils pas failli à leur rôle?
C’est en effet une belle leçon d’humilité pour notre profession. Nous avons vu certains risques – un marché de l’immobilier en surchauffe et de très gros déficits courants outre Atlantique, symptôme d’une dépendance aux financements extérieurs. Mais nous n’avons pas bien compris les implications de ces deux réalités et comment le choc allait se propager à l’ensemble de la planète. 

Peut-on encore faire confiance aux experts?
Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. L’économie est utile au quotidien, par exemple pour évaluer les coûts et bénéfices de choix publics. Les économistes n’ont en revanche pas bien compris d’un point de vue macroéconomique les enchaînements financiers qui allaient se produire et qui expliquent la récession planétaire dont nous portons encore les marques. Ils avaient pour partie des circonstances atténuantes. Ils manquaient d’informations sur les liens financiers. Ces informations sont encore parcellaires, notamment sur les actifs du système bancaire parallèle ou shadow banking, qui restent très mal connus. L’économiste doit continuer à le dire. Nous savons par ailleurs que dans certaines situations extrêmes nos outils d’analyse, qui reposent sur des occurrences observées sur une période passée, ont du mal à prendre en compte des situations très atypiques. 

Ne craignez-vous pas la concurrence de nouveaux experts, travaillant pour Google ou Facebook, et capables d’exploiter les « Big data », ces données exhaustives sur l’ensemble des activités humaines et donc économiques?
Je ne pense pas que le traitement d’une masse de données économiques suffise à supplanter le travail d’un économiste. Sa valeur ajoutée, c’est d’injecter de l’intelligence face à ces observations, pour que l’ensemble fasse sens. 

«Aujourd’hui, les citoyens cherchent des réponses qui donnent du sens et de la vision»

Comment les économistes perçoivent-ils leur rôle?
Nous exerçons un métier à plusieurs facettes. Celui d’éclairer et de comprendre les situations économiques que nous vivons, y compris pour pouvoir prévoir leur évolution à court et moyen terme. Nous fournissons par ailleurs une grille d’analyse pour les décisions de politique publique, avec des raisonnements que l’on dit « bouclés ». Par exemple, quand nous évaluons une proposition de dépense publique ou de réforme, nous en calculons l’effet mais aussi le coût. Enfin, nous avons une mission de pédagogie. L’intérêt et la compréhension pour notre discipline progresse, nous devons y contribuer. 

Qu’attendent les politiques des économistes?
Ils veulent que nous leur donnions des perspectives de court et moyen terme par une analyse technique pour les éclairer dans leurs choix, en matière de croissance et d’emploi par exemple.

C’est vrai quel que soit leur bord politique?
Oui, même si les sensibilités et les sujets d’intérêt varient. Ainsi, pour le projet de loi de finance 2013, le gouvernement nous a demandé de mesurer l’impact sur la croissance des mesures budgétaires, pour en limiter l’effet, et en évaluer l’impact redistributif, dans un souci de justice sociale. 

Les citoyens ont-ils les mêmes attentes que les politiques?
Je pense qu’aujourd’hui, ils cherchent des réponses qui donnent du sens et de la vision. Ils ont besoin de comprendre la situation et comment on en sort. 

Pensez-vous que les économistes ont plus de poids dans les pays anglo-saxons où certains ont même acquis un statut de gourou?
Aux Etats-Unis, dans les relations entre la sphère politique et universitaire, les aller-retour sont plus fréquents qu’en France. Il est vrai que le modèle d’organisation de l’alternance dit du spoil system favorise ces mouvements. Le phénomène des gourous est aussi très spécifique. Leurs économistes s’adressent à un public de plus de 200 millions de personnes et au-delà, grâce à leur langue, à une population mondiale. Il y a donc un effet de taille. Il y a aussi un effet marché. Les gourous que vous avez en tête, tels Abby Cohen qui travaillait chez Goldman Sachs ou Nouriel Roubini, étaient proches des marchés. Nouriel Roubini doit sa notoriété à sa clairvoyance sur la crise des subprimes, mais d’autres économistes ont eu des analyses clairvoyantes de la crise sans être nécessairement aussi visibles auprès du grand public. Je pense par exemple à Raghuram Rajan. Par ailleurs, il est vrai qu’il y a beaucoup de prix Nobel d’économie américains, mais, eux, sont rarement promus à ce statut de gourou. 

Certains économistes font aussi l’objet de procès en sorcellerie pour conflit d’intérêts ou du fait d’engagements politiques inavoués. Qu’en pensez-vous?
Il y a clairement eu certaines pratiques qui n’étaient pas acceptables – le film Inside job fournit quelques exemples de conflits d’intérêts avéré. Pour le reste, les économistes sont des citoyens comme les autres – il n’y a pas de raison d’empêcher un engagement qui est transparent. L’honnêteté intellectuelle est indispensable dans toute profession, mais a fortiori chez les économistes pour que l’on puisse se fier à leur expertise. 

 




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