Archive pour le Tag 'écologique'

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Une école écologique ?

Une école écologique ?

 

Plus de cinquante spécialistes des questions environnementales, parmi lesquels Samuel Cazenave, Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte, Serge Tisseron ou Ophélie Gaillard, expliquent, dans une tribune au « Monde », qu’il faut réviser les attributions du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, qui ne font aucune mention à l’éducation à la transition écologique.

On comprend évidemment que les préoccupations écologiques soient intégrées programmes de l’école mais de là à en faire une priorité, il y a un pas à ne pas franchir si on veut réellement redresser le niveau de l’enseignement en particulier en français et en maths NDLR

 

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé, le 16 avril, à Marseille que son quinquennat « sera écologique ou ne sera pas », en affichant le projet de « faire de la France une grande nation écologique », nous, citoyennes et citoyens engagés pour l’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD[adoptés en 2015 par les Nations unies], souscrivons à ce projet et souhaitons singulièrement appeler l’attention du chef de l’Etat sur l’outil éducatif.

La « nation écologique » a pour préalables indispensables une nation-école et une école écologique.

Ce qui suit est l’objet d’une première démarche collective de réflexion d’acteurs de l’éducation au développement durable et à la transition écologique. Et nous connaissons l’intérêt d’Emmanuel Macron pour l’école, qui vient d’en donner un nouveau témoignage en Sorbonne devant les recteurs, peu avant la rentrée scolaire [le 25 août].

Nous sommes convaincus de la nécessité de considérer l’enseignement aux défis sans précédent lancés au genre humain comme une véritable priorité au sein des administrations publiques qui transmettent des savoirs, dans l’enseignement secondaire comme supérieur et professionnel, au titre de la formation initiale et continue.

Une justice française inefficace

Une  justice française inefficace

 

L’avocat Stéphane Bonifassi estime, dans une tribune au « Monde », que la justice française ne souffre pas tant d’une insuffisance de moyens que, notamment au civil, d’une surproduction de jugements en l’absence d’outils procéduraux qui permettraient de limiter l’intervention des magistrats.

 

Le rapport des Etats généraux de la justice – dit rapport Sauvé – remis le 8 juillet au président de la République appelle à une augmentation substantielle des moyens de la justice et fait état d’un sous-investissement chronique. Pourtant, ce même rapport relève que la France se situe au-dessus de la médiane européenne pour les dépenses des tribunaux rapportées au produit intérieur brut ou au nombre d’habitants, selon la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (Cepej).

En même temps, la France présente un délai de traitement des affaires bien supérieur à la médiane européenne et la Cepej s’alarme de l’insuffisante efficacité de notre système judiciaire. Des moyens supérieurs à la médiane mais une justice plus inefficace que les autres : on ne saurait dire de manière plus convaincante que notre justice ne souffre pas seulement d’une insuffisance de moyens.

Pour autant, la justice civile française ne chôme pas. Ce sont plus de un million d’affaires qui ont été traitées en 2020 devant les tribunaux judiciaires en première instance. Bien que le juge civil français soit devenu un auteur particulièrement prolifique, il ne parvient pas à faire face aux stocks inépuisables d’affaires introduites.

Mais les difficultés rencontrées par la justice civile française ne seraient-elles pas justement liées à cette production de masse de jugements ?

En Angleterre, seules 5 % des affaires dont le juge civil est saisi font l’objet d’un jugement, selon une récente étude réalisée par le magistrat Michaël Haravon. Le reste, soit l’écrasante majorité, est transigé avant tout jugement. Le juge n’a alors à juger que les quelques affaires pour lesquelles aucun accord n’a pu être trouvé entre les parties.

En France, ce sont environ 70 % des affaires civiles qui donnent lieu à un jugement, selon les statistiques du ministère de la justice, sans parler des innombrables recours devant les cours d’appel ou la Cour de cassation. C’est ainsi que pour 14 076 décisions en matière civile rendues en 2020 par la Cour de cassation en France, son homologue la Cour suprême britannique a rendu en tout et pour tout 54 décisions, toutes matières confondues, y compris pénales. Les délais, du fait de ces recours innombrables, explosent.

Le choix fait par la justice britannique de favoriser le règlement amiable des différends permet un règlement plus rapide et mieux accepté du litige. En parallèle, le juge dispose de plus de temps et de plus de moyens pour traiter des affaires présentant une vraie complexité juridique.

Planification écologique : c’est pour quand ?

Planification écologique : c’est pour quand ?

Il faut souhaiter que les situations d’urgence vécues depuis le début de l’été accélèrent une prise de conscience qui résiste au passage des saisons. La salutaire planification écologique annoncée par le gouvernement attend toujours d’entrer dans les faits. Or, le temps presse Estime un papier du Monde.

Le dérèglement climatique a quitté cet été les rapports austères pour s’imposer plus que jamais dans la vie de millions de Français. Ces derniers sont soumis tour à tour à des canicules impitoyables et à des phénomènes orageux particulièrement violents, comme celui qui vient de frapper la Corse. L’heure est malheureusement aux superlatifs, avec des sécheresses sans précédent qui n’épargnent plus aucune région, accompagnées d’incendies dévastateurs. Habituée à porter secours, la France a été contrainte d’appeler cette fois-ci à l’aide ses partenaires européens pour les juguler. Le tribut versé par la faune et la flore à ces catastrophes promet d’être élevé.

L’eau, une ressource longtemps considérée comme abondante, devient un sujet grandissant de tensions entre ses utilisateurs, confrontés à la généralisation de restrictions dans une bonne partie des départements. Tensions qui sont allées jusqu’au vol, en Ardèche, dans un réservoir consacré à la lutte contre les incendies, une triste première. Elaborée à une époque probablement révolue, la gestion française de la ressource hydrique menace d’être inadaptée à une ère de pénuries.

Il est sans doute trop tôt pour évoquer une accélération du réchauffement du climat par rapport aux trajectoires de long terme, déjà sombres, du groupe d’experts des Nations unies consacré à son évolution, le GIEC. Le météorologue et climatologue Robert Vautard, qui en est membre, se garde de trancher dans nos colonnes, mais estime néanmoins que les modèles sur lesquels les scientifiques s’appuient localement « donnent une vision un peu trop optimiste pour le futur ». Ce constat ne peut qu’alimenter l’anxiété liée au dérèglement climatique.

Il faut souhaiter que cet été de catastrophes accélère une prise de conscience qui résiste au passage des saisons. Par le passé, d’autres épisodes de sécheresse ont été suivis sur l’instant des discours volontaristes qui se sont étiolés l’automne suivant, ou bien lorsqu’une année plus proche de ce qui était la norme leur a succédé.

Face aux situations d’urgence vécues depuis le début de l’été, la majorité des réponses a privilégié l’adaptation : renforcement des moyens de lutte contre les incendies, meilleur usage des ressources hydriques, y compris celui des eaux usées, rupture avec une activité sylvicole favorisant la monoculture qui fragilise les forêts face au feu.

Rien de significatif, en revanche, n’a été dit de la lutte indispensable et structurelle que la situation exige contre le réchauffement. Négligée pendant la campagne présidentielle, marquée par le résultat décevant du parti censé incarner les préoccupations environnementales, elle a été brièvement remise en haut de la pile dans l’entre-deux-tours par le président sortant, Emmanuel Macron. Avant d’être à nouveau reléguée sur l’échelle des priorités au début d’une session parlementaire dominée sur tous les bancs, de la gauche à l’extrême droite, par la question du pouvoir d’achat, y compris aux dépens de l’environnement, à l’unisson de l’opinion publique.

La salutaire planification écologique annoncée par le gouvernement attend toujours un début de traduction dans les faits. Le temps presse pourtant, pour une crise qui ignore les frontières et qui requiert donc une réponse multilatérale. Pour prôner sans aucun doute et à bon droit l’exemplarité lors de la COP27, la conférence sur le changement climatique prévue en novembre à Charm El-Cheikh, en Egypte, la France se doit au préalable de se montrer elle-même exemplaire.

Politique énergétique: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

Politique énergétique: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

______

(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

Politique énergétique: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

Politique énergétique: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

Energie: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

Energie: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

L’aveuglement écologique de l’Allemagne

L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

Transition écologique: Un manque général de compétences

 Transition écologique: Un manque général de compétences

 

Alors que la crise climatique oblige à accélérer la transition, les compétences manquent, estime, dans une tribune au « Monde », Justin Longuenesse, premier adjoint à la mairie de La Madeleine (Nord). Pour y remédier, l’élu municipal préconise de développer, sur le plan national, une gestion prévisionnelle des emplois et des compétences.

 

Du faîte d’un manque général de compétences, on assiste assez souvent à une sorte de délire aussi bien du côté « pour » que du côté « anti ». Un effort considérable doit être entrepris en amont en matière de recherche en matière de formation et de compétences opérationnelles . Faute de cela ,on continuera d’assister à un débat caricatural et à des politiques contradictoiressur l’enjeu central de la préservation de l’environnement NDLR

 

L’avertissement du GIEC, « le coût de l’inaction sera plus élevé que le coût de l’action », les jeunes diplômés français l’incarnent. Du « Manifeste pour un réveil écologique », en 2018, aux étudiants de Polytechnique, d’Agro Paris Tech et d’HEC cette année, leur message est clair : soit les entreprises refondent leurs activités en s’engageant pleinement dans la transition sociale et écologique, soit elles devront se passer de ces « têtes bien faites ».

Pour les entreprises, il y a pourtant urgence à se transformer : leurs modèles linéaires fondés sur une croissance de volumes infinis exercent une pression devenue insoutenable sur des ressources naturelles finies. L’augmentation spectaculaire du coût de l’énergie et des matières premières, symptôme de cette fuite en avant du « toujours plus », fragilise dangereusement nos sociétés dans leur ensemble.

Le décalage de plus en plus flagrant entre les convictions personnelles des collaborateurs et leurs objectifs professionnels participent au désengagement salarial. Nous constatons une fuite massive des talents vers les acteurs privés et associatifs les plus engagés dans la transition sociale et écologique qui assument clairement leur volonté d’œuvrer au bien commun.

Le véritable carburant de notre pays et de notre économie, ce n’est pas le pétrole. C’est le travail, cette ressource précieuse et renouvelable, fournie par les femmes et les hommes qui partagent leur énergie, leur volonté d’agir, leurs compétences et leurs expertises. Ce sont tous ces talents existants et en devenir qui s’engagent et s’engageront dans la transformation de notre pays.

Donc la principale question est : « Avons-nous aujourd’hui assez de têtes et de bras pour répondre au plus grand défi de notre siècle ? » Non ! Sur les secteurs des énergies renouvelables, du traitement de l’eau et de la valorisation des déchets, les compétences manquent cruellement quels que soient les profils recherchés.

Pour attirer les talents, les entreprises se livrent une véritable compétition dans un jeu à somme nulle, car nous ne formons pas assez, et pas assez vite pour pouvoir répondre à la demande. Avec une volonté affichée, les pouvoirs publics encouragent la mobilité douce et les transports en commun bas carbone.

Mais où sont les techniciens en charge de la réparation et de l’entretien des millions de vélos d’ores et déjà en circulation ? Où sont les architectes, les urbanistes et les ouvriers nécessaires à la construction des nouvelles infrastructures qui offriront des alternatives crédibles à la voiture ? Où sont les conducteurs de train, de tramway et de bus pour amplifier durablement ces changements vertueux ?

Sondage–la planification écologique plébiscitée

 

 

Sondage–la planification écologique plébiscitée

La sortie des énergies fossiles, rencontre le soutien de près de trois sur quatre d’entre (71 %), selon un sondage OpinionWay-Square pour « Les Echos » et Radio classique.

Pour autant, l’ambition écologique de l’exécutif est loin d’être unanimement partagée. Alors que les jeunes et la quasi-totalité des électeurs de gauche et du centre le suivent dans cette voie, ceux de Valérie Pécresse traînent un peu les pieds, seuls 58 % d’entre eux déclarant approuver le dessein du gouvernement. Les électeurs de Marine Le Pen et plus encore ceux d’Eric Zemmour sont, quant à eux, majoritairement opposés à la décarbonation de la France.

Ils sont seulement 46 % chez les premiers et 36 % chez les seconds à se dire favorables à voir la France se hisser au rang de grande nation écologique. C’est-à-dire qu’elle devienne le premier pays développé au monde à sortir des fossiles, comme le projette Emmanuel Macron.

En dehors du sentiment de fierté nationale qu’éveille chez elle cet objectif, l’opinion est très majoritairement acquise aux solutions qui visent à l’atteindre. L’amplification du programme d’aides aux travaux « MaPrimeRénov » fait l’unanimité avec 89 % de jugement favorables. La proposition d’aligner la rémunération des chefs d’entreprise selon qu’ils touchent ou ratent les cibles environnementales qui leur sont imparties bénéficie de l’assentiment de 78 % des sondés. Idem pour l’instauration d’un dispositif de location longue durée d’un véhicule électrique pour moins de 100 euros par mois avec 70 % d’avis favorables.

Ce mouvement d’approbation s’érode un peu sur la question du nucléaire. Près de deux Français sur trois (65 %) approuvent la construction de nouveaux réacteurs. Les  Français s’inquiètent pour l’avenir de la planète. Ils sont 44 % à considérer qu’il est déjà trop tard pour agir contre le réchauffement climatique. Parmi les personnes interrogées qui jugent nécessaire d’investir pour s’en préserver, c’est-à-dire pratiquement toutes (96 %), une forte minorité (42 %) considère qu’il faut le faire pour s’adapter à ses effets plutôt que pour s’attaquer à ses causes.

 

La mutation écologique passe par l’industrialisation du pays

 La mutation écologique passe par l’industrialisation du pays

Le  directeur général de la Caisse des Dépôts ,Eric Lombard,  rappelle l’importance du développement maîtrisé des territoires ( papier de la  Tribune)

Le territoire n’a jamais été autant au coeur des attentions. Si on le regardait déjà différemment avant la crise, les changements et remises en question engendrés par celle-ci ont sans doute accélérer un mouvement de fond qui, certes, existait déjà mais de manière plus discrète.

Pour rappel, c’est déjà dans un contexte de pouvoir redonné aux élus que la Caisse des Dépôts a lancé la Banque des Territoires en 2018. L’idée était déjà de confier à nouveau les manettes décisionnelles aux élus, ceux qui sont sur le terrain et connaissent tout du besoin de leur territoire. Quatre ans après la naissance de cette marque, Eric Lombard n’est pas mécontent du bilan qu’il juge « positif » en rappelant que « le volume de l’investissement sur les territoires a été multiplié par 3 ». Des territoires « qui se transforment ». Vite. L’enjeu étant que cette transformation se fasse bien.

« Bottom up » plutôt que « top down »

Dans le rôle du levier, le programme « Action Cœur de Ville» a créé une appétence certaine auprès des élus. « C’est un bon modèle de l’action territoriale », reconnaît Eric Lombard. Parce que « nous avons mis à disposition une boîte à outils » et que le tout s’est fait avec les différentes associations d’élus. « Les outils sont à leur disposition. Ce sont les élus qui décident des projets », insiste encore Eric Lombard.  Une façon de dire que ce n’est pas un programme national dupliqué en région (comme le faisait l’ex-DATAR) mais qu’il appartient à chaque élu de développer les projets dont ont besoin leur territoire.  En langage startup, ça s’appelle «bottom up» plutôt que «top down». Et preuve du succès, sa prolongation jusqu’en 2026 par le Premier ministre, Jean Castex, il y a un an, lui accorde une plus grande longévité que prévu, initialement de quatre ans.

Et puisque l’état d’esprit fonctionne bien, c’est le même schéma qui a été dupliqué pour le programme «Petites Villes de demain». « Nous y injectons quatre fois plus d’ingénierie, soit 200 millions d’euros », indique Eric Lombard. Dédié aux communes de moins de 20.000 habitants qui représentent à la fois une centralité mais aussi une fragilité, le programme a connu un démarrage rapide dès 2021. Il faut dire qu’entre-temps, la crise sanitaire a créé un exode urbain qui a redonné encore plus d’appétence aux villes hors métropoles. « Ce programme est arrivé au bon moment, apportant une réponse à la fois aux Gilets jaunes qui ne se sentaient pas bien traités par la République et à la crise. Nous avons maintenant un sujet de construction de logements, notamment de logements sociaux. Nous devons accélérer le rythme de construction en étant soucieux de sujets comme l’artificialisation des sols et en intégrant la mobilité douce ».

Les friches, atout pour l’industrie durable

Dans ce contexte, les friches peuvent être un atout. Déjà pris en main par les Safer (les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural) qui peinent à trouver toutes les solutions, le Fonds Friche, doté de 100 millions d’euros et réitéré pour la troisième fois depuis le début de l’année, doit aussi être un outil utile. « Les friches disponibles doivent être utilisées et ce travail doit être mené, lui aussi, avec les élus ».

Créé bien avant la crise, mais freiné par celle-ci, un autre programme pourrait bien accompagner le mouvement de réindustrialisation désiré. Car « Territoires d’industries » a vocation à rassembler les parties prenantes autour de problématiques industrielles partagées, en intégrant évidemment le volet durabilité. « La transformation écologique nécessite impérativement l’industrialisation du pays », affirme Eric Lombard. « Si l’on veut fabriquer durable, il faut des usines propres, des usines plus sobres en énergie, en gaz carboné et cela doit être fait de façon pérenne ». Favoriser une industrialisation verte, c’est aussi, rappelle le directeur général de la CDC, « créer des emplois, avoir un effet positif sur la balance commerciale… ». Et « Territoires d’industries est aussi un sujet lié à l’utilisation des friches. C’est un élément de la solution ».

Et Eric Lombard de rappeler que la Caisse des Dépôts est un partenaire qui choisit la durée. « Chaque ville à ses problématiques, nous nous inscrivons dans le temps long, nous accompagnons les élus dans la durée. Même si un programme venait à s’achever, nous serons présents ». De quoi jouer un effet réassurance.

Marseille en Grand, effet labo

Et puis il y a aussi l’effet expérimentation. Le « Plan Marseille en Grand » est de ces projets qui servent de laboratoire. Avec ses lieux d’incubations et ses tiers-lieux, la Cité phocéenne qu’Eric Lombard a beaucoup parcouru, est « une terre d’entreprenariat », reconnaît-il. La rénovation des écoles et la rénovation des bâtiments en n’oubliant pas le volet logement social – parts majeures du Plan – sont les deux sujets dans lesquels la CDC s’investit.

Pour son directeur général, le partage d’expérience entre élus est aussi une très bonne façon de faire infuser les idées, de dupliquer des modèles qui fonctionnent très bien dans d’autres endroits . C’est ce Printemps des territoires que la CDC organise chaque année et qui met tous les élus, de tous bords politiques dans un processus d’échange et de désir de changer leur ville. Autrement dit, « la politique au service de la ville ».

Transition écologique : enjeu économique

Transition écologique : enjeu économique

La transition peut réussir à condition de réunir quatre préalables : taxer le pétrole, assurer l’efficacité énergétique, sortir du mythe du bien commun et repenser la filière nucléaire, estime, dans une tribune au « Monde », l’énergéticien Gilles David.

 

La situation est grave, et les perspectives sombres. Le temps est compté avant le point de non-retour et le chaos. C’est en tout cas ce que beaucoup affirment dès que le sujet de la transition énergétique est abordé.

Pourtant, être un entrepreneur lucide et investi dans les « cleantech » [technologies propres] donne une vision autre de la réalité. Le sérieux et la complexité des enjeux ne doivent pas empêcher un optimisme lucide. Car, loin d’une foi aveugle dans la technologie et la science, c’est l’histoire qui nous ramène à la mesure et la raison.

En effet, si la crise énergétique et existentielle que nous traversons est d’une intensité inédite, elle n’en est pas moins une nouvelle réplique des secousses récurrentes que connaît notre monde en matière d’énergie. Moulins à vent et à eau ont ainsi permis, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, à l’industrie européenne de produire farine, papier et… armes. A cette date, presque toutes les chutes d’eau en France sont équipées.

En Angleterre, ce sont les besoins croissants en énergie qui provoquèrent, aux XVIIe et XVIIIsiècles, une grave pénurie de bois et l’émergence du charbon, d’abord pour remplacer le bois dans les cheminées, les hauts-fourneaux et les fours à verre et ensuite pour remplacer les barrages, grâce à la machine à vapeur. C’est aussi la crise pétrolière de 1973 – et la forte hausse des tarifs du pétrole – qui a conduit le nucléaire à remplacer le pétrole dans notre pays. Le nucléaire n’aurait pas connu un tel développement sans cette crise.

En réalité, les avancées énergétiques se sont toujours faites pour des raisons d’abord économiques. La transition énergétique que nous appelons tous de nos vœux n’échappe pas à cette règle. Elle se fera si les conditions économiques d’un marché de la production d’énergie sans CO2 et l’efficacité énergétique sont réunies. Elle réussira si elle est technologique, libérale et régulée par des politiques visionnaires.

A l’échelle de l’homme, l’énergie disponible est illimitée. Entre le soleil, le vent, la géothermie, les combustibles fossiles ou le nucléaire, le problème n’est pas la raréfaction de l’énergie. Le problème est celui de son coût de production, de son stockage et de ses externalités. L’énergie n’est pas gratuite.

Elle coûte en capital et en main-d’œuvre. Pour produire de l’énergie, il convient donc de mobiliser du capital, de disposer de moyens humains ainsi que de conditions de marché permettant de vendre la production. La question est d’abord économique et non physique.

Environnement : la transition écologique est surtout un enjeu économique

Environnement : la transition écologique est surtout un enjeu économique

La transition peut réussir à condition de réunir quatre préalables : taxer le pétrole, assurer l’efficacité énergétique, sortir du mythe du bien commun et repenser la filière nucléaire, estime, dans une tribune au « Monde », l’énergéticien Gilles David.

 

La situation est grave, et les perspectives sombres. Le temps est compté avant le point de non-retour et le chaos. C’est en tout cas ce que beaucoup affirment dès que le sujet de la transition énergétique est abordé.

Pourtant, être un entrepreneur lucide et investi dans les « cleantech » [technologies propres] donne une vision autre de la réalité. Le sérieux et la complexité des enjeux ne doivent pas empêcher un optimisme lucide. Car, loin d’une foi aveugle dans la technologie et la science, c’est l’histoire qui nous ramène à la mesure et la raison.

En effet, si la crise énergétique et existentielle que nous traversons est d’une intensité inédite, elle n’en est pas moins une nouvelle réplique des secousses récurrentes que connaît notre monde en matière d’énergie. Moulins à vent et à eau ont ainsi permis, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, à l’industrie européenne de produire farine, papier et… armes. A cette date, presque toutes les chutes d’eau en France sont équipées.

En Angleterre, ce sont les besoins croissants en énergie qui provoquèrent, aux XVIIe et XVIIIsiècles, une grave pénurie de bois et l’émergence du charbon, d’abord pour remplacer le bois dans les cheminées, les hauts-fourneaux et les fours à verre et ensuite pour remplacer les barrages, grâce à la machine à vapeur. C’est aussi la crise pétrolière de 1973 – et la forte hausse des tarifs du pétrole – qui a conduit le nucléaire à remplacer le pétrole dans notre pays. Le nucléaire n’aurait pas connu un tel développement sans cette crise.

En réalité, les avancées énergétiques se sont toujours faites pour des raisons d’abord économiques. La transition énergétique que nous appelons tous de nos vœux n’échappe pas à cette règle. Elle se fera si les conditions économiques d’un marché de la production d’énergie sans CO2 et l’efficacité énergétique sont réunies. Elle réussira si elle est technologique, libérale et régulée par des politiques visionnaires.

A l’échelle de l’homme, l’énergie disponible est illimitée. Entre le soleil, le vent, la géothermie, les combustibles fossiles ou le nucléaire, le problème n’est pas la raréfaction de l’énergie. Le problème est celui de son coût de production, de son stockage et de ses externalités. L’énergie n’est pas gratuite.

Elle coûte en capital et en main-d’œuvre. Pour produire de l’énergie, il convient donc de mobiliser du capital, de disposer de moyens humains ainsi que de conditions de marché permettant de vendre la production. La question est d’abord économique et non physique.

Action écologique internationale depuis 50 ans : surtout du bla-bla

Action écologique internationale depuis 50 ans : surtout du bla-bla

 

L’historien Christophe Bonneuil rappelle, dans une tribune au « Monde », que la réduction du poids des combustibles fossiles et de leurs effets néfastes sur le climat a été inscrite à l’agenda politique international dès 1972.

 

Il y a cinquante ans, le 16 juin 1972, se clôturait à Stockholm la Conférence des Nations unies sur l’environnement humain, premier sommet onusien de la Terre, avant celui de Rio, en 1992. Alors que les questions environnementales n’étaient guère mentionnées dans la Charte des Nations unies de 1945, l’« environnement » et la possibilité que les modèles de développement humain altèrent l’habitabilité de la planète se voyaient érigés en enjeu global.

Que se passe-t-il à l’approche de la conférence de Stockholm pour que « l’environnement global » soit dans toutes les bouches et que l’écologie mette des millions de personnes dans les rues (20 millions en avril 1970 lors du premier « Jour de la Terre ») ? Avec un PIB mondial multiplié par 2,5 et des échanges mondiaux quadruplant entre 1950 et 1970, la transformation massive des armements et des modes de production, d’échange et de consommation malmène déjà l’habitat terrestre. La guerre froide a déjà généré des dizaines de milliers de mètres cubes de déchets nucléaires. Le basculement vers un système énergétique à dominante pétrolière a multiplié la consommation d’énergie par 16 au XXe siècle et favorisé l’urbanisation, le règne de l’automobile, une agriculture motorisée et chimiquement perfusée. Les polluants menacent les équilibres des forêts, des océans, des zones humides et altèrent le cadre de vie et la santé des urbains. Surtout, dans un contexte de détente Est-Ouest, d’anti-impérialisme (guerre du Vietnam, luttes postcoloniales, mouvement des droits civiques) et de radicalisation de la jeunesse, les aspirations des sociétés et les horizons des diplomates ont changé.

Quatre synthèses majeures participent à la visibilité croissante des enjeux écologiques : le livre Printemps silencieux (1962), de la biologiste américaine Rachel Carson (1907-1964) ; le rapport « Restaurer la qualité de notre environnement » remis en 1965 à la Maison Blanche ; le rapport Meadows sur les « limites à la croissance » de 1972 ; le livre Only One Earth (« une seule Terre »), commandé par l’ONU à Barbara Ward et René Dubos, pour poser les bases du sommet de Stockholm.

Deux des 109 recommandations finales du sommet de Stockholm prônent une vigilance sur les « activités pour lesquelles il existe un risque appréciable d’effets sur le climat ». Si le réchauffement climatique n’est encore qu’un des nombreux problèmes, avec les pollutions, les marées noires, l’urbanisation incontrôlée, les déchets, les limites des ressources, les dégâts des pesticides, qui s’agrègent pour former le concept d’« environnement global », il n’en est pas moins présent. Le rôle des produits de combustion dans l’effet de serre est connu depuis le début du XXe siècle, mais il faut attendre le milieu des années 1950 pour que la teneur croissante de l’atmosphère en CO2 soit surveillée. Les services géologiques des Etats-Unis annoncent, à la fin des années 1950, une montée des océans déjà en cours. En 1967, les premiers modèles 3D du climat prévoient un net réchauffement planétaire : + 0,5 °C entre 1970 et l’an 2000, puis entre + 2 et + 4 °C au cours du XXIe siècle.

Planification écologique : du pipeau !

Planification écologique : du pipeau !

 

 

 

La nouvelle planification écologique annoncée par le gouvernement reste dans le flou, regrettent, dans une tribune au « Monde », l’économiste Cédric Durand et le sociologue Razmig Keucheyan. Ils rappellent que des mesures venues d’en haut ne suffiront pas à assurer le succès de la bifurcation écologique.

 

Après des décennies de fantasmes néolibéraux sur les vertus autorégulatrices de l’économie de marché, le retour en grâce du plan s’apparente à un retour du refoulé. On n’échappe pas à notre destin économique collectif et à la nécessité de le gouverner ensemble. L’instabilité financière endémique, la crise écologique, les soulèvements populaires et les commotions guerrières réinstaurent la primauté du politique sur l’économique. Planifier, donc, c’est regarder ensemble dans la même direction. Mais regarder comment ? L’institution de la nouvelle planification écologique par le gouvernement Borne reste dans le flou. Plus inquiétant, les principes mêmes qui la fondent ne sont pas explicités. Alors que la planification écologique est directement rattachée à la première ministre, en soi un geste fort, on attend toujours un discours qui en préciserait l’esprit et une architecture institutionnelle lui donnant consistance.

Les premiers éléments dont on dispose laissent présager un émiettement peu lisible et difficilement pilotable des compétences. Ainsi, le secrétaire général en charge de ce dossier à Matignon se voit confier une mission aux contours vagues et peu engageants : « coordonner l’élaboration des stratégies nationales » en matière d’écologie. En somme, on cherche toujours les raisons de croire que la planification écologique n’est pas, de la part du pouvoir macronien, un simple élément de langage électoraliste visant à mordre sur les plates-bandes mélenchonistes.

Une instance pour le temps long

Le premier fondement de la planification est d’être démocratique. Dans son récent rapport sur le sujet, France Stratégie met bien en avant cette préoccupation : s’il s’agit de transformer la structure énergétique sur laquelle repose notre société et, plus largement, notre relation à la nature, il faut pouvoir s’appuyer sur une légitimité en acier trempé. Une légitimité bien plus solide que celle que procurent de courtes victoires électorales. Pour l’obtenir, la participation populaire, l’ancrage territorial, l’implication des branches économiques et du monde associatif, l’éclairage des communautés scientifiques sont indispensables. Elles doivent être organisées en une instance spécifiquement conçue pour le temps long. Elle peut être rattachée à Matignon, puisqu’une forme de centralisation politique permettant la hiérarchisation des objectifs est souhaitable. Mais ses liens avec le Parlement, où sont plus largement représentés les divers secteurs et sensibilités qui traversent la société, doivent être permanents.

Ukraine et guerre: Un coût écologique exorbitant

Ukraine et guerre: Un coût écologique exorbitant

 

Par Claire Legros dans le Monde

 

Une nouvelle génération d’historiens éclaire le rôle décisif des conflits dans la crise environnementale globale que l’on connaît aujourd’hui. A l’heure de l’insécurité climatique, les Etats peuvent-ils concilier guerres et écologie ?

Dans le fracas des bombardements sur les populations civiles, l’appel est passé inaperçu. « La nature n’a pas de frontières, et elle est aussi violée et torturée par l’invasion russe », alertait le 22 avril, à l’occasion de la Journée de la Terre, Iryna Stavchuk, vice-ministre ukrainienne de l’environnement et des ressources naturelles. A l’horreur des massacres humains de la guerre en Ukraine vient s’ajouter une catastrophe écologique dont on peine à mesurer l’ampleur.

Dans un pays fortement industrialisé et doté du deuxième parc nucléaire d’Europe, héritage de l’ère soviétique, les risques de pollution des sols et des nappes phréatiques sont multiples. « Des usines chimiques ont été bombardées dans un pays particulièrement vulnérable. L’Ukraine couvre 6 % du territoire européen, mais on y recense 35 % de sa biodiversité avec quelque cent cinquante espèces protégées et de nombreuses zones humides, reconnues d’importance internationale par la convention de Ramsar en 1971. Mais aussi une industrie vieillissante », constate Marie-Ange Schellekens, chercheuse en droit de l’environnement à l’université de La Rochelle, qui travaille sur la prévention des conflits et la sécurité environnementale.

Tour à tour enjeu stratégique, arme de guerre ou victime collatérale, l’environnement n’a jamais été épargné dans la longue histoire des peuples et de leurs affrontements. Des batailles menées par Darius contre les Scythes en – 513 av. J.-C. jusqu’aux puits de pétrole incendiés au Koweït par l’armée de Saddam Hussein en 1990, la stratégie de la terre brûlée et l’empoisonnement des sources se sont de tout temps révélés des armes redoutables. « Une large majorité des conflits ont une dimension environnementale si on y inclut la question des ressources », note Marie-Ange Schellekens.

Dans cette histoire de feu et de sang, les conflits de masse du XXe siècle ont franchi un palier. Les guerres industrielles, capables d’anéantir les populations, dévastent aussi durablement les écosystèmes. Un siècle après l’armistice de 1918, les dizaines de tonnes d’obus abandonnés par les belligérants continuent de libérer leurs composés chimiques dans les sous-sols de la Somme et de la Meuse. Des millions de mines disséminées en Afghanistan ou au Nigeria polluent durablement des terres agricoles, condamnant la population à la peur et au dénuement. Sans compter l’arsenal atomique qui fait peser une menace écologique sans précédent dans l’histoire de l’humanité. « L’arme nucléaire marque une rupture, par sa puissance de destruction totale sur les humains et les autres vivants, explique le politiste Bruno Villalba, auteur de L’Ecologie politique en France (La Découverte, 127 p., 10 euros), et aussi parce que ses ruines irréversibles, y compris la gestion des déchets nucléaires, s’inscrivent dans le temps long, ce que le philosophe Günther Anders appelle “la permanence du globicide”. »

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