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Les sciences face à la transition écologique (fondation Hulot)

Les  sciences face à la transition écologique (fondation Hulot)

Dans cet ouvrage publié chez Odile Jacob, une trentaine de scientifiques, membres de la Fondation Nicolas Hulot, mettent en garde contre les usages contestables qui peuvent être faits du discours et de l’autorité scientifiques pour servir des intérêts économiques.( Le Monde)

Livre.

 

 Jamais la science n’a été aussi présente dans l’espace public, son capital symbolique capté de toutes parts, sa prestigieuse caution âprement revendiquée par les responsables politiques, les capitaines d’industrie, les lobbyistes ou les organisations militantes. Et pour cause : l’activité scientifique nourrit autant l’innovation technique et la croissance qu’elle permet d’évaluer l’impact – bénéfique ou délétère – de tout l’éventail des activités humaines sur la santé ou l’environnement. On le voit avec la crise due au Covid-19 : la science a pris tant de place qu’elle se confond parfois avec le politique, semblant indiquer au pouvoir la seule ligne de crête praticable pour affronter une menace.

 « La » science ? Le conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot (FNH) a judicieusement préféré parler « des » sciences, au pluriel. Pour ses vingt ans d’existence, cet aréopage d’une trentaine de scientifiques engagés signe un ouvrage qui interroge la place des sciences dans une société supposée entamer une transition écologique.

Diversité de disciplines

Au reste, le conseil scientifique de la FNH n’aurait guère pu parler de « la » science, sans se trouver légèrement à contre-emploi. Parmi les membres du conseil, on trouve en effet des philosophes, des économistes, des climatologues, des historiens, des écologues, des mathématiciens ou encore des juristes. Et même un astrophysicien. Cette diversité de disciplines et donc de sensibilités scientifiques donne à l’ouvrage son originalité, et toute la profondeur de son analyse.

Y sont explorés, dans six chapitres largement autonomes, les rôles que peuvent jouer l’acquisition et la transmission du savoir dans la transition écologique – bien que celle-ci, omniprésente dans les discours, demeure encore largement absente des politiques publiques.

Le premier de ces rôles est bien sûr celui de l’expertise et de la consolidation des connaissances acquises. Avec, comme exemple majeur, celui du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le célèbre panel de scientifiques qui, depuis la fin des années 1980, rassemble et synthétise l’ensemble du savoir disponible sur le changement climatique. Et fixe le consensus scientifique sur lequel l’action politique peut – ou pourrait – s’appuyer.

Mais les auteurs n’en restent pas à cet exemple qui, à lui seul, donnerait de l’activité scientifique une image par trop idéale, comme si la connaissance nécessaire à l’action faisait toujours l’objet de consensus apaisés, projetant sur la société une rationalité bienfaisante. Au contraire : le conseil de la FNH met aussi en garde sur les usages contestables qui peuvent être faits du discours et de l’autorité scientifiques, notamment par le détournement du doute méthodique par des intérêts économiques contrariés. Car le doute, disent en substance les auteurs, s’il est l’un des moteurs de la démarche scientifique, peut aussi s’avérer un frein puissant et entraver la prise de décision, en instrumentalisant les incertitudes inhérentes à l’acquisition de toute connaissance.

Nucléaire États-Unis : le renouveau au nom de la cause écologique

Nucléaire États-Unis : le renouveau au nom de la cause écologique

Biden veut faire de la lutte contre le changement climatique l’un des piliers de son administration et a soutenu la recherche et le développement de technologies nucléaires avancées.

Les réacteurs nucléaires génèrent une électricité pratiquement sans émissions, ce qui signifie qu’ils peuvent contribuer à atteindre des émissions nettes nulles issues de la production d’électricité dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Les États-Unis ont environ 94 réacteurs traditionnels, sur les 440 dans le monde, mais la hausse des coûts a contraint de nombreuses usines à fermer et cinq autres devraient fermer cette année dans l’Illinois et à New York. L’énergie nucléaire fait face à la concurrence des centrales électriques qui brûlent du gaz naturel bon marché et abondant et des énergies renouvelables, notamment éolienne et solaire.

Le secteur de l’électricité aux États-Unis se caractérise par une large prédominance des combustibles fossiles : leur part dans la production d’électricité atteint 62,1 % en 2019, dont 23,3 % pour le charbon et 38,4 % pour le gaz ; la part du nucléaire est de 19,5 % et celle des énergies renouvelables de 18,1 % (hydroélectricité : 6,5 %, éolien : 7,2 %, solaire : 2,6 %, etc.).

Par comparaison en France ,à ce jour, il y a 19 centrales nucléaires et 58 réacteurs répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain. Placée au 2e rang mondial en matière de production d’énergie nucléaire, la France est fortement dépendante de ses centrales. En effet, dans le mix énergétique français, le nucléaire est la première ressource servant à produire de l’électricité. Selon RTE, en 2017, 71,6 % de la production totale d’électricité en France provenait des centrales nucléaires. Le point sur les centrales nucléaires en France.

En outre, dans le monde entier, les centrales nucléaires sont confrontées à des coûts de maintenance et de sécurité croissants, notamment la protection contre les attaques de militants ou les réponses réglementaires à la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon en 2011.

Cinq nouveaux réacteurs nucléaires ont été mis en service l’année dernière en Chine, en Russie, en Biélorussie et aux Émirats arabes unis, selon Sama Bilbao y Leon, le directeur général du groupe industriel, l’Association nucléaire mondiale.

« Comment réussir la transition écologique »

« Comment réussir la transition écologique »

 «  La politique n’est pas qu’une affaire de plomberie, c’est aussi une affaire de poésie  », clame la députée du Nord, Valérie Petit, qui appelle dans le journal l’opinion à convoquer les sentiments des Français pour réussir la transition écologique.

 

 

 

Chronique dans le Monde

 

Ce n’est ni une preuve scientifique, ni un discours politique qui ont fait de moi une écologiste convaincue, c’est une émotion, celle que nous ressentons face au spectacle grandiose et vibrant de la nature. Celle que narrent les astronautes qui ont contemplé la planète bleue depuis l’espace, celle que nous éprouvons sous un ciel étoilé, face à l’océan, dans les profondeurs de la forêt ou dans le regard d’un animal aimé. Une émotion presque magique, pour ne pas dire mystique, qui nous fait nous sentir tout petits mais connectés à quelque chose d’immense. Elle nous procure joie, gratitude, mais aussi le sens de nous-même et de notre responsabilité dans le « miracle » du vivant, ce « grand tout » que forment ensemble l’humain et la nature.

Adolescente née dans une cité bétonnée, je rêvais de fuir dans la forêt : quand enfin, j’emménageais près d’un petit bois, j’y passais des heures, seule ou avec mes camarades, dans une petite cabane faite de branchages. Le bruissement des arbres, le chant des oiseaux, le frémissement du vivant tout autour, me procuraient un sentiment d’émerveillement, presqu’une transcendance. J’en ressortais invariablement avec un sentiment de liberté et de plénitude personnelle, en même temps que de responsabilité immense vis-à-vis de ce cadeau qu’est, non pas seulement la nature, mais notre connexion avec elle.

De la forêt noire de Baden-Baden à la forêt magique de Paimpont, des châtaigniers majestueux de Virginie aux pins sacrés du mont Hua shan : depuis cette époque, je n’ai cessé de répondre à l’appel de la forêt, de la wilderness (nature sauvage) comme l’appellent les Américains. Plus tard, pour soutenir mon engagement politique et garder la trace de cette émotion, j’ai fait tatouer sur mon avant-bras, le symbole d’Artémis, déesse du monde sauvage, assorti de cette citation de l’écologiste libertaire H. D. Thoreau : « Toutes les bonnes choses sont libres et sauvages ».

« Pour changer sa manière de vivre, il faut bien plus que de bonnes raisons, il faut de bonnes émotions. Le cœur a des raisons que la raison politique ne peut plus ignorer, au risque d’échouer. »

Car l’émotion, dont l’étymologie signifie « se mettre en mouvement », est un puissant moteur de l’action. Cette émotion aussi puissante que singulière, que nous éprouvons au contact de la nature, les chercheurs l’appellent awe (la révérence). Les travaux récents de la psychologie positive montrent qu’elle n’est pas seulement source de bien-être physique et de joie : elle donne également du sens à nos vies et contribue à notre épanouissement individuel. Plus étonnant, elle nous pousse également à des comportements plus altruistes et plus responsables, notamment à l’endroit de l’environnement et du vivant.

« Libre et sauvage ». Dès lors, l’awe apparaît comme la réponse émotionnelle à cette question politique décisive : « Pourquoi, alors même que nous avons tous conscience de l’urgence climatique, ne sommes-nous pas capables collectivement d’accepter de changer nos modes de vie ? » Tout simplement, parce que les émotions négatives ou la contrainte imposée de l’extérieur ne suffisent pas pour lever les freins au changement comme le peut une émotion forte et positive qui meut chacun de l’intérieur.

Pour changer sa manière de vivre, il faut bien plus que de bonnes raisons, il faut de bonnes émotions. Le cœur a des raisons que la raison politique ne peut plus ignorer, au risque d’échouer. Si nous voulons que chaque citoyen, soit un acteur actif, libre et responsable de la transition écologique, nous devons aussi réensauvager les cœurs.

Osons dès lors un discours à contre-courant de l’époque, si prompt à craindre les émotions presque autant que la liberté de les exprimer : pour embarquer librement les Français dans la transition écologique, et faire de celle-ci une aventure personnelle aussi bien qu’une réussite collective, nous devrions aussi susciter une adhésion « libre et sauvage » à l’écologie, faire de celle-ci une émotion politique positive fondée sur la reconnexion avec la nature et le sauvage au quotidien.

Hausse des ambitions de l’Accord de Paris, loi Climat, Green Deal européen, One Planet Summit, COP15 sur la biodiversité, COP26 sur le climat : l’année 2021 sera la chance, enfin donnée, à une transformation écologique de notre économie et de notre société. Nous ne convaincrons pas les Français avec un discours politique nourrit uniquement de technique et de science. Car, comme le soulignent les scientifiques de l’émotion, il faut du plaisir, du sens et de la liberté pour persévérer. Et pour cela nous avons besoin d’émotions fortes et positives.

Il se trouve que la nature, qui n’en finit plus d’être généreuse avec l’homme, est aussi pourvoyeuse de ressources émotionnelles. Car la nature et la planète ne gisent pas mortes à nos pieds. Le vivant n’a pas dit son dernier mot. Nous ne devons pas « réparer la planète » comme des mécaniciens dépourvus d’âmes. Nous devons, avec force d’émotion, nous « unir au vivant » et coopérer pour organiser la résilience, localement et globalement.

Le travail entamé par l’Union internationale pour la conservation de la nature sur le développement des solutions basées sur la nature est exemplaire de ce nouveau paradigme : la biodiversité n’est pas un trésor perdu qu’il faut protéger, c’est un allié, avec qui il nous faut travailler en confiance et en intelligence pour notre bénéfice mutuel.

«Gandhi disait, à propos du changement, que l’on commence par se changer soi, puis autour de vous les gens changent et à la fin c’est le monde qui est transformé. Cessons donc, d’infantiliser les Français, et de leur dire quoi faire pour cocher la bonne case de l’écologie»

Il ne s’agit pas de dire à chacun de retourner vivre dans les bois ! Il ne s’agit pas non plus de tenir un discours romantique déconnecté du réel. Il s’agit d’abord de reconnaître, la place de l’émotion et du sens, dans l’engagement des individus au quotidien ; de faire de l’écologie une émotion politique nationale, positive, et qui résonne chez chacun.

Empreinte émotionnelle. Il s’agit ensuite de faire de cette émotion et de la reconnexion quotidienne à la nature, une grande cause nationale et un objectif pour tous les acteurs publics pourvoyeurs d’expériences et d’engagements au quotidien. La psychologue de l’environnement Lisa Garnier propose ainsi de permettre à chacun de nous de devenir un « pisteur » de la nature sauvage au quotidien. Et ce, afin de multiplier la force de ce lien émotionnel qui, en même temps qu’il nous lie à la nature, nous relie à nous-mêmes et aux autres.

Il s’agit enfin, de rappeler que cette émotion ne peut donner son plein potentiel de mise en mouvement que si elle s’accompagne de liberté individuelle : liberté de ressentir, liberté de s’exprimer, liberté d’imaginer, liberté de s’associer et liberté pour chacun de fabriquer sa propre transition. Gandhi disait, à propos du changement, que l’on commence par se changer soi, puis autour de vous les gens changent et à la fin c’est le monde qui est transformé. Cessons donc d’infantiliser les Français et de leur dire quoi faire pour cocher la bonne case de l’écologie. Donnons plutôt la capacité et la liberté de cultiver son jardin.

Ainsi, si le Président veut réussir le tournant écologique en s’appuyant sur les citoyens, son seul rôle, à présent, devrait être de narrer le récit de l’aventure à venir, et de faire de l’écologie et de la nature une grande émotion politique. Car c’est aussi de l’empreinte émotionnelle que nous saurons imprimer dans le cœur des Français que dépendra l’avenir de notre empreinte carbone ! La politique n’est pas qu’une affaire de plomberie, c’est aussi une affaire de poésie.

Valérie Petit est députée (Agir) du Nord.

BNP : se centrer sur la transition écologique

BNP : se centrer sur la transition écologique

Le banquier Jean-Laurent Bonnafé, président d’Entreprise de BNP Paribas estime que les entreprises et les banques ont un rôle central dans la transition écologique (interview dans la Tribune)

 

Jean-Laurent Bonnafé, en tant que président d’Entreprise pour l’Environnement, cinq ans après l’accord de Paris, quel bilan tirez-vous de l’action des entreprises à l’égard de la question climatique ?

Clairement, au risque de surprendre certains, ce sont les entreprises qui ont fait le plus de chemin depuis 2015 sur la voie de l’objectif zéro carbone en 2050. Leur accélération vers la transition énergétique a caractérisé ces cinq dernières années. Dans tous les secteurs, par vagues successives, pas de façon linéaire, les entreprises se sont engagées. Des bascules s’organisent, secteur par secteur, sujet par sujet. Et si elles n’étaient pas au centre des engagements à l’origine, elles sont aujourd’hui au centre des réalisations.

Délivrer la transition énergétique, cela passe par des offres de services, de techniques, de technologies que seules les entreprises peuvent concevoir. C’est le propre des entreprises de se donner des jalons et de s’y tenir. C’est dans la génétique des entreprises. Cela peut parfois sembler imparfait ou insuffisamment rapide, mais le résultat est qu’il y a de réelles avancées. Aux Etats-Unis, si Tesla émerge, c’est que des investisseurs se disent qu’on a besoin de financer cette voiture électrique. Sinon ils ne l’auraient pas soutenu à bout de bras en prenant autant de risques. L’innovation est un fait d’entreprises et d’entrepreneurs de capitaux privés.

Les parties prenantes des entreprises, notamment les salariés contribuent activement à ces changements. Dans un monde, où les espaces privés et professionnels sont de plus en plus entremêlés, plus personne n’envisage de travailler dans une entreprise qui agirait de façon contraire à ses valeurs personnelles.

Ceux qui sont en retard, ce sont les Etats. Ils ont conscience qu’il faut agir, mais cela nécessite des décisions politiques impopulaires…

Les Etats portent ou conduisent des politiques publiques qui peuvent reposer sur des incitations d’ordre financière, fiscale ou de règlementation sectorielle. Ils peuvent aussi mobiliser des leviers comme l’éducation du plus jeune âge jusqu’aux filières spécialisées, ou encore le soutien à la recherche publique ou l’innovation. Il faut aussi souligner l’engagement parfois déterminant des collectivités territoriales, notamment les villes et les agglomérations.

La COP21 a vu la défection de certains pays, comme les Etats-Unis d’Amérique. Vous croyez en leur retour dans l’accord de Paris ?

Oui, c’est ce qui semble se confirmer et c’est une excellente nouvelle.

« Une servitude écologique insupportable » ?

« Une servitude écologique insupportable » ?

Face à l’impossibilité matérielle d’atteindre l’objectif de réduction rapide des émissions fixé par les institutions européennes, on peut s’attendre à des « conséquences sociales et industrielles désastreuses », selon Dominique Finon, spécialiste de l’énergie et du climat.Une opinion qui pourra être contestée mais qui mérite d’être lue.

Tribune. 

 

Dans l’atmosphère particulière créée par la crise sanitaire qui justifie toutes les mobilisations, notamment économique, l’enjeu climatique s’est glissé subrepticement. Alors que l’objectif de réduction des émissions de carbone à 2030 par rapport à 1990 n’était encore que de 40 % en 2019, le Conseil européen du 17 septembre l’a poussé à 55 % et le Parlement européen a voté le 7 octobre une résolution visant à le porter à 60 %… Le tout légitimé par l’objectif de « neutralité carbone » en 2050 adopté fin 2018, qui prête lieu à tous les excès quand il est pris au pied de la lettre.

On comprend l’intérêt de définir un tel objectif symbolique pour se donner un cap, montrer un engagement climatique fort et affirmer la volonté de prendre le leadership mondial dans la lutte contre le réchauffement. Mais il ne s’agit pas que de symboles, car la Commission l’a inscrit dans la législation européenne comme objectif contraignant, le transformant en levier de toutes les surenchères politiques et technologiques possibles sur le moyen terme.

Déni des réalités

Or l’objectif de 40 % était déjà difficile à atteindre, car il impose de réduire en dix ans les émissions de 24 % environ, soit l’équivalent de la réduction de 23 % obtenue… en trente ans entre 1990 et 2020 à la faveur de l’effondrement des infrastructures industrielles très émettrices des ex-pays communistes d’Europe centrale ! La Commission et la classe politique européenne, dans le déni des réalités technologiques, économiques et sociales, veulent donc obliger les Etats membres à se lancer dans la décarbonation à marche forcée dans une course improbable, sous la pression d’un objectif juridiquement contraignant : il s’agit de réduire.

Les réalités ne pèsent pas lourd pour les politiciens verts et de gauche, pour lesquels il ne s’agit que de jouer avec des chiffres, mais aussi, ce qui est plus problématique, pour la très technocratique Commission européenne. Il est symptomatique qu’aucune analyse réaliste n’ait été débattue sur les moyens d’accélérer cette réduction des émissions.

« Un objectif de réduction rapide et trop ambitieux légitime le recours sans frein et coûteux aux réglementations, aux normes et aux subventions »

En admettant une seconde que ce soit faisable, de nombreux travaux d’économistes montrent déjà que les dépenses sont beaucoup plus importantes pour atteindre un objectif de réduction à une échéance rapprochée (d’ici à dix ans) qu’à plus long terme. Une trajectoire plus douce permet de donner plus de temps pour l’apprentissage des nouvelles techniques, pour accompagner leur changement d’échelle et pour remplacer les infrastructures technologiques et de transport. Un objectif de réduction rapide et trop ambitieux légitime le recours sans frein et coûteux aux réglementations, aux normes et aux subventions, avec le risque permanent de manipulation par divers lobbies, voire par certains Etats membres influents, comme c’est le cas actuellement avec les gaz verts et les plans hydrogène, « poudre aux yeux » figurant en bonne place dans les plans de relance. A ceci s’ajoute l’affectation de très importants investissements à des opportunités peu rentables en termes de coût par tonne de carbone évitée.

EDF demande des moyens supplémentaires pour la transition écologique

 EDF demande des moyens supplémentaires pour la transition écologique

le PDG d’EDF , Jean-Bernard Lévy , considère que l’Europe-France y compris-  n’a rien fait de significatif en matière de politique énergétique pour aller dans le sens de l’accord de Paris sur le climat et le réchauffement climatique. Il remet en cause le système actuel de régulation et demande des moyens supplémentaires.

 

« Nous n’avons pas assez de moyens, même en multipliant les investissements dans la transition énergétique, nous aimerions bien faire beaucoup mieux, faire beaucoup plus, aller beaucoup plus vite », a-t-il dit lors d’un événement sur le thème de l’innovation organisé par EDF.

« Nous sommes assez bloqués dans cette démarche par le système dans lequel nous sommes aujourd’hui, un système de régulation qui a été mis en place il y a une bonne dizaine d’années (…) sans tenir compte, en aucune façon, du fait que nous produisons de l’électricité décarbonée », a-t-il ajouté en évoquant la subsistance de formes de subventions aux énergies fossiles dans de nombreux pays d’Europe.

Le PDG d’EDF a estimé que les objectifs d’efficacité énergétique devaient s’accompagner d’une prise en compte des objectifs de décarbonation et a redit son souhait que des taxes carbone efficaces soient enfin décidées au niveau de l’Union européenne ou de ses Etats-membres, cinq ans après l’accord de Paris sur le climat et le réchauffement climatique.

« Qu’a-t-on fait ces cinq dernières années dans les instances communautaires pour mettre en place des actions concrètes allant dans le sens des accords de Paris ? Il me semble qu’on vient de perdre cinq ans. »

Jean-Bernard Lévy a également estimé que le financement de la transition énergétique n’imposait pas des hausses de prix pour les consommateurs.

« Il faut modifier le prix relatif des énergies entre elles (…), il faut que la politique de la fiscalité évolue – peut-être pas trop brutalement, parce que l’épisode des Gilets jaunes aura laissé des traces – de façon à organiser les choses en fonction d’un objectif climatique. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, ce n’est pas le cas en France et ce n’est pas le cas en Europe (…) »

Le projet de réorganisation d’EDF, nommé Hercule, doit lui permettre d’améliorer ses capacités d’investissement et de financement à travers notamment une sanctuarisation de son parc nucléaire français et une ouverture du capital de ses activités dans les renouvelables.

Les syndicats s’y opposent toutefois fermement en faisant valoir qu’il constituerait un premier pas vers un démantèlement et une privatisation d’EDF, avec des menaces pour l’emploi.

«L’ écologique et la démographique : enjeux majeurs de l’économie pour l’avenir »

«L’ écologique et la démographique : enjeux majeurs de l’économie pour l’avenir »

Dominique Boulbès  , estime que l’évolution future de l’économie devra prendre en compte de paramètres majeurs à savoir l’écologie et la démographie (interview dans l’opinion)

Dominique Boulbès  Président du groupe Indépendance Royale, vice-président de la filière « Silver économie », en charge du volet croissance des entreprises, administrateur du Synapse, la fédération des entreprises spécialisées, président du pôle « Télémédecine et longévité » de l’Académie francophone de télémédecine et de eSanté, Dominique Boulbès est un entrepreneur engagé. Il est l’auteur de Vieillir – Le grand vertige (PhB Editions) et, en collaboration avec Serge Guerin, de La Silver économie – 60 acteurs de l’économie des 60 + (La Charte). Il milite pour une « approche holistique de l’économie des seniors. »

Interview

Un sondage Odoxa de novembre 2019 indique que la prise en charge du vieillissement est une préoccupation prioritaire pour 90 % des Français. L’inquiétude est-elle le carburant de la Silver économie ?

Ce sentiment traduit avant tout la puissance des évolutions démographiques et sociologiques qui transforment nos sociétés. C’est de ces changements structurels profonds que découle l’émergence de l’économie relative aux seniors. L’histoire des filières économiques est le miroir des évolutions socio-historiques. Le développement de l’électroménager a été concomitant de la libération de la femme, le boom de la voiture particulière de l’exode rural des ménages…

Quels sont les fondements socio-historiques de la Silver économie ?

A l’origine de tout, il y a un facteur démographique mondial. Peu de gens en ont conscience mais, à l’exception de l’Afrique, tous les continents sont engagés dans un processus de baisse des populations. Il prend sa source dans la diminution du nombre des jeunes et dans l’explosion du nombre des seniors. Nous sommes entrés dans l’ère de la post-transition démographique. Cette évolution a démarré chez les Européens il y a deux siècles, sous l’impact de l’amélioration des conditions de vie, qui ont fait reculer les taux de mortalité. Elle s’est accélérée ensuite avec le changement de mentalité vis-à-vis des femmes et la baisse du taux de fécondité. Aujourd’hui, sur le Vieux Continent, le seuil du renouvellement des générations, fixé à deux enfants par femme, n’est plus atteint partout.

Que prévoient les projections mondiales ?

La moitié de la population du globe est touchée. Les prévisions centrales de l’ONU étaient jusqu’alors l’atteinte d’un pic de 10,8 milliards d’habitants en 2100. Une étude scientifique publiée en juillet par l’université de Seattle prédit 9,7 milliards en 2064, puis un déclin jusqu’à 8,8 milliards en 2100. Elle rejoint le scénario bas de l’ONU : 7,3 milliards en 2100 – ce qui serait moins qu’aujourd’hui. La plupart des économies développées ont commencé à perdre de la population. En 2050, l’Italie aura fondu de 6 millions d’habitants, la Russie de 10 millions, le Japon, où l’évolution est la plus avancée, de 21 millions.

Qu’en est-il en France, où le taux de fécondité (1,87 enfant par femme en moyenne) résiste mieux ?

Notre pays ayant été l’un des premiers à entrer dans cette transition démographique, il a été le pionnier des politiques natalistes pour compenser sa faible densité de population. La France devrait passer de 67,8 millions d’habitants en 2020 à 74 en 2050, puis 76,4 en 2070, soit 12,7 % d’augmentation. Ce qui est peu connu est que ce supplément de 8,6 millions d’habitants enrichira uniquement la tranche d’âge des plus de 60 ans. Ils passeront de 17,8 à 26,4 millions. Les moins de 20 ans (16,5 millions aujourd’hui) stagneront, tout comme les 20-59 ans (33,5 millions). Ce rééquilibrage des masses en faveur des personnes âgées s’accompagne de l’apparition d’une nouvelle culture. Elle est un puissant carburant pour la Silver économie.

Qu’entendez-vous par « nouvelle culture » ?

Il se passe le même phénomène que lors de l’apparition de la culture « ado » aux Etats-Unis dans les années 1950-1960. Avant cette période, la figure de l’adolescent n’existait quasiment pas. L’élévation du niveau de vie a créé une classe moyenne importante. Progressivement, les enfants arrêtent de donner un coup de main aux champs, allongent leurs études. S’ouvre pour eux une nouvelle période de vie un peu déresponsabilisée entre 12 et 18 ans. « Nous, les ados », disent aujourd’hui les jeunes pour se distinguer du monde des adultes actifs. Ils revendiquent une culture à part : ce à quoi ils consacrent leur vie quotidienne, ce qu’ils consomment, les valeurs qu’ils revendiquent. Le même phénomène d’émergence d’une culture spécifique se produit depuis quelques années pour les seniors. Traditionnellement, un senior se définissait par rapport à sa vie passée. Ils commencent à mettre en avant leur nouvel état. Lors de la crise des Gilets jaunes, on a entendu sur les ronds-points : « nous, les seniors ; « nous, les retraités ». Une culture homogène est en train d’apparaître.

Partout se fissure le principe de la solidarité inter-générationnelle, la seule valeur encore unanimement partagée sur l’ensemble de la planète

La crise sanitaire n’a-t-elle pas accéléré la prise de conscience de ce fait socio-culturel ?

Cette crise lui donne du relief et l’accélère. Historiquement, c’est la première épidémie qui touche quasiment uniquement les personnes âgées : 91 % des victimes ont plus de 65 ans, l’âge moyen des décès est de 84 ans. Aujourd’hui, on constate que les débats se résument à l’équation suivante : cela vaut-il le coup de confiner toute une économie pour sauver une tranche d’âge à l’espérance de vie faible ? La Covid-19 pose brutalement et précisément une question jusqu’alors latente et globale. En témoigne la viralité de l’apostrophe « OK boomer ». En France, pour la première fois, un gouvernement a remis en cause le dogme de l’indexation des pensions sur l’inflation. La génération ayant endetté le pays et sacrifié l’environnement doit payer, a-t-on entendu dans les rangs de la majorité pour justifier ce tournant. Au Japon, l’opposition au « senior power » est encore plus vive. Partout se fissure le principe de la solidarité inter-générationnelle, la seule valeur encore unanimement partagée sur l’ensemble de la planète.

Mais le concept de « senior » apparaît encore assez flou…

Vous avez raison. Pour les hommes du marketing, ce sont les plus de 50 ans. Pour les Ehpad, ce sont les personnes âgées dépendantes, souvent des plus de 80 ans. Pour ma part, j’ai pris le parti de retenir l’âge de 60 ans. Car le « vieillissement » débute réellement avec le départ à la retraite. A ce moment-là, un vrai changement de vie s’opère et l’on se retrouve face à soi-même. Une rupture ontologique survient avec le monde des actifs dont les valeurs sont dominantes. En se focalisant sur le présent, en capitalisant sur l’expérience et les acquis, les seniors détonnent dans nos sociétés postmodernes très fortement inscrites dans le futur, où l’on se définit beaucoup plus par ce qu’on fait que par ce qu’on est, où le mythe de l’innovation est devenu central.

Ce choc n’est-il pas paradoxal alors que les innovations contribuent à améliorer la vie des seniors ?

On associe sans doute trop la Silver économie à la seule innovation numérique. Les seniors tirent d’abord profit des auxiliaires de vie à domicile et de l’aménagement de leurs logements : des fauteuils électriques pour monter l’escalier, des baignoires à porte. A l’exception de la téléassistance, devenue courante, le numérique, qui sera effectivement clé dans les années qui viennent, pose encore la question centrale des usages. Les seniors à l’aise avec les outils numériques n’expriment pas de besoins spécifiques. Les autres s’y convertiront-ils ?

L’âge moyen d’un acheteur de véhicule neuf est de 56 ans. Des secteurs ne le mettent pas en avant (l’automobile), d’autres le revendiquent (la cosmétique par exemple)

Quels sont les vrais gisements de la Silver économie ?

Trois cercles cohabitent. Le premier se compose des entreprises qui s’adressent aux 700 000 personnes âgées dépendantes. C’est le noyau historique. Le second, dont fait partie Indépendance Royale, regroupe les spécialistes du marché des seniors. Dans le troisième cercle, figurent tous les produits et services non estampillés « seniors » mais dont une partie croissante de la clientèle l’est. L’âge moyen d’un acheteur de véhicule neuf est de 56 ans. Des secteurs ne le mettent pas en avant (l’automobile), d’autres le revendiquent (la cosmétique par exemple). Quoi qu’il en soit, des pans entiers de l’activité vont se grisonner progressivement. La mue du secteur des banques et des assurances est déjà très avancée. Les groupes industriels Legrand et Saint-Gobain ont nommé des référents seniors et inaugurent de gammes spécifiques. Il se passe avec la Silver économie le même mouvement que pour la révolution numérique. Hier, c’était l’apanage de quelques mastodontes et start-up. Aujourd’hui, le commerce de proximité l’exploite pour survivre aux géants de l’e-commerce et au confinement.

L’avenir de la croissance passerait donc par la Silver économie ?

Les économies de demain sont celles qui prendront le virage des deux transitions majeures du XXIe siècle : la transition écologique et la transition démographique. Bonne nouvelle : le plan de relance français y fait référence. C’est pourquoi je milite pour une approche holistique de la Silver économie, incluant son troisième cercle et la puissance publique ; sans elle, il n’y aurait pas eu de Silicon Valley aux Etats-Unis.

Plan hydrogène : un carburant plus écologique

Plan hydrogène : un carburant plus écologique

 

2 milliards seront rapidement mis au service des dés investissements pour rendre la filière hydrogène plus efficace. On envisage aussi une sorte d’Airbus de l’hydrogène avec l’Allemagne. Chacun des deux pays mettra 7 à 9 milliards au service de l’hydrogène en quelques années. Une filière qui pourra utiliser utilement le surplus d’électricité à fin de le stocker ce qui n’est pas possible actuellement.

L’hydrogène peut aussi devenir « propre » en étant notamment produit par électrolyse de l’eau, à condition d’utiliser une électricité issue de sources renouvelables ou à tout le moins faiblement carbonées. Notons que l’hydrogène peut servir de carburant pour à peu près tout les usages y compris les usages des ménages et pas simplement comme actuellement essentiellement ce de l’industrie des transports lourds.

L’hydrogène risque de devenir par exemple rapidement compétitive pour la voiture. La technique existe, il suffit de la rentabiliser et surtout d’améliorer la compétitivité de la production d’hydrogène. L’automobile à hydrogène est évidemment plus écologique que l’automobile a batteries classiques qui traînent un poids inutile de 300 à 400 kg et dans les conditions de production sont très peu respectueuses de l’environnement. Le gouvernement se fixe un objectif de 6,5 gigawatts d’électrolyseurs installés en 2030, pour faciliter la compétitivité et la diffusion de l’hydrogène

la priorité sera de développer une offre de mobilités « lourdes », c’est-à-dire pour des camions, des trains en zone non-électrifiée, voire l’avion.« Il faut qu’en 2035 nous ayons réussi à avoir un avion (…) neutre en carbone, et l’hydrogène est probablement l’option la plus prometteuse », a indiqué M. Le Maire. Au total le gouvernement vise 6 millions de tonnes de CO2 économisées en 2030.

Le dernier volet du plan porte sur la recherche, l’innovation et le développement des compétences. L’objectif est de générer entre 50.000 et 150.000 emplois directs et indirects en France.

Pour les trains Alstom maîtrise la technologie. Un train circule déjà en Allemagne. Il s’agit maintenant de dépasser le stade de l’expérimentation et de produire plus massivement. Quatre régions –Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Grand Est et Occitanie– sont prêtes à essuyer les plâtres. Elles devraient commander les 14 premiers trains pour leurs TER. Garantis « à zéro émission », les trains à hydrogène émettent uniquement de la vapeur d’eau et de l’eau condensée.

Par le mélange de l’hydrogène embarqué à bord et de l’oxygène présent dans l’air ambiant, une pile à combustible installée dans la toiture produit l’électricité nécessaire à la traction de la rame. Des batteries permettent en outre de stocker l’énergie récupérée pendant le freinage, qui est réutilisée dans les phases d’accélération.

Alstom fait déjà circuler des trains à hydrogène depuis deux ans en Allemagne, où les essais ont été jugés satisfaisants. Le groupe français a reçu des commandes fermes pour 41 trains régionaux dans les régions de Hambourg et de Francfort, qui doivent entrer en service commercial à partir de 2022.

La seconde percée de l’hydrogène concernera vraisemblablement l’automobile car le véhicule électrique a batteries classiques constitue un non-sens économique et écologique.

Mutation écologique : nécessaire et avec raison

Mutation écologique : nécessaire et avec raison

 

 

Jérôme Batout, Philosophe et économiste, Michel Guilbaud, ancien directeur général du Medef estiment, dans une tribune au « Monde », que la nécessaire mutation écologique doit être menée avec prudence.(Extrait)

 

 

« La question environnementale, pour franchir le seuil critique qui la fait basculer dans l’histoire, avait besoin d’un événement. La crise du Covid-19 est cet événement : soudain, global, dangereux.

Jusque-là, nous avions le sentiment d’avoir atteint un niveau de contrôle presque total sur la nature. Or, celle-ci nous a dominés à nouveau. Sur le plan symbolique, elle a repris la main sur les hommes, leur envoyant un ultime avertissement. Beaucoup plus efficace que des catastrophes localisées, comme les incendies ou les inondations, et même que le changement climatique, dont les effets sont lents et moins tangibles pour beaucoup. Le principe d’un événement est qu’il sépare irrémédiablement un avant d’un après. Quel est le potentiel politique de ce changement ?

Pour la première fois dans son histoire, l’humanité s’est trouvée au même moment tout entière face au même problème biologique : cette crise sanitaire, qui met tous les hommes face à un seul virus, est un événement qui s’inscrit non pas dans l’histoire des hommes entre eux, mais dans l’histoire des hommes avec la nature. Si bien que la seule conséquence de long terme de la crise liée au Covid-19 dont nous soyons déjà sûrs est le tournant écologique.

Le sommet européen de juillet a montré que l’Europe était enfin capable de faire preuve d’audace. Pour permettre un plan de relance d’une ampleur inédite, elle va plus loin dans son intégration en mutualisant une dette au niveau continental. En parallèle, s’affirme aussi l’audace d’un continent qui s’apprête à précéder tous les autres dans la transformation écologique de son économie.

Des trois principales zones mondiales – Amériques, Asie, Europe –, une seule semble pour le moment avoir pris une option écologique très forte : l’Europe. Et précisons, à l’intérieur de l’Europe, la France. Il faut reconnaître à notre nation un goût pour l’histoire, et donc une certaine aptitude à ressentir le changement d’atmosphère. Il est donc finalement revenu à Emmanuel Macron d’affirmer et d’expliciter le 14 juillet – et c’est l’élément le plus novateur de son interview – ce à quoi songe une partie de l’Europe : « On peut, en France, redevenir une grande nation industrielle grâce et par l’écologie. »

Cette option est un pari historique. Et il ne s’agit pas d’un pari pascalien au sens où ce pari, lui, ne sera pas gagnant à tous les coups. Dans une économie mondialisée, où les Etats-Unis et la Chine veulent repartir immédiatement – et c’est déjà le cas pour la Chine –, l’Europe prend le temps de la méditation historique. C’est séduisant. Elle est dans son rôle.

Très grandes villes : une aberration écologique

Très grandes villes : une aberration écologique

Thierry Brugvin, expert et auteur de ‘La relocalisation solidaire’ (à paraitre en Oct. 2020 chez Ed. Dacres) dénonce l’aberration écologique des grandes villes dans un papier de la tribune. Extrait:

 

 

l’écologie sociale urbaine suppose de prendre en compte les critères écologiques, tels les zones végétales et un grand nombre d’autres critères plus classique de l’urbanisme et du développement territorial, que sont les dimensions sociales, économiques, logistiques… Au plan social, afin d’éviter la ghettoïsation des plus pauvres et les tensions que cela génère, il faut notamment éviter de créer des coupures trop forte  entre les quartiers,  veiller à maintenir la mixité sociale, limiter les temps de transports et améliorer la qualité des logements des plus pauvres, maintenir des services de proximité, assurer des transports en communs accessibles (voire gratuits). Au plan logistique, il faut privilégier les transports en commun, afin d’éviter d’accroitre trop le nombre de routes afin de fluidifier la trafic. Car l’effet pervers que cela engendre, c’est que le nombre de véhicule augmente, ce qui vient ensuite saturer ces nouvelles voies. Il faut alors en construire de nouvelles, hors la surface s’avère limitée pour cela dans les villes.

Le niveau de la densité et de la diversité contribue à la qualité de vie

Ce sont des dimensions qui relèvent notamment des 5 secteurs de la qualité de vie culturelle, environnemental, socio-économiques, démocratique. La densité de diversité relève de la qualité, de la quantité et de la densité des possibilités et de l’offre d’activités sociales et culturelles.

Certains urbanistes qualifie la densité de diversité, par le terme « d’intensité ». Dominique Bidou explique que l’intensité « c’est la conjugaison de nombreuses fonctions qui rend les villes et villages intenses. L’intensité d’un territoire c’est l’intensité de vie de ses habitants. On observe que la densité peut être rehaussée partout ou l’intensité du territoire est élevé. Paris en offre une parfaite illustration (…) ». Dans les grands ensembles, les quartiers avec de nombreux grands immeubles « L’absence de diversité, les déficits de services ou l’isolement créer de véritable carences. La densité perçue apparait excessive du fait de l’uniformité architecturale fonctionnelle, culturelle, sociale du quartier. L’ennui pas loin fils de l’uniformité. Il faut mélanger les densités d’habitats, d’activités, de loisir, de paysage, de biodiversité, de mobilité…, bref apporter de la complexité. On introduit ainsi l’intensité. Créez de la diversité, de la qualité, de la beauté en un mot de l’intensité et la densité suivra. Il est possible de construire en protégeant la biodiversité et en adaptant le niveau de densité au ‘génie du lieu’ », c’est à dire aux caractéristiques spécifiques locales (2).

Plus une ville est grande, plus elle offre d’opportunités de loisirs, d’offres artistiques, culturelles, de métiers diversifiés, etc., à l’inverse, des petites villes et plus encore des petits villages. Pour le géographie Thierry Paquot une ville doit combiner « la diversité, l’urbanité, et l’altérité ». Pour lui l’urbanité, c’est être « désintéressé et généreux », tandis que l’altérité signifie se montrer « hospitalier », « sans critère sélectif ». « L’homogénéité socioculturelle », c’est aussi l’uniformité architecturale et végétale, ce qui s’oppose à la diversité (3).

Cependant, les petits villages diminuent l’anonymat et la solitude des grandes villes, donc facilitent les contacts. Néanmoins, cela vaut surtout pour les personnes qui ne disposent pas de facilités personnelles pour lier des contacts, car les autres peuvent au contraire multiplier les rencontres. Cependant, dans les villages la pression sociale, le « qu’en-dira-t-on » s’accroit aussi et exerce une pression sur ceux qui entendent vivre librement  de manière différentes des autres. La qualité de vie relationnelle ne se révèlent donc pas forcément meilleure dans les villages, mais plutôt différentes.

Pouvons nous faire une analogie entre l’intensité en physique avec l’intensité en urbanisme ? Apparemment non, car en physique des flux, l’intensité correspond à la vitesse du flux, tandis qu’en urbanisme, il s’agit de la densité de la diversité d’opportunités. C’est à dire de la quantité de la diversité des opportunités professionnelles, socioculturelle, alimentaires par rapport à la densité de la population au km2. La densité d’habitants se calcule par le rapport entre la quantité d’habitant par rapport à une surface au sol de l’habitation et ou par rapport à un volume d’habitation.

Il y a donc trois moyens d’accroitre la densité de la population :

  • soit par la densification horizontale, grâce à l’accroissement du nombre de personne dans une même surface horizontale (le nombre de personne dans un même logement),
  • soit par la densification verticale, c’est à dire en multipliant les logements d’un immeuble, en accroissant le nombre d’étages),
  • soit par la densification horizontale et verticale (en augmentant le nombre de personne dans un logement et le nombre d’étages de l’habitation).

Il faut donc bien distinguer la densité en habitants
et la densité de diversité (d’opportunités)

Trop de densité en habitants deviendra étouffant par manque d’espace vital et d’espaces verts. Cependant, ce sentiment d’étouffement par l’excès de la densité en habitants par km2, peut diminuer grâce à l’accroissement de la diversité des opportunités culturelles, professionnelles, relationnelles… Par exemple, certains citadins parisiens, apprécient beaucoup d’habiter au centre de Paris, malgré des logements exigus, surpeuplés, une foule permanente dans les rues, car en contrepartie ils disposent d’un grand choix de loisirs, de métiers… Cela leur confère un sentiment plaisant d’une forte densité de diversités d’opportunités.

Les urbanistes cherchent donc un équilibre dynamique, afin d’éviter les excès et les manques de diversité d’opportunités et les excès de densité urbaine. Or, la qualité de vie au plan socioculturel suppose aussi un minimum de densité d’habitant au km2. Car plus la densité en habitant diminue, plus les temps de temps de déplacements s’accroissent (lorsqu’il n’y a pas de bouchons), plus l’offre, plus la quantité d’opportunités socioculturelles diminuent.

Les temps de déplacements augmentent lorsque les distances à parcourir s’accroissent ou que la densité du trafic de véhicule se développe. Pour diminuer la durée des déplacements, il s’agit donc de diminuer les distances à parcourir, ou d’augmenter la densité des habitants au km2, ou de réduire la densité du trafic, ou de le fluidifier par plus de transports collectifs.

La densité, la diversité se combinent dans la densité de la diversité

Cette dernière dépend aussi de la diversité de la possibilité des choix socioculturels et professionnels et non pas seulement de leur quantité. La diversité accroit la possibilité de choix et donc augmente le niveau de la qualité de vie. Certains urbanistes, tel Dominique Bidou utilisent donc le terme d’intensité, pour parler de densité de diversité. Plutôt que le terme d’intensité, qui suggère des analogies avec la physique des flux (d’énergie, de liquides…), nous utiliserons plutôt le terme de densité, de diversité, c’est à dire la multiplication de la densité par la diversité. Ainsi, il existe des diversités fortes ou faibles, des densités fortes ou faibles et de densité de diversité forte ou faible.

En effet, à niveau égal de « forte » densité de diversité, cela peut prendre deux formes différentes. Il faut donc différencier la forte densité de diversité générée grâce à l’espace étroit ou grâce à la diversité forte.

Plus la densité urbaine s’accroit, plus l’empreinte carbone diminue,
du moins, jusqu’à un certain seuil

Selon l’étude de Newman et Kenworthy sur les grandes métropoles, le meilleur rapport densité / coûts énergétiques, donc la meilleur empreinte carbone se révèlent être les villes très denses.  Il distingue trois groupes de villes parmi les grandes métropoles. Le premier groupe est : caractérisé par de « faibles » densités urbaines et une consommation d’énergie très importante (telle Los Angeles, avec 3.155 hab./km2. Un deuxième groupe de villes possède une densité et une consommation d’énergie moyennes avec des villes telle ou Copenhague, avec 7.064 hab./km2. Le 3e groupe des villes denses se composait en particulier des villes, telles Moscou 9.700 hab./km2(4).

Certaines villes s’avèrent encore plus denses, telle Paris avec 21.000 hab./km2, Calcutta et son agglomération avec 27.462 hab./km2  ou pire, « le grand » Caire avec 40.249 hab./km2. Leur empreinte carbone s’avère t -elle encore meilleure ? Il semble que non. Cependant les revenus des habitants des villes comme Calcutta s’avèrent nettement plus faibles, leurs capacités financières pour se déplacer se révèlent donc moins grandes, surtout hors de la ville. La relation entre la densité, le déplacement et le cout énergétique ne s’avère donc pas facilement comparable. Le record mondial de densité fut gagné par le quartier dénommé Kowloon Walled City dans la colonie de Hong Kong, avec une densité d’1,25 million hab./km2 ! Car, il y résidait 33.000 habitants (certaines estimations allant jusqu’à 50.000) sur seulement 26.000 m2  ! Ils étaient logés dans d’immense tours collées les unes aux autres ! Mais le quartier a été évacué dans les années 1990, car c’était une zone de non droit sous le pouvoir des mafias et c’était probablement invivable (5).

Selon Newman plus la densité s’accroit, plus le cout énergétique diminue, ainsi que l’empreinte carbone. Cependant, certains urbanistes estiment qu’au delà d’un certain seuil de densité, l’empreinte carbone s’accroit à nouveau, car les citadins ressentent le besoin de sortir souvent de la ville pour échapper à la mauvaise qualité de vie. En 2005, l’étude norvégienne Holden et Norland explique que « les morphologies urbaines » et la présence d’un jardin ont des incidences sur la consommation directe d’énergie (6).

Cette tendance est qualifiée par les urbanistes, « l’effet barbecue », puisque la possibilité de faire par exemple un barbecue dans son jardin génère moins le besoin de fuir son habitation le weekend et réduit le besoin de se déplacer à la campagne pour se ressourcer dans la nature (7).

Ces aspects ne s’avèrent pas suffisamment étudiés par « les études sur les avantages environnementaux de la densité pour les déplacements souffrent de sérieuses limites méthodologiques. Notamment, elles ne prennent généralement pas en compte les déplacements effectués sur plus de 80 ou 100 kms. Or, si ces déplacements sont peu nombreux, mis bout à bout, ils représentent au total beaucoup de kilomètres » (8).

Ainsi, lorsque les urbanistes calculent non plus seulement les transports par habitants dans la ville, mais l’ensemble des déplacements des habitants de cette ville dans l’année, (vacances et loisirs y compris), alors les villes les plus denses s’avèrent donc un peu moins énergivores que les villes moyennement denses. Car les habitants fuient souvent loin de ces villes trop denses, métalliques et bétonnées, afin de se détendre dans la nature à la sortie de la ville ou dans d’autres régions.

De plus, la densité architecturale, la complexité technologique des moyens de transports, par exemple, la construction de lignes de métros creusés profondément sous la terre engendrent aussi un coût supplémentaire, donc accroissent l’empreinte écologique.

Il peut exister plusieurs causes qui expliquent qu’au-delà d’un certain seuil de densité, l’empreinte carbone s’accroit à nouveau. Ce peut être à cause du manque de nature, mais aussi de la croissance des revenus. En effet, pour résider dans les grandes villes autour du centre, les prix du mètre carré en location ou à l’achat ne cesse de croitre. Par conséquent, ce sont les plus riches qui peuvent si loger. Ils disposent donc aussi des capacités financières pour se déplacer souvent et loin, le weekend et durant leur vacances. C’est pourquoi, lorsqu’on prend en compte l’ensemble de leur déplacement et non pas uniquement ceux réalisés dans la ville elle-même, alors leur empreinte carbone s’élève. Cela reste vrai globalement, jusqu’à un certain seuil néanmoins (9). Cependant, si on prend en compte les critères de qualité de vie liée à la proximité avec la nature, il existe bien un seuil à ne pas dépasser qui pourrait bien se situer autour de 2500 hab./km2 comme la ville de Belfort par exemple. Mais ce seuil reste à définir scientifiquement et politiquement.

Les villes denses telle Moscou (plus de 9000 hab./km2) disposent de la meilleur empreinte carbone. Cependant, il semblerait donc que les villes trop denses telle Calcutta ou Paris (22.000 hab./km2) engendrent un cout énergétique et une empreinte carbone plus élevés que les villes moyennement denses, telles Copenhague (plus de 7.000 hab./km2. Il en est de même des villes insuffisamment denses telle Los Angeles (3.155 hab./km2).. Par contre pour les villes trop denses, telle Paris cela s’explique par des déplacements lointains les weekend et les vacances, ainsi qu’un excès de complexité technologique. Tandis que pour les villes insuffisamment denses, telle Los Angeles, c’est à cause de la croissance des déplacements locaux et quotidien. Néanmoins, « l’effet barbecue » atténue quelque peu l’empreinte carbone de certains habitants de ces villes peu denses du fait d’une majorité de zones pavillonnaires. Car pour certaines personnes le fait de disposer une maison avec une jardin diminue leur déplacement, donc leur empreinte carbone. Mais cela ne remet pas en cause le principe que l’accroissement de la densité réduit l’empreinte carbone (au moins jusqu’à un certain seuil).

En effet, lorsqu’on prône la ville dense, il ne faut pas « oublier la question de l’approvisionnement énergétique et de la capacité productive en énergie par habitant sur ces territoires. Un territoire peu dense peut produire des énergies renouvelables, par exemple avec des panneaux solaires, des agrocarburants (dont le rendement énergétique s’avère très faible en réalité), mais ce sera au détriment des surfaces cultivables. Il y a donc plusieurs facteurs à considérer : la production d’énergie renouvelable, l’autonomie économique liée à la démographie de la ville et à sa densité. Par contre, les trop faibles densités par habitants des villes, mais surtout une population trop peu nombreuses dans une commune s’opposent à son autonomie économique. Cependant, une trop haute densité /hab. nuit en partie à celui de la qualité de vie, qui suppose une forte densité de zone végétale par citadins. C’est pourquoi, il se révèle préférable de substituer 3 à 4 maisons avec jardin, par un petit immeuble de 3 à 4 étages et de regagner ainsi des zones végétales maraichères ou forestières.

Dans cet exemple, la densité ne s’accroit pas, puisqu’il y a toujours autant d’habitants sur la même superficie, par contre la concentration augmente. Néanmoins, il s’avère possible d’accroitre aussi, un peu plus la densité, sans forcément diminuer trop la qualité de vie. C’est le cas pour les personnes passant d’une petite maison avec un jardin réduit, à un plus grand appartement entouré de plus d’espace verts, comme par exemple dans l’îlot Bitche à Nantes (10).

Quel serait l’optimum du rapport qualité de vie, densité,
empreinte écologique, population maximum d’une ville ?

De notre point de vue, les villes idéales au plan du cout énergétique et de la qualité de vie relèvent plutôt de petites villes situées autour de 20.000 hab. et 60 000 hab. telles Dole dans le Jura avec 23.708 hab. en 2017 et 618 hab./km², telle Belfort 47.656 hab. et ‎2.787 hab./km2 en 2017 ou Troyes 61.652 hab. en 2017 et 4.671 hab./km2.

Mais quelle serait la densité idéale au plan de la qualité de vie et de l’écologie ? Entre ces villes de taille moyenne, la densité varie du simple au double entre Belfort et Troyes. L’écart se révèle encore plus grand parfois. Par exemple, la ville de Besançon s’avère donc deux fois plus nombreuses que celle de Troyes, mais 2,7 fois moins dense, par rapport à Belfort, la ville de Besançon est trois plus grande et  sa densité 1,5 fois moins dense. En effet, la ville de Besançon compte 116.676 hab. et 1.782 hab./km², en 2017, tandis que l’agglomération du Grand Besançon compte de 193.000 hab.

Par conséquent, la densité par habitant de la ville de Besançon s’avère relativement faible en comparaison des autres villes de taille comparable, puisqu’elle se classe 275e en densité avec 1.782 hab./km², alors qu’elle se situe à la 34e position démographiquement. Curieuse décalage, nous allons voir ensuite pour quelle raison.

Les villes françaises sont-elles denses et peuplées ?

Pour des raisons écologiques faudrait-il accroitre leur densité ? Parmi les 280 villes les plus peuplées la démographie médiane se situe à 50 000 hab. et parmi les 280 villes les plus denses, la densité médiane se situe à 4700 hab./km² (donc près de 5000) (11). Elles s’avèrent donc plus de 4 fois moins que Paris avec ces 22000 hab./km² !

En comparaison à cette médiane, Besançon s’avère trois fois plus peuplée et 2,6 fois moins dense. Donc, Besançon s’avère une des moins denses, parmi les 34 premières villes de France. En effet, si on la compare à d’autres à démographie équivalente, Besançon s’avère équivalente à Perpignan, mais 1,6 fois moins dense que Metz, 2 fois moins dense qu’Annecy, 2,3 fois moins dense qu’Orléans.

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Pourquoi existe-t-il de telles variations de densité ?

En ce qui concerne la ville de Besançon, cela s’explique notamment par sa topographie particulière : un centre-ville limité par la boucle du Doubs et entouré de 7 collines comme la ville de Rome. L’empereur César avait remarqué cette analogie avec la capitale romaine, lorsqu’il avait conquise la ville forteresse de Vesontio (Besançon) ! Or, il s’avère plus difficile de construire densément sur les pentes des collines. C’est ce qui explique aussi la faible densité de la 34e ville de France en population, en comparaison des villes de tailles équivalentes ou même inférieures. Besançon s’avérait aussi une des plus petites capitales régionales avant la fusion des régions en 2016. 

Les niveaux de densité s’avèrent donc bien supérieurs dans les grandes métropoles. Le plus faible cout énergétique par habitant concernant les grandes métropoles (et non les villes classiques) consiste donc dans les villes à forte densité tel Moscou avec plus de 9.000 hab./km2 selon Newman.  Cependant, ce type de villes s’avèrent-elles soutenables en terme de qualité de vie et au plan de l’autonomie alimentaire ? A priori non. Nous nous sommes interrogés sur la densité idéale, élargissons à présent la question.

Quelle serait la ville idéale au plan écologique et de la qualité de vie ?

Pour diminuer le cout énergétique/hab. et l’empreinte écologique, il n’y a pas seulement la densité et la démographie, à prendre en compte. Il faut inclure la superficie de la ville, son niveau d’autonomie alimentaire et économique, la densité des opportunités sociales (l’intensité sociale), la qualité de vie… Sans ces dernières les habitants accroitront leur déplacements et donc leur empreinte carbone. Par conséquent, il s’avère difficile d’aboutir actuellement à des certitudes scientifiques, puisqu’il existe des facteurs contradictoires, tel la densité urbaine contre le haut degré de végétalisation urbaine (la beauté et la qualité de vie par les zones forestières), la trop grande démographie des villes contre l’autonomie alimentaire, les niveaux de revenus qui permet se déplacer plus loin et plus fréquemment, mais qui permet une meilleure rénovation des bâtiments, contre les contre les faibles niveaux de rémunération, qui engendre l’inverse….

C’est pourquoi, à ce stade de la recherche, l’approche pluridisciplinaire qui combine urbanisme, écologie, sociologie, psychologie ne permet pas de définir scientifiquement la ville idéale, au plan de l’urbanisme, de l’écologie, de la qualité de vie, de l’autonomie économique et alimentaire… Seul l’intuition combinant des données scientifiques éparses et contradictoires peut permettre de tracer des perspectives politiques pour le présent et le futur.

Plus la densité par habitant diminue, plus la qualité de vie grâce aux zones vertes s’accroit si la ville est fortement arborée.  Mais dans ce cas, à l’inverse, la qualité de vie diminuera au plan des opportunités économiques, professionnelles, sociales, culturelles. De même, plus la densité par habitant s’accroit, plus l’empreinte écologique s’améliore, tant qu’on ne dépasse pas un certain seuil. Mais lequel ? C’est difficile à affirmer avec certitude actuellement en l’état des recherches scientifiques insuffisantes et contradictoires.

Quelles seraient les caractéristiques de la ville idéale au plan écologique, de la qualité de vie et de l’autonomie alimentaire et écologique ? Néanmoins de manière intuitive et non scientifique, fautes de données suffisantes certains chercheurs, tels Faburel ou Fotopoulous et des associations considèrent qu’au plan de la démographie, pour qu’une ville soit autonome et soutenable au plan alimentaire et économique, elle devrait se situer entre 20.000 et 60.000 habitants, donc être ni trop grande, ni trop petite. Démographiquement, c’est donc très en dessous des grandes métropoles ! La population de Copenhague s’avère 10 fois supérieure avec 623.404 hab. en 2019, et de 300 à 1.000 fois moins que Paris !

Quelle serait la densité idéale ? Dans l’étude de Newman, parmi les grandes métropoles, la ville de Los Angeles a le cout énergétique le moins bon dispose d’une densité de 3.155 hab./km2. Notre ville idéale devrait-elle avoir néanmoins une densité supérieure. Non, car notre modèle, inclus en plus, aussi le critère de l’autonomie alimentaire, mais aussi la qualité de vie, qui suppose aussi une limitation de la populatin des villes. Par conséquent, au plan de la densité, notre fourchette se situerait plus bas, autour de 2.500 et 4.500 hab./km2, telles des villes comme Belfort avec 2.787 hab./km2 ou comme Troyes km2 et 4.671 hab./km2 (donc près de deux fois moins que Copenhague). Enfin, restons prudent et modeste sur la démographie et surtout la densité, ce ne sont que des intuitions, fondées sur des observations de bon sens, rien de plus…

Selon nous, l’urbanisme idéal consiste donc à placer les terres agricoles à la périphérie de la ville et non dans la commune. Il faut aussi limiter la démographie et la surface de la ville et pour cela à accroître la densification, comme l’envisage la municipalité. Pour cela, il s’agit de concentrer l’habitat en remplaçant 3 à 4 maisons, par des appartements de 3 à 4 étages maximums. Ensuite, il est possible de densifier un peu en ajoutant par exemple, un appartement supplémentaire de temps en temps dans certaines des ces parcelles. Le fait remplacer des maisons par de nouvelles zones végétalisées permet de créer de petits jardins et des parcs, composés d’arbres et éventuellement de faire du maraîchage (de poireaux, choux, carottes…) en dessous des arbres. Ces derniers accroissent le volume végétal, puisque les arbres montent vers le haut. Cela favorise aussi la beauté des villes, la qualité de vie, l’ombre et l’oxygénation des villes, donc limite la chaleur dans les zones urbaines. A l’inverse, le bitume noir des routes et les bâtiments créent des puits de chaleur des parcs composés d’arbres. Les zones maraîchères devraient être cultivées prioritairement à la sortie des villes et non au milieu des zones urbaines. Cela permet de limiter les surfaces au sol de ces dernières, mais aussi de limiter les déplacements dans la ville, ce qui diminue l’empreinte carbone, les temps de déplacement et donc aussi le stress des citadins.

Il y a des conflits autour de la soutenabilité écologiste des villes : l’exemple du projet d’écoquartier des Vaites à Besançon

Dans cette ville, il y a depuis plusieurs années un conflit autour de la construction d’un écoquartier en remplacement de zones maraîchères et de jardins ouvriers du quartier des Vaites. Le 17 juin 2020, un collectif dénommé la Vigie des Vaites composé de citoyens et d’associations écologistes (France Nature environnement 25 et 90, (antenne de Besançon et Belfort) et l’association des jardins des Vaites) a décidé d’occuper le lieu, afin de contrecarrer le début des travaux. Le conflit autour de l’écoquartier oppose donc à présent le collectif de la Vigie des Vaites contre la municipalité de Besançon (PS, puis En Marche, puis EELV) allié à l’entreprise Territoire 25. Les associations citoyennes s’opposent à la construction de l’écoquartier, car elles considèrent qu’il existe suffisamment de logements et qu’il ne faut pas accroître la population bisontine, qui s’élève déjà de plus de 115.000 habitants et de 193.000 avec l’agglomération du Grand Besançon. Lorsque la démographie d’une ville devient trop importante, son autonomie alimentaire diminue et son empreinte écologique augmente. Cela accroît les distances d’approvisionnement et donc aussi son empreinte carbone par habitant. Dans l’autre camp, la municipalité de la ville de Besançon défend aussi une conception écologiste, qui est celle de la densification urbaine et elle estime qu’il manque de petits logements.

Les deux camps cherchent à limiter la croissance de l’empreinte carbone de la ville. Pour cela, les associations écologistes cherchent à pas accroître le nombre d’habitants, tandis que la municipalité vise la densification. Au plan écologique et économique, les enjeux du débat autour des Vaites à Besançon donc à créer une ville soutenable écologiquement et alimentairement, mais aussi économiquement, socialement. Pour cela s’agit d’évaluer le niveau optimum de la densité par habitant, de la population de la ville de Besançon, l’organisation spatiale et la proportion des espaces verts (maraichages, arbres…) par rapport aux surfaces artificialisées.

Pour parvenir à une ville soutenable écologiquement et autonome économiquement, une municipalité doit prendre en compte le critère démographique et, ou de la densité par habitant. Dans le cas du quartier des Vaites à Besançon, une politique écologiste démocratique, peut décider de ne pas augmenter la densité par habitant de la ville en conservant les zones vertes, tels les jardins ouvriers et en renonçant à construire de nouvelles zones d’habitations, telles des éco-quartiers. A l’inverse, une politique écologiste (municipale) qui fait le choix de remplacer des jardins ouvriers par des éco-quartiers pourra accroître la densification par habitant.

Cependant, la politique de densification ou du statut quo peuvent aboutir chacune à un accroissement de l’empreinte carbone de la commune, en l’absence d’action simultanée de limitation de la démographie. En effet, dans les deux cas, si la municipalité ne limite pas en même temps, la superficie de la ville elle va accroître sa démographie, donc allonger les déplacements pour s’approvisionner notamment en nourriture (mais aussi pour le reste), donc elle va augmenter son empreinte carbone et diminuer son autonomie alimentaire.

Or, les villes anciennes ne peuvent être rebâtit en suivant uniquement un idéal théorique écologique de soutenabilité. Par exemple, la ville de Besançon a plus de 2000 ans d’histoire. Les villes s’inscrivent dans un temps long et en particulier les plus vieilles. Les urbanistes doivent donc faire des compromis entre l’idéal théorique et la réalité présente, car il faut des années, voire des décennies, pour remodeler une ville. En effet, il semble difficile de détruire des maisons déjà habitées et situées à la périphérie de la commune de Besançon, dans le but d’utiliser les terres pour accroître l’autonomie agricole de la ville et pour diminuer la surface de la ville, afin de diminuer les déplacements. Pour s’orienter démocratiquement dans cette direction, cela nécessite des décennies. La ville peut préempter les maisons et les terrains lorsqu’elles sont vendues puis les remplacer par des terrains agricoles. Mais la vitesse du réchauffement climatique et la rapide fin des ressources de pétrole paraissent plus rapides que la lenteur d’un réaménagement urbain démocratique.

Donc, compte tenu de contrainte historique, démocratique et de l’urgence, la solution la plus adéquate parait plutôt celle du statut quo, donc de ne pas remplacer les jardins ouvriers, par des écoquartiers, tels celui des Vaites. Car créer un éco-quartier augmentera la densité par habitant, mais cela va aussi accroitre aussi la démographie, puisque la surface de la ville ne diminuera pas, à court terme, car il ne s’avère pas envisageable socialement et démocratiquement de déloger les citadins en détruisant leurs maisons existantes à la périphérie de la ville. Conserver les jardins ouvriers contribuera à limiter la croissance démographique de la ville, si la municipalité réduit ou interdit en même temps des constructions nouvelles dans la commune. Mais sans cela la ville risque de s’agrandir en surface et en démographie.

La qualité de vie intérieure consiste à diminuer
la vitesse extérieure et intérieure
et accroitre sa profondeur intérieure

Thierry Paquot est l’auteur du livre « Mesure et démesure des villes ». Il considère qu’une ville où « il fait bon vivre et qui relève d’une perception subjective, tout comme celle d’une maison ou d’un appartement. L’habitabilité dépend des parcours qui conduisent chez soi, des lieux que l’on traverse quotidiennement, des ambiances que l’on apprécie et du charme qui en émane » (12). Par contre, sa vision fondée sur une approche très libre, libertaire, voire libérale, ne prend pas suffisamment en compte, les limites écologiques actuelles.

Le terme d’intensité utilisée par certains urbanistes, tel Bidou manque de clarté concernant la qualité de vie extérieure et plus encore concernant la qualité de vie intérieure. Dans leur langage, l’intensité signifie densité de la diversité des opportunités extérieures. Or, lorsqu’on utilise le terme d’intensité, on ne sait donc pas trop, s’il s’agit de plus de vitesse extérieure ou intérieure, de qualité ou de quantité d’énergie extérieure ou intérieure, de profondeur intérieure..

De plus, le terme d’intensité entretien une relation sémantique avec le terme de vitesse, or les décroissants, les partisans de la sobriété heureuse cultivent plutôt la lenteur pour accroitre la profondeur de leur vie. Car, pour les décroissants, l’intensité s’apparente trop souvent à la superficialité de la vitesse. Ils préfèrent donc la profondeur de la lenteur.

Pour les décroissants, il est possible de vivre une vie profonde intérieurement, dans le cadre de pratiques extérieures relevant de la simplicité (volontaire), c’est à dire un minimalisme des actions, des activités et des biens, mais en vivant profondément de petites actions ou de simples relations humaines.  Plutôt qu’un quête de plus d’intensité, la philosophie, la politique de la relocalisation éco-solidaire implique non pas une accélération de la vitesse extérieure, intérieure, de manière superficielle, mais au contraire, une recherche de profondeur ou d’élévation, par plus de lenteur extérieure et intérieure, d’intériorisation, plutôt que d’extériorisation… Car à l’excès, cette dernière engendre la perte de soi même dans un mouvement perpétuel, la décentration excessive. A l’inverse l’excès d’intériorisation, de centration sur son intériorité, peut pousser à la misanthropie, à l’égoïsme au nombrilisme, à l’ethnocentrisme. Cependant, entre ces deux accès, actuellement la civilisation occidentale urbaine en particulier, sombre vers les excès de l’extériorisation et de la vitesse extérieure. Il y a donc un équilibre à retrouver. Or, pour l’instant le capitalisme nous pousse vers l’excès d’extériorisation, l’ubris, c’est à dire la démesure…

En résumé, la qualité de vie relève des 5 secteurs principaux, qui président aux sociétés : l’environnement, la culture, le social, l’économie et la gouvernementalité (la démocratie). La qualité de vie suppose donc d’équilibrer ces 5 secteurs sociétaux concernant chacun des critères de qualité de vie : la quantité et la qualité des opportunités extérieures la densité de diversité de la vitesse extérieure (ni trop lente, ni trop rapide), de la surface de la ville, de la quantité d’habitant, de la densité des habitants au km2, de la puissance (économique, culturelle, sociale…) mais aussi d’un minimum d’égalité socio-économique, démocratique, écologique… A quoi, il s’avère nécessaire d’ajouter le développement de la qualité de vie intérieure, c’est à dire de la profondeur, de la lenteur, de l’introspection…

Il faut donc distinguer la quantité d’énergie intérieure, la profondeur (la qualité intérieure), la vitesse extérieure (rapide ou lente, qui se calcule par rapport à une quantité (de volume ou de distance) parcourue dans un temps donné) et la densité de la diversité des opportunités extérieures (dénommées improprement « intensité » par Bidou).

Il y a donc la qualité de vie qui relève de l’environnement : la qualité et la quantité des espaces vert, mais aussi la soutenabilité écologique (avec notamment une faible émission de CO2 et une faible consommation d’énergie). Il y a aussi la qualité de vie socio-économique, la quantité, la qualité, la diversité, la densité de diversité des offres d’emplois, des aides sociales, des relations possibles… Il y a la qualité de vie culturelle : les loisirs, les spectacles, l’éducation, les médias… La qualité de vie relève aussi de la qualité de la beauté, mais aussi de la quantité de beauté disponible. Le critère de la beauté s’inscrit, dans les 5 secteurs sociétaux, mais dans le cadre de la relocalisation, il porte plus particulièrement sur l’architecture et l’urbanisme. Enfin, il y a aussi la qualité de vie démocratique, qui permet de gérer démocratiquement les 4 autres secteurs de la qualité de vie communale dans les villes et les villages. C’est donc la combinaison harmonieuse et spécifique entre ces différents critères et secteurs qui confère une qualité de vie forte et spécifique à une commune.

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(1) FABUREL Guillaume, Pour en Finir avec les Grandes Villes, Manifeste pour une Société Écologique Post-Urbaine, Éditions Le Passager Clandestin, 2020.

(2) BIDOU Dominique, Le développement durable, une affaire d’entrepreneurs, Ed. PC, 2015.

(3) PAQUOT Thierry, Désastres urbains, Les villes meurent aussi, La découverte, 2015.

(4) NEWMAN P. KENWORTHY J.R, Sustainability and Cities, Overcoming Automobile Dependence, Island Press,1999.

(5) 99PERCENTINVISIBLE, Kowloon Walled City, 99percentinvisible, Déc. 2011.

(6) HOLDEN E., NORLAND I., 2005, « Three Challenges for the Compact City as a Sustainable Urban Form : Household Consumption of Energy and Transport in Eight Residential Areas in the Greater Oslo Region », in Urban Studies, Vol. 42, n° 12, pp. 2145-2166, November 2005).

(7) MUNAFÒ Sébastien, La ville compacte remise en cause ? Formes urbaines et mobilités de loisirs, Neuchâtel, Alphil-Presses universitaires suisse, 2016, 440 p.

(8) CHARMES Eric, « La densification en débat », Etudes foncières, Compagnie d’édition foncière, mai-juin 2010, n°145, p. 2.

(9) MUNAFÒ, 2016, 440 p.

(10) LEFEVURE Mégane, DENSITE ET FORMES URBAINES, Vers une meilleure qualité de vie, Mémoire de Master, Université Paris Ouest La Défense, Septembre 2013.

(11) INSEE, Evolution et structure de la population de 2012, INSEE, 2015.

(12) PAQUOT Thierry, Mesure et démesure des villes, CNRS éditions, 2020.

Des quotas carbone pour une croissance écologique

Des quotas carbone pour une croissance écologique

 

Une véritable croissance écologique nécessite la mise en place de quotas carbone et d’une planification à l’échelle des territoires, assure, dans une tribune au « Monde », un collectif de spécialistes dont Pierre Calame, Dominique Méda et Michèle Rivasi.

Dans sa déclaration de politique générale, le 15 juillet à l’Assemblée nationale, le premier ministre, Jean Castex, a souhaité que la France s’engage dans la voie de la « croissance écologique », terme préféré à celui de « décroissance ». Emmanuel Macron et Bruno Le Maire nous invitent à refonder notre modèle économique. Mais aucun des trois ne propose de moyen concret de le faire. La « croissance écologique » rejoindra-t-elle « croissance verte », « agriculture raisonnée » et « développement durable » dans le grand bazar des oxymores forgés depuis trente ans pour concilier l’inconciliable : continuer sur la lancée de la croissance et ne pas détruire la planète ?

Plus que jamais, il nous faut écouter Kenneth Boulding (1910-1993) : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou soit un économiste. » C’est bien en effet du côté des dogmes de l’économie qu’il faut chercher la source de la folie : l’illusion que tout est commensurable avec tout par le truchement d’une unique unité de compte, la monnaie. Jean-Pierre Dupuy ne disait pas autre chose, dans les colonnes du Monde, à propos de la valeur de la mort.

Seule évidence qui puisse donner consistance au concept de croissance écologique : il faut découpler le développement des relations humaines essentielles à notre bien-être, dans lesquelles le travail demeure pour longtemps un élément structurant, d’avec la consommation d’énergie fossile et de matières premières non renouvelables, à la source de la destruction programmée de la planète. Le défi du XXIe siècle est d’assurer le bien-être de tous dans le respect de la biosphère, en mobilisant pour cela tout le travail et toute la créativité humaine. C’est littéralement la définition que donnait, au XVIIIe siècle, le grand botaniste, Carl von Linné, de « l’œconomie » : les règles (nomoï) de gestion de notre espace domestique (oïkos).

 

Management entreprise : plus écologique et plus social en même temps ?

Management entreprise : plus écologique et plus social en même temps ?

 

Une  interrogation Anne Salmon: «L’éthique managériale est moralisatrice, liberticide et coercitive»

Philosophe et sociologue, Anne Salmon est Professeure des universités au Cnam,  s’interroge sur la compatibilité d’aménagement à la fois plus écologique et plus sociale dans une interview au journal l’Opinion

Comment les entreprises en sont venues à construire des discours autour de l’éthique ?

Dans les années 1980-1990, les charrettes de licenciements et de démantèlements d’entreprises ont provoqué la perte d’identité de beaucoup d’organisations. Les structures disparaissaient. Tout comme le sens qu’elles véhiculaient. Cela a favorisé le détachement des salariés, et le délitement de leur loyauté. Quand les réorganisations du travail sont perpétuelles, elles provoquent un déficit de coopération : les travailleurs ne se connaissent plus, les liens qui les unissent sont moins puissants. Non contents d’avoir fragilisé la puissance sociale et politique du travail par des méthodes managériales visant à isoler, à mettre en concurrence, et à diviser les salariés, les grands groupes ont perfectionné des dispositifs pour contraindre et orienter les conduites. Leurs armes ? L’éthique d’entreprise avec son arsenal de chartes, de codes, de systèmes d’alerte et d’incitation à la dénonciation. Elle a d’abord pris la forme anodine d’un discours séducteur, quasi publicitaire, sur les valeurs du groupe. Celui-ci n’a pas remporté l’adhésion des salariés qui y ont vu de purs artifices. L’éthique managériale a plus récemment dévoilé son vrai visage : moralisateur, hygiéniste, liberticide, coercitif.

Aujourd’hui, on ne demande plus seulement aux salariés de faire leur travail, mais d’être « vertueux » y compris hors travail. Et c’est inquiétant. Les finalités de l’éthique occidentale peuvent-elles se trouver réduites à l’efficacité économique ? »

De quelle manière l’éthique peut-elle devenir coercitive ?

D’incitatives et peu formalisées, les chartes éthiques sont devenues contraignantes au point que certains impératifs ressemblent forts aux articles des règlements intérieurs. Le législateur s’en est préoccupé et aujourd’hui, il existe un encadrement juridique dont les salariés et les syndicats peuvent se saisir. Malgré tout, une nébuleuse d’autres documents forme, autour des chartes, un halo de règles dignes de l’hygiénisme du XIXe siècle. Chez EDF, dès 2013, on expliquait aux salariés comment se comporter pour bien dormir la nuit. La « ​charte d’engagement de risques plain-pied ​» incitait les collaborateurs à respecter des consignes de sécurité aussi infantilisantes que « ​je ne téléphone pas en marchant », ou « j’analyse les conditions au sol quand je me déplace ». La même entreprise envoyait des mails où étaient détaillés les risques liés aux sports de glisse… L’entreprise pénètre la vie privée qu’elle risque d’annexer à son profit. Ce sont des limites qu’il est inacceptable de franchir. Mais cela peut aller encore plus loin, si, par le biais de l’éthique d’entreprise, les directions entendent régir l’existence et les valeurs de leurs salariés. Aujourd’hui, on ne demande plus seulement aux salariés de faire leur travail, mais d’être « vertueux », y compris hors de leur travail. Et c’est inquiétant. Les finalités de l’éthique occidentale peuvent-elles se trouver réduites à l’efficacité économique ?

Quel regard portez-vous sur les évolutions de management et de discours observés pendant le Covid ?

Dans de nombreuses situations, le management a été totalement dépassé. L’entreprise agile ? Sur ce plan, le Covid semble avoir fait tomber les masques. Pour faire face aux urgences et à l’inédit, les salariés ont fait sauter les verrous des règles et des contrôles qui alourdissaient dangereusement le travail. Le management a laissé faire. Des marges d’autonomie ont été retrouvées. Dans certains cas, le télétravail a été l’occasion de nouvelles formes d’emprise. Avec certaines interfaces de travail à distance, les managers peuvent à tout moment vérifier si leurs collaborateurs sont connectés ou pas. Il faudra être vigilant. Le management est tenté de revenir à ses vieilles méthodes. On le voit dans les hôpitaux, dans les services publics, dans les entreprises : toutes sortes de fiches d’évaluation comptable circulent pour contrôler ce qui a été fait. Le but ? Chercher coûte que coûte à faire rentrer l’engagement spontané dans les vieux cadres et les colonnes figées des tableaux de bord. Si face à la mobilisation de tout un chacun, le dernier mot du management, c’est « combien ? » en présentant de nouveau l’armada d’indicateurs, il n’est pas certain que les salariés courbent l’échine. Avec la liberté, c’est aussi de la fierté que le travail a retrouvée dans la coopération, la solidarité mais aussi l’efficacité. Au fond, au plus près du travail, une éthique s’est esquissée.

L’éthique instrumentale est incapable de mobiliser. Voilà pourquoi elle devient coercitive

L’éthique, éternel instrument du capitalisme ?

Le capitalisme a mobilisé des ressources éthiques à certaines périodes de l’histoire. L’éthique protestante puis l’éthique progressiste au XIXe siècle ont l’une et l’autre fini par jouer un rôle important. Elles ont contribué à légitimer l’orientation de l’activité économique d’abord à la naissance du capitalisme rationnel moderne, puis pendant la révolution industrielle. Mais l’éthique restait extra-économique et pouvait se retourner contre les entreprises si celles-ci outrepassaient son cadre. De nos jours, la situation est différente. Ce sont les entreprises elles-mêmes qui créent de toutes pièces leur éthique. Elles font pour cela appel à des agences de conseil, qui, en dégageant toujours les mêmes valeurs d’une entreprise à une autre, donne un vernis légitimant au discours institutionnel. Cette éthique instrumentale est incapable de mobiliser. Voilà pourquoi elle devient coercitive. Ses dispositifs contraignants font perdre en « agilité » : une contradiction qui, tout particulièrement dans les moments de crise, s’exacerbe dangereusement.

«L’épargne immobilière au service sa transition écologique et sociale ? – ( Frédéric Bôl*)

 «L’épargne immobilière au service  sa transition écologique et sociale ? – ( Frédéric Bôl*)

Frédéric Bôl , président de l’ASpim milite pour le développement des placements dans  durable ; si la dimension durable paraît indiscutable l’aspect social semble beaucoup moins visible. (Chronique dans l’opinion)

 

«  Ces dernières années, un mouvement de fond en faveur d’investissements responsables et vertueux s’est imposé au secteur de la gestion d’actifs face à la demande croissante des épargnants. Cette demande s’inscrit dans le cadre d’une prise de conscience générale sur la nécessité pour le monde économique de prendre en compte son impact sur le climat et la société pour répondre aux grands défis du XXIe siècle. Il y a fort à parier que la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 contribue à renforcer cette aspiration des Français à donner du sens à leur épargne.

Pour répondre à cette demande, de nombreuses sociétés de gestion de portefeuille se sont engagées dans une démarche de transparence extra-financière et de prise en compte grandissante des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur politique d’investissement. Pour accroître la visibilité des produits d’investissement socialement responsable (ISR), les pouvoirs publics ont mis en place en 2016 un label ISR pour les valeurs mobilières. Les fonds contribuant à financer les entreprises dont l’activité bénéficie à la société par leur impact social et environnemental sont ainsi récompensés. Ce label offre un engagement aux épargnants que leur capital sera alloué de façon à concilier performance économique et développement durable.

Ce sont des chiffres connus, le secteur du bâtiment est le plus gros consommateur d’énergie en France et produit plus du quart des émissions de gaz à effet de serre. Cela fait de nombreuses années que les acteurs multiplient les initiatives pour améliorer leur impact social et environnemental. L’absence de label ISR adapté aux fonds immobiliers a pu être à ce titre perçue comme une lacune par les acteurs les plus engagés comme par les épargnants qui souhaitent bénéficier des avantages des produits d’épargne en immobilier tout en s’assurant de financer des actifs vertueux.

C’est fort de ce constat que les professionnels de l’investissement immobilier se sont réunis pour élaborer un projet de référentiel permettant d’étendre le champ du label ISR aux fonds qui investissent dans la classe d’actifs préférée des Français. Après plus de trois années de travail et d’échanges avec les autorités publiques, il voit enfin le jour. C’est une avancée considérable qui incitera, je l’espère, les gestionnaires à redoubler d’efforts pour relever le défi climatique et les évolutions sociétales au cœur desquelles se trouve plus que jamais aujourd’hui le bâtiment. A côté de la recherche de rendement, elle contribuera également à sensibiliser les épargnants sur la possibilité qui leur est offerte d’arbitrer leurs placements en pierre-papier selon des critères sociaux et environnementaux. »

*Frédéric Bôl, Président de l’ASPIM, association française des sociétés de placement immobilier

L’Association française des Sociétés de Placement Immobilier (ASPIM) promeut, représente et défend

Financement écologique, le rapport Holroyd

Financement écologique, le rapport Holroyd

 

La problématique :

 

« Cette année, nos vies ont été bouleversées. Aux quatre coins de notre pays, à Copenhague, à New-York et sur cinq continents, l’humanité s’est calfeutrée. Cloîtrés par la propagation d’un virus inconnu de tous il y a un an, nous avons été témoins d’un drame dont les séquelles se feront ressentir durant les années à venir. La mobilisation de chacun permet aujourd’hui les retrouvailles avec nos vies d’avant et la relance de nos économies, brutalement mises à l’arrêt pendant un temps. Nous nous devons et nous devons à nos enfants, à nos arrièrepetits-enfants et aux générations qui les suivent de tirer les enseignements du malheur qui nous a frappés. Relancer et reconstruire ! C’est un impératif auquel notre humanité et notre pays ont déjà été confrontés dans leur longue Histoire. C’est également une nécessité qui ne doit pas voiler que c’est là le moment des grands choix : l’ordre westphalien au lendemain de la guerre de Trente Ans ; l’ordre de Vienne clôturant l’épopée napoléonienne ; la Société des Nations créée des décombres de l’Europe ; la construction de notre Union et la réconciliation des peuples européens. La nature des défis auxquels nous sommes confrontés évolue avec les siècles, les conditions du succès, moins : identification claire des questions à résoudre, visions et ambitions exigeantes, coopération internationale, mobilisation de tous les pans de nos sociétés : les clefs de la réussite sont entre nos mains. La pandémie qui nous a frappés en 2020 doit nous rappeler à l’ordre : les risques naturels peuvent aujourd’hui priver l’humanité du droit d’exercer ses libertés les plus élémentaires au niveau de sécurité le plus optimal. Nous connaissons parfaitement le premier d’entre eux : le réchauffement de notre planète et le dérèglement climatique qu’il provoque. Ce phénomène constitue le plus grand défi de notre ère et chaque année qui passe augmente son coût humain et économique. Nous avons dorénavant une ambition collective grâce à un accord inédit et universel qui définit pour chaque État un objectif clair : l’Accord de Paris. Celui-ci est le fruit d’une volonté et d’un engagement sans faille de la France dans ce combat qui s’amorce. La finance a un rôle majeur à jouer dans cette lutte, sa mobilisation pleine et entière est une précondition du succès de la transformation majeure de nos économies, tout comme elle le fut il y a six siècles pour financer la renaissance italienne et européenne. Les besoins en capitaux nécessaires pour, de façon conjointe, faire émerger l’économie verte de demain et accompagner la transition de nos acteurs existants sont colossaux. Au travers de la finance, c’est la question de la mobilisation de l’épargne de chacun qui se pose : la mise en place des conditions nécessaires à l’adéquation entre une volonté politique qui s’exprime de façon de plus en plus présente et le pouvoir de chacun d’entre nous de contribuer de façon concrète et immédiate à la lutte contre le changement climatique. Ce rapport, fruit de plus de cent cinquante auditions avec des acteurs de la société civile, de la recherche, de l’industrie financière, de législateurs et de régulateurs issus de trois continents différents propose une série de recommandations concrètes pour réussir cette mobilisation. Celles-ci s’articulent autour de trois priorités : encourager l’innovation ; établir des outils indispensables à l’alignement avec les objectifs de l’Accord de Paris ; utiliser ceux-ci pour orienter l’investissement et financer la transition écologique en protégeant les acquis sociaux. Il faut dorénavant mettre la finance au service de l’Accord de Paris et assurer que nos acteurs nationaux et notre place financière soient les phares de cette renaissance.  »

 

les mesures:

 

Parmi les  24 recommandations afin de mieux mobiliser le système financier au service de la lutte contre le changement climatique. Un Livret A ou un LDDS plus vert, un nouveau label « transition », un institut de la finance verte, une base de données extra financières accessible et gratuite, un incubateur dédié aux fintech « green »…

 

« Au terme de cette mission, ma conviction est que cette crise doit impérativement être un accélérateur du développement de la finance verte, essentiel à la transformation de nos économies. Le secteur financier doit s’adapter aux défis climatiques et se verdir considérablement, en favorisant les activités durables et de transition aux activités ‘brunes’ », expose le parlementaire.

« Le rapport propose un plan d’actions concret et réaliste, tout à fait cohérent avec la volonté de faire une relance verte », commente Philippe Zaouati, directeur général de Mirova, filiale de Natixis IM spécialisée dans la finance durable. Il ajoute toutefois que « la seule faiblesse du rapport est d’avoir peu mentionné les sujets sociaux et la finance solidaire qui est une part importante de la finance durable en France »« L’analyse ESG et les labels de la finance durable mettent précisément sur le même plan les impacts environnementaux et sociaux », souligne-t-il.

 

Trente milliards pour la transition écologique ?

Trente milliards pour la transition écologique ?

 

 

D’après le ministre de l’économie, 30 milliards seraient consacrés à l’écologie sur les 100 milliards du plan de relance. Le problème,  c’est que l’action de l’écologie est tellement large et vague à la fois qu’il est bien difficile de quantifier ce qui relève des investissements réellement environnementaux. Un seul exemple celui de l’automobile. D’une part on a apporté une aide financière significative à Renault pour éviter que cette entreprise ne disparaisse. Quelle est la part écologique de cette aide ? Ensuite le gouvernement a lancé un grand plan de soutien pour que les ménages renouvellent le parc auto. La dimension écologique était assez relative puisque la réalité pour l’essentiel on a surtout vidé les stocks de l’industrie automobile. On objectera que le véhicule remplacé consomme peut-être 1 l de carburant en moins. On pourra aussi préciser qu’on achète davantage de petites voitures mais le phénomène était déjà lancé en 2019.

Cette enveloppe de 30 milliards annoncés par le ministre de l’économie paraît très floue. À noter d’ailleurs que le premier ministre récemment avait parlé de seulement 20 milliards de lors de sa présentation de politique générale à l’assemblée nationale, c’était le 15 juillet.

On pourrait tout aussi bien parler de 10 milliards ou de 50 milliards. Selon qu’on veut minimiser la problématique écologique ou au contraire la survaloriser,  l’évaluation financière va varier de façon considérable. Le problème du caractère écologique d’une action c’est de savoir il s’agit seulement d’un coup de peinture verte ou d’une prise en compte de la problématique environnementale dans l’organisation systémique de la production, de la distribution et de la consommation de biens comme de services. “Avec (la ministre de la Transition écologique) Barbara Pompili, nous proposons de consacrer 30  milliards d’euros sur les 100  milliards prévus aux investissements dans la transition écologique”, précise le ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance.

“Nous veillerons à ce que toutes les décisions de relance favorisent un nouveau modèle de croissance fondé sur la décarbonation, la sobriété énergétique et les innovations vertes. Le plan de relance sera un plan vert”, assure-t-il.

Dans son discours de politique générale prononcé devant l’Assemblée nationale le 15 juillet dernier, le Premier ministre Jean Castex avait annoncé une somme de 20 milliards pour l’écologie.

« UE: plan de relance écologique de grande envergure »

« UE:  plan de relance écologique de grande envergure »

Encore un écolo par ailleurs économiste qui s’enflamme à propos du plan de relance européenne qu’il repeint sans doute un peu trop en vert.  L’économiste Simone Tagliapietra, dans une tribune au « Monde », estime que le plan de relance signé à Bruxelles par les 27 pays de l’Union européenne (UE) constitue une percée significative pour l’écologisation des politiques européennes. Et les exemples qu’il cite comme les réseaux électriques intelligents ou les infrastructures de recharge des voitures électriques ne paraissent guère convaincants.

 

«  Il a fallu 91 heures de négociations, mais le plan de relance de l’Union européenne est maintenant une réalité. Et il est écologique. Le 21 juillet, les dirigeants européens se sont mis d’accord sur un total de 1 800 milliards d’euros visant à relancer l’économie européenne affaiblie par retombées socio-économiques du Covid-19. Ces 1 800 milliards ne constituent pas seulement un plan de relance d’envergure. C’est aussi le plan, de relance le plus écologique au monde.

Les dirigeants européens ont introduit l’objectif d’allouer au climat 30 % du montant total des dépenses de l’UE. Cela signifie que, sous différentes formes et à différents moments, entre 2021 et 2027, environ 547 milliards d’euros de fonds européens seront mis à disposition pour la transition écologique sur tout le continent. Ce montant est significatif, car il représente environ un quart des investissements nécessaires pour poursuivre les objectifs du « pacte vert » européen et il peut susciter des investissements supplémentaires de la part des gouvernements et du secteur privé.

C’est notamment le cas des « investissements structurels », tels que les réseaux électriques intelligents ou les infrastructures de recharge des voitures électriques, qui sont nécessaires pour débloquer les investissements du secteur privé dans les énergies propres et la mobilité. L’accord comprend également un engagement pour réactualiser l’objectif de réduction des émissions de l’UE pour 2030 d’ici à la fin de l’année 2020.

C’est important, car le relèvement de l’objectif actuel indique que la trajectoire de décarbonisation de l’UE se dirige résolument vers la neutralité climatique d’ici à 2050. Et c’est essentiel pour donner une indication claire à tous les acteurs du marché sur la vitesse de la transition écologique en fonction de laquelle les décisions d’investissement peuvent être prises aujourd’hui.

Ursula von der Leyen, présidente de l’exécutif européen, s’est engagée à faire passer l’objectif de réduction des émissions de l’UE de 40 % à 50-55 % par rapport aux niveaux de 1990. De son côté, la chancelière allemande, Angela Merkel a récemment soutenu cette initiative, s’engageant à utiliser sa présidence tournante de l’UE pour y parvenir. L’engagement des dirigeants européens renforce à présent ce processus, qui pourrait également permettre à l’UE de montrer l’exemple lors des négociations des Nations unies sur le climat qui se tiendront à Glasgow (Ecosse) en 2021, où les pays devront présenter leurs nouveaux engagements de réduction des émissions pour 2030 dans le cadre de l’accord de Paris de décembre 2015.

L’urgence d’un ministère de la Relance économique, écologique et sociale

 

 

L’urgence d’un ministère de la Relance économique, écologique et sociale

 

35 grands entrepreneurs insistent sur l’urgence de la mise en place d’un grand ministère de la relance économique, écologique et sociale .

 

« Au lendemain de « la vague verte » des municipales, alors que la Convention citoyenne a montré comment l’ensemble de la société pouvait prendre à bras le corps les défis de notre pays, le gouvernement français et l’Europe débloquent des milliards d’euros pour relancer l’économie, hypothéqués pour l’avenir. Nous, entrepreneurs engagés, appelons Emmanuel Macron à utiliser ce levier exceptionnel par son ampleur et son importance pour que les entreprises suivent un nouveau cap, celui de leur impact social et écologique. Le Président le déclarait lui-même le 14 juin dernier, lors de son l’allocution destinée à dessiner les contours de « l’après » :

« La reconstruction économique, écologique et solidaire sera la clé de notre indépendance. »

Nous proposons donc des mesures concrètes pour passer de la parole aux actes en utilisant tous les leviers créés autour de trois enjeux.

Une TVA réduite

Le premier enjeu est de réussir à relancer la consommation et la production en mettant au coeur la durabilité, la proximité et la solidarité. Pour un choc de consommation responsable, nous proposons de diminuer la TVA pour tous les produits socialement et écologiquement responsables afin de les rendre accessibles à tous, loin des logiques court-termistes comme celle des éco-chèques.

En parallèle, un bonus-malus social et écologique assis sur des critères clairs et transparents pour l’ensemble des entreprises françaises permettrait de moduler la participation financière des entreprises suivant leur apport à l’intérêt général, et permettrait d’inciter l’ensemble du tissu productif français à engager sa transition.

La BPI en réelle banque de la transition

Par ailleurs, le gouvernement doit se positionner comme pivot d’une relance solidaire et durable en transformant la BPI en réelle banque de la transition et en mettant dès aujourd’hui 1 milliard d’euros en fonds propres sur la table avec un fonds de relance ambitieux, structurant et de long terme. L’annonce, le 5 juin dernier, par Élisabeth Borne, d’un plan visant à accompagner à hauteur de 250 millions d’euros la transition écologique des PME-TPE est une très bonne nouvelle, mais trop peu pour engager une transition profonde de l’économie française.

 

Il faut en effet prendre le relais du dispositif de prêts garantis par l’État, qui a permis une prise en compte de l’urgence liée au confinement, mais qui a pu fragiliser la situation financière des entreprises en augmentant leur endettement. Des investissements en fonds propres représentent la seule mesure efficace pour accompagner autant la survie que la transition écologique et inclusive de notre tissu de TPE-PME, en favorisant une vision de long terme.

Des aides conditionnées

Nous proposons enfin de mettre en place la conditionnalité écologique et sociale de toutes les aides publiques accordées par le gouvernement dans le contexte post-crise. Il est logique que les pouvoirs publics débloquent des milliards pour sauver des milliers d’emplois menacés et une économie meurtrie. Mais il est incompréhensible que ces milliards dépensés aujourd’hui ne soient pas l’occasion d’accélérer la transition de notre économie. Le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) propose donc que l’ensemble des entreprises aidées s’engagent durablement sur la réduction de leur empreinte écologique et sociale sur trois ans, et fassent en premier lieu la transparence sur une quinzaine d’indicateurs sociaux et environnementaux structurants, permettant à toutes leurs parties prenantes de suivre leur évolution.

Afin d’objectiver ces dispositifs, le gouvernement pourrait s’appuyer sur un outil d’évaluation de l’impact social et environnemental intitulé Impact Score, développé par tous les réseaux d’entreprises à impact en France. Il permet d’approcher de manière rationnelle l’engagement des entreprises en faveur de la transition écologique et sociale et pourrait être mis à disposition des pouvoirs publics, des entreprises, des citoyens pour accompagner cette dynamique.

Un grand ministère dédié

Pour concrétiser ces mesures et pour aller dans le sens d’Élisabeth Borne, qui a rappelé à juste titre qu’« opposer écologie et économie est totalement dépassé  », nous proposons que les sujets de transition sociale et environnementale bénéficient enfin d’une représentation politique et administrative auprès du ministre des finances à Bercy, au coeur de la machine étatique et à leur juste niveau de portage politique, au sein d’un grand portefeuille ministériel de la Relance économique, écologique et sociale. Nous mesurons le défi de concevoir une relance transformatrice, permettant de sauver l’économie d’aujourd’hui tout en préparant demain. Mais c’est la seule voie pour permettre à notre économie de prévenir et affronter les crises à venir.

Cette opportunité d’investissement massif ne se reproduira sûrement jamais. Alors, à l’heure où le déconfinement est bien entamé et où les pouvoirs publics travaillent d’arrache-pied à un plan de relance qui pourrait dessiner le destin économique de la France pour la prochaine décennie, Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les ministres, les entrepreneurs vous le demandent : assez de paroles, passons aux actes!

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Signataires :

  • Jean Moreau, co-Président du Mouvement des entrepreneurs sociaux, co-fondateur et président de Phenix
  • Eva Sadoun, co-présidente du Mouvement des entrepreneurs sociaux, co-fondatrice et présidente de LITA.co
  • Amandine Albizzati, PDG d’Enercoop
  • Alice Barbe , co-fondatrice et PDG de Singa
  • Julie Chapon, co-fondatrice de Yuka
  • Luc De Gardelle , gérant de Presta’Terre et de Prodea, président de la Fédération des entreprises d’insertion
  • Pierrick De Ronne , président de Biocoop et Natexbio
  • Jean-Yves Doisy, DG de Vitamine T
  • Grégoire Ducret, directeur de Croix Rouge Innovation
  • Abdelaali El Badaoui, fondateur et président de Banlieue Santé
  • Nicolas Froissard, vice-président et porte parole du Groupe SOS
  • Hortense Harang, co-fondatrice et présidente de Fleurs d’Ici
  • Virginie Hils, fondatrice et présidente du Comptoir de Campagne
  • Thomas Huriez, fondateur et président de 1083
  • Jonathan Jérémiasz , co-fondateur de Comme les autres, Handiamo et Voix Publique
  • Loubna Ksibi, co-fondatrice de Meet my Mama
  • Sylvain Lepainteur, PDG de Conciergerie Solidaire et Monkey Monk
  • Mélanie Marcel, co-fondatrice et PDG de SoScience
  • Dafna Mouchenik, fondatrice de LogiVitae
  • Maud Sarda, co-fondatrice et directrice de Label Emmaus
  • Carole Tawema, co-fondatrice et PDG de Karethic
  • Serge Widawski directeur général d’APF Entreprise
  • Shu Zhang, co-fondatrice et PDG de Pandobac
  • Matthieu Dardaillon, fondateur et président de Ticket For Change
  • Sandra De Bailliencourt, directrice générale de Sparknews
  • Arnaud De La Taille, co-fondateur et PDG d’AssoConnect
  • Blaise Desbordes, directeur général de Max Havelaar
  • Guillaume Gibault, fondateur et président de Le Slip Français
  • Samuel Grzybowski, fondateur de Coexister
  • Cyrielle Hariel, journaliste à BFM Business et influenceuse
  • Antoine Jouteau, DG de Le Bon Coin
  • Jean-Michel Lecuyer, DG d’INCO Investissements
  • Basile Michardière, co-directeur de MakeSense Incubateurs
  • Antoine Michel, partner d’Investir et +
  • Magali Payen, fondatrice d’On est Prêt

« Conversion écologique » tardive de la France

« Conversion écologique » tardive  de la France

Non seulement la conversion écologique de la France est tardive de la part de Macon mais en plus elle est assez superficielle. Le président affirme être en accord avec 146 des 149 propositions de la convention dont beaucoup sont d’ailleurs très contradictoires et dont la mise en œuvre sera tout juste effleurée dans quelques dispositions législatives. D’ailleurs Macron a pris le soin de dire que sur les 146 propositions soutenues, il y aurait matière à affiner, discuter compléter. Autant dire à revoir sérieusement. Le président de la République, qui s’exprimait dans les jardins de l’Elysée lors d’une présentation des conclusions de la convention citoyenne pour le climat, a également déclaré qu’un projet de loi reprenant la quasi-intégralité des propositions de ce forum, mis en place en octobre 2019, après la crise des “Gilets jaunes”, serait présenté d’ici la fin de l’été. Une jolie auberge espagnole en perspective composée surtout de généralités, d’évidences et de mesurettes.

Emmanuel Macron a dit avoir retenu 146 des 149 propositions de la convention, certaines en l’état, d’autres qui auront besoin d’être “affinées ou complétées”. Il a rejeté celle d’une taxe de 4% sur les dividendes, qui découragerait selon lui l’investissement, et souhaité le report d’un débat sur la limitation de la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes.

Le président de la République a également invalidé la proposition de réécrire le préambule de la Constitution en plaçant l’environnement au-dessus des autres valeurs fondamentales.

Il s’est en revanche dit favorable à une réécriture de l’article premier la Constitution pour y introduire les notions de biodiversité, d’environnement et de lutte contre le changement climatique, comme l’a proposé la convention.

“Je veux ainsi que nous puissions engager, d’abord à l’Assemblée nationale et au Sénat, sur la base de vos propositions, un texte en vue d’une réforme constitutionnelle. Je souhaite la voir aboutir d’ici fin 2021 et je suis prêt à recourir au référendum si celui-ci est constitutionnellement possible, après le vote des Chambres”, a dit Emmanuel Macron.

Le président de la République s’est également dit ouvert à un autre référendum sur un ou plusieurs textes de loi reprenant des mesures proposées par la convention. En matière de réforme constitutionnelle on voit mal quel français pour être en désaccord avec une meilleure prise en charge de la problématique environnementale, une amélioration de la qualité de la vie et une meilleure prise en compte la biodiversité. Bref davantage un référendum de nature politique qu’un vrai changement institutionnel et politique

Les propositions d’Emmanuel Macron sur l’écologie interviennent alors que le deuxième tour des élections municipales, qui s’est tenu dimanche, a été marqué par une vague verte, les écologistes l’ayant l’emporté dans plusieurs grandes villes de France comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Poitiers, Besançon, en plus d’être reconduits à Grenoble.

Reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire !

Reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire !

Des  mots vides sans aucun contenu, même pas la moindre orientation qui pourrait être prononcée dans n’importe dans quel bistros mais qui peuvent toujours faire plaisir entendre pour nombre de naïfs

Le fameux «monde d’après» se concrétise peu à peu. C’est dans cette logique qu’Emmanuel Macron a dit vouloir «créer les emplois de demain». Il en appelle pour cela à une «industrie verte», «sociale et solidaire» qui permettrait selon lui de «réconcilier production et climat». Attractivité et relocalisation doivent être au cœur de ce nouveau «pacte productif», a-t-il ajouté. Bref l’impression que Macron avec ses conseillers à étudier de très près les thèmes sémantiques qui ressortent des différents sondages et qui nourrissent les préoccupations des Français. Il aura parlé de tout mais surtout de rien de précis ni de concret renvoyant même à plus tard de questions essentielles la relance économique et le financement.

 

 

 

Le président l’assure, il souhaite faire de la relance économique une relance «solidaire». Pour cela, il promet aujourd’hui «un investissement massif pour l’instruction, la formation et les emplois de notre jeunesse». «Nous la lui devons», a-t-il ajouté, précisant que les générations futures paieraient la dette écologique de notre pays.

Transition écologique agricole : comment en finir avec la chimie ?

Transition écologique agricole : comment en finir avec la chimie ?

 

Justine Lipuma, CEO & Cofondatrice de Mycophyto.  start-up basée à Sophia Antipolis commercialise une technique unique au monde. Associés aux tomates ou à la lavande, des champignons microscopiques permettent d’accroître la production tout en protégeant la plante. (chronique la Tribune)

 

« A l’occasion de la remise des prix du concours d’innovation i-Lab, le 4 juillet dernier, Justine Lipuma était sur un petit nuage. Non seulement Mycophyto, la start-up deeptech qu’elle a lancée en 2017 pour commercialiser le résultat de ses recherches était reconnue, mais en plus, le prix lui était remis par Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. « Elle a été l’une des enseignantes qui a le plus compté dans le choix de mon parcours universitaire », confie Justine Lipuma. Et surtout, « elle a souligné dans son discours l’importance du retour de la science à la société. C’est exactement ma vision ».

Avec, pour la jeune scientifique, une passion particulière, celle de la vulgarisation. « J’ai toujours aimé rallier des partenaires sur des projets, et pour cela, il faut faire beaucoup de pédagogie », dit-elle. Que ce soit pendant son parcours de thèse, à l’occasion des recherches collectives qu’elle a ensuite menées à l’université de Turin, ou en tant que présidente de l’association des doctorants de l’université Nice-Sophia-Antipolis, et même lorsqu’elle participait, toute jeune, à des fêtes de la science, Justine Lipuma aime parler, en termes simples, de la science, des recherches qui y sont associées et de leurs implications pour le monde. Un exercice qui lui a bien servi lorsqu’il s’est agi de convaincre des investisseurs…

 

Son parcours, d’abord

 

Une fois sa thèse de doctorat en biologie sur les interactions entre les bactéries fixatrices d’azote et les légumineuses fourragères, de type luzerne, soutenue à l’INRA, en 2015, Justine Lipuma cherche, pour son travail post-doctoral, « à trouver de vraies solutions, accessibles à tous », insiste-t-elle.

En sélectionnant la meilleure association possible de plantes et de champignons microscopiques, elle découvre qu’il est possible d’augmenter la surface d’échange des plantes, ce qui maximise la production tout en protégeant les végétaux. Un concept qu’elle a validé sur la tomate, grâce à un programme de pré-maturation à l’Université Côte-d’Azur, dont elle a été lauréate, après son passage à l’université de Turin.

 

Les implications, ensuite

Il s’agit ni plus ni moins « d’en finir avec la chimie et de donner les outils aux producteurs agricoles pour effectuer la transition vers une activité durable. Nos solutions s’appuient sur la biodiversité augmentée », dit-elle. Elles sont actuellement disponibles pour les tomates et les plantes médicinales et odorantes, comme la lavande.

 

Les enjeux, enfin

« La méthode fonctionne bien en zones arides », souligne Justine Lipuma. Alors que le réchauffement climatique menace le pourtour méditerranéen, il s’agit donc, en l’appliquant, de préserver le gagne-pain des producteurs et de dynamiser l’économie territoriale. Se greffent donc sur la transition agricole des enjeux sociaux et sociétaux.

 

La création de la start-up deeptech, maintenant

Une fois le concept d’interaction plante et champignons validé, Justine Lipuma trouve en Christine Poncet, de l’Unité Inra Institut Sophia Agrobiotech, l’associée idéale. Et pour cause, « Christine est spécialiste de recherche appliquée et planchait sur la conception de systèmes agricoles plus durables », dit-elle. Le transfert de la recherche vers une structure, incubée pendant 18 mois à l’incubateur public Paca-Est, et qui commercialisera à terme la technique d’association plantes et champignons, se fait donc naturellement. Par le biais d’une bourse French Tech Emergence, Bpifrance l’épaule également. Et Mycophyto voit le jour en 2017.

Premiers contrats et première levée de fonds

Les premiers contrats sont signés dans la foulée avec des coopératives et des industriels qui utilisent les plantes comme matière première. Grâce à l’intégration de la filière, les méthodes de Mycophyto devraient progressivement se diffuser aux producteurs. Cet automne, pour poursuivre la R&D, Mycophyto a levé 1,4 million d’euros auprès de Créazur (Crédit Agricole), deux family offices, Olbia et Obsidian, ainsi que Région Sud Investissement. La jeune pousse a déjà pu embaucher quatre personnes, dont une responsable R&D, une responsable de production, une assistante technique de serre et un technicien de laboratoire. « Les femmes sont en majorité chez nous ! », rit la dirigeante de Mycophyto. Les recrutements suivants porteront sur des commerciaux. De fait, une deuxième levée de fonds servira à industrialiser la méthode et à la vendre en masse. Rompue à l’exercice qui consiste à expliquer ce qu’elle fait, et surtout, pourquoi, il est évident que Justine Lipuma saura, une fois de plus, embarquer talents et financiers avec elle, afin d’apporter sa contribution à la révolution agricole.

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