Archive pour le Tag 'Dominique'

«La gauche en déficit de progrès et de responsabilité…» (Dominique Reynié)

«La gauche en déficit de progrès et de  responsabilité…» (Dominique Reynié)

 

 

Dominique Reynié ,professeur des universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique, analyse les grandes faiblesses de la gauche en matière de progrès et de responsabilité. Une réflexion assez pertinente qui met en évidence que la gauche a délaissée le progrès, les évolutions technologiques tout autant que la responsabilité vis-à-vis des valeurs mais aussi des devoirs de la république.

Tribune

.

Valeurs, rôle de l’Etat, poids du secteur public, politiques sociales, libertés, fiscalité… L’Opinion publie la cinquième édition de son sondage exclusif sur les Français et le libéralisme. Des personnalités le commentent.

Comme la droite, si la gauche est confrontée au risque de disparaître, c’est parce qu’elle ne comprend plus le monde tel qu’il va. Elle n’a donc plus ni doctrine, ni projet, même si elle demeure capable de produire des programmes. Cette enquête Ifop pour l’Opinion offre des pistes que la gauche devrait méditer. Ainsi, le patriotisme demeure la valeur primordiale, puissamment partagée (92 %) tandis qu’il est devenu si difficile de le revendiquer, et tout particulièrement à cause de la gauche elle-même. Paradoxalement, la gauche a délaissé la fierté patriotique au moment où les Français éprouvaient davantage ce besoin d’appartenance parce qu’ils entraient dans la globalisation.

 

De même, au fil du temps, quand les Français appellent le progrès (90 %), dans une époque où, de nouveau, la connaissance détermine une vaste redistribution de la puissance et de la prospérité, la gauche semble avoir troqué son enthousiasme historique pour la science et l’innovation contre une vision saturée de prudence, de précaution, de protection, donnant à penser qu’elle renonçait au futur, qu’il ne s’agissait plus désormais de bâtir l’avenir mais de le contenir, de le récuser.

D’autant plus que la gauche s’est enfermée dans la figure de l’Etat providence, devenu son totem depuis le milieu des années 1970. Certes, la protection est plébiscitée (91 %), mais le soutien à l’Etat providence frappe par sa faiblesse (36 %) tandis que la crise sanitaire aurait pu en assurer le triomphe. A rebours, les Français se rangent derrière des valeurs qui reposent sur la vitalité de la société plus que sur l’incessant déploiement de la bureaucratie : l’initiative (92 %), la responsabilité (92 %), le mérite (91 %), le travail (89 %), l’effort (89 %), la modernité (89 %), l’entreprise (83 %), l’auto-entrepreneuriat (79 %), les start-up (66 %), et même la concurrence (61 %) ou l’économie de marché (56 %).

Tradition mutualiste. La gauche devrait revisiter son histoire, notamment la période antérieure à 1914, elle y retrouvera plusieurs des valeurs plébiscitées ici, ce dont témoigne la tradition mutualiste. A distance d’une gauche étatisée depuis lors, les Français approuvent l’économie de marché (56 %), mais pas le capitalisme (28 %), l’Europe (66 %) mais pas la globalisation (34 %). Les préférences collectives donnent l’avantage au libéralisme (55 %) sur le socialisme (43 %) et ils ne sont qu’un quart à estimer que la gauche devrait se définir comme socialiste (26 %), moins nombreux encore à répondre social-démocrate (18 %), sociale-libérale (12 %), écologiste (10 %) ou communiste (8 %). Serait-ce les signes d’un penchant pour l’économie sociale de marché chère aux ordo-libéraux ?

Enfin, la gauche ne devrait pas manquer de relever que la sécurité des personnes et des biens est jugée insuffisamment garantie (60 %) et, comme toujours, que les milieux les moins dotés sont les plus sensibles à ce thème : les ouvriers (60 %), les employés (65 %) ou ceux qui ont un niveau d’études inférieur au bac (67 %). Il serait faux de dire que la gauche ne le sait pas, mais elle doit parcourir encore un long chemin pour refaire le terrain perdu et pouvoir, ensuite, renouer avec les forces de l’histoire : le progrès scientifique et technique, l’innovation, l’entreprise, la responsabilité, l’effort, la croissance.

Dominique Reynié est professeur des universités à Sciences Po, directeur général de la Fondation pour l’innovation politique.

Islamisme : La problématique de l’intégrisme (Dominique Avon )

Islamisme : La problématique  de l’intégrisme  (Dominique Avon  )

Historien, spécialiste du fait religieux, Dominique Avon  est directeur d’études à l’Ecole pratique des hautes études, chaire « islam sunnite », et directeur de l’Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman (IISMM). Il a enseigné également en Egypte, au Liban et aux Etats-Unis. Il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages traitant de l’islam et du christianisme contemporains, et plus généralement des religions dans la modernité, dont La liberté de conscience (Presses universitaires de Rennes, 2020). Interview dans l’Opinion)

 

 

Des pays du monde musulman — Turquie, Pakistan, Egypte, Koweït, Jordanie, Maroc… — manifestent leur colère contre Emmanuel Macron, qui a promis que la France ne renoncerait pas aux caricatures. Que vous évoque ce mouvement ?

Des scènes analogues ont déjà eu lieu en 1989, après la publication du livre de Salman Rushdie, ou en 2006 après la parution de caricatures dans le quotidien danois Jyllands-Posten. En 2005, des imams du Danemark avaient montré, devant des représentants de pays musulmans, des caricatures qui en réalité n’avaient jamais été publiées. On constate la même utilisation des populations à des fins de pression politique sur un Etat — aujourd’hui, la France. Or, la France est devenue une puissance modeste. Les ambassadeurs ont du mal à expliquer la laïcité française, à faire comprendre que les enfants dans les écoles ne sont pas contraints de regarder des caricatures. C’est paradoxal : ces pays défendent-ils une pluralité religieuse et convictionnelle ? La Turquie est l’un des Etats qui emprisonne le plus de journalistes au monde. La diversité religieuse s’y est réduite comme peau de chagrin. Seulement quelques dizaines de milliers de chrétiens et quelques milliers de juifs y subsistent.

Faut-il reculer sur les caricatures ?

Les dessins appelés « caricatures de Mahomet » sont tous sur Google, ils circulent en permanence. L’objet lui-même n’est plus le fond du problème. Ce qui est en jeu, c’est l’acte de les montrer, qui renvoie à la liberté d’expression. Cette liberté est la possibilité de se moquer de toutes les croyances, pas d’imposer à tous d’assister aux moqueries. Tout est dans le geste de Samuel Paty qui a invité les élèves qui le souhaitaient à détourner le regard des images, tout en leur enseignant la liberté d’expression et la mise à distance des convictions religieuses. Il a fallu verser du sang pour cette liberté, qui est le fruit de plus de trois siècles d’histoire. Rien n’est acquis dans une démocratie libérale.

« La possibilité de faire prévaloir des valeurs est liée à la puissance. L’universalité des droits de l’homme est remise en cause depuis les années 1960, en lien avec le déclin relatif de l’Europe »

Cette liberté est-elle menacée ?

La possibilité de faire prévaloir des valeurs est liée à la puissance. L’universalité des droits de l’homme est remise en cause depuis les années 1960, en lien avec le déclin relatif de l’Europe. Ce continent pesait un quart de la population mondiale il y a un siècle et 7 % aujourd’hui… ce qui explique la contestation croissante par d’anciens empires (Chine, Russie, Iran, Turquie) des principes et règles qui y ont été forgés. Bien sûr, il y a une force d’inertie, une attraction. Si des citoyens se mobilisent à Hong Kong pour les libertés, c’est parce qu’il y a eu l’influence britannique. Mais qui se bat pour les Hongkongais ? Entre 1997 et 2020, leurs droits n’ont cessé de reculer et à Pékin, le Parti communiste a du temps devant lui…

D’où vient l’islamisme ?

De la force d’un courant « intégral ». La radicalité elle-même n’est pas propre à l’islam. Toutes les religions font face au défi des fondements de la modernité : le rapport à un pouvoir qui ne se réclame pas du religieux, le rapport à des sciences non subordonnées au religieux et le rapport à une altérité que l’Etat moderne définit comme égalitaire, alors que les intégraux prétendent avoir plus de droits que les autres au nom d’une loi qu’ils attribuent à Dieu. On retrouve ces tendances à l’œuvre dans le judaïsme, l’hindouisme et le bouddhisme. Ensuite, il y a des déclinaisons, des temporalités particulières. Le magistère catholique a mis l’accent sur la dignité de l’homme et sa liberté lors du concile Vatican II (1962-1965), après avoir abandonné l’horizon de l’Etat catholique. Au même moment, des autorités musulmanes parient sur l’idéal d’un Etat couronné par des « prescriptions chariatiques » intangibles. Depuis soixante ans, le courant majeur de l’islam est de type intégral. Les pétromonarchies du Golfe — Arabie Saoudite, Qatar ou Emirats — ont déversé des milliards de dollars au service de cette conception de l’islam figée à un moment de son histoire : des générations d’imams, de savants et de juristes formés, des dizaines de chaînes satellitaires, des mosquées et des associations financées dans le monde entier, des pages Facebook de cheikhs saoudiens ou koweïtiens aux deux millions de followers, des livres orientés téléchargeables gratuitement sur Internet… Cette mobilisation a produit des effets, en France et ailleurs.

Cet intégrisme s’intensifie-t-il ?

Il s’est renforcé jusqu’à une rupture dans les années 2010. En 2012, le Conseil supérieur des oulémas au Maroc émet une fatwa considérant qu’un apostat doit être puni de mort. Cinq ans plus tard, des membres de ce même Conseil affirment le contraire. Que s’est-il passé entretemps ? Daech. L’irruption de « l’Etat islamique » a révélé aux autorités musulmanes l’état de crise dans lequel elles étaient. Elles se sont rendu compte qu’elles enseignaient des prescriptions théoriques que des coreligionnaires extrémistes étaient prêts à appliquer hic et nunc. Les choses bougent. Il y a dix ans, les penseurs qui proposaient une relecture complète du Coran étaient marginalisés, comme Muhammad Shahrour en Syrie ou Nasr Hamed Abou Zeid en Egypte. Aujourd’hui, des réseaux de musulmans diffusent leurs textes en ligne.

« Tous les présidents, jusqu’à François Hollande, ont accepté ce jeu de l’“islam consulaire”, et tous sont tenus par des enjeux financiers et industriels avec les pétromonarchies qui promeuvent un islam intégral. Ce défi reste posé au gouvernement actuel »

L’islam en France connaît-il cette introspection ?

Il est parfois plus facile de parler librement de l’islam en Tunisie ou au Liban qu’en France. Pourquoi ? D’abord, à cause d’un complexe : le rapport au moment colonial. Les musulmans qui prennent des positions plus libérales que dans le monde arabe, qui acceptent la centralité de l’individu, sont perçus comme « vendus à l’Occident ». Il est plus facile de prôner une orthodoxie qui n’a jamais existé et qui n’est que le fruit d’un rapport de force interne ! Il est difficile, en revanche, d’être une figure musulmane en Europe qui remet en cause des principes qualifiés d’immuables. On peut citer l’imam et linguiste franco-comorien Mohamed Bajrafil, l’islamologue Ghaleb Bencheikh président de la Fondation pour l’islam de France, le professeur Adnan Ibrahim… tous engagés dans la réflexion sur l’islam contemporain. Quand Emmanuel Macron a parlé d’une « crise » du monde musulman aux Mureaux, il a été accusé par le président turc Erdogan, ou par l’Observatoire d’al-Azhar en Egypte, de céder à l’« islamophobie » ou au « racisme ». Les autorités musulmanes reconnaissent elles-mêmes cette crise, puisqu’elles appellent à un « Renouveau du discours islamique », mais elles ne veulent pas que d’autres le disent à leur place ! Deuxièmement, la France est un Etat laïque. Les pouvoirs publics ne peuvent pas intervenir directement dans les affaires religieuses, alors que les musulmans ne parviennent pas à s’organiser. C’est une impasse.

La France s’en est remise aux pays étrangers…

Oui, des Etats étrangers interviennent dans le financement et les orientations de la deuxième religion de France. Tous les présidents, jusqu’à François Hollande, ont accepté ce jeu de l’« islam consulaire », et tous sont tenus par des enjeux financiers et industriels avec les pétromonarchies qui promeuvent un islam intégral. Ce défi reste posé au gouvernement actuel.

« On observe une forte polarisation en France. Au sein de l’islam, il y a ceux qui clament que la forme intégrale est la seule qui soit conforme à la volonté divine. A l’extérieur, il y a ceux qui ne voient de l’islam que sa forme intégrale »

Le « sacré » musulman est-il conciliable avec la République ?

En France, la religion est considérée comme une opinion. L’article 10 de la Déclaration de 1789 parle de toutes « les opinions, même religieuses ». Dès le début du XVIIIe siècle, la liberté de conscience est reconnue comme la possibilité de croire ou de ne pas croire. C’est un droit individuel, fondamentalement lié à la modernité qui place l’individu au centre. Or, quelle autorité musulmane reconnaît, aujourd’hui, qu’être musulman est une opinion ? A cette problématique de l’apostasie s’ajoute celle, tout aussi délicate, du blasphème. Les sources musulmanes du Ve au Ve siècle de l’Hégire témoignent des insultes qui pouvaient circuler au temps du prophète de l’islam, y compris contre lui et son entourage. Au cours de l’histoire, ces sources ont servi à la sacralisation de Muhammad. Et à l’époque contemporaine, des Etats à référence musulmane ont adopté puis durci des mesures légales pour punir l’atteinte à cette sacralité.

Et dans la société française ?

On observe une forte polarisation en France. Au sein de l’islam, il y a ceux qui clament que la forme intégrale est la seule qui soit conforme à la volonté divine. A l’extérieur, il y a ceux qui ne voient de l’islam que sa forme intégrale. Chacun voit l’altérité comme une menace, comme un bloc monolithique, trop croyant ou pas assez croyant. Pris en étau, ceux qui soutiennent des formes plus complexes et plus proches d’une histoire qui, encore une fois, n’a jamais été figée, ont du mal à être écoutés. Ils sont poussés à choisir un « camp ».

Le défi de l’islam est-il comparable à celui du catholicisme à la fin du XIXe siècle ?

Il y a des similitudes. Le catholicisme intégral était dominant dans le clergé : il imprégnait des aspects de la vie quotidienne, des mœurs, de l’enseignement, des sciences humaines ou naturelles… La guerre des deux France a été violente, entre catholiques et non catholiques, et parmi les catholiques. En 1904, l’affaire des fiches révèle que l’administration et le Grand Orient de France a répertorié les officiers catholiques présumés hostiles à la République. En dix ans, plusieurs milliers d’écoles privées sont fermées et 30 000 religieux et religieuses sont chassés du territoire métropolitain — ils sont autorisés à revenir en 1914 pour « défendre la Patrie ». Rien de tel, dans la France d’aujourd’hui, vis-à-vis des citoyens de confession musulmane ! Mais cette histoire de confrontation est aussi une histoire de conciliation. La loi de séparation des cultes et de l’Etat en 1905 a été suivie de négociations : les associations catholiques ont leur statut propre et la séparation n’est pas appliquée en Alsace-Moselle. Le catholicisme est ensuite traversé par de fortes remises en question dans la première moitié du siècle. Certains de ses fidèles se mobilisent dans la résistance contre les Etats totalitaires. Il résulte de cette histoire croisée, à partir des années 1960, un rapport plus apaisé en France, qui n’empêche ni des soubresauts, ni l’existence de minorités intégrales. L’avenir reste ainsi ouvert pour les citoyens d’autres confessions, notamment les musulmans.

Éoliennes: «contre des projets qui détruisent notre patrimoine» (Dominique Bussereau)

Éoliennes: «contre des projets qui détruisent notre patrimoine» (Dominique Bussereau)

Président du conseil départemental de Charente-Maritime et président de l’Assemblée des départements de France, Dominique Bussereau alerte sur des installations excessives tous azimuts.

«L’excès d’éolien nuit à l’éolien», affirme Dominique Bussereau dans le Figaro:

LE FIGARO. – 165 associations qui dénoncent l’invasion éolienne en Nouvelle-Aquitaine ont déposé un recours pour y faire barrage. Qu’en pensez-vous?

Dominique BUSSEREAU. – Je les comprends. Les douze présidents de département de ce territoire, dont je fais partie pour la Charente-Maritime, ont fait savoir au président de région que le Sraddet (schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires, qui fixe divers objectifs notamment dans le domaine de maîtrise et de valorisation de l’énergie, NDLR) prévoit trop d’éoliennes, par ailleurs toutes concentrées au nord de ce secteur. Dans la Vienne, les Deux-Sèvres et une partie de la Charente-Maritime, on trouve une accumulation de mâts installés, de projets en cours et de projets à l’étude. À l’inverse, au sud de Bordeaux, il n’existe pas d’installations. Pourtant dans les Landes, les Pyrénées-Atlantiques ou encore dans le Lot-et-Garonne, il y a aussi du vent. .. »

Parallèlement une action plus groupée des associations anti éoliennes

Des associations ont décidé de s’unir pour attaquer. Cette première démonstration de force est survenue le mois dernier. À la place de quelques bénévoles saisissant habituellement la justice, ce sont cette fois 165 associations qui ont ensemble déposé un recours. Toutes s’en sont prises à un document de portée régionale visant la Nouvelle-Aquitaine et qui renferme d’inquiétants objectifs.

Le Sraddet – car c’est son nom – indique qu’il faudra d’ici à 2030 multiplier par 2,5 la puissance éolienne terrestre dans cette région, laquelle compte déjà 600 mâts. «Et on n’en veut pas davantage», indique Jean-Louis Butré, le président de la Fédération environnement durable (FED), qui annonce la couleur. «Comme chaque région va avoir un Sraddet, on attaquera dès qu’on le pourra ce document en nous rassemblant.» Les associations de la Bourgogne-Franche-Comté.

 

Le nucléaire en otage (Dominique Louis -Assystem)

Le nucléaire en otage (Dominique Louis -Assystem)

Acteur du nucléaire français –5 % de Framatome – Assystem a réalisé un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros l’an dernier. La société d’ingénierie réalise 75 % de son activité dans l’atome, dont 40 % à l’étranger. Dominique Louis est son PDG et premier actionnaire. Il dénonce la mise en otage du nucléaire dans une interview à l’opinion.

Le soutien public aux énergies renouvelables (ENR) va coûter 5,8 milliards d’euros cette année contre 4,7 milliards prévus initialement, vient de chiffrer la Commission de régulation de l’énergie (CRE). En cause : la chute de la demande et des prix de l’électricité provoquée par la crise sanitaire. Pour encourager le développement le renouvelable, l’Etat garantit un prix de rachat de l’électricité « verte » et se trouve piégé par la baisse des tarifs sur les marchés de gros, sachant que la production des éoliennes et des panneaux solaires a un accès prioritaire au réseau. L’ensemble des charges du service public de l’énergie liées aux ENR va grimper en 2021 avec l’entrée sur le réseau de nouvelles capacités d’électricité « verte ». Elles devraient atteindre 9,1 milliards d’euros après 8,851 milliards cette année, avertit le régulateur, qui appelle à « faire des choix quant aux installations à soutenir ».

Que vous inspire le chiffrage de la Commission de régulation de l’énergie sur le coût des énergies renouvelables ?

Comme toutes les structures innovantes et prototypiques, les coûts sont supérieurs à ce qui a été anticipé. Le nucléaire reste la source de production électrique décarbonée la plus efficace. Les améliorations technologiques possibles sur les renouvelables ne donneront de réels effets qu’à long terme.

Des personnalités comme Jean-Pierre Chevènement et Bernard Accoyer veulent porter plainte contre l’Etat pour crime d’écocide après la fermeture de la centrale de Fessenheim, qu’en pensez-vous ?

Je suis d’accord avec eux. L’arrêt de Fessenheim est incompréhensible si on croit à l’urgence climatique. Le vrai bilan, qu’on ne fait pas, est que la transition énergétique aujourd’hui réclamée à cor et à cri a été lancée dans les années 70. L’ambition était l’indépendance énergétique de la France, mais le fait est que notre politique nucléaire nous permet aujourd’hui d’avoir 75 % d’électricité décarbonée. C’est le premier sujet à adresser quand on parle du climat, puisque 40 % des rejets de CO2 de la planète sont générés par la production d’électricité, laquelle électricité ne représente pourtant que 12 % de l’énergie mondiale. Le problème est que si on aborde ce sujet, on va critiquer l’Inde, la Chine ou les Etats-Unis qui recourent au charbon, au pétrole et au gaz pour la produire. Dans ce domaine, la France est un modèle mais les politiques ne savent pas défendre le dossier.

« Il y a 40 ans, les Français avaient foi dans la technologie. Aujourd’hui il y a une méfiance absolue vis-à-vis de l’expert, que l’on confond avec l’élite »

Quelle est votre opinion sur l’état de la filière nucléaire française ?

La France risque de sacrifier une filière 100 % française, qui se trouve prise en otage pour des motifs politiques de court terme. Il faut absolument casser l’idée que l’on doit sortir du nucléaire : c’est incompatible avec l’urgence climatique. Et si l’on veut 50 % d’électricité nucléaire en 2050, il faudra construire 30 nouveaux EPR, et pas seulement les six pour lesquels le gouvernement ne se prononcera de toute façon pas avant 2022. Pour une simple question de calendrier, la non-décision risque de se transformer en non-nucléaire ! Grâce à l’atome, nos émissions domestiques de CO2 représentent moins de 1 % des émissions de la planète, mais quand on évoque le climat on ne parle aux Français que d’isolation de logements. C’est utile mais pas à la hauteur des enjeux.

Les antinucléaires mettent en avant le coût de l’EPR, la gestion des déchets…

EDF est le premier et le meilleur opérateur nucléaire au monde. Ses 58 réacteurs nous ont donné l’indépendance énergétique ainsi que la sûreté puisqu’en quarante ans aucun incident n’a justifié de déplacer la population de quelques kilomètres. Concernant l’EPR, le coût d’une tête de série a toujours dérivé par rapport au budget, ce fut le cas avec les premiers réacteurs PWR des années 70. Il faut ramener ce coût au volume d’électricité que produira l’EPR pendant quatre-vingts ou cent ans. Le nucléaire restera toujours l’électricité décarbonée la plus compétitive. Quant aux déchets, le terme d’enfouissement est trompeur. On parle en fait d’une usine robotisée sous terre, à 45 milliards d’euros, dotée d’un procédé, la vitrification, qui est un vrai savoir-faire français et qui est sûr. On a retrouvé du verre dans les pyramides d’Egypte, ce qui prouve que ce matériau tiendra au moins 3 000 ans. D’ici là la radioactivité ne sera plus un problème. Il y a quarante ans, les Français avaient foi dans la technologie. Aujourd’hui il y a une méfiance absolue vis-à-vis de l’expert, que l’on confond avec l’élite.

Bruxelles vient de dévoiler un plan ambitieux pour développer l’hydrogène (12 % à 14 % du mix énergétique au milieu du siècle), qu’en pensez-vous ?

Ce plan va surtout entraîner le développement du gaz. La Commission de Bruxelles défend en fait la solution allemande. L’idée est de produire l’hydrogène avec l’électrolyse de l’eau, puis de le stocker dans des grottes de sel (les Allemands en ont beaucoup) avant de produire l’électricité avec des piles à combustible. Mais en pratique, l’hydrogène est aujourd’hui produit essentiellement à partir du gaz et ça ne changera pas avant longtemps. Les Allemands promettent qu’on maîtrisera l’hydrogène dans trente ans, mais à court terme ils rouvrent des mines de charbon en attendant le gaz russe…

« A l’échelle de la planète, 400 réacteurs nucléaires produisent actuellement 10 % de l’électricité mondiale. Le GIEC estime que pour respecter la limite climatique des 2°, il faudrait multiplier par cinq le nombre de réacteurs »

Le nucléaire est l’avenir ?

Il est incontournable dans la transition énergétique. Il faut 330 éoliennes offshore de 8 mégawatts pour remplacer un EPR. Le parc d’Ouessant, qui fait beaucoup parler de lui, c’est 60 éoliennes seulement… Le grand défi est de réduire le coût et la durée de construction des réacteurs. A l’échelle de la planète, 400 réacteurs nucléaires produisent actuellement 10 % de l’électricité mondiale. Le GIEC estime que pour respecter la limite climatique des 2°, il faudrait monter à 17 %, en multipliant par cinq le nombre de réacteurs, ce que l’industrie nucléaire mondiale est malheureusement incapable de réaliser d’ici trente ans. A défaut, il faudrait que des pays s’inspirent du Royaume-Uni, qui est très rationnel en matière d’électricité : un tiers de nucléaire, un tiers d’éolien et un tiers de gaz que le pays produit.

Quelle est l’ambition d’Assystem ?

Nous voulons participer, même à un faible niveau, à tous les nouveaux projets de centrales nucléaire, les « new built ». Ils sont nombreux. Le russe Rosatom, avec qui nous travaillons, a vendu 34 réacteurs. Des projets sont en cours en Turquie, aux Emirats Arabes Unis, en Egypte, en Ouzbékistan, en Ukraine… Dans notre domaine, à savoir les études autour de la sûreté, de la sélection des sites, du respect de la réglementation nucléaire, nous voulons être l’un des trois grands acteurs mondiaux.

 

Acteur du nucléaire français – il détient 5 % de Framatome – Assystem a réalisé un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros l’an dernier. La société d’ingénierie réalise 75 % de son activité dans l’atome, dont 40 % à l’étranger. Dominique Louis est son PDG et premier actionnaire.

Revoir le train de proximité ( Dominique Bussereau)

Revoir le train de proximité  ( Dominique Bussereau) 

Le président de l’Assemblée des départements de France, qui fut à deux reprises secrétaire d’Etat aux transports, invite, dans une tribune au « Monde », l’Etat et la SNCF à réinventer un service public au niveau des régions, en s’inspirant de l’exemple allemand

Tribune.

 

L’exploitation de la ligne Bayonne - Saint-Jean-Pied-de-Port (Pyrénées-Atlantiques) doit-elle répondre aux mêmes principes que celle de Paris-Chartres ? La rame qui dessert Cannes, Nice et Menton, doit-elle traverser toute la région pour être entretenue à Marseille ? Faut-il que l’Etat subventionne l’achat du matériel pour Paris-Clermont sans avoir la compétence technique pour veiller à la parfaite cohérence d’exploitation et de coût de la flotte commandée par l’opérateur ?

Le débat récurrent sur l’avenir des « petites lignes » montre à quel point il est indispensable de revoir notre façon de « penser » le train de proximité. Face aux enjeux de mobilité, de protection de l’environnement et surtout de service pour nos concitoyens, faire « comme avant » ne fonctionne plus. Les politiques malthusiennes ont atteint leurs limites : l’offre de transport ne répond plus aux enjeux des territoires alors même que les contributions publiques des collectivités aux services ferroviaires n’ont jamais été aussi importantes.

Un modèle jacobin

L’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire pourrait – devrait – être une chance. Mais cette chance, faut-il encore la saisir.

L’ouverture à la concurrence ne peut se faire contre une SNCF qui serait responsable de tous les maux. Il ne s’agit pas de substituer un nouvel opérateur à l’opérateur historique. Ce doit être l’occasion de revoir en profondeur le modèle du train régional, sans quoi les mêmes causes produiront les mêmes effets.

L’ouverture à la concurrence ne peut se faire contre une SNCF qui serait responsable de tous les maux

Aujourd’hui, l’organisation opérationnelle du transport ferroviaire régional mise en place par la SNCF est, à l’instar de notre modèle jacobin, centralisée, standardisée, massifiée.

Au prétexte d’obtenir les meilleurs produits au meilleur prix, on commande des trains en grande quantité et le même modèle pour toutes les lignes. Au prétexte d’être plus efficace, on regroupe la maintenance dans un seul et même grand centre de maintenance. Et on fait ainsi fi de la géographie, on écarte la démographie, on ignore les particularismes locaux et on néglige les principes économiques et financiers.

Or, si l’on regarde de l’autre côté du Rhin, les vingt ans de concurrence permettent de tirer quelques enseignements appuyés sur des chiffres et des résultats.

Deux fois moins cher en Allemagne

Premier constat : matériel roulant inclus, exploiter un TER en Allemagne est près de deux fois moins cher qu’en France (15,70 euros par train/km en Allemagne, contre de 26 à 29 euros en France).

 

« Penser une économie sans passer par la case chômage » (Dominique Méda )

 « Penser une économie sans passer par la case chômage » (Dominique Méda )

 

Comment passer de La convention citoyenne aux travaux pratiques s’interroge  dans le Monde la sociologue Dominique Méda. La problématique générale est bien posée mais c’est la mise en œuvre de la TJ qui pose des difficultés. En effet il faut éviter la case chômage produirait une crise sociale insurmontable, en même temps ne pas relancer la croissance grise qui ne remet pas en question mode de production et de consommation. Un exercice donc on peut parler en général mais qu’il faut ensuite décliner par branches professionnelles, par zone géographique, par catégorie socioprofessionnelle et en plus de manière progressive pour ne pas provoquer davantage de cartes que de bénéfices. Bref il y a encore du travail à faire approfondir la réflexion.

 

« Le 14 juin dernier, le Président de la République annonçait solennellement : « Il nous faut aussi créer les emplois de demain par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat », promettant de détailler au début du mois de juillet le nouveau chemin proposé. Entre-temps, les 150 citoyens réunis dans la convention citoyenne pour le climat ont rendu leurs propositions, qui sont autant de précieuses balises. Rédigées dans un langage extrêmement clair, passées au tamis des expériences personnelles de chaque citoyen, et issues d’un savant dosage entre apports des experts et délibérations collectives (l’alchimie en sera analysée par la trentaine de chercheurs observateurs de la convention – dont je fais partie), ces mesures donnent en effet les clés d’une transition écologique concrète combinant relance verte et nouvelles pratiques de sobriété.

 

Certes, des milliards ont déjà été versés ou programmés pour soutenir notre économie frappée de plein fouet par la crise liée au Covid-19, certes il est urgent de soutenir les entreprises et les emplois qui risquent de disparaître massivement, mais nous ne devons pas pour autant le faire de façon aveugle, comme l’a rappelé notamment le Haut Conseil pour le climat. Ce dernier a en effet publié un rapport spécial au mois d’avril, destiné à rappeler que la crise sanitaire est sans doute une crise endogène – c’est-à-dire provoquée non pas par la colère des dieux, mais par la démesure des humains – et à conjurer le gouvernement de ne pas recommencer les mêmes erreurs qu’en 2008, c’est-à-dire de ne pas s’engager dans une relance « brune », qui aggraverait la situation climatique, mais au contraire dans une relance verte, qui nous permettrait d’engranger de nombreux bénéfices, notamment en termes de santé. Parmi les mesures proposées par la convention citoyenne pour le climat, nombreuses sont en effet celles qui auront une action déterminante en matière de santé : développer les autres modes de transport que la voiture individuelle, interdire les centres-villes aux véhicules les plus émetteurs de gaz à effet de serre, réduire la circulation des poids lourds devrait permettre de diminuer drastiquement la pollution de l’air, qui fait chaque année 48 000 morts, c’est-à-dire plus que le Covid ; mais également lutter contre la malbouffe, et donc s’attaquer résolument à ses comorbidités (obésité, diabète, hypertension…) dont on a constaté le caractère fatal pendant la crise sanitaire. On dispose donc bien d’un ensemble d’outils permettant de renforcer la résilience de la société et de satisfaire les aspirations prioritaires de nos concitoyens. »

Dominique Meda : « Rebâtir une économie sans passer par la case chômage » (Dominique Méda )

Dominique Meda : « Rebâtir une économie sans passer par la case chômage » (Dominique Méda )

Comment passer de La convention citoyenne aux travaux pratiques s’interroge  dans le Monde la sociologue Dominique Méda

 

Le 14 juin dernier, le Président de la République annonçait solennellement : « Il nous faut aussi créer les emplois de demain par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat », promettant de détailler au début du mois de juillet le nouveau chemin proposé. Entre-temps, les 150 citoyens réunis dans la convention citoyenne pour le climat ont rendu leurs propositions, qui sont autant de précieuses balises. Rédigées dans un langage extrêmement clair, passées au tamis des expériences personnelles de chaque citoyen, et issues d’un savant dosage entre apports des experts et délibérations collectives (l’alchimie en sera analysée par la trentaine de chercheurs observateurs de la convention – dont je fais partie), ces mesures donnent en effet les clés d’une transition écologique concrète combinant relance verte et nouvelles pratiques de sobriété.

 

Certes, des milliards ont déjà été versés ou programmés pour soutenir notre économie frappée de plein fouet par la crise liée au Covid-19, certes il est urgent de soutenir les entreprises et les emplois qui risquent de disparaître massivement, mais nous ne devons pas pour autant le faire de façon aveugle, comme l’a rappelé notamment le Haut Conseil pour le climat. Ce dernier a en effet publié un rapport spécial au mois d’avril, destiné à rappeler que la crise sanitaire est sans doute une crise endogène – c’est-à-dire provoquée non pas par la colère des dieux, mais par la démesure des humains – et à conjurer le gouvernement de ne pas recommencer les mêmes erreurs qu’en 2008, c’est-à-dire de ne pas s’engager dans une relance « brune », qui aggraverait la situation climatique, mais au contraire dans une relance verte, qui nous permettrait d’engranger de nombreux bénéfices, notamment en termes de santé.Parmi les mesures proposées par la convention citoyenne pour le climat, nombreuses sont en effet celles qui auront une action déterminante en matière de santé : développer les autres modes de transport que la voiture individuelle, interdire les centres-villes aux véhicules les plus émetteurs de gaz à effet de serre, réduire la circulation des poids lourds devrait permettre de diminuer drastiquement la pollution de l’air, qui fait chaque année 48 000 morts, c’est-à-dire plus que le Covid ; mais également lutter contre la malbouffe, et donc s’attaquer résolument à ses comorbidités (obésité, diabète, hypertension…) dont on a constaté le caractère fatal pendant la crise sanitaire. On dispose donc bien d’un ensemble d’outils permettant de renforcer la résilience de la société et de satisfaire les aspirations prioritaires de nos concitoyens.

« Rendre inopérante la production de fausse science » (Dominique Méda)

« Rendre inopérante la production de fausse science » (Dominique Méda)

 

Seuls des chercheurs indépendants et bien payés peuvent s’opposer aux « marchands de doute » qui dissimulent la nocivité de produits industriels pour la santé et l’environnement, explique la sociologue, Dominique Méda, dans sa chronique au « Monde ».

 

«  L’enquête récente consacrée par Le Monde aux méthodes employées par Coca-Cola pour s’exonérer de toute responsabilité dans la pandémie mondiale d’obésité et de diabète a pleinement confirmé ce que les sociologues de sciences ont établi de manière rigoureuse depuis plusieurs années : les procédures nécessaires pour contrôler et réguler les pratiques des grandes entreprises, mais plus généralement pour protéger les consommateurs et les citoyens d’informations fausses ou biaisées, font encore cruellement défaut.

Un livre publié en 2010 par Naomi Oreskes et Erik M. Conway, traduit en 2012 sous le titre Les Marchands de doute (éditions Le Pommier), a magistralement démontré, au terme de plusieurs années d’enquête, comment de grandes entreprises, souvent soutenues par des groupes d’intérêt et des organisations farouchement hostiles à l’idée même de régulation, étaient parvenues à mettre massivement en doute les résultats scientifiques les mieux établis, qu’il s’agisse des méfaits du tabagisme, des agents chimiques (CFC) responsables du trou d’ozone, ou du CO2. De nombreux travaux ont depuis été consacrés à la mise en évidence de ces pratiques, par exemple celle des industriels de l’amiante dans Ignorance scientifique & inaction publique (Emmanuel Henry, Les Presses de Sciences Po, 2017).

Dans tous les cas, les méthodes des semeurs de doute sont les mêmes : profiter du fait qu’il n’est scientifiquement pas toujours possible d’affirmer qu’un fait A est de manière absolument certaine, exclusivement et à 100 %, la cause d’un fait B (le soda de l’obésité, le tabac du cancer, l’activité humaine du réchauffement climatique…), c’est-à-dire profiter de ce qui caractérise précisément l’éthique scientifique pour remettre massivement en cause les résultats de la science. Il suffit alors de disposer des voix de quelques scientifiques égarés, non spécialistes de la discipline, aveuglés par une idéologie ou plus rarement corrompus, qui soutiendront des positions contraires immédiatement surmédiatisées, de requalifier l’ensemble en « controverse » au sein de laquelle les différentes positions apparaîtront pourvues de la même légitimité, puis de focaliser l’attention, grâce au financement de chercheurs embarqués dans ces croisades, sur d’autres causes probables des problèmes (l’absence d’activité physique, la teneur en goudron, le soleil…). ….»

Référendum : pas le meilleur outil de la démocratie (Dominique Rousseau, juriste)

Référendum : pas le meilleur outil de la démocratie (Dominique Rousseau, juriste)

Professeur de droit constitutionnel à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, auteur de Radicaliser la démocratie. Propositions pour une refondation (Seuil, 2015), Dominique Rousseau relativise le referendum comme outil de la démocratie (interview le Monde)

Le référendum est-il le meilleur outil de la démocratie directe ?

Non ! Il y a sur ce sujet une sorte de réflexe conditionné, pavlovien : quand je pense démocratie directe, je pense référendum. Sur ce point, les « gilets jaunes » sont très conservateurs ou peu créatifs. Ils ressortent une idée reçue sans la discuter. Or elle est discutable théoriquement et pratiquement. Puisque tout le monde se réfère à Athènes, il faut rappeler que ce qui caractérise ce moment, c’est l’agora, la délibération publique sur les affaires de la cité, c’est l’exercice public de la raison, de l’argumentation pour construire une décision. D’une certaine manière, les ronds-points sont cette agora où les « gilets jaunes » échangent leurs expériences de vie, les mutualisent, les argumentent et sortent de ces échanges des propositions normatives alternatives.

C’est la mobilisation de l’espace public qui est producteur de lois. Prenez la loi sur l’avortement : les femmes avortent en secret dans l’espace privé ; puis certaines d’entre elles le disent dans l’espace public et cela conduit les juges d’abord (procès de Bobigny en 1972) et les élus ensuite (loi Veil en 1975) à reconnaître le droit pour les femmes de disposer de leur corps.

Que reprochez-vous au référendum ?

Il n’incite pas à la délibération, il favorise les idées reçues, les idées que le système libéral a mis dans la tête des gens, et plus souvent ­encore les émotions. Il y a bien sûr des exceptions, mais quand on étudie les campagnes électorales pour des référendums, les « arguments » sont dans le registre des affects, des instincts, de la peur. Lors de la campagne ­référendaire sur la réforme de la Constitution italienne, en 2016, Beppe Grillo, le leader du Mouvement 5 étoiles, a ainsi déclaré : « Faites confiance à vos tripes et ne faites plus confiance à votre cerveau car il vous fait commettre des erreurs »… Après la victoire du non, qui a conduit au Brexit, l’ex-ministre des affaires étrangères britannique Boris Johnson a reconnu que certains des arguments qu’il avait employés étaient faux. La délibération favorise l’élévation de la conscience, le référendum conduit à son abaissement.

Gilets jaunes :  » l’individualisme exacerbée responsable de la crise » ? (Dominique Schnapper, sociologue)

Gilets jaunes :  » l’individualisme exacerbée responsable de  la crise » (Dominique Schnapper, sociologue)

Dans une interview au JDD, la sociologue Dominique Schnapper analyse le mouvement des gilets jaunes. Une analyse de sociologue un peu réductrice  qui fait quand même l’impasse sur le contexte social et fiscal .

Comment analysez-vous la forme de protestation inédite incarnée par les Gilets jaunes?
La manifestation de rue est un grand classique de l’histoire ­politique française. Elle était jusqu’à présent organisée par des syndicats ou des partis. Cette fois, nous sommes confrontés à des ­manifestants qui récusent toute forme d’organisation. Le gouvernement se retrouve sans interlocuteurs avec lesquels il pourrait discuter. Lorsqu’un Gilet jaune manifeste son intention d’ouvrir un dialogue, il est aussitôt contesté par d’autres qui disent : il ne nous représente pas. Cette situation explique à la fois la longévité du mouvement, qui pourrait durer encore des semaines, et la difficulté de sortir de la crise.

 

Cette crise de la démocratie ne tient-elle pas aussi à l’action des élus?
Je ne crois pas. Les ministres, les députés ou les maires d’aujourd’hui ne sont pas plus ­incompétents ou corrompus que leurs prédécesseurs. C’est l’individualisme poussé à l’extrême qui provoque la crise : personne ne peut me représenter sauf moi-même ! Cette conviction de plus en plus partagée conduit à refuser les contraintes qu’impose tout collectif. J’y vois le risque de sombrer dans une sorte d’anarchie qui ferait le lit du totalitarisme. Le rejet du débat démocratique par les ­Gilets jaunes a pour conséquence le ­caractère contradictoire des ­revendications. Comment peut-on à la fois réclamer moins d’impôts et plus de services publics ? Tout le monde connaît la phrase de ­Maurice Thorez [secrétaire général du Parti communiste français de 1930 à 1964] : il faut savoir finir une grève. Il tenait un discours de professionnel de la lutte sociale, cherchant une issue aux conflits.

Affaire Benalla : le Sénat a-t-il dépassé ses prérogatives ? (Dominique Rousseau, professeur de droit)

Affaire Benalla : le Sénat a-t-il dépassé ses prérogatives ? (Dominique Rousseau, professeur de droit)

 

 

Le Sénat a-t-il dépassé ses prérogatives comme l’indique le premier ministre ? Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université de Paris I  Panthéon Sorbonne, donne son interprétation sur France Info

Le Sénat a-t-il porté atteinte à la séparation des pouvoirs en émettant des propositions sur l’organisation de l’Elysée ?

Dominique Rousseau : Non, on ne peut pas parler ici d’atteinte à la séparation des pouvoirs. Il y aurait atteinte à la séparation des pouvoirs si le Sénat demandait des comptes sur le contenu de la politique du président de la République, s’il remettait en question des mesures qu’Emmanuel Macron a prises comme la suppression de l’impôt sur la fortune ou la hausse des droits universitaires pour les étrangers. Mais là, le Sénat se contente de faire des recommandations sur l’organisation de l’Elysée en pointant des dysfonctionnements, et en préconisant davantage de transparence. Ces recommandations concernent uniquement l’administration de la présidence de la République. Donc, elles ne portent pas atteinte à la séparation des pouvoirs.

De la même façon, et au nom de la même conception de ce qui relève ou non de la séparation des pouvoirs, j’ai défendu une interprétation de la Constitution selon laquelle Emmanuel Macron pouvait être auditionné par la Commission d’enquête du Sénat. Que dit en effet l‘article 67 de la Constitution? Il dit que le président de la République ne peut être auditionné ni par une juridiction, ni par une autorité administrative. Une commission d’enquête du Sénat n’est ni l’une ni l’autre. Et le président est bien le responsable en dernière instance de l’administration de l’Elysée, au-dessus du secrétaire général. On ne lui demande pas des comptes sur la politique qu’il conduit, mais sur l’organisation de son administration.

Donc, selon vous, le Sénat ne sort pas de son rôle ?

Non, pas plus que le président de la République ne porte atteinte à la séparation des pouvoirs quand il prône la diminution du nombre de députés ou de sénateurs, ou quand il veut accélérer le processus législatif ou interdire le cumul des mandats.

Personne n’a poussé les hauts cris à ce moment-là, et le principe de la séparation des pouvoirs, à juste titre, n’a pas été évoqué. Les sénateurs n’ont pas à reprocher au président de s’immiscer dans les affaires du Parlement parce qu’il veut diminuer le nombre de parlementaires. De la même façon, le Sénat ne sort pas de son rôle quand il parle d’éthique ou de droit du travail dans l’organisation de l’Elysée.

Pourquoi le Sénat s’attire-t-il les foudres du gouvernement ?

Il faut rappeler que la fonction première du Parlement n’est pas de voter la loi, mais de contrôler l’action de l’exécutif et l’utilisation des deniers publics. Avec la commission d’enquête sur l’affaire Benalla, le Sénat retrouve cette fonction du Parlement oubliée trop longtemps. Comme l’Assemblée nationale est soudée à l’exécutif par la grâce du scrutin majoritaire à deux tours [qui facilite les majorités tranchées, d'autant plus depuis que les législatives sont organisées dans la foulée de la présidentielle depuis l'instauration du quinquennat en 2002], le contre–pouvoir passe nécessairement par le Sénat.

Or le Sénat, lui, ne donne pas de majorité automatique à l’exécutif et c’est vrai depuis longtemps. C’est le Sénat qui se mobilise pour fait tomber le général De Gaulle en 1969, avec Alain Poher prenant la tête du « cartel des non » au référendum [perdu par le général De Gaulle et portant précisément sur la réforme du Sénat]. Et faire le tomber le général De Gaulle, ce n’était pas rien ! C’est le Sénat encore qui a bloqué les réformes voulues par le président François Mitterrand sur l’extension du référendum.

Ce contre–pouvoir a constamment provoqué l’irritation de l’exécutif contre une chambre qu’il n’a jamais réussi à contrôler. Car le Sénat a toujours été dans l’opposition à l’exécutif, parfois sous une forme forte, comme on l’a vu avec le général De Gaulle, parfois sous une forme plus douce, comme c’était le cas contre Valéry Giscard d’Estaing. Tous les contre–pouvoirs agacent, mais sans contre–pouvoirs, il n’y a pas de démocratie.

 

Effet Vauquiez : DOMINIQUE BUSSEREAU quitte définitivement les Républicains

Effet Vauquiez : DOMINIQUE BUSSEREAU quitte définitivement les Républicains

Conséquence immédiate de la diatribe et des accusations tous azimuts, confirmés sur BFM par Vauquiez, le départ définitif de Dominique Bussereau. Un représentant très écouté et très compétent du courant libéral, européen et progressiste. Une lourde perte car Dominique Bussereau est aussi président des départements de France.   Après ce plaidoyer pour une “parole libre”, Dominique Bussereau, président du département de la Charente-Maritime et proche d‘Alain Juppé, a annoncé son départ définitif de LR, un mois après sa mise en congé temporaire. De fait, cette controverse complique la tâche pour Laurent Wauquiez dont la personnalité, décrite comme brutale par certains cadres de droite, suscite toujours des réticences malgré son élection triomphale à la tête de LR il y a deux mois. Selon le Figaro, des élus LR de la région Ile-de-France l‘ont exhorté dans un courrier à présenter des excuses à Valérie Pécresse. Le président de la CPME, François Asselin, a par ailleurs écrit mardi une lettre à Laurent Wauquiez pour lui faire part de sa “déception” après des propos “maladroits et blessants qui alimentent le sentiment de ‘tous pourris’” et qui “traduisent un véritable mépris pour les représentants de TPE/PME”. Devant les étudiants de l‘EM Lyon, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes s‘en est pris aux instances patronales, qui sont selon lui encore plus vénales que leurs pendants syndicaux.

Républicains : L’ex-ministre Dominique Bussereau se met en congé

Républicains : L’ex-ministre Dominique Bussereau se met en congé

 

Une nouvelle défection de poids chez les Républicains avec la décision de l’ex ministre Dominique Bussereau qui avait déjà déclaré qu’il ne se retrouvait pas dans la ligne conservatrice, antilibéral et anti européenne de Wauquiez. Mais c’est un départ qui compte car Dominique Bussereau est d’un proche de Jean-Pierre Raffarin et de toute l’aile moderniste des Républicains. Il est clair que pour  les élections européennes Vauquiez  tiendra absolument à se démarquer de Macron risquant de renforcer encore la distance prise par les Républicains vis-à-vis de l’Europe, vis-à-vis du libéralisme aussi bien économique. D’une certaine manière, ce n’est pas une surprise, il y a longtemps que le libéral européen Dominique Bussereau, ancien ministre, proche de Jean-Pierre Raffarin et d’Alain Juppé, avait pros ses distances. Il ne renouvellera donc  pas sa carte d’adhérent chez Les Républicains. « J’ai décidé de prendre de la distance avec la politique partisane. » Dominique Bussereau ancien membre du gouvernement sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy annonce au JDD qu’il se met en congé des Républicains en ne renouvelant pas sa carte d’adhérent. Proche d’Alain Juppé et de Jean-Pierre Raffarin, il se distingue de la ligne de Laurent Wauquiez qui a pris la tête du parti début décembre. L’ancien député de la Charente-Maritime dénonce « les propos tenus par certains porte-parole des Républicains » qui « pourraient être ceux du FN ». Il expose aussi ses divergences sur l’Europe avec la nouvelle direction du parti. Dominique Bussereau annonce que sa décision « n’est pas la même que Xavier Bertrand » et qu’il pourrait mettre un terme à son congé au moment des élections européennes « en fonction du choix de ses candidats et des idées qu’ils porteront ». Si cela ne lui convient pas, il envisagera alors un « départ définitif ». En attendant, il annonce ne pas vouloir rejoindre un autre parti et qu’il se consacrera « à d’autres combats ». Dominique Bussereau est président du Conseil départemental de la Charente-Maritime et président de l’Assemblée des départements de France.

 

Exclusions chez LR : l’ex-ministre Dominique Bussereau met en garde Wauquiez

Exclusions chez LR : l’ex-ministre Dominique Bussereau met en garde Wauquiez

 

Une nouvelle fois Dominique Bussereau met en garde Wauquiez compte la droitisation des républicains. Le patron de l’Assemblée des départements  demande à Wauquiez de recentrer sa ligne politique au lieu de se laisser entraîner dans une dérive ultra droitière  qui pourrait entraîner le départ des libéraux, et des humanistes. Dominique Bussereau n’apprécie guère l’épuration quasi stalinienne qui va rétrécir les Républicains sur la sensibilité la plus radicale et la plus proche du Front National. Pour lui,  ce serait la négation de l’UMP qui visait essentiellement à rassembler la droite classique, les libéraux et les centristes. Bref, ce retour un parti sur le mode RPR pur et dur ne satisfait pas l’ancien ministre des transports et de l’agriculture.  Les Républicains et l’UMP c’était la droite et le centre donc là il faut qu’il clarifie les choses», poursuit-il. Dans le cas contraire, une option s’offre selon lui à la droite: «pour les plus jeunes d’entre nous faire une nouvelle famille politique mais c’est quand même un constat d’échec. On a fabriqué l’UMP pour justement se débarrasser des familles politiques à l’ancienne ou alors rester comme le sont beaucoup d’élus, sans étiquette politique». «On doit exclure quand il y a quelque chose de grave, on parle beaucoup d’harcèlements sexuels ou qui se prêtent à ce genre de comportements, ou des problèmes financiers, d’éthiques, de moral», juge l’élu de Charente-Maritime. Et le même de déplorer que l’on punisse «tel ou tel parce qu’il est parti au gouvernement, et que le gouvernement fait partiellement une politique que la droite aurait pu faire je trouve ça ridicule». «On a déjà du mal à voir des Français dans les partis politiques, on est le pays d’Europe où il y a le moins de citoyens engagés dans les grandes formations publiques, si en plus on commence à exclure ceux qui ont un bout de responsabilité au gouvernement, je pense qu’on est mal parti pour la démocratie», conclut Dominique Bussereau, pessimiste. Verdict ce mardi: les élus du parti doivent se réunir à nouveau pour confirmer la décision prise la semaine dernière, et il semble désormais établi que les constructifs ne parviendront pas à inverser la tendance.

 

Dominique de Villepin pour Macron

Dominique de Villepin pour  Macron

Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac, apporte dans une interview au Parisien-Aujourd’hui en France son soutien à Emmanuel Macron, candidat d’En Marche!. « Le choix électoral se ramène à une offre simple. D’un côté les radicaux qui jurent de renverser la table et la soupière avec elle. De l’autre les partis traditionnels, qui, quelles que soient les qualités des candidats ou des projets, restent prisonniers de leurs divisions et voient le pouvoir comme une rente à partager », déclare Dominique de Villepin, qui s’était mis en retrait de la scène politique après une vaine tentative de se présenter à la présidentielle de 2012. « Il y a enfin une nouvelle voie, que veut ouvrir Emmanuel Macron, celle du rassemblement : contre l’esprit de querelle, faisons le choix de la volonté », explique-t-il dans cette interview publiée jeudi soir sur le site internet du quotidien. Pour Dominique de Villepin, dont la lutte fratricide avec Nicolas Sarkozy restera dans les annales de la droite, la droite républicaine, que François Fillon représente à la présidentielle, « a besoin d’une colonne vertébrale ». « Face à la recomposition politique en cours, les tentations de durcissement, dans les discours ou dans les alliances, risquent d’entretenir une spirale de radicalisation et beaucoup de mes amis politiques, aujourd’hui déjà, peinent à se retrouver dans leur propre famille », dit-il.

Présidentielle: François Fillon «emporte son camp vers l’abîme» (Dominique de Villepin)

Présidentielle:  François Fillon «emporte son camp vers l’abîme» (Dominique de Villepin)

« Le candidat ne peut aujourd’hui ni se faire entendre sur ses propositions, ni rassembler autour de son nom. Poursuivre dans cette voie sans issue, c’est prendre l’État, notre foi dans la démocratie et ses compagnons de route, en otages », dénonce Dominique de Villepin dans une tribune au Figaro. « Aujourd’hui, le candidat de la droite modérée, ma famille politique de toujours, emporte son camp dans une course vers l’abîme », se désole-t-il. Et l’ancien Premier ministre d’éreinter son successeur à Matignon : « Attaquer les juges -quels que soient les défauts de la justice dans notre pays, c’est nécessairement fragiliser l’État de droit. » Dominique de Villepin fustige le discours de François Fillon contre la justice. « En appeler à la rue contre la magistrature, c’est aussi dangereux qu’irresponsable », dénonce-t-il aussi. « C’est, en un mot, jouer avec les institutions. Crier à la guerre civile, c’est prendre le risque de la faire advenir. Accéder à la présidence dans ces conditions, ce serait mettre son intérêt personnel avant l’avenir de la France », s’emporte de Villepin. « Or, au gré des révélations médiatiques et des jeux partisans, nous prenons le risque soit de l’aventure, l’élection de Marine Le Pen à la magistrature suprême, soit d’une présidence diminuée, privée de majorité forte et de crédit. Assez d’indignités ! » tonne Dominique de Villepin. François Fillon, qui s’accroche à sa candidature à l’élection présidentielle en dépit d’une probable mise en examen le 15 mars, doit faire face depuis mercredi à nombre de défections, en particulier de proches d’Alain Juppé, de Bruno Le Maire, mais aussi de Nicolas Sarkozy.

 

Les départements bientôt en faillite (Dominique Bussereau)

Les départements bientôt en faillite (Dominique Bussereau)

Dominique Bussereau a rencontré Hollande pour attirer son attention sur la situation catastrophique des départements (Dominique Bussereau est président de association des départements de France). Dès 2015, il prévoit la faillite de 5 départements. La vérité c’est que la moitié de ces départements pourraient être en faillite d’ici 2017.

 

Un an après la proposition de Manuel Valls de supprimer les conseils départementaux, l’ADF a-t-il normalisé ses relations avec l’exécutif ?

Ce discours a disparu. Les élections départementales ont connu moins d’abstention que prévu, le nouveau mode de scrutin a entraîné un rajeunissement et une féminisation des élus départementaux qui ont retrouvé une légitimité nouvelle.

 

L’Etat partage-t-il vos préoccupations financières ?

Nous partageons le même diagnostic. Depuis 2010, la montée du chômage a entraîné une hausse annuelle de 13% de nos dépenses sociales. Cette année, le RSA devrait encore grimper de 8%, l’allocation personnalisée d’autonomie de 1,6% à cause du vieillissement. Nous avons aussi insisté auprès du président sur la hausse de 9% des prestations sur le handicap. Or, nos recettes fiscales stagnent et les dotations de l’Etat baissent. D’autant que le gouvernement vient d’annoncer qu’il nous supprimera à terme la moitié de notre contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), soit 3,9 milliards d’euros en moins chaque année pour les départements.

 

Que réclamez-vous au gouvernement ?

L’Etat n’a pas compensé l’intégralité des versements que nous faisons pour son compte aux prestataires sociaux. Nous avons calculé qu’à fin juillet, le reste à charge cumulé pour les départements est de 8 milliards d’euros. De un à cinq départements risquent de se déclarer en faillite d’ici à la fin de l’année si rien n’est fait. Le plus critique est le Nord, dont la précédente présidence n’avait budgété que onze mois de RSA sur douze. Le cabinet Klopfer estime qu’une trentaine de départements pourraient être dans cette situation fin 2016. Nous souhaitons donc des mesures à court terme dans le projet de loi de finances 2016, mais aussi une refonte plus profonde du financement des aides sociales. Un groupe de travail va être mis en place avec Matignon sous la supervision d’Alain Lambert, mon prédécesseur au ministère du Budget et président de l’Orne.

 

Un tel travail avait déjà été annoncé début mars…

Rien n’a été fait.

 

Quelles pistes proposez-vous  ?

Il faut accorder des moyens supplémentaires aux départements les plus en difficulté. Maurice Leroy, président du Conseil départemental du Loir-et-Cher, propose par exemple de ne plus comptabiliser la dotation aux amortissements. A plus long terme, si l’on ne trouve pas de moyens pérennes, nous nous résoudrons à une recentralisation du financement social. Nous pourrions conserver une fonction de contrôle par exemple.

 

Avez-vous senti le président concerné ?

Le président a bien conscience que le risque qu’en 2017 des départements soient contraints de stopper les versements sociaux n’est pas souhaitable…

 

La réforme des compétences des collectivités vient d’être adoptée. Quel bilan en tirez-vous  ?

Contrairement aux deux réformes de décentralisation majeures de 1982 et 2004, celle-ci ne restera pas dans l’histoire. Le législateur a accouché d’un dispositif très complexe qui exigera de très nombreux textes d’application. Je pense que la réforme ne se stabilisera pas avant cinq ans. Je vous cite un exemple. Dans mon département, nous avons 52 établissements portuaires pour la pêche, le commerce, la plaisance, etc. On ne sait pas encore lesquels seront repris par la région, lesquels on transfère dans des syndicats mixtes. Il va falloir beaucoup de réunions.

 

Il faut donc s’attendre à une longue période de transition ?

Les présidents de départements font preuve actuellement d’un certain attentisme dans l’attente des décrets d’application de la loi, mais aussi des futurs présidents de région et de la clarification du financement des conseils départementaux. Et de nombreux projets d’investissements sont ainsi gelés, ce qui a des effets économiques contracycliques. J’ai par exemple un projet en Charente-Maritime de doubler la capacité du port de pêche de La Cotinière à Oléron. Nous avions prévu un partenariat public-privé, mais il faut aujourd’hui attendre le positionnement du futur président de région ou des membres d’un éventuel syndicat mixte. Mon collègue de Seine-Saint-Denis explique avoir de nombreux collèges à construire mais il doit attendre. C’est pourquoi le groupe de travail doit déboucher rapidement sur des solutions.

 

Faudra-t-il une nouvelle réforme territoriale, comme certains candidats de votre camp à la présidentielle le souhaitent ?

Notre pays souffre déjà d’un excès de loi, alors ne bouleversons pas tout à nouveau après 2017. Il faudra certainement corriger quelques anomalies, notamment sur les transports scolaires.

 

Justement, pensez-vous que les régions vont transférer une partie des compétences dont elles héritent de la loi NOTre ?

Je pense qu’un maximum de régions va faire du conventionnement avec leurs départements. Je doute par exemple que le futur président de la région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes veuille gérer le transport scolaire à Felletin dans la Creuse.

(Interview Le Echos)




L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol