Archive pour le Tag 'écologique'

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Le coût écologique exorbitant des guerres

Le coût écologique exorbitant des guerres

Par Claire Legros dans le Monde

 

Une nouvelle génération d’historiens éclaire le rôle décisif des conflits dans la crise environnementale globale que l’on connaît aujourd’hui. A l’heure de l’insécurité climatique, les Etats peuvent-ils concilier guerres et écologie ?

Dans le fracas des bombardements sur les populations civiles, l’appel est passé inaperçu. « La nature n’a pas de frontières, et elle est aussi violée et torturée par l’invasion russe », alertait le 22 avril, à l’occasion de la Journée de la Terre, Iryna Stavchuk, vice-ministre ukrainienne de l’environnement et des ressources naturelles. A l’horreur des massacres humains de la guerre en Ukraine vient s’ajouter une catastrophe écologique dont on peine à mesurer l’ampleur.

Dans un pays fortement industrialisé et doté du deuxième parc nucléaire d’Europe, héritage de l’ère soviétique, les risques de pollution des sols et des nappes phréatiques sont multiples. « Des usines chimiques ont été bombardées dans un pays particulièrement vulnérable. L’Ukraine couvre 6 % du territoire européen, mais on y recense 35 % de sa biodiversité avec quelque cent cinquante espèces protégées et de nombreuses zones humides, reconnues d’importance internationale par la convention de Ramsar en 1971. Mais aussi une industrie vieillissante », constate Marie-Ange Schellekens, chercheuse en droit de l’environnement à l’université de La Rochelle, qui travaille sur la prévention des conflits et la sécurité environnementale.

Tour à tour enjeu stratégique, arme de guerre ou victime collatérale, l’environnement n’a jamais été épargné dans la longue histoire des peuples et de leurs affrontements. Des batailles menées par Darius contre les Scythes en – 513 av. J.-C. jusqu’aux puits de pétrole incendiés au Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, la stratégie de la terre brûlée et l’empoisonnement des sources se sont de tout temps révélés des armes redoutables. « Une large majorité des conflits ont une dimension environnementale si on y inclut la question des ressources », note Marie-Ange Schellekens.

Dans cette histoire de feu et de sang, les conflits de masse du XXe siècle ont franchi un palier. Les guerres industrielles, capables d’anéantir les populations, dévastent aussi durablement les écosystèmes. Un siècle après l’armistice de 1918, les dizaines de tonnes d’obus abandonnés par les belligérants continuent de libérer leurs composés chimiques dans les sous-sols de la Somme et de la Meuse. Des millions de mines disséminées en Afghanistan ou au Nigeria polluent durablement des terres agricoles, condamnant la population à la peur et au dénuement. Sans compter l’arsenal atomique qui fait peser une menace écologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. « L’arme nucléaire marque une rupture, par sa puissance de destruction totale sur les humains et les autres vivants, explique le politiste Bruno Villalba, auteur de L’Ecologie politique en France (La Découverte, 127 p., 10 euros), et aussi parce que ses ruines irréversibles, y compris la gestion des déchets nucléaires, s’inscrivent dans le temps long, ce que le philosophe Günther Anders appelle “la permanence du globicide”. »

Elections législatives : Le municipalisme écologique pour succéder au communisme !

Elections législatives :  Le municipalisme écologique pour succéder au communisme ! 

Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne) et vice-président de la communauté d’agglomération Grand Paris Sud, estime dans une tribune au « Monde » que le municipalisme peut être un des moteurs de la victoire de la Nouvelle Union populaire et écologique et sociale, Sur le plan idéologique ce municipalisme  écologique serait le successeur du socialisme et du communisme ! Ou l’art du parti communiste d’accommoder les restes électoraux dans une curieuse tambouille idéologique. À quand une par exemple une politique nucléaire municipale ?  ( Le parti communiste veut maintenir le nucléaire et Mélenchon les supprimer). Ou naufrage de la vieille gauche prête à tout pour sauver sa peau.

 

L’élection présidentielle a entériné le bouleversement du paysage politique de notre pays. Trois blocs idéologiques, sociaux et territoriaux structurent aujourd’hui la carte électorale : bien sûr le bloc ultralibéral du président des riches et le bloc d’extrême droite, déjà dominants lors de l’élection de 2017, puis un troisième bloc, populaire, jeune, urbain, qui est venu jouer les trouble-fêtes.

Aujourd’hui, l’espoir créé lors du premier tour, amplifié par l’élargissement qui a abouti à la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), peut gagner les élections législatives. Il permettra ainsi la victoire inédite d’un mouvement issu notamment des villes populaires et des banlieues, offrant un débouché à nos luttes et à nos expériences du municipalisme.

C’est en effet d’abord dans les quartiers populaires de l’outre-mer et de l’Hexagone que ce bloc s’est constitué politiquement au soir du 10 avril 2022. Les territoires dits urbains périphériques, où les populations sont les plus déclassées, précarisées et enfermées par l’ubérisation du travail, ont permis à la gauche, et en premier lieu à Jean-Luc Mélenchon, d’y réaliser ses plus gros scores. Cela, avec des résultats jamais vus sous la Ve République.

Cette « surprise » électorale était déjà en gestation à travers les luttes qui ont été menées depuis des années dans nos villes et qui ont ébranlé le premier quinquennat d’Emmanuel Macron : les « gilets jaunes », partis de nos ronds-points jusqu’aux boulevards des grandes métropoles, la déferlante féministe, de collages de rue en campagnes contre le harcèlement dans les transports en commun, les manifestations de la jeunesse urbaine face à l’inaction climatique ou enfin le mouvement pour la justice et contre les violences racistes.

Ce formidable bloc populaire naît aussi des expériences locales du « municipalisme », qui font la démonstration qu’« un autre monde est possible » . Ce monde est non seulement possible, mais dans nos villes et dans nos quartiers, nous sommes déjà attelés à sa construction. Ce municipalisme constitue aujourd’hui un mouvement diffus, qui, partout dans le monde, offre des perspectives de transformation réelles, qui répondent aux urgences démocratique, sociale et climatique. Il a une histoire, ou plutôt des histoires : celles du socialisme, puis du communisme municipal, coagulées plus récemment à l’écologie communale.

 

Depuis vingt ans, et le Forum de Porto Alegre qui consacrait la démocratie participative et l’altermondialisme et où on osait démontrer une réponse concrète au « There is no alternative », le municipalisme a cherché, innové et parfois offert un débouché aux tâtonnements : là où nos institutions ont rendu nos Etats presque amorphes, la démocratie du coin de la rue, du groupe WhatsApp et du bas d’immeuble a su débusquer et remettre en cause les logiques d’un système où les mécanismes inégalitaires d’accumulation de richesses ont dépossédé les classes sociales travailleuses de tout pouvoir économique et démocratique, jusqu’à nous gouverner presque de l’extérieur.

Pas de planification écologique sans concertation démocratique

Pas de planification écologique sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

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Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La « société écologique », Nouveau modèle culturel et politique ?

La « société écologique », Nouveau modèle culturel et politique ?

Selon les derniers résultats de l’Observatoire des perspectives utopiques, les Français affirment rêver d’une société sobre et respectueuse de l’impératif écologique. Par Philippe Moati, Université Paris Cité

Une tribune qui rappelle la préoccupation écologique mais qui en affaiblit la portée avec une typologie des modes de société un peu simpliste et pour tout dire un peu trop militante*. NDLR

 

Le futur imaginé par Emmanuel Macron lors de la présentation de France 2030 est très technologique, mais pas forcément écologique. (Crédits : Reuters)

Et si le malaise qui saisit les sociétés occidentales avait à voir avec un manque d’idéaux, un déficit d’objectifs collectifs à atteindre, une panne du désir d’avenir ?

L’utopie moderne, du « progrès » par la libération des forces de la raison, a globalement tenu ses promesses et on en perçoit aujourd’hui surtout les limites. Le désintérêt croissant pour la politique n’est-il pas à rapprocher de la difficulté qu’a le personnel politique d’aller au-delà d’un discours technique pour inscrire leur action ou leurs propositions d’action dans une perspective de long terme plus ou moins utopique ?

Mais est-il encore possible, dans des sociétés fragmentées, travaillées par l’hyperindividualisme, d’imaginer un modèle de société idéale qui pourrait constituer un horizon désirable par le plus grand nombre ?

C’est pour tenter d’apporter des éléments de réponse à cette question que nous avons à l’ObSoCo lancé en 2019 un Observatoire des perspectives utopiques. Depuis, nous avons traversé une crise sanitaire qui selon certains devait initier un « monde d’après ».

Qu’en est-il, la sidération passée, des effets de cette crise sur les idéaux des Français ? Une nouvelle vague de l’enquête a été lancée auprès de 4 000 personnes en février 2022 (avant le début de la guerre en Ukraine).

Comme en 2019, trois « systèmes utopiques », trois modèles de société, ont été soumis à l’évaluation d’un échantillon représentatif de Français. Ces trois « sociétés idéales » sont celles que nous avions définies avec nos partenaires (Ademe, BPIFrance, chaire ESCP-E.Leclerc), sur la base ce qui nous semblait être porté par des mouvements sociaux, des leaders d’opinion, voire des courants politiques :

  • L’utopie écologique évoque une organisation de l’économie et de la société tendue vers l’équilibre et la sobriété. Répondant en premier lieu à l’impératif écologique, elle s’accompagne de modes de vie et de consommation que l’on pourrait résumer par la formule « moins, mais mieux ».
  • L’utopie identitaire-sécuritaire campe quant à elle une société nostalgique d’un passé révolu, soucieuse de préserver son identité et sa singularité face aux influences étrangères, qu’elles viennent d’une mondialisation économique ou de l’arrivée de nouvelles populations. Ici, clairement, la difficulté à se projeter dans l’avenir favorise la recherche d’idéaux dans un passé réinventé, un supposé âge d’or qui prend alors les traits d’une utopie.
  • L’utopie techno-libérale enfin qui, s’inscrivant dans une trajectoire hypermoderne, décrit une société dans laquelle priment les valeurs individualistes et la reconnaissance des droits individuels, bénéficiant d’une croissance forte (mais génératrice d’inégalités) grâce à la vigueur d’un progrès technique allant jusqu’au augmenter l’humain, dans une perspective transhumaniste.

Sur la base de 15 propositions

Chacun de ces trois systèmes utopiques, sans être nommé, a été présenté sous la forme d’une quinzaine de propositions qui en décrivaient les différentes facettes (économiques, politiques, relatives aux modes de vie…), en tentant d’équilibrer les points pouvant être perçus comme positifs par des contreparties négatives.

La question était formulée de la manière suivante : « Voici la description d’une société idéale. Veuillez noter de -5 à +5 chacune de ses caractéristiques (les 15 propositions apparaissant une à une à l’écran selon un ordre aléatoire) en fonction de votre degré d’adhésion (-5 = vous rejetez radicalement le point concerné. +5 vous adhérez totalement au point concerné. Les notes intermédiaires vous permettent de nuancer votre jugement (0 = neutre). Attention, il ne s’agit pas de porter un jugement sur la crédibilité des propositions, mais sur la mesure dans laquelle elles correspondent à ce que vous souhaitez pour l’avenir ».

Une nette préférence pour la « société écologique »

C’est clairement la société écologique qui l’emporte. Sur la base de la moyenne des notes données aux 15 propositions décrivant chacune des trois sociétés idéales, elle apparaît comme le modèle de société préféré de 51 % des Français interrogés.

Elle est suivie par l’utopie identitaire-sécuritaire, avec 39 %. Loin derrière, l’utopie techno-libérale ferme la marche avec 11 %.

La comparaison avec les préférences exprimées en 2019 révèle une étonnante stabilité, les variations de ces parts s’inscrivant dans la marge d’erreur statistique. La comparaison de la moyenne des notes données par les répondants à l’issue de la présentation de chacune des sociétés utopiques conduit à la même hiérarchie, l’utopie techno-libérale étant associée à une moyenne négative.

Un large consensus autour des modes de vie

Cette manière de présenter les résultats peut donner le sentiment de préférences tranchées, exclusives, suggérant des oppositions marquées au sein de la population quant aux orientations souhaitables. En réalité, l’observation des résultats détaillés donne une image très différente.

Tout d’abord, peu de partisans des utopies techno-libérale et identitaire-sécuritaire manifestent une franche hostilité à l’égard de l’utopie écologique. Mieux, ils sont nombreux à l’avoir évalué favorablement puisque, au final, 69 % des Français interrogés lui ont donné une note globale positive.

Ensuite, la manière dont les répondants ont évalué les différentes facettes des trois systèmes utopiques révèle une adhésion très générale à plusieurs dimensions de l’utopie écologique, et en particulier celles relatives aux modes de vie et de consommation.

Ainsi, produire et consommer local, consommer moins, mais mieux, faire davantage par soi-même, développer la consommation collaborative (mutualisation d’équipements et de ressources), mais aussi vivre dans des villes petites ou moyennes, réduire sa mobilité et privilégier les mobilités douces… apparaissent comme des dimensions consensuelles de la manière dont chacun imagine sa société idéale.

L’adhésion à l’utopie écologique doit au moins autant à l’attrait exercé par les modes de vie que lui sont associés que la conscience de la gravité de la crise environnementale.

Ordre et sécurité

Autre point marquant : on compte également peu d’adversaires farouches de l’utopie identitaire-sécuritaire (63 % de notes globales positives, dont 32 % de notes supérieures ou égales à +3).

L’examen de détail de l’évaluation de ses différentes dimensions montre qu’elle pâtit de ses orientations xénophobes et homophobes ; ses dimensions sécuritaires font, elles, l’objet d’un relatif consensus.

À croire que les Français aspirent à une société écologique où règnent l’ordre et la sécurité.

L’ancrage dans le local est également une dimension consensuelle, prisée tout à la fois (mais sans doute pour des raisons différentes) par les partisans de l’utopie écologique et ceux de l’utopie identitaire-sécuritaire.

Dans l’ensemble, la comparaison avec les résultats de 2019 semble indiquer le renforcement d’un désir de recentrage, de repli sur soi, de l’échelle nationale (poussée souverainiste) jusqu’au niveau personnel (aspiration au ralentissement, à l’épanouissement personnel).

On ne peut qu’être frappé par l’écart entre l’intensité de l’adhésion à un modèle de société écologique et son écho somme doute modeste dans les orientations politiques des Français. N’oublions pas que l’enquête visait à recueillir des idéaux ; il peut y avoir une importante distance entre l’adhésion à des perspectives lointaines et l’acceptation des conséquences immédiates de leur mise en œuvre.

Peut-être aussi l’écologie politique n’a-t-elle pas encore réussi à associer à son propos la mise en avant de modes de vie désirables.

Divisions dans le « rapport à l’autre »

Les résultats généraux de l’enquête mettent en lumière d’autres éléments de consensus au sein de la population française : l’exigence de liberté, le souci de l’égalité, la tolérance et le respect des droits individuels, la volonté de faire entendre sa voix (dans l’entreprise, dans les décisions politiques) ; mais aussi le rejet de l’augmentation de l’humain par la technologie, l’appétence pour les petites échelles, et, sur un plus personnel, un objectif d’autonomie et de réalisation de soi conjugué au désir de renforcement d’un lien social choisi…

Autant d’éléments dont le niveau d’adhésion a généralement progressé par rapport à 2019.

Les éléments de consensus ne doivent cependant pas masquer d’autres dimensions autour desquelles les Français se divisent, voire s’opposent.

La principale ligne de fracture semble résider dans le rapport à « l’autre », qui s’incarne dans les attitudes à l’égard de la mondialisation économique, mais aussi du cosmopolitisme et de l’« étranger ».

Comme si le pessimisme, largement partagé, s’incarnait chez certains par une volonté d’ouverture et de changement et chez d’autres par une posture nostalgique de repli s’accompagnant d’une attente de sécurité et de protection, voire de la restauration d’un certain ordre moral.

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Par Philippe Moati, Professeur en sciences économiques, Université Paris Cité

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Transition écologique: L’urgence de la formation des élus et fonctionnaires

Transition écologique: L’urgence de la formation des élus et fonctionnaires

 

Un appel qui mérite d’être entendu car la problématique environnementale ressemble aujourd’hui à une espèce d’auberge espagnole où tout est confirmé en même temps que le contraire. L’urgence serait sans doute de créer des formations qualifiantes reposant sur des bases réellement scientifiques et non sur les seules convictions désintéressés 

 

La transition écologique ne peut pas attendre cinq ans de plus, estime un collectif de fonctionnaires rassemblés au sein de l’association Une fonction publique pour la transition écologique (FPTE), qui demande plus de formation et des moyens pluriannuels.

 

Nous, collectif de fonctionnaires engagés pour une transition écologique, demandons à Emmanuel Macron de former et d’outiller les principaux élus du pays et les cadres dirigeants de la fonction publique en début de mandat, afin qu’ils prennent réellement conscience des enjeux et engagent enfin et véritablement notre pays dans une transition écologique, climatiquement soutenable et socialement juste, en cohérence avec l’accord de Paris de 2015 et les objectifs européens.

L’urgence est là, les solutions existent, martèlent les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) pour le climat et la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) pour la biodiversité.

Trois volets de mesures nous paraissent urgents et nécessaires. Nous proposons l’organisation de plusieurs séminaires de sensibilisation et de travail sur la transition écologique, sur le modèle de la convention citoyenne pour le climat, qui rassemblera pendant six jours un groupe composé d’élus (parlementaires, présidents de collectivités), de hauts fonctionnaires contribuant à la décision publique (directeurs généraux d’administration centrale et de collectivités, préfets, membres de cabinets ministériels), de représentants du monde économique et associatif et de citoyens tirés au sort.

Le cadre pédagogique particulier de la convention citoyenne a montré son efficacité. La diversité du public permet les rencontres, les coconstructions, et aux services publics d’imaginer et de mettre en œuvre des politiques sectorielles et transversales cohérentes avec d’autres acteurs.

La formation massive des hauts fonctionnaires déjà en poste, en particulier ceux qui exercent des responsabilités importantes ou évoluent dans six ministères prioritaires (économie et industrie, agriculture, intérieur, travail, affaires sociales et santé, environnement), devra être mise en œuvre, notamment lors de changements de fonctions.

 

En formation initiale, le tronc commun institué pour les principales écoles de service public doit être un véritable temps de formation en équipe pluridisciplinaire et surtout interécoles, qui incite à la coopération et à la collaboration sur le terrain. Outre que le module consacré à l’environnement nécessite d’être pérennisé et inscrit dans le temps long, les sujets environnementaux doivent intégrer l’ensemble du cursus afin qu’ils ne soient jamais occultés.

Environnement- Pas de planification écologique sans concertation démocratique

Environnement- Pas de planification écologique sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

________

Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pas de planification écologique sans concertation démocratique

 

Pas de planification écologique sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

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Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

France Stratégie pour une Planification écologique « soutenable »

 France Stratégie pour une Planification écologique « soutenable »

 

En attendant la nomination du prochain gouvernement dans les  jours à venir, France Stratégie ( rattaché  à Matignon) a dévoilé  dans un volumineux rapport de près de 300 pages, ses principales propositions en matière de planification. Fruit d’une série de séminaires sur les soutenabilités et de deux années de travaux, ce document vise à proposer des outils aux politiques. « Le point de départ de notre réflexion est la crise des Gilets jaunes. Elle est révélatrice d’une triple crise (écologique, sociale et démocratique). Elle a également révélé un épuisement de la société qui s’est traduite par de nombreux mouvements de contestation. On ne peut plus faire de politique publique comme avant. Si on fait une taxe carbone sans prendre en compte les enjeux sociaux, on va droit dans le mur », a expliqué à La Tribune, Hélène Garner, directrice du département Emploi et travail à France Stratégie. Les experts proposent de changer d’approche en matière de politique publique. « Les politiques publiques doivent être durables, systémiques et légitimes. Ce sont les trois piliers de la soutenabilité », complète Johanna Barasz, cheffe de projet « Action publique, société, participation ».

L’organisme rattaché à Matignon préconise de mettre en place une stratégie nationale en début de législature qui pourrait prendre la forme d’une loi de programmation quinquennale pour apporter une force contraignante à cette planification. La première étape pourrait passer par la planification écologique définie comme une priorité par le chef de l’Etat. France Stratégie propose notamment de s’appuyer sur les objectifs de développement durable (ODD) faisant aujourd’hui l’objet d’un consensus. Ces 17 objectifs inscrits dans l’agenda 2030 des Etats membres de l’organisation des Nations unies constituent la feuille de route pour parvenir à un modèle soutenable. Ils recouvrent un spectre assez large de thèmes en passant de la pauvreté à l’éducation, de l’alimentation à l’égalité ou encore les énergies propres.  »Les indicateurs et modèles soutenables existants sont utilisés marginalement dans les politiques publiques.  Il faut aller plus loin », déclare à La Tribune Johanna Barasz,

Plan d’investissement d’avenir (PIA), plan de relance, plan de résilience, plan France 2030….la liste des plans n’a cessé de s’allonger ces dernières années pour ce concept qui semblait enseveli depuis la chute de l’URSS au tournant des années 90.  »On manque d’une coordination entre tous ces plans. Il y a une dilution des efforts et des moyens avec un manque d’efficacité au final. Il peut y avoir un épuisement des agents publics aussi à multiplier ces processus. Notre objectif est d’avoir une meilleure articulation pour éviter la multiplication des plans et favoriser la transversalité », indique  Hélène Garner.

France Stratégie plaide pour une instance rattachée au Premier ministre en charge d’assurer la coordination et la cohérence des politiques publiques en matière de planification.

« Du point de vue administratif, il faut créer un orchestrateur. Il peut s’agir d’une institution ou d’un réseau d’institutions rattachés au Premier ministre. L’orchestrateur doit être aussi là pour conseiller le gouvernement et pour s’assurer de la soutenabilité des textes et garantir la bonne coordination et exécution des feuilles de route ministérielles. Il doit pouvoir alimenter le débat avec de la prospective par exemple. L’idée n’est pas de constituer un mastodonte », explique Johanna Barasz.

Pendant longtemps, l’idée de développement a été associée à la croissance et au bien-être. L’expansion de l’économie française pendant les « 30 glorieuses » a permis des gains de productivité et le financement de l’État-Providence mis en œuvre au sortir de la Seconde guerre mondiale. Avec la multiplication des catastrophes climatiques partout sur la planète, la notion de croissance liée aux énergies fossiles est de plus en plus contestée par les économistes.

L’épuisement des ressources naturelles pourrait rapidement rendre la terre inhabitable.  « Cette alliance entre croissance économique et progrès social semble aujourd’hui avoir atteint ses limites », soulignent les auteurs du rapport. Ils plaident dans le document de synthèse pour s’engager sur la voie étroite d’un modèle d’une croissance verte et d’une plus grande sobriété.

Environnement: Pour une vraie gouvernance de la planification écologique et énergétique

Environnement: Pour une vraie gouvernance de la planification écologique et énergétique

Pour le président du think-tank Cérémé, «il faut d’urgence redéfinir la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), en réformer la gouvernance en créant un grand ministère de l’Énergie rattaché à celui de l’Economie, et nommer un Défenseur de l’environnement» ( dans l »‘Opinion »)

 

 

Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire de la transition écologique et énergétique une priorité de son nouveau quinquennat, sous le contrôle direct du Premier ministre. Il faut s’en réjouir, car les conséquences de la guerre en Ukraine et la hausse à venir des besoins en électricité montrent la nécessité de réformer en profondeur les priorités et la gouvernance de notre politique énergétique, qui sont aujourd’hui obsolètes et inefficaces. Comment ?

Il nous faut un grand ministère chargé de l’énergie, de l’industrie et de la recherche, rattaché au ministère de l’Economie. Depuis 2008, l’énergie est rattachée au ministère de l’Ecologie et la tutelle du secteur public de l’énergie est partagée entre Bercy et l’Ecologie. C’est une erreur car la politique énergétique ne peut en aucun cas se résumer à sa seule composante écologique. Elle comporte des enjeux industriels, de création d’emplois, de compétitivité, de ré-industrialisation, de souveraineté, de financement…

Il faut donc la remettre au centre du village gouvernemental, c’est-à-dire à Bercy, afin de doter le nouveau ministre chargé de la planification énergétique d’une administration puissante, implantée dans tout le territoire, habituée à opérer des arbitrages entre des intérêts divers, qui a directement la main sur la gestion des deniers publics et qui dispose d’une connaissance intime des acteurs de l’économie qui seront impliqués dans cette transition.

Nous devons aussi voter une nouvelle loi de programmation de l’énergie . Le décret d’avril 2020 fixant la PPE est inadaptée pour atteindre nos objectifs climatiques et obsolète au regard des annonces du Président sur la prolongation du parc nucléaire en activité et le lancement de nouvelles centrales.

La guerre en Ukraine et ses conséquences sur le gaz révèle de manière éclatante l’absurdité de l’objectif de réduction de la part du nucléaire en France pour la remplacer par le couple gaz/énergies renouvelables intermittentes. Ce choix, fait par l’Allemagne,la conduit aujourd’hui à rouvrir des centrales à charbon pour réduire sa dépendance au gaz russe alors que grâce au nucléaire et à l’hydraulique, la France bénéficie d’une électricité décarbonée à 92%, qu’elle produit elle-même et paie beaucoup moins cher que ses voisins européens !

L’objectif de réduction du nucléaire ne repose, en outre, sur aucun fondement climatique. Il procède d’un accord politique visant, pour François Hollande, puis pour Emmanuel Macron, à rallier les Verts dont le credo historique s’est construit sur la lutte contre le nucléaire civil, pour des raisons largement irrationnelles si l’on compare les nuisances du couple indissociable énergies renouvelables intermittentes/énergies fossiles, à celles du nucléaire civil.

Enfin, pour réaliser la décarbonation de notre économie, il faudra de plus en plus électrifier nos moyens de transport, les processus de production industrielle,la régulation thermique des bâtiments et produire de l’hydrogène par électrolyse. Or, comme le disent le GIEC et l’Agence Internationale de l’Energie, au regard de nos connaissances technologiques actuelles, le caractère pilotable, puissant et concentré sur des espaces réduits,  décarboné, et d’un coût compétitif du nucléaire, fait de cette énergie la meilleure option pour répondre à la hausse massive des besoins en électricité. Il est temps de tenir compte de ces réalités et de revoir la PPE en conséquence.

L’Environnement doit être défendu rationnellement. Un défenseur de l’environnement doit être nommé pour faire des citoyens les garants de la primauté donnée à l’environnement. La plupart des candidats à l’élection présidentielle ont appelé à donner aux citoyens plus d’influence sur les décisions publiques. Pour que la protection de l’environnement, haute priorité du Président élu, associe les citoyens aux décisions, il faut l’incarner dans une autorité indépendante qui transcende le foisonnement des procédures locales et qui veille à la cohérence des décisions concernant ce sujet aux multiples composantes.

La création d’un Défenseur de l’environnement, sur le modèle du Défenseur des droits, constituerait une avancée majeure. Elle donnerait progressivement au droit de l’environnement la même assise juridique qu’aux autres libertés publiques. Et elle garantirait que la défense de l’environnement soit respectée par les futurs gouvernements, quelle que soit leur orientation politique.

Choix énergétiques raisonnés, gouvernance efficace, pérennité et incarnation de la protection de l’environnement, telles sont les conditions de la réussite de la planification écologique.

Xavier Moreno est président du think-tank Cérémé (Cercle d’étude réalités écologiques et mix énergétique).

Pour une vraie gouvernance de la planification écologique et énergétique

Pour une vraie gouvernance de la planification écologique et énergétique

Pour le président du think-tank Cérémé, «il faut d’urgence redéfinir la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), en réformer la gouvernance en créant un grand ministère de l’Énergie rattaché à celui de l’Economie, et nommer un Défenseur de l’environnement» ( dans l »‘Opinion »)

 

 

Emmanuel Macron a annoncé vouloir faire de la transition écologique et énergétique une priorité de son nouveau quinquennat, sous le contrôle direct du Premier ministre. Il faut s’en réjouir, car les conséquences de la guerre en Ukraine et la hausse à venir des besoins en électricité montrent la nécessité de réformer en profondeur les priorités et la gouvernance de notre politique énergétique, qui sont aujourd’hui obsolètes et inefficaces. Comment ?

Il nous faut un grand ministère chargé de l’énergie, de l’industrie et de la recherche, rattaché au ministère de l’Economie. Depuis 2008, l’énergie est rattachée au ministère de l’Ecologie et la tutelle du secteur public de l’énergie est partagée entre Bercy et l’Ecologie. C’est une erreur car la politique énergétique ne peut en aucun cas se résumer à sa seule composante écologique. Elle comporte des enjeux industriels, de création d’emplois, de compétitivité, de ré-industrialisation, de souveraineté, de financement…

Il faut donc la remettre au centre du village gouvernemental, c’est-à-dire à Bercy, afin de doter le nouveau ministre chargé de la planification énergétique d’une administration puissante, implantée dans tout le territoire, habituée à opérer des arbitrages entre des intérêts divers, qui a directement la main sur la gestion des deniers publics et qui dispose d’une connaissance intime des acteurs de l’économie qui seront impliqués dans cette transition.

Nous devons aussi voter une nouvelle loi de programmation de l’énergie . Le décret d’avril 2020 fixant la PPE est inadaptée pour atteindre nos objectifs climatiques et obsolète au regard des annonces du Président sur la prolongation du parc nucléaire en activité et le lancement de nouvelles centrales.

La guerre en Ukraine et ses conséquences sur le gaz révèle de manière éclatante l’absurdité de l’objectif de réduction de la part du nucléaire en France pour la remplacer par le couple gaz/énergies renouvelables intermittentes. Ce choix, fait par l’Allemagne,la conduit aujourd’hui à rouvrir des centrales à charbon pour réduire sa dépendance au gaz russe alors que grâce au nucléaire et à l’hydraulique, la France bénéficie d’une électricité décarbonée à 92%, qu’elle produit elle-même et paie beaucoup moins cher que ses voisins européens !

L’objectif de réduction du nucléaire ne repose, en outre, sur aucun fondement climatique. Il procède d’un accord politique visant, pour François Hollande, puis pour Emmanuel Macron, à rallier les Verts dont le credo historique s’est construit sur la lutte contre le nucléaire civil, pour des raisons largement irrationnelles si l’on compare les nuisances du couple indissociable énergies renouvelables intermittentes/énergies fossiles, à celles du nucléaire civil.

Enfin, pour réaliser la décarbonation de notre économie, il faudra de plus en plus électrifier nos moyens de transport, les processus de production industrielle,la régulation thermique des bâtiments et produire de l’hydrogène par électrolyse. Or, comme le disent le GIEC et l’Agence Internationale de l’Energie, au regard de nos connaissances technologiques actuelles, le caractère pilotable, puissant et concentré sur des espaces réduits,  décarboné, et d’un coût compétitif du nucléaire, fait de cette énergie la meilleure option pour répondre à la hausse massive des besoins en électricité. Il est temps de tenir compte de ces réalités et de revoir la PPE en conséquence.

L’Environnement doit être défendu rationnellement. Un défenseur de l’environnement doit être nommé pour faire des citoyens les garants de la primauté donnée à l’environnement. La plupart des candidats à l’élection présidentielle ont appelé à donner aux citoyens plus d’influence sur les décisions publiques. Pour que la protection de l’environnement, haute priorité du Président élu, associe les citoyens aux décisions, il faut l’incarner dans une autorité indépendante qui transcende le foisonnement des procédures locales et qui veille à la cohérence des décisions concernant ce sujet aux multiples composantes.

La création d’un Défenseur de l’environnement, sur le modèle du Défenseur des droits, constituerait une avancée majeure. Elle donnerait progressivement au droit de l’environnement la même assise juridique qu’aux autres libertés publiques. Et elle garantirait que la défense de l’environnement soit respectée par les futurs gouvernements, quelle que soit leur orientation politique.

Choix énergétiques raisonnés, gouvernance efficace, pérennité et incarnation de la protection de l’environnement, telles sont les conditions de la réussite de la planification écologique.

Xavier Moreno est président du think-tank Cérémé (Cercle d’étude réalités écologiques et mix énergétique).

Pour un vaste plan écologique et social de l’Europe

Pour un vaste plan écologique et social de l’Europe

 

Dans une tribune au « Monde », un collectif d’économistes, dont Lucas Chancel, Anne-Laure Delatte et Thomas Piketty, forme le vœu de créer un vaste plan européen pour sortir de la dépendance aux énergies fossiles et soutenir le pouvoir d’achat des ménages.

 

La guerre en Ukraine met cruellement en lumière la dépendance énergétique des Européens. Depuis le début du conflit, l’Union européenne (UE) a importé 39 milliards d’euros d’énergies fossiles de la Russie. La flambée des prix du pétrole et du gaz, atteignant des niveaux que l’on n’avait plus connus depuis la crise pétrolière de 1973, menace de causer des tensions sociales majeures. Les mesures prises dans l’urgence par les Etats européens au cours des derniers mois apparaissent à la fois trop lentes, trop faibles et trop peu coordonnées.

Mettre fin aux importations de gaz et de pétrole russe, tout en soutenant le pouvoir d’achat des ménages dans le cadre d’une trajectoire planifiée de décarbonation de nos économies est certes une équation compliquée, mais cela est à la fois indispensable et à notre portée.

Le Green Deal porté par l’Union européenne constitue un premier signal, mais ses objectifs et ses moyens actuels ne permettront pas de répondre adéquatement à l’urgence climatique et à ses conséquences sociales, surtout dans un contexte de tensions accrues sur les marchés de l’énergie. La présidence française du Conseil de l’UE devrait, sans délai, remettre sur la table la proposition d’adopter un nouveau traité européen autour des enjeux de la transition énergétique, avancée naguère par Jacques Delors. Ce traité devrait être articulé autour de trois piliers, et coordonné selon une méthode commune.

Premier pilier : un plan massif d’investissement. Les moyens dégagés par le Green Deal et le fonds de relance et de résilience sont totalement insuffisants. Décarboner nos économies et nos sociétés, et nous libérer du même coup de notre dépendance énergétique à l’égard des pays producteurs d’énergies fossiles, suppose d’isoler massivement les bâtiments publics et les logements, d’électrifier l’ensemble de la production industrielle et agricole, de développer massivement les transports ferroviaires et fluviaux, tant pour le transport des personnes que le fret, et d’atteindre 100 % d’énergie renouvelable. Cela suppose des investissements verts supplémentaires de 1,5 % à 2 % du PIB européen chaque année, selon la Commission.

Deuxième pilier : une véritable stratégie de transition professionnelle. La transition énergétique fera émerger de nombreux emplois nouveaux, mais elle affectera aussi des millions de travailleurs actifs dans les secteurs actuels des économies carbonées (automobile, transport maritime et aérien, extraction et raffinage des énergies fossiles, logistique…). A l’instar de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), le nouveau traité doit comporter un volet de soutien à la transition professionnelle des travailleurs affectés par cette transition, ainsi qu’un fonds de soutien aux classes moyennes et populaires pour faire face aux aléas des prix de l’énergie. Le fonds « transition juste » existant représente seulement 0,02 % du PIB européen, ce qui est totalement insuffisant par rapport aux besoins des ménages et aux entreprises vulnérables.

Environnement: Pas de transition écologique sans projet collectif

Environnement: Pas de  transition écologique sans projet collectif 

 

 

Jean Pisani-Ferry, économiste estime que dans une économie où les choix de chacun pèsent sur tous, il faut repenser le rôle de la puissance publique. Et donc oui, planifier. La question est de savoir comment, considère l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

 

Chronique.

 A défaut d’accéder au second tour, Jean-Luc Mélenchon a réussi à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.

 

L’expression surprend : le dernier plan français a pris fin en 1992. Mais, surtout, on a longtemps dit que la transition écologique reposerait sur le marché. Les économistes répétaient que le rôle des gouvernements n’était pas de jouer les chefs d’orchestre, mais de donner un prix au carbone. Le reste – choix des technologies, spécialisation sectorielle, consommation, modes de vie – serait du ressort des agents privés. L’Etat fixerait l’ampleur et le rythme de la transformation, le marché en déterminerait les modalités.

Cette belle architecture s’est défaite. En France, la hausse de la fiscalité carbone est suspendue depuis fin 2018 ; aux Etats-Unis, Joe Biden a renoncé à cet instrument ; dans le reste du monde, les recettes correspondantes sont neuf fois inférieures aux subventions aux énergies fossiles, selon les calculs de l’Institut d’économie pour le climat. Certes, le marché européen des quotas fonctionne, et l’UE envisage de l’étendre. Mais ce ne sera, au mieux, qu’un instrument partiel.

La raison première de cet échec est une hostilité sociale profonde à la tarification du carbone. Celle-ci n’est pas sans fondement : en France, en 2019, un quart seulement du produit des nouvelles taxes devait être redistribué aux ménages. Mais même une restitution intégrale, pour un montant égalitaire, est perçue comme injuste. Pour celles et ceux que le prix des combustibles contraint à se restreindre, l’équité commande d’obliger les plus aisés à renoncer à leurs week-ends à Rome. Pas d’en augmenter le prix.

Il y a pire. Si l’on veut qu’entreprises et ménages investissent pour réduire leurs émissions, il ne suffit pas de fixer le prix du carbone pour aujourd’hui, il faut aussi le programmer pour dans vingt ans. Or, les gouvernants ne peuvent pas lier les mains de leurs successeurs. Et quand ils le font, cela n’empêche pas l’Etat de se dédire : en 2013, l’abandon de l’écotaxe poids lourds lui a coûté 1 milliard d’euros en indemnités. Ce manque de crédibilité affaiblit grandement l’instrument.

Toujours nécessaire, le prix du carbone ne sera donc plus la pierre angulaire de la stratégie climat. L’Etat va agir davantage par la réglementation, la subvention, l’investissement, et assumer la responsabilité de choix technologiques, territoriaux ou sociaux. C’est, au fond, normal : entre nucléaire et renouvelables, entre mobilité électrique et hydrogène, entre métropolisation et renaissance des villes moyennes, la décision appartient à la société. Dans une économie où les choix de chacun pèsent sur tous, il faut repenser le rôle de la puissance publique. Et donc, oui, planifier. La question est comment.

Pas de transition écologique sans projet collectif

Pas de  transition écologique sans projet collectif 

 

 

Jean Pisani-Ferry, économiste estime que Dans une économie où les choix de chacun pèsent sur tous, il faut repenser le rôle de la puissance publique. Et donc oui, planifier. La question est de savoir comment, considère l’économiste dans sa chronique au « Monde ».

 

Chronique.

 A défaut d’accéder au second tour, Jean-Luc Mélenchon a réussi à imposer son thème-phare, la planification écologique, qu’Emmanuel Macron a repris à son compte en annonçant qu’il en chargerait directement le premier ministre.

 

L’expression surprend : le dernier plan français a pris fin en 1992. Mais, surtout, on a longtemps dit que la transition écologique reposerait sur le marché. Les économistes répétaient que le rôle des gouvernements n’était pas de jouer les chefs d’orchestre, mais de donner un prix au carbone. Le reste – choix des technologies, spécialisation sectorielle, consommation, modes de vie – serait du ressort des agents privés. L’Etat fixerait l’ampleur et le rythme de la transformation, le marché en déterminerait les modalités.

Cette belle architecture s’est défaite. En France, la hausse de la fiscalité carbone est suspendue depuis fin 2018 ; aux Etats-Unis, Joe Biden a renoncé à cet instrument ; dans le reste du monde, les recettes correspondantes sont neuf fois inférieures aux subventions aux énergies fossiles, selon les calculs de l’Institut d’économie pour le climat. Certes, le marché européen des quotas fonctionne, et l’UE envisage de l’étendre. Mais ce ne sera, au mieux, qu’un instrument partiel.

La raison première de cet échec est une hostilité sociale profonde à la tarification du carbone. Celle-ci n’est pas sans fondement : en France, en 2019, un quart seulement du produit des nouvelles taxes devait être redistribué aux ménages. Mais même une restitution intégrale, pour un montant égalitaire, est perçue comme injuste. Pour celles et ceux que le prix des combustibles contraint à se restreindre, l’équité commande d’obliger les plus aisés à renoncer à leurs week-ends à Rome. Pas d’en augmenter le prix.

Il y a pire. Si l’on veut qu’entreprises et ménages investissent pour réduire leurs émissions, il ne suffit pas de fixer le prix du carbone pour aujourd’hui, il faut aussi le programmer pour dans vingt ans. Or, les gouvernants ne peuvent pas lier les mains de leurs successeurs. Et quand ils le font, cela n’empêche pas l’Etat de se dédire : en 2013, l’abandon de l’écotaxe poids lourds lui a coûté 1 milliard d’euros en indemnités. Ce manque de crédibilité affaiblit grandement l’instrument.

Toujours nécessaire, le prix du carbone ne sera donc plus la pierre angulaire de la stratégie climat. L’Etat va agir davantage par la réglementation, la subvention, l’investissement, et assumer la responsabilité de choix technologiques, territoriaux ou sociaux. C’est, au fond, normal : entre nucléaire et renouvelables, entre mobilité électrique et hydrogène, entre métropolisation et renaissance des villes moyennes, la décision appartient à la société. Dans une économie où les choix de chacun pèsent sur tous, il faut repenser le rôle de la puissance publique. Et donc, oui, planifier. La question est comment.

Crise écologique et démocratie

Crise écologique et démocratie

Les philosophes Joëlle Zask et Eric Pommier affirment, dans leurs essais respectifs et complémentaires « Ecologie et démocratie » et « La Démocratie environnementale », la nécessité d’approfondir la démocratie pour répondre aux défis environnementaux.

 

 

« Ecologie et démocratie », de Joëlle Zask, Premier Parallèle, 232 p., 20 €, numérique 12 €.

« La Démocratie environnementale. Préserver notre part de nature », d’Eric Pommier, PUF, « L’écologie en questions », 268 p., 22 €, numérique 18 €.

analyse ( Le Monde)

C’est le tragique paradoxe de notre temps : face à l’urgence écologique, les réponses tardent à se concrétiser. Comment l’expliquer ? Depuis les années 1970, la démocratie est mise en cause, sous des angles opposés. Pour les uns, le système représentatif n’étant que le paravent des lobbys et du capital, le salut viendra d’une démocratie directe. Pour d’autres, la démocratie serait par essence incapable de prendre des mesures impopulaires : s’imposerait donc, afin d’agir efficacement, un Etat fort, sinon dictatorial.

Des travaux renouvellent ce sujet aujourd’hui. Après un colloque de Cerisy, dont les actes viennent d’être publiés (La Démocratie écologique. Une pensée indisciplinée, Hermann, 432 p., 24 €), des essais explorent le lien entre démocratie et écologie, notamment ceux d’Eric Pommier, La Démocratie environnementale, et de Joëlle Zask, Ecologie et démocratie. Différents dans leur style philosophique et leurs propositions, ils se complètent toutefois pour soutenir, contre les tentations autoritaires, qu’une démocratie bien comprise est moins le problème que la solution.

Le livre d’Eric Pommier part du constat que l’éthique environnementale, notamment celle consignée dans Le Principe responsabilité (1979 ; Cerf, 1990), du philosophe Hans Jonas (1903-1993), a échoué à transformer les sociétés dans un sens écologique. Pourtant, ce grand classique avait effectué une percée en reformulant l’éthique à l’aune des défis technologiques et de la responsabilité envers les générations futures et la nature. Sa formule reste une boussole précieuse : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre. »

Sauf que sa traduction politique n’est pas évidente. Comparant les régimes démocratiques capitalistes et leurs adversaires communistes, Jonas n’offrait aucune réponse claire. Pis, on lui a reproché de justifier un Etat autoritaire chargé du long terme. Si l’exégèse de Pommier soutient que ces critiques sont en partie injustes – car une existence « authentiquement humaine », donc capable de vigilance morale, ne peut être celle de somnambules assujettis à un pouvoir tutélaire –, elle indique aussi les moyens de sortir des perplexités de Jonas.

Pour un capitalisme écologique ? ( « L’Economie politique »)

Pour un capitalisme écologique ? ( « L’Economie politique »)

La revue trimestrielle consacre ce numéro à la transformation de l’approche comptable afin de coller aux nouveaux enjeux environnementaux. ( « Le Monde »). L’idée d’un capitalisme écologique va évidemment faire bondir ceux  qui parmi les écolos comme par exemple l’agitée du bonnet comme  Sandrine Rousseau qui sont davantage d es révolutionnaires anticapitalistes que réellement écologistes.

La nomination d’Emmanuel Faber, il y a quatre mois, à la tête du Conseil international des normes extra-comptables (ISSB), le pendant dans le domaine de la soutenabilité de l’organisme qui élabore les normes comptables internationales, apporte une vague d’espoir dans l’océan de doutes que nous traversons. L’ancien PDG de Danone – il a été remercié le 14 mars – qui s’est battu pour que la multinationale qu’il dirigeait accède au statut de « société à mission » introduit par la loi Pacte, est en effet connu pour son « activisme » en faveur d’un capitalisme responsable, dont la planète a grand besoin.Si l’on considère la comptabilité comme le langage de l’économie, tout l’enjeu de ce numéro de la revue éditée par le magazine Alternatives économiques est de mettre en avant des normes « qui permettraient d’inventer un modèle comptable adapté à un capitalisme écologique », énoncent les professeurs de sciences de gestion Bernard Colasse et Frédérique Déjean. Dans les comptes publics, le capital humain est par exemple systématiquement occulté. Or, selon les deux auteurs, « la comptabilité ne se contente pas de décrire le réel, elle agit sur lui par les comportements et les décisions des acteurs sociaux qu’elle induit ». Et de fait, la loi Pacte (« pour la croissance et la transformation des entreprises ») votée en 2019 par la France s’inscrit pleinement dans cette dynamique.

Prolongeant la réflexion sur les modèles comptables, Alexandre Rambaud présente le modèle CARE (pour comptabilité adaptée au renouvellement de l’environnement), porté par un collectif de chercheurs, d’ONG et d’entreprises. Il s’agit d’une réflexion très ambitieuse qui ne conçoit pas le capital d’une entreprise ou d’une organisation comme un actif à valoriser pour les actionnaires, mais comme une dette financière, sociale ou écologique, à rembourser. Le consultant Jean-Louis Weber étudie, quant à lui, le système de comptabilité économique de l’ONU et observe que la dégradation de la biodiversité n’est pas suffisamment suivie. Enfin, Xavier Timbeau, directeur de l’Observatoire français des conjonctures économiques, va un cran plus loin : modifier les règles comptables ne suffira pas pour changer le capitalisme, affirme-t-il.

Dans ce même numéro, l’économiste Anne-Laure Delatte et le politiste Benjamin Lemoine reviennent sur la stratégie mise en œuvre par le ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, de cantonner la dette Covid (215 milliards d’euros) et de s’engager dans la voie de son remboursement par une ressource fiscale. Ils déplorent le recours à une solution qu’ils jugent conservatrice, placée sous le sceau de l’austérité. Le gouvernement écarte ainsi, selon eux, toute politique alternative qui pourrait comprendre deux axes majeurs : « une réforme fiscale pour s’attaquer aux inégalités en hausse pendant la crise » et une coordination des politiques budgétaires et monétaires, permettant le retrait d’une partie des dettes publiques, vis-à-vis des pressions du marché.

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