Archive pour le Tag 'écologie'

Ecologie-Un projet de référendum…. bidon (De Rugy)

Ecologie-Un projet de référendum…. bidon (De Rugy)

En même temps que la micro loi sur l’énergie et le climat, de Rugy, le ministre de l’environnement, se propose d’organiser un référendum plus ou moins bidon sur l’écologie. On notera d’abord que la loi sur l’énergie et le climat est un micro texte de huit articles seulement qui visent simplement à affirmer des généralités mais sans préciser les échéances et surtout les moyens. Comme la question écologique semble monter l’opinion  et comme par ailleurs il ne semble pas que Macron soit maintenant très chaud pour organiser une consultation démocratique sur les aspects économiques et sociaux, de Rugy saisit l’occasion de proposer un référendum bidon.  Il est clair que la question serait nécessairement très floue du type : êtes-vous pour la mise en œuvre d’une politique environnementale dynamique ? De quoi théoriquement recueillir au moins 80 % d’opinions favorables. Ce référendum bidon viendrait compléter deux autres mesures du même type. D’une part la création d’un conseil de défense écologique et surtout la création d’une assemblée composée de 150 citoyens tirés au sort chargé de plancher sur les questions environnementales. En réalité de machins supplémentaires qui s’ajoutent aux nombreux autres et qui correspondent à des effets d’annonce. Notons que le ministre de l’écologie propose comme thème de son référendum la question du climat et non la question de l’énergie. Le climat autorise de plus grandes approximations que la programmation de l’énergie notamment concernant le problème très controversé de la réduction du nucléaire. Observons cependant qu’en ce qui concerne la question du climat la France n’a pas encore été capable depuis l’accord de Paris de diminuer ses émissions polluantes !!

Écologie- le conseil de 150 personnes tirées au sort : une escroquerie intellectuelle et démocratique

Écologie- le conseil de 150 personnes tirées au sort : une escroquerie

Le ministre de l’environnement a confirmé la surprenante proposition de Macron de créer un conseil national de 150 citoyens tirés au sort pour redéfinir les désorientations écologiques. Une véritable fumisterie quand on sait déjà que dans nombre d’institutions nombre de participants sont incompétents pour articuler la problématique écologique avec la dimension économique, sociale, technologique. Nombre de conseils de tous poils traite de l’environnement tant au niveau national qu’au plan local et souvent dans la plus grande incohérence. Pour schématiser,  il y a les écolos purs et durs qui militent pour casser la croissance de manière brutale. De l’autre des productivistes (agriculteurs, industriels, financiers) qui considèrent les préoccupations environnementales comme une foutaise. Rares sont ceux qui sont  qui ont une réelle connaissance scientifique en matière d’environnement et encore plus rares sont ceux qui en plus de cette compétence possèdent également des connaissances économiques et techniques. Bref la plupart du temps les discussions sont proches de propos de bistrot avec parfois même des arrière-pensées politiques. Que penser d’une assemblée de 150 citoyens tirés au sort dont peut-être à peine 10 % parleront avec pertinence des problématiques posées. L’objectif est évidemment de contourner une nouvelle fois les organisations intermédiaires qui connaissent le sujet. C’est la confirmation du caractère autocratique de ce pouvoir qui en permanence veut établir un lien direct entre le monarque républicain et le peuple. Malheureusement c’est précisément cette pratique qui a conduit à l’émergence du mouvement des gilets jaunes. Notons aussi qu’on a pris la précaution de rattacher ce fameux conseil de 150 personnes tirées au sort au conseil économique et social et environnemental déjà ignoré par le pouvoir. Ce conseil de personnes tirées au sort est une véritable escroquerie intellectuelle et démocratique

 

Ecologie : « changer les comportements »

Ecologie : « changer les comportements »

Moins de stratégie punitive, coercitive ou négative et davantage de pédagogie, de mise en valeur de bonnes pratiques pour changer les comportements en matière écologique estiment nécessaire les chercheurs Katherine Farrow, Gilles Grolleau et Naoufel Mzoughi dans une tribune au « Monde ». De quoi aussi remettre en cause les démarches punitives notamment fiscales dont d’ailleurs l’objet n’a souvent pas grand-chose à voir avec la problématique environnementale. (Extraits)

 

« . Pour atteindre leurs objectifs visant à modifier nos comportements dans différents domaines, notamment en faveur d’un mode de vie plus écologique et plus sain, de nombreuses politiques publiques et d’initiatives émanant de diverses organisations de la « société civile » s’appuient sur l’intuition que « plus » est préférable à « moins ». Nous allons ainsi être encouragés à avoir une alimentation plus équilibrée, à conduire plus prudemment ou à adopter plus de gestes écologiques. On insistera alors sur le nombre de victimes évitées ou sur le progrès engendré si tout le monde se mettait à économiser l’eau et l’énergie. Force est de reconnaître que les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des espérances et des efforts consentis pour provoquer ces changements. Des travaux récents issus des sciences comportementales montrent que ces pratiques fréquentes et bien intentionnées s’avèrent être des erreurs, susceptibles d’expliquer, au moins en partie, cette perte d’efficacité. La plus pernicieuse de ces erreurs est peut-être celle qui consiste à attirer l’attention sur l’ampleur d’un problème, notamment en mentionnant le nombre de personnes qui n’ont pas encore adopté le comportement souhaité. Ainsi, en affirmant que la majorité des Français consulte son téléphone tout en conduisant ou télécharge illégalement, on indique involontairement aux individus une norme sociale descriptive. Cette information incite l’individu à se conformer au groupe social auquel il appartient en maintenant, voire en adoptant, le comportement de la majorité. Cette erreur fréquente peut être évitée en attirant plutôt l’attention sur les personnes qui adoptent déjà le comportement souhaité, ou bien sur la norme injonctive. Une autre erreur consiste à mettre en évidence le nombre élevé de victimes causées par un comportement indésirable. Par exemple, insister sur le nombre de décès dus à la pollution aérienne à Paris ou par l’alcool au volant a ses limites. Plusieurs travaux récents montrent que les individus ont une sensibilité et une propension à agir bien plus élevées pour une victime bien identifiée que pour des victimes nombreuses, souvent qualifiées de victimes statistiques. Un moyen simple de contrecarrer cet effet est d’attirer l’attention sur une victime bien précise, susceptible de devenir emblématique, quitte à mentionner ultérieurement le fait que d’autres sont aussi lésées par le comportement visé. Une troisième erreur se rapporte à l’intuition selon laquelle fournir plus d’arguments ou plus de raisons d’effectuer un changement comportemental serait plus efficace que d’en fournir moins. Par exemple, nous sommes fréquemment soumis à des messages du type « 10 raisons de faire ceci ou d’arrêter de faire cela ».

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

Le capitalisme comme solution à l’écologie (Laurent Pahpy) !!!

 

. Par Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF).

Il faut quand être gonflé pour soutenir que seul le capitalisme peut prendre en charge la régulation environnementale.  Pas étonnant cet article vient des Echos, journal sérieux quant il se limite aux faits et aux chiffres objectifs mais qui devient d’un ésotérisme sulfureux quand il faut défendre les valeurs de l’argent et les puissants. Pourtant  Laurent Pahpy, ingénieur, analyste pour l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF) affirme que la solution pour l’environnement  c’est le capitalisme. Et de ressortir la théorie à la mode du signal prix qui ré internalise dans l’économie de marché des problématiques sociétales. Un article à lire cependant et qui prouve qu’il y a encore de l’avenir pour les évangélistes du profit.

 

« Les dernières prévisions alarmantes du GIEC justifieraient pour beaucoup une remise en cause radicale de notre modèle de civilisation. Lors de son ultime discours en tant que ministre de l’Écologie, Nicolas Hulot avait expliqué qu’il n’avait « pas réussi à combler cette ligne de faille entre l’économie et l’écologie ». La recherche perpétuelle et égoïste de profit épuiserait les ressources de la planète et nous mènerait droit à la catastrophe. De multiples exemples à travers le monde contredisent cette affirmation péremptoire. En Namibie, une approche contre-intuitive a été adoptée dans les ranchs privés depuis près de cinquante ans. Les éleveurs ont remplacé leurs troupeaux de bovins par des réserves de faune et de flore locales. L’attrait des touristes occidentaux pour les safaris est bien plus profitable et permet aux propriétaires de rentabiliser la reproduction et la protection des girafes et autres antilopes face au braconnage. Dans ce pays, la population d’animaux sauvages dans les ranchs a augmenté de 80 % depuis l’instauration de droits de propriété privée en 1967. Ce succès s’explique par la recherche du profit. Considérée à tort comme un vice, elle est un puissant incitateur pour le propriétaire à prendre soin de son capital naturel s’il parvient à le monétiser par la culture, l’élevage ou le tourisme. Lorsqu’une ressource n’appartient à personne (ou à tout le monde- ce qui revient au même), chacun est amené à la piller, à l’exploiter ou à la polluer jusqu’à l’épuisement total. Ce constat n’était pas étranger à Aristote, qui remarquait que « ce qui est commun au plus grand nombre fait l’objet des soins les moins attentifs. L’homme prend le plus grand soin de ce qui lui est propre, il a tendance à négliger ce qui est commun ». Les drames écologiques surgissent moins de la défaillance que du défaut de marché, à l’image de la surpêche où il n’est pas possible de définir des titres de propriété sur les poissons en l’état de la technologie actuelle. Néanmoins, quand cela peut se faire, l’instauration de droits de propriété est le meilleur moyen de mettre fin à la tragédie des biens communs et d’attribuer une grande valeur aux ressources écologiques rares. Les réussites sont légion. À 40.000 euros le kilo, le commerce de corne de rhinocéros en Afrique du Sud permet aux propriétaires des animaux de financer la protection et la reproduction du mammifère tout en en tirant profit. C’est en garantissant des droits de propriété marqués au fer rouge sur les bisons d’Amérique que l’espèce a été sauvée de peu de l’extermination au XIXe siècle. Autre exemple, l’aquaculture permet de satisfaire toute l’augmentation de la demande en poisson depuis le début des années 1990 et va bientôt dépasser la pêche traditionnelle en quantité. Notons que les espèces marines toujours menacées de surpêche comme le thon rouge sont celles qui n’ont pas encore été domestiquées. Certes, le développement économique affecte parfois dramatiquement les écosystèmes et la biodiversité (enfin ! NDLR), mais il arrive un seuil à partir duquel la situation s’inverse et s’améliore grâce aux richesses et aux technologies accumulées. L’augmentation des rendements agricoles permet de nourrir en quantité et en qualité la population tout en laissant la place à des espaces naturels plus sauvages. Dans les régions ayant dépassé un PIB par habitant de 3.900 euros, les forêts reprennent du terrain. Même si des efforts doivent encore être accomplis, la qualité de l’air s’est grandement améliorée dans les pays occidentaux. Dans ces derniers, les déchets plastiques sont traités, stockés ou recyclés à plus de 95 % et ne sont plus rejetés dans la nature. Lorsque nos besoins élémentaires sont satisfaits et que notre niveau de vie augmente, une partie de nos ressources peut être allouée au recyclage, à la protection de la biodiversité et à la production d’énergies décarbonées. Dans les pays ayant adopté l’économie de marché et qui sont, par conséquent, les plus riches, l’indice de performance environnementale bat tous les records. La France est d’ailleurs en deuxième place derrière la Suisse et devant le Danemark. Même le World Wide Fund(WWF), dont l’approche méthodologique est fortement critiquable, calcule que la biodiversité a augmenté de 10 % dans les pays riches depuis les années 1970. Dans les pays qui refusent l’économie de marché, le non-développement économique est à l’origine des plus grands drames écologiques de notre époque. L’absence de traitement des eaux et des déchets véhicule des maladies gravissimes. Les affections diarrhéiques tuent encore près de 4.000 personnes par jour dans les pays pauvres. Une personne meurt toutes les dix secondes dans le monde à cause de la pollution de l’air issue de la cuisson au feu de bois. En plus de sauver des centaines de milliers de vies chaque année, la gazinière ou le raccordement électrique limitent la déforestation. Les approches décroissantes ou malthusiennes sont donc des contresens si l’on veut améliorer la situation écologique de la planète tout en éliminant la misère et les maladies. Si la nature est capitale pour l’humanité, protégeons sa valeur économique grâce au capitalisme pour lutter contre la tragédie des biens communs ! Comme l’expliquait l’économiste Julian Simon, le statut de « ressource » est relatif à l’usage que l’on en fait. Leur rareté fait augmenter leur prix ce qui incite les entrepreneurs à les rationner, les recycler, ou en développer des substituts. La connaissance, la technologie, la richesse accumulées depuis deux siècles et les innovations que nous n’imaginons pas encore nous permettront de nous adapter au changement climatique. Nous sommes déjà capables d’inventer des robots sous-marins face aux parasites de la grande barrière de corail, de modifier génétiquement des moustiques contre la malaria et de développer des plateformes de crowdfunding pour sanctuariser des espaces naturels. Débarrassons-nous des marchands de peur et de catastrophisme. Libérons-nous des entraves à la recherche scientifique et au développement technologique. Par l’innovation et nos choix de consommation quotidiens, devenons les acteurs du progrès dans une économie de marché résolument prospère et écologique. » (Amen ! NDLR)

 

Ecologie : la fracture bobo- populo

Ecologie  : la fracture bobo- populo

 

Il est évident que les écologistes appartiennent pour la plupart aux catégories CSP plus ( en bref des cadres). Leur confort social leur permet de contester radicalement le mode de production et de consommation. À l’inverse,  les citoyens au statut social moins favorable et plus précaire sont beaucoup plus réticents vis-à-vis d’une transition énergétique brutale. Il est clair que lorsqu’on  gagne 1000 € par mois en étant contraint de prendre son automobile,  on est beaucoup moins sensible à la thématique environnementale que lorsqu’on gagne 5, 10 ou 20 fois plus et qu’on peut se déplacer en utilisant les transports collectifs. C’est la fracture bobo populo qui illustre le mouvement des gilets jaunes. De toute manière,  la transition énergétique brutale en France constitue une erreur économique et environnementale. Il faut d’abord rappeler que les émissions polluantes de la France représentent environ 1 % des émissions mondiales. Ensuite que la fiscalité n’a jamais été un moyen de régulation efficace s’il n’y a pas en même temps une politique industrielle pour développer une nouvelle offre de transport tant en transport collectif qu’en transport individuel. Une offre de qualité et compétitive (comme pour le chauffage, problème autrement plus important que le transport). De ce point de vue, la nouvelle fiscalité sur les carburants justifiée par des motifs écologiques constitue une escroquerie intellectuelle. La transition énergétique ne passe pas prioritairement par la fiscalité mais par une politique de  l’offre et de normes. Sans parler de l’incohérence de l-’aménagement du territoire qui favorise les émissions polluantes.   La problématique environnementale doit donc intégrer les aspects sociaux, techniques et fiscaux. Faute  de cela,  le mouvement écolo bobo risque de ressembler à une sorte de religion d’évangélistes ignorants des cohérences sociales, fiscales et industrielles.  Inversement, les gilets jaunes qui représentent les couches populaires doivent intégrer la problématique climatique dans leurs revendications sociales pour ne pas finir comme un mouvement poujadiste. 

Ecologie : la fracture bobo- populo

 Ecologie : la fracture bobo- populo

 

Il est évident que les écologistes appartiennent pour la plupart aux catégories CSP plus. Leur confort social leur permet de contester radicalement le mode de production et de consommation. À l’inverse,  les citoyens au statut social moins favorable et plus précaire sont beaucoup plus réticents vis-à-vis d’une transition énergétique brutale. Il est clair que lorsqu’on  on gagne 1000€ par mois en étant contraint de prendre son automobile,  on est beaucoup moins sensible à la thématique environnementale que lorsqu’on gagne cinq 10 ou 20 fois plus et qu’on peut se déplacer en utilisant les transports collectifs. C’est la fracture bobo populo qui illustre le mouvement des gilets jaunes. De toute manière,  la transition énergétique brutale en France constitue une erreur économique et environnementale. Il faut d’abord rappeler que des émissions polluantes de la France représentent environ 1 % des émissions mondiales. Ensuite que la fiscalité n’a jamais été un moyen de régulation efficace s’il n’y a pas en même temps une politique industrielle pour développer une nouvelle offre de transport tant en transport collectif qu’en transport individuel. Une offre de qualité et compétitive (comme pour le chauffage, problème autrement plus important que le transport). De ce point de vue là nouvelle fiscalité sur les carburants justifiée par des motifs écologiques constitue une escroquerie intellectuelle. La transition énergétique ne passe pas prioritairement par la fiscalité mais par une politique de la l’offre et de normes. La problématique environnementale doit donc intégrer les aspects sociaux, techniques et fiscaux. Faute  de cela,  le mouvement écolo bobo risque de ressembler à une sorte de religion d’évangélistes ignorants des cohérences sociales,fiscales et industrielles. 

L’écologie : une science, pas un mouvement politique

L’écologie : une science, pas un mouvement politique

 

 

Ce qu’explique  Sébastien Barot (Directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, au laboratoire IEES-Paris) dans un papier au Monde.

« . Nicolas Hulot a démissionné parce qu’il était conscient de la gravité de la crise environnementale et qu’il n’a pas pu convaincre le gouvernement de réagir suffisamment vite pour lutter contre cette crise. Pourquoi est-il convaincu de la nécessité d’agir rapidement ? Parce qu’il ne met pas en doute les analyses des chercheurs faisant le diagnostic de cette crise. En miroir, le problème est que les pouvoirs politiques et économiques connaissent généralement peu le monde de la recherche et comprennent mal son fonctionnement. Cela conduit souvent à une forme de défiance et parfois à un scepticisme entretenu volontairement vis-à-vis de la recherche. Ce problème est renforcé du fait que l’écologie, la science qui fait le diagnostic de la crise de la biodiversité, qui en analyse les mécanismes, qui peut suggérer des solutions, reste méconnue. D’une part, il s’agit d’une science assez jeune, qui s’est développée sous sa forme actuelle depuis la seconde guerre mondiale, et depuis les années 1970 en France. Cette jeunesse fait qu’il faut encore trop souvent lutter au sein du monde académique pour qu’elle obtienne la place qu’elle mérite. D’autre part, au moins en France, le mot « écologie » est plus facilement associé à des mouvements politiques qu’à une science. Cela discrédite la ­parole des chercheurs en écologie dont le discours paraît idéologique, alors même qu’ils ne font qu’exposer leurs résultats, avec la même objectivité qu’un chimiste ou un physicien.La confusion est renforcée par le fait que, très souvent, la crise environnementale est présentée dans les médias par des défenseurs de l’environnement comme Hubert Reeves, qui jouent un rôle positif mais n’ont aucune compétence en écologie scientifique.…… »

 

Les technologies et/ou l’écologie

les technologies et/ou  l’écologie

 

Cécile Philippe, Institut Molinari, pose la question de la compatibilité de la sciences avec l’avenir de la planète s’appuyant notamment sur deux ouvrages de Yuval Noah Harari (Sapiens et Homo Deus )

 

 

« Comment les êtres humains en sont-ils arrivés à contrôler toute la planète ? A cette question, Yuval Noah Harari – auteur des deux best-sellers Sapiens et Homo Deus - répond : en coopérant. Nombre d’experts et scientifiques partagent ce point de vue, et en particulier les économistes. Mais comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, ce niveau de coopération entre individus qui ne partagent aucun gène est miraculeux. Alors, comment, selon l’auteur, Homo Sapiens parvient-il à coopérer à de tels niveaux ? En se racontant des histoires, en développant des croyances, des crédos, des dogmes auxquels croient suffisamment de personnes par l’intermédiaire de rituels, de rites et de sacrifices. Ces croyances créent un ciment entre les personnes, une communauté qui sape les bases de la méfiance et crée au contraire celle de la confiance. Ces croyances sont au cœur du fonctionnement de nos sociétés humaines. Ce sont elles que Harari examine dans son troisième livre car qu’il s’agisse du nationalisme, du libéralisme, du communisme, de la religion, toutes, selon lui, sont en manque de légitimité auprès du public. Aucune ne serait en mesure de répondre aux grands défis du 21e siècle et cela tient sans doute au fait que l’univers fonctionne sur des faits concrets et tangibles. Il est important aujourd’hui de se reconstruire une histoire davantage en phase avec ces faits scientifiques, cette réalité aussi prosaïque soit-elle, en particulier celle de la souffrance qu’on subit ou fait subir. Le projet de Harari dans ce nouvel opus est particulièrement ambitieux et peut-être même complètement irréaliste. Il est néanmoins très stimulant pour quiconque se pose des questions essentielles sur la vie : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment organiser nos sociétés pour assurer la pérennité de tous ? En quoi croire ? Comment départager les croyances que nous avons ? Certaines sont-elles plus pertinentes que d’autres ? Les questions d’ordre épistémologique que se pose l’auteur sont, selon moi, les plus importantes de l’ouvrage. Car au-delà des scénarios futuristes proposés par Harari, une de ses prémisses essentielles est que les êtres humains, sans renoncer à se raconter des histoires, peuvent choisir celles qui se fondent sur la réalité telle qu’elle est le mieux décrite par la science. Cette dernière a l’avantage de ne pas cacher ses zones d’ombre. En principe non dogmatique, la science accepte ses erreurs et progresse par l’observation de la réalité. L’auteur ne renonce donc pas à la vérité mais propose aux lecteurs qu’elle se fonde sur la science plutôt que sur nos émotions dont nous sommes les esclaves, faute d’avoir à ce jour passé le temps nécessaire à mieux les comprendre. Sur cette base, Harari raconte ce qu’il pense être une histoire possible du futur des êtres humains. Il invite ses lecteurs à se rassembler autour de celle-ci dans l’espoir d’incliner le cours possible des événements. Pour lui, les grands défis du 21e siècle sont écologiques et technologiques. Le changement climatique est une catastrophe en sursis, tout comme l’est le progrès technologique, en particulier la rencontre entre la puissance de calcul (infotech) et les recherches biologiques (la biotech). Harari consacre de nombreuses pages aux risques que présente le défi technologique. Pour lui, le développement de l’intelligence artificielle pourrait faire émerger de nouvelles espèces. Des « superhumains » pourraient concentrer tout le pouvoir dans leurs mains et un jour ne plus vouloir subvenir aux besoins de la majorité des autres humains devenus « inutiles ». Au sujet de la destruction d’emplois, son opinion est qu’elle pourrait être majeure à terme. Car les êtres humains n’ont pas d’autres compétences que physiques et cognitives, domaines dans lesquels l’IA munie de capteurs pourrait être plus efficace que les humains. D’autant plus que l’IA a des avantages proprement non humains comme la connectivité (intégration dans un réseau flexible) et l’actualisation en instantané (absence de problèmes de communication entre les différents points du réseau). Or, l’intelligence artificielle se développe à grande vitesse dans les mains de quelques grandes institutions parce que les individus abandonnent leurs données personnelles sans se rendre compte de leur valeur et parce qu’il n’existe aucun système pour faire payer la donnée. Ils ne réalisent pas que lorsque quelque chose est gratuit, c’est qu’ils sont probablement eux-mêmes le produit. Le déplacement de l’autorité des humains vers les algorithmes va certes améliorer nos vies. Dans les domaines de la santé et du transport, cela semble évident mais il faut être conscient de ce que l’on perd : notre capacité à nous orienter, par exemple, faute d’utiliser notre sens d’orientation. Tout ce que l’on n’utilise pas se perd et si l’IA prend de plus en plus de décisions à notre place (emploi, partenaire, etc.), on perdra aussi notre capacité à prendre des décisions. En gros, l’IA supérieure dans de nombreux domaines risque de nous rendre stupide, en plus de créer de nouvelles castes. Ce sont là des défis majeurs auxquelles les grands systèmes de croyances actuels n’ont pas de réponse, qu’il s’agisse des religions, du nationalisme, du capitalisme, etc. Harari conclut que ces grands défis ne peuvent pas se régler au niveau national et que la résurgence actuelle du nationalisme est une voie sans issue. Il faut envisager de les régler au niveau global et il regarde ce qui se passe au niveau de l’Union européenne avec intérêt. Pour ce qui est des défis personnels, il cherche à nous convaincre de l’importance qu’il y a à ne pas confondre intelligence et conscience, phénomène à propos duquel on ne sait pas grand-chose sauf qu’il est notre capacité à ressentir des émotions. Ces émotions promettent d’être la cible de toutes les convoitises de la part des entreprises, des gouvernements et des scientifiques et on ferait mieux d’apprendre à ne plus en être les esclaves. D’où son dernier chapitre consacré à la méditation. Elle permet de mieux connaître et comprendre ses émotions, pour éviter notamment de réagir au quart de tour dès lors qu’on ressent l’une ou l’autre et donc d’être manipulé par elles. Evidemment, ce projet est peut-être irréaliste. Certains, comme le psychologue et économiste Daniel Kahneman, doutent de notre capacité à contrôler nos émotions. Mais les réflexions de Yuval Noah Harari ont le grand mérite de stimuler les nôtres à propos de l’avenir de l’espèce Homo Sapiens. »

(*) « 21 leçons pour le 21e siècle«  par Yuval Noah Harari, Albin Michel, septembre 2018.

Questions épistémologiques : les technologies et/ou l’écologie

Questions épistémologiques : les technologies et/ou  l’écologie

 

Cécile Philippe, Institut Molinari, pose la question de la compatibilité de la sciences avec l’avenir de la planète s’appuyant notamment sur deux ouvrages de Yuval Noah Harari (Sapiens et Homo Deus ) 

 

 

« Comment les êtres humains en sont-ils arrivés à contrôler toute la planète ? A cette question, Yuval Noah Harari – auteur des deux best-sellers Sapiens et Homo Deus - répond : en coopérant. Nombre d’experts et scientifiques partagent ce point de vue, et en particulier les économistes. Mais comme le rappelle Paul Seabright dans La société des inconnus, ce niveau de coopération entre individus qui ne partagent aucun gène est miraculeux. Alors, comment, selon l’auteur, Homo Sapiens parvient-il à coopérer à de tels niveaux ? En se racontant des histoires, en développant des croyances, des crédos, des dogmes auxquels croient suffisamment de personnes par l’intermédiaire de rituels, de rites et de sacrifices. Ces croyances créent un ciment entre les personnes, une communauté qui sape les bases de la méfiance et crée au contraire celle de la confiance. Ces croyances sont au cœur du fonctionnement de nos sociétés humaines. Ce sont elles que Harari examine dans son troisième livre car qu’il s’agisse du nationalisme, du libéralisme, du communisme, de la religion, toutes, selon lui, sont en manque de légitimité auprès du public. Aucune ne serait en mesure de répondre aux grands défis du 21e siècle et cela tient sans doute au fait que l’univers fonctionne sur des faits concrets et tangibles. Il est important aujourd’hui de se reconstruire une histoire davantage en phase avec ces faits scientifiques, cette réalité aussi prosaïque soit-elle, en particulier celle de la souffrance qu’on subit ou fait subir. Le projet de Harari dans ce nouvel opus est particulièrement ambitieux et peut-être même complètement irréaliste. Il est néanmoins très stimulant pour quiconque se pose des questions essentielles sur la vie : Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment organiser nos sociétés pour assurer la pérennité de tous ? En quoi croire ? Comment départager les croyances que nous avons ? Certaines sont-elles plus pertinentes que d’autres ? Les questions d’ordre épistémologique que se pose l’auteur sont, selon moi, les plus importantes de l’ouvrage. Car au-delà des scénarios futuristes proposés par Harari, une de ses prémisses essentielles est que les êtres humains, sans renoncer à se raconter des histoires, peuvent choisir celles qui se fondent sur la réalité telle qu’elle est le mieux décrite par la science. Cette dernière a l’avantage de ne pas cacher ses zones d’ombre. En principe non dogmatique, la science accepte ses erreurs et progresse par l’observation de la réalité. L’auteur ne renonce donc pas à la vérité mais propose aux lecteurs qu’elle se fonde sur la science plutôt que sur nos émotions dont nous sommes les esclaves, faute d’avoir à ce jour passé le temps nécessaire à mieux les comprendre. Sur cette base, Harari raconte ce qu’il pense être une histoire possible du futur des êtres humains. Il invite ses lecteurs à se rassembler autour de celle-ci dans l’espoir d’incliner le cours possible des événements. Pour lui, les grands défis du 21e siècle sont écologiques et technologiques. Le changement climatique est une catastrophe en sursis, tout comme l’est le progrès technologique, en particulier la rencontre entre la puissance de calcul (infotech) et les recherches biologiques (la biotech). Harari consacre de nombreuses pages aux risques que présente le défi technologique. Pour lui, le développement de l’intelligence artificielle pourrait faire émerger de nouvelles espèces. Des « superhumains » pourraient concentrer tout le pouvoir dans leurs mains et un jour ne plus vouloir subvenir aux besoins de la majorité des autres humains devenus « inutiles ». Au sujet de la destruction d’emplois, son opinion est qu’elle pourrait être majeure à terme. Car les êtres humains n’ont pas d’autres compétences que physiques et cognitives, domaines dans lesquels l’IA munie de capteurs pourrait être plus efficace que les humains. D’autant plus que l’IA a des avantages proprement non humains comme la connectivité (intégration dans un réseau flexible) et l’actualisation en instantané (absence de problèmes de communication entre les différents points du réseau). Or, l’intelligence artificielle se développe à grande vitesse dans les mains de quelques grandes institutions parce que les individus abandonnent leurs données personnelles sans se rendre compte de leur valeur et parce qu’il n’existe aucun système pour faire payer la donnée. Ils ne réalisent pas que lorsque quelque chose est gratuit, c’est qu’ils sont probablement eux-mêmes le produit. Le déplacement de l’autorité des humains vers les algorithmes va certes améliorer nos vies. Dans les domaines de la santé et du transport, cela semble évident mais il faut être conscient de ce que l’on perd : notre capacité à nous orienter, par exemple, faute d’utiliser notre sens d’orientation. Tout ce que l’on n’utilise pas se perd et si l’IA prend de plus en plus de décisions à notre place (emploi, partenaire, etc.), on perdra aussi notre capacité à prendre des décisions. En gros, l’IA supérieure dans de nombreux domaines risque de nous rendre stupide, en plus de créer de nouvelles castes. Ce sont là des défis majeurs auxquelles les grands systèmes de croyances actuels n’ont pas de réponse, qu’il s’agisse des religions, du nationalisme, du capitalisme, etc. Harari conclut que ces grands défis ne peuvent pas se régler au niveau national et que la résurgence actuelle du nationalisme est une voie sans issue. Il faut envisager de les régler au niveau global et il regarde ce qui se passe au niveau de l’Union européenne avec intérêt. Pour ce qui est des défis personnels, il cherche à nous convaincre de l’importance qu’il y a à ne pas confondre intelligence et conscience, phénomène à propos duquel on ne sait pas grand-chose sauf qu’il est notre capacité à ressentir des émotions. Ces émotions promettent d’être la cible de toutes les convoitises de la part des entreprises, des gouvernements et des scientifiques et on ferait mieux d’apprendre à ne plus en être les esclaves. D’où son dernier chapitre consacré à la méditation. Elle permet de mieux connaître et comprendre ses émotions, pour éviter notamment de réagir au quart de tour dès lors qu’on ressent l’une ou l’autre et donc d’être manipulé par elles. Evidemment, ce projet est peut-être irréaliste. Certains, comme le psychologue et économiste Daniel Kahneman, doutent de notre capacité à contrôler nos émotions. Mais les réflexions de Yuval Noah Harari ont le grand mérite de stimuler les nôtres à propos de l’avenir de l’espèce Homo Sapiens. »

(*) « 21 leçons pour le 21e siècle«  par Yuval Noah Harari, Albin Michel, septembre 2018.

Sondage: l’écologie en hausse

Sondage: l’écologie en hausse

Selon une enquête  Kantar Sofres-One Point pour RTL/Le Figaro/LCI, 29% des Français font de la protection de l’environnement une priorité de l’action future du gouvernement en 2018. Par rapport au précédent sondage de janvier 2018, ce thème progresse de 11 points dans la hiérarchie des sujets qui sont au centre des préoccupations des sondés, derrière l’amélioration du pouvoir d’achat (pour 55%), la baisse du chômage (40%), la diminution des impôts et charges (39%), la maîtrise des problèmes de l’immigration (30%) et la réduction des inégalités sociales et de l’exclusion (29%). Par ailleurs, Après 16 mois au pouvoir, le bilan de l’action d’Emmanuel Macron est mal jugé par 6 Français du 10 et très mal jugé par 1 tiers d’entre eux. Seuls 19% portent un regard positif.

Ecologie : la priorité pour 78% des Français

Ecologie : la priorité pour 78% des Français

 

 

De manière pragmatique mais concrète les Français ressentent la nette dégradation des équilibres naturels qui mettent  en cause la santé et l’avenir de la planète. Il y a bien sûr le climat dont le réchauffement inquiète. Non seulement les hivers en France se font rares voir exceptionnels mais il y a surtout ces mouvements de yo-yo à l’intérieur même d’une saison. Du fait de l’utilisation massive de produits chimiques et d’une agriculture industrielle, la biodiversité est grandement en danger. Le nombre d’espèces animales ou végétales se réduit à une vitesse catastrophique. On sait que les abeilles sont en voie de disparition mais les oiseaux autres exemple apportent leur lourd tribut à cette dégradation de l’environnement ; de leur de 50 % des espèces disparues en quelques dizaines d’années corrélativement la qualité des produits ne cesse de se dégrader d’un point de vue gustatif mais aussi sanitaire du fait de l’incorporation de substances chimiques dangereuses.  le mode de production est en cause, le système d’échange également comme le mode de consommation. Les responsabilités sont bien évidemment multiples ; il faudra du temps pour opérer une transformation radicale mais il y a urgence à la mettre en œuvre avant qu’il ne soit trop tard.

Ecologie et politique : une contradiction fondamentale

Ecologie et politique : une contradiction fondamentale

 

Il n’est guère étonnant que les écologistes éprouvent un peu partout une insatisfaction lorsqu’ils exercent des responsabilités gouvernementales. En effet l’écologie ne saurait être une activité sans lien avec les aspects économiques sociaux et sociétaux. Mais  la plupart des l écolos se comportent comme des fondamentalistes qui isolent l’écologie des autres problématiques. Or un parti politique à vocation à intégrer et à articuler toute les problématiques concernant la société,  environnement compris. Un parti écologiste n’a pas plus de raison d’exister qu’un parti qui se spécialiserait par exemple dans la culture ou la santé. Une autre faiblesse des écologistes est sa sociologie. Ces mouvements sont très majoritairement composés de citadins appartenant à des classes moyennes et aisées et qui ne sont donc pas représentatifs de l’ensemble de la population. On objectera que beaucoup de partis traditionnels ne sont pas non plus très représentatifs.  Les écologistes cependant socialement et politiquement utiles mais en tant que lanceurs d’alerte et non en tant que prétendants à la gestion des intérêts de la collectivité.  Le véritable enjeu de l’écologie c’est qu’il soit intégré partout dans toutes les formations. Dernière faiblesse concernant Hulot, son versant écologie business qui lui a permis d’accumuler uen belle fortune et qui autorise des interrogations sur la pureté des ses convictions écolos.

 

« La loi agriculture- alimentation : c’est la disparition de l’écologie » (David Cormand)

« La loi agriculture- alimentation : c’est la disparition de l’écologie » (David Cormand)

 

 

David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), répond à l’interview du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert parue dimanche dans le JDD.

 

« Pas une semaine sans qu’une nouvelle étude scientifique témoigne de l’effondrement de la vie sur Terre : disparition des vertébrés, des insectes, des oiseaux, des zones humides, des forêts primaires, des coraux. Partout, et de plus en plus rapidement, la vie recule. Il aura pourtant fallut plusieurs milliards d’années pour que notre planète soit en mesure d’accueillir la vie. Il aura ensuite fallut plusieurs centaines de millions d’années pour que la vie trouve son chemin au prix d’innombrables hasards, jusqu’à l’apparition d’homo sapiens. Des milliers d’années auront ensuite été nécessaires pour que l’humanité en arrive à la situation d’aujourd’hui.

Cette situation, c’est le sixième épisode d’extinction massive que la Terre ait connue; et la première exclusivement due à l’activité humaine. En quelques générations, notre civilisation est parvenue à rendre notre planète inhospitalière.

Pourtant, nous savons qu’il est possible de faire autrement. Encore faut-il accepter de remettre en question nos modes de production et de consommation.

L’agriculture, par exemple, et notre manière de nous alimenter, constituent un enjeu majeur. C’était, en principe, l’objet des travaux des états généraux de l’alimentation de permettre de déboucher sur une loi qui réponde enfin à ces grandes problématiques.

Il n’en a rien été. Partout, la voracité des lobbys s’impose. Les récents propos tenus à l’Assemblée nationale par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, niant la réalité de l’effondrement des insectes polinisateurs ainsi que le projet de loi qu’il propose illustrent l’aveuglement de celles et ceux qui nous dirigent sur ce sujet pourtant fondamental.

Il y a plus de vingt ans, déjà, un ministre de l’époque, Claude Allègre, niait la réalité du changement climatique. Le même déni et la même inconséquence face à la menace qui pèse sur la biodiversité que celle constatée il y a 20 ans face à la réalité du changement climatique constituent la feuille de route du ministre de l’agriculture. En renvoyant à plus tard, comme toujours, l’interdiction du glyphosate, le ministre condamne la biodiversité en même temps qu’il condamne l’avenir de l’agriculture de notre pays.

Car la guerre qu’il mène contre la nature pénalise aussi les agricultrices et les agriculteurs, premières victimes de l’alliance des multinationales de l’agro-industrie, de l’agro-alimentaire et de la grande distribution. Pour ces grands groupes, l’agriculture idéale est une agriculture sans paysan.nes, sans terre, accro au pétrole, dans laquelle les animaux sont enfermés dans des usines et réduis à l’état d’objets destinés à produire.

Les paysan.nes de notre pays ont subi, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le plus grand plan social qu’ait connu notre pays: 5.000.000 d’emplois ont été détruit.

Si durant les trente glorieuses, la révolution industrielle de l’agriculture a pu, pour un temps, augmenter les revenus et améliorer la qualité de vie des agriculteurs. Nous savons aujourd’hui que cette prospérité provisoire avait un prix : désertification des campagnes, surendettement, surcharge de travail, suicides, maladies professionnelles, souffrance animale. A cette réalité s’ajoute le constat que les aliments mis à disposition des consommatrices et des consommateurs présentent des risques pour leur santé. Les maladies environnementales explosent.

Pour répondre à cette fin de cycle, il est vital de se poser les bonnes questions et d’inventer une nouvelle révolution agricole qui repose sur une agriculture paysanne et bio, des filières courtes, l’abandon de la chimie, le respect des écosystèmes, la prise en compte du bien-être animal et la création d’emplois de paysan-nes qui permettent la répartition de la charge de travail et la revitalisation des territoires ruraux et des terroirs.

Avec la loi qu’il va porter au nom du gouvernement, Stéphane Travert tourne le dos à une agriculture d’avenir. En refusant d’interdire les glyphosates, en refusant d’installer la vidéo dans les abattoirs et de mettre fin à l’élevage en cage des poules, des lapins et des truies, en ignorant la question du changement climatique, en choisissant de ne pas aider activement les collectivités locales à la mise en oeuvre des 50% d’alimentation bio et locale dans la restauration collective et en ne s’engageant pas en faveur d’un repas végétarien par semaine dans les cantines afin d’aller vers une alimentation moins carnée, il choisit de sacrifier l’avenir agricole de la France en se faisant le meilleur allié des lobbys. Sourd et aveugle aux menaces écologiques qui pèsent sur notre civilisation, Stéphane Travert persiste à soutenir une agriculture archaïque dépendante de la chimie, du pétrole et de l’exploitation animale.

Il ne faut pas y voir la traduction d’une ‘pensée complexe’, mais la duplicité d’un gouvernement qui fait le contraire de ce qu’il dit.

L’urgence climatique et l’urgence environnementale exigent de nos dirigeant.es des choix courageux et cohérents. Avec l’orientation que dessine la Loi alimentation pour l’agriculture de notre pays, nous constatons une nouvelle fois un Rendez-Vous manqué. »

 

« La loi alimentation : c’est la disparition de l’écologie » (David Cormand

« La loi alimentation : c’est la disparition de l’écologie » (David Cormand)

David Cormand, secrétaire national d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), répond à l’interview du ministre de l’Agriculture Stéphane Travert parue dimanche dans le JDD.

 

« Pas une semaine sans qu’une nouvelle étude scientifique témoigne de l’effondrement de la vie sur Terre : disparition des vertébrés, des insectes, des oiseaux, des zones humides, des forêts primaires, des coraux. Partout, et de plus en plus rapidement, la vie recule. Il aura pourtant fallut plusieurs milliards d’années pour que notre planète soit en mesure d’accueillir la vie. Il aura ensuite fallut plusieurs centaines de millions d’années pour que la vie trouve son chemin au prix d’innombrables hasards, jusqu’à l’apparition d’homo sapiens. Des milliers d’années auront ensuite été nécessaires pour que l’humanité en arrive à la situation d’aujourd’hui.

Cette situation, c’est le sixième épisode d’extinction massive que la Terre ait connue; et la première exclusivement due à l’activité humaine. En quelques générations, notre civilisation est parvenue à rendre notre planète inhospitalière.

Pourtant, nous savons qu’il est possible de faire autrement. Encore faut-il accepter de remettre en question nos modes de production et de consommation.

L’agriculture, par exemple, et notre manière de nous alimenter, constituent un enjeu majeur. C’était, en principe, l’objet des travaux des états généraux de l’alimentation de permettre de déboucher sur une loi qui réponde enfin à ces grandes problématiques.

Il n’en a rien été. Partout, la voracité des lobbys s’impose. Les récents propos tenus à l’Assemblée nationale par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, niant la réalité de l’effondrement des insectes polinisateurs ainsi que le projet de loi qu’il propose illustrent l’aveuglement de celles et ceux qui nous dirigent sur ce sujet pourtant fondamental.

Il y a plus de vingt ans, déjà, un ministre de l’époque, Claude Allègre, niait la réalité du changement climatique. Le même déni et la même inconséquence face à la menace qui pèse sur la biodiversité que celle constatée il y a 20 ans face à la réalité du changement climatique constituent la feuille de route du ministre de l’agriculture. En renvoyant à plus tard, comme toujours, l’interdiction du glyphosate, le ministre condamne la biodiversité en même temps qu’il condamne l’avenir de l’agriculture de notre pays.

Car la guerre qu’il mène contre la nature pénalise aussi les agricultrices et les agriculteurs, premières victimes de l’alliance des multinationales de l’agro-industrie, de l’agro-alimentaire et de la grande distribution. Pour ces grands groupes, l’agriculture idéale est une agriculture sans paysan.nes, sans terre, accro au pétrole, dans laquelle les animaux sont enfermés dans des usines et réduis à l’état d’objets destinés à produire.

Les paysan.nes de notre pays ont subi, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le plus grand plan social qu’ait connu notre pays: 5.000.000 d’emplois ont été détruit.

Si durant les trente glorieuses, la révolution industrielle de l’agriculture a pu, pour un temps, augmenter les revenus et améliorer la qualité de vie des agriculteurs. ces, nous savons aujourd’hui que cette prospérité provisoire avait un prix : désertification des campagnes, surendettement, surcharge de travail, suicides, maladies professionnelles, souffrance animale. A cette réalité s’ajoute le constat que les aliments mis à disposition des consommatrices et des consommateurs présentent des risques pour leur santé. Les maladies environnementales explosent.

Pour répondre à cette fin de cycle, il est vital de se poser les bonnes questions et d’inventer une nouvelle révolution agricole qui repose sur une agriculture paysanne et bio, des filières courtes, l’abandon de la chimie, le respect des éco-systèmes, la prise en compte du bien-être animal et la création d’emplois de paysan-nes qui permettent la répartition de la charge de travail et la revitalisation des territoires ruraux et des terroirs.

Avec la loi qu’il va porter au nom du gouvernement, Stéphane Travert tourne le dos à une agriculture d’avenir. En refusant d’interdire les glyphosates, en refusant d’installer la vidéo dans les abattoirs et de mettre fin à l’élevage en cage des poules, des lapins et des truies, en ignorant la question du changement climatique, en choisissant de ne pas aider activement les collectivités locales à la mise en oeuvre des 50% d’alimentation bio et locale dans la restauration collective et en ne s’engageant pas en faveur d’un repas végétarien par semaine dans les cantines afin d’aller vers une alimentation moins carnée, il choisit de sacrifier l’avenir agricole de la France en se faisant le meilleur allié des lobbys. Sourd et aveugle aux menaces écologiques qui pèsent sur notre civilisation, Stéphane Travert persiste à soutenir une agriculture archaïque dépendante de la chimie, du pétrole et de l’exploitation animale.

Il ne faut pas y voir la traduction d’une ‘pensée complexe’, mais la duplicité d’un gouvernement qui fait le contraire de ce qu’il dit.

L’urgence climatique et l’urgence environnementale exigent de nos dirigeant.es des choix courageux et cohérents. Avec l’orientation que dessine la Loi alimentation pour l’agriculture de notre pays, nous constatons une nouvelle fois un Rendez-Vous manqué. »

 

Ne pas confondre écologie et anarchie (Hulot) …..Et écologie et fric ?

Ne pas confondre écologie et anarchie (Hulot) …..Et écologie et fric ?

 

 

 

Hulot qui maintenant plusieurs mois ne sert pas à grand chose et met la pédale douce sur tous les dossiers a été fortement invité par le Premier ministre à se rendre à Nantes à la place de son secrétaire d’Etat sur le dossier chaud de la ZAD de NDDL. Finalement, une intervention qui n’a pas servi à grand-chose chacun demeurant sur ses positions. L’Etat a fixé un ultimatum au 23 avril ce que refusent les zadistes et qui veulent davantage de temps pour monter leur dossier. Visiblement gêné et mécontent Hulot a déclaré qu’il ne fallait pas confondre écologie et anarchie. Les zadistes auraient pu répondre que Hulot confond, lui, écologie et business.  Que fait en effet Hulot au gouvernement lui qui n’a aucune compétence économique, sociale, politique  ou même environnementale ? Il sert de caution à Macron. Certes l’ancien animateur télé a réalisé d’intéressants reportages sur l’environnement mais ça ne suffit pas pour avoir une vision écologique cohérente et encore moins une  vision sociétale. En outre et  surtout le champ de réflexion et d’action de Hulot est étroitement cadrée par les soutiens financiers d’entreprises les plus polluantes qui lui ont permis de construire son immense fortune sur le dos de l’écologie. Hulot, l’ancien animateur télé est populaire, c’est certain comme Mimi Mathis ou Michel Drucker mais ses compétences et ses convictions sont comme les montres de Salvador Dali : molles. Par contre, il sait gérer son image et surtout sa fortune  réalisée garce à son business écolo. Épinglé par le Canard enchainé à propos du sulfureux financement de sa, Nicolas Hulot, ministre de l’écologie est mis en cause pour les profits personnels qu’il tire de son action en matière d’environnement. Il aurait retiré des centaines de millions d’euros en salaires et dividendes par an de sa société Éole qui s’appuie sur la promotion des produits Ushuaia. Nicolas Hulot aurait entretenu un long partenariat avec EDF, producteur et fournisseur d’électricité. « Jusqu’en 2012, EDF a versé 460.000 euros par an à la Fondation.  Mêmes liens avec Veolia, géant de l’eau et du traitement des déchets. « De 2012 à 2017, Veolia a casqué 200.000 euros par an à la Fondation, et ce généreux mécène siège même à son conseil d’administration », assure Le Canard enchaîné. Vinci, désigné pour construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et qui n’envisage « pas du tout » de ne pas le faire, a financé la Fondation à hauteur de 30.000 euros en 2014 et 2015. Le journal d’investigation cite également TF1, Bouygues Télécom, la SNCF et L’Oréal, pour des versements entre 30.000 et 250.000 euros chacun. Par ailleurs,  jusqu’à son arrivée aux affaires, Nicolas Hulot présidait encore « Eole », une société alimentée par les royalties des ventes des produits estampillés « Ushuaïa » (gels douches, shampoings…). La marque détenue par TF1 a cédé sa licence à des grandes entreprises comme les opticiens Atoll ou L’Oréal. Avec à la clé des contrats juteux pour la chaîne de télévision et son ancien animateur vedette. De 113.000 en 1992, « Eole » a vu ses gains grimper à plusieurs centaines de milliers d’euros dans les années 2000. Une véritable machine à cash pour le principal bénéficiaire de l’entreprise: Nicolas Hulot qui en est le seul salarié et en possède 99.9% des parts. Au total, c’est près de 3 millions d’euros que la société aurait accumulé en fonds propres. Un pactole auquel il faut encore ajouter le salaire que se verse Nicolas Hulot -290.000 euros en 2013- et les dividendes qu’il perçoit (66.000 euros).  Pourtant, les produits « Ushuaïa », qui font la fortune du ministre de la Transition écologique, ne sont pas particulièrement recommandables pour la planète. Au contraire. Comme le rappelle Le Canard Enchaîné, Greenpeace a placé en 2006 les produits de la marque Ushuaïa sur la « liste rouge » des produits chimiques dangereux. Il y a un mois, c’était le magazine « 60 millions de consommateurs » qui épinglait trois produits de la marque, dont un gel douche contenant « un grand nombre de colorants susceptibles de provoquer des allergies » et un déodorant renfermant du benzyle salicylate, une substance soupçonnée d’être… un perturbateur endocrinien.- Il n’y a vraiment pas grand-chose de commun entre Hulot et les écologistes  !

Avenir d’Europe-Ecologie-Les Verts : vers le néant

Avenir d’Europe-Ecologie-Les Verts : vers le néant

 

 

Alors que Europe écologie les Verts ne représentent plus qu’1 ou 2 % des électeurs (Hamon que leur candidat Yannick Jadot avait rejoint n’a pas dépassé 6,3 % des suffrages aux présidentielles), le parti écolo réaffirme son objectif de conquérir pouvoir. De quoi rire s’il ne fallait en pleurer tellement les écolos politisés ont discrédité la problématique écologique. Durant tout le quinquennat de François Hollande ils n’ont d’ailleurs cessé surtout d’exprimer des positions gauchistes en laissant presque de côté la problématique écologique. Ensuite ils se sont divisés les uns en se rapprochant des frondeurs socialistes, les autres en soutenant Hollande et enfin une  troisième partie a soutenu Emmanuel Macron lors des présidentielles.  le mouvement Europe écologie les Verts ne représentent à peu près plus rien, il a surtout été victime de ses dérives gauchistes. Il faut d’ailleurs se réjouir de la disparition de ce parti du paysage politique. En effet, un parti uniquement écologiste est une sorte d’anachronisme car la problématique de l’environnement doit être appropriée par tous les partis et une cohérence doit être recherchée entre les facteurs économiques, sociaux, sociétaux et environnementaux. Saucissonner  la problématique, c’est tomber  dans le simplisme, l’irréalisme et la démagogie. Pourtant EELV  a lancé sa grande réunion d’été à Dunkerque, avec une première journée consacrée en grande partie à l’avenir de l’écologie politique. Confronté à une baisse du nombre d’adhérents, et à des difficultés de trésorerie, le parti écologiste, qui a récemment du licencier cinq employés pour raisons économiques, a tenu à maintenir ses journées d’été. « Vous avez trois jours pour débattre, pendant que les militants socialistes sont privés d’universités, que les Républicains sont éclatés (…) et alors même le Front national a annulé son rendez-vous de rentrée », lance Marine Tondelier, élue municipale chargée de l’organisation des JDE.  « La France n’en as pas fini avec les écologistes promet le secrétaire national David Cormand sous les applaudissements. Son objectif, « passer d’un parti qui était avant tout lanceur d’alerte, à un parti qui s’organise pour conquérir le pouvoir ». !!!!

Hulot a fait une fortune avec l’écologie

Hulot a fait une fortune   avec l’écologie

 

 

Le journal Businessman ou écologiste ? Surtout journaliste businessman, Hulot est le journaliste le mieux payé au monde. . Le journal  américain People With Money estime que Hulot  a accumulé  près de 215 millions d’euros.  Récemment épinglé par le Canard enchainé à propos du sulfureux financement de sa, Nicolas Hulot, ministre de l’écologie est mis en cause pour les profits personnels qu’il tire de son action en matière d’environnement. Il aurait retiré des centaines de millions d’euros en salaires et dividendes par an de sa société Éole qui s’appuie sur la promotion des produits Ushuaia. Nicolas Hulot aurait entretenu un long partenariat avec EDF, producteur et fournisseur d’électricité. « Jusqu’en 2012, EDF a versé 460.000 euros par an à la Fondation.  Mêmes liens avec Veolia, géant de l’eau et du traitement des déchets. « De 2012 à 2017, Veolia a casqué 200.000 euros par an à la Fondation, et ce généreux mécène siège même à son conseil d’administration », assure Le Canard enchaîné. Vinci, désigné pour construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et qui n’envisage « pas du tout » de ne pas le faire, a financé la Fondation à hauteur de 30.000 euros en 2014 et 2015. Le journal d’investigation cite également TF1, Bouygues Télécom, la SNCF et L’Oréal, pour des versements entre 30.000 et 250.000 euros chacun. Par ailleurs,  jusqu’à son arrivée aux affaires, Nicolas Hulot présidait encore « Eole », une société alimentée par les royalties des ventes des produits estampillés « Ushuaïa » (gels douches, shampoings…). La marque détenue par TF1 a cédé sa licence à des grandes entreprises comme les opticiens Atoll ou L’Oréal. Avec à la clé des contrats juteux pour la chaîne de télévision et son ancien animateur vedette. De 113.000 en 1992, « Eole » a vu ses gains grimper à plusieurs centaines de milliers d’euros dans les années 2000. Une véritable machine à cash pour le principal bénéficiaire de l’entreprise: Nicolas Hulot qui en est le seul salarié et en possède 99.9% des parts. Au total, c’est près de 3 millions d’euros que la société aurait accumulé en fonds propres. Un pactole auquel il faut encore ajouter le salaire que se verse Nicolas Hulot -290.000 euros en 2013- et les dividendes qu’il perçoit (66.000 euros).  Pourtant, les produits « Ushuaïa », qui font la fortune du ministre de la Transition écologique, ne sont pas particulièrement recommandables pour la planète. Au contraire. Comme le rappelle Le Canard Enchaîné, Greenpeace a placé en 2006 les produits de la marque Ushuaïa sur la « liste rouge » des produits chimiques dangereux. Il y a un mois, c’était le magazine « 60 millions de consommateurs » qui épinglait trois produits de la marque, dont un gel douche contenant « un grand nombre de colorants susceptibles de provoquer des allergies » et un déodorant renfermant du benzyl salicylate, une substance soupçonnée d’être… un perturbateur endocrinien.

Hulot fait du fric avec l’écologie

Hulot fait du  fric  avec l’écologie

 

 

Businessman ou écologiste ? Surtout journaliste businessman, Hulot est le journaliste le mieux payé au monde. . Le journal  américain People With Money estime que Hulot  a accumulé  près de 215 millions d’euros.  Récemment épinglé par le Canard enchainé à propos du sulfureux financement de sa, Nicolas Hulot, ministre de l’écologie est mis en cause pour les profits personnels qu’il tire de son action en matière d’environnement. Il aurait retiré des centaines de millions d’euros en salaires et dividendes par an de sa société Éole qui s’appuie sur la promotion des produits Ushuaia. Nicolas Hulot aurait entretenu un long partenariat avec EDF, producteur et fournisseur d’électricité. « Jusqu’en 2012, EDF a versé 460.000 euros par an à la Fondation.  Mêmes liens avec Veolia, géant de l’eau et du traitement des déchets. « De 2012 à 2017, Veolia a casqué 200.000 euros par an à la Fondation, et ce généreux mécène siège même à son conseil d’administration », assure Le Canard enchaîné. Vinci, désigné pour construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et qui n’envisage « pas du tout » de ne pas le faire, a financé la Fondation à hauteur de 30.000 euros en 2014 et 2015. Le journal d’investigation cite également TF1, Bouygues Télécom, la SNCF et L’Oréal, pour des versements entre 30.000 et 250.000 euros chacun. Par ailleurs,  jusqu’à son arrivée aux affaires, Nicolas Hulot présidait encore « Eole », une société alimentée par les royalties des ventes des produits estampillés « Ushuaïa » (gels douches, shampoings…). La marque détenue par TF1 a cédé sa licence à des grandes entreprises comme les opticiens Atoll ou L’Oréal. Avec à la clé des contrats juteux pour la chaîne de télévision et son ancien animateur vedette. De 113.000 en 1992, « Eole » a vu ses gains grimper à plusieurs centaines de milliers d’euros dans les années 2000. Une véritable machine à cash pour le principal bénéficiaire de l’entreprise: Nicolas Hulot qui en est le seul salarié et en possède 99.9% des parts. Au total, c’est près de 3 millions d’euros que la société aurait accumulé en fonds propres. Un pactole auquel il faut encore ajouter le salaire que se verse Nicolas Hulot -290.000 euros en 2013- et les dividendes qu’il perçoit (66.000 euros).  Pourtant, les produits « Ushuaïa », qui font la fortune du ministre de la Transition écologique, ne sont pas particulièrement recommandables pour la planète. Au contraire. Comme le rappelle Le Canard Enchaîné, Greenpeace a placé en 2006 les produits de la marque Ushuaïa sur la « liste rouge » des produits chimiques dangereux. Il y a un mois, c’était le magazine « 60 millions de consommateurs » qui épinglait trois produits de la marque, dont un gel douche contenant « un grand nombre de colorants susceptibles de provoquer des allergies » et un déodorant renfermant du benzyl salicylate, une substance soupçonnée d’être… un perturbateur endocrinien.

Repenser l’économie en raison de l’écologie (Corine Pelluchon)

Repenser l’économie en raison de l’écologie (Corine Pelluchon)

Une longue interview dans la Tribune de Corine Pelluchon, auteure et professeure de philosophie qui développe uen réflexion  implique de repenser radicalement la façon dont l’Homme habite la Terre, et cohabite avec les autres êtres non-humains.

 

 

Quels sont les problèmes majeurs que nous allons devoir affronter ? Et en quoi la philosophie peut contribuer concrètement, sinon à les résoudre, du moins à les éclairer ?

La crise écologique, qui ne se réduit pas à une dégradation de l’environnement ou à une raréfaction des ressources remettant en cause nos styles de vie, mais interroge aussi notre rapport à la nature et à nous-mêmes, est un des problèmes majeurs. Nous habitons la Terre en nous comportant comme des prédateurs et en oubliant que nous la partageons avec les autres espèces. Pensez aux souffrances inouïes que l’on fait endurer quotidiennement à des milliards d’animaux pour pouvoir consommer leur chair ou acheter leur fourrure. L’homme a tendance à considérer que ses projets et ses possessions constituent le sens de sa vie et que la seule limite à sa liberté est l’autre homme actuel. Or, si nous prenons au sérieux la matérialité de notre existence et notre corporéité, nous voyons que notre vie est intimement mêlée à celle des autres êtres, passés, présents et futurs, humains et non humains. Bien plus, la crise écologique devrait nous amener à ne plus fonder l’humanisme sur l’individu pensé de manière atomiste, coupé des autres et défini par la seule liberté. Cette conception relationnelle du sujet à laquelle conduit une réflexion qui articule l’écologie à l’existence devrait donc nous permettre de rénover l’humanisme, en contestant l’anthropocentrisme despotique qui l’a longtemps caractérisé, en insistant au moins autant sur la réceptivité et sur la vulnérabilité que sur le projet et la maîtrise de soi et en nous rendant moins enclins à la domination. Il s’agit aussi de revoir la place de l’économie, qui est aujourd’hui un économisme, où la recherche du profit détermine tout. J’élabore une philosophie du sujet relationnel et forge les outils éthiques et politiques qui s’ensuivent de cette réflexion sur le sujet pensé dans sa corporéité. Actuellement, je m’interroge sur les capacités et dispositions morales qui pourraient nous permettre d’avoir plus de respect envers la nature et les autres vivants, d’être plus sobres, de savoir apprécier la beauté des paysages, etc. Il s’agit d’une éthique des vertus qui inclut une réflexion sur les émotions et les affects et souligne le lien entre l’éthique et l’esthétique. Pour changer ses styles de vie, les principes et les règles ne suffisent pas. Il ne faut pas se focaliser seulement sur les normes, mais il importe de se tourner vers les agents moraux, vers ce qui pousse les individus à agir. L’éthique implique une transformation de soi et, pour sentir que le respect de soi est inséparable du respect des autres vivants et de la nature, des dispositions morales qui expliquent aussi qu’on change ses habitudes de consommation en y trouvant une forme d’accomplissement de soi.

Vous n’évoquez pas les risques liés aux progrès technologiques générés par les NTIC, les biotechnologies, les nanotechnologies… Ne menacent-ils par la liberté de l’homme ?

Je parlerai des biotechnologies, que je connais le mieux, des modifications génétiques, par exemple, qui nous obligent à nous interroger sur le sens de la vie. En elles‐mêmes, ces techniques ne sont ni bonnes ni mauvaises ; tout dépend de l’usage que nous en faisons. Qu’est‐ce qui pourrait en limiter les applications ? Le fait qu’elles ne seront pas généralisables, qu’elles auront un coût trop important ? Dans L’autonomie brisée. Bioéthique et philosophie (PUF, 2009/2014), j’avais essayé de montrer que l’important était surtout d’examiner leur impact sur les individus, sur les institutions et sur les dispositions qui les soutiennent et rendent effective la démocratie, comme l’égalité morale des individus ou la tolérance, par exemple. Il s’agit de voir au cas par cas si ces techniques induisent des effets qui sont contraires à ce que nous continuons de chérir. Ainsi, les thérapies géniques germinales, qui pourraient permettre de « designer » son enfant à venir en fonction de ce que l’on pense être une vie réussie, s’opposent au sens de la parentalité conçue comme l’accueil de ce qu’on n’attendait pas. Les biotechnologies interrogent notre rapport à l’imprévisibilité, à l’inconnu, à l’autre, et à la finitude. En ce sens, elles sont les alliées de l’idéal de maîtrise de soi et de performance constitutif de ce que j’ai appelé il y a quelques années une « éthique de l’autonomie ». Celle-ci désigne une sorte d’idéologie liée à un double mouvement de valorisation de l’autonomie, devenue une norme, et de transformation de cette notion qui s’est vidée progressivement de tout contenu pour s’identifier à l’indépendance. Cette dernière, qui va de pair avec un idéal de contrôle, est toutefois paradoxale, parce que le sujet qui veut être lui-même se plie aux impératifs du marché, si bien que son autonomie est exactement ce que Kant appelait l’hétéronomie. De plus, l’être en proie à cette éthique de l’autonomie refuse de prendre le moindre risque, parce que ce qui échappe à son contrôle et au contrôle, à la prévision, lui fait peur. Il exprime une demande de liberté surveillée, qui est très loin du désir d’aventure et du goût du risque prônés dans les années soixante et soixante-dix. Cette conception, qui n’aide pas à bien vivre le vieillissement, par exemple, explique certaines demandes sociétales et un certain usage des techniques médicales et des biotechnologies. Cette éthique de l’autonomie trahit également une méprise sur le vivant, sur sa corporéité, qui témoigne de notre passivité. Elle va de pair avec des représentations élitistes qui désignent comme insignifiants ou inférieurs les êtres qui n’ont pas la capacité d’imposer aux autres leur volonté ou qui la communiquent autrement que nous. Elle conduit à ne voir chez les personnes en situation de handicap ou de démence que les déficits et est solidaire d’un mépris des vivants. Les animaux sont des subjectivités non représentationnelles ; il y a quelqu’un derrière la fourrure et sa vie est aussi importante pour lui que la vôtre l’est pour vous. Les animaux sont individués et ils ont une intelligence et un accès au réel qui nous échappent totalement quand nous pensons que le réel est seulement celui que nous découpons avec nos catégories et nos concepts.

Cette éthique de l’autonomie, qui ne nous aide pas à bien vivre, est l’enfant tardif d’une anthropologie qui a été fondée sur un sujet atomiste, défini par le droit à user de ce qui est bon pour sa conservation. Cette fiction d’un individu pensé abstraction faite de ses appartenances était nécessaire pour établir la philosophie des droits de l’homme et penser que le fondement et la finalité de l’Etat étaient la liberté des individus. Il fallait forger cette abstraction pour penser un Etat laïc et affirmer que tout être humain, quels que soient sa fonction, son ethnie, sa religion ou son genre, avait les mêmes droits que les autres et donc pour reconnaître une égale dignité aux humains. Cependant, tout se passe comme si nous avions, au fil du temps, oublié ce caractère relationnel de nos vies et perdu le sens de ce qui nous relie aux générations passées, présentes et futures, à la Terre et aux autres vivants. C’est ainsi que la fondation individualiste du sujet sur laquelle reposent le libéralisme politique et la philosophie des droits de l’homme a donné lieu à une anthropologie pauvre, qui ne donne aucun relief à l’existence humaine, en dehors de la conquête de sa liberté et de la possession de biens matériels.

Cette anthropologie n’offre pas non plus de contrepoids à l’économisme, qui n’était pas en germe chez les auteurs du 17e siècle, mais qui s’est imposé après la Révolution industrielle et dans une société où la division du travail, la spécialisation des tâches et la professionnalisation de la vie politique installaient en chacun une division entre la sphère publique, gérée par des représentants, et la sphère privée. Celle-ci est devenue le lieu d’expression de soi, d’un moi de plus en plus rivé à la consommation, occupé à produire, à se distraire, à remplir un vide que le système capitaliste entretient car la surproduction, l’obsolescence programmée des objets, le gaspillage et l’exploitation des autres hommes, des ressources et des animaux ne peuvent fonctionner que dans une société où les êtres tournent sans repos sur eux-mêmes, comme disait Tocqueville, sont isolés, désolés, divisés, mais obsédés par le regard d’autrui. Ayant surtout des rapports de compétition et aucun horizon d’espérance en dehors de celui que procure la reconnaissance, ils cherchent à posséder ce que les autres ne possèdent pas et sont animés de désirs artificiels. Ces derniers sont créés de manière totalement factices par le marketing, mais ils s’appuient sur des ressorts psychologiques qui expliquent que le capitalisme, pourtant fondé sur une anthropologie fausse et fragile, survit et est même très efficace.

A cette éthique de l’autonomie j’ai opposé une philosophie de la corporéité qui met au jour le caractère relationnel du sujet et conduit à rafraîchir le sens que l’on accorde à son existence. Elle a d’abord donné lieu à une « éthique de la vulnérabilité », centrée sur la passivité du vivant, sur sa fragilité, mais aussi son ouverture aux autres, sa responsabilité. Parler de corporéité, c’est dire que la conscience n’est pas le point zéro de mon expérience, que le réel n’est pas seulement ni essentiellement relatif à ce que j’en vois ou en sais, à ce que je fais de lui, mais qu’il y a quelque chose avant la conscience. Cela conduit à s’intéresser aux phénomènes qui échappent à ma maîtrise et mettent en échec ma volonté. Cependant, une phénoménologie attentive aux phénomènes que ma conscience ne constitue pas ou qui échappent à mon intentionnalité ne s’intéressera pas seulement à la maladie, à la mort, à la douleur, à la démence, mais elle décrira aussi le revirement du constitué en condition de mon existence qui, dans la manière dont nous habitons la Terre et goûtons aux choses, révèle aussi l’importance du plaisir.

La deuxième étape de cette philosophie est donc la philosophie des nourritures développée dans le dernier livre. Les nourritures désignent tout ce dont je vis et qui « nourrit » ma vie, c’est-à-dire que les choses naturelles et culturelles dont je vis répondent à mes besoins, qu’il s’agisse de l’alimentation, de l’eau, de l’air, du travail, etc. Cependant, les besoins ne sont pas pensés à la lumière de la privation, comme s’ils étaient des vides à remplir. Le besoin vire en plaisir, qui est recherché pour lui-même, sauf quand cet accès au plaisir n’est pas possible en raison des privations extrêmes, comme la faim, le froid, l’épuisement. Cette complaisance dans le monde sensible que nous éprouvons nous enseigne que l’amour de la vie est originaire, et que la déréliction ou le sentiment d’être jeté dans un monde absurde est seconde et lié aux conditions sociales, économiques et matérielles. Nos sensations, qui font ressortir la texture des aliments, et traduisent la vérité de notre rapport au monde, qui est un être-avec-le-monde, suggèrent aussi que les choses ne sont pas réductibles à leur fonctionnalité, qu’il y a un excédent, une générosité dans ce monde qui n’est pas entièrement thématisable. C’est cette essence généreuse du monde, son excédent, que l’on entend dans le pluriel des nourritures et qui souligne aussi la centralité du goût.

Bien plus, je mange pour calmer ma faim et reprendre des forces et travaille pour gagner mon pain, mais l’activité même de manger, de travailler, me réjouit – ou pas – et donne un sens et une saveur à mon existence. Quand l’acte de se nourrir ou le travail n’ont pas de sens, j’en souffre. Ce qui fait la grâce de la vie et son sens va au-delà des nécessités et le projet ne saurait définir notre existence, qui est plutôt conçue ici à la lumière de la réceptivité qui exprime le contact entre moi et le monde. Ainsi, je ne vis pas pour faire ceci ou cela, comme si l’existence était à comprendre essentiellement à la lumière du projet, mais parce que je prends du plaisir à vivre, qu’il y a une gratuité dans le fait d’exister. Je vis pour vivre ; vivre, comme disait Emmanuel Levinas, est une sincérité. Vivre, c’est vivre de, et vivre de, c’est jouir.

En même temps, je ne vis pas seulement pour moi, parce que – et cela nous éloigne de Levinas -mon usage des nourritures et, au premier chef, ma manière de m’alimenter me relient, que je le veuille ou non, aux autres êtres humains, passés, présents et futurs, et aux autres vivants, en particulier aux animaux. Bien plus, ma vie est, dès ma naissance, de par ma naissance, débordée par celle des autres et, en naissant, c’est un monde commun aux générations passées, présentes et futures, et aux animaux, un monde constitué par le patrimoine naturel et culturel de l’humanité et incluant la biodiversité, qui m’accueille. Ce monde survivra à ma mort, mais il est l’une des dimensions de mon existence, qui n’est donc pas seulement individuelle, contrairement à ce que nous avons tendance à croire, surtout en Occident. Vivre, ce n’est pas seulement vivre pour soi. Bien sûr, mon existence a du sens pour moi et pour mes proches, mais le monde commun lui confère aussi une épaisseur. Le sens de mon existence n’est pas constitué seulement par ce que j’accumule et fais pour moi, mais il est lié à ce que je transmets et la valeur de mes actes dépend de leur impact sur le monde commun. Au contraire, le projet transhumaniste est celui d’un individu tout‐puissant et qui ne vit que pour lui.

Enfin, la philosophie du sujet relationnel que je propose vise à compléter les droits de l’homme, qui ne peuvent plus être fondés simplement sur un sujet individuel coupé des autres êtres humains et non‐humains. Elle a donc d’emblée une portée politique et juridique. Parce que la biosphère est la condition de mon existence, que la beauté de la nature nourrit ma vie, que les générations passées et futures font partie de moi et que nous cohabitons avec les animaux, qui sont mêlés à nos vies et dont les intérêts doivent aussi entrer dans la définition du bien commun, les finalités du politique ne seront plus  seulement la sécurité ou la conciliation des libertés individuelles et la réduction des inégalités. La protection de la biosphère, le souci pour les générations futures, l’amélioration de la condition animale deviennent de nouveaux devoirs de l’Etat.

Nous traversons une crise du politique, le citoyen ne se sent plus représenté. A quoi est-ce dû ?
A l’économisme, à la règle du profit qui fait plier le politique et a envahi toutes les sphères de la vie. Les hommes ont perdu le sens du monde commun et de ce qui les relie aux autres. Ils ne se vivent plus que comme des forces de production et des forces de consommation. C’est ce que Hannah Arendt appelait la désolation, qui rend les individus des démocraties de masse vulnérables aux solutions totalitaires.

Il s’agit aujourd’hui de reconstruire de la démocratie en revoyant la philosophie du sujet qui sert encore de base au contractualisme actuel et qui ne permet pas de lutter contre l’économisme. Il s’agit aussi de rénover ses institutions afin d’intégrer le long terme et de traiter des enjeux globaux associés à l’environnement. Ils sont parfois invisibles, comme les perturbations endocriniennes et la pollution. On a également besoin de médiations scientifiques pour éclairer les décisions, mais aussi d’organes de veille et de vigilance ‐ pouvant prendre la forme d’une troisième chambre disposant d’un droit de veto ‐ afin que les propositions de loi ne contredisent pas la protection de la biosphère et l’amélioration de la condition animale qui sont des devoirs de l’Etat. Ces mesures nous éviteraient d’avoir des politiques atomistes et souvent incohérentes. Les questions de justice intergénérationnelle, l’écologie et la question animale doivent être traitées de manière transversale. Les politiques en matière d’économie, de transport, d’agriculture, d’éducation affectent l’écologie, la justice intergénérationnelle et les animaux. Inversement, on ne peut protéger l’environnement, prendre en compte les générations futures et améliorer la condition animale si l’on en fait des domaines à part et que l’on se satisfait de meures qui seront contredites par ailleurs. Enfin, il s’agit de penser les conditions de la délibération sur des sujets complexes qui supposent que la justice ne se réduit pas à l’accord extérieur des libertés mais implique une certaine conception du bien commun. C’est le cas de la plupart des questions dites de bioéthique qui soulèvent des enjeux moraux qui vont au-delà des problèmes de mœurs et c’est le cas dès qu’on aborde des techniques ou des pratiques qui ont un impact non seulement sur la société, mais aussi sur les écosystèmes, les autres espèces et les générations futures. Le défi est de penser ou plutôt d’instituer le bien commun, qui n’existe pas dans le ciel des idées et qui est a posteriori, sans fonder la décision collective ou les lois sur la vision moralisatrice d’un groupe et donc en respectant le pluralisme qui va de pair, dans une démocratie, avec la reconnaissance de l’égalité morale des individus, le refus des gourous éthiques ou du paternalisme, si vous préférez.

Bref, l’objectif est de forger des outils et de concevoir une méthodologie nous permettant de parvenir à des législations adaptées aux différents acteurs et à l’historicité des lois, au contexte, en trouvant des accords sur fond de désaccords. C’est ce que j’ai essayé de faire, notamment en politisant le difficile problème de l’aide active à mourir. Il est également important de passer d’une démocratie concurrentielle, où l’on use d’une rhétorique plébiscitaire, reposant sur le marchandage, les promesses et les récompenses, et sur la peur, à une démocratie délibérative, où l’on pèse le pour et le contre avant de prendre des décisions politiques, où l’on explicite les arguments des différents camps et où chacun se demande ce qui a un sens pour la collectivité, et pas seulement pour lui. L’argumentation est au cœur de la démocratie délibérative. Elle désigne une communication non coercitive et s’adresse à l’intelligence d’autrui. C’est aussi ce que désirent la plupart des individus : que l’on sollicite leur bon sens.

Mais nous pouvons déjà agir, dans nos démocraties, en tant que citoyens…

Le cœur de la démocratie, c’est la vigilance critique dans l’espace public. Par exemple, quand ils mangent, les individus ont un impact sur la production et la distribution. Ils ont un rôle politique. Le sentiment d’impuissance ne peut être un alibi, car les consommateurs ont un pouvoir considérable sur l’économie et sur la politique. Nous pouvons réorienter l’industrie agroalimentaire en cessant d’acheter des produits que cette industrie présente comme des produits de luxe (le foie gras), des produits indispensables à la santé (la viande). Nous pouvons leur signifier, si nous sommes assez nombreux, qu’il y a de l’argent à gagner avec des produits végétaux. La demande peut créer l’offre, surtout dans l’alimentation parce que nous mangeons tous trois fois par jour. Enfin, pour que les citoyens puissent exercer leur esprit critique, il faut non seulement que certaines scientifiques soient disponibles, mais aussi que gouvernants et gouvernés soient formés sur des problèmes concrets et sur la manière d’argumenter. Je rêve, par exemple, que l’on remplace, dans les programmes de philosophie de la classe de terminale, l’étude de notions souvent trop abstraites pour des jeunes gens de 18 ans par l’éthique animale et environnementale, la bioéthique, etc. Il faudrait certainement moderniser un peu le contenu des programmes scolaires, donner une meilleure formation scientifique aux jeunes, enseigner la rhétorique. De manière générale, il serait intéressant de former nos politiques afin qu’ils enrichissent les programmes politiques et soient davantage dans l’analyse et l’argumentation, au lieu d’être dans l’invective constante. Pourquoi ne pas créer une sorte de Sciences Po pour les adultes ? Il existe des forums et des gens comme moi qui pourraient passer leur vie à aller donner des conférences par ci par là – gratuitement, en ce qui me concerne. Mais, indépendamment du fait que c’est épuisant pour les conférenciers, qui ont souvent une lourde charge de travail par ailleurs, la formation suppose un temps long, des efforts et de la rigueur, et un lieu soustrait au vacarme du monde et aux médias. Informer c’est bien, former c’est mieux. Les deux ne sont pas antithétiques, même si, à notre époque, où tout le monde veut aller vite, parler de tout sans prendre le temps d’apprendre, on fait plus d’efforts et de bruit pour informer que pour former les individus.

Dans votre dernier ouvrage, « Les Nourritures. Philosophie du corps politique », vous accordez à l’acte de se nourrir une place centrale. C’est pour le moins étonnant dans le domaine de la philosophie ?

« Au commencement était la faim », écrivait Emmanuel Lévinas dans ses Carnets de Captivité. Avant de penser, le sujet a faim. La faim est une privation extrême. Rappelons qu’aujourd’hui même, près de 3 milliards de personnes dans le monde souffrent de faim ou de malnutrition.

J’insiste sur le fait qu’au delà du besoin archaïque et originaire qu’est la faim, le besoin de manger se transforme en plaisir. C’est ce que j’appelais le cogito gourmand en insistant sur le caractère à la fois biologique et social, sensuel et spirituel du goût et sur le fait qu’il réfute tous les dualismes corps/esprit, nature/culture, intérieur/extérieur. De plus, les multiples dimensions de l’alimentation, qui est une incorporation, sa dimension nutritive, affective, sociale, symbolique, éthique, économique et politique, suggèrent que l’on a affaire à un phénomène qui exprime le vécu dans sa globalité. C’est cela l’oralité.

L’emblème de la philosophie du sentir que je développe dans Les Nourritures est moins le ventre que la bouche. L’oralité, c’est à la fois ce qui passe par ma bouche et la parole. C’est un rapport intime à soi et à l’autre. Manger est un dire. Quand je mange, je dis la place que j’accorde au sein de mon existence aux êtres humains passés, présents et futurs et à aux animaux, mais j’exprime aussi mon vécu dans sa globalité. Ma manière de manger traduit aussi le respect de moi, ce que j’accepte d’incorporer, comment je l’incorpore. Il y a aussi toute une mémoire de l’alimentation qui est liée aux plats que nous préparaient nos parents et nos grands-parents, à l’histoire familiale, aux premiers moments de notre vie, quand nous avons été nourris et qu’en même temps que le sein ou le biberon, nous avons reçu de l’attention et de l’amour – ou pas.

L’alimentation rend impossible le maintien des dualismes. C’est pourquoi, sur le plan phénoménologique, elle est si intéressante. Dans ce livre, je pars de la description phénoménologique de l’existant dans la matérialité de son existence : l’alimentation en particulier, mais aussi le fait d’être né, d’être posé à terre, d’habiter quelque part. On pourrait ajouter le fait de respirer et, pour les humains, le fait de se vêtir.

En partant de la description de ces actes quotidiens, qui concernent tout le monde, je fais surgir des structures de l’existence qui ont une dimension universalisante et éclairent la condition humaine de manière nouvelle. J’ai ainsi approfondi la philosophie de la corporéité que j’avais commencé à élaborer dans mes précédents ouvrages, mais en travaillant cette fois-ci non plus sur des phénomènes négatifs, comme la douleur, la souffrance, la fatigue, la maladie, la démence, la mort, mais sur le plaisir, sur la naissance et notre habitation de la Terre.

Dans le passé, l’hôpital et les cas cliniques étaient l’inspiration principale. C’est ainsi, par exemple, qu’en visitant des établissements prenant en charge des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, j’ai essayé de penser ou de repenser l’identité. Qu’est-ce que l’identité d’une personne qui a perdu le sens fonctionnel des objets et la mémoire ? Qu’est-ce que cela dit de la manière dont nous concevons le sujet? Peut-on penser l’autonomie d’une personne en situation de dépendance et aller au-delà de la définition, à la fois juridique et médicale, de la compétence ? Ce travail sur la vulnérabilité qui était centré sur la catégorie de passivité et qui suppose une articulation très serrée entre les notions d’autonomie, de vulnérabilité et de responsabilité était une première étape. La deuxième porte sur le « vivre de ».

C’est cela que j’appelle les « nourritures ». Cela inclut les aliments, mais ne s’y réduit pas et c’est une manière d’éviter le mot de « ressources » qui réduit le monde à sa dimension instrumentale Or il s’offre à nous comme ce qui nous plaît ou non, comme ayant une ambiance, un rythme. Quand on visite une ville, on sent un rythme, on se sent bien ou mal, etc. Encore une fois, c’est la réceptivité, l’être-avec-les-choses qui m’intéresse.

Des philosophes aussi différents que Michel Foucault, avec son « souci de soi », ou Michel Onfray et son « corps hédoniste » célèbrent aussi l’importance du corps. Qu’est-ce qui vous différencie d’eux?

Je m’inscris plutôt dans la tradition d’une phénoménologie de la non-constitution représentée par Henri Maldiney, un philosophe important mais peu connu du grand public. De plus, je suis philosophe politique. Michel Onfray défend un hédonisme qui est un peu un hédonisme de défi, car il exprime l’idée selon laquelle il faut profiter de la vie en laissant à Thanatos un corps qui aura brûlé. Il est également favorable, me semble-t-il, au transhumanisme, alors que je défends une pensée de la finitude et conçois les limites de notre vie, y compris la mort, de manière positive. Mon travail relève davantage de l’eudémonisme car ma question fondamentale est celle de la vie bonne. Il peut y avoir une vie bonne, où l’on peut parler de bonheur et de joie et réaliser cette alliance entre l’éthique comme transformation de soi et l’accomplissement de soi, même quand la satisfaction ou le bonheur personnel au sens ordinaire du terme est compromis. Pour connaître la joie, selon moi, il faut savoir pourquoi l’on vit et vivre une vie bonne, qui n’est jamais, d’après ce que j’ai dit plus haut, une vie seulement pour soi, mais, pour se sentir heureux, il faut de la chance, un contexte politique, social et affectif. C’est pourquoi il est question du daimon. Toutefois, le malheur, les privations n’empêchent pas d’avoir une vie accomplie. Pensez aux résistants qui sont morts et même aux dernières paroles de WittgensteinPhilippa Foot, dans Le Bien naturel, en parle.

Quant à Michel Foucault, c’est une pensée archéologique. Je pense ici surtout à ses cours au Collège de France, notamment à ceux qui sont publiés dans L’herméneutique du sujet. Je préfère d’ailleurs le dernier Foucault, celui qui relit les Stoïciens, ces athlètes de l’événement, en parlant d’un souci de soi qui n’est pas seulement lié au corps et qui pense l’éthique comme pratique de soi. C’est magistral et cela a une portée politique, très différente cependant de ce qui se joue dans sa théorie du biopouvoir. Cela dit, mon travail est différent. Mon éthique se fonde sur une phénoménologie de la non-constitution, contrairement à celle d’Edmund Husserl qui considère la conscience comme donatrice de sens. Je suis en cela les phénoménologues comme Levinas, Maldiney ou Michel Henry qui attirent notre attention sur des phénomènes que la conscience ne constitue pas, mais qui, au contraire, la constituent. Cette phénoménologie de la non-constitution permet de dégager un certain nombre de structures de l’existence qui éclairent le sens de mon rapport au monde et font surgir un sujet relationnel. J’en tire ensuite les conséquences politiques, comme nous l’avons vu plus haut.

Enfin, s’agissant de l’éthique et de la définition de la vie bonne, je me sens plus proche du Platon des Lois qui parle, au livre V, d’honorer son âme que des philosophes qui pensent le souci de soi. On honore son âme en aimant la vérité et le juste, au lieu de penser à acquérir les richesses ou les honneurs. Pour moi, le souci doit être tourné vers autre chose que soi, vers la Cité et ce qui la transcende, pour parler comme Leo Strauss.

La question animale structure une large partie de votre œuvre. Pourquoi?

Parce que c’est une question fondamentale en philosophie, stratégique, puisque se dessinent à partir de la manière dont on a pensé les animaux beaucoup d’autres notions comme le propre de l’homme, l’autonomie, etc. – autant de catégories qui, aujourd’hui, bougent en même temps que la conscience que nous avons de la richesse des existences animales. Cette question, qui est aussi celle des conditions de vie et de mort que nous infligeons aux animaux, est aussi importante en elle-même parce que les animaux comptent et que ce que nous leur faisons subir est un cauchemar. Pour moi, elle est centrale. Il y a peut-être aussi une raison biographique. Fille de viticulteurs, je suis née à la campagne. Auparavant, les vaches avaient un prénom et vivaient en moyenne 11 ans, contre 4 ans aujourd’hui. Même si je mangeais de la viande, j’ai été concernée par cette question très jeune. Depuis maintenant 15 ans, je ne consomme ni viande ni poisson et suis en train d’adopter un régime végétalien – en attendant aussi de devenir végane.

Cette question est par ailleurs abordée selon différentes approches en philosophie…

Il y a eu évidemment « Libération animale » de Peter Singer, paru en 1975, qui m’a bouleversée. Mais il n’est pas le seul. Je distinguerais trois vagues de la question animale, en se cantonnant à la période récente, disons depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, qui marque l’extension de l’exploitation industrielle des animaux. La première vague, anglo-saxonne, est représentée par Singer, mais aussi par Tom Regan. Ils reprennent le concept d’antispécisme qui est né en 1970. Ce concept dénonce la discrimination fondée sur l’espèce en la comparant au sexisme et au racisme et il implique l’égale prise en considération des intérêts des animaux – ce qui n’implique pas l’égalité de traitements, comme ne cesse de le dire Singer. Leur travail est très différent, puisque Singer est utilitariste et Regan partisan d’une approche déontologique des droits des animaux, mais ils ont en commun de se focaliser sur le statut (moral, voire juridique, pour Regan) de l’animal pour dénoncer l’exploitation que l’homme fait subir à l’animal. La deuxième vague, française, est représentée par Jacques Derrida et Elisabeth de Fontenay, qui se saisissent de la question animale comme d’un levier pour déconstruire l’histoire de la philosophie en montrant comment les philosophes se sont donné le mot pour penser les animaux de manière privative, comme des êtres privés de logos et seulement capables de réagir. Encore une fois, ce sont ces représentations qui gomment l’extraordinaire hétérogénéité des animaux qui justifient les abus dont ils sont victimes. Jacques Derrida dans son livre « L’animal que je suis » va souligner le caractère violent de cet humanisme-là.

La troisième vague politise la question animale en se situant (c’est mon cas) sur le versant positif de la déconstruction. Il ne s’agit plus de dénoncer la violence de l’humanisme ni de distribuer des mauvais points aux philosophes qui ont pensé les animaux de manière privative, mais de se demander ce que seraient une éthique et une politique prenant au sérieux l’appel des animaux.

Dans une démocratie, il ne s’agit pas d’imposer le végétarisme à tout le monde, même si, personnellement, je rêve d’une telle société où il n’y aurait plus de mise à mort provoquée d’un animal. Le défi est de penser comment les intérêts des animaux peuvent entrer dans la définition du bien commun et comment faire de la question animale l’une des finalités du politique, alors que les animaux ne votent pas et que le pluralisme politique implique de trouver des accords sur fond de désaccord. Comment concilier le respect de la souveraineté du sujet, son droit à choisir son style de vie, tout en améliorant de manière substantielle la condition animale ? C’est ma question.

La question de la justice envers les animaux dépasse en l’intégrant la question de savoir quels droits ils ont, car elle suppose que la communauté morale et politique est élargie aux animaux, qui font partie de nos vies. Les violences que nous leur faisons subir ne soulèvent pas seulement des problèmes moraux, relatifs à la cruauté des hommes, mais elles mettent au jour l’injustice de notre justice et conduisent à remettre en question les fondements du droit et la plupart des habitudes des hommes. C’est cette problématique-là qui caractérise mon travail depuis « Eléments pour une éthique de la vulnérabilité. Les hommes, les animaux, la nature » ( Le Cerf, 2011).

Le travail de Sue Donaldson et Will Kymlicka dans « Zoopolis. A political Theory of Animal Rights » s’inscrit aussi dans cette troisième vague. Ce livre nous permet de comprendre ce que pourraient être les obligations concrètes des hommes à l’égard des animaux. J’ai convaincu les éditions Alma de le faire traduire car il est aussi important que l’a été « Libération animale » de Singer. Il paraîtra en novembre 2016, avec une postface que je vais rédiger.

Mon travail se distingue de celui de Kymlicka, bien que nous soyons tous les deux des libéraux (dissidents) qui cherchent à compléter le libéralisme pour qu’il tienne compte des minorités (c’est de là que vient Kymlicka) et pour le modifier à sa base et dans ses institutions, afin de substituer une autre philosophie du sujet à la conception de l’homme et de son rapport à l’autre que lui sur laquelle il repose et qui ne permet pas de faire entrer l’écologie et la question animale dans notre vie et dans la politique (c’est le fil directeur de mes livres). La théorie de la justice comme partage des nourritures comporte neuf principes, dont l’amélioration de la condition animale et la suppression de l’élevage intensif. Ces principes peuvent être déclinés de façon à laisser des marges de négociations aux différents Etats, mais ils sont plus substantiels que les deux principes de La Théorie de la justice comme équité de Rawls. L’amélioration de la condition animale relève des devoirs de l’Etat. C’est pour cela que la politique est une zoopolitique. Pour autant, il ne s’agit pas de créer une « démocratie animale ». Il y a une asymétrie colossale entre les animaux et nous et nous ne pouvons pas les représenter au sens strict du terme, parce qu’ils n’ont pas le pouvoir de nous congédier en cessant de voter pour nous. Il faut donc inventer une façon de porter leurs intérêts et de les faire entrer dans la définition du bien commun, ce qui passe par de multiples propositions se situant sur le plan institutionnel, constitutionnel et éducatif.

Le point commun à ces trois vagues est que le critère pour avoir droit à la considération morale n’est plus le logos, le langage articulé. A partir du moment où les animaux sont des existants à part entière, individualisés, il est immoral et injuste de les traiter comme ils sont traités.

En un mot, tout mon travail consiste à élaborer une théorie politique susceptible de modifier au niveau des institutions, mais aussi dans son esprit la philosophie du sujet qui fonde la politique actuelle. On pourrait penser que cette tentative pour compléter la démocratie libérale renvoie à Leo Strauss qui pensait que l’horizon du « bien vivre » et du bien commun ne peut pas disparaître en politique sans dégrader les institutions et le type de sociétés démocratiques. Cependant, on ne peut fonder la politique sur des valeurs qui sont des subjectivations, des visions du monde qui ne sont pas généralisables et qui, si elles devenaient les piliers du politique, aboutiraient à une forme de violence politique.

Au contraire, l’alimentation, le fait d’être né, de marcher, de respirer… ne sont pas des valeurs, mais des structures de l’existence qui, décrits phénoménologiquement, enseignent que le sujet n’est jamais seul, que sa vie est débordée par celle des autres, humains et non humains, etc. Ce sont ces structures de l’existence qui expliquent les principes de la théorie de la justice et le contrat social qui correspondent à la partie normative de cette théorie politique. Je parle de contrat social, donc d’artifice, alors que la description phénoménologique de l’alimentation, par exemple, montre que les animaux sont mêlés à notre vie, que les générations passées et futures aussi, etc. Ce recours au cadre artificiel du contrat est lié au fait que l’homme, contrairement aux fourmis, ne voit pas immédiatement le bien commun et qu’il y a, comme le dit Hobbes, une division entre les êtres et à l’intérieur de chacun d’entre nous, puisque nous ne sommes pas sûrs de vouloir demain ce que nous voulons aujourd’hui. Que le sujet soit relationnel et que cela soit une vérité phénoménologique n’implique pas que les individus soient psychologiquement disposés à vivre de telle sorte qu’ils respectent les animaux et se soucient des générations futures.

De plus, je parle d’améliorer la condition animale, non d’abolir toute exploitation animale, car, en démocratie, il faut trouver des accords sur fond de désaccords. Enfin, quand je disais qu’à propos des technologies et des pratiques médicales, le travail du philosophe ne consistait pas (essentiellement) à dire si une technique était bonne ou mauvaise en soi, mais à voir si elle était compatible ou pas avec les dispositions nécessaires pour vivre en société, je suggérais aussi que la démocratie ne se réduit pas aux seules institutions. Elle dépend aussi d’un type d’individu qui va les faire vivre ou les détruire. Platon disait déjà (La République, livre VIII) que chaque régime est détruit de l’intérieur par un type d’homme qui préfère, par exemple, honorer l’argent que le sens du bien et de la vérité.

L’inquiétude à l’égard de cette fragilité constitutive de la démocratie me rattache à Leo Strauss. Les risques liés à l’utilisation des biotechnologies ou de la bombe atomique sont bien plus compliqués que ceux des techniques de Descartes quand il disait qu’elles nous rendraient « comme maîtres et possesseurs de la nature » ! Il voulait dire que les conditions de vie, grâce aux techniques et à la médecine, serait meilleures. Ce n’était pas du transhumanisme avant la lettre ! Même si certaines choses, en devenant les valeurs que l’on honore, changent l’homme et la société, la nature humaine change peu et il sera impossible d’éradiquer le mal. Ce qui, par contre, modifie la donne, est la technique. Les hommes d’aujourd’hui sont incroyablement plus armés que nos ancêtres et c’est aussi la raison pour laquelle notre monde est si dangereux. Plus la technique se développe, plus il faut de la réflexion – je n’ose parfois plus employer le mot d’éthique tant il est galvaudé !

Leo Strauss joue un rôle central dans votre travail. Pourquoi?

N’ayant pas eu de maître pendant mes études, j’ai dû me débrouiller seule. Après mon agrégation, je voulais travailler sur le « Traité théologico-politique » de Spinoza. Un jour d’ennui, j’étais rentrée dans une librairie d’une ville du nord de la France, où j’étais professeure de lycée. Je suis tombée sur l’autobiographie intellectuelle de Leo Strauss, qui sert de préface à l’édition américaine de « La Critique de la religion chez Spinoza ». Je fus éblouie par la façon dont il restituait son rapport à Spinoza, mesurant ce qu’on avait perdu et ce qu’on avait gagné avec les Lumières modernes, avec la critique spinoziste de la religion de la révélation. Il examinait l’héritage de Spinoza à un moment où la tradition était en crise, où cette crise était une crise de la transmission. J’ai donc lu les textes juifs de Strauss, en ai traduits certains de l’allemand. J’ai tout de suite senti que cette pensée était très profonde, qu’il ne s’agissait pas d’un simple commentateur des textes anciens et médiévaux. Son fil rouge était la critique des Lumières mais portée par une inquiétude liée notamment à l’effondrement de la république de Weimar. J’ai trouvé cela à la fois actuel et inactuel, génial. Sans oublier le talent de Strauss pour nous faire comprendre les auteurs comme ils se comprenaient eux-mêmes et déceler leurs stratégies d’écriture et leurs motivations. Son interrogation sur le rapport entre raison et révélation questionne l’autonomie de la raison et nous interroge sur le type de rationalisme qui est le nôtre et même sur la rationalité philosophique qui, chez moi en tout cas, se met au service de quelque chose qui l’embarrasse et qu’elle ne peut totalement saisir, comme c’est le cas quand on travaille en éthique appliquée, notamment sur la maladie, la mort, le meurtre, etc. J’ai gardé de Strauss l’idée d’une critique constructive de la démocratie, le sentiment de la fragilité de la démocratie et l’idée selon laquelle on ne règle pas des problèmes politiques avec des outils seulement politiques. La philosophie politique n’est pas seulement une discussion sur les institutions, mais elle implique aussi une interrogation sur l’homme et sur la vie bonne. C’est le statut et le sens que la philosophie politique a chez Strauss que je conserve. Même si je n’adhère pas aux « solutions » straussiennes, à la tension entre Jérusalem et Athènes et à l’éloge de la vie philosophique ou de l’idéal contemplatif considéré comme l’équivalent de la vie bonne, je donne à la philosophie politique une épaisseur qui implique l’articulation de la réflexion politique et de l’ontologie.

Mélenchon : une conversion à l’écologie (Hulot)…. mais tardive

Mélenchon : une conversion à l’écologie (Hulot)…. mais tardive

 

Un brevet d’écologie à été décerné par Nicolas Hulot à Jean-Luc Mélenchon en matière d’écologie. Il est vrai que l’ancien trotskiste productiviste a changé son logiciel de production en insistant particulièrement sur la transition énergétique. Reste à savoir s’il s’agit d’une vraie conviction ou d’une posture pour récupérer les voix d’un parti des verts en voie d’extinction. Le soutien du parti communiste, lui, toujours nettement sur un modèle productiviste justifie de s’interroger. D’après RTL Jean-Luc Mélenchon fait partie des gens avec qui Nicolas Hulot discute régulièrement. Il n’est pas le seul, d’ailleurs : il y a aussi Emmanuel Macron, par exemple. Mais sur Mélenchon, Hulot est affirmatif : « C’est le seul qui a bossé sur l’écologie ». L’ex-envoyé spécial de François Hollande pour la COP21 va même plus loin : « C’est celui avec lequel j’ai le plus de plaisir à dialoguer. Sur certains dossiers c’est même lui qui m’en apprend, notamment sur la mer. Ah ça quand il bosse Mélenchon, il ne fait pas semblant ».  C’est dire si Nicolas Hulot est sous le charme du candidat de la France insoumise. De là à envisager de le soutenir à l’élection présidentielle, il y a un grand pas que l’écologiste n’est pas prêt à franchir. « Mélenchon est trop clivant « , dit-il. Depuis qu’il a renoncé lui-même à se présenter, Nicolas Hulot n’exclut rien complètement. Mais il a bien envie surtout de peser sur les idées avec ATD Quart Monde et Emmaüs. Il travaille ces jours-ci à un pacte, un contrat, un « socle de préalables », un peu sur le modèle de ce qu’il avait fait en 2007 (son pacte écologique qu’il avait fait signer à dix candidats avec une dizaine de propositions). Sauf que cette fois-ci, il veut le soumettre aux Français fin février-début mars. Il n’y sera pas question que d’écologie. Il fera aussi des propositions en matière de fiscalité et de démocratie notamment. Dit autrement, cela donne : « Moi je ne participe pas à la primaire des gens, je participe à la primaire des idées ».

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