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Le populisme, pourquoi ? ( Yann Algan, économiste)

le populisme, pourquoi ? ( Yann Algan, économiste)

Yann Algan, économiste,  doyen de l’école d’Affaires publiques à Sciences-Po Paris analyse dans La Tribune les mouvements populistes qui ont émergé un peu partout dans le monde ces dernières années et sur leurs ressorts particuliers.

 

Trump, le Brexit, la Ligue en Italie, l’AFD en Allemagne, le FPO en Autriche… quel est le rôle de la mondialisation dans la montée des forces antisystèmes ?

YANN ALGAN - Tous ces événements rappellent que les principaux risques aujourd’hui sont politiques. L’incertitude est avant tout politique en particulier avec la montée des populismes à l’instar du flou sur le Brexit, sur l’Italie, sur Trump. Le premier facteur qui permet d’expliquer ce phénomène est d’ordre économique. Nous avons montré grâce à une base de données inédite, aussi bien en France que dans les pays européens ou aux États-Unis, qu’il y a une très grande défiance des citoyens à l’égard des institutions et que cette défiance repose sur un facteur économique. La mondialisation joue un rôle au même titre que la crise financière qui a déjà été un premier cataclysme, ou la numérisation de notre économie.

Comment expliquer cette défiance grandissante des citoyens ? 

La défiance peut s’expliquer par l’incapacité des institutions à protéger les citoyens contre les dérèglements du capitalisme. C’est une vraie faillite de ces dernières années. Dans l’ouvrage(*), nous montrons qu’aux États-Unis, les destructions d’emplois dans l’industrie, qui sont le plus exposés au commerce international, correspondent aux régions où les citoyens ont privilégié le vote populiste. Les travaux de l’économiste David Autor du Massachussets Institute of Technology (MIT) ont illustré à quel point le vote Trump est lié à l’exposition du commerce international avec la Chine. On retrouve les mêmes résultats pour expliquer le Brexit ou la montée des populismes en Europe. Les citoyens étaient en attente d’être protégés face à ces risques avec des mesures de protection, de formation ou de reclassement. Il y a eu un sentiment d’être laissés à l’abandon.

Quelles sont les grandes leçons de la crise des « gilets jaunes » ?

Au delà de la défiance à l’égard des institutions, l’autre facteur qui peut contribuer à expliquer ce mouvement des « gilets jaunes » est d’ordre civilisationnel. Il est lié au sentiment de solitude dans nos sociétés postindustrielles. Les « gilets jaunes » avaient en commun l’expression d’une solitude au travail avec une surreprésentation des catégories populaires dans le tertiaire, très peu encadrées par les normes sociales traditionnelles de l’entreprise ou par les syndicats. Les chauffeurs-routiers, les aides-soignants étaient très présents sur les ronds-points. En revanche, les ouvriers des bastions industriels traditionnels étaient moins impliqués et les syndicats ont été mis à distance de ce mouvement.

Le sentiment de solitude s’est retrouvé dans les territoires parfois transformés par les métropoles.  On trouve dans toutes nos études un sentiment de solitude beaucoup plus important dans les villes de taille intermédiaire où il y a eu une désindustrialisation, une érosion des services publics et aussi une perte des services de proximité. Le point commun des « gilets jaunes » est souvent leur solitude.

À un moment vous indiquez dans l’ouvrage que « la crise économique et sociale que nous vivons a aussi produit une violente désocialisation des classes populaires », que voulez-vous dire ? 

La désocialisation des catégories populaires est liée au passage d’une société de classe à une société d’individus isolés. Les forces populistes ne sont pas juste « un accident » de l’histoire. Elles sont liées à la transformation de nos sociétés. Autrefois, les ouvriers pouvaient parler de monde ouvrier et se reconnaître dans des idéologies communes. Dorénavant, les individus ne se reconnaissent plus dans des destins collectifs. Ces phénomènes sont liés aux transformations du monde du travail et celles des territoires dans le contexte d’une société postindustrielle.

Pourquoi dites-vous que c’est la variation du taux de chômage qui est important et pas forcément son niveau ?

En étudiant les régions européennes après la crise financière, nous avons montré que la crise financière a eu des impacts profonds et persistants dans des pays à faible taux de chômage sur la montée des forces antisystèmes. Les citoyens sont plus sensibles aux variations de leur revenu ou de leur environnement économique plutôt qu’à leur niveau en particulier dans une situation de pertes économiques. C’est un phénomène très bien étudié en économie du bien-être. Les êtres humains sont moins sensibles au niveau de leur revenu ou la taille de leur appartement qu’à leur variation.

Confiance, revenus, diplômes, patrimoine, qu’est-ce qui distingue les électeurs de Mélenchon et ceux de Le Pen ?

La différence du rapport à autrui peut aider à comprendre les différences entre les électeurs de la droite populiste et ceux de la gauche radicale. Les premiers ont généralement un rapport plus dégradé à autrui avec une défiance pas uniquement vis à vis des immigrés. Il y a par exemple une très forte corrélation entre leur faible tolérance à l’homosexualité et celle liée à l’immigration.

Pourquoi les électeurs de Le Pen ne sont pas davantage favorables à la redistribution ?

Les classes populaires qui se tournent vers la droite populiste ne sont pas en demande de redistribution parce que dans leur solitude et leur rapport blessé à autrui, ils ne font plus du tout confiance dans un projet collectif. Ils ne font plus confiance à l’État-providence pour redistribuer efficacement. Ils se défient des « assistés », des pauvres comme des immigrés.

Après la crise des « gilets jaunes », comment faire pour redonner de la confiance aux citoyens ?

Face à la montée des totalitarismes dans les années 1930, les États ont mis en place des réponses adaptées en termes de fiscalité ou d’État-Providence au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Si la redistribution est encore importante, elle ne suffit plus. Le ressentiment des classes populaires est très lié à la solitude qui les amène à ne pas supporter la redistribution. Il faut s’attaquer aux causes de cette solitude dans les sociétés postindustrielles. Je pense qu’il faut favoriser l’émergence de nouveaux lieux de socialisation au travail. Un nouveau syndicalisme de service doit également se développer. Il est nécessaire de retrouver des lieux de socialisation dans les territoires, et pas seulement des services publics. Les résultats de notre enquête indiquent que les manifestations des « gilets jaunes » sont d’une ampleur beaucoup plus importante dans les territoires qui ont perdu de nombreux commerces de proximité, des supérettes, des restaurants ou des lieux culturels. L’absence d’établissements scolaires ou de santé dans ces territoires a également des répercussions.

Le dernier levier fondamental repose sur l’éducation. Dans une société où la religion a perdu du terrain en particulier le catholicisme en France, les idéologies ont perdu de leur force, la confiance reste la valeur essentielle pour faire société. Elle se construit dès le premier âge, en particulier à l’école. Il faut travailler sur une école de la confiance avec des méthodes pédagogiques adaptées. La France est un cas particulier. 75% des lycéens déclarent prendre des notes au tableau en silence et 70% déclarent n’avoir jamais travaillé sur des projets collectifs. Les méthodes pédagogiques doivent favoriser le développement de compétences sociales et la capacité à coopérer dans nos sociétés.

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(*) Les origines du populisme, enquête sur un schisme politique et social. Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen, et Martial Foucault. Éditions du Seuil, collection La République des Idées (août 2019), 208 pages, 14 euros.

A la recherche d’un économiste contemporain (Alain Minc)

A la recherche d’un économiste contemporain (Minc)

 

 

Alain Minc , essayiste et conseiller des princes (‘ il  favorisé l’élection de Macron) cherche un homme (comme Diogène), un économiste moderne pour remplacer les grands anciens comme Friedman ou Keynes. Il n’a peut-être pas tort tellement la situation économique et financière est aujourd’hui complexe. Il n’est pas difficile de rendre hommage à Alain Minc  sur certaines interrogations puisque ce dernier aura tout dit et son contraire. Derrière son interrogation sur la remise en cause des théories économiques appliquées au contexte actuel se dissimule en fait l’idée  que les dérèglements actuels pourraient constituer à l’avenir la normalité. Comme par exemple le pseudo plein-emploi assuré surtout avec la précarité et les petits salaires, l’absence d’inflation avec le plein-emploi en oubliant de préciser que c’est le fruit des disparités des conditions de production sociale, sanitaire, fiscal et environnemental au plan mondial ;, comme le déficit budgétaire financé par les banques centrales en oubliant qu’on reporte à plus tard inflation et poids de la dette. Il est vrai qu’en dépit de la crise les profits n’ont jamais été aussi importants surtout en France ou encore 50 milliards de dividendes ont été distribués au cours d’un seul trimestre. Dès lors  pourquoi changer les tendances et imaginer une régulation plus juste et plus respectueuse socialement et environnementalement.  –«  Nous avons cru en des lois économiques qui se trouvent aujourd’hui invalidées par les faits. » Une affirmation de Minc  un peu rapide car la validation scientifique des faits doit prendre une période suffisamment longue et notamment la perspective d’une croissance zéro voire d’une récession en 2021. Aussi avons-nous besoin de grands penseurs à la hauteur de ces bouleversements, alerte l’essayiste.

Nous avons depuis cinquante ans été formés à respecter des tables de la loi économiques peu nombreuses mais très strictes: le plein-emploi crée l’inflation et celle-ci pousse les taux d’intérêt à la hausse. Le financement de l’État par une banque centrale est un anathème car facteur d’inflation. La création monétaire doit demeurer dans des limites raisonnables sous peine, là aussi, de nourrir l’inflation. Et enfin, plus globalement, une révolution technologique engendre des progrès de productivité qui constituent le meilleur adjuvant de la croissance. Les dix dernières années viennent de nous démontrer que ces principes fondateurs n’ont plus lieu d’être et nous sommes, dès lors, désemparés car privés de boussole macroéconomique. Nombre de pays occidentaux vivent, depuis quatre ou cinq ans, en plein-emploi – États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne en particulier.  L’avantage de Minc  que c’est que dans un an ou deux, il pourra dire exactement le contraire avec la même conviction pour  que la réalité soit conforme à ses propos.

 

«On cherche un économiste» (Alain Minc)

«On cherche un économiste» (Alain Minc)

 

Alain Minc , essayiste et conseiller des princes (‘ il  favorisé l’élection de Macron) cherche un homme (comme Diogène), un économiste moderne pour remplacer les grands anciens comme Friedman ou Keynes. Il n’a peut-être pas tort tellement la situation économique et financière est aujourd’hui complexe. Il n’est pas difficile de rendre hommage à Alain Minc  sur certaines interrogations puisque ce dernier aura tout dit et son contraire. Derrière son interrogation sur la remise en cause des théories économiques appliquées au contexte actuel se dissimule en fait l’idée  que les dérèglements actuels pourraient constituer à l’avenir la normalité. Comme par exemple le pseudo plein-emploi assuré surtout avec la précarité et les petits salaires, l’absence d’inflation avec le plein-emploi en oubliant de préciser que c’est le fruit des disparités des conditions de production sociale, sanitaire, fiscal et environnemental au plan mondial ;, comme le déficit budgétaire financé par les banques centrales en oubliant qu’on reporte à plus tard inflation et poids de la dette. Il est vrai qu’en dépit de la crise les profits n’ont jamais été aussi importants surtout en France ou encore 50 milliards de dividendes ont été distribués au cours d’un seul trimestre. Dès lors  pourquoi changer les tendances et imaginer une régulation plus juste et plus respectueuse socialement et environnementalement.  –«  Nous avons cru en des lois économiques qui se trouvent aujourd’hui invalidées par les faits. » Une affirmation de Minc  un peu rapide car la validation scientifique des faits doit prendre une période suffisamment longue et notamment la perspective d’une croissance zéro voire d’une récession en 2021. Aussi avons-nous besoin de grands penseurs à la hauteur de ces bouleversements, alerte l’essayiste.

Nous avons depuis cinquante ans été formés à respecter des tables de la loi économiques peu nombreuses mais très strictes: le plein-emploi crée l’inflation et celle-ci pousse les taux d’intérêt à la hausse. Le financement de l’État par une banque centrale est un anathème car facteur d’inflation. La création monétaire doit demeurer dans des limites raisonnables sous peine, là aussi, de nourrir l’inflation. Et enfin, plus globalement, une révolution technologique engendre des progrès de productivité qui constituent le meilleur adjuvant de la croissance. Les dix dernières années viennent de nous démontrer que ces principes fondateurs n’ont plus lieu d’être et nous sommes, dès lors, désemparés car privés de boussole macroéconomique. Nombre de pays occidentaux vivent, depuis quatre ou cinq ans, en plein-emploi – États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne en particulier.  L’avantage de Minc  que c’est que dans un an ou deux, il pourra dire exactement le contraire avec la même conviction pour  que la réalité soit conforme à ses propos.

 

« La théorie monétaire moderne » (Gilbert Blardone, économiste)

« La théorie monétaire moderne » (Gilbert Blardone, économiste)

D’après Gilbert Blardone, Economiste, professeur émérite de l’Université catholique de Lyon,  les économistes doivent abandonner le monétarisme classique,dans une tribune au « Monde ». Un article intéressant mais qui fait l’impasse sur l’hypothèse d’un retour brutal de l’inflation du fait de la dévalorisation de fait des monnaies. Une inflation très faible actuellement en raison de l’atonie de la demande. (Extraits de la tribune)

«  Aux Etats-Unis se répand une « théorie monétaire moderne » (TMM) non orthodoxe qui soulève une véritable polémique car les économistes classiques la trouvent extravagante. L’idée centrale de cette théorie est que la création monétaire par un Etat qui s’endette dans sa propre monnaie – c’est-à-dire qui fait marcher sa planche à billets – pourra toujours être remboursée dans cette monnaie. Cette pratique ne présenterait donc aucun inconvénient pour cet Etat. A condition, évidemment, qu’à cette création monétaire corresponde une création équivalente de biens et de services.

Les politiques des banques centrales américaine (Fed) et européenne (BCE), confrontées à la crise financière depuis 2007, sont conformes à cette théorie. Leur politique de rachat des dettes des Etats n’a provoqué aucun déséquilibre inflationniste. L’inflation est restée inférieure à 2 %. La reprise sans inflation a été particulièrement nette aux Etats-Unis.

 

Avant la crise de 2007, la totalité des titres et des prêts de la BCE étaient de l’ordre de 1 000 milliards d’euros. En 2019, cette somme atteint 4 700 milliards d’euros, soit 40 % du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro. Cette politique monétaire dynamique a évité l’aggravation de la crise, et elle n’a pas provoqué d’inflation.

 

La théorie monétaire moderne s’oppose à la théorie monétaire classique, qui prévaut dans les milieux d’affaires et les places financières. Cette théorie se résume, dans sa version la plus simple, par l’égalité MV = PQ, où M est la masse monétaire, V la vitesse de circulation de la monnaie (c’est-à-dire les habitudes de paiement des acteurs économiques), P le niveau général des prix, et Q la production des biens et des services ….) » .

 

 Le problème c’est que Q est devenu virtuel (NDLR) en tout cas décalé par rapport à sa représentation monétaire. 

Remise en cause de la mobilité sans limite (Stéphane Madaule, économiste)

Remise en cause de la mobilité sans limite (Stéphane Madaule, économiste)

Dans une tribune du Monde. Stéphane Madaule, économiste) pose la problématique d’une  mobilité sans limite. Jusque là en effet la mobilité la mobilité était considérée comme uen liberté qui n’admet pas de contrainte d’où par exemple le développement de flux de biens inutiles liés aux grands accords internationaux. (Tribune, extraits)

 

«  Elisabeth Borne, après avoir piloté la loi d’orientation des mobilités, qui devrait être à l’ordre du jour du Parlement à l’automne, a été choisie pour remplacer François de Rugy. Faut-il y voir le signe d’une nouvelle politique de la mobilité en France qui s’intégrerait dans l’ensemble plus vaste de la transition écologique, symbolisée par la réunion sous une seule autorité des ministères des transports et de la transition écologique ? En 2016, la stratégie pour le développement de la mobilité propre prévoyait déjà l’essentiel des mesures annoncées dans la future loi, avec notamment : le développement des véhicules à faibles émissions, l’amélioration de l’efficacité énergétique du parc de véhicules, les reports modaux de la voiture individuelle vers les transports en commun terrestres, le vélo et la marche, ainsi que du transport routier vers le transport ferroviaire et fluvial, le développement de l’autopartage ou covoiturage… Elisabeth Borne a aussi annoncé, le 9 juillet, la création d’une écotaxe sur les billets d’avion au départ de l’Hexagone qui devrait s’appliquer à partir de 2020. Toutes ces mesures vont dans le bon sens, mais est-ce suffisant ?

On peut s’interroger sur les omissions ou les non-dits d’une telle démarche : rien ou presque sur le transport aérien, qui bénéfice toujours d’un kérosène peu taxé ; rien sur l’empreinte carbone liée à certains modes de consommation de produits ou de services qui parcourent le monde et qui dégagent finalement beaucoup de carbone ; rien sur le transport maritime international… Pourtant, pour en diminuer l’impact environnemental, il faut bien diminuer la consommation d’énergie, surtout de celle qui n’est pas propre. Pourquoi, alors, ne pas jouer sur ces deux tableaux : maximiser l’utilisation des mobilités propres, mais aussi abaisser le niveau global des mobilités qui nuisent à l’environnement ?

En fait, il semble difficile d’orienter la gestion des mobilités par des politiques publiques. Tout se passe comme si les mobilités des personnes, des biens et des services étaient un droit qui s’impose à tous, quelles qu’en soient les conséquences environnementales. …

Devant tant de difficultés à modifier nos modes de vie, on se contente, comme le dirait peut-être Nicolas Hulot, de la politique des petits pas. Remettre en cause ou renchérir les mobilités apparaît comme un changement très difficile. La mobilité des hommes, des marchandises et des services n’est-elle pas devenue le pilier d’un monde globalisé, et donc l’un des fondements de notre mode de vie ?…… »

Réforme des retraites : une grande réforme au pif ! (Michaël Zemmour, Economiste)

Réforme des retraites : une grande réforme au pif ! (Michaël Zemmour, Economiste)

C’est en quelque sorte ce que considère Le professeur d’économie Michaël Zemmour, dans une tribune au « Monde » en raison d’une discussion sans chiffre et donc en  l’absence de simulations quantifiées. (Extrait)

On n’a jamais autant mis en scène en France la préparation d’une réforme des retraites. Un Haut-commissariat à la réforme a été mis en place. Sa fonction la plus visible est l’animation de la « concertation ». Bien que temporairement éclipsé par le « grand débat », le haut-commissaire, Jean-Paul Delevoye, a multiplié les rencontres avec les partenaires sociaux, organisé des consultations en ligne et des forums. De loin, cette réforme des retraites a l’apparence d’un rêve de coconstruction social-démocrate. Mais de loin seulement.

D’abord parce que la question essentielle à toute réforme des retraites, celle de l’évolution du niveau moyen des pensions, a été sortie de la discussion. En affirmant que les dépenses de retraites seront plafonnées à 14 points de PIB alors que le nombre de personnes retraitées augmentera, le haut-commissaire acte un décrochage rapide du niveau de vie des retraités par rapport aux actifs (une baisse de l’ordre de 20 % à 35 % d’ici à 2050). Une augmentation modérée des cotisations permettrait pourtant d’enrayer cette baisse tout en maintenant une progression des salaires, mais cette piste a été évacuée du débat.

La concertation est faussée pour une seconde raison : l’absence de toute simulation servant de base à la discussion. Un système de retraite repose toujours sur une mécanique complexe, dans laquelle les règles fixées interagissent avec la diversité des situations individuelles. Il est impossible de savoir à l’avance les conséquences précises d’un changement de système avant de l’avoir testé, c’est-à-dire avant d’avoir opéré une simulation, grandeur nature.

Or depuis neuf mois, la concertation ne porte que sur « les principes », avec des questions du type « Quelle solidarité entre actifs ? », « Comment corriger les inégalités femmes-hommes ? ». Dans le contexte d’un changement de système, aucune de ces questions n’a de sens sans être intégrée à une simulation d’ensemble.

Pourtant, les simulations ont été réalisées par l’administration mais elles n’ont pas été portées à la connaissance du public ni des partenaires sociaux. Cela produit le sentiment diffus qu’on aurait « du mal à se faire une idée des conséquences de la réforme », que les sujets seraient techniques… En réalité, le problème n’est pas que la réforme est trop compliquée pour être comprise, mais qu’elle reste volontairement indéfinie pour ne pas donner de prise solide à la controverse. »

Les limites d’une politique monétaire (Mathieu Mucherie, économiste de marché)

Les limites d’une politique monétaire (Mathieu Mucherie, économiste de marché)

 

Extrait d’une interview dans Atlantico à propos du rôle de la politique monétaire dans la redistribution des richesses.

Comment résoudre une telle situation et obtenir un résultat plus satisfaisant dans la distribution des revenus et du patrimoine, pour ce qui relève de la politique monétaire ?

« …..nous vivons dans un pays où les décideurs n’ont pas la moindre idée de ce qui se passera après juin prochain, qui ne savent même pas s’ils doivent être rawlsiens ou nozickiens ou autre chose quand ils prétendent agir au nom de la « justice sociale », qui n’ont pas la moindre méthode pour savoir où se situent dans les inégalités nées de la révolution numérique les inégalités justes et/ou incitatives et où se situent les inégalités génératrices de rentes injustes (voilà qu’ils taxent les GAFA au pifomètre et… sur leur chiffre d’affaires !!), qui veulent le « plein emploi » dans le cadre d’un régime monétaire qui singe l’étalon-or (le système monétaire le plus adapté à la maximisation des écarts de richesse, puisqu’il entrave l’apurement des créances et favorise la rente, et le statu quo), et le tout avec des mécanismes d’intervention qui mixent joyeusement la redistribution au moment du prélèvement des impôts et la redistribution (parfois aux mêmes) au moment de la dépense publique (bravo la transparence), avec bien entendu cinq strates administratives pour rajouter un peu de fumée et quelques doublons, et saint Piketty en lecture pour tous. Un travail d’amateur dans une boite noire en double aveugle, en toute bonne conscience !! Avec le risque de voir tous ces « efforts » de redistribution annihilés par trois réunions de la BCE, par un nouveau dégazage bancaire ou une nouvelle provoc’ déflationniste de l’axe franco-allemand du mal.

La politique monétaire ne peut pas trop différencier si une dispersion des revenus est juste ou injuste, elle n’est pas l’instrument DE 1er rang pour lutter contre, le cas échéant, c’est simplement l’instrument AU premier rang, chronologiquement, pour éviter que la déflation ne s’installe avec son cortège de malheurs, de dettes qui s’accumulent et de chômeurs conjoncturels qui deviennent structurels. Le QE peut faire office de pare-feux et de facilitateur, ce n’est pas un outil de redistribution dans un sens ou dans un autre, à moins de prouver qu’il ne transite que par les effets richesse (en zone euro, bon courage) ou qu’à l’inverse il pourrait chambouler l‘ordre social bourgeois par une inflation à 10% (re-bon courage).

La politique monétaire en zone euro ne peut hélas rentrer dans les détails : elle est homogène, au mieux elle peut être un peu mieux orientée vers les maillons les plus faibles du Sud, et mieux orientée en direction de la prévention des crises de la demande agrégée, mais elle ne peut pas (et ne doit pas) rentrer dans les secteurs, les firmes, les ménages. La plus jolie fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a : même un néo-monétariste comme moi, très attaché à la notion de surpuissance de la politique monétaire, doit reconnaitre que le banquier central ne peut directement s’occuper ni de l’éducation, ni de l’aménagement du territoire, ni de l’immigration, ni de la libération du foncier, ni des statuts, ni de la fiscalité, c’est-à-dire des sources parmi les plus essentielles des inégalités concrètes. L’entrée de mexicains dans les Etats du Sud des USA dans les années 70, 80 et 90 n’est pas pour rien dans l’élargissement du spectre des salaires : oui, mais que pouvait y faire Alan Greenspan ?

En zone euro, la BCE a déjà un job à temps plein : son rôle est crucial pour les taux de changes, les taux d’intérêt, la survie supervision de 128 grandes banques, et une partie des marchés via les règles de collatéral notamment : ça fait déjà beaucoup pour un acteur non-élu, et pas toujours compétent, qui passe déjà trop de temps sur des missions annexes ou illégales (régulation des bonus des traders, symposiums sur les réformes structurelles pour tout le monde sauf pour lui, chantages vis-à-vis de certains gouvernements en pleine crise, et pendant les vacances : organisation de bank run et de corralito en Grèce ou à Chypre). Et maintenant les inégalités ? et demain le trafic aérien, et après demain la relance de la natalité en Europe ? Attention au surmenage, au syndrome « Gosbank », et aux conflits d’intérêts… »

 

Bitcoin, l’utopie (Par Michel Santi, économiste)

Bitcoin, l’utopie (Par Michel Santi, économiste)

Dans une interview à la tribune Michel Santi, économiste, évoque les limites et les contradictions du bitcoin

 

«  Le bitcoin instrument de paiement semble pour le moins compromis car nul ne voudra s’en séparer s’il devait beaucoup s’apprécier tandis que nul ne voudra le détenir s’il venait à s’effondrer ! En effet, pourquoi dépenser une valeur dont le cours s’envole comme celle du Bitcoin propulsé de 900 à 19.000 dollars en une année ? Transposer cette logique au dollar ou à l’euro reviendrait à paralyser littéralement l’économie car nul ne dépenserait plus son argent en attendant de devenir riche ! À moins d’augmenter massivement l’approvisionnement en bitcoin, comme le pratiquent couramment les banques centrales en activant leur planche à billets ? Hypothèse balayée avec horreur par les «Bitcoineurs» dont la raison d’être est précisément le rejet de l’interventionnisme étatique, et dont les angoisses profondes voire existentielles, puisent leurs sources dans la mythologie hyper inflationniste de Weimar et du Zimbabwe… Le bitcoin ne serait-il pas le refuge ultime face à des gouvernements indignes de confiance dont la seule action serait de dévaluer la monnaie ? Selon moi, les Bitcoineurs sont donc à classer en deux catégories : les grands naïfs d’une part et, d’autre part, les révisionnistes soucieux de révolutionner les règles du système financier qui deviendrait dès lors invulnérables, car indépendant et décorrélé de la bourse comme de la politique. Les adeptes du bitcoin sont en fait un genre d’agent Mulder de la série «X-Files» nous exhortant à ne croire en personne qui n’a décidément pas compris que l’économie ne fonctionne que grâce à un ingrédient : la confiance. Pour autant, cette obsession idéologique sur laquelle prospère le bitcoin est poussée jusqu’à des extrêmes quasi-maladifs nuisant fondamentalement à son développement. En l’état, il n’autorise que 7 transactions par seconde quand Visa et Master Card en permettent 55.000 ! Sauf à en augmenter la mémoire, ce à quoi se refusent catégoriquement les Bitcoineurs, ou à instaurer des coûts de transaction en contradiction flagrante avec un attribut majeur de cet instrument réputé éliminer tous frais inhérents aux échanges. Comble du ridicule et preuve ultime de l’amateurisme du monde selon bitcoin : la conférence prévue le week-end dernier à Miami censée en représenter l’apothéose se vit contrainte de refuser tout paiement en bitcoin pour cause de frais élevés et d’un système dépassé par le nombre de transactions.. La raison d’être du bitcoin étant de court-circuiter le système, toute augmentation substantielle de bande passant permettant d’accélérer les transactions ouvrirait ainsi la porte à un jeu d’influence entre producteurs de bitcoin, qui deviendrait dès lors un immense marché favorisant l’émergence de gros joueurs, à l’image même du marché et du système actuels qui sont honnis par les Bitcoineurs. Ceux-ci entendent effectivement conserver au bitcoin sa «pureté» qui les mettra à l’abri et les immunisera contre un système centralisé, corrompu, à tout le moins mal géré. Pourtant, que penser de la consommation énergétique pharaonique du bitcoin dont le potentiel de nuisance est gigantesque pour la planète comme pour la société ? Comment escamoter le fait que le peu de bitcoins produits utilisent déjà 0.1% de l’électricité mondiale, et que l’appréciation de ses cours entraînera fatalement une accélération de sa fabrication, et donc une aggravation dangereuse de consommation électrique ? On prévoit en effet que ce n’est pas moins de 0.6% de l’électricité mondiale qui sera consommée en 2018 pour la fabrication du bitcoin. Produit grâce au charbon, il n’est donc pas moins polluant qu’une usine de produits chimique ou qu’un véhicule Diesel, et il serait même responsable de l’envolée récente des prix du pétrole ! La technologie bitcoin – certes révolutionnaire – n’est est pas moins réactionnaire et masque désormais très péniblement l’implosion inéluctable de sa bulle spéculative l’ayant déjà fait perdre en quelques heures plus de 50 milliards de dollars de capitalisation ! Au moins internet était-il utilisé déjà par la moitié des ménages US lors de la liquéfaction des valeurs technologiques en 2000. Google, Amazon et AOL existaient en effet déjà à cette époque et il était relativement facile de se rendre compte des potentialités gigantesques offertes par cet outil alors même que la bulle implosait. Impossible d’en dire autant aujourd’hui avec le bitcoin, et même avec la technologie Blockchain, dont même les plus ardents défenseurs peinent à entrevoir les applications concrètes pour la consommation de masse de demain. »

Michel Santi est macro économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et Directeur Général d’Art Trading & Finance.

La réforme de l’Etat indispensable pour moderniser la France (Philippe AGHION, économiste)

La réforme de l’Etat indispensable pour moderniser la France (Philippe AGHION, économiste)

 

 

C’est l’un des axes que préconise l’un des économistes les plus connus, Philippe AGHION.  Dans une interview au Figaro.

 

Philippe AGHION. - Pour au moins deux raisons. Premièrement, pour permettre à l’État de mieux concentrer ses ressources sur l’éducation, la formation, l’assurance-chômage généralisée et le soutien aux investissements innovants. Deuxièmement, nous avons hérité de structures étatiques très corporatistes: plus de 100 caisses d’assurance-maladie, 38 caisses de retraite. Cela pouvait se comprendre dans le contexte d’une économie en rattrapage ou l’on passait toute sa vie dans la même entreprise ou le même secteur. Mais dans une économie de l’innovation ou l’on change souvent de secteur ou d’entreprise, cette multiplicité de régimes sociaux devient un facteur de risque en même temps que de rigidité.

Que préconisez-vous?

À très court terme, il n’y a guère que le rabot qui puisse être utilisé pour faire des économies, et là je n’ai pas de recommandation particulière à faire au gouvernement. À moyen terme, pour faire des économies en 2018-2020, j’ai identifié trois chantiers. Le premier, c’est la suppression sur trois ans des emplois aidés dans le secteur non marchand. Cela concerne 250 000   contrats uniques d’insertion et 100 000 emplois d’avenir. À la clef, l’économie serait de 1,25 milliard d’euros dès 2018, 3,6 milliards d’euros en 2020.

Le deuxième chantier porte sur la fin des niches fiscales relatives au logement. Faut-il le rappeler? Nous dépensons 41,7 milliards d’euros dans les aides à la pierre, dont la moitié d’aides aux locataires, pour des effets redistributions ou économiques douteux… Je crois que nous pouvons supprimer tous les dispositifs de défiscalisation, comme le Pinel, au moins dans les zones non tendues, et réformer les APL par exemple en ne les accordant que pour de nouveaux baux, ce qui contribuerait à abaisser les loyers, ou mieux, en les intégrant dans une grande réforme des transferts sociaux. Troisième chantier: le non-remplacement d’une partie des fonctionnaires partant à la retraite.

Ces trois chantiers suffiront-ils à transformer l’État?

Non, ils permettront de dégager des marges de manœuvre à moyen terme. À plus long terme, nous devrons nous attaquer aux sources d’inefficacité de l’État que sont le mille-feuille territorial et le mille-feuille social. Le premier est le symptôme d’une maladie insidieuse de la décentralisation, qui provoque une accumulation des interventions, des niveaux administratifs et des effectifs. Il se traitera, par exemple, en consacrant l’intercommunalité comme unité de base en zone rurale, dont les maires de communes et les agents municipaux seront les employés. Dans le domaine social, je plaide pour des guichets uniques pour les allocations familiales, des retraites et de la Sécurité sociale, sur le modèle suédois. Voilà, brossée à grands traits, la réforme de l’État que j’espère qu’Emmanuel Macron engagera. S’il mène cette réforme en parallèle avec la réforme du marché du travail il aura remis la France sur le chemin d’une croissance juste et durable, et laissera un grand nom dans l’histoire.

 

 

 

Macron renforcé par la journaliste Laurence Haïm et l’économiste Jean Pisani-Ferry

Macron renforcé par la journaliste Laurence Haïm et l’économiste Jean Pisani-Ferry

Dans un contexte politique caractérisé par une surenchère des promesses démagogiques et illusoires, Macron tente de se singulariser par des propositions crédibles faisant le lien entre les aspirations sociales et les capacités de réalisation notamment dans le domaine financier. Pour cela Macron se renforce dans 2 domaines : celui de l’expertise et celui de la communication. Macron bénéficie de deux récentes recrues de choix, pas des crocodiles de la politique mais un économiste très reconnu, Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France stratégie (l’ancien commissariat au plan) et une grande spécialiste de la communication,  la très sérieuse la seule journaliste française à avoir obtenu en 2008 de pouvoir interviewer Barack Obama après son élection.  Avec surtout le recrutement de Jean Pisani-Ferry macro renforce encore sa capacité d’expertise. L’ancien Commissaire général de France Stratégie – est conscient des enjeux  «La difficulté qu’ont les partis de gouvernement à sortir de leurs habitus a rendu leur action illisible. Dans les circonstances actuelles de crise démocratique et sociale, il faut une ambition nouvelle pour tout à la fois conserver l’exigence de responsabilité et répondre à la colère des citoyens. C’est le cas de Macron. C’est un choix positif.». Macron a sans doute raison de vouloir mieux communiquer mais à partir d’analyses sérieuses et pertinentes. De ce point de vue,  il est à peu près le seul candidat qui connaisse l’économie. Les autres ayant plutôt des profils de généralistes politiques, c’est-à-dire des pros du métier de politique  depuis 10,  20 ou 30 ans. Des pros de la politique qui fonde leur proposition sur des bases idéologiques autant par conviction que par ignorance des réalités économiques socio-économiques. La plupart parlent  par exemple du travail sans jamais avoir mis les pieds dans la production ou de manière plus générale dans l’entreprise privée. Du coup, ils sont forcément contraints de s’en tenir à des réflexions très générales et souvent de nature étatiste faute de compréhension des  réalités concrétés et locales.

 

Brexit : Enormes incertitudes économique du (Gabriel Zucman, économiste)

Brexit : Enormes  incertitudes économique du (Gabriel Zucman, économiste)

Selon l’économiste Gabriel Zucman, invité de « L’Interview éco » de France Info ce mardi,  »les Britanniques ont raison de s’inquiéter, il y a énormément d’incertitudes sur l’impact économique du Brexit« .  Pour ce spécialiste des paradis fiscaux, qui enseigne à l’université de Berkeley, « la tentation va être très grande » pour le Royaume-Uni « de donner tous les avantages fiscaux et de régulation pour que la City continue à être la capitale financière de l’Europe« . Gabriel Zucman cite en particulier le projet d’abaisser l’impôt sur les sociétés à 15%, ce qui ferait du Royaume-Uni « l’un des pays développés avec un des taux les plus faibles ». A long terme, cette stratégie serait une impasse, pour l’économiste : « Tous les pays qui jouent à l’extrême la carte du dumping fiscal et réglementaire, cela finit par créer des bulles qui explosent« . Il estime que si le Royaume-Uni « s’engage dans cette voie folle, qu’il essaie de siphonner la base fiscale de ses voisins en attirant des entreprises« , cela entraînera une baisse des ressources fiscales des pays voisins, qui devront augmenter les impôts. Pour Gabriel Zucman, l’Union européenne est « dans une situation objectivement catastrophique« , et l’issue passe selon lui par la création d’un parlement de la zone euro, et la prise de sanctions « contre les pays qui jouent le jeu du dumping fiscal ».

Prélèvement à la source : une réforme liberticide (Jean-Yves Archer, économiste)

Prélèvement à la source : une réforme liberticide (Jean-Yves Archer, économiste)

(interview le Figaro)

Depuis des décennies, l’IRPP (impôt sur le revenu des personnes physiques) est perçu avec une année de décalage. On paye en 2016 un impôt sur ses revenus effectivement encaissés en 2015. Revenus professionnels, revenus financiers ou revenus fonciers.

L’objectif affiché du Gouvernement est de faire payer l’impôt «dans l’année de référence «. Pour citer le ministre Sapin: «Dans une société où la linéarité des parcours personnels comme professionnels n’est plus la norme, faire coïncider le moment où l’on perçoit son revenu et celui où l’on acquitte ses impôts est un réel progrès».

Selon un site dépendant de l’Administration, le prélèvement de l’IRPP à la source serait un «mode de recouvrement relativement simple et indolore pour le contribuable favorisant l’acceptabilité de l’impôt».

 

Indolore, acceptabilité : les grands mots sont avancés et révèlent la véritable intention de la Puissance publique.

Indolore, acceptabilité: les grands mots sont avancés et révèlent la véritable intention de la Puissance publique. Pour parler en termes clairs, en changeant l’axe de la lame de la tondeuse, le mouton sera d’autant plus coopératif. Pour parler en termes de science politique, le prélèvement à la source peut devenir une grandiose opération d’enfumage qui masquera, pour des millions de citoyens, la vraie charge publique.

Autrement dit, prélever en amont c’est s’assurer d’avoir l’aval de celui qui paye et ne comprend plus le schéma d’ensemble. C’est donner quitus aux gouvernants par-delà les errements éventuels de leurs gestions.

Rendre indolore c’est participer à l’aveuglement du contribuable dans un pays qui est peut-être le dernier de l’UE à ne pas prélever à la source mais qui est le premier en pourcentage de PIB (57,4%) pour sa dépense publique.

Curieusement, aucun chiffrage de l’économie de cette charge administrative n’a été avancé clairement. Partant d’un coût de collecte évalué à 600 millions d’euros, peut-on espérer une économie globale de 25%?

L’Etat nous propose donc un chamboulement pour moins de 200 millions alors que le déficit budgétaire dépasse les 70 milliards…

A l’inverse, il faut absolument avoir conscience des milliers d’heures de travail que ce mode de recouvrement va induire pour les entreprises: des grands groupes à la plus modeste des TPE.

A cet effet, il faudra attendre des chiffrages prévisionnels des experts-comptables ou autres pour jauger de l’ampleur de la vague bureaucratique qui va s’abattre sur les entreprises traitées, dans ce dossier, comme des baudets. Incontestablement, l’Etat se défausse d’une large partie du coût de la collecte de l’IRPP via l’obligation, à compter de 2017, qu’auront les entreprises de renseigner la DSN: déclaration sociale nominative.

Le gouvernement minimise cet aspect de la question ce qui est de bonne pratique politicienne mais n’apportera aucune garantie aux employeurs. Quant aux contribuables, le mot de garantie leur est quasiment interdit. De toute évidence, le prélèvement à la source est truffé de conséquences liberticides qu’un simple lot de questions permet de situer.

 

Acceptez-vous que votre employeur, pour appliquer le taux de votre imposition, ait un accès oblique aux revenus de votre conjoint ou à vos éventuels revenus fonciers ou financiers ?

Acceptez-vous que votre employeur, pour appliquer le taux de votre imposition, ait un accès oblique aux revenus de votre conjoint ou à vos éventuels revenus fonciers ou financiers? Par exemple, si vous gagnez 29000 euros nets annuels chez cet employeur et que vous avez la chance de disposer de 45000 euros de revenus fonciers, l’entreprise le saura en vous appliquant le taux d’imposition que lui transmettra l’Administration fiscale. Plus vos revenus annexes seront loin d’être accessoires, plus votre employeur aura peu d’envie de vous augmenter, instruit qu’il sera de vos revenus.

«L’employeur ne sera informé ni de la situation familiale ni des autres revenus perçus par le salarié, a déclaré M. Eckert. C’est l’administration fiscale qui restera l’unique destinataire des informations fiscales et l’unique interlocuteur des contribuables

Je ne pense pas que cette phrase sera en phase avec les futurs contours du déploiement du prélèvement à la source. Sauf à dire aux Français que l’on va supprimer le système par parts.

 

Si l’on ne veut pas que votre employeur connaisse les détails de votre vie de famille et le taux d’imposition de votre conjoint, nous allons vers le principe de la pleine autonomie de l’individu face à l’IRPP.

Si l’on ne veut pas que votre employeur connaisse les détails de votre vie de famille et le taux d’imposition de votre conjoint, nous allons vers le principe de la pleine autonomie de l’individu face à l’IRPP. C’est une forme de choix de société et si l’on reprend mon exemple de revenus fonciers, quid en cas d’acquisition commune du bien rapportant les revenus. On les impute sur quelle feuille d’impôt: conjoint A ou conjoint B? Alors que, dans la vie courante, les deux en tirent égal avantage.

De même que devient le système de parts? Sans grande difficulté, l’employeur peut y avoir accès. Est-ce un bien?

Plus ardu: si vous travaillez dans deux entreprises simultanément, laquelle assumera le rôle d’organisme de déclaration? Souhaitez-vous que l’employeur B connaisse vos revenus chez l’entreprise A? Ou alors, chacune va émettre une DNS et l’Etat compilera après?

Autre question: en cas de coresponsabilité d’établissement de la déclaration, vous sentez-vous assez armé pour contester une erreur de l’employeur dont vous dépendez?

A défaut, si vous demeurez le seul responsable, pensez-vous que l’entreprise sera totalement motivée et vous fournira une garantie de bonne fin pour votre retenue à la source?

Pour l’Etat, l’impôt sur le revenu représente 72 milliards d’euros soit 24,1% du total des quelques 300 mds de recettes fiscales. Soit la moitié de la TVA (47,3% et 146 mds) vis-à-vis de laquelle on doit remarquer le niveau très relatif d’effort de recouvrement.

La fraude dite carrousel est en effet évaluée à 32 milliards d’euros ce qui est presque la moitié du rendement net de l’impôt sur le revenu et «x «fois les avantages supputés du prélèvement à la source.

Il semble donc assez irresponsable de chercher une retenue à la source du côté de l’IRPP alors que la nocivité et la déviance antifiscales sont nettement plus avérées du côté de la TVA comme le répètent régulièrement le syndicaliste Vincent Drezet ou les avocats fiscalistes dont Jérôme Turot.

En fait, la retenue à la source pose une vraie question de société: en étant soi-disant débarrassé mensuellement ET passivement de l’impôt sur le revenu, le citoyen ou la citoyenne gagnerait en pseudo-confort de vie. Il pourrait dépenser son net à payer post fiscalité. Soit. Alors, pourquoi pas une retenue à la source des loyers? Bien au-delà des systèmes de prélèvements bancaires actuels qui sont récusables. Tout ceci est un bouillon de culture pour l’irresponsabilité et éloigne le citoyen de sa bonne capacité à gérer ses propres affaires.

Et surtout, il l’éloigne de la capacité à bien «ressentir «ce que lui coûte la sphère publique.

Le prélèvement à la source est une idée technique de moyenne importance (gains sur les coûts de collecte, etc.) mais une idée politique qui a valeur de joker pour les apprentis sorciers de la dépense publique qui n’ont pas forcément de couleur politique mais ont les mêmes travers gestionnaires.

Loi travail: taxer le « turn-over » dans les entreprises (Francis Kramarz, économiste)

Loi travail: taxer le « turn-over » dans les entreprises (Francis Kramarz economiste)

 

(Interview Challenges)

Face à la mobilisation contre la réforme du Code du travail, le gouvernement envisage de surtaxer les CDD courts, est-ce une bonne idée ?

Le problème, ce ne sont pas les CDD, c’est la dichotomie entre CDD et CDI. Les CDI sont trop protégés et les CDD trop souples. La gauche a une responsabilité dans cette situation puisque ce sont les lois Auroux de 1982, sous François Mitterrand, qui ont fortement assoupli les conditions de recours aux CDD. C’était une folie ! Il faut revenir à une limitation beaucoup plus stricte des CDD et pousser ainsi les entreprises à moins organiser leur production autour de contrats courts. Les CDD doivent se cantonner à des motifs très précis : remplacement, hausse de l’activité, etc.

Une nouvelle taxation des CDD risque-t-elle de réduire le nombre d’embauches et de pénaliser encore l’emploi des jeunes ?

La taxation des CDD, telle qu’elle est envisagée, aura peu d’effets sur les comportements des entreprises. Avec la prime de précarité, les CDD sont déjà surtaxé de l’ordre de 10 % par rapport au CDI et cela n’empêche pas les employeurs d’y recourir. Le gouvernement ferait mieux de s’attaquer au sujet de la transformation des emplois CDD en CDI en taxant le turn-over dans les entreprises.

Quelle solution proposez-vous ?

Le système de bonus-malus appliqué aux Etats-Unis est pertinent. Là-bas, chaque entreprise dispose d’un compte individuel qui recense leurs cotisations et les dépenses qu’elles font supporter à l’assurance chômage. Plus les entreprises licencient, plus elles paient de cotisations. Et celles qui mettent à la porte des employés qui pointeront plusieurs années au chômage contribuent davantage que celles dont les licenciés retrouvent un job rapidement. Avantages : cela favorise les entreprises qui privilégient les emplois de long terme et incite celles obligées de licencier à former leurs salariés pour qu’ils se recasent facilement.

Pourquoi les syndicats défendent-ils la surtaxation des CDD ?

Le discours de beaucoup de syndicalistes, par exemple à la CGT, est navrant. Ils défendent les intérêts des salariés en CDI sans se soucier de la masse de précaires qui ne parviennent pas à décrocher un vrai job. Le problème, c’est qu’ils continuent de peser lourd dans les négociations, alors même qu’ils ne représentent qu’une très faible part des travailleurs.

Loi travail : une trentaine d’économistes pour

Loi travail : une trentaine d’économistes pour

 

La loi travail continue d’entretenir le clivage entre les partisans de cette réforme et ceux y sont opposés. Un clivage qui concerne aussi les experts de l’économie. Des experts dont il est possible de contester la pertinence dans la mesure où l’étude de l’économie est loin d’être une science exacte. Pour preuve le fait que les plus grandes catastrophes n’ont guère été prévues. Bien peu d’économistes envisagent par exemple l’hypothèse possible d’un krach  qui pourrait résulter de l’actuel tassement de l’économie mondiale. En cause le fait que la France en particulier distribue très largement les diplômes d’économistes (la France est un des pays qui en  forme le plus, il en est de même pour les sociologues ou les psychologues !) d’où la diversité des points de vue. En outre la plupart de ces économistes sont directement indirectement rémunérés par l’État ou les lobbys et ont parfois tendance à s’aligner sur des courants de pensée dominants. Il y a aussi le vieux clivage entre la pensée d’inspiration marxiste et la pensée d’inspiration libérale. Du coup l’expression des uns comme des autres revêt parfois un caractère assez caricatural. L’explication d’un fort chômage en France ne serait en effet découler d’un seul facteur explicatif comme la complexité du code du travail. Seul une approche systémique prenante en compte bien sûr les éléments économiques mais aussi sociaux, environnementaux, technologiques et sociétaux serait de nature à éclairer un peu mieux le débat ; de ce point de vue la seule expertise économique paraît insuffisante. La loi travail comporte sans doute des éléments pertinents mais de toute évidence elle justifierait un sérieux rééquilibrage prenant en compte les différents facteurs explicatifs évoqués ci-dessus. En bref l’analyse est un peu courte et la vision globale bien insuffisante. Dans une tribune publiée dans Le Monde et intitulée «cette réforme est une avancée pour les plus fragiles», ces chercheurs estiment que l’un des avantages de la loi El Khomri est qu’elle propose «un barème plus précis des indemnités octroyés par les prud’hommes et une définition objective des situations pouvant justifiées un licenciement». Une mesure qui pourrait inciter les entreprises à avoir davantage recours aux CDI, selon eux. Parmi les signataires de la tribune figurent le prestigieux Jean Tirole, prix Nobel d’Economie 2014. Alain Trannoy, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, dont la thèse portait sur «la théorie de la mesure des inégalités» apporte également son soutien à la loi. Les chercheurs Hélène Rey, professeur à la London Business School et spécialisée en macroéconomie internationale ainsi que Pierre Olivier Gourinchas économiste français et professeur à Berkeley dont les travaux se concentrent sur la macroéconomie et la finance internationale ont également cosigné la tribune. Ces soutiens viennent d’horizons divers.

« Le gouvernement est nul » (Thomas Piketty, économiste)

« Le gouvernement est nul » (Thomas Piketty, économiste)

L’économiste Piketty, très apprécié dans le mode et notamment aux Etats-Unis ne fait pas dans la dentelle énarchique : le PS n’a rien préparé avant les élections, ils n’ont pas réfléchi, ils sont dans l’improvisation permanente, ils sont nuls. Tout est dit. La coqueluche des économistes ne s’embarrasse pas de précautions lorsqu’il évoque la politique économique du gouvernement français, alors que le programme de stabilité doit être soumis au vote de l’Assemblée nationale ce mardi 29 avril.  « Je ne regrette pas le pouvoir précédent, mais le nouveau pouvoir Hollande-Ayrault-Valls est vraiment dans une improvisation qui ne va pas pouvoir durer comme ça pendant trois ans« , estime Thomas Piketty, dont le livre Le capital au XXIe siècle, lui vaut un concert de compliments depuis plusieurs semaines. « Je les trouve vraiment assez nul, ils sont dans une espèce d’improvisation permanente. On a vraiment l’impression qu’ils n’ont pas beaucoup réfléchi, avant les élections, à ce qu’ils allaient faire au pouvoir », continue celui qui a été reçu à la Maison Blanche puis au Fonds monétaire international (FMI). « On ne va pas dans la bonne trajectoire en France et en Europe. Si on s’imagine que l’austérité budgétaire va suffire pour combler un déficit public du niveau qu’on a actuellement, alors on se trompe lourdement et on oublie les leçons de l’histoire », estime Thomas Piketty. « Quand on a 90% du PIB en dette publique, réduire ça avec uniquement l’excédent budgétaire, ça prend des décennies. Je m’inquiète beaucoup des risques que la zone euro soit durablement dans une situation d’inflation et de croissance quasi zéro. On peut se retrouver à traîner une dette comme ça pendant trente ans », insiste l’économiste.

 

« La BCE n’a pas les moyens de sauver l’euro » (jacques Sapir, économiste)

« La BCE n’a pas les moyens de sauver l’euro » (jacques Sapir, économiste)

D’après Jacques Sapir, économiste, interviewé dans l’Express, la BCE ne pourrait sauver l’euro.  Mario Draghi. « La BCE fera tout pour sauver l’euro, qui est irréversible. » Tout, quitte à racheter de la dette publique. Parole de banquier central. Pour l’instant, les marchés y croient et ne spéculent plus sur la fin de l’euro, mais tous les économistes ne l’entendent pas de cette oreille.  A l’image de Jacques Sapir, directeur de recherche à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, infatigable pourfendeur de la monnaie européenne. « Et si Draghi bluffait ? Il promet de racheter autant que nécessaire de la dette publique en euros, mais il ne dispose pas des moyens adéquats. En fait, la BCE est limitée par la clause dite de stérilisation. » Pour faire simple, tout achat d’obligations publiques doit s’accompagner d’une vente équivalente de titres privés (obligations d’entreprises, par exemple) détenus par la BCE. L’arme de Draghi existe, mais les cartouches risquent de manquer. Surtout, le problème de la discipline budgétaire en zone euro reste entier. « Les pays du Sud ne tiendront pas leurs objectifs, et leurs dettes subiront à nouveau des attaques. »  Selon l’économiste, deux solutions se présenteront alors pour sauver l’euro, mais il ne croit à aucune d’entre elles : « Premièrement, la hausse de 10 à 15 % des salaires en Allemagne pour redonner de la compétitivité aux exportations espagnoles, italiennes, portugaises et grecques. Mais Berlin – sous les couleurs démocrates-chrétiennes de la CDU ou sociales-démocrates du SPD – ne l’acceptera jamais, tant une telle inflation salariale menacerait les ventes de ses belles berlines à l’étranger. Deuxièmement, la voie fédérale, avec les transferts budgétaires massifs de l’Europe du Nord bien portante vers celle du Sud, malade. Il faudrait, au bas mot, multiplier le budget européen par huit. Au vu des derniers sommets sur la question, un tel scénario semble exclu », poursuit Jacques Sapir, dans sa tenue préférée, celle de Cassandre. Pour lui, le grand craquement pourrait se produire dans deux pays. En Espagne, sur le front économique : « Le seuil d’alerte est à 30 % de chômage, comme aux Etats-Unis pendant la Grande Dépression, quand Roosevelt est intervenu. » Ou bien en Italie, sur le versant politique : « Si le pays reste ingouvernable pendant encore six mois, il ne pourra plus se refinancer, et les forces eurosceptiques l’emporteront. »

 




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