Archive pour le Tag 'école'

Ecole- Niveau scolaire: la catastrophe

Ecole- Niveau scolaire: la catastrophe

Le niveau scolaire n’est sans doute pas sans lien avec le manque de compétence et de compétitivité de l’économie au travers notamment des difficultés de recrutement de personnel qualifié. Plus les enquêtes se succèdent et moins le doute est permis : quoi qu’en pensent certains, le niveau scolaire ne cesse de baisser. Que ce soit en mathématiques, en lecture ou dans d’autres matières, les élèves français maîtrisent moins bien les fondamentaux que leurs homologues des pays voisins. Une situation qui n’est pas sans lien avec la difficulté de trouver des salariés compétents dans certaines branches notamment dans l’industrie.

Jusque-là le ministre de l’éducation nationale s’est fait très discret. Cette fois, il sort un peu du bois pour annoncer des « exigences » qui en fait ressemblent davantage à des recommandations qu’à des orientations fermes.

En effet le propos du ministre de l’éducation nationale n’est pas nouveau. Il ne fait que rabâcher ce qui est connu à savoir le manque de niveau du primaire pour entrer en secondaire, la crise du recrutement. Quant à l’exigence de l’égalité des chances c’est évidemment un slogan qui ne pourra pas être résolu tant qu’une masse d’élèves en retard des connaissances de base viendront abaisser le niveau général dans le collège unique.

Bref pas vraiment une révolution, pas même une évolution juste des mots surtout quand on prévoit d’appliquer ce qu’on qualifie de nouvelles orientations à partir du 1er janvier. Pap Ndiaye, ministre de l’éducation nationale, reconnaît les difficultés « concernent la crise du recrutement des professeurs » mais aussi « le niveau des élèves, dont les comparaisons internationales révèlent les lacunes préoccupantes. il Regrette que près « d’un Français sur deux ne fasse pas confiance à l’institution scolaire », le ministre évoque « la défiance générale, marquée par la montée en puissance du secteur privé et par le scepticisme exprimé d’une partie des parents ».

Le ministre a donc annoncé trois types de mesures pour 2023 . D’abord concernant les enseignements fondamentaux du CM1 à la 6e pour « faciliter le passage de l’école primaire au collège ». Ensuite
Pour faciliter « l’égalité des chances ». La troisième et dernière exigence portée par le gouvernement stipule une amélioration du fonctionnement de l’école, aussi bien dans le système de recrutement des enseignants, que dans les conditions d’accueil des élèves. Pour répondre à ses problématiques, le ministre de l’Éducation a indiqué qu’un « changement structurel » allait avoir lieu afin que les professeurs puissent notamment « mieux accompagner chaque élève ». Enfin, Pap Ndiaye a conclu sa tribune par le rappel d’un principe essentiel dans le système éducatif français : la laïcité. Un énième rappel sans beaucoup d’effet !

Un article du site la voixdesparents fait le tour de la problématique:

Aucune des réformes mises en place jusque-là par les ministres de l’Education nationale successifs n’a réussi à inverser la tendance et il est encore trop tôt pour dire si la dernière en date, la loi sur la refondation de l’école lancée par Vincent Peillon, réussira là où toutes les autres ont échoué. Pourtant, l’enjeu est capital. Car si l’Education nationale ne réussit pas à redresser rapidement la barre, c’est tout le pays qui en subira les conséquences à plus ou moins long terme. Pour la première fois depuis bien longtemps, il semble qu’une vraie prise de conscience émerge. Mais encore faut-il qu’elle se transforme en actes. A voir ce que certains de nos voisins ont réussi à faire, la baisse du niveau des élèves n’est pas une fatalité, mais il faut se donner les moyens d’inverser la tendance.

Jamais, depuis bientôt 15 ans qu’elle existe, l’enquête Pisa n’avait provoqué autant de remous. Certes, la France n’a jamais bien figuré dans ce classement international destiné à comparer les niveaux des élèves des pays de l’OCDE, mais les résultats rendus publics en décembre dernier ont fait l’effet d’une bombe. La dernière vague a montré non seulement un décrochage sans précédent de la France par rapport à nos voisins, mais aussi un accroissement des inégalités entre les élèves jamais vu auparavant (lire encadré). Le choc a été tel que le ministre de l’Education nationale de l’époque, Vincent Peillon, n’a eu d’autre choix que de reconnaître publiquement que les résultats des élèves français étaient « de plus en plus mauvais ». Car Pisa n’est pas la seule enquête à aboutir à un tel constat. En 2011, l’étude internationale Pirls (54 pays participants) montrait déjà que les écoliers en classe de CM1 lisaient moins bien que la moyenne des Européens de leur âge. Elle aussi mettait en avant les inégalités importantes entre les bons élèves et les moins bons.
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Des causes multiples

Si la baisse du niveau des élèves ne fait plus de doute, les raisons de la déroute, elles, font encore l’objet de polémiques. Alors que certains y voient les effets de la mise en place de la semaine de quatre jours en 2008, d’autres pointent plutôt notre système de notation et notre obsession du classement. Pour d’autres encore, les enseignants seraient les seuls responsables de la débâcle. Formation insuffisante, manque de motivation, non-remplacement ou remplacement aléatoire en cas d’absence… Autant de causes qui seraient à l’origine de la plupart des problèmes que rencontrent les élèves.
La difficulté à attirer les enseignants expérimentés dans les établissements difficiles serait aussi une des raisons de la baisse du niveau dans les zones d’éducation prioritaire. Enfin, le contenu des enseignements a lui aussi sa part de responsabilité. La baisse régulière du nombre d’heures de français et de mathématiques au profit d’autres disciplines oblige les enseignants à revoir leurs exigences à la baisse et les programmes sont tellement denses que les professeurs n’ont d’autre choix que de survoler certaines notions.
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Les exigences ont évolué

L’ampleur du retard français doit toutefois être relativisée. Car aussi sérieuses ces études soient-elles, il est toujours délicat de comparer l’école d’aujourd’hui à celle d’il y a 20, 30 ou 40 ans. D’une part parce que la société a changé. Alors que seuls 3 % des élèves atteignaient le bac en 1947, ce sont aujourd’hui 66 % d’une classe d’âge qui décrochent le fameux sésame vers l’enseignement supérieur. D’autre part, les études se basent systématiquement sur des dictées ou des exercices de mathématiques d’il y a 10 ou 20 ans qui ne correspondent plus forcément aux enseignements d’aujourd’hui. Les critères d’évaluation sont aussi devenus plus exigeants. Alors qu’il y a 50 ans il suffisait de lire un texte à haute voix pour être considéré comme lecteur, il faut désormais pouvoir l’aborder silencieusement et en comprendre le sens.

Mais le plus important, c’est qu’en 30 ans, l’école a profondément changé et les priorités d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. « Demandez à un lycéen de situer Napoléon sur une frise ou faites-lui effectuer un calcul mental simple, je ne suis pas sûr que le résultat soit probant », s’interroge à juste titre un parent d’élève sur un forum dédié à l’éducation. Pour de nombreux adultes, le fait de ne pas être capable de lister les chefs-lieux de départements ou de citer les grandes dates de l’Histoire est aussi la preuve que le niveau baisse. Mais c’est oublier que les exigences d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. A côté des fondamentaux du « lire, écrire, compter », les élèves reçoivent des enseignements en éducation civique, en informatique, découvrent des langues étrangères dès leur plus jeune âge, sont initiés aux règles de sécurité routière, etc. On leur demande aussi de développer leur réflexion, de maîtriser diverses méthodologies, de préparer des exposés… Ces enseignements empiètent forcément sur les apprentissages fondamentaux.
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Les résultats tardent à venir

Si la situation est alarmante, elle n’en est pas pour autant désespérée. D’autres pays ont réussi à redresser la barre. Suite à ses mauvais résultats obtenus lors de l’enquête Pisa de 2000, l’Allemagne a modifié en profondeur son système scolaire. Au terme de larges concertations, un service de soutien aux élèves en difficulté a été mis en place, les programmes ont été modifiés et les passerelles entre les filières ont été multipliées.
De son côté, la France compte principalement sur la loi de refondation de l’école, lancée l’année dernière par Vincent Peillon, pour inverser la tendance (lire l’interview de Jean-Paul Delahaye). Mais encore faut-il que les réformes annoncées voient le jour rapidement. Dans un rapport de juin 2013, l’Inspection générale de l’Education nationale (IGEN) pointait déjà les retards pris dans l’application de certaines mesures telles que le dispositif « Plus de maîtres que de classes », l’accueil à l’école des enfants de moins de 3 ans ou encore la refonte des missions et des programmes de l’école maternelle et élémentaire, qui pourraient pourtant aider à améliorer la situation.
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Ecole- Niveau scolaire: la catastrophe

Ecole- Niveau scolaire: la catastrophe

Le niveau scolaire n’est sans doute pas sans lien avec le manque de compétence et de compétitivité de l’économie au travers notamment des difficultés de recrutement de personnel qualifié. Plus les enquêtes se succèdent et moins le doute est permis : quoi qu’en pensent certains, le niveau scolaire ne cesse de baisser. Que ce soit en mathématiques, en lecture ou dans d’autres matières, les élèves français maîtrisent moins bien les fondamentaux que leurs homologues des pays voisins. Une situation qui n’est pas sans lien avec la difficulté de trouver des salariés compétents dans certaines branches notamment dans l’industrie.

Un article du site la voixdesparents

Aucune des réformes mises en place jusque-là par les ministres de l’Education nationale successifs n’a réussi à inverser la tendance et il est encore trop tôt pour dire si la dernière en date, la loi sur la refondation de l’école lancée par Vincent Peillon, réussira là où toutes les autres ont échoué. Pourtant, l’enjeu est capital. Car si l’Education nationale ne réussit pas à redresser rapidement la barre, c’est tout le pays qui en subira les conséquences à plus ou moins long terme. Pour la première fois depuis bien longtemps, il semble qu’une vraie prise de conscience émerge. Mais encore faut-il qu’elle se transforme en actes. A voir ce que certains de nos voisins ont réussi à faire, la baisse du niveau des élèves n’est pas une fatalité, mais il faut se donner les moyens d’inverser la tendance.

Jamais, depuis bientôt 15 ans qu’elle existe, l’enquête Pisa n’avait provoqué autant de remous. Certes, la France n’a jamais bien figuré dans ce classement international destiné à comparer les niveaux des élèves des pays de l’OCDE, mais les résultats rendus publics en décembre dernier ont fait l’effet d’une bombe. La dernière vague a montré non seulement un décrochage sans précédent de la France par rapport à nos voisins, mais aussi un accroissement des inégalités entre les élèves jamais vu auparavant (lire encadré). Le choc a été tel que le ministre de l’Education nationale de l’époque, Vincent Peillon, n’a eu d’autre choix que de reconnaître publiquement que les résultats des élèves français étaient « de plus en plus mauvais ». Car Pisa n’est pas la seule enquête à aboutir à un tel constat. En 2011, l’étude internationale Pirls (54 pays participants) montrait déjà que les écoliers en classe de CM1 lisaient moins bien que la moyenne des Européens de leur âge. Elle aussi mettait en avant les inégalités importantes entre les bons élèves et les moins bons.
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Des causes multiples

Si la baisse du niveau des élèves ne fait plus de doute, les raisons de la déroute, elles, font encore l’objet de polémiques. Alors que certains y voient les effets de la mise en place de la semaine de quatre jours en 2008, d’autres pointent plutôt notre système de notation et notre obsession du classement. Pour d’autres encore, les enseignants seraient les seuls responsables de la débâcle. Formation insuffisante, manque de motivation, non-remplacement ou remplacement aléatoire en cas d’absence… Autant de causes qui seraient à l’origine de la plupart des problèmes que rencontrent les élèves.
La difficulté à attirer les enseignants expérimentés dans les établissements difficiles serait aussi une des raisons de la baisse du niveau dans les zones d’éducation prioritaire. Enfin, le contenu des enseignements a lui aussi sa part de responsabilité. La baisse régulière du nombre d’heures de français et de mathématiques au profit d’autres disciplines oblige les enseignants à revoir leurs exigences à la baisse et les programmes sont tellement denses que les professeurs n’ont d’autre choix que de survoler certaines notions.
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Les exigences ont évolué

L’ampleur du retard français doit toutefois être relativisée. Car aussi sérieuses ces études soient-elles, il est toujours délicat de comparer l’école d’aujourd’hui à celle d’il y a 20, 30 ou 40 ans. D’une part parce que la société a changé. Alors que seuls 3 % des élèves atteignaient le bac en 1947, ce sont aujourd’hui 66 % d’une classe d’âge qui décrochent le fameux sésame vers l’enseignement supérieur. D’autre part, les études se basent systématiquement sur des dictées ou des exercices de mathématiques d’il y a 10 ou 20 ans qui ne correspondent plus forcément aux enseignements d’aujourd’hui. Les critères d’évaluation sont aussi devenus plus exigeants. Alors qu’il y a 50 ans il suffisait de lire un texte à haute voix pour être considéré comme lecteur, il faut désormais pouvoir l’aborder silencieusement et en comprendre le sens.

Mais le plus important, c’est qu’en 30 ans, l’école a profondément changé et les priorités d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. « Demandez à un lycéen de situer Napoléon sur une frise ou faites-lui effectuer un calcul mental simple, je ne suis pas sûr que le résultat soit probant », s’interroge à juste titre un parent d’élève sur un forum dédié à l’éducation. Pour de nombreux adultes, le fait de ne pas être capable de lister les chefs-lieux de départements ou de citer les grandes dates de l’Histoire est aussi la preuve que le niveau baisse. Mais c’est oublier que les exigences d’aujourd’hui ne sont plus celles d’hier. A côté des fondamentaux du « lire, écrire, compter », les élèves reçoivent des enseignements en éducation civique, en informatique, découvrent des langues étrangères dès leur plus jeune âge, sont initiés aux règles de sécurité routière, etc. On leur demande aussi de développer leur réflexion, de maîtriser diverses méthodologies, de préparer des exposés… Ces enseignements empiètent forcément sur les apprentissages fondamentaux.
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Les résultats tardent à venir

Si la situation est alarmante, elle n’en est pas pour autant désespérée. D’autres pays ont réussi à redresser la barre. Suite à ses mauvais résultats obtenus lors de l’enquête Pisa de 2000, l’Allemagne a modifié en profondeur son système scolaire. Au terme de larges concertations, un service de soutien aux élèves en difficulté a été mis en place, les programmes ont été modifiés et les passerelles entre les filières ont été multipliées.
De son côté, la France compte principalement sur la loi de refondation de l’école, lancée l’année dernière par Vincent Peillon, pour inverser la tendance (lire l’interview de Jean-Paul Delahaye). Mais encore faut-il que les réformes annoncées voient le jour rapidement. Dans un rapport de juin 2013, l’Inspection générale de l’Education nationale (IGEN) pointait déjà les retards pris dans l’application de certaines mesures telles que le dispositif « Plus de maîtres que de classes », l’accueil à l’école des enfants de moins de 3 ans ou encore la refonte des missions et des programmes de l’école maternelle et élémentaire, qui pourraient pourtant aider à améliorer la situation.
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Ecole: 55,6 % des collégiens seulement lisent correctement

Ecole: 55,6 % des collégiens seulement lisent correctement

L’évaluation du niveau scolaire montre un nouvel effondrement du français. Rien d’étonnant à cela puisque même la lecture n’est pas maîtrisée par un trop grand nombre d’élèves.

D’après le ministère de l’éducation nationale, selon les tests de fluence qui mesurent la capacité des élèves à lire correctement un texte à voix haute, seuls 55,6 % des élèves de 6e atteignent un niveau satisfaisant. Surtout, 15 % n’ont pas le niveau d’un élève de CE2. En éducation prioritaire renforcée, seuls 39,6 % des élèves atteignent un niveau satisfaisant, mais ils progressent plus vite que les autres élèves, rassure le ministère (+3,8 points en un an). « C’est dans les établissements où on a le plus d’élèves en difficulté qu’on observe les plus belles performances ».

Il faut noter qu’il y a une cinquantaine d’années, le nombre d’élèves était plus proche de 40 que de la moyenne de 25 élèves par classe aujourd’hui. Autre époque, autre méthode, avec aussi une autre compétence, une autre pédagogie et une autre autorité des maîtres.

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Globalement, les résultats en français ont baissé de 4 points en un an. Le ministère assure ne pas avoir « d’explication catégorique », tout en évoquant la vague de Covid de janvier et février 2021 et les perturbations qu’elle avait provoquée dans les classes. L’Education nationale souligne aussi qu’en français, le nombre d’élèves parmi les plus forts est en hausse, avec 18,3 % de collégiens qui se rangent dans cette catégorie en 2022, contre 15,6 % en 2017. Le nombre d’élèves parmi les moins performants a aussi baissé de 31,8 % en 2017 à 27 % en 2022.

Pour les collégiens entrés en 6e en septembre, les évaluations nationales révèlent donc des résultats inégaux selon les compétences testées. Les pistes d’amélioration plaident pour le sur-mesure, à l’image de l’expérimentation menée dans l’académie d’Amiens .Cette mise en évidence des résultats inégaux constituent en creux une forte critique du collège unique facteur d’abaissement du niveau de connaissances.

Le ministère de l’Education nationale a aussi publié le résultat des évaluations pour les élèves de CP et de CE1. En mathématiques, le ministère se réjouit de « gagner chaque année 2 ou 3 points de maîtrise dans les opérations de soustraction » à l’entrée en CE1.

Il se félicite de « la poursuite sensible de la réduction des écarts entre les élèves de l’éducation prioritaire renforcée (REP +) et ceux hors éducation prioritaire ». Et y voit les « premiers effets positifs des dédoublements de grande section en REP + ». « Jamais un élève de REP+, depuis quatre ans, n’a eu d’aussi bons résultats, que ce soit en CP, en CE1 ou en 6e », se félicite Edouard Geffray.

En CE1, les résultats globaux des évaluations sont en baisse en français par rapport à 2021. Le ministère évoque un lien « très probable » avec la situation sanitaire des mois de janvier et février. Ces élèves étaient l’an dernier en CP à « un moment charnière pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ».

Ecole: pourquoi la baisse générale de niveau ?

Ecole: pourquoi la baisse générale de niveau ?

«Ne nous racontons pas d’histoire : le niveau des élèves baisse parce que celui des enseignants baisse. Dès lors, comment pourraient-ils propager une exigence qu’ils n’incarnent plus ?», dénonce le député LR du Rhône, Alexandre Portier

• Le gouvernement a tranché : ni le budget de l’enseignement scolaire, ni celui de l’enseignement supérieur et la recherche ne seront examinés par les députés. Le 49.3 a rayé d’un trait de plume le débat sur les premier et quatrième postes budgétaires de l’Etat. Au total, plus de 100 milliards d’euros de crédits. Comment comprendre qu’on ne puisse plus parler de l’avenir de nos enfants à l’Assemblée nationale ? Sur la forme comme sur le fond, l’éducation est une fois de plus la grande sacrifiée.

• L’arrachage à la Pyrrhus du budget 2023 ne marque rien d’autre que la victoire des technos et des comptables. L’argumentaire n’est plus réduit qu’à un point : la hausse du budget. Mais depuis quand l’enseignement se résume-t-il à un budget ? Peut-on parler du budget sans parler d’abord du projet ?

• Oui, le budget 2023 prévoit une hausse des salaires des enseignants. C’est bien, et c’est juste : il n’est pas acceptable que ceux qui forment les futures générations commencent leur carrière à 1450 euros net après un Bac+5. C’était pourtant le cas de celui qui venait d’avoir un CAPES. L’effort et le travail doivent payer. Et l’on doit d’abord l’assumer dans le cœur même de la méritocratie républicaine : l’Ecole.

• Problème : la revalorisation « inconditionnelle » promise par le candidat Macron ne sera pas tenue, et pas maintenant. Les hausses n’entreront en vigueur qu’à la rentrée 2023. Nous sommes loin des 2 000 euros net annoncés. Loin du « choc d’attractivité » annoncé par le ministre Pap Ndiaye. La douche est froide, très froide, trop froide pour réchauffer le cœur de troupes qui en ont pourtant bien besoin.

• Car on n’arrêtera pas l’hémorragie avec des pansements. 4 000 postes sur 27 000 étaient non pourvus à l’issue des concours 2022. Nos cerveaux fuient l’enseignement. La France découvre en cette rentrée que le ministère recrute désormais en catastrophe par « job dating ». Inquiets, les parents voient leurs enfants confiés à des contractuels « formés » en quatre jours – une impréparation que regrettent les contractuels eux-mêmes. Stupéfaits, les enseignants écoutent un recteur d’académie expliquer au ministre prioriser l’affectation des contractuels (non formés et qui ont parfois échoué au concours) pour les fidéliser au détriment des titulaires (sélectionnés et formés). C’est le monde à l’envers.

• Etagère. A le faire une fois, on peut – sans fierté – sauver une rentrée. A le faire durant cinq ans, on saccage de fond en comble le recrutement même de l’Education nationale. Pendant ce temps, le niveau baisse. Années après années, le classement PISA confirme cette tendance : l’Ecole est devenue incapable d’assurer la transmission des savoirs fondamentaux, et ne parvient pas à remédier à l’effondrement de la maîtrise de notre propre langue : un tiers des élèves maîtrise mal la lecture et l’écriture à la fin du CM2. Le rapport Villani a été sagement posé sur une étagère : en mathématiques, on assiste ces dernières années aux errements incompréhensibles sur leur suppression puis leur retour en Terminale.

• « Le niveau des élèves baisse parce que celui des enseignants baisse. Dès lors, comment pourraient-ils propager une exigence qu’ils n’incarnent plus ? »

• Alors, ne nous racontons pas d’histoire : le niveau des élèves baisse parce que celui des enseignants baisse. Dès lors, comment pourraient-ils propager une exigence qu’ils n’incarnent plus ? Il ne s’agit pas que de rémunération, mais d’abord de reconnaissance : les enseignants vivent depuis plusieurs décennies un déclassement social : seuls 4% d’entre eux estiment leur métier valorisé par la société. Un quart doute de la voie professionnelle qu’ils ont choisie. Avant de parler chiffres, il nous faut parler humain.

• Car l’Ecole n’est pas une grande garderie. Elle n’a pas vocation à se soumettre aux pressions extérieures ni à se plier en quatre pour répondre aux desiderata de chacun. L’Ecole, ce n’est pas « venez comme vous êtes ». Comment former efficacement et avec exigence, et comment transmettre nos valeurs républicaines dans une Ecole laissée au bon vouloir de chacun ?
• L’Ecole n’est rien sans l’autorité de l’enseignant, autorité trop souvent bafouée par les élèves, trop souvent remise en cause par les parents, trop peu souvent soutenue par la hiérarchie. « Un problème ? Pas de vague », dénonçait déjà le député Patrick Hetzel en 2018. Isolés dans leur pratique, peu d’enseignants croient encore au soutien de l’institution en cas de difficulté. D’où le délit d’entrave à la fonction d’enseignant salutairement inscrit dans la loi en 2021 sous l’impulsion de notre collègue Annie Genevard : il faut maintenant que l’Etat la fasse respecter et sanctionne les manquements.

• Malaise. La loi de 2004 sur l’interdiction du voile est aujourd’hui battue en brèche sur le Net par des influenceurs islamistes qui expliquent aux jeunes filles comment la contourner. Ce n’est pas un fantasme : à l’extérieur, nombre de filles se voilent dès les grilles de l’établissement franchies. A l’intérieur, les abayas s’installent dans le paysage. Qui peut croire qu’un simple référent en charge de la laïcité par académie peut répondre à la solitude d’enseignants confrontés à des familles pour lesquelles le port d’une tenue manifestant clairement l’appartenance religieuse de l’élève n’est pas négociable ?

• L’Ecole n’a pas le choix, la République doit repasser à l’offensive. Parce qu’il est difficile de prévoir le sens que les individus vont attribuer à un vêtement, et qu’il y aurait aussi d’ailleurs long à dire sur le raccourcissement progressif d’un certain nombre de tenues, l’uniforme est la voie la plus efficace pour lutter aussi bien contre les influences consuméristes que religieuses qui conflictualisent inutilement l’Ecole. C’est tout le sens de la proposition de loi aujourd’hui déposée par notre collègue Eric Ciotti.

• « Le 49.3 ne masquera pas le plus troublant, à savoir que le projet de l’Education nationale est devenu illisible. Sport, valeurs de la République, inclusion, égalité filles-garçons, lutte contre le harcèlement scolaire ou le fondamentalisme, etc., l’Ecole fait assurément un peu de tout, mais le fait-elle bien ? »

• Dans l’indifférence, les conditions de travail se dégradent rapidement. Signe du malaise, les démissions des enseignants stagiaires ont été multipliées par quatre en 8 ans. Pourtant, le gouvernement a balayé nos amendements visant à rendre la visite médicale obligatoire tous les trois ans pour les jeunes enseignants de moins de 30 ans, tout comme pour les plus de 50 ans, période où peuvent apparaître de nouveaux problèmes de santé liés à l’usure. Les enseignants ne voient souvent le médecin du travail qu’une fois dans leur carrière : comment dans ce cas déceler et prévenir l’isolement d’enseignants fragilisés ?

• Quid des infirmiers et des assistants de service social dont le malaise est profond ? Quid des 130 000 AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) contraints d’évoluer dans des situations de précarité indignes ? 4000 nouveaux postes sont annoncés, mais les chiffres de prise en charge des enfants masquent des réalités de terrain moins réjouissantes. A 800 euros par mois, les AESH sont de plus en plus mutualisés, en charge de plusieurs enfants, et parfois à cheval sur plusieurs établissements. Fruit d’un consensus transpartisan et adopté contre l’avis du gouvernement, notre amendement visant à garantir une prise en charge de tous les frais de déplacements des AESH a malheureusement lui aussi été effacé du budget retenu par le gouvernement lors du 49.3.
• Systèmique. Ce n’est pas la seule chose que le 49.3 dissimulera. Il masquera le plus troublant, à savoir que le projet de l’Education nationale est devenu illisible. Sport, valeurs de la République, inclusion, égalité filles-garçons, lutte contre le harcèlement scolaire ou le fondamentalisme, etc., l’Ecole fait assurément un peu de tout, mais le fait-elle bien ? Est-ce aux enseignants, aux professeurs des écoles, aux directeurs, de porter tous ces projets, de se substituer aux parents défaillants, de répondre à tous les maux de la société, lessivant des hommes et des femmes qui ne retrouvent plus le sens de leur métier ?

• Ce n’est pas le « fonds d’innovation pédagogique », énième saupoudrage de 500 millions d’euros pour développer des initiatives locales, qui pourra masquer l’effondrement systémique de l’Éducation nationale qui prive aujourd’hui des millions de jeunes Français de l’accès à la promotion sociale. Cette promesse est pourtant au cœur du pacte républicain. Au tournant du mois de novembre, le 49.3 est devenu le triste cache-misère de cet effondrement. Car oui, tous les problèmes ne se résolvent pas par les moyens matériels et financiers. Il faut d’abord un projet, une stratégie, un cap. Ce budget 2023 n’en a pas. D’où sans doute l’empressement du gouvernement à tenter de le cacher sans y parvenir.

• Alexandre Portier est député LR du Rhône. Membre du Conseil supérieur des programmes, il est professeur de philosophie, dipl

Ecole: 55,6 % des collégiens seulement lisent correctement

Ecole: 55,6 % des collégiens seulement lisent correctement

L’évaluation du niveau scolaire montre un nouvel effondrement du français. Rien d’étonnant à cela puisque même la lecture n’est pas maîtrisée par un trop grand nombre d’élèves.

D’après le ministère de l’éducation nationale, selon les tests de fluence qui mesurent la capacité des élèves à lire correctement un texte à voix haute, seuls 55,6 % des élèves de 6e atteignent un niveau satisfaisant. Surtout, 15 % n’ont pas le niveau d’un élève de CE2. En éducation prioritaire renforcée, seuls 39,6 % des élèves atteignent un niveau satisfaisant, mais ils progressent plus vite que les autres élèves, rassure le ministère (+3,8 points en un an). « C’est dans les établissements où on a le plus d’élèves en difficulté qu’on observe les plus belles performances ».

Il faut noter qu’il y a une cinquantaine d’années, le nombre d’élèves était plus proche de 40 que de la moyenne de 25 élèves par classe aujourd’hui. Autre époque, autre méthode, avec aussi une autre compétence, une autre pédagogie et une autre autorité des maîtres.

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Globalement, les résultats en français ont baissé de 4 points en un an. Le ministère assure ne pas avoir « d’explication catégorique », tout en évoquant la vague de Covid de janvier et février 2021 et les perturbations qu’elle avait provoquée dans les classes. L’Education nationale souligne aussi qu’en français, le nombre d’élèves parmi les plus forts est en hausse, avec 18,3 % de collégiens qui se rangent dans cette catégorie en 2022, contre 15,6 % en 2017. Le nombre d’élèves parmi les moins performants a aussi baissé de 31,8 % en 2017 à 27 % en 2022.

Pour les collégiens entrés en 6e en septembre, les évaluations nationales révèlent donc des résultats inégaux selon les compétences testées. Les pistes d’amélioration plaident pour le sur-mesure, à l’image de l’expérimentation menée dans l’académie d’Amiens .Cette mise en évidence des résultats inégaux constituent en creux une forte critique du collège unique facteur d’abaissement du niveau de connaissances.

Le ministère de l’Education nationale a aussi publié le résultat des évaluations pour les élèves de CP et de CE1. En mathématiques, le ministère se réjouit de « gagner chaque année 2 ou 3 points de maîtrise dans les opérations de soustraction » à l’entrée en CE1.

Il se félicite de « la poursuite sensible de la réduction des écarts entre les élèves de l’éducation prioritaire renforcée (REP +) et ceux hors éducation prioritaire ». Et y voit les « premiers effets positifs des dédoublements de grande section en REP + ». « Jamais un élève de REP+, depuis quatre ans, n’a eu d’aussi bons résultats, que ce soit en CP, en CE1 ou en 6e », se félicite Edouard Geffray.

En CE1, les résultats globaux des évaluations sont en baisse en français par rapport à 2021. Le ministère évoque un lien « très probable » avec la situation sanitaire des mois de janvier et février. Ces élèves étaient l’an dernier en CP à « un moment charnière pour l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ».

Ecole: pourquoi la baisse générale de niveau ?

Ecole: pourquoi la baisse générale de niveau ?

«Ne nous racontons pas d’histoire : le niveau des élèves baisse parce que celui des enseignants baisse. Dès lors, comment pourraient-ils propager une exigence qu’ils n’incarnent plus ?», dénonce le député LR du Rhône, Alexandre Portier

• Le gouvernement a tranché : ni le budget de l’enseignement scolaire, ni celui de l’enseignement supérieur et la recherche ne seront examinés par les députés. Le 49.3 a rayé d’un trait de plume le débat sur les premier et quatrième postes budgétaires de l’Etat. Au total, plus de 100 milliards d’euros de crédits. Comment comprendre qu’on ne puisse plus parler de l’avenir de nos enfants à l’Assemblée nationale ? Sur la forme comme sur le fond, l’éducation est une fois de plus la grande sacrifiée.

• L’arrachage à la Pyrrhus du budget 2023 ne marque rien d’autre que la victoire des technos et des comptables. L’argumentaire n’est plus réduit qu’à un point : la hausse du budget. Mais depuis quand l’enseignement se résume-t-il à un budget ? Peut-on parler du budget sans parler d’abord du projet ?

• Oui, le budget 2023 prévoit une hausse des salaires des enseignants. C’est bien, et c’est juste : il n’est pas acceptable que ceux qui forment les futures générations commencent leur carrière à 1450 euros net après un Bac+5. C’était pourtant le cas de celui qui venait d’avoir un CAPES. L’effort et le travail doivent payer. Et l’on doit d’abord l’assumer dans le cœur même de la méritocratie républicaine : l’Ecole.

• Problème : la revalorisation « inconditionnelle » promise par le candidat Macron ne sera pas tenue, et pas maintenant. Les hausses n’entreront en vigueur qu’à la rentrée 2023. Nous sommes loin des 2 000 euros net annoncés. Loin du « choc d’attractivité » annoncé par le ministre Pap Ndiaye. La douche est froide, très froide, trop froide pour réchauffer le cœur de troupes qui en ont pourtant bien besoin.

• Car on n’arrêtera pas l’hémorragie avec des pansements. 4 000 postes sur 27 000 étaient non pourvus à l’issue des concours 2022. Nos cerveaux fuient l’enseignement. La France découvre en cette rentrée que le ministère recrute désormais en catastrophe par « job dating ». Inquiets, les parents voient leurs enfants confiés à des contractuels « formés » en quatre jours – une impréparation que regrettent les contractuels eux-mêmes. Stupéfaits, les enseignants écoutent un recteur d’académie expliquer au ministre prioriser l’affectation des contractuels (non formés et qui ont parfois échoué au concours) pour les fidéliser au détriment des titulaires (sélectionnés et formés). C’est le monde à l’envers.

• Etagère. A le faire une fois, on peut – sans fierté – sauver une rentrée. A le faire durant cinq ans, on saccage de fond en comble le recrutement même de l’Education nationale. Pendant ce temps, le niveau baisse. Années après années, le classement PISA confirme cette tendance : l’Ecole est devenue incapable d’assurer la transmission des savoirs fondamentaux, et ne parvient pas à remédier à l’effondrement de la maîtrise de notre propre langue : un tiers des élèves maîtrise mal la lecture et l’écriture à la fin du CM2. Le rapport Villani a été sagement posé sur une étagère : en mathématiques, on assiste ces dernières années aux errements incompréhensibles sur leur suppression puis leur retour en Terminale.

• « Le niveau des élèves baisse parce que celui des enseignants baisse. Dès lors, comment pourraient-ils propager une exigence qu’ils n’incarnent plus ? »

• Alors, ne nous racontons pas d’histoire : le niveau des élèves baisse parce que celui des enseignants baisse. Dès lors, comment pourraient-ils propager une exigence qu’ils n’incarnent plus ? Il ne s’agit pas que de rémunération, mais d’abord de reconnaissance : les enseignants vivent depuis plusieurs décennies un déclassement social : seuls 4% d’entre eux estiment leur métier valorisé par la société. Un quart doute de la voie professionnelle qu’ils ont choisie. Avant de parler chiffres, il nous faut parler humain.

• Car l’Ecole n’est pas une grande garderie. Elle n’a pas vocation à se soumettre aux pressions extérieures ni à se plier en quatre pour répondre aux desiderata de chacun. L’Ecole, ce n’est pas « venez comme vous êtes ». Comment former efficacement et avec exigence, et comment transmettre nos valeurs républicaines dans une Ecole laissée au bon vouloir de chacun ?
• L’Ecole n’est rien sans l’autorité de l’enseignant, autorité trop souvent bafouée par les élèves, trop souvent remise en cause par les parents, trop peu souvent soutenue par la hiérarchie. « Un problème ? Pas de vague », dénonçait déjà le député Patrick Hetzel en 2018. Isolés dans leur pratique, peu d’enseignants croient encore au soutien de l’institution en cas de difficulté. D’où le délit d’entrave à la fonction d’enseignant salutairement inscrit dans la loi en 2021 sous l’impulsion de notre collègue Annie Genevard : il faut maintenant que l’Etat la fasse respecter et sanctionne les manquements.

• Malaise. La loi de 2004 sur l’interdiction du voile est aujourd’hui battue en brèche sur le Net par des influenceurs islamistes qui expliquent aux jeunes filles comment la contourner. Ce n’est pas un fantasme : à l’extérieur, nombre de filles se voilent dès les grilles de l’établissement franchies. A l’intérieur, les abayas s’installent dans le paysage. Qui peut croire qu’un simple référent en charge de la laïcité par académie peut répondre à la solitude d’enseignants confrontés à des familles pour lesquelles le port d’une tenue manifestant clairement l’appartenance religieuse de l’élève n’est pas négociable ?

• L’Ecole n’a pas le choix, la République doit repasser à l’offensive. Parce qu’il est difficile de prévoir le sens que les individus vont attribuer à un vêtement, et qu’il y aurait aussi d’ailleurs long à dire sur le raccourcissement progressif d’un certain nombre de tenues, l’uniforme est la voie la plus efficace pour lutter aussi bien contre les influences consuméristes que religieuses qui conflictualisent inutilement l’Ecole. C’est tout le sens de la proposition de loi aujourd’hui déposée par notre collègue Eric Ciotti.

• « Le 49.3 ne masquera pas le plus troublant, à savoir que le projet de l’Education nationale est devenu illisible. Sport, valeurs de la République, inclusion, égalité filles-garçons, lutte contre le harcèlement scolaire ou le fondamentalisme, etc., l’Ecole fait assurément un peu de tout, mais le fait-elle bien ? »

• Dans l’indifférence, les conditions de travail se dégradent rapidement. Signe du malaise, les démissions des enseignants stagiaires ont été multipliées par quatre en 8 ans. Pourtant, le gouvernement a balayé nos amendements visant à rendre la visite médicale obligatoire tous les trois ans pour les jeunes enseignants de moins de 30 ans, tout comme pour les plus de 50 ans, période où peuvent apparaître de nouveaux problèmes de santé liés à l’usure. Les enseignants ne voient souvent le médecin du travail qu’une fois dans leur carrière : comment dans ce cas déceler et prévenir l’isolement d’enseignants fragilisés ?

• Quid des infirmiers et des assistants de service social dont le malaise est profond ? Quid des 130 000 AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap) contraints d’évoluer dans des situations de précarité indignes ? 4000 nouveaux postes sont annoncés, mais les chiffres de prise en charge des enfants masquent des réalités de terrain moins réjouissantes. A 800 euros par mois, les AESH sont de plus en plus mutualisés, en charge de plusieurs enfants, et parfois à cheval sur plusieurs établissements. Fruit d’un consensus transpartisan et adopté contre l’avis du gouvernement, notre amendement visant à garantir une prise en charge de tous les frais de déplacements des AESH a malheureusement lui aussi été effacé du budget retenu par le gouvernement lors du 49.3.
• Systèmique. Ce n’est pas la seule chose que le 49.3 dissimulera. Il masquera le plus troublant, à savoir que le projet de l’Education nationale est devenu illisible. Sport, valeurs de la République, inclusion, égalité filles-garçons, lutte contre le harcèlement scolaire ou le fondamentalisme, etc., l’Ecole fait assurément un peu de tout, mais le fait-elle bien ? Est-ce aux enseignants, aux professeurs des écoles, aux directeurs, de porter tous ces projets, de se substituer aux parents défaillants, de répondre à tous les maux de la société, lessivant des hommes et des femmes qui ne retrouvent plus le sens de leur métier ?

• Ce n’est pas le « fonds d’innovation pédagogique », énième saupoudrage de 500 millions d’euros pour développer des initiatives locales, qui pourra masquer l’effondrement systémique de l’Éducation nationale qui prive aujourd’hui des millions de jeunes Français de l’accès à la promotion sociale. Cette promesse est pourtant au cœur du pacte républicain. Au tournant du mois de novembre, le 49.3 est devenu le triste cache-misère de cet effondrement. Car oui, tous les problèmes ne se résolvent pas par les moyens matériels et financiers. Il faut d’abord un projet, une stratégie, un cap. Ce budget 2023 n’en a pas. D’où sans doute l’empressement du gouvernement à tenter de le cacher sans y parvenir.

• Alexandre Portier est député LR du Rhône. Membre du Conseil supérieur des programmes, il est professeur de philosophie, diplômé de l’ENS Ulm.
(dans l’Opinion)

Pas seulement un déficit en mathématiques aussi en français

Ecole: Pas seulement un déficit en mathématiques aussi en français

La question de la réintégration des mathématiques en première est très discutée. – « La situation des mathématiques est très préoccupante, elle sera catastrophique si nous ne faisons rien », avait averti le président du CNRS. En réalité , c’est tout au long des études scolaires que la France est en retard non seulement en mathématiques mais aussi en Français d’après les observatoires internationaux. ( classement PISA en particulier). Du coup, ces classements sont contestés par certains enseignants.

L’opération d’évaluation du niveau scolaire a encore été contestée par les syndicats d’enseignants. Il est clair que la crise sanitaire a pu avoir des effets qui pèseront de façon négative sur les résultats mais plus fondamentalement les enseignants n’apprécient pas le principe d’évaluation. Cela d’autant plus que les classements mondiaux montrent une détérioration du système d’enseignement français. Majoritaire dans le second degré, le Snes craint aussi des «évaluations standardisées généralisées», qui reviendraient à évaluer «aussi les enseignants». Observons d’ailleurs la même réticence dans la plupart des services publics. Les services de l’État n’aiment pas être évalués.

En 2019, plus de 27% des élèves de CE1 n’arrivaient pas à lire plus de 30 mots dans une liste donnée. Et seuls 24% et 10% d’entre eux réussissaient respectivement l’ensemble des additions et des soustractions données. Avec des écarts selon les milieux sociaux. Dans l’éducation prioritaire, 62% des élèves lisaient «de manière satisfaisante», contre 72% hors éducation prioritaire. Un constat inquiétant quand on sait que la lecture assoit l’ensemble des apprentissages. En 2019, toujours, 17% des élèves arrivaient au collège sans maîtriser correctement le français. Une proportion qui grimpait à 37% dans l’éducation prioritaire renforcée.

Dès lors, il ne faut pas s’étonner de la faiblesse également en mathématiques si un certain nombre d’élèves ne sont même pas en capacité de comprendre les énoncés.

École : retour des maths en première

École : retour des maths en première.

Dans le dernier classement PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis) de 2019, en termes de compétences en mathématiques, les élèves français se situent à la 23è position des 79 pays évalués. Un quart des élèves n’a pas le niveau attendu en mathématiques à l’issue de la classe de troisième, selon le ministère de l’Education nationale, Avec des conséquences pour la suite des études.

Par ailleurs, les experts avaient dénoncé une réforme vecteur d’inégalités sociales dans un communiqué publié au début de l’année 2022. « C’est la moindre diversité des parcours de mathématiques et leur élitisme assumé par le ministère qui sont en partie responsables de la baisse des effectifs et de l’augmentation des inégalités, car ils élèvent des barrages, filtrant en particulier les filles et les élèves qui ne sont pas issus des milieux très favorisés », écrivaient-elles.

Face à ces multiples critiques, « le ministre revient sur le lycée Banquer de manière un peu forcée », estime la secrétaire générale du SNES-FSU, Sophie Vénétitay. « Mais il reste des questions: y aura-t-il suffisamment de professeurs? Quelle articulation entre première et terminale? Et rien n’est dit des programmes ».

Ecole : les maths pas à la hauteur des enjeux

Ecole : les maths pas à la hauteur des enjeux

Le ministre de l’éducation revient sur sa décision de supprimer les maths en première après les très nombreuses prises de position sur le faible niveau des maths dans l’enseignement.Les futurs programmes de mathématiques de tronc commun ne sont pas à la hauteur de l’enjeu, qui était de restaurer des « maths pour tous » en 1re, alors que la réforme du lycée avait vu leur suppression, critique, dans une tribune au « Monde », la professeure des universités Nathalie Sayac.

L’enseignement des mathématiques s’inscrit dans une histoire éducative nationale qui a amené cette discipline à occuper une place de plus en plus prépondérante dans le système scolaire français. Les mathématiques sont aujourd’hui souvent perçues comme une discipline qui sélectionne les élèves et s’impose comme un choix incontournable pour la poursuite d’études dans des filières d’excellence.

La réforme du baccalauréat portée par Jean-Michel Blanquer a visé à mettre fin au système des séries mis en place en 1994, qui voyait bon nombre d’élèves choisir la série S, non pas parce qu’ils ou elles souhaitaient entamer des études scientifiques, mais parce que cette série s’était imposée comme « voie royale », permettant l’accès à toutes les poursuites d’études dans l’enseignement supérieur, bien au-delà des filières scientifiques. Ce détournement de la série S a, peu à peu, abouti à la baisse générale du niveau en mathématiques des élèves français, avec de multiples conséquences préjudiciables, tant au niveau scientifique que professionnel. Il fallait faire des maths à tout prix, « quoi qu’il en coûte », selon une formule d’actualité.

La nouvelle organisation des enseignements au lycée mise en place à la rentrée 2018 pour toutes les classes de seconde (un tronc commun d’enseignements, complété par un système de spécialités – trois en première, deux en terminale – et d’options facultatives) a été pensée pour « mieux accompagner les élèves dans la construction de leur projet d’orientation et pour améliorer la réussite dans l’enseignement supérieur ». Elle a impliqué un enseignement des mathématiques à géométrie variable à partir de la première, allant de zéro à trois heures (option mathématiques complémentaires), six heures (spécialité mathématiques) ou neuf heures (spécialité mathématiques + option mathématiques complémentaires).

Cette nouvelle organisation a généré une série de disparités dénoncées par de nombreuses sociétés savantes et d’associations concernées par le sujet : des disparités de genre (des enseignements de spécialités ou d’options moins choisis par les filles), des disparités d’origine sociale (68 % des élèves d’origine sociale très favorisée font des mathématiques en terminale contre seulement 50 % des élèves d’origine sociale défavorisée) et des disparités territoriales dans l’offre de spécialités ou d’options.

Même si les chiffres ne concernent qu’une seule cohorte d’élèves du fait du temps de déploiement de la réforme, ils sont inquiétants et ils imposent un réajustement. Le comité mathématiques mis en place en février, auquel j’ai participé en tant que didacticienne des mathématiques impliquée dans la formation des enseignants, a eu pour mission de s’emparer de ce problème et de proposer des pistes de solutions. Il a produit un rapport, remis le 18 mars, soit au premier jour de la période de réserve électorale en vue de la présidentielle d’avril.

Ecole: La méthode globale qui tue l’apprentissage de la lecture


Ecole: La méthode globale qui tue l’apprentissage de la lecture

On aurait pu imaginer que la méthode de la lecture globale très à la mode il y a 50 ans avait disparu des pédagogies pour l’apprentissage de la lecture. Rien n’y fait car cette pédagogie qui consiste essentiellement à photographier les mots au lieu de distinguer chaque syllabe est toujours en vigueur dans des ouvrages scolaires.

Une véritable catastrophe pour l’enseignement de la langue car la lecture est le premier exercice d’apprentissage des savoirs fondamentaux.

Résultat, la France et dans le fond des classements pour la maîtrise de la langue comme d’ailleurs pour l’apprentissage des mathématiques.

Pour se persuader de la véritable dégringolade de maîtrise de la langue, il suffit par exemple de lire les commentaires des lecteurs des sites Internet : un véritable naufrage avec une faute toutes les lignes ou presque y compris pour les médias les plus sérieux et dont on suppose que les lecteurs sont les plus cultivés.

Le conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN), mis en place en 2018 par le prédécesseur de Pap Ndiaye, Jean-Michel Blanquer, constate, dans une note de deux pages publiée en octobre, que «les méthodes et manuels (de lecture) efficaces continuent d’être parmi les moins utilisés» par les enseignants. En d’autres termes, la méthode dite «mixte», alliant la fameuse méthode «globale», très en vogue dans les années 1970 – basée sur la reconnaissance automatique des mots sans forcément les déchiffrer -, et la méthode syllabique, reste bel et bien utilisée dans les classes. Des pédagogies «totalement inacceptables», assène le conseil scientifique.

«La lecture est l’un des apprentissages fondamentaux sur lesquels s’appuie toute la scolarité. C’est aussi un des domaines dans lesquels les données scientifiques sont relativement unanimes.

Ecole : Comment éviter le naufrage ?

Ecole : Comment éviter le naufrage ? 

 Les élèves français peinent à acquérir les savoirs fondamentaux, comme en témoignent les classements PISA de la France, et l’école de la République n’arrive plus à tenir sa promesse d’égalité des chances, socle de notre République. Professeurs en colère, parents inquiets, système éducatif qui semble péricliter… Comment éviter le naufrage annoncé ? Par Sandrine Dirani, PDG de Zeneduc. (La tribune)

 

Qui dit attractivité de notre école dit nécessairement revalorisation du métier d’enseignant. La hausse des salaires annoncée par notre ministre de l’Education, Pap Ndiaye, est certes un prérequis indispensable mais elle ne sera pas suffisante pour stopper l’hémorragie des professeurs qui quittent le navire et pour pourvoir les postes vacants.

Les enseignants sont également en quête d’une vraie reconnaissance de la hiérarchie à la hauteur de leur engagement et d’un accompagnement concret pour les aider à exprimer leur vocation : un mentorat de terrain des jeunes professeurs qui débutent leur carrière dans les établissements les plus difficiles, une meilleure formation sur les neurosciences, les aspects pédagogiques de la gestion de la classe et de l’hétérogénéité des élèves, une liberté pédagogique pour promouvoir l’innovation dans l’acquisition des savoirs fondamentaux, un meilleur dialogue avec les familles pour définir les rôles respectifs entre parents et école dans l’éducation des enfants, … Nombreuses sont les pistes à explorer pour répondre au malaise du corps professoral.

L’école de la république ne parvient plus à éviter la reproduction sociale. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les enfants d’ouvriers représentent 12% des élèves du supérieur et le tableau est encore plus sombre si, aux inégalités socio-économiques, on rajoute celles d’origine territoriale. La France est le règne de l’entre-soi : trois lycées (Sainte Geneviève, Louis le Grand et Stanislas) remplissent à eux-seuls plus de la moitié des promotions de Polytechnique !

Outre le fait que cela renforce les inégalités en créant une France à double vitesse, cet élitisme forcené tend à creuser sa propre tombe à force de consanguinité et d’inertie. Là encore, ce ne sont pas les pistes de réflexion qui manquent et notamment le renforcement du dédoublement des classes en zone prioritaire, l’attribution de primes et logements de fonction pour attirer les enseignants les mieux formés vers les zones défavorisées et la substitution de la notion d’équité à celle d’égalité des chances (aide aux devoirs, embauches d’assistantes sociales, révision des seuils de bourses pour l’enseignement secondaire).

La France survalorise ses diplômes et ses élites au détriment d’une meilleure intégration entre le marché du travail et les apprentissages ou d’une revalorisation nécessaire des métiers techniques ou manuels.

Il est grand temps que cela change ! Non un diplôme, une filière, un premier emploi ne devrait pas conditionner toute une vie. Créons des passerelles, libérons les énergies, permettons à notre jeunesse de tenter, d’échouer, de se relever, d’apprendre, de progresser à tout âge.

Notre société ne cesse de parler de soft skills et pourtant, qu’est-il fait concrètement pour que nos jeunes apprennent à se connaître, découvrent leurs talents, se posent la question de leurs rêves et de leurs aspirations pour trouver une voie où ils pourraient véritablement s’épanouir et se réaliser ? Je pense qu’il est indispensable qu’ils se posent la question de leur orientation et de leurs intérêts bien plus tôt et au sein même de l’école qui devrait les préparer bien plus largement à leur vie professionnelle, en collaboration avec les entreprises.

Le pessimisme ne sert à rien. Seule l’action nous permettra de redéfinir un nouveau contrat social et de renouer avec les valeurs républicaines de notre école. Tous les citoyens pourront, ainsi, croire à nouveau en sa capacité à leur assurer un avenir.

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(*) Sandrine Dirani est conférencière et autrice de « Aider son enfant à surmonter ses colères » – Hatier, « Ton meilleur atout, c’est toi ! » – de Boeck Supérieur et « Je maîtrise l’orthographe » (à paraître en janvier 2023).

École : introduire le concept d’incertitude dans les programmes ?

École : introduire le concept d’incertitude dans les programmes ?

 

 

Le spécialiste d’éducation comparée Roger-François Gauthier plaide, dans une tribune au « Monde », pour l’ouverture de l’école aux incertitudes collectives de notre temps, du devenir climatique à la rencontre avec autrui.

Une préoccupation utile et souhaitable mais en   l’état de l’école en général la priorité est peut-être de centrer les efforts sur l’acquisition des savoirs fondamentaux NDLR

 

 

Dans les médias comme en librairie, l’incertitude s’impose en ce moment. Non sans motifs, d’ailleurs. L’ENS-Ulm a même organisé, le 9 septembre, une riche « nuit de l’incertitude », qui proposait de couvrir autour de ce thème les domaines les plus variés du savoir, mais aussi de l’action politique. Deux focales, très souvent : l’évocation d’un certain nombre d’incertitudes qui semblent s’imposer à partir des questions du climat, de la « postvérité », de la démocratie ou encore de la paix, mais aussi une réflexion sur les discours mêmes relatifs à l’incertitude. Est-elle tout entière à percevoir négativement ? Est-elle si caractéristique de notre temps ou n’était-elle pas plus flagrante à d’autres époques ? Est-elle semblablement perçue selon les latitudes et les appartenances sociales et culturelles ?

Or, il est un lien qui n’est généralement pas fait : personne ou presque ne s’étonne de voir que la question de l’impact de l’incertitude, sous ses différents avatars, n’est en général pas posée sur l’éducation. Car enfin, si l’on se demande souvent, par exemple, comment décider par temps d’incertitude, comme lors de la crise sanitaire, ou comment gérer pour soi les incertitudes de nos vies, par exemple face au travail ou au climat, ou comment agir en politique comme citoyen dans un jeu trop troublé, ne devrait-on pas se demander aussi comment enseigner dans ce contexte complexe d’incertitude, à l’échelle des maîtres comme à celle des systèmes ? La question est bien plus chargée de sens que l’on n’imaginerait, ce qui peut expliquer que l’on préfère souvent passer au large, au lieu de s’en saisir.

L’école, il faut commencer par là, a un pacte fondateur avec la certitude. Si, dans un cadre plus ou moins lié aux temples ou aux palais, il y eut « écoles », c’était pour transmettre des savoirs qui méritaient cette confiance, étayer des compétences, et l’éducation, déjà dans la famille, participe bien de l’immense équipement dont l’humain s’est doté contre l’imprévisible. Les savoirs diffusés par l’école, qu’ils fussent longtemps religieux, qu’ils aient, après le XVIe siècle, relevé d’une culture laïque, ou qu’ils aient été organisés, plus récemment, en disciplines, ont toujours prétendu à l’infaillibilité, au moins méthodique. Mais voyons plus loin dans deux directions.

A partir du moment où l’école se faisait non seulement obligatoire de droit, mais surtout indispensable de fait, en promettant à chacun ne serait-ce qu’une survie sociale, la société comptait sur les certitudes que cela impliquait : les notes, les diplômes, l’orientation, jusqu’à l’assurance même qu’il existe ce que l’on a appelé étrangement un « système éducatif » où chacun trouverait sa place. Une écriture institutionnelle et des certitudes.

Une école écologique ?

Une école écologique ?

 

Plus de cinquante spécialistes des questions environnementales, parmi lesquels Samuel Cazenave, Jean Jouzel, Valérie Masson-Delmotte, Serge Tisseron ou Ophélie Gaillard, expliquent, dans une tribune au « Monde », qu’il faut réviser les attributions du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, qui ne font aucune mention à l’éducation à la transition écologique.

On comprend évidemment que les préoccupations écologiques soient intégrées programmes de l’école mais de là à en faire une priorité, il y a un pas à ne pas franchir si on veut réellement redresser le niveau de l’enseignement en particulier en français et en maths NDLR

 

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé, le 16 avril, à Marseille que son quinquennat « sera écologique ou ne sera pas », en affichant le projet de « faire de la France une grande nation écologique », nous, citoyennes et citoyens engagés pour l’atteinte des Objectifs du développement durable (ODD[adoptés en 2015 par les Nations unies], souscrivons à ce projet et souhaitons singulièrement appeler l’attention du chef de l’Etat sur l’outil éducatif.

La « nation écologique » a pour préalables indispensables une nation-école et une école écologique.

Ce qui suit est l’objet d’une première démarche collective de réflexion d’acteurs de l’éducation au développement durable et à la transition écologique. Et nous connaissons l’intérêt d’Emmanuel Macron pour l’école, qui vient d’en donner un nouveau témoignage en Sorbonne devant les recteurs, peu avant la rentrée scolaire [le 25 août].

Nous sommes convaincus de la nécessité de considérer l’enseignement aux défis sans précédent lancés au genre humain comme une véritable priorité au sein des administrations publiques qui transmettent des savoirs, dans l’enseignement secondaire comme supérieur et professionnel, au titre de la formation initiale et continue.

Trois priorités: Industrie, école, défense

Trois priorités: Industrie, école, défense

L’économiste Christian Saint-Etienne propose des mesures détaillées, qui pourraient servir de base à un contrat de coalition entre différentes formations politiques ( dans l’Opinion)

 

 

A la suite des élections législatives, la classe politique est désorientée et l’on nous annonce un gouvernement de la France « au cas par cas » sans vision d’ensemble. Or il est parfaitement possible de conclure un contrat de gouvernement dans lequel il faut inclure les trois priorités suivantes : accélérer la réindustrialisation par la multiplication des ETI dans une économie durable et selon une trajectoire de finances publiques soutenable, développer les compétences de la population active et mettre en place une nouvelle politique stratégique alors que la guerre est de retour en Europe.

La désindustrialisation massive est notre principale faiblesse géostratégique. La France est le pays développé qui s’est le plus désindustrialisé depuis vingt ans. La part de l’industrie manufacturière dans le PIB a baissé de 14% à moins de 10% de 2000 à 2019, niveau à peine maintenu en 2021. A cette dernière date, cette part était de 20% en Allemagne. En euros, la valeur ajoutée manufacturière de la France est tombée à 37% de la valeur ajoutée manufacturière allemande en 2021.

La part de l’industrie manufacturière française a baissé de 26% dans les exportations de la zone euro, de 30% dans le PIB de la France. Et, en lien avec la chute de notre industrie manufacturière, notre part dans les exportations mondiales de biens et services a chuté de 48% de 2000 à 2021. C’est un effondrement historique.

Or les entreprises de taille intermédiaire sont le principal levier de réindustrialisation. Il est essentiel de favoriser le développement des ETI industrielles, dans le cadre d’une politique d’ensemble notamment fiscale et énergétique.

1/ ll convient de créer un grand ministère de l’Industrie, de l’Energie, de l’Innovation et de la Formation professionnelle. En effet, on ne peut plus séparer les questions industrielles et énergétiques de l’innovation de produits et services industriels. De plus, en lien avec le rebond de l’apprentissage, les lycées techniques et la formation professionnelle doivent être des filières d’excellence financées par le ministère de l’Industrie.

2/ Afin de conduire cette réindustrialisation dans la croissance durable, la puissance électrique du pays doit être portée à 600 TWh en 2035 et 1000 TWh en 2050.

3/ Il faut supprimer rapidement la contribution sociale de solidarité des sociétés [C3S, taxe sur le chiffre d’affaires finançant l’assurance-vieillesse] et la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises [CVAE, destinée aux collectivités locales].

4/ Il faut attirer les investissements internationaux, tout en favorisant l’essor des ETI et des grosses PME par une baisse de l’impôt sur les sociétés prenant en compte les accords fiscaux internationaux conclus en 2021-2022. Le taux d’IS doit passer dès 2023 à 15% jusqu’à 100 000 euros de résultat des entreprises, 18% de 100 000 euros à 100 millions d’euros de résultat et 21% au-delà.

5/ Il faut pouvoir accueillir les usines robotisées, numérisées et électrifiées qui sont au cœur de la transformation de notre système productif. Il faut mettre en place une agence publique mettant en œuvre, avec les régions et les intercommunalités, la politique de réindustrialisation par une politique foncière stratégique permettant de créer rapidement un millier de zones industrielles électrifiées de 300 à 500 hectares bénéficiant de toutes les autorisations techniques et environnementales préalables.

Afin de financer ce programme tout en augmentant la taille de la population active, il faut porter l’âge de départ à la retraite à 64 ans et la durée de cotisation à 44 ans, avec deux mécanismes d’ajustement : a/ Les métiers pénibles peuvent obtenir une réduction simultanée de l’âge de départ et de la durée de cotisation qui peut atteindre au maximum dix-huit mois pour les emplois les plus durs, et de trois à dix-huit mois selon la nature des emplois, en fonction d’une grille nationale dérivée des grilles existantes, b/ la charge de famille permet de réduire de quatre mois l’âge et la durée par enfant, avec un plafond de 16 mois, le cumul des deux mesures étant plafonné à deux ans.

Il faut également limiter la hausse réelle des dépenses de fonctionnement des collectivités locales à 0,25% par an et réduire de 10 milliards d’euros en trois ans les concours de l’Etat à ces collectivités. Et, face à la crise des finances publiques qui arrive, il faut rétablir une taxe d’habitation fondée sur la valeur réactualisée des biens, appelée impôt citoyen, avec des recettes nationales limitées à 10 milliards d’euros, soit le tiers de l’ancienne taxe d’habitation.

L’affaiblissement des compétences de la population active française est tout aussi impressionnant que le rythme de sa désindustrialisation. Or l’échec scolaire commence très tôt. Il est donc essentiel de repérer ces difficultés dès le CE1 par un examen national d’évaluation des compétences des enfants à la fin de chaque trimestre, afin de ne pas envoyer en CE2 des enfants ne maîtrisant pas ces compétences. Ces enfants doivent être pris en charge dans un programme massif de détection des origines de leurs difficultés afin d’y remédier.

De même, une évaluation doit être faite à la fin de chaque trimestre de CM2 pour déterminer si l’enfant peut aller au collège ou dans des classes primaires supérieures, qui doivent être rétablies, afin de s’assurer que les compétences défaillantes sont corrigées avant de revenir au collège ou d’intégrer des centres de formation technique d’excellence.

Le niveau d’exigence des diplômes de fin de 3e et de terminale doit être relevé, notamment en français et en mathématiques. En lien avec le rebond de l’apprentissage, les lycées techniques et la formation professionnelle doivent être des filières d’excellence financées par le nouveau ministère de l’Industrie.

L’année de terminale permet d’orienter les élèves vers une formation technique d’excellence en un ou deux ans ou vers l’université et les grandes écoles, après vérification de leur capacité à faire un commentaire composé et de faire un nombre réduit de fautes dans le cadre d’une dictée.

Il n’y aura pas de progression des compétences de la jeunesse sans une évaluation permanente des acquis et une orientation mise en œuvre avec exigence et bienveillance pour permettre à tous les élèves d’exprimer leur potentiel.

La France est une nation politique dont l’unité dépend de l’affirmation d’un projet stratégique qui doit s’appuyer sur une armée crédible.

La loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025 a prévu un premier renforcement de nos capacités militaires après vingt ans de réduction de ces capacités, mais le format 2025 envisagé en 2018 n’est plus en phase avec le monde d’une compétition militaire accrue entre la Chine et les Etats-Unis, de la guerre en Ukraine et de la montée en puissance de nombreux pays comme la Turquie, l’Algérie ou l’Allemagne.

Le budget des armées est fixé à 41 milliards d’euros en 2022 et devait atteindre 44 milliards d’euros en 2023, ce que beaucoup d’experts mettaient en doute compte tenu du gel répété de crédits militaires depuis le vote de la LPM. Or nos armées sont démunies de drones ou de missiles, de capacités anti-missiles, de moyens de transport et de munitions. De plus, le format capacitaire envisagé pour 2025 est totalement décalé par rapport au souhaitable.

Le budget militaire de recherche-innovation-développement (BRID) doit passer d’un milliard d’euros en 2022 à 3 milliards d’euros en quatre ans, par incrémentation annuelle de 500 millions par an qui doit continuer jusqu’en 2030 (5 milliards d’euros), tandis qu’un fonds stratégique d’investissement défense dans la base industrielle et technologique de défense (BITD) doit être doté de 2 milliards d’euros par an, au cours des dix prochaines années, afin de contribuer à la réindustrialisation duale civile-militaire.

Cet effort de reconstruction peut être mis en œuvre avec un budget militaire, hors fonds stratégique et hors pensions et fonds de concours et attributions de produit rattachés, progressant, par incrémentation annuelle de 3 milliards d’euros, de 41 milliards d’euros en 2022 à 56 milliards d’euros en 2027 et 71 milliards d’euros en 2032. Si ce projet est voté à l’automne 2022, le budget, fonds inclus, passerait de 46 milliards d’euros en 2023 à 73 milliards d’euros en 2032.

En supposant que le PIB en volume progresse de 1,5% par an et les prix de 2% par an de 2023 à 2032, le budget militaire passerait ainsi au total de 1,54% du PIB en 2022 à 1,94% du PIB en 2032. Toute hausse supplémentaire de l’inflation serait reportée sur le budget militaire pour conserver ces proportions.

L’effort de reconstruction de notre puissance militaire, ici proposé, est à la fois stratégiquement nécessaire, budgétairement très raisonnable, et industriellement souhaitable, en pleine cohérence avec les deux autres objectifs assignés au prochain quinquennat.

Christian Saint-Etienne est professeur émérite au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), spécialiste des questions industrielles.

Société–École : le modèle japonais

Société–École : le modèle japonais

 

 

 

Deux aspects fondamentaux du système éducatif japonais, que l’on ne connaît guère, résonnent fortement avec des enjeux éducatifs actuels en France, notamment après la nomination du nouveau ministre de l’éducation, Pap Ndiaye : le traitement du salaire des enseignants et celui des programmes scolaires. Le professeur des universités Christian Galan nous invite, dans une tribune au « Monde », à faire le rapprochement.

Un article intéressant qui propose de s’inspirer pour l’école du modèle japonais. On pourrait aussi tout simplement retourner aux méthodes et au contenu français d’il y a 50 à 70 ans quand  le certificat d’études primaires valait nombre de Bacs de maintenant ! Enfin, Il faudrait sans doute réapprendre la rigueur et la discipline pour éviter que certains enseignants ne passent leur temps à rétablir l’ordre dans certaines classes.NDLR

Le Japon nous donne une leçon très simple en matière de système éducatif : si l’on veut des élèves bien formés, et accessoirement performants dans les classements internationaux, il faut s’assurer avant tout de deux choses. Il faut tout d’abord pouvoir compter sur des enseignants compétents et motivés, et pour cela il n’y a pas d’autres solutions que de rémunérer ceux-ci décemment. Il faut ensuite inscrire les programmes d’enseignement dans la durée afin de donner à ces derniers la possibilité de bien les maîtriser.

Le système éducatif japonais fait autant l’objet d’éloges que de critiques, et cela aussi bien en dehors du Japon que dans le pays lui-même. D’un côté, on encense en général son caractère hautement performant sur le plan de la transmission des savoirs fondamentaux, qui lui permet notamment de placer ses élèves dans le peloton de tête de toutes les études internationales de type Timss ou PISA. De l’autre, on pointe souvent du doigt son uniformité et son caractère excessivement normatif, obstacles à la formation d’individus créatifs et adaptés aux besoins de l’économie, et qui causent par ailleurs des dégâts certains en termes de développement personnel et de psychologie infantile ou adolescente.

Pour les non-Japonais, séduits par les performances internationales de son école et qui ne cherchent souvent au Japon que des solutions toutes prêtes aux problèmes de leurs propres systèmes éducatifs, le contresens, que ce soit dans l’éloge ou dans la critique, n’est jamais très loin. Qu’on l’encense ou qu’on le dénigre, le système éducatif japonais n’est en effet pas en l’état importable, ni dans sa totalité ni – et encore moins – en partie. Sa cohérence et son efficacité empêchent de le retenir ou de l’adapter sans adopter également… la société japonaise tout entière qui l’a pensé, produit et qui en est le fruit, en retour.

Les deux aspects évoqués plus haut et qui relèvent, non du système japonais lui-même mais, si l’on peut dire, de la métastructure de tout système éducatif, paraissent en revanche potentiellement inspirants et réplicables, en dehors de l’archipel.

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