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Le procès de l’hydroxychloroquine : scientifique et…. économique

Le procès de l’hydroxychloroquine : scientifique et…. économique

 

La question de l’efficacité des traitements du Coronavirus par   hydroxychloroquine occupe à nouveau là une des médias. Il y a de toute évidence derrière les exercices d’évaluation des différents traitements des questions scientifiques dont les résultats ne s’apprécieront  qu’avec le temps. Il y a aussi une redoutable bataille entre institutions de recherche dont beaucoup sont d’ailleurs financées par des laboratoires pharmaceutiques, aussi par des contributions publiques. Tout cela sur fond d’une redoutable guerre de l’industrie pharmaceutique qui passe parfois davantage de temps à démolir d’éventuels traitements ( voire de vaccins ) qu’à investir dans la recherche pour trouver le remède miracle.

Une nouvelle fois, les pouvoirs publics ont tiré le parapluie en s’abritant derrière l’avis du Haut conseil de santé publique consultée à la va-vite en 48 heures , une procédure d’ailleurs assez rare dans le milieu scientifique. Mais les comités scientifiques ont déjà avalé d’autres couleuvres. En fait, on se fonde surtout sur un article publié dans la revue médicale britannique  the Lancet. “Le groupe de travail a conclu de manière collégiale à l’absence d’étude clinique suffisamment robuste démontrant l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le COVID-19 quelle que soit la gravité de l’infection”, est-il souligné dans cet avis.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait annoncé samedi sur Twitter avoir chargé ce groupe indépendant d’experts d’analyser “une étude alertant sur l’inefficacité et les risques de certains traitements du COVID-19 dont l’hydroxychloroquine” publiée dans la revue médicale britannique à comité de lecture The Lancet.

Pour faire face à la flambée épidémique, les médecins français était autorisés depuis la fin mars et à titre dérogatoire à utiliser l’hydroxychloroquine pour traiter les patients contaminés par le coronavirus et ayant développé la maladie COVID-19, alors que cet antipaludéen de synthèse est normalement utilisé dans le traitement de maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde et le lupus.

Mais au vu des conclusions de la vaste étude internationale publiée vendredi dernier dans le Lancet, qui a évalué le rapport bénéfices-risques de l’hydroxychloroquine dans la prise en charge du COVID-19, ainsi que “des effets secondaires potentiellement graves, en particulier cardiovasculaires” signalés par le réseau français de pharmacovigilance, le HCSP estime désormais que cette molécule “n’apporte pas de bénéfice et peut être dangereuse”. Une étude très complexe que sans doute peu de journalistes voire de scientifiques ont lu car cet article n’apporte pas d’éléments vraiment nouveaux. La preuve que la guerre des égos des mandarins, des instituts de recherche et des industries pharmaceutiques est loin d’être terminée tant en ce qui concerne la recherche de traitement que d’un éventuel vaccin.

Notons que la vaste enquête internationale qui devait évaluer l’efficacité de différents traitements appelé Discovery a fini en eau de boudin.

Le professeur Raoult de Marseille n’a peut-être pas totalement raison à propos de son traitement ( il faudra accepter le temps de faire cette évaluation et non de l’effectuer sous la pression de journalistes consciemment ou inconsciemment manipulés ) en tout cas il n’a pas tort  de souligner les enjeux économiques, institutionnels voire politiques qui alimentent certaines évaluations plus ou moins bidon.

Licenciements et de faillites : le nouveau défi économique, social et politique

Licenciements et de faillites : le nouveau défi économique, social et politique

Macron avait bien annoncé qu’aucune entreprise ne serait soumis aux risques de faillite au début de la crise sanitaire mais les réalités sont là. En dépit des dizaines et des dizaines de milliards injectés dans l’économie, toutes les entreprises ne pourront être sauvées en particulier les PME. Du coup ,le pouvoir admet maintenant que le pays pourrait être largement exposé au risque de défaillance et de licenciements massifs . Jusque-là la question du chômage a été masquée par le soutien massif du financement du chômage partiel qui a profité à plus de la moitié des salariés du privé. À partir du 1er juin, les modalités de financement de ce chômage partiel vont commencer à changer puisque sauf exception les entreprises devront participer à hauteur de 15 % au financement de ce dispositif.

«Tous les indicateurs montrent une chute de la production très forte, des trésoreries très atteintes et des répercussions sur l’emploi. Je crains que les licenciements en nombre soient inévitables», juge Raymond Soubie, président du cabinet de conseil en ressources humaines Alixio et ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Élysée. «II y aura des licenciements, c’est certain. Mais aujourd’hui, on ne peut pas en connaître l’ampleur», confirme François Asselin, président de la CPME. Il n’empêche, les employeurs n’ont pas attendu longtemps pour se tourner vers les avocats. «Dès le début du confinement, des entreprises m’ont sollicitée pour préparer des plans sociaux dans les secteurs les plus touchés, comme la restauration et l’hôtellerie», confie Isabelle Mathieu, avocate associée chez Daem Partners.

 «La phase la plus difficile est devant nous car il va falloir sortir du chômage partiel. L’État va continuer de faire fonctionner le dispositif mais sans maintenir le niveau d’aides actuel. Le choc va donc être très fort sur les entreprises et sur les salariés», juge Raymond Soubie. Petit à petit, les employeurs touchés par la crise vont devoir assurer financièrement les salaires et les charges de l’entreprise sans pour autant retrouver un niveau normal d’activité.

 «Dans cette phase de redémarrage, les entreprises pourraient être confrontées à de véritables crises de liquidité», prévient Hector Arroyo, partner en restructuration au sein du cabinet Baker McKenzie.

Pour l’heure, certaines entreprises essaient surtout préventivement de se réorganiser pour justement éviter des procédures de licenciement lourdes et coûteuses. Et, «l’accord de performance collective (APC) est le meilleur outil qui permet de s’adapter face à une crise conjoncturelle», estime Deborah David. Prévus dans les ordonnances Pénicaud, les APC signés à la majorité des syndicats offrent la possibilité aux entreprises de revoir temporairement les conditions de travail des salariés. «Avec les APC, on peut descendre jusqu’au smic mais ça ne se passe jamais comme ça. On vient plutôt raboter des RTT, augmenter la durée du travail, ou faire travailler quelques jours fériés», précise Olivier Angotti, avocat associé chez FTMS. Reste le risque politique : jusqu’à quel niveau de chômage l’opinion. Acceptera sans broncher les conséquences économiques de la crise sanitaire. Les sondages de septembre seront sans doute de ce point de vue significatif pour éclairer la situation

« Refuser le chantage économique de la Chine »

« Refuser le chantage économique de la Chine »

 

Les démocraties ne doivent pas être naïves vis-à-vis de la diplomatie agressive de la Chine, Elles doivent maintenant garder le cap d’une coopération conflictuelle, recommande, dans une tribune au « Monde », le sociologue Paul Jobin, chercheur à Taïwan.

Tribune.

Après des décennies de fascination, il semble que la France et l’Europe sortent enfin de leur naïveté envers le pouvoir chinois. Le coût de cette naïveté aura été énorme. Non seulement la coopération franco-chinoise scientifique du laboratoire P4 à Wuhan n’a apporté aucun gain scientifique, mais elle n’a pas permis à la France d’anticiper la pandémie.

Récemment, la sécurité belge alertait sur le vaste réseau d’espionnage développé par la Chine autour de la capitale européenne à Bruxelles, notamment pour un possible développement d’armes biochimiques. La pandémie aura ainsi révélé plus crûment les menaces fondamentales que la Chine fait peser sur la sécurité et la souveraineté d’autres nations.

 

Or, la pandémie a aussi touché les armées. Alors que les deux tiers de l’équipage du porte-avions Charles-de-Gaulle ont été contaminés par le coronavirus, son homologue américain le Theodore-Roosevelt a déploré un soldat mort, son commandant a été démis de ses fonctions, et le chef de l’US Navy, limogé. Le Covid-19 s’est aussi invité à bord d’autres navires de la flotte américaine dans le Pacifique, ainsi que sur un navire d’entraînement de la marine taïwanaise. Pendant ce temps, le porte-avions Liaoning et cinq vaisseaux chinois ont manœuvré au large d’Okinawa et de Taïwan, en mer de Chine. 

Dans l’entourage de Xi Jinping et sur les réseaux sociaux chinois, une flambée nationaliste a jugé que le moment était propice pour envahir Taïwan. Jusqu’à ce que le général Qiao Liang, major général de l’armée de l’air chinoise à la retraite ne calme leur ardeur belliqueuse. Lui-même est pourtant loin d’être un pacifiste puisqu’il est le coauteur d’un livre intitulé Guerre illimitée : le grand projet chinois pour détruire l’Amérique. Mais il estime qu’il vaut mieux attendre encore un peu.

A Taïwan, si cette menace d’une invasion est constante, la pandémie l’a encore accentuée. En décembre 2019, à la veille des élections à Taïwan, le porte-avions chinois Shandong a rôdé dans le détroit, ce qui n’a pas empêché la présidente, Tsai Ing-wen, de se voir réélire haut la main le 11 janvier. Un mois plus tard, alors que l’épidémie faisait rage à Wuhan, des avions de chasse chinois faisait irruption dans l’espace aérien taïwanais. Le 28 février, c’était au tour d’un bombardier. Le 16 mars, la Chine effectuait son premier exercice nocturne près de Taïwan, tandis que des vedettes chinoises percutaient un navire de garde-côtes taïwanais près de Kinmen, une île située à seulement 5 km du continent, mais qui dépend de Taïwan.

 

Eoliennes: la mort économique pour 50 ans des territoires

Eoliennes: la mort économique pour 50 ans des territoires

 

Les éoliennes peuvent évidemment participer à la montée en charge des énergies renouvelables. Avec des limites toutefois compte tenu de leur caractère intermittent et de l’impossibilité de la stocker ( on peut l’utiliser par exemple pour la fabrication de l ‘hydrogène). La plupart du temps l’énergie est réinjectée dans le réseau général ( ou simplement perdue) et de toute façon doit être compensée par des sources souvent polluantes pour faire face à l’intermittence. Or au lieu de mettre en place un plan d’implantation des éoliennes à l’échelle nationale, on a choisi la stratégie du mitage du territoire. Un mitage qui dépend uniquement de la volonté des promoteurs ( qui savent être très persuasifs alors que la plupart revendront les éoliennes dès leur mise en exploitation sans aviser les propriétaires; ce qui changera les termes du contrat; sans parler de l’évolution du mode de tarification imposé de l’Etat comme on l’a vu pour le solaire); cela dépend aussi des élus locaux et surtout des propriétaires de terrains. La première priorité comme l’a déjà indiqué la ministre de l’écologie Élisabeth Bornes serait de définir une planification nationale avec des importations sur des zones suffisamment désertiques au lieu de les placer seulement à 500 m des habitations et de miner ainsi tout le territoire. Des territoires dont l’avenir économique sera  compromis pour une cinquantaine d’années. Première conséquence, celle de la valeur du patrimoine foncier qui va s’écrouler. En général on considère que la perte de valeur se situe autour de 30 % d’emblée. Une perte qui peut évoluer avec l’augmentation du dimensionnement du projet. Or quand des activités économiques s’implantent ,que des particuliers investissent dans des résidences, ils incluent évidemment la valeur de revente. Or cette valeur de revente et impactée dans un rayon de 10 à 15 km ( la hauteur des éoliennes peut varier de 100 à 180 m et donc affecter la valeur potentielle du foncier) . Or pour vivre une localité a besoin d’activités économiques, de services et de résidents. Trois dimensions qui fonctionnent de manière systémique. Or le mitage actuel constitue une vraie machine à refouler activités économiques et résidences particulières. Cela pour une durée de 50 ans environ. Pendant 20 ans l’éolienne pourra être en exploitation. Ensuite elle sera revendue à ce qu’on appelle des soldeurs qui tenteront d’en tirer encore parti avec un entretien minimum ou sans entretien du tout. Se posera après la question du démantèlement dont le coût sera au minimum de 500 000 €. Eu égard à ce montant, il est vraisemblable que les héritiers des anciens  propriétaires (qui auront profité de la manne) refuseront l’héritage et que la responsabilité et le coût du démantèlement reviendra à la collectivité. Contrairement à d’autre pays qui choisi d’implanter les éoliennes dans des zones très désertiques entre parenthèses (États-Unis, Afrique, Australie etc.). la France a choisi d’en mettre un peu partout surtout dans des territoires déjà économiquement défavorisés. Là où la perspective d’éolienne permet de trouver des pavillons pour 50 000 euros ! Pour faire bref , à terme ces territoires sont condamnés à devenir de véritables déserts économiques et humains et pour longtemps… à l’heure de la relocalisation .

Crise économique: Hétérodoxes contre orthodoxes

Crise économique: Hétérodoxes contre orthodoxes 

Un article de The conversation qui mérite la relecture

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(Auteurs Philippe Delacote, Antoine Leblois et Serge Garcia, chercheurs;  )

 

« Depuis longtemps, certaines approches ou théories, telles que la monétarisation des services fournis par la nature, l’usage des prix comme signal de la rareté, ou le recours au marché comme solution aux problèmes environnementaux et à la gestion des ressources naturelles cristallisent les tensions.

Ainsi, lors de la COP21 qui a débouché sur l’accord de Paris, de vifs débats sur l’opportunité (ou l’irréalisme) d’un prix unique du carbone avaient émergé.

À intervalles plus ou moins réguliers, les orthodoxes et hétérodoxes s’écharpent sur des sujets encore plus divers et variés que cette courte liste le laisse paraître. Les uns considèrent que les autres sont des « scientistes » aveugles et arrogants, les autres affublent les uns de « négationnisme » dangereux face aux évidences chiffrées.

Notre discipline n’a pas besoin de cela car elle souffre déjà d’un grand manque de crédibilité scientifique et sociétale. Cependant une question se pose : qu’est-ce qu’un orthodoxe ? Qu’est-ce qu’un hétérodoxe ?

Méthodologie, idéologie, épistémologie/histoire économique : ces trois critères permettent de mieux appréhender l’hétérogénéité au sein des économistes, mais quand on les regarde de près, ils rendent ces deux familles d’économistes caduques et subjectives.

Hétérodoxes, orthodoxes : difficile de les reconnaître

Trois exemples soulignent cette subjectivité.

Certains économistes, par exemple Thomas Piketty, sont parfois présentés comme hétérodoxes alors que leur carrière est jalonnée de travaux utilisant méthodes quantitatives et modélisation, et ont publié dans les plus grandes revues prétendues orthodoxes.

D’autres spécialistes, à l’instar d’Esther Duflo, ne se risquent même pas à se placer dans un tel débat et se limitent volontairement à des discussions sur les méthodes.

À l’opposé, des « hétérodoxes » prennent comme exemples ou modèles des économistes récompensés par le prix Nobel (A. Deaton, P. Krugman, E. Ostrom, A. Sen, G. Stiglitz…) pour démontrer la vacuité d’hypothèses néo-classiques ou de certaines méthodes expérimentales. La Banque de Suède n’est pourtant pas connue pour son hétérodoxie…

D’autres économistes peut-être plus radicaux dans leurs approches et la remise en question des dogmes, comme Gael Giraud ou Matheus Grasselli (Fields Institute), utilisent des mathématiques beaucoup plus avancées que la plupart des économistes orthodoxes.

De nombreux hétérodoxes ou post-keynésiens peinent toutefois à publier dans des journaux de qualité du fait de l’originalité des approches et de la remise en cause de certains dogmes historiques pourtant reconnus comme faux par de nombreux économistes néo-classiques (forme de la fonction de production, rôle de la monnaie, consistance flux-stocks ou encore phénomène d’émergence pour n’en citer que certains).

Finalement, les méthodes plus discursives ou littéraires n’ont pas moins de légitimité par essence. La principale raison pour laquelle nous estimons que cette opposition entre prétendus orthodoxes et hétérodoxes n’est pas valide repose donc selon nous sur de nombreuses dimensions.

Hétérodoxie mineures, majeures et nouvelles approches

Concernant les méthodologies : économétrie, expérimentation, modélisation théorique et simulations ; par ces approches, les prétendus orthodoxes cherchent à approcher la scientificité des sciences dites dures, suivant l’approche épistémologique des sciences de K. Popper et son rationalisme critique basé sur la réfutabilité des hypothèses par l’expérimentation.

Toutefois, I. Lakatos et T. Kuhn ont approfondi cette approche, distinguant

« dans un paradigme ou programme de recherches un « noyau dur » d’énoncés non soumis à réfutation, une « ceinture protectrice » d’hypothèses auxiliaires soumises à réfutation, et une heuristique positive visant à enrichir le paradigme, mais sans remettre en cause son noyau dur. Il convient donc de distinguer les hétérodoxies mineures compatibles avec le noyau dur de l’orthodoxie et les hétérodoxies majeures ou radicales qui remettent en question ce noyau dur. »

Par définition, toute nouvelle théorie (exemples de la physique classique dominée par la pensée de Galilée et Newton, avant d’être supplantée par celle d’Einstein) est une hétérodoxie et sera validée à condition qu’elle soit cohérente avec le paradigme central fondateur de la science contemporaine. Paul Feyerabend ira encore plus loin en constatant que le savoir scientifique procède souvent davantage de l’accord entre les membres d’une communauté que de faits et de preuves incontestables.

Hypothèses et doxa

Dans cette optique, le chercheur « orthodoxe » se focalise sur des éléments qu’il juge importants, en mettant de côté tout un ensemble de facteurs. Ainsi, comme l’écrit Jean Tirole dans son ouvrage « Économie du bien commun », l’économie adopte une démarche scientifique en partant d’hypothèses explicitées, utilisant une méthode déductive pour obtenir des conclusions qui seront finalement testées par des approches empiriques variées.

Cependant la complexité de la nature humaine les empêche d’atteindre cette scientificité sur le plan des résultats. L’économie n’est pas une science exacte au sens où ses prédictions ne sont pas toujours précises et où aucune loi ne s’avère immuable.

L’économie expérimentale, qui vise à mettre artificiellement les sujets dans des situations comparables à celle de la vie courante, doit garder conscience qu’il est impossible de reconstituer la plupart des environnements complexes au sein desquels les individus prennent des décisions.

De même, l’économétrie moderne permet aujourd’hui une identification très fine des effets, mais les expériences contrôlées aléatoirement (ou dites « randomisées », inspirées des tests de traitements médicaux) et les expériences dites naturelles comportent de nombreuses limites, connus des chercheurs qui les pratiquent (P. Cahuc et A. Zylberberg n’en faisant d’ailleurs pas partie, en tant que théoriciens).

Allers-retours entre simplification et complexité

C’est pourquoi un exercice d’économie quantitative sérieux ne peut se faire sans de constants allers-retours entre la simplification des modèles, la validation empirique des résultats théoriques, et la complexité de la réalité. En parallèle, les travaux qui n’ont pas recours aux méthodes quantitatives de l’économie dite orthodoxe présentent souvent l’intérêt d’une analyse historique et holiste, plus globale, des sujets étudiés.

Ils permettent de prendre un recul que les travaux quantitatifs n’ont pas toujours, et de réfléchir en dehors d’un cadre d’analyse parfois trop rigide. Au total, alors que dans les sciences dites dures, les différents paradigmes se succèdent, voire se chevauchent, ils coexistent en permanence dans les sciences sociales.

Si la complémentarité entre les deux approches semble évidente, pourquoi les opposer ? Si les différentes méthodes sont utilisées par des chercheurs ayant différentes idéologies, cela ne constitue pas un critère discriminant.

Un dialogue constructif entre prétendus orthodoxes et hétérodoxes serait plus utile que des invectives et de futiles batailles de chapelle. Ce constat porte également dans le cadre des enseignements en économie, où une diversification incluant davantage philosophie et histoire de la pensée, et n’abrutissant pas les étudiants en économie trop tôt avec une somme de modèles et d’équations complexes, ne devrait plus faire débat.

Est-ce de l’idéologie ?

Enfin, la question de l’idéologie se pose. En France, les orthodoxes seraient par nature (ultra-)libéraux, et les hétérodoxes en appelleraient plus à l’intervention de l’état et à la régulation. Pour autant, on peut appliquer des méthodes quantitatives pour mettre en avant la manière dont les marchés sont défaillants.

Si l’enseignement de la microéconomie s’est toujours focalisé sur le concept de marchés parfaits, c’est pour mieux souligner par la suite les notions d’imperfections de marché et les moyens de les réguler. Comme le soulignent P. Cahuc et A. Zylberberg, les économistes qui utilisent les méthodologies quantitatives occupent un spectre politique et idéologique assez large.

En revanche, il apparaît naïf de croire que le parti pris idéologique d’un chercheur quel qu’il soit n’a pas d’influence sur son sujet d’intérêt, sur son questionnement scientifique et sur sa manière de traiter ses questions de recherche. La recherche en économie s’éloigne ici de la scientificité qu’elle cherche à approcher et les chercheurs se doivent d’avoir la modestie de réfléchir à la manière dont leurs idéologies impactent leurs travaux et être conscients de la manière dont leurs travaux peuvent être utilisés de manière stratégique par les politiques publiques.

Il est ainsi temps d’accepter qu’historiquement les recherches en économie qui ont légitimé les politiques publiques des années 1980 ont servi l’intérêt de certaines classes. La variété des points de vue idéologiques est probablement nécessaire et rend la discipline vivante et intéressante au regard du grand public, mais les différents protagonistes auraient à gagner d’une plus grande humilité et d’un plus grand respect des critiques des autres écoles pour parvenir à un débat constructif.

En finir avec une distinction artificielle

À la vue de ces différents éléments, il semble artificiel de définir deux familles d’économistes, l’une orthodoxe, l’autre hétérodoxe, homogènes et cohérentes.

En revanche, les incapacités de communication, les rancœurs, le mépris des uns, le dédain des autres, les conflits de méthodes d’évaluation et la compétition pour les postes académiques sont bien réels entre ceux qui se placent dans l’une ou l’autre de ces deux familles. Pourtant, la discipline économique et la société dans son ensemble auraient tout à gagner d’un dialogue plus serein et constructif entre les différentes approches méthodologiques et idéologiques.

Chercheurs en économie de l’environnement, où les travaux interdisciplinaires sont de plus en plus fréquents, où les approches diverses se révèlent souvent complémentaires et permettent d’attaquer de nouveaux fronts de sciences, nous pensons que cette synthèse reste possible. Mais nous sommes encore loin du pluralisme dans notre discipline, qui serait utile face aux défis majeurs auxquels l’humanité fera face au XXIe siècle.

 

« Retour en grâce de la souveraineté économique pour le Medef « ?

« Retour en grâce de la souveraineté économique pour le Medef « ?

Le président du Medef, dans un entretien au « Monde s’explique sur l’environnement économique.(Interview Le Monde)

Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, plaide pour un plan de relance « massif » de la part du gouvernement, passant par un soutien à la compétitivité des entreprises, seul moyen, selon lui, pour que la crise économique ne se transforme pas en crise sociale.

Quand pensez-vous que la France retrouvera une activité économique « normale » ?

Geoffroy Roux de Bézieux : Il faudra sûrement de nombreux mois, ne serait-ce que parce que les mesures sanitaires vont peser sur l’offre comme sur la demande. Quand une chaîne automobile est nettoyée à chaque changement d’équipe, l’intervention prend une heure ou deux et la capacité de production diminue. Lorsqu’il y a moins de monde qui entre dans un magasin, le chiffre d’affaires baisse également. Plus globalement, malgré l’épargne forcée qui s’est constituée durant le confinement, il n’est pas du tout sûr que les consommateurs se précipitent pour dépenser tout de suite, car la question de la confiance dans l’avenir se posera.

Jugez-vous ces mesures sanitaires trop contraignantes ?

Je ne juge pas les mesures sanitaires, elles sont nécessaires. Mais ce qui est sûr, c’est qu’elles entraînent des surcoûts significatifs. Si ceux-ci sont temporaires, les entreprises pourront les absorber. Mais s’ils s’avèrent durables, une réflexion devra être conduite, car ils pourraient se traduire par un surcroît d’inflation qui ne sera pas supportable par tous les acteurs.

Que pensez-vous du choix de l’exécutif de commencer à réduire la voilure sur le chômage partiel dès juin ?

On ne peut pas avoir des millions de Français payés par la collectivité durant des mois. Mais commencer à diminuer le niveau de prise en charge le 1er juin serait une erreur majeure parce que, dans une quinzaine de jours, les entreprises tourneront encore à un rythme faible. Il faut maintenir en l’état le dispositif de chômage partiel jusqu’à l’été. Puis, à la rentrée, imaginer des mécanismes pour servir de passerelle afin de garder les effectifs et les compétences. Car si on arrête le chômage partiel, le risque, c’est le chômage tout court.

Faut-il augmenter la durée du travail ?

Je ne crois pas que la question se pose de manière générale. La situation des entreprises va être très différenciée selon les branches. Dans certains secteurs, la demande peut être soutenue, mais les contraintes sanitaires font que la productivité baisse : ce sont dans ces secteurs-là que la question du « travailler plus » peut se poser, mais elle ne peut l’être qu’avec les salariés et entreprise par entreprise.

Airbus : catastrophe économique à venir

Airbus : catastrophe économique à venir

 

Le  coronavirus a évidemment plongé le secteur aérien dans une crise dramatique. Il faut y ajouter un environnement structurel assez défavorable du fait de la nette baisse de croissance internationale enregistrée déjà fin 2019. La crise sanitaire va plonger les compagnies aériennes dans des difficultés dont certaines seront insurmontables et qui vont se traduire par une vague sans précédent de défaillances.

Pour les autres mêmes aidées massivement par les pouvoirs publics, il y aura nécessairement des plans d’ajustement des effectifs, d’annulations et de report des investissements. Les constructeurs aériens seront donc très concernés. Boeing a déjà prévu un plan massif de licenciement. Ce sera bientôt le tour d’Airbus qui constate déjà un report de commandes et de livraisons.

 

Les appareils sont donc stockés. Airbus dispose de capacités de stockage sur ses sites, mais aussi sur d’autres aéroports européens.

 

Après la crise sanitaire, la crise économique

Après la crise sanitaire, la crise économique

 

Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l’ESSEC.
à juste titre que la crise sanitaire soit suivie par un véritable tsunami économique. (Chronique dans la Tribune) 

 

Selon les chiffres de l’INSEE, la croissance du PIB de la France au premier trimestre 2020 a subi un recul historique de -5,8% ce qui représente la plus forte chute depuis 1949 et le début de la publication de cette statistique. C’est un des pertes d’activité les plus lourdes de la zone euro qui connait un recul de -3,8%, avec -5,2% pour l’Espagne ou -2,5% pour l’Autriche. La chute du PIB devrait être encore plus lourde au deuxième trimestre.

 

Il apparaît que parallèlement à la lutte sanitaire contre le Coronavirus se dessine une lutte économique à venir pour sauver l’économie française d’une crise d’une sévérité jamais vue. A court terme se dessinent une vague colossale de faillites d’entreprises avec son corollaire d’explosion du chômage et de la pauvreté.

Les deux objectifs sanitaires et économiques peuvent sembler antagonistes. En effet, ce n’est pas le virus en soi qui a créé la crise économique, c’est la façon avec laquelle le gouvernement mène sa politique sanitaire étant donné l’état des infrastructures médicales en termes de capacité d’hospitalisation et de tests, et étant donné le nombre de masques disponibles. L’ensemble des données de la situation française ainsi qu’un comportement à la gribouille sur les masques et les tests ont amené à cette situation de confinement qui dure, qui ne s’arrêtera pas le 11 mai, et qui est en train d’anéantir l’économie française en détruisant ses entreprises et notamment ses petites entreprises.

L’arrêt décidé des activités non-essentielles, le climat de peur, et la fermeture des écoles ont provoqué le ralentissement brutal de toute activité économique. Il est urgent que le gouvernement intègre cet élément et se donne comme priorité de guider les entreprises, les commerces et les services vers la reprise de l’activité avec la mise en place des sûretés sanitaires nécessaires. En effet, cette crise économique du coronavirus n’est pas qu’un choc de demande comme la crise des subprimes, c’est aussi, un massif choc d’offre.

Quand le système productif est cassé ou enrayé par des surcoûts et interdictions, les efforts du gouvernement doivent porter en priorité sur la restauration de l’offre. Stimuler la demande quand la production est dysfonctionnelle non seulement ne résout pas le problème mais peut aussi potentiellement réveiller l’inflation. La hausse importante des prix des produits alimentaires au mois d’avril en est l’illustration (3,8% en zone euro).

Pour relancer l’offre, il faut que l’État s’engage sur les guides d’organisation de reprise du travail dans des conditions sanitaires suffisantes de façon à faire baisser la peur des travailleurs face à l’incertitude et leur permettre de reprendre le travail au plus vite. Pour cela il faut que l’École puisse elle aussi redémarrer pour que les parents n’aient plus la charge de la garde des enfants.

Dans ce contexte, il serait dangereux que certains syndicats jouent la surenchère sanitaire et profitent de la situation pour prouver leur capacité à bloquer la production. Une telle approche est de nature à précipiter des entreprises fragilisées à la faillite et pourrait pousser le chômage vers les 20% de la population active. Le cas d’Amazon France est une triste illustration de cette dérive. Ses dépôts français sont fermés, ses employés sont sur le bord de la route et l’activité d’Amazon en France se poursuit à partir de l’Espagne et de l’Allemagne.

Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud semblent avoir pris la vraie mesure de la crise. Le soutien aux entreprises solvables mais à court de liquidités doit être renforcé. Les mesures de chômage partiel qui avaient du sens à la fois pour le soutien de la demande mais aussi pour la possibilité de repartir vite pour les entreprises doivent être amendées pour moins de générosité, pour ne pas devenir une incitation au non-travail. Il devient de plus en plus clair que les entreprises ne pourront pas maintenir les effectifs dans les mois à venir. Garder fictivement dans les effectifs des personnes qui ne retrouveront pas leur emploi n’a pas de sens d’autant que certains secteurs vont manquer de main d’œuvre du fait des restrictions de circulation et de la volonté de redévelopper en France certaines industries. Ainsi il faudrait renforcer le soutien aux chômeurs, notamment l’aide à la formation professionnelle et à la mobilité.

L’heure de la crise sanitaire aiguë est passée, il est temps pour le gouvernement de s’attaquer résolument à la récession corona.

« Une relance économique avec des objectifs de neutralité carbone »

« Une relance économique avec des  objectifs de neutralité carbone »

 

Pour Gérald Maradan, expert en stratégies climatiques, il faut conditionner les aides d’urgence aux entreprises à des contreparties climatiques innovantes, ( tribune au « Monde »)

Tribune.

 

 » La crise sanitaire actuelle frappe de plein fouet de nombreux secteurs économiques. Face à cette situation, il faut déployer des moyens d’urgence exceptionnels et les Etats se mobilisent pour sauver les entreprises en difficulté. Des voix se sont élevées pour demander des contreparties à ces aides, comme lors de la crise financière de 2008, alors que les aides étaient intervenues massivement sans aucune contrepartie.

Aujourd’hui pourtant, la crise climatique, passée au second plan, est toujours bien présente et sera toujours plus alarmante demain. Si les émissions mondiales de CO2 baissent massivement en 2020, rien n’indique qu’elles ne repartiront pas en très forte hausse après la crise. Or, la crise climatique porte en elle les germes d’une future crise mondiale, encore plus puissante que celle que nous vivons actuellement, avec potentiellement, selon les experts, une disparition à terme possible de l’humanité.

 

L’exécutif est donc intervenu et a posé des conditionnalités environnementales aux aides. Les entreprises aidées devront justifier d’une « intégration exemplaire des objectifs de responsabilité sociale, sociétale et environnementale dans leur stratégie, notamment en matière de lutte contre le changement climatique ». C’est un premier pas, certes, mais sans contrainte pour les entreprises, et qui reste largement insuffisant pour créer une véritable dynamique.

Il faut donc aller plus loin et créer un nouvel instrument financier : le prêt à impact climat. Inspiré des emprunts responsables que sont en anglais les « Sustainability-linked loans » (en français les emprunts obligataires et bancaires durables), le prêt à impact climat inclurait une indexation des taux sur la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de l’entreprise, trajectoire qui devra être compatible avec les objectifs de l’accord de Paris.

En d’autres termes, plus l’entreprise colle à cette trajectoire de réduction, plus son taux de financement devient intéressant et son prêt bonifié. L’indicateur permettant de définir et de suivre cette trajectoire est connu. Il s’agit du Science-based target (SBT), développé par le Fonds mondial pour la nature, le pacte mondial des Nations unies, l’Institut des ressources mondiales et l’anciennement Carbon Disclosure Projet (CDP).

 

 » Des solutions propres et rentables pour une croissance économique qualitative « ?

 »  Des solutions propres et rentables pour une croissance économique qualitative « ?

A l’initiative  de Bertrand Piccard, président de la Fondation Solar Impulse, douze patrons d’entreprise s’engagent, dans une tribune au « Monde », à mettre en œuvre des actions très concrètes pour assurer une relance propre de l’économie mondiale.

Tribune. La crise due au Covid-19 n’est pas terminée. Beaucoup de gens en souffrent encore et déjà des voix s’élèvent pour revenir « à la normale ». Mais qu’est-ce que cela signifie, après tout ? Avant la crise, la situation était-elle « normale » ? Notre société était fragilisée, pas suffisamment durable et socialement inéquitable. Déjà affectée par des changements climatiques, elle a été terrassée par la pandémie en cours. Est-ce vraiment cette société-là que nous voulons retrouver ?

Si la crise est censée déboucher sur un monde nouveau, à quoi ce monde ressemblera-t-il ? Partout fleurissent des tribunes, des analyses, et des opinions sur ces questions essentielles ; un peu comme s’il suffisait de souhaiter le changement pour qu’il se réalise.

Nous, la Fondation Solar Impulse et les entreprises qui la soutiennent, n’appelons pas simplement de nos vœux un monde meilleur, nous nous engageons auprès de vous à le mettre en œuvre par des actions très concrètes.

Les partenaires de la Fondation Solar Impulse représentent plus d’un million d’emplois dans le monde et une part significative de l’économie mondiale. Nos activités permettent aux gens de se nourrir, se vêtir, se chauffer, se déplacer, de vivre des expériences, de s’épanouir et d’entreprendre ; nous fabriquons du matériel de santé, des produits du quotidien et des biens de luxe, des matières premières et des pneus ; nous gérons des produits financiers, construisons des infrastructures ; nous fournissons de l’énergie et en assurons une utilisation efficiente.

 

En tant que grands acteurs économiques et industriels mondiaux, nous avons pleinement conscience de notre rôle dans la société. C’est pourquoi nous allons tout mettre en œuvre pour bâtir un monde meilleur après cette crise. Un monde à la fois plus propre, plus durable, plus juste, plus efficient, plus respectueux de la biodiversité et du climat… 

Malgré la crise qui nous frappe comme des milliers d’entreprises, nous nous engageons à respecter nos objectifs environnementaux et à promouvoir une alimentation accessible et durable, des énergies renouvelables et des produits issus de circuits responsables, à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, à soutenir les processus d’économie circulaire et l’utilisation efficiente des ressources.

Comment ? Grâce aux technologies durables qui se développent partout dans le monde et que la Fondation Solar Impulse sélectionne, soutient et promeut depuis plusieurs années à travers son défi des 1 000 solutions. Il en existe en effet des milliers, dans les domaines de l’eau, de l’énergie, des infrastructures, de la mobilité, des processus industriels et de la production « agricole.

« Un plan de redressement économique via un Green Deal européen». ( François Brottes )

« Un plan de redressement économique via  un Green Deal européen». ( François Brottes )

François Brottes président du directoire de RTE, gestionnaire du réseau de transport de l’électricité n’est pas forcément le mieux placé pour parler de Green deal européen afin de relancer l’économie. En outre sa chronique-un peu courte sur l’environnemenet- a des parfum de lobby de l’électricité. Pour autant son papier mérite la lecture .

« La crise sanitaire que nous traversons est inédite et bouleverse l’ensemble de notre société. Les incertitudes sur sa durée et ses conséquences sont immenses, les inquiétudes naturellement considérables.

L’électricité est, dans ce contexte, plus que jamais indispensable pour permettre aux services de santé de fonctionner, aux services essentiels à la Nation de remplir leur mission. Elle est également essentielle aux Français et à l’ensemble des Européens, confinés, afin qu’ils puissent continuer de bénéficier d’un minimum de confort.

Dans les dispatchings, les postes électriques, au sommet des pylônes, au sein des cellules de crise nationales ou depuis chez eux, en télétravail, tous nos salariés sont au rendez-vous des attentes de nos concitoyens et leur garantissent, en permanence, une alimentation en électricité.

Depuis près de 70 ans, l’Europe de l’énergie a été l’un des moteurs de la construction et de la fraternité européenne. Aujourd’hui, c’est une réalité incontournable. Plus de 400 interconnexions nous relient les uns aux autres, assurant une véritable solidarité électrique entre les différents pays de l’Europe continentale.

Les gestionnaires de réseau de transport d’électricité européens et leurs équipes sont plus que jamais mobilisés durant cette période afin d’assurer la sécurité et l’équilibre permanent du réseau électrique.

Pour cela, malgré la crise, nous continuons d’intervenir sur notre réseau, en urgence, lorsque nos réseaux rencontrent des avaries, ou afin d’effectuer les activités de maintenance essentielles à sa sécurité dans la durée. Nous préparons également nos réseaux à la reprise de l’activité. Cette mission nous la remplissons avec, pour priorité absolue, le maintien en bonne santé de notre personnel.

La modernisation des systèmes électriques et la décarbonation du secteur électrique sont un programme de croissance qui préserve et qui est créateur d’emplois

Ce bon fonctionnement est également possible grâce au concours du régulateur, des pouvoirs publics, de tous les acteurs du secteur – producteurs, gestionnaires des réseaux de transport, fournisseurs, distributeurs – et au maintien des marchés de l’électricité. ENTSO-E, l’association européenne des gestionnaires de réseaux de transport d’électricité, joue un rôle primordial de coordination entre nos différents pays durant cette période.

Cette crise aura souligné la nécessité de renforcer, au niveau européen, les filières industrielles indispensables aux infrastructures stratégiques. C’est un enjeu de souveraineté. Soutenir le maintien et le développement en Europe de prestataires et fabricants, spécialistes de technologies clés pour nos réseaux électriques, nous permettra d’affermir notre indépendance énergétique, technologique et industrielle. Cela contribuera également activement à la reconstruction économique.

Le Green Deal européen devra être la pierre angulaire de cette relance. Nous l’appelons de nos vœux. La modernisation des systèmes électriques et la décarbonation du secteur électrique, au travers notamment du développement des énergies renouvelables, sont un programme de croissance qui préserve et qui est créateur d’emplois.

François Brottes est président du directoire de RTE.

 

Les scénarios noirs de la reprise économique

Les scénarios noirs de la reprise économique

Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC évoque dans la tribune les possibles scénarios de la reprise économique.

 

 

« La crise que nous traversons nous rappelle encore une fois les limites du principe de précaution selon lequel toute incertitude doit être abordée avec la stratégie du risque zéro. Pour éviter toute surcharge de leur système hospitalier, de nombreux pays du sud de l’Europe ont mis en place des confinements draconiens et persistants. Les experts sanitaires réunis en conseil scientifique par les gouvernements appuient les mesures allant vers l’élimination de tout risque dans une lecture certes purement médicale mais ouvrant également un large parapluie les protégeant de leurs peu de certitude concernant ce coronavirus, son mode de détection de contagion et les diverses formes d’affections qu’il déclenche. Leurs incertitudes couplées aux pénuries de masques et de tests les amènent à relayer, par sécurité, le scénario du pire. Selon le modèle proposé par l’Imperial Collège et adopté par la plupart des gouvernements, sans confinement, l’épidémie ferait des centaines de milliers de morts.

 

Pour être vraiment cohérents avec cette démarche politique d’alignement sur le scénario médical le pire, il faut envisager dès à présent le scénario économique correspondant à ces mêmes choix dans le contexte où l’épidémie semble perdre de son intensité et que les gouvernants ont engagé un processus de déconfinement graduel ou sont sur le point de le faire.

A ce jour, il semble qu’un vaccin ne sera pas disponible avant au moins un an ce qui a comme conséquence immédiate qu’un certain niveau de peur et de restrictions va se maintenir. La traduction économique d’une peur rémanente est la forte incitation des consommateurs à épargner. Ainsi les milliards dépensés par les gouvernements pour maintenir le niveau de revenu via les mécanismes d’activité partielle ne retrouveront que partiellement leur chemin de retour dans le circuit économique. Cette baisse de la consommation sera persistante, et sera renforcée par la déferlante du chômage qui va s’en suivre une fois que les entreprises surendettées et à court de cash vont également se retrouver à court de demande et commenceront à faire faillite. Dans ce scénario économique et sanitaire, le taux de chômage dans les pays du Sud de l’Europe devrait dépasser les 20% fin 2020. L’investissement privé devrait suivre la même trajectoire, avec une diminution encore plus importante, vu l’incertitude sur l’avenir. Les banques avec leur actif chargé de créances douteuses, notamment dans l’énergie et l’immobilier, vont considérablement renforcer leurs critères d’octroi des prêts et augmenter leurs taux prêteurs. Il faut s’attendre également à des faillites dans le secteur bancaire et à des fusions défensives. La rupture des transports internationaux et la fermeture sanitaire des frontières a mis à l’arrêt les exportations et on peut s’attendre à leur transformation en barrières protectionnistes. Tout ces facteurs font qu’il ne faut absolument pas compter sur une reprise tirée par la demande.

Les mesures draconiennes de déconfinement vont profondément affecter l’offre de biens, en détraquant des processus productifs déjà fragiles pour les firmes peu compétitives et surendettées du Sud de l’Europe. Les restrictions sur la mobilité des travailleurs saisonniers vont réduire la production agricole. Les syndicats vont enfoncer le clou en demandant plus de mesure de sécurité. La difficile reprise de l’offre des entreprises qui auront survécu au confinement, combinée à l’atonie de la demande risquent d’entraîner une profonde destruction de la richesse nationale.

Dans l’immédiat, la forte baisse de la demande devrait provoquer une faible déflation. Il pourrait cependant il y avoir un scénario encore plus sombre si, au bout de quelques mois, une reprise de la demande alimentée par les dépenses publiques se trouvait face à une capacité d’offre réduite du fait des faillites et des fortes réductions de capacités des firmes additionnées aux mesures de déconfinement. La destruction actuelle des entreprises du secteur pétrolier et la fermeture des puits pourraient avoir l’effet boomerang d’une hausse du prix du pétrole lorsque la demande augmentera. Bien que cette pénurie d’offre de biens et matières premières semble improbable, cela pourrait provoquer un retour de l’inflation et des anticipations d’inflation, qui pourrait évoluer vers une vraie catastrophe économique. Tant que l’inflation est faible, la Banque centrale européenne (BCE) a une grande marge de manœuvre pour soutenir les Etats dans leurs politiques de dépenses sans limites, la stratégie du « coûte que coûte ». Il a fallu 40 ans pour que les Européens forment des anticipations d’inflation stables, qui ont résisté même aux injections massives de liquidité post 2014. Mais une raréfaction de l’offre de biens et de pétrole pourraient tout chambouler.

Si ce choc d’offre agit comme un catalyseur pour relancer l’inflation, la montagne de liquidité accumulée dans le système depuis 2014 peut se transformer en hausse massive des prix de la zone euro et anéantir toute la crédibilité de la politique monétaire européenne. La BCE serait amenée à devoir choisir entre une inflation à deux chiffres ou une politique monétaire extrêmement restrictive qui aggraverait encore la crise, en termes de faillites et de chômage, accélérant le risque d’une défaillance des États les plus endettés.

Si cela arrivait, il n’y aurait aucune chance que la zone euro soit en capacité de résister à ce choc. Il apparaîtrait comme une urgence nationale pour l’Allemagne et les pays du nord de sortir du système. Le retour aux monnaies nationales qui s’ensuivrait s’accompagnera sûrement d’une monétisation par beaucoup d’Etats de leurs dettes, ce qui ferait entrer une partie de l’Europe dans une longue période d’inflation de masse. Une période d’inflation élevée serait catastrophique pour les épargnants et les retraités et plus généralement pour le pouvoir d’achat des catégories les plus fragiles de la population.

Si la dynamique envisagée dans ce scénario catastrophe repose essentiellement sur un retour très incertain de l’inflation, cet évènement n’est pas impossible. Il serait judicieux, dans la gestion d’une crise sanitaire de l’ampleur de celle que nous vivons, que les décisions politiques prises soient évaluées en s’appuyant sur des modèles d’évaluation intégrés, à l’image des modèles utilisés en science du climat. Le point n’est absolument pas de remettre en cause les recommandations scientifiques médicales mais d’analyser leurs mises en œuvre au moyen d’outils d’évaluations qui intègrent les aspects économiques et sociaux permettant ainsi aux gouvernements en charge du bien public de faire le bon choix. »

 

Crise économique : les économistes dans le potage

Crise économique : les économistes dans le potage

 

À écouter nombreux d’économistes s’exprimer dans les médias, on constate que pour la plupart ils sont largement dépassés par la crise économique qui s’annonce et finalement se contentent  de donner une légitimité scientifique à la politique du gouvernement en particulier de Bruno Lemaire, le ministre de l’économie et des finances. Pas étonnant, régulièrement le ministre des finances les réunit pour tenter d’éclairer un peu les enjeux et surtout les perspectives.

Mais ces économistes pataugent sérieusement car la situation est inédite, du coup ils se rallient  à peu près tous à une politique keynésienne de relance et au passage d’abandon des critères de gestion dont certains avaient été les plus grands avocats. La conversion des ultras libéraux à l’interventionnisme aura été rapide. La vérité sans doute c’est que la crise est tellement complexe, que les économistes eux-mêmes ont besoin de se réassurer intellectuellement en s’accrochant à la pensée dominante du moment quitte à en changer le moment venu.

 Mais ils ne se rendent sans doute pas content que comme les scientifiques de la santé  ils sont en quelque sorte instrumentalisée. Notons d’ailleurs que comme les scientifiques du comité sanitaire du gouvernement, les grands économistes sont souvent des personnages très médiatiques qui depuis longtemps n’ont pas produit d’études ou de recherche se contentant de reprendre les synthèses de leurs collaborateurs ou de leurs étudiants.

 

Ces économistes sont Vingt-deux, triés sur le volet qui participent depuis le début de la crise du coronavirus à une réunion téléphonique hebdomadaire avec Bruno Le Maire. Objectif : nourrir l’action du ministre de l’Economie et des Finances dans sa bataille face à la plus grande récession que la France ait connue depuis 1945.

Parmi les élus, des institutionnels comme le patron de l’Insee, Jean-Luc Tavernier, le chef économiste de la Banque de France, Olivier Garnier, ou Laurence Boone, de l’OCDE. Des économistes du privé aussi, comme Gilles Moëc (Axa), Mathilde Lemoine (HSBC), Patrick Artus (Natixis), Ludovic Subran (Allianz), Nicolas Bouzou (Asterès) ou Marc Touati (ACDEFI). Et surtout beaucoup d’universitaires : Jean Pisani-Ferry (Sciences Po, ancien directeur du programme d’Emmanuel Macron), Jean-Hervé Lorenzi (Dauphine, président du Cercle des économistes), Agnès Benassy-Quéré (Ecole Economie Paris), Xavier Ragot (OFCE), Philippe Aghion (Collège de France), Daniel Coen (Normale sup), Elie Coen (CNRS) et d’autres… Tous très présents dans les médias – « Il ne faut pas être naïf, c’est aussi le moyen de traiter les économistes pour qu’ils n’aillent pas baver ailleurs », sourit un participant. Et masculins à 80 %.

Certains regrettent le manque de débat. « Quelques-uns s’écoutent parler. D’autres font du lobbying pour les fédérations professionnelles qui leur sont proches », dénonce un participant. « Sur une heure de réunion, on passe entre 20 et 30 minutes à écouter des lapalissades », persifle un autre. « Il va falloir passer à quelque chose de plus constructif », ajoute un troisième.

 « C’est surprenant de voir à quel point les économistes français ont tendance à penser la même chose. Ils ont tous internalisé le réflexe interventionniste », remarque un économiste ayant fait une partie de sa carrière à l’étranger.  

La vérité sans doute c’est que les économistes eux-mêmes complètement déboussolés par la nature et l’ampleur de la crise qui met en jeu bien sûr des aspects sanitaires mais aussi économiques, sociaux, financiers, environnementaux et sociétaux difficiles  appréhender non seulement sur le court et moyen terme mais aussi sur le long terme. Bref une approche systémique au champ spatial et temporel élargi. Il est notamment curieux que pratiquement aucun économiste n’ait  abordé les conséquences de la crise économique et financière sur l’inflation et la dévalorisation de fait  de l’euro pas,  davantage la très difficile transition d’une société productiviste à une société plus respectueuse de l’environnement. Une transition indispensable si on ne veut pas sacrifier la dimension sociale.

 

Après la crise sanitaire, une crise économique et financière ?

Après la crise sanitaire, une crise économique et financière ?

 

L’aversion au risque ne cesse de s’amplifier sur les marchés qui après la crise sanitaire craignent d’abord une crise économique   ensuite une crise financière. À dessein sans doute le Fonds monétaire international dans ses dernières prévisions a tout fait pour minimiser les risques indiquant que la croissance mondiale ne connaîtrait qu’une chute de 3 % en 2020. Des scénarios tout à fait illusoires  quand on sait que la Chine sera scotchée à une croissance zéro en 2020 que l’Europe verra son PIB diminuer de 8 % et les États-Unis de 6 %. Trois zones économiques qui représentent 60 % environ du PIB mondial. Tous les indicateurs montrent donc que la crise sera beaucoup plus importante que ne le signale le fonds monétaire international. Aux Etats-Unis par exemple, les ventes au détail ont en effet diminué de 8,7% en avril, leur plus forte baisse depuis au moins 28 ans, conséquence de la fermeture imposée de nombreux commerces visant à freiner l’épidémie de coronavirus.

La production industrielle américaine a parallèlement baissé de 5,4% et la seule production manufacturière accuse un repli de 6,3%, la plus marquée depuis 1946.

Et le mois d’avril s’annonce pire encore: l’indice d’activité “Empire State” de la région de New York s’effondre à -78,2, un niveau sans précédent, contre -21,5 en mars.

En France, les ventes au détail ont chuté de 24% en mars.

“La majeure partie des gains engrangés par les actions européennes depuis la mi-mars étaient alimentés par les plans de sauvetage et, plus récemment, par la stabilisation du rythme des infections, mais les traders doivent désormais affronter la perspective d’une crise économique douloureuse” explique David Maden, analyste de CMC Markets.

Une crise économique qui pourrait interagir avec une crise financière du fait notamment du décalage entre la masse monétaire et la richesse réellement produite.

Crise économique : Pas d’accord dans la zone euro

Crise économique : Pas d’accord dans la zone euro

 

 

La principale opposition qui a empêché un accord concerne la possibilité de mutualiser certaines dettes. Une proposition des pays du Sud à laquelle s’oppose en particulier les Pays-Bas mais aussi l’Allemagne . Du coup, les états étaient seulement invités à discuter des conditions d’un plan de soutien de 500 milliards dans le cadre des instruments financiers existants. Par exemple, à travers l’utilisation de prêts via le MES mais sur lesquels les Etats ne sont même pas l’accord. De toute façon , un montant très en-dessous des enjeux. Il faudra sans doute attendre les résultats économiques désastreux du premier trimestre, voire du second pour que l’Europe se décide à des mesures à la hauteur de la catastrophe économique qui se prépare.

Concernant la mutualisation des dettes, l’Italie et l’Espagne, pays de la zone euro les plus lourdement frappés par la pandémie, sont aussi les plus fervents partisans de la création de “coronabonds”, des obligations mutualisées qui permettraient de financer une relance de l’activité économique par de la dette européenne.

La France et six autres pays plaident également en faveur de ce nouvel “instrument de dette commun émis par une institution européenne pour lever des fonds sur le marché”. L’idée a été exposée dans une lettre que ces neuf Etats ont diffusée le 25 mars dernier.

Les Pays-Bas, l’Allemagne et d’autres Etats comme la Finlande s’opposent toutefois à cette mutualisation. Ils notent que tous les membres de la zone euro ont encore accès à des taux bas sur le marché obligataire et que les règles communautaires encadrant les déficits budgétaires ont été levées le temps de la pandémie, ce qui leur laisse davantage de marge.

“Les Italiens veulent qu’une référence à la mutualisation de la dette en tant que possible instrument de recouvrement soit davantage examinée à l’avenir. Les Néerlandais disent ‘non’”, a-t-on déclaré de source diplomatique.

« La conséquence de ce choc économique totalement inconnue « ( THIERRY MARTEL, patron de Groupama)

« La conséquence  de ce choc économique  totalement inconnue « ( THIERRY MARTEL, patron de Groupama)

 

THIERRY MARTEL patron de Groupama considère que les conséquences de la crise encore totalement inconnue. Interview dans la Tribune.

 

Quels sont les principaux impacts négatifs que vous anticipez ? Et à quelle hauteur les chiffrez-vous ?

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, tout chiffrage fiable est aujourd’hui impossible. Nous ne savons même pas combien de temps cette crise va durer, ni en France ni dans le monde, avec l’arrivée massive du coronavirus aux Etats-Unis. Par contre, ce dont je suis certain, c’est que nous allons ressentir les effets négatifs de cette crise sur l’économie durant plusieurs années et que la sortie de crise ne sera pas simple.

 

En tant que grand assureur nous sommes malheureusement habitués à intervenir sur les catastrophes naturelles majeures. Jusqu’à présent, notre réponse était d’envoyer un maximum de forces sur le terrain, collaborateurs, élus mutualistes, agents généraux, pour accompagner concrètement nos clients dans leur détresse. C’est la première fois que nous sommes confrontés à une difficulté qui met nos collaborateurs eux-mêmes en danger. Pour autant, il était impensable de fermer boutique car le rôle d’un assureur c’est d’être présent dans le gros temps. Nous avons donc fait basculer notre organisation dans une forme de proximité à distance. Par exemple, nos réseaux commerciaux ont été mis à l’abri et formés pour appeler nos clients, non pas pour leur faire des offres commerciales, mais pour prendre de leurs nouvelles et les guider. Je voudrais d’ailleurs saluer au passage le remarquable travail de nos opérateurs téléphoniques qui, grâce à la qualité de leurs infrastructures, nous permettent de faire travailler aujourd’hui en France plus de 20.000 collaborateurs à distance [sur un total d'environ 25.000, ndlr].

En début de crise, les assureurs ont été pointés du doigt par leur manque de réactivité. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne partage pas votre avis. Je crois que tout le monde a été pris au dépourvu face à une situation inédite et sans précédent depuis 100 ans. La mesure de la gravité de la situation s’est faite jour après jour avec des mesures de confinement progressivement renforcées et des dispositifs de soutien à l’économie qui ont émergé au fil du temps.

Comme je vous l’ai dit, nous avons respecté à la lettre et sans délai les mesures de protection de nos collaborateurs édictées par le gouvernement en assurant la continuité du service, y compris dans nos activités les plus sollicitées comme l’assistance et le rapatriement sanitaire, [sa filiale Mutuaide a procédé à 155 rapatriements, du 16 mars au 2 avril dernier].

Nous avons également immédiatement pris des mesures pour adapter les garanties – par exemples automobiles – de nos clients qui cherchaient à trouver des solutions adaptées pour continuer à travailler. Réciproquement, nous avons instantanément accordé des facilités à ceux dont les revenus se sont arrêtés du jour au lendemain.

Pour le reste, nous ne pouvons pas régler des sinistres avant qu’ils soient déclarés. Or je peux vous dire que sur ce terrain-là également nous sommes parfaitement à jour. En fait, ce qui nous est le plus reproché c’est une forme de prudence dans la communication. Mais pour ma part, ce qui m’intéresse, c’est d’agir plus que de parler et de ne parler qu’une fois que je suis certain de ce que je dis.

La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher estime que les assureurs doivent aller plus loin en participant davantage au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement et dédié aux TPE et aux indépendants. Selon-vous, les assureurs participent-ils suffisamment à l’effort de solidarité nationale ?

Par définition, dans un effort de solidarité, chacun reçoit selon ses besoins et contribue selon ses moyens. En tant que groupe mutualiste nous adhérons totalement à ce principe qui doit englober tous les acteurs de la vie économique car il s’agit d’une forme de reconstruction de l’économie nationale au terme d’une crise d’une extrême violence.

Nous sommes parfaitement prêts à jouer le jeu. Mais qui est capable de prédire quel sera le coût final pour l’assurance de cette crise ? Personne à ce stade. Bien sûr, il vient spontanément à l’esprit que beaucoup de voitures sont au garage ou que certaines activités sont arrêtées. Mais combien de primes ne seront jamais recouvrées en raison des difficultés de nos assurés ? Combien coûteront au final les frais médicaux et les arrêts de travail des personnes malades ou fragiles mais arrêtées par précaution ? Combien coûtera la sur-sinistralité qu’engendre toute crise économique, notamment en matière d’incendie ? Combien les actifs dans lesquels sont investies les prestations que nous devons à nos assurés auront-ils perdu de valeur qu’il faudra compenser ? Personne ne le sait ne serait-ce que parce que personne ne sait combien de temps cette crise va durer. Or il est impensable d’imaginer que les assureurs soient mis en difficulté pour payer les sommes qu’ils doivent à leurs assurés que ce soit sous forme de sinistre ou sous forme d’épargne.

Donc, oui, les assureurs devront contribuer à la solidarité nationale au même titre que les autres secteurs d’activité qui en auront les moyens. Mais dire aujourd’hui quel est le juste calibrage, c’est impossible. Nous sommes néanmoins la seule branche professionnelle à avoir versé spontanément 200 millions dans ce fonds de solidarité [Groupama y a participé à hauteur de 14 millions d'euros selon une clé de répartition basée sur le chiffre d'affaires, ndlr].

Plusieurs assureurs ont pris des engagements supplémentaires à l’échelle de leur groupe, comme Maif qui va reverser à ses assurés 100 millions d’euros. Que propose Groupama ?

Notre choix a été de prendre des mesures ciblées à destination de ceux qui en avaient le plus besoin comme je vous le disais précédemment, que ce soit sur les délais de paiement, l’extension gratuite des garanties ou des réductions de primes. Car l’urgence est de venir en aide à ceux qui souffrent et qui ont vu leurs revenus disparaître du jour au lendemain en raison du confinement.

Par ailleurs, nous avons instantanément donné tous nos masques au personnel médical et nous avons fait des dons à des établissements hospitaliers avec une approche régionale conformément à notre ADN décentralisé. Mais je n’aime pas communiquer là-dessus car je crois que la vraie solidarité c’est celle que l’on fait, pas celle que l’on affiche dans une surenchère de millions.

Pour ce qui concerne le remboursement général des primes, au-delà de l’intérêt médiatique que cela comporte, je m’interroge sur sa pertinence. Tout d’abord les régulateurs demandent aux assureurs de garder un maximum de fonds propres dans les compagnies car l’assurance est, après les Etats, un des derniers remparts en cas de crise majeure. Dans cet esprit, le régulateur a demandé aux sociétés anonymes de surseoir au paiement de leur dividende au titre de 2019. Or, la ristourne générale est aux mutualistes ce que le dividende est aux sociétés anonymes.

Ensuite, le paiement des primes d’assurance ne se fait pas en fonction de la sinistralité du mois. Quand il y a une tempête un mois donné on ne vous demande pas de payer un supplément qu’on vous rembourse le mois d’après s’il se met à faire beau. L’assurance s’évalue sur un cycle annuel et c’est à la fin de l’année qu’on fait les comptes, surtout dans des périodes aussi incertaines.

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Groupama pourra-t-il faire face à ce choc ?

Je vous l’ai dit, nous ne savons pas quelle sera l’intensité finale de ce choc sur le plan des coûts comme sur la chute des marchés financiers. Mais les normes prudentielles qui sont imposées aux assureurs sont sévères et Groupama les satisfait très largement [sa marge de solvabilité était de 178% fin 2019 et se situait autour de 150% à la mi-mars après la tempête sur les marchés financiers, ndlr]. Cela ne doit donc pas inquiéter nos assurés.

Quid de votre activité dans l’assurance agricole ?

Je vous remercie de votre question car elle me permet de rendre hommage au formidable travail accompli par nos agriculteurs pour continuer à alimenter normalement notre pays dont la moitié de l’économie est à l’arrêt. Nous perdons parfois de vue la chance que nous avons dans notre pays d’avoir une agriculture puissante et résiliente. De telles crises doivent nous le rappeler. Vous le savez, ce virus ne touche pas les plantes ni les animaux, la production agricole peut donc se faire dans des conditions normales sous réserve que le climat nous soit plus favorable que ces dernières années. En revanche, l’agriculture connaît des difficultés de main d’œuvre pour les récoltes en plein champ ou l’écoulement de leurs productions en aval. C’est la raison pour laquelle nous avons adapté nos solutions d’assurance et fait la promotion de l’initiative Des bras pour ton assiette [plateforme permettant d'aider les agriculteurs à trouver de la main d'oeuvre, ndlr]

A l’avenir, quel produit d’assurance permettrait de couvrir ce type de crise sanitaire ?

Les catastrophes de nature climatique ou biologique sont toujours couvertes avec la garantie de l’État car elles touchent tout le monde en même temps pour des montants considérables et avec des fréquences tellement faibles qu’il serait impossible de les gérer dans les comptes des compagnies d’assurance. Pour ce qui concerne les pandémies, la dernière de cette importance est la grippe espagnole d’il y a 100 ans.

Il y a deux modèles possibles. Dans le domaine des épizooties (comme la vache folle ou la grippe aviaire) c’est l’État qui prend en charge les décisions d’abattage et les indemnités qui en découlent. Dans le domaine des catastrophes naturelles climatiques, c’est un système partagé entre les assureurs et l’État qui prévaut. Les assureurs couvrent, en partenariat avec la Caisse Centrale de Réassurance, une première tranche de risques basée sur une prime générale légale prélevée uniformément sur tous les contrats. Puis la couverture par l’État intervient dès lors que le cumul des sinistres dépasse 200% des primes annuelles. Nous pourrions nous inspirer de ce deuxième modèle pour les catastrophes sanitaires. La profession a proposé au gouvernement d’y travailler ensemble.

Coronavirus : « limiter le coût économique et social »

Coronavirus : « limiter le coût économique et social »

Fabien tripier, économiste, essaye de tirer enseignement de ces deux siècles derniers dans une tribune au Monde

«  La plupart des pays ont mis en suspens leur économie pour protéger leurs populations de la pandémie du Covid-19. L’économie mondiale est de ce fait déjà entrée en récession. L’ampleur et la durée de la récession sont en revanche encore inconnues. Revivrons-nous la grande récession de 2008-2009 avec, pour la première fois depuis 1945, des taux de croissance négatifs de 5 % en Europe et aux Etats-Unis ? Ou, pire, retournerons-nous à l’époque de la grande dépression de 1929-1933 avec des taux de croissance négatifs à deux chiffres entre - 10 % et - 20 % ?

La publication des premiers indicateurs suggère, malheureusement, que la situation à venir sera pire qu’en 2008-2009. Selon l’enquête de conjoncture de l’Insee pour le mois de mars, chaque mois de confinement coûtera trois points de PIB. L’économie mondiale se prépare donc à affronter un désastre économique et comme le dit le proverbe : « Pour vaincre ton ennemi, apprends à le connaître ». Il est donc utile de se tourner vers les enseignements de l’économie des désastres.

L’analyse économique des désastres s’est fortement développée au cours des deux dernières décennies et apporte plusieurs éclairages précieux. Un désastre est par nature un phénomène rare. Il faut donc se tourner vers le passé pour rassembler un nombre suffisant d’observations de désastres permettant de caractériser ce phénomène. C’est ce qu’a fait Robert J. Barro en mobilisant des données macroéconomiques et financières remontant au XIXe siècle pour une quarantaine d’économies. Il a ainsi constitué une base de données de près de deux cents désastres économiques, c’est-à-dire de récessions durant lesquelles la chute de la production a été d’au moins 10 %.

L’analyse de cette base de données fournit plusieurs enseignements.

Premièrement, l’origine des désastres est très variée. Un désastre économique peut être la conséquence de phénomènes purement économiques (comme la grande dépression), mais également politiques (comme les deux guerres mondiales), naturels (comme les tremblements de terre et les tsunamis) ou encore sanitaires (comme la grippe espagnole).

Deuxièmement, la chute de la production observée durant les désastres économiques est en moyenne de 20 % et peut dépasser 60 % durant les périodes de guerre.

Troisièmement, le risque de désastre économique se situe autour de 3 %, ce qui signifie qu’une économie connaît en moyenne trois désastres par siècle. Il y a donc 3 % de chance chaque année que nous connaissions une chute de l’ordre de 20 % de la production à la suite d’un évènement économique, politique, naturelle ou sanitaire. »

Coronavirus : un appel aux dons pour financer la politique économique ! (Darmanin)

Coronavirus : un appel aux dons pour financer la politique économique ! (Darmanin)

 

Le jeune Jean ministre du budget, Gérald Darmanin, a dû fumer la moquette en lançant son idée d’un appel aux dons pour financer la politique économique concernant les petites entreprises. Si on comprend que certaines associations soutiennent des campagnes de dons pour des causes humanitaires ou  sociales, on comprend mal qu’un gouvernement en soit réduit attendre sa  sébile pour soutenir une politique économique. On sait que le tissu de petites et moyennes entreprises est essentiel en France non seulement pour sa contribution à la croissance mais surtout pour la part qu’il prend dans le développement de l’emploi. La plupart de ces entreprises en effet ne sous-traitent  pas leur production à l’étranger et recrute uniquement des travailleurs français en tout cas résidents en France. On comprend mal que l’État qui prélève l’impôt ne puisse être capable de financer cette orientation autrement qu’en demandant une contribution volontaire des citoyens. Faut-il rappeler que le prélèvement obligatoire en France est le plus élevé au monde : en gros sur  deux euros de richesse produite un euro est prélevé et dépensé par l’État et les collectivités publiques. Il est vrai que le dispositif peut soutenir les petites et moyennes entreprises décidé jusqu’à là est complètement dérisoire. On a en effet mis en place un système d’aide limitée à 1500 € par entreprise. Une femme ridicule qui ne permet même pas de couvrir les charges salariales d’un  l’employé ou de  l’entrepreneur.

 

Le fonds de solidarité a été mis en place pour fournir une aide défiscalisée allant jusqu’à 1 500 euros aux petites entreprises, micro-entrepreneurs, indépendants et professions libérales dont l’activité est pénalisée par l’épidémie de nouveau coronavirus. Doté de 1,7 milliard d’euros au mois de mars, ce fonds est abondé par les régions et les assureurs, lesquels ont promis une contribution de 200 millions d’euros.

« Beaucoup de particuliers ou d’entreprises nous demandent comment participer et nous aider. Tous ceux qui le souhaitent pourront le faire prochainement, via une plateforme de dons que nous allons mettre en ligne », a déclaré Gérald Darmanin dans un entretien au Figaro. Cette plateforme sera accessible sur internet la semaine prochaine. Bref c’est une forme de décomposition de l’État, qui devient un État mendiant quand il faudrait prendre des mesures à la hauteur de l’enjeu. La disposition de l’aide de 1500 € est déjà complètement anecdotique pour ne pas dire ridicule et cet appel aux dons est évidemment pitoyable. Pourquoi pas aussi un ministère de l’aumône ? Rappelons l’insignifiance de la mesure d’aide aux entreprises.

 

La mesure concerne les entreprises et indépendants réalisant moins d’un million d’euros de chiffre d’affaires et employant moins de dix salariés. Pour être éligibles, ils doivent avoir perdu 50% de leur chiffre d’affaires du mois de mars par rapport au mois de mars de 2019, et ainsi de suite pour le mois suivant.

Ce dispositif de l’administration fiscale a été pris d’assaut dès son lancement mardi. Le lendemain, plus de 204 000 petites entreprises et indépendants avaient déjà déposé une demande auprès de l’Etat. Ce fonds de solidarité, qui pourrait bénéficier à 600 000 entreprises environ, sera maintenu aussi longtemps que l’état d’urgence sera en vigueur.

« Coronavirus: la condamnation du système économique actuel » ?

« Coronavirus: la condamnation du  système  économique actuel »  ?

Dans une tribune au « Monde », l’économiste Pierre Khalfa réagit à celle publiée par le Prix Nobel d’économie français Jean Tirole et estime que c’est « le mode de développement induit par le capitalisme productiviste » qui est aujourd’hui responsable de la crise économique planétaire.

Tribune.

« Il semble que la crise sanitaire actuelle soit propice à des prises de position à première vue surprenantes. Après Emmanuel Macron, suivi par ses ministres, faisant l’éloge de l’Etat-providence et des services publics et affirmant que le jour d’après ne ressemblerait pas au jour d’avant, voici le Prix Nobel d’économie (2014) Jean Tirole qui, dans un point de vue dans Le Monde (« Allons-nous enfin apprendre notre leçon »Le Monde du 26 mars), appelle à un changement de comportement et de politique.

Pour quelqu’un qui avait soutenu sans faillir les politiques néolibérales, voilà une prise de position qui mérite attention. Jean Tirole serait-il sur son chemin de Damas ?

Tout d’abord, il faut remarquer qu’il évoque non pas l’économie, mais les sciences sociales. Assez curieux pour quelqu’un qui s’était vivement opposé à la création dans les universités d’une section « Institutions, économie, territoire et société », visant à intégrer l’économie au sein d’un ensemble plus vaste, au motif que cela serait « une catastrophe pour la visibilité et l’avenir de la recherche en sciences économiques dans notre pays ». Remords tardif, prise de conscience ?…

Mais l’essentiel n’est pas là. Jean Tirole dénonce le fait que « nous sous-investissons dans l’éducation et la formation continue ; nous négligeons le combat contre le changement climatique et diverses autres politiques qui limiteraient les dommages causés à la prochaine génération par le climat, l’intelligence artificielle, la dette, l’inégalité et autres défis imminents ».

Mais qui est donc ce « nous » ? Ce « nous », ce sont pour lui « les peuples [qui] ont une mémoire courte, ils apprennent rarement de l’histoire », ce sont aussi « les citoyens [qui] ne mettent pas systématiquement la vie au-dessus de l’argent et ne sont pas prêts à réduire considérablement leur consommation en échange d’un monde plus sûr ».

Ce seraient donc les peuples qui ont décidé de démanteler le système de santé, de réduire drastiquement les moyens de l’hôpital public, de diminuer considérablement le nombre de lits, d’en finir avec les stocks de masques au motif que cela était trop coûteux, etc.

Ce ne serait donc pas la cupidité des plus riches qui s’accaparent la richesse créée, ce ne serait pas le fonctionnement du capitalisme financiarisé, avec les flux incessants de marchandises à travers la planète, qui serait une des causes majeures du réchauffement climatique, ce ne seraient pas les délocalisations opérées par les multinationales dans les pays à bas salaires et aux droits sociaux réduits, combinées à la logique du « zéro stock » et des flux tendus, qui auraient entraîné une dépendance vis-à-vis de quelques pays devenus les « ateliers du monde », en particulier la Chine. »

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«Coronavirus: vers une relocalisation économique en France ?»

«Coronavirus: vers une relocalisation économique en France ?»

Paola Fabiani est présidente-fondatrice de Wisecom et présidente du Comex40 du Medef pense que  la mondialisation telle que nous la connaissons remet en cause les gains générés par une économie globale » (tribune dans le journal l’Opinion)

 

 

En déplacement à Athènes le 25 février dernier, le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire a déclaré que « l’épidémie du coronavirus est un game changer dans la mondialisation », avant de souligner « la nécessité impérative de relocaliser un certain nombre d’activités ».

La pandémie que nous connaissons est en train de prouver que la mondialisation telle que nous la connaissons remet en cause les gains générés par une économie globale. Si elle a été source de croissance, d’ouverture et de nouvelles opportunités, elle revêt aujourd’hui une part moins radieuse et place les Etats membres de l’Union européenne dans une situation inconfortable quant à la notion de solidarité. L’appel de détresse de l’Italie ou de l’Espagne à la Chine est là pour nous le rappeler.

Jamais la dépendance des sociétés occidentales aux chaînes de valeur délocalisées dans les pays émergents, et notamment en Asie, n’a donc montré de façon si criante la nécessité de changer de paradigme. Le Président de la République lui-même, dans son allocation télévisée du 12 mars, affirmait d’ailleurs qu’« il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

Outre le fait de rendre malade une grande partie de la population française, le coronavirus a des impacts immédiats sur notre économie et in fine, sur notre façon d’envisager les rapports commerciaux. Il réactive la figure de l’homo œconomicus en replaçant le consommateur/l’usager comme agent capable de prendre en considération l’ensemble de l’environnement qui l’entoure afin de maximiser sa satisfaction et l’utilité de son action.

Exercice pédagogique. En 2020, le consommateur n’a en effet rien contre le fait de payer plus cher pour avoir un service de qualité à condition que ce surcoût soit accompagné d’une plus grande transparence et d’un exercice pédagogique explicitant les avantages qu’il engendre.

La course aux prix est une logique qui doit aujourd’hui être dépassée afin de laisser place à la qualité et la disponibilité comme facteurs déterminants dans des secteurs très concurrentiels.

Lorsque j’ai fondé Wisecom en 2005, le secteur des centres d’appels était dominé par la pratique de la délocalisation offshore. En installant nos sites de production en plein centre de Paris et en misant sur une offre sur mesure, Wisecom a fait le pari de développer une qualité de service au plus près du besoin de ses clients, garantissant de meilleures performances marketing et financières.

Pour atteindre ces objectifs, notre stratégie s’est accompagnée d’un recrutement de salariés qualifiés, aptes à pouvoir créer un vrai dialogue, interagir et conseiller les consommateurs, porter les messages de la marque mais aussi s’adresser à des fonctions stratégiques au sein de grands comptes. Une politique RH favorisée par l’implantation des locaux à Paris qui permet d’adresser un large bassin d’emplois donc un plus grand choix dans les profils (séniors, multilingues, experts sectoriels…)et un environnement de travail atypique pour une meilleure fidélisation de ses collaborateurs.

En évoquant ces derniers jours une vraie réorientation stratégique afin de limiter la dépendance française et européenne, et en assurant que la souveraineté technologique et industrielle est un prérequis à la souveraineté politique, Bruno Le Maire a fait preuve de pragmatisme et de bon sens

Chaînes de valeur. La localisation des chaînes de valeur permet par ailleurs de posséder une approche sur mesure et des qualités permettant à la fois de connaître le produit et l’environnement du client de manière approfondie. Elle est en outre source de proximité qui permet de bannir toute logique industrielle et de privilégier – dans le cas de Wisecom – la relation client en rendant l’échange plus simple, plus fluide, plus libre.

Que ce soit dans le secteur des centres d’appels ou dans tout autre domaine d’activité, la créativité et l’innovation doivent être continues. Elles commandent une culture de la performance qui doit être l’ADN des entreprises françaises dans la compétition internationale.

De fait, la promotion du Made In France, inusable argument de campagne et véritable succès de communication, ne peut désormais faire l’économie d’un changement de donne face à la crise sanitaire et économique que nous connaissons avec le Coronavirus. En évoquant ces derniers jours une vraie réorientation stratégique afin de limiter la dépendance française et européenne, et en assurant que la souveraineté technologique et industrielle est un prérequis à la souveraineté politique, Bruno Le Maire a fait preuve de pragmatisme et de bon sens.

Si (ré)installer son entreprise en France était jusqu’à présent une stratégie osée au regard des paramètres de compétitivité, la dramatique actualité de ces derniers jours place cette même stratégie comme la plus à même de répondre au « game changer » induit par la transformation de nos sociétés.

Paola Fabiani est présidente-fondatrice de Wisecom et présidente du Comex40 du Medef.

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