Archive pour le Tag 'Développement'

Le développement de la filière française des minis centrales nucléaires

Le développement de la filière française des minis centrales nucléaires

 

 

La technologie n’est pas nouvelle et de nombreux projets et réalisations existent dans le monde notamment aux États-Unis et pas seulement.  (source Wikipédia)

 

Sur la base de concepts en réflexion préliminaire et étude depuis les années 2005/2010 chez TechnicAtome, les études d’ingénierie préliminaires ont été lancées en 2018 d’un projet de 150 à 170 mégawatts électriques, développé par EDF, TechnicAtome, Naval Group et le CEA. Ce petit réacteur modulaire dénommé « NUWARD », projet porté par un consortium réunissant EDF, le CEA, TechnicAtome et Naval Group, a été présenté le 17 septembre 2019 à la conférence générale annuelle de l’AIEA. La technologie/filière de base est celle (classique et éprouvée) des réacteurs REP, très compacts et modulaires. Cependant le concept comporte des innovations importantes en termes de sûreté passive (sans sources électriques) et de simplifications d’exploitation.

Le produit proposé à l’exportation est une petite centrale de 340 MWe composée de 2 réacteurs identiques de 170 MW. EDF et ses partenaires comptent soumettre en 2022 un premier dossier d’option de sûreté à l’Autorité de sûreté nucléaire et finaliser en 2026 l’ensemble du design et les spécificités techniques de cette nouvelle centrale, en vue d’une entrée sur le marché entre 2035 et 2040. Le projet vise avant tout le marché à l’export, mais EDF discute avec les pouvoirs publics pour installer au préalable un démonstrateur en France.

Développement du tourisme spatial: à quels coûts ?

 

 

Un article dans l’OPINION de Roland Lehoucq, chercheur en astrophysique au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Emmanuelle Rio, enseignante-chercheuse en physique à l’université Paris-Saclay et François Graner, biophysicien et directeur de recherche CNRS à l’université de Paris.(extrait)


Alors que Richard Branson et Jeff Bezos ont réalisé cette année un aller-retour pour toucher l’espace du doigt, SpaceX et ses quatre touristes vient tout juste de rentrer sur Terre, allongeant encore la liste des touristes de l’espace.

En septembre 2018, le milliardaire japonais Yusaku Maezawa a acheté à Elon Musk les services du système Starship de son entreprise SpaceX pour un voyage autour de la Lune, à partir de 2023. On ignore le montant de l’addition, mais il est probablement colossal.

Entre 2001 et 2009, huit billets pour embarquer en compagnie d’astronautes à bord du vaisseau russe Soyouz ont été vendus. Direction la Station spatiale internationale, la fameuse « ISS ». Un aller-retour entre 20 et 35 millions de dollars par personne – ce qui représente le budget quotidien d’une quinzaine de millions d’humains vivant au seuil de pauvreté international.

Au-delà de l’obscénité d’une opération visant à satisfaire le rêve d’un seul individu, ces excursions ancrent l’idée que l’espace est une marchandise. Elles consomment aussi matière et énergie et ont des conséquences environnementales qui augmenteraient considérablement si ce tourisme spatial devait faire l’objet d’un commerce plus large.

Tentons donc d’en chiffrer les conséquences en distinguant les vols un peu polluants, mais très nombreux, les vols moyennement polluants et assez nombreux, et les vols extrêmement polluants, mais peu nombreux.

La propulsion hybride du SpaceShip Two ne produit pas que du CO2. Le vaisseau crache aussi des suies, résultant de la combustion incomplète d’un mélange de protoxyde d’azote (N2O) liquide et d’un dérivé solide du polybutadiène hydroxytéléchélique. Un article scientifique de 2010 a estimé que 1 000 vols suborbitaux par an produiraient de l’ordre de 600 tonnes de suies, qui, en restant à peu près dix ans en suspension dans la stratosphère, entre 30 et 50 kilomètres d’altitude, contribueraient à modifier le climat à l’échelle de la planète entière – même si tous les tirs partaient d’un même endroit. Par comparaison, l’aviation civile paraîtrait presque propre : elle émet plus de suies au total, 7 200 tonnes par an, mais à des altitudes de l’ordre de 10 kilomètres, ce qui réduit leur durée de suspension et permet leur lessivage par les pluies.

Continuons en passant à l’échelle supérieure. Depuis 2009 et la mise en service des modules scientifiques européen et japonais, l’équipage des expéditions vers l’ISS est passé à six astronautes des pays l’ayant financé. Cette obligation ne laissa plus aucune place pour un passager privé et l’agence spatiale russe a interrompu les vols touristiques.

Mais les vols vers l’ISS pour ultrariches vont reprendre à l’initiative de la société Space Adventures (qui vend aussi des vols en apesanteur). Après des années d’absence, les États-Unis ont en effet retrouvé leur capacité à envoyer des humains dans l’espace suite au succès du vol de qualification de la capsule Crew Dragon lancée par SpaceX en mai dernier. Space Adventures en a profité pour récupérer deux places libres dans les vols Soyouz russes, tout en annonçant un partenariat avec la société SpaceX.

Le prix d’un tel vol sera autour de 100 millions de dollars. À un tel tarif, pour réaliser le rêve d’Icare (attention, il se termine mal), il faut sans doute faire partie des 11 000 personnes possédant plus de 250 millions de dollars ou peut-être gagner un lot de la télé-réalité. Il reste ensuite à passer les tests d’aptitude physique au vol spatial, notamment pour s’assurer que l’organisme du passager pourra supporter l’accélération du décollage.

Les 119 tonnes de kérosène raffiné utilisées par le premier étage de la fusée Falcon 9 produisent, lors de leur combustion contrôlée, une énergie comparable à celle dégagée par la récente explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et ses environs : l’équivalent de 1 220 tonnes de TNT.

D’après le rapport d’évaluation environnementale de la Falcon 9, le vol complet, avec récupération de la capsule habitée grâce à des navires spécialisés et un hélicoptère, émettra 1 150 tonnes de CO2, l’équivalent de 638 ans d’émission d’une voiture moyenne parcourant 15 000 km par an. Bien plus qu’un chassé-croisé de vacanciers sur l’autoroute ! À raison de quatre passagers par vol, cela fait près de 290 tonnes de CO2 par passager. Autrement dit, un touriste en orbite vaut 65 touristes suborbitaux et presque 160 années d’émission d’une automobile…

Un vol autour de la Lune comme celui que projette Maezawa est bien sûr encore réservé à des milliardaires, qui sont déjà plus de 2 000 et dont le nombre croît constamment. Le vaisseau Starship, à bord duquel s’effectuera le voyage, est le second étage de la fusée Super Heavy, le lanceur orbital super-lourd et réutilisable développé par SpaceX. Le dernier rapport environnemental de ce lanceur indique que l’ensemble Starship/Super Heavy produit la bagatelle de 3 750 tonnes de CO2 à chaque vol. Le projet DearMoon prévoyant d’embarquer de 6 à 8 personnes, cela conduit à des émissions individuelles comprises entre 470 et 625 tonnes de CO2. Chacun grille ainsi en un voyage de quelques jours le « budget CO2 » annuel de plusieurs centaines de personnes. Mais cela reste inférieur aux 1 630 tonnes de CO2 émises annuellement par Bill Gates pour ses déplacements en jet privé…

Nous vous épargnons, sans doute à tort, le coût en CO2 de la construction des pas de tir. C’est du béton, et aussi beaucoup d’emprise en termes de surface occupée. Si à Roissy, l’aéroport occupe environ le tiers de la superficie de Paris intra-muros (32 km2), il le fait pour plus de 470 000 mouvements d’avions par an et près de 70 millions de passagers. Par comparaison, les vols suborbitaux prévus par Virgin Galactic doivent partir du Spaceport America au Nouveau-Mexique, dont la superficie de 73 km2 ne servira tout au plus qu’à 1 000 vols par an.

Nous vous épargnons aussi les conséquences environnementales de l’extraction, du transport et de la transformation des matériaux de haute qualité, l’acier ou l’aluminium par exemple, nécessaires pour fabriquer la masse totale des fusées, et dont l’ensemble ne sera pas totalement récupéré.

Les 1% les plus riches sont responsables de deux fois plus d’émissions que la moitié la plus pauvre de l’humanité. Après leurs yachts privés et leurs avions d’affaires, les lubies spatiales de ces (ultra)riches entretiennent l’illusion de toute-puissance à l’origine des graves dérèglements de la biosphère terrestre. Si des économies d’échelle dues aux améliorations techniques rendaient le tourisme spatial accessible ne serait-ce qu’aux classes supérieures, ces inégalités seraient encore amplifiées, ajoutant aux dégradations provoquées par nos sociétés en général et par le tourisme de masse en particulier.


Auteurs : Roland Lehoucq, chercheur en astrophysique au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Emmanuelle Rio, enseignante-chercheuse en physique à l’université Paris-Saclay et François Graner, biophysicien et directeur de recherche CNRS à l’université de Paris.

Cet article avait été initialement par The Conversation sous licence Creative Commons le 24 septembre 2020. Il a été mis à jour après le vol spatial de Richard Branson et avant celui de Jeff Bezos

Apprentissage : pour un développement dans l’enseignement supérieur

Apprentissage : pour un  développement  dans l’enseignement supérieur 

À l’image de ce qui se pratique en Allemagne, les présidents des fédérations de l’assurance, Florence Lustman, de la banque, Nicolas Théry et des entreprises de high-tech, Laurent Giovachini affirment, dans une tribune au « Monde » que le développement de l’apprentissage dans les universités et grandes écoles permet de lutter efficacement contre les inégalités sociales et territoriales.

 

Tribune. 

Avec près de 500 000 contrats signés dans le secteur privé en 2020, soit une hausse de 40 % par rapport à 2019, l’apprentissage connaît un décollage sans précédent en France et s’impose durablement dans le paysage de la formation. Il s’agit d’une réussite de politique publique majeure, issue de la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018 et fortement portée par les efforts communs des entreprises et des établissements d’enseignement.

Plus encore, l’accélération de l’apprentissage dans les formations de l’enseignement supérieur favorise leur démocratisation pour briser le plafond de verre des classes et territoires moins favorisés. Les métiers de l’assurance, de la banque, du conseil, de l’ingénierie et du numérique – qui représentent environ 1,7 million de salariés en France et 60 000 jeunes en alternance – ont ainsi triplé en dix ans le nombre d’alternants des formations de niveau Bac + 4/5.

 

L’apprentissage constitue aujourd’hui le tremplin le plus efficace vers la vie active. En valorisant une pédagogie qui intègre les réalités de l’entreprise et met en avant les compétences humaines et relationnelles, l’apprentissage favorise l’acquisition des « soft skills » [autonomie, créativité, capacité à travailler en équipe, etc.] indispensables pour évoluer et progresser professionnellement.

De plus, l’intégration de l’apprentissage dans les cursus universitaires et grandes écoles a provoqué une véritable révolution culturelle et contribué à renforcer son image auprès des chefs d’entreprise, des enseignants mais aussi des étudiants eux-mêmes. Mais surtout, le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur représente un vecteur essentiel de cohésion sociale et de promotion de l’égalité des chances, en permettant aux étudiants issus de tous les milieux, de financer des études de plus en plus longues et coûteuses.

 

La Conférence des grandes écoles indique ainsi qu’il y a deux fois plus d’élèves ayant un parent « ouvrier » dans les cursus par apprentissage que dans les autres voies. Nous avons là une responsabilité collective à permettre à ces jeunes d’accéder à ces formations de haut niveau. Plus d’égalité des chances, plus de réussite aux examens, moins de risque de décrochage et de réelles garanties d’obtenir un emploi stable dès la fin de sa formation, les bénéfices de l’apprentissage dans le supérieur sont là et tout l’enjeu aujourd’hui est d’accélérer dans cette voie pour en faire une filière d’excellence pour tous.

Pour un développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur

Pour un développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur 

À l’image de ce qui se pratique en Allemagne,Les présidents des fédérations de l’assurance, Florence Lustman, de la banque, Nicolas Théry et des entreprises de high-tech, Laurent Giovachini affirment, dans une tribune au « Monde » que le développement de l’apprentissage dans les universités et grandes écoles permet de lutter efficacement contre les inégalités sociales et territoriales.

 

Tribune. 

Avec près de 500 000 contrats signés dans le secteur privé en 2020, soit une hausse de 40 % par rapport à 2019, l’apprentissage connaît un décollage sans précédent en France et s’impose durablement dans le paysage de la formation. Il s’agit d’une réussite de politique publique majeure, issue de la loi « Avenir professionnel » du 5 septembre 2018 et fortement portée par les efforts communs des entreprises et des établissements d’enseignement.

Plus encore, l’accélération de l’apprentissage dans les formations de l’enseignement supérieur favorise leur démocratisation pour briser le plafond de verre des classes et territoires moins favorisés. Les métiers de l’assurance, de la banque, du conseil, de l’ingénierie et du numérique – qui représentent environ 1,7 million de salariés en France et 60 000 jeunes en alternance – ont ainsi triplé en dix ans le nombre d’alternants des formations de niveau Bac + 4/5.

 

L’apprentissage constitue aujourd’hui le tremplin le plus efficace vers la vie active. En valorisant une pédagogie qui intègre les réalités de l’entreprise et met en avant les compétences humaines et relationnelles, l’apprentissage favorise l’acquisition des « soft skills » [autonomie, créativité, capacité à travailler en équipe, etc.] indispensables pour évoluer et progresser professionnellement.

De plus, l’intégration de l’apprentissage dans les cursus universitaires et grandes écoles a provoqué une véritable révolution culturelle et contribué à renforcer son image auprès des chefs d’entreprise, des enseignants mais aussi des étudiants eux-mêmes. Mais surtout, le développement de l’apprentissage dans l’enseignement supérieur représente un vecteur essentiel de cohésion sociale et de promotion de l’égalité des chances, en permettant aux étudiants issus de tous les milieux, de financer des études de plus en plus longues et coûteuses.

 

La Conférence des grandes écoles indique ainsi qu’il y a deux fois plus d’élèves ayant un parent « ouvrier » dans les cursus par apprentissage que dans les autres voies. Nous avons là une responsabilité collective à permettre à ces jeunes d’accéder à ces formations de haut niveau. Plus d’égalité des chances, plus de réussite aux examens, moins de risque de décrochage et de réelles garanties d’obtenir un emploi stable dès la fin de sa formation, les bénéfices de l’apprentissage dans le supérieur sont là et tout l’enjeu aujourd’hui est d’accélérer dans cette voie pour en faire une filière d’excellence pour tous.

Développement du paiement en plusieurs fois

Développement du paiement en plusieurs fois

 

L e paiement en plusieurs fois n’est évidemment pas nouveau. Mais il tend à se développer avec les offres des sociétés commerciales elles-mêmes. Il y a plusieurs manières de pratiquer le paiement différé. Soit l’obtention d’un crédit traditionnel, soit l’utilisation des facilités de paiement en plusieurs fois offertes par les banques , soit cette dernière tendance des grandes marques de distribution de fractionner le règlement.

Selon les cas, ce paiement en plusieurs fois peut comporter des frais supplémentaires ou être gratuit. Il vise en tout cas inciter à la consommation qui par parenthèse s’est montrée un peu molle au cours du mois de juillet.

De façon plus structurelle, les Français qui le peuvent sont davantage tentés par l’épargne que par la consommation content tenu des incertitudes sanitaires et économiques.

Développement durable : créer de la valeur

Développement durable : créer de la valeur

S’appuyant sur des entretiens avec 2.475 dirigeants de divers pays, secteurs et entreprises, une ne étude de McKinsey dont  rendent  compte les Échos évoque les bonnes pratiques pour mieux générer de la valeur en matière de développement durable.

Parmi les facteurs identifiés, les entreprises leaders en matière de développement durable et de création de valeur (les 22 % qui créent de la valeur) avaient en premier lieu fait de ces enjeux une priorité stratégique, avec des objectifs clairement affichés . « Les enjeux de développement durable doivent faire partie de l’agenda du top management. Pour tirer le plein potentiel de la transition, le sujet doit être porté au plus haut sommet de l’organisation. Les entreprises leaders de notre étude sont également celles qui ont établi un lien étroit entre les performances environnementales mesurées par une série d’indicateurs et les rémunérations des dirigeants et de l’encadrement intermédiaire », ajoute Clarisse Magnin.

Par ailleurs, les entreprises qui s’en sortent le mieux sont aussi celles qui font de la soutenabilité un élément clé de leur culture, proposant notamment des formations sur le sujet à leurs salariés. Ces formations restent toutefois encore peu développées, même chez les entreprises leaders. Seules 27 % d’entre elles ont proposé des formations à tous leurs employés visant à mieux intégrer les pratiques de développement durable à leur travail (un pourcentage qui descend à 8 % pour les autres organisations).

Or, bien menées, de telles formations pourraient contribuer à accélérer le changement. « Aujourd’hui, il ne s’agit plus de mettre l’accent sur le ‘pourquoi du développement durable’, qui est intégré par tous, mais sur le ‘comment’ avec des stratégies concrètes pour obtenir des résultats. L’une des priorités porte sur l’accélération des formations des collaborateurs et les opportunités de montée en compétences qu’elles représentent », précise l’associée de McKinsey.

Enfin, les entreprises qui réussissent le mieux en la matière sont aussi celles qui ont également réussi à mobiliser leurs clients et leurs partenaires commerciaux autour de la question du développement durable, notamment en mettant l’accent sur des notions comme la transparence, le partage d’information et la traçabilité.

Malgré des progrès au cours des dernières années et des ambitions affichées pour celles à venir, il reste encore du chemin à parcourir. Seul un tiers des leaders du développement durable identifiés dans l’enquête perçoivent leur aspiration au développement durable comme « très agressive », ce qui laisse entrevoir des possibilités d’amélioration.

Développement durable: Pour une économie de sobriété inutilement complexe

Développement durable: Pour une économie de sobriété inutilement complexe

 

L’économiste et sociologue Pierre Veltz estime, dans une tribune au « Monde », que le « déconfinement » de l’écologie passe par le développement d’une économie socialement juste, et créatrice de valeur et d’emplois de qualité.

 

Tribune. 
Les débats sur la loi « climat » illustrent parfaitement deux des grands obstacles auxquels se heurtent nos politiques écologiques : la difficulté à inclure des politiques sectorielles (habitat, transports, alimentation, etc.) dans une vision systémique ; mais surtout, plus profondément, l’incapacité à les replacer dans une perspective politique globale, dans un nouveau récit positif susceptible de mobiliser l’adhésion des citoyens – et même, plus simplement, leur compréhension. Dans le grand livre des politiques publiques, européennes, nationales et locales, l’écologie reste un chapitre à part. Sa place s’accroît, mais la synthèse nouvelle qui prendra le relais de la modernisation sociale-démocrate, dont le cycle s’achève sous nos yeux, reste à inventer.

L’envol des consommations

Atteindre la neutralité carbone en 2050 est un défi gigantesque. Le constat essentiel est que l’amplitude et l’urgence des mutations nécessaires ne pourront pas se contenter d’une augmentation, même forte, de l’efficacité de nos processus technico-économiques.

Les gains d’efficacité – en termes d’énergie consommée, de gaz à effet de serre (GES) émis, de matières utilisées, etc. – sont en effet systématiquement mangés par l’envol des consommations (l’effet « rebond »). Et ils sont largement absorbés par la « profondeur technologique » croissante, c’est-à-dire la course à la conception d’objets et de services de plus en plus (inutilement) sophistiqués. Il n’y a donc pas d’autre issue que de marier la recherche d’efficacité avec celle de la sobriété.

 

Mais toute la question est là : que faut-il mettre sous ce terme ? On pense en général à des comportements individuels, presque tous restrictifs. Ces comportements ont un impact réel mais limité. Mais le vrai défi est celui de l’invention d’une économie globalement et structurellement sobre, qui soit aussi socialement juste et créatrice de valeur et d’emplois de qualité, condition sine qua non de son acceptabilité.

Il est paradoxal que les résultats d’une convention citoyenne débouchent sur un catalogue de mesures sectorielles (proches de celles que les experts, eux aussi sectoriels préconisent depuis longtemps). On s’interroge, à juste titre, sur l’ampleur des mesures. On se chamaille autour d’une comptabilité boutiquière des mesures retenues ou rejetées. Mais, ce faisant, la question du « quoi produire » est totalement noyée sous les discussions techniques relatives au « comment produire ». Le problème de fond reste : la « décarbonation », surtout découpée en rondelles, ne fait pas un projet politique.

Bitcoin : Une perspective de développement?

Bitcoin : Une perspective de développement?

Etienne Descure,Président de la société d investissement Magellan  explique, dans une tribune au « Monde », qu’en raison de la multiplication par quinze des cours du bitcoin en un an, les cryptomonnaies tendent à devenir un poids lourd de la finance mondiale, mais que la compétition reste ouverte entre la Chine et les Etats-Unis pour dominer le marché.

Une tribune qui reste cependant assez neutre sur l’avenir et la maîtrise des crytomonnaies NDLR

 

Tribune. Deux mille milliards de dollars (environ 1 670 milliards d’euros) : c’est désormais la capitalisation de l’ensemble des cryptomonnaies en avril 2021. A titre de comparaison, cela représente deux fois la valeur de la totalité de l’immobilier parisien, cinq fois celle de la société LVMH, qui est la plus grosse capitalisation européenne, ou… l’ensemble des crédits subprimes qui avaient provoqué une des plus grandes crises financières de l’histoire.

S’il faut se garder de toute extrapolation hâtive (l’ampleur de la crise des subprimes avait en grande partie été causée par la titrisation des créances), le chiffre donne le vertige et illustre le poids que prennent les actifs virtuels dans la finance mondiale.

Institutionnalisation

Historiquement, la majorité des usages de cryptomonnaies se situait en Asie. Cependant, l’évolution des réglementations et des mentalités tend à penser qu’une inversion est en cours : la détention de cryptodevises est encore tolérée en Chine, mais les échanges y sont d’ores et déjà interdits, tandis qu’une institutionnalisation du bitcoin menée par des influenceurs de renom (Elon MuskJack Dorsey) et des acteurs financiers de poids (JP Morgan, PayPal, Visa, Blackrock) est en cours à l’ouest.


L’introduction en Bourse de Coinbase, seconde plate-forme d’échange dans le monde, pour une valeur voisine de celle de BNP Paribas, marque également la confiance des investisseurs dans le développement de ce marché auprès du grand public.

La détention de cryptodevises est encore tolérée en Chine, mais les échanges y sont d’ores et déjà interdits, tandis qu’une institutionnalisation du bitcoin est en cours à l’Ouest

Le bitcoin est le doyen et le roi incontesté des actifs virtuels. Sa valeur représente encore près de 60 % de la capitalisation totale du secteur et l’évolution de son cours oriente majoritairement l’ensemble du marché. L’infrastructure informatique de son réseau reste cependant majoritairement chinoise : on estime qu’environ 65 % à 75 % de la puissance de calcul y résidaient en 2020.

L’immense majorité des serveurs spécialisés pour effectuer les opérations qui régulent le réseau (communément appelées « minage ») est fabriquée en Chine, et l’Etat applique sur ceux-ci des taxes à l’export de 25 %. Les coûts d’électricité qui sont la première charge variable des « mineurs », y sont aussi très compétitifs. L’amortissement du matériel et l’énergie représentant 90 % des coûts des industriels spécialisés dans cette activité peu complexe, le pays y conserve un avantage concurrentiel durable.

Déforestation : le prix aussi de la pauvreté dans les pays en développement

Déforestation : le prix aussi de la pauvreté dans les pays en développement

C’est la précarité rurale qui conduit les agriculteurs à convertir les forêts en terres agricoles et qui est à l’origine des zoonoses, expliquent dans une tribune au « Monde » les chercheurs en écologie Jean-Marc Roda et Jacques Tassin, Chercheurs au Cirad

Tribune.

 

 Assurément, les forêts se portent mal. Une étude récente conduite par le Joint Research Centre (JRC), publiée dans la revue Science Advances le 5 mars, révélait des données accablantes. Les forêts tropicales humides ont reculé de 220 millions d’hectares dans les trente dernières années, et la déforestation en zone intertropicale a été sous-estimée d’environ 30 % sur le seul continent africain. Les forêts tropicales humides, qui abritent la moitié des espèces de plantes et d’animaux connues, couvrent moins de 10 % des terres émergées. Les services écologiques que rendent ces forêts s’évanouissent avec elles.

Pourtant, les causes premières de la déforestation mondiale ne sont toujours pas regardées en face. Or, les forêts tropicales disparaissent principalement sous le fer et le feu d’agriculteurs en quête de terres. La précarité rurale et l’insécurité foncière sont les origines premières de ce phénomène mondial. Au Brésil, il s’est longtemps agi de donner aux paysans sans terres des terres sans paysans, cela en convertissant les forêts en terres agricoles.

En Afrique, les paysans en situation de dénuement foncier, privés de tout titre de propriété, n’ont d’autre choix que de défricher pour disposer d’un lopin de terre. La précarité des populations rurales, vouées de surcroît à devoir prélever dans les formations boisées le bois de cuisson ou de chauffe dont leur survie dépend, représente le maillon originel de cette chaîne dévastatrice.

La peste naît de l’insalubrité rurale

Or, c’est cette même précarité rurale que l’on retrouve à la source des zoonoses. C’est d’elle que résultent en effet, en grande partie, les épidémies susceptibles de s’étendre à une échelle mondiale. Nous savons que depuis 1347, la peste naît et renaît de l’insalubrité rurale. Le virus Ebola s’est propagé à la suite de la consommation de viande prélevée sur des animaux malades par des braconniers en situation de survie. Il en est vraisemblablement de même du virus du sida, apparu au Cameroun au début du XXe siècle à la faveur de la consommation de chimpanzés infectés.

La fièvre de Lassa se propage elle-même dans les foyers ruraux les plus pauvres. Les zoonoses proviennent de mises en contact d’animaux infectés avec des populations souffrant de dénutrition et pénalisées par une santé déjà déficiente. Elles ne sont donc pas le produit direct de la déforestation, comme on le prétend parfois. S’il est un lien entre cette dernière et les zoonoses, c’est celui de leur origine commune.

Développement et environnement

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Associé d’Initiatives et Finance, François-Xavier Oliveau accompagne les entreprises dans leur transition écologique.Il évoque la compatibilité entre le développement et l’environnement.

Les sociétés occidentales n’ont jamais aussi bien vécu et pourtant les crises se multiplient. Vous en identifiez trois : la crise environnementale, celle de l’argent et celle du travail. Avons-nous des problèmes de riches ?

Oui, en quelque sorte. La richesse crée paradoxalement des difficultés. Nous avons accédé, grâce au progrès technique, à une richesse inouïe, utopique pour nos ancêtres. Mais cette richesse provoque aussi de graves crises. La consommation d’énergie et de produits dégrade nos écosystèmes et réchauffe notre planète. L’abondance d’un argent désormais gratuit fait exploser la dette et creuse les inégalités. Machines, robots et logiciels omniprésents libèrent notre temps mais concurrencent notre travail et remettent en cause notre rôle social.

Le libéralisme est-il en tort ?

Non, je ne crois pas. Le libéralisme a joué un rôle essentiel pour créer cette abondance qui nous a sortis de la misère. L’innovation fait baisser les coûts puis la concurrence et le marché transmettent cette baisse dans les prix. La principale faiblesse du libéralisme est la gratuité des externalités négatives, qui aboutit à une exploitation excessive de la nature. Inversement, des fonctions actuelles de l’économie associées au libéralisme sont en réalité très anti-libérales, comme la façon dont nous fabriquons l’argent.

Pour remédier à la crise écologique, vous proposez de taxer la pollution. Cette idée a donné lieu aux mouvements des Bonnets rouges et des Gilets jaunes. Comment la rendre acceptable ?

Il existe en réalité déjà de nombreuses taxes vertes mais elles taxent la pollution de façon très hétérogène et avec une grande incohérence. En outre, la fiscalité environnementale ne représente qu’à peine 5% des 1 200 milliards annuels de recettes publiques françaises. Il s’agit donc de substituer ces nouvelles taxes à d’autres qui ponctionnent le travail ou le capital, et non pas de les ajouter comme on l’a fait maladroitement. Une fiscalité intelligente rendrait les biens et les services polluants plus chers et le capital et le travail moins chers, en évitant de détériorer le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Pourquoi ne pas taxer une pollution nuisible en réduisant la fiscalité sur le capital et le travail, utiles ?

«Nous avons tous envie et besoin de contribuer socialement. Les “inactifs” travaillent presque toujours bénévolement. En revanche, l’économie aura de moins en moins la capacité de rémunérer un travail concurrencé par la machine, les robots ou l’intelligence artificielle»

À l’ère de l’argent gratuit et abondant, les banques centrales devraient, selon, vous donner de l’argent aux citoyens et non plus s’endetter. N’est-ce pas contre-intuitif ?

Très contre-intuitif et même choquant pour beaucoup d’entre nous ! C’est pourtant logique. Nous créons toujours plus de richesse, ce qui exige de créer de la monnaie en quantité équivalente pour stabiliser les prix. Les banques centrales stimulent donc la création monétaire. En revanche, il est absurde de le faire par la dette, une monnaie temporaire qui disparaît quand on la rembourse. Nous tentons d’équilibrer une création permanente de richesse par une monnaie temporaire : c’est une mission impossible ! C’est ce qui explique la baisse continue et structurelle des taux d’intérêt depuis quarante ans et l’endettement astronomique des Etats, devenus « emprunteurs en dernier ressort ». Il serait en réalité bien plus logique de créer une monnaie définitive, distribuée aux agents économiques. Je propose de la flécher vers les citoyens, sur la base d’un montant unique par personne, qui évoluerait en fonction de l’inflation. Ce « ​dividende monétaire ​» aurait de nombreux bénéfices. Il recentrerait la dette sur son objectif principal : financer l’économie et non stabiliser les prix. Il ôterait à la banque centrale un pouvoir discrétionnaire aujourd’hui très excessif pour un organe non-élu. Il permettrait enfin d’exiger des Etats un engagement d’équilibre budgétaire, puisque le soutien à l’économie serait opéré par l’injection directe vers les ménages. Contrairement à l’approche dangereuse de la « théorie monétaire moderne » qui pousse l’Etat à un emprunt infini, celle que je préconise lui impose au contraire de rembourser ses dettes, comme tout agent économique.

Quel serait le montant actuel de ce dividende monétaire ?

En 2019, j’avais estimé le montant du dividende monétaire entre 50 et 100 euros par personne. Aujourd’hui, les pressions déflationnistes sont telles que les montants à injecter se situeraient vraisemblablement autour de 150 à 200 euros par personne. Ils diminueraient avec la reprise économique, quitte à s’annuler en cas d’inflation au-dessus de la cible de 2%.

À ce dispositif monétaire, vous ajouteriez un dispositif social : le revenu universel. Cela ne fait-il pas beaucoup ?

Le dividende monétaire et la fiscalité environnementale sont des priorités pour rétablir un équilibre macroéconomique et écologique. Le revenu universel s’inscrit dans une logique de plus long terme. L’abondance résulte aussi d’une hausse de la part du capital dans la production, au détriment du travail. Depuis 200 ans, nous avons ainsi gagné du temps libre. Grâce aux études longues, aux congés, à la retraite, nous travaillons aujourd’hui 12% de notre vie éveillée, contre 70% au début du XIXe siècle. Mais je ne crois pas à la fin du travail, car nous avons tous envie et besoin de contribuer socialement. Les « inactifs » travaillent d’ailleurs presque toujours bénévolement dans le cadre familial ou associatif. En revanche, l’économie aura de moins en moins la capacité de rémunérer un travail concurrencé par la machine, les robots ou l’intelligence artificielle. Le revenu universel accompagne cette divergence entre travail et revenu.

Comment alimenter ce revenu ?

Nous devons partir de la situation actuelle sans chercher à accentuer la redistribution. Toute personne dans la précarité touche aujourd’hui en France, par l’intermédiaire de multiples dispositifs (RSA, réductions de cotisations, emplois aidés, etc.), un montant de l’ordre de 500 euros. Le revenu universel permet avant tout de restructurer ces différents flux en les simplifiant et en réduisant leur coût pour l’Etat. Le revenu universel tel que je le propose ne résulte donc pas en gain de pouvoir d’achat mais plutôt en gain de simplicité. Il supprime des trappes à inactivité liées à la complexité du système. Tout le monde y aurait droit, mais les personnes avec des revenus plus élevés le repaieraient par l’impôt.

L’abondance représenterait selon vous une troisième voie dans l’opposition entre croissance productiviste et décroissance mortifère. De quelle manière ?

L’abondance se manifeste par trois effets : la croissance, la diminution continue du temps de travail, enfin la baisse des prix. Nous devons donc apprendre à maîtriser ces trois effets plutôt que de se focaliser sur la seule croissance, ce qui aboutit à des politiques keynésiennes financées par une dette qui augmente à l’infini et concentre les pouvoirs entre les mains de l’Etat. Le schéma que je propose permet au contraire à chacun d’arbitrer librement entre plus de richesse, plus de temps ou plus d’épargne, tout en incitant par le prix à une réduction des impacts négatifs sur le bien commun. L’ère de l’abondance, c’est la liberté.

L’ère de l’abondance ne concerne pour l’instant que les économies occidentales. Quelles relations imaginer avec les pays toujours en croissance ?

Même dans les pays pauvres, la qualité de la vie en matière de santé, d’accès à l’eau ou de nutrition s’améliore chaque année. Aujourd’hui, l’espérance de vie d’un enfant qui naît en RDC est largement supérieure à celle d’un enfant né à Paris en 1900. Il reste évidemment énormément à faire, mais je ne vois pas d’obstacle structurel à une abondance universelle : nous avons la force de travail, le capital et les ressources nécessaires. Il faut probablement repenser l’aide internationale et la faire évoluer vers un système de don plus que de prêt. L’endettement est une barrière au développement. On peut privilégier une logique de transfert monétaire sans contrepartie. Tant qu’on arrive à maintenir une inflation raisonnable, il est possible d’injecter de l’argent pour développer les infrastructures essentielles ou même en distribuer directement aux citoyens.

Problématique développement durable: Le frein est culturel

Problématique développement durable:  Le frein est culturel

Inès Leonarduzzi est directrice générale de l’ONG « Digital for the Planet » qu’elle a fondée en 2017 pour promouvoir l’écologie numérique. Elle accompagne de grands groupes (BNP Paribas, L’Oréal, GRDF, Kering…) et des institutions internationales (ONU, Unesco, OTAN) dans l’élaboration de stratégies conciliant numérique et transition écologique. Elle vient de publier son premier livre, Réparer le futur : du numérique à l’écologie, aux éditions de l’Observatoire.

En 2018, le numérique représentait plus de 10 % de la consommation électrique mondiale, et 2 % des émissions de gaz à effet de serre françaises. Peut-on vraiment concilier développement technologique et écologie ?

Nous attendions du numérique qu’il participe de la dépollution. Il était censé être une solution propre, écoresponsable, une alternative au papier. Mais c’est l’inverse qui se produit. Concilier les deux paraît contradictoire, car la politique s’est emparée de ces sujets. Le numérique est devenu un enjeu de souveraineté ainsi qu’une manne économique, tandis que l’écologie est devenue un mouvement politique, qui par ailleurs trébuche souvent, par manque de vision. Dans l’imaginaire collectif et chez une grande partie des écologistes, la technologie est l’apanage des grands « pollueurs ». Ce sont pourtant les technologies numériques qui rendent possible la science du climat, par la modélisation informatique des données climatiques. Le risque pour l’écologie est qu’elle devienne dogmatique. Il lui faut donc revoir son rapport au numérique, qui est tout sauf un ennemi : il est seulement le reflet de nos comportements. Avant de penser l’innovation technologique à travers le prisme d’un progrès noble et inclusif, il faut trouver le moyen d’éco-concevoir toutes nos infrastructures physiques et logicielles.

Usages personnels, datacenters, fabrication des appareils électroniques… Qu’est ce qui pollue le plus ?

Plus des deux tiers de la pollution numérique environnementale sont générés par la fabrication des smartphones, qui sont au nombre de 14 milliards dans le monde. On parle beaucoup plus de la pollution générée par le stockage des e-mails et de la manière dont chacun devrait les trier pour avoir un comportement plus écoresponsable. C’est trop facile de critiquer les usages individuels, sans apporter de réponses sur le plan systémique. Un appareil électronique peut durer plusieurs années si on apprend à en prendre soin et si on le répare. L’avènement d’un monde durable ne dépend pas que de la bonne volonté des individus. Il faut aussi lever les barrières mises à dessein sur la route du développement durable.

La pollution numérique n’est pas qu’environnementale, elle est aussi intellectuelle et sociétale, expliquez-vous. Que voulez-vous dire par là ?

Au fond, quelle est la plus grande barrière que nous trouvons sur la route du développement durable ? Les systèmes de pensées, nos raisonnements. Etant au départ concentrée sur la pollution numérique environnementale, j’ai rapidement été confrontée aux schémas mentaux. Le « numérique désincarné », celui qui n’a de but que lui-même et non autrui, dessert l’humain en affectant ses capacités cognitives, son rapport à l’intelligence individuelle. De fait, l’intelligence collective est mise à mal. C’est là que le glissement vers la pollution numérique sociétale s’opère, c’est-à-dire quand le numérique impacte les fondements sociétaux les plus précieux, comme le vivre-ensemble. Si notre potentiel intellectuel faiblit, le projet de société s’effrite inéluctablement. Comment alors trouver du sens à la protection de l’environnement, si nous n’avons plus de projet de société commun ? Dans le grand sujet de l’environnement, l’enjeu des enjeux est finalement le cerveau humain : la manière dont nous produisons des opinions et désapprenons à construire des réflexions est au cœur de notre médiocrité face à la préservation de l’environnement. Cela provient d’un manque d’informations et d’une politisation qui les noie dans des discours qui embrument plus qu’ils n’éclairent. C’est en diminuant la pollution numérique intellectuelle que le projet de société commun grandira. Enfin, l’impact sociétal suivra. Sans compréhension, il ne peut y avoir de progrès durable. Mais ceci n’est pas aisé : il est difficile de prendre de la hauteur quand le numérique sert autant qu’il asservit. Ce livre ouvre des questions pour contribuer à réparer le futur environnemental, mais aussi intellectuel et sociétal.

Il semble y avoir eu une prise de conscience au sujet de la pollution numérique ces dernières années, on le voit notamment avec l’arrivée de textes de loi et de feuilles de route qui ont pour ambition de verdir le numérique…

En 2017, 77 % des Français ignoraient ce qu’était la pollution numérique selon un sondage réalisé avec le cabinet Occurence. C’est le milieu associatif qui a en premier permis l’éveil des consciences et le sujet a pris une ampleur considérable dès le premier confinement. Alors que nous étions tous connectés depuis chez nous, les émissions de gaz à effet de serre liées au trafic routier diminuaient sensiblement. Les journalistes s’inquiétaient : « Et si la pollution générée par nos usages décuplés du numérique ne rattrapait pas tout ? » Avant 2017, nous manquions cruellement d’informations sur le numérique. Par exemple, en 2015, le Big Data était encore vu comme un progrès qui allait nous rendre tous heureux grâce à la personnalisation des services. Aujourd’hui, la donne a changé : les citoyens sont moins dupes, ils posent des questions car le sujet soulève de sérieuses questions sur les libertés fondamentales et la protection de la vie privée. Le sujet est depuis porté par des acteurs européens comme Margrethe Vestager, à l’Assemblée nationale par de nombreux élus ou encore au gouvernement, porté par Cédric O et Barbara Pompili [respectivement secrétaire d’Etat chargé de la Transition numérique et des Communications électroniques et ministre de la Transition écologique].

Que pensez-vous des différentes propositions retenues dans la feuille de route gouvernementale dédiée au numérique et à l’environnement ?

Cette feuille de route a le mérite d’exister. Nous y avons contribué, avec Digital for the Planet, avec l’idée qu’il faut travailler de manière transversale plutôt qu’en silo. Ce ne sont cependant que des intentions : elles ne suffisent pas en l’état, même si elles traitent des bons sujets, comme l’indice de réparabilité, qui sont essentiels pour l’écoconception et la valorisation des appareils reconditionnés. Il faut aller plus loin et la loi Climat-Résilience actuellement débattue au Parlement peut le permettre si les propositions des différentes ONG et acteurs sont retenues. Digital for the Planet a proposé deux alinéas : un sur l’éducation à l’impact environnemental du numérique dans les écoles primaires, et un autre pour permettre une large part d’appareils reconditionnés ou à bon indice de réparabilité dans les achats publics. Aucun acteur, qu’il soit public, privé ou issu de la société civile, ne peut apporter seul de réponses concrètes à ces enjeux de pollution numérique. C’est à la fois la grande difficulté du sujet, mais aussi ce qui le rend beau : nous sommes tenus de travailler main dans la main.

Quels conseils donneriez-vous pour réduire les pollutions numériques de tout un chacun, des entreprises, du gouvernement ?

Du côté citoyen, nous pouvons faire durer le plus longtemps possible ses appareils électroniques. Ce sont des objets précieux : ils sont constitués de métaux et de terres rares, extraits dans des conditions sociales et environnementales déplorables. Il s’agit également de prêter attention à la notion de « diabète numérique ». Il y a un bon et mauvais numérique, comme il y a un bon et un mauvais sucre. Un enfant qui fait huit heures de jeux en ligne par semaine et un autre qui fait huit heures de codage ne donnera pas le même adulte. Sur le plan des entreprises, il faut considérer l’importance du sujet de la réparabilité des flottes d’appareils électroniques, veiller au droit à la déconnexion dans les entreprises, et utiliser le numérique comme un levier pour s’engager. Les gouvernements doivent quant à eux œuvrer à verdir les sources d’énergie qui alimentent les centres de stockage de données, mais aussi lutter contre l’illectronisme et se battre pour un revenu de la donnée. Puisque l’argent est au cœur de tout, rendons un peu de ce pouvoir à ceux qui la créent la richesse d’Internet, c’est-à-dire les internautes.

Pour des placements au service du développement durable

 

Pour  des placements au service du développement durable 

 

Nicolas Mackel, PDG de Luxembourg for Finance milite pour des placements au service du développement durable dans l’Opinion 

Tribune

 

On peut réprouver les apprentis « traders », ces jeunes investisseurs petits porteurs qui ont fait souffler un vent de panique sur les marchés face aux fonds spéculatifs en coordonnant, via les médias sociaux, la montée en flèche du prix de l’action de GameStop.

Cependant, tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’une histoire extraordinaire. On parle déjà du film qui pourrait en être tiré – une histoire moderne de David contre Goliath avec une touche financière. J’espère surtout que nous tirerons plus de cette expérience qu’un bon film bientôt disponible sur Netflix.

Quelles leçons tirer du phénomène GameStop? Les investisseurs particuliers deviennent de plus en plus puissants sur les marchés financiers occidentaux grâce à la technologie. La pandémie n’a fait qu’accélérer cette tendance. Lorsque ces petits investisseurs se rallient à une cause, ils peuvent être efficaces pour mettre en œuvre des changements rapides et significatifs.

Imaginez maintenant un instant que vous puissiez concentrer ce pouvoir – l’enthousiasme et la loyauté dont ces milliers de petits investisseurs ont fait preuve – et le libérer sur les marchés financiers. Comment dirigeriez-vous ce pouvoir fantastique au service d’un changement positif ? Certains aimeraient sans doute voir d’autres géants de la finance s’effondrer. Mais pourquoi ne pas chercher à orienter ce potentiel vers un objectif plus important ?

A travers une combinaison de réglementation, d’incitation et pourquoi pas d’intérêt moral, il pourrait être mis au service de la question cruciale de la relance et de la reconstruction du «monde d’après». Nous savons que des centaines de millions de dollars sont transmis de la génération des « baby-boomers » à leurs enfants désormais adultes.

Les enquêtes indiquent que la grande majorité des « millennials » souhaite investir dans des placements au service du développement durable. Toutefois, combien d’entre eux ont réellement effectué ce type d’investissements ? Le résultat est très différent. Ainsi, seuls 41 % (Morgan Stanley) des jeunes adultes avaient investi dans des entreprises ou des fonds visant des résultats sociaux et environnementaux positifs fin 2019.

Ce chiffre a probablement augmenté en 2020, parallèlement à l’utilisation croissante des plateformes de trading dédiées aux particuliers et à la baisse de l’âge moyen de leurs utilisateurs, mais l’écart entre la perception et la réalité demeure important.

Imaginez la puissance de millions d’investisseurs particuliers dans le monde, qui pourraient se rallier à la cause des actions menées par les entreprises, ou s’en débarrasser, en fonction de leurs performances au service d’un monde plus durable

Le rôle de la finance. Les marchés des capitaux et, plus généralement les services financiers, ont un rôle important à jouer pour désamorcer la bombe à retardement qu’est le changement climatique, mais aussi pour tenter de réduire les inégalités sociales que la pandémie a mises en exergue : inégalité des salaires et des conditions de vie, mouvement trop lent en faveur de la diversité et de l’inclusion, et manque d’infrastructures de soins.

Les gouvernements, les banques centrales, les régulateurs et de nombreux investisseurs institutionnels sont déjà bien avancés et s’efforcent de s’attaquer à ces problèmes, en plaçant l’investissement durable et responsable au cœur du fonctionnement futur des marchés financiers : critères de diversité imposés pour les comités exécutifs des entreprises, levées de fonds pour les infrastructures écologiques, émissions d’obligations vertes, stratégies industrielles durables. Dans le cadre de son plan de relance, la Commission européenne a ainsi affecté un montant considérable de 550 milliards d’euros à des projets écologiques.

Les citoyens au cœur du processus. Il s’agit d’un mouvement important et coordonné entre les Etats nations et les services financiers, qui progressent bien. Mais les citoyens en sont encore largement absents. Imaginez la puissance de millions d’investisseurs particuliers dans le monde, qui pourraient se rallier à la cause des actions menées par les entreprises, ou s’en débarrasser, en fonction de leurs performances au service d’un monde plus durable.

Si une surveillance et une réglementation appropriées étaient mises en place, ils pourraient faire pression d’une manière inédite. Les consommateurs ont ouvert la voie à travers la consommation ​: en délaissant certaines marques et certains produits qui ne correspondent pas à une pratique éthique et équitable. Ils forcent ainsi les entreprises à changer leurs conditions de travail, leurs sources d’approvisionnement, leurs chaînes d’approvisionnement ou leurs émissions de carbone.

L’ajout de la puissance de leurs décisions d’investissement financier ferait une différence encore plus significative. Ainsi, lorsque le phénomène GameStop ne fera plus parler de lui et que cette population d’investisseurs retournera sur les forums Reddit, espérons qu’ils verront la possibilité de tourner leur pouvoir collectif vers des actions beaucoup plus cruciales pour l’avenir de tous. Ce film aurait alors une fin heureuse.

Nicolas Mackel est PDG de Luxembourg for Finance, l’agence de développement de la place financière du Luxembourg

Redonner du souffle à la politique d’aide au développement ( Le Drian)

Redonner du souffle à la politique d’aide au développement ( Le Drian)

Le ministre des affaires étrangères annonce, dans une tribune au « Monde », que la France va concentrer son aide au développement sur 19 pays prioritaires, en particulier au Sahel, dans les domaines du climat, de la biodiversité, de la santé, de l’éducation et de l’égalité.

Tribune. Quelques semaines ont suffi à la pandémie de Covid-19 pour faire éclater les contradictions d’un monde tissé d’interdépendances, mais hanté par la tentation du chacun pour soi. Soudainement, les désordres de ce « monde d’avant » nous ont tous rattrapés. Partout, jusqu’en France.

Un an plus tard, force est pourtant de constater que le « monde d’après » qui devait lui succéder est loin d’avoir tenu ses promesses. Non seulement la compétition des puissances n’a rien perdu de sa brutalité, mais elle a gagné des terrains nouveaux. Y compris ceux-là mêmes où la coopération internationale est plus nécessaire que jamais.

Aujourd’hui, nous vivons dans un entre-deux. Il est temps de choisir le monde que nous voulons vraiment, et de commencer à le construire avec nos partenaires de bonne volonté. C’est pourquoi nous avons fait le choix d’une relance diplomatique solidaire, mais sans naïveté. Car la sortie de la crise pandémique se jouera là où elle a commencé, sur la scène internationale.

Le prétendu « nationalisme vaccinal », qui fausse aujourd’hui le débat public, manque donc deux fois sa cible. D’abord parce que notre souveraineté n’est jamais aussi ferme que lorsqu’elle est française et européenne. Si nous n’avions pas fait bloc entre Européens, qui peut penser que nous aurions été mieux armés pour défendre nos intérêts dans un marché mondial en tension ?

Ensuite pour une raison d’ordre sanitaire : face au Covid-19, l’immunité sera globale ou ne sera pas. Tant que la pandémie n’aura pas été maîtrisée partout, les efforts accomplis ici resteront à la merci de nouveaux variants. Pour réussir, la vaccination doit être conduite à l’échelle du monde entier.

Biens publics mondiaux

La leçon de ces mois d’adversité est claire : ce qui protège les Français, c’est la solidarité. La solidarité européenne et la solidarité internationale, que nous devons refonder à la lumière des défis d’aujourd’hui, comme nous avons commencé à le faire l’été dernier, avec la Commission européenne, en créant un pont humanitaire aérien vers le Burkina Faso et la RDC [République démocratique du Congo], où la menace d’Ebola plane toujours, de même qu’en Guinée.

En même temps qu’un impératif de justice et d’humanité, c’est une question d’efficacité. Dès mai 2020, la France, l’Union européenne et l’OMS ont lancé l’initiative ACT-A, qui a permis de jeter les bases d’une riposte globale et coordonnée.

Dans le cadre de sa facilité financière Covax, plus de deux milliards de doses ont déjà été sécurisées, à destination des pays à revenu faible et intermédiaire, qui méritent mieux que la douteuse « géopolitique du vaccin » dans laquelle certains voudraient les enfermer. Ne fût-ce surtout, à bien y regarder, que par des effets d’annonce.

Un développement des extrémismes identitaires

Un développement des extrémismes identitaires 

Alors qu’il quitte son poste de délégué contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), le préfet s’inquiète dans le Monde notamment de la poussée des discours radicaux d’extrême droite.

Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah) depuis près de quatre ans, le préfet Frédéric Potier a décidé de quitter ses fonctions pour rejoindre la RATP, où il sera délégué général à l’éthique et à la conformité, chargé des questions de laïcité et de discrimination. A la veille de son départ, il fait le constat d’une société où « les discours de haine continuent de proliférer ».

Quel constat dressez-vous après quatre années à la tête de la Dilcrah ?

Le budget de la Dilcrah est relativement faible, 6,5 millions d’euros par an. C’est peu compte tenu de l’ampleur de la tâche et des objectifs. S’il était plus conséquent, nous pourrions au moins démultiplier nos actions de formation dans les écoles, au sein de la police et de la gendarmerie…

Placée sous l’autorité du premier ministre, la Dilcrah a-t-elle une véritable influence sur la politique du gouvernement ?

Nous ne nous contentons pas d’être dans l’indignation, nous sommes un acteur des politiques publiques. Nous finançons 950 structures, des grandes associations luttant contre le racisme à la petite association de campagne qui veut monter un événement contre l’antisémitisme. Nous formulons également de nombreuses propositions, avec plus ou moins de succès. Le jour des funérailles de George Floyd [un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc le 25 mai 2020 aux Etats-Unis], nous avons, à la Dilcrah, observé huit minutes et quarante-six secondes de silence [le temps pendant lequel le policier a maintenu son genou sur la nuque de la victime, provoquant sa mort]. J’ai proposé à tout le gouvernement de faire de même. Certains l’ont fait, d’autres pas. J’avais aussi proposé que l’on mette le drapeau français en berne. Cela n’a pas été retenu. Mais d’autres propositions aboutissent, comme le plan de lutte contre la haine anti-LGBT.

États-Unis : la France condamne les violences comme pour un pays en développement !

États-Unis : la France condamne les violences comme pour un pays en développement !

 

D’ordinaire, les remontrances de la France s’adressent à des pays en développement quand une minorité battue se livre à des violences pour contester le scrutin. C’est d’ordinaire aussi le rôle des États-Unis. Mais cette fois ce sont les États-Unis eux-mêmes qui donnent le spectacle lamentable d’une minorité qui bafoue la démocratie. Le spectacle de l’envahissement du congrès au Capitole par les troupes de Trump  porte une grave atteinte à l’image démocratique des États-Unis.

Les violences contre les institutions américaines sont une atteinte grave contre la démocratie, a déploré mercredi le ministre français des Affaires étrangères.

“Je les condamne. La volonté et le vote du peuple américain doivent être respectés”, a-t-il écrit sur Twitter.

Coronavirus: les pays en développement attendront jusqu’en 2024

Coronavirus: les pays en développement attendront jusqu’en 2024

Piloté par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’alliance pour les vaccins Gavi, le projet COVAX vise à fournir au moins 2 milliards de doses d’ici fin 2021 pour vacciner 20% des personnes les plus vulnérables dans 91 pays pauvres et à revenu intermédiaire, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

Dans un document confidentiel de Gavi, les partisans du projet affirment que l’initiative pourrait ne pas atteindre son objectif en raison d’un manque de fonds, des risques liés à l’approvisionnement et des conditions contractuelles compliquées.

“Le risque d’échec du programme COVAX est très élevé”, lit-on dans un rapport interne de Gavi. Cela en raison des difficultés à réunir les fonds nécessaires.

Un tel échec pourrait priver les populations des pays pauvres d’un accès aux vaccins contre le COVID-19 jusqu’en 2024, explique l’un des documents.

Pour vacciner au moins 20% des personnes dans les pays pauvres l’année prochaine, COVAX dit avoir besoin de 4,9 milliards de dollars (4,02 milliards d’euros) en plus des 2,1 milliards que le projet a déjà collecté. Selon une étude de Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, une personne sur quatre n’aura pas accès au vaccin contre le coronavirus avant au moins 2022.

« L’impossible trilogie politique-religion-développement des pays musulmans « 

« L’impossible trilogie politique-religion-développement des pays musulmans « 

L’économiste Taha Oudghiri analyse dans une tribune au « Monde » ce que sont les principes d’une gouvernance économique islamique, et ce qui pourrait en advenir (extraits)

Tribune. 

 

Qu’elles soient au pouvoir ou dans l’opposition, les familles politiques islamiques occupent continûment, discrètement ou ostensiblement, le champ politique et l’espace public dans les pays musulmans. Ce faisant, elles influencent l’élaboration et l’application de certaines politiques publiques, quand elles n’en sont pas les initiatrices.

Conquérantes, elles conduisent à s’interroger sur ce qu’elles peuvent apporter, en termes de développement économique et social, aux pays qu’elles conquièrent ou qu’elles convoitent.

Que peuvent-elles trouver, sur le plan économique, dans leur référentiel exclusif qu’est l’islam, dans leur corpus religieux coranique et doctrinal : la sunna (les dires et les actes du prophète Mahomet) formant la loi islamique ? Des orientations économiques certainement, mais aussi et surtout, des interdictions et des injonctions.

Impôt et « zakat »

Le Coran et la sunna insistent sur une organisation économique inclusive, sur l’engagement d’une croisade permanente contre la pauvreté. Ils écartent cependant, et, plus encore, interdisent, totalement ou très significativement, des instruments majeurs de politique économique : l’intérêt pour la politique monétaire, et l’impôt pour la politique budgétaire.

L’impôt est interdit au-delà de la prescription relative à la zakat, qui est le troisième pilier de l’islam. La zakat est un impôt et non pas de l’aumône, comme le pensent la plupart des musulmans. C’est un impôt de 2,5 % dont l’assiette, le patrimoine, est très volatile par-delà les difficultés liées à son évaluation annuelle.

Dans des situations exceptionnelles, les capacités contributives peuvent être sollicitées par un impôt progressif. Cependant, aucun système fiscal ne peut être définitivement établi. Une interdiction – un péché même – décrétée par le prophète, même s’il insistait sur la redistribution pour la réduction des inégalités. Ses instructions sur les formes de redistribution étaient lapidaires, et donc lacunaires.

Ces interdictions sont transgressées allègrement, sans que personne trouve à en redire dans ces familles politiques et en dehors d’elles. Ces transgressions appellent, par leur ampleur, l’établissement d’un constat atterrant : autant de grand écarts, d’accommodements à l’islam en matière économique et autant de crispations, d’exacerbations lorsqu’il s’agit de tolérance, de flexibilisation politique et sociale, sont terriblement déroutants. Les dirigeants islamiques seraient-ils alors sortis de cette atemporalité religieuse en matière économique tout en se cramponnant, en figeant les autres aspects sociopolitiques de l’islam ?

Développement et reconfiguration géographique de la mondialisation

Développement et  reconfiguration géographique de la mondialisation

L’économiste El Mouhoub Mouhoud constate, dans une tribune au « Monde », que le numérique a fait entrer le capitalisme dans une phase d’hyper-mondialisation pour les activités de services.

 

Tribune. Nous sommes passés de la phase d’hyper-mondialisation des années 1990-2000, dans un cadre institutionnel de libéralisation des échanges débridée, à une recomposition de la mondialisation sur des bases régionales qui s’accompagne d’une résurgence du protectionnisme commercial. Mais assiste-t-on pour autant, les effets du Covid-19 aidant, à une démondialisation complète des économies ? Rien n’est moins sur.

 

Ce que l’on a l’habitude d’appeler la seconde mondialisation, celle qui a débuté dans les années 1950, pour faire la différence avec la première (1860-1910), connaît en réalité plusieurs phases distinctes. La première est celle de l’expansion des pays dits industrialisés du centre, qui ont tenté de libéraliser le commerce mondial par le désarmement tarifaire qu’autorisaient les accords du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce), surtout pour les produits manufacturés. 

La seconde phase voit, dans la période des années 1990-2000, une mondialisation source de prospérité. Le monde capitaliste s’élargit dans trois directions fondamentales : celle de l’Europe centrale et orientale, dont les économies planifiées et fermées se sont effondrées pour entrer dans l’économie de marché, donnant un sens politique à l’achèvement du marché unique européen ; les accords de Marrakech de 1994 au niveau multilatéral consacrent la création de l’Organisation mondiale du commerce ; l’entrée de la Chine, de l’Inde et des autres pays dits émergents amplifie la dynamique de cette mondialisation.

Ainsi, les groupes industriels mettent en place une double logique taylorienne et cognitive de la division internationale du travail. A l’échelle mondiale, cela consacre le stade de l’hyper-mondialisation des chaînes de valeur. Les firmes fragmentent leurs processus de production dans le monde sous l’impulsion de deux facteurs : exploiter les différences de coûts de production comparatifs entre pays d’une part, utiliser la faiblesse des coûts de transaction d’autre part. Selon les secteurs et les choix stratégiques des entreprises, la délocalisation repose sur deux logiques différentes de division du travail. Pour coordonner les processus de production séparés, les coûts de transaction (transports, etc.) doivent être comparés aux gains de la fragmentation internationale (automobiles, meubles, machines-outils…), la dispersion géographique sera plus ou moins limitée.

 

Dans les secteurs dans lesquels la course à l’innovation technologique constitue le mode de concurrence dominant (industries pharmaceutique, informatique, électronique, aérospatiale…), les firmes ont combiné les deux logiques : le cœur des processus de production est découpé non plus en opérations définies, mais en blocs de savoirs homogènes (recherche et développement, marketing…) pour favoriser les innovations de produits au cœur de la concurrence entre les groupes mondiaux. Mais pour la production manufacturière au milieu de la chaîne de valeur, la fabrication de biens intermédiaires et les activités d’assemblage sont délocalisées dans les pays à bas salaires. D’où la dépendance, perçue au grand jour durant cette crise sanitaire, de l’industrie pharmaceutique à la Chine et à l’Inde pour la production des principes actifs. 

Comment restreindre le développement des maisons individuelles

Comment restreindre le développement des maisons individuelles

 

Comment atteindre l’objectif de « zéro artificialisation nette » des sols sinon en réduisant le développement des maisons individuelles s’interroge un collectif dans une tribune au Monde.

Tribune. Le 20 juin, la convention citoyenne pour le climat a remis ses propositions au président de la République. Plusieurs d’entre elles visent à stopper le processus d’artificialisation des sols et participent de l’objectif de « des maisons individuelles » (ZAN) promu par le gouvernement dans le plan biodiversité de juillet 2018. Cet objectif ne peut être que partagé. Il suppose toutefois que tous les acteurs de l’aménagement et de la construction – collectivités, urbanistes, aménageurs, architectes, promoteurs immobiliers et constructeurs –, mais aussi que la société dans son ensemble, changent profondément de logiciel.

Depuis toujours, les villes se sont développées au détriment des espaces naturels et agricoles. Selon les chiffres de l’Agence européenne de l’environnement, la France est le pays européen avec le plus haut niveau d’artificialisation des sols : 47 km² pour 100 000 habitants, contre 41 km2 en Allemagne et 29 km² aux Pays-Bas, pourtant plus densément peuplés que l’Hexagone. Cette pratique n’est plus soutenable.

 

Pour autant, il est indispensable de poursuivre le développement de ces territoires, afin de répondre aux besoins des populations et des entreprises. Dans ces conditions, comment faire ? 

Tout d’abord, l’artificialisation des sols doit pouvoir s’apprécier à différentes échelles, en tenant compte des diversités géographique, économique et sociale des territoires. Il ne peut y avoir de baromètre unique. C’est pourquoi l’objectif ZAN doit contribuer à une ambition plus globale : celle d’une stratégie de développement propre à chaque territoire, fondée sur une vision de long terme, transversale et partenariale, associant habitants, élus, services et opérateurs.

Cette stratégie doit permettre de dépasser le primat donné à la maison individuelle et assumer la construction d’une ville qui conjugue densité, qualité de vie et qualité environnementale. Cependant, il faudra veiller à ce que cet objectif ZAN ne se traduise pas, en particulier dans les zones tendues, par une raréfaction de l’offre de logements, au détriment des classes moyennes ou modestes et des primo-accédants.

Pour cela, il faut inventer des modèles économiques de l’aménagement qui favorisent la transformation de la ville sur elle-même. Aujourd’hui, il est plus complexe, risqué et onéreux de reconstruire la ville sur la ville plutôt que de l’étendre, alors que les lieux propices à la mutation urbaine ne manquent pas : friches industrielles, zones commerciales en entrée de ville, zones d’activité économique vieillissantes, etc. Par ailleurs, les financements publics devront soutenir en priorité les opérations de recyclage urbain, afin que ces dernières deviennent la règle. Le défi est immense : entre 2006 et 2014, seulement 43 % des surfaces nouvellement construites l’ont été sur des terrains déjà urbanisés.

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Environnement et croissance : pour un développement économique maîtrisé

Environnement et croissance : pour un développement économique maîtrisé

Gaël Perdriau, maire LR de Saint-Etienne, président de Saint-Etienne Métropole et vice-président Les Républicains, estime dans cette tribune que le développement durable est « un levier économique » qui « permet de cultiver l’excellence ». La preuve sans doute que la problématique environnementale traverse maintenant tous les partis mais que le souci d’équilibre entre l’économie et l’écologie doit être prise en compte (tribune dans le JDD)

 

« La crise sanitaire a mis en évidence la stratégique fragilité environnementale de notre société et donc, partant, le besoin vital de repenser, en profondeur, nos modèles économique, social, culturel, sociétal voire politique. Nous ne pouvons pas ignorer ce qui a eu lieu. En même temps, nous devons nous méfier de la tentation d’un «Grand soir environnemental» qui permettrait de prendre un «nouveau départ» en rejetant, en bloc, l’héritage du passé. Un refus de la modernité qui serait préjudiciable et nous conduirait à une régression sociale explosive politiquement. Nous devons construire la société du jour d’après dans une rupture maîtrisée et progressive avec celle du «jour d’avant ».

Exercice extrêmement délicat et qui concerne chaque citoyen. D’ailleurs, à ce sujet, n’oublions pas, que la Convention Citoyenne sur le Climat a rendu une copie comportant 149 propositions touchant à toutes les sphères de la vie (déplacements, production, agriculture, éducation, logement etc.) et que 146 d’entre elles ont été retenues par le président de la République.

Depuis quelques jours on peut douter de la sincérité de l’exécutif à conduire cette transition écologique dont la France a si besoin

Tout va pour le mieux, puisque la prise de conscience se double d’une réflexion, tant promise, qui débouche sur des actions concrètes. Même le ministre de l’économie déclare, le 26 juillet dernier, que la relance sera nécessairement verte. Tout va bien! N’est-ce pas? Non, car depuis quelques jours on peut douter de la sincérité de l’exécutif à conduire cette transition écologique dont la France a si besoin et pour laquelle elle dispose d’atouts pouvant le rendre exemplaire. En effet, le tout nouveau ministre de l’Agriculture, secondé par sa collègue à la Transition écologique, Madame Pompili, vient d’autoriser à nouveau, le recours aux néonicotinoïdes, les trop célèbres insecticides « tueurs d’abeilles ».

Une décision qui soulève une tempête de protestations jusque y compris dans les rangs de LREM. Le plus surprenant étant que le ministre, ayant interdit, en 2016, ces pesticides, était… Madame Pompili! Comment voulez-vous que l’on prête un quelconque crédit, après un tel reniement, aux actions de ce ministre? Comment voulez-vous éviter les interrogations légitimes des citoyens qui ne comprennent plus rien à des politiques publiques conduites uniquement pour satisfaire les plans de carrière des uns et des autres?

Tout ceci, se déroulant sur fond de restitution des travaux de la convention citoyenne sur le climat qui affiche, comme ambition le fait de permettre à chacun d’accéder à une alimentation saine, durable et de qualité respectueuse du climat, des écosystèmes et de la biodiversité. Pour remplir cet objectif, il est proposé que les pesticides et autres insecticides soient interdits d’ici 2040.

Des travaux accueillis avec enthousiasme par le président de la République qui veut afficher son souci environnemental. Depuis 2017, Emmanuel Macron, hélas, a pris la très mauvaise habitude d’affirmer tout et de faire son contraire. Que sont devenus les grands plans de lutte contre la pauvreté ou la dépendance? Cette décision rejoint donc la longue liste des reniements et autres projets tombés aux oubliettes qui caractérisent la présidence d’Emmanuel Macron.

Certes, il reste 20 ans pour éventuellement adopter un texte législatif interdisant ces produits dans l’agriculture, mais il faut bien avouer que commencer par les autoriser au lieu d’en limiter l’utilisation n’augure rien de bon pour les citoyens. En revanche, pour les bilans comptables de certaines entreprises…

Désormais, en France, tout se passe comme si l’environnement était pris en otage entre le cynisme d’un exécutif à la recherche d’un second souffle et des écologistes dont les premiers pas, dans les communes conquises le 28 juin dernier, laissent à craindre qu’ils soient guidés par une idéologie et non le pragmatisme dont l’environnement a besoin.

Nous devons mettre en œuvre une écologie qui ne soit pas strictement punitive. Certes, la sanction s’avère utile car, pour parler familièrement, la « peur du gendarme », dans certaines circonstances, s’avère utile et indispensable. Pour autant, nous devons construire à long terme en gérant la rareté, voire la pénurie des ressources. C’est en cela que l’économie et le développement durable ne sont pas antinomiques. Dans un monde où les ressources deviennent de plus en plus rares comment oublier que le but premier de la science économique est de gérer la rareté? Ce qui n’exclut, nullement, de faire des profits à condition qu’ils soient maîtrisés.

Oui, le développement durable est aussi un formidable levier de prospérité économique en ce qu’il permet de « cultiver » l’excellence et de s’interroger sur la capacité à produire plus ou autant avec une diminution des ressources. C’est cette démarche que j’ai adopté, en 2014, à Saint-Etienne Métropole afin de renforcer la transition écologique en matière de déplacements, de solarisation, de méthanisation, de rénovation urbaine ou encore de qualité énergétique des logements. Nous avons investi plus de 250 millions d’euros en six ans et nous n’allons pas relâcher notre effort d’ici 2026.

Cette vision positive a permis de mobiliser, localement, tous les acteurs économiques, sociaux, de l’enseignement supérieur et associatifs pour donner un contenu concret à cette excellence environnementale. Cet effort peut, doit, être généralisé à la France entière.

. Certes, c’est exigeant, donc difficile, mais comment demander des comportements vertueux si les délais octroyés sont excessivement longs? L’exemple des pesticides est, à ce sujet, extrêmement clair. En agissant de la sorte, l’exécutif ne fait que légitimer les positions extrêmes de cette écologie punitive qui empêche, par exemple, la ville de Rennes d’accueillir le grand départ du Tour de France, en 2021, pour des motifs dont la pertinence environnementale prête à discussion.

Construire une autre société suppose que l’on replace au centre des politiques publiques, l’homme. Cela suppose aussi, ce préalable indispensable de sortie d’une logique purement financière pour retrouver celle fondée sur l’économie et le social à la condition expresse de retrouver, aussi, le chemin du long terme. Entre les adeptes de la croissance et leurs opposants, arque boutés, sur la décroissance, nous devons proposer le projet d’une croissance économique maîtrisée, au service du progrès social, et compatible avec l’évolution des ressources de la planète. »

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