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L’emballement de la croissance économique aux États-Unis

L’emballement de la croissance économique aux États-Unis

 

Chaînes logistiques qui pataugent, manque de main-d’œuvre qui entrave le redémarrage des usines : « on a été pris au dépourvu » ( article du Wall Street Journal)

 

L’activité Outillage de Black & Deck a vu son bénéfice bondir de 57 % au quatrième trimestre, pour une progression de 25 % des ventes. ​

 

Privés de restaurants et de vacances, les Américains se sont rués sur les voitures, les appareils électroménagers, les meubles et les outils. Devant cette demande qui ne faiblit jamais, les industriels ont du mal à combler leur retard. Près d’un an après les premiers confinements, outre-Atlantique, les haltères, mixeurs, matelas et autres webcams sont toujours des denrées rares. De son côté, la pénurie mondiale de semiconducteurs a forcé plusieurs constructeurs automobiles à réduire leur production ces dernières semaines.

« On a tous été pris au dépourvu », résume Jack Springer, directeur général de Malibu Boats.

De fait, explique-t-il, le secteur de la navigation s’attendait plus à une baisse qu’à une envolée des ventes. Or, en juin, Malibu a enregistré 50 % de commandes de plus que l’an passé et, selon la National Marine Manufacturers Association, les ventes de bateaux de plaisance ont signé leur meilleure année depuis treize ans en 2020.

Les entreprises passent des commandes titanesques pour compenser des délais de fabrication et de livraison allongés par les efforts mondiaux pour enrayer la pandémie, ce qui accentue les tensions sur la chaîne logistique

Les dépenses des ménages américains en biens durables ont crû de 6,4 % l’an passé, révèlent des données fédérales, mais leur production a chuté de 8,4 %, à avec la clé des ruptures de stock et des hausses de prix.

En règle générale, la chaîne logistique est malmenée par les récessions : lorsque les ventes baissent, les entreprises préfèrent réduire leurs stocks pour protéger leur trésorerie qu’acheter des pièces détachées et des matières premières. Un grand ménage de printemps s’opère alors.

Puis, quand la demande repart, même timidement, les entreprises relancent démesurément la production pour re-remplir les entrepôts et approvisionner les lignes de production. Cet « effet coup de fouet » se propage à toute la chaîne logistique et des fournisseurs qui se situent en tout début du processus reçoivent des commandes colossales.

Aujourd’hui, cet effet est encore plus prononcé parce que la demande est exceptionnellement importante. Parallèlement, les entreprises passent des commandes titanesques pour compenser des délais de fabrication et de livraison allongés par les efforts mondiaux pour enrayer la pandémie, ce qui accentue les tensions sur la chaîne logistique.

Installé dans le Tennessee, Malibu s’était préparé à un passage à vide. Mais, à sa plus grande surprise, quelques semaines après avoir cessé sa production pour cause de coronavirus, l’entreprise a été informée par ses concessionnaires que les commandes affluaient. Quand Malibu a rouvert ses portes, il a fallu accélérer la production de ses bateaux, utilisés pour le ski nautique et le wakeboard, mais certains de ses sous-traitants ont mis du temps à répondre. Moins bien dotées en trésorerie, les entreprises de taille plus modeste ont eu du mal à relancer la production, acheter du matériel et le faire acheminer, surtout depuis l’étranger, explique Malibu, ce qui a entraîné des pénuries de pièces détachées pour les moteurs, de pare-brises et de câbles.

Pour les économistes, les décennies passées à réduire la taille des usines, les rendre moins coûteuses et plus efficaces ont rendu les entreprises plus vulnérables aux conséquences de l’effet coup de fouet. Pour faire baisser les coûts et augmenter les bénéfices, les entreprises américaines ont externalisé une grande partie de leurs activités et rogné sur les stocks, une démarche imitée par bon nombre de leurs sous-traitants

Wanxiang America Corp., filiale américaine de l’un des plus grands équipementiers automobiles chinois, a rapidement rouvert ses usines américaines l’été dernier. Mais des problèmes de transport ont augmenté le temps nécessaire pour acheminer des pièces produites, en Chine, par d’autres usines du groupe et certains fournisseurs. Pour que les commandes arrivent à Chicago, il a fallu dix semaines, contre quatre en temps normal.

« Une voiture compte trois, quatre voire cinq mille pièces, mais si une seule manque à l’appel, impossible de vendre le véhicule », déplore Pin Ni, président de Wanxiang America. Pour les petites pièces, il s’est tourné vers le transport aérien, mais celui-ci coûte dix fois plus cher qu’il y a un an.

« La chaîne logistique mondiale n’est pas aussi solide qu’on le pense », soupire-t-il.

Pour les économistes, les décennies passées à réduire la taille des usines, les rendre moins coûteuses et plus efficaces ont rendu les entreprises plus vulnérables aux conséquences de l’effet coup de fouet. Pour faire baisser les coûts et augmenter les bénéfices, les entreprises américaines ont externalisé une grande partie de leurs activités et rogné sur les stocks, une démarche imitée par bon nombre de leurs sous-traitants.

Résultat, quand la demande a rebondi sans prévenir l’an passé, ces entreprises ont toutes passé commande, au même moment, à un réseau de plus en plus nébuleux de fournisseurs installés à des milliers de kilomètres. L’effet coup de fouet a été beaucoup plus puissant qu’à l’accoutumée et pourrait provoquer un excédent d’offre dans certains secteurs, prévient Willy Shih, enseignant en management à Harvard.

« Tout le monde se dit qu’il faut commander beaucoup plus », explique-t-il.

Les consommateurs, eux, finissent par se lasser d’attendre l’arrivée de leur bateau de plaisance ou leur appareil de fitness.

Lorsque l’université du Michigan a fermé les salles de sport du campus au printemps dernier à cause de la pandémie, Jonny Chow, étudiant en informatique, a voulu poursuivre son entraînement à la maison. Sauf que les poids qu’il a voulu commander chez Rogue Fitness, un fabricant de Colombus, Ohio, étaient constamment en rupture de stock.

Jonny Chow a alors imaginé un programme informatique qui envoie un message sur Facebook quand les produits sont disponibles sur le site web de Rogue Fitness. Plus de 1 700 personnes l’utilisent désormais, affirme-t-il. « Les équipements les plus prisés ne sont toujours pas revenus en stock », déplore-t-il néanmoins.

Les entreprises qui dépendent de fournisseurs étrangers ont été particulièrement touchées par les retards de livraison : il est difficile de trouver des conteneurs disponibles et les ports américains ont du mal à les décharger

De son côté, Rogue Fitness explique qu’il propose régulièrement des produits, mais qu’ils sont vendus presque instantanément. L’entreprise a plus que doublé ses effectifs et porté son salaire minimal à 25 dollars de l’heure pour pouvoir fabriquer plus.

« Toute la chaîne logistique a été malmenée en 2020 et se trouve toujours dans une situation difficile, souligne Bill Henniger, son fondateur. Les machines, les salariés, les usines : tout fonctionne 24 heures sur 24. »

Les entreprises qui dépendent de fournisseurs étrangers ont été particulièrement touchées par les retards de livraison : il est difficile de trouver des conteneurs disponibles et les ports américains ont du mal à les décharger. Le vélo connecté de Peloton Interactive a convaincu deux millions de personnes en 2020, mais l’entreprise explique qu’elle a dû dépenser plus de 100 millions de dollars pour réduire les délais d’acheminement.

Pour les fabricants américains qui ont choisi de s’approvisionner localement, les choses sont à peine moins compliquées.

Dimarmel, la société qui fabrique les canapés Simplicity Sofas, voudrait agrandir son usine de High Point, en Caroline du Nord, pour réduire les délais de livraison, qui sont montés à huit mois pendant la pandémie. Mais son fondateur, Jeff Frank, explique qu’il n’a pas réussi à trouver assez d’ouvriers qualifiés et qu’il faut parfois plusieurs mois pour que les rouleaux de tissu arrivent.

Depuis peu, il s’est résolu à faire payer les échantillons de tissus aux clients potentiels, alors qu’ils étaient jusqu’à présent gratuits. « En gros, je décourage les gens d’acheter », soupire-t-il.

L’un de ses fournisseurs, STI Fabrics, met actuellement seize semaines à le livrer, contre six avant la pandémie. L’entreprise, installée à Kings Mountain, en Caroline du Nord, emploie 350 personnes. Elle voudrait en recruter 50 de plus mais peine à y arriver, alors qu’elle a relevé son salaire minimum de 2,50 dollars, à 15 dollars de l’heure. Anderson Gibbons, directeur marketing, raconte que STI a acheté l’an passé des équipements lui permettant d’augmenter ses capacités de production d’un tiers, mais les ingénieurs étrangers qui devaient venir installer les machines n’ont pas pu venir à cause des restrictions de voyage.

« On ne peut pas arrêter une chaîne logistique, la rallumer et se dire que rien ne va patiner », souligne-t-il.

STI a également eu du mal à se procurer du fil auprès de Drake Extrusion, une entreprise qui fabrique du fil coloré. « Nous sommes un goulet d’étranglement, déplore son directeur général, John Parkinson. Nous peinons à suivre le rythme. »

L’entreprise, installée à Martinsville, en Virginie, forme de nouveaux salariés : après deux mois de fermeture l’an passé, un quart de ses ouvriers ne sont pas revenus. Les nouvelles recrues sont moins productives que les vétérans, déplore le patron.

Drake fonctionne ainsi à 85 % de ses capacités alors que la demande de ses clients, qui fabriquent des voitures et des meubles, a augmenté de 50 %. Résultat : trois mois d’attente, le double du délai habituel. Les ouragans de l’automne dernier ont également perturbé la production de sa principale matière première, le polypropylène. L’approvisionnement s’est compliqué et les prix ont doublé.

« C’est l’année où rien ne va : tout ce qui pouvait mal se passer s’est mal passé », soupire John Parkinson.

Certaines entreprises avaient pourtant compris que la pandémie allait doper la demande.

En avril 2020, les distributeurs ont réduit leurs commandes d’outils Stanley Black & Decker de 40 % par rapport à l’année précédente. Mais, dès le mois de mai, ces mêmes magasins ont vendu 30 % de produits Black & Decker de plus que l’an passé, raconte le directeur général du groupe, James Loree, les consommateurs coincés à la maison décidant de bricoler et de jardiner.

Les enseignes ont néanmoins décidé de ne pas passer de nouvelles commandes et de puiser dans leurs stocks. Chez Black & Decker, les dirigeants ont étudié les options qui s’offraient à eux : attendre que les magasins passent en urgence des commandes que le groupe ne pourrait pas honorer dans les temps ou augmenter la production en misant sur le fait que les magasins auraient tôt ou tard besoin de reconstituer leurs stocks. Si ce n’était pas le cas, Black & Decker se retrouverait avec six mois de ventes sur les bras.

James Loree a décidé de fabriquer pour 600 millions de dollars d’outils et il a eu raison. Dès le début de l’été, les perceuses, scies et autres boîtes à outils se sont vendues comme des petits pains. L’activité Outillage de Black & Deck a vu son bénéfice bondir de 57 % au quatrième trimestre, pour une progression de 25 % des ventes, en partie parce que le groupe a réussi à augmenter ses prix. Depuis le début de l’année 2021, les ventes de ponceuses électriques ont été multipliées par an par rapport à l’an passé.

« Le marché s’est effondré d’un coup avant de repartir aussi brusquement », résume-t-il.

Les choses n’ont pas été faciles : Black & Decker a dépêché des collaborateurs chez une centaine de fournisseurs en Chine et au Mexique pour les convaincre de faire passer ses commandes en priorité. Au Mexique, le groupe a dû s’opposer à sept reprises aux autorités, qui voulaient fermer l’usine qu’il gère à Reynosa pour enrayer la pandémie. James Loree explique qu’il a dû demander à l’ambassadeur des Etats-Unis d’intercéder en sa faveur.

Les aciéries américaines ont drastiquement réduit leur production au printemps dernier quand leurs clients ont fermé leurs usines et annulé leurs commandes. La consolidation a donné à ceux qui sont toujours présents un plus grand pouvoir de négociation des prix pendant le rebond. Une partie des capacités de production est toujours à l’arrêt alors que, sur le marché spot, le cours de l’acier en rouleau a plus que doublé depuis août et se situe aujourd’hui à 1 200 dollars la tonne

L’entreprise a recruté un directeur médical pour limiter l’exposition des ouvriers à la Covid-19 et payé des taxis pour qu’ils viennent et repartent au travail sans risquer de contracter le virus dans les transports en commun. Elle a également hébergé certains salariés à l’hôtel pour qu’ils ne soient pas contaminés par leur famille.

« On a fait ce qu’on devait faire pour que les usines fonctionnent », explique-t-il.

D’autres entreprises ont, elles, prospéré parce que les produits de leurs concurrentes étrangères peinaient à arriver aux Etats-Unis dans les délais habituels. Beverly Semmann, patronne de Rowe Pottery, explique ainsi que son entreprise de vaisselle basée dans le Wisconsin a vu ses ventes s’envoler parce que les produits étrangers sont difficiles à trouver.

« Si vous allez dans les grands supermarchés, les rayons sont quasiment vides, raconte-t-elle. Les magasins cherchent donc des moyens de les remplir. »

Marlin Steel Wire Products, qui fabrique à Baltimore des panières utilisées pour la stérilisation en milieu médical, s’est lancé l’an passé dans la production de support métallique pour le gel désinfectant, les poches de traitement par intraveineuse et les tubes à essai, habituellement importés de Chine.

« Les entreprises ont compris qu’il était risqué de mettre tous leurs œufs dans un panier chinois », plaisante Drew Greenblatt, son président.

Il précise néanmoins qu’il a eu beaucoup de mal à trouver de l’acier américain pour augmenter sa production. Les cours de l’acier, du cuivre et des autres matières premières industrielles sont au plus haut depuis plusieurs années, ce qui pèse sur les marges de Marlin et des autres industriels.

De fait, les aciéries américaines ont drastiquement réduit leur production au printemps dernier quand leurs clients ont fermé leurs usines et annulé leurs commandes. La consolidation a donné à ceux qui sont toujours présents un plus grand pouvoir de négociation des prix pendant le rebond. Une partie des capacités de production est toujours à l’arrêt alors que, sur le marché spot, le cours de l’acier en rouleau a plus que doublé depuis août et se situe aujourd’hui à 1 200 dollars la tonne.

La baisse de la production nationale de métaux de spécialité, inox inclus, est encore plus criante. En fin d’année, il n’y aura plus que trois entreprises capables de fabriquer de l’acier inoxydable aux Etats-Unis. Gregg Boucher, responsable de la distribution d’Ulbrich Stainless Steels & Special Metals, un fabricant de câbles, de feuilles et de bobines de métal, explique que le recul de la production d’acier américain va pousser les acheteurs à aller à l’étranger ou à la faillite.

« Les clients s’inquiètent de la disponibilité, souligne-t-il. Ils n’ont pas envie de ne pas pouvoir honorer une commande parce qu’ils n’ont pas assez de stock. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Biden pour la reconquête économique mondiale des États-Unis

Biden pour la reconquête économique mondiale des États-Unis

L’économiste Nicolas Goetzmann estime, dans une tribune au « Monde », qu’en soutenant massivement la croissance, le nouveau locataire de la Maison Blanche poursuit la plus importante réorientation de la stratégie économique américaine depuis quarante ans, afin de contrer les ambitions de la Chine.

Tribune. 

 

« Le moment est venu de voir grand ». Le 12 février, à l’occasion d’un échange avec ses partenaires du G7, la secrétaire au Trésor des Etats-Unis Janet Yellen plaidait en faveur d’une relance économique d’ampleur coordonnée, tout en soulignant la nécessité d’un retour au multilatéralisme. Elle déclarait aussi : « Nous accordons une haute priorité à l’approfondissement de notre engagement international et au renforcement de nos alliances. »

Depuis plusieurs mois, Washington démontre en effet son intention de soutenir massivement sa croissance au cours des prochaines années. Une décision qui s’observe aussi bien par le changement de stratégie de politique monétaire dévoilée le 27 août 2020, que par la volonté politique affirmée de soutenir l’économie du pays par la voie budgétaire pour des montants records.

Après le Cares Act de 2 200 milliards de dollars [environ 1815 milliards d’euros] de mars 2020, son complément de 900 milliards voté à la fin décembre, la nouvelle administration américaine s’apprête à négocier un programme d’un montant de 1 900 milliards de dollars, et ce, dans l’attente d’un soutien supplémentaire apporté au développement des infrastructures américaines. De façon manifeste, les Etats-Unis veulent en finir avec un niveau de croissance aujourd’hui considéré comme sous optimal.

 

Ainsi, après plusieurs décennies de déceptions, de progression des inégalités, de stagnation des salaires, de chômage trop élevé, les Etats-Unis modifient leur orientation économique dans un objectif de croissance maximale. Mais cette stratégie de sortie de crise révèle également une préoccupation géopolitique.

En effet, alors que le Global Times – rattaché au Parti communiste chinois – annonçait le 29 janvier que le produit intérieur brut (PIB) chinois sera en mesure de dépasser celui des Etats-Unis avant l’année 2030 – faisant du pays la première puissance économique mondiale –, Joe Biden déclarait, dans un discours prononcé le 4 février qu’« aucun pays sur cette planète – pas plus la Chine qu’un autre pays – ne pourra nous égaler » si les maux qui rongent le pays venaient à être corrigés.

Cette juxtaposition des intérêts intérieurs et extérieurs n’est pas voilée par Joe Biden, qui poursuit : « Il n’y aura plus de frontière entre la politique étrangère et la politique intérieure. Chaque action que nous entreprenons dans notre conduite à l’étranger, nous devons la réaliser en pensant aux familles de travailleurs américains. La promotion d’une politique étrangère en faveur de la classe moyenne exige une concentration urgente sur notre économie intérieure, notre renouveau économique. »

Comment réformer le Conseil économique, social et environnemental

Comment réformer le Conseil économique, social et environnemental 

Le  think tank Synopia, dirigé par Alexandre Malafaye, et les membres de l’Observatoire citoyen du renouveau démocratique ont publié un rapport pour répondre à cette question( L’Opinion en publie des extraits.)

« Selon la Constitution, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) est la troisième chambre de la République française. Pourtant, les Français la connaissent peu ou mal. Le débat qui existe depuis des décennies autour de sa suppression est donc alimenté par l’impression d’inutilité qui découle de cette méconnaissance.

Créé en 1925 par simple décret, puis confirmé dans la Constitution de la Ve République par le Général de Gaulle, le CESE était à l’origine conçu pour prendre le pouls de la France des corporations et autres corps intermédiaires. Ainsi, il est un lieu dans lequel les antagonismes se côtoient et dialoguent, et où les postures idéologiques et politiques sont reléguées au second plan. Et ce n’est pas rien ! Néanmoins, aujourd’hui, ce rôle de facilitateur du débat entre les corps intermédiaires ne suffit plus à légitimer son existence.

La représentativité de l’institution est mise à mal. Les corps intermédiaires qui lui délèguent le principal de ses 233 membres sont de moins en moins reconnus. Une réforme du CESE doit prendre en compte la perte de confiance des Français dans leurs représentants, et surtout, le désir de participation directe à la vie publique d’une part croissante de nos concitoyens.

La nécessité d’adapter la représentativité du CESE a été prise en compte par le président de la République lorsqu’il affirme vouloir en faire « la chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation ». Des forces vives qui ne se limitent plus, et depuis longtemps déjà, aux seuls corps intermédiaires représentés au CESE.

La dynamique impulsée par le chef de l’Etat et le président du CESE a pour but de transformer en profondeur l’institution et d’en faire vraiment la troisième chambre de la République. Cette transformation doit s’articuler autour de six grands principes : « Finir l’institution », revoir la représentativité de ses membres, y introduire la parole citoyenne, promouvoir une pédagogie démocratique, devenir la chambre du futur et, enfin, établir un lien fonctionnel entre le CESE et les CESER (conseils régionaux).

 

Cinq objectifs ont été identifiés comme essentiels pour que le CESE recouvre toute sa légitimité et sa valeur ajoutée au sein du système institutionnel :

1- le CESE doit devenir l’un des grands organisateurs de la participation citoyenne au débat public ;

2-il doit être la Chambre de respiration, d’oxygénation du pouvoir ;

3-il doit contribuer au débat public en lui apportant l’objectivité qui peut parfois lui faire défaut ;

4-il doit intégrer les enjeux non seulement contemporains, mais aussi futurs et globaux, de manière à devenir une véritable chambre du futur ;

5-enfin, l’organisation même du CESE doit pouvoir s’adapter, mais aussi induire et encourager les innovations démocratiques de notre société.

« Finir l’institution »

De quoi s’agit-il ? Dans les faits, la Constitution ne place pas le CESE sur un pied d’égalité avec les deux autres assemblées. Il semble pourtant indispensable de corriger ce défaut si l’objectif réel est bien de faire du CESE la troisième chambre de la République, et non une assemblée de deuxième catégorie dont les avis peuvent être négligés. Auquel cas, il vaudrait mieux supprimer le CESE plutôt que de rester dans cette entre-deux qui ne profite guère à personne.

Ainsi, lorsque le CESE rend un avis, aucun texte ne détermine l’usage qui doit en être fait par les pouvoirs publics. Il s’ensuit que les nombreux rapports produits chaque année finissent sur une étagère, ou bien qu’ils influencent les politiques publiques sans que la paternité des réformes ne soit reconnue au CESE. Dans les deux cas, c’est le problème de la visibilité, et in fine de la légitimité qui est posé.

Compte tenu de son mode de représentation qui ne repose pas sur le suffrage, le rôle consultatif du CESE ne doit pas être remis en question. En revanche, il convient de systématiser sa consultation par les pouvoirs publics et par les deux assemblées dans le processus législatif.

[…]

Le CESE souffre de vieillissement : ses missions ne sont plus aussi pertinentes qu’elles pouvaient l’être en 1945 lorsqu’elles ont été définies par la Constitution. Parmi les grandes transformations attendues, celle qui vise à faire du CESE un carrefour des consultations citoyennes est essentielle.

Par ailleurs, les récents débats qui ont agité la société (et qui l’agiteront encore !) ont montré la nécessité de créer un espace organisé pour travailler sur les questions de société et répondre aux préoccupations des Français. Aujourd’hui, le débat public, trop souvent inscrit dans le temps court, est davantage porté par l’émotion et l’irrationnel.

Le CESE pourrait être le lieu d’objectivation et d’explicitation de problématiques complexes, clivantes et chargées d’affects.

Pour remplir cette nouvelle mission, le CESE pourrait se doter de deux outils nouveaux : les assemblées consultatives citoyennes et les pétitions citoyennes.

Les assemblées consultatives citoyennes (ACC) constituent un des moyens utilisés pour permettre la médiation citoyenne, c’est-à-dire la résolution de désaccords, ou de simples controverses, sur des sujets relevant de son domaine de compétence, dans les cas où les modes traditionnels d’exercice du pouvoir de l’État ne sont pas parvenus à trancher ces différends, et à apporter une réponse que chacun pourrait juger comme légitime, et donc satisfaisante.

En pratique, une ACC réunit des personnes issues de la société civile autour de conseillers du CESE : ensemble, les membres de l’ACC ainsi constituée sont confrontés à une problématique donnée et doivent trouver les moyens d’y répondre. En ce sens, elles sont assez similaires des jurys citoyens. Mais au lieu de rendre un jugement, elles rendent un avis consultatif.

C’est une technique déjà éprouvée dans plusieurs pays, notamment l’Irlande, le Canada ou encore la Nouvelle Zélande. Cependant, l’organisation des ACC nécessite un cadre réglementé et un mode de fonctionnement clair et le plus simplifié possible.

Le CESE doit devenir l’instance centralisatrice des pétitions citoyennes, sur le modèle de ce qui se fait en Grande Bretagne, avec la création d’une plateforme dédiée

Aujourd’hui, le CESE possède quatre moyens de se saisir d’une problématique : les autosaisines ; les saisines gouvernementales ; les saisines parlementaires ; les pétitions citoyennes. Nous proposons d’approfondir le dernier, celui des pétitions citoyennes. En effet, depuis la réforme de 2008, le CESE peut être saisi par voie de pétition citoyenne si celle-ci atteint un seuil de 500 000 signatures papiers. Dans le même temps et de sa propre initiative, le CESE a mis en place un système de veille des pétitions citoyennes ; il peut décider de se saisir du thème d’une pétition qui rentre dans son champ de compétences.

La floraison de pétitions citoyennes, sur tous les supports et pour tous les sujets, témoigne du désir croissant de participation des Français à la vie publique. Mais ce désir, s’il est bien sûr légitime, nécessite d’être canalisé et encadré. C’est pourquoi nous proposons de faire du CESE l’instance centralisatrice des pétitions citoyennes, sur le modèle de ce qui se fait en Grande Bretagne, avec la création d’une plateforme dédiée.

À Londres, une commission spécialisée du Parlement de Westminster reçoit et vérifie la recevabilité des pétitions – et des pétitionnaires – selon certains standards. Par exemple, sont rejetées les pétitions dont le sujet : ne relève pas de la responsabilité du Gouvernement ou du Parlement ; est déjà en train d’être traité par le gouvernement ou le Parlement ; est purement personnel ; contrevient à la loi ; concerne un jugement définitivement prononcé ; touche une affaire en cours devant les tribunaux. [...]

Lorsque la pétition franchit le seuil des 10 000 signatures, le gouvernement est tenu d’y apporter une réponse, et à partir de 100 000 signatures, le sujet évoqué par la pétition est débattu au Parlement.

Ce modèle est particulièrement intéressant et devrait servir à inspirer la création d’un système de pétitions citoyennes organisées, géré par le CESE. En effet, face à l’essor des pétitions citoyennes, et pour contrôler l’impact de ce qui ressemble parfois à des « poussées de fièvre virale », il serait judicieux d’inscrire ces processus de mobilisation citoyenne, dans un cadre institutionnel.

L’union économique européenne de plus en plus dépendante de la Chine

L’union économique européenne de plus en plus dépendante de la Chine

 

 

 

Comprend mieux l’enthousiasme de l’Union européenne poussée par l’Allemagne à propos de l’accord de principe sur les investissements réciproques entre l’Union économique et la Chine. En effet ,les chiffres récents montrent que pour la première fois l’union économique dépend largement pour ses échanges de la Chine. Malheureusement le déficit commercial de l’union économique ne cesse de s’accroître avec 180 milliards  . Sur l’ensemble de l’année dernière, le commerce de l’UE avec la Chine a totalisé 586 milliards de dollars (en additionnant exportations et importations), contre 555 milliards pour les Etats-Unis, selon des chiffres publiés lundi par l’institut européen des statistiques.

Si l’UE était déjà le premier partenaire commercial de la Chine depuis 2004 – elle avait alors doublé le Japon – c’est la première fois que l’inverse est aussi vrai, c’est-à-dire que la Chine détrône les Etats-Unis vis-à-vis de l’Europe.

Selon Eurostat, ce résultat est dû à une hausse des importations européennes en provenance de Chine (+5,6% en 2020 rapport à 2019) ainsi que des exportations européennes vers la Chine (+2,2%).

Dans le même temps, le commerce avec les États-Unis a enregistré une baisse significative tant pour les importations (-13,2%) que les exportations (-8,2%).

 

Après avoir souffert de l’épidémie de Covid-19 durant le premier trimestre, l’économie chinoise est repartie vigoureusement et la consommation a même dépassé en fin d’année son niveau d’il y a un an, tirant les ventes européennes, notamment dans l’automobile et les produits de luxe.

Les exportations de la Chine vers l’Europe ont bénéficié d’une demande forte pour les équipements médicaux et les produits électroniques.

L’UE a vu son déficit commercial s’aggraver avec la Chine. Il est passé de -164,7 milliards d’euros, en 2019, à -181 milliards l’an dernier. Dans le même temps, l’excédent avec les Etats-Unis est resté stable à environ 151 milliards d’euros.

Le Royaume-Uni, qui ne fait plus partie de l’Union européenne, est désormais son troisième partenaire commercial, derrière la Chine et les Etats-Unis. Cependant, les exportations européennes vers ce pays ont chuté de 13,2% l’an dernier, et les importations de 13,9%.

Au total, l’Union européenne a enregistré en 2020 un excédent commercial en nette hausse vis à vis du reste du monde, à 217,3 milliards d’euros, contre 191,5 milliards en 2019.

Le chiffre est encore plus élevé pour les 19 pays de la zone euro : excédent de 234,5 milliards d’euros l’an dernier, contre 221 milliards l’année précédente.

Union économique : L’harmonisation fiscale oubliée

Union économique : L’harmonisation fiscale oubliée

Gabriel Zucman est l’un des meilleurs connaisseurs des paradis fiscaux, il scrute l’évolution de la répartition de la richesse à l’échelle mondiale. Professeur d’économie à l’université de Berkeley (Californie), le chercheur français a cosigné, début 2020, Le Triomphe de l’injustice (Seuil)un constat implacable sur l’évasion fiscale des plus riches, doublé de propositions concrètes pour y remédier. Il s’exprime dans le Monde sur le rôle central joué par le Luxembourg dans l’évasion fiscale internationale, mis en évidence par l’enquête OpenLux.

L’enquête OpenLux montre qu’une part significative de l’économie du Luxembourg est artificielle : 55 000 holdings, sans bureaux ni salariés, détiennent 6 000 milliards d’euros. Etes-vous surpris ?

C’est la première fois que nous disposons de chiffres aussi précis sur le stock de structures purement financières au Luxembourg. Ils permettent de décrire l’ampleur de l’industrie des sociétés-écrans bien plus finement que les statistiques macroéconomiques.

Peut-on considérer le Luxembourg comme un paradis fiscal ?

Le Luxembourg est une plaque tournante de l’optimisation internationale. Contrairement à beaucoup de paradis fiscaux, spécialisés sur certains créneaux, le Luxembourg est présent sur tous les maillons de la chaîne : la gestion de fortune privée à la façon de la Suisse, l’investissement dans des fonds comme les îles Caïmans, l’ouverture de sociétés-écrans comme le Panama ou les îles Vierges britanniques, et la délocalisation de profits des multinationales comme l’Irlande .

 

 

Russie : Poutine adresse un camouflet à l’union économique

Russie : Poutine adresse un camouflet à l’union économique

C’est clairement un camouflet que Poutine adresse à l’union économique mais aussi monde occidental qui proteste contre l’emprisonnement de Navalny  et les atteintes aux  principes démocratiques par  la Russie. C’est au moment précis où le représentant diplomatique de l’union économique se trouvait à Moscou que la décision russe été prise d’expulser des diplomates allemands polonais et suédois. Le message est clair, la Russie et Poutine évidemment n’accepte aucune intervention étrangère dans le fief du tsar Poutine. Un tsar dont la réputation a été mise à mal depuis que Nathalie a révélé qu’il était non seulement dictateur mais aussi un voyou ayant détourné une partie de la richesse russe pour  construire un palais personnel d’un coup de leurs 100 milliards.

 

 

Josep Borrell, en visite à Moscou jusqu’à samedi, a fermement condamné ces expulsions et rejeté les allégations de la Russie. Le représentant de l’union économique était venu faire part des protestations européennes vis-à-vis de l’emprisonnement de naval ni et la réponse est venue rapidement sous la forme d’une claque adressée à l’Europe « Notre relation vit un moment difficile », avait déclaré quelques heures plus tôt Josep Borrell en référence à l’empoisonnement d’Alexeï Navalny et à sa condamnation, mardi, à trois ans et demi de prison. Cette décision a indigné les pays occidentaux. Ceux-ci ont appelé à libérer l’opposant de 44 ans et à mettre fin à la répression brutale des manifestations.

« J’ai fait part au ministre Lavrov de notre profonde préoccupation et réitéré notre appel à sa libération et à l’ouverture d’une enquête impartiale sur son empoisonnement », a déclaré l’émissaire européen, lors d’une conférence de presse commune avec Sergueï Lavrov.

Crise économique : des aides ciblées pour les PME

Crise économique : des aides ciblées pour les PME

 

Alain Griset, ministre des TPE et PME a annoncé ce jeudi un élargissement de la liste des secteurs pouvant prétendre à une prise en charge des frais fixes jusqu’à 70% dans le cadre du fonds de solidarité. Dans les colonnes du Parisien , il cite l’exemple de certaines salles de sport et salles indoor «qui accueillent bowlings, laser game, murs d’escalade».

«Dans certains cas, où il y a des grandes superficies, 20% (de prise en charge) ne suffisent pas. On aura un décret qui permettra d’avoir une prise en charge des frais fixes au-delà de ces 20%», a-t-il précisé sur Sud Radio. Le ministre a ajouté que ces entreprises pourront désormais voir leurs charges fixes prises en charge à hauteur de 70 % «pour la période de janvier à juin 2021 dans la limite de 3 millions d’euros par groupe».

 Le ministre confirme par ailleurs qu’une négociation est en cours avec la Commission européenne pour obtenir un allongement de la durée du prêt garanti par l’État (PGE). Ce dernier pourrait passer de six à huit ans.

Dans les mois qui viennent, d’autres dispositifs de soutien aux entreprises devraient voir le jour. C’est le cas notamment des prêts participatifs garantis par l’État jusqu’à 35%.

Enfin, Bercy planche sur la possibilité de transformer certains PGE en subventions. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, va soumettre l’idée à Bruxelles. Mais il a déjà fait savoir qu’en cas de feu vert de la Commission européenne, cette solution serait très limitée. Elle ne s’appliquerait qu’«au cas par cas», pour les entreprises les plus en difficulté.

 

Royaume-Uni : le masque covid pour masquer l’échec économique de Johnson

Royaume-Uni : le masque covid  pour masquer l’échec économique de Johnson

 

Pour Sylvie Bermann, ancienne ambassadeur au Royaume-Uni, le Premier ministre britannique a caché son échec économique derrière le masque du virus. ( Interview l’Opinion)

 

 

Successivement ambassadeur en Chine, au Royaume-Uni et en Russie, Sylvie Bermann vient de publier Goodbye Britannia, Le Royaume-Uni au défi du Brexit aux éditions Stock (260 pages, 19,50 euros).

Etes-vous surprise par les premières anicroches entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, notamment sur les vaccins ?

Non, pas du tout ! Le Brexit est un divorce douloureux après plus de quarante-sept ans de vie commune. Aujourd’hui, l’obsession de Boris Johnson est de prouver que la sortie de l’UE est bénéfique pour les Britanniques. Moyennant quoi, il explique que tout ce qui va mal est la faute du coronavirus et que tout ce qui va bien – c’est-à-dire la politique de vaccination – est grâce au Brexit. La réalité, c’est que le Brexit a des effets négatifs pour le Royaume-Uni et que ce type d’anicroche devait se produire. Ce qui a été négocié n’est pas un bon accord pour le Royaume-Uni. Les pêcheurs britanniques qui avaient pratiquement tous voté pour la sortie de l’UE sont furieux et accusent les Brexiters de leur avoir menti alors que leurs poissons et leurs fruits de mer sont en train de pourrir sur les quais. D’autres découvrent toute la paperasserie et la bureaucratie générées par le Brexit. Beaucoup d’entreprises sont encouragées à ouvrir bureaux et filiales sur le continent. Près de 800 000 personnes, dont nombre d’Européens, ont quitté le pays et les prix de l’immobilier ont baissé à Londres… C’est moins bien qu’avant !

Quant au comportement d’AstraZeneca qui explique ses retards par le fait que Bruxelles a contracté trois mois plus tard que Londres, il est problématique. Quand il y a un accord, on s’y tient quel qu’en soit le prix. Je comprends que la Commission européenne ait réagi très vivement compte tenu de la pénurie de vaccins. Maintenant, elle a fait une erreur en évoquant le recours à l’article 16 du protocole nord-irlandais (ce qui lui aurait permis de bloquer les exportations de doses produites par le groupe pharmaceutique sur le territoire de l’UE transitant par l’Irlande du Nord) sans en parler à Dublin. Ce que Londres n’a pas manqué de monter en épingle pour des raisons politiques. C’était une erreur vite reconnue par Ursula von der Leyen. Il y aura d’autres incidents de ce type d’autant que la pandémie ajoute un aspect très émotif à la situation. Il faut toutefois reconnaître qu’en matière de vaccins, ils ont mieux géré l’affaire que nous.

Que pensez-vous du refus de Londres d’accorder le statut d’ambassadeur au représentant de l’UE au Royaume-Uni ?

C’est totalement scandaleux parce que tous les pays y compris la Chine, la Russie et les Etats-Unis, qui pourraient être les plus réticents, ont accepté d’accorder le statut d’ambassadeur au représentant européen. Et quand les Britanniques étaient membres de l’UE, ils soutenaient ce statut dans le monde. C’est une mauvaise manière et c’est tout à fait mesquin.

« La seule chose qui sauvera Boris Johnson cette année, c’est que son pays va assurer la présidence du G7 et accueillir la Cop-26 sur le changement climatique »

Les réticences d’Emmanuel Macron à l’égard du vaccin d’AstraZeneca ont relancé le « french bashing »…

Il est récurrent. Il a dominé toutes la période de négociation de l’accord sur le Brexit. On revient à ce qu’on disait au Moyen Âge : « always blame the French » ! A l’époque où Angela Merkel avait des positions beaucoup plus dures que les nôtres, c’était quand même la France qui était accusée. Il y a et il y aura toujours des tensions. C’est une relation amour-haine, faite de rivalité et de comparaisons car nous sommes des pays de taille et de statut comparables dans le monde, que cela soit économiquement ou comme membres permanents du conseil de sécurité, puissances nucléaires et pays ayant des capacités de projection militaire. Mais nous avons besoin de continuer à avoir une vraie relation et à échanger avec les Britanniques, notamment dans les domaines de la défense et de la sécurité.

Comment pensez-vous que le Royaume-Uni va pouvoir se placer sur la scène internationale ?

Boris Johnson va continuer à mettre les difficultés du Brexit sous le tapis de la Covid. Il parle de négocier de nouveaux accords commerciaux mais il n’a pas réussi avec les Etats-Unis et « good luck » pour en trouver un avec la Chine ! Adhérer au traité de libre-échange transpacifique comme il l’aspire est purement symbolique. Aujourd’hui, on parle de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, avec l’Union européenne comme puissance d’équilibre entre les deux. On ne parle pas du Royaume-Uni. La seule chose qui sauvera Boris Johnson cette année, c’est que son pays va assurer la présidence du G7 et accueillir la Cop-26 sur le changement climatique.

Loi climat : pas à la hauteur( Conseil économique et social)

Loi climat : pas à la hauteur( Conseil économique et social)

 

 

Réponse à peu près unanime du conseil économique et social sur le projet de loi image ; est-il à la hauteur des enjeux : réponse non. Pour le conseil économique, il est même inconvenant d’indiquer que la politique gouvernementale s’inscrit dans la stratégie nationale bas carbone. D’une façon générale le conseil économique et social observe que cette loi climat ressemble un peu à une sorte d’auberge espagnole avec des mesures très éparses et très affaiblies par rapport aux propositions de la fameuse commission citoyenne. En outre non de mesures sont différées dans le temps. La loi climat ne trouve donc pas grâce auprès du conseil économique et social qui en plus en rajoute une couche à propos de la question du prix du carbone avait été laissé de côté. Le conseil économique et social remet le couvert pour une hausse significative du prix du carbone. ( Par parenthèse pas forcément la seule solution car en quelque sorte cela marchandise les coûts sociaux alors qu’un équilibrage devrait être obtenus entre régulation par les normes et taxation fiscale)

« A ce jour, au vu des propositions du projet de loi, le compte n’y est pas », a ainsi regretté Michel Badré, l’un des rapporteurs de l’avis. Il faudra un changement plus profond, selon lui.

La France, pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 devra avoir réduit ses émissions de gaz à effet de serre de 85 % par rapport à 1990. « Nous sommes à mi-temps et nous avons fait un peu moins de 20 % (des 85 %). Il en reste donc trois fois plus », a rappelé Michel Badré. De l’avis du Conseil, dire que le texte « s’inscrit » dans la stratégie nationale bas carbone (SNBC) relève donc d’« un abus de langage ».

Si les mesures « prises isolément » sont « pertinentes », reconnaît le Cese, elles restent « souvent limitées » ou « différées », soulignant que presque toutes sont soumises à des restrictions. « Faute de recherche et développement au bon niveau, faute d’investissements dans les infrastructures, faute également de moyens dans les services publics chargés de leur application et de leur contrôle », ces mesures « risquent de rester lettre morte », a prévenu Claire Bordenave, également rapporteuse de l’avis. « Le plan de relance va dans le bon sens mais il s’arrête en 2022 », a-t-elle fait remarquer.

Patriotisme économique : retour à la mode

Patriotisme économique : retour à la mode

La professeure de science politique Cornelia Woll explique, dans un entretien au « Monde », que cette thématique peut permettre de surmonter les clivages gauche-droite, mais qu’il y a mésentente sur les stratégies à mettre en place pour y parvenir.

Cornelia Woll est professeure de science politique à Sciences Po. Elle estime que le thème du souverainisme revient à chaque crise remettant en cause la place de la France dans l’économie mondiale.

Depuis la crise sanitaire, les thématiques souverainistes, notamment économiques, sont revenues sur le devant de la scène. Un tabou est-il tombé ?

Le sujet revient de manière périodique. En 2005, il y a eu une grande discussion sur le patriotisme économique sous Dominique de Villepin avec des débats qui ressemblent à ce que l’on voit aujourd’hui ; après la crise financière de 2008, la question des prérogatives nationales sur les marchés financiers était revenue fortement ; la pandémie nous interroge à nouveau sur le contrôle des entreprises, la circulation des personnes, mais aussi des biens et des services. A chaque fois, cela nous renvoie à la question de ce difficile équilibre entre notre capacité à gérer le destin économique de la France et notre place dans une économie mondialisée.

Ces débats sont-ils une exception française ou ont-ils lieu dans d’autres pays ?

On peut retrouver, dans beaucoup de pays, des débats similaires, par exemple sur les chaînes d’approvisionnement des masques ou des médicaments. En Grande-Bretagne, la discussion sur la souveraineté économique était tellement forte, qu’elle a amené le Brexit. Mais il y a une particularité française sur la volonté de contrôler son économie, un certain chauvinisme, qui se disait moins dans d’autres pays. L’expression « patriotisme économique » faisait sourire il y a quinze ans, mais elle est aujourd’hui fortement mobilisée dans plusieurs pays, comme on a pu observer dans l’Amérique de Donald Trump.

Le souverainisme de gauche, même s’il a toujours existé, était marginal. Aujourd’hui, il semble de plus en plus répandu. Comment l’expliquer ?

Ce n’est pas si nouveau que ça. Arnaud Montebourg était ministre du redressement productif, un intitulé qui a beaucoup fait rire à l’étranger parce que cela représentait cette idée désuète du pilotage de l’économie par l’Etat. Plus à gauche encore, l’altermondialisme peut amener à réfléchir d’abord en termes de résistance nationale à l’économie mondiale. Cette idée concerne plus La France insoumise que les partis de l’internationale socialiste.

Peut-il y avoir un dépassement du clivage droite-gauche autour du souverainisme ?

Il y a des thématiques qui permettent de surmonter ce clivage, c’est le cas du souverainisme, comme du patriotisme ou, d’autres termes qui permettent de renvoyer au « pays ». Autour de ces notions, il y a la tentative de définir un intérêt partagé par l’ensemble des Français qui peut parler aussi bien à une partie de la gauche que de la droite. Il y a tout de même une difficulté à se mettre ensuite d’accord sur des stratégies à mettre en œuvre : la souveraineté économique passe-t-elle par une hausse des taxes aux frontières ? Une limitation de la circulation des capitaux ou des personnes ? Quand on arrive à ces sujets, le clivage gauche- droite reviendra plus fortement, par exemple autour de la question migratoire ou du financement des entreprises.

Gonflé, le président chinois appelle à la coordination économique !

Gonflé, le président chinois appelle à la coordination économique  !

 

Il faut bien être familiarisé la dialectique marxiste style Staline ou Mao  ( ou celle du parti communiste français des années 50) pour comprendre ce double langage permanent du président chinois. Alors que ce dernier utilise tous les moyens étendre l’influence de la pieuvre chinoise en s’affranchissant de toutes les règles de la concurrence, il propose en même temps lors  de la rencontre de Davos ( les pays les plus riches et où les plus importants) la collaboration et la coordination économique au plan mondial.

Pour schématiser,  d’un côté la Chine colonise par exemple l’Afrique -mais pas seulement et exploite honteusement ses ressources et propose une collaboration égalitaire à son partenaire à genoux. C’est exactement ce qui se passe dans les rapports aussi entre l’Europe  et la Chine. Ainsi sur pression de l’Allemagne on vient d’adopter le principe d’un accord sur les investissements réciproques en Chine et dans l’union européenne. Les deux partenaires décident d’ouvrir leur marché sous réserve du respect des règles de concurrence économique, sociale, sécuritaire, et fiscale.

On sait que la quasi-totalité du système économique chinois eet sous la domination du parti communiste qui ne tolère même plus des voix discordantes des plus grandes entreprises dont plusieurs patrons ont été mis à l’écart voire jetés en prison. Quel crédit peut-on faire à la Chine de respecter des règles économiques quand elle ne respecte aucun droit mêmes les plus élémentaires droits individuels et collectifs.

La vérité c’est que la Chine  craint beaucoup que les États-Unis ne poursuivent leur politique protectionniste vis-à-vis des importations chinoises dans les conditions de concurrence sont complètement fausées . «Nous devons construire une économie mondiale ouverte … rejeter les normes, règles et systèmes discriminatoires et exclusifs, et supprimer les barrières au commerce, aux investissements et aux échanges technologiques», pourtant déclarée le président chinois

Le G20 – un forum international regroupant 19 des plus grandes économies développées et émergentes, ainsi que l’Union européenne – devrait être renforcé en tant que «principal forum pour la gouvernance économique mondiale» et le monde devrait «s’engager dans une coordination plus étroite des politiques macro-économiques», Xi ajoutée.

La Chine elle-même participerait plus activement à la gouvernance économique mondiale, a-t-il déclaré.

Le PIB chinois a augmenté de 2,3% en 2020, selon les données officielles publiées la semaine dernière. C’était son taux de croissance annuel le plus bas depuis plus de quatre décennies, mais cela faisait de la Chine la seule grande économie à éviter une contraction l’année dernière, alors que de nombreux pays luttaient pour contenir la pandémie.

La gouvernance internationale devrait être basée sur des règles et un consensus, plutôt que sur des ordres donnés par un ou quelques-uns, a ajouté M. Xi, sans nommer de pays.

«Le monde subit des changements inédits depuis un siècle, et le moment est venu pour un développement majeur et une transformation majeure», a-t-il déclaré.

Le discours de Xi est intervenu cinq jours seulement après que Joe Biden a prêté serment en tant que président américain.

Sous le prédécesseur de Biden, Donald Trump, les tensions ont mijoté entre les États-Unis et la Chine, les deux premières économies du monde, sur des questions allant du commerce et de la technologie à Hong Kong, au Xinjiang et au coronavirus.

Quelle souveraineté économique ?

Quelle souveraineté économique ?

L’affaire Carrefour-Couche-Tard risque de réveiller les démons du populisme ainsi que ceux du simplisme et du nationalisme économiques, écrivent, dans une tribune au « Monde, les économistes Emmanuel Combe et Sarah Guillou. Mais selon eux, en matière d’économie, la souveraineté ne consiste pas au repli sur soi.

Tribune. L’affaire Carrefour-Couche-Tard illustre les ambiguïtés d’une politique de souveraineté économique dont la doctrine et les contours n’ont jamais été clairement explicités. Ce faisant, elles l’exposent à plusieurs démons.

Le premier d’entre eux, c’est le démon du populisme. La souveraineté économique est actuellement très en vogue dans l’opinion, surtout lorsqu’on agite le spectre d’une hypothétique menace sur notre « sécurité alimentaire ». Elle rassure l’électeur, en mal de certitudes sur la provenance des biens qu’il consomme. Mais elle le conforte également dans l’idée trop simple selon laquelle la mondialisation serait la cause première de tous nos maux, en étant d’abord source de dépendance et de contraintes.

La pandémie de Covid-19 a été à cet égard propice à l’usage politique de cette notion, en ravivant un discours sur notre dépendance envers certains produits « essentiels ». Nombre de Français ont en effet conclu que la pénurie observée de masques ou de respirateurs résultait de l’absence de production sur le territoire national, ce qui est erroné. En réalité, la pénurie vient principalement d’un défaut d’ajustement de l’offre mondiale à la demande ; elle ne résulte pas de la localisation de la production, ni de la distance entre les lieux de consommation et de production, ni encore de ce que le propriétaire de l’entreprise soit français ou non.

Le « mythe du potager »

Le second démon, c’est celui du simplisme économique. Le risque est ici de réhabiliter les vieilles thèses sur les vertus supposées de l’autarcie et du mercantilisme. L’autarcie repose sur le « mythe du potager » selon lequel tout produire chez soi rendrait indépendant. Paradoxalement, non : si vous faites tout vous-même, vous ne pouvez plus compter que sur vous-même, ce qui peut être problématique si le pays connaît un choc. Diversifier ses approvisionnements à l’étranger peut être un choix plus sécurisant.


Par ailleurs, tout faire soi-même est impossible aujourd’hui et entraînerait un coût exorbitant pour le pays. Quant au mercantilisme, qui stigmatise les importations, il repose sur un contresens économique majeur. Importer n’est pas en soi un problème et présente même de multiples avantages : cela permet par exemple de tirer parti des chaînes de valeur mondiales. De même, importer conditionne directement les performances à l’exportation de nos entreprises. Acheter à l’étranger permet enfin d’exercer le privilège de l’acheteur, c’est-à-dire celui de pouvoir choisir ses fournisseurs.

Le système économique mis en cause par la pandémie ?

Le système économique mis en cause par la pandémie ?

La crise sanitaire a intensifié la volonté de changer le système économique et prouvé que, pour peu qu’ils en aient envie, les Etats peuvent dépenser sans compter pour aider les personnes en difficulté. Mais faut-il pour autant s’attendre à ce que le capitalisme évolue demande un article du Wall Street Journal ?

Pour répondre à cette question, repensons au monde tel qu’il était il y a une décennie, au lendemain de la crise financière. Pendant qu’Occupy Wall Street faisait les gros titres, les Etats dépensaient des milliers de milliards de dollars pour sauver le système financier. Exception faite de la réforme bancaire, le capitalisme est sorti de la crise globalement indemne (ce n’est en revanche pas le cas du commerce international). Mais les choses pourraient être différentes aujourd’hui parce que la décennie écoulée a ouvert la voie à un interventionnisme accru. L’avenir des rendements mirobolants qu’ont perçus les actionnaires ces dix dernières années est plus qu’incertain.

L’idée d’un « capitalisme participatif » qui s’intéresse aux travailleurs, aux communautés locales et à l’environnement est allée jusqu’à convaincre Business Roundtable, puissant lobby qui réunit les dirigeants des grandes entreprises américaines

Dominic Barton, ancien directeur de la société de conseil McKinsey et désormais ambassadeur du Canada en Chine, résumait l’opinion partagée par bon nombre de gagnants du capitalisme dans un article publié en 2011 dans la Harvard Business Review : « les chefs d’entreprise sont aujourd’hui confrontés à un choix difficile : réformer le capitalisme ou laisser les autres le réformer à leur place ».

Des dizaines de think tanks ont été créés dans les années 2010 pour que l’élite mondiale trouve une solution pour réparer le système, avec des intervenants allant du pape au Prince Charles. Des milliers de fonds axés sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance ont été lancés, et bon nombre de stratégies en difficulté ont été étiquetées « ESG » dans l’espoir de les rendre plus attractives.

L’idée d’un « capitalisme participatif » qui s’intéresse aux travailleurs, aux communautés locales et à l’environnement est allée jusqu’à convaincre Business Roundtable, puissant lobby qui réunit les dirigeants des grandes entreprises américaines.

Mais les changements ont surtout été cosmétiques : plus de communication, plus de femmes dans les conseils et, récemment, plus d’attention portée au racisme par des patrons toujours blancs dans leur immense majorité.

« Des milliers de conférences ont été organisées mais on est loin d’avoir fini, affirme Sarah Keohane Williamson, ancienne gérante de fonds désormais à la tête de FCLTGlobal, une organisation à but non lucratif créée avec le soutien de McKinsey pour favoriser la réflexion à long terme des chefs d’entreprise. On a beaucoup parlé, maintenant il faut agir. »

De fait, pour ceux qui n’ont pas le capitalisme chevillé au corps, les choses n’ont pas beaucoup changé. Plus de 17 millions d’Américains ont perdu leur emploi quand la pandémie a frappé et les Etats-Unis comptent toujours plus de 10 millions de chômeurs. Inversement, à la faveur de l’envolée des obligations et des records signés par les actions après un passage à vide en mars, les riches sont devenus plus riches encore.

Certains de ceux qui pensaient que le capitalisme pouvait évoluer de lui-même estiment désormais que l’Etat doit obliger les entreprises à changer.

Copropriétaire du magazine The Economist et administratrice d’Estée Lauder, Lynn Forester de Rothschild a fondé la coalition pour un capitalisme inclusif (Coalition for Inclusive Capitalism) après avoir estimé, en 2012, qu’elle devait réunir les grands patrons pour écarter la menace. Pour elle, les gagnants du capitalisme avaient suffisamment peur pour agir d’eux-mêmes. Elle a changé d’avis depuis. « Je suis désormais convaincue que le fait que les gentils soient gentils ne suffira pas, affirme-t-elle. Il faut que l’État agisse. »

Selon elle, les pouvoirs publics doivent ainsi agir davantage sur la taxation carbone, le revenu minimum vital et la lutte contre l’obésité. Les lobbys et autres groupes de pression ont tous leur propre liste de demandes mais, a minima sur le plan économique, l’idée générale est de rapprocher l’Amérique de l’Europe. Sans aller jusqu’à embrasser le socialisme, il s’agirait de laisser l’Etat agir davantage sur la gestion du capital et de réduire l’influence des actionnaires.

Les patrons qui s’étaient lancés dans un greenwashing effréné pour attirer les investisseurs soucieux des enjeux sociaux et environnementaux auront du mal à s’opposer à des restrictions publiques destinées à protéger les salariés ou lutter contre le changement climatique, surtout s’ils ont profité des aides publiques versées pendant le confinement

L’histoire est riche d’exemples de crises qui ont entraîné des changements majeurs de politique économique. Le New Deal et le renforcement du rôle de l’Etat en réponse à la Grande dépression. La sécurité sociale britannique au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. L’inflation galopante qui a conduit Margaret Thatcher et Ronald Reagan au pouvoir dans les années 1970, avec à la clé l’anéantissement des syndicats et l’allègement de la taxation des plus riches. Quand les choses vont manifestement trop loin, la crise peut remettre les compteurs à zéro.

Dans cet esprit, la pandémie pourrait favoriser un plus grand interventionnisme de l’Etat. Les jalons conceptuels de l’exubérance financière publique ont été jetés par une école de pensée économique autrefois marginale, la théorie monétaire moderne. La Covid-19 a permis sa mise en pratique, à juste titre au regard de l’état catastrophique de l’économie. Les banques centrales se sont détournées de ceux qui redoutaient l’inflation au profit de ceux qui militent pour davantage de dépenses, et acceptent désormais de les financer. Et qui dit nouvelles dépenses dit nécessité de prévenir les abus, ce qui facilite l’évolution de la réglementation.

Les patrons qui s’étaient lancés dans un greenwashing effréné pour attirer les investisseurs soucieux des enjeux sociaux et environnementaux auront du mal à s’opposer à des restrictions publiques destinées à protéger les salariés ou lutter contre le changement climatique, surtout s’ils ont profité des aides publiques versées pendant le confinement.

L’Union européenne a déjà réussi à vaincre l’opposition allemande à la mutualisation de la dette, lancer un ambitieux programme de dépenses et avancer sur la définition de l’investissement durable. Le Vieux-Continent a lancé les hostilités contre les « big tech », un mouvement antitrust qui s’empare désormais des Etats-Unis et devrait recueillir le soutien des partisans du libre-échange (pour peu qu’ils ne soient pas actionnaires autocentrés d’un monopole).

La société américaine ne rêve pas d’un Etat tout puissant et Joe Biden n’a pas été élu avec la majorité écrasante qui avait permis à Franklin Delano Roosevelt de révolutionner le capitalisme. Pourtant, les sondages montrent que la population est globalement favorable à une augmentation des dépenses publiques et le Parti républicain, dans sa version moderne, n’a rien contre les déficits abyssaux en temps de paix, même s’il préfère qu’ils servent à financer des allègements fiscaux.

Qu’il s’agisse d’interventionnisme renforcé de l’Etat ou d’efforts accrus des entreprises pour empêcher la politique de se mêler de leurs affaires, les dix années qui arrivent pourraient servir à concrétiser les discours des dix années qui s’achèvent. Les actionnaires doivent se tenir prêts : le changement, c’est peut-être pour maintenant.

Traduit à partir de la version originale en anglais

Les démocraties face à la dictature économique chinoise

Les démocraties face à la dictature économique chinoise

 

 

Jérôme Fenoglio,Directeur du « Monde », évoque le défi des démocraties face à la dictature économique chinoise.

 

Editorial du « Monde ». En ce début d’année 2021, la Chine apparaît comme la grande gagnante de la maladie qui est pourtant née sur son territoire, le Covid-19. Sur le plan économique d’abord. Alors que l’Union européenne et les Etats-Unis sont englués dans la crise sanitaire, Pékin a renoué avec une croissance vigoureuse.

Selon les experts, le pays devrait ainsi parvenir, plus tôt que prévu au grand croisement du siècle : son PIB devrait dépasser celui des Etats-Unis à l’horizon 2028. D’ici là, cet essor économique, auquel nous consacrons une série d’enquêtes et de reportages cette semaine, devrait rapidement lui permettre de passer du statut de pays en développement à celui de pays développé.

Sur le plan politique ensuite, et pas seulement, parce que les Etats-Unis sont pour l’heure enlisés dans la pathétique fin de règne de Donald Trump, qui offre aux régimes autoritaires une occasion inespérée de dénoncer les failles du modèle démocratique. Certes, l’image de la Chine se dégrade ces derniers temps à mesure que le monde fait l’expérience de la vraie nature, opaque et répressive, de son régime. Il aura fallu un an pour qu’elle accepte de laisser des enquêteurs de l’Organisation mondiale de la santé se rendre à Wuhan, dans des conditions extrêmement restrictives.

Indispensable au reste de la planète

Au même moment, l’opinion mondiale s’éveille au sort du probable million de membres de la minorité musulmane des Ouïgours, internés dans des camps d’endoctrinement, contraints au travail forcé, torturés, leur culture peu à peu annihilée, autant qu’elle compatit avec la jeunesse de Hongkong et ses aspirations démocratiques réprimées.

Pékin, pourtant, n’en subit pas de conséquences diplomatiques, tant il a su se rendre indispensable au reste de la planète. La dépendance à ses chaînes de production de masques, au printemps 2020, en est une des démonstrations les plus flagrantes. La Chine peut au contraire se réjouir en constatant qu’à la fin de l’année, où elle a imposé une loi draconienne à Hongkong et emprisonné les lanceurs d’alerte de Wuhan, l’Union européenne a jugé le climat propice à la conclusion d’un accord d’investissements avec elle. Pour contrepartie, elle n’a dû consentir qu’un vague engagement à rejoindre un jour les conventions internationales sur le travail forcé, qui ne trompe personne.

Par cet accord, l’UE n’a pas seulement trahi ses valeurs. Elle l’aura fait pour ne rien obtenir en échange, nul ne pouvant croire sérieusement à une ouverture des marchés sous Xi Jinping : en huit années au pouvoir, celui-ci n’a fait que resserrer le contrôle de l’Etat-parti sur la société et l’économie de son pays.

Ce faux pas européen montre combien il est devenu nécessaire pour chaque composante de nos démocraties – Etats, organisations multilatérales, entreprises – de prendre la mesure de la complexité de sa relation à la Chine. Qu’il s’agisse d’une exposition à Nantes sur l’Empire mongol, à laquelle le partenaire chinois a tenté d’imposer l’historiographie officielle, ou de l’Australie, dont le charbon, le vin et les homards sont boycottés par la République populaire parce qu’elle a réclamé une enquête internationale sur les origines du virus.

Chercher le ton juste

C’est là la grande différence avec le temps de la guerre froide, nous sommes passés de l’ère de l’hostilité cloisonnée à la rivalité dans l’interdépendance. C’est, après les dictatures du XXe siècle qui ont fini par s’effondrer sous leurs pesanteurs, la grande nouveauté d’un régime autoritaire qui ne laisse pas entrevoir de signe d’échec. Il faudra faire avec la Chine, sans y laisser son âme.

Cette réflexion vaudra aussi pour les médias, alors que Pékin a investi massivement ces dernières années dans sa propagande à l’étranger, tout en expulsant les reporters des grands journaux américains. L’enquête de terrain est, en Chine, de plus en plus nécessaire et de plus en plus difficile. Il est indispensable de raconter le développement fulgurant des villes, les aspirations d’un peuple, sa relation complexe à l’Etat-parti et aux libertés individuelles, sans renoncer à décrire la répression des critiques du régime.

Fidèle à ses valeurs et à son indépendance éditoriale, Le Monde continuera à rechercher, au sujet de la Chine, le ton juste, sans préjugés, sans concessions, sans détourner le regard. En fouillant, en enquêtant, en s’interrogeant, en approfondissant, en renforçant ses moyens éditoriaux, en ne se dérobant pas à son propre défi chinois.

 « Pour un modèle productif de la sobriété »

Pour Jérôme Fenoglio (Directeur du « Monde »), la transition écologique ne doit pas tant reposer sur notre manière de produire que sur ce que l’on produit, avance le sociologue et ingénieur Pierre Veltz dans cet ouvrage publié aux éditions du Seuil. Celle-ci devrait dépendre de notre capacité à maintenir notre bien-être tout en réduisant nos biens de consommation.

 

 

 

 

 L’exercice est difficile et pas si courant. Comment articuler les innombrables constats, idées et propositions qui circulent aujourd’hui sur l’indispensable « transition » d’un modèle socio-techno-économique à bout de souffle, alors que chacun aujourd’hui tend à énoncer sa thèse à partir de son domaine d’expertise… ou de ses convictions ? Le sociologue et ingénieur Pierre Veltz relève le défi avec succès, qui plus est dans un ouvrage d’une centaine de pages : une prouesse. Et surtout l’occasion de brûler un bon nombre de totems pour leur substituer la nuance, la complexité, l’ouverture des possibles.

Non la décroissance n’est pas la solution, parce qu’il faut créer de la richesse pour réduire les inégalités planétaires ; ni la rupture totale avec le capitalisme ni sa capacité d’adaptation spontanée ne suffiront, il vaut mieux penser l’avenir en termes de pluralité de modèles où les géants du capitalisme, l’économie sociale et solidaire, les services publics, l’initiative locale et citoyenne peuvent tendre ensemble vers un but commun pour peu qu’il soit tracé par la démocratie politique ; une économie de services n’est pas forcément moins polluante qu’une économie dite industrielle ; réduire l’empreinte écologique de chaque produit est nécessaire mais pas suffisant car l’effet en est la plupart du temps de démultiplier sa consommation ; etc.

Des secteurs « humano-centrés »

Pierre Veltz propose de poser le problème autrement. La réflexion doit porter non pas tant sur la « manière » de produire que sur ce que l’on produit. Il prône par conséquent la « sobriété », c’est-à-dire l’atteinte d’un même niveau de satisfaction avec moins d’objets, moins sophistiqués, de substituer la satisfaction d’un besoin à la possession d’un bien, et surtout à partir d’une économie dont la valeur ne viendra pas de la multiplication des produits, mais de l’augmentation des capacités des individus – la santé, l’éducation, la culture, les loisirs, la mobilité, l’habitat, l’alimentation –, qui ne sont pas des « charges » entravant la sacro-sainte productivité, mais les moteurs de la création de valeur dans le monde de demain. Car ces secteurs « humano-centrés », qui dominent déjà les économies les plus avancées, sont ceux qui créeront demain le plus d’emplois et de richesse, quand ceux basés sur la consommation d’énergie fossile en détruiront massivement.

L’auteur ne croit pas non plus aux mythes économicistes de la « finance verte », du prix du carbone ou de la « green tech », tout au moins tant qu’un Etat puissant et planificateur n’investira pas dans les infrastructures technologiques et normatives qui orienteront les masses d’épargne privées tournant en rond dans la cage à écureuil de la spéculation, les start-up engagées dans une course darwinienne à la conquête de besoins inutiles, les entreprises se parant de verdure pour perpétuer l’attention du consommateur.

 

Assurance-chômage : les pistes de réforme du conseil d’analyse économique

Assurance-chômage : les pistes de réforme du conseil d’analyse économique

Le  conseil d’analyse économique (CAE) rattaché au Premier ministre, a exprimé de nouvelles propositions visant à renforcer le pilotage et l’efficacité de ce système assurantiel. Depuis le début de la crise, l’assurance-chômage a été fortement sollicitée après l’effondrement du marché du travail pendant les périodes de confinement notamment. L’endettement de l’Unedic devrait atteindre environ 63 milliards d’euros à la fin de l’année 2020.Le seul problème de ces propositions c’est qu’elles ne sont peut-être pas très opportunes compte tenu de la période.

S’il veut chambouler l’assurance-chômage, le gouvernement dispose désormais d’une batterie de recommandations-chocs pour le faire. Elles se trouvent dans une note publiée, mardi 12 janvier, par le Conseil d’analyse économique (CAE). D’après le Conseil d’analyse économique (CAE).  placée auprès du premier ministre, « l’organisation » du régime d’indemnisation des demandeurs d’emploi s’avère « inefficace ». Dès lors, il faut tout revoir, qu’il s’agisse du pilotage du système ou des paramètres relatifs aux allocations. Autant d’idées susceptibles de retenir l’attention, à l’heure où le pouvoir en place cherche à corriger sa réforme du dispositif mise en œuvre dans deux décrets de juillet 2019.

L’assurance-chômage obéit à des modalités inscrites, la plupart du temps, dans des conventions que les partenaires sociaux négocient « tous les deux ou trois ans », comme le rappellent les signataires de l’étude – les économistes Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo et Camille Landais. Mais s’il y a un désaccord entre les syndicats et le patronat, l’Etat reprend la main pour arrêter les règles – ce qui s’est produit en 2019. L’exécutif a, par ailleurs, des pouvoirs accrus sur le dispositif, depuis la loi « avenir professionnel » de septembre 2018 : le texte lui permet de cadrer les discussions entre organisations de salariés et d’employeurs afin que celles-ci poursuivent des objectifs bien précis, notamment en termes d’équilibre financier.

Pour le CAE, le fonctionnement actuel reste insatisfaisant, parce qu’il contribue à rendre le régime « légèrement » plus généreux « en période de chômage faible que de chômage élevé ». Or, c’est exactement l’inverse qu’il conviendrait de chercher : améliorer la couverture des demandeurs d’emploi quand la croissance pique du nez et réduire la voilure lors des reprises, « comme [le font] le Canada ou les Etats-Unis ». C’est pourquoi le CAE préconise d’ajuster les paramètres « en fonction d’indicateurs de l’activité économique », l’idée étant de moduler la « durée d’indemnisation » et les conditions pour avoir droit à une allocation, selon l’état du marché du travail.

Autre changement suggéré par MM. Cahuc, Carcillo et Landais : il porte sur le calcul de la prestation. Aujourd’hui, le mécanisme repose encore sur des dispositions antérieures aux décrets de juillet 2019, puisque l’entrée en application des textes, publiés il y a deux ans, a été repoussée (sur le volet indemnisation). Or, selon le CAE, les dispositions en vigueur peuvent avoir des effets indésirables, en particulier dans les cas de figure où une personne perçoit une allocation tout en occupant un emploi : le système permet alors, à ceux qui enchaînent des postes « non permanents, d’accroître leur revenu total en s’inscrivant au chômage », alors que la rémunération tirée de leur activité reste la même. Autrement dit, il existe des situations où le salarié « gagne plus au chômage qu’en travaillant », ce qui « n’est clairement pas compatible avec les objectifs » du régime, comme MM. Cahuc et Carcillo l’ont écrit dans une tribune publiée, début décembre 2020, dans Les Echos.

Brésil : vers un effondrement économique

Brésil : vers un effondrement économique

 

La situation au Brésil est de plus en plus dans une situation ccatastrophique tant sur le plan sanitaire que sur le plan économique. Juste un chiffre l’inflation est de l’ordre de 4000 % en un an. Autant dire que la monnaie ne vaut plus grand-chose. Le dictateur brésilien Bolsonaro avoue même que le pays est au bord de la faillite. Le résultat d’une gestion complètement aberrante qui s’est encore détériorée avec la pandémie

 

Pour Jair Bolsonaro, l’effondrement économique du pays est lié aux restrictions préconisées par les gouverneurs pour lutter contre la pandémie de coronavirus, qui a déjà tué près de 198.000 personnes au Brésil. Le président brésilien a gagné en popularité grâce à l’aide d’urgence accordée pendant neuf mois à 68 millions de Brésiliens, soit près d’un tiers de la population. Mais ce mois-ci, ces aides ont cessé, sous la pression des marchés inquiets du niveau élevé du déficit et de la dette du pays, qui pourrait le placer «au bord d’un gouffre social», selon Marcelo Neri, directeur du centre de politique sociale de la Fondation Getulio Vargas (FGV).

Pendant ce temps, le nombre de cas et de décès continue d’augmenter. Au cours des dernières 24 heures, le géant sud-américain a recensé 1.171 décès et près de 60.000 nouvelles contaminations, des chiffres qui devraient augmenter dans les prochaines semaines en raison des rassemblements massifs qui ont eu lieu pendant les fêtes de Noël et du Nouvel An, selon les spécialistes.

Finances- Investissements Chine– Union économique : les enjeux

Finances- Investissements Chine– Union économique : les enjeux

 

Sylvie Kauffmann, journaliste au monde explique les enjeux de l’accord de principe sur les investissements entre la Chine et l’union économique

 

Faut-il conclure l’accord sur les investissements entre la Chine et l’Union européenne, comme le souhaitent Berlin et Pékin ? Ou attendre, comme le conseillent Paris et Washington ? Le dossier est stratégique et le débat intense, note Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde ».

Chronique. 

 

On ne chôme pas à Bruxelles en cette fin d’année. A peine le titanesque plan de relance anti-Covid-19 était-il débloqué, le 11 décembre, après quelques sueurs froides, que la fièvre de la dernière longueur s’empara des négociateurs du Brexit. A peine Michel Barnier a-t-il eu le temps d’admirer ses lauriers au pied du sapin de Noël qu’un nouveau suspense tient en haleine les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’Union européenne (UE) et, à distance, leurs gouvernements : l’accord global sur les investissements entre la Chine et l’UE qu’il faudrait, toutes affaires cessantes, conclure avant le 31 décembre.

Signe des mutations que subissent les équilibres géostratégiques, chacun de ces dossiers a une portée historique. L’enjeu de l’accord sino-européen, que les experts appellent par son acronyme anglais, CAI (Comprehensive Agreement on Investments), dépasse largement les relations commerciales entre la Chine et le bloc européen. Il consacre l’émergence d’une souveraineté européenne qui utilise les négociations commerciales – compétence de la Commission de Bruxelles – comme un instrument de politique étrangère pour imposer ses normes environnementales et sociales.

Autre enjeu de cet accord : il s’inscrit dans le triangle formé par les trois grands pôles actuels de puissance économique – la Chine, les Etats-Unis et l’UE. Car si Washington, qui a déjà son propre accord avec la Chine, n’est pas formellement partie à la négociation sur le CAI, son ombre plane en toile de fond sur la motivation des uns et des autres. On est entrés dans l’ère post-Trump, et ces quatre années d’unilatéralisme américain pèsent de tout leur poids sur les protagonistes.

De quoi s’agit-il, au fond ? Lorsque les pourparlers ont commencé entre Pékin et Bruxelles, en 2014, pour établir un cadre réglementaire commun aux investissements mutuels, le contexte mondial était tout autre. Président depuis un an, Xi Jinping ne s’était pas encore affirmé comme l’autocrate à vie qu’il est aujourd’hui, contrôlant Hongkong et le Xinjiang d’une main de fer. Les Etats-Unis de Barack Obama ne laissaient pas encore présager l’« America first » de son successeur ; et l’Europe des Vingt-Huit n’avait pas pris conscience de la puissance que pouvaient lui donner l’unité, la solidarité et un marché unique de 500 millions d’habitants.

« Fin de la naïveté » européenne

L’ascension de la Chine, le défi de la présidence Trump, l’épreuve du Brexit puis celle de la pandémie ont favorisé cette prise de conscience et la « fin de la naïveté » européenne. La Chine, elle, sait que même avec Joe Biden à la place de Donald Trump à la Maison Blanche, l’affrontement avec Washington va se poursuivre. Elle sait aussi que la relation Etats-Unis-UE, en revanche, va se réchauffer ; contrairement à son prédécesseur, le président élu Biden souhaite coopérer avec les Européens face à Pékin.

Investissements Chine–Union économique : les enjeux

Investissements Chine–Union économique : les enjeux

 

Sylvie Kauffmann, journaliste au monde explique les enjeux de l’accord de principe sur les investissements entre la Chine et l’union économique

 

Faut-il conclure l’accord sur les investissements entre la Chine et l’Union européenne, comme le souhaitent Berlin et Pékin ? Ou attendre, comme le conseillent Paris et Washington ? Le dossier est stratégique et le débat intense, note Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde ».

Chronique. 

 

On ne chôme pas à Bruxelles en cette fin d’année. A peine le titanesque plan de relance anti-Covid-19 était-il débloqué, le 11 décembre, après quelques sueurs froides, que la fièvre de la dernière longueur s’empara des négociateurs du Brexit. A peine Michel Barnier a-t-il eu le temps d’admirer ses lauriers au pied du sapin de Noël qu’un nouveau suspense tient en haleine les ambassadeurs des Vingt-Sept auprès de l’Union européenne (UE) et, à distance, leurs gouvernements : l’accord global sur les investissements entre la Chine et l’UE qu’il faudrait, toutes affaires cessantes, conclure avant le 31 décembre.

Signe des mutations que subissent les équilibres géostratégiques, chacun de ces dossiers a une portée historique. L’enjeu de l’accord sino-européen, que les experts appellent par son acronyme anglais, CAI (Comprehensive Agreement on Investments), dépasse largement les relations commerciales entre la Chine et le bloc européen. Il consacre l’émergence d’une souveraineté européenne qui utilise les négociations commerciales – compétence de la Commission de Bruxelles – comme un instrument de politique étrangère pour imposer ses normes environnementales et sociales.

Autre enjeu de cet accord : il s’inscrit dans le triangle formé par les trois grands pôles actuels de puissance économique – la Chine, les Etats-Unis et l’UE. Car si Washington, qui a déjà son propre accord avec la Chine, n’est pas formellement partie à la négociation sur le CAI, son ombre plane en toile de fond sur la motivation des uns et des autres. On est entrés dans l’ère post-Trump, et ces quatre années d’unilatéralisme américain pèsent de tout leur poids sur les protagonistes.

De quoi s’agit-il, au fond ? Lorsque les pourparlers ont commencé entre Pékin et Bruxelles, en 2014, pour établir un cadre réglementaire commun aux investissements mutuels, le contexte mondial était tout autre. Président depuis un an, Xi Jinping ne s’était pas encore affirmé comme l’autocrate à vie qu’il est aujourd’hui, contrôlant Hongkong et le Xinjiang d’une main de fer. Les Etats-Unis de Barack Obama ne laissaient pas encore présager l’« America first » de son successeur ; et l’Europe des Vingt-Huit n’avait pas pris conscience de la puissance que pouvaient lui donner l’unité, la solidarité et un marché unique de 500 millions d’habitants.

« Fin de la naïveté » européenne

L’ascension de la Chine, le défi de la présidence Trump, l’épreuve du Brexit puis celle de la pandémie ont favorisé cette prise de conscience et la « fin de la naïveté » européenne. La Chine, elle, sait que même avec Joe Biden à la place de Donald Trump à la Maison Blanche, l’affrontement avec Washington va se poursuivre. Elle sait aussi que la relation Etats-Unis-UE, en revanche, va se réchauffer ; contrairement à son prédécesseur, le président élu Biden souhaite coopérer avec les Européens face à Pékin.

2021 : une année de transition au plan économique

2021 : une année de transition au plan économique

 

2021 se présente comme une année de transition et non l’année de rétablissement total de la croissance perdue. Il faudra attendre au moins la fin de 2022 pour cela. En fait,  on va commencer à rattraper les pertes d’activité dues à la crise sanitaire en 2021. En Europe le redémarrage risque d’être plus lent qu’ailleurs. En Chine, la croissance est nettement repartie à la hausse. Devraient suivre les États-Unis qui auront soutenu leur économie avec un appui financier à hauteur de 15 % du PIB. En Europe on est plus près de 5 % excepté pour l’Allemagne à 9 % du PIB.

Pour retrouver le niveau de fin 2019, il faudra quatre trimestres aux États-Unis, contre neuf en zone euro, évalue le groupe Rothschild. Attention, prévient Christopher Dembik, «la reprise sera très hétérogène en zone euro car le chômage reste important. La zone sud va rester durablement sinistrée». Le fonds européen de 750 milliards d’euros représente un levier conséquent, dont l’Italie et l’Espagne sont les premiers bénéficiaires. «Mais les principaux montants n’arriveront pas avant 2023 et 2024», précise l’économiste.

 

Ce qui risque de plomber l’atmosphère notamment le moral des acteurs économiques, c’est l’annonce du grand bon des faillites notamment au cours du second semestre 2021. Un grand bon qui mécaniquement va provoquer une forte hausse du chômage. Par exemple en France après environ la destruction de 800 000 emplois en 2020, il faudra en ajouter au moins 1 million en 2021. Les consommateurs, les ménages et les investisseurs risquent dans ces conditions de se montrer encore prudents en 2021.

 

Le gouvernement français a dû d’ailleurs revoir à la baisse sa prévision de croissance pour 2021 à +6%. Une performance atteignable « s’il n’y a pas de troisième confinement et si on a une reprise économique relativement régulière à partir du premier trimestre », prévient Patrick Artus, économiste en chef de Natixis. Sinon, « tout sera différent: ça voudra dire qu’il faudra attendre 2024 pour retrouver le niveau de PIB d’avant la crise, le chômage va monter beaucoup plus haut, les faillites d’entreprises aussi », ajoute-t-il.

La nouvelle problématique économique, environnementale et sociale

 La nouvelle problématique économique, environnementale et sociale

 Bertrand Badré, PDG de la société d’investissement Blue Like an Orange Sustainable Capital, et Camille Putois, PDG de la coalition Business for Inclusive Growth explique dans les Échos la nécessité de prendre en compte les nouveaux défis environnementaux et sociaux

PARIS – La crise due au Covid-19 montre à quel point tous nos grands défis sont imbriqués. La perte de biodiversité et la montée des inégalités contribuent à une catastrophe sanitaire mondiale et à la pire crise économique depuis presque un siècle.

Comme cela arrive souvent dans de tels moments, les gens acceptent alors des changements qu’ils auraient rejetés d’emblée auparavant. Ainsi un changement majeur est en cours dans le monde des affaires : de nombreux dirigeants et investisseurs sont maintenant favorables à des pratiques et des modèles plus durables et plus responsables.

Il faut maintenant agir pour que ce nouvel état d’esprit devienne lui-même viral. Comment faire pour que toutes les entreprises y adhèrent, étant donné qu’elles restent dépendantes des exigences et des intérêts des actionnaires et des investisseurs ? On pense immédiatement aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance ou critères ESG. Mais ils ne constituent qu’une partie de la solution. C’est précisément parce que ce domaine est en plein essor qu’il est devenu encombré et confus, ce qui conduit à une certaine lassitude à l’égard des rapports de durabilité.

Un souci de clarté et de cohérence

Heureusement, il y a eu une récemment une avancée : deux grands organismes de normalisation des critères ESG, la Global Reporting Initiative et le Sustainability Accounting Standards Board, ayant annoncé qu’ils vont collaborer. Leur objectif n’est pas tant de créer une norme unique que « d’aider les parties prenantes à mieux comprendre comment les normes peuvent être utilisées simultanément ».

De même, pour faciliter les comparaisons et dans un souci de clarté et de cohérence, l’International Business Council du Forum économique mondial a récemment publié des « Paramètres du capitalisme au bénéfice de toutes les parties prenantes » destinés à accélérer la convergence entre les principaux organismes privés de normalisation. De son côté, l’Union européenne a lancé une révision de sa directive sur le reporting non financier qui oblige les grandes entreprises à divulguer des informations sur leur mode de fonctionnement et de gestion face aux défis sociaux et environnementaux.

Le secteur du financement ESG connaît une croissance rapide qui est appelée à se prolonger, car les entreprises connues pour leurs pratiques éthiques et durables résistent mieux que les autres à la crise suscitée par le Covid-19. Tout cela est bien beau, mais ce progrès pourrait être compromis si les investisseurs ont des difficultés pour comparer entre eux les rapports des différentes entreprises quant à leur respect des critères ESG.

Il faudrait parvenir à un ensemble de critères ESG internationaux, évalués de la même manière avec des normes de publication communes. Pour autant, cela n’exige pas l’existence d’un ensemble de normes unique. Certaines normes de reporting comporteront plus d’informations que d’autres, d’autres concerneront essentiellement des éléments cruciaux pour la création de valeur de l’entreprise ou encore l’impact d’une entreprise sur l’environnement. Il pourra y avoir différentes manières de faire un reporting ESG, toutes reposant cependant sur la même base.

Un reporting ESG clair ne constitue qu’une partie de la solution. Les entreprises devront compléter les informations sur les risques ESG par l’évaluation quantifiée de leur impact sur l’environnement et la société, tant en termes d’externalités négatives que positives. Autrement dit, les entreprises devront passer d’une culture de déclarations et d’intentions à une culture de résultats concrets, basée sur des évaluations d’impact.

Au-delà du court terme, la mesure au sens large de l’impact ESG des entreprises est la première étape vers un modèle de comptabilité des entreprises plus complet. Cela encouragera leurs dirigeants à intégrer des objectifs d’impact dans leur stratégie, accélérant l’orientation des flux de capitaux vers des investissements responsables. Cela permettra également aux États d’ajuster leurs décisions affectant les entreprises

Un capitalisme au bénéfice de toutes les parties prenantes

Ce modèle de comptabilité constitue le meilleur moyen de créer des conditions équitables nécessaires au fonctionnement d’un capitalisme au bénéfice de toutes les parties prenantes. Il intègre les décisions liées aux préoccupations climatiques et à la protection de la biodiversité. Il tient aussi compte de préoccupations sociales telles que l’égalité salariale, les avantages sociaux, l’avancement professionnel, ainsi que la santé et la sécurité au travail. Il encourage les entreprises à promouvoir des pratiques durables tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement, ce qui peut être rentable car elles sont alors plus résistantes aux crises inattendues. Enfin, des mesures d’impact faciles à comprendre sont essentielles pour établir des liens de confiance avec les clients, la population et les autres parties prenantes.

Crédit : iStock

Bien entendu, toutes les entreprises n’ont pas un impact positif sur le monde. Les mesures d’impact seront systématiquement négatives dans certains secteurs. Il s’agit de faire la distinction entre les entreprises qui s’engagent réellement à diminuer leur impact négatif et celles qui ne font que de l’écoblanchiment. Lorsque davantage d’entreprises produiront des données d’impact rigoureuses, vérifiées et transparentes aux investisseurs qui répondent aux demandes des clients en matière d’investissements responsables, les flux de capitaux s’adapteront en conséquence. Les effets seront positifs pour tout le monde.

Une dernière question est de savoir si cette nouvelle comptabilité peut s’adjoindre à la comptabilité financière. Les mesures d’impact sont complexes et semblent reposer sur des hypothèses qui peuvent facilement être remises en question. Néanmoins, comme l’a fait remarquer John Maynard Keynes, « Il vaut mieux avoir à peu près raison que précisément tort. » En outre, les méthodes de comptabilité financière établies de longue date ne sont pas parfaites, elles aussi ne font qu’estimer des réalités économiques sous-jacentes. Nous ne devrions pas hésiter à poursuivre le même type d’approximation en ce qui concerne l’impact social et environnemental des entreprises.

Une politique d’évaluation et de monétisation de cet impact a été lancée il y a quelque temps à partir d’un petit ensemble de mesures simples élaborées par l’OCDE (sur la base des travaux de l’initiative Business for Well-Being). Depuis, des projets plus avancés ont émergé et continuent de se développer. Grâce à la prise en compte de l’impact des opérations directes des entreprises et des chaînes d’approvisionnement, ainsi que de l’évaluation environnementale et sociale de la production de biens et services, les États peuvent élaborer des politiques en faveur d’un comportement responsable des entreprises et de l’augmentation du coût de leurs externalités négatives telles que les émissions de gaz à effet de serre.

Les enjeux sont importants, aussi les entreprises et les États doivent-ils unir leur force pour généraliser un modèle de comptabilité intégrant l’impact ESG des entreprises. Une feuille de route internationale pourrait couvrir des questions clés telles que la transparence et la communication des informations ESG. Cela permettrait de progresser plus rapidement vers des normes et une méthodologie communes et conduirait à la convergence des intérêts des entreprises, des investisseurs et des États face aux grands défis de notre époque. Une nouvelle définition de l’entreprise responsable se dessine.

Par Bertrand Badré, PDG de la société d’investissement Blue Like an Orange Sustainable Capital, et Camille Putois, PDG de la coalition Business for Inclusive Growth.

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