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La Chine baisse ses taux d’intérêt pour relancer la croissance

La Chine baisse ses taux d’intérêt pour relancer la croissance

La Chine englué dans sa politique anti covid prend le contre-pied des autres banques centrales en diminuant ses taux d’intérêt. Lundi 15 août, la Banque centrale chinoise a abaissé plusieurs de ses taux directeurs. L’objectif : accroître les liquidités de ces dernières afin de les pousser à accorder davantage de prêts, et ainsi soutenir l’activité économique du pays.

Dans le détail, la Banque centrale a fixé son taux de refinancement des banques à sept jours à 2% (contre 2,10%), et son taux de refinancement à un an à 2,75% (contre 2,85%).

La deuxième économie mondiale est t surtout victime de sa politique zéro covid et son corollaire le confinement obligatoire qui affecte grandement l’économie.

Conséquence de cette politique, en juillet, les ventes de détail et la production industrielle en Chine ont connu un ralentissement inattendu sous l’effet d’un rebond du covid. Et ce, alors que les analystes attendaient une accélération. La situation sanitaire ne semble pas s’arranger : le pays est confronté ces dernières semaines à un rebond épidémique, limité en termes de cas mais qui touche de nombreuses provinces.

Principal indicateur des dépenses des ménages, les ventes de détail ont enregistré une hausse de 2,7% sur un an, contre 3,1% en juin, a annoncé le Bureau national des statistiques (BNS). De son côté, la production industrielle s’est affichée en hausse de 3,8% sur un an, mais ce rythme est inférieur à celui de juin (+3,9%) et aux prévisions des analystes (+4,6%). Ces indicateurs « décevants » sont le reflet d’une « perte de vitesse » de la reprise post-pandémie, souligne à l’AFP Ken Cheung, analyste pour la banque japonaise Mizuho.

Ces rebonds épidémiques viennent s’ajouter aux difficultés qui pesaient déjà sur l’économie chinoise: consommation atone, tour de vis de Pékin contre plusieurs secteurs dynamiques dont celui de la tech, incertitudes liées à l’Ukraine mais aussi à une forte crise de l’immobilier.

De son côté, l’investissement en capital fixe a encore ralenti en juillet (à 5,7%).

Taux d’intérêt : les cadeaux de la BCE aux banques

Taux d’intérêt : les cadeaux de la BCE aux banques

Malgré la hausse des taux, les banques peuvent réaliser d’importants gains grâce à la BCE. Les taux négatifs auxquels la banque centrale a accordé certains prêts jusqu’en juin 2022 constituent une forme de subventions aux banques pour qu’elles empruntent auprès de l’Eurosystème. Par Eric Dor, IÉSEG School of Management

 

De septembre 2019 à décembre 2021, la Banque centrale européenne (BCE), par le biais des banques centrales nationales, a octroyé aux banques 10 séries de prêts dits TLTRO 3 (Targeted Longer-Term Refinancing Operations, ou opérations ciblées de refinancement de long terme) pour un montant total de 2339 milliards d’euros.

Ce sont des séries de prêts à 3 ans dont la maturité s’échelonne de septembre 2022 à décembre 2024. Si elles le souhaitent, les banques ont la possibilité, tous les 3 mois, de procéder à des remboursements précoces, mais elles ont très peu utilisé cette possibilité jusqu’à présent. L’encours total est encore de 2263 milliards d’euros.

Le taux à payer par les banques sur ces emprunts à l’Eurosystème, qui regroupe la BCE et les banques centrales nationales des États membres de la zone euro, est fonction de la quantité de prêts éligibles qu’elles octroient au secteur privé. Jusqu’au 23 juin 2022, le meilleur taux possible sur les TLTRO 3, pour les banques qui maintiennent leur quantité de prêts au-dessus d’une certaine limite, a été de -1 %.

Ce meilleur taux négatif possible représentait ainsi une énorme subvention aux banques, payées pour emprunter à l’Eurosystème. Tout récemment, il impliquait une recette maximum mensuelle de 1832 millions d’euros pour les banques de la zone euro, sous l’hypothèse que toutes peuvent bénéficier du meilleur taux. Cette recette excédait le coût mensuel estimé à 1499 millions d’euros, pour les banques de la zone euro, du taux négatif de -0,5 % sur la facilité de dépôt et leurs réserves excédentaires en compte courant, après déduction par le système de « tiering » de l’excédent de liquidité non soumis au taux négatif. Il y avait ainsi un gain net pour les banques.

À partir du 24 juin 2022, le meilleur taux possible sur les prêts TLTRO 3 est la moyenne du taux de la facilité de dépôt, c’est-à-dire le taux d’intérêt fixé par la banque centrale auquel elle rémunère les dépôts des banques et établissements financiers placés chez elle, depuis leur émission jusqu’à leur maturité. Ce taux est différent pour chacune des 10 séries puisque leurs dates d’émission et de maturité diffèrent.

Ce meilleur taux est donc encore inconnu puisque, s’il est partiellement fonction du taux passé déjà connu de la facilité de dépôt, il va dépendre aussi de son évolution future. Pour chaque série de prêts TLTRO 3, il convient donc d’estimer le meilleur taux possible sur base d’hypothèses sur la trajectoire que la BCE va décider pour le taux de la facilité de dépôt.

Nos simulations considèrent d’une part un scénario de resserrement léger de la politique monétaire, et d’autre part un scénario de resserrement fort.

Le scénario de resserrement léger suppose des décisions d’augmentations successives du taux de la facilité de dépôt à partir de la réunion de juillet 2022, pour arriver à 0,75 % en décembre 2022, et rester là jusqu’en décembre 2024. Le 21 juillet, un premier palier a été franchi avec une hausse, supérieure aux attentes, de 0,5 point.

Le scénario de resserrement fort suppose qu’ensuite la BCE déciderait encore d’augmentations supplémentaires successives du taux de la facilité de dépôt lors des réunions suivantes, pour arriver à 2 % en juin 2023, et rester là jusqu’en décembre 2024.

Nos simulations montrent que, quel que soit le scénario, pour chaque série de prêts TLTRO, le meilleur taux possible à payer, entre juillet 2022 et la date de maturité, reste inférieur à la moyenne du taux de la facilité de dépôt sur la même période. Les banques de la zone euro ont donc intérêt à garder leurs emprunts TLTRO 3 jusqu’à leur maturité, et les investir simplement sur la facilité de dépôt de la BCE, pour bénéficier d’un gain net certain.

Les simulations permettent de calculer les résultats d’une telle stratégie.

Sous les hypothèses du scénario de resserrement léger, la différence entre le meilleur taux possible sur les TLTRO 3 et la moyenne du taux de la facilité de dépôt, entre juillet 2022 et la maturité, excède 0,6 % pour certaines séries. Au total, pour toutes les séries, de juillet 2022 à décembre 2024, les banques de la zone euro pourraient dégager un gain net maximum de 14,661 milliards d’euros.

Sous les hypothèses du scénario de resserrement fort, la différence entre le meilleur taux possible sur les TLTRO 3 et la moyenne du taux de la facilité de dépôt, entre juillet 2022 et la maturité, excède 0,8 % pour certaines séries. Au total, pour toutes les séries, de juillet 2022 à décembre 2024, les banques pourraient dégager un gain net maximum de 21,064 milliards d’euros.

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Par Eric Dor, Director of Economic Studies, IÉSEG School of Management.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Politique monétaire de la BCE : Hausse des taux d’intérêt pour contrer l’inflation ou l’amplifier ?

Politique monétaire de la BCE : Hausse des taux d’intérêt pour contrer l’inflation ou l’amplifier ?

 

Pour justifier le relèvement d’un coût de 50 points de base des taux d’intérêt , la BCE fait référence à la lutte contre l’inflation. Le seul problème qui se pose est de savoir si cette décision est de nature à faire baisser la hausse des prix ou au contraire à la gonfler. Notons par ailleurs il ne s’agit que d’une première mesure qui sera suivie d’autres. En effet,l’inflation en Europe a atteint 8,6 % en juin sur un an. En réalité il s’agit aussi de combattre la faiblesse de l’euro en particulier par rapport au dollar où la parité est à peu près atteinte.

Il n’est pas du tout certain que cette augmentation des taux d’intérêt soit bénéfique à l’économie y compris à l’inflation à court et moyen terme ( à plus long terme évidemment si on tue la croissance, la baisse de la demande fera baisser l’inflation mais quand ?). Dans de nombreux domaines,  l’inflation de certains produits est en  effet structurelle et sera peut influencée par les taux d’intérêt.

Les journaux financiers se félicitent de cette hausse des taux d’intérêt qui permettrait de mieux rémunérer l’épargne. Le problème c’est que les taux d’intérêt de l’épargne très en dessous du niveau de l’inflation. Il y a donc une perte sèche pour les épargnants ( comme d’ailleurs pour les salariés)

Le principal risque de ce processus de relèvement des taux d’intérêt est de refroidir nettement la croissance voire de favoriser un chemin vers la récession. L’argent plus cher va nécessairement peser sur la compétitivité des produits. Sans parler de l’effet sur le cout de la dette  ( publique et privée. ).  La première conséquence sera sans doute un sérieux coup de froid sur l’immobilier qui pourrait même provoquer une crise grave.

Les incertitudes sur l’approvisionnement de gaz en provenance de Russie risquent par ailleurs de faire plonger la zone euro en récession en cas d’arrêt brutal des livraisons par Moscou. Une hausse trop rapide des taux ne pourrait qu’aggraver la situation.

La BCE, avec ce renchérissement du coût du crédit, ne fait que suivre l’exemple de la banque centrale américaine (FED) qui augmente ses taux d’intérêt depuis mars. Fin juillet, ils pourraient même être relevés de 75 points de base.

A noter que le Japon a laisse inchangée sa politique monétaire ultra-accommodante, conformément aux attentes de la plupart des économistes, tout en relevant sensiblement ses prévisions d’inflation pour le pays.

BCE: Hausse des taux d’intérêt pour contrer l’inflation ou l’amplifier ?

BCE: Hausse des taux d’intérêt pour contrer l’inflation ou l’amplifier ?

 

Pour justifier le relèvement d’un coût de 50 points de base des taux d’intérêt , la BCE fait référence à la lutte contre l’inflation. Le seul problème qui se pose est de savoir si cette décision est de nature à faire baisser la hausse des prix ou au contraire à la gonfler. Notons par ailleurs il ne s’agit que d’une première mesure qui sera suivie d’autres. En effet,l’inflation en Europe a atteint 8,6 % en juin sur un an. En réalité il s’agit aussi de combattre la faiblesse de l’euro en particulier par rapport au dollar où la parité est à peu près atteinte.

Il n’est pas du tout certain que cette augmentation des taux d’intérêt soit bénéfique à l’économie y compris à l’inflation à court et moyen terme ( à plus long terme évidemment si on tue la croissance, la baisse de la demande fera baisser l’inflation mais quand ?). Dans de nombreux domaines,  l’inflation de certains produits est en  effet structurelle et sera peut influencée par les taux d’intérêt.

Les journaux financiers se félicitent de cette hausse des taux d’intérêt qui permettrait de mieux rémunérer l’épargne. Le problème c’est que les taux d’intérêt de l’épargne très en dessous du niveau de l’inflation. Il y a donc une perte sèche pour les épargnants ( comme d’ailleurs pour les salariés)

Le principal risque de ce processus de relèvement des taux d’intérêt est de refroidir nettement la croissance voire de favoriser un chemin vers la récession. L’argent plus cher va nécessairement peser sur la compétitivité des produits. Sans parler de l’effet sur le cout de la dette  ( publique et privée. ).  La première conséquence sera sans doute un sérieux coup de froid sur l’immobilier qui pourrait même provoquer une crise grave.

Les incertitudes sur l’approvisionnement de gaz en provenance de Russie risquent par ailleurs de faire plonger la zone euro en récession en cas d’arrêt brutal des livraisons par Moscou. Une hausse trop rapide des taux ne pourrait qu’aggraver la situation.

La BCE, avec ce renchérissement du coût du crédit, ne fait que suivre l’exemple de la banque centrale américaine (FED) qui augmente ses taux d’intérêt depuis mars. Fin juillet, ils pourraient même être relevés de 75 points de base.

A noter que le Japon a laisse inchangée sa politique monétaire ultra-accommodante, conformément aux attentes de la plupart des économistes, tout en relevant sensiblement ses prévisions d’inflation pour le pays.

 

Taux d’intérêt : Le risque d’éclatement au sein de la zone euro

Taux d’intérêt : Le risque d’éclatement au sein de la zone euro

Le resserrement de la politique monétaire de la BCE accroît les déséquilibres économiques entre les pays de l’Union européenne, faisant resurgir le spectre de la crise des dettes souveraines de 2011. Par Valérie Mignon, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières 

 

Dans le sillage de la Réserve fédérale américaine (Fed), la Banque centrale européenne (BCE) a pris la décision de relever ses taux directeurs de 25 points de base à compter du mois de juillet 2022, une première depuis la crise des dettes souveraines de la zone euro il y a onze ans. Conséquence, les taux d’intérêt des obligations d’État s’envolent et les écarts de taux entre les pays membres de la zone euro se creusent, ravivant les inquiétudes quant à une nouvelle crise de la dette et une entrée en récession.

La reprise forte et rapide de l’activité qui a suivi la mise à l’arrêt de l’économie mondiale lors des périodes de confinement durant la pandémie de Covid-19 s’est accompagnée d’une très vive hausse de la demande, nettement supérieure à l’offre dans plusieurs secteurs, entraînant d’importantes pénuries. Ce rebond économique s’est traduit, logiquement, par une forte augmentation des prix. Si un tel schéma inflationniste n’est pas surprenant dans un contexte de reprise de la consommation et a tendance à s’estomper rapidement, la situation est tout autre aujourd’hui.

À ce regain de l’activité économique s’ajoute en effet un choc d’ampleur majeure sur les prix des matières premières lié à la guerre en Ukraine. La Russie et l’Ukraine étant d’importants producteurs et exportateurs de matières premières, les prix de nombreux produits s’envolent, qu’il s’agisse des denrées alimentaires (blé, maïs, orge…), des métaux (nickel, palladium, aluminium, cuivre) ou encore de l’énergie (pétrole, gaz). La forte inflation que subit actuellement la zone euro s’inscrit ainsi dans la durée – du fait du conflit russo-ukrainien – et provient de deux sources : la reprise économique plus forte que prévue, d’une part, et le choc sur les prix des matières premières, d’autre part.

Face à cette situation, les banques centrales ont décidé de relever leurs taux afin d’enrayer l’inflation galopante, pour laquelle les projections de la BCE pour l’année 2022 s’échelonnent entre 5,1 % et 7,1 % selon les scénarios, bien au-delà de la cible des 2 %. La hausse des taux d’intérêt vise à mettre un terme à cette spirale inflationniste en ralentissant la demande et la consommation. En effet, plus les taux accordés aux banques commerciales par la BCE sont élevés, plus ceux octroyés par les banques commerciales aux ménages et aux entreprises le sont aussi. L’accès au crédit devient ainsi plus onéreux pour les ménages, freinant en conséquence leur consommation, mais aussi pour les entreprises et les États pour qui il devient plus coûteux de s’endetter. Le ralentissement désiré de la demande conduit dès lors à la baisse des prix recherchée.

Outre le relèvement des taux, dans sa volonté de lutter contre l’inflation, la BCE a annoncé mettre prochainement fin à son programme d’achats d’actifs classiques (APP, Asset Purchase Programme) destiné à stimuler l’économie. Rappelons que ce programme de politique monétaire non conventionnelle lancé en 2014, dont l’objectif initial était de stimuler l’inflation pour qu’elle atteigne la cible de 2 %, consiste en l’achat d’obligations d’État, c’est-à-dire de titres de dette publique, mais aussi d’obligations issues du secteur privé. Un tel programme ayant pour effet d’accroître l’inflation et de réduire les taux d’intérêt, son arrêt est ainsi programmé pour juillet 2022.

Les effets de ce resserrement de la politique monétaire – hausse des taux et fin du programme APP – ne sont pas homogènes pour tous les pays de la zone euro. Si les taux à 10 ans allemand et français ont respectivement augmenté de 2,3 et 2,7 points entre le 1er janvier 2021 et le 14 juin 2022, les taux italien et grec ont quant à eux crû de 3,7 et 4 points sur la même période, culminant à 4,22 % et 4,66 % le 14 juin 2022 (Graphique 1).

Les écarts de taux (spreads) des pays par rapport à l’Allemagne s’accentuent – 66 points de base pour la France, 248 pour l’Italie et 292 pour la Grèce en date du 14 juin 2022 -, suscitant de vives inquiétudes quant à une fragmentation potentielle de la zone euro (Graphique 2).

Expliquons le mécanisme. Pour le calcul des spreads, le taux d’intérêt à 10 ans allemand est pris comme référence dans la mesure où l’Allemagne – dont le risque de défaut est jugé le plus faible du fait de sa rigueur budgétaire – est le pays qui emprunte au taux le plus bas au sein de la zone euro. Dans un contexte économique fragile comme celui que nous connaissons aujourd’hui, les marchés s’inquiètent de la « santé financière » de certains États fortement endettés et leur imposent des hausses de taux supérieures à celles d’autres pays : les investisseurs qui achètent des obligations souveraines de pays très endettés – donc risqués – réclament une prime de risque très élevée, ce qui accroît les taux desdits pays.

En conséquence, les spreads se creusent, signe d’un accroissement des déséquilibres économiques entre les pays de l’Union faisant resurgir le spectre de la crise des dettes souveraines de 2011. En effet, les coûts d’emprunt des pays du Sud, déjà très fortement endettés, étant plus élevés que ceux du Nord de la zone, la soutenabilité budgétaire des premiers est mise en question : le relèvement des taux alourdit la dette publique et le risque de défaut souverain émerge.

Il convient toutefois de souligner que l’Italie, qui est un des principaux émetteurs de dette en zone euro, a déjà engagé une grande partie de sa dette avec des taux d’intérêt bas. La hausse des taux se répercutera à plus long terme, puisque l’Italie devra emprunter à des taux élevés, accroissant ainsi le coût de sa dette et renforçant son risque de défaut souverain.

Afin d’éviter la fragmentation de la zone euro et voir resurgir les craintes de la crise des dettes souveraines de 2011, la BCE a annoncé qu’elle fera preuve de souplesse dans le réinvestissement des remboursements des titres arrivant à échéance du programme PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) lancé en mars 2020 pour lutter contre la crise économique liée à la pandémie de Covid-19. Elle orientera ainsi les réinvestissements vers les pays les plus endettés, comme l’Italie et la Grèce, afin d’atténuer les effets de la hausse des taux sur ceux-ci en limitant leurs taux d’emprunt et « préserver le fonctionnement du mécanisme de transmission de la politique monétaire ».

La BCE a également indiqué réfléchir à la mise en place d’un nouvel instrument « anti-fragmentation » afin de lutter contre un creusement structurel des spreads, sans toutefois fournir plus d’informations à ce stade.

Si un resserrement de la politique monétaire est certes à même de limiter la spirale inflationniste via un ralentissement de la consommation, il n’a aucune prise sur l’inflation provenant de la flambée des cours des matières premières ; les prix de l’énergie et des denrées alimentaires étant fortement dépendants de facteurs mondiaux et, désormais, du conflit russo-ukrainien.

Par conséquent, si la hausse des taux ne permet pas de juguler suffisamment et rapidement l’inflation, mais qu’elle réduit significativement la consommation, l’investissement des entreprises et, par ricochet, accroît le chômage, le risque est grand pour les économies européennes d’entrer, à nouveau, en récession. Tout dépendra, outre la durée de la guerre en Ukraine, du niveau et de la pérennité d’une inflation au-delà du seuil de 2 %.

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Par Valérie Mignon, Professeure en économie, Chercheure à EconomiX-CNRS, Conseiller scientifique au CEPII, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Une forte hausse des taux d’intérêt pour stopper l’inflation ?

Une forte hausse des taux d’intérêt pour stopper l’inflation ?

 

Les économistes Willem H. Buiter et Anne Sibert dénoncent, dans leur chronique, la faiblesse de la réaction des banques centrales face à l’inflation et plaident pour que celles-ci procèdent à une hausse significative des taux d’intérêt ( Le Monde)

 

Les deux économistes militent  pour une très forte hausse des taux d’intérêt qui  aurait le mérite de refroidir sérieusement la croissance. Le problème , c’est qu’en même temps ce remède de cheval risque de tuer l’activité sans nécessairement faire diminuer l’inflation de manière significative, à moins de tuer complètement l’activité. Pas vraiment une perspective souhaitable NDLR

 

Les banques centrales ont perdu la boussole de leur mandat de stabilité des prix. En avril, l’inflation aux Etats-Unis s’élevait à 8,3 % sur douze mois (8,5 % en mars). Après avoir rehaussé la zone cible du taux des fonds fédéraux de 50 points de base lors de sa réunion du mois de mai, puis de 75 points en juin, la Réserve fédérale américaine (Fed) a indiqué son intention d’appliquer de nouveau une hausse de 75 points fin juillet. Tous les participants de la réunion de mai ont convenu que l’économie américaine était très solide, le marché du travail extrêmement tendu et l’inflation bien supérieure à l’objectif. Pourtant, ils ont décidé qu’il incombait d’« orienter rapidement la politique monétaire vers une position neutre ». Or, il est nécessaire d’adopter une politique monétaire restrictive, et pas « neutre » !

Le resserrement du bilan de la Fed est, lui aussi, minimal. A partir de juin, ses actifs seront réduits de 47,5 milliards de dollars (44,8 milliards d’euros) chaque mois pendant trois mois, puis de 95 milliards par mois. Ces chiffres peuvent paraître considérables, mais il convient de rappeler que le bilan de la Fed avait atteint près de 9 000 milliards de dollars fin mars 2021 ! Au rythme actuel, il faudra plus de sept ans pour retrouver le niveau de septembre 2008, avant que la Fed ne commence à ériger sa muraille de liquidité autour des marchés financiers.

La Fed n’est pas la seule grande banque centrale à rester en retard par rapport à l’inflation. Le taux directeur de la Banque d’Angleterre (BOE) s’élève actuellement à 1,25 %, après le plus bas historique de 0,1 % en mars 2020. Or, la BOE a limité ses hausses à des paliers de 25 points de base et projette un taux bancaire implicite de marché d’environ 2,5 % mi-2023 et 2 % en 2025. Cette projection est bien trop basse ! L’inflation au Royaume-Uni est passée de 7 % en mars à 9 % en avril, et devrait dépasser 11 % courant 2022. La BOE s’attend à ce qu’un ralentissement de la croissance ramène l’inflation à sa cible de 2 % en 2024. Ce scénario est peu probable sans un effort supplémentaire de resserrement monétaire.

La politique monétaire est tout aussi inexplicable dans la zone euro, où l’inflation a atteint 8,1 % au mois de mai, après 7,4 % en avril. Le taux d’intérêt principal de la Banque centrale européenne (BCE) demeure à zéro, et son taux directeur des dépôts à − 0,5 %. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a confirmé le 9 juin que la BCE fixerait une cadence de 25 points de hausse en juillet et septembre. Mais même si la BCE les augmentait de 50 points, le taux des dépôts n’atteindrait que 0,5 %. L’inflation demeurerait ainsi nettement supérieure à l’objectif, et, compte tenu d’un faible taux de chômage à 6,8 % en avril, l’économie approchera de la surchauffe. La frilosité de la BCE dépasse celle de la Fed et de la BOE.

Taux d’intérêt : la Fed frappe fort !

Taux d’intérêt : la Fed frappe fort !

 

La Fed frappe fort en matière de taux d’intérêt titrent  nombre de médias très complaisants. Aux États-Unis alors que l’inflation dépasse 8 % la Fed vient de remonter des taux qui se situent désormais entre 1,5 % et 1,75 %. La vérité sans doute c’est que cette hausse n’est pas du tout à la hauteur de l’inflation qui ne cesse de progresser. La vérité c’est que la FED comme les autres banques centrales s’efforcent de faire porter le poids de la dette accumulée après la politique « accommodante »sur les ménages. En effet les revenus sont loin de suivre.

la  Fed a annoncé ce mercredi une hausse des taux de trois quarts de points de pourcentage, soit la plus forte hausse depuis 1994, pour tenter de contrôler une inflation qui ne faiblit pas. Avec cette troisième hausse d’affilée, ces taux se situent désormais dans une fourchette comprise entre 1,5 et 1,75%.

 

Peu avant cette annonce, la Banque centrale européenne a, elle, convoqué une réunion en urgence à l’issue de laquelle elle a annoncé qu’elle travaillait à la conception d’un nouvel instrument « anti-fragmentation » pour lutter contre un écartement trop important des taux entre les pays de la zone euro.En clair l’État d’endettement pourrait faire menacer de défauts certains pays comme l’Italie et il s’agit moins de lutter contre l’inflation que d’empêcher un éclatement de fait dans la zone euro.

 

« L’inflation reste élevée, reflétant des déséquilibres entre l’offre et la demande liés à la pandémie, à la hausse des prix de l’énergie et à des pressions plus larges sur les prix », déclarede manière très floue  la Fed dans le communiqué publié à l’issue de deux jours de débats.

En effet ,  la hausse des prix n’a pas ralenti, comme cela avait été le cas en avril, atteignant même un nouveau record en 40 ans, à 8,6% sur un an.En Europe l’inflation dérape aussi mais le problème numéro un est celui du risque d’éclatement de la zone euro. En clair notamment les taux d’intérêt des emprunts des différents états pourraient considérablement varier et menacer la monnaie unique.

Ainsi le taux italien  s’est envolé au-dessus des 4 %, creusant du coup le spread (écart de taux) avec le taux de référence allemand à plus de 200 points de base quand le taux allemand demeure entre 1 et 2%.

La BCE a  chargé ses équipes « d’accélérer » la conception d’un nouvel instrument « anti-fragmentation » pour lutter contre un écartement trop important des taux entre pays du Nord et pays du Sud de la zone euro. Mais aucun détail sur le contenu de cet instrument ni son calendrier d’adoption n’a été donné.

Une semaine plus tôt, la BCE avait annoncé un resserrement de sa politique monétaire pour combattre l’inflation, qui s’est accompagnée d’une hausse des taux directeurs de 25 points de base à partir de juillet puis à nouveau en septembre.

L’autre souci des banques centrales est aussi cet écroulement de la croissance qui pourrait encore être accélérée par une hausse trop brutale des taux d’intérêt. Bref un vrai cercle vicieux

 

Inflation : la Banque de France pour des hausses d’intérêt !

 

 

Inflation : la Banque de France pour des hausses d’intérêt !

 

Curieusement la Banque de France tient le discours des financiers orthodoxes de Berlin. Par conviction sans doute, pour servir les intérêts des banquiers tout autant et pour plaire à la Banque centrale européenne.

Une posture qui n’est pas complètement incohérente mais qui ne boucle pas avec la problématique économique, sociale et environnementale. Ou e saucissonnage de l’analyse des experts. Dans cette analyse on voit mal apparaître la problématique de la croissance.

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, n’a pas hésité, mardi soir, à évoquer les sujets qui fâchent. Invité à s’exprimer devant le Haut Conseil des finances publiques, organisme indépendant chargé de veiller à la cohérence des prévisions macroéconomiques du gouvernement, il a insisté sur la nécessité pour le futur exécutif d’adapter le train de dépenses du pays afin de se préparer à des hausses de taux d’intérêt, potentiellement très coûteuses.

Les investisseurs anticipent déjà cette remontée. Sur les marchés secondaires de la dette, les obligations souveraines hexagonales à dix ans s’échangent à environ 1,6%, alors qu’elles étaient à 0% au début de l’année, renchérissant d’autant le prix auquel l’État français s’endette.

 

Les observateurs tablent sur une décision de la Banque centrale européenne (BCE) de rehausser ses taux directeurs afin de lutter contre l’inflation, dès cet été, dans le sillage de la Réserve fédérale. Une échéance clairement assumée par Le gouverneur de la banque de France plus proche des Allemands que des Français.

Présidentielle : Toujours peu d’intérêt des Français

Présidentielle : Toujours peu d’intérêt  des Français

Une élection qui pourrait se dérouler sans véritable campagne électorale. Une échéance qui suscite toujours aussi peu d’intérêt, il est vrai un peu écrasée d’abord par la situation sanitaire ensuite par la conjoncture géostratégique en Ukraine.

. Selon le dernier baromètre OpinionWay-Kéa Partners pour « Les Echos » et Radio classique, publié ce jeudi, un tiers des Français (34 %) ne s’y « intéressent pas encore », quand 64 %, à l’inverse, affirment « suivre attentivement la campagne et ce que disent les candidats ». Soit très exactement le même niveau qu’au début du mois de février.

« On reste à des niveaux de mobilisation très faibles », souligne Bruno Jeanbart, le vice-président d‘OpinionWay. Le record d’abstention au premier tour d’une présidentielle (28,4 % en 2002) pourrait être battu, au risque d’affaiblir la légitimité du vainqueur, comme l’a récemment pointé le président LR du Sénat, Gérard Larcher, suscitant une vive polémique. Cela serait une nouvelle manifestation de la crise démocratique qui s’accroît. En 2017, 77,77 % des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes. Contre 79,48 % en 2012 et 83,77 % en 2007.

Tout est en place, cette fois-ci, pour éloigner les Français de la campagne de ce qui reste l’élection clef de la Ve République. La guerre en Ukraine occupe toujours les esprits. Le sortant, Emmanuel Macron, s’expose peu et a exclu de participer à des débats avant celui de l’entre-deux-tours. Et le scrutin paraît pour beaucoup déjà joué, au regard des sondages.

 

Taux d’intérêt : une hausse limitée par la Fed

Taux d’intérêt : une hausse limitée  la Fed

Ou pense que la FED sera amenée à augmenter ses taux lors  de sa réunion des 15 et 16 mars. Cependant ils sont peu nombreux à pronostiquer un relèvement brutal. La majorité pense que la hausse sera de 25 points de  base, une minorité pronostique 50 points de base.

Ce qui paraît certain , c’est que de cette stratégie de remontée des taux sera certes progressive mais continue car l’inflation atteint des niveaux inquiétants aux États-Unis : encore 7 % en janvier sur un an.

 

Banque centrale européenne et taux d’intérêt: en attendant Godot !

Banque centrale européenne et taux d’intérêt: en attendant Godot !

 

Une nouvelle fois la BCE a choisi l’attentisme pour faire face à une inflation galopante qui pourrait bien à la fin tuer le pouvoir d’achat des entreprises et des ménages.

 

Comme d’habitude, Christine Lagarde a fait preuve d’une prudence habituelle chez elle qui consiste surtout à s’aligner le moment venu sur le mouvement majoritaire plutôt que de l’anticiper.

La BCE prévoit que l’inflation refluera dans les prochains mois et reviendra en 2023 puis en 2024 juste en dessous de son objectif de 2%. Mais certains dirigeants de la banque centrale ne cachent pas leurs doutes sur la validité de ce scénario, en s’appuyant sur le fait qu’elle a dû à plusieurs reprises revoir à la hausse ses prévisions d’inflation.

« Cette approche attentiste contraste avec les attentes du marché, qui tablait sur des hausses de taux d’intérêt dès cette année. Cela pourrait accroître la divergence avec les investisseurs qui voient la position de la BCE augmenter le risque sur les actifs obligataires. Compte tenu de l’incertitude sur l’évolution des prix de l’énergie et de possibles nouveaux effets inflationnistes créés par les tensions sur les marchés du travail, il y a des risques que l’inflation persiste, appelant éventuellement à une hausse des taux en 2023″, indique Pietro Baffico, économiste chez abrdn.

 En vérité la BCE suivra  sans doute le mouvement mais le moment venu. « Face à des taux directeurs moyens anticipés proche des 1.00% dans un an pour le G10, Christine Lagarde a laissé la porte ouverte à toutes les options possibles pour 2022. C’est donc possiblement le début d’un revirement monétaire et dans ce contexte les taux courts ont monté de près de 12 points de base. Le mimétisme pourrait donc finalement pousser la BCE à sortir de son isolement monétaire », anticipe pour sa part Nicolas Forest, responsable de la gestion obligataire chez CANDRIAM.

S’il paraît évident qu’une brutale hausse des taux d’intérêt serait de nature à tuer la dynamique de croissance ( accessoirement à mettre en faillite certains Etats très endettés), inversement ne pas contrôler l’inflation constitue une manière d’amortir la politique de liquidités très accommodante et de la faire  payée à travers une baisse de fait  des revenus du travail, de l’épargne et des retraites.

La difficulté est évidemment de trouver le bon équilibre dans la bonne progressivité mais certainement pas dans l’attentisme……En attendant Godot !

Environnement et financement: Des taux d’intérêt bas nécessaires pour la transition énergétique (Patrick Artus)

Environnement et financement: Des taux d’intérêt bas nécessaires pour la transition énergétique (Patrick Artus)

 

Le financement des investissements nécessaires à la transition énergétique, à faible rendement et de long terme, exige des banques centrales qu’elles persévèrent dans leur politique de taux bas, estime l’économiste,Patrick Artus  dans sa chronique au Monde .

 

Chronique. 

 

On connaît les problèmes sociaux que va faire apparaître la transition énergétique. Il est probable que les inégalités de revenu vont s’accroître avec la hausse des prix de l’énergie, car le poids de l’énergie dans la consommation est très élevé pour les ménages à faible revenu. De nombreux emplois vont être détruits dans les secteurs produisant ou utilisant les énergies fossiles – par exemple dans l’industrie automobile thermique ; des emplois vont certes être créés dans les énergies renouvelables, l’automobile électrique, la rénovation thermique des bâtiments. Mais ces emplois nouveaux nécessitent des qualifications différentes et se situent dans des localisations différentes que les emplois détruits : d’où un problème potentiel d’adaptation et de mobilité des compétences.

En revanche, on s’interroge assez peu sur les problèmes sociaux qui pourraient provenir du besoin massif d’investissement et de la politique monétaire que les banques centrales vont devoir mener face à ce besoin. La transition énergétique va en effet exiger un supplément d’investissements, que l’Agence internationale pour les énergies renouvelables estime à 4,2 % du PIB au niveau mondial pour les trente prochaines années (en France, 100 milliards d’euros par an pendant trente ans). Les activités concernées sont la production et le stockage d’énergies renouvelables, les réseaux électriques, la décarbonation des transports et de l’industrie, la capture du carbone, la rénovation thermique des bâtiments et logements.

Pour investir plus, il faut épargner plus, et puisque, au départ, cet investissement ne produit pas de revenu supplémentaire, il faut consommer moins. Or, faire baisser volontairement la consommation des ménages modestes est socialement inacceptable. De plus, les entreprises devront, pour investir davantage, accroître leurs marges bénéficiaires, et donc augmenter leurs prix, ce qui fera reculer le pouvoir d’achat. Et les Etats, pour investir eux aussi davantage, vont augmenter la pression fiscale, ce qui fera aussi reculer la consommation…

Transition ou inflation ?

L’action du troisième acteur de l’investissement que sont les banques centrales pose aussi des problèmes spécifiques. Les investissements nécessaires à la transition énergétique ont en effet deux caractéristiques : ils sont à horizon de très long terme et ils sont souvent peu rentables – c’est particulièrement le cas pour la rénovation thermique des logements. Pour qu’ils soient néanmoins réalisés, il faut que les taux d’intérêt à long terme restent faibles, sinon, leur coût de financement sera trop élevé par rapport à leur rentabilité. Si elles veulent favoriser la transition énergétique, les banques centrales doivent poursuivre leur politique de maintien de taux bas.

 

Des taux d’intérêt bas nécessaires pour la transition énergétique (Patrick Artus)

Des taux d’intérêt bas nécessaires pour la transition énergétique (Patrick Artus)

 

Le financement des investissements nécessaires à la transition énergétique, à faible rendement et de long terme, exige des banques centrales qu’elles persévèrent dans leur politique de taux bas, estime l’économiste,Patrick Artus  dans sa chronique au Monde .

 

Chronique.

 

On connaît les problèmes sociaux que va faire apparaître la transition énergétique. Il est probable que les inégalités de revenu vont s’accroître avec la hausse des prix de l’énergie, car le poids de l’énergie dans la consommation est très élevé pour les ménages à faible revenu. De nombreux emplois vont être détruits dans les secteurs produisant ou utilisant les énergies fossiles – par exemple dans l’industrie automobile thermique ; des emplois vont certes être créés dans les énergies renouvelables, l’automobile électrique, la rénovation thermique des bâtiments. Mais ces emplois nouveaux nécessitent des qualifications différentes et se situent dans des localisations différentes que les emplois détruits : d’où un problème potentiel d’adaptation et de mobilité des compétences.

En revanche, on s’interroge assez peu sur les problèmes sociaux qui pourraient provenir du besoin massif d’investissement et de la politique monétaire que les banques centrales vont devoir mener face à ce besoin. La transition énergétique va en effet exiger un supplément d’investissements, que l’Agence internationale pour les énergies renouvelables estime à 4,2 % du PIB au niveau mondial pour les trente prochaines années (en France, 100 milliards d’euros par an pendant trente ans). Les activités concernées sont la production et le stockage d’énergies renouvelables, les réseaux électriques, la décarbonation des transports et de l’industrie, la capture du carbone, la rénovation thermique des bâtiments et logements.

Pour investir plus, il faut épargner plus, et puisque, au départ, cet investissement ne produit pas de revenu supplémentaire, il faut consommer moins. Or, faire baisser volontairement la consommation des ménages modestes est socialement inacceptable. De plus, les entreprises devront, pour investir davantage, accroître leurs marges bénéficiaires, et donc augmenter leurs prix, ce qui fera reculer le pouvoir d’achat. Et les Etats, pour investir eux aussi davantage, vont augmenter la pression fiscale, ce qui fera aussi reculer la consommation…

Transition ou inflation ?

L’action du troisième acteur de l’investissement que sont les banques centrales pose aussi des problèmes spécifiques. Les investissements nécessaires à la transition énergétique ont en effet deux caractéristiques : ils sont à horizon de très long terme et ils sont souvent peu rentables – c’est particulièrement le cas pour la rénovation thermique des logements. Pour qu’ils soient néanmoins réalisés, il faut que les taux d’intérêt à long terme restent faibles, sinon, leur coût de financement sera trop élevé par rapport à leur rentabilité. Si elles veulent favoriser la transition énergétique, les banques centrales doivent poursuivre leur politique de maintien de taux bas.

 

Taux d’intérêt livret A: une hausse de seulement 0,5 % !

Taux  d’intérêt livret A:  une hausse de seulement 0,5 % !

L’inflation 2021 sur un an devrait être proche de 3 %. Sans rire, Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a envisagé une hausse du taux du livret A, actuellement de 0,5 %. Son calcul « intégrera l’inflation des six derniers mois », a-t-il assuré sur RTL mercredi. Du fait de la poussée des prix – 2,6 % sur un an en octobre selon l’Insee – le rendement du livret A est aujourd’hui largement négatif : ceux qui ont placé leurs économies sur ce compte d’épargne perdent de l’argent.

Ce coup de pouce, qui pourrait porter le taux de rémunération du livret A entre 0,75 % et 1 %,.

Une hausse des taux d’intérêt compatible avec la croissance ?

Une hausse des taux d’intérêt compatible avec la croissance ?

 

 

Frédéric Leroux, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac  estime que les banques centrales pourraient retrouver des marges de manœuvre sur les taux… à moins que le variant Omicron ne rebatte les cartes, estime, dans une chronique, Frédéric Leroux, membre du comité d’investissement stratégique de Carmignac. ( Le Monde)

 

 

l’approche des fêtes de fin d’année, la menace du Covid-19 a refait surface sur les marchés financiers avec la découverte du nouveau variant Omicron, dont les effets sur l’économie mondiale pourraient être récessifs et inflationnistes. C’est en tout cas la crainte qui a animé vendredi 26 novembre les marchés financiers, dans une réaction très vive à la diffusion de cette nouvelle.

S’il est encore trop tôt pour savoir quelles seront les conséquences du variant, les banquiers centraux entrevoient, pour l’heure, un retour progressif à une inflation léthargique et à une croissance poussive de l’économie mondiale.

Dopé par des politiques de taux d’intérêt toujours plus bas, l’endettement n’a cessé de croître. Ce cocktail – concocté depuis trop longtemps par les banques centrales – est aussi euphorisant pour les marchés financiers qu’il est déprimant pour les ménages qui voient stagner leurs salaires, victimes collatérales de cette croissance atone sous perfusion monétaire.

En excluant la nouvelle menace Covid-19, les investisseurs envisagent, eux, un scénario différent. Ils anticipent ainsi une inflation un peu plus tenace et des hausses de taux directeurs plus rapides et plus nombreuses que ce que prévoient les banques centrales.

Plus de déboires que de satisfactions

Jusqu’à présent, les investisseurs obligataires n’ont pas vraiment voulu, ou pu, se mesurer aux autorités monétaires. Il faut en effet aujourd’hui beaucoup d’énergie, de courage et des poches profondes pour lutter contre cette « répression financière » qui contraint les fonds privés vers le financement des déficits et de la dette publics contre une rémunération si faible qu’elle est parfois négative. L’économie de marché a grand besoin d’une politique monétaire plus orthodoxe.

Les investisseurs anticipent une inflation un peu plus tenace et des hausses de taux directeurs plus rapides et plus nombreuses que ce que prévoient les banques centrales

Comment les taux d’intérêt pourraient-ils retrouver leur signification économique pour permettre à l’entrepreneur de récupérer sa boussole et au système économique, sa capacité à allouer les ressources de façon optimale ?

Un consensus plus large sur une inflation durablement supérieure aux objectifs des banques centrales (fixés entre 2 % et 2,5 %) devrait finir par favoriser l’ajustement des taux d’intérêt. Or – bonne nouvelle ! –, un changement de paradigme est en train de s’opérer aux Etats-Unis, où la raréfaction de la main-d’œuvre disponible met le salarié américain en position de force dans les négociations sur les rémunérations.

Cela devrait nourrir l’inflation et l’installer durablement au-delà des objectifs des banquiers centraux après des décennies de résignation salariale qui ont nourri l’humeur déflationniste des consommateurs. Les enquêtes statistiques sur le sentiment des consommateurs tendent d’ailleurs à montrer que ces derniers rechignent de moins en moins, pour s’équiper, à passer à l’acte malgré les hausses de prix parfois fortes de certains biens d’équipement.

Le retour potentiel d’une boucle prix-salaires approche, tout comme l’heure de la normalisation des politiques monétaires. Reste qu’une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt sans croissance positive apporterait plus de déboires que de satisfactions.

Inflation et taux d’intérêt plus élevés

Mais, là aussi, les bonnes surprises sont nombreuses et plusieurs éléments alimentent la perspective d’une croissance soutenue à moyen terme. Les programmes américains de soutien aux ménages ont engendré une épargne disponible et un effet richesse considérables depuis le début de la pandémie. La réouverture de l’économie mondiale et la fin prochaine des pénuries actuelles vont libérer encore davantage de croissance économique.

La profitabilité record des entreprises va favoriser les investissements. Les taux d’intérêt réels devenus très négatifs sous l’effet de la répression financière encouragent également l’investissement et pourront même nettement remonter avant de devenir un frein, voire un obstacle. L’économie chinoise, dont le cycle est décalé par rapport au cycle américain (les Etats-Unis sont en expansion monétaire et budgétaire alors que la Chine met actuellement en œuvre des politiques monétaire et budgétaire restrictives qui ralentissent l’activité), pourrait aussi prendre le relais comme moteur de la croissance mondiale, le moment venu.

A moins d’un impact majeur du nouveau variant Omicron, il y a donc une fenêtre de tir durant laquelle la croissance semble pouvoir s’accommoder d’une inflation et de taux d’intérêt plus élevés. Une première depuis longtemps, qui ouvre la voie à une croissance nominale forte, capable d’éroder la dette.

 

Finances- Baisse des taux d’intérêt : une aubaine pour les prédateurs d’entreprises

Finances- Baisse des taux d’intérêt : une aubaine pour les  prédateurs d’entreprises

 

L’économiste Pascal Perez décrit, dans une tribune au « Monde », le mécanisme qui enrichit fabuleusement les actionnaires des entreprises surendettées. Il appelle à moraliser ces pratiques.

 

Tribune.

La presse financière a récemment rapporté le colossal bénéfice que se sont partagé les dirigeants du fonds d’investissement californien Hellman & Friedman, propriétaire de Verisure, une grosse PME européenne connue pour installer des alarmes.

Hellman & Friedman a en effet réussi à soutirer à Verisure 1,6 milliard d’euros en janvier 2021 – il est d’usage que les dirigeants de sociétés financières gardent pour eux les plus-values réalisées. Au total, Hellman & Friedman a extrait depuis 2015 trois milliards d’euros. Et Verisure, notée CCC par les agences de notation comme une entreprise exposée à la faillite, est restée endettée.

Le mécanisme de cette vampirisation est simple. La forte baisse des taux d’intérêt menée depuis des années par la Banque centrale européenne (BCE) pour inciter les entreprises à investir et à relancer l’économie, a créé un fabuleux effet d’aubaine pour les actionnaires d’entreprises endettées. L’économie de frais financiers sur la durée d’un emprunt leur est en effet payée en une seule fois par l’entreprise. Les plus gros versements proviennent d’entreprises surendettées au moment de l’achat par leur nouveau propriétaire.

 

La baisse des taux d’intérêt offre donc une prime aux prédateurs d’entreprises. Ces prédateurs dépendent des banques et des avocats pour remplacer les anciennes dettes par de nouvelles. En échange, ils leur versent des milliards d’euros de commissions.

Chaque année en France, deux cents entreprises sont ainsi rachetées par des financiers qui les accablent de lourdes dettes pour les payer. La toxicité du procédé est connue. La raison d’être de l’entreprise surendettée est alors réduite au remboursement de la dette qui a servi à son acquisition.

L’injection de 100 milliards d’euros par mois dans le système bancaire en 2021 et 2022 par la BCE va encore faire baisser les taux. La vague de faillites qui se forme à l’horizon va finir en centaines de milliers de rééchelonnements de dettes au profit des banques.

Il est temps de moraliser ces pratiques. L’affectation d’un profit financier issu de la baisse des taux d’intérêt ne devrait pas être du seul ressort des actionnaires. Un partage équitable des bénéfices de cette baisse devrait être encouragé. En France, une baisse de 1 % des frais financiers représente 20 milliards d’euros par an qui pourraient être transformés en investissements, en hausse de salaires, en amélioration du service rendu aux clients et en soutien aux partenaires de l’entreprise – écoles, territoires, environnement.

Baisse des taux d’intérêt : une aubaine pour les prédateurs d’entreprises

Baisse des taux d’intérêt : une aubaine pour les  prédateurs d’entreprises 

L’économiste Pascal Perez décrit, dans une tribune au « Monde », le mécanisme qui enrichit fabuleusement les actionnaires des entreprises surendettées. Il appelle à moraliser ces pratiques.

Tribune.

La presse financière a récemment rapporté le colossal bénéfice que se sont partagé les dirigeants du fonds d’investissement californien Hellman & Friedman, propriétaire de Verisure, une grosse PME européenne connue pour installer des alarmes.

Hellman & Friedman a en effet réussi à soutirer à Verisure 1,6 milliard d’euros en janvier 2021 – il est d’usage que les dirigeants de sociétés financières gardent pour eux les plus-values réalisées. Au total, Hellman & Friedman a extrait depuis 2015 trois milliards d’euros. Et Verisure, notée CCC par les agences de notation comme une entreprise exposée à la faillite, est restée endettée.

Le mécanisme de cette vampirisation est simple. La forte baisse des taux d’intérêt menée depuis des années par la Banque centrale européenne (BCE) pour inciter les entreprises à investir et à relancer l’économie, a créé un fabuleux effet d’aubaine pour les actionnaires d’entreprises endettées. L’économie de frais financiers sur la durée d’un emprunt leur est en effet payée en une seule fois par l’entreprise. Les plus gros versements proviennent d’entreprises surendettées au moment de l’achat par leur nouveau propriétaire.

La toxicité du procédé est connue. La raison d’être de l’entreprise surendettée est alors réduite au remboursement de la dette qui a servi à son acquisition

La baisse des taux d’intérêt offre donc une prime aux prédateurs d’entreprises. Ces prédateurs dépendent des banques et des avocats pour remplacer les anciennes dettes par de nouvelles. En échange, ils leur versent des milliards d’euros de commissions.

Chaque année en France, deux cents entreprises sont ainsi rachetées par des financiers qui les accablent de lourdes dettes pour les payer. La toxicité du procédé est connue. La raison d’être de l’entreprise surendettée est alors réduite au remboursement de la dette qui a servi à son acquisition.

L’injection de 100 milliards d’euros par mois dans le système bancaire en 2021 et 2022 par la BCE va encore faire baisser les taux. La vague de faillites qui se forme à l’horizon va finir en centaines de milliers de rééchelonnements de dettes au profit des banques.

Il est temps de moraliser ces pratiques. L’affectation d’un profit financier issu de la baisse des taux d’intérêt ne devrait pas être du seul ressort des actionnaires. Un partage équitable des bénéfices de cette baisse devrait être encouragé. En France, une baisse de 1 % des frais financiers représente 20 milliards d’euros par an qui pourraient être transformés en investissements, en hausse de salaires, en amélioration du service rendu aux clients et en soutien aux partenaires de l’entreprise – écoles, territoires, environnement.

ADP: Vinci quitte le conseil pour conflits d’intérêts ou manque d’intérêt ?

ADP: Vinci quitte le conseil pour conflits d’intérêts ou manque d’intérêt  ?

Il  y a encore quelques mois Vinci était sur les rangs comme candidat à la privatisation d’ADP, une activité particulièrement juteuse. Mais depuis le Coronavirus, Vinci a décidé de quitter le conseil d’administration d’ADP au motif d’un possible conflit d’intérêts. Un conflit d’intérêt qui ne devait pas exister dans l’hypothèse de l’achat d’ADP ! La vérité sans doute, c’est que l’activité aérienne et aéroportuaire perd de l’argent en ce moment et sans doute pour quelques années. Il y a vraisemblablement plusieurs acceptions dans le terme conflit d’intérêt !

Immobilier–Logement : la CDC doit devenir un opérateur global d’intérêt public

Immobilier–Logement : la CDC doit devenir un opérateur global d’intérêt public

Anne-Sophie Grave est la nouvelle patronne de la filiale de la Caisse des Dépôts dédiée au logement. . Nouvelle présidente du directoire de CDC Habitat, la filiale de la Caisse des Dépôts dédiée au logement, Anne-Sophie Grave explique que la CDC doit devenir un opérateur global d’intérêt public (interview la Tribune)

 

Avant de prendre ce 16 décembre 2020 la présidence du directoire de CDC Habitat, filiale de la Caisse des Dépôts dédiée au logement, vous avez, notamment, été directrice des retraites et de la solidarité de la Caisse des Dépôts de même que vous avez présidé Osica et le directoire d’EFIDIS, filiales du groupe SNI devenu CDC Habitat. Ce retour à la maison à la suite du départ d’André Yché, c’est le changement dans la continuité ?

ANNE-SOPHIE GRAVE - Avant de revenir chez CDC Habitat, j’ai dirigé pendant trois ans le groupe 3F, filiale d’Action Logement, opérateur de 250.000 logements sociaux en France, la moitié en Ile-de-France, la moitié en province, et producteur de 11.000 logements par an.

Je précise qu’André Yché devient président du conseil de surveillance de CDC Habitat. Le changement dans la continuité est une bonne expression pour qualifier cette transition. CDC Habitat a été fortement mobilisé sur le plan de relance, lançant un appel à manifestation d’intérêt auprès des promoteurs immobiliers pour acquérir 40.000 logements neufs en vente en état futur d’achèvement (VEFA).

Le Groupe est fortement sous tension, pour mettre en œuvre cette production et nous entendons bien poursuivre cette dynamique. Nous allons de même renforcer les projets sur les territoires, puisque nous souhaitons nous positionner comme un opérateur global de l’habitat d’intérêt public. Des équipes municipales renouvelées sont arrivées avec des attentes en termes de construction durable, de mixité, de rénovation de cœurs de ville. Nous sommes en capacité d’intervenir.

Taux d’intérêt bas : les risques

Taux d’intérêt bas : les risques

 

Olivier Klein, Directeur Général BRED, Professeur d’Économie à HEC ( opinion dans la Tribune) évoque le risque d’une politique de taux d’intérêt bas.( ( opinion dans la Tribune).

 

Lorsqu’une crise économique et financière très grave se produit, que les taux d’intérêt courts sont déjà proches de zéro et que l’on connaît une situation préalable de surendettement, les banques centrales mettent en œuvre des politiques monétaires non conventionnelles.  Avec, pour certaines, l’utilisation de taux d’intérêt négatifs et, pour toutes, la mise en place d’un Quantitative Easing (QE), afin de contrôler les taux long terme et les primes de risque (les « spreads ») des dettes publiques comme des dettes privées. Cela permet aux banques centrales, par leurs politiques conventionnelles comme non conventionnelles, d’amener les taux d’intérêt courts et longs à des niveaux très bas et d’empêcher les « spreads » de monter à des niveaux qui déclencheraient un enchaînement catastrophique de faillites par une montée brutale de l’insolvabilité. Les taux très bas jouent également favorablement directement sur la demande, comme sur la valeur des actifs patrimoniaux (immobilier et actions notamment), ce qui rétroagit positivement sur la demande et soutient le crédit.

Lors de ces crises, la politique monétaire, y compris non conventionnelle, a de facto notamment pour objet d’abaisser les taux d’intérêt nominaux en dessous du taux de croissance nominal. Ce qui aide clairement à relancer l’économie et facilite le désendettement en rendant la dette plus aisée à rembourser.

Alors, quel peut être le danger d’une telle politique monétaire qui protège l’économie contre une crise systémique et une profonde dépression ? Le risque vient d’une utilisation de la politique monétaire qui, de fait, est asymétrique. S’il est très utile et même indispensable que les banques centrales aient adopté ce type de politiques dans ce genre de situations, on assiste en réalité à une asymétrie problématique, car, lorsque la croissance est de retour avec une reprise notable du crédit, les banques centrales n’inversent que peu ou pas leur politique en n’augmentant pas ou trop peu leurs taux d’intérêt et en ne diminuant pas ou trop peu leur QE, c’est-à-dire la quantité de monnaie banque centrale.

La raison affichée dans la zone euro a souvent été que l’inflation encore trop basse, donc une cible d’inflation non encore atteinte, ce qui justifiait de maintenir une politique monétaire ultra accommodante. Mais l’inflation n’est-elle pas structurellement et non conjoncturellement très basse ? La politique monétaire peut-elle de ce fait la faire remonter ? Or, si la politique monétaire ne peut pas faire remonter une inflation fondamentalement très basse, il devient évidemment dangereux de continuer de mener une telle politique trop longtemps car elle maintient alors des taux d’intérêt inférieurs aux taux de croissance, donc des taux d’intérêt trop bas et ce trop longtemps. « Too low for too long ». Ce qui induit le retour d’un cycle financier, c’est-à-dire d’un endettement qui monte plus vite que la croissance économique, ce qui entraîne ainsi un nouveau surendettement, et le retour de bulles sur l’immobilier et/ou les actions.

Avec un effet de boucle, car l’endettement sert aussi à acheter ces actifs patrimoniaux, ce qui nourrit les bulles et rend possible le fait de s’endetter davantage. On augmente ainsi la vulnérabilité financière de l’ensemble de l’économie, avec des risques incorporés dans les bilans qui s’aggravent de plus en plus dangereusement :

1/ A l’actif des investisseurs financiers et/ou des épargnants

Ces cherchent à tout prix un peu de rendement, puisque les taux d’intérêt sont trop bas. Ils vont donc prendre de plus en plus de risque afin d’obtenir ce petit peu de rendement. Les primes de risque sont ainsi comprimées à leur tour de manière tout à fait anormale et évidemment dangereuse, car lorsque les bulles éclateront, les « spreads » n’auront tout simplement pas couvert le coût du risque avéré. L’actif des épargnants, comme l’actif des investisseurs financiers (qui travaillent pour les épargnants :(les fonds de pension, les assureurs, les fonds de placement, etc.), sont ainsi rendus vulnérables. Cela a conduit, avant la pandémie notamment, à une forte baisse historique des rendements des placements dans les infrastructures, à des « spreads » sur les dettes historiquement bas, à des niveaux de valorisation des entreprises en bourse ou en « private equity » très élevés, à des fonds de placement détenant de plus en plus d’actifs illiquides et/ou de maturité très longue, tout en assurant une liquidité quotidienne de ces mêmes fonds, etc.

2/ Au passif des emprunteurs

Ces derniers s’endettent trop dans ces conditions-là, ce qui entraîne des leviers trop élevés. Avec entre autres, des rachats d’actions par les sociétés elles-mêmes, notamment aux Etats-Unis. Les passifs deviennent ainsi eux-mêmes vulnérables. Ils sont vulnérables à une baisse des cash flows liés à un ralentissement de la croissance, aussi bien qu’une remontée des taux d’intérêt. Cela conduit ainsi à un risque accru d’insolvabilité.

La conjugaison des deux points ci-dessus provoque une croissance du nombre d’entreprises zombies, c’est-à-dire d’entreprises qui subsistent, mais qui ne sont pas rentables structurellement et qui feraient faillite avec des taux d’intérêt normaux. Ce phénomène contribue naturellement à une moindre efficacité de l’économie et à de moindres gains de productivité.

Le maintien de taux d’intérêt trop bas trop longtemps, alors que de tels taux ne sont plus nécessaires pour lutter contre une croissance insuffisante de l’économie et des crédits, installe donc une situation très risquée à long terme. Une asymétrie de la réaction de la politique monétaire peut ainsi conduire à une montée de l’instabilité financière et à une perte lente d’efficacité de l’économie avec une baisse des gains de productivité et, in fine, à une succession de crises financières. Telle était la situation pré-Covid.

La situation financière a ainsi tourné à la catastrophe au tout début du Covid, car la pandémie a produit une chute vertigineuse de la production, des contractions violentes de revenus et des cash-flows pour les entreprises, alors qu’elle est survenue sur un fond préalable de forte vulnérabilité financière.

Fin mars, la crise financière entraînée par le Covid était ainsi plus forte que celle de 2008-2009, avec une volatilité des actions deux fois plus grande, des spreads qui ont bondi, une liquidité, notamment des fonds de placement, qui était très problématique. Heureusement, les banques centrales ont répondu extrêmement rapidement : elles ont abaissé leurs taux lorsque c’était encore possible, aux États-Unis notamment, mais pas du côté européen parce qu’ils n’avaient pas remonté malgré la croissance revenue les années précédentes. Elles se sont mises également à acheter des dettes publiques et privées, y compris du « High yield », et parfois même des actions, en accroissant leur Quantitative Easing de façon considérable. Elles ont aussi adopté des mesures de réglage macro-prudentiel.

Les banques centrales ont ainsi permis à très juste titre de soulager en quelques semaines une situation financière catastrophique et ont soutenu les efforts des Etats en faveur de l’économie, grâce à une utilisation massive de la politique monétaire non conventionnelle. Mais la question qui se posera très vite est la suivante : Comment peut s’envisager la sortie d’une telle politique monétaire, lorsque la croissance sera revenue à un niveau satisfaisant, alors que l’endettement des Etats et des entreprises aura cru encore bien davantage ? Certes aujourd’hui la question centrale est de savoir comment sortir d’une crise économique inédite. Mais il faut malgré tout réfléchir dès à présent à la sortie à terme d’une situation exceptionnelle où les Banques Centrales auront à raison suspendu transitoirement la logique du marché, en assurant de façon délibérée et massive la liquidité des marchés et la solvabilité des Etats et, conjointement à l’action des Etats, en assurant également la solvabilité des entreprises, par le contrôle des taux d’intérêt et des « spreads ».

 

Première indication : il faudra en sortir très doucement. La situation sera en effet problématique, car à l’issue de la crise on connaîtra un surendettement de nombre d’entreprises, notamment parce qu’elles auront dû, et heureusement pu, financer leurs pertes, et un surendettement des nombreux Etats. En outre, il faudra faire face à des bulles sur les actifs patrimoniaux ; elles sont d’ailleurs déjà en train de gonfler fortement, aussi bien sur l’immobilier résidentiel que sur les actions. Si l’on remonte alors trop rapidement les taux notamment par un retrait mal calibré des QE, si l’on met fin hâtivement aux taux d’intérêts négatifs, cela peut avoir un effet désastreux sur l’insolvabilité privée et publique, et naturellement cela peut entraîner un risque de krach sur les marchés des actifs patrimoniaux, ce qui renforcerait l’insolvabilité générale. La sortie doit donc être très progressive.

Ajoutons que, si l’inflation revenait dans deux ou trois ans, cela poserait des questions très compliquées aux banques centrales. Devraient-elles maintenir la solvabilité des agents économiques au prix d’une inflation éventuellement incontrôlée ? Ou l’inverse ?

Mais, même si l’inflation ne réapparaissait pas, les banques Centrales devraient-elles poursuivre leur QE à l’infini, si les Etats et les entreprises volens nolens ne se désendettaient pas ? Ce serait au prix alors d’une instabilité financière structurellement accrue, tant en termes de surendettement que de bulles de plus en plus fortes, avec les dangers inhérents. Et au prix d’un aléa moral de plus en plus élevé, les emprunteurs, privés et publics, ne craignant plus les situations de surendettement. Au prix encore d’investisseurs comprenant qu’ils détiennent à tout jamais une option gratuite de la part des banques centrales les protégeant contre les krachs et qui seraient ainsi incités à sous pondérer durablement le prix du risque dans leurs calculs financiers. Au prix enfin d’une économie qui connaîtrait de plus en plus d’entreprises zombies, empêchant la destruction créatrice nécessaire à la croissance et entraînant une baisse durable des gains de productivité, donc, entre autres, freinant structurellement les augmentations de pouvoir d’achat non inflationnistes…

In fine, le risque d’une monétisation sans limite des dettes conduirait à une situation catastrophique de fuite devant la monnaie.

Première conclusion, pour conserver leur crédibilité, donc leur efficacité, y compris lors des crises systémiques, les banques centrales, pour que l’on ne tombe pas dans des crises de plus en plus fortes, violentes et potentiellement très dangereuses, doivent se prémunir d’une part contre le risque bien connu de fiscal dominance, mais aussi contre celui de financial market dominance ; c’est-à-dire qu’elles ne soient ni dominées par les Etats qui pourraient souhaiter une intervention ininterrompue des banques centrales pour « garantie » leur solvabilité, ni par les marchés financiers. Les banques centrales doivent en effet être dans une relation stratégique avec les marchés financiers. Mais elles ne doivent pas avoir peur de canaliser autant que possible vers des plages de fluctuation soutenables, voire de contrer, les représentations collectives et opinions moyennes des marchés. Alors même que les marchés demandent aujourd’hui toujours plus d’injections pour poursuivre leur dynamique haussière. Jérôme Powell, le Président de la Fed, disait d’ailleurs très justement récemment : « Le danger, c’est de rester coincé dans une zone où nous ne voulons pas être, sur le long terme. Ce que je redoute, c’est que certains veuillent que nous utilisions ces pouvoirs plus fréquemment, davantage que dans les seules situations de crise impérieuse ».

Seconde conclusion, à côté des politiques de banques centrales - qui doivent déjà réfléchir à la sortie ultérieure de leurs politiques ultra accompagnantes-, il est nécessaire de conduire des politiques budgétaires soutenables à moyen terme. Non à bref délai, en revanche, car il ne faut surtout pas provoquer d’austérité durant les prochaines années. Il faut également mener des réformes structurelles qui sont nécessaires pour augmenter le potentiel de croissance de chaque économie. Il s’agit là in fine de la meilleure façon de sortir du surendettement.

Cela inclut également des politiques favorisant le capital des entreprises. Nous aurons besoin, pour réduire l’excès d’endettement -sans réduire la croissance-, de beaucoup plus d’investissements en fonds propres et en quasi fonds propres (prêts participatifs, obligations convertibles…). Il faudra donc des mesures incitatives pour orienter l’épargne des ménages vers du capital plus à risque aussi bien que, notamment, des mesures visant le coût en capitaux propres prudentiels des banques et des assureurs pour ne pas rendre rédhibitoires leurs investissements en fonds propres des entreprises. Transitoirement, un système de garantie partielle étatique du capital investi pourra s’avérer nécessaire.

Les Banques Centrales ne peuvent en effet pas tout faire toutes seules et leur en demander trop peut s’avérer très dangereux, y compris pour leur efficacité, lorsque cela s’avérera à nouveau nécessaire.

(*) Par Olivier Klein, Directeur Général BRED, Professeur d’Économie à HEC

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