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Ecologie-Pour une transition agricole plus végétale

Ecologie-Pour une transition agricole plus végétale  

Une  alimentation plus végétale permettra progressivement d’atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris sur le climat et de maintenir notre consommation dans les limites des ressources de la planète, relève, dans une tribune au « Monde », un collectif de quatorze chercheurs.

Tribune.

 

Le plan de relance économique annoncé lundi 20 juillet par Bruno Le Maire [le ministre de l’économie, des finances et de la relance], qui sera présenté le 25 août en conseil des ministres, prévoit de répartir 100 milliards d’euros d’aides aux secteurs touchés par la crise sanitaire, dont 30 milliards à la transition écologique. Dans ce contexte, le secteur agricole est triplement stratégique : il conditionne notre autonomie alimentaire et a une influence majeure sur l’environnement ainsi que sur la santé publique.

En ce qui concerne l’environnement, un consensus se dessine sur l’importance d’opérer une transition vers une alimentation plus végétale pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris sur le climat et pour maintenir notre consommation dans les limites des ressources de la planète.

 

Ce changement de cap est primordial : dans un article scientifique paru en mai, le chercheur Brent Kim et son équipe prévoyaient que, si les 140 pays dont l’alimentation a été modélisée adoptaient conjointement celle des pays les plus riches, l’empreinte climatique et d’eau de leur production alimentaire se détériorerait respectivement de 135 % et 47 %. Au contraire, la végétalisation de l’alimentation permet de diviser par plus de trois l’impact climatique de la production alimentaire, si bien que le régime végétalien est celui qui émet le moins de gaz à effet de serre dans 97 % des pays étudiés.

Une seconde étude parue elle aussi en mai, publiée par Marco Springmann et son équipe dans la prestigieuse revue de médecine The British Medical Journal, a étudié, dans 85 pays, les implications sanitaires et environnementales de l’adoption de directives alimentaires nationales.

Le recueil de données sur l’alimentation et la santé de centaines de milliers de personnes au travers d’études menées sur des décennies tout autour du globe a permis d’estimer l’impact de l’alimentation sur un ensemble de maladies non transmissibles (maladies coronariennes, AVC, diabète de type 2, cancers du côlon et du rectum, et maladies respiratoires liées au surpoids).

 

En France, l’adoption des recommandations alimentaires nationales permettrait d’éviter 9,2 % des morts prématurées (de 30 ans à 69 ans) et de réduire de 35 % l’impact climatique de la production de l’alimentation française. L’adoption d’un régime flexitarien, correspondant à la consommation moyenne de 300 grammes de viande par semaine, permet quant à lui d’éviter 18,9 % des morts prématurées et de réduire l’impact climatique de 74 %. Enfin, contrairement à la croyance bien ancrée selon laquelle il serait nécessairement à risque, un régime végétalien bien équilibré aurait un impact positif drastique sur les maladies liées à l’alimentation, évitant 22 % des morts prématurées et réduisant de 91 % l’impact climatique. »

 

Écologie et mysticisme !

Écologie et mysticisme !

L’énergie que l’on est prêt à déployer pour défendre la faune et la flore est décuplée lorsque, à travers une sorte de cérémonie, on crée des liens avec elles, explique dans le Monde le dessinateur et chercheur en sciences cognitives Alessandro Pignocchi.

Entretien.

Alessandro Pignocchi, chercheur en sciences cognitives devenu bédéiste zadiste (puntish.blogspot.com), est l’auteur de La Recomposition des mondes (Seuil, 2019) et de trois tomes de la série Petit traité d’écologie sauvage (éditions Steinkis). A la ZAD, la « zone à défendre » de Notre-Dame-des-Landes, où les rituels ne sont pas absents, notamment lors des fêtes du solstice d’été, il anime une commission créée sur le sujet.

Pour quelles raisons avez-vous souhaité inventer des rituels sur la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes ?

Nos motivations sont multiples, mais l’une d’elles considère les rituels comme un outil essentiel pour accomplir la transformation cosmologique que tant de gens appellent aujourd’hui de leurs vœux. Celle-ci consiste, en simplifiant beaucoup, à se déplacer d’un monde où les plantes, les animaux et les milieux de vie sont considérés comme des objets que l’on protège ou exploite, vers un monde où ceux-ci sont des sujets avec lesquels on entretient des relations qui relèvent du registre du social.

Passer du temps à inventer collectivement un rituel au cours duquel, par exemple, on personnifie certains arbres de la forêt de Rohanne (Loire-Atlantique) – la forêt de la ZAD – renforce son statut de sujet. Loin d’une simple ressource de bois, elle devient une amie, un membre à part entière du collectif, et l’énergie que l’on sera prêt à déployer pour la défendre s’en trouve décuplée.

Ces cérémonies relèvent-elles d’une forme d’animisme ?

A partir du moment où l’on considère, comme c’est le cas sur la ZAD, qu’une forêt, une mare et un groupe de tritons ont des intérêts qui leur sont propres et qu’on en tient compte, on est davantage dans l’animisme que dans le naturalisme occidental. Mais aucun d’entre nous n’est animiste au sens où un Jivaro peut l’être. Les Jivaros considèrent que les plantes et les animaux ont une vie sociale semblable à celle des humains, avec leurs rituels, leurs shamans, et qu’ils viennent en parler avec les humains lors des rêves et des transes hallucinatoires. Lorsqu’on intègre des éléments de ce type dans nos rituels, c’est bien sûr avec humour et second degré.

La mise à distance de la cérémonie par l’humour n’empêche-t-elle pas de la vivre pleinement ?

Absolument pas, c’est ça qui est étonnant. Selon les anthropologues, beaucoup de rituels sont d’ailleurs accomplis avec une forme de second degré. C’est flagrant chez les Jivaros. Lorsque je suis chez eux et que je leur demande s’ils croient à ce qu’ils sont en train de faire, par exemple lors d’un rituel shamanique, ça les fait rire. Lors d’une pratique rituelle, même sur des sujets graves, ils peuvent paraître très sérieux à un instant donné, et en rire aux éclats l’instant d’après. Il ne s’agit pas de mettre des garde-fous par le biais de l’humour, mais plutôt de ne pas laisser le terrain du réenchantement du monde aux mystiques. Il n’est pas nécessaire d’adhérer à une forme ou une autre d’obscurantisme pour tendre vers des relations aux plantes, aux animaux et aux milieux de vie qui se colorent de toutes les nuances de la vie sociale. Les rituels sont un outil de lutte, parmi de nombreux autres, pour s’attaquer à la suprématie de la sphère économique et au rapport utilitaire au monde qu’elle impose.

Pour une écologie du consensus

Pour une écologie du consensus

 

 

L’avocate, ancienne ministre de l’environnement et présidente de Cap21-LRC, plaide, dans une tribune au « Monde », en faveur de réformes structurelles et d’une écologie « pragmatique et réaliste », ni « cache-misère » ni « expression extrême d’un dogmatisme qui décourage ».

Tribune.

 

A l’heure où l’étendue et la gravité de la crise écologique ne sont plus niées par personne mais où malheureusement la politique des petits pas fait florès, les écologistes ont collectivement, quelle que soit leur sensibilité initiale, une responsabilité commune : celle de convaincre nos concitoyens de l’urgence, de la possibilité et de l’intérêt d’une transition réelle de l’économie de la société.

Le « greenwashing », qui a fait la fortune d’un certain nombre de sociétés de conseil au bénéfice de grandes entreprises multinationales et internationales, est désormais l’apanage des gouvernements et plus particulièrement du nôtre. Des mesures, certes utiles mais très modestes, déconnectées les unes des autres, permettant le maintien de politiques incohérentes avec l’objectif affiché, sont annoncées et donnent l’impression à nos concitoyens que la « révolution verte » est en marche. Mais il n’en est rien : les grandes mesures structurelles et structurantes ne sont toujours pas prises et il manque une cohérence d’ensemble.

Ce n’est pas en focalisant le regard et l’ouïe du citoyen sur un sujet mineur comme la suppression des terrasses chauffées, ou en faisant passer tous les écologistes pour des décroissants, théoriciens ou sectaires que les concitoyens seront pleinement convaincus de la volonté de relance « verte » du gouvernement. Certains peuvent certes se laisser tromper par cette vieille technique de communication politique mais, si les écologistes prennent pleinement leurs responsabilités, la stratégie trompeuse de la majorité fera pschitt.

La responsabilité des écologistes face à cette offensive est double :

D’une part, et c’est bien le minimum, il faut éviter d’alimenter la pompe à rumeurs et à décrédibilisation. Malheureusement, depuis quelques jours, les maladresses et absurdités se succèdent les unes aux autres, même si certaines ont été commises en réponse à des provocations ou des actions perçues comme telles. Qu’il s’agisse de la forme inacceptable des propos des élues Vertes de Paris – même si le fond est juste et qu’il ne peut être question de défendre la moindre faiblesse à l’égard du viol sous quelque forme que ce soit ni la moindre complaisance à l’égard de ceux qui ferment les yeux – qui ont décrédibilisé les causes écologiste et féministe et renforcé l’idée d’un manque de loyauté.

Ou encore des propos de maires Verts nouvellement élus, en particulier dans des comparaisons pour le moins malencontreuses entre notre police nationale et la police de Vichy, qui renforcent l’idée d’un extrémisme Vert rendant impossible l’idée d’une majorité écologiste capable de gouverner. La politique est un univers sans scrupules et violent, rien ne sera pardonné à des responsables écologistes, ils doivent plus que d’autres jeunes élus faire leurs preuves. Et le problème est que leur comportement pèse sur toute la famille écologiste.

 

« UNE ÉCOLOGIE DE TERRAIN » ! (Castex)

« UNE ÉCOLOGIE DE TERRAIN » ! (Castex)

Dans le journal Ouest-France, le Premier ministre Jean Castex explique sa conception de l’écologie, une écologie de terrain dit-il sans doute pour s’opposer à une écologie dite de salon. Une belle profession de foi au parfum un peu politicien et un peu démago quand il prend le support de l’environnement pour parler de tout comme par exemple l’apaisement politique ! La chronique du Premier ministre :

 

 

« Dans mon discours de politique générale, j’ai proposé qu’à partir des initiatives qui – et parfois depuis longtemps – ont germé un peu partout en France, l’ensemble des acteurs d’un territoire se réunissent pour bâtir un véritable plan de transition écologique autour d’éléments aussi concrets que la rénovation thermique, les circuits courts, les pistes cyclables, les économies d’énergie, l’artificialisation des terres, les énergies renouvelables… abordés à l’échelle de leur ville ou de leur village. Dans un cadre concerté, ce plan devra fixer des objectifs précis, chiffrés et mesurables. Belle façon d’impliquer les plus jeunes qui verront là, chez eux, les moyens de s’engager personnellement dans la lutte contre le réchauffement climatique ! Chacun doit se sentir responsable et impliqué dans cette grande affaire parce que je crois que l’État seul ne peut rien.

C’est le sens de la méthode que j’entends insuffler pour accélérer la transition écologique : donner les moyens à chaque citoyen, à chaque entreprise et à chaque association de s’engager à son échelle. L’État et les collectivités sont là pour les accompagner, pour fixer le cadre et pour coordonner les efforts. Sur le terrain, on se parle et on s’écoute ! Tout le monde doit travailler ensemble, les associations environnementales, les entrepreneurs, les agriculteurs, les chasseurs, les pêcheurs…

« L’écologie à laquelle je crois est aussi celle du dialogue et de l’apaisement »

Ma mission en tant que Premier ministre de la République française est de contribuer à réconcilier toutes les France, celle urbaine dont les déplacements quotidiens en transports en commun ou à vélo sont souvent facilités par de solides infrastructures, mais aussi celle périurbaine voire rurale, constituée d’automobilistes pour qui la voiture est encore une nécessité et qui ont été trop souvent stigmatisés. Construisons avec eux les solutions.

Un tel dessein passe nécessairement par le dialogue, la concertation et la participation citoyenne, et le succès de la Convention citoyenne pour le climat voulue par le président de la République souligne une évidence : c’est par le dialogue qu’émergent des actions concrètes et des idées nouvelles. Et là encore, le local est particulièrement adapté à l’échange, à l’échelle d’un territoire, d’une commune ou d’un quartier.

« L’écologie à laquelle je crois est, enfin, une écologie de l’emploi, de l’innovation et de la croissance »

Une écologie qui crée de la richesse partout sur les territoires et y compris dans les ruralités. L’écologie est pour moi un projet d’amélioration de la qualité de vie, de notre performance économique et évidemment, de notre souveraineté.

C’est pourquoi, avec Barbara Pompili et l’ensemble des membres du gouvernement, nous mettons déjà ces principes en œuvre. Près du tiers des investissements prévus par le plan de relance, qui sera présenté fin août en Conseil des ministres, sera directement dédié à la conversion écologique de notre économie. Ce plan de relance sans précédent créera les conditions d’une croissance écologique, mais aussi des emplois qualifiés dès aujourd’hui et pour les jeunes qui entreront prochainement sur le marché du travail. L’action de la Convention citoyenne sur le climat, dont j’ai notamment reçu des représentants, sera prolongée par des mesures concrètes et ambitieuses.

L’écologie n’est pas l’apanage d’une génération. Elle n’est pas la propriété des grandes villes et elle l’est encore moins des partis politiques. L’écologie à laquelle je crois est celle de l’action plutôt que de l’incantation. Si nous voulons qu’elle soit créatrice de valeur, qu’elle soit efficace tout en étant juste, alors elle doit être l’affaire de tous les citoyens. »

MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE: BARBARA POMPILI, l’alibi Écolo

MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE: BARBARA POMPILI, l’alibi  Écolo

Une écologiste de cœur indique le biographe qui a dû fournir des éléments à une agence de presse pour décrire l’intéressé. La vérité est peut-être un peu différente. Comme beaucoup ces produits de Sciences-po , elle connaît les filières pour avancer dans le milieu politique. D’ailleurs elle a commencé comme attaché parlementaire des verts pour ensuite naviguer entre les courants complexes et contradictoires des écologistes. Pour simplifier, ce n’est pas une personnalité de premier rang mais plutôt un deuxième couteau comme il en existe à gauche ou à droite et dont l’objectif finalement est de parvenir un jour à devenir ministre. Tous les partis ont dans leurs rangs ce type responsable dont  l’intérêt de carrière politique prend largement le pas sur l’intérêt général.

On  peut classer Barbara Pompili parmi les deuxièmes ou troisièmes couteaux. Elle est là redonner  un coup de peinture verte sur les aspects trop gris de la politique gouvernementale. Elle n’a pas vraiment marqué son passage  comme ancienne secrétaire d’État chargée de la Biodiversité dans les gouvernements de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve mais elle fut l’une des premières personnalités de gauche à apporter son soutien à Emmanuel Macron avant la dernière course à l’Elysée.

Ancienne militante des Verts dont elle s’est éloignée, Barbara Pompili doit théoriquement incarner le tournant écologique pris par Emmanuel Macron au lendemain du second tour des élections municipales qui a vu des villes comme Lyon, Strasbourg et Bordeaux tomber entre les mains de défenseurs de l’environnement.

Il est clair que Barbara n’a pas le charisme ou l’épaisseur politique d’un grand leader écolo. Elle va jouer les utilités et sinon recruter pour Macron au moins essayer de limiter les dégâts. On notera d’ailleurs que le nouveau chef de gouvernement a fait à peu près l’impasse sur la question environnementale depuis son arrivée !

Écologie : «une idéologie» selon Buzyn !!!

Écologie : «une idéologie»  selon Buzyn  !!!

 

L’approximation intellectuelle caractérise un certain nombre de membres gouvernement arrivés là un peu par hasard avec leur seul bagage professionnel. Un manque évident de connaissances des réalités socio- économiques, d’expérience politique voir même de culture. C’est le cas quand Agnès Buzyn  récuse le mot écologie le considérant comme un terme trop idéologique.  Une confusion sémantique grave pour cette ancienne hospitalière  sans doute compétente dans son domaine mais dramatiquement inculte en matière de politique et en l’occurrence en matière d’écologie. En effet il n’y a nullement opposition contradiction entre environnement et écologie.

L’environnement est considéré comme étant le cadre naturel dans lequel l’homme vit. Ainsi, l’environnement est tout ce qui nous entoure et l’écologie est la science qui sert à la protéger.

Le drame de la république en marche ce révèle à travers les propos aberrants de sa candidate à Paris et témoigne de leur nullité politique voir intellectuelle. Candidate en faveur de l’«environnement», plutôt que de l’«écologie»Pourtant lancée à la conquête du vote «vert» à Paris, Agnès Buzyn a tenu à marquer cette distinction, vendredi sur France Info«Je n’aime pas le mot écologie, parce que derrière il y a toute une idéologie qui est parfois punitive», a expliqué la cheffe de file des «marcheurs» dans la capitale, à huit jours des élections municipales. Le pire c’est que c’est le gouvernement lui-même qui a donné à l’écologie son caractère punitif avec les fameuses taxes sur le carburant qui a donné lieu mouvement des gilets jaunes. En plus l’ex ministre de la santé , candidate à Paris a vraiment la mémoire courte. D’autant que parallèlement le gouvernement travaille toujours sur la perspective d’une nouvelle taxe carbone !

 Cette dimension «punitive», dénoncée aussi dans les rangs de la droite et du Rassemblement national, «c’est ce que je reproche à la municipalité actuelle», a-t-elle appuyé. Tout en déplorant une «bétonisation» et les «ravages de la pollution», dans une ville «en surchauffe», dirigée par la socialiste Anne Hidalgo, alliée aux écologistes d’Europe Écologie-Les Verts et aux communistes.

En prenant cette précaution linguistique, la candidate LREM se dédit aussi elle-même. Sur le terrain, Agnès Buzyn ne se prive pas de vanter une «écologie du quotidien», en promettant dans son programme la rénovation les bois de Boulogne et de Vincennes, la végétalisation des quais de Seine ou encore l’interdiction des cars de tourisme. Le 19 février dernier, elle décrivait même «l’écologie» comme une «évidence». On peut défendre la chose, sans pour autant porter dans son cœur le mot.

Ecologie : « des obligations vertes nocives »

Ecologie : « des obligations vertes nocives »

 

 

L’économiste Florian Abadie, spécialiste de régulation financière dans une organisation internationale,  démontre, dans une tribune au « Monde », que le recours aux obligations souveraines (OAT) vertes a tout de la fausse bonne idée pour préserver l’environnement; cela en raison notamment du cout de ces emprunts.

 

Tribune. 

 

En janvier, l’obligation souveraine verte française fêtait ses trois ans. C’est l’occasion de revenir sur cet instrument dont la contribution à la transition écologique n’est pas dénuée d’ambiguïté.

La contribution de la finance à la lutte contre le réchauffement climatique et à la préservation de l’environnement est indispensable pour que l’Europe atteigne la neutralité carbone d’ici 2050. Dans ce contexte, d’aucuns se félicitent que de plus en plus d’Etats émettent des obligations souveraines vertes.

Celle-ci se distingue de l’obligation ordinaire en ce qu’elle est émise pour financer un projet spécifique participant à la sauvegarde de l’environnement ou à la lutte contre le réchauffement climatique. Dans le cadre d’une obligation souveraine verte, l’objectif est double : financer un projet ou un investissement public vert et créer un effet d’entraînement pour les émetteurs privés. En émettant des obligations « vertes », les Etats fournissent aux investisseurs privés un produit de référence et assurent la liquidité et le bon fonctionnement de ce marché. En somme, elle contribuerait à mettre la finance au service de la transition écologique.

Pourtant le recours aux obligations souveraines vertes a tout de la fausse bonne idée. D’abord, elles augmentent le coût de financement de l’Etat. Comparées aux obligations souveraines ordinaires (les obligations assimilables du Trésor, ou OAT), les obligations souveraines vertes (OAT vertes) constituent un produit nouveau.

 

Par conséquent, l’émission d’OAT vertes segmente le marché de la dette publique en créant un nouveau compartiment. Les OAT vertes représentant moins de 1 % de la dette publique française, une prime de liquidité (c’est-à-dire un taux d’intérêt plus élevé), reflétant la plus grande difficulté qu’un détenteur d’OAT verte aura pour trouver un acheteur, s’applique à ce produit. 

Actuellement, du fait de l’environnement de taux bas et des facilités d’endettement de l’Etat français, cette prime est faible, de l’ordre de 4 à 5 points de base. Mais cette prime pourrait augmenter, notamment en période de stress sur les marchés : en cas de phénomène de « course à la liquidité », il est probable que les investisseurs se tournent vers les OAT ordinaires au détriment des OAT vertes.

En outre, les obligations vertes sont soumises à des exigences de reporting particulières, notamment pour permettre aux investisseurs de s’assurer que les fonds servent effectivement à des projets en faveur de l’environnement. Ainsi, l’émetteur publie des rapports spécifiques pour l’émission de ces obligations. Ces exigences d’information supposent de consacrer des ressources dédiées, augmentant ainsi le coût d’émission d’une OAT verte comparé à celui d’une OAT classique.

Pour une écologie de la joie (Jacques Tassin)

Pour  une écologie de la joie (Jacques Tassin)

Dans une interwiew dans le Monde, le chercheur Jacques Tassin défend la nécessité dune ecologie joyeuse. .

Chercheur en écologie végétale au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), auteur de plusieurs essais, dont A quoi pensent les plantes ? (Odile Jacob, 2016), Jacques Tassin vient de publier Pour une écologie du sensible.

La raison, écrivez-vous, « est allée trop loin, trop seule » et, en s’isolant du sensible, a fait de nous « des étrangers sur notre Terre ». A quand remonte cette rupture ?

Le processus trouve son aboutissement chez Descartes, qui écrit, dans ses Méditations métaphysiques (1641) : « J’ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que je suis seulement une chose qui pense et non étendue », et ajoute : « J’ai une idée distincte du corps, en tant qu’il est seulement une chose étendue et qui ne pense point. » Cela remonte loin, on peut aller jusqu’à Démocrite ou Platon, dont on retrouve la conception géométrique du monde, au début de l’ère moderne, chez Galilée, mais Descartes est le point d’aboutissement de cette histoire. Le fil du sensible s’effilochait déjà. Il a fini par se rompre.

Vous parlez d’un malentendu sur la nature même de la raison…

Oui, parce que, en réalité, comme le philosophe Maurice Merleau-Ponty [1908-1961] l’a démontré, la raison commence par le sensible. Elle se manifeste en aval de ce que nos sens nous permettent d’en percevoir. La raison vient ensuite, en relais, ou en surplomb. Je ne dis d’ailleurs pas qu’il faudrait y renoncer. Surtout pas. La raison est une force. Nous sommes naturellement de pauvres singes plutôt démunis et, sans elle, nous aurions du mal à nous débrouiller. Mais le sensible est une disposition à aller de l’avant, vers ce qui n’est pas soi, en établissant une continuité avec l’ensemble du vivant : s’en couper nous éloigne du monde. Je cite le livre de Bruno Latour, Où atterrir ? [La Découverte, 2017]. Nous nous sommes mis en position satellitaire, loin de la Terre, loin des réalités, qui sont d’abord sensibles. Certes, l’humanité pilote bien la matière, si je puis dire. La raison est efficace. Mais on en reste là, loin de la vie, et il est urgent d’atterrir.

Vous critiquez les approches qui dominent aujourd’hui l’écologie, aussi bien scientifiques que politiques. En quoi vous paraissent-elles insuffisantes ?

Elles demeurent dans une appréhension conceptuelle, quantifiée, du vivant, une sorte d’approche comptable. C’est ce que j’observe dans l’usage du terme paradoxal de « biodiversité » : comment un mot suffirait-il à contenir toute la diversité du vivant ? Il ne faut pas s’étonner que cette « biodiversité » disparaisse sous nos yeux, si nous remplaçons ce qui est devant nous par un concept. Quand j’ai eu la chance de faire partie de l’IPBES, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques, je me suis aperçu que les scientifiques procédaient de leur manière coutumière : ils allaient dans le sens du recueil de données, de la numérisation, de la quantification. C’est un niveau très faible d’appréhension du vivant.

Ecologie-Ville durable : gros coup de peinture verte par le gouvernement

Ecologie-Ville durable : gros coup de peinture verte par le gouvernement

 

Comme la question écolo risque de dominer l’enjeu  des élections municipales, le  gouvernement propose un coup de peinture verte sur les villes. Cependant on ne posera pas la question de la problématique de la sur-urbanisation qui va conduire à concentrer à terme 90 % de la population dans des métropoles ingérables. Le plus savoureux est cette perspective la  création de ferme urbaine.  D’ici à l’été prochain, 30 premiers quartiers seront sélectionnés, avec un financement dédié de 21 millions d’euros pour la création de fermes urbaines.

 

Plus sérieux, 22 quartiers volontaires expérimenteront des projets d’énergie positive et à faible impact carbone. « Une enveloppe d’aide à l’ingénierie » sera débloquée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), assure le ministère de la Ville et du Logement. Enfin 14 établissements publics d’aménagement devront intégrer au moins 50% de matériaux biosourcés ou géosourcés, . Et pour couronner le tout on va créer aussi un super machin administratif : France ville durable.

Cet organisme s’accompagnera de 50 « ateliers des territoires », budgétés à hauteur de 500.000 euros, d’une « plateforme d’open-innovation » nourrie par les entreprises et d’un outil Internet « Aides territoires » recensant les aides financières disponibles. 

 

 Bref des mesures très anecdotiques pour ne pas dire parfois ridicules pour cacher la stratégie de concentration urbaine.

Une vraie incompatibilité entre croissance et écologie ?

Une vraie incompatibilité entre croissance et écologie ?

 

Certains défenseurs de l’environnement défendent l’idée que la croissance verte pourrait tuer le mode de développement actuel. Ce développement est le plus souvent mesuré avec l’indicateur qui agglomère toutes les valeurs ajoutées . Un indicateur critiqué -le PIB- parce qu’il n’indique pas les conséquences néfastes du développement sur l’environnement et qu’il  ne prend pas en compte non plus le concept de bien-être. Les partisans du productivisme au contraire estiment que la croissance verte ne pourra jamais se substituer au mode de développement actuel. En clair, que l’écologie et la croissance sont incompatibles. Il est évident que nos sociétés ont profondément évolué depuis un siècle, que des ruptures sont intervenues après la seconde guerre mondiale et que des évolutions structurelles s’accélèrent depuis 10 à 20 ans. Nos anciennes sociétés étaient essentiellement agricoles et artisanales. Progressivement elles ont laissé la place au développement industriel. L’agriculture, principale moteur des économies, est devenue marginale, elle ne représente que 2 %. Depuis son apogée, le secteur industriel ne cesse lui aussi de régresser particulièrement en France remplacé par les services. On dit que l’économie s’est dématérialisée du fait que le poids réel de l’industrie ( autour de 17% du PIB) n’a cessé de diminuer. Normalement ce glissement de la société industrielle vers une société de services aurait dû se traduire par une réduction des atteintes  environnementales. Observons que les  services recouvrent des choses assez disparates dont certaines étaient précédemment rattachées aux activités de la production industrielle. L’industrie a en effet externalisé le maximum de tâches qui ne constituent pas son cœur de métier. Par ailleurs et surtout,  les services ont progressé dans les pays développés au fur et à mesure que les productions physiques se délocalisaient. restaient  dans les pays développés les fonctions d’ingénierie, d’organisation, de logistique et de commercialisation. De ce point de vue, le taux de tertiarisation est à relativiser. En même temps que la délocalisation des productions physiques on a aussi de localisé les externalités négatives. Si on prend un champ géographique et statistique plus large ,la croissance (mesurant de la valeur ajoutée)  risque d’être assez incompatible avec la durabilité. A moins de vraiment réduire les gaspillages et de  respecter les équilibres environnementaux. Il  est incontournable de réduire en même temps la masse de matière première mais aussi  l’énergie et le transport. En clair, pourrait  sans doute être remis en cause une grande partie de la matérialité de l’économie. La question est de savoir si la croissance verte pourrait compenser cette réduction de l’économie matérielle. Certains avancent l’idée que les nouvelles technologies notamment de l’in formation constituent une grande partie de la solution. Il faut toutefois remarquer que ces  nouvelles technologies sont également gourmandes en matières premières et en énergie. Il y a cependant de nombreux gaspillages qui pourraient être évités aussi bien dans la conception que dans la distribution ou l’utilisation. Le développement pourrait à l’avenir reposer sur des services de bien-être, de confort, d’éducation moins gourmands en matières premières et en énergie. La croissance au sens traditionnel du terme telle  qu’elle est mesurée pourrait alors être mise en cause sans qu’il  soit porté  atteinte à l’aspiration au bien-être social, physique et psychologique. Un question du contenu de la croissance, de sa maîtrise autant que de sa répartition.

Environnement :Quelle compatibilité entre le numérique et l’écologie ?

Quelle compatibilité entre le numérique et l’écologie ?

 

le développement du numérique  est-il écologiquement compatible ? la réponse de  Daniel Sperling  l’élu en charge du sujet à Marseille.( interview La Tribune)

 

Lors du dernier Marseille City Life qui abordait le sujet de la Tech et du zéro carbone, vous avez rappelé que smart city n’égale pas forcément ville durable. Une idée qui est peu répandue…

 

 

 

Daniel Sperling

Il faut résoudre une double équation, celle de l’expansion et de la concentration urbaine qui engendrent une mosaïque de transitions : urbaine, numérique, énergétique, économique et sociétale. Autant de défis qui peuvent être relevés collectivement. Conservateur, le numérique l’est aussi au regard des enjeux environnementaux. Curieusement, le récit autour de la Smart City a postulé d’emblée qu’elle serait durable. Tel n’est pas du tout le cas aujourd’hui. D’une part, l’infrastructure physique du numérique, d’autre part, la collecte des données, leur traitement et leur stockage représentent des quantités d’énergie non seulement colossales, mais surtout en croissance constante et forte. Le numérique consomme bien plus d’énergie que le transport aérien et la croissance de sa consommation est à deux chiffres. La donnée est souvent qualifiée de nouvel or noir. Le fait est que nous avons pris au mot cette analogie avec le pétrole et avons une approche très 20e siècle du numérique dans la ville. La smart a capturé le green. L’écologie du numérique reste à construire et avec elle celle de la Smart City. Attelons-nous à la tâche.

Vous donniez un chiffre intéressant, c’est l’équivalent, en énergie du « coût du clic »…

En effet, 450 millions de tonnes de CO2 ont été émises par les entreprises du numérique dans les pays de l’OCDE depuis 2013. 4 %, c’est la part du numérique dans les émissions mondiales de CO2, en hausse de 50 % depuis 2013.

80 fois plus d’énergie est nécessaire à la production d’un gramme de smartphone que d’un gramme de voiture. À l’échelle mondiale, les usages numériques représentent deux fois l’empreinte environnementale de la France. Ces problématiques ne sont pas nouvelles. Si je peux dire, nous ne partons pas de zéro pour aller vers le zéro carbone.

Quels sont les projets smart city qui ont changé la physionomie de Marseille ?

Il y a eu beaucoup de projets dont Smartseille est l’un des derniers exemples, avec sa boucle à eau de mer. Quand CMA CGM annonce toute une série de mesures pour réduire son impact comme l’adoption du GNL et l’optimisation des routes, la réduction de la vitesse de ses navires, ça va dans le bon sens. Mais j’aime rappeler qu’il y a 20 ans, la cogénération par méthanisation et l’expérimentation d’épandage propre, qui a donné naissance à une forêt sur la route de Cassis, étaient précurseurs. C’est un clin d’œil à l’actualité où certains gros pollueurs font aujourd’hui des annonces de replantation d’arbres pour compenser leur bilan carbone. Les estimations les plus récentes considèrent que, chaque jour, un français émet autant de CO2 que ce qu’un arbre stocke en un an.

Existe-t-il une smart city universelle ?

La justification ultime du smart n’est pas de faire toujours plus. C’est de faire en sorte que l’on puisse se déplacer sans dégrader l’environnement pour remplir son programme d’activités quotidiennes à Los Angeles, Paris, Pékin ou Bogota, de faire accéder les villes indiennes à l’eau potable, de mettre fin à l’étalement urbain dans les pays occidentaux et d’électrifier sur un monde durable les mégalopoles africaines qui se développent sous nos yeux.

 

Ecologie-Un projet de référendum…. bidon (De Rugy)

Ecologie-Un projet de référendum…. bidon (De Rugy)

En même temps que la micro loi sur l’énergie et le climat, de Rugy, le ministre de l’environnement, se propose d’organiser un référendum plus ou moins bidon sur l’écologie. On notera d’abord que la loi sur l’énergie et le climat est un micro texte de huit articles seulement qui visent simplement à affirmer des généralités mais sans préciser les échéances et surtout les moyens. Comme la question écologique semble monter l’opinion  et comme par ailleurs il ne semble pas que Macron soit maintenant très chaud pour organiser une consultation démocratique sur les aspects économiques et sociaux, de Rugy saisit l’occasion de proposer un référendum bidon.  Il est clair que la question serait nécessairement très floue du type : êtes-vous pour la mise en œuvre d’une politique environnementale dynamique ? De quoi théoriquement recueillir au moins 80 % d’opinions favorables. Ce référendum bidon viendrait compléter deux autres mesures du même type. D’une part la création d’un conseil de défense écologique et surtout la création d’une assemblée composée de 150 citoyens tirés au sort chargé de plancher sur les questions environnementales. En réalité de machins supplémentaires qui s’ajoutent aux nombreux autres et qui correspondent à des effets d’annonce. Notons que le ministre de l’écologie propose comme thème de son référendum la question du climat et non la question de l’énergie. Le climat autorise de plus grandes approximations que la programmation de l’énergie notamment concernant le problème très controversé de la réduction du nucléaire. Observons cependant qu’en ce qui concerne la question du climat la France n’a pas encore été capable depuis l’accord de Paris de diminuer ses émissions polluantes !!

Écologie- le conseil de 150 personnes tirées au sort : une escroquerie intellectuelle et démocratique

Écologie- le conseil de 150 personnes tirées au sort : une escroquerie

Le ministre de l’environnement a confirmé la surprenante proposition de Macron de créer un conseil national de 150 citoyens tirés au sort pour redéfinir les désorientations écologiques. Une véritable fumisterie quand on sait déjà que dans nombre d’institutions nombre de participants sont incompétents pour articuler la problématique écologique avec la dimension économique, sociale, technologique. Nombre de conseils de tous poils traite de l’environnement tant au niveau national qu’au plan local et souvent dans la plus grande incohérence. Pour schématiser,  il y a les écolos purs et durs qui militent pour casser la croissance de manière brutale. De l’autre des productivistes (agriculteurs, industriels, financiers) qui considèrent les préoccupations environnementales comme une foutaise. Rares sont ceux qui sont  qui ont une réelle connaissance scientifique en matière d’environnement et encore plus rares sont ceux qui en plus de cette compétence possèdent également des connaissances économiques et techniques. Bref la plupart du temps les discussions sont proches de propos de bistrot avec parfois même des arrière-pensées politiques. Que penser d’une assemblée de 150 citoyens tirés au sort dont peut-être à peine 10 % parleront avec pertinence des problématiques posées. L’objectif est évidemment de contourner une nouvelle fois les organisations intermédiaires qui connaissent le sujet. C’est la confirmation du caractère autocratique de ce pouvoir qui en permanence veut établir un lien direct entre le monarque républicain et le peuple. Malheureusement c’est précisément cette pratique qui a conduit à l’émergence du mouvement des gilets jaunes. Notons aussi qu’on a pris la précaution de rattacher ce fameux conseil de 150 personnes tirées au sort au conseil économique et social et environnemental déjà ignoré par le pouvoir. Ce conseil de personnes tirées au sort est une véritable escroquerie intellectuelle et démocratique

 

Ecologie : « changer les comportements »

Ecologie : « changer les comportements »

Moins de stratégie punitive, coercitive ou négative et davantage de pédagogie, de mise en valeur de bonnes pratiques pour changer les comportements en matière écologique estiment nécessaire les chercheurs Katherine Farrow, Gilles Grolleau et Naoufel Mzoughi dans une tribune au « Monde ». De quoi aussi remettre en cause les démarches punitives notamment fiscales dont d’ailleurs l’objet n’a souvent pas grand-chose à voir avec la problématique environnementale. (Extraits)

 

« . Pour atteindre leurs objectifs visant à modifier nos comportements dans différents domaines, notamment en faveur d’un mode de vie plus écologique et plus sain, de nombreuses politiques publiques et d’initiatives émanant de diverses organisations de la « société civile » s’appuient sur l’intuition que « plus » est préférable à « moins ». Nous allons ainsi être encouragés à avoir une alimentation plus équilibrée, à conduire plus prudemment ou à adopter plus de gestes écologiques. On insistera alors sur le nombre de victimes évitées ou sur le progrès engendré si tout le monde se mettait à économiser l’eau et l’énergie. Force est de reconnaître que les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espérances et des efforts consentis pour provoquer ces changements. Des travaux récents issus des sciences comportementales montrent que ces pratiques fréquentes et bien intentionnées s’avèrent être des erreurs, susceptibles d’expliquer, au moins en partie, cette perte d’efficacité. La plus pernicieuse de ces erreurs est peut-être celle qui consiste à attirer l’attention sur l’ampleur d’un problème, notamment en mentionnant le nombre de personnes qui n’ont pas encore adopté le comportement souhaité. Ainsi, en affirmant que la majorité des Français consulte son téléphone tout en conduisant ou télécharge illégalement, on indique involontairement aux individus une norme sociale descriptive. Cette information incite l’individu à se conformer au groupe social auquel il appartient en maintenant, voire en adoptant, le comportement de la majorité. Cette erreur fréquente peut être évitée en attirant plutôt l’attention sur les personnes qui adoptent déjà le comportement souhaité, ou bien sur la norme injonctive. Une autre erreur consiste à mettre en évidence le nombre élevé de victimes causées par un comportement indésirable. Par exemple, insister sur le nombre de décès dus à la pollution aérienne à Paris ou par l’alcool au volant a ses limites. Plusieurs travaux récents montrent que les individus ont une sensibilité et une propension à agir bien plus élevées pour une victime bien identifiée que pour des victimes nombreuses, souvent qualifiées de victimes statistiques. Un moyen simple de contrecarrer cet effet est d’attirer l’attention sur une victime bien précise, susceptible de devenir emblématique, quitte à mentionner ultérieurement le fait que d’autres sont aussi lésées par le comportement visé. Une troisième erreur se rapporte à l’intuition selon laquelle fournir plus d’arguments ou plus de raisons d’effectuer un changement comportemental serait plus efficace que d’en fournir moins. Par exemple, nous sommes fréquemment soumis à des messages du type « 10 raisons de faire ceci ou d’arrêter de faire cela ».

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

 

. Par Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).

Il faut quand être gonflé pour soutenir que seul le capitalisme peut prendre en charge la régulation environnementale.  Pas étonnant cet article vient des Echos, journal sérieux quant il se limite aux faits et aux chiffres objectifs mais qui devient d’un ésotérisme sulfureux quand il faut défendre les valeurs de l’argent et les puissants. Pourtant  Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) affirme que la solution pour l’environnement  c’est le capitalisme. Et de ressortir la théorie à la mode du signal prix qui ré internalise dans l’économie de marché des problématiques sociétales. Un article à lire cependant et qui prouve qu’il y a encore de l’avenir pour les évangélistes du profit.

 

« Les dernières prévisions alarmantes du GIEC justifieraient pour beaucoup une remise en cause radicale de notre modèle de civilisation. Lors de son ultime discours en tant que ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot avait expliqué qu’il n’avait « pas réussi à combler cette ligne de faille entre l’économie et l’écologie ». La recherche perpétuelle et égoïste de profit épuiserait les ressources de la planète et nous mènerait droit à la catastrophe. De multiples exemples à travers le monde contredisent cette affirmation péremptoire. En Namibie, une approche contre-intuitive a été adoptée dans les ranchs privés depuis près de cinquante ans. Les éleveurs ont remplacé leurs troupeaux de bovins par des réserves de faune et de flore locales. L’attrait des touristes occidentaux pour les safaris est bien plus profitable et permet aux propriétaires de rentabiliser la reproduction et la protection des girafes et autres antilopes face au braconnage. Dans ce pays, la population d’animaux sauvages dans les ranchs a augmenté de 80 % depuis l’instauration de droits de propriété privée en 1967. Ce succès s’explique par la recherche du profit. Considérée à tort comme un vice, elle est un puissant incitateur pour le propriétaire à prendre soin de son capital naturel s’il parvient à le monétiser par la culture, l’élevage ou le tourisme. Lorsqu’une ressource n’appartient à personne (ou à tout le monde- ce qui revient au même), chacun est amené à la piller, à l’exploiter ou à la polluer jusqu’à l’épuisement total. Ce constat n’était pas étranger à Aristote, qui remarquait que « ce qui est commun au plus grand nombre fait l’objet des soins les moins attentifs. L’homme prend le plus grand soin de ce qui lui est propre, il a tendance à négliger ce qui est commun ». Les drames écologiques surgissent moins de la défaillance que du défaut de marché, à l’image de la surpêche où il n’est pas possible de définir des titres de propriété sur les poissons en l’état de la technologie actuelle. Néanmoins, quand cela peut se faire, l’instauration de droits de propriété est le meilleur moyen de mettre fin à la tragédie des biens communs et d’attribuer une grande valeur aux ressources écologiques rares. Les réussites sont légion. À 40.000 euros le kilo, le commerce de corne de rhinocéros en Afrique du Sud permet aux propriétaires des animaux de financer la protection et la reproduction du mammifère tout en en tirant profit. C’est en garantissant des droits de propriété marqués au fer rouge sur les bisons d’Amérique que l’espèce a été sauvée de peu de l’extermination au XIXe siècle. Autre exemple, l’aquaculture permet de satisfaire toute l’augmentation de la demande en poisson depuis le début des années 1990 et va bientôt dépasser la pêche traditionnelle en quantité. Notons que les espèces marines toujours menacées de surpêche comme le thon rouge sont celles qui n’ont pas encore été domestiquées. Certes, le développement économique affecte parfois dramatiquement les écosystèmes et la biodiversité (enfin ! NDLR), mais il arrive un seuil à partir duquel la situation s’inverse et s’améliore grâce aux richesses et aux technologies accumulées. L’augmentation des rendements agricoles permet de nourrir en quantité et en qualité la population tout en laissant la place à des espaces naturels plus sauvages. Dans les régions ayant dépassé un PIB par habitant de 3.900 euros, les forêts reprennent du terrain. Même si des efforts doivent encore être accomplis, la qualité de l’air s’est grandement améliorée dans les pays occidentaux. Dans ces derniers, les déchets plastiques sont traités, stockés ou recyclés à plus de 95 % et ne sont plus rejetés dans la nature. Lorsque nos besoins élémentaires sont satisfaits et que notre niveau de vie augmente, une partie de nos ressources peut être allouée au recyclage, à la protection de la biodiversité et à la production d’énergies décarbonées. Dans les pays ayant adopté l’économie de marché et qui sont, par conséquent, les plus riches, l’indice de performance environnementale bat tous les records. La France est d’ailleurs en deuxième place derrière la Suisse et devant le Danemark. Même le World Wide Fund(WWF), dont l’approche méthodologique est fortement critiquable, calcule que la biodiversité a augmenté de 10 % dans les pays riches depuis les années 1970. Dans les pays qui refusent l’économie de marché, le non-développement économique est à l’origine des plus grands drames écologiques de notre époque. L’absence de traitement des eaux et des déchets véhicule des maladies gravissimes. Les affections diarrhéiques tuent encore près de 4.000 personnes par jour dans les pays pauvres. Une personne meurt toutes les dix secondes dans le monde à cause de la pollution de l’air issue de la cuisson au feu de bois. En plus de sauver des centaines de milliers de vies chaque année, la gazinière ou le raccordement électrique limitent la déforestation. Les approches décroissantes ou malthusiennes sont donc des contresens si l’on veut améliorer la situation écologique de la planète tout en éliminant la misère et les maladies. Si la nature est capitale pour l’humanité, protégeons sa valeur économique grâce au capitalisme pour lutter contre la tragédie des biens communs ! Comme l’expliquait l’économiste Julian Simon, le statut de « ressource » est relatif à l’usage que l’on en fait. Leur rareté fait augmenter leur prix ce qui incite les entrepreneurs à les rationner, les recycler, ou en développer des substituts. La connaissance, la technologie, la richesse accumulées depuis deux siècles et les innovations que nous n’imaginons pas encore nous permettront de nous adapter au changement climatique. Nous sommes déjà capables d’inventer des robots sous-marins face aux parasites de la grande barrière de corail, de modifier génétiquement des moustiques contre la malaria et de développer des plateformes de crowdfunding pour sanctuariser des espaces naturels. Débarrassons-nous des marchands de peur et de catastrophisme. Libérons-nous des entraves à la recherche scientifique et au développement technologique. Par l’innovation et nos choix de consommation quotidiens, devenons les acteurs du progrès dans une économie de marché résolument prospère et écologique. » (Amen ! NDLR)

 

Ecologie : la fracture bobo- populo

Ecologie  : la fracture bobo- populo

 

Il est évident que les écologistes appartiennent pour la plupart aux catégories CSP plus ( en bref des cadres). Leur confort social leur permet de contester radicalement le mode de production et de consommation. À l’inverse,  les citoyens au statut social moins favorable et plus précaire sont beaucoup plus réticents vis-à-vis d’une transition énergétique brutale. Il est clair que lorsqu’on  gagne 1000 € par mois en étant contraint de prendre son automobile,  on est beaucoup moins sensible à la thématique environnementale que lorsqu’on gagne 5, 10 ou 20 fois plus et qu’on peut se déplacer en utilisant les transports collectifs. C’est la fracture bobo populo qui illustre le mouvement des gilets jaunes. De toute manière,  la transition énergétique brutale en France constitue une erreur économique et environnementale. Il faut d’abord rappeler que les émissions polluantes de la France représentent environ 1 % des émissions mondiales. Ensuite que la fiscalité n’a jamais été un moyen de régulation efficace s’il n’y a pas en même temps une politique industrielle pour développer une nouvelle offre de transport tant en transport collectif qu’en transport individuel. Une offre de qualité et compétitive (comme pour le chauffage, problème autrement plus important que le transport). De ce point de vue, la nouvelle fiscalité sur les carburants justifiée par des motifs écologiques constitue une escroquerie intellectuelle. La transition énergétique ne passe pas prioritairement par la fiscalité mais par une politique de  l’offre et de normes. Sans parler de l’incohérence de l-’aménagement du territoire qui favorise les émissions polluantes.   La problématique environnementale doit donc intégrer les aspects sociaux, techniques et fiscaux. Faute  de cela,  le mouvement écolo bobo risque de ressembler à une sorte de religion d’évangélistes ignorants des cohérences sociales, fiscales et industrielles.  Inversement, les gilets jaunes qui représentent les couches populaires doivent intégrer la problématique climatique dans leurs revendications sociales pour ne pas finir comme un mouvement poujadiste. 

Ecologie : la fracture bobo- populo

 Ecologie : la fracture bobo- populo

 

Il est évident que les écologistes appartiennent pour la plupart aux catégories CSP plus. Leur confort social leur permet de contester radicalement le mode de production et de consommation. À l’inverse,  les citoyens au statut social moins favorable et plus précaire sont beaucoup plus réticents vis-à-vis d’une transition énergétique brutale. Il est clair que lorsqu’on  on gagne 1000€ par mois en étant contraint de prendre son automobile,  on est beaucoup moins sensible à la thématique environnementale que lorsqu’on gagne cinq 10 ou 20 fois plus et qu’on peut se déplacer en utilisant les transports collectifs. C’est la fracture bobo populo qui illustre le mouvement des gilets jaunes. De toute manière,  la transition énergétique brutale en France constitue une erreur économique et environnementale. Il faut d’abord rappeler que des émissions polluantes de la France représentent environ 1 % des émissions mondiales. Ensuite que la fiscalité n’a jamais été un moyen de régulation efficace s’il n’y a pas en même temps une politique industrielle pour développer une nouvelle offre de transport tant en transport collectif qu’en transport individuel. Une offre de qualité et compétitive (comme pour le chauffage, problème autrement plus important que le transport). De ce point de vue là nouvelle fiscalité sur les carburants justifiée par des motifs écologiques constitue une escroquerie intellectuelle. La transition énergétique ne passe pas prioritairement par la fiscalité mais par une politique de la l’offre et de normes. La problématique environnementale doit donc intégrer les aspects sociaux, techniques et fiscaux. Faute  de cela,  le mouvement écolo bobo risque de ressembler à une sorte de religion d’évangélistes ignorants des cohérences sociales,fiscales et industrielles. 

L’écologie : une science, pas un mouvement politique

L’écologie : une science, pas un mouvement politique

 

 

Ce qu’explique  Sébastien Barot (Directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, au laboratoire IEES-Paris) dans un papier au Monde.

« . Nicolas Hulot a démissionné parce qu’il était conscient de la gravité de la crise environnementale et qu’il n’a pas pu convaincre le gouvernement de réagir suffisamment vite pour lutter contre cette crise. Pourquoi est-il convaincu de la nécessité d’agir rapidement ? Parce qu’il ne met pas en doute les analyses des chercheurs faisant le diagnostic de cette crise. En miroir, le problème est que les pouvoirs politiques et économiques connaissent généralement peu le monde de la recherche et comprennent mal son fonctionnement. Cela conduit souvent à une forme de défiance et parfois à un scepticisme entretenu volontairement vis-à-vis de la recherche. Ce problème est renforcé du fait que l’écologie, la science qui fait le diagnostic de la crise de la biodiversité, qui en analyse les mécanismes, qui peut suggérer des solutions, reste méconnue. D’une part, il s’agit d’une science assez jeune, qui s’est développée sous sa forme actuelle depuis la seconde guerre mondiale, et depuis les années 1970 en France. Cette jeunesse fait qu’il faut encore trop souvent lutter au sein du monde académique pour qu’elle obtienne la place qu’elle mérite. D’autre part, au moins en France, le mot « écologie » est plus facilement associé à des mouvements politiques qu’à une science. Cela discrédite la ­parole des chercheurs en écologie dont le discours paraît idéologique, alors même qu’ils ne font qu’exposer leurs résultats, avec la même objectivité qu’un chimiste ou un physicien.La confusion est renforcée par le fait que, très souvent, la crise environnementale est présentée dans les médias par des défenseurs de l’environnement comme Hubert Reeves, qui jouent un rôle positif mais n’ont aucune compétence en écologie scientifique.…… »

 

Les technologies et/ou l’écologie

les technologies et/ou  l’écologie

 

Cécile Philippe, Institut Molinari, pose la question de la compatibilité de la sciences avec l’avenir de la planète s’appuyant notamment sur deux ouvrages de Yuval Noah Harari (Sapiens et Homo Deus )

 

 

« Comment les êtres humains en sont-ils arrivés à contrôler toute la planète ? A cette question, Yuval Noah Harari – auteur des deux best-sellers Sapiens et Homo Deus - répond : en coopérant. Nombre d’experts et scientifiques partagent ce point de vue, et en particulier les économistes. Mais comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, ce niveau de coopération entre individus qui ne partagent aucun gène est miraculeux. Alors, comment, selon l’auteur, Homo Sapiens parvient-il à coopérer à de tels niveaux ? En se racontant des histoires, en développant des croyances, des crédos, des dogmes auxquels croient suffisamment de personnes par l’intermédiaire de rituels, de rites et de sacrifices. Ces croyances créent un ciment entre les personnes, une communauté qui sape les bases de la méfiance et crée au contraire celle de la confiance. Ces croyances sont au cœur du fonctionnement de nos sociétés humaines. Ce sont elles que Harari examine dans son troisième livre car qu’il s’agisse du nationalisme, du libéralisme, du communisme, de la religion, toutes, selon lui, sont en manque de légitimité auprès du public. Aucune ne serait en mesure de répondre aux grands défis du 21e siècle et cela tient sans doute au fait que l’univers fonctionne sur des faits concrets et tangibles. Il est important aujourd’hui de se reconstruire une histoire davantage en phase avec ces faits scientifiques, cette réalité aussi prosaïque soit-elle, en particulier celle de la souffrance qu’on subit ou fait subir. Le projet de Harari dans ce nouvel opus est particulièrement ambitieux et peut-être même complètement irréaliste. Il est néanmoins très stimulant pour quiconque se pose des questions essentielles sur la vie : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment organiser nos sociétés pour assurer la pérennité de tous ? En quoi croire ? Comment départager les croyances que nous avons ? Certaines sont-elles plus pertinentes que d’autres ? Les questions d’ordre épistémologique que se pose l’auteur sont, selon moi, les plus importantes de l’ouvrage. Car au-delà des scénarios futuristes proposés par Harari, une de ses prémisses essentielles est que les êtres humains, sans renoncer à se raconter des histoires, peuvent choisir celles qui se fondent sur la réalité telle qu’elle est le mieux décrite par la science. Cette dernière a l’avantage de ne pas cacher ses zones d’ombre. En principe non dogmatique, la science accepte ses erreurs et progresse par l’observation de la réalité. L’auteur ne renonce donc pas à la vérité mais propose aux lecteurs qu’elle se fonde sur la science plutôt que sur nos émotions dont nous sommes les esclaves, faute d’avoir à ce jour passé le temps nécessaire à mieux les comprendre. Sur cette base, Harari raconte ce qu’il pense être une histoire possible du futur des êtres humains. Il invite ses lecteurs à se rassembler autour de celle-ci dans l’espoir d’incliner le cours possible des événements. Pour lui, les grands défis du 21e siècle sont écologiques et technologiques. Le changement climatique est une catastrophe en sursis, tout comme l’est le progrès technologique, en particulier la rencontre entre la puissance de calcul (infotech) et les recherches biologiques (la biotech). Harari consacre de nombreuses pages aux risques que présente le défi technologique. Pour lui, le développement de l’intelligence artificielle pourrait faire émerger de nouvelles espèces. Des « superhumains » pourraient concentrer tout le pouvoir dans leurs mains et un jour ne plus vouloir subvenir aux besoins de la majorité des autres humains devenus « inutiles ». Au sujet de la destruction d’emplois, son opinion est qu’elle pourrait être majeure à terme. Car les êtres humains n’ont pas d’autres compétences que physiques et cognitives, domaines dans lesquels l’IA munie de capteurs pourrait être plus efficace que les humains. D’autant plus que l’IA a des avantages proprement non humains comme la connectivité (intégration dans un réseau flexible) et l’actualisation en instantané (absence de problèmes de communication entre les différents points du réseau). Or, l’intelligence artificielle se développe à grande vitesse dans les mains de quelques grandes institutions parce que les individus abandonnent leurs données personnelles sans se rendre compte de leur valeur et parce qu’il n’existe aucun système pour faire payer la donnée. Ils ne réalisent pas que lorsque quelque chose est gratuit, c’est qu’ils sont probablement eux-mêmes le produit. Le déplacement de l’autorité des humains vers les algorithmes va certes améliorer nos vies. Dans les domaines de la santé et du transport, cela semble évident mais il faut être conscient de ce que l’on perd : notre capacité à nous orienter, par exemple, faute d’utiliser notre sens d’orientation. Tout ce que l’on n’utilise pas se perd et si l’IA prend de plus en plus de décisions à notre place (emploi, partenaire, etc.), on perdra aussi notre capacité à prendre des décisions. En gros, l’IA supérieure dans de nombreux domaines risque de nous rendre stupide, en plus de créer de nouvelles castes. Ce sont là des défis majeurs auxquelles les grands systèmes de croyances actuels n’ont pas de réponse, qu’il s’agisse des religions, du nationalisme, du capitalisme, etc. Harari conclut que ces grands défis ne peuvent pas se régler au niveau national et que la résurgence actuelle du nationalisme est une voie sans issue. Il faut envisager de les régler au niveau global et il regarde ce qui se passe au niveau de l’Union européenne avec intérêt. Pour ce qui est des défis personnels, il cherche à nous convaincre de l’importance qu’il y a à ne pas confondre intelligence et conscience, phénomène à propos duquel on ne sait pas grand-chose sauf qu’il est notre capacité à ressentir des émotions. Ces émotions promettent d’être la cible de toutes les convoitises de la part des entreprises, des gouvernements et des scientifiques et on ferait mieux d’apprendre à ne plus en être les esclaves. D’où son dernier chapitre consacré à la méditation. Elle permet de mieux connaître et comprendre ses émotions, pour éviter notamment de réagir au quart de tour dès lors qu’on ressent l’une ou l’autre et donc d’être manipulé par elles. Evidemment, ce projet est peut-être irréaliste. Certains, comme le psychologue et économiste Daniel Kahneman, doutent de notre capacité à contrôler nos émotions. Mais les réflexions de Yuval Noah Harari ont le grand mérite de stimuler les nôtres à propos de l’avenir de l’espèce Homo Sapiens. »

(*) « 21 leçons pour le 21e siècle«  par Yuval Noah Harari, Albin Michel, septembre 2018.

Questions épistémologiques : les technologies et/ou l’écologie

Questions épistémologiques : les technologies et/ou  l’écologie

 

Cécile Philippe, Institut Molinari, pose la question de la compatibilité de la sciences avec l’avenir de la planète s’appuyant notamment sur deux ouvrages de Yuval Noah Harari (Sapiens et Homo Deus ) 

 

 

« Comment les êtres humains en sont-ils arrivés à contrôler toute la planète ? A cette question, Yuval Noah Harari – auteur des deux best-sellers Sapiens et Homo Deus - répond : en coopérant. Nombre d’experts et scientifiques partagent ce point de vue, et en particulier les économistes. Mais comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, ce niveau de coopération entre individus qui ne partagent aucun gène est miraculeux. Alors, comment, selon l’auteur, Homo Sapiens parvient-il à coopérer à de tels niveaux ? En se racontant des histoires, en développant des croyances, des crédos, des dogmes auxquels croient suffisamment de personnes par l’intermédiaire de rituels, de rites et de sacrifices. Ces croyances créent un ciment entre les personnes, une communauté qui sape les bases de la méfiance et crée au contraire celle de la confiance. Ces croyances sont au cœur du fonctionnement de nos sociétés humaines. Ce sont elles que Harari examine dans son troisième livre car qu’il s’agisse du nationalisme, du libéralisme, du communisme, de la religion, toutes, selon lui, sont en manque de légitimité auprès du public. Aucune ne serait en mesure de répondre aux grands défis du 21e siècle et cela tient sans doute au fait que l’univers fonctionne sur des faits concrets et tangibles. Il est important aujourd’hui de se reconstruire une histoire davantage en phase avec ces faits scientifiques, cette réalité aussi prosaïque soit-elle, en particulier celle de la souffrance qu’on subit ou fait subir. Le projet de Harari dans ce nouvel opus est particulièrement ambitieux et peut-être même complètement irréaliste. Il est néanmoins très stimulant pour quiconque se pose des questions essentielles sur la vie : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment organiser nos sociétés pour assurer la pérennité de tous ? En quoi croire ? Comment départager les croyances que nous avons ? Certaines sont-elles plus pertinentes que d’autres ? Les questions d’ordre épistémologique que se pose l’auteur sont, selon moi, les plus importantes de l’ouvrage. Car au-delà des scénarios futuristes proposés par Harari, une de ses prémisses essentielles est que les êtres humains, sans renoncer à se raconter des histoires, peuvent choisir celles qui se fondent sur la réalité telle qu’elle est le mieux décrite par la science. Cette dernière a l’avantage de ne pas cacher ses zones d’ombre. En principe non dogmatique, la science accepte ses erreurs et progresse par l’observation de la réalité. L’auteur ne renonce donc pas à la vérité mais propose aux lecteurs qu’elle se fonde sur la science plutôt que sur nos émotions dont nous sommes les esclaves, faute d’avoir à ce jour passé le temps nécessaire à mieux les comprendre. Sur cette base, Harari raconte ce qu’il pense être une histoire possible du futur des êtres humains. Il invite ses lecteurs à se rassembler autour de celle-ci dans l’espoir d’incliner le cours possible des événements. Pour lui, les grands défis du 21e siècle sont écologiques et technologiques. Le changement climatique est une catastrophe en sursis, tout comme l’est le progrès technologique, en particulier la rencontre entre la puissance de calcul (infotech) et les recherches biologiques (la biotech). Harari consacre de nombreuses pages aux risques que présente le défi technologique. Pour lui, le développement de l’intelligence artificielle pourrait faire émerger de nouvelles espèces. Des « superhumains » pourraient concentrer tout le pouvoir dans leurs mains et un jour ne plus vouloir subvenir aux besoins de la majorité des autres humains devenus « inutiles ». Au sujet de la destruction d’emplois, son opinion est qu’elle pourrait être majeure à terme. Car les êtres humains n’ont pas d’autres compétences que physiques et cognitives, domaines dans lesquels l’IA munie de capteurs pourrait être plus efficace que les humains. D’autant plus que l’IA a des avantages proprement non humains comme la connectivité (intégration dans un réseau flexible) et l’actualisation en instantané (absence de problèmes de communication entre les différents points du réseau). Or, l’intelligence artificielle se développe à grande vitesse dans les mains de quelques grandes institutions parce que les individus abandonnent leurs données personnelles sans se rendre compte de leur valeur et parce qu’il n’existe aucun système pour faire payer la donnée. Ils ne réalisent pas que lorsque quelque chose est gratuit, c’est qu’ils sont probablement eux-mêmes le produit. Le déplacement de l’autorité des humains vers les algorithmes va certes améliorer nos vies. Dans les domaines de la santé et du transport, cela semble évident mais il faut être conscient de ce que l’on perd : notre capacité à nous orienter, par exemple, faute d’utiliser notre sens d’orientation. Tout ce que l’on n’utilise pas se perd et si l’IA prend de plus en plus de décisions à notre place (emploi, partenaire, etc.), on perdra aussi notre capacité à prendre des décisions. En gros, l’IA supérieure dans de nombreux domaines risque de nous rendre stupide, en plus de créer de nouvelles castes. Ce sont là des défis majeurs auxquelles les grands systèmes de croyances actuels n’ont pas de réponse, qu’il s’agisse des religions, du nationalisme, du capitalisme, etc. Harari conclut que ces grands défis ne peuvent pas se régler au niveau national et que la résurgence actuelle du nationalisme est une voie sans issue. Il faut envisager de les régler au niveau global et il regarde ce qui se passe au niveau de l’Union européenne avec intérêt. Pour ce qui est des défis personnels, il cherche à nous convaincre de l’importance qu’il y a à ne pas confondre intelligence et conscience, phénomène à propos duquel on ne sait pas grand-chose sauf qu’il est notre capacité à ressentir des émotions. Ces émotions promettent d’être la cible de toutes les convoitises de la part des entreprises, des gouvernements et des scientifiques et on ferait mieux d’apprendre à ne plus en être les esclaves. D’où son dernier chapitre consacré à la méditation. Elle permet de mieux connaître et comprendre ses émotions, pour éviter notamment de réagir au quart de tour dès lors qu’on ressent l’une ou l’autre et donc d’être manipulé par elles. Evidemment, ce projet est peut-être irréaliste. Certains, comme le psychologue et économiste Daniel Kahneman, doutent de notre capacité à contrôler nos émotions. Mais les réflexions de Yuval Noah Harari ont le grand mérite de stimuler les nôtres à propos de l’avenir de l’espèce Homo Sapiens. »

(*) « 21 leçons pour le 21e siècle«  par Yuval Noah Harari, Albin Michel, septembre 2018.

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