Archive pour le Tag 'durable'

De l’inflation temporaire à l’inflation durable ! (Christine Lagarde)

De l’inflation temporaire à l’inflation durable (Christine Lagarde)

Il y a encore quelques semaines Christine Lagarde soutenait que l’inflation n’était que temporaire et  disparaîtrait dés 2023. Mais hier la présidente de la BCE a complètement changé son discours pour affirmer qu’il fallait maintenant s’habituer à une inflation durable.

En fait,  la présidente de la  BCE suit le courant, celui de la banque fédérale américaine et des économistes

Désormais, selon les économistes, le taux d’inflation en zone euro, qui a atteint un pic historique à 8,1% en mai, devrait continuer à grimper jusqu’au début de l’automne, avant un lent ralentissement qui le verrait rester au-dessus de l’objectif de 2%.

La BCE a annoncé au début du mois qu’elle procéderait à une hausse de ses taux d’intérêt directeurs de 25 points de base le 21 juillet, en précisant qu’elle n’excluait pas une hausse plus importante en septembre, afin de lutter contre une inflation devenue trop élevée.

Même, pour Christine Lagarde décider des bonnes mesures pour ramener l’équilibre des prix à un niveau de 2% est « un élément d’art » et « n’est pas une science ».  »Nous savons que les modèles (pour prévoir la conjoncture) ont des lacunes », a assuré la Française, un euphémisme. En effet les économistes et les banques centrales sont aujourd’hui un peu dans le potage tiraillés aujourd’hui par la nécessité de la hausse des taux mais demain navrés de voir la croissance s’écrouler.

Éoliennes : L’ADEME ment (Fédération Environnement Durable)

Éoliennes : L’ADEME ment (Fédération Environnement Durable)

 La fédération environnement durable conteste totalement une étude l’ADEM  qui affirme que les éoliennes n’ont pas d’influence sur les prix de l’immobilier. Par ailleurs la fédération environnement durable critique sévèrement la méthodologie.
 Le comité de suivi comprend, sur 19 noms cités, 14 représentants de l’industrie éolienne et des groupes d’études ou d’avocats qui lui sont liés et un seul représentant des agents immobiliers. Quel est l’expertise en matière de valeur immobilière en milieu rural des syndicats patronaux (Syndicat des Énergies renouvelables et France Énergie Éolienne), de l’Office Franco-Allemand pour la transition énergétique ou du cabinet d’avocat parisien Arnaud Gossement par exemple ?

   L’opposition au projet éolien est présentée comme le fait d’une minorité peu représentative. En fait, quand les riverains ont pu donner leur avis dans des référendums locaux, le non au projet éolien l’a emporté très largement dans la quasi-totalité des communes

   Après des dizaines de pages sur les méthodes d’analyse possibles et leurs limites, l’étude statistique ne porte que sur :
 
    les éoliennes construites entre 2016 et 2020, soit moins d’un tiers des éoliennes existantes,
    1 380 transactions à moins de 5 kms d’une éolienne (ou dans une commune située à  moins de 5 kilomètres d’une éolienne ?),
    3 avis de communautés de communes sur les 24 interrogées par courrier,
    1 avis d’agent immobilier sur les 16 interrogés par courrier,
    128 riverains interrogés.

  Bref une étude statistique avec un échantillon très faible, particulièrement pour les distances éolienne-habitation de 500 et 2 000 mètres où les nuisances sont le plus importantes. Et une absence d’enquête auprès des professionnels de l’immobilier, les connaisseurs du marché.

   Dans sa « Synthèse d’études préliminaires et perspectives » l’ADEME reconnaît d’ailleurs les « limites » de l’étude. Citons en entier ce paragraphe croustillant (sous copyright ?):

   Faute de quantité de données disponibles (quantité insuffisante de ventes immobilières enregistrées) :
L’analyse quantitativeØ·   n’est pas territorialisée
L’impact àØ·   proximité directe des éoliennes (500 m-2000 m) ne peut pas être quantifié
L’impact de l’éolien sur lesØ·   biens premiums est suggéré par l’analyse qualitative mais pas confirmé par l’analyse quantitative

Les sondages auprès de réseaux d’agences immobilières n’ont pas apporté de résultats exploitables

L’histoire des transactions (conditions de vente et d’achat, place de l’éolien dans les discussions liées à la transaction…) situées à proximité directe des éoliennes (500 m – 2000 m) n’a pas été explorée au cours de l’étude.

    Il faut ajouter que l’étude comporte un biais méthodologique rédhibitoire : elle ne porte que sur les transactions effectivement réalisées. Or l’expérience montre (par exemple celle des agents immobiliers dont 1 seul a été interrogé, et par un formulaire courrier !) que les biens immobiliers deviennent très difficiles à vendre dans tous les territoires où sont implantées des éoliennes. Cela n’est en rien étonnant : qui achèterait une maison à proximité d’un parc éolien, quand il a le choix d’en acheter une qui en est préservée ? Dans le monde rural, l’offre est abondante ; elle n’a pas la rareté de l’immobilier parisien !

    En conclusion, cette nouvelle étude de l’ADEME est totalement partisane et manque de la plus élémentaire rigueur méthodologique et scientifique. Elle ne représente en rien ce qui est vécu aujourd’hui par des centaines de milliers d’habitants des campagnes françaises.
  

L’inaccessible finance durable !

L’inaccessible finance durable !

 

Par Nicolas Mackel, PDG de Luxembourg for Finance, l’agence de développement de la place financière du Luxembourg.( dans l’Opinion)

 

Au terme de plus de deux ans d’efforts pour maintenir leurs économies à flot pendant la pandémie de Covid-19, les gouvernements européens consacrent désormais (et à juste titre) une part importante de leur attention et de leur énergie à soutenir les efforts de l’Ukraine contre l’agresseur russe. A tel point que l’urgence immédiate de ce conflit semble avoir repoussé à plus tard la question cruciale de la lutte contre le réchauffement climatique.

Les rapports du Giec sont de plus en plus alarmants : le dernier en date, publié en avril, estime ainsi que si le pic mondial des émissions de CO2 n’est pas atteint avant 2025, il n’y aura plus aucune chance de limiter la hausse des températures à moins de 1,5°C. Nous aurions alors échoué à atteindre les objectifs fixés, dix ans après la signature de l’Accord de Paris. Or, force est de constater que nous ne sommes pas sur la bonne trajectoire. Est-il normal que 30 ans après le sommet de la Terre de Rio, et 25 ans après le protocole de Kyoto visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre, 70 % du mix énergétique européen soit toujours composé d’énergies fossiles ? En trois décennies, la réduction de cette dépendance n’a été que de 11 %… Pour passer à une économie décarbonée d’ici à 2050, la part du mix énergétique devra pourtant tomber sous les 30 % !

Dans son discours déjà tristement célèbre, Stuart Kirk, le chef mondial de l’investissement responsable chez HSBC Asset Management, s’est égaré en voulant minimiser les risques liés au changement climatique. Il avait toutefois raison lorsqu’il a déclaré que les humains sont parfaitement capables d’y faire face. Les êtres humains sont particulièrement doués pour s’adapter lorsqu’une catastrophe imminente s’approche à grands pas. Nous avons colmaté le trou dans la couche d’ozone. Nous sommes passés de l’identification d’un nouvel agent pathogène, à l’observation de la réaction de notre système immunitaire contre celui-ci, au développement et au test d’un vaccin contre le virus de la Covid-19, et ce, en moins de 12 mois. Un rythme quatre fois plus rapide que tout autre déploiement de vaccins dans l’histoire.

Les nouvelles technologies nécessiteront un financement important, et s’il est clair qu’atténuer les effets des énergies fossiles est primordial, il est tout aussi fondamental de financer des projets qui assureront la résilience et l’adaptabilité des sociétés dans le futur. C’est à ce niveau aussi qu’il nous faut agir plus vite. Les données montrent qu’au sein de l’ensemble des technologies brevetées, la part des technologies directement liées à l’adaptation au changement climatique était à peu près la même en 1995 qu’en 2015.

« Le défi est énorme : il faudrait en effet mobiliser 4 000 milliards de dollars par an d’ici à 2030 et 100 000 milliards de dollars d’ici à 2050 »

En plus d’accélérer le développement de solutions grâce aux nouvelles technologies, il faudra mieux isoler nos bâtiments, aider les entreprises à financer leur transition en leur apportant les fonds nécessaires pour mettre en place de nouveaux procédés de production ou déployer des infrastructures utilisant les énergies renouvelables. Le défi est énorme : il faudrait en effet mobiliser 4 000 milliards de dollars par an d’ici à 2030 et 100 000 milliards de dollars d’ici à 2050.

Or, bien que les investissements dans les projets durables aient augmenté à un rythme impressionnant au cours des dernières années, plusieurs études dressent un bilan clair : le taux de pénétration de la finance durable sur les marchés financiers reste, de manière frustrante, globalement faible. La finance verte devra donc accélérer son développement si nous voulons réussir à atteindre les objectifs fixés à Paris et éviter un cataclysme.

Mais au sein de chaque crise se cache une opportunité. Si à court terme, nous allons probablement revenir au charbon et augmenter notre dépendance à l’énergie nucléaire, cette période verra aussi décoller les investissements dans la recherche et les projets d’énergies renouvelables. D’une part, parce que continuer à s’approvisionner en énergie auprès de la Russie tourne en ridicule tout ce pour quoi la finance durable se bat, et d’autre part, parce que le Giec nous a clairement avertis quant aux conséquences irréversibles que nous subirons si nous n’atteignons pas le pic d’émissions avant 2025.

Si, comme le suggèrent les données, nous sommes en retard dans l’atténuation du changement climatique, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre également du retard dans le processus d’adaptation ! C’est ici que Kirk a tort : il ne s’agit nullement « d’une hyperbole infondée et complice », mais d’un appel à l’action pour financer de futurs projets et technologies qui assureront sur le long terme la prospérité de toute l’humanité.

Nicolas Mackel est PDG de Luxembourg for Finance.

Guerre en Ukraine: Une menace contre le développement durable

Guerre en Ukraine: Une menace contre le développement durable

 

 

L’arrêt des exportations agricoles en raison du conflit entre Kiev et Moscou bouscule le programme européen  estime Mathilde Gérard journaliste au Monde.

Notons que les conséquences néfastes affecteront aussi d’autres secteurs dans l’industrie et l’énergie. C’est toute la transition écologique qui risque d’être décalée dans le temps NDLR

 

 

 

Elle serait « décroissante », « irresponsable »« catastrophique »… La stratégie alimentaire de la Commission européenne, Farm to Fork (« de la ferme à la fourchette », « F2F » pour les initiés), déclinaison agricole du Green Deal, se trouve sous un feu de critiques. Cette feuille de route destinée à mettre l’agriculture européenne sur la voie de la durabilité d’ici à 2030 vise à la rendre moins émettrice de gaz à effet de serre et plus protectrice de la biodiversité, ainsi qu’à permettre aux Européens de se nourrir sainement. Le document d’une vingtaine de pages qui la résume prévoit d’atteindre 25 % de surface agricole cultivée en bio en 2030, de réduire l’usage des pesticides de 50 % et le recours aux engrais azotés de 20 %.

Au moment de sa présentation en mai 2020, ce programme n’a guère suscité de vagues. Le texte n’est pas contraignant et doit faire l’objet de discussions ultérieures pour se traduire par des directives ou à travers la politique agricole commune (PAC). Le 19 octobre 2021, les députés européens l’ont approuvé à une large majorité.

Mais, quelques mois plus tard, le vent a tourné. Certains responsables considèrent que, en raison de l’invasion russe qui a mis à l’arrêt les exportations ukrainiennes de céréales, l’heure est venue pour l’Europe d’augmenter ses capacités de production, quitte à revenir sur certains objectifs de Farm to Fork. Alors que la France occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron a estimé pendant la campagne présidentielle que Farm to Fork devait être « adaptée » car elle « repose sur un monde d’avant-guerre en Ukraine ».

Plusieurs organisations professionnelles agricoles mènent la fronde contre ce texte. Le 29 avril, Christiane Lambert, coprésidente du COPA-Cogeca, première fédération agricole européenne, a accusé Frans Timmermans, vice-président de la Commission, de propos « inhumains » et de mener une politique qui conduirait à des famines dans le monde.

Pourquoi cette feuille de route suscite-t-elle tant d’opposition alors que ses grands principes – durabilité et santé – sont plutôt consensuels ? Une première piste d’explication réside dans le fait que cette politique est gérée en parallèle par les directions générales de l’agriculture et de la santé de la Commission européenne, un copilotage qui a bousculé certains représentants du monde agricole.

La deuxième raison tient au contenu potentiellement alarmant de plusieurs publications sur les effets de la politique Farm to Fork. En explorant divers scénarios, le centre commun de recherche de la Commission européenne a jugé qu’une baisse des volumes de production et une augmentation des prix alimentaires étaient possibles, tout en avertissant du caractère partiel de ses chiffrages. De son côté, le ministère de l’agriculture américain a calculé que les volumes de production chuteraient de 12 % si elle s’appliquait. Une troisième analyse, publiée par l’université néerlandaise de Wageningen, parvient à une conclusion similaire.

Social- Pour l’augmentation durable des revenus

Social- Pour l’augmentation durable des revenus

 

Laurent Cappelletti et Henri Savall, professeurs de gestion, plaident, dans une tribune au « Monde », pour des augmentations négociées « au plus près des réalités des entreprises » afin de stimuler la productivité, plutôt que des aides publiques à l’influence non durable sur le pouvoir d’achat.

Depuis presque cinquante ans et la fin des « trente glorieuses », le pouvoir d’achat, sous cette dénomination ou sous une autre, est au cœur des préoccupations des Français et donc des campagnes électorales pour la présidentielle. Ainsi, François Mitterrand a gagné en 1981 sur un programme de meilleure répartition des richesses, Jacques Chirac en 1995 sur la réduction de la fracture sociale, Nicolas Sarkozy en 2007 sur le « travailler plus pour gagner plus ». En 2017, la promesse d’Emmanuel Macron de supprimer la taxe d’habitation a pesé dans son élection.

Le sentiment d’insécurité économique, qu’il repose sur des faits ou des croyances, est profondément ancré depuis le premier choc pétrolier de 1973, qui fut, aussi, un choc sur les mentalités. Les Français sont passés d’une certaine certitude en la croissance de leur pouvoir d’achat à une incertitude certaine, en particulier dans les classes modestes et moyennes, les plus affectées par les crises. La crainte de ne pas finir les fins de mois doit être entendue, pour expliquer et rassurer lorsqu’elle repose sur des croyances (comme la crainte d’une explosion des prix lors du passage du franc à l’euro) et pour la traiter à la racine par des transformations réelles, lorsqu’elle résulte de faits établis.

Une hausse durable du pouvoir d’achat, c’est-à-dire non réversible pour les travailleurs, renvoie plus à une augmentation des revenus, à la fois satisfaisante pour les salariés et finançable par les chefs d’entreprise et par l’Etat employeur, qu’à une baisse artificielle des prix à coups de subventions et d’aides d’urgence.

Le plus efficace pour développer durablement ses revenus est d’abord d’avoir un travail, seul facteur actif de création de valeur. Et, ensuite, de négocier le partage de la valeur ainsi créée, avec l’Etat pour les fonctionnaires et avec les chefs d’entreprise pour les salariés du privé.

Les politiques publiques doivent donc favoriser les créations d’emplois, les leviers de la productivité du travail que sont l’apprentissage, la formation professionnelle et l’innovation, mais aussi la négociation salariale. Vont dans ce sens, par exemple, les plans nationaux de reconquête industrielle sur des secteurs porteurs (hydrogène, agroalimentaire, aéronautique, etc.), la pression mise sur les branches professionnelles pour négocier avec leurs syndicats des augmentations salariales supportables, la défiscalisation des primes d’intéressement aux résultats de l’entreprise, les aides financières aux entreprises qui mettent en place des systèmes ambitieux de participation aux résultats ou qui investissent dans l’apprentissage, la formation et l’innovation.

Pour l’augmentation durable des revenus

Pour l’augmentation durable des revenus

 

Laurent Cappelletti et Henri Savall, professeurs de gestion, plaident, dans une tribune au « Monde », pour des augmentations négociées « au plus près des réalités des entreprises » afin de stimuler la productivité, plutôt que des aides publiques à l’influence non durable sur le pouvoir d’achat.

Depuis presque cinquante ans et la fin des « trente glorieuses », le pouvoir d’achat, sous cette dénomination ou sous une autre, est au cœur des préoccupations des Français et donc des campagnes électorales pour la présidentielle. Ainsi, François Mitterrand a gagné en 1981 sur un programme de meilleure répartition des richesses, Jacques Chirac en 1995 sur la réduction de la fracture sociale, Nicolas Sarkozy en 2007 sur le « travailler plus pour gagner plus ». En 2017, la promesse d’Emmanuel Macron de supprimer la taxe d’habitation a pesé dans son élection.

Le sentiment d’insécurité économique, qu’il repose sur des faits ou des croyances, est profondément ancré depuis le premier choc pétrolier de 1973, qui fut, aussi, un choc sur les mentalités. Les Français sont passés d’une certaine certitude en la croissance de leur pouvoir d’achat à une incertitude certaine, en particulier dans les classes modestes et moyennes, les plus affectées par les crises. La crainte de ne pas finir les fins de mois doit être entendue, pour expliquer et rassurer lorsqu’elle repose sur des croyances (comme la crainte d’une explosion des prix lors du passage du franc à l’euro) et pour la traiter à la racine par des transformations réelles, lorsqu’elle résulte de faits établis.

Une hausse durable du pouvoir d’achat, c’est-à-dire non réversible pour les travailleurs, renvoie plus à une augmentation des revenus, à la fois satisfaisante pour les salariés et finançable par les chefs d’entreprise et par l’Etat employeur, qu’à une baisse artificielle des prix à coups de subventions et d’aides d’urgence.

Le plus efficace pour développer durablement ses revenus est d’abord d’avoir un travail, seul facteur actif de création de valeur. Et, ensuite, de négocier le partage de la valeur ainsi créée, avec l’Etat pour les fonctionnaires et avec les chefs d’entreprise pour les salariés du privé.

Les politiques publiques doivent donc favoriser les créations d’emplois, les leviers de la productivité du travail que sont l’apprentissage, la formation professionnelle et l’innovation, mais aussi la négociation salariale. Vont dans ce sens, par exemple, les plans nationaux de reconquête industrielle sur des secteurs porteurs (hydrogène, agroalimentaire, aéronautique, etc.), la pression mise sur les branches professionnelles pour négocier avec leurs syndicats des augmentations salariales supportables, la défiscalisation des primes d’intéressement aux résultats de l’entreprise, les aides financières aux entreprises qui mettent en place des systèmes ambitieux de participation aux résultats ou qui investissent dans l’apprentissage, la formation et l’innovation.

Une période d’inflation durable pour le Medef

Une période d’inflation durable pour le Medef 

 

Pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, les « grand-messes » doivent céder la place aux réunions par filière pour obtenir des résultats concrets. La planification écologique est indispensable, mais la transition ne sera indolore ni pour le pouvoir d’achat ni pour l’emploi.

 

 

Quels enseignements tirez-vous du résultat de l’élection présidentielle  
Un résultat me paraît symbolique : le président réélu a obtenu 85 % des voix à Paris, tandis que le score de Marine Le Pen atteint 56,73 % des suffrages à Colombey-les-Deux-Églises, le village du général de Gaulle, situé en plein milieu de ce qu’on appelle la « diagonale du vide ». La métropolisation de l’économie et des emplois ne s’est pas résorbée en cinq ans. Deux France s’opposent toujours : celle où l’adaptation à une économie mondialisée s’est effectuée sans dommage et celle où elle est au contraire subie, entraînant un sentiment de déclassement. Le motif sous-jacent du vote populiste est au moins autant économique qu’identitaire. Cela doit interpeller aussi les chefs d’entreprise.

Comment peuvent-ils réagir ?
​Nous devons offrir des perspectives à ceux qui ont l’impression d’être les perdants du système. L’image des entreprises, très positive depuis plusieurs années, s’est encore améliorée depuis la crise sanitaire. En contrepartie, les Français attendent énormément de ces dernières. Cela nous oblige. Pendant la pandémie, l’ensemble du corps social de l’entreprise – salariés, partenaires sociaux, dirigeants… – s’est retroussé les manches pour sauver l’outil de travail, puis repartir. Depuis, les négociations sur les salaires, annoncées comme difficiles, se sont plutôt bien déroulées. Nous avons également signé cinq accords importants entre partenaires sociaux au niveau national en moins de deux ans, dont ceux sur le télétravail, la formation et le paritarisme. Ce climat positif est l’occasion de s’engager dans le chantier majeur de la lutte contre le changement climatique, notamment par le dialogue social.

Les technologies « vertes », dans le ciment ou l’acier, entre autres, coûtent plus cher en investissement comme en production

​Le président de la République s’est prononcé pour une planification écologique. Qu’en pensez-vous ?
​Le terme ne m’effraie pas. L’État est dans son rôle. Ces investissements ne peuvent se concevoir que dans la durée, sans pouvoir produire de retour rapide. Le besoin de planifier est donc justifié, à condition que les secteurs soient parties prenantes, notamment les premiers concernés comme l’industrie, le transport, l’énergie ou le logement. L’Union européenne a entamé cette démarche, la France doit suivre.​

​La planification écologique entraînera-t-elle une décroissance ?
​Non. La décroissance n’est pas ​acceptable pour la majorité de nos concitoyens. Ni pour le reste de la planète. Il faut inventer le capitalisme décarboné, au moyen d’une croissance plus sobre. Des solutions existent. D’autres seront trouvées grâce aux innovations scientifiques. Les technologies « vertes », dans le ciment ou l’acier, entre autres, coûtent plus cher en investissement comme en production. Elles garantissent une forme de sobriété, mais entraîneront une hausse des prix des biens industriels qui se répercutera dans de multiples secteurs, dont le logement. On ne peut pas dire aux Français que la transition écologique sera indolore ni sans effets sur leur pouvoir d’achat, surtout quand on sait que 80 % des salariés prennent leur voiture pour aller travailler.

Sera-t-elle indolore pour l’emploi ?
​Non plus. On le constate déjà dans la construction automobile. Des emplois seront créés, mais pas dans les mêmes secteurs qu’aujourd’hui.​

​Quelles conséquences aura la guerre en Ukraine  ?
​J’y suis allé en juillet 2021, avec une délégation de chefs d’entreprise. Nous avions rencontré le président Zelenski, qui déjà nous avait fait part de son souhait d’intégrer l’Union européenne. La guerre menée par la Russie aura des conséquences majeures pour notre économie. Elle sert de révélateur quant à la dépendance énergétique – tous ceux qui doutaient encore de la nécessité de posséder un secteur nucléaire fort sont désormais, je l’espère en tout cas, convaincus. Cette source d’énergie neutre en carbone et indépendante est un atout majeur, alors que la France désinvestit depuis dix ans. Il faut réinvestir d’urgence en moyens et en compétences dans la filière.

​L’inflation va-t-elle durer ?
​Je le crains. Une partie résulte de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, à cause de goulets d’étranglement dans les chaînes de production. Mais nous sommes entrés dans une économie d’inflation durable, avec le renchérissement des prix de l’énergie et la rareté de certaines matières premières, comme les métaux. C’est un environnement que la plupart des chefs d’entreprise n’avaient jamais connu. Pas plus que l’ensemble de la population, qui sera confrontée – à travers la hausse inévitable des taux d’intérêt – à la hausse des prix dans le secteur crucial du logement. D’où le besoin de planifier. Et d’inaugurer une nouvelle méthode de gouvernement, en réunissant les parties prenantes, par filière, pour obtenir des résultats opérationnels, plutôt que par des « grand- messes » d’autrefois, d’où rien de concret ne peut émerger. La dimension territoriale est essentielle et doit être prise en compte dans tous les domaines, y compris celui de la fiscalité.

Quelles mesures attendez-vous ?
​Nous voulons pouvoir nous battre à armes égales avec nos concurrents européens. L’impôt sur les sociétés a diminué sous le mandat qui s’achève, mais les impôts de production demeurent supérieurs de 35 milliards d’euros à la moyenne européenne. Ce doit être la priorité du nouveau gouvernement.

​La situation des finances publiques vous inquiète-t-elle ?
​Les choix effectués pendant la crise sanitaire ont été justifiés par l’ampleur de la crise. Mais il ne faudrait pas entrer dans un « quoiqu’il en coûte »​ permanent. La question fondamentale concerne l’efficacité de la dépense publique, comme en témoigne l’invraisemblable fiasco de la délivrance des passeports. Nous constatons au sein des entreprises un énorme déficit de compétences, malgré la réussite de la réforme de l’apprentissage. Les résultats de l’éducation nationale sont en baisse depuis trente ans – tous les classements le soulignent. Les difficultés de l’hôpital public sont indéniables. Alors que dans ces deux domaines la France dépense plus que ses voisins. L’amélioration des finances publiques passe aussi par celle du taux d’emploi, qui demeure 10 points en dessous de celui de l’Allemagne. C’est ce critère-là qui permettra la hausse des recettes et la baisse des dépenses. L’augmenter de 5 points pourrait être l’un des objectifs du mandat qui s’ouvre. La clé réside dans les compétences. Et donc dans la formation.

Conséquences de l’inflation durable : la sobriété pour tous

Conséquences de l’inflation durable  : la sobriété pour tous

Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC, Geoffroy Roux de Bézieux,  pésident du Medef, ainsi que l’économiste Patrick Artus et le politologue Jérôme Fourquet ont débattu dans le « Monde » des urgences économiques et sociales, jeudi 28 avril, à l’aube du second quinquennat d’Emmanuel Macron.

 

La syndicaliste, le patron, l’économiste et le politologue s’inquiètent des ravages de l’inflation et de son impact sur le pouvoir d’achat et les comptes publics.

Le paysage politique

Jérôme Fourquet : [L’élection présidentielle de] 2017 n’était pas un accident. Le paysage électoral se met tardivement en conformité avec la réalité économique, sociale et culturelle du pays, qui s’est profondément métamorphosé en quelques décennies. Le Parti socialiste et Les Républicains ne représentent plus que 6,5 % des suffrages exprimés. Un nouveau duopole s’installe, mettant aux prises La République en marche et le Rassemblement national. Il n’est pas aussi structurant et agrégateur que par le passé. Ainsi, la France mélenchoniste ne se reconnaît ni dans l’un ni dans l’autre.

En outre, ce duopole met en scène une société en millefeuille, avec un haut qui regarde le bas, et un bas qui regarde le haut : 74 % des cadres et des professions intellectuelles au second tour [de la présidentielle d’avril 2022] ont voté pour Emmanuel Macron, 65 % des ouvriers ont choisi Marine Le Pen. Cette situation est compliquée à gérer politiquement, socialement et économiquement, dans un contexte où les préoccupations autour du pouvoir d’achat sont très fortes.

Pascale Coton : La fracture entre ville et campagne que nous dénonçons depuis des années se reflète dans le résultat de l’élection. Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores dans les grandes villes, Marine Le Pen dans les campagnes, où les habitants éprouvent des difficultés pour aller travailler et sont souvent confrontés à une nette dégradation des services publics. On dit constamment au salarié qu’il y aura un déficit de la retraite, de la Sécurité sociale… Comment voulez-vous qu’il arrive à se projeter correctement et positivement avec ses enfants confrontés à une école abîmée ces dernières années, et une organisation du travail chamboulée ?

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Le vote RN progresse dans les territoires ruraux et périurbains

Geoffroy Roux de Bézieux : Paris a voté à 85 % pour Emmanuel Macron, Colombey-les-deux-Eglises, le village du général de Gaulle, a donné pour la première fois une majorité au Rassemblement national [avec 56,73 % des voix]. Le sous-jacent de cette situation est d’abord économique, avant d’être identitaire. Plus un territoire est désindustrialisé et en perte d’emploi, plus il vote pour les extrêmes. Il faut faire renaître une Datar [Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale] moderne, capable de penser l’aménagement du territoire et l’attractivité régionale. Le développement de la croissance économique dans des villes moyennes qui n’ont pas de spécificités est un sujet majeur.

 

Patrick Artus : Nous sommes revenus dans un monde de rareté. Nous avons un problème de ressources, d’énergie, de matières premières, de transport, de composants, et même d’emploi. A cela s’ajoutent les sanctions contre la Russie et la transition énergétique. La production mondiale de lithium doit être multipliée par 40 pour équiper nos véhicules électriques. Tout cela crée de l’inflation, comme à l’époque des années 1970-1990. Cela va conduire à une remontée des taux d’intérêt, qui imposera des contraintes budgétaires et donc la fin du « quoi qu’il en coûte ». Cela change complètement l’action publique.


Si nous avions aujourd’hui une parfaite indexation des salaires sur les prix et une parfaite indexation des prix sur les coûts des entreprises, nous nous dirigerions vers 20 % d’inflation. Celle que nous avons en Europe aujourd’hui, qui n’est pas loin de 8 %, n’est que l’effet mécanique des matières premières. Il n’y a eu aucun effet boule de neige. Le risque est donc devant nous.

Economie: une période d’inflation durable » (MEDEF)

Economie: une période  d’inflation durable » (MEDEF)

 

Fini le concept d’inflation très temporaire qui devait disparaître à partir de l’été. Au contraire il se confirme que sous l’effet des restructurations de la production, des réorganisations logistiques, de la hausse des matières premières et de la guerre en Ukraine que la tendance sera durablement orientée à la hausse pour l’inflation. Ce que même le Medef confirme. Pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, les « grand-messes » doivent céder la place aux réunions par filière pour obtenir des résultats concrets. La planification écologique est indispensable, mais la transition ne sera indolore ni pour le pouvoir d’achat ni pour l’emploi.

 

 

Quels enseignements tirez-vous du résultat de l’élection présidentielle  
Un résultat me paraît symbolique : le président réélu a obtenu 85 % des voix à Paris, tandis que le score de Marine Le Pen atteint 56,73 % des suffrages à Colombey-les-Deux-Églises, le village du général de Gaulle, situé en plein milieu de ce qu’on appelle la « diagonale du vide ». La métropolisation de l’économie et des emplois ne s’est pas résorbée en cinq ans. Deux France s’opposent toujours : celle où l’adaptation à une économie mondialisée s’est effectuée sans dommage et celle où elle est au contraire subie, entraînant un sentiment de déclassement. Le motif sous-jacent du vote populiste est au moins autant économique qu’identitaire. Cela doit interpeller aussi les chefs d’entreprise.

Comment peuvent-ils réagir ?
​Nous devons offrir des perspectives à ceux qui ont l’impression d’être les perdants du système. L’image des entreprises, très positive depuis plusieurs années, s’est encore améliorée depuis la crise sanitaire. En contrepartie, les Français attendent énormément de ces dernières. Cela nous oblige. Pendant la pandémie, l’ensemble du corps social de l’entreprise – salariés, partenaires sociaux, dirigeants… – s’est retroussé les manches pour sauver l’outil de travail, puis repartir. Depuis, les négociations sur les salaires, annoncées comme difficiles, se sont plutôt bien déroulées. Nous avons également signé cinq accords importants entre partenaires sociaux au niveau national en moins de deux ans, dont ceux sur le télétravail, la formation et le paritarisme. Ce climat positif est l’occasion de s’engager dans le chantier majeur de la lutte contre le changement climatique, notamment par le dialogue social.

Les technologies « vertes », dans le ciment ou l’acier, entre autres, coûtent plus cher en investissement comme en production

​Le président de la République s’est prononcé pour une planification écologique. Qu’en pensez-vous ?
​Le terme ne m’effraie pas. L’État est dans son rôle. Ces investissements ne peuvent se concevoir que dans la durée, sans pouvoir produire de retour rapide. Le besoin de planifier est donc justifié, à condition que les secteurs soient parties prenantes, notamment les premiers concernés comme l’industrie, le transport, l’énergie ou le logement. L’Union européenne a entamé cette démarche, la France doit suivre.​

​La planification écologique entraînera-t-elle une décroissance ?
​Non. La décroissance n’est pas ​acceptable pour la majorité de nos concitoyens. Ni pour le reste de la planète. Il faut inventer le capitalisme décarboné, au moyen d’une croissance plus sobre. Des solutions existent. D’autres seront trouvées grâce aux innovations scientifiques. Les technologies « vertes », dans le ciment ou l’acier, entre autres, coûtent plus cher en investissement comme en production. Elles garantissent une forme de sobriété, mais entraîneront une hausse des prix des biens industriels qui se répercutera dans de multiples secteurs, dont le logement. On ne peut pas dire aux Français que la transition écologique sera indolore ni sans effets sur leur pouvoir d’achat, surtout quand on sait que 80 % des salariés prennent leur voiture pour aller travailler.

Sera-t-elle indolore pour l’emploi ?
​Non plus. On le constate déjà dans la construction automobile. Des emplois seront créés, mais pas dans les mêmes secteurs qu’aujourd’hui.​

​Quelles conséquences aura la guerre en Ukraine  ?
​J’y suis allé en juillet 2021, avec une délégation de chefs d’entreprise. Nous avions rencontré le président Zelenski, qui déjà nous avait fait part de son souhait d’intégrer l’Union européenne. La guerre menée par la Russie aura des conséquences majeures pour notre économie. Elle sert de révélateur quant à la dépendance énergétique – tous ceux qui doutaient encore de la nécessité de posséder un secteur nucléaire fort sont désormais, je l’espère en tout cas, convaincus. Cette source d’énergie neutre en carbone et indépendante est un atout majeur, alors que la France désinvestit depuis dix ans. Il faut réinvestir d’urgence en moyens et en compétences dans la filière.

​L’inflation va-t-elle durer ?
​Je le crains. Une partie résulte de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, à cause de goulets d’étranglement dans les chaînes de production. Mais nous sommes entrés dans une économie d’inflation durable, avec le renchérissement des prix de l’énergie et la rareté de certaines matières premières, comme les métaux. C’est un environnement que la plupart des chefs d’entreprise n’avaient jamais connu. Pas plus que l’ensemble de la population, qui sera confrontée – à travers la hausse inévitable des taux d’intérêt – à la hausse des prix dans le secteur crucial du logement. D’où le besoin de planifier. Et d’inaugurer une nouvelle méthode de gouvernement, en réunissant les parties prenantes, par filière, pour obtenir des résultats opérationnels, plutôt que par des « grand- messes » d’autrefois, d’où rien de concret ne peut émerger. La dimension territoriale est essentielle et doit être prise en compte dans tous les domaines, y compris celui de la fiscalité.

Quelles mesures attendez-vous ?
​Nous voulons pouvoir nous battre à armes égales avec nos concurrents européens. L’impôt sur les sociétés a diminué sous le mandat qui s’achève, mais les impôts de production demeurent supérieurs de 35 milliards d’euros à la moyenne européenne. Ce doit être la priorité du nouveau gouvernement.

​La situation des finances publiques vous inquiète-t-elle ?
​Les choix effectués pendant la crise sanitaire ont été justifiés par l’ampleur de la crise. Mais il ne faudrait pas entrer dans un « quoiqu’il en coûte »​ permanent. La question fondamentale concerne l’efficacité de la dépense publique, comme en témoigne l’invraisemblable fiasco de la délivrance des passeports. Nous constatons au sein des entreprises un énorme déficit de compétences, malgré la réussite de la réforme de l’apprentissage. Les résultats de l’éducation nationale sont en baisse depuis trente ans – tous les classements le soulignent. Les difficultés de l’hôpital public sont indéniables. Alors que dans ces deux domaines la France dépense plus que ses voisins. L’amélioration des finances publiques passe aussi par celle du taux d’emploi, qui demeure 10 points en dessous de celui de l’Allemagne. C’est ce critère-là qui permettra la hausse des recettes et la baisse des dépenses. L’augmenter de 5 points pourrait être l’un des objectifs du mandat qui s’ouvre. La clé réside dans les compétences. Et donc dans la formation.

« Nous sommes entrés dans une économie d’inflation durable » (MEDEF)

« Nous sommes entrés dans une économie d’inflation durable » (MEDEF)

 

Pour le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, les « grand-messes » doivent céder la place aux réunions par filière pour obtenir des résultats concrets. La planification écologique est indispensable, mais la transition ne sera indolore ni pour le pouvoir d’achat ni pour l’emploi.

 

 

Quels enseignements tirez-vous du résultat de l’élection présidentielle  
Un résultat me paraît symbolique : le président réélu a obtenu 85 % des voix à Paris, tandis que le score de Marine Le Pen atteint 56,73 % des suffrages à Colombey-les-Deux-Églises, le village du général de Gaulle, situé en plein milieu de ce qu’on appelle la « diagonale du vide ». La métropolisation de l’économie et des emplois ne s’est pas résorbée en cinq ans. Deux France s’opposent toujours : celle où l’adaptation à une économie mondialisée s’est effectuée sans dommage et celle où elle est au contraire subie, entraînant un sentiment de déclassement. Le motif sous-jacent du vote populiste est au moins autant économique qu’identitaire. Cela doit interpeller aussi les chefs d’entreprise.

Comment peuvent-ils réagir ?
​Nous devons offrir des perspectives à ceux qui ont l’impression d’être les perdants du système. L’image des entreprises, très positive depuis plusieurs années, s’est encore améliorée depuis la crise sanitaire. En contrepartie, les Français attendent énormément de ces dernières. Cela nous oblige. Pendant la pandémie, l’ensemble du corps social de l’entreprise – salariés, partenaires sociaux, dirigeants… – s’est retroussé les manches pour sauver l’outil de travail, puis repartir. Depuis, les négociations sur les salaires, annoncées comme difficiles, se sont plutôt bien déroulées. Nous avons également signé cinq accords importants entre partenaires sociaux au niveau national en moins de deux ans, dont ceux sur le télétravail, la formation et le paritarisme. Ce climat positif est l’occasion de s’engager dans le chantier majeur de la lutte contre le changement climatique, notamment par le dialogue social.

Les technologies « vertes », dans le ciment ou l’acier, entre autres, coûtent plus cher en investissement comme en production

​Le président de la République s’est prononcé pour une planification écologique. Qu’en pensez-vous ?
​Le terme ne m’effraie pas. L’État est dans son rôle. Ces investissements ne peuvent se concevoir que dans la durée, sans pouvoir produire de retour rapide. Le besoin de planifier est donc justifié, à condition que les secteurs soient parties prenantes, notamment les premiers concernés comme l’industrie, le transport, l’énergie ou le logement. L’Union européenne a entamé cette démarche, la France doit suivre.​

​La planification écologique entraînera-t-elle une décroissance ?
​Non. La décroissance n’est pas ​acceptable pour la majorité de nos concitoyens. Ni pour le reste de la planète. Il faut inventer le capitalisme décarboné, au moyen d’une croissance plus sobre. Des solutions existent. D’autres seront trouvées grâce aux innovations scientifiques. Les technologies « vertes », dans le ciment ou l’acier, entre autres, coûtent plus cher en investissement comme en production. Elles garantissent une forme de sobriété, mais entraîneront une hausse des prix des biens industriels qui se répercutera dans de multiples secteurs, dont le logement. On ne peut pas dire aux Français que la transition écologique sera indolore ni sans effets sur leur pouvoir d’achat, surtout quand on sait que 80 % des salariés prennent leur voiture pour aller travailler.

Sera-t-elle indolore pour l’emploi ?
​Non plus. On le constate déjà dans la construction automobile. Des emplois seront créés, mais pas dans les mêmes secteurs qu’aujourd’hui.​

​Quelles conséquences aura la guerre en Ukraine  ?
​J’y suis allé en juillet 2021, avec une délégation de chefs d’entreprise. Nous avions rencontré le président Zelenski, qui déjà nous avait fait part de son souhait d’intégrer l’Union européenne. La guerre menée par la Russie aura des conséquences majeures pour notre économie. Elle sert de révélateur quant à la dépendance énergétique – tous ceux qui doutaient encore de la nécessité de posséder un secteur nucléaire fort sont désormais, je l’espère en tout cas, convaincus. Cette source d’énergie neutre en carbone et indépendante est un atout majeur, alors que la France désinvestit depuis dix ans. Il faut réinvestir d’urgence en moyens et en compétences dans la filière.

​L’inflation va-t-elle durer ?
​Je le crains. Une partie résulte de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine, à cause de goulets d’étranglement dans les chaînes de production. Mais nous sommes entrés dans une économie d’inflation durable, avec le renchérissement des prix de l’énergie et la rareté de certaines matières premières, comme les métaux. C’est un environnement que la plupart des chefs d’entreprise n’avaient jamais connu. Pas plus que l’ensemble de la population, qui sera confrontée – à travers la hausse inévitable des taux d’intérêt – à la hausse des prix dans le secteur crucial du logement. D’où le besoin de planifier. Et d’inaugurer une nouvelle méthode de gouvernement, en réunissant les parties prenantes, par filière, pour obtenir des résultats opérationnels, plutôt que par des « grand- messes » d’autrefois, d’où rien de concret ne peut émerger. La dimension territoriale est essentielle et doit être prise en compte dans tous les domaines, y compris celui de la fiscalité.

Quelles mesures attendez-vous ?
​Nous voulons pouvoir nous battre à armes égales avec nos concurrents européens. L’impôt sur les sociétés a diminué sous le mandat qui s’achève, mais les impôts de production demeurent supérieurs de 35 milliards d’euros à la moyenne européenne. Ce doit être la priorité du nouveau gouvernement.

​La situation des finances publiques vous inquiète-t-elle ?
​Les choix effectués pendant la crise sanitaire ont été justifiés par l’ampleur de la crise. Mais il ne faudrait pas entrer dans un « quoiqu’il en coûte »​ permanent. La question fondamentale concerne l’efficacité de la dépense publique, comme en témoigne l’invraisemblable fiasco de la délivrance des passeports. Nous constatons au sein des entreprises un énorme déficit de compétences, malgré la réussite de la réforme de l’apprentissage. Les résultats de l’éducation nationale sont en baisse depuis trente ans – tous les classements le soulignent. Les difficultés de l’hôpital public sont indéniables. Alors que dans ces deux domaines la France dépense plus que ses voisins. L’amélioration des finances publiques passe aussi par celle du taux d’emploi, qui demeure 10 points en dessous de celui de l’Allemagne. C’est ce critère-là qui permettra la hausse des recettes et la baisse des dépenses. L’augmenter de 5 points pourrait être l’un des objectifs du mandat qui s’ouvre. La clé réside dans les compétences. Et donc dans la formation.

Un retour durable de l’inflation( Frédéric Leroux)

Un retour durable de l’inflation ( Frédéric Leroux)

 

Comment faire face à un retour durable de l’inflation par Frédéric Leroux ,membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac dans » l’Opinion ».

 

L’élection présidentielle, la prise de conscience depuis le coronavirus et la guerre en Ukraine de la triple dépendance industrielle, énergétique et militaire française ainsi que le retour de l’inflation créent une opportunité bienvenue de réorienter l’épargne des Français vers le nécessaire redéploiement économique du pays.

Traiter ces dépendances par la réindustrialisation va nécessiter la mobilisation de moyens considérables que notre situation budgétaire rend inaccessibles. Le concours des épargnants pourrait être la solution alors que le retour durable de l’inflation mettra à mal les placements qu’ils privilégient encore aujourd’hui. L’installation durable de l’inflation dans le paysage économique est en effet de plus en plus probable. Au-delà des facteurs conjoncturels bien identifiés, d’autres plus structurels émergent.

Le premier d’entre eux est l’évolution de la démographie mondiale, qui réduit le nombre d’épargnants dans leurs années fastes, ces fournisseurs de capital, facilitateurs de productivité et de désinflation. Et augmente simultanément le nombre de consommateurs. Le suivant est le vieillissement de la population chinoise qui incitera de moins en moins le pays à chercher dans les exportations à bas prix les clés de sa prospérité : la douloureuse pression baissière sur les salaires mondiaux devrait donc s’estomper. De plus, il semble possible que la désinflation imprimée par l’e-commerce touche à sa fin avec des prix en hausse continue depuis mi-2020.

 Il convient ensuite d’intégrer dans la dynamique inflationniste les prix énergétiques et des métaux, impliqués dans la filière électrique due à la transition énergétique menée à marche forcée, et de noter le grand retour des politiques budgétaires. Ces dernières favorisent la demande et l’inflation, actant de l’échec des politiques monétaires non conventionnelles.

« Comment fait-on pour que l’épargne des ménages ne soit pas laminée par cette inflation, et la hausse des taux d’intérêt induite qui pèsent déjà sur le pouvoir d’achat ? »

Enfin, comment ne pas ressentir l’aspiration populaire à la moralisation des décisions économiques au détriment de leur stricte efficacité ? Moins d’efficacité, c’est aussi davantage d’inflation. La désinflation liée au progrès technologique pourrait ne plus suffire à assurer la stabilité des prix dans les années à venir.

Comment fait-on alors pour que l’épargne des ménages ne soit pas laminée par cette inflation, et la hausse des taux d’intérêt induite qui pèsent déjà sur le pouvoir d’achat ? Dans les programmes des deux candidats finalistes de l’élection présidentielle, deux mesures revêtent un intérêt particulier pour un développement ambitieux et vertueux de l’épargne dans un contexte inflationniste.

La première mesure est la généralisation du dispositif d’intéressement/participation aux résultats des entreprises à toutes celles qui distribuent des dividendes à leurs actionnaires. Cette idée présente l’avantage de pouvoir aligner les intérêts des employés et ceux de leur entreprise en contribuant à un complément de rémunération bienvenu, dépendant des profits, impactés par les prix. Un tel projet est capable de renforcer l’adhésion à l’objet social et la compétitivité des entreprises concernées.

La seconde mesure intéressante, bien que floue, est la création d’un Fonds Souverain Français, exclusivement financé sur fonds privés, ayant vocation à investir dans des secteurs économiques stratégiques et dans le renforcement des fonds propres des entreprises. Si ce Fonds – ou tout autre dispositif – pouvait spécifiquement réorienter l’épargne des ménages vers de l’investissement en actions concentré sur les dépendances industrielles, énergétiques et militaires, l’idée nous paraîtrait excellente à bien des égards.

D’abord cette mesure ne détériorerait pas davantage les comptes publics puisqu’elle fait appel à la seule épargne privée. Ensuite elle permettrait de capitaliser sur notre mix énergétique qui fait la part belle au nucléaire dont les mérites sont enfin (!) reconnus ; il est plus facile de devenir une économie industrielle lorsque la fourniture énergétique est largement domestique.

Enfin, cela donnerait aux épargnants un accès à un investissement capable de prospérer en ambiance inflationniste. En effet, des actions de sociétés industrielles de qualité seront moins (voire pas du tout) affectées par la hausse des taux d’intérêt que les placements obligataires (dont l’assurance vie en euro) ou que les actions de sociétés peu dépendantes du cycle économique.

 Il existe donc une opportunité majeure de faire converger, dans le contexte inflationniste qui se précise, les intérêts de l’Etat et des épargnants, après une longue décennie où leur épargne aura été dirigée vers le financement de la dette publique française contre une rémunération négative. Bien sûr, il conviendrait d’imaginer un dispositif suffisamment motivant car on ne réoriente pas l’épargne – des emprunts d’Etat vers les actions de sociétés industrielles – sans un minimum d’assurances et d’incitations.

« Reconnaissons définitivement nos dangereuses dépendances, admettons que l’inflation revient et mettons en œuvre des moyens solides pour y faire face, en s’appuyant sur nos atouts »

Nous avons assez souffert de nos faiblesses relatives ces dernières décennies. Nous n’avons que trop souvent éreinté notre compétitivité en nous auto-infligeant parfois des contraintes nationales au-delà de ce qu’exigeait notre appartenance à l’Europe. Reconnaissons définitivement nos dangereuses dépendances, admettons que l’inflation revient et mettons en œuvre des moyens solides pour y faire face, en s’appuyant sur nos atouts.

Reconstruire un secteur industriel digne de ce nom, pourvoyeur d’emplois qualifiés, bien payés grâce à des marges élevées et à une productivité industrielle toujours améliorable, principalement financée en actions par l’épargne privée. Voilà un excellent moyen de contribuer à résoudre l’équation économique qui nous est proposée pour les décennies qui viennent.

Faisons en sorte que l’inflation ne soit pas une fatalité. Pour cela, réfléchissons à une politique économique et à des mesures spécifiques adaptées à l’inversion probable des moteurs de l’économie mondiale après 40 ans de désinflation.

Frédéric Leroux est membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac.

 

L’indécent culot des promoteurs de l’éolien ( fédération environnement durable)

L’indécent  culot des promoteurs de l’éolien  ( fédération environnement durable)

Dans un article des Echos du 13 avril, les  syndicats des promoteurs éoliens nous expliquent que si les prix de l’électricité se maintiennent à 220 euros le mégawattheure (MWh) en moyenne attendus pour 2022, l’éolien devrait rapporter 3,7 milliards d’euros de recettes à l’Etat et c’est le meilleur investissement énergétique qu’a fait l’Etat !

Il convient donc ici de rappeler quelques faits :

Le prix moyen de l’électricité en France a été de 45,00 €/MWh en 2017, de 50,20 €/MWh en 2018, de 39,45 €/MWh en 2019, de 32,40 €/MWh en 2020 et dans le premier semestre 2021 de 58,35 €/MWh en moyenne ; cela fait un prix moyen de 50 €/MWh sur une période qui va de 2017 à mi 2021.
Depuis 9 mois, se sont succédés une série d’évènements désastreux tant pour la production nationale que pour le marché européen de l’électricité :
L’été 2021 a été absolument pourri en Allemagne or ce pays est très dépendant de l’éolien et du solaire ; pendant 3 mois, ce pays a dû tirer sur ses stocks de gaz russe, stocks qui font cruellement défaut maintenant.

Fin d’année 2021, EDF a dû mettre à l’arrêt en urgence pour maintenance près d’un tiers de son parc électronucléaire, parc qui souffre de sous-investissement depuis des années.

Enfin depuis le début de l’année 2022, le conflit Russo- Ukrainien a fait exploser le prix des énergies fossiles d’origine russe, énergie dont dépend fortement l’Allemagne ; ces énergies fossiles servent à pallier les intermittences de ses filières solaires et éoliennes.

En conclusion de cette série catastrophique, nous avons assisté à une multiplication par 4,5 du prix du MWh sur le marché français et on table, hélas, sur un prix moyen de 220 €/MWh.

C’est évidemment un désastre pour les ménages français.

Depuis 10 ans environ, les nouvelles règles du marché européen de l’électricité, font que la France ne maîtrise plus du tout son prix d’électricité et que ce prix dépend de facteurs exogènes comme le prix des combustibles fossiles importés de Russie par les Allemands. C’est d’autant plus paradoxal qu’en 2021, notre électricité aura été décarbonée à plus de 92% !

La FED

A cause de cette politique tarifaire, nous subissons maintenant de plein fouet, les errements de l’Allemagne et de sa dépendance au gaz russe.

Donc, les annonces du lobby éolien saluant comme une bonne nouvelle un prix d’électricité de 220 €/MWH et annonçant ainsi pour les Français un retour de pouvoir d’achat, manquent totalement de décence et c’est véritablement se moquer des gens !

Une baisse durable du dollar dans les échanges internationaux ?

Une baisse durable du dollar dans les échanges internationaux ?

La mesure de rétorsion qui vise Moscou pourrait inciter d’autres pays à accélérer la dédollarisation de leur économie, Chine en tête, détaille Marie Charrel, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

 

Cette tendance pourrait influencer à terme la valeur du dollar NDLR

Chronique. 

 

L’invasion russe de l’Ukraine et la salve de sanctions économiques qui ont suivi vont bouleverser, à moyen et à long terme, le système financier international, même si les incertitudes sur l’évolution du conflit doivent inciter à la prudence sur l’ampleur des changements possibles. Samedi 26 février, les Occidentaux ont ainsi décidé de geler les réserves de la banque centrale russe détenues à l’étranger auprès d’autres instituts monétaires, comme ceux de la zone euro. En lui interdisant de piocher dans ce trésor de guerre, Américains et Européens veulent empêcher la banque centrale russe de défendre le rouble face à la crise économique et financière où le pays va plonger.

Cette mesure sans précédent est un coup de tonnerre sur la planète monétaire. Elle laissera des traces. Elle signifie que la sécurité des réserves d’un pays détenues à l’étranger n’est pas garantie. Elles peuvent être prises en otage dans le cadre de sanctions, en particulier venant de Washington – car elles sont encore largement détenues en dollars, à hauteur de 59 % pour l’ensemble des réserves de change de la planète, selon le Fonds monétaire international (FMI). Loin devant l’euro (20,5 %).

Après la crise asiatique de 1997, nombre de pays émergents ont considérablement gonflé ce butin, afin d’être en mesure de protéger leurs devises en cas de crise. Les sanctions ciblant la banque centrale russe inciteront-elles certains à diversifier leurs réserves – par exemple en se tournant vers l’or ou le yuan –, afin de les soustraire à l’influence américaine ? Sans nul doute.

 

D’autant que, ces dernières années, les Etats-Unis ont également profité de la position dominante du billet vert pour imposer des amendes aux entreprises étrangères commerçant – en dollars – avec certains Etats. A l’exemple de BNP Paribas, condamnée en 2014 par Washington à payer 9 milliards de dollars pour avoir contourné des embargos américains dans quatre pays, dont l’Iran. 

Depuis l’invasion de la Crimée, en 2014, la Russie a entamé la diversification de ses réserves, en augmentant notamment la part détenue en yuans. Elle a également développé son propre système de communication financière, le SPFS (« système de transfert de messages financiers »), afin de réduire sa dépendance au réseau occidental Swift, dont sept de ses banques ont été exclues début mars. Le SPFS pèse déjà 20 % des paiements effectués en Russie et est utilisé par une kyrielle de banques de l’ex-bloc soviétique.

 

La Chine ne fait pas autre chose. Depuis 2005, elle internationalise lentement sa devise afin d’accompagner la montée en puissance de son économie, tout en la dédollarisant. En 2010, les entreprises chinoises ont été autorisées à payer leurs importations et exportations en yuans – jusque-là, elles le faisaient en dollars. Dans la foulée, le gouvernement a fait de Hongkong le premier centre offshore de sa monnaie, en autorisant une filiale de la Bank of China à y piloter l’offre du yuan à l’international. Cela a permis le développement d’une foule de services et de produits financiers autour de la devise chinoise, tels que des conseils en investissement, de la gestion d’actifs, et surtout, des émissions d’obligations en yuans. Enfin, Pékin a accéléré, ces derniers mois, le déploiement de l’e-yuan, sa monnaie numérique susceptible de remplacer, à terme, les pièces et billets. 

Économie-finances –Une inflation durable ?

Économie-finances –Une inflation durable  ?

Pour répondre, il faut en comprendre les causes et analyser la façon dont les banques centrales et les gouvernements réagissent. Par Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à Brest Business School, et Charaf Louhmadi, ingénieur économètre chez Natixis, auteur de « Fragments d’histoire des crises financières » et « Voyage au pays des nombres premiers » (éd. Connaissances et Savoirs). ( dans la Tribune)

Un document intéressant qui reprend des facteurs explicatifs de la hausse des prix et de l’inflation mais finalement peu éclairant sur l’avenir . Dommage car c’est un aspect essentiel de l’avenir économique puisque la hausse des prix aura atteint de l’ordre de 2,8 % en 2021 en France et 6,8 % sur un an en novembre aux États-Unis. Des envolées qui vont contraindre les banques centrales à réajuster plutôt que prévu les taux d’intérêt Surtout si la pandémie continue à amplifier le phénomène inflationniste. NDLR

 

 

L’inflation est de nouveau au centre des préoccupations économiques. Elle s’accélère et se généralise, mais à des degrés divers selon les pays. Le taux d’inflation outre-Atlantique a atteint un record historique aux Etats-Unis en octobre dernier, plus de 6,2% sur un an glissant, du jamais vu depuis les années 1990. En mars 2020, le glissement annuel était en-deçà de 0,5%. L’inflation a donc été multipliée par 11,5 en l’espace d’un an et demi. De fait, le président des Etats-Unis, Joe Biden, a réagi en soulignant qu’il s’agissait là d’une inflation inquiétante, nocive et génératrice d’érosion en ce qui concerne le pouvoir d’achat.

La hausse inflationniste touche également l’Europe. En Allemagne, le taux d’inflation s’est accéléré pour atteindre 5,2% au mois de novembre dernier, une première depuis plus d’une trentaine d’années. L’Espagne est également concernée: 5,6% en novembre 2021 ; là encore, il s’agit d’un record non atteint depuis 1992. La Belgique n’est pas non plus insensible à ce mouvement, avec un taux d’inflation dépassant les 5,6%, un record depuis la crise de 2008. Quant à la France, elle a vu son taux d’inflation grimper de 2,8% au mois de novembre[1]. Le constat est donc général, la zone euro vient de connaître un taux d’inflation de 4,9%[2], une hausse jamais atteinte depuis plus de deux décennies.

Dès lors, plusieurs questions se posent. Quelles en sont les causes ? Cette inquiétante poussée inflationniste sera-t-elle durable ? Ce retour de l’inflation est-il propre à enrayer la reprise ? Enfin, comment réagissent les institutions centrales ? Autant d’interrogations qu’il convient d’envisager d’abord à l’aune de l’histoire.

Les leçons de l’histoire

Le 20e siècle a connu des périodes inflationnistes multiples, à différentes époques et sur des espaces géographiques variables. On pense naturellement aux conséquences catastrophiques des deux guerres mondiales. En France, par exemple, l’inflation a atteint des taux frôlant les 40% au sortir de la première guerre. A la fin de la seconde, elle y approchait les 60%. Seul le rétablissement de la paix a pu calmer ces deux phases d’hyperinflation. Visiblement, guerres et inflation vont de pair. C’est ainsi qu’au début du 19e siècle, lors des guerres napoléoniennes, se produisirent également des pics inflationnistes. Aux Etats-Unis, tout comme plus tard durant les deux grands conflits du 20e siècle, la guerre de Sécession du milieu du 19e siècle a donné lieu au même phénomène. Dans des proportions bien plus aiguës, l’Allemagne l’a connu également après sa défaite en 1918. Elle en sortit difficilement en instaurant une monnaie forte, en garantissant la stricte indépendance de sa banque centrale et en mettant en œuvre une politique d’austérité budgétaire.

Plus près de nous, les deux chocs pétroliers des années 1970 ont été générateurs d’inflation en Europe comme aux Etats-Unis. Nommé par le président Jimmy Carter en 1979 à la tête de la Fed, Paul Volcker mit alors en place une politique monétaire visant à contenir une inflation avoisinant les 13%. Il procéda à une hausse brutale des taux d’intérêt, le taux directeur passant de 11% à 20%. On peut dire que cette politique fut efficace sur le volet inflationniste : l’inflation, après s’être stabilisée autour des 3% en 1983, resta ainsi en dessous des 5% pendant plusieurs décennies. A contrario, les Etats-Unis connurent une récession dont un des facteurs fut cette hausse discontinue des taux d’intérêts. Raison pour laquelle, Jimmy Carter, candidat démocrate à sa propre réélection en 1980, échoua face au candidat républicain, Ronald Reagan.

La montée des prix de l’énergie, principal moteur inflationniste

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, selon l’organisme « Energy Information Administration », les prix des carburants ont augmenté de manière considérable, d’environ 35% depuis le début de la pandémie. Cela s’explique essentiellement par l’évolution des cours du pétrole brut qui a connu une hausse significative en 2021. Le Brent (référence pour l’Europe) a ainsi dépassé au mois d’octobre les 86 dollars, frôlant son maximum sur 5 ans. Particulièrement volatile au cours de l’année 2020, le WTI (référence pour l’Amérique) a lui aussi atteint son maximum historique sur 5 ans, en culminant à plus de 85 dollars également en octobre dernier. Notons toutefois d’abord une détente des cours du Brent et du WTI le mois suivant, avec des prix avoisinant 70 dollars, puis un rebond en décembre, quand le Brent semblait converger à nouveau vers le seuil des 80 dollars.

Les prix mondiaux du gaz naturel sont également très tendus à cause d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, notamment en Europe où les stocks sont bas. La relance de l’économie mondiale vient également booster les hausses des prix des matières premières énergétiques. Le gaz naturel et le gaz naturel liquéfié (méthane liquide à une température en dessous de -161 degrés) sont notamment assujettis à une forte demande asiatique. Autorité administrative et indépendante, la Commission française de régulation de l’énergie pointe du doigt l’incapacité de la Russie et de la Norvège, les deux principaux fournisseurs de gaz naturel en Europe, à augmenter leurs livraisons.

Pour certains pays européens, cette importation de gaz est d’autant plus vitale qu’ils produisent de l’électricité essentiellement à partir des énergies fossiles. C’est le cas de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie. Toute tension sur les prix du gaz se traduit systématiquement, sauf subvention de ces Etats, par une hausse des factures d’électricité des ménages. Bien qu’elle produise grâce à son parc nucléaire une électricité décarbonée, la France est confrontée aux mêmes difficultés. Non seulement, elle importe la quasi-totalité de son gaz naturel mais elle est aussi touchée par le mécanisme européen de fixation des prix. C’est pourquoi, à maintes reprises, Bruno Le Maire a critiqué cette législation européenne qu’il qualifie d’obsolète. En outre, le risque d’une panne nucléaire impactant la production d’électricité n’est pas nul, si l’on en croit l’arrêt des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux en décembre.

Il existe donc une corrélation réelle entre l’inflation et les tensions sur les marchés énergétiques. Ainsi les automobilistes sont-ils impactés, les prix de l’essence et du gasoil ayant augmenté de plus de 15% entre janvier et octobre 2021. Le Premier ministre, Jean Castex, évoque une situation « conjoncturelle » à laquelle il réagit en limitant, par le jeu de la fiscalité afférente, la hausse des prix de l’électricité à 4% au lieu de 12% jusqu’à début 2023. Il a annoncé, en outre, une immobilisation du prix du gaz jusqu’en mai 2022. Ensuite, les hausses reprendront mais lissées sur les 12 mois suivant ce gel des prix. Le gouvernement a également pris une mesure sociale consistant au versement d’un chèque de 100 euros aux 6 millions de ménages les plus modestes.

Chez nos voisins européens, les gouvernements réagissent également à la crise inflationniste. En Espagne, le Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, a pour sa part réformé la fiscalité afin de diminuer les factures de l’électricité. En Italie, le Premier ministre, Mario Draghi, ancien gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), a débloqué 3 milliards d’euros portant principalement sur le volet énergétique.

Du côté des Etats-Unis, le président Joe Biden a pointé du doigt les bénéfices record des géants pétroliers. En outre, d’après le Wall Street Journal, des extractions conséquentes seront opérées dans la « Strategic Petroleum Reserve ». On parle de plusieurs dizaines de millions de barils, ce qui devrait augmenter l’offre et faire baisser les prix. La Chine, l’Inde et le Japon ont également annoncé puiser dans leurs réserves stratégiques  pour produire plus. En outre, les pays de l’Opep+ ont indiqué qu’ils allaient ajuster à la hausse leur production pétrolière, et ce, malgré la menace et l’incertitude engendrées par le nouveau variant Omicron.

Divergences stratégiques entre la FED et la BCE

Les banques centrales disposent de leviers d’action pour contrer la hausse des prix. Une hausse des taux directeurs permet ainsi une diminution de la valorisation des actifs et donc de l’inflation. Une baisse des achats d’actifs permet également de ne pas exercer de pression sur l’offre et donc de contrer la hausse des prix.

La réserve fédérale (FED) a annoncé mercredi 15 décembre une série de trois hausses des taux directeurs pour l’année 2022. Les prévisions des taux directeurs américains seront à 0,9% à la fin 2022 versus à peine 0,4%. L’institution, dirigée par Jerome Powell, juge que l’inflation est menaçante et qu’il faut donc l’endiguer rapidement. Si l’on se fie à la récente prévision trimestrielle, le calendrier de ces hausses sera corrélé à l’évolution des niveaux du taux de chômage américain. La FED a également annoncé des hausses progressives dans les années à venir et à long terme des taux d’intérêt. De surcroît, la banque centrale américaine indique mettre fin à son programme d’achats obligataires à la fin du premier trimestre 2022.

En revanche, la BCE maintient ses niveaux de taux directeurs qui, rappelons-le, sont historiquement bas. Malgré l’émergence du variant Omicron et la flambée des nouveaux cas de contamination, Christine Lagarde estime que l’inflation est passagère et que celle-ci renouera avec un niveau inférieur à 2% à horizon 2023. La BCE prévoit également d’arrêter les programmes d’achats de dettes à mars 2022, c’est-à-dire ceux lancés dans le cadre du plan de sauvetage de l’économie européenne contre la crise pandémique. A l’automne 2021, les achats de la BCE étaient valorisés à hauteur de 1.500 milliards d’euros pour un objectif cible de 1.850 milliards d’euros. Si de telles mesures ont vocation à faire baisser les prix des actifs, elles pourraient néanmoins avoir pour conséquence une hausse progressive des taux. Le différentiel de vitesse de ces deux processus présenterait alors le risque de générer des pertes pour les organismes bancaires. Une hausse des taux plus lente qu’une dépréciation plus rapide des actifs générerait des pertes potentielles pour celles-ci.

Claudia Buch, la vice-présidente de la Banque Fédérale d’Allemagne, souligne de son côté que les mesures de relance adoptées en 2020 ne pourront être envisagées à nouveau en cas de rechute de l’économie européenne, scénario possible avec l’émergence du très contagieux variant Omicron.

La composante maritime de l’inflation

Le secteur maritime participe de la flambée des prix. Le prix de location du conteneur a quadruplé entre début 2020 et fin 2021. La « boite » se loue désormais en moyenne à plus de 9.200 dollars. Raison pour laquelle, les leaders mondiaux du commerce maritime renforcent leur flotte. Le mastodonte danois A.P. Moeller-Maersk a, par exemple, acté l’acquisition en novembre 2021 de l’entreprise allemande Senator International, pour plus de 644 millions de dollars. Le géant français CMA CGM, numéro trois mondial du transport maritime, booste également sa flotte avec plus de 800.000 conteneurs additionnels.

Naturellement, ces tensions sur les prix du commerce maritime se traduisent par une hausse significative des prix des produits transportés. Le secteur textile est ainsi particulièrement touché, les prix de la laine et du coton ayant par exemple grimpé de plus de 40% en l’espace d’un an.

Cette « inflation maritime » est expliquée principalement par deux facteurs. Le premier provient de la relance aiguë de l’économie mondiale après une année 2020 chaotique, une période durant laquelle l’économie chinoise, pionnière dans le secteur du transport maritime, a été momentanément paralysée à cause des mesures restrictives du confinement. Au premier semestre 2020, des pics advinrent où plus de 12% de la flotte maritime mondiale était à l’arrêt. Or, dès le troisième trimestre, il y eut un véritable rebond. En octobre, moins d’1% de la flotte mondiale était encore à l’arrêt. La relance économique a été fulgurante, générant de la sorte un déséquilibre systémique entre l’offre et la demande. La pénurie des conteneurs, on l’a évoquée, constituait le second facteur. Elle s’explique par une demande excédentaire, particulièrement juteuse pour les leaders mondiaux du commerce maritime.

Y a-t-il corrélation entre inégalité vaccinale et inflation ?

L’inégalité vaccinale est un fait. Les statistiques le montrent. Au mois d’août 2021, 80% des quatre milliards de doses avaient été utilisées par les seuls pays à forts ou moyens revenus. En Afrique, au 30 septembre 2021, seuls 15 pays sur 54 dépassaient le seuil des 10% de personnes vaccinées. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en tire la conclusion que l’inégalité vaccinale justifie l’étalement dans le temps de la pandémie.

L’inégalité vaccinale freine par ailleurs l’offre mondiale, particulièrement l’offre asiatique. Or, l’Asie est en retard par rapport aux pays occidentaux sur le plan de la vaccination. Et, au sein de ce même continent, où l’on produit une partie importante des marchandises importées à l’échelle mondiale, il existe une réelle inégalité vaccinale selon les pays. Ces mêmes inégalités vaccinales contribuent au ralentissement de l’offre face à une demande en progrès dans de nombreux secteurs, cela contribue de manière implicite à favoriser l’inflation.C’est la raison pour laquelle Laurence Boone, cheffe économiste à l’OCDE, explique que pour ralentir l’inflation, il faut continuer à vacciner.

Économie–Une inflation durable ?

Économie–Une inflation durable  ?

Pour répondre, il faut en comprendre les causes et analyser la façon dont les banques centrales et les gouvernements réagissent. Par Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à Brest Business School, et Charaf Louhmadi, ingénieur économètre chez Natixis, auteur de « Fragments d’histoire des crises financières » et « Voyage au pays des nombres premiers » (éd. Connaissances et Savoirs). ( dans la Tribune)

Un document intéressant qui reprend des facteurs explicatifs de la hausse des prix et de l’inflation mais finalement peu éclairant sur l’avenir NDLR

 

 

L’inflation est de nouveau au centre des préoccupations économiques. Elle s’accélère et se généralise, mais à des degrés divers selon les pays. Le taux d’inflation outre-Atlantique a atteint un record historique aux Etats-Unis en octobre dernier, plus de 6,2% sur un an glissant, du jamais vu depuis les années 1990. En mars 2020, le glissement annuel était en-deçà de 0,5%. L’inflation a donc été multipliée par 11,5 en l’espace d’un an et demi. De fait, le président des Etats-Unis, Joe Biden, a réagi en soulignant qu’il s’agissait là d’une inflation inquiétante, nocive et génératrice d’érosion en ce qui concerne le pouvoir d’achat.

La hausse inflationniste touche également l’Europe. En Allemagne, le taux d’inflation s’est accéléré pour atteindre 5,2% au mois de novembre dernier, une première depuis plus d’une trentaine d’années. L’Espagne est également concernée: 5,6% en novembre 2021 ; là encore, il s’agit d’un record non atteint depuis 1992. La Belgique n’est pas non plus insensible à ce mouvement, avec un taux d’inflation dépassant les 5,6%, un record depuis la crise de 2008. Quant à la France, elle a vu son taux d’inflation grimper de 2,8% au mois de novembre[1]. Le constat est donc général, la zone euro vient de connaître un taux d’inflation de 4,9%[2], une hausse jamais atteinte depuis plus de deux décennies.

Dès lors, plusieurs questions se posent. Quelles en sont les causes ? Cette inquiétante poussée inflationniste sera-t-elle durable ? Ce retour de l’inflation est-il propre à enrayer la reprise ? Enfin, comment réagissent les institutions centrales ? Autant d’interrogations qu’il convient d’envisager d’abord à l’aune de l’histoire.

Les leçons de l’histoire

Le 20e siècle a connu des périodes inflationnistes multiples, à différentes époques et sur des espaces géographiques variables. On pense naturellement aux conséquences catastrophiques des deux guerres mondiales. En France, par exemple, l’inflation a atteint des taux frôlant les 40% au sortir de la première guerre. A la fin de la seconde, elle y approchait les 60%. Seul le rétablissement de la paix a pu calmer ces deux phases d’hyperinflation. Visiblement, guerres et inflation vont de pair. C’est ainsi qu’au début du 19e siècle, lors des guerres napoléoniennes, se produisirent également des pics inflationnistes. Aux Etats-Unis, tout comme plus tard durant les deux grands conflits du 20e siècle, la guerre de Sécession du milieu du 19e siècle a donné lieu au même phénomène. Dans des proportions bien plus aiguës, l’Allemagne l’a connu également après sa défaite en 1918. Elle en sortit difficilement en instaurant une monnaie forte, en garantissant la stricte indépendance de sa banque centrale et en mettant en œuvre une politique d’austérité budgétaire.

Plus près de nous, les deux chocs pétroliers des années 1970 ont été générateurs d’inflation en Europe comme aux Etats-Unis. Nommé par le président Jimmy Carter en 1979 à la tête de la Fed, Paul Volcker mit alors en place une politique monétaire visant à contenir une inflation avoisinant les 13%. Il procéda à une hausse brutale des taux d’intérêt, le taux directeur passant de 11% à 20%. On peut dire que cette politique fut efficace sur le volet inflationniste : l’inflation, après s’être stabilisée autour des 3% en 1983, resta ainsi en dessous des 5% pendant plusieurs décennies. A contrario, les Etats-Unis connurent une récession dont un des facteurs fut cette hausse discontinue des taux d’intérêts. Raison pour laquelle, Jimmy Carter, candidat démocrate à sa propre réélection en 1980, échoua face au candidat républicain, Ronald Reagan.

La montée des prix de l’énergie, principal moteur inflationniste

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, selon l’organisme « Energy Information Administration », les prix des carburants ont augmenté de manière considérable, d’environ 35% depuis le début de la pandémie. Cela s’explique essentiellement par l’évolution des cours du pétrole brut qui a connu une hausse significative en 2021. Le Brent (référence pour l’Europe) a ainsi dépassé au mois d’octobre les 86 dollars, frôlant son maximum sur 5 ans. Particulièrement volatile au cours de l’année 2020, le WTI (référence pour l’Amérique) a lui aussi atteint son maximum historique sur 5 ans, en culminant à plus de 85 dollars également en octobre dernier. Notons toutefois d’abord une détente des cours du Brent et du WTI le mois suivant, avec des prix avoisinant 70 dollars, puis un rebond en décembre, quand le Brent semblait converger à nouveau vers le seuil des 80 dollars.

Les prix mondiaux du gaz naturel sont également très tendus à cause d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, notamment en Europe où les stocks sont bas. La relance de l’économie mondiale vient également booster les hausses des prix des matières premières énergétiques. Le gaz naturel et le gaz naturel liquéfié (méthane liquide à une température en dessous de -161 degrés) sont notamment assujettis à une forte demande asiatique. Autorité administrative et indépendante, la Commission française de régulation de l’énergie pointe du doigt l’incapacité de la Russie et de la Norvège, les deux principaux fournisseurs de gaz naturel en Europe, à augmenter leurs livraisons.

Pour certains pays européens, cette importation de gaz est d’autant plus vitale qu’ils produisent de l’électricité essentiellement à partir des énergies fossiles. C’est le cas de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie. Toute tension sur les prix du gaz se traduit systématiquement, sauf subvention de ces Etats, par une hausse des factures d’électricité des ménages. Bien qu’elle produise grâce à son parc nucléaire une électricité décarbonée, la France est confrontée aux mêmes difficultés. Non seulement, elle importe la quasi-totalité de son gaz naturel mais elle est aussi touchée par le mécanisme européen de fixation des prix. C’est pourquoi, à maintes reprises, Bruno Le Maire a critiqué cette législation européenne qu’il qualifie d’obsolète. En outre, le risque d’une panne nucléaire impactant la production d’électricité n’est pas nul, si l’on en croit l’arrêt des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux en décembre.

Il existe donc une corrélation réelle entre l’inflation et les tensions sur les marchés énergétiques. Ainsi les automobilistes sont-ils impactés, les prix de l’essence et du gasoil ayant augmenté de plus de 15% entre janvier et octobre 2021. Le Premier ministre, Jean Castex, évoque une situation « conjoncturelle » à laquelle il réagit en limitant, par le jeu de la fiscalité afférente, la hausse des prix de l’électricité à 4% au lieu de 12% jusqu’à début 2023. Il a annoncé, en outre, une immobilisation du prix du gaz jusqu’en mai 2022. Ensuite, les hausses reprendront mais lissées sur les 12 mois suivant ce gel des prix. Le gouvernement a également pris une mesure sociale consistant au versement d’un chèque de 100 euros aux 6 millions de ménages les plus modestes.

Chez nos voisins européens, les gouvernements réagissent également à la crise inflationniste. En Espagne, le Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, a pour sa part réformé la fiscalité afin de diminuer les factures de l’électricité. En Italie, le Premier ministre, Mario Draghi, ancien gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), a débloqué 3 milliards d’euros portant principalement sur le volet énergétique.

Du côté des Etats-Unis, le président Joe Biden a pointé du doigt les bénéfices record des géants pétroliers. En outre, d’après le Wall Street Journal, des extractions conséquentes seront opérées dans la « Strategic Petroleum Reserve ». On parle de plusieurs dizaines de millions de barils, ce qui devrait augmenter l’offre et faire baisser les prix. La Chine, l’Inde et le Japon ont également annoncé puiser dans leurs réserves stratégiques  pour produire plus. En outre, les pays de l’Opep+ ont indiqué qu’ils allaient ajuster à la hausse leur production pétrolière, et ce, malgré la menace et l’incertitude engendrées par le nouveau variant Omicron.

Divergences stratégiques entre la FED et la BCE

Les banques centrales disposent de leviers d’action pour contrer la hausse des prix. Une hausse des taux directeurs permet ainsi une diminution de la valorisation des actifs et donc de l’inflation. Une baisse des achats d’actifs permet également de ne pas exercer de pression sur l’offre et donc de contrer la hausse des prix.

La réserve fédérale (FED) a annoncé mercredi 15 décembre une série de trois hausses des taux directeurs pour l’année 2022. Les prévisions des taux directeurs américains seront à 0,9% à la fin 2022 versus à peine 0,4%. L’institution, dirigée par Jerome Powell, juge que l’inflation est menaçante et qu’il faut donc l’endiguer rapidement. Si l’on se fie à la récente prévision trimestrielle, le calendrier de ces hausses sera corrélé à l’évolution des niveaux du taux de chômage américain. La FED a également annoncé des hausses progressives dans les années à venir et à long terme des taux d’intérêt. De surcroît, la banque centrale américaine indique mettre fin à son programme d’achats obligataires à la fin du premier trimestre 2022.

En revanche, la BCE maintient ses niveaux de taux directeurs qui, rappelons-le, sont historiquement bas. Malgré l’émergence du variant Omicron et la flambée des nouveaux cas de contamination, Christine Lagarde estime que l’inflation est passagère et que celle-ci renouera avec un niveau inférieur à 2% à horizon 2023. La BCE prévoit également d’arrêter les programmes d’achats de dettes à mars 2022, c’est-à-dire ceux lancés dans le cadre du plan de sauvetage de l’économie européenne contre la crise pandémique. A l’automne 2021, les achats de la BCE étaient valorisés à hauteur de 1.500 milliards d’euros pour un objectif cible de 1.850 milliards d’euros. Si de telles mesures ont vocation à faire baisser les prix des actifs, elles pourraient néanmoins avoir pour conséquence une hausse progressive des taux. Le différentiel de vitesse de ces deux processus présenterait alors le risque de générer des pertes pour les organismes bancaires. Une hausse des taux plus lente qu’une dépréciation plus rapide des actifs générerait des pertes potentielles pour celles-ci.

Claudia Buch, la vice-présidente de la Banque Fédérale d’Allemagne, souligne de son côté que les mesures de relance adoptées en 2020 ne pourront être envisagées à nouveau en cas de rechute de l’économie européenne, scénario possible avec l’émergence du très contagieux variant Omicron.

La composante maritime de l’inflation

Le secteur maritime participe de la flambée des prix. Le prix de location du conteneur a quadruplé entre début 2020 et fin 2021. La « boite » se loue désormais en moyenne à plus de 9.200 dollars. Raison pour laquelle, les leaders mondiaux du commerce maritime renforcent leur flotte. Le mastodonte danois A.P. Moeller-Maersk a, par exemple, acté l’acquisition en novembre 2021 de l’entreprise allemande Senator International, pour plus de 644 millions de dollars. Le géant français CMA CGM, numéro trois mondial du transport maritime, booste également sa flotte avec plus de 800.000 conteneurs additionnels.

Naturellement, ces tensions sur les prix du commerce maritime se traduisent par une hausse significative des prix des produits transportés. Le secteur textile est ainsi particulièrement touché, les prix de la laine et du coton ayant par exemple grimpé de plus de 40% en l’espace d’un an.

Cette « inflation maritime » est expliquée principalement par deux facteurs. Le premier provient de la relance aiguë de l’économie mondiale après une année 2020 chaotique, une période durant laquelle l’économie chinoise, pionnière dans le secteur du transport maritime, a été momentanément paralysée à cause des mesures restrictives du confinement. Au premier semestre 2020, des pics advinrent où plus de 12% de la flotte maritime mondiale était à l’arrêt. Or, dès le troisième trimestre, il y eut un véritable rebond. En octobre, moins d’1% de la flotte mondiale était encore à l’arrêt. La relance économique a été fulgurante, générant de la sorte un déséquilibre systémique entre l’offre et la demande. La pénurie des conteneurs, on l’a évoquée, constituait le second facteur. Elle s’explique par une demande excédentaire, particulièrement juteuse pour les leaders mondiaux du commerce maritime.

Y a-t-il corrélation entre inégalité vaccinale et inflation ?

L’inégalité vaccinale est un fait. Les statistiques le montrent. Au mois d’août 2021, 80% des quatre milliards de doses avaient été utilisées par les seuls pays à forts ou moyens revenus. En Afrique, au 30 septembre 2021, seuls 15 pays sur 54 dépassaient le seuil des 10% de personnes vaccinées. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en tire la conclusion que l’inégalité vaccinale justifie l’étalement dans le temps de la pandémie.

L’inégalité vaccinale freine par ailleurs l’offre mondiale, particulièrement l’offre asiatique. Or, l’Asie est en retard par rapport aux pays occidentaux sur le plan de la vaccination. Et, au sein de ce même continent, où l’on produit une partie importante des marchandises importées à l’échelle mondiale, il existe une réelle inégalité vaccinale selon les pays. Ces mêmes inégalités vaccinales contribuent au ralentissement de l’offre face à une demande en progrès dans de nombreux secteurs, cela contribue de manière implicite à favoriser l’inflation.C’est la raison pour laquelle Laurence Boone, cheffe économiste à l’OCDE, explique que pour ralentir l’inflation, il faut continuer à vacciner.

Une inflation durable ?

Une inflation durable  ?

Pour répondre, il faut en comprendre les causes et analyser la façon dont les banques centrales et les gouvernements réagissent. Par Mariem Brahim, enseignante-chercheuse à Brest Business School, et Charaf Louhmadi, ingénieur économètre chez Natixis, auteur de « Fragments d’histoire des crises financières » et « Voyage au pays des nombres premiers » (éd. Connaissances et Savoirs). ( dans la Tribune)

Un document intéressant qui reprend des facteurs explicatifs de la hausse des prix et de l’inflation mais finalement peu éclairant sur l’avenir NDLR

 

 

L’inflation est de nouveau au centre des préoccupations économiques. Elle s’accélère et se généralise, mais à des degrés divers selon les pays. Le taux d’inflation outre-Atlantique a atteint un record historique aux Etats-Unis en octobre dernier, plus de 6,2% sur un an glissant, du jamais vu depuis les années 1990. En mars 2020, le glissement annuel était en-deçà de 0,5%. L’inflation a donc été multipliée par 11,5 en l’espace d’un an et demi. De fait, le président des Etats-Unis, Joe Biden, a réagi en soulignant qu’il s’agissait là d’une inflation inquiétante, nocive et génératrice d’érosion en ce qui concerne le pouvoir d’achat.

La hausse inflationniste touche également l’Europe. En Allemagne, le taux d’inflation s’est accéléré pour atteindre 5,2% au mois de novembre dernier, une première depuis plus d’une trentaine d’années. L’Espagne est également concernée: 5,6% en novembre 2021 ; là encore, il s’agit d’un record non atteint depuis 1992. La Belgique n’est pas non plus insensible à ce mouvement, avec un taux d’inflation dépassant les 5,6%, un record depuis la crise de 2008. Quant à la France, elle a vu son taux d’inflation grimper de 2,8% au mois de novembre[1]. Le constat est donc général, la zone euro vient de connaître un taux d’inflation de 4,9%[2], une hausse jamais atteinte depuis plus de deux décennies.

Dès lors, plusieurs questions se posent. Quelles en sont les causes ? Cette inquiétante poussée inflationniste sera-t-elle durable ? Ce retour de l’inflation est-il propre à enrayer la reprise ? Enfin, comment réagissent les institutions centrales ? Autant d’interrogations qu’il convient d’envisager d’abord à l’aune de l’histoire.

Les leçons de l’histoire

Le 20e siècle a connu des périodes inflationnistes multiples, à différentes époques et sur des espaces géographiques variables. On pense naturellement aux conséquences catastrophiques des deux guerres mondiales. En France, par exemple, l’inflation a atteint des taux frôlant les 40% au sortir de la première guerre. A la fin de la seconde, elle y approchait les 60%. Seul le rétablissement de la paix a pu calmer ces deux phases d’hyperinflation. Visiblement, guerres et inflation vont de pair. C’est ainsi qu’au début du 19e siècle, lors des guerres napoléoniennes, se produisirent également des pics inflationnistes. Aux Etats-Unis, tout comme plus tard durant les deux grands conflits du 20e siècle, la guerre de Sécession du milieu du 19e siècle a donné lieu au même phénomène. Dans des proportions bien plus aiguës, l’Allemagne l’a connu également après sa défaite en 1918. Elle en sortit difficilement en instaurant une monnaie forte, en garantissant la stricte indépendance de sa banque centrale et en mettant en œuvre une politique d’austérité budgétaire.

Plus près de nous, les deux chocs pétroliers des années 1970 ont été générateurs d’inflation en Europe comme aux Etats-Unis. Nommé par le président Jimmy Carter en 1979 à la tête de la Fed, Paul Volcker mit alors en place une politique monétaire visant à contenir une inflation avoisinant les 13%. Il procéda à une hausse brutale des taux d’intérêt, le taux directeur passant de 11% à 20%. On peut dire que cette politique fut efficace sur le volet inflationniste : l’inflation, après s’être stabilisée autour des 3% en 1983, resta ainsi en dessous des 5% pendant plusieurs décennies. A contrario, les Etats-Unis connurent une récession dont un des facteurs fut cette hausse discontinue des taux d’intérêts. Raison pour laquelle, Jimmy Carter, candidat démocrate à sa propre réélection en 1980, échoua face au candidat républicain, Ronald Reagan.

La montée des prix de l’énergie, principal moteur inflationniste

Aujourd’hui, aux Etats-Unis, selon l’organisme « Energy Information Administration », les prix des carburants ont augmenté de manière considérable, d’environ 35% depuis le début de la pandémie. Cela s’explique essentiellement par l’évolution des cours du pétrole brut qui a connu une hausse significative en 2021. Le Brent (référence pour l’Europe) a ainsi dépassé au mois d’octobre les 86 dollars, frôlant son maximum sur 5 ans. Particulièrement volatile au cours de l’année 2020, le WTI (référence pour l’Amérique) a lui aussi atteint son maximum historique sur 5 ans, en culminant à plus de 85 dollars également en octobre dernier. Notons toutefois d’abord une détente des cours du Brent et du WTI le mois suivant, avec des prix avoisinant 70 dollars, puis un rebond en décembre, quand le Brent semblait converger à nouveau vers le seuil des 80 dollars.

Les prix mondiaux du gaz naturel sont également très tendus à cause d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, notamment en Europe où les stocks sont bas. La relance de l’économie mondiale vient également booster les hausses des prix des matières premières énergétiques. Le gaz naturel et le gaz naturel liquéfié (méthane liquide à une température en dessous de -161 degrés) sont notamment assujettis à une forte demande asiatique. Autorité administrative et indépendante, la Commission française de régulation de l’énergie pointe du doigt l’incapacité de la Russie et de la Norvège, les deux principaux fournisseurs de gaz naturel en Europe, à augmenter leurs livraisons.

Pour certains pays européens, cette importation de gaz est d’autant plus vitale qu’ils produisent de l’électricité essentiellement à partir des énergies fossiles. C’est le cas de l’Espagne, du Royaume-Uni et de l’Italie. Toute tension sur les prix du gaz se traduit systématiquement, sauf subvention de ces Etats, par une hausse des factures d’électricité des ménages. Bien qu’elle produise grâce à son parc nucléaire une électricité décarbonée, la France est confrontée aux mêmes difficultés. Non seulement, elle importe la quasi-totalité de son gaz naturel mais elle est aussi touchée par le mécanisme européen de fixation des prix. C’est pourquoi, à maintes reprises, Bruno Le Maire a critiqué cette législation européenne qu’il qualifie d’obsolète. En outre, le risque d’une panne nucléaire impactant la production d’électricité n’est pas nul, si l’on en croit l’arrêt des deux réacteurs de la centrale nucléaire de Civaux en décembre.

Il existe donc une corrélation réelle entre l’inflation et les tensions sur les marchés énergétiques. Ainsi les automobilistes sont-ils impactés, les prix de l’essence et du gasoil ayant augmenté de plus de 15% entre janvier et octobre 2021. Le Premier ministre, Jean Castex, évoque une situation « conjoncturelle » à laquelle il réagit en limitant, par le jeu de la fiscalité afférente, la hausse des prix de l’électricité à 4% au lieu de 12% jusqu’à début 2023. Il a annoncé, en outre, une immobilisation du prix du gaz jusqu’en mai 2022. Ensuite, les hausses reprendront mais lissées sur les 12 mois suivant ce gel des prix. Le gouvernement a également pris une mesure sociale consistant au versement d’un chèque de 100 euros aux 6 millions de ménages les plus modestes.

Chez nos voisins européens, les gouvernements réagissent également à la crise inflationniste. En Espagne, le Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, a pour sa part réformé la fiscalité afin de diminuer les factures de l’électricité. En Italie, le Premier ministre, Mario Draghi, ancien gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), a débloqué 3 milliards d’euros portant principalement sur le volet énergétique.

Du côté des Etats-Unis, le président Joe Biden a pointé du doigt les bénéfices record des géants pétroliers. En outre, d’après le Wall Street Journal, des extractions conséquentes seront opérées dans la « Strategic Petroleum Reserve ». On parle de plusieurs dizaines de millions de barils, ce qui devrait augmenter l’offre et faire baisser les prix. La Chine, l’Inde et le Japon ont également annoncé puiser dans leurs réserves stratégiques  pour produire plus. En outre, les pays de l’Opep+ ont indiqué qu’ils allaient ajuster à la hausse leur production pétrolière, et ce, malgré la menace et l’incertitude engendrées par le nouveau variant Omicron.

Divergences stratégiques entre la FED et la BCE

Les banques centrales disposent de leviers d’action pour contrer la hausse des prix. Une hausse des taux directeurs permet ainsi une diminution de la valorisation des actifs et donc de l’inflation. Une baisse des achats d’actifs permet également de ne pas exercer de pression sur l’offre et donc de contrer la hausse des prix.

La réserve fédérale (FED) a annoncé mercredi 15 décembre une série de trois hausses des taux directeurs pour l’année 2022. Les prévisions des taux directeurs américains seront à 0,9% à la fin 2022 versus à peine 0,4%. L’institution, dirigée par Jerome Powell, juge que l’inflation est menaçante et qu’il faut donc l’endiguer rapidement. Si l’on se fie à la récente prévision trimestrielle, le calendrier de ces hausses sera corrélé à l’évolution des niveaux du taux de chômage américain. La FED a également annoncé des hausses progressives dans les années à venir et à long terme des taux d’intérêt. De surcroît, la banque centrale américaine indique mettre fin à son programme d’achats obligataires à la fin du premier trimestre 2022.

En revanche, la BCE maintient ses niveaux de taux directeurs qui, rappelons-le, sont historiquement bas. Malgré l’émergence du variant Omicron et la flambée des nouveaux cas de contamination, Christine Lagarde estime que l’inflation est passagère et que celle-ci renouera avec un niveau inférieur à 2% à horizon 2023. La BCE prévoit également d’arrêter les programmes d’achats de dettes à mars 2022, c’est-à-dire ceux lancés dans le cadre du plan de sauvetage de l’économie européenne contre la crise pandémique. A l’automne 2021, les achats de la BCE étaient valorisés à hauteur de 1.500 milliards d’euros pour un objectif cible de 1.850 milliards d’euros. Si de telles mesures ont vocation à faire baisser les prix des actifs, elles pourraient néanmoins avoir pour conséquence une hausse progressive des taux. Le différentiel de vitesse de ces deux processus présenterait alors le risque de générer des pertes pour les organismes bancaires. Une hausse des taux plus lente qu’une dépréciation plus rapide des actifs générerait des pertes potentielles pour celles-ci.

Claudia Buch, la vice-présidente de la Banque Fédérale d’Allemagne, souligne de son côté que les mesures de relance adoptées en 2020 ne pourront être envisagées à nouveau en cas de rechute de l’économie européenne, scénario possible avec l’émergence du très contagieux variant Omicron.

La composante maritime de l’inflation

Le secteur maritime participe de la flambée des prix. Le prix de location du conteneur a quadruplé entre début 2020 et fin 2021. La « boite » se loue désormais en moyenne à plus de 9.200 dollars. Raison pour laquelle, les leaders mondiaux du commerce maritime renforcent leur flotte. Le mastodonte danois A.P. Moeller-Maersk a, par exemple, acté l’acquisition en novembre 2021 de l’entreprise allemande Senator International, pour plus de 644 millions de dollars. Le géant français CMA CGM, numéro trois mondial du transport maritime, booste également sa flotte avec plus de 800.000 conteneurs additionnels.

Naturellement, ces tensions sur les prix du commerce maritime se traduisent par une hausse significative des prix des produits transportés. Le secteur textile est ainsi particulièrement touché, les prix de la laine et du coton ayant par exemple grimpé de plus de 40% en l’espace d’un an.

Cette « inflation maritime » est expliquée principalement par deux facteurs. Le premier provient de la relance aiguë de l’économie mondiale après une année 2020 chaotique, une période durant laquelle l’économie chinoise, pionnière dans le secteur du transport maritime, a été momentanément paralysée à cause des mesures restrictives du confinement. Au premier semestre 2020, des pics advinrent où plus de 12% de la flotte maritime mondiale était à l’arrêt. Or, dès le troisième trimestre, il y eut un véritable rebond. En octobre, moins d’1% de la flotte mondiale était encore à l’arrêt. La relance économique a été fulgurante, générant de la sorte un déséquilibre systémique entre l’offre et la demande. La pénurie des conteneurs, on l’a évoquée, constituait le second facteur. Elle s’explique par une demande excédentaire, particulièrement juteuse pour les leaders mondiaux du commerce maritime.

Y a-t-il corrélation entre inégalité vaccinale et inflation ?

L’inégalité vaccinale est un fait. Les statistiques le montrent. Au mois d’août 2021, 80% des quatre milliards de doses avaient été utilisées par les seuls pays à forts ou moyens revenus. En Afrique, au 30 septembre 2021, seuls 15 pays sur 54 dépassaient le seuil des 10% de personnes vaccinées. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en tire la conclusion que l’inégalité vaccinale justifie l’étalement dans le temps de la pandémie.

L’inégalité vaccinale freine par ailleurs l’offre mondiale, particulièrement l’offre asiatique. Or, l’Asie est en retard par rapport aux pays occidentaux sur le plan de la vaccination. Et, au sein de ce même continent, où l’on produit une partie importante des marchandises importées à l’échelle mondiale, il existe une réelle inégalité vaccinale selon les pays. Ces mêmes inégalités vaccinales contribuent au ralentissement de l’offre face à une demande en progrès dans de nombreux secteurs, cela contribue de manière implicite à favoriser l’inflation.C’est la raison pour laquelle Laurence Boone, cheffe économiste à l’OCDE, explique que pour ralentir l’inflation, il faut continuer à vacciner.

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[1] Source : Insee

[2] Eurostat

Mariem Brahim et Charaf Louhmadi

Dangers d’une inflation durable

dangers d’une inflation durable

  •  L’analyse de deux économistes,  Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP et na Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes qui repose essentiellement sur l’hypothèse qu’il il n’y aura pas de bouclage salaire prix. (L’opinion).

«Mieux vaut garder son sang froid s ur ce sujet très sensible de l’inflation, temporisait le ministre de l’Economie Bruno Le Maire la semaine dernière au Sénat. Mieux vaut une analyse lucide que d’exagérer la gravité de la situation.» + 6,2 % en octobre aux Etats-Unis, + 4,5 % en Allemagne, + 4,1 % dans la zone euro, + 2,6 % en France… Annoncées comme temporaires, ces hausses de prix pourraient s’installer dans la durée. «Nous considérons que l’inflation mérite toute notre vigilance», assurait encore Bruno Le Maire le 16 novembre à l’Assemblée.

«On était dans une phase de très forte dépression ou en tout cas de contraction de l’activité l’an dernier puisqu’on a fait – 3 % de croissance au niveau mondial», rappelle Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP Paribas Exane. «Et puis on a vu une reprise qui est beaucoup plus forte qu’attendue parce qu’on a mis énormément de stimulations pour rebondir. La stimulation monétaire avec des taux d’intérêt qui ont fortement baissé, la stimulation budgétaire avec des plans de soutien à l’économie, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, qui ont été massifs et sans précédent. Donc on a rebondi beaucoup plus fort que ce qu’on anticipait avec des prévisions qui, celles du FMI dernièrement, montrent des croissances mondiales autour de 6 %. Ce sont quand même des chiffres qui sont assez impressionnants, qui se poursuivent, autour de 5 % encore l’année prochaine.»

«Donc dès qu’on a une reprise cyclique, on a déjà des tensions sur tout ce qui est prix des matières premières. Dans la hausse de l’inflation qu’on voit dans l’ensemble des économies, il y a quand même une grosse composante prix des matières premières, prix des matières énergétiques (prix du baril, etc.) qui pèsent pour beaucoup dans cette hausse de l’inflation.»

Ce retour de l’inflation qui reflète le dynamisme de l’économie est plutôt une bonne nouvelle. «Quelque part c’est naturel et c’est une bonne nouvelle d’avoir une accélération d’inflation après une longue période où on avait des craintes de déflation», complète Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes.

Une bonne nouvelle, mais pas que… «La mauvaise c’est qu’on a un choc d’offre qu’on ne peut pas tout à fait régler tout de suite», ajoute ana Boata. «Il y a une partie aussi mauvaise nouvelle qui est celle d’une accélération assez rapide», ajoute Frédéric Pretet. «Et puis, il y a une partie de cette inflation qui vient de cette hausse des prix de l’énergie. Et nous, en tant que pays consommateur, ce n’est jamais une très bonne nouvelle de ce côté-ci puisque ça veut dire qu’on vient attaquer notre pouvoir d’achat de façon un peu subie. Et là-dessus, on peut dire que c’est la partie inflationniste qui est plutôt la mauvaise nouvelle qui rend la situation un peu plus périlleuse.»

«Notre évaluation est que l’inflation est temporaire», affirmait le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en présentant au Sénat le projet de budget pour 2022 le 18 novembre. C’est également ce qu’anticipent ces deux spécialistes : «L’inflation, certes, va encore accélérer, le pire n’est pas derrière nous», selon Ana Boata. «Mais on voit qu’en fait on est dans une dynamique, en sortie de crise, avec cette conjonction de facteurs qui fait que l’accélération est certes plus élevée qu’attendue mais encore une fois, elle devrait ralentir fin 2022 pour se rapprocher de la cible de 2 %. On pourra rester encore légèrement au-dessus de 2 %. Mais en tout cas on n’aura pas un phénomène d’hyperinflation.»

Pour Frédéric Pretet, «on est plutôt dans une situation conjoncturelle. Mais c’est vrai qu’on a quand même le sentiment que l’inflation s’est installée sur un sentier de croissance qui est sans doute un petit peu plus élevé que ce qu’on avait eu l’habitude de connaître sur les dix dernières années». «Effectivement il peut y avoir un côté structurel si, par exemple, on voit une boucle prix-salaires qui s’installe. Ce qui n’est pas vraiment notre scénario», nuance Ana Boata.

A quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement craint que l’inflation ampute le pouvoir d’achat. Bruno Le Maire assure prendre «la question de la hausse des prix, avec le Premier ministre, très au sérieux». Car en s’installant durablement, ces augmentations pourraient conduire à un cercle vicieux qui peut nourrir lui-même l’inflation.

«Si cette inflation devient trop rapide, trop forte, trop longtemps, ça peut créer un déplacement dans les anticipations d’inflation et donc du coup des revendications salariales qui s’amplifient de plus en plus, qui viennent perturber, je dirais, le bon fonctionnement des entreprises, leur visibilité sur leurs coûts et donc du coup sur leurs investissements», prévient Frédéric Pretet. «Et donc ça peut créer un choc qui perdure et qui vient attaquer de façon durable aussi la reprise à moyen, long terme. Par rapport à ça, ça voudrait dire qu’on a des banques centrales qui sont quand même, bien sûr, sensibles au risque inflationniste, qui pourraient remonter les taux. Et donc si on remonte les taux, on rajoute aussi au coût pour les entreprises, pour les ménages, pour consommer, pour investir, et c’est là où l’inflation deviendrait une mauvaise nouvelle si ça devait durer trop longtemps et ça entraînerait cette réaction en chaîne de la part des autres agents économiques.»

Si cette hypothèse n’est pas à l’ordre du jour, une éventuelle hausse des taux d’intérêt viendrait tuer dans l’oeuf la reprise économique. «Un resserrement excessif des conditions de financement n’est pas souhaitable et constituerait un obstacle injustifié à la reprise», a déclaré le 15 novembre la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

«Venir attaquer, par une hausse des taux d’intérêt, à un moment donné où le cycle de reprise reste quand même sur des niveaux qui sont en-dessous ou pas encore au niveau de ce qu’on avait il y a deux ans, c’est peut-être venir briser, je dirais, le cycle de reprise beaucoup trop tôt», analyse l’économiste Frédéric Pretet.

Une éventuelle hausse des taux viendrait également fragiliser les Etats les plus endettés comme l’Italie, la Grèce ou la France. «Tant que les taux d’intérêt restent bas et que la croissance reste supérieure à ces taux d’intérêt, on est bons, parce que les marchés savent qu’on est dans un scénario de soutenabilité de la dette qui est assurée», temporise Ana Boata.

«Une hausse des taux d’intérêt, bien sûr, c’est un frein pour la politique budgétaire, pour les arbitrages, pour l’investissement», estime par ailleurs Frédéric Pretet. «Le coût de la dette augmente avec la hausse des taux d’intérêt. Si vous avez une hausse des taux d’intérêt aujourd’hui, ça ne se traduirait pas directement tout de suite par une hausse de la charge de la dette à porter puisque, par exemple, pour un pays comme la France, la maturité de la dette est autour de sept ans. Donc, en gros, avant d’avoir un impact significatif de la hausse des taux d’intérêt, il faut laisser presque sept ans s’écouler avant d’avoir cet impact-là sur les finances publiques. Mais il n’empêche, c’est quand même un signal qui est envoyé. Ça veut dire qu’il faut quand même se préparer à une situation qui sera sans doute beaucoup plus compliquée sur le moyen terme. Et donc du coup, pour les politiques budgétaires, même si ça ne vient pas forcément freiner tout de suite les gouvernements, ça leur met quand même une espèce de «warning» je dirais, un avertissement. Et donc du coup ça peut un petit peu les gêner pour mettre en place certaines politiques qu’ils jugent comme importantes.»

L’inflation durable…..avec bouclage salaire- prix

L’inflation durable…..avec  bouclage salaire- prix

  •  L’analyse de deux économistes,  Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP et na Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes qui repose essentiellement sur l’hypothèse qu’il il n’y aura pas de bouclage salaire prix. (L’opinion).

Un bouclage qui semble cependant se profiler d’après l’INSEE. Eneffet Du côté des rémunérations, le salaire moyen par tête (SMPT) Le SMPT est désormais supérieur de 3,1 % à son niveau de fin 2019. En comparaison, les prix à la consommation (hors tabac) de l’ensemble des ménages augmentent de 0,5 % ce trimestre et de 1,5 % par rapport à la fin 2019. . La masse salariale soumise à cotisations sociales poursuit elle aussi sa hausse au troisième trimestre 2021 : + 3,8 % après + 2,2 %. NDLR

«Mieux vaut garder son sang froid s ur ce sujet très sensible de l’inflation, temporisait le ministre de l’Economie Bruno Le Maire la semaine dernière au Sénat. Mieux vaut une analyse lucide que d’exagérer la gravité de la situation.» + 6,2 % en octobre aux Etats-Unis, + 4,5 % en Allemagne, + 4,1 % dans la zone euro, + 2,6 % en France… Annoncées comme temporaires, ces hausses de prix pourraient s’installer dans la durée. «Nous considérons que l’inflation mérite toute notre vigilance», assurait encore Bruno Le Maire le 16 novembre à l’Assemblée.

«On était dans une phase de très forte dépression ou en tout cas de contraction de l’activité l’an dernier puisqu’on a fait – 3 % de croissance au niveau mondial», rappelle Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP Paribas Exane. «Et puis on a vu une reprise qui est beaucoup plus forte qu’attendue parce qu’on a mis énormément de stimulations pour rebondir. La stimulation monétaire avec des taux d’intérêt qui ont fortement baissé, la stimulation budgétaire avec des plans de soutien à l’économie, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, qui ont été massifs et sans précédent. Donc on a rebondi beaucoup plus fort que ce qu’on anticipait avec des prévisions qui, celles du FMI dernièrement, montrent des croissances mondiales autour de 6 %. Ce sont quand même des chiffres qui sont assez impressionnants, qui se poursuivent, autour de 5 % encore l’année prochaine.»

«Donc dès qu’on a une reprise cyclique, on a déjà des tensions sur tout ce qui est prix des matières premières. Dans la hausse de l’inflation qu’on voit dans l’ensemble des économies, il y a quand même une grosse composante prix des matières premières, prix des matières énergétiques (prix du baril, etc.) qui pèsent pour beaucoup dans cette hausse de l’inflation.»

Ce retour de l’inflation qui reflète le dynamisme de l’économie est plutôt une bonne nouvelle. «Quelque part c’est naturel et c’est une bonne nouvelle d’avoir une accélération d’inflation après une longue période où on avait des craintes de déflation», complète Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes.

Une bonne nouvelle, mais pas que… «La mauvaise c’est qu’on a un choc d’offre qu’on ne peut pas tout à fait régler tout de suite», ajoute ana Boata. «Il y a une partie aussi mauvaise nouvelle qui est celle d’une accélération assez rapide», ajoute Frédéric Pretet. «Et puis, il y a une partie de cette inflation qui vient de cette hausse des prix de l’énergie. Et nous, en tant que pays consommateur, ce n’est jamais une très bonne nouvelle de ce côté-ci puisque ça veut dire qu’on vient attaquer notre pouvoir d’achat de façon un peu subie. Et là-dessus, on peut dire que c’est la partie inflationniste qui est plutôt la mauvaise nouvelle qui rend la situation un peu plus périlleuse.»

«Notre évaluation est que l’inflation est temporaire», affirmait le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en présentant au Sénat le projet de budget pour 2022 le 18 novembre. C’est également ce qu’anticipent ces deux spécialistes : «L’inflation, certes, va encore accélérer, le pire n’est pas derrière nous», selon Ana Boata. «Mais on voit qu’en fait on est dans une dynamique, en sortie de crise, avec cette conjonction de facteurs qui fait que l’accélération est certes plus élevée qu’attendue mais encore une fois, elle devrait ralentir fin 2022 pour se rapprocher de la cible de 2 %. On pourra rester encore légèrement au-dessus de 2 %. Mais en tout cas on n’aura pas un phénomène d’hyperinflation.»

Pour Frédéric Pretet, «on est plutôt dans une situation conjoncturelle. Mais c’est vrai qu’on a quand même le sentiment que l’inflation s’est installée sur un sentier de croissance qui est sans doute un petit peu plus élevé que ce qu’on avait eu l’habitude de connaître sur les dix dernières années». «Effectivement il peut y avoir un côté structurel si, par exemple, on voit une boucle prix-salaires qui s’installe. Ce qui n’est pas vraiment notre scénario», nuance Ana Boata.

A quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement craint que l’inflation ampute le pouvoir d’achat. Bruno Le Maire assure prendre «la question de la hausse des prix, avec le Premier ministre, très au sérieux». Car en s’installant durablement, ces augmentations pourraient conduire à un cercle vicieux qui peut nourrir lui-même l’inflation.

«Si cette inflation devient trop rapide, trop forte, trop longtemps, ça peut créer un déplacement dans les anticipations d’inflation et donc du coup des revendications salariales qui s’amplifient de plus en plus, qui viennent perturber, je dirais, le bon fonctionnement des entreprises, leur visibilité sur leurs coûts et donc du coup sur leurs investissements», prévient Frédéric Pretet. «Et donc ça peut créer un choc qui perdure et qui vient attaquer de façon durable aussi la reprise à moyen, long terme. Par rapport à ça, ça voudrait dire qu’on a des banques centrales qui sont quand même, bien sûr, sensibles au risque inflationniste, qui pourraient remonter les taux. Et donc si on remonte les taux, on rajoute aussi au coût pour les entreprises, pour les ménages, pour consommer, pour investir, et c’est là où l’inflation deviendrait une mauvaise nouvelle si ça devait durer trop longtemps et ça entraînerait cette réaction en chaîne de la part des autres agents économiques.»

Si cette hypothèse n’est pas à l’ordre du jour, une éventuelle hausse des taux d’intérêt viendrait tuer dans l’oeuf la reprise économique. «Un resserrement excessif des conditions de financement n’est pas souhaitable et constituerait un obstacle injustifié à la reprise», a déclaré le 15 novembre la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

«Venir attaquer, par une hausse des taux d’intérêt, à un moment donné où le cycle de reprise reste quand même sur des niveaux qui sont en-dessous ou pas encore au niveau de ce qu’on avait il y a deux ans, c’est peut-être venir briser, je dirais, le cycle de reprise beaucoup trop tôt», analyse l’économiste Frédéric Pretet.

Une éventuelle hausse des taux viendrait également fragiliser les Etats les plus endettés comme l’Italie, la Grèce ou la France. «Tant que les taux d’intérêt restent bas et que la croissance reste supérieure à ces taux d’intérêt, on est bons, parce que les marchés savent qu’on est dans un scénario de soutenabilité de la dette qui est assurée», temporise Ana Boata.

«Une hausse des taux d’intérêt, bien sûr, c’est un frein pour la politique budgétaire, pour les arbitrages, pour l’investissement», estime par ailleurs Frédéric Pretet. «Le coût de la dette augmente avec la hausse des taux d’intérêt. Si vous avez une hausse des taux d’intérêt aujourd’hui, ça ne se traduirait pas directement tout de suite par une hausse de la charge de la dette à porter puisque, par exemple, pour un pays comme la France, la maturité de la dette est autour de sept ans. Donc, en gros, avant d’avoir un impact significatif de la hausse des taux d’intérêt, il faut laisser presque sept ans s’écouler avant d’avoir cet impact-là sur les finances publiques. Mais il n’empêche, c’est quand même un signal qui est envoyé. Ça veut dire qu’il faut quand même se préparer à une situation qui sera sans doute beaucoup plus compliquée sur le moyen terme. Et donc du coup, pour les politiques budgétaires, même si ça ne vient pas forcément freiner tout de suite les gouvernements, ça leur met quand même une espèce de «warning» je dirais, un avertissement. Et donc du coup ça peut un petit peu les gêner pour mettre en place certaines politiques qu’ils jugent comme importantes.»

L’inflation sera durable…..en cas de bouclage salaire- prix

L’inflation sera  durable…..en cas de bouclage salaire- prix

  •  L’analyse de deux économistes,  Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP et na Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes qui repose essentiellement sur l’hypothèse qu’il il n’y aura pas de bouclage salaire prix. (L’opinion).

«Mieux vaut garder son sang froid s ur ce sujet très sensible de l’inflation, temporisait le ministre de l’Economie Bruno Le Maire la semaine dernière au Sénat. Mieux vaut une analyse lucide que d’exagérer la gravité de la situation.» + 6,2 % en octobre aux Etats-Unis, + 4,5 % en Allemagne, + 4,1 % dans la zone euro, + 2,6 % en France… Annoncées comme temporaires, ces hausses de prix pourraient s’installer dans la durée. «Nous considérons que l’inflation mérite toute notre vigilance», assurait encore Bruno Le Maire le 16 novembre à l’Assemblée.

«On était dans une phase de très forte dépression ou en tout cas de contraction de l’activité l’an dernier puisqu’on a fait – 3 % de croissance au niveau mondial», rappelle Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP Paribas Exane. «Et puis on a vu une reprise qui est beaucoup plus forte qu’attendue parce qu’on a mis énormément de stimulations pour rebondir. La stimulation monétaire avec des taux d’intérêt qui ont fortement baissé, la stimulation budgétaire avec des plans de soutien à l’économie, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, qui ont été massifs et sans précédent. Donc on a rebondi beaucoup plus fort que ce qu’on anticipait avec des prévisions qui, celles du FMI dernièrement, montrent des croissances mondiales autour de 6 %. Ce sont quand même des chiffres qui sont assez impressionnants, qui se poursuivent, autour de 5 % encore l’année prochaine.»

«Donc dès qu’on a une reprise cyclique, on a déjà des tensions sur tout ce qui est prix des matières premières. Dans la hausse de l’inflation qu’on voit dans l’ensemble des économies, il y a quand même une grosse composante prix des matières premières, prix des matières énergétiques (prix du baril, etc.) qui pèsent pour beaucoup dans cette hausse de l’inflation.»

Ce retour de l’inflation qui reflète le dynamisme de l’économie est plutôt une bonne nouvelle. «Quelque part c’est naturel et c’est une bonne nouvelle d’avoir une accélération d’inflation après une longue période où on avait des craintes de déflation», complète Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes.

Une bonne nouvelle, mais pas que… «La mauvaise c’est qu’on a un choc d’offre qu’on ne peut pas tout à fait régler tout de suite», ajoute ana Boata. «Il y a une partie aussi mauvaise nouvelle qui est celle d’une accélération assez rapide», ajoute Frédéric Pretet. «Et puis, il y a une partie de cette inflation qui vient de cette hausse des prix de l’énergie. Et nous, en tant que pays consommateur, ce n’est jamais une très bonne nouvelle de ce côté-ci puisque ça veut dire qu’on vient attaquer notre pouvoir d’achat de façon un peu subie. Et là-dessus, on peut dire que c’est la partie inflationniste qui est plutôt la mauvaise nouvelle qui rend la situation un peu plus périlleuse.»

«Notre évaluation est que l’inflation est temporaire», affirmait le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en présentant au Sénat le projet de budget pour 2022 le 18 novembre. C’est également ce qu’anticipent ces deux spécialistes : «L’inflation, certes, va encore accélérer, le pire n’est pas derrière nous», selon Ana Boata. «Mais on voit qu’en fait on est dans une dynamique, en sortie de crise, avec cette conjonction de facteurs qui fait que l’accélération est certes plus élevée qu’attendue mais encore une fois, elle devrait ralentir fin 2022 pour se rapprocher de la cible de 2 %. On pourra rester encore légèrement au-dessus de 2 %. Mais en tout cas on n’aura pas un phénomène d’hyperinflation.»

Pour Frédéric Pretet, «on est plutôt dans une situation conjoncturelle. Mais c’est vrai qu’on a quand même le sentiment que l’inflation s’est installée sur un sentier de croissance qui est sans doute un petit peu plus élevé que ce qu’on avait eu l’habitude de connaître sur les dix dernières années». «Effectivement il peut y avoir un côté structurel si, par exemple, on voit une boucle prix-salaires qui s’installe. Ce qui n’est pas vraiment notre scénario», nuance Ana Boata.

A quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement craint que l’inflation ampute le pouvoir d’achat. Bruno Le Maire assure prendre «la question de la hausse des prix, avec le Premier ministre, très au sérieux». Car en s’installant durablement, ces augmentations pourraient conduire à un cercle vicieux qui peut nourrir lui-même l’inflation.

«Si cette inflation devient trop rapide, trop forte, trop longtemps, ça peut créer un déplacement dans les anticipations d’inflation et donc du coup des revendications salariales qui s’amplifient de plus en plus, qui viennent perturber, je dirais, le bon fonctionnement des entreprises, leur visibilité sur leurs coûts et donc du coup sur leurs investissements», prévient Frédéric Pretet. «Et donc ça peut créer un choc qui perdure et qui vient attaquer de façon durable aussi la reprise à moyen, long terme. Par rapport à ça, ça voudrait dire qu’on a des banques centrales qui sont quand même, bien sûr, sensibles au risque inflationniste, qui pourraient remonter les taux. Et donc si on remonte les taux, on rajoute aussi au coût pour les entreprises, pour les ménages, pour consommer, pour investir, et c’est là où l’inflation deviendrait une mauvaise nouvelle si ça devait durer trop longtemps et ça entraînerait cette réaction en chaîne de la part des autres agents économiques.»

Si cette hypothèse n’est pas à l’ordre du jour, une éventuelle hausse des taux d’intérêt viendrait tuer dans l’oeuf la reprise économique. «Un resserrement excessif des conditions de financement n’est pas souhaitable et constituerait un obstacle injustifié à la reprise», a déclaré le 15 novembre la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

«Venir attaquer, par une hausse des taux d’intérêt, à un moment donné où le cycle de reprise reste quand même sur des niveaux qui sont en-dessous ou pas encore au niveau de ce qu’on avait il y a deux ans, c’est peut-être venir briser, je dirais, le cycle de reprise beaucoup trop tôt», analyse l’économiste Frédéric Pretet.

Une éventuelle hausse des taux viendrait également fragiliser les Etats les plus endettés comme l’Italie, la Grèce ou la France. «Tant que les taux d’intérêt restent bas et que la croissance reste supérieure à ces taux d’intérêt, on est bons, parce que les marchés savent qu’on est dans un scénario de soutenabilité de la dette qui est assurée», temporise Ana Boata.

«Une hausse des taux d’intérêt, bien sûr, c’est un frein pour la politique budgétaire, pour les arbitrages, pour l’investissement», estime par ailleurs Frédéric Pretet. «Le coût de la dette augmente avec la hausse des taux d’intérêt. Si vous avez une hausse des taux d’intérêt aujourd’hui, ça ne se traduirait pas directement tout de suite par une hausse de la charge de la dette à porter puisque, par exemple, pour un pays comme la France, la maturité de la dette est autour de sept ans. Donc, en gros, avant d’avoir un impact significatif de la hausse des taux d’intérêt, il faut laisser presque sept ans s’écouler avant d’avoir cet impact-là sur les finances publiques. Mais il n’empêche, c’est quand même un signal qui est envoyé. Ça veut dire qu’il faut quand même se préparer à une situation qui sera sans doute beaucoup plus compliquée sur le moyen terme. Et donc du coup, pour les politiques budgétaires, même si ça ne vient pas forcément freiner tout de suite les gouvernements, ça leur met quand même une espèce de «warning» je dirais, un avertissement. Et donc du coup ça peut un petit peu les gêner pour mettre en place certaines politiques qu’ils jugent comme importantes.»

Risques d’une inflation durable…..en cas de bouclage salaire- prix

Risques d’une inflation durable…..en cas de bouclage salaire- prix

  •  L’analyse de deux économistes,  Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP et na Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes qui repose essentiellement sur l’hypothèse qu’il il n’y aura pas de bouclage salaire prix. (L’opinion).

«Mieux vaut garder son sang froid s ur ce sujet très sensible de l’inflation, temporisait le ministre de l’Economie Bruno Le Maire la semaine dernière au Sénat. Mieux vaut une analyse lucide que d’exagérer la gravité de la situation.» + 6,2 % en octobre aux Etats-Unis, + 4,5 % en Allemagne, + 4,1 % dans la zone euro, + 2,6 % en France… Annoncées comme temporaires, ces hausses de prix pourraient s’installer dans la durée. «Nous considérons que l’inflation mérite toute notre vigilance», assurait encore Bruno Le Maire le 16 novembre à l’Assemblée.

«On était dans une phase de très forte dépression ou en tout cas de contraction de l’activité l’an dernier puisqu’on a fait – 3 % de croissance au niveau mondial», rappelle Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP Paribas Exane. «Et puis on a vu une reprise qui est beaucoup plus forte qu’attendue parce qu’on a mis énormément de stimulations pour rebondir. La stimulation monétaire avec des taux d’intérêt qui ont fortement baissé, la stimulation budgétaire avec des plans de soutien à l’économie, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, qui ont été massifs et sans précédent. Donc on a rebondi beaucoup plus fort que ce qu’on anticipait avec des prévisions qui, celles du FMI dernièrement, montrent des croissances mondiales autour de 6 %. Ce sont quand même des chiffres qui sont assez impressionnants, qui se poursuivent, autour de 5 % encore l’année prochaine.»

«Donc dès qu’on a une reprise cyclique, on a déjà des tensions sur tout ce qui est prix des matières premières. Dans la hausse de l’inflation qu’on voit dans l’ensemble des économies, il y a quand même une grosse composante prix des matières premières, prix des matières énergétiques (prix du baril, etc.) qui pèsent pour beaucoup dans cette hausse de l’inflation.»

Ce retour de l’inflation qui reflète le dynamisme de l’économie est plutôt une bonne nouvelle. «Quelque part c’est naturel et c’est une bonne nouvelle d’avoir une accélération d’inflation après une longue période où on avait des craintes de déflation», complète Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes.

Une bonne nouvelle, mais pas que… «La mauvaise c’est qu’on a un choc d’offre qu’on ne peut pas tout à fait régler tout de suite», ajoute ana Boata. «Il y a une partie aussi mauvaise nouvelle qui est celle d’une accélération assez rapide», ajoute Frédéric Pretet. «Et puis, il y a une partie de cette inflation qui vient de cette hausse des prix de l’énergie. Et nous, en tant que pays consommateur, ce n’est jamais une très bonne nouvelle de ce côté-ci puisque ça veut dire qu’on vient attaquer notre pouvoir d’achat de façon un peu subie. Et là-dessus, on peut dire que c’est la partie inflationniste qui est plutôt la mauvaise nouvelle qui rend la situation un peu plus périlleuse.»

«Notre évaluation est que l’inflation est temporaire», affirmait le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en présentant au Sénat le projet de budget pour 2022 le 18 novembre. C’est également ce qu’anticipent ces deux spécialistes : «L’inflation, certes, va encore accélérer, le pire n’est pas derrière nous», selon Ana Boata. «Mais on voit qu’en fait on est dans une dynamique, en sortie de crise, avec cette conjonction de facteurs qui fait que l’accélération est certes plus élevée qu’attendue mais encore une fois, elle devrait ralentir fin 2022 pour se rapprocher de la cible de 2 %. On pourra rester encore légèrement au-dessus de 2 %. Mais en tout cas on n’aura pas un phénomène d’hyperinflation.»

Pour Frédéric Pretet, «on est plutôt dans une situation conjoncturelle. Mais c’est vrai qu’on a quand même le sentiment que l’inflation s’est installée sur un sentier de croissance qui est sans doute un petit peu plus élevé que ce qu’on avait eu l’habitude de connaître sur les dix dernières années». «Effectivement il peut y avoir un côté structurel si, par exemple, on voit une boucle prix-salaires qui s’installe. Ce qui n’est pas vraiment notre scénario», nuance Ana Boata.

A quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement craint que l’inflation ampute le pouvoir d’achat. Bruno Le Maire assure prendre «la question de la hausse des prix, avec le Premier ministre, très au sérieux». Car en s’installant durablement, ces augmentations pourraient conduire à un cercle vicieux qui peut nourrir lui-même l’inflation.

«Si cette inflation devient trop rapide, trop forte, trop longtemps, ça peut créer un déplacement dans les anticipations d’inflation et donc du coup des revendications salariales qui s’amplifient de plus en plus, qui viennent perturber, je dirais, le bon fonctionnement des entreprises, leur visibilité sur leurs coûts et donc du coup sur leurs investissements», prévient Frédéric Pretet. «Et donc ça peut créer un choc qui perdure et qui vient attaquer de façon durable aussi la reprise à moyen, long terme. Par rapport à ça, ça voudrait dire qu’on a des banques centrales qui sont quand même, bien sûr, sensibles au risque inflationniste, qui pourraient remonter les taux. Et donc si on remonte les taux, on rajoute aussi au coût pour les entreprises, pour les ménages, pour consommer, pour investir, et c’est là où l’inflation deviendrait une mauvaise nouvelle si ça devait durer trop longtemps et ça entraînerait cette réaction en chaîne de la part des autres agents économiques.»

Si cette hypothèse n’est pas à l’ordre du jour, une éventuelle hausse des taux d’intérêt viendrait tuer dans l’oeuf la reprise économique. «Un resserrement excessif des conditions de financement n’est pas souhaitable et constituerait un obstacle injustifié à la reprise», a déclaré le 15 novembre la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

«Venir attaquer, par une hausse des taux d’intérêt, à un moment donné où le cycle de reprise reste quand même sur des niveaux qui sont en-dessous ou pas encore au niveau de ce qu’on avait il y a deux ans, c’est peut-être venir briser, je dirais, le cycle de reprise beaucoup trop tôt», analyse l’économiste Frédéric Pretet.

Une éventuelle hausse des taux viendrait également fragiliser les Etats les plus endettés comme l’Italie, la Grèce ou la France. «Tant que les taux d’intérêt restent bas et que la croissance reste supérieure à ces taux d’intérêt, on est bons, parce que les marchés savent qu’on est dans un scénario de soutenabilité de la dette qui est assurée», temporise Ana Boata.

«Une hausse des taux d’intérêt, bien sûr, c’est un frein pour la politique budgétaire, pour les arbitrages, pour l’investissement», estime par ailleurs Frédéric Pretet. «Le coût de la dette augmente avec la hausse des taux d’intérêt. Si vous avez une hausse des taux d’intérêt aujourd’hui, ça ne se traduirait pas directement tout de suite par une hausse de la charge de la dette à porter puisque, par exemple, pour un pays comme la France, la maturité de la dette est autour de sept ans. Donc, en gros, avant d’avoir un impact significatif de la hausse des taux d’intérêt, il faut laisser presque sept ans s’écouler avant d’avoir cet impact-là sur les finances publiques. Mais il n’empêche, c’est quand même un signal qui est envoyé. Ça veut dire qu’il faut quand même se préparer à une situation qui sera sans doute beaucoup plus compliquée sur le moyen terme. Et donc du coup, pour les politiques budgétaires, même si ça ne vient pas forcément freiner tout de suite les gouvernements, ça leur met quand même une espèce de «warning» je dirais, un avertissement. Et donc du coup ça peut un petit peu les gêner pour mettre en place certaines politiques qu’ils jugent comme importantes.»

 

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