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La dictature russe convient mieux aux dictatures militaires du Sahel

la dictature  russe convient mieux aux dictatures militaires du Sahel 

. Général de brigade en retraite, docteur en histoire, ex-attaché de défense au Tchad et ancien du renseignement, le général (2S) Jean-Marc Marill analyse pour le JDD les dessous de l’éviction américaine du Niger.

Quelques jours après le putsch, l’adjointe au secrétaire d’État américain, Victoria Nuland, se rendait à Niamey. Que venait-elle chercher ?

Jean-Marc Marill. Après le putsch des militaires au Niger, en juillet 2023, et la condamnation par la France et par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, les États-Unis ont adopté un ton plus diplomatique afin de ne pas heurter frontalement le nouveau régime qui se mettait en place, et ainsi sauvegarder leurs relations avec le Niger. Je pense que la visite de Madame Nuland s’inscrivait dans cette démarche.

Qu’a-t-elle obtenu ?

Elle a dû chercher à obtenir des renseignements sur le futur des forces occidentales au Niger et la dissociation, dans l’esprit de la junte militaire nigérienne, entre les forces françaises et américaines. Le Niger, en exigeant le seul retrait des militaires français, permettait aux forces armées américaines déjà déployées depuis 2019 au Niger, de maintenir leur base d’Agadez, clé de voûte de leur architecture du renseignement au Sahel. Mais elle n’avait pas réussi à s’entretenir avec le chef des putschistes, Abdourahamane Tchiani, ni à rencontrer le président renversé, Mohamed Bazoum.

Où les Américains vont-ils repositionner leur base d’Agadez, grâce à laquelle ils surveillaient les mouvements des djihadistes dans l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest ?

L’abandon de la base d’Agadez serait dommageable pour le renseignement occidental. Au Tchad, les bases de Faya-Largeau, Abéché et N’Djamena seraient une alternative. Cependant, elles sont moins centrales que le Niger pour le renseignement.

Est-ce le signe que les Russes ont à nouveau le champ libre dans un nouveau pays d’Afrique de l’Ouest ?

La Russie bénéficie d’un rejet certain de l’Occident dans cette partie du monde. Le régime autoritaire russe convient mieux à des régimes militaires. Les États sahéliens putschistes ont, en outre, un passé marxiste pour certains, et beaucoup sont équipés de matériels soviétiques. Ces deux logiques aident la Russie à se réimplanter au Sahel et en Afrique francophone.

Comment voyez-vous l’avenir de la présence française au Tchad, vous qui avez conseillé le président Idriss Déby et même participé à la défense de la capitale contre un putsch en 2008 ?

Le Tchad pourrait être une prochaine étape pour la Russie. Le président par intérim Mahamat Idriss Déby, après un récent voyage à Moscou où il fut accueilli avec tous les honneurs, pourrait être tenté lui aussi de se rapprocher du président Poutine en cas de difficulté diplomatique avec Paris. La garde présidentielle tchadienne possède nombre d’équipements soviétiques. L’armée de l’air est équipée de Soukhoï Su-25, d’hélicoptères MI-35…

Chine: Xi Jinping accentue sa dictature

 Chine: Xi Jinping accentue sa dictature

 Xi Jinping, dont le mandat n’est même plus limité dans le temps accentue sa dictature. Cela bien sûr au nom du parti communiste. Un parti communiste qui par ailleurs met de plus en plus en tutelle l’économie ; ce qui explique largement la dégradation économique et financière du pays. En effet les investisseurs et les grands dirigeants fuient le pays pour s’installer dans les pays asiatiques voisins.

Comme nombre de dictateurs à moitiés fous actuellement dans le monde, XI Jinping ne connaît rien à l’économie et du coup ce sont les Chinois qui payent l’addition avec un endettement catastrophique, une baisse de la croissance et des exportations. Pour parler clair le dictateur chinois redonne vie à la philosophie de Mao.

Même le premier ministre est prié de se taire. Li Qiang a été privé de conférence de presse, lundi 11 mars, à la clôture de l’Assemblée nationale populaire (ANP), la grand-messe annuelle du régime communiste, à Pékin. Pour la première fois depuis plus de trois décennies, le premier ministre ne s’est pas plié à ce rituel très chorégraphié, qui lui offrait une rare opportunité de dévoiler la stratégie gouvernementale pour l’année à venir, et de s’affirmer politiquement.

Le renforcement des postures de dictateurs dans le monde constituent un véritable danger car en général pour masquer les échecs économiques et sociaux internes, on n’en rend responsable les autres pays et on s’appuie sur le nationalisme pour nourrir les hostilités. Ce que fait évidemment Poutine mais aussi les dictateurs d’Iran ou encore de Corée du Nord ou d’Afrique.

 

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La politique sous la dictature de l’opinion du moment

La politique sous la dictature de l’opinion du moment

« Nous naviguons selon les attentes de l’opinion » (Jean-Louis Bourlanges, député MODEM des Hauts-de-Seine), président de la commission des affaires étrangères Selon Jean-Louis Bourlanges, sur le thème de l’immigration, On ne se pose pas les bonnes questions. (Dans la tribune)

La loi sur l’immigration est votée par la droite et l’extrême droite tandis qu’une partie du centre et de la gauche de Renaissance ne l’a pas adoptée. Est-ce la fin du « en même temps » ?

JEAN-LOUIS BOURLANGES – Cette formule constitue le point d’équilibre de la République française. Des fondateurs de la IIIe République jusqu’à Emmanuel Macron en passant par le général de Gaulle et les centristes, la France a toujours voulu concilier l’ordre et la liberté. On ne peut pas diriger ce pays à gauche contre la droite et inversement, cela ne marche jamais. Récemment, le président de la République a donné le sentiment d’hésiter, nous sommes passés du « en même temps » au « successivement » et, in fine, le texte de loi a suscité de l’insatisfaction.

Pourquoi vous êtes-vous abstenu ?

D’abord parce que certaines des dispositions du texte sont inconstitutionnelles, ce que nous savions. C’est indigne du Parlement. François Hollande avait déjà recours à cette manœuvre avec ses frondeurs. En outre, plusieurs articles de cette loi envoient à l’égard des immigrés des signaux malveillants qui ne sont pas bienvenus en ces temps de tensions. Enfin, l’intégration des travailleurs en situation irrégulière est ignorée au regard des enjeux de régulation des flux migratoires.

Comment en est-on arrivé à cet état d’incompréhension, de perte de repères pour les élus macronistes ?

Cette question est très importante. Cela tient au fait que le président de la République n’a pas exposé, au moment de sa réélection, un projet pour l’ensemble du quinquennat, comme en 2017. Son programme, comme celui des députés, répondait surtout aux urgences à trois mois. La vision pour l’avenir du pays n’a pas été perçue. Faute d’avoir été clairs, nous naviguons selon les attentes de l’opinion. Parfois avec intelligence, mais sans perspective évidente.

Certes, mais la majorité se déchire sur l’immigration, comme lors du premier quinquennat. Est-il impossible d’être rassembleur sur ce thème ? Ou bien a-t-il été mal posé ?

Je faisais les mêmes critiques au moment de la loi Collomb. Ce sujet doit être réfléchi de manière globale, en termes français et européens. Personne ne pose les bonnes questions, la faute politique est là. D’abord, comment résolvons-nous l’enjeu démographique dans une Europe qui fait moins d’enfants ? Ensuite, comment nous situons-nous par rapport au tiers-monde ? Devons-nous le priver de ses forces ou l’aider à se développer ? Enfin, comment contrôler vraiment les flux migratoires, avec quels moyens et quelles conséquences humaines ? Si bienvenues qu’aient été certaines dispositions du projet Darmanin, l’immigration ne se traite pas à la petite semaine par des moyens administratifs. Le problème est toujours devant nous.

En 2022, la vision pour l’avenir du pays n’a pas été perçue

Que voulez-vous dire ?

Le problème principal est le détournement du droit d’asile. Autrefois, il s’agissait de protéger des gens contre la tyrannie ; aujourd’hui, c’est une filière pour avoir une vie meilleure. À partir du moment où les demandeurs sont sur notre territoire, il est impossible de les placer en centre de rétention, l’État est impuissant. L’Angleterre oblige à déposer une demande au Rwanda, et l’Italie à l’Albanie. Veut-on cela pour la France ? Par ailleurs, veut-on chasser les dizaines de milliers de travailleurs sans papiers qui contribuent à la richesse nationale ? Il y a un devoir de vérité devant lequel nous avons tendance à fuir, et la loi n’y répond pas.

La loi peut-elle faire reculer le RN, comme l’anticipe le président ?

Non. Elle ne changera pas davantage la situation que celles qui ont précédé. Je le répète, il faut d’abord répondre à deux questions : combien et quels émigrés voulons-nous recevoir et comment faisons-nous pour contrôler les flux ?

Comment ressouder la majorité ? Quelle perspective commune lui donner ?

L’enjeu politique fondamental, ce sont les élections européennes de juin prochain. Nous devons affirmer la place que nous donnons à la France en Europe et à l’Europe dans le monde face aux enjeux de l’immigration, de la sécurité des frontières, la défense de l’Ukraine, la paix au Moyen-Orient, la souveraineté numérique, etc. Les angoisses des Français trouvent en grande partie leurs racines dans les problèmes géopolitiques. Notre offre géopolitique doit y répondre avec clarté.

Dictature immonde en Iran : deux journalistes condamnées à des peines de six et sept ans de prison pour avoir rendu publique la mort de Mahsa Amini

Dictature immonde en Iran : deux journalistes condamnées à des peines de six et sept ans de prison pour avoir rendu publique la mort de Mahsa Amini

Les journalistes iraniennes Niloofar Hamedi et Elaheh Mohammadi, sont emprisonnées depuis plus d’un an dans la tristement célèbre prison d’Evin, à Téhéran, pour avoir couvert dans leur média respectif la mort en détention de Masha Amini, en septembre 2022. Ces deux journalistes iraniennes ont été condamnées à des peines de sept et six ans de prison, ont annoncé, dimanche 22 octobre, des médias officiels.

Elaheh Mohammadi, 36 ans, s’est vu infliger une peine de six ans de prison pour collaboration avec les Etats-Unis, de cinq ans pour complot contre la sécurité du pays et d’un an pour propagande contre la République islamique, selon l’agence de la justice Mizan Online. Niloofar Hamedi, 31 ans, a quant à elle été condamnée à sept ans de prison pour coopération avec les Etats-Unis, cinq ans de prison pour complot contre la sécurité du pays et un an pour propagande contre la République islamique, a ajouté la même source. Le verdict peut faire objet d’un appel dans un délai de 20 jours, a précisé l’agence de la justice Mizan Online.

Les deux femmes ont contribué, par leur travail, à rendre publique la mort, le 16 septembre 2022, de Mahsa Amini, une Kurde iranienne de 22 ans arrêtée à Téhéran par la police des mœurs qui lui reprochait d’avoir enfreint le code vestimentaire de la République islamique. La mort de la jeune femme a provoqué un mouvement populaire initié par les Iraniennes rassemblées derrière le slogan « Femmes, vie, liberté », réprimé dans le sang par le régime.

Incarcérées en septembre 2022, Niloofar Hamedi et Elaheh Mohammadi avaient été accusées le 8 novembre de « propagande » contre la République islamique et de conspiration contre la sécurité nationale. Au premier jour de leur procès, en mai, elles avaient expliqué avoir simplement fait leur travail.

La justice iranienne a condamné mardi l’avocat de Mahsa Amini à un an de prison pour « propagande » contre l’Etat après « s’être entretenue avec des médias étrangers et locaux sur l’affaire », selon sa défense.

Dictature Russie : surtout les valeurs du fric et de la mafia

Dictature Russie : surtout les valeurs du fric et du crime

Dans un film , Paul Moreira explique comment l’actuel maître du Kremlin a brisé les velléités politiques et économiques des milliardaires qui avaient fait fortune sous la présidence de Boris Eltsine. Le journaliste a accepté de revenir sur son travail pour franceinfo.

Comment résumeriez-vous votre documentaire ?

Paul Moreira : Pour résumer en une phrase, le film raconte comment un garde du corps est devenu un parrain. On l’a oublié, mais en 1995, la Russie était au bord de l’insurrection. Les ouvriers étaient excédés, car ils n’étaient pas payés. Les oligarques jouaient en bourse avec l’argent qui aurait dû revenir aux travailleurs. C’était une situation qui aurait dû déclencher une révolution.

C’est dans ce contexte, où le Parti communiste menaçait de revenir au pouvoir, que les oligarques décident de porter Poutine au pouvoir. Ils se disent : « On va empêcher les communistes de revenir en choisissant un dur. Vladimir Poutine va mater la révolte, il vient du KGB, a pété la gueule des Tchétchènes, et quand il parle à la télé, les gens ont peur. »

Au tout début, Poutine joue le jeu du type obéissant. Puis tout bascule lors d’une scène que décrit l’ancien oligarque Sergueï Pougatchev dans le documentaire : alors que des rumeurs selon lesquelles il souhaiterait nationaliser plusieurs entreprises privées effrayaient les milliardaires, Vladimir Poutine organise une réunion avec les oligarques dans la datcha [maison de campagne] de Staline, où il met en place une mise en scène très intimidante.

« C’est du Poutine tout craché : il repère les points faibles des gens et manipule leur peur. »

On a pu le constater plus récemment, lorsqu’il a fait rentrer un chien lors d’un rendez-vous avec Angela Merkel, alors qu’il sait qu’elle en a une véritable phobie. C’est sa manière passive-agressive de prendre le pouvoir.

Le barbecue organisé chez Staline, c’était la même chose. Il envoyait un message subliminal que les oligarques ont bien compris : « Attention, en Russie, celui qui est à la tête de l’Etat incarne le pouvoir, ce ne sont pas vous, les milliardaires. »

Au début de son mandat, il était tout de même impressionné face à ces hommes puissants…

Il était évidemment intimidé par ces types qui étaient richissimes, mais il les a très vite testés. A la base, Poutine est un petit officier du KGB. Il n’est pas comme les autres hiérarques, des apparatchiks qui montent dans l’appareil et accèdent au pouvoir après des années d’intrigues. Lui a été choisi pour sa brutalité et sa capacité à faire peur. Le problème, c’est qu’il va faire peur aux oligarques et va réussir à les soumettre en à peine un an.

Avez-vous eu des difficultés particulières lors de la réalisation de ce documentaire ?

La difficulté première résidait dans le choix que nous avons fait de ne pas aller en Russie. D’une part, parce que là-bas, il aurait été compliqué de rencontrer quelqu’un qui puisse nous parler librement. D’autre part, nous ne voulions pas mettre en danger de potentielles sources sur place, étant donné niveau de témoignages que nous souhaitions recueillir.

« Nous voulions des témoins de l’intérieur, capables de raconter des scènes. Des protagonistes qui avaient été en première ligne dans un certain nombre d’événements. »

Il nous a donc fallu aller tout autour de la Russie. Nous avons tourné en Géorgie, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, à Londres et puis en France.

L’autre problème concernait les archives. Il nous fallait des images et des images originales. Cela a été très compliqué, car les télévisions russes étaient fermées, et n’avaient de toute façon plus l’autorisation de commercer avec nous. Mais même si elles avaient obtenu l’autorisation de nous vendre des images, nous aurions dû les payer en roubles, car le système Swift n’est plus possible avec la Russie à cause des sanctions internationales. On a dû inventer des méthodes afin d’avoir accès à des archives vraiment originales et qui font, je crois, la saveur et la force du film.

Comment avez-vous réussi à faire témoigner l’ancien oligarque Sergueï Pougatchev ?

Sergueï Pougatchev dit vivre sous la menace permanente de Vladimir Poutine. Nous voulions le rencontrer chez lui. Cela a été un peu long à négocier, car il vit bunkérisé, entouré de bergers allemands et avec d’énormes dispositifs de sécurité.

Nous sommes restés cinq heures ensemble et il m’a finalement confié des choses intéressantes. Ce qui m’intéressait chez Sergueï Pougatchev, c’était ses souvenirs, pas ses prises de positions contre le régime.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué en pénétrant dans cet univers ?

Je connaissais l’importance des oligarques, mais l’un des grands mystères était pour moi l’origine de leur fortune. D’où provenait le premier dollar ?

Lors de notre enquête, j’ai par exemple découvert comment Mikhaïl Khodorkovski [ancienne première fortune de Russie, qui vit désormais en exil à Londres] avait mis la main sur ce que j’appelle la fortune des soviets. A l’époque, les salaires des travailleurs étaient payés en liquide, mais il existait une monnaie virtuelle, appelée non-cash, qui servait aux échanges entre les entreprises. C’était, d’une certaine manière, de l’argent communiste : on ne pouvait rien acheter avec, on ne pouvait pas s’enrichir, ni faire du profit. Mikhaïl Khodorkovski a réussi à convaincre le président de l’époque, Mikhaïl Gorbatchev, de transformer ce non-argent en vrai argent, et a ouvert une banque. L’ingéniosité de ces hommes, qui étaient des mathématiciens très malins, a pour moi été une véritable découverte.

Lorsque Vladimir Poutine arrive au pouvoir, l’argent des oligarques est déjà utilisé comme une arme d’influence sur la scène internationale. Il sert comme aide matérielle apportée aux partis d’extrême droite européens. Ce dark cash [argent sombre] est au centre du pouvoir de Poutine. Et cette opacité a parfaitement profité du système des paradis fiscaux. On peut d’ailleurs estimer que le véritable drapeau des oligarques russe est celui des Iles vierges britanniques : c’est celui qu’arborent leurs yachts.


L’Europe a-t-elle profité de l’argent de ces oligarques ?

Bien sûr. Les Russes ont ouvert les portes de manière spectaculaire à d’anciens dirigeants européens, comme l’ex-chancelier allemand Gerhard Schröder, Nicolas Sarkozy, et des tas d’autres.

Le Royaume-Uni a par ailleurs servi de coffre-fort aux avoirs des oligarques. Depuis la guerre en Ukraine, les Anglais sanctionnent les milliardaires russes, mais ceux-ci ont longtemps eu droit au tapis rouge dans le pays. Ceux qui faisaient affaire avec ces financiers accueillaient leur argent à bras ouvert. Certains allaient jusqu’à surnommer « Londongrad » la ville de Londres.

Dans le film, nous diffusons une séquence stupéfiante dans laquelle des agents immobiliers disent à des oligarques : « On n’a pas besoin de savoir d’où vient votre argent. » Cela aurait pu être le titre du documentaire : les milliardaires russes se sont servi des paradis fiscaux qu’offrait le capitalisme occidental et cela continue encore aujourd’hui, malgré les sanctions. C’est notamment le cas à Chypre, par exemple. Il ne faut pas oublier cette réalité, et c’est ce que j’ai voulu souligner dans le film.

Comment expliquer les morts suspectes de nombre d’oligarques ?

Pour l’instant, nous n’avons pas vraiment de réponse à cette question. [L'ancien oligarque] Sergueï Pougatchev estime qu’il s’agit de « nettoyage d’archives », d’intimidation envers ceux qui seraient tentés de parler ou de collaborer avec les autorités occidentales.

Bien sûr, il s’agit de la version de Pougatchev, qui a, par le passé, participé au système. Cela vaut ce que cela vaut, car il n’y a pas de preuves, mais c’est tout de même un homme qui était à l’intérieur de la machine. Il estime que ces oligarques savaient beaucoup de choses et que le régime russe ne veut pas prendre de risques.

Pourquoi avoir pris le parti de raconter le parcours de Vladimir Poutine sous l’angle des oligarques ?

En effectuant ce travail, j’ai véritablement eu l’impression d’aller derrière le rideau, en coulisses. Nous sommes en plein milieu de la guerre, et tout le monde cherche des clefs idéologiques pour comprendre le régime de Poutine.

A mon sens, il faut plutôt se mettre sur la piste de l’argent. Lorsque l’on expose les flux financiers, on révèle la vraie nature d’un régime beaucoup plus efficacement qu’en essayant de disséquer l’idéologie ou les discours politiques. C’est l’argent qui vous dit la vérité des choses. Là, nous sommes dans la réalité du poutinisme, qui est une fusion entre l’ultra-libéralisme économique, un autoritarisme politique, et une certaine forme de banditisme.

Virus de la dictature russe : épidémie d’accidents mortels

Virus de la dictature russe : épidémie d’accidents mortels

Prigogine l’auteur de la tentative de putsch en Russie disparaît donc dans un accident comme nombre d’autres hauts responsables contestant Poutine. Ces derniers temps la Russie enregistre une véritable épidémie d’accidents mortels rappelle Radio France.

Le 25 février 2022, moins de vingt-quatre heures après le début de la guerre menée par la Russie en Ukraine, l’un des principaux cadres de la société russe Gazprom, Alexander Tyulyakov, était retrouvé pendu dans son garage de Leningrad. Des témoins affirment que quelques heures plus tôt, l’homme avait été roué de coups par des individus non identifiés sur la voie publique.

La mort de Tyulyakov n’était pas la première perte enregistrée par Gazprom, puisque quelques semaines auparavant, le 30 janvier, c’est Leonid Shulman, autre cadre exécutif de l’entreprise, qui était décédé. Son corps sans vie, accompagné d’une note évoquant son suicide, a été retrouvé dans la baignoire de la luxueuse chambre d’hôtel qu’il occupait à Saint-Pétersbourg.

Le 1er septembre 2022, Ravil Maganov, président du conseil d’administration de la plus grande compagnie pétrolière privée de Russie, Lukoil, est tombé par la fenêtre du sixième étage de l’hôpital central de Moscou, où il séjournait en raison d’un problème cardiaque. Connu pour son opposition à la guerre en Ukraine, il n’a pas survécu.

Le 25 novembre, le milliardaire Vyacheslav Taran, qui avait fait fortune grâce aux cryptomonnaies, est mort dans un accident d’hélicoptère alors qu’il se dirigeait vers son domicile monégasque. Le passager qui devait l’accompagner a apparemment annulé son voyage à la dernière minute.

Le 9 décembre à Antibes, un autre milliardaire, le géant de l’immobilier Dmitry Zelenov, tombait dans les escaliers alors qu’il venait de dîner avec des amis.

Le Sydney Morning Herald a ainsi recensé vingt-trois morts suspectes, ou du moins inattendues, de citoyens russes connus pour leur grande richesse ou leur rang élevé dans la société. La plus ancienne de la liste est celle de Leonid Shulman et les trois dernières datent d’il y a quelques jours, puisque deux décès ont été annoncés le 24 décembre et un troisième le 25 –celui d’Alexeï Maslov, ancien chef des forces armées russes devenu le représentant militaire de son pays auprès de l’OTAN.

En moyenne, entre fin janvier et fin décembre 2022, un Russe appartenant à l’élite du pays est mort toutes les deux semaines dans des circonstances curieuses et/ou malgré sa santé de fer. Cette série de décès, dont on peut difficilement envisager qu’elle relève de la coïncidence, ressemble au point de départ d’un vaste film d’espionnage: aux quatre coins du globe, des hommes puissants, tous de nationalité russe, ont connu des morts diverses et variées –citons aussi, entre autres causes, l’empoisonnement au venin de crapaud et l’accident de bateau à moteur.

Le doute a visiblement mis du temps à se propager. Le 9 juillet 2022, une page Wikipédia intitulée «2022 Russian Businessmen Mystery Deaths» a été créée par un utilisateur anonyme pour recenser toutes les morts étranges survenues en Russie en 2022. En octobre, on a pu entendre le financier Bill Browder évoquer sur la chaîne américaine ABC ce qu’il décrivait comme une «épidémie de meurtres». Pour lui, pas d’hésitation: il y avait des contrats sur la tête de chacun de ces hommes.

De son côté, le professeur de sciences politiques Jeffrey Winters, de l’université d’Illinois, insiste sur le fait que la plupart des défunts étaient très riches, en très bonne santé, et qu’ils disposaient de gardes du corps et d’un personnel attentif: «Ce ne sont pas le genre de personnes qui tombent par mégarde dans les escaliers ou de leur fenêtre d’hôpital.»

Estimant que la liste de ces morts suspectes va encore s’allonger, Jeffrey Winters conseille de lorgner du côté de l’Arabie saoudite, de la Chine et de la Russie, «les seuls lieux où énormément d’oligarques ont été arrêtés, emprisonnés, ou sont morts dans des circonstances étranges». Pour le professeur de sciences politiques, cela ne fait d’ailleurs guère de doute: le dénominateur commun de cet ensemble de tragédies se nomme Vladimir Poutine.

«C’est un oligarque sultanesque, affirme-t-il, l’oligarque alpha en Russie. Il peut faire les puissants ou les broyer. Pour eux, il est à la fois un gage de sécurité et un danger.» Tout dépend si le président russe estime qu’ils sont avec ou contre lui.

Selon le professeur, l’élimination progressive de certains de ces Russes d’envergure est extrêmement logique: «L’une des façons que [Poutine] a de montrer son pouvoir est de faire des exemples en choisissant certains individus dans certains groupes. Cela rappelle aux autres qu’il est celui qui beurre leurs tartines et aussi celui qui peut tout leur enlever. C’est un motif très commun dans l’histoire de l’oligarchie.»

Moscou et les pays africains: Contre le colonialisme, la dictature !

Moscou et les pays africains: Contre le colonialisme, la dictature !

Il y a évidemment quelque chose de surréaliste en même temps que dramatique de voir des pays africains se soumettre à Poutine en raison de la lutte contre le néocolonialisme. En réalité une manière de conforter nombre de dictatures- comme en Russie- qui veulent cacher la mauvaise gestion de leur pays par une dictature renforcée. Et le soutien des troupes des criminels de Wagner comme garde nationale assurant la pérennité du pouvoir des dictateurs.

Il faut vraiment que ces pays soient tombés bien bas pour se jeter dans la gueule du loup russe qui en profite pour piller les ressources et entretenir une corruption qui nourrit la pauvreté et les inégalités.

Le président russe Vladimir Poutine a affirmé vendredi 28 juillet, au dernier jour du sommet Russie-Afrique à Saint-Pétersbourg, que Moscou et les pays du continent s’étaient engagés à promouvoir un «ordre mondial multipolaire» et à lutter contre le «néocolonialisme». «L’engagement de tous nos États à la formation d’un ordre mondial multipolaire juste et démocratique (…) a été réaffirmé», a déclaré Vladimir Poutine lors d’un discours de clôture, évoquant une «détermination commune à lutter contre le néocolonialisme» et les sanctions «illégitimes».

Russie: dictature numérique aussi

Russie: dictature numérique aussi

Sous la direction de trois universitaires et chercheurs, Françoise Daucé, Benjamin Loveluck, et Francesca Musiani, une équipe de spécialistes s’est penchée sur ce phénomène qui a conduit l’Etat russe à restreindre les libertés virtuelles au même titre que les libertés publiques. ( dans Le Monde)

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 a certes représenté une étape supplémentaire dans « l’enrôlement d’Internet au service de la politique belliciste » de Vladimir Poutine. Pour un message hostile à « l’opération spéciale » publié sur les réseaux sociaux, des dizaines de Russes ont été inquiétés ou condamnés à des peines de prison. Mais les auteurs démontrent que le tournant a été pris dès les années 2010, par le biais de « l’instrumentalisation du droit (…), l’autocensure et l’intimidation des fournisseurs d’accès Internet et téléphonique ». Créé en 2008, Roskomnadzor, l’organisme de supervision des communications, a vu ses prérogatives s’étendre rapidement : contrôle des contenus en ligne, blocage de sites, établissement d’une liste noire. En parallèle, le « RuNet », l’Internet russophone, s’est mué en « outil parmi d’autres du projet politique impérial des autorités russes (…), voire un outil du “cyberimpérialisme” ».

A l’interdiction de manifester s’est donc juxtaposée la reprise en main de l’outil numérique. Une démarche soutenue par la loi sur un « Internet souverain » adoptée en 2019, « dans le but officiel de protéger le pays contre des cyberattaques », et par la loi dite « contre Apple », l’année suivante, contraignant les opérateurs à préinstaller des applications de fabrication russe sur les smartphones. Il y eut bien une résistance numérique acharnée pour maintenir la fenêtre ouverte. L’opposant Alexeï Navalny et son réseau, en particulier, ont exploité toutes les failles de contournement pour diffuser des enquêtes sur la corruption des élites liées au régime. En janvier 2021, deux jours après l’arrestation de leur chef de file, les partisans de celui-ci publiaient encore une enquête, commentée par ses soins, sur un palais de Vladimir Poutine au bord de la mer Noire.

Mais, d’année en année, l’emprise de la propagande, au service du pouvoir, n’a cessé de progresser. L’entreprise privée Yandex, fleuron de l’industrie technologique russe, a perdu de son autonomie, en plus d’être concernée par les sanctions internationales. Lancé en 2004, le moteur de recherche Yandex News, l’équivalent de Google Actualités, fait aujourd’hui l’objet d’un encadrement strict de son système d’information. En décembre 2022, un proche du chef du Kremlin, Alexeï Koudrine, ancien président de la Cour des comptes, a d’ailleurs annoncé qu’il rejoignait la direction du groupe. Tout au long de l’ouvrage, la description de cet « autoritarisme numérique » est aussi précise qu’implacable. Un seul regret : il n’explore pas assez les échanges de procédés, pourtant nombreux, effectués avec la Chine de Xi Jinping.

Société et économie- la dictature de l’immédiateté

Société et économie- la dictature de l’immédiateté

L’accélération prise par nos sociétés avancées conduit à un nouveau rapport au temps qui génère un véritable diktat de l’immédiateté. Comment parvenir à s’arrêter pour regarder posément l’évolution ? Comment agir dans la profondeur lorsque toute possibilité de prendre du recul a disparu ? Comment innover en mesurant toutes les conséquences de ce que l’on produit ? Comment ne pas confondre vitesse et précipitation ? Par Alain Conrard, auteur de l’ouvrage Osons ! Un autre regard sur l’innovation, un essai publié aux éditions Cent Mille Milliards, en septembre 2020, CEO de Prodware Group et le Président de la Commission Digitale et Innovation du Mouvement des ETI (METI)​ ( dans la Tribune)

Depuis longtemps, machines et humains sont engagés dans une course de vitesse. Les premières ont d’abord été conçues pour tenter d’égaler la force et la précision des gestes des seconds. Après une longue période de maturation, cette mission a été accomplie en Europe à la fin du 19e siècle où l’on est passé d’une économie fondée essentiellement sur l’agriculture à une économie reposant sur la production industrielle mécanisée. Cette période a été l’occasion pour les machines, notamment avec la machine à vapeur, de non seulement égaler la force humaine, mais de la démultiplier considérablement. L’enjeu suivant a été d’égaler la qualité ainsi que la vitesse d’exécution des humains.

Une grande partie de l’industrie du 20e siècle s’est attelée à cette tâche. Il s’agissait de copier les gestes humains (mouvement et savoir-faire) pour les exécuter de façon plus rapide dans la perspective de la production en grande série. Longtemps à la traîne, les machines de plus en plus performantes élaborées par les humains ont comblé leur handicap de vitesse, tout en gagnant en précision et qualité. Cela a produit une inversion de courbes où le rapport hiérarchique a commencé à s’inverser : de copie augmentée de la force humaine, la machine s’est transformée en modèle à suivre. Le copieur a tellement réussi qu’il est devenu celui qu’il faut copier.

Désormais jouée, cette course de vitesse a pris un tour définitivement favorable aux machines avec la révolution digitale : les humains sont infiniment moins rapides. Ils sont désormais embarqués dans une logique de progrès qui passe par l’innovation, soumis à un rythme qui s’accélère sans cesse.

La vitesse de calcul, comme celle de prise de décision dont sont aujourd’hui capables les IA, dépasse l’imagination tant elle excède les normes humaines. Cette nouvelle frontière suppose de s’adapter aujourd’hui à des évolutions toujours plus rapides et toujours plus fondamentales qui bouleversent non seulement le réel, mais aussi les capacités d’adaptation.

Nous sommes désormais emportés dans un flux technologique qui, en même temps qu’il crée beaucoup de valeur, emporte tout sur son passage.

Il est extrêmement important de distinguer vitesse et accélération. Le numérique se caractérise en effet par une vitesse effrénée, mais aussi par une accélération inédite dans l’histoire – sans commune mesure avec celles des précédentes révolutions industrielles. Ainsi, notre capacité à pouvoir bénéficier de l’innovation se joue sur ces deux niveaux. Pour le bien comme pour le moins bien, l’innovation nous confronte tous à deux chocs : être capable d’accélérer vite (tout en supportant cette accélération) et de tenir la distance sur la vitesse atteinte.

Il s’agit dans le même temps, et avec chaque jour un peu moins de recul possible, de comprendre le mouvement de l’innovation et d’être capable de le réaliser. La capacité de renouvellement toujours plus rapide dont il est porteur est une force productrice de progrès, bien sûr. Pourtant, l’accélération continue pose de nombreuses questions à ceux qui sont concernés par l’innovation – c’est-à-dire en réalité tout le monde. Sans mesure, sans repos, sans déconnexion possible, tous soumis au diktat de l’immédiateté, nous sommes pris par une crainte permanente d’être dépassés : pour une entreprise, par ses concurrents, pour l’humanité, par les machines que nous avons créées. L’inquiétude sur les fulgurants progrès des IA illustre une telle crainte.

Quoi qu’il en soit, la difficulté est pour chacun de trouver le bon équilibre entre ce qu’il souhaite et sa capacité objective à prendre part à ce grand mouvement. Ainsi, même si tout le monde doit trouver ses marques par rapport à cette accélération et à cette vitesse, le principe de réalité doit rester une dimension à ne jamais perdre de vue, même si la promesse centrale de l’innovation est de transformer la réalité.

En fait, il est impératif de trouver le bon point focal de l’innovation. Et pour cela, cesser de confondre immédiateté et modernité, absence de distance et adhésion inconditionnelle, vitesse et précipitation. Soutenue par sa propre dynamique, l’accélération produit toujours plus d’accélération. Ce cadre génère un stress collectif où, pris dans l’impératif d’instantanéité, chacun se sent obligé d’agir dans le plus court laps de temps possible. Ainsi, se laisser entraîner par le flux accéléré de l’innovation risque de conduire progressivement à abandonner toute distance pour coller de façon irréfléchie à ce qui se fait. Or, si la vitesse d’adhésion ou de décision est devenue cruciale, la précipitation est toujours mauvaise conseillère. Il convient alors de rompre avec l’automatisme qui associe dans nos esprits sentiment d’urgence et efficacité.

Puisqu’on ne peut à soi seul ralentir l’accélération, on peut en revanche agir sur le rapport que l’on entretient avec elle pour en prendre la juste mesure. Ne pas se sentir emporté ni suivre aveuglément la cadence générale, mais trouver son propre rythme avec discernement : en accélérant ou en ralentissant en fonction de la situation concrète. Il est d’autant plus important de trouver le moyen de prendre son temps qu’on ne l’a pas : il faut trouver du temps à l’intérieur de l’accélération impulsée par l’innovation. De cette manière, prendre son temps ne veut pas dire le perdre, mais au contraire le décomposer pour le rendre profitable. Paradoxalement, prendre le temps de ralentir peut être la plus efficace façon d’accélérer.

L’adaptation requise par l’innovation est générale. Elle touche la vie des entreprises, mais aussi la vie quotidienne et intime. Elle concerne bien sûr les procédés et les organisations – en un mot : la technique -, mais elle impacte également les connaissances et la psychologie. S’adapter est donc une pratique multiforme qui suppose des changements radicaux sans avoir objectivement le temps de s’y adapter. Cette brutalité soudaine de l’évolution peut chez certains générer peurs ou freins ainsi que d’illusoires tentations de résister au mouvement. Pourtant, il est aujourd’hui vital pour chacun de développer l’agilité et la souplesse mentales exigées par l’adaptation. Cela revient à pouvoir tout remettre en question, et, simultanément, savoir accepter cette remise en question.

Il est donc devenu nécessaire de développer une pratique proactive de l’adaptation : plutôt que subir passivement son accélération ou saisir de façon moutonnière la moindre de ses manifestations (ce qui donne un sentiment souvent illusoire d’être de son temps), il faut accueillir l’innovation armé d’esprit critique. Ce qui signifie aller au-devant d’elle de façon éclairée, sans scepticisme outrancier, mais sans illusions ni attentes démesurées. C’est ainsi que l’on adapte l’innovation à ses besoins plutôt que de se mettre à son service en suivant sa logique sans la moindre prise de distance. Ceci est particulièrement vrai pour le monde de l’entreprise où le réglage de la bonne vitesse d’innovation et la coordination de celles et ceux qui doivent la mettre en œuvre sont décisifs.

Les ruptures engagées par la transformation digitale et par l’innovation en général sont en effet telles que les entreprises ne sont pas toujours à même de supporter la charge qu’elles représentent. Et ceci, aussi bien d’un point de vue financier qu’humain. L’adaptation proactive suppose alors pour un chef d’entreprise de savoir estimer la capacité des équipes et de la structure organisationnelle à mettre en œuvre les changements nécessaires. La participation des collaborateurs au changement est évidemment cruciale : sans adhésion ni implication, pas d’innovation. Imposée sans concertation ni mise en perspective des transformations qu’elle implique, une innovation est condamnée à l’échec là où le même projet bien coordonné, et bien synchronisé, adopté avec enthousiasme par les équipes en charge de le faire vivre pourra être une pleine réussite. Car bien sûr, la motivation des collaborateurs et leur fierté à incarner un projet d’innovation sont des dimensions essentielles.

Ainsi, l’adaptation proactive, celle qui est maitrisée et non pas subie, consiste en un équilibre subtil entre savoir tout changer – en acceptant la permanence de ce changement – et être capable de conserver ce qui compte vraiment. Dans le diktat de l’immédiateté, même si accélération et vitesse s’imposent de fait, doit-on les accepter sans réserve ? Et si on est obligé de le faire, cela doit servir à atteindre un meilleur état de société. Le diktat de l’immédiateté peut en effet s’accepter seulement si les effets positifs excèdent (et rendent supportables) la difficulté à tenir accélération et vitesse. Celles-ci doivent toujours produire un bénéfice supérieur aux problèmes qu’elles peuvent apporter. Et ceci est à considérer même au niveau de la santé, qu’elle soit physique ou psychique.

Compte tenu de la place qu’elle prend dans nos vies, l’accélération met en évidence de façon chaque jour plus criante la question de la responsabilité face à la logique de l’innovation. Individuelle autant que collective, cette responsabilité concerne aussi bien ceux qui créent l’innovation que ceux qui l’utilisent : il y a en effet une responsabilité devant les usages de l’innovation. Par la validation qu’ils donnent à telle ou telle innovation, les usacteurs (1) sont bien co-responsables de son développement. Ainsi, il s’agit de favoriser des comportements qui vont servir les bienfaits d’une innovation plus que ses potentiels méfaits.

Qu’ils soient innovateurs de produits, de services ou d’usages, les innovateurs ne peuvent désormais faire l’économie d’une réflexion permanente sur leurs pratiques. Les questions que commencent aujourd’hui à se poser les grands acteurs de l’IA – où se mêlent souvent questionnement éthique et opportunisme commercial – sont d’ailleurs révélatrices d’une prise de conscience de cette nécessité à ne pas laisser l’innovation se développer sans contrôle en suivant sa seule logique techno-économique. Il faut au contraire faire appel à la responsabilité individuelle au service du collectif.

Il est donc fondamental de conserver en cette matière comme en toute chose sa liberté de penser et son autonomie de jugement. En définitive, le diktat est en fait celui qu’on veut bien s’imposer. C’est ainsi qu’il est souhaitable de déterminer en permanence ce que j’appellerais une vitesse critique d’évolution qui optimise l’innovation au maximum tout en respectant des équilibres fondamentaux. Sans cela, l’innovation risque à terme de détruire le support censé l’accueillir.

(1) Notion que je développe dans mon livre Osons ! Un autre regard sur l’innovation, Paris, Editions Cent Mille Milliards, 2021.

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(*) Par Alain Conrard, auteur de l’ouvrage « Osons ! Un autre regard sur l’innovation », un essai publié aux éditions Cent Mille Milliards, en septembre 2020, CEO de Prodware Group et le Président de la Commission Digitale et Innovation du Mouvement des ETI (METI) (LinkedIn).

Politique-Poutine : Dictature et mafia

Politique-Poutine : Dictature et mafia

Au cours d’une enquête journalistique , la Britannique Catherine Belton décortique le fonctionnement du clan Poutine, entre mafia et autoritarisme.

Un seul exemple récent, la vente de vodka « Poutine » qui lui a rapporté un petit profit de 500 millions; sans parler évidemment de l’immense palais présidentiel personnel construit aux frais de la princesse NDLR

« Les hommes de Poutine. Comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’Ouest », de Catherine Belton. Talent Editions. (DR)
Un livre qui révèle la véritable nature du régime de Vladimir Poutine, le tsar qui a décidé d’entrer en guerre contre l’Ukraine et au-delà tout l’Occident. Celle d’un régime autoritaire qui rêve de grandeur pour la Russie et, en même temps, mafieux, les deux aspects se renforçant l’un et l’autre. Ensuite parce que cet ouvrage magistral se lit comme un thriller policier, avec ses espions, ses parrains, ses hommes d’affaires sibériens véreux, ses financiers genevois aux ordres, ses courtisans prêts à tout et ses traders de matières premières londoniens sans scrupule.

Dans une enquête époustouflante, de près de 600 pages, Catherine Belton ausculte le parcours de Vladimir Poutine et les hommes sur lesquels il s’est appuyé pour monter, s’installer au pouvoir et y rester. Cette journaliste britannique, ancienne correspondante à Moscou pour le « Financial Times », actuellement au « Washington Post », démonte le système Poutine, les relations de tutelle des oligarques, les réseaux d’influence, l’argent, qui passe d’ailleurs souvent par des places financières européennes, Londres et Genève en tête, grâce à des banquiers ayant pignon sur rue.

Au milieu des années 1980, le jeune Vladimir Poutine se retrouve officier du KGB à Dresde. Le lieu est important car la ville se situe dans un pays frontalier de l’Ouest et est moins surveillée que Berlin. Il est chargé de recruter des agents opérant de l’autre côté du rideau de fer et sa présence en Allemagne lui permettra de nouer des relations outre-Rhin dont Matthias Warnig, ancien de la Stasi, la police politique est-allemande et actuel patron de Nord Stream. L’effondrement de l’URSS le surprend et le choque. Mais d’autres agents du KGB envoyés à l’Ouest ont anticipé la fin de l’empire communiste et ont commencé à mettre en place des réseaux financiers pour recycler l’argent sale.

L’appartenance de Poutine au KGB est primordiale car les anciens services secrets soviétiques sont un clan. Et ce sont ses membres ainsi que ceux des services de sécurité – les siloviki, en russe – qui ont permis à Poutine de se retrouver bras droit du maire de Saint-Pétersbourg au début des années 1990, de prendre possession du très lucratif port de la ville par lequel transitent les hydrocarbures, en y évinçant le gang mafieux « propriétaire », puis d’intégrer l’entourage de Boris Eltsine et, enfin, d’apparaître comme le successeur de ce président, honni par les Russes. On les retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans l’entourage de Poutine, tels Igor Setchine, l’ancien vice-Premier ministre, ou Nikolaï Patrouchev, patron des services secrets, deux hommes qui ont connu le président à Saint-Pétersbourg.

Et depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000, à la tête du pays, tous ces ex du KGB, qui n’ont jamais digéré la fin de l’empire soviétique, s’emploient à amasser de l’argent et à « faire renaître la Russie impériale », comme l’explique Catherine Belton. Pour eux, la fin justifie les moyens. Accaparement des richesses du pays – secteur des matières premières en tête – avec l’aide de l’appareil d’Etat, corruption organisée de la justice, intimidations, emprisonnements, violence… tout est bon pour réussir.

Parallèlement, ces moyens et ceux de l’Etat russe sont aussi mis au service d’une autre cause : refaire de la Russie une puissance qui compte sur la planète après l’humiliation de la guerre froide. Et pour cela, il s’agit de miner les démocraties occidentales, d’acheter leurs élites – c’est le cas à « Londongrad » – et de financer ou d’aider tous ceux qui peuvent affaiblir l’Occident de l’intérieur. Les hommes du KGB excellent en la matière. Ils ont même été formés pour cela, Vladimir Poutine le premier.

Poutine : Dictature et mafia

Poutine : Dictature et mafia
Au cours d’une enquête journalistique , la Britannique Catherine Belton décortique le fonctionnement du clan Poutine, entre mafia et autoritarisme.

Un seul exemple récent, la vente de vodka « Poutine » qui lui a rapporté un petit profit de 500 millions; sans parler évidemment de l’immense palais présidentiel personnel construit aux frais de la princesse NDLR

« Les hommes de Poutine. Comment le KGB s’est emparé de la Russie avant de s’attaquer à l’Ouest », de Catherine Belton. Talent Editions. (DR)
Un livre qui révèle la véritable nature du régime de Vladimir Poutine, le tsar qui a décidé d’entrer en guerre contre l’Ukraine et au-delà tout l’Occident. Celle d’un régime autoritaire qui rêve de grandeur pour la Russie et, en même temps, mafieux, les deux aspects se renforçant l’un et l’autre. Ensuite parce que cet ouvrage magistral se lit comme un thriller policier, avec ses espions, ses parrains, ses hommes d’affaires sibériens véreux, ses financiers genevois aux ordres, ses courtisans prêts à tout et ses traders de matières premières londoniens sans scrupule.

Dans une enquête époustouflante, de près de 600 pages, Catherine Belton ausculte le parcours de Vladimir Poutine et les hommes sur lesquels il s’est appuyé pour monter, s’installer au pouvoir et y rester. Cette journaliste britannique, ancienne correspondante à Moscou pour le « Financial Times », actuellement au « Washington Post », démonte le système Poutine, les relations de tutelle des oligarques, les réseaux d’influence, l’argent, qui passe d’ailleurs souvent par des places financières européennes, Londres et Genève en tête, grâce à des banquiers ayant pignon sur rue.

Au milieu des années 1980, le jeune Vladimir Poutine se retrouve officier du KGB à Dresde. Le lieu est important car la ville se situe dans un pays frontalier de l’Ouest et est moins surveillée que Berlin. Il est chargé de recruter des agents opérant de l’autre côté du rideau de fer et sa présence en Allemagne lui permettra de nouer des relations outre-Rhin dont Matthias Warnig, ancien de la Stasi, la police politique est-allemande et actuel patron de Nord Stream. L’effondrement de l’URSS le surprend et le choque. Mais d’autres agents du KGB envoyés à l’Ouest ont anticipé la fin de l’empire communiste et ont commencé à mettre en place des réseaux financiers pour recycler l’argent sale.

L’appartenance de Poutine au KGB est primordiale car les anciens services secrets soviétiques sont un clan. Et ce sont ses membres ainsi que ceux des services de sécurité – les siloviki, en russe – qui ont permis à Poutine de se retrouver bras droit du maire de Saint-Pétersbourg au début des années 1990, de prendre possession du très lucratif port de la ville par lequel transitent les hydrocarbures, en y évinçant le gang mafieux « propriétaire », puis d’intégrer l’entourage de Boris Eltsine et, enfin, d’apparaître comme le successeur de ce président, honni par les Russes. On les retrouve d’ailleurs aujourd’hui dans l’entourage de Poutine, tels Igor Setchine, l’ancien vice-Premier ministre, ou Nikolaï Patrouchev, patron des services secrets, deux hommes qui ont connu le président à Saint-Pétersbourg.

Et depuis l’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin en 2000, à la tête du pays, tous ces ex du KGB, qui n’ont jamais digéré la fin de l’empire soviétique, s’emploient à amasser de l’argent et à « faire renaître la Russie impériale », comme l’explique Catherine Belton. Pour eux, la fin justifie les moyens. Accaparement des richesses du pays – secteur des matières premières en tête – avec l’aide de l’appareil d’Etat, corruption organisée de la justice, intimidations, emprisonnements, violence… tout est bon pour réussir.

Parallèlement, ces moyens et ceux de l’Etat russe sont aussi mis au service d’une autre cause : refaire de la Russie une puissance qui compte sur la planète après l’humiliation de la guerre froide. Et pour cela, il s’agit de miner les démocraties occidentales, d’acheter leurs élites – c’est le cas à « Londongrad » – et de financer ou d’aider tous ceux qui peuvent affaiblir l’Occident de l’intérieur. Les hommes du KGB excellent en la matière. Ils ont même été formés pour cela, Vladimir Poutine le premier.

Afrique : De la démocratie à la dictature militaire soutenue par les Russes !

Afrique : De la démocratie à la dictature militaire soutenue par les Russes !


L’Afrique est actuellement travaillée par le retour à la dictature qui permet aux militaires de reprendre le pouvoir et en même temps de mettre la main sur les richesses nationales. Un modèle soutenu souvent par les Russes qui ainsi peuvent déstabiliser une région très fragile sur le plan politique, économique et social tout en s’appropriant aussi les ressources potentielles. La démocratie pourrait être confisquée pendant longtemps avec les méthodes russes qui vont également aliéner les populations et accentuer la pauvreté ( comme en Russie). Cinq pays d’Afrique ont dernièrement connu des putschs militaires couronnés de succès. Dans aucun d’entre eux, le retour à l’ordre constituionnel n’est garanti, loin de là. Par Thierry Vircoulon, Université Paris Cité

Depuis 2020, une étonnante épidémie de putschs (cinq en deux ans) a frappé la zone comprise entre les 10e et le 20e parallèles nord, qui va du Soudan à la Guinée. De Khartoum à Conakry, des militaires ont pris le pouvoir entre 2020 et 2022 et entendent y rester. Niger mis à part, cette bande est ainsi devenue la « bande des juntes ».

Analyse d’une tendance qui, malgré les promesses des putschistes, n’annonce nullement l’avènement – ou la restauration – de la démocratie dans les pays concernés.
Putschs de guerre, putschs de paix et putsch consenti
Commençons par un bref rappel des événements.

• Au Mali, le 18 août 2020, le colonel Assimi Goïta a renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta, au pouvoir depuis 2013. En mai 2021, le colonel Assimi Goïta a démis et remplacé le président de la transition, Bah N’Daw.
• Au Tchad, le 21 avril 2021, le général Mahamat Déby a succédé avec l’appui d’un Conseil militaire de transition (CMT) à son père tué en pleine opération militaire.
• En Guinée, le 5 septembre 2021, le colonel Doumbouya a renversé le président Alpha Condé réélu depuis 2010.
• Au Soudan, le 25 octobre 2021, le général Abdel Fatah al-Burhane a fait un putsch au sein de la transition ouverte par la chute du régime d’el-Béchir en 2019 en mettant fin au gouvernement civilo-militaire et en arrêtant le premier ministre Hamdok, en poste depuis 2019.
• Au Burkina Faso, le 24 janvier 2022, le colonel Damiba a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré élu depuis 2015. En octobre 2022, le capitaine Ibrahim Traoré a démis et remplacé le lieutenant-colonel Damiba.

Bien que tous ces pays aient une longue histoire de pouvoirs militaires, il faut distinguer, dans cette succession de coups de force, les « putschs de guerre », les « putschs de paix » et le putsch consenti tchadien. Les premiers (Mali et Burkina Faso) sont motivés par la défaite progressive face aux groupes djihadistes et le mécontentement consécutif des militaires vis-à-vis du pouvoir civil.
Les noms que se sont donnés les putschistes au Burkina Faso (Comité national pour le salut du peuple, CNSP) et au Mali (Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, MPSR) illustrent leur motivation : prendre les rênes de la guerre pour sauver le pays face à ses ennemis.

Parmi ces cinq coups d’État, le Tchad est un cas particulier car il peut être qualifié de putsch consenti. En effet, il n’y a pas eu de renversement du pouvoir, mais une succession familiale anticonstitutionnelle dans laquelle l’oligarchie militaire a joué un rôle-clé.

Après le décès inattendu du président Déby, le président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi a renoncé à être président par intérim comme le prévoyait la Constitution, au profit d’un des fils de Déby et d’un groupe de généraux (Conseil militaire de transition, CMT). Dans la mesure où les protestations ont été minoritaires et vite réprimées, la succession militaro-dynastique a été consentie par la majorité de la classe politique, y compris des figures historiques de l’opposition.

Quant aux « putschistes de paix » (Guinée, Soudan), ils ont – de même qu’au Tchad – pris le pouvoir pour préserver des intérêts, avant tout ceux de l’armée. Au Soudan, la transition prenait une direction dangereuse pour l’oligarchie militaire, le comité de démantèlement du régime d’Omar el-Béchir commençant à s’intéresser de près à son empire économique. Le putsch a donc mis un coup d’arrêt à la « débachirisation » du pays et s’est traduit par le retour aux affaires de plusieurs fidèles d’el-Béchir.

Au Tchad, le demi-putsch visait la conservation du pouvoir par le groupe militaro-clanique qui soutenait Idriss Déby. En Guinée, si le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a justifié son putsch par la nécessité de « fonder une nation et de bâtir un État », il représente aussi et surtout des intérêts particuliers à l’intérieur des forces de sécurité. Dans ces trois pays, des mesures salariales en faveur des forces de sécurité ont d’ailleurs rapidement été ordonnées par les nouveaux dirigeants.

Ces juntes ne sont pas uniformes. En revanche, elles ont toutes la même stratégie pour résister à un retour rapide à l’ordre constitutionnel, qui est une demande à la fois interne (partis politiques, organisations de la société civile) et externe (Cédéao, Union africaine, UE, ONU, etc.).

Les juntes font des concessions cosmétiques et gagnent du temps en retardant l’application du schéma habituel de retour à l’ordre constitutionnel. Élaboré au fil des nombreuses transitions en Afrique (Tchad 1993-1997, République démocratique du Congo 2003-2006, Centrafrique 2014-2016, etc.), ce schéma prévoit l’inéligibilité des dirigeants des gouvernements de transition et trois étapes politiques :
• Un dialogue national. Il permet généralement de créer un consensus sur les principes de la future Constitution et de l’organisation des élections.
• Une nouvelle Constitution. Elle est généralement validée par un référendum.
• Des élections présidentielle et législatives. La mise en place d’un gouvernement et d’un Parlement élus au suffrage universel clôture la transition.
Pour l’heure, seules les autorités maliennes, tchadiennes et guinéennes ont franchi la première étape. Encore ont-elles mis un an pour organiser un dialogue national qui a été en partie boycotté et qui a abouti, au Tchad, à une répression violente.

Au Soudan, la tentative d’organiser un dialogue entre militaires et civils a échoué au printemps 2022 pour réussir en décembre. Dans tous les pays, les putschistes ont refusé l’idée d’une transition courte (entre six et dix-huit mois selon les pays) voulue par la Cédéao et l’UA. La perspective d’élections en 2022 s’est donc rapidement éloignée et, après de longues négociations, les pouvoirs putschistes ont fini par accepter une transition en deux ans.

Théoriquement, toutes ces transitions militaires devraient donc s’achever par des élections en 2024. Si cette date est respectée, seul le Burkina Faso aura connu une transition de deux ans, et les autres putschistes seront restés au pouvoir trois ou quatre ans avant l’échéance électorale. Ils auront donc réussi à imposer des transitions longues, décrocher quelques années de pouvoir et, pour certains d’entre eux (Tchad, Mali, Soudan), refuser le principe de l’inéligibilité des dirigeants des juntes aux prochaines échéances électorales. Dans ces trois pays, l’installation des putschistes aux commandes du pays pendant plusieurs années et la possibilité de se présenter aux élections ne laissent guère de doutes sur leur intention de conserver le pouvoir après la transition.
En outre, quelques concessions secondaires des juntes permettent d’atténuer les pressions internes et externes. En supprimant le CMT à la fin 2022, Mahamat Deby a donné la fausse impression d’une démilitarisation de la transition et, avec l’accord de décembre 2022, le général Abdel Fatah al-Burhane rend possible le retour à un gouvernement civilo-militaire de transition au Soudan en 2023.

Même si les juntes promettent toutes le retour à l’ordre constitutionnel, le chemin de la transition est semé d’embûches.
Les élections sont hypothéquées au Mali et au Burkina Faso par la situation sécuritaire. Tant qu’une majeure partie du territoire national restera inaccessible aux forces armées et aux fonctionnaires, organiser des élections et mener une campagne électorale sera irréaliste. Le Soudan, où les conflits se multiplient dans un climat politique confus, peut aussi être forcé de reporter les élections pour des raisons d’insécurité.

Par ailleurs, outre l’assaut de rébellions agressives, deux menaces planent sur ces transitions militaires : le putsch dans le putsch (comme ceux qui ont eu lieu au Mali en mai 2021 et au Burkina Faso en octobre 2022), et la contestation populaire.

D’autres coups de force entre militaires sont envisageables car l’appareil sécuritaire des cinq juntes considérées est travaillé par des rivalités de groupes et de personnes que le marasme sécuritaire et économique ne fait qu’accentuer. Pour les putschistes, l’état de grâce a été de courte durée car leur base sociale est réduite, la situation socio-économique s’aggrave et, au Mali et au Burkina Faso, les juntes sont incapables de concrétiser leur promesse de retour de la sécurité.

L’acceptation populaire des juntes étant essentiellement fondée sur le discrédit des pouvoirs précédents et l’espoir d’une amélioration sécuritaire et socio-économique, le désenchantement peut aisément se transformer en mobilisations contestataires. Alors qu’en Guinée le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) interdit en août 2022 exprime le désenchantement vis-à-vis de la junte, qu’au Soudan les comités de résistance ayant fait tomber le régime d’el-Béchir restent mobilisés contre le pouvoir militaire et qu’au Mali la junte est ouvertement critiquée, le gouvernement de transition tchadien a déjà été menacé par la rue et par des militaires mécontents.

Enfin, si les juntes réussissent à se maintenir, elles organiseront des élections dans des scènes politiques nationales sinistrées. Dans ces cinq pays, la société civile est épuisée et affaiblie, la classe politique est discréditée, l’opposition est incapable de s’unir et peine à se renouveler, et le paysage politique est fragmenté à l’extrême (le Tchad, le Burkina Faso et la Guinée comptent chacun environ 200 partis). Les élections prévues en 2024 se joueront entre des forces politiques probablement divisées, à court de moyens et d’idées et face à des électeurs appauvris et mécontents.
Pour les putschistes qui sont au pouvoir et entendent y rester, ces scrutins constitueront l’occasion idéale d’être légitimés par les urnes – même en recourant à la fraude électorale. Alors qu’en Afrique de l’Ouest, les transitions des années 1990 ont ouvert la voie vers la démocratie, les transitions militaires actuelles inaugurent une nouvelle période d’instabilité et risquent fort d’aboutir à des régimes pseudo-civils où les militaires conserveront plus ou moins discrètement l’essentiel du pouvoir.
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Par Thierry Vircoulon, Coordinateur de l’Observatoire pour l’Afrique centrale et australe de l’Institut Français des Relations Internationales, membre du Groupe de Recherche sur l’Eugénisme et le Racisme, Université Paris Cité
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Urgence écologique oui, dictature verte non

Urgence écologique oui, dictature verte non


D’après un sondage de l’IFOP demandé par la Tribune, 83% des Franciliens se disent inquiets du réchauffement climatique et révèlent une conscience forte de la nécessité de s’y adapter. Ce chiffre qui correspond à la moyenne nationale est plus particulièrement élevé chez les moins de 25 ans, la génération Climat dont 43% sont affectés par le phénomène de l’éco-anxiété.

77% des Franciliens considèrent en novembre 2022 que ces pollutions augmentent (40% beaucoup, en particulier dans Paris intra muros, signe d’une inefficacité, au moins dans les quartiers périphériques et de délestage, du plan de circulation de la Mairie de Paris).

Selon l’IFOP, un sentiment de fatalisme règne chez les Franciliens selon qui le réchauffement climatique est un phénomène qui s’accélère (91%), selon qui les élus locaux devraient agir davantage et avec plus d’efficacité (86%).

73% des Franciliens considèrent que l’Etat demande trop d’effort aux plus pauvres et pas assez aux plus riches. Les deux tiers sont résignés à un changement climatique jugé inéluctable pour lequel il n’y a pas de solution (58%). Assez inquiétant, on trouve 36% des Franciliens climato-sceptiques selon qui le phénomène est exagéré par les médias.

Fracture sociale et fracture écologique vont de pair : 51% des Franciliens ont aussi le sentiment de « faire plus d’efforts que les autres » : un sentiment majoritaire chez les Parisiens, les écologistes, les jeunes et… les plus modestes et les pauvres, ainsi que chez les convertis, de gré ou de force, à la petite reine…

Côté solutions, l’IFOP mesure un degré d’acceptation plus fort de l’idée que fin du monde et fin du mois sont compatibles, pour 60% des sondés, seuls 23% jugeant que la priorité doit être donnée au pouvoir d’achat sur la transition écologique. Reste à voir si cela demeurera vrai en début d’année avec la probable poussée des prix de l’alimentation et de l’énergie.

Les mesures prioritaires à mettre en place sont en numéro 1 la rénovation thermique des bâtiments, une urgence alors que 39% des émissions proviennent de cette source et que les règles de diagnostic énergétique vont mettre la pression sur les travaux, encore très en retard. En 2, l’accélération de la transition écologique de l’industrie, en 3 le développement accru des espaces verts, la végétalisation pour lutter contre les îlots de chaleur en ville. La réduction de l’usage des véhicules thermiques et le passage à la motorisation électrique n’est cité qu’en numéro 4 tout comme la limitation de l’usage de l’avion. Le bio, sans doute un effet de la baisse du pouvoir d’achat, ne vient qu’en 6ème position alors que les ventes s’effondrent.

Les Franciliens, qui vivent à la fois des embouteillages et des retards du RER, plébiscitent évidemment le développement du rail en alternative à la route autant que possible. 90% jugent que c’est la priorité des années à venir. En deuxième position, 85% privilégient le recul du recours aux pesticides d’ici à 2030, 83% le doublement du parc d’énergies renouvelables. Pour rendre juste et efficace la transition écologique, les Franciliens attendent aussi plus d’aides de l’Etat pour que les ménages les plus précaires rénovent leur logement (78%), 62% que les propriétaires soient contraints de le faire avant une vente et 61% sont pour la limitation de l’accès des véhicules les plus polluants en ville. Seuls 55%, une courte majorité, veulent que les trajets en avion soient plus taxés. Moins de la moitié, 47% sont favorables à l’interdiction de la vente des véhicules diesel, essence et hybrides neufs en 2035, comme le propose l’Union européenne. Il y a donc du travail de conviction à faire, relève François Legrand de l’IFOP, en particulier sur les aides pour le passage aux motorisations électriques.

Les Franciliens font confiance aux entreprises notamment aux plus grandes pour faire avancer les choses en matière de lutte contre le réchauffement, à 86%, presque à égalité avec l’Etat et l’UE (85% et 83%). Les citoyens eux même, la métropole du Grand Paris sont mis en avant alors que la Ville de Paris n’intervient qu’en dernière position à 74%.

74% des Franciliens pensent que l’utilisation moindre de la voiture individuelle en Île-de-France est une bonne chose mais attention au retour des Gilets Jaunes, car un quart, les plus modestes, sont opposés .

L’adhésion à court terme à l’interdiction des véhicules diesel de l’aire urbaine francilienne via la mise en œuvre des amendes dans la ZFE divise les Franciliens. Seuls 17% sont très favorables, 38% favorables et 45% sont opposés, dont 18% sont irréductiblement contre. Là encore, les irréductibles de la voiture des départements les plus ruraux sont très opposés ainsi que les seniors et les retraités.Conclusion urgence écologique oui, la dictature verte non.

Poutine et Xi Jinping : Objectif étendre le champ de la dictature dans le monde

Poutine et Xi Jinping : Objectif étendre le champ de la dictature dans le monde
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Docteur et agrégé d’histoire, Florian Louis Souligne l’extension du champ de la dictature dans le monde l’influence Poutine et Xi Jinping ( Le Figaro, extrait)
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L’ouvrage que vous avez coordonné avec Nicolas Beaupré conteste d’entrée de jeu l’idée d’un XXe siècle «court», qui se finirait avec la chute du mur de Berlin en 1989. À ce titre, la guerre en Ukraine ravive-t-elle les enjeux du XXe siècle?

Florian LOUIS. – Elle nous oblige en tout cas à envisager ce siècle d’un œil nouveau en remettant en question l’idée que l’Union soviétique l’aurait entraîné dans sa chute. Force est en effet de constater que, contrairement à ce que d’aucuns avaient pu penser sur le moment, non seulement l’Histoire ne s’est pas arrêtée à l’orée des années 1990, mais que nombre des forces qui l’avaient mue au XXe siècle ont survécu à cet effondrement et ont même gagné en intensité du fait de celui-ci. Plutôt que de considérer que la disparition du bloc soviétique a clos en 1991 un «court XXe» siècle inauguré en 1914 ou en 1917, on peut donc aller jusqu’à avancer que ce sont les dynamiques – résumées dans la trilogie capitalisme, nationalisme, mondialisation – d’un «très long XXe siècle» qui plonge ses racines avant même les années 1900, qui ont colmaté la brèche soviétique qui l’a un temps fêlé. Quant à savoir si ce XXe siècle est à présent clos ou si la guerre d’Ukraine le «ravive», nous manquons encore de recul pour le déterminer. De toute évidence, certaines de ses braises demeurent en tout cas promptes à générer de nouveaux incendies.
L’imaginaire de la guerre froide a ressurgi plusieurs fois à la faveur de ce conflit…

Ces fréquentes références à la guerre froide servent tout autant à nous rassurer en ramenant l’inconnu de l’Histoire en train de se faire au connu de l’Histoire qui a été, qu’à nous alarmer en faisant resurgir le spectre d’une apocalypse nucléaire. De même qu’une Seconde Guerre mondiale éclata quelques décennies après la fin de la première au point de faire rétrospectivement apparaître la séquence 1918-1939 comme une simple trêve, il est tentant d’imaginer que nous vivrions, après trois décennies de latence, l’éclosion d’une seconde guerre froide. Cette lecture peut toutefois nous aveugler en nous conduisant à chercher dans le passé des solutions à des problèmes qui, pour présenter d’apparentes similitudes avec ceux du XXe siècle, n’en sont pas moins très différents. En premier lieu, il convient de rappeler que la guerre froide n’était pas seulement un affrontement rendu nécessairement indirect et précautionneux par la crainte de destruction mutuelle que faisaient peser les arsenaux nucléaires de ses principaux protagonistes. C’était aussi et surtout une confrontation entre deux – puis trois avec l’émancipation maoïste – modèles antagoniques à vocation universelle.

Faute de pouvoir dominer le monde, la Russie et la Chine cherchent à le fragmenter pour le transformer en une mosaïque d’entités de moindre envergure plus aisément contrôlables par elles.

Or ni la Russie de Poutine ni la Chine de Xi ne font aujourd’hui preuve d’une telle ambition universaliste. Poutine n’a pas plus la prétention de russiser le monde que Xi n’envisage de le siniser. Ce qu’ils cherchent, c’est plutôt à le partitionner en s’y taillant chacun une large sphère d’influence à l’intérieur de laquelle ils pourraient régner comme bon leur semble à l’abri de toute supervision supranationale. Là où l’URSS disputait aux États-Unis le contrôle de l’universel, la Russie et la Chine d’aujourd’hui, bien conscientes de leur incapacité à s’en emparer, s’essaient plutôt par dépit à le briser. Faute de pouvoir dominer le monde, elles cherchent à le fragmenter pour le transformer en une mosaïque d’entités de moindre envergure plus aisément contrôlables par elles. Ce renoncement à l’universel explique en retour pourquoi ni la Russie ni la Chine ne jouissent de la force d’attraction dont a pu un temps disposer l’URSS: une «grande obscurité» qui ne fait rêver personne s’est substituée à la «grande lueur à l’Est» dont parlait Jules Romains. Le «rêve chinois» de Xi Jinping n’est pas l’American Dream et ne me semble pas prêt à le supplanter.


La Russie vous semble-t-elle hantée, à titre symbolique, par un XXe siècle qu’elle peine à digérer?

Vladimir Poutine est assurément mû par un désir de revanche sur l’histoire récente de son pays qui explique son obsession à vouloir tout à la fois la réécrire et la corriger. La réécrire d’abord en imposant un récit national biaisé qui ne retient du XXe siècle que ce qui l’arrange – la contribution décisive de l’URSS à la défaite du nazisme – et passe sous silence ce qui le dérange – le pacte germano-soviétique, le Goulag –. La corriger ensuite en tentant de revenir par la force sur son legs. C’est ainsi que sept mois avant de se lancer dans l’invasion de l’Ukraine en février 2022, le président russe s’était fendu d’un long essai historique ratiocinant sur «l’unité historique des Russes et des Ukrainiens» censé la justifier. Mais le pouvoir a beau faire taire les voix dissidentes comme l’ONG Mémorial, tous les Russes ne sont pas dupes et nombreux sont ceux qui perçoivent cette guerre pour ce qu’elle est: une fuite en avant belliciste censée laver a posteriori l’affront de la chute de l’URSS. D’autant que ce n’est pas la première fois que leurs dirigeants réagissent de la sorte. Déjà au lendemain de la défaite que leur avaient infligée les Français et les Britanniques en 1855 lors de la guerre de Crimée, les tsars avaient cherché à redorer leur blason en conquérant l’Asie centrale et l’extrême Orient où, à leur grande stupéfaction, leurs troupes finirent par se trouver confrontées – comme c’est aujourd’hui le cas en Ukraine – à un adversaire plus coriace que prévu, en la personne des Japonais.
Suite dans le Figaro

Nicolas Beaupré et Florian Louis, Histoire mondiale du XXe siècle, Presses Universitaires de France, septembre 2022, 800 pages, 39 € Presses Universitaires de France

Iran : colère contre la dictature et la situation économique

Iran :  colère contre la dictature et la situation économique

 

 

Afin de mieux comprendre la portée de cette nouvelle explosion de colère, franceinfo a interrogé l’historien Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran et chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grips).

 De grandes manifestations ont déjà secoué l’Iran fin 2017 et plus récemment en 2020, avec des motifs principalement économiques. La mort de Mahsa Amini ( Provoquée par la police parce que l’intéressé portait mal le voile !) peut-elle pousser davantage les Iraniens dans les rues ?

Jonathan Piron : Les événements étant en cours, il est encore très difficile de savoir si cela va s’apparenter à un véritable soulèvement dans l’ensemble du pays. Mais il y a du neuf par rapport aux précédents mouvements protestataires. Cette mobilisation semble vraiment toucher différentes catégories de la population, dans une expression de rage et de colère qui n’est pas seulement dirigée contre une politique qui est mise en place par le régime iranien, par exemple la hausse des prix des carburants…

Ici, c’est vraiment l’expression d’un manque, d’une vraie colère contre les symboles même du régime de la République islamique, que sont notamment la question du port du voile et les instruments de répression et de contrôle. Ces derniers existent évidemment depuis les origines de la République islamique, mais ils ont été vraiment réactivés depuis l’accession au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, en août 2021.

Quels milieux manifestent d’habitude en Iran ? Retrouve-t-on les mêmes profils que lors des derniers mouvements populaires ?

Tout dépend des logiques protestataires. En 2020, à Téhéran, c’étaient tous ceux qui dépendaient de l’économie informelle, sans protection face à la montée des prix de l’essence. En 2021, dans le sud du pays, c’étaient surtout les agriculteurs qui se mobilisaient pour réclamer un meilleur partage de l’eau. Souvent, le régime essaye de mettre un couvercle sur les protestations, en aidant certains groupes et pas d’autres. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas.

Les Iraniens sont épuisés par des années de sanctions, par la pandémie, et par la crise économique qui s’aggrave depuis le retrait américain [de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018] et les nouvelles sanctions. La classe moyenne se rapproche de la classe précaire, et ça va être difficile pour le régime de les opposer l’une à l’autre.

La colère populaire est très visible sur les réseaux sociaux en Iran, malgré la censure. Comment cela fonctionne-t-il ?

A part Instagram, qui reste menacé, la plupart des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube, Twitter sont interdits en Iran. Ce qui relève d’une grande hypocrisie quand on sait que les grands responsables du régime, dont l’ayatollah Ali Khamenei, communiquent régulièrement sur Twitter. Mais la population y a tout de même accès en utilisant des moyens de contournement, comme des VPN [un logiciel qui permet de naviguer sur internet de manière anonyme]. Le partage d’information se fait principalement sur WhatsApp et Telegram, où les vidéos des manifestations se propagent pour l’instant.

Pour moi, ces images ont une certaine force parce qu’elles ont un impact dans les mentalités. Elles montrent justement des personnes se rassembler, brûler leur voile en public, se couper les cheveux… Ça entraîne la mise en place d’un nouveau répertoire de contestation, ça montre qu’on peut le faire. Il y a une espèce de chape de plomb qui se brise avec la transmission de ces images.

Quel schéma le régime pourrait-il suivre face à cette contestation populaire ?

Pour le moment, il y a une forme d’attentisme, même si la répression a déjà été très violente par endroits. Ce sont d’abord les villes, les centres urbains et les campus universitaires qui sont en train de bouger. Surtout dans le Kurdistan, qui est la région d’origine de Mahsa Amini.

« Habituellement, le régime coupe internet afin d’étouffer la mobilisation. Cela peut durer un ou plusieurs jours, le temps que le pouvoir agisse sans que les images des violences ne circulent et ne nourrissent la colère de la population. »

 

Il s’agit vraiment de tirer le rideau sur la manière dont le régime va réprimer les Iraniens et finalement éteindre toute velléité de protestation.

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