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Élection présidentielle : Désenchantement et éclatement

Élection présidentielle :  Désenchantement et éclatement

OPINION. Pourquoi sent-on une certaine fébrilité dans le camp macroniste ? Pourquoi les sondages annoncent-ils un score serré entre les deux finalistes ? Un autre manière d’interpréter le vote de dimanche. Par David Cayla, Université d’Angers. 

 

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle peut être lu de deux manières. Si l’on suit une grille de lecture politique, on peut comptabiliser trois blocs idéologiquement cohérents et de force comparable. La droite néolibérale rassemble 32,63% des voix autour des candidatures d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse ; l’extrême droite identitaire (Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignan) constitue un deuxième bloc qui pèse 32,28% des suffrages ; enfin, le total des voix de gauche et d’extrême gauche représente un dernier bloc rassemblant 31,94% de l’électorat. Reste les 3,13% des électeurs de Jean Lassalle, inclassable politiquement.

Une telle analyse du scrutin conduit à minimiser les risques d’une accession de Marine Le Pen à la présidence. Non seulement Emmanuel Macron parviendrait facilement à rassembler son bloc (légèrement plus important numériquement que celui de l’extrême droite) mais de plus il bénéficierait de l’appui d’une partie importante de la gauche dont les responsables sont unanimes dans leurs appels à faire « barrage » à l’extrême droite. Ainsi, sans trop prendre de risque, on pourrait pronostiquer une facile réélection du Président.

Mais si c’est ainsi qu’il faut interpréter le scrutin, pourquoi sent-on une telle fébrilité dans le camp macroniste ? Pourquoi les sondages annoncent-ils un score serré entre les deux finalistes ? C’est qu’il existe une autre manière d’interpréter le vote de dimanche.

Si l’on adopte une grille de lecture sociologique, il n’y a pas trois blocs mais deux camps. Le premier, le camp conservateur, représente les gagnants de la mondialisation. Il rassemble ceux qui défendent plus ou moins l’ordre établi et qui s’accommodent, sans toujours l’approuver, de la politique actuelle. Ses électeurs sont des personnes âgées qui n’ont pas connu la précarité au travail. Ils ont confiance dans les institutions, dans la presse et sont bien insérés socialement. Ils sont de droite et de gauche, d’un niveau socio-éducatif élevé et vivent majoritairement dans les banlieues aisées, en centre-ville et dans les métropoles.

Ce camp agrège aux néolibéraux les partis pro-européens de gauche (Hidalgo et Jadot) ainsi qu’une bonne moitié de l’électorat d’Éric Zemmour et une partie de l’électorat de Mélenchon ou de Fabien Roussel.

En face de ce camp se trouve la France des ronds points, des « gilets jaunes », celle qui manifestait contre le passe sanitaire et la vaccination. Cette France, peu sensible à la politique institutionnelle, rassemble les précaires et les classes populaires. Politiquement, elle est le plus souvent abstentionniste, même si elle s’exprime davantage à l’occasion des élections présidentielles.

C’est à cette France que Marine Le Pen doit pratiquement tous ses suffrages, mais cet électorat s’est aussi porté électoralement sur Mélenchon, notamment dans les banlieues et les Antilles, et sur Dupont-Aignan, Lassalle et Zemmour. Cette France déclassée tient les clés du second tour. Selon la dynamique de campagne, elle pourrait soit retourner à son abstention habituelle, soit voter Marine Le Pen. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est potentiellement majoritaire.

D’une manière plus triviale, ce qui frappe dans cette élection c’est la force des partis anti systèmes. Pour la première fois depuis le début de la Ve République, les électeurs ont voté à une très large majorité pour des candidats porteurs d’un discours de rupture.

Dans un ouvrage paru en 2019, les chercheurs Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault proposent une explication quant à l’émergence des mouvements anti systèmes. Selon eux, le populisme émerge lorsque la défiance s’accroît au sein de la société.

Ils distinguent deux sortes de défiance et donc deux sortes de populisme : d’abord, une défiance purement institutionnelle qui fait le lit d’un populisme de gauche qu’incarnerait par exemple Jean-Luc Mélenchon ou le mouvement des « gilets jaunes ». Ce populisme croit en l’action collective mais ne croit plus aux institutions actuelles qu’il souhaite transformer en profondeur.

À l’inverse, pour les auteurs, les populistes de droite seraient le produit d’une défiance généralisée qui s’adresse autant aux personnes qu’aux institutions sociales. On retrouve cette forme de populisme dans l’électorat de Marine Le Pen, chez les abstentionnistes et au sein des mouvements « antivax ».

Il est la conséquence d’une société marquée par l’individualisme et une forme d’anomie. Il se nourrit parfois d’une paranoïa qui rend sensible les personnes concernées aux thèses du grand remplacement et au complotisme. C’est une population qui a tendance à se replier sur sa sphère privée ou familiale.

Les ouvrages du journaliste américain Thomas Frank décrivent assez justement les sociétés « anomiques » (« sans loi ») au sein desquelles prospère le populisme de droite. Dans ces quartiers résidentiels américains, souvent marqués par la désindustrialisation et la dégradation des services publics, la haine contre le « progressisme » tient lieu de ciment social.

Si les causes des populismes sont assez claires, les raisons pour lesquelles la défiance s’accroît au sein d’une société le sont moins. Dans Populisme et néolibéralisme, j’ai avancé une explication.

La population perd confiance envers ses institutions lorsque ces dernières ne jouent plus leur rôle qui consiste à tisser des liens et à construire la vie sociale. Ainsi, la première des institutions est l’État, et le premier rôle de l’État est de protéger ses propres citoyens. Or, en choisissant d’insérer la France dans la mondialisation, les gouvernements, depuis quarante ans, ont réduit le champ de l’action politique à des logiques d’attractivité et de compétitivité.

La règle de la « bonne gestion » est devenue d’arbitrer systématiquement en faveur des capitaux et des classes supérieures, qui sont mobiles et s’installent là où la fiscalité est la plus douce, contre le travail et les classes populaires et moyennes qui elles sont immobiles et doivent supporter l’essentiel de la charge fiscale.

Vu sous cet angle, le quinquennat qui s’achève fut celui d’une clarification néolibérale, c’est-à-dire qu’il a pris un parti pris clair : celui de mettre l’État au service d’une adaptation de la société aux marchés.

Ce parti pris se retrouve dans la politique fiscale : suppression de l’impôt sur la fortune, baisse de la taxation du capital et de l’impôt sur les sociétés, hausse les taxes sur la consommation. Il se retrouve aussi dans une conception des services publics marquée par la réduction des coûts (fermeture des lits dans les hôpitaux, gel des salaires dans la fonction publique, réduction des dotations aux collectivités territoriales).

Enfin, la gestion du Covid a donné l’impression que « l’argent magique » qui n’existait pas pour répondre aux besoins des soignants de l’hôpital de Rouen pouvait soudainement affluer pour compenser les pertes des entreprises liées à la crise sanitaire.

Cette politique publique orientée vers le soutien prioritaire au secteur privé, au détriment des besoins sociaux a nourri et entretenu une défiance au sein de l’électorat. Les politiques gouvernementales sont-elles au service de l’intérêt général et du plus grand nombre, ou répondent-elles aux pressions des lobbies et des grandes entreprises ? Cette défiance qui s’est révélée lors du mouvement des « gilets jaunes » s’est ensuite cristallisée au moment de la crise sanitaire durant laquelle les théories les plus folles ont circulé sur l’innocuité des vaccins ou sur la pertinence des confinements.

Plus généralement, ce qui est apparu aux yeux d’une partie de l’opinion, c’est que l’État n’était pas là pour protéger la population, mais pour la punir ou la manipuler. C’est cette thèse teintée de paranoïa que défend la philosophe Barbara Stiegler. Les conséquences de cette défiance ont pu être mesurées par le taux de vaccination, beaucoup plus faible dans les territoires populaires et les départements d’outre-mer que dans les quartiers favorisés.

Le résultat du 10 avril semble exprimer la même défiance. Si les institutions ne sont pas remises à l’endroit, si les politiques menées continuent de donner l’impression de servir des intérêts qui ne sont pas ceux de la majorité, il est clair qu’une partie grandissante de la population sera tentée par le vote de sécession.

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Par David Cayla, Enseignant-chercheur en économie, Université d’Angers.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Jeunes et politique : le même désenchantement

Jeunes  et politique : le même désenchantement

Si l’abstention est un phénomène qui touche surtout les jeunes, leur manière de voter ne les distingue pas fondamentalement des générations un peu plus âgées, explique Laurent Lardeux, sociologue à l’Injep.

 

Pourquoi, lors du premier tour de l’élection présidentielle, environ 40 % des 18-34 ans n’ont pas été voter, alors que 80 % des retraités se sont rendus aux urnes ? Comment expliquer que ces jeunes aient accordé massivement leurs voix à Jean-Luc Mélenchon ? Eléments de réflexion avec Laurent Lardeux, sociologue spécialiste de la politisation de la jeunesse à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep).


Comment expliquer que plus de quatre électeurs sur dix entre 18 et 34 ans aient boudé les urnes ?

Le premier tour de l’élection présidentielle 2022 confirme la tendance qu’on observe depuis une trentaine d’années, scrutin après scrutin, d’une nouvelle forme de participation politique des jeunes générations, déjà abondamment documentée. Pour ces jeunes, la participation citoyenne passe autant par l’engagement « direct » dans des associations ou des mouvements que par un vote tous les cinq ans. Aller aux urnes n’est souvent plus conçu comme un devoir mais comme un droit que les jeunes utilisent quand les enjeux et débats politiques sont à la hauteur de leurs attentes et besoins.

Or, la jeunesse est touchée de plein fouet par la précarité depuis la crise sanitaire et elle est particulièrement sensible aux questions d’environnement et de justice sociale, par exemple. Ces préoccupations n’ont pas été centrales depuis le début de la campagne électorale, on aurait pu s’attendre à une abstention encore plus forte, à l’image de ce qu’elle fut aux élections intermédiaires.

Il est difficile de dire ce qu’il en sera pour le second tour. Reste que le décalage entre les attentes d’une jeunesse très exigeante politiquement et les propositions politiques qui leur sont faites, dont l’abstention est le révélateur, est un vrai défi démocratique pour les années qui viennent.

Selon vous, pourquoi la jeunesse s’est-elle tournée en premier lieu vers le candidat Jean-Luc Mélenchon ?

Le vote des jeunes pour le candidat de La France insoumise a, selon moi, une triple explication. Comme pour d’autres catégories d’âge lui ayant accordé leurs voix, il y a d’abord un vote d’adhésion aux valeurs progressistes qu’ils partagent avec ce candidat sur l’immigration, la justice sociale, les discriminations ou encore l’environnement. Mais on peut y voir aussi sans doute une part de vote utile pour le candidat qui était le plus à même, à gauche, d’aller au second tour.

Enfin, comme dans leurs autres formes d’engagement politique, la mobilisation des jeunes est souvent plus contestataire que celle des autres générations : les jeunes qui se déplacent dans un bureau de vote le font, un peu plus que leurs aînés, pour interpeller les décideurs politiques et manifester leur mécontentement. D’où leurs voix vers des discours plus radicaux : Jean-Luc Mélenchon (31 % des 18-24 ans) mais aussi, ne l’oublions pas, Marine Le Pen et Eric Zemmour (34 % des 18-24 ans à eux deux).

Marchés financiers : Après l’espoir le désenchantement

Marchés financiers : Après l’espoir le désenchantement

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La fin espérée de la crise sanitaire et la reprise économique ont nourri des espoirs de rendement significatif sur les marchés financiers. Toutefois la situation en Ukraine remet en cause bien des certitudes et les espérances de rentabilité.( Un article de la Tribune, Karl Eychenne)

Nul ne sait comment évoluera le conflit ukrainien dans les jours qui viennent, quel sera l’impact des sanctions économiques dans les mois qui suivront, et où finira l’inflation en fin d’année. Par contre, il existe quelques certitudes, 4 précisément.

Première certitude : le pouvoir d’achat du consommateur va souffrir, de plus en plus. Les tensions en cours sur les prix de certaines matières premières n’ont plus rien à avoir avec la pandémie, mais sont liées au conflit ukrainien et sont bien parties pour durer. +30% de hausse du prix du pétrole depuis le début de l’année, +40% pour le blé, et +50% pour le prix du gaz… Les efforts gouvernementaux pour limiter la casse sont toujours les bienvenus, mais tellement dérisoire face à au choc subi.

Deuxième certitude : les marges des entreprises vont aussi souffrir. La facture s’annonce salée avec d’une part la hausse du coût des « inputs » liée aux tensions des prix de l’énergie notamment, et de l’autre la hausse du coût du capital liée à la remontée des taux d’intérêt. Un seul secteur devrait tirer son épingle du jeu : l’énergie évidemment. Mais le reste des entreprises devra faire l’effort, et au besoin couper dans les embauches et l’investissement. Les analystes prévoient encore 10% de bénéfices en 2022. Ils rêvent.

Troisième certitude : la Banque Centrale européenne va durcir de plus en plus son message, anticipant une politique monétaire de plus en plus restrictive. Bon, il ne faut pas pousser non plus : on devrait plutôt parler de politique de moins en moins accommodante. En effet, rappelons quand même que les taux d’intérêt directeurs sont à 0%, et l’inflation à près de 7%. Avant que la politique monétaire ne devienne restrictive, il faudra passer un long moment à priori, et de nombreux comités de la Banque Centrale.

Quatrième certitude : les politiques budgétaires ne vont plus pouvoir financer les prochaines crises aussi facilement. Le quoi qu’il en coûte ne coûte toujours pas grand-chose malgré les tensions sur les taux d’intérêt. Mais il coûte un peu plus quand même, et il pourrait coûter bien davantage encore si les taux continuent de monter. Et il ne faut plus compter sur la Banque Centrale européenne (BCE) pour limiter la casse. En effet, la dette publique sera bientôt persona non grata dans le bilan de la BCE. Fini la création de monnaie pour financer la politique de l’État. L’inflation a rappelé à la BCE ses premiers devoirs.

L’investisseur n’a pas besoin qu’on lui fasse un dessin. Il comprend très vite que ces 4 certitudes ne promettent rien de bon sur les marchés financiers. Le tout sous réserve évidemment que le conflit ukrainien ne dégénère pas, car alors les perspectives seraient bien plus sombres encore pour l’investisseur.

Commençons par le pire : les marchés obligataires. Depuis le début de l’année, ils perdent près de 5%. La remontée des taux d’intérêt rend les obligations initialement achetées à des taux plus faibles de moins en moins intéressantes pour celui qui les détient. En effet, quel intérêt de détenir une obligation qui rémunère 0% par an, alors que celle émise plus récemment propose du 1%. Autant vendre maintenant avant que les taux ne montent davantage encore. Car si les taux ont commencé à monter à cause de l’inflation et de la BCE, on ne voit pas pourquoi ils s’arrêteraient en si bon chemin.

Puis il y a les marchés d’actions. Ils perdent près de 10% depuis le début de l’année. Mais les investisseurs ne désespèrent pas d’un rebond pour solder éventuellement l’année à près de 0%. Possible, mais de moins en moins probable. Il faudrait pour cela que les marges des entreprises résistent à la hausse des coûts, et que les valorisations des marchés (PER) résistent aux tensions sur les taux d’intérêt. Cela fait peut-être beaucoup. Certes, l’investisseur pourra toujours avancer le plus vieil argument du monde de la finance : après la pluie le beau temps, et saisir l’opportunité de prix bas. Mais bon.

Ceux qui sont censés faire mieux en termes de performances, ou moins en termes de risque, le tout afin d’améliorer le profil rendement – risque du portefeuille de l’investisseur. Hélas quand ça ne veut pas… Aujourd’hui, on serait bien en peine d’identifier une classe d’actif qui ait su tirer son épingle du jeu de la crise récente, et qui promette de faire aussi bien les jours prochains.

Certes, il y a le marché d’action américain qui fait bien mieux que le marché européen depuis le début de l’année. Mais on ne peut pas vraiment parler d’un actif alternatif qui s’émancipe du cycle économique mondial. D’une manière générale, tous les marchés d’actions se tiennent par la barbichette, au beta près, il s’agit d’une mesure de la sensibilité que chaque marché entretient avec tous les autres réunis.

Pas vraiment mieux, pas vraiment diversifiant. Tous entretiennent d’ailleurs des liens assez forts entre eux, et même avec les marchés d’actions. Bref, cela fait joli dans un portefeuille, on voyage, mais de là à améliorer le rendement – risque du portefeuille. On repassera.

Mouais. L’assurance contre l’inflation est clairement une bonne idée. Mais avec des taux d’intérêt réels négatifs, c’est déjà beaucoup moins intéressant. C’est un peu comme si vous n’étiez assuré que pour la moitié de vos biens. Certes, c’est toujours mieux que rien.

Il y aurait bien les matières premières, seule classe d’actif à réellement performer depuis le début de la crise Covid jusqu’au conflit ukrainien. Mais la règlementation est plutôt rétive à ce genre d’actifs dans le portefeuille de l’épargnant.

Pour les plus courageux ou les imprudents, il y a alors les actifs vraiment alternatifs. Ces actifs qui vous proposent des performances passées plutôt sympathiques, mais inversement corrélées aux performances futures. J’exagère, mais pas trop quand même. Il s’avère après coup qu’on est plus proche de la tontine : primes de risques alternatives, hedge funds quantitatifs, et autres boites noires, dans le même panier.

Enfin, on ne terminera pas sans parler des cryptomonnaies. Elles font toujours jaser. Sur le plan de la volatilité, on n’est pas déçu, il faut les reins solides. Sur le plan des performances, on est quand même un peu surpris. Depuis le début de la crise Covid, le Bitcoin par exemple est en hausse de près de 400%. Depuis le début de la crise ukrainienne +20%.




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