Archive pour le Tag 'économique'

Biden, Schumer et Pelosi préparent l’environnement politique pour un nouveau plan d’aide aide économique

Biden, Schumer et Pelosi préparent l’environnement politique pour un nouveau plan d’aide aide économique

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On se souvient que Trump et la majorité républicaine se sont opposées à la mise en œuvre d’un nouveau plan d’aide économique et sociale. Du coup, Biden prépare les conditions politiques pour relancer le débat afin que des mesures plus significatives soient décidées au service du soutien de la croissance et de l’emploi. Biden a donc réuni le chef des démocrates au Sénat et la responsable de ce parti de la chambre des représentants. Objectif; préparer dès maintenant un plan de soutien à l’économie. Un plan par ailleurs très attendu par les acteurs économiques et financiers.

“Ce projet devrait intégrer des moyens de lutter contre la pandémie de COVID-19, une aide aux familles et aux petites entreprises, un soutien aux gouvernements des États qui tentent de maintenir les travailleurs de première ligne sur le marché du travail, une assurance chômage élargie et des soins de santé abordables pour des millions de familles”, indique la déclaration commune publiée par le bureau de Joe Biden.

Joe Biden, qui doit prendre ses fonctions le 20 janvier, appelle à une action rapide sur un projet de loi de lutte contre le coronavirus.

Chuck Schumer, a annoncé jeudi que son homologue républicain, Mitch McConnell, avait accepté de reprendre les discussions sur un nouveau plan de soutien budgétaire à l’économie.

Mitch McConnell, Chuck Schumer, Nancy Pelosi et le chef républicain de la Chambre, Kevin McCarthy, se sont rencontrés jeudi, selon un responsable démocrate.

Fitch et Moody’s abaissent la note de l’Afrique du Sud: crise économique et sanitaire grave

Fitch et Moody’s abaissent la note de l’Afrique du Sud: crise économique et sanitaire grave

 

Le  plus grand pays de l’Afrique est victime d’une crise économique et sanitaire dramatique. Les contaminations par le virus sont  hors contrôle par ailleurs l’économie s’effondre. Conséquence au moins 30 % des sud-africains sont au chômage. Mécaniquement la situation financière devient alarmante. Selon l’agence de statistiques du pays (StatsSA), le pays le plus industrialisé du continent a vu son produit intérieur brut (PIB) s’effondrer de 51% au deuxième trimestre par rapport à 2019. Et plus de 30% de la population active en Afrique du Sud est désormais au chômage, un record depuis 2008, a annoncé le même organisme la semaine dernière. Le gouvernement prévoit un recul de 7,2% du PIB sur l’ensemble de l’année 2020. Un recul qui peut paraître comparable à d’autres pays comme en Europe qui mais qui doit tenir compte de la faiblesse de la richesse nationale en valeur absolue.

 

La CE veut des mesures de soutien économique uniquement temporaires

La CE veut des mesures uniquement temporaires

 

 

La commission économique qui avait toléré jusque-là le soutien sans limite à une économie en chute libre estime maintenant que les mesures d’aide en 2021 doivent avoir un caractère provisoire. Le problème c’est que certains pays ont prévu d’aider la croissance autant à moyen- long terme et peut-être davantage qu’à court terme. C’est notamment le cas de la France.

Évidemment avec un soutien prolongé, ces pays risquent de connaître des dérives budgétaires pendant plusieurs années. Et c’est ce qui inquiète la commission économique. Le problème est celui du calendrier car il est clair que l’économie ne réussira pas à se relever en 2021. Peut-être même en 2022. On ne peut pas priver d’oxygène des croissances encore chancelantes et qui ne retrouveront pas leur niveau de fin 2019 avant 2023.

La crise n’est pas seulement conjoncturelle, elle ne découle pas seulement de l’environnement sanitaire. La crise avait commencé avant car dès fin 2019 on avait nettement perçu la baisse tendancielle de la croissance. Une baisse structurelle liée à l’évolution des modes de production et de consommation que la crise sanitaire n’a fait qu’accentuer. Les gouvernements de la zone euro vont devoir veiller à ce que leurs politiques budgétaires continuent à soutenir l’activité économique en 2021, tout en s’assurant que ces mesures de stimulation resteront ciblées et temporaires, déclare mercredi la Commission européenne dans “son paquet d’automne pour la politique économique”.

Ces recommandations doivent être approuvées par les ministres des Finances des 19 pays de la zone euro. Elles seront examinées à la mi-décembre par l’Eurogroupe.

Les gouvernements de la zone euro ont adressé le mois dernier à la Commission leurs projets de budgets pour 2021 afin que la Commission vérifie qu’ils sont bien dans les clous de la politique commune.

“Selon l’évaluation de la Commission, tous les PPB (projets de plan budgétaire) sont globalement conformes aux recommandations du Conseil du 20 juillet 2020. La plupart des mesures prévues soutiennent l’activité économique dans un contexte de très forte incertitude”, constate l’exécutif européen.

“Par contre, certaines mesures présentées dans les projets de plan budgétaire de la France, de l’Italie, de la Lituanie et de la Slovaquie ne semblent pas temporaires ni accompagnées de mesures de compensation.”

En outre, “pour la Belgique, la France, la Grèce, l’Italie, le Portugal et l’Espagne, compte tenu du niveau élevé qu’atteignait déjà leur dette publique avant la pandémie de COVID-19, avec les importants défis que cela pose en matière de soutenabilité à moyen terme, il importe de veiller à ce que les mesures budgétaires de soutien adoptées préservent la viabilité des finances publiques à moyen terme”.

“Ce paquet d’automne vise à diriger les économies de l’UE vers des rivages plus calmes, en fournissant des orientations stratégiques pour notre relance collective”, a commenté le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis.

“Pour que l’Europe puisse se relancer comme un compétiteur de poids sur la scène mondiale, nous avons besoin de mesures de soutien budgétaire temporaires et ciblées, comme de réformes et d’investissements bien choisis, qui favorisent une reprise équitable, inclusive et durable.”

Une sorte de recommandation évidente mais d’une telle banalité qu’elle n’apporte pas grand-chose.

Après la crise économique, la Turquie s’enfonce dans la crise sanitaire

Après la crise économique, la Turquie s’enfonce dans la crise sanitaire

 

La Turquie qui connaît déjà une terrible crise économique s’enfonce maintenant dans la crise sanitaire. La croissance s’écroule comme la monnaie qui a perdu 30 % de sa valeur depuis le début de l’année. Mécaniquement le chômage augmente de façon considérable et l’inflation devient incontrôlable.

Pour toutes ces raisons Erdogan a liquidé le gouverneur de la banque centrale et le ministre des finances. Mais l’incohérence d’Erdogan se manifeste aussi sur le terrain sanitaire avec une situation devenue difficilement contrôlable. Du coup ,des mesures restrictives de confinement ont été décidés «Nous faisons face à une situation très grave. Le nombre de cas et de morts a atteint un niveau préoccupant, notamment à Istanbul», a déclaré Recep Tayyip Erdogan lors d’une conférence de presse à Ankara. L’enseignement se fera en outre à distance jusqu’à fin décembre.

Recep Tayyip Erdogan a prévenu que si l’épidémie continuait de s’aggraver, le gouvernement serait «contraint d’envisager des mesures encore plus douloureuses». La Turquie a été durement touchée par la pandémie: elle a officiellement enregistré près de 420.000 cas et plus de 11.700 décès. Le nombre de morts en 24h est repassé mardi au-dessus de la barre de 100 pour la première fois depuis le 25 avril.

« Le contresens économique de la fermeture des rayons non-alimentaires »

« Le contresens économique de la fermeture des rayons non-alimentaires »

Philippe Goetzmann , expert économique, considère que la fermeture des rayons de produits non alimentaires dans les supermarchés constitue une véritable contresens économique qui sera défavorable aux productions françaises. (Tribune dans l’Opinion)

 

Philippe Goetzmann a 25 ans d’expérience opérationnelle du retail et de la grande consommation. Administrateur de La Note Globale, membre du think-tank Agroalimentaire Les Echos et élu de la CCI Paris Ile-de-France, il a fondé en 2019 Philippe Goetzmann &, une agence de conseil dédiée au changement de modèle de la consommation et à la relation industrie-commerce.

La décision, étonnante pour le moins, du gouvernement de fermer les rayons non-alimentaires de la grande distribution pourrait sembler circonscrite à ces seuls secteurs. Par ricochet elle est un mauvais coup porté à l’agriculture et à l’agroalimentaire pourtant bien silencieux alors que leurs clients sont chahutés.

Nous sommes début novembre, au moment où la campagne de négociations commerciales annuelles commence. Des initiatives ont été prises : Serge Papin, l’ancien patron de Système U, mandaté par le ministre de l’Agriculture pour « préserver l’esprit des Etats généraux de l’Alimentation », par exemple. Les enjeux sont considérables et alors que la crise fait des ravages, la grande distribution, préservée jusqu’ici dans son chiffre d’affaires, portait quoi qu’on en dise une attention marquée aux sujets agricoles. Certes les distributeurs ne sont pas des anges, les industriels non plus, mais ils ont pris conscience du caractère collectif et systémique des enjeux.

Patatras. En 10 minutes au journal télévisé de TF1, le Premier ministre a pris le risque, en fermant les rayons non-alimentaires des grandes surfaces, de fragiliser le subtil équilibre de la seule — ou presque — filière qui tienne bien. Pourquoi donc cette décision non-alimentaire jouerait-elle sur l’alimentaire ? Trois raisons à cela.

« La grande distribution, qui avait pu passer la crise, se retrouve donc dedans jusqu’au cou. Cette ponction lourde sur les résultats va devoir être récupérée. Où ? Puisqu’il n’y a plus de non-alimentaire, reste… l’alimentaire »

1. Un changement de priorité

Depuis plusieurs années et particulièrement en cette période, les sujets agricoles sont sur le haut de la pile de tous les dirigeants de la grande distribution. Le non-alimentaire vit mal, mais il suit son rythme. L’attention est portée aux négociations, aux relations de filière, au référencement local, comme en atteste encore le communiqué altruiste de Système U de jeudi matin.

D’une phrase, le Premier ministre a créé et mis une pile entière de dossiers non-alimentaires sur la table des patrons du retail, par-dessus ceux de l’agriculture. Un de mes anciens patrons me répétait souvent : « On ne va pas se créer des problèmes qu’on n’a pas ». Avec un certain talent, c’est ce que le gouvernement vient de faire.

Résultat : toute l’attention de la distribution est focalisée depuis une semaine et pour deux mois à gérer les stocks, déplacer les flux, changer les horaires, bouger les implantations, chiffrer les impacts, mettre en place sans doute du chômage partiel et recruter ailleurs, négocier les accords de retour, et surtout gérer les clients. Rappelons que le non-alimentaire se gère avec entre 18 et 9 mois d’anticipation quand le produit frais se gère à court terme. Répondre au fournisseur local ? Référencer ? Se rendre rue de Varenne, au ministère de l’Agriculture ? Intercéder aux demandes des filières en crise ? Pas le temps ! On gère la crise non-alimentaire !

2. La pression de résultat

Le non-alimentaire de la grande distribution est peu rentable. Mais là, il va carrément être dans le rouge vif. Du stock coûteux ! Moins de ventes ! Et surtout des frais considérables pour déplacer les stocks qui sont à cette date largement en magasin alors que la vente en ligne est branchée sur des entrepôts. Ajoutons que le stock du moment sera bien sûr largement obsolète dans sept semaines.

Cette filière, qui avait pu passer la crise, se retrouve donc dedans jusqu’au cou. Cette ponction lourde sur les résultats va devoir être récupérée. Où ? Puisqu’il n’y a plus de non-alimentaire, reste… l’alimentaire. On voit mal comment les services achats de la grande distribution vont pouvoir se montrer magnanimes sur le lait ou la viande dès lors qu’ils ne pourront compter sur leurs amis du jouet, de l’habillement ou de la décoration pour compenser. Si Serge Papin avait raison de dire pendant les EGA que « le coco de Paimpol ne doit pas payer le Coca d’Atlanta », il y a un risque qu’il doive payer la cocotte-minute ou la poupée Corolle invendue, bradée, déplacée inutilement.

« De l’employé au directeur général, du directeur de magasin aux représentants des fédérations, le sentiment est à la trahison. Vrai ou pas, qu’importe. C’est le ressenti »

3. La confiance part au galop et revient à pied

L’apport majeur, historique, de la crise du printemps et du premier confinement a été, dans cette filière, d’établir un dialogue, de resserrer les rangs, donc les liens entre retail, industrie, agriculture et gouvernement. Certes, ce n’était pas parfait, mais quand même une grande avancée. La volonté de collaborer était là. Et les fédérations du secteur, Fédération du commerce et de la distribution (FCD) en tête, n’ont eu de cesse de se féliciter du suivi de Bercy.

Toute la grande distribution, dès jeudi est ressortie de sa tranchée pour nourrir les Français, assurer les débouchés agricoles, tendre la main aux commerçants et producteurs locaux comme elle l’avait fait au printemps.

Et elle a l’impression, désagréable, de s’être fait tirer dans le dos par le gouvernement. De l’employé au directeur général, du directeur de magasin aux représentants des fédérations, le sentiment est à la trahison. Vrai ou pas, qu’importe. C’est le ressenti. Et pour les soutenir, les voix de ceux qu’ils ont aidés au printemps se sont montrées fort discrètes à part la Fédération des entreprises et des entrepreneurs de France (FEEF) qui, il est vrai, porte aussi la voix des PME non-alimentaires.

Pendant des années la distribution fuyait les demandes de la filière agroalimentaire et des gouvernements. C’était un rapport de force, uniquement. Les dirigeants de la génération actuelle, à la tête des groupes ou de chaque magasin, ont voulu jouer plus collaboratif. S’ils n’ont pas répondu à tout – pression du pouvoir d’achat oblige – ils ont voulu écouter, comprendre et répondre.

Ils se sentent aujourd’hui bien peu payés de retour. Ils vont bien sûr continuer à porter leurs politiques alimentaires, vers le mieux manger, le plus local, le plus frais, pour leurs clients. Il est peu probable, dans les états-majors comme sur le carrelage plus remonté encore, qu’ils aient désormais beaucoup d’écoute pour les discours officiels.

Souhaitons que le ministre de l’Agriculture, tempéré, constructif, à l’écoute, parvienne à rétablir côté pair la confiance perdue côté impair, rue de Varenne, où se trouve Matignon.

 

Croissance économique et environnement , l’incompatibilité ?

Croissance économique et environnement , l’incompatibilité ?

Cet article de professeur à l’Université catholique de Louvain, titulaire de la Chaire Lhoist Berghmans en Economie de l’Environnement et membre du CORE (Center for Operations Research & Econometrics). Il conclut par la triple question: la croissance de quoi ?, la croissance pour qui ?, la croissance jusqu’où?

 

publié par http://ses.ens-lyon.fr/ traite de la relation complexe entre la croissance économique et la qualité de l’environnement. Pour l’aborder d’un point de vue théorique, il est nécessaire de combiner les théories récentes de la croissance avec les enseignements de l’économie publique, car le changement climatique est à la fois un problème de croissance, d’innovation, et un problème de coordination entre pays. Le lien entre croissance et environnement relève autant d’un problème redistributif (entre pays, individus ou générations) que d’un problème technologique, d’une défaillance du marché ou d’une question malthusienne.

Pour Adam Smith, La Richesse des Nations résidait dans l’accumulation de richesses permise par une meilleure organisation (et donc une meilleure compréhension) des intérêts individuels. L’analyse économique s’est néanmoins peu à peu rendue compte qu’Adam Smith négligeait deux choses (à tous le moins, deux choses qui nous intéressent dans cette note).

D’une part, il négligeait le facteur environnemental, c’est-à-dire l’exploitation de l’environnement et des ressources naturelles, et leur contribution à cette accumulation de richesses. L’amélioration du bien-être passe par l’accumulation de richesses permettant d’éradiquer pauvreté, maladie et guerre. Mais cette accumulation doit-elle se faire au prix d’une dégradation de l’environnement ? A quoi bon accumuler de la richesse si c’est pour mourir noyé, contaminé ou asphyxié ? Le bien-être des populations passe aussi par la qualité de leur environnement. Réduisez l’accès aux infrastructures sanitaires dans votre pays et vous aurez des milliers de morts. Supprimez l’eau potable, et vous n’aurez rapidement plus personne. La qualité de l’environnement constitue donc un facteur important du bien-être humain, voire, parfois, une condition sine qua non, et c’est en cela que l’environnement constitue un problème économique.

D’autre part, Adam Smith n’avait pas conscience de la notion d’externalité, laquelle est fondamentale en économie de l’environnement. L’externalité peut être statique ou dynamique, bilatérale ou multilatérale. Cette notion permet de comprendre pourquoi l’environnement, qui présente souvent les caractéristiques d’un bien public, ne peut pas être géré de manière optimale par la fameuse main invisible. En présence d’externalités, l’intérêt individuel et l’intérêt collectif ne coïncident plus. Et cette ambivalence apparaît non seulement de manière statique (le cadre le plus habituel en économie publique), mais également de manière dynamique, c’est-à-dire en regard des possibilités de développement d’une société. Les choix réalisés aujourd’hui influencent les possibilités des générations futures, tant en matière d’accumulation de capital artificiel (machines, infrastructures ou capital humain) qu’en terme de capital environnemental [1]. Une approche intégrée de la croissance doit donc incorporer ces différents stocks. C’est le point que Hartwick (1977) a approché en précurseur. Depuis lors, de nombreux travaux ont été dévolus à ces questions, tant empiriques que théoriques. Le nombre et la variété de ces travaux sont tels que l’objet de cette note est volontairement réducteur.

Non seulement l’objet de cette note est réducteur, mais son point de départ est également volontairement polémique. Il consiste à se poser la question suivante: à l’instar de la question de l’existence de Dieu, la question du lien entre croissance économique et qualité de l’environnement n’est-elle pas à ce point complexe qu’on est en droit de se demander si elle n’est pas fallacieuse ? Dis autrement, et d’une manière plus constructive, n’est-ce pas une question mal posée ?

Du point de vue théorique, appréhender la relation entre croissance et environnement nécessite de combiner les théories récentes de la croissance avec les enseignements de l’économie publique (dont l’économie de l’environnement est une extension à de nombreux égards). Le changement climatique est-il un problème de croissance ou un problème de coordination entre pays ? Clairement, un peu des deux. Les pays industrialisés ont émis une grande quantité de gaz à effet de serre, suite à leur industrialisation, à une époque où l’on ne se souciait pas du changement climatique (pour être plus précis, à une époque où l’on ne savait rien du problème qui se tramait). Aujourd’hui, seule une coordination entre pays peut permettre de faire face de manière efficace au problème, étant entendu que certains pays réclament eux aussi leur droit à la « croissance ». Le lien entre croissance et environnement relève donc autant d’un problème redistributif (entre pays, ou individus) que d’un problème technologique, d’une défaillance du marché ou d’une question malthusienne.

Quelques cadres logiques et quelques données

L’approche structurelle de la relation entre croissance et environnement a été initialement appréhendée avec l’équation posée par Ehrlich et Holdren (1971) : I=P.A.T, où I est la pression sur l’environnement, P est la taille de la population, A est le niveau de consommation par tête (affluence, en anglais) et T est un indice de la technologie. La force de cette relation est qu’elle est très intuitive [2]. Sa faiblesse est qu’elle n’est que structurelle : elle occulte le fait que ces trois variables sont toutes endogènes les unes par rapport aux autres, a fortiori dans un contexte dynamique. De surcroît, elle occulte les forces motrices qui sont derrière chacune de ces variables, notamment les mécanismes de décision, la dynamique de l’innovation technologique, les changements de structure, le rôle des politiques publiques ou l’évolution des préférences. Autrement dit, c’est une relation qui permet de décrire mais qui n’explique rien.

Une approche plus documentée du lien entre croissance et environnement consisterait à observer comment le niveau de pollution évolue avec le PIB. Malheureusement, la moindre analyse de ce genre se heurte au constat que pollution et environnement constituent des réalités polymorphes. Selon que l’on parle de pollution de l’air, du changement climatique, de la qualité des eaux, des sols ou de l’exploitation des ressources renouvelables, le diagnostic ne peut pas être le même. Certains polluants exercent leurs effets à court terme, d’autres à long, voire très long terme. Parfois, la dimension risque est essentielle, parfois non. Tout ramener à un indice unique est donc non seulement réducteur, mais aussi fallacieux. Enfin, si la pression (c’est-à-dire le niveau d’effluents) est une chose, la qualité de l’environnement en est une autre, et l’impact sur les êtres humains encore une autre. Certains polluants se diffusent largement dans l’espace pour éventuellement se concentrer loin de la source d’émission (l’ozone ou le dioxyde soufre, par exemple), d’autres étalent leurs effets dans le temps (une molécule de CO2 contribue au réchauffement climatique durant 100 à 150 ans), tandis que d’autres restent locaux (les pollutions intérieures, les particules, par exemple). Savoir quelle relation l’on cherche à établir est donc essentiel. Enfin, puisque les sources elles-mêmes peuvent être très différentes d’un polluant à l’autre (et parfois pour un même polluant), vouloir tout ramener à une relation univoque ne peut qu’être réducteur. Par exemple, les gaz à effet de serre mélangent le CO2 lié à la combustion d’énergies fossiles (transport, chauffage, industrie) mais aussi celui lié à certains procédés industriels (production d’acier, ciment, chaux…), ainsi que le méthane liés à l’élevage de ruminants, aux cultures (notamment les rizières), ainsi que d’autres gaz. Relier l’ensemble de ces émissions de gaz à effet de serre (agrégées en équivalent CO2 [3]) à l’activité économique, n’est-ce pas un peu trop simplificateur ?

Prenons quelques exemples. Entre 1990 et 2008, la richesse produite chaque année en France, telle qu’elle est évaluée par le PIB, a augmenté de 38%. Sur la même période, les émissions de polluants acides ont diminué de 33%, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) ont baissé de 4% (jusque 2006) [4]. Le découplage est patent, mais ces trois chiffres ne prouvent pas que la croissance est bonne pour l’environnement. D’autres polluants sont à regarder, mais aussi surtout leurs impacts sur le bien-être, ainsi que l’état des ressources épuisables et d’autres ressources naturelles telles que la biodiversité doivent aussi être pris en compte. La thèse à avancer ici est que, pour un pays tel que la France (et c’est le cas pour la plupart des pays européens [5]), nous nous trouvons dans une phase de transition : certaines choses s’améliorent (les polluants locaux, essentiellement) tandis que d’autres restent ou deviennent préoccupantes (certains polluants globaux, l’épuisement des ressources, la biodiversité). L’environnement étant une source à maints égards globale, la problématique en France rejoint souvent celle des autres pays (limitrophes ou très éloignés, suivant le problème), même si les conditions locales sont très différentes [6]. Par conditions locales, j’entends les conditions relatives à la qualité de la vie, ce qui recouvre la qualité de l’environnement, mais aussi la qualité des institutions et de la gouvernance, de l’éducation, de l’infrastructure.

Afin de distinguer ces différentes composantes, de nombreux cadres logiques ont été développés. On pourra citer le modèle PSR (pour Pression-State-Response), développé par l’OCDE, ou son extension, le cadre DPSIR (Drivers, Pressions, States, Impacts and Responses) utilisé par l’Agence Européenne de l’Environnement. Ces cadres permettent une mise en cohérence des données, une discussion avec les sciences exactes concernées (sur les causalités entre émissions et impacts) ainsi que le suivi des politiques publiques ou actions individuelles.

La courbe de Kuznets environnementale

Dans la littérature économique, le débat sur le lien entre croissance et qualité de l’environnement s’est concentré autour de l’idée de l’existence d’une courbe de Kuznets environnementale. Cette courbe relie niveau de revenu par habitant et la pression environnementale ou la qualité de l’environnement. Elle indiquerait que la pression augmente avec le revenu, mais jusqu’à un certain point au-delà duquel cette pression diminuerait. Statistiquement, selon Harbaugh et al. (2002) ce point d’inflexion se situerait autour d’un revenu par habitant de 8000 dollars [7]. Aux premières étapes de la croissance économique, les sociétés privilégieraient l’accumulation de richesse au détriment de l’environnement, mais la recherche d’un environnement de meilleure qualité prendrait à son tour de l’importance au fur et à mesure que le niveau de vie augmente, jusqu’à ce que cette qualité arrête de se dégrader, puis s’améliore.

L’existence de cette courbe a donné lieu à de vifs débats, tant sur le plan empirique que théorique [8]. Sans entrer dans le détail de ces débats, nous retiendrons juste trois éléments clé.

• Le premier est la portée politique de cette courbe. Dasupta et al. (2002) ont mis en évidence le fait que l’existence d’une telle relation suggère que le remède à un environnement dégradé, ce n’est pas moins de croissance mais davantage de croissance. Cela suggère également qu’une régulation par les pouvoirs publics n’est pas nécessaire. Il est aisé de comprendre à quel point cette interprétation est non seulement fallacieuse, mais surtout dangereuse. Tout d’abord, la simple relation de Herlich évoquée précédemment montre que le niveau d’activité a nécessairement une influence sur la pression environnementale. Ensuite, la nature de bien collectif de l’environnement étant à l’origine d’externalités, la théorie a montré depuis longtemps que l’intérêt individuel divergeait de l’intérêt collectif et qu’une régulation correctrice était indispensable (par exemple, une taxe pigouvienne). Enfin, la courbe joue sur la confusion, déjà évoquée précédemment, entre pressionqualité et impact.

• Le second élément clé a trait à une hypothèse implicite, à savoir l’absence d’irréversibilités. Une telle courbe suggère en effet qu’il est toujours possible de dégrader la qualité de l’environnement, puis de la restaurer sans difficulté. Là aussi, il existe bien des cas pour lesquels une telle réversibilité n’est pas possible. Considérons par exemple, un polluant stock (tels que les gaz à effet de serre). Stopper l’émission de gaz ne se traduit pas immédiatement par une amélioration de la qualité de l’environnement: il faut d’abord attendre que le stock lui-même revienne à une valeur tolérable [9], puis il faut attendre que les impacts subis sur cette période se résorbent. De surcroît, au-delà de l’inertie, certains impacts de la pression environnementale peuvent être parfaitement irréversibles. C’est le cas, par exemple, des pertes de biodiversité. Dans ce cas, impossible de rétablir le système naturel dans son état originel. Si le sommet de la courbe de Kuznets est au-delà de ce que l’environnement peut supporter, alors peut-être vaut-il mieux éviter de s’en approcher de trop près ? Il est aisé de comprendre que la présence de telles irréversibilités peut fondamentalement modifier la trajectoire des économies; pour une analyse de la dynamique d’une économie en présence d’irréversibilité, voir Prieur (2009).

• Enfin, cette relation est réductrice dans le sens où elle relie le revenu par habitant à la qualité de l’environnement, comme si ces deux concepts pouvaient être définis de manière univoque. Pour l’environnement, ce point a déjà été évoqué précédemment. Pourquoi la répartition des revenus entre les individus n’aurait-elle pas une influence sur le niveau global de pollution d’une économie ? Par ailleurs, pourquoi cette relation (si elle existe) devrait-elle être stable dans le temps ? Peut-on l’appliquer à la Chine aujourd’hui sous prétexte qu’elle se serait appliquée à l’Europe ces trente dernières années ? Enfin, s’il est parfois établi statistiquement que cette relation peut apparaître pour certains polluants, ce n’est pas le cas pour d’autres. Typiquement, la relation apparaît pour des polluants flux et ayant des impacts locaux (le SO2, le NOx), mais pas pour des polluants globaux (le CO2). Ce résultat va dans le sens de nos arguments précédents [10]. La courbe de Kuznets environnementale ne peut donc pas être érigée en règle générale, ni même être à la base de recommandations de politique économique environnementale.

Théorie de la croissance et environnement

La théorie de la croissance a fondamentalement essayé de s’affranchir des limites que Solow avait mis en évidence. La théorie de la croissance endogène s’est attelée à cette tâche avec succès, mais le Club de Rome, en 1972, avec un titre accrocheur (Halte à la Croissance, maladroite (?) traduction de Limits to Growth) a semé le doute. Whitagen et Velliga (2001) ont fait un premier point sur cette littérature, mais de nombreuses questions restent ouvertes. Les liens entre croissance économique et qualité de l’environnement se concentrent en fait sur cinq éléments: (i) le degré de substituabilité entre actifs naturels et actifs artificiels, (ii) la prise en compte du changement dans les technologies et le capital humain, (iii) le commerce international des ressources épuisables, (iv) la découverte de nouvelles ressources naturelles, (v) l’existence d’effets de seuil, notamment dans le capital naturel.

Les points (i) et (v) renvoient au débat sur la soutenabilité forte ou faible, posé par Hartwick (1977). Le concept de soutenabilité forte suppose que les possibilités de substituer les différentes formes de capital entre elles sont limitées, par exemple parce que certains actifs n’ont pas de substituts. Le concept de soutenabilité faible admet, au contraire, que les substitutions sont potentiellement infinies [11].

Ces questions théoriques ont des implications très pratiques. Par exemple à propos de la mesure de la croissance. Dasgupta et Mäler (2000), notamment, ont proposé le concept d’épargne véritable (genuine savings). Celui-ci consiste à retirer du PIB la valeur des dégradations faites à l’environnement et l’épuisement des ressources. Ce concept, qui s’appuie sur la comptabilité nationale verte, est promu (et utilisé) par la Banque mondiale. Cette dernière élabore ainsi des séries statistiques pour un grand nombre de pays. Par exemple, l’épargne véritable est passée en France de 17% en 1970 à 6% en 2008. En Inde, sur la même période, elle passait de 9% à 29%. [12]

Il est patent que l’élaboration de ce type d’indicateurs soulève des questions méthodologiques redoutables, mais résoudre ces questions est le prix à payer pour disposer d’une mesure plus correcte de l’évolution de la richesse d’une nation, c’est-à-dire d’une mesure incluant la manière dont elle exploite ses ressources naturelles. Le fait que des économistes théoriciens, parmi les plus éminents, se penchent sur la question ne constitue-t-il pas un signal pour la profession de s’attaquer à ce type de problème ? [13]

Conclusion

Tout comme il n’existe pas une seule et unique manière d’être intelligent, beau et en bonne santé, il n’existe pas non plus une seule et unique manière pour une société de se développer. Les voies du développement durables sont multiples. Cela étant, certaines contraintes environnementales sont, elles, intangibles. Elles sont parfois communes à tous, et certaines impliquent même les générations futures. La gestion des contraintes environnementales est donc autant une question de redistribution du bien-être entre individus et entre générations qu’une question de niveau absolu à un moment et à un endroit donné.

Pour ces différentes raisons, la relation entre croissance économique et environnement constitue une relation clé pour nos sociétés hyper-développées. Elle recouvre en fait une triple question: la croissance de quoi ?, la croissance pour qui ?, la croissance jusqu’où ? Elle concerne tout autant des problèmes de coordination entre pays (ou individus) que des problèmes d’innovation ou de changement de préférence. La question n’est donc pas de savoir si la croissance est contre l’environnement; elle est de savoir comment maximiser et répartir les bénéfices du développement.


Bibliographie

Arrow K., Dasgupta P., Goulder L., Daily G., Ehrlich P., Heal G., Levin S., Mäler K.-G., Schneider S., Starrett D. et Walker B. (2004). « Are we consuming too much ? », Journal of Economic Perspectives 18(3), 147-172.

Asheim G. (2007). « Can NNP be used for welfare comparisons ? », Environment and Development Economics 12, 11-31.

Hamilton K., Atkinson G. et Pearce D. (1997) « Geniune savings as an indicator of sustainability », CSERGE Woarking Paper GEC 97-03, UK Economic and Social ResearchCouncil (http://www.uea.ac.uk/env/cserge).

Barbier E.B. (1997). « Introduction to the Environmental Kuznets Curve special issue », Environment and Development Economics 2(4), 369-381.

Bertinelli L. et Strobl E. (2005). The Environmental Kuznets Curve semi-parametrically revisited, Economics Letters 88(3), 350-357.

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Withagen C., Vellinga N. (2001). « Endogenous growth and environmental policy », Growth and Change 32, 92-109.


Notes

[1] Je fais ici référence à la définition du développement durable selon le Rapport Brundtland (1987): « Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».

[2] Elle apparaît parfois dans la littérature sous l’expression de formule de Kaya, à propos des émissions de dioxyde carbone.

[3] A chaque gaz à effet de serre il est possible d’associer un coefficient représentant sa contribution au renforcement de l’effet de serre. Par exemple, et par normalisation, une tonne de CO2 vaut 1, une tonne de CH4 vaut 25 et une tonne de N2O vaut 298 (pour un horizon de 100 ans). Ainsi, les différents gaz à effet de serre sont agrégés en équivalent-CO2. Pour davantage d’informations, voir le site de l’IPCC.

[4] Source: IFEN.

[5] Pour une analyse sur la Belgique, voir Bréchet (2007).

[6] Par exemple l’on insiste souvent sur le fait que le changement climatique est un problème global. C’est vrai du point de vue du réchauffement, (la température moyenne à la surface du globe est un bien public global, mais les émissions de gaz à effet de serre sont locales, les coûts de réduction de ses émissions aussi, et les impacts du changement climatique sont également locaux.

[7] A titre de comparaison, le PIB par habitant du Brésil est de 8600 dollars (chiffre 2006, source FMI).

[8] Dans un numéro spécial, la revue Environment and Development Economics a passé en revue les éléments empiriques et théoriques relatifs à cette courbe. Voir Barbier (1997). Pour un historique et une revue critique, voir Stern (2004).

[9] Ce qui est possible si ce stock a une certaine capacité d’assimilation interne. C’est le cas, par exemple, pour les gaz à effet de serre concentrés dans l’atmosphère, mais ce taux d’assimilation est très lent.

[10] Pour des explorations économétriques récentes sur le sujet, voir par exemple Harbaugh (2002), Bertinelli et Strobl (2005).

[11] Entre ces deux acceptions extrêmes, il est évidemment possible de raffiner. Là encore, les stocks dont on parle n’étant pas eux-mêmes homogènes, ces concepts globaux ont aussi leur limite. Il suffit qu’un seul actif, essentiel, n’ait pas de substitut, pour que sa disparition mette en péril l’ensemble du système. Pour une contribution récente sur la règle d’Hartwick, voir d’Autume et Schubert (2008).

[12] Ces données sont disponibles sur le site de la Banque mondiale: http://www.worldbank.org/

[13] Je fais ici référence à l’article de Arrow et al. (2004). Cette approche soulève aussi des questions théoriques : voir notamment Asheim (2007).

 

Crise économique européenne : des soutiens différents selon les pays

Crise économique européenne : des soutiens différents selon les pays

 

D’une manière générale, l’aide financière à l’économie dans l’union européenne est proportionnelle aux richesses de chaque État. Ainsi l’Allemagne va-t-elle apporter un soutien non remboursable de leur de 8,3 % du PIB. Un montant comparable à celui des États-Unis : 9 %. Ces montants sont difficiles à évaluer car ils comprennent des subventions pour les entreprises mais aussi pour les salariés. En France, la situation est encore plus confuse mais le soutien total devrait se situer entre 4 et 5 % du PIB.

Les autres pays du sud de l’Europe consacreront 3 à 4 % de leurs moyens au soutien de leur économie nationale. Le fonds monétaire international hier a d’ailleurs incité la France a décidé de mesures budgétaires supplémentaires pour soutenir l’économie.

Le FMI insistait sur le faite que ces efforts budgétaires étaient nécessaires pour éviter le choc économique de la seconde vague en France. Notons que les efforts budgétaires de chacun des pays européens n’intègrent pas le plan européen qui lui n’a pas été complètement adopté et ne sera pas opérationnel avant la mi 2021. Même si les sommes consacrées à la relance se comptent en plusieurs milliers de milliards d’euros, ces chiffres astronomiques recouvrent des réalités très différentes en fonction des pays.

Qualité de l’air : la France condamnée par l’Union économique

Qualité de l’air : la France condamnée par l’Union économique

Une nouvelle fois la France va être condamnée par l’union économique en raison de la médiocrité de la qualité de l’air. Une pollution qui fait de 50 à 75 000 morts par an.

Début juillet, le Conseil d’Etat a condamné le gouvernement français à une astreinte historique de 10 millions d’euros par semestre de retard s’il ne durcissait pas son dispositif contre la pollution de l’air dans huit grandes agglomérations (Lyon, Marseille-Aix, Reims, Grenoble, Strasbourg et Toulouse, Fort-de-France, Paris).

La plus haute juridiction administrative du pays, qui avait en 2017 enjoint l’État de mettre en oeuvre des plans de réduction des niveaux de particules PM10 et/ou de dioxyde d’azote, avait été saisie par des associations pour constater que cette injonction n’avait pas été suivie d’effet.

Le gouvernement a depuis publié, en septembre, un décret pour créer des « zones à faibles émissions » dans plusieurs agglomérations. Des solutions de contrôle des véhicules seront proposées aux collectivités locales fin 2021, début 2022, avec par exemple des radars automatiques, a précisé le ministère de la Transition écologique.

Il faut « sortir plus vite de la dépendance à la voiture automobile en ville », a réagi Sarah Fayolle, de Greenpeace. Elle plaide pour des « zones à faible émission ambitieuses, qui concernent les poids lourds, les voitures, les deux-roues, sur un large périmètre de l’agglomération, avec une sortie progressive des véhicules diesel et essence », avec des mesures d’accompagnement social, détaille-t-elle.

Le gouvernement lutte aussi contre la pollution de l’air en soutenant le développement des transports publics et du vélo pour lutter contre la pollution atmosphérique, fait valoir le ministère. A partir de 2021, les véhicules diesel ne bénéficieront plus de la prime à la conversion.

L’exécutif européen avait déjà renvoyé la France devant la justice en 2018 pour le non-respect des valeurs limites de dioxyde d’azote (NO2), gaz polluant principalement issu des moteurs diesel.

La justice européenne avait reconnu un an plus tard le dépassement « systématique » de ce seuil, ouvrant la voie, dans un deuxième temps, à d’éventuelles sanctions.

 

«Le rééquilibrage du modèle économique chinois»

 «Le rééquilibrage du modèle économique chinois»

 

Pour l’économiste en charge de l’Asie chez Euler Hermes, la rapide reprise de son économie permet au gouvernement chinois d’envisager l’avenir avec une certaine sérénité, même si l’endettement demeure un sujet sensible (interview l’Opinion)

 

 

 

Moins d’un an après la sortie des chaînes de montage des premiers modèles produits dans son usine de Shanghai, Tesla a commencé à exporter, lundi, ses premières Model 3S made in China vers l’Europe. Plusieurs milliers d’exemplaires à destination des marchés français, belge, italien ou encore allemand ont été embarqués et devraient atteindre le Vieux continent à la fin du mois de novembre.

Comment analysez-vous la situation de la Chine aujourd’hui ?

La Chine est sortie de la crise avant tout le monde parce qu’elle a aussi été la première à avoir été frappée par la pandémie. Nous avions déjà noté en avril que les trois-quarts de l’économie étaient revenus au niveau d’avant la Covid, en particulier au niveau productif. La consommation a été plus lente à redémarrer. Malgré une courbe des contaminations rapidement maîtrisée, les Chinois ont mis plus de temps à retrouver le chemin de la confiance. Reste que le PIB est revenu au niveau de fin 2019 dès le deuxième trimestre. Cela a été possible grâce à des stimuli budgétaire et monétaire même si sur ce plan, il a été plus faible. Toutefois, compte tenu de la politique de désendettement mise en œuvre depuis 2017, l’initiative gouvernementale peut être considérée comme un retournement. La reprise de la production encouragée par les autorités s’est accompagnée d’un essor significatif des exportations. En effet, elles ont été soutenues par une forte demande en fournitures médicales, en produits électroniques — dans un contexte de travail et d’enseignement à distance dans de nombreux pays — et plus curieusement en biens de construction et de décoration intérieure, stimulée par les politiques de soutien des gouvernements étrangers. Cela a permis à la Chine d’accroître sa part de marché dans les exportations mondiales de 20 % à 25 %, et d’aider significativement sa reprise. Cela va lui permettre d’enregistrer une croissance de 2 % en 2020. Elle sera le seul pays du G20 avec un chiffre positif attendu cette année.

La question du rééquilibrage de son économie paraît essentielle.

Cela a commencé dès la fin des années 2000 à la suite de la crise financière. Il s’agissait de rééquilibrer le développement en réduisant la dépendance aux exportations. D’ailleurs, leur part dans le PIB total a baissé, passant de 35 % à 25 % en dix ans. Mais en réalité, on a assisté davantage à une poussée de la demande intérieure qu’à un ralentissement des exportations proprement dit. Le rééquilibrage reste une priorité à long terme. Les discussions actuelles sur le prochain plan quinquennal portent notamment sur la stratégie de la circulation duale, qui vise à stimuler la demande intérieure en lui donnant un rôle central dans la croissance, tout en y répondant grâce à la production domestique. Car, au cours des dix dernières années, ce sont plutôt les produits importés qui ont accompagné la hausse de la consommation intérieure.

Cela explique la politique en faveur du développement technologique.

En effet, cela répond au désir d’être moins dépendant des importations de technologies dans un contexte de tensions notamment avec les Etats-Unis. La guerre commerciale est devenue une guerre technologique. Les dirigeants chinois ont, d’une part, pris conscience de la vulnérabilité de leur pays sur le plan technologique, et d’autre part, ils ont l’ambition d’en faire un leader dans des domaines émergents sur les plans de l’innovation, de la production ou des normes. Ils ne cherchent pas, par exemple, à s’imposer dans le secteur automobile traditionnel, mais mettent en avant l’électrique où ils investissent beaucoup pour prendre la direction des opérations dans le monde.

« Cette année, l’endettement devrait probablement approcher les 300 % du PIB. C’est assez inquiétant car, à la différence d’autres pays développés similairement endettés, la Chine n’a jusqu’à présent pas beaucoup dépensé pour le système de santé ou de retraite »

On peut aussi évoquer le désir de transformer les villes.

L’urbanisation va avoir une place assez importante dans le nouveau plan quinquennal dans la mesure où elle s’inscrit dans l’objectif d’accroître la consommation privée. Le développement urbain doit s’accompagner d’une augmentation des revenus des ménages et par conséquent de la demande. Après avoir tenté de développer les provinces intérieures, il apparaît que la stratégie des pouvoirs publics porte désormais plutôt sur la création de méga-clusters et leur connectivité, en mettant l’accent sur les infrastructures autour, par exemple, de Shanghai, de Shenzhen ou du triangle Pékin-Tianjin-Hebei.

Dans ces conditions, quelle croissance aura la Chine dans les années à venir ?

Dans une étude à paraître ces jours-ci, nous estimons que la croissance moyenne du PIB chinois devrait s’établir entre 3,8 % et 4,9 % en fonction du scénario des réformes structurelles et du succès de sa politique de rééquilibrage. Cela dit, je crois qu’il serait intéressant de la part des dirigeants chinois de ne plus imposer d’objectif de croissance. Cette année, avec la crise sanitaire, c’est la première fois que la Chine n’a pas annoncé un tel objectif. A long terme, c’est quelque chose de plutôt bénéfique car cela n’incite pas les entreprises publiques ou les autorités provinciales à courir après la croissance sans prendre en compte les problématiques d’endettement ou de déficits budgétaires.

L’endettement est un des risques les plus importants…

A la fin de 2019, il s’élevait à environ 260 % du PIB. Cette année, il devrait probablement approcher les 300 %. C’est assez inquiétant car, à la différence d’autres pays développés similairement endettés, la Chine n’a jusqu’à présent pas beaucoup dépensé pour le système de santé ou de retraite. Or, ce sont des dépenses nécessaires si elle veut à long terme augmenter la consommation privée. Actuellement, les ménages chinois épargnent énormément, environ 35 %, notamment parce que la protection sociale n’est pas encore assez complète.

Néanmoins l’économie chinoise semble sur de bons rails.

C’est assez évident d’autant plus que la Chine a la capacité de se projeter à long terme, ce qui manque cruellement aux Européens. Toutefois, je suis un peu moins confiante sur son avenir qu’en 2014, c’est-à-dire avant les tensions avec les Etats-Unis et à un moment où les risques liés à l’endettement étaient moins urgents.

Croissance économique : vulnérabilité et impuissance

Croissance économique : vulnérabilité et  impuissance

Karl Eychenne, stratégiste et économiste évoque les facteurs explicatifs de la vulnérabilité économique et souligne l’impuissance des autorités dans une chronique à la Tribune.

 

 

Un instant nous avons fantasmé le mythe d’un on / off de l’économie mondiale. Nous pensions qu’en éteignant momentanément la lumière, nos agents économiques auraient sagement attendu qu’elle revienne pour repartir de plus belle. Mais non, il s’avère finalement que nous avons eu très peur du noir, et que nous sommes encore sous le choc.

Ainsi, plutôt qu’un effet culbuto du PIB (une fois à terre il revient aussitôt), nous avons observé un genre d’effet bouchon (celui des embouteillages) : lorsque le ralentissement du seul PIB présent provoque le ralentissement de tous les PIB anticipés à venir ; comme si l’onde de choc se diffusait à travers le temps. Mais pourquoi la Chine y arrive-t-elle et pas nous ? Parce que les masques, parce que les tests, parce que les lits de réanimation étaient insuffisants chez nous, disent les uns. Parce que l’on ferait preuve d’une forme d’incurie collective, d’hébétude juvénile, incapables de nous discipliner, disent les autres. En attendant, la facture est salée.

Retour 15 ans en arrière

En temps normal, la zone euro se démène pour ramener 1,5% de croissance du PIB chaque année. En vérité, depuis 2007 la zone euro fait presque du surplace avec seulement 0,7% de croissance annuelle, la faute aux crises successives des subprimes (2007), puis de la dette souveraine (2010). Mais ça c’était le bon temps, car avec la crise de la Covid, la zone euro a basculé dans une autre dimension : en 2020 la croissance du PIB devrait chuter de près de -8%, sous réserve que le second semestre corrige une partie des -15% subis durant le premier semestre. Une telle chute du PIB nous ramènerait au niveau de 2015, voire 2007 ! En effet car, entre ces deux dates, le PIB aura végété autour du même niveau, suite aux deux crises citées ci-dessus.

Mais après tout est-ce si grave ? Rappelons que le PIB définit ce qu’une économie produit chaque année en termes de biens et services, un genre de gâteau à partager pour tous les convives. Présenté comme cela, le retour au PIB de 2007 signifie simplement que le gâteau à partager en 2020 sera le même qu’avant. Si nous ne sommes pas devenus plus gourmands, cela ne devrait pas poser de problèmes. Admettons. En fait, nous avons quand même un problème : nous ne sommes peut-être pas plus gourmands, mais nous sommes plus nombreux (la population a cru). Si bien que pour satisfaire tous les convives, il faut que les parts du gâteau soient plus petites : d’où une baisse mécanique du PIB par habitant, bien plus forte encore que la baisse du PIB. Finalement, en 2020 le PIB par habitant de la zone euro devrait revenir à son niveau de 2005, un recul de 15 ans en arrière.

Des fortunes diverses selon les pays

Le PIB par habitant enregistre donc un recul sévère, mais tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. Pour faire simple, les plus vieux et plus gros membres de la zone euro sont ceux dont le PIB par habitant fait du sur place, l’Allemagne réussissant à tirer son épingle du jeu comme d’habitude. Par contre, les jeunes et petits entrants sont ceux dont le PIB par habitant a continué de monter, malgré les crises successives. Aucune bizarrerie là-dedans : en effet, les jeunes économies sont caractérisées par ce que l’on appelle un stock de capital physique faible, qui une fois livré au jeu du libéralisme économique grossit presque naturellement et dope le potentiel de croissance de leur PIB, jusqu’à converger vers un niveau de maturité. Les vieilles économies étant elles déjà matures, n’auraient alors que leurs yeux pour pleurer, à moins qu’elles ne repoussent ce que l’on appelle leur frontière technologique (le fameux progrès technique).

Mais, il faut quand même nuancer cette belle histoire des jeunes entrants. En effet, nous avons parlé de variations du PIB par habitant, mais ce qui compte ce sont les niveaux. En effet, c’est bien le niveau du PIB par habitant qui définit une mesure du bien-être de l’homo consumens, et non pas sa variation. De ce point de vue, on constate alors que les jeunes entrants de la zone euro restent ceux ayant le PIB par habitant le plus faible, malgré leur meilleure tenue depuis 15 ans. Une seule exception : la Grèce qui souffre des maux des vieux pays (PIB par habitant en baisse) et des maux des jeunes entrants (PIB par habitant faible).

Le cas de la France ? Ni bon, ni bon. D’ordinaire, la France ressemble à s’y méprendre à la zone euro, que ce soit en terme de performances économiques ou financières. Seule exception, l’année 2020 où la France devrait davantage souffrir que la zone euro : -10 % contre -8 %, en queue de peloton avec l’Espagne et l’Italie. Certes, les comptes ne sont pas clôturés, mais il ne semble pas que le flux de nouvelles à venir soit bien orienté.

 

Le PIB par habitant, une mesure du passé ?

Peut-être que le PIB par habitant n’est pas la bonne mesure ? Peut-être faut-il être un peu plus subtil que cette seule mesure grossière ? En fait, on reproche souvent au PIB ce qu’il n’a jamais prétendu dire : le PIB n’a jamais dit qu’il mesurait la quantité de bonheur, de bien-être d’une société juste, équitable, etc. Cela dit, on a souvent fait ce raccourci car il est vrai qu’en théorie, le PIB par habitant peut définir une forme de revenu, qui sert en partie à consommer, et in fine élever ce que l’on appelle son niveau d’utilité (la célèbre fonction d’utilité donc). Bref, il y a l’idée que mon bien-être doit pouvoir se mesurer en quantité de biens achetés quels qu’ils soient (smartphones, rouleaux PQ,…). On lui préférera alors un PIB propre (faible empreinte carbone), ou un PIB juste (faibles inégalités, fort chômage…), ou encore un PIB ressenti (lorsque le paradis se croit en enfer, Sylvain Tesson).

Ainsi, les critiques sont nombreuses pour reprocher au PIB par habitant ce qu’il n’a jamais prétendu dire. Mais puisqu’on le cherche, il pourra répondre qu’à lui tout seul, il permet curieusement d’expliquer pas mal de choses. En particulier, il sera constaté que les pays présentant les niveaux de PIB par habitant les plus élevés sont souvent ceux qui font le plus d’efforts en termes de justice sociale, de protection de l’environnement (États-Unis mis à part) ; et inversement. Donc, finalement le PIB par habitant n’est peut-être pas aussi bon qu’on veut bien le croire, mais certainement pas aussi mauvais qu’on veut bien nous le faire croire.

Mais que fait la police ?

Et bien la police fait, mais avec les moyens du bord. Lorsque vous devez affronter une crise majeure avec des taux d’intérêt déjà proches de 0% et des dettes publiques représentant déjà près de 100% du PIB, c’est un peu comme si vous armiez la police de balles à blanc : ca fait du bruit, c’est tout. Analogie un peu crue certes, mais qui trahit bien l’impuissance de nos autorités face à l’événement. Et si cela ne suffit pas, et bien on en remet une louche en rappelant que « Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute » (Michel Audiard).

Passons à l’inénarrable « quoi qu’il en coûte », un genre de bulldozer tout terrain censé balayer tous les « oui mais » sur son passage. En coulisse, on se dit quand même que ce « quoi qu’il en coûte » ressemble pas mal à une morale de provisions (Pascal), un genre de patch bonne conduite labellisé principe de précaution. D’autres moins cyniques, avanceront que le « quoi qu’il en coûte » ne coûte plus grand-chose quand le papier monnaie est déjà disponible en quantité infinie à un coût infiniment nul. Les infinis on ne les voit jamais, mais ca impressionne toujours.

Et comme d’habitude, les avis ne changeront pas d’avis quelle que soit l’issue du virus. Si tout est bien qui finit bien, alors les pro-dette diront « vous voyez bien que ça marche » ; alors que les anti-dettes invoqueront la fameuse poudre chasse-éléphant de Jean Pierre Dupuy :

- « Regardez, je jette de la poudre pour éloigner les éléphants de la voie de chemin de fer.
- Mais enfin monsieur, vous voyez bien qu’il n’y a pas d’éléphants par ici.
- Et bien, c’est donc la preuve que cela marche ! »

Si tout se termine en eau de boudin, alors les anti-dettes diront « vous voyez bien que ça ne marche pas » ; alors que les pro-dettes invoqueront eux aussi Jean Pierre Dupuy et toutes les dépenses occasionnées par les entreprises afin de prévenir le risque d’un bug de l’an 2000 : ce n’est pas parce que le risque ne s’est pas réalisé qu’il n’existait pas, c’est parce que nous avons fait en sorte qu’il ne se réalise pas qu’il ne s’est pas réalisé. À suivre donc.

 

Climat : revoir l’approche économique

Climat : revoir l’approche économique

 

La sociologue Dominique Méda détaille, dans sa chronique du Monde, l’insuccès des économistes à comprendre la catastrophe écologique avec leurs outils traditionnels

 

Chronique.

 

Les écologistes doivent-ils rompre avec la critique de la croissance, du productivisme et du capitalisme, pour mener de façon réaliste la « transition écologique » ? En 1972, le rapport du Club de Rome intitulé « Les limites à la croissance » (Rue de l’Echiquier, 2012) – plus connu sous le nom de « rapport Meadows », signé des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology Dennis et Donnella Meadows – prédisait un effondrement de nos sociétés avant la fin du XXIe siècle si des mesures drastiques n’étaient pas prises pour ralentir le rythme de la croissance.

Ces résultats étaient immédiatement et violemment critiqués par un économiste, William Nordhaus, futur récipiendaire, en 2018, du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques. Il reprochait notamment aux Meadows de ne pas introduire la notion de prix dans leur modèle : le signal prix permettrait, selon lui, d’organiser la substitution d’une ressource rare à une autre et d’enrayer, grâce au progrès technologique, à la fois le risque de déplétion des ressources naturelles et de pollution. Avec la crise de la fin des années 1970, les travaux des Meadows ont été oubliés et c’est le modèle proposé par Nordhaus qui a été largement adopté, comme le raconte le passionnant ouvrage Les Modèles du futur (La Découverte, 2007).

L’exactitude des projections des Meadows a pourtant été confirmée par un chercheur australien, Graham Turner, qui les a comparées aux données réelles : il met en évidence la validité de la plupart des prévisions de l’équipe du MIT. Quant aux travaux de Nordhaus, ils font, depuis quelques années, l’objet de vives critiques : selon ses contradicteurs, l’économiste aurait minimisé les effets du changement climatique, considérant que celui-ci n’adviendrait que dans un futur très éloigné, et se serait essentiellement intéressé au coût de la transition écologique sans prendre en compte des questions physiques, indiquant par exemple qu’un réchauffement de 6 degrés coûterait 10 points de PIB et que la solution optimale consisterait en un réchauffement de 3,5 °C en 2100…

Dans un article publié en 2019 sur le site Mint Magazine et traduit en français, l’économiste australien Steve Keen dénonce avec vigueur les travaux de Nordhaus. Il aurait, selon lui, omis d’intégrer dans ses équations une notion déterminante pour les climatologues : celle de point de basculement, qui signifie que les évolutions ne sont pas linéaires et peuvent connaître de brusques changements une fois que certains seuils sont franchis. Il conclut ainsi ses réflexions : « Plutôt que d’“intégrer le changement climatique dans l’analyse économique de long terme”, comme le mentionne son prix Nobel, Nordhaus a emmené l’espèce humaine dans une promenade qui la conduit vers la possibilité d’une hécatombe. Lui emportera son prix Nobel dans sa tombe, mais nous, nous devons nous sortir de cette marche vers la mort, maintenant. Etant donné le niveau irrémédiablement mauvais du travail qu’ont fait les économistes sur les conséquences économiques du changement climatique, cette tâche devrait être laissée entre les mains de climatologues comme Steffen, Lenton et Garrett. On peut au moins leur faire confiance pour comprendre ce qu’est le réchauffement climatique. »

Changement climatique : revoir l’approche économique

Changement climatique : revoir l’approche économique

 

La sociologue Dominique Méda détaille, dans sa chronique du Monde, l’insuccès des économistes à comprendre la catastrophe écologique avec leurs outils traditionnels

 

Chronique.

 

Les écologistes doivent-ils rompre avec la critique de la croissance, du productivisme et du capitalisme, pour mener de façon réaliste la « transition écologique » ? En 1972, le rapport du Club de Rome intitulé « Les limites à la croissance » (Rue de l’Echiquier, 2012) – plus connu sous le nom de « rapport Meadows », signé des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology Dennis et Donnella Meadows – prédisait un effondrement de nos sociétés avant la fin du XXIe siècle si des mesures drastiques n’étaient pas prises pour ralentir le rythme de la croissance.

Ces résultats étaient immédiatement et violemment critiqués par un économiste, William Nordhaus, futur récipiendaire, en 2018, du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques. Il reprochait notamment aux Meadows de ne pas introduire la notion de prix dans leur modèle : le signal prix permettrait, selon lui, d’organiser la substitution d’une ressource rare à une autre et d’enrayer, grâce au progrès technologique, à la fois le risque de déplétion des ressources naturelles et de pollution. Avec la crise de la fin des années 1970, les travaux des Meadows ont été oubliés et c’est le modèle proposé par Nordhaus qui a été largement adopté, comme le raconte le passionnant ouvrage Les Modèles du futur (La Découverte, 2007).

L’exactitude des projections des Meadows a pourtant été confirmée par un chercheur australien, Graham Turner, qui les a comparées aux données réelles : il met en évidence la validité de la plupart des prévisions de l’équipe du MIT. Quant aux travaux de Nordhaus, ils font, depuis quelques années, l’objet de vives critiques : selon ses contradicteurs, l’économiste aurait minimisé les effets du changement climatique, considérant que celui-ci n’adviendrait que dans un futur très éloigné, et se serait essentiellement intéressé au coût de la transition écologique sans prendre en compte des questions physiques, indiquant par exemple qu’un réchauffement de 6 degrés coûterait 10 points de PIB et que la solution optimale consisterait en un réchauffement de 3,5 °C en 2100…

Dans un article publié en 2019 sur le site Mint Magazine et traduit en français, l’économiste australien Steve Keen dénonce avec vigueur les travaux de Nordhaus. Il aurait, selon lui, omis d’intégrer dans ses équations une notion déterminante pour les climatologues : celle de point de basculement, qui signifie que les évolutions ne sont pas linéaires et peuvent connaître de brusques changements une fois que certains seuils sont franchis. Il conclut ainsi ses réflexions : « Plutôt que d’“intégrer le changement climatique dans l’analyse économique de long terme”, comme le mentionne son prix Nobel, Nordhaus a emmené l’espèce humaine dans une promenade qui la conduit vers la possibilité d’une hécatombe. Lui emportera son prix Nobel dans sa tombe, mais nous, nous devons nous sortir de cette marche vers la mort, maintenant. Etant donné le niveau irrémédiablement mauvais du travail qu’ont fait les économistes sur les conséquences économiques du changement climatique, cette tâche devrait être laissée entre les mains de climatologues comme Steffen, Lenton et Garrett. On peut au moins leur faire confiance pour comprendre ce qu’est le réchauffement climatique. »

 

Sécuriser l’environnement naturel et économique des agriculteurs

Sécuriser l’environnement naturel et économique des agriculteurs

Dacian Ciolos député européen, ancien Premier ministre de Roumanie évoque dans l’opinion la nécessité d’assurer la sécurité agricole économique à l’occasion de la réforme de la PAC. ( Tribune dans l’opinion)

 

 

« Le Parlement européen s’apprête à voter sa position sur la réforme de la Politique agricole commune. Des négociations intenses se sont tenues ce week-end et se poursuivront dans les prochains jours pour définir les paramètres clés de la prochaine PAC, attendue par les agriculteurs et l’ensemble des citoyens de plus en plus conscients du rôle déterminant de cette politique sur notre santé et notre alimentation, sur l’utilisation des ressources naturelles et la biodiversité et bien entendu sur la vitalité économique de notre économie agricole et rurale.

Chaque réforme donne lieu à des débats passionnés, avec une sorte de guerre de tranchées entre ceux qui entendent incarner la voix de la société et, de l’autre, celle des agriculteurs dans un affrontement pas toujours, mais parfois caricatural, stérile et peu porteur de solutions. Cette réforme de la PAC est l’occasion de casser ce dialogue de sourds pour, au contraire, envoyer un message fort de l’Europe aux agriculteurs : nous avons besoin de vous. Sans vous, il n’y a pas de Green Deal possible. La société européenne, à travers la PAC, va être à vos côtés pour inventer et investir dans l’agriculture de demain.

Cadre harmonisé. Cela veut dire d’abord, prendre l’agriculture et les agriculteurs aux sérieux. Il s’agit d’un secteur économique stratégique, clé pour la puissance et l’autonomie de notre continent. Cela exige une vision collective, et non pas une renationalisation qui placerait les agriculteurs en concurrence les uns avec les autres. Je suis le premier à défendre l’agriculture locale et les circuits courts qui sont complémentaires aux autres modèles agricoles. Mais, justement, pour que cette agriculture locale puisse s’épanouir, elle a besoin d’un cadre européen fort et harmonisé. Sans tomber dans la caricature de tout régir de « Bruxelles », ce qui n’a aucun sens, un cadre commun clair, simple et efficace est nécessaire ! Les nationalistes anti-PAC jouent contre leur camp, contre nos agriculteurs, y compris contre les filières locales qu’ils prétendent défendre.

Cela veut dire ensuite ne pas prendre les sujets environnementaux à reculons. Les premiers à sentir les effets du changement climatique, saison après saison, ce sont les agriculteurs. En Roumanie, nous venons de vivre une sécheresse catastrophique. Et en France aussi certains sont désespérés de voir leurs prairies brûlées par le soleil et le manque d’eau. Adapter les systèmes, réduire les intrants, stocker le carbone : ce ne sont pas des concepts de « ​bobos ​», ce sont des impératifs pour les chefs d’entreprise que sont les agriculteurs, tout comme ils doivent répondre aux attentes de leurs clients que sont les consommateurs de plus en plus soucieux de leur santé et de l’environnement.

La PAC de demain doit donc sécuriser l’environnement naturel et économique des agriculteurs, leur permettre d’investir, de miser sur le digital et les connaissances agronomiques et d’entretenir un dialogue permanent avec la société. C’est ce qui nous permettra de retrouver le juste prix de l’alimentation, mais aussi la juste place de l’agriculture et des agriculteurs dans notre société.

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe depuis 2019. Il est ancien Premier ministre de Roumanie.

Climat : « une erreur de réduire l’activité économique « 

Climat : « une erreur de réduire l’activité économique « 

L’économiste, Hélène Rey,  préconise, dans sa chronique du Monde, de neutraliser l’effet de la taxe carbone sur la politique monétaire de lutte contre la hausse des prix et de transformer l’économie au lieu de la réduire.

Emboîtant le pas de la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne (BCE) a décidé de réexaminer en profondeur sa stratégie de politique monétaire. Les pays européens s’étant engagés à atteindre une économie neutre en carbone d’ici à 2050, la BCE doit désormais réfléchir à la manière dont son cadre de politique monétaire peut contribuer à cette transition.

Bien que le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne fasse du maintien de la stabilité des prix l’objectif principal du Système européen des banques centrales (SEBC), le texte énonce également que « sans préjudice de [cet] objectif… le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l’Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l’Union, tels que définis à l’article 3 du traité sur l’Union européenne ». Selon cet article, l’Union « œuvre pour (…) une économie sociale de marché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès social, et un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qualité de l’environnement ».

Le changement climatique ne pourra être combattu en réduisant purement et simplement l’activité économique : une refonte des systèmes de production existants sera absolument nécessaire. La seule manière d’atteindre l’objectif zéro émissions d’ici à 2050 consiste à transformer nos modes de production, de transport et de consommation.

Chocs d’offre

L’un des moyens les plus efficaces pour y parvenir – voire le seul – consiste à augmenter le prix du carbone tout en accélérant la cadence de l’innovation technologique. Cette approche entraînerait toutefois inévitablement d’importants chocs d’offre. Le coût des intrants, en particulier des énergies, deviendrait plus volatile à mesure de l’augmentation du prix du carbone et du remplacement progressif des combustibles fossiles par les énergies renouvelables. De même, les transports et l’agriculture seraient également soumis à d’importants changements, potentiellement perturbateurs dans les prix relatifs.

Quel que soit le cadre monétaire dont conviendront les banques centrales, ce cadre devra pouvoir s’adapter aux changements structurels majeurs ainsi qu’aux effets sur les prix relatifs engendrés par la décarbonation. Dans le cadre actuel, la BCE cible l’inflation de la zone euro à travers l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH). Or cet indice inclut les prix de l’énergie, ce qui le rend inadapté au défi de la décarbonation. L’inflation des prix du carbone étant décidée par les dirigeants politiques de l’UE, la BCE ne saurait tenter de pousser d’autres prix à la baisse dans l’IPCH alors même que le prix de l’énergie augmente, ce qui créerait des distorsions encore plus importantes.

Crise économique : attention à une rupture brutale de l’aide publique (BCE)

Crise économique : attention à une rupture brutale de l’aide publique (BCE)

 

À juste titre, la présidente de la BCE craint les conséquences brutales et dramatiques d’un arrêt des aides publiques consenties par les Etats pour mettre l’économie sous oxygène pendant la crise sanitaire. La plupart de ces mesures devraient en effet s’arrêter à la fin de l’année.

Il est évident que compte tenu de la propagation du virus et de l’absence corrélative d’une véritable reprise, les aides devraient être prolongées en 2021 pour éviter un véritable cataclysme en matière de faillite et l’emploi. La transition en douceur s’impose donc estime Christine Lagarde. «Ma première préoccupation à ce stade est que la conduite des politiques permette d’éviter l’effet de falaise», c’est-à-dire «le fait que certaines des politiques mises en place pendant la pandémie (…) soient arrêtées brutalement», a déclaré Mme Lagarde lors d’une intervention dans le cadre d’une conférence organisée par le FMI.

«Nous espérons que les décideurs comprendront et agiront de sorte que ces soutiens soient prolongés pendant un certain temps, pour que la reprise s’installe, et même si la pandémie s’éteint progressivement», a-t-elle souhaité.

États-Unis : plan de relance économique réactualisé…en baisse

États-Unis : plan de relance économique réactualisé…en baisse

 

La deuxième phase du plan de relance économique très soutenu par les démocrates a longtemps été contesté par les Républicains et par le président américain. Ce dernier, comme sur de nombreux sujets, a changé plusieurs fois de position. En réalité, il ne s’agit pas vraiment d’un deuxième plan de relance mais d’affecter les fonds non utilisés du premier plan. Les démocrates réclamaient, eux, un véritable plan de 1800 millions de  $ auquel se sont opposés les Républicains. Pour ne pas donner l’impression d’immobilisme économique, le président américain vient donc décider d’un mini plan de 180 milliards. Une aide principalement destinée aux PME en attendant un éventuel plan plus large très hypothétique. Ce mini plan de Trump  risque d’être rejeté par les démocrates qui voient là  une opération de communication alors  que dans les sondages le président actuel accuse un retard d’une dizaine  de points  sur son concurrent Biden. Au-delà de la dimension politique, l’enjeu est économique et surtout social avec actuellement environ 11 millions de chômeurs et la perspective surtout de nombreux plans de licenciement non seulement dans les PME mais aussi dans les très grandes entreprises. Seul un plan à la hauteur permettrait de relancer l’économie et d’éviter une catastrophe sociale.

 

La deuxième vague sera économique et non virale (appel de 250 intellectuels)

La deuxième vague sera économique et non virale  (appel de 250 intellectuels)

 

Dans une tribune à Marianne, 250 universitaires, scientifiques, professionnels de santé et juristes alertent sur les conséquences économiques et psychosociales de la gestion politico-sanitaire de la crise du Covid. Ils estiment que la prochaine catastrophe ne sera pas virale mais économique et sociale, et qu’elle ne concernera pas les élites privilégiées mais d’autres catégories sociales beaucoup plus vulnérables.

Dans son avis du 22 septembre 2020 sur le « contrôle renforcé de l’épidémie », le Conseil scientifique Covid-19 s’interrogeait sur les mesures politiques à prendre. Il précisait qu’il « aborde ces questionnements en privilégiant un point de vue sanitaire », reconnaissait que « des aspects économiques plus généraux sont signalés en raison de leur importance », mais estimait que cela « ne relève pas de ses compétences » (page 26-27). On se demande alors à quoi servent l’anthropologue et le sociologue qui font partie de ses membres. Quatre jours plus tard, les deux prix Nobel d’économie 2019 Abhijit Banerjee et Esther Duflo appelaient dans le journal Le Monde à un reconfinement général de la population pour « sauver Noël ». Le lendemain (27 septembre), le ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, déclarait dans les médias que « il ne faut pas avoir peur du télétravail ». Enfin, certains  journalistes (ici Libération, là L’Express) ont inventé ces derniers jours une nouvelle étiquette à coller sur le tiroir dans lequel ils voudraient enfermer ceux qui ne partagent pas l’opinion qu’ils défendent avec le gouvernement : les « rassuristes », opposés benoitement aux « responsables ».

UN RECUL INÉDIT DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Tous ces propos témoignent de la vision du monde des élites françaises, du moins de celles et ceux qui contrôlent la parole publique. Las, pendant ce temps-là, d’autres réalités leur sont invisibles. Au risque de ne pas « rassurer », il faut en effet avertir que la prochaine catastrophe ne sera pas virale mais économique et sociale, et qu’elle ne concernera pas ces élites privilégiées mais d’autres catégories sociales bien plus vulnérables.

Selon les calculs de l’INSEE, la gestion de la pandémie aura fait perdre à la France une dizaine de points de Produit Intérieur Brut (PIB), un recul inédit depuis la Seconde Guerre mondiale. Pour comparaison, la crise de 2008 avait entrainé l’année suivante un recul de moins de 3% du PIB. Le taux de chômage devrait également dépasser les 10% à la fin de l’année où plus d’un million de chômeurs sont attendus selon le directeur de l’Observatoire Français des Conjonctures Economiques (OFCE). Ceci implique une hausse globale des inégalités et de la pauvreté, prévient le directeur de l’Observatoire des inégalités, qui note également que « un grand nombre de départements observent fin août une augmentation de l’ordre de 10% des allocataires du RSA par rapport au début de l’année 2020″. Ce n’est pas un hasard si, ce 30 septembre, le Secours populaire alertait sur la forte augmentation des demandes d’aides alimentaires depuis le confinement.

Ce recul historique ne concerne pas toutes les professions ; tandis que certaines n’ont pas senti passer la crise, il touche au contraire massivement les secteurs du commerce et de l’artisanat, des services aux entreprises et aux ménages, ainsi que les artistes. Cibles privilégiées des mesures contraignantes du gouvernement, le secteur événementiel, l’hôtellerie et la restauration payent un lourd tribut, surtout les franges les plus précaires de leurs salariés : intérimaires et saisonniers.

Ce sont les entreprises et les salariés les plus vulnérables qui sont les plus impactées par la gestion de la crise

La France étant le pays le plus touristique du monde, ce secteur représentait en 2018 près de 3 millions d’emplois et environ 7,5% du PIB. Ceci a particulièrement affecté la capitale ainsi que les régions méditerranéennes dépendantes du tourisme estival. Grâce au chômage partiel de leurs employés et aux aides de l’Etat, ces sociétés dépendant du tourisme ont survécu lorsque leur trésorerie leur permettait une année à perte. Les autres (beaucoup de petites entreprises familiales) ont déjà fermé boutique. Et la plupart disparaitront si 2021 ressemble à 2020.

Au final, ce sont les entreprises et les salariés les plus vulnérables qui sont les plus impactées par la gestion de la crise. Ce n’est pas un hasard si l’INSEE comptabilise nettement plus de morts du Covid parmi les étrangers et les immigrés et constate que le département ayant connu la plus forte hausse de mortalité en mars-avril 2020 est la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France métropolitaine. Comme l’écrit la DREES dans son dossier du mois de juillet« le cumul des inégalités face à l’épidémie et face au confinement font ainsi de la crise sanitaire actuelle un fort révélateur d’inégalités sociales ».

LA SANTÉ NE SE RÉDUIT PAS À L’ABSENCE DE MALADIE

Par ailleurs, la combinaison de la détresse économique et sociale objective et de la peur ressentie par les personnes les plus fragiles du fait d’une communication politique et médiatique particulièrement anxiogène a déjà et aura encore longtemps des conséquences sur la santé physique et mentale : augmentation des consommations de tabac, d’alcool et probablement d’autres drogues et médicaments psychotropes, anxiété, insomnie et autres troubles du sommeil, dépression, suicide, syndrome de glissement des personnes âgées, etc.

Sans parler des effets de la peur de la mort, de la culpabilité et des éventuels syndromes post-traumatiques et symptômes obsessionnels chez les personnes infectées et autres « cas positifs » dépistés. Quant aux enfants et aux adolescents, on ignore encore comment ils vivent tout cela et les traces que cela laissera en eux. On n’a pas non plus mesuré précisément l’impact de la fermeture des établissements scolaires au printemps dernier sur le décrochage et l’échec scolaires. Qui ne comprend que tout cela est pourtant extrêmement important ?

Nous réclamons que l’on en finisse avec les décisions prises dans l’entre-soi.

Chacun s’accorde à dire que le premier devoir du gouvernement comme de chaque citoyen est de protéger les personnes « à risque », mais il est temps de considérer que la vulnérabilité est tout autant psychosociale que physiologique. Il est temps de rappeler que l’OMS elle-même, dans le préambule de sa constitution, définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social [qui] ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ». A négliger les gens fragiles autres que les personnes âgées, on risque fort de provoquer d’autres maladies dont les effets se feront sentir pendant de longues années.

Enfin, c’est à nouveau la constitution de l’OMS qui déclare qu’« une opinion publique éclairée et une coopération active de la part du public sont d’une importance capitale pour l’amélioration de la santé des populations ». C’est pourquoi nous réclamons que l’on en finisse avec les décisions prises dans l’entre-soi d’un « Conseil scientifique » ou d’un cabinet ministériel, pour ouvrir en retour un vrai débat démocratique sur la politique sanitaire.

Inquiétude pour l’avenir économique des États-Unis

Inquiétude pour l’avenir économique des États-Unis

 

 

Dans une interview des échos, Joachim Fels, conseiller économique Monde de Pimco (gros fonds de gestion obligataire)   est assez pessimiste, y compris pour les prochaines années.

Donald Trump est à son tour touché par la Covid-19, quel est l’impact pour l’élection présidentielle américaine ?

Dans les sondages, cela n’a quasiment rien changé. Il faut dire que le taux d’indécis est très faible, plus que lors des dernières élections. Les Américains ont fait leur choix et s’y tiennent. Pour la campagne, cela focalise le débat sur la pandémie et l’échec de l’administration Trump à l’avoir endiguée. C’est ce qui explique la très légère inclination envers Joe Biden ces derniers jours.

Et s’il était trop malade pour être candidat à l’élection présidentielle ?

Il serait alors remplacé par le vice-président, Mike Pence. Ce dernier est un peu mieux placé dans les sondages que Donald Trump, car certains républicains désapprouvent le président actuel et considèrent que son second est un choix plus acceptable. Mais, dans les deux cas, c’est Joe Biden qui est favori.

Avec le vote par correspondance, le risque électoral est élevé, quels sont les différents scénarios ?

Si les deux candidats arrivent au coude-à-coude, des procédures légales seront mises en œuvre pour identifier le gagnant de l’élection. Il faut alors s’attendre à des manifestations et à une certaine volatilité sur les marchés jusqu’au 20 janvier 2021, jour de l’investiture. Si les procédures échouent à déterminer le prochain président, ce qui est peu probable, alors ce sera au Congrès d’élire le président. Attention, pour la Chambre des représentants, il y aura un vote par Etat. Or la majorité des Etats sont républicains. Quant au vice-président, il est élu par le Sénat. On pourrait alors se retrouver avec Donald Trump, président, et Kamala Harris, vice-présidente, bien que cela soit peu probable.

Quelle est la probabilité d’une nouvelle relance fiscale avant la fin de l’année ?

Elle est très faible. Les républicains sont actuellement concentrés sur la nomination à la Cour suprême. Il est toutefois possible, avec une probabilité inférieure à 50%, qu’une relance soit décidée avant le 20 janvier.

Quelles sont les grandes orientations que prendra l’économie en cas de victoire de Joe Biden ?

Cela dépend du résultat des législatives [qui ont lieu le même jour que l’élection présidentielle, le 3 novembre]. En cas de majorité démocrate au Congrès, Joe Biden aura tout le levier pour lancer des grands programmes d’infrastructure écologique, baisser les impôts sur les revenus des classes moyennes et pauvres, les augmenter sur les plus aisés et accroître la régulation. En revanche, si le Congrès ressort bicolore, toutes les mesures de relance seront bloquées, et il faut s’attendre à un nouveau plongeon (double dip) de l’économie américaine. Les marchés d’actions seront pénalisés.

Et en cas de victoire de Donald Trump ?

Les marchés devraient apprécier dans un premier temps. Le président américain reste partisan des baisses d’impôts et de la dérégulation. Mais, dans un second temps, le ton risque de monter avec la Chine, qu’il accuse d’être à la source de la pandémie. Et cette agressivité ne plaira pas aux marchés.

Quelles sont vos prévisions économiques pour les prochains mois ?

La reprise devrait se poursuivre à un rythme plus lent que cet été. Un double dip – sans doute moins sévère que le premier car on sait désormais quelles populations protéger, et comment protéger les salariés – n’est pas à exclure, compte tenu de la deuxième vague de pandémie et les mesures de confinement qui sont mises en place à des niveaux locaux et régionaux. Même si ces mesures sont moins drastiques qu’au printemps dernier, les gens seront réticents à consommer ou à voyager. Bien entendu, les pays seront affectés de façon différente, selon la gravité de l’état sanitaire et des mesures mises en place, comme lors de la première vague. L’Asie, et en particulier la Chine, semble bien plus efficace dans sa capacité à endiguer le virus.

Pensez-vous que le dollar continue de s’affaiblir, sa suprématie est-elle remise en question ?

Si la reprise se poursuit, le billet vert devrait continuer de reculer. Mais en cas de double dip, il se ressaisira immédiatement, comme dans les premiers temps de la pandémie. Cela prouve que, malgré tout, son rôle de safe heaven, ou investissement sûr, reste entier et qu’il n’a finalement rien perdu de son leadership. Aucune devise n’est très attrayante aujourd’hui, mais le dollar est sans doute la moins mauvaise.

Les dettes publiques s’envolent une fois de plus, quelles peuvent être les conséquences ?

Les Etats continuent de s’endetter, mais à un taux extrêmement faible, plus faible que lorsque les dettes étaient bien moins lourdes. Le service de la dette ne pose donc aucun problème, les banques centrales continuent d’acheter des obligations d’Etat et la demande mondiale reste forte pour les actifs sans risque ; il n’y a donc rien à craindre à court terme. Enfin, le secteur privé – foyers et entreprises – a tendance à épargner plus qu’à investir, ce qui permet aussi de financer les Etats. Les dettes publiques peuvent poser un problème lorsque les taux remonteront, mais ce n’est pas près d’arriver. En revanche, l’endettement du secteur privé est bien plus problématique et pourrait mener à des défauts d’entreprises.

Craignez-vous que certains secteurs comme l’aérien ne se remettent jamais tout à fait de la crise ?

Non, une fois qu’il y aura un vaccin, et qu’il sera disponible à grande échelle, alors le trafic reprendra peu à peu, probablement d’ici deux ans.

La crise a encore creusé les inégalités, déjà accentuées depuis 2008, quelles en sont les conséquences ?

Le problème est surtout la montée du populisme, qui peut avoir des effets disruptifs sur la croissance, qu’il s’agisse d’amener des gouvernements d’extrême droite, très protectionnistes, au pouvoir et d’extrême gauche, avec les impôts sur les plus aisés.

Quelles sont aujourd’hui les grandes orientations de Pimco sur les actions ?

Il faut accepter la triste réalité d’être dans un monde de faible retour sur investissement et se préparer à davantage de volatilité, compte tenu des disruptions à venir en économie et en politique. Nous considérons que les actions sont très fortement valorisées. Pour les actions, nous craignons que la hausse de la part des profits dans le PIB depuis plus de trente ans se termine, voire se retourne. Les perspectives de profits des entreprises ne sont pas très encourageantes ; nous observons dans de nombreux pays une hausse des taxes sur le capital, et les gouvernements vont renforcer le travail au détriment du capital.

Et pour les obligations ?

Les rendements obligataires sont très faibles mais pourraient l’être plus encore, il est donc sensé d’avoir une exposition aux obligations d’Etat. Il faut penser aux opportunités globales, tant sur les marchés émergents que sur le marché obligataire. Aujourd’hui, acheter des indices n’est pas une bonne idée, surtout au niveau des obligations d’entreprises, où il faut s’attendre à des défauts.

Quelles empreintes structurelles laissera la crise ?

D’une part, la montée des inégalités conduira aux disruptions politiques et économiques, avec l’avènement de partis extrémistes. Le protectionnisme croissant va conduire à la déglobalisation. La digitalisation conduira à une économie moins intensive en capital, avec une baisse des dépenses d’investissement. Cela entraînera une surabondance d’épargne qui maintiendra les taux d’intérêt à de très faibles niveaux.

 

L’abandon de l’enseignement technique responsable de l’écroulement économique de la France

L’abandon de l’enseignement technique responsable de l’écroulement économique de la France

Pierre Vellay, ancien directeur de la flotte d’Air France et grand expert de l’industrie aéronautique, explique dans la Tribune les raisons profondes de la désindustrialisation de la France et partage ses recommandations pour inverser la tendance.

 

 

En 1955, soit 10 ans après la fin de la seconde guerre mondiale, l’enseignement technique français complétait l’enseignement dit « classique » dans lequel les « bons » devaient faire du latin et celui dit « moderne », qui était une sorte de « dépotoir » des élèves qui étaient entrés avec difficulté en 6eaprès avoir toutefois réussi l’examen de passage, examen supprimé en 1957.

Toujours à cette période furent créés les lycées techniques d’Etat, qui acceptaient les élèves à partir de la 6eme, puis les sélectionnaient avec un concours de passage en 4eme. Les premiers étaient orientés vers l’ENP, Ecole Nationale Professionnelle, et les autres vers une filière technique débouchant sur les diplômes de techniciens ou de techniciens supérieurs pour les meilleurs.

En 1963, Fouchet, ministre de l’éducation nationale de De Gaulle décida de réformer l’enseignement technique, d’une part en dégradant le contenu des programmes, tels que la Physique et la Chimie, en ne les enseignant plus qu’à partir de la seconde au lieu de la quatrième, d’autre part en cherchant à « démocratiser » le contenu technique par la création les Instituts Universitaires de Technologie (IUT), considérés à l’époque comme une voie de garage pour ceux qui ne pouvaient intégrer les Ecoles d’ingénieurs, grandes et petites, respectivement ENSI et ENI, le S pour supérieur. Le mot « technologie » était sensé dorer le blason de cette orientation nouvelle.

Les mesures de cette réforme, comme pour toute réforme, pouvaient être habilement présentées comme une amélioration, un progrès, en permettant à tous de trouver une formation, en adéquation avec les capacités intellectuelles, tout en occultant l’élitisme hyper-sélectif attaché aux fameuses grandes écoles d’ingénieurs, écoles gratuites, contrairement aux très chères « grandes » écoles commerciales.

La France avait d’autant plus besoin d’ingénieurs et de techniciens, que la politique d’indépendance nationale, stratégique, militaire et nucléaire d’alors imposait.

Quelques années plus tard, en 1986, un haut fonctionnaire, responsable de la Direction des Relations Internationales à la DGA (Délégation Générale de l’Armement), présentait lors d’une session au CHEAR (Centre des hautes études de l’Armement), le Rafale comme étant le dernier avion que la France développerait avec sa seule compétence, avion, moteur, système d’armes etc. Il citait à ce titre De Gaulle qui « aurait » dit, « pour être indépendant nous devons être présent partout même médiocrement », ce propos s’opposant au concept des alliances entre partenaires industriels de nations différentes détenteurs de « pôles d’excellence ». Au talent des Français de transformer le médiocre en excellence. A noter que le démonstrateur Rafale était équipé de moteurs américains GE F404, remplacés ultérieurement par le M88 de SNECMA.

Revenons aux IUT. Par chance, le corps des enseignants technique s’évertua à ce que les IUT soient des centres de formation plus spécialisés, aux domaines de compétence plus étendus, non limités au caractère technique et pratique des ateliers de production mécanique ou électrique/électronique. En 1965, l’informatique balbutiait et les premiers calculateurs étaient constitués de tores magnétiques placés sur des grilles en forme de cannage (voir ou revoir les publications de Louis Leprince Ringuet). En 1970, l’Institut Français du pétrole possédait un des deux calculateurs Control Data les plus puissants de la planète pour résoudre les matrices des équations de raffinage. La puissance de mon smartphone aujourd’hui est très supérieure à celle qu’avait ce calculateur.

En octobre 1973, le premier choc pétrolier, en pleine période de développement industriel (TGV, aéroport de Roissy, programme CFM, Airbus…, programmes soutenus par le Président de la République de l’époque, Georges Pompidou ) met un terme à une période industrielle «  glorieuse ».

La hausse brutale du coût de l’énergie, par épisodes successifs, s’est accompagnée à la fin de cette décennie d’une inflation de l’ordre de 18% pendant plusieurs années, avec un impact fort sur les modèles économiques et sociaux de l’époque. La France n’avait pas de pétrole, mais elle n’avait pas non plus d’idées ni de solutions crédibles à cette crise amplifiée par une politique calamiteuse menée par un président de la République méprisant ces secteurs de la recherche et de l’industrie, à l’exception de domaines privilégiés dans les mains de lobbies puissants (SNCF-TGV par exemple). Qui se souvient encore de cette période noire pour Airbus où les ventes ne décollaient pas, avec un marché américain fermé et un transport aérien sinistré. Puis ce fut l’élection présidentielle de mai 1981 et l’arrivée de la gauche au pouvoir, avec un programme dit commun et une liste fameuse de promesses attractives individuellement mais inconciliables dans leur agrégation. Avec Pierre Mauroy, premier ministre, la France ou plutôt les Français durent subir le contrôle des changes, avec son impact sur la balance du commerce extérieur, le plafonnement des salaires médians et surtout la 39eme heure. Comment ignorer que 40, c’était 5 fois 8 heures, et que 3 fois 8 égalent 24 heures. Cette réduction d’une heure a déstructuré le système et les organisations de toutes les entreprises travaillant en équipes voire 7 jours sur 7. Cette décision fut vraisemblablement nourrie par la dérive continue du chômage avec cette théorie infantile que l’emploi pouvait être maintenu en partageant la charge de travail, tout en ignorant totalement que la charge de travail est directement liée à la compétitivité.

Une personnalité iconique de la gauche ayant le même prénom que moi, m’avait confié que cette mesure dite des 39 heures était une absurdité de démagogie électoraliste. Cette réduction d’une heure devait initialement être le début d’un processus progressif, 39-38-37 etc. Le résultat quasi immédiat de cette réduction de la première heure eut un impact amplifié par l’élasticité de l’incidence de la double augmentation des taux horaires (39 payées 40 et désorganisation du travail en équipes), sur la compétitivité et une chute de plusieurs points de celle-ci. Le coût de la protection sociale croissant avec une fiscalité oppressante, confiscatoire et démagogiquement sélective, les Français ont perçu un risque de baisse de leur pouvoir d’achat, à la lecture d’indices exotiques judicieusement choisis, traitant l’évolution du coût de l’énergie par omission.

Ce constat latent a été le catalyseur d’un phénomène qui fonctionne comme l’entropie universelle avec une évolution à tendance unique de croissance. Comment pousser le citoyen, qui fondamentalement ignore que les règles de la macro-économie sont à l’opposé de celles de la micro-économie domestique, à consommer davantage avec des revenus nets en diminution. La solution : pratiquer une baisse des prix sur les articles courants par une importation massive de pays à bas coûts de production.

De plus, durant cette même période, des mesures de protection de l’emploi telle que le FNE, favorisant naïvement les départs (deux pour une embauche), ne faisaient que plomber l’économie future du pays et ses équilibres budgétaires.

Simultanément, l’industrie française devenant de moins en moins compétitive, avec une recherche et une capacité d’innovation affaiblie, la pression pour consommer se faisant plus forte, plusieurs actions concomitantes ont eu des effets retardateurs dont nous ne faisons qu’entrevoir les conséquences.

Les conditions qu’il fallait satisfaire pour exporter

Et tout ceci sans évoquer le coup de grâce avec les 35 heures, les RTT et les jours de congés additionnels d’hiver.

Pour pouvoir exporter nos produits, en contre partie des importations asiatiques massives et des achats pétroliers et gaziers, il fallait satisfaire plusieurs conditions :

- La qualité, la nouveauté et l’originalité du produit pour tenter de compenser, même très partiellement une acceptation du surcoût de production engendré par les horaires, les congés et les doubles charges sociales salarié/employeur,

- pour la même raison de surcoût, être capable de valoriser la valeur ajoutée de la « francité »

- être capable de produire en continu, depuis la conception jusqu’au support après-vente,

- être capable d’identifier les marchés, par nature et par zone géographique

Or les acheteurs potentiels ne se trouvaient pas sur des marchés déjà saturés ou matures, européens ou américains du nord, mais plutôt chez les BRIC ou assimilés, parmi lesquels des pays très émergents et avides de technologies.

Offsets

Précisément, ces mêmes pays avaient pour la plupart des taux de main d’œuvre bas, pour de multiples raisons que la morale d’état et l’éthique devraient réprouver, et cette soif de technologie fut satisfaite de la façon la plus naïve qui soit et qui se nomme « les compensations » ou offsets. Ceci n’est qu’une forme moderne du troc, où l’on achète du matériel sophistiqué contre des achats de matériels plus rustiques, ou quand le pays acheteur souhaite participer très modestement et hypocritement à la fabrication ou à l’assemblage du produit acheté, les volumes de ces compensations étant pondérés par le niveau de technologie transférée associée à la production sous traitée.

Ce principe de compensation fut rejeté à l’époque par Edouard Balladur qui déclara à Jacques Cresson, alors à la BFCE, que cette pratique était digne des républiques bananières. Ce qui est à la fois vrai et contestable tout comme la légitimité du marchandage. Marchande-t-on l’achat d’un foulard chez Hermès comme celui d’un tapis dans un souk ? Ne pas oublier que le crédit mit un terme à l’exclusivité du troc et fut à l’origine de la monnaie. Les compensations industrielles ont aussi des vertus dans le cadre d’alliances industrielles raisonnées.

Et c’est ainsi que des pays critiques, « politiquement, socialement » sont devenus des leaders mondiaux en informatique, demain, en intelligence artificielle, et ainsi inondent la planète avec les produits de consommation courante, au point d’assécher les ateliers des pays dits occidentaux, civilisés et libres. Cela permet aussi à Israël, l’Inde, la Chine, avec des développements informatiques liés irréversiblement à notre Défense et à nos armements, voire notre quotidien, de fragiliser notre sécurité, notre identité, notre vie privée et notre intimité.

L’Intelligence artificielle ne sera pas l’antidote de la stupidité naturelle. D’ailleurs faut il un ordinateur pour savoir que 24 n’est pas la moitié de 58, comme le pensaient, parait-il, Cécile Dufflot et Martine Aubry, en novembre 2011, ayant décidé dans le cadre d’un accord électoral de rassemblement gauche/verts, de fermer à terme 50% des 58 centrales nucléaires. Amateurisme, bluff, manque de sérieux pour des promesses de campagne, ou déficience en calcul mental, ou le tout « en même temps

Le concept d’intelligence artificielle aura un peu de crédit quand les prévisions météorologiques, à 48 heures seront fiables, ce qui n’est toujours pas le cas en utilisant les calculateurs parmi les plus puissants de la planète capables de 20 pétaflops.

A ce sujet, il faut rappeler la définition du mot : intelligence. L’art de lire entre les lignes. N’est ce pas la définition anglo-saxonne de l’espionnage et du déchiffrement ? Ce concept qualifié d’intelligent est plutôt perçu aujourd’hui comme un outil de traitement et de réconciliation des montagnes de données désordonnées accumulées aléatoirement. Ceci reste une lecture SUR ce qui se trouve sur les lignes, pas ENTRE.

Tsunami des importations chinoises

La recherche de coût de production les plus bas a aussi conduit à ce que ces mêmes ateliers sous traitent massivement les fabrications puis, les ateliers amaigris et situés en dessous des masses critiques se sont vus « externalisés », délocalisés, vers des pays qui ne se voulaient pas voir leur rôle réduit à celui d’exécuteurs de taches pratiques mais être partie prenante dans la conception.

Le transfert des populations des campagnes vers les villes, en Chine, induit par la mécanisation, a contribué au sur-développement des unités de production industrielle, donc au besoin d’exporter, facilité par des salaires horaires indécents.

Est-ce la satisfaction du superflu ou le tsunami des importations chinoises massives qui soutiennent la croissance ? L’obsolescence programmée d’articles usuels du quotidien aide-t-elle la production ou favorise-t-elle les importations, la réparabilité est elle une entrave à la production et au « réachat » de renouvellement imposé par une fiabilité plafonnée ?

Offrir du support

Les producteurs occidentaux se sont alors trouvés confrontés à ce problème : comment continuer à vendre leurs produits, quand les coûts de production, après toutes les acrobaties évoquées ci avant, sont encore supérieurs à leur valeur d’usage, selon des modèles économiques et comptables devenus universels. Réponse : en offrant du service. Initialement ce service dit d’après-vente se nommait « support produit », product support, qui devint soutien client, customer support.

Mais pour que ce nouveau modèle soit viable, il devenait impératif que le client soit captif du soutien offert (très cher, mais très progressivement) par le fournisseur originel, le moyen pour celui-ci fut donc de bloquer l’accès aux données techniques permettant la réparation par soi même ou pour des tiers du matériel fourni, principe nommé « propriété industrielle ».

Ceci a eu comme autre impact de masquer sous l’appellation de concessions commerciales ce qui n’était en fait que du préfinancement très cher devant être remboursé par les coûts de rechanges et des services de maintenance ou d’évolution du produit ou de consommables associés (cf. : prix élevé à coût quasi nul des mises à jour des logiciels du quotidien, prix des encres d’impression…)

La crise protéiforme que nous traversons, sanitaire, technique, sociale, politique, règlementaire, écologique a accéléré une sorte de prise de conscience collective, difficilement gérable par des politiques incapables de trouver, comme pour la météo, dans leurs connaissances actuelles, des situations précédentes similaires, qui faciliteraient les prédictions et orientations à prendre.

Les plateformes médiatiques sont les courroies instables de la transmission de messages ou de directives contradictoires, inconstantes et polluées par des considérations électoralistes d’échéances plus ou moins lointaines.

On dit, depuis l’antiquité, qu’il est impossible de résoudre la quadrature du cercle car on ne peut concilier un nombre algébrique à un nombre transcendant (Pi) tout comme la trisection de l’angle ou la duplication du cube. C’est ainsi que se pose l’équation d’aujourd’hui :

Comment en un temps relativement court, peut-on, sans critères particuliers de classement prioritaire, trouver les solutions à une telle équation implicite dans laquelle les différents facteurs sont dépendants:

- venir à bout de la pandémie,

- identifier les effets de cette crise sanitaire sur tous les domaines impactés, humains et matériels, économiques et politiques

-retrouver une partie de notre indépendance nationale, avec une analyse réaliste et programmable de ce qui est « rapatriable », sans remise en question des alliances historiques, associées à des échanges commerciaux bilatéraux,

- créer des emplois stables non assistés

maitriser les coûts de concept, d’industrialisation, de production, de soutien

- soutenir l’innovation créatrice et l’imagination fertile, la recherche

-inventer une approche nouvelle d‘agrément et de certification pour les produits en rupture technologique, quand le certificateur est moins compétent que l’innovateur,

- favoriser les échanges technologiques et la fécondation croisée des concepts innovants

- ne pas assécher les esprits par un excès d’utilisation de logiciels à intelligence réductrice et uniformisante. Exemple des architectes d’aujourd’hui qui ignorent ce que sont le plan, l’angle droit, le fil à plomb, leurs créations étant toutes assistées pour générer des surfaces réglées de Xieme ordre (syndrome de l’Opéra de Sydney). Savent-ils encore tenir un crayon et selon un sacro-saint principe de prudence, calculer manuellement l’ordre de grandeur du résultat attendu en termes de résistance ? L’effondrement du terminal 2E de Roissy, ou l’entrée en résonnance de la passerelle Léopold-Sédar-Senghor n’en seraient-ils pas des exemples parmi d’autres ?

- ne pas considérer l’assistance par les outils informatiques tantôt comme une orthèse tantôt une prothèse à l’imagination et à la création, un tuteur ou un substitut,

- veiller à ne pas élire des PMIR, politiques à mobilité intellectuelle réduite

motiver la jeunesse pour revenir sur des formations utiles, pratiques, tangibles, pérennes, saines, éloignées des phantasmes du football, du cinéma, de la téléréalité et de la communication

- apprendre à la jeunesse à écrire, lire, dessiner, planter, nager en eau claire, jouer d’un instrument, éduquer sa mémoire

- trouver un équilibre entre nos importations et exportations sans distorsion des règles comptables et financières, sans protectionnisme stérilisant

-réduire l’obésité des technostructures des grandes entreprises et de l’administration publique, conséquence d’une sédimentation historique de fonctions surabondantes justifiant des embauches

- revenir à des systèmes horaires de travail simples

- approcher le principe de la compétitivité sous un angle différent. Mitterrand avait déclaré : pour lutter contre le chômage nous avons tout essayé et rien n’a marché…et pour cause : on crée de l’emploi par de la charge de travail et non par le partage altérant la compétitivité. On ne gagne jamais une course de sprint ou d’endurance, en partant dans le sens opposé.

- trouver un équilibre entre les charges de travail humaine et mécanique ; Les investissements en machines-outils modernes modifient progressivement et durablement le rapport dit Homme/machine, qui est passé en peu de temps, dans certains secteurs de moyenne série, de deux hommes par machines à un homme pour trois machines, tout en accompagnant la sophistication des process de fabrication.

- réviser le format et la construction des taux horaires de main d’œuvre et de service,

- gérer avec pertinence le durcissement des règles sécuritaires et environnementales

- ne pas avoir à associer systématiquement écologie à punition, contraintes, taxes et avec des campagnes de promotion d’amélioration énergétique discriminatoires

- savoir identifier dans toute mesure dite écologique les effets secondaires d’un déséquilibre des lois de la nature,

- faire définir le cadre de la transition énergétique par des spécialistes impartiaux et neutres et compétents

- éviter le piège tendu aux incompétents des technologies périssables

- analyser la santé des entreprises sur une base annuelle et non trimestriellement (saisonnalité des activités, tourisme, transport aérien, viticulture…). Une mauvaise analyse pénalise le « rating bancaire », les levées de fonds et l’attraction boursière.

- apprécier la création de valeur par une juste approche financière, comptable et économique,

- mettre un frein à la bétonisation de nos campagnes. Ronds-points et grandes surfaces, et les gigantesques hangars de stockage de produits importés d’Asie ou d’achats internet en transit, contribuent à la désertification de nos campagnes.

- protéger la biodiversité animale et végétale, maintenir la diversité variétale sans imposer de normes de calibration de la nature

- visiter tous les musées traitant de notre histoire, de nos découvertes, de nos traditions artistiques et manufacturières. Il n’existe plus qu’une seule fabrique de clous et de pointes en Europe, à Creil et classée au Patrimoine Vivant. Le procédé d’élaboration des panneaux de verre églomisé des encadrements des devantures des boulangeries et charcuteries est partiellement perdu. La restauration des antiquités et monuments dégradés montre le potentiel résiduel et l’attrait pour des techniques redécouvertes, prouvant le génie de nos anciens.

- recentrer les études des écoles et grandes écoles techniques et scientifiques sur leur corps de métier et leur spécificité et que le complément de formation managériale ne se substitue pas à la compétence technique et ne trouve son application que lorsque la relève est assurée par la génération suivante de techniciens,

- s’assurer que les avis scientifiques de nos gouvernants ne seront pas pollués par l’opinion, collectée sur les chaines d’information continue et des organismes de sondages qui devraient revoir le sketch de Jean Marie Bigard sur ce thème et l’art d’interroger avec des questions stupides.

-demander à nos politiques de délivrer leurs messages et non ceux formatés par des communicants mimétiques, « manche à air » à la recherche de l’expression courte que pourront retenir les médias pour leurs titres

- demander aux journalistes de poser des questions ouvertes et non fermées en proposant la réponse, en y apportant toutefois aucune attention, déjà concentrés sur la question suivante,

- éviter qu’après chaque intervention télévisée d’une personnalité politique, les pseudo journalistes/présentateurs nous expliquent ce que nous aurions dû comprendre et ce qu’il fallait retenir, et qu’eux seuls ont été suffisamment intelligents pour décrypter (entre les mots !)

ouvrir au public, dans le cadre du développement muséal de Paris, de l’éducation et du rayonnement culturel de la France, les palais et autres hôtels particuliers (payés et entretenus par les contribuables qui en sont collectivement propriétaires) de nos ministères qui pourraient être relogés dans d’anciennes casernes désaffectées et transformables en « campus ministériel »

- forcer nos gouvernants actuels ou futurs candidats à raisonner au-delà des futures échéances électorales. Quand Colbert avait sélectionné les chênes de la Forêt de Tronçais, il pensait à la fabrication de la mature des navires 200 ans plus tard.

- prendre en compte la temporalité de l’industrie et des grands programmes, avec des décisions à effets différés, des retours d’investissement longs, à l’opposé des secteurs virtuels sans inertie et spéculatifs (communication/média)

réhabiliter l’enseignement technique semble une absolue priorité, de l’apprenti à l’ingénieur, y compris dans les écoles d’application (sup-Aéro, Mines, Ponts, Pétrole, Télécoms…). Cette réhabilitation est celle du rééquilibrage d’image entre les fonctions productives et tertiaires, entre les cols bleus et les cols blancs, entre le tangible et la finance, entre les actifs et les assistés perpétuels. Elle est indispensable à la motivation des acteurs.

Au-delà de ces recommandations ciblées sur la réhabilitation du secteur technique et scientifique, dont le succès sera subordonné à la capacité collective de modifier les comportements laxistes, il y en aurait d’autres à caractère plus politique telles que :

La remise en première ligne du mot « autorité »devenu un gros mot, dans la famille, à l’école, dans l’entreprise, redonner un sens à la notion de hiérarchie, après être passé d’un système vertical pyramidal à une totale horizontalité, presque concave, où la notion de représentativité est rejetée sous le prétexte d’être tous supposés égaux, en instruction, en culture, en résistance physique, en compétence, en intelligence,

-       Comprendre que le développement des « services « commerciaux d’après-vente, ne sont que le constat de l’incapacité de produire localement à des coûts (prix de revient) permettant de dégager un profit pour un prix de vente cohérent avec la valeur d’usage du bien, le client étant captif du fournisseur,

-       La réflexion faite par un leader des Républicains, rencontré par hasard, me déclarant que la « politique » manquait d’ingénieurs

-       En politique, comme dans les centres de recherche, nécessité de mixer jeunes et anciens, inventivité candide des uns et expérience résultant des succès et des échecs des autres,

-       Une capacité de gérer les solutions de continuité en période de chocs et de rupture (énergétique, économique, sociale, sociétale, technologique, générationnelle, culturelle, religieuse, politique …),

-       Associer le manuel et l’intellectuel, la main et le cerveau. Les architectes et les ingénieurs ne savent plus dessiner avec un crayon, l’écriture manuscrite disparait derrière le clavier, le pouce remplace l’index comme doigt dominant, la carte mémoire remplace les neurones.

Un enjeu majeur de demain pour retrouver notre liberté altérée par la dépendance à des fournisseurs extérieurs exclusifs, sera de trouver la juste consolidation isostatiquement équilibrée entre les capacités manuelles et intellectuelles, confortées par le développement du numérique qui devra servir de sécurité (assistance, validation, sauvegarde…), à condition que les outils de stockage des données soient éternellement pérennes et que la calibration des algorithmes reste humainement possible. Observons les peintures de Lascaux, les mosaïques de Pompéi, les schémas de Léonard, l’Art figuratif des siècles derniers, pour nous demander ce qui restera comme traces des bases de notre culture (littéraire, artistique, photographique, scientifique…)  dématérialisée sur des supports magnétiques ou numériques à courte durée de vie, voire dans les « nuages » non localisables.

SONDAGE popularité du gouvernement. Baisse de crédibilité sanitaire et économique

SONDAGE popularité du gouvernement. Baisse de crédibilité sanitaire et économique

D’après un sondage de l’IFOP, la part de la population qui se fie au gouvernement pour résoudre la double crise sanitaire et économique devient nettement minoritaire. 44% des sondés font confiance à l’exécutif pour aider les entreprises en difficulté et 36% pour faire face efficacement au coronavirus.

Début septembre, ces proportions s’établissaient respectivement à 49% et 41%. Lors du déconfinement, mi-mai, 52% des Français accordaient leur confiance au gouvernement pour soutenir les entreprises, et 44% pour gérer l’épidémie.  »C’est sans doute le hiatus entre une inquiétude forte mais stable et la sévérité des mesures annoncées cette semaine qui explique la virulence des réactions », analyse Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. Cependant 83% des sondés se disent prêts à diminuer leur nombre de sorties de loisirs, 80% à voir moins souvent leurs aînés et 75% à voir moins leurs amis. Enfin, 72% affirment qu’ils respecteraient un reconfinement pour une période d’au moins 15 jours. Le télétravail, lui, divise davantage : seuls six Français sur dix y sont favorables.

 

* Enquête menée en ligne le 25 septembre 2020 auprès d’un échantillon de 1.033 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 et plus (méthode des quotas). 

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