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Investissement durable : du vert foncé au vert très pâle

Investissement durable : du vert foncé au vert très pâle

 

Un article de Justin Scheck, Eliot Brown et Ben Foldy dans le Wall Street Journal qui met en évidence que derrière l’enflure des mots l’investissement durable est diversement coloré dans le monde en passant du vert foncé au vert très pâle. (Extrait)

L’investissement vert a connu un tel essor qu’aujourd’hui, un déluge d’argent s’abat sur un nombre relativement limité d’entreprises capables de produire énergies renouvelables et autres voitures électriques.

Certains gérants de fonds ont donc opté pour une définition ultra-extensible de l’adjectif « vert ». Spécialiste chinois de l’incinération, transformateur de déchets animaux récemment poursuivi à cause de ses émissions polluantes ou constructeur de poids lourds autonomes : dans les faits, des milliards de dollars destinés à l’investissement durable bénéficient aujourd’hui à des entreprises à la crédibilité écologique douteuse qui, parfois, sont extrêmement risquées.

Depuis début 2019, les fonds communs en actions et les fonds indiciels cotés (ETF) axés sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont enregistré une collecte nette de 473 milliards de dollars auprès des investisseurs, contre 103 milliards de dollars pour les autres fonds en actions

Pour faire entrer un maximum d’entreprises en portefeuille, certains misent sur les fournisseurs de l’économie verte même s’ils sont nocifs pour l’environnement. L’an passé, une société d’investissement revendiquant un « engagement fort en faveur de la durabilité » a ainsi fusionné avec l’opérateur d’une mine de terres rares à ciel ouvert en Californie pour 1,5 milliard de dollars. Même si le site a connu de nombreux problèmes environnementaux et doit enfouir certains déchets radioactifs, sa maison-mère affirme qu’il est vert parce que les terres rares sont indispensables aux voitures électriques et qu’il est moins dangereux que ses concurrents installés dans des pays où la réglementation est plus laxiste.

Ces petits arrangements avec la sémantique concernent aussi les Spac, des véhicules d’investissement qui ont la cote à Wall Street en ce moment. Une petite cinquantaine de ces « special-purpose acquisition companies » autoproclamées vertes ont levé près de 15 milliards de dollars, selon des données SPAC Track.

En Bourse, les Spac lèvent des fonds auprès d’investisseurs qui leur laissent une grande liberté de choix pour l’entreprise non cotée qu’elles vont acheter. Généralement, elles promettent d’investir dans les deux ans qui suivent leur cotation, mais parce que les cibles manquent cruellement, elles ne peuvent pas se permettre de faire la fine bouche. Parfois, la même société non cotée reçoit plusieurs offres d’achat, un phénomène baptisé « Spac-off » en anglais.

Sustainable Opportunities Acquisition (Soac), la Spac qui doit fusionner avec TMC, est entrée à la Bourse de New York en 2020 et a rencontré plus de 90 entreprises avant de jeter son dévolu sur le spécialiste des fonds marins. « C’est un genre de speed dating », plaisante Gina Stryker, la directrice juridique de Soac.

L’argent afflue aussi des fonds communs de placement et des autres véhicules d’investissement. Depuis début 2019, les fonds communs en actions et les fonds indiciels cotés (ETF) axés sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ont enregistré une collecte nette de 473 milliards de dollars auprès des investisseurs, contre 103 milliards de dollars pour les autres fonds en actions, selon des données du spécialiste de la recherche en investissement Morningstar compilées par Goldman Sachs.

Le problème, c’est qu’il n’y a pas « tout bonnement pas assez » d’entreprises vertes pour répondre à la demande, déplore Laura Nishikawa, directrice générale de MSCI, un promoteur d’indices, dont des ESG, que les gérants suivent pour savoir comment positionner leurs investissements verts.

De toutes les entreprises en quête d’argent vert, les spécialistes de l’exploration en minière en eaux profondes sont celles pour qui les choses sont les plus compliquées.

Biologistes et océanographes, et même le célèbre écologiste britannique David Attenborough, militent pour un moratoire sur les projets miniers en haute mer. Dans un rapport, la Banque mondiale a prévenu du risque de « dégâts irréversibles sur l’environnement » et des « dangers pour les êtres humains » que constituait cette activité, appelant à la prudence.

Ce vendredi, plus de 300 scientifiques spécialistes des fonds marins ont publié un communiqué demandant la suspension des activités minières jusqu’en 2030. Fin mars, Google, le fabricant de batteries Samsung SDI, BMW et le constructeur de poids lourds Volvo ont annoncé qu’ils n’achèteraient pas de métaux extraits des fonds marins.

Pour Gerard Barron, ils font fausse route : certaines sociétés minières exploitent des forêts vierges et font parfois travailler des enfants. Puiser dans la mer est donc une meilleure solution.

L’essentiel des réserves connues de métaux se trouvent dans les eaux internationales, dans lesquelles l’activité minière est régie par l’Autorité internationale des fonds marins, une émanation de l’ONU. En près de trente ans d’existence, cette organisation qui regroupe 168 pays membres n’a jamais donné de permis d’exploration minière ni établi de règles sur le sujet, un obstacle que TMC essaie de surmonter depuis deux décennies.

Entrepreneur chevronné né dans la campagne australienne, Gerard Barron a importé des batteries chinoises, géré un magazine et créé une société informatique, avant de découvrir les métaux marins en 2001, par l’entremise de David Heydon, avec lequel il jouait au tennis. C’est dans la start-up de ce dernier, Nautilus Minerals, qu’il a décidé d’investir.

Des Tonga à Vanuatu en passant par Nauru, en Océanie, Nautilus a tenté d’accéder aux fonds marins des eaux internationales, mais les choses ont traîné.

Les eaux territoriales de Papouasie-Nouvelle-Guinée, où les monts hydrothermaux ont créé au fil des millénaires d’immenses structures minérales, semblaient être une alternative idéale (et hors de portée des régulateurs internationaux). Les autorités locales ont investi 120 millions de dollars dans Nautilus et la start-up a commencé de sonder les fonds pour tester la viabilité de ses ambitions minières.

En 2005, Gerard Barron est monté au capital puis, quelques mois plus tard, la société est entrée en Bourse en utilisant une procédure de fusion inversée proche du fonctionnement des Spac. Gerard Barron a cédé des actions en 2007 puis en 2008, empochant (affirme-t-il) environ 30 millions de dollars au passage. David Heydon a lui aussi quitté le navire à la même époque.

En Papouasie, les choses avaient déjà commencé de se dégrader. Des villageois affirmaient que les travaux de Nautilus faisaient fuir les requins qu’ils consommaient lors des cérémonies rituelles. Les pouvoirs publics et les groupes écologistes ont demandé une suspension des opérations. « Il est très clairement apparu que les dégâts étaient très, très supérieurs aux avantages », résume Jonathan Mesulam, activiste et habitant d’un village voisin.

Nautilus a contesté les faits mais, à court d’argent, elle n’a jamais pu lancer la production. Son navire a été récupéré par ses créanciers et la société a déposé le bilan, selon des documents officiels. La Papouasie-Nouvelle-Guinée a perdu son investissement et deux investisseurs, un Qatari et un Russe, ont repris les actifs de Nautilus.

De leur côté, envisageant de reprendre les actifs de Nautilus dans les eaux internationales, où les nodules métalliques peuvent être ramassés « comme des balles de golf » dans une zone qui ressemble « à un désert », Gerard Barron et David Heydon avaient déjà lancé DeepGreen, depuis rebaptisé The Metals Company. A plus de trois kilomètres de profondeur, des travaux antérieurs et les efforts de TMC ont permis de repérer des nodules en quantité suffisante pour extraire de gros de volumes de métaux utilisés pour les batteries des voitures électriques.

Pour les océanographes, la zone, située à mi-chemin entre le Mexique et Hawaï, n’a rien d’un désert : il s’agit d’un écosystème encore méconnu où de nouvelles espèces sont régulièrement découvertes. Parmi les trouvailles récentes figurent un concombre de mer jaune vif dont la queue rappelle celle d’un écureuil et un « calamar qui marche » et arpente les fonds marins sur de frêles tentacules.

Les nodules que TMC veut extraire sont situés dans des zones peuplées uniquement d’animaux, affirment les scientifiques. Une récente étude publiée dans le Scientific Reports a révélé que, 26 ans après l’envoi un robot dans un habitat similaire dans le cadre d’un projet-pilote, les fonds marins et leurs occupants ne s’étaient pas rétablis.

Espérant apaiser une partie des craintes (et assurer les recherches nécessaires à l’obtention des permis), TMC a versé 2,9 millions de dollars aux chercheurs pour qu’ils étudient la faune et la flore de la zone que la société envisage d’exploiter. Beaucoup de scientifiques ont accepté : il est rarissime de pouvoir étudier l’un des environnements les plus reculés au monde et de recenser des espèces qui pourraient disparaître.

Parmi eux figure Jeff Drazen, professeur de biologie à l’université d’Hawaï qui fait autorité dans la région. Mais après avoir publiquement critiqué les projets miniers de TMC, il a reçu un appel d’un salarié de TMC qui lui a expliqué qu’il risquait de perdre sa bourse s’il continuait, ont rapporté des sources proches du dossier. Jeff Drazen n’a pas souhaité faire de commentaire. De son côté, le porte-parole de TMC a affirmé que les scientifiques avaient le droit de donner leur avis.

C’est en 2017, plus ou moins au moment où sa tentative d’introduction à la Bourse de Toronto a échoué, que TMC a décidé de se présenter comme une société verte.

Gerard Barron en est devenu directeur général et a recruté Erika Ilves, qui travaillait dans l’exploitation des ressources minières spatiales, pour l’aider à gérer la stratégie. Ils élèvent leurs filles ensemble.

Gerard Barron s’est laissé pousser les cheveux et la barbe et arbore toute une collection de bracelets en cuir. Dans la poche de sa veste, il a toujours un morceau de métal de la Lune et, quand le fragment fait sonner les portiques des aéroports, il propose aux agents de sécurité d’investir.

« Je le fais pour la planète et pour les enfants de la planète », disait-il dans un podcast financé par TMC. Il a aussi recruté une agence de communication qui le présente comme une version australienne d’Elon Musk.

Si c’est Gerard Barron qui est désormais le visage de TMC, l’obtention des droits miniers (dans les eaux internationales cette fois-ci) revient au cofondateur David Heydon et à son fils Robert, désormais lui aussi dirigeant de l’entreprise. L’Autorité internationale des fonds marins autorise ses membres à soutenir des projets dans les eaux internationales, avec un traitement de faveur pour les pays en développement. Les Heydon père et fils ont choisi d’établir la société qui demande le permis d’exploration à Nauru, entre autres pour aider la petite île océanienne et ses 10 000 habitants.

« J’ai toujours été très attaché à la justice », affirme Robert Heydon.

La société a d’abord appartenu à Nautilus, puis à un groupe d’investisseurs parmi lesquels figuraient les Heydon, puis à deux fondations publiques de Nauru, créées pour aider les habitants de ce petit Etat de 21 km². En 2012, ses administrateurs l’ont donnée à TMC.

Robert Haydon n’a pas souhaité détailler les conditions de l’opération, qualifiée de « transaction d’ordre privé ». Il explique que le seul argent versé par TMC à Nauru est destiné aux habitants, notamment au paiement des frais de scolarité de deux jeunes, dont la nièce du fonctionnaire qui était chargé de l’exploitation des fonds marins au moment du transfert de propriété, l’ancien ministre du Commerce Mike Aroi.

Toujours membre du gouvernement, Mike Aroi ne pense pas que la bourse de sa nièce soit due à son lien de parenté. Pour lui, cela s’explique par le fait qu’une petite dizaine d’étudiants seulement pouvaient prétendre à des études supérieures. Il ajoute qu’il n’a pas été impliqué dans le transfert de propriété à TMC et que personne, au sein du gouvernement, n’a vu de problème à ce que l’entreprise finance les études de sa nièce. La porte-parole du gouvernement n’a pas répondu aux demandes de commentaire.

TMC a négocié avec « plusieurs » Spac avant d’être approchée par Soac. Gerard Barron raconte qu’il a apprécié la volonté de durabilité de Soac, que son fondateur Scott Leonard a baptisée « première Spac ESG » (même si d’autres l’ont précédée sur ce terrain), et signé un contrat aux termes duquel il ne négocie plus avec personne tant que Soac et TMC discutent de leur mariage.

Gina Stryker raconte qu’au départ, elle n’était pas certaine que TMC soit un bon candidat. Mais après avoir étudié le business plan et les conséquences environnementales de l’exploitation minière sur terre et en mer, elle a changé d’avis. Les partenaires se sont rapidement mis en quête d’autres investisseurs avec une présentation qualifiant les nodules de « batterie pour véhicule électrique cachée dans une pierre ».

L’opération a rapporté 570 millions de dollars de trésorerie à TMC, désormais valorisée à 2,9 milliards de dollars, soit plus que n’importe quelle autre société minière cotée aux Etats-Unis qui ne génère pas un centime de chiffre d’affaires, indique Jay Ritter, professeur à l’université de Floride. Selon les projections de TMC, la société a besoin de plus de 3 milliards de dollars supplémentaires pour être rentable.

Dans un document déposé mercredi auprès des autorités, TMC a ajouté un nouveau facteur de risque relatif à l’impact environnemental de ses techniques d’exploration minière sur les fonds marins, impact qui « pourrait potentiellement être plus important qu’actuellement estimé » et faire l’objet de travaux complémentaires.

La participation de Gerard Barron vaut aujourd’hui autour de 175 millions de dollars.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Marion Issard)

Développement durable : créer de la valeur

Développement durable : créer de la valeur

S’appuyant sur des entretiens avec 2.475 dirigeants de divers pays, secteurs et entreprises, une ne étude de McKinsey dont  rendent  compte les Échos évoque les bonnes pratiques pour mieux générer de la valeur en matière de développement durable.

Parmi les facteurs identifiés, les entreprises leaders en matière de développement durable et de création de valeur (les 22 % qui créent de la valeur) avaient en premier lieu fait de ces enjeux une priorité stratégique, avec des objectifs clairement affichés . « Les enjeux de développement durable doivent faire partie de l’agenda du top management. Pour tirer le plein potentiel de la transition, le sujet doit être porté au plus haut sommet de l’organisation. Les entreprises leaders de notre étude sont également celles qui ont établi un lien étroit entre les performances environnementales mesurées par une série d’indicateurs et les rémunérations des dirigeants et de l’encadrement intermédiaire », ajoute Clarisse Magnin.

Par ailleurs, les entreprises qui s’en sortent le mieux sont aussi celles qui font de la soutenabilité un élément clé de leur culture, proposant notamment des formations sur le sujet à leurs salariés. Ces formations restent toutefois encore peu développées, même chez les entreprises leaders. Seules 27 % d’entre elles ont proposé des formations à tous leurs employés visant à mieux intégrer les pratiques de développement durable à leur travail (un pourcentage qui descend à 8 % pour les autres organisations).

Or, bien menées, de telles formations pourraient contribuer à accélérer le changement. « Aujourd’hui, il ne s’agit plus de mettre l’accent sur le ‘pourquoi du développement durable’, qui est intégré par tous, mais sur le ‘comment’ avec des stratégies concrètes pour obtenir des résultats. L’une des priorités porte sur l’accélération des formations des collaborateurs et les opportunités de montée en compétences qu’elles représentent », précise l’associée de McKinsey.

Enfin, les entreprises qui réussissent le mieux en la matière sont aussi celles qui ont également réussi à mobiliser leurs clients et leurs partenaires commerciaux autour de la question du développement durable, notamment en mettant l’accent sur des notions comme la transparence, le partage d’information et la traçabilité.

Malgré des progrès au cours des dernières années et des ambitions affichées pour celles à venir, il reste encore du chemin à parcourir. Seul un tiers des leaders du développement durable identifiés dans l’enquête perçoivent leur aspiration au développement durable comme « très agressive », ce qui laisse entrevoir des possibilités d’amélioration.

Terrorisme djihadiste : un phénomène durable

 Terrorisme djihadisteun phénomène durable

Deux  chercheurs, Marc Hecker et Elie Tenenbaum,  dressent  dans Le Monde   le bilan de vingt ans de lutte contre le terrorisme djihadiste, menée notamment sur les théâtres extérieurs comme intérieurs.

Marc Hecker et Elie Tenenbaum sont chercheurs à l’Institut français des relations internationales. Dans La Guerre de vingt ans (Robert Laffont, 448 pages, 24,90 euros), ces deux spécialistes des questions de défense et de terrorisme font la rétrospective de deux décennies de lutte contre le terrorisme, en particulier sur les théâtres étrangers. Du début de la « guerre contre le terrorisme » américaine, après les attentats du 11 septembre 2001, à New York, à la fin du contre-terrorisme comme priorité stratégique revendiquée par les Etats-Unis.

Qu’est-ce que le 11 septembre 2001 a changé à la lutte contre le terrorisme ?

Elie Tenenbaum : La lutte contre le terrorisme existait avant le 11-Septembre. A l’époque contemporaine, elle s’est structurée, à partir des années 1970, avec la prise d’otages de Munich [le 5 septembre 1972], qui a joué un rôle central dans la mise à l’agenda de cette thématique. Il en a résulté, dans la période 1975-1990, la création un peu partout en Occident de pôles spéciaux au sein des services policiers, de renseignement et judiciaires. Le terrorisme demeurait toutefois un sujet parmi d’autres. Ce qui change de manière radicale en 2001, c’est le fait que la lutte antiterroriste se mue en guerre et devient la pierre angulaire de la politique de sécurité nationale et de la diplomatie américaines. Ce n’est alors pas seulement la CIA et le CTC [Counter-Terrorism Center] qui se renforcent et se dotent de moyens financiers, humains et juridiques, c’est toute la politique extérieure de la première puissance mondiale qui se transforme. Le département d’Etat est en guerre contre le terrorisme, le département du Trésor aussi. La relation que chaque Etat entretient avec les Etats-Unis sera jugée à l’aune de la lutte contre le terrorisme.

Marc Hecker : Si le djihad afghan, de 1979 à 1989, est le point de départ du djihadisme transnational, le 11-Septembre a créé une surprise stratégique et a ouvert un cycle. Pendant la guerre froide, lors des débats à l’ONU, il était très difficile d’obtenir une condamnation internationale du terrorisme. Or, en 2001, il y a un véritable consensus sur ce sujet. En parallèle se développe tout un mouvement pour inclure des causes locales dans ce prisme et justifier des répressions au nom de la guerre globale contre le terrorisme. On l’a vu, par exemple, en Russie contre les indépendantistes tchétchènes, en Israël contre les groupes armés palestiniens ou même en Colombie contre les Forces armées révolutionnaires de Colombie [extrême gauche].

Développement durable: Pour une économie de sobriété inutilement complexe

Développement durable: Pour une économie de sobriété inutilement complexe

 

L’économiste et sociologue Pierre Veltz estime, dans une tribune au « Monde », que le « déconfinement » de l’écologie passe par le développement d’une économie socialement juste, et créatrice de valeur et d’emplois de qualité.

 

Tribune. 
Les débats sur la loi « climat » illustrent parfaitement deux des grands obstacles auxquels se heurtent nos politiques écologiques : la difficulté à inclure des politiques sectorielles (habitat, transports, alimentation, etc.) dans une vision systémique ; mais surtout, plus profondément, l’incapacité à les replacer dans une perspective politique globale, dans un nouveau récit positif susceptible de mobiliser l’adhésion des citoyens – et même, plus simplement, leur compréhension. Dans le grand livre des politiques publiques, européennes, nationales et locales, l’écologie reste un chapitre à part. Sa place s’accroît, mais la synthèse nouvelle qui prendra le relais de la modernisation sociale-démocrate, dont le cycle s’achève sous nos yeux, reste à inventer.

L’envol des consommations

Atteindre la neutralité carbone en 2050 est un défi gigantesque. Le constat essentiel est que l’amplitude et l’urgence des mutations nécessaires ne pourront pas se contenter d’une augmentation, même forte, de l’efficacité de nos processus technico-économiques.

Les gains d’efficacité – en termes d’énergie consommée, de gaz à effet de serre (GES) émis, de matières utilisées, etc. – sont en effet systématiquement mangés par l’envol des consommations (l’effet « rebond »). Et ils sont largement absorbés par la « profondeur technologique » croissante, c’est-à-dire la course à la conception d’objets et de services de plus en plus (inutilement) sophistiqués. Il n’y a donc pas d’autre issue que de marier la recherche d’efficacité avec celle de la sobriété.

 

Mais toute la question est là : que faut-il mettre sous ce terme ? On pense en général à des comportements individuels, presque tous restrictifs. Ces comportements ont un impact réel mais limité. Mais le vrai défi est celui de l’invention d’une économie globalement et structurellement sobre, qui soit aussi socialement juste et créatrice de valeur et d’emplois de qualité, condition sine qua non de son acceptabilité.

Il est paradoxal que les résultats d’une convention citoyenne débouchent sur un catalogue de mesures sectorielles (proches de celles que les experts, eux aussi sectoriels préconisent depuis longtemps). On s’interroge, à juste titre, sur l’ampleur des mesures. On se chamaille autour d’une comptabilité boutiquière des mesures retenues ou rejetées. Mais, ce faisant, la question du « quoi produire » est totalement noyée sous les discussions techniques relatives au « comment produire ». Le problème de fond reste : la « décarbonation », surtout découpée en rondelles, ne fait pas un projet politique.

Environnement -agriculture: Pour une PAC durable mais aussi créatrice de valeur

  • Environnement -agriculture: Pour une PAC durable mais aussi créatrice de valeur
  • La tribune de 164 parlementaires
    • Alors que notre pays traverse une crise inédite, l’agriculture française — et singulièrement sa production de grandes cultures — doit disposer de moyens adaptés pour répondre pleinement aux objectifs qui sont les siens : produire de manière durable une alimentation de qualité ; contribuer à la lutte contre le changement climatique ; participer pleinement à la relance économique grâce à des filières ancrées dans les territoires.
    • Toutefois, les producteurs de grandes cultures connaissent depuis plus de huit ans une chute très forte de leurs revenus, dont le niveau est l’un des plus faibles de notre pays. Leur rémunération moyenne s’établit sur cette période à moins d’un smic par an dans des conditions inédites de distorsion de concurrence et d’érosion de leur compétitivité par rapport aux autres producteurs européens et, a fortiori, de pays tiers. Ceci s’explique notamment par une baisse drastique des aides qu’ils percevaient au titre du premier pilier de la Politique agricole commune (PAC) au fur et à mesure des différentes réformes de la PAC. Force est de constater qu’à chaque fois, il leur est toujours demandé plus d’efforts et d’engagements, sans pour autant leur accorder de véritable contrepartie économique.
    • «Vision équilibrée ». Nous, élus, sommes résolument à leurs côtés pour que le gouvernement tienne pleinement compte, dans les orientations qui seront arrêtées dans la future PAC, de ces réalités ainsi que des équilibres entre les filières de production et entre les territoires. La durabilité ne peut pas se limiter aux seules dimensions environnementales : elle suppose une réelle prise en compte de la dimension économique de l’activité agricole. Les transitions ne pourront être conduites qu’à travers une vision équilibrée entre l’environnement, l’économie et le social, notamment pour assurer l’indispensable renouvellement de générations en agriculture.
    • Il est, dès lors, impératif que la future PAC soit à la hauteur des défis à relever par les producteurs de grandes cultures. Elle doit résolument s’inscrire dans une logique de croissance et de création de valeur, ainsi que de reconnaissance des efforts (carbone, biodiversité…) déjà réalisés et à réaliser, impliquant une rémunération adéquate. Parallèlement et face à la multiplication des aléas économiques et climatiques, nos producteurs doivent être accompagnés par un système assurantiel plus incitatif pour améliorer la résilience des exploitations.
    • Assurer le maintien de ces exploitations sur nos territoires, c’est assurer la durabilité d’un secteur structuré qui génère plus de 460 000 emplois, c’est assurer une activité économique en milieu rural, c’est assurer l’équilibre de notre balance commerciale, c’est assurer la souveraineté alimentaire de notre pays.
    • Guillaume Kasbarian, député de l’Eure-et-Loir, Julien Dive, député de l’Aisne, Philippe Vigier, député de l’Eure-et-Loir, Luc Lamirault, député de l’Eure-et-Loir, Pierre Cuypers, sénateur de la Seine-et-Marne, Stéphane Demilly, sénateur de la Somme, Marie Évrard, Sénatrice de l’Yonne.
    • Cosignataires : Damien Adam, député de la Seine-Maritime, Pascal Allizard, sénateur du Calvados, Serge Babary, sénateur d’Indre-et-Loire, Philippe Bas, sénateur de la Manche, Jérôme Bascher, sénateur de l’Oise, Stéphane Baudu, député du Loir-et-Cher, Thibault Bazin, député de Meurthe-et-Moselle, Valérie Bazin-Malgras, députée de l’Aube, Valérie Beauvais, députée de la Marne, Bruno Belin, Sénateur de la Vienne, Nadine Bellurot, Sénatrice de l’Indre, Aurore Bergé, députée des Yvelines, Philippe Berta, député du Gard, Grégory Besson-Moreau, député de l’Aube, Annick Billon, sénatrice de la Vendée, Christophe Blanchet, député du Calvados, Pascal Bois, député de l’Oise, François Bonneau, sénateur de la Charente, Jean-Yves Bony, député du Cantal, Gilbert Bouchet, sénateur de la Drôme, Jean-Claude Bouchet, député du Vaucluse, Sylvie Bouchet-Bellecourt, députée de Seine-et-Marne, Bernard Bouley, député de l’Essonne, Yves Bouloux, sénateur de la Vienne, Jean-Luc Bourgeaux, député d’Ille-et-Vilaine, Toine Bourrat, sénatrice des Yvelines, Jean-Marc Boyer, sénateur du Puy-de-Dôme, Valérie Boyer, sénatrice des Bouches-du-Rhône, Jean-Louis Bricout, député de l’Aisne, Danielle Brulebois, députée du Jura, Carole Bureau-Bonnard, députée de l’Oise, Vincent Capo-Canellas, sénateur de la Seine-Saint-Denis, Danièle Cazarian, députée du Rhône, Anne Chain-Larché, sénatrice de la Seine-et-Marne, Philippe Chalumeau, député d’Indre-et-Loire, Alain Chatillon, sénateur de la Haute-Garonne, Guillaume Chevrollier, sénateur de la Mayenne, Paul Christophe, député du Nord, Dino Cinieri, député de la Loiret, Fabienne Colboc, députée de l’Indre-et-Loire, François Cormier-Bouligeon, député du Cher, Jean-Pierre Cubertafon, député de Dordogne, Olivier Damaisin, député du Lot-et-Garonne, Sonia De La Provoté, sénatrice du Calvados, Dominique de Legge, sénateur d’Ille-et-Vilaine, Albéric De Montgolfier, sénateur de l’Eure-et-Loir, Louis-Jean de Nicolay, sénateur de la Sarthe, Marguerite Deprez-Audebert, députée du Pas-de-Calais, Chantal Deseyne, sénatrice d’Eure-et-Loir, Yves Détraigne, sénateur de la Marne, Nassimah Dindar, sénatrice de la Réunion, Elisabeth Doineau, sénatrice de la Mayenne, Jean-Pierre Door, député du Loiret, Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais, Nicole Duranton, sénatrice de l’Eure, Nadia Essayan, députée du Cher, Gilbert Favreau, sénateur des Deux-Sèvres, Françoise Férat, sénateur de la Marne, Agnès Firmin Le Bodo, députée de Seine-Maritime, Pascale Fontenel-Personne, députée de la Sarthe, Nicolas Forissier, député de l’Indre, Françoise Gatel, sénatrice d’Ille-et-Vilaine, Laurence Gayte, députée des Pyrénées-Orientales, Annie Genevard, députée du Doubs, Séverine Gipson, députée de l’Eure, Carole Grandjean, députée de Meurthe-et-Moselle, Jean-Charles Grelier, député de la Sarthe, Pascale Gruny, sénatrice de l’Aisne, Charles Guéné, sénateur de la Haute-Marne, Daniel Guéret, sénateur d’Eure-et-Loir, Jocelyne Guidez, sénatrice de l’Essonne, Yves Hemedinger, député du Haut-Rhin, Olivier Henno, sénateur du Nord, Michel Herbillon, député du Val-de-Marne, Antoine Herth, député du Bas-Rhin, Loïc Hervé, sénateur de la Haute-Savoie, Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, Jean-Raymond Hugonet, sénateur de l’Essonne, Jean-François Husson, sénateur de la Meurthe-et-Moselle, Christian Jacob, député de Seine-et-Marne, Annick Jacquemet, sénatrice du Doubs, Caroline Janvier, députée du Loiret, Bruno Joncour, député des Côtes d’Armor, Sandrine Josso, députée de Loire-Atlantique, Claude Kern, sénateur du Bas-Rhin, Loïc Kervran, député du Cher, Christian Klinger, sénateur du Haut-Rhin, Jacques Krabal, député de l’Aisne, Daniel Labaronne, député d’Indre-et-Loire, Jean-Luc Lagleize, député de Haute-Garonne, Marc Laménie, sénateur des Ardennes, Michel Laugier, sénateur des Yvelines, Daniel Laurent, sénateur de la Charente-Maritime, Jacques Le Nay, sénateur du Morbihan, Jean-Claude Leclabart, député de la Somme, Antoine Lefèvre, sénateur de l’Aisne, Valérie Létard, sénatrice du Nord, Pierre-Antoine Lévi, sénateur du Tarn-et-Garonne, Richard Lioger, député de la Moselle, Patrick Loiseau, député de Vendée, Anne-Catherine Loisier, sénatrice de Côte d’Or, Jean-François Longeot, sénateur du Doubs, Gérard Longuet, sénateur de la Meuse, Véronique Louwagie, députée de l’Orne, Lise Magnier, députée de la Marne, Sylvain Maillard, député de Paris, Emmanuel Maquet, député de la Somme, Olivier Marleix, député de l’Eure-et-Loir, Hervé Maurey, sénateur de l’Eure, Franck Menonville, sénateur de la Meuse, Gérard Menuel, député de l’Aube, Sébastien Meurant, sénateur du Val-d’Oise, Maxime Minot, député de l’Oise, Jean-Pierre Moga, sénateur du Lot-et-Garonne, Adrien Morenas, député du Vaucluse, Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime, Philippe Mouiller, sénateur des Deux-Sèvres, Claire O’petit, députée de l’Eure, Olivier Paccaud, sénateur de l’Oise, Vanina Paoli-Gagin, sénatrice de l’Aube, Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher, Philippe Pemezec, sénateur des Hauts-de-Seine, Patrice Perrot, député de la Nièvre, Bernard Perrut, député du Rhône, Stéphane Piednoir, sénateur du Maine-et-Loire, Kristina Pluchet, sénatrice de l’Eure, Rémy Pointereau, sénateur du Cher, Bérengère Poletti, députée des Ardennes, Sophie Primas, sénatrice des Yvelines, Didier Quentin, député de Charente-Maritime, Richard Ramos, député du Loiret, Jean-François Rapin, sénateur du Pas-de-Calais, Julien Ravier, député des Bouches-du-Rhône, Robin Reda, député de l’Essonne, Jean-Luc Reitzer, député du Haut-Rhin, Olivier Rietmann, sénateur de la Haute-Saône, Stéphanie Rist, députée du Loiret, Laurianne Rossi, députée des Hauts-de-Seine, Martial Saddier, député de Haute-Savoie, Denise Saint-Pé, sénatrice des Pyrénées-Atlantiques, Hugues Saury, sénateur du Loiret, René-Paul Savary, sénateur de la Marne, Antoine Savignat, député du Val-d’Oise, Raphaël Schellenberger, député du Haut-Rhin, Patricia Schillinger, sénatrice du Haut-Rhin, Vincent Ségouin, sénateur de l’Orne, Nathalie Serre, députée du Rhône, Bruno Sido, sénateur de la Haute-Marne, Laurent Somon, sénateur de la Somme, Vincent Thiébaut, député du Bas-Rhin, Jean-Louis Thiériot, député de Seine-et-Marne, Sabine Thillaye, députée de l’Indre-et-Loire, Claudine Thomas, sénatrice de la Seine-et-Marne, Frédérique Tuffnell, députée de Charente-Maritime, Jean-Pierre Vigier, député de Haute-Loire, Stéphane Viry, député des Vosges, Sylvain Waserman, député du Bas-Rhin

Problématique développement durable: Le frein est culturel

Problématique développement durable:  Le frein est culturel

Inès Leonarduzzi est directrice générale de l’ONG « Digital for the Planet » qu’elle a fondée en 2017 pour promouvoir l’écologie numérique. Elle accompagne de grands groupes (BNP Paribas, L’Oréal, GRDF, Kering…) et des institutions internationales (ONU, Unesco, OTAN) dans l’élaboration de stratégies conciliant numérique et transition écologique. Elle vient de publier son premier livre, Réparer le futur : du numérique à l’écologie, aux éditions de l’Observatoire.

En 2018, le numérique représentait plus de 10 % de la consommation électrique mondiale, et 2 % des émissions de gaz à effet de serre françaises. Peut-on vraiment concilier développement technologique et écologie ?

Nous attendions du numérique qu’il participe de la dépollution. Il était censé être une solution propre, écoresponsable, une alternative au papier. Mais c’est l’inverse qui se produit. Concilier les deux paraît contradictoire, car la politique s’est emparée de ces sujets. Le numérique est devenu un enjeu de souveraineté ainsi qu’une manne économique, tandis que l’écologie est devenue un mouvement politique, qui par ailleurs trébuche souvent, par manque de vision. Dans l’imaginaire collectif et chez une grande partie des écologistes, la technologie est l’apanage des grands « pollueurs ». Ce sont pourtant les technologies numériques qui rendent possible la science du climat, par la modélisation informatique des données climatiques. Le risque pour l’écologie est qu’elle devienne dogmatique. Il lui faut donc revoir son rapport au numérique, qui est tout sauf un ennemi : il est seulement le reflet de nos comportements. Avant de penser l’innovation technologique à travers le prisme d’un progrès noble et inclusif, il faut trouver le moyen d’éco-concevoir toutes nos infrastructures physiques et logicielles.

Usages personnels, datacenters, fabrication des appareils électroniques… Qu’est ce qui pollue le plus ?

Plus des deux tiers de la pollution numérique environnementale sont générés par la fabrication des smartphones, qui sont au nombre de 14 milliards dans le monde. On parle beaucoup plus de la pollution générée par le stockage des e-mails et de la manière dont chacun devrait les trier pour avoir un comportement plus écoresponsable. C’est trop facile de critiquer les usages individuels, sans apporter de réponses sur le plan systémique. Un appareil électronique peut durer plusieurs années si on apprend à en prendre soin et si on le répare. L’avènement d’un monde durable ne dépend pas que de la bonne volonté des individus. Il faut aussi lever les barrières mises à dessein sur la route du développement durable.

La pollution numérique n’est pas qu’environnementale, elle est aussi intellectuelle et sociétale, expliquez-vous. Que voulez-vous dire par là ?

Au fond, quelle est la plus grande barrière que nous trouvons sur la route du développement durable ? Les systèmes de pensées, nos raisonnements. Etant au départ concentrée sur la pollution numérique environnementale, j’ai rapidement été confrontée aux schémas mentaux. Le « numérique désincarné », celui qui n’a de but que lui-même et non autrui, dessert l’humain en affectant ses capacités cognitives, son rapport à l’intelligence individuelle. De fait, l’intelligence collective est mise à mal. C’est là que le glissement vers la pollution numérique sociétale s’opère, c’est-à-dire quand le numérique impacte les fondements sociétaux les plus précieux, comme le vivre-ensemble. Si notre potentiel intellectuel faiblit, le projet de société s’effrite inéluctablement. Comment alors trouver du sens à la protection de l’environnement, si nous n’avons plus de projet de société commun ? Dans le grand sujet de l’environnement, l’enjeu des enjeux est finalement le cerveau humain : la manière dont nous produisons des opinions et désapprenons à construire des réflexions est au cœur de notre médiocrité face à la préservation de l’environnement. Cela provient d’un manque d’informations et d’une politisation qui les noie dans des discours qui embrument plus qu’ils n’éclairent. C’est en diminuant la pollution numérique intellectuelle que le projet de société commun grandira. Enfin, l’impact sociétal suivra. Sans compréhension, il ne peut y avoir de progrès durable. Mais ceci n’est pas aisé : il est difficile de prendre de la hauteur quand le numérique sert autant qu’il asservit. Ce livre ouvre des questions pour contribuer à réparer le futur environnemental, mais aussi intellectuel et sociétal.

Il semble y avoir eu une prise de conscience au sujet de la pollution numérique ces dernières années, on le voit notamment avec l’arrivée de textes de loi et de feuilles de route qui ont pour ambition de verdir le numérique…

En 2017, 77 % des Français ignoraient ce qu’était la pollution numérique selon un sondage réalisé avec le cabinet Occurence. C’est le milieu associatif qui a en premier permis l’éveil des consciences et le sujet a pris une ampleur considérable dès le premier confinement. Alors que nous étions tous connectés depuis chez nous, les émissions de gaz à effet de serre liées au trafic routier diminuaient sensiblement. Les journalistes s’inquiétaient : « Et si la pollution générée par nos usages décuplés du numérique ne rattrapait pas tout ? » Avant 2017, nous manquions cruellement d’informations sur le numérique. Par exemple, en 2015, le Big Data était encore vu comme un progrès qui allait nous rendre tous heureux grâce à la personnalisation des services. Aujourd’hui, la donne a changé : les citoyens sont moins dupes, ils posent des questions car le sujet soulève de sérieuses questions sur les libertés fondamentales et la protection de la vie privée. Le sujet est depuis porté par des acteurs européens comme Margrethe Vestager, à l’Assemblée nationale par de nombreux élus ou encore au gouvernement, porté par Cédric O et Barbara Pompili [respectivement secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques et ministre de la Transition écologique].

Que pensez-vous des différentes propositions retenues dans la feuille de route gouvernementale dédiée au numérique et à l’environnement ?

Cette feuille de route a le mérite d’exister. Nous y avons contribué, avec Digital for the Planet, avec l’idée qu’il faut travailler de manière transversale plutôt qu’en silo. Ce ne sont cependant que des intentions : elles ne suffisent pas en l’état, même si elles traitent des bons sujets, comme l’indice de réparabilité, qui sont essentiels pour l’écoconception et la valorisation des appareils reconditionnés. Il faut aller plus loin et la loi Climat-Résilience actuellement débattue au Parlement peut le permettre si les propositions des différentes ONG et acteurs sont retenues. Digital for the Planet a proposé deux alinéas : un sur l’éducation à l’impact environnemental du numérique dans les écoles primaires, et un autre pour permettre une large part d’appareils reconditionnés ou à bon indice de réparabilité dans les achats publics. Aucun acteur, qu’il soit public, privé ou issu de la société civile, ne peut apporter seul de réponses concrètes à ces enjeux de pollution numérique. C’est à la fois la grande difficulté du sujet, mais aussi ce qui le rend beau : nous sommes tenus de travailler main dans la main.

Quels conseils donneriez-vous pour réduire les pollutions numériques de tout un chacun, des entreprises, du gouvernement ?

Du côté citoyen, nous pouvons faire durer le plus longtemps possible ses appareils électroniques. Ce sont des objets précieux : ils sont constitués de métaux et de terres rares, extraits dans des conditions sociales et environnementales déplorables. Il s’agit également de prêter attention à la notion de « diabète numérique ». Il y a un bon et mauvais numérique, comme il y a un bon et un mauvais sucre. Un enfant qui fait huit heures de jeux en ligne par semaine et un autre qui fait huit heures de codage ne donnera pas le même adulte. Sur le plan des entreprises, il faut considérer l’importance du sujet de la réparabilité des flottes d’appareils électroniques, veiller au droit à la déconnexion dans les entreprises, et utiliser le numérique comme un levier pour s’engager. Les gouvernements doivent quant à eux œuvrer à verdir les sources d’énergie qui alimentent les centres de stockage de données, mais aussi lutter contre l’illectronisme et se battre pour un revenu de la donnée. Puisque l’argent est au cœur de tout, rendons un peu de ce pouvoir à ceux qui la créent la richesse d’Internet, c’est-à-dire les internautes.

Revenir au concept initial d’entreprise pour une transformation durable

Revenir au concept initial d’entreprise pour une transformation durable

La contribution de l’entreprise à la résolution des crises sociale et environnementale nécessite de redéfinir l’« affectio societatis », la volonté d’agir ensemble, des actionnaires, salariés, dirigeants et partenaires extérieurs des entreprises, suggèrent les expertes financières Sandra Bernard-Colinet et Mathilde Lemoine dans une tribune au « Monde ».

Tribune. 

 

La crise sanitaire a renforcé la pression citoyenne pour accélérer la transformation de l’entreprise en acteur responsable des enjeux sociaux et environnementaux. Certains, pour mieux repousser cette pression, mettent en avant la célèbre affirmation de l’économiste américain Milton Friedman selon laquelle la seule responsabilité sociale de l’entreprise consisterait à faire du profit. Mais cette retranscription est tronquée car la phrase se poursuit par « aussi longtemps qu’elle [l’entreprise] respecte les règles du jeu ». Or ce sont précisément les règles du jeu qui ont changé depuis cinquante ans !

Au départ, il n’était pas question pour les sociétés de prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux dans leur gestion. Les règles du jeu s’inscrivaient dans une logique collective de course à la production. Puis cette logique s’est individualisée par la recherche de l’optimisation de la marge bénéficiaire et d’un retour sur capital rapide.

Désormais, les entreprises ont une responsabilité vis-à-vis du monde extérieur. Elle consiste à intégrer volontairement leurs préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et à leurs relations avec les parties prenantes. La transcription qui en a été faite par les acteurs privés fut de traiter ces nouvelles préoccupations comme des risques (industriels, de réputation) ou des opportunités (relais de croissance) pour leur objet social. Même pour ceux qui s’inscrivent dans la lignée friedmanienne, la logique économique et financière doit tenir compte des critères sociaux et environnementaux.

Les crises récentes, celle de 2008 et celle de 2020, ont de nouveau changé les règles du jeu. Il n’est plus question de se focaliser uniquement sur la préservation de la valeur économique de l’entreprise mais de protéger les biens communs, de participer à la restauration, à la préservation et à l’amélioration des socio-écosystèmes. L’entreprise doit définir comment elle contribue de façon active à la résolution des enjeux sociaux et environnementaux dans toute leur complexité. Tel est l’enjeu du débat sur la contribution des entreprises aux objectifs de développement durable définis par les Nations unies, aux objectifs de décarbonation fixés par l’accord de Paris, ou sur la définition de la « raison d’être » des entreprises et du statut d’« entreprise à mission » actés par la loi Pacte d’avril 2019.

Il ne s’agit plus seulement de mesurer les externalités négatives de l’activité de l’entreprise, par exemple en limitant ou en compensant l’impact de la production industrielle sur les émissions de CO2, mais désormais de trouver les méthodes qui permettront de réduire ces émissions quelle que soit l’évolution de l’activité de l’entreprise. Il ne s’agit plus de parler de croissance inclusive tout en délocalisant dans des pays étrangers des activités encore largement bénéficiaires, mais de préserver et développer des filières génératrices d’emplois locaux tout en assurant leur autonomie financière.

Le modèle de l’entreprise ne répond plus uniquement à la logique économique mais s’inscrit dans une dimension plus collective, dont le cœur du réacteur serait les enjeux sociaux et environnementaux. Ce modèle, qui est bien souvent celui d’entreprises familiales indépendantes des marchés financiers, repose sur la volonté implicite ou explicite des partenaires de collaborer sur un pied d’égalité et que les juristes appellent l’affectio societatis, c’est-à-dire l’élément intentionnel indispensable à la formation du lien qui unit les associés. Sa force opérationnelle réside dans sa capacité à fédérer autour d’un projet entrepreneurial les associés mais aussi les salariés, les fournisseurs, les acteurs locaux tout en parvenant à développer une fierté et un sentiment d’appartenance.

L’affectio societatis a perdu de son influence dans les grandes entreprises soumises à la maximisation de leur rentabilité opérationnelle. Il est temps de revenir à l’essence même de la notion d’entreprise : mettre en commun des biens en vue de réaliser et de partager des bénéfices, qui ne doivent plus être seulement économiques, mais aussi sociaux et environnementaux.

Pour y parvenir, le monde de l’entreprise pourrait s’inspirer de certaines pratiques des acteurs du développement et de l’économie sociale et solidaire qui savent donner un sens à leur action, et mener des actions qui ont du sens. Dans son plan-cadre pour l’aide au développement (PNUAD), l’ONU propose ainsi un outil de modélisation de la transformation que l’on souhaite générer sur une population de bénéficiaires et de mesurer la valeur ajoutée de son action. L’objectif est de vérifier le lien de causalité entre l’action engagée et le changement opéré à long terme sur les bénéficiaires.

Par exemple, si l’objectif poursuivi par une entreprise est d’améliorer la santé, il faut d’abord définir les bénéficiaires, c’est-à-dire le pourcentage de femmes ou d’hommes, les classes d’âge, la zone géographique. Il est également nécessaire de choisir l’action à mener : donner des médicaments ? éduquer ? améliorer l’habitat ? la mobilité ? Ensuite, il conviendra de vérifier que les ressources mobilisées sont bien affectées à l’atteinte de l’objectif et à quelle échéance. Une telle méthode a aussi pour vertu de faire reposer l’engagement social de l’entreprise sur une sorte de convention. Entreprendre au-delà de la seule valorisation du capital économique permet de fédérer les différentes parties prenantes pour contribuer à une transformation durable.

Sandra Bernard-Colinet est membre de la Société française des analystes financiers (SFAF) et ancienne conseillère en investissement à impact auprès du haut-commissariat à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale.

Mathilde Lemoine est chef économiste du groupe Edmond de Rothschild

Environnement-Pour une finance durable et sociale

Environnement-Pour une finance durable et sociale

 

Philippe Zaouati ,directeur général de la société de gestion Mirova ,milite pour une finance durable et sociale dans une tribune à l’Opinion.

 

 

Tribune

 

Après une année 2020 marquée par une crise sanitaire aussi inattendue que violente, il est assez aisé de comprendre l’adhésion croissante à la philosophie et aux sujets de la finance durable.

Pourtant, en se concentrant au cours des dernières années sur le thème de la préservation de l’environnement et de la biodiversité, la finance durable n’a-t-elle pas mis au second plan le rôle des entreprises sur la question des fractures sociales, fiscales et probablement des fractures politiques et démocratiques ? Je suis convaincu que le traitement des inégalités sera dans les prochaines années un déterminant essentiel de la finance durable.

La crise sanitaire a montré que l’entreprise n’était pas une île, à distance du tumulte ambiant. Les questions sociales sont évidemment de son ressort. Loin de l’insularité, l’entreprise se trouve au cœur de la mêlée sociale. C’est d’ailleurs sur les actions des entreprises, autant que sur celles des gouvernements, que se concentrent les débats : précarisation des employés, voire recours à des indépendants non-salariés, creusement des écarts de revenus, inégalités entre les femmes et les hommes, discriminations raciales et sociales, évasion ou optimisation fiscales… Il est clair que la société en attend davantage des entreprises, et à raison.

Dans un contexte où les entreprises bénéficient d’un pouvoir plus important que jamais, face à des Etats limités dans leur capacité d’action, elles doivent prendre leur part de responsabilité. D’autant plus que l’accentuation des inégalités dans les pays développés est directement liée à une concentration de la valeur boursière aux mains d’un très petit nombre d’entreprises. Faut-il rappeler qu’à la fin de l’année 2020, cinq entreprises américaines représentaient à elles seules un quart de la capitalisation du S&P500 ?

Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective

Pacte démocratique. Cette polarisation sociale est un sujet que la finance durable ne peut plus mettre au second plan. La pandémie que nous traversons a permis une prise de conscience sur des problématiques portées depuis longtemps par les acteurs de l’investissement durable : lien entre économie et santé publique, gestion des infrastructures et des services publics, maîtrise des chaînes d’approvisionnement et risques induits par leur fragmentation, dégradation rapide de la biodiversité et déforestation… L’accroissement des inégalités, les fractures sociales et territoriales, les ruptures du pacte démocratique qui s’ensuivent, restent quant à elles, pour le moment, insuffisamment prises en compte. Pourtant, la crise sanitaire de 2020 n’a fait qu’aggraver une situation déjà explosive.

Cette fracture sociale peut sembler loin des questions économiques. C’est tout l’inverse. La baisse tendancielle de la taxation des grandes entreprises est, je crois, au cœur de cette problématique. Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective.

C’est un enjeu difficile pour la finance durable qui doit se préoccuper de la question sociale, la lutte contre les inégalités et l’évasion fiscale. Pour reconnecter création de valeur financière et traitement de ces fractures, il faudra « convaincre » les marchés que les entreprises performantes sont celles qui contribuent à l’intérêt général.

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova.

Pour des placements au service du développement durable

 

Pour  des placements au service du développement durable 

 

Nicolas Mackel, PDG de Luxembourg for Finance milite pour des placements au service du développement durable dans l’Opinion 

Tribune

 

On peut réprouver les apprentis « traders », ces jeunes investisseurs petits porteurs qui ont fait souffler un vent de panique sur les marchés face aux fonds spéculatifs en coordonnant, via les médias sociaux, la montée en flèche du prix de l’action de GameStop.

Cependant, tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une histoire extraordinaire. On parle déjà du film qui pourrait en être tiré – une histoire moderne de David contre Goliath avec une touche financière. J’espère surtout que nous tirerons plus de cette expérience qu’un bon film bientôt disponible sur Netflix.

Quelles leçons tirer du phénomène GameStop? Les investisseurs particuliers deviennent de plus en plus puissants sur les marchés financiers occidentaux grâce à la technologie. La pandémie n’a fait qu’accélérer cette tendance. Lorsque ces petits investisseurs se rallient à une cause, ils peuvent être efficaces pour mettre en œuvre des changements rapides et significatifs.

Imaginez maintenant un instant que vous puissiez concentrer ce pouvoir – l’enthousiasme et la loyauté dont ces milliers de petits investisseurs ont fait preuve – et le libérer sur les marchés financiers. Comment dirigeriez-vous ce pouvoir fantastique au service d’un changement positif ? Certains aimeraient sans doute voir d’autres géants de la finance s’effondrer. Mais pourquoi ne pas chercher à orienter ce potentiel vers un objectif plus important ?

A travers une combinaison de réglementation, d’incitation et pourquoi pas d’intérêt moral, il pourrait être mis au service de la question cruciale de la relance et de la reconstruction du «monde d’après». Nous savons que des centaines de millions de dollars sont transmis de la génération des « baby-boomers » à leurs enfants désormais adultes.

Les enquêtes indiquent que la grande majorité des « millennials » souhaite investir dans des placements au service du développement durable. Toutefois, combien d’entre eux ont réellement effectué ce type d’investissements ? Le résultat est très différent. Ainsi, seuls 41 % (Morgan Stanley) des jeunes adultes avaient investi dans des entreprises ou des fonds visant des résultats sociaux et environnementaux positifs fin 2019.

Ce chiffre a probablement augmenté en 2020, parallèlement à l’utilisation croissante des plateformes de trading dédiées aux particuliers et à la baisse de l’âge moyen de leurs utilisateurs, mais l’écart entre la perception et la réalité demeure important.

Imaginez la puissance de millions d’investisseurs particuliers dans le monde, qui pourraient se rallier à la cause des actions menées par les entreprises, ou s’en débarrasser, en fonction de leurs performances au service d’un monde plus durable

Le rôle de la finance. Les marchés des capitaux et, plus généralement les services financiers, ont un rôle important à jouer pour désamorcer la bombe à retardement qu’est le changement climatique, mais aussi pour tenter de réduire les inégalités sociales que la pandémie a mises en exergue : inégalité des salaires et des conditions de vie, mouvement trop lent en faveur de la diversité et de l’inclusion, et manque d’infrastructures de soins.

Les gouvernements, les banques centrales, les régulateurs et de nombreux investisseurs institutionnels sont déjà bien avancés et s’efforcent de s’attaquer à ces problèmes, en plaçant l’investissement durable et responsable au cœur du fonctionnement futur des marchés financiers : critères de diversité imposés pour les comités exécutifs des entreprises, levées de fonds pour les infrastructures écologiques, émissions d’obligations vertes, stratégies industrielles durables. Dans le cadre de son plan de relance, la Commission européenne a ainsi affecté un montant considérable de 550 milliards d’euros à des projets écologiques.

Les citoyens au cœur du processus. Il s’agit d’un mouvement important et coordonné entre les Etats nations et les services financiers, qui progressent bien. Mais les citoyens en sont encore largement absents. Imaginez la puissance de millions d’investisseurs particuliers dans le monde, qui pourraient se rallier à la cause des actions menées par les entreprises, ou s’en débarrasser, en fonction de leurs performances au service d’un monde plus durable.

Si une surveillance et une réglementation appropriées étaient mises en place, ils pourraient faire pression d’une manière inédite. Les consommateurs ont ouvert la voie à travers la consommation ​: en délaissant certaines marques et certains produits qui ne correspondent pas à une pratique éthique et équitable. Ils forcent ainsi les entreprises à changer leurs conditions de travail, leurs sources d’approvisionnement, leurs chaînes d’approvisionnement ou leurs émissions de carbone.

L’ajout de la puissance de leurs décisions d’investissement financier ferait une différence encore plus significative. Ainsi, lorsque le phénomène GameStop ne fera plus parler de lui et que cette population d’investisseurs retournera sur les forums Reddit, espérons qu’ils verront la possibilité de tourner leur pouvoir collectif vers des actions beaucoup plus cruciales pour l’avenir de tous. Ce film aurait alors une fin heureuse.

Nicolas Mackel est PDG de Luxembourg for Finance, l’agence de développement de la place financière du Luxembourg

Pour une finance durable et sociale

Pour une finance durable et sociale

 

Philippe Zaouati ,directeur général de la société de gestion Mirova ,milite pour une finance durable et sociale dans une tribune à l’Opinion.

 

 

Tribune

 

Après une année 2020 marquée par une crise sanitaire aussi inattendue que violente, il est assez aisé de comprendre l’adhésion croissante à la philosophie et aux sujets de la finance durable.

Pourtant, en se concentrant au cours des dernières années sur le thème de la préservation de l’environnement et de la biodiversité, la finance durable n’a-t-elle pas mis au second plan le rôle des entreprises sur la question des fractures sociales, fiscales et probablement des fractures politiques et démocratiques ? Je suis convaincu que le traitement des inégalités sera dans les prochaines années un déterminant essentiel de la finance durable.

La crise sanitaire a montré que l’entreprise n’était pas une île, à distance du tumulte ambiant. Les questions sociales sont évidemment de son ressort. Loin de l’insularité, l’entreprise se trouve au cœur de la mêlée sociale. C’est d’ailleurs sur les actions des entreprises, autant que sur celles des gouvernements, que se concentrent les débats : précarisation des employés, voire recours à des indépendants non-salariés, creusement des écarts de revenus, inégalités entre les femmes et les hommes, discriminations raciales et sociales, évasion ou optimisation fiscales… Il est clair que la société en attend davantage des entreprises, et à raison.

Dans un contexte où les entreprises bénéficient d’un pouvoir plus important que jamais, face à des Etats limités dans leur capacité d’action, elles doivent prendre leur part de responsabilité. D’autant plus que l’accentuation des inégalités dans les pays développés est directement liée à une concentration de la valeur boursière aux mains d’un très petit nombre d’entreprises. Faut-il rappeler qu’à la fin de l’année 2020, cinq entreprises américaines représentaient à elles seules un quart de la capitalisation du S&P500 ?

Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective

Pacte démocratique. Cette polarisation sociale est un sujet que la finance durable ne peut plus mettre au second plan. La pandémie que nous traversons a permis une prise de conscience sur des problématiques portées depuis longtemps par les acteurs de l’investissement durable : lien entre économie et santé publique, gestion des infrastructures et des services publics, maîtrise des chaînes d’approvisionnement et risques induits par leur fragmentation, dégradation rapide de la biodiversité et déforestation… L’accroissement des inégalités, les fractures sociales et territoriales, les ruptures du pacte démocratique qui s’ensuivent, restent quant à elles, pour le moment, insuffisamment prises en compte. Pourtant, la crise sanitaire de 2020 n’a fait qu’aggraver une situation déjà explosive.

Cette fracture sociale peut sembler loin des questions économiques. C’est tout l’inverse. La baisse tendancielle de la taxation des grandes entreprises est, je crois, au cœur de cette problématique. Des entreprises de plus en plus puissantes, ayant des impacts de plus en plus grands sur nos modes de vie et notre cohésion sociale, ne peuvent pas s’écarter de l’intérêt général en réduisant leur contribution collective.

C’est un enjeu difficile pour la finance durable qui doit se préoccuper de la question sociale, la lutte contre les inégalités et l’évasion fiscale. Pour reconnecter création de valeur financière et traitement de ces fractures, il faudra « convaincre » les marchés que les entreprises performantes sont celles qui contribuent à l’intérêt général.

Philippe Zaouati est directeur général de Mirova.

« Pour un progrès durable et partagé» – par Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet

 « Pour un progrès durable et partagé» – par Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet

 

Dominique Villemot, Jacky Bontems et Aude de Castet propose dans l’Opinion une stratégie de progrès durable et partagé.

 

 

Dominique Villemot est président de Démocratie vivante, think tank de gauche. Jacky Bontems et Aude de Castet sont vice-présidents.

 

Aude de Castet et Jacky Bontems.

Chronique

 

En 2020, nous avons beaucoup souffert et nous avons dû nous remettre en question, apprendre l’humilité. Nous avons compris que l’humanité ne maîtrisait pas tout, en particulier la nature. Le coronavirus nous a tous désemparés. Nous avons dû nous confiner et ralentir l’activité économique. Or depuis le XVIIIe siècle, du moins en Occident, nous sommes entrés dans la civilisation du travail, avec la foi dans le progrès scientifique et économique. L’être humain est devenu un homo economicus.

Avec le réchauffement climatique et la pollution des océans, nous avons compris que notre civilisation pouvait mettre en danger la planète. Mais, plus ou moins consciemment, nous espérions qu’en adaptant à la marge notre modèle de société nous arriverions à limiter les dégâts causés à notre environnement. Aujourd’hui, nous comprenons qu’il faut changer de paradigme.

Et si nous ne connaissons pas exactement l’origine de cette pandémie, nous pressentons qu’elle peut être la conséquence d’un dérèglement de la nature par l’activité humaine.

Notre foi dans le progrès a été ébranlée et l’espoir s’est envolé.

Terre abîmée. La pauvreté a augmenté de manière significative, touchant en priorité les plus précaires, les jeunes, les femmes seules. C’est terrible pour notre jeunesse, qui a dû renoncer à la convivialité, qui se trouve confrontée au chômage et à la pauvreté. Cette jeunesse percutée de plein fouet par la crise pense que nous lui léguons une Terre abîmée…

Pire, notre démocratie a été mise en cause. En attente du vaccin, la seule arme contre la pandémie a été l’isolement, le confinement, ce qui a impliqué une restriction de nos libertés. La liberté, notre valeur fondamentale républicaine, a été mise à mal, attaquée sur un autre flanc par les attentats terroristes subis cette année encore.

Mais 2 020 a aussi eu des côtés positifs : notre modèle social a montré son efficacité. Grâce notamment à la prise en charge par l’Etat du chômage partiel la plus généreuse de l’OCDE, l’impact social de la crise, même s’il est loin d’être négligeable, a pu être contenu.

Nous n’avons pas hésité à nous porter au chevet de notre économie en ouvrant les vannes de la dépense publique. C’est le « Quoiqu’il en coûte » d’Emmanuel Macron.

Nous avons aussi pris du recul et remis l’échelle des valeurs à l’endroit. Nous avons pris conscience de l’importance des métiers indispensables : infirmières, caissières, éboueurs… Le recours massif au télétravail nous a aussi amenés à repenser notre rapport au travail.

2020 a aussi montré combien l’Europe nous est utile, voire indispensable, avec la politique de soutien des Etats de la zone euro par la BCE et un plan de relance historique mutualisé entre les Etats. Et si la crise sanitaire nous alerte plus encore sur notre dépendance envers la Chine, l’Europe doit également nous aider à nous réarmer sur le plan commercial et industriel pour contrer la menace chinoise.

Seule la croissance permettra de rembourser la dette et de financer nos retraites

Nous souhaitons qu’en 2021 nous renouions avec le progrès car c’est le seul moyen pour retrouver espoir en l’avenir, avec la perspective que demain sera meilleur qu’aujourd’hui, que nos enfants vivront mieux que nous.

Mais nous souhaitons que le progrès futur soit différent de celui des dernières années. Il ne faudra pas reprendre une politique d’austérité comme celle de 2011 à 2016 pour réduire le déficit public, ce qui s’est fait au détriment de nos hôpitaux et, plus généralement, de la croissance.

Seule en effet la croissance permettra de rembourser la dette et de financer nos retraites. Nous souhaitons que cette croissance soit une croissance véritablement verte, que l’environnement soit érigé en priorité comme le plan de relance s’y est engagé. Mais il faut aller plus loin.

Nouvel humanisme. Au nom de la justice sociale, nous souhaitons que la lutte contre la pauvreté devienne l’autre priorité absolue. Nous comptons près de 12 millions de pauvres dans notre pays, dont beaucoup d’enfants ; c’est inacceptable !

Redonnons aussi aux Françaises et Français confiance en notre démocratie en la rendant réellement vivante, en développant la démocratie participative, sur le modèle du Grand débat et de la Convention citoyenne sur le climat. Renforçons notre démocratie sociale en reconnaissant le rôle fondamental des partenaires sociaux dans l’élaboration de notre droit social.

Mais pour autant, il ne s’agit pas de faire preuve d’angélisme. Ainsi nous devons être fermes face aux menaces contre notre pays. Nous devons combattre sans hésitation l’islamisme radical.

En 2021, nous appelons de nos vœux un nouvel humanisme avec, comme socle, la primauté de la solidarité entre les générations. Prenons soin de nous, prenons soin les uns des autres.

Seul un autre progrès peut nous redonner espoir en l’avenir, un progrès durable et un progrès partagé. C’est notre souhait pour 2021.

Dominique Villemot est président de Démocratie vivante, think tank de gauche. Jacky Bontems et Aude de Castet sont vice-présidents.

Énergie :« Éolien : modèle pas durable « 

Énergie :« Éolien : modèle pas durable « 

Serge Savasta, Associé gérant du fonds d’investissement Omnes Capital, estime que le modèle éolien n’est pas durable ni économiquement ni écologiquement.(Chronique dans le Monde, extraits)

L’investisseur Serge Savasta affirme, dans une tribune au « Monde », que la production d’énergie éolienne ne peut être rentable que si les parcs atteignent une taille critique, au final moins préjudiciable à l’environnement que la multiplication de petits équipements.

Tribune. Aujourd’hui, de l’Espagne au Danemark, du Portugal à la Finlande, des PME construisent des centrales solaires et éoliennes terrestres qui produisent, sans aucune aide d’Etat, une des électricités les plus compétitives du monde, vendue entre 30 et 40 euros du mégawattheure à long terme à des clients privés.

Les retombées économiques sont excellentes : une énergie propre, bon marché et utile à la performance économique des entreprises, des revenus fonciers locaux, le financement de la mise à niveau des réseaux électriques, des taxes de toutes sortes…

Mais en France, nous n’en profitons pas.

Nous bénéficions pourtant d’un des meilleurs potentiels éoliens terrestre et solaire d’Europe. Mais nous persistons à pérenniser un système basé sur l’obligation d’EDF de racheter l’électricité d’origine solaire ou éolienne à un prix subventionné.

Bien sûr, ce système a été la clé de voûte du développement de la filière lorsque ces technologies n’étaient pas matures, mais nous pouvons dès aujourd’hui décider de nous en affranchir pour développer de grands projets sans aides d’Etat et ainsi permettre l’accélération de la transition énergétique de notre pays sans coût pour la collectivité.

Les subventions actuelles ne sont en effet que la contrepartie de contraintes imposées au nom de l’acceptabilité des énergies renouvelables. On peut s’en passer en construisant des éoliennes plus hautes et des centrales solaires plus grandes, car sur ces deux technologies, les effets d’échelle sont un facteur-clé de succès.

Or, il est aujourd’hui impossible d’obtenir des autorisations administratives qui le permettent. Et cela conduit à voir des projets de taille sous-optimale s’agglutiner dans les zones les plus ventées ou les plus ensoleillées, ce qui crée logiquement des oppositions locales exacerbées.

Naturellement, accepter de réduire les contraintes auxquelles sont exposées les centrales solaires et éoliennes, c’est prendre le risque politique de subir un peu plus, pour un temps en tout cas, la fronde de lobbies locaux et nationaux. Mais ce serait surtout décider de mettre enfin en œuvre une véritable stratégie de transition énergétique rentable. Et cela permettrait aussi de ne pas avoir à chercher des économies en remettant injustement en question des subventions accordées dans le passé à des centrales solaires qui en avaient pourtant besoin.

D’ailleurs, le risque politique lié à la réduction des contraintes est loin d’être insurmontable : un parc équipé de turbines hautes et puissantes nécessitera deux à trois fois moins d’éoliennes, ce qui réduira son impact visuel. Il pourra même être implanté dans des zones peu ventées, ce qui permettra de mieux répartir les capacités de production.

« Éolien : modèle pas durable « 

« Éolien : modèle pas durable « 

Serge Savasta, Associé gérant du fonds d’investissement Omnes Capital, estime que le modèle éolien n’est pas durable ni économiquement ni écologiquement.(Chronique dans le Monde, extraits)

L’investisseur Serge Savasta affirme, dans une tribune au « Monde », que la production d’énergie éolienne ne peut être rentable que si les parcs atteignent une taille critique, au final moins préjudiciable à l’environnement que la multiplication de petits équipements.

Tribune. Aujourd’hui, de l’Espagne au Danemark, du Portugal à la Finlande, des PME construisent des centrales solaires et éoliennes terrestres qui produisent, sans aucune aide d’Etat, une des électricités les plus compétitives du monde, vendue entre 30 et 40 euros du mégawattheure à long terme à des clients privés.

Les retombées économiques sont excellentes : une énergie propre, bon marché et utile à la performance économique des entreprises, des revenus fonciers locaux, le financement de la mise à niveau des réseaux électriques, des taxes de toutes sortes…

Mais en France, nous n’en profitons pas.

Nous bénéficions pourtant d’un des meilleurs potentiels éoliens terrestre et solaire d’Europe. Mais nous persistons à pérenniser un système basé sur l’obligation d’EDF de racheter l’électricité d’origine solaire ou éolienne à un prix subventionné.

Bien sûr, ce système a été la clé de voûte du développement de la filière lorsque ces technologies n’étaient pas matures, mais nous pouvons dès aujourd’hui décider de nous en affranchir pour développer de grands projets sans aides d’Etat et ainsi permettre l’accélération de la transition énergétique de notre pays sans coût pour la collectivité.

Les subventions actuelles ne sont en effet que la contrepartie de contraintes imposées au nom de l’acceptabilité des énergies renouvelables. On peut s’en passer en construisant des éoliennes plus hautes et des centrales solaires plus grandes, car sur ces deux technologies, les effets d’échelle sont un facteur-clé de succès.

Or, il est aujourd’hui impossible d’obtenir des autorisations administratives qui le permettent. Et cela conduit à voir des projets de taille sous-optimale s’agglutiner dans les zones les plus ventées ou les plus ensoleillées, ce qui crée logiquement des oppositions locales exacerbées.

Naturellement, accepter de réduire les contraintes auxquelles sont exposées les centrales solaires et éoliennes, c’est prendre le risque politique de subir un peu plus, pour un temps en tout cas, la fronde de lobbies locaux et nationaux. Mais ce serait surtout décider de mettre enfin en œuvre une véritable stratégie de transition énergétique rentable. Et cela permettrait aussi de ne pas avoir à chercher des économies en remettant injustement en question des subventions accordées dans le passé à des centrales solaires qui en avaient pourtant besoin.

D’ailleurs, le risque politique lié à la réduction des contraintes est loin d’être insurmontable : un parc équipé de turbines hautes et puissantes nécessitera deux à trois fois moins d’éoliennes, ce qui réduira son impact visuel. Il pourra même être implanté dans des zones peu ventées, ce qui permettra de mieux répartir les capacités de production.

Pour une mutation des processus de production au service d’une croissance durable

Pour une mutation des processus de production au service d’une croissance durable

 

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C’est  seulement en nous  dirigeant vers la transformation écologique de nos outils productifs que nous pourrons retrouver un chemin de croissance pérenne estime Patrick Blethon, CEO du groupe Saur.

 

Les dernières prévisions économiques présentées la semaine dernière par la Commission européenne présagent de mois difficiles à venir. Et la multiplication des reconfinements qui a lieu sur l’ensemble du continent ne risque pas d’éclaircir ce tableau pessimiste. Déjà, dans sa dernière note de conjoncture publiée début octobre, l’INSEE annonçait un nouveau tassement du PIB français sur le dernier trimestre 2020, conduisant à une récession de 9 % sur l’année. Comme l’écrit l’office statistique, nous sommes actuellement « une économie diminuée ».

Évidemment, il peut difficilement en être autrement dans le contexte que nous traversons. La seconde vague épidémique nous frappe de plein fouet, la consommation pâtit des nouvelles mesures sanitaires et, en l’absence d’un vaccin, l’avenir reste – c’est peu dire – incertain. – (Déclaration dans la Tribune)

Veolia Suez : une crise durable défavorable au cours des actions de Veolia

Veolia Suez : une crise durable défavorable au cours des actions de Veolia

La direction de Veolia s’est lancée dans une offensive brutale vis-à-vis de Suez qui risque de durer des mois. Il y a évidemment les aspects juridiques et déjà Suez conteste la régularité de l’opération de rachat des actions d’Engie dans Suez. Il y a des aspects politiques qui vont sans doute amener le gouvernement à s’impliquer de façon un peu plus sérieuse dans le dossier notamment concernant les conséquences de perte de maîtrise éventuelle de la gestion de l’eau.

Une gestion de l’eau qui pourrait se passer dans les mains d’un fonds d’investissement y compris étranger. En effet Veolia devra vendre nombre d’actifs pour satisfaire Bruxelles en matière de concurrence. Des actifs qui ne concerneront pas seulement l’activité eau de Suez. Or il y a une certaine cohérence entre la gestion de l’eau , la gestion des déchets et le recyclage. Nombre de collectivités passent des contrats globaux pour l’ensemble de ses activités avec le même opérateur. Les perspectives de regroupement qui entraîneront des doublons partout vont se traduire par la suppression d’emplois et de structures dans Suez qui vont améliorer sa compétitivité. Du coup, la bourse anticipe ces améliorations et fait monter le cours de Suez. L’inverse pour Veolia qui a dépensé 3 milliards pour les actions détenues par Engie mais dont on n’est pas sûr de l’utilité si l’opération ne se fait pas.

A la Bourse de Paris, l’action Suez gagnait dans la matinée 4,31% à 16,065 euros. La valeur a grimpé de plus de 30% depuis la déclaration d’intérêt de Veolia fin août.

Dans le même temps, l’action Veolia a reculé de 2,6%. Le titre avançait mardi de 0,75% tandis qu’Engie progressait de 1,34%.

«Une agriculture idéale et durable». (Denis Beauchamp)

«Une agriculture idéale et durable». (Denis Beauchamp)

 

Denis Beauchamp responsable du commerce des céréales dans une coopérative agricole et président de l’Association France Agri Twittos,  tente de réconcilier la dimension environnementale et économique de l’agriculture dans une tribune à l’opinion.

 

 

Connaissez-vous l’équation qui conditionne la réussite de toute politique agricole ? C’est une équation qui s’articule invariablement autour de trois facteurs (l’ordre n’a pas d’importance) :

- Elle doit être durable pour le producteur : si l’agriculteur ne vit pas de son métier, ce n’est pas un modèle d’avenir.

- Elle doit être capable de fournir de la nourriture de qualité, en abondance et abordable : si on souffre de pénurie tous les ans, ou si la nourriture est hors de prix, ça n’est pas viable à long terme.

- Elle doit être durable au point de vue environnemental : une agriculture qui détruit le milieu dans lequel elle s’exerce n’a pas d’avenir.

Ces trois points sont totalement imbriqués les uns dans les autres : à progrès agronomique égal, quand on touche le curseur de l’un, on fait mécaniquement et obligatoirement bouger les deux autres. J’insiste, et il faut en être conscient, on n’a rien sans rien et l’équilibre est très fragile.

Pour résumer, on pourrait avoir une agriculture qui aurait zéro impact, mais elle ne nourrirait personne. On pourrait également avoir une agriculture hyperproductive mais qui détruirait tout, évidemment ça n’irait pas. On pourrait enfin avoir une agriculture haut de gamme, mais qui ne ferait vivre que 20 % de ses producteurs, ça ne serait pas souhaitable. Une politique agricole qui oublie un ou plusieurs de ces paramètres n’a donc aucune chance d’être durable.

Sachant cela, quel est le constat à ce jour de la PAC pour la société Française ?

Sur le premier point, la rentabilité, si l’objectif a été atteint, ça l’est de moins en moins, et même plus du tout pour de larges secteurs agricoles. Sur le second point, la production, pas de doute, l’objectif est atteint : jamais le prix de la nourriture n’aura aussi peu pesé dans le panier des Français. Sur le troisième point, l’environnement, il faut être honnête. Même s’il y a encore des efforts à faire, les progrès sont incontestables et vont vraiment dans le bon sens.

Alors qu’est-ce qui cloche dans tout cela ? Deux choses principalement. Tout d’abord la perception pour le consommateur, qui est loin de savoir quelles ont été les évolutions de l’agriculture ces vingt dernières années. Il faut l’expliquer, chiffres à l’appui : oui, la pollution des rivières recule. Oui, les algues vertes aussi reculent. Oui, on sait mesurer avec une précision inconnue il y a dix ans, la moindre trace de tout ce que l’on veut (ou surtout de ce que l’on ne veut pas) dans notre nourriture. Et c’est suivi de très près. Oui, on utilise de moins en moins de produits phytosanitaires problématiques. Tout cela prend du temps, mais on est sur le bon chemin.

Ensuite, la rentabilité pour le producteur. Pour améliorer ce dernier point, il n’y a pas de formule magique. Soit le producteur parvient à fabriquer un produit à bas prix, et pour cela il faut des installations mécanisées et automatisées (pour l’élevage, ce sera des fermes usines, pour faire simple). Soit le producteur parvient à tirer un revenu autre que la production pure (méthanisation, paiement pour services environnementaux rendus, diversification), mais à ce compte-là on valide le fait que produire de la nourriture en France n’est plus rentable, ce qui n’est pas forcément un bon calcul à long terme en cas de pénurie ou de confinement. Soit la PAC sert à compenser l’écart entre ce qu’est prêt à payer le consommateur, et le coût de production de ce qu’il demande : ce serait la solution de facilité.

La société ne peut pas nous reprocher de produire ce qu’elle-même exige d’acheter

Je ne crois pas à l’argent magique. Chaque activité doit impérativement être rentable par elle-même, et les attentes sociétales doivent être cohérentes avec les dépenses alimentaires et donc, le mode de production qu’il implique. En clair, la société ne peut pas exiger la fin des pesticides et de l’élevage industriel, et en même temps chercher à acheter toujours le moins cher, à courir les promotions et les fast-foods, et à acheter à l’étranger ce qu’il est impossible de produire en France à coût réduit, comme c’est déjà le cas pour la volaille par exemple.

Si le pouvoir d’achat ne permet pas de financer la réalisation de ses attentes, alors la société ne peut pas demander à l’agriculture, plus que ce qu’elle peut payer. C’est cruel, mais c’est ainsi. On rêverait tous de vivre dans un pays rempli de gens très riches qui auraient un gros niveau de vie pour s’acheter uniquement des produits de luxe, mais la réalité est différente.

Il est là le cœur du malaise : d’un côté, des attentes sociétales de haut niveau que nous écoutons, et de l’autre côté, des dépenses de la même société au ras des pâquerettes, que nous constatons. Et ça, ce n’est pas, et ce ne sera jamais compatible. La société ne peut pas nous reprocher de produire ce qu’elle-même exige d’acheter.

Ça crée en revanche beaucoup de rancœur côté agricole, ainsi qu’un sentiment d’injustice et d’hypocrisie qui est très violent à vivre au quotidien. Alors, au moment de débattre de ce que nous voulons pour le futur de l’alimentation, avançons ensemble, avec lucidité et sans a priori. Et n’oubliez pas : les agriculteurs produiront toujours ce que vous consommez, ce ne sera jamais l’inverse.

« La relance durable passe par la réindustrialisation ». (Michel Rousseau )

« La relance durable passe par la réindustrialisation ». (Michel Rousseau )

 

Michel Rousseau  économiste , président de la Fondation Concorde milite pour une relance qui passe par la réindustrialisation dans une chronique à l’opinion.

« Il ne peut y avoir de relance sérieuse et durable sans un objectif ambitieux qui soit le doublement, en vingt ans, de la part de l’industrie dans le PIB national et que toutes les dispositions soient prises pour y parvenir. C’est un défi considérable et mobilisateur pour sortir d’une situation difficile. Si cet objectif est fixé par ce nouveau gouvernement, nul doute que le développement des autres secteurs suivra.

Il est nécessaire, par avance, de répondre aux défaitistes qui depuis des années laissent notre production s’effondrer, en répétant c’est trop tard ! A l’inverse, nous pensons que le moment n’a jamais été aussi propice : la recherche de circuit court, la tendance à la personnalisation des produits, les nouvelles technologies, le numérique, la robotisation, l’impression 3D – ces innovations vont provoquer une révolution dans la sphère industrielle. C’est l’occasion pour notre pays de rattraper un retard naissant.

Rappelons les vertus des manufactures : selon une étude de l’ancien ministère de l’Industrie, une usine tire plus de 50 % des autres activités dans son environnement. Les expériences malheureuses du passé montrent que les populations sont attachées à leurs usines. Il n’y a qu’en France que l’on voit les pneus brûlés devant les portes de ces outils de travail, promis à l’abandon. On ne peut donner tort à ces salariés quand on mesure la négligence des pouvoirs publics depuis quatre décennies, au regard du secteur de la production, secteur qui a la capacité unique de fixer les populations dans les territoires, d’assurer des salaires de qualités, de stimuler la recherche ; enfin c’est un secteur dont la productivité est trois fois supérieure aux autres secteurs. La disparition de ces entreprises qui a contribué à vider les territoires est, selon nous, en partie à l’origine du mouvement des Gilets jaunes.

C’est grâce à leurs exportations constituées de biens sortant de leurs manufactures, que des pays comme le Japon, puis la Chine et la Corée du Sud ont pu sous les yeux de nos dirigeants atteindre notre niveau de vie, sans qu’aucune leçon n’en soit tirée pour que nos politiques soient corrigées

Négligence et myopie – aucun pays n’a subi un effondrement comparable du cœur de sa puissance économique, passé de 24 % du PIB en 1980 à 11 % aujourd’hui, alors que l’Allemagne est à 21,6 %, l’Italie à 16,64 %, pour ce qui est de nos principaux partenaires. Comment ne pas voir par ailleurs que c’est grâce à la capacité de leurs exportations constituées de biens sortant de leurs manufactures, que des pays comme le Japon, dès les années 70, puis la Chine, puis la Corée du Sud ont pu sous les yeux de nos dirigeants s’approcher et parfois atteindre notre niveau de vie, sans qu’aucune leçon n’en soit tirée pour que nos politiques soient corrigées.

Proposition médiatique. La mode était chez nous pendant tout ce temps au passage dans une « société post-industrielle », depuis qu’un cabinet américain prestigieux avait annoncé que la France dépasserait l’Allemagne en développant son secteur des services ; proposition très médiatique qui a nourri les magazines pendant les trois dernières décennies de ce dernier siècle. Ceci avec l’approbation de quelques entrepreneurs influents du secteur des services bien sûr, qui n’hésitaient pas, par ailleurs, à promouvoir l’externalisation de nos industries dans les pays en voie de développement !

Une politique de réindustrialisation doit commencer par redonner de la compétitivité à toutes nos entreprises. Elles traînent depuis 40 ans sur les marchés étrangers un surplus d’impôt entre 10 % et 13 % par rapport à leurs concurrents

Aucun gouvernement désormais ne peut oublier les déficits récurrents de notre balance commerciale, autour de 60 milliards depuis plusieurs années. Chiffre alarmant quand on sait qu’Airbus compte à lui seul pour une part importante de nos exportations. Une politique de réindustrialisation doit commencer par redonner de la compétitivité à toutes nos entreprises pour réduire ce déficit chronique. A leur décharge, elles traînent depuis quarante ans sur les marchés étrangers un surplus d’impôt entre 10 % et 13 % par rapport à leurs concurrents. Ce différentiel qui, au long des années, ne peut avoir eu que des conséquences négatives. Il serait donc nécessaire d’abaisser les charges de 150 milliards pour l’ensemble de nos entreprises pour se retrouver à égalité avec l’Allemagne. Impossible dans notre situation actuelle. Il est donc nécessaire de procéder par étapes sur dix ans, en commençant bien sûr, immédiatement, par débloquer 25 milliards pour rendre nos industries compétitives, considérant qu’elles jouent le rôle de locomotive pour l’ensemble de notre économie et qu’elles comptent comme le levier principal pour assurer notre souveraineté.

Dans cette perspective, l’urgence est à la suppression de la C3S, c’est l’impôt le plus nuisible pour les productions sur le sol français car il taxe en cascade le chiffre d’affaires à tous les stades de fabrication. Pour s’en prémunir, les entreprises ne peuvent que chercher des sous-traitants à l’étranger. Il s’agit aussi d’instaurer un crédit d’impôt « Modernisation de l’appareil de production ​» pour compenser les impôts de production et ainsi éviter la confrontation avec les collectivités locales qui en sont les principaux bénéficiaires. Un tel crédit d’impôt présente de multiples avantages en particulier d’être ciblé presque exclusivement sur l’industrie et d’avoir déjà été pratiqué par le ministère de l’économie et des finances. Nous proposons aussi d’améliorer le financement de nos entreprises industrielles en mobilisant le surcroît d’épargne des Français par la création d’un fonds d’investissement géré par la BPI, garantissant le remboursement du capital et rétribuant l’épargne de manière défiscalisée pour la moitié des plus-values – dispositif qui pourrait être décliné dans les régions pour accompagner le mouvement en faveur du produire local.

Impact environnemental. Rappelons qu’en travaillant pour les relocalisations, les pouvoirs publics répondraient aux préoccupations nationales pour une amélioration de notre bilan carbone ​: fabriquer chez nous ce que nous consommons est moins coûteux que de le faire fabriquer dans un pays moins vertueux concernant l’impact environnemental, sans compter le coût du transport. Nos compatriotes écologistes devraient s’en réjouir.

Cette réduction des charges à la production doit être accompagnée de mesures organisant, dans un cadre local, nos tissus économiques. Il faut donner plus de responsabilité aux entrepreneurs et pour cela, faciliter la création de « ​Maison des entrepreneurs ​», sous forme d’association qui s’installeraient dans les locaux des CCI, car comme le montrent les exemples étrangers c’est la force des réseaux qui donne la confiance indispensable aux patrons d’entreprise pour leur développement ​; les groupes d’entreprises facilitent un accès rapide aux financements, peuvent passer des accords de partenariat avec les établissements d’enseignement supérieur et de recherche, organisent l’entraide pour l’exportation, renforcent l’attractivité des territoires et les relocalisations en créant, par avance, en lien avec les élus des zones d’accueil « clefs en main » pour les futures usines.

Réparer notre économie et relancer par cette méthode l’emploi c’est aussi abandonner la politique qui consiste à créer des emplois en les finançant par une surtaxation du secteur productif, ce qui réduit leur capacité d’adaptation et bien sûr, par conséquent la croissance de notre économie. »

Michel Rousseau est économiste et président de la Fondation Concorde.

Croissance : remontée en Europe , durable ?

Croissance : remontée en Europe , durable ?

Indéniablement une remontée assez nette de la croissance est constatée après l’écroulement des mois précédents. Ce n’est pas exactement encore la croissance mais on se rapproche un peu plus du seuil des 50 séparant contraction de la récession. La question qui se pose est de savoir s’il s’agit  d’un phénomène conjoncturel ou structurel. S’agit-il en effet d’un phénomène de compensation de plusieurs mois pendant lesquels la consommation, la production et les services ont été contraints par des mesures administratives. Ou s’agit-il d’un phénomène plus durable . Des chiffres encourageants mais qui imposent  quand même une certaine prudence car on ne peut définir une tendance sur des indicateurs mêmes satisfaisant ne portant que sur un mois. L’indice PMI composite de la zone euro, qui rassemble services et industrie manufacturière, est en effet remonté à 48,5 après 31,9 en mai et 47,5 en estimation “flash”, se rapprochant du seuil de 50 au-dessus duquel il traduit une croissance de l’activité globale du secteur privé.

“L’amélioration du climat des affaires nourrit l’espoir de voir le PIB renouer avec la croissance au troisième trimestre”, commente Chris Williamson, économiste en chef d’IHS Markit.

En Allemagne, la faiblesse de la demande ralentit la reprise de l’activité du secteur allemand des services, montre l’enquête mensuelle d’IHS Markit.

L’indice PMI sectoriel s’est certes redressé à 47,3 après 32,6 en mai, dépassant même une première estimation qui l’avait donné à 45,8, mais il continue de traduire une contraction de l’activité.

Le PMI composite, qui rassemble les données des enquêtes dans les services et dans l’industrie manufacturière, reste lui aussi inférieur au seuil de 50 puisqu’il ne remonte qu’à 47,0 après 32,3 en mai et 45,8 en estimation “flash”.

“L’activité à l’export constitue un aspect particulièrement faible des données récentes, donc la réouverture des frontières devrait donner un élan supplémentaire à la reprise.”

en France, L’indice PMI composite, qui conjugue les résultats des enquêtes dans les services et dans l’industrie manufacturière, ressort à 51,7 contre 32,1 en mai et 51,3 en première estimation.

“Si la reprise a été avant tout tirée par les industriels, les fournisseurs de services ont aussi enregistré une croissance de leur activité”, note Eliot Kerr, économiste d’IHS Markit. “Ceci dit, les chiffres par sous-secteurs montrent que les entreprises qui dépendent des relations en face à face, comme les hôtels et les restaurants, continuent de souffrir.”

au Royaume-Uni la baisse s’est atténuée en juin avec la réouverture partielle des entreprises et des commerces, confirme l’enquête mensuelle d’IHS Markit.

L’indice PMI sectoriel est remonté à 47,1 après 29,0 en mai, dépassant très légèrement l’estimation “flash” qui l’avait donné à 47,0, mais il reste sous le seuil de 50 séparant contraction et expansion.

L’indice PMI composite, qui combine les services et l’industrie manufacturière, est lui aussi en forte hausse à 47,7 contre 30,0 en mai. La première estimation l’avait donné à 47,6.

En Italie, L’indice PMI composite italien ressort à 47,6 après 33,9 en mai.

, En Espagne Le secteur espagnol des services a renoué de justesse avec la croissance en juin après la contraction brutale subie en avril et en mai: l’indice PMI sectoriel est remonté à 50,2 après 27,9 en mai et 7,1 en avril.

Ce dernier chiffre marquait le niveau le plus bas de l’indicateur enregistré depuis sa création en 1999.

La hausse de juin est à l’inverse la plus forte jamais observée d’un mois sur l’autre.

Malgré cette amélioration, “l’enquête de juin suggère une reprise limitée jusqu’à présent”, souligne Paul Smith, économiste d’IHS Markit.

 

Développement durable: l’union européenne n’est pas un bon élève

Développement durable: l’union européenne n’est pas un bon élève

 

Sauf exception les pays composant de l’union européenne ne constitue pas des modèles d’amélioration du développement durable. Côté climat, les États membres de l’Union ont diminué leurs émissions de gaz à effet de serre de seulement 2,2 points entre 2013 et 2018. Résultat, depuis 1990, le recul des émissions n’a toujours pas atteint 20 %. Les émissions de CO2 émises par les automobiles neuves font à peine mieux avec un recul de 5,4 % en cinq ans. France se situe parmi les meilleurs élèves de l’UE tandis que l’Allemagne, qui s’appuie sur ses centrales à charbon pour compenser le repli du nucléaire, figure en mauvaise place.

Les efforts de l’Union sont pourtant loin d’être négligeables. Pour la seule année 2017, les dépenses liées au climat atteignent 19,7 milliards d’euros, détaille Eurostat, une performance du en partie à la place du nucléaire en France très peu producteur de Co2 par exemple

Economie française: une crise durable

Economie française: une crise durable

 

L’INSEE existe estime actuellement que l’économie est à moitié paralysée. Ce que confirme le nombre de chômeurs partiels qui dépassent maintenant 10 millions, soi t à peu près la moitié du nombre de salariés du privé. Il y a de toute évidence une crise de l’offre  puisque la production et la commercialisation est arrêtée dans de nombreux secteurs. Mais à cette crise de l’offre pourrait succéder une crise de la demande même après le déconfinement. On sait en effet que l’économie française repose essentiellement sur la consommation des ménages ; actuellement cette consommation des ménages et amputer de plus de 30 %. Les consommateurs se recentent sur les besoins vitaux . Sont notamment différées des dépenses relatives à des biens d’équipement et à des services .

La reprise sera forcément très progressive et exigera sans doute plusieurs mois. En effet après la crise sanitaire, viendra une énorme crise sociale découlant de la défaillance de nombre d’entreprises notamment des PME. Une situation susceptible d’affecter de manière sensible le pouvoir moyen d’achat des ménages et surtout de créer un climat d’incertitudes qui rendra les consommateurs très prudents en matière de dépenses.

Pour l’Insee, dans la mesure où la reprise de l’activité “ne sera a priori pas immédiate et sera probablement d’autant plus lente que la durée du confinement aura été importante”, l’impact global de cette quasi-paralysie de l’économie française sera “certainement supérieur” à l’estimation d’une perte de richesse nationale de trois points de produit intérieur brut (PIB) annuel par mois de confinement. En clair, la baisse de croissance pourrait dépasser notoirement les prévisions du gouvernement

Dans ses dernières prévisions – toujours susceptibles d’être revues – le gouvernement table sur une contraction de 8% de l’économie française cette année, une récession sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les enquêtes de conjoncture réalisées au mois d’avril confirment le décrochage de l’activité, ainsi que de la confiance des entreprises.

L’Insee signale une chute mensuelle record du climat des affaires, qui a atteint en avril un plus bas depuis le début de cette série statistique en 1980 et constate que les entreprises sont “unanimement pessimistes (…) en particulier (dans le secteur) de

pour redonner confiance aux acteurs économiques, les gouvernements et les institutions comptent sur une reprise en 2021. Mais une reprise qui pourrait ne pas être à la hauteur des espérances si l’ampleur des défaillance pèse sur le moral des acteurs économiques Pour l’Insee, malgré des pertes de revenus, le taux d’épargne global des ménages devrait grimper ponctuellement du fait de la baisse de la consommation pendant le confinement.

“Il y a une perspective (de rebond) dès lors que nous aurons ancré la confiance des ménages pour qu’ils utilisent cette épargne supplémentaire et (…) que nous saurons accompagner les entreprises” de façon plus sélective une fois la phase de choc passée, a observé François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France

Mais une inversion de l’arbitrage entre épargne et consommation – traditionnel moteur de la croissance de l’économie française – nécessitera une amélioration de la confiance des ménages à l’égard de la situation économique, fortement dépendante de la situation sanitaire.

“A l’incertitude sur le scénario sanitaire, qui n’augure pas d’un rebond économique rapide, s’ajoute donc l’incertitude sur le comportement des ménages et des entreprises dans ce contexte inédit”, note l’Insee.

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