Archive pour le Tag 'dérive'

Climat: la dérive judiciaire

Climat:  la dérive judiciaire

Gilles Savary dénonce dans le journal l’opinion l’emprise grandissante du système judiciaire sur la société concernant le climat.

 

Sur saisine de l’association Les Amis de la Terre, le Conseil d’Etat a condamné le gouvernement à une astreinte de 10 millions d’euros pour carences récurrentes de sa politique de « qualité de l’air ​» en regard des objectifs européens. Six agglomérations françaises sont encore exposées à des dépassements de seuils légaux d’émissions polluantes.

Sans contester les failles et les atermoiements de la France, tous gouvernements confondus, à se donner les moyens de ses engagements écologiques ni même le rôle d’aiguillon du Conseil d’Etat, on éprouve un malaise à ce que ce soit le juge, hors contentieux individuel, qui sanctionne une politique publique plutôt que le citoyen électeur.

D’abord, parce que cette dérive conforte l’idée déresponsabilisante et mystique, certes hypertrophiée dans notre pays, que l’Etat et ses gouvernements sont les uniques responsables du destin des décisions publiques. Il n’est pas utile d’avoir poussé la formation en sciences politiques au niveau de nos vénérables conseillers d’Etat, pour savoir qu’il n’y a pas de réforme réussie, fut-elle votée par les chambres, sans consentement collectif à sa mise en œuvre. Et il n’y a guère plus systémique que la question environnementale, en particulier celle de la qualité de l’air qui engage indistinctement une chaîne de responsabilités et de comportements individuels et collectifs sur lesquels les Etats ne disposent pas d’un pouvoir de contrainte illimité.

On prétend même que le bassin parisien souffre d’épisodes polluants venus de pays voisins. Le sud de la France est habitué à des épisodes de dépôts de sables sahariens. Il n’y a guère que les radiations de Tchernobyl qui se sont accommodées de frontières nationales…

Responsabilité. Un gouvernement peut être animé, en toute bonne foi, des meilleures intentions du monde et de la plus grande détermination à les mettre en œuvre, et devoir y renoncer la mort dans l’âme face à des impondérables ou à des résistances inattendues du corps social de son pays.

Les gouvernements qui ont fait le choix de renoncer à l’écotaxe en 2016, ou à l’augmentation de la taxe carbone sur le carburant en 2018, face aux risques d’escalade des manifestations de Bonnets rouges et de Gilets jaunes, ne l’ont pas fait de bonne grâce, mais en considération de risques collectifs qu’ils jugeaient démesurés pour le pays. On peut leur contester ces renoncements, mais ils procèdent d’une responsabilité imprescriptiblement et honorablement politique, qui ne peut être appréciée, et encore moins jugée, à l’aune exclusif d’objectifs écologiques.

Notre pays, qui s’est toujours montré réfractaire à l’évaluation des politiques publiques, épouse l’air du temps qui consiste à en judiciariser les résultats

La qualité de l’air à Paris, Lyon ou Toulouse dépend tout autant de décisions locales d’urbanisme, de politiques de transports publics et de mesures de police de la circulation que de décisions gouvernementales centralisées. En quoi le gouvernement est-il responsable du fait qu’aucune agglomération ne se soit portée volontaire pour expérimenter des péages urbains, comme l’autorise la loi française ?

Notre pays, qui s’est toujours montré réfractaire à l’évaluation des politiques publiques, épouse l’air du temps qui consiste à en judiciariser les résultats. Opérée ces dernières années sous la pression d’influentes ONG, cette dérive judiciaire dévalue la sanction électorale et entretient un sentiment délétère d’inutilité et d’impuissance de la classe politique, même si cette dernière y prête inconsidérément la main dans l’élaboration des lois.

On peut s’en consoler en constatant que l’amende qui frappe le gouvernement français est très largement recyclée dans des agences étatiques, sans grande incidence finale pour le budget de l’Etat.

Gilles Savary est ancien député PS de la Gironde et délégué général de Territoires de progrès

Tunisie : démocratie ou dérive autoritaire

Tunisie : démocratie ou dérive autoritaire

Si le président Kaïs Saïed a bénéficié du soutien populaire, son incapacité à répondre aux demandes sociales qu’il a encouragées pourrait l’entraîner vers une dérive autoritaire, analyse l’historienne et politiste Sophie Bessis dans une tribune au « Monde ».(extrait)

Tribune

 

 

 

Est-ce dû à la centralité de l’idée constitutionnelle dans son histoire politique depuis plus d’un siècle et demi ? Il semble en tout cas que la Tunisie se soit spécialisée dans une modalité particulière de prise du pouvoir, celle du coup d’Etat constitutionnel. L’ex-président Ben Ali y avait eu recours pour renverser le vieux leader Habib Bourguiba, le 7 novembre 1987.

Trente-quatre ans et une révolution plus tard, c’est également en invoquant la Constitution que le président Kaïs Saïed a réalisé, le dimanche 25 juillet, un coup de force en s’accaparant, en vertu d’une lecture très personnelle de l’article 80 de la Loi fondamentale, la totalité du pouvoir. Avec le feu vert de l’armée, il concentre désormais entre ses mains les fonctions exécutive, législative et judiciaire que la Constitution de 2014 avait pris soin de séparer, et même de fragmenter en ce qui concerne l’exécutif.

 

La question est désormais de savoir s’il s’agit d’une panne passagère dans la construction chaotique mais obstinée de la démocratie tunisienne ou d’un coup d’arrêt durable donné à cette dernière. M. Saïed attendait en fait impatiemment de franchir le Rubicon. Depuis son élection, en octobre 2019, il n’a cessé de vouloir étendre ses prérogatives et d’appeler à une modification de la Constitution qui donnerait le pouvoir au peuple dont il se réclame.

L’occasion de passer à l’acte lui a été fournie par la descente aux abîmes d’une classe politique ayant fait depuis la révolution de 2011, mais surtout depuis deux ans, la preuve de son incapacité à relever les défis posés par un pays en pleine déconfiture politique, économique et sociale.

De fait, M. Saïed a bénéficié d’un alignement des planètes exceptionnellement favorable pour passer à l’acte. Le parti islamiste Ennahda a été totalement discrédité par ses pratiques clientélistes et prébendières et un exercice du pouvoir qu’il monopolise pratiquement depuis octobre 2011. Centré sur ses seuls intérêts, celui-ci a provoqué en moins de dix ans un rejet radical dont témoignent les saccages qu’ont subis ses locaux un peu partout dans le pays, y compris dans ses fiefs, lors des manifestations du 25 juillet. Il était donc facile pour le chef de l’Etat de lui donner le coup de grâce.

Les classes populaires, épuisées par l’augmentation du coût de la vie, la permanence d’un chômage de masse, l’extension de la corruption, auxquelles est venue s’ajouter la gravité de la crise sanitaire, écœurées par le comportement de ses élus et sensibles à la rhétorique populiste du chef de l’Etat, ne pouvaient par ailleurs qu’approuver son intention déclarée de mettre fin à la gabegie.

Société- Pegasus : La dérive totalitaire (Le Monde)

Société- Pegasus  : La dérive totalitaire (Le Monde)

 

Les révélations publiées au long de cette semaine par « Le Monde » et seize rédactions associées au sein du « Projet Pegasus » prouvent, de manière incontestable, qu’en matière de cybersurveillance l’abus est la règle, et non l’exception ‘ (édito du monde).

 

Depuis des années, des réponses invariablement lénifiantes sont opposées aux nombreuses inquiétudes sur les dérives potentiellement liberticides rendues possibles par les outils créés par l’industrie de la surveillance numérique. Les entreprises de ce secteur, comme les Etats qui font appel à leurs services, assurent que les risques sont infimes, les usages encadrés, les engagements respectés. Depuis des années, les doutes sont balayés au nom de l’intérêt supérieur des sécurités nationales, et de la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé.

Cette négation de l’évidence sera désormais beaucoup plus compliquée. Les révélations publiées au long de cette semaine par Le Monde et seize rédactions associées au sein du « Projet Pegasus », coordonnées par l’organisation Forbidden Stories, en partenariat avec Amnesty International, prouvent, de manière incontestable, qu’en matière de cybersurveillance l’abus est la règle, et non l’exception.


Cette démonstration provient de l’examen approfondi d’une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone visés depuis 2016 – sans que tous aient été infectés – par les clients d’un puissant logiciel espion, baptisé « Pegasus », développé par l’entreprise israélienne NSO Group pour le compte d’une dizaine de gouvernements. Ce travail dévoile l’ampleur du dévoiement de cette arme informatique, si puissante qu’elle peut aspirer toutes les données d’un smartphone en toute discrétion, et ce, jusqu’à présent, en toute impunité. Car ce ne sont pas des groupes terroristes ou criminels qui apparaissent principalement dans cette liste, dûment authentifiée par des mois d’enquête. Dans les faits, Pegasus est couramment utilisé contre des journalistes, des avocats, des militants des droits de l’homme, des opposants politiques, des médecins, théoriquement protégés par la convention de Genève.


Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment pouvait-on sérieusement faire mine de croire une entreprise qui vend son outil de surveillance numérique à des régimes autoritaires, tels que l’Azerbaïdjan, tout en affirmant, la main sur le cœur, qu’elle est très attentive au respect des droits de l’homme ? Le coût modique de Pegasus place cet outil à la portée de tous les Etats et permet à des pays comme le Maroc ou la Hongrie, dont les capacités « cyber » en propre sont faibles, d’avoir instantanément accès à de très puissantes capacités d’espionnage, et à toutes les tentations qu’elles permettent.

Selon NSO, une quarantaine de pays ont fait l’acquisition de ce système. Combien d’entre eux s’en servent pour contourner l’Etat de droit et se livrer à des surveillances contraires au droit international ? Les enquêtes du « Projet Pegasus » conduisent à répondre « tous ou presque », démocraties comprises. Le gouvernement israélien, qui valide chacune des ventes opérées par NSO, fait d’ailleurs l’aveu indirect de sa connaissance des abus permis par cet outil, puisqu’il bloque les tentatives de surveillance en Chine, aux Etats-Unis ou encore en Russie.

 

Car, contrairement à ce qu’affirment NSO comme ses clients, il n’existe quasiment aucune forme de contrôle sur l’utilisation qui est faite de Pegasus, une fois le dispositif déployé. Les opérateurs pris en flagrant délit voient, au pire, suspendre leur accès, quand leurs actions ont déclenché un scandale mondial, comme dans le dossier de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. La vente de ces armes numériques, pudiquement appelées « biens à double usage » dans le jargon technique, est régie par l’arrangement de Wassenaar, un accord très peu contraignant qui n’interdit rien et oblige simplement ses signataires – Israël n’en fait pas partie – à un peu de transparence.


Les logiciels espions sont pourtant bien plus intrusifs que les écoutes téléphoniques, strictement encadrées au moins dans nos démocraties. Et, à la différence de la plupart des autres armes, elles sont à 99 % utilisées contre des civils. Il est grand temps de prendre conscience de ce scandale, de constater les abus que nos révélations portent à la connaissance de tous, et de lancer le débat sur un contrôle réel et efficace de ces techniques.

La sécurité de nos concitoyens peut certes rendre nécessaires des opérations de surveillance drastiquement délimitées. Mais cet impératif ne saurait en rien justifier la violation massive et systématique du secret de nos vies et de nos échanges privés, comme de la confidentialité de nos opinions.

Pegasus : La dérive totalitaire

Pegasus  : La dérive totalitaire (Le Monde)

 

Les révélations publiées au long de cette semaine par « Le Monde » et seize rédactions associées au sein du « Projet Pegasus » prouvent, de manière incontestable, qu’en matière de cybersurveillance l’abus est la règle, et non l’exception ‘ (édito du monde).

 

Depuis des années, des réponses invariablement lénifiantes sont opposées aux nombreuses inquiétudes sur les dérives potentiellement liberticides rendues possibles par les outils créés par l’industrie de la surveillance numérique. Les entreprises de ce secteur, comme les Etats qui font appel à leurs services, assurent que les risques sont infimes, les usages encadrés, les engagements respectés. Depuis des années, les doutes sont balayés au nom de l’intérêt supérieur des sécurités nationales, et de la lutte contre le terrorisme ou le crime organisé.

Cette négation de l’évidence sera désormais beaucoup plus compliquée. Les révélations publiées au long de cette semaine par Le Monde et seize rédactions associées au sein du « Projet Pegasus », coordonnées par l’organisation Forbidden Stories, en partenariat avec Amnesty International, prouvent, de manière incontestable, qu’en matière de cybersurveillance l’abus est la règle, et non l’exception.


Cette démonstration provient de l’examen approfondi d’une liste de plus de 50 000 numéros de téléphone visés depuis 2016 – sans que tous aient été infectés – par les clients d’un puissant logiciel espion, baptisé « Pegasus », développé par l’entreprise israélienne NSO Group pour le compte d’une dizaine de gouvernements. Ce travail dévoile l’ampleur du dévoiement de cette arme informatique, si puissante qu’elle peut aspirer toutes les données d’un smartphone en toute discrétion, et ce, jusqu’à présent, en toute impunité. Car ce ne sont pas des groupes terroristes ou criminels qui apparaissent principalement dans cette liste, dûment authentifiée par des mois d’enquête. Dans les faits, Pegasus est couramment utilisé contre des journalistes, des avocats, des militants des droits de l’homme, des opposants politiques, des médecins, théoriquement protégés par la convention de Genève.


Comment aurait-il pu en être autrement ? Comment pouvait-on sérieusement faire mine de croire une entreprise qui vend son outil de surveillance numérique à des régimes autoritaires, tels que l’Azerbaïdjan, tout en affirmant, la main sur le cœur, qu’elle est très attentive au respect des droits de l’homme ? Le coût modique de Pegasus place cet outil à la portée de tous les Etats et permet à des pays comme le Maroc ou la Hongrie, dont les capacités « cyber » en propre sont faibles, d’avoir instantanément accès à de très puissantes capacités d’espionnage, et à toutes les tentations qu’elles permettent.

Selon NSO, une quarantaine de pays ont fait l’acquisition de ce système. Combien d’entre eux s’en servent pour contourner l’Etat de droit et se livrer à des surveillances contraires au droit international ? Les enquêtes du « Projet Pegasus » conduisent à répondre « tous ou presque », démocraties comprises. Le gouvernement israélien, qui valide chacune des ventes opérées par NSO, fait d’ailleurs l’aveu indirect de sa connaissance des abus permis par cet outil, puisqu’il bloque les tentatives de surveillance en Chine, aux Etats-Unis ou encore en Russie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « Projet Pegasus » : comment la société israélienne NSO Group a révolutionné l’espionnage

Car, contrairement à ce qu’affirment NSO comme ses clients, il n’existe quasiment aucune forme de contrôle sur l’utilisation qui est faite de Pegasus, une fois le dispositif déployé. Les opérateurs pris en flagrant délit voient, au pire, suspendre leur accès, quand leurs actions ont déclenché un scandale mondial, comme dans le dossier de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. La vente de ces armes numériques, pudiquement appelées « biens à double usage » dans le jargon technique, est régie par l’arrangement de Wassenaar, un accord très peu contraignant qui n’interdit rien et oblige simplement ses signataires – Israël n’en fait pas partie – à un peu de transparence.


Les logiciels espions sont pourtant bien plus intrusifs que les écoutes téléphoniques, strictement encadrées au moins dans nos démocraties. Et, à la différence de la plupart des autres armes, elles sont à 99 % utilisées contre des civils. Il est grand temps de prendre conscience de ce scandale, de constater les abus que nos révélations portent à la connaissance de tous, et de lancer le débat sur un contrôle réel et efficace de ces techniques.

La sécurité de nos concitoyens peut certes rendre nécessaires des opérations de surveillance drastiquement délimitées. Mais cet impératif ne saurait en rien justifier la violation massive et systématique du secret de nos vies et de nos échanges privés, comme de la confidentialité de nos opinions.

Politique- L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

Politique- L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

 

Par Gaston René Bessay, Expert Consultant international

Certes l’abstention aux régionales a été exceptionnellement massive. Cependant ce mouvement n’est pas nouveau , il affecte à peu près toutes les élections dans des proportions cependant différentes. Cela témoigne à l’évidence d’une sorte de désintérêt voire de mépris vis-à-vis de la chose publique et surtout du système politique.

Globalement les Français ne croient pas en la capacité des responsables politiques à faire changer de manière significative et positivement l’environnement social, économique, ou sociétal. Ce n’est pas seulement du désenchantement mais une sorte de rejet pour un système démocratique usé jusqu’à la corde.

Pour résumer,  les échéances électorales sont à peu près le seul acte démocratique qui permet à tous les électeurs de s’exprimer. En gros, une sorte de vision très primaire de la démocratie : on dépose une fois de temps en temps un bulletin de vote dans l’urne, ensuite les élus font ce qu’ils veulent, ce qu’ils peuvent ou rien du tout.

De toute évidence,  il manque l’essentiel, c’est-à-dire de la chair autour de la démocratie, c’est-à-dire une capacité permanente à associer les acteurs aux actions d’intérêt général. Pour faire semblant on crée sans arrêt de nouvelles ministructures où sont désignés dans la plupart des cas des incompétents notoires, des arrivistes ou encore des bobos.

On reproche à ces s institutions de concertation l’insuffisance de leurs travaux. Ce n’est pas sans raison. Ceci étant lorsque les réflexions et propositions sont pertinentes, elles sont rarement prises en compte. Cela vaut surtout pour le niveau national mais tout autant pour les autres échelons de décision y compris le niveau local.

Le sommet de l’hypocrisie est sans doute atteint lorsque à l’initiative d’élus écolos ou de macronistes, on désigne au hasard des citoyens pour siéger dans ces organismes de concertation. Du coup on a vite fait de démonter les propositions ésotériques de ces organismes.

La période se caractérise en effet par une grande complexification des problématiques économique, technologique, environnementale et sociétale.En plus avec des interactions systémiques multiples qui échappent aux analyses simplistes

L’étude trop fragmentée et  trop partisane des phénomènes constitue un des facteurs explicatifs essentiels  de l’incompréhension des transformations structurelles que nous vivons.  La compréhension de la  complexité des transformations en cours implique une dépassement des clivages partisans , une  ouverture d’esprit aux idées différentes. La pluralité des approches permet d’éviter le sectarisme.  L’indépendance et la pertinence de l’information constituent un enjeu stratégique pour comprendre les mutations actuelles et au-delà pour les maîtriser. Autant d’exigences qui échappent  le plus souvent aux grilles d’analyse obsolète de nombre de partis politiques.

Une nouvelle démocratie passe aussi par une modification du processus d’émergence des futurs élus..

Aujourd’hui n’importe qui peut se présenter sans aucune compétence, sans aucune expérience, sans aucune légitimité. Ainsi par exemple un énarque peut se parachuter dans une région dont il ne connaît rien pour devenir député. C’est aussi le même phénomène souvent rencontré aux autres niveaux d’élection où n’importe quel citoyen lambda prétend pouvoir diriger une communauté de citoyens alors qu’il n’a préalablement aucun passé social. C’est ainsi l’occasion pour nombre d’opportunistes de faire des petites carrières politiques bien rémunérées.

Difficile de comprendre ce simplisme dans l’émergence des candidats à la candidature. En général dans les organisations sociales,  on estime qu’il faut presque 10 ans pour former un responsable  national. En politique en quelques mois n’importe qui peut se parachuter et devenir responsable du pays.

Autre élément complexe de la problématique démocratique , la contradiction permanente entre le souci de plaire à l’électeur pour être élu et l’efficacité. Une contradiction permanente gérée par la démagogie et le mensonge. De ce point de vue, un minimum d’éthique serait nécessaire. Cette contradiction centrale alimente tous les rejets du politique.

Il faut aussi convenir que les médias et autres institutions intermédiaires ne jouent pas suffisamment leur rôle de filtre d’évaluation et d’animation du débat. Pas étonnant, la plupart des médias nationaux comme régionaux dépendent d’intérêts financiers qui soutiennent des candidats qui leur sont proches. Le pire est sans doute atteint avec la presse régionale et locale dont la ligne éditoriale se résume à la tribune des chats écrasés, des louanges éhontés en faveur des élus en place et à la reprise bête et méchante des informations des agences. Les autres médias ne sont guère non plus à la hauteur qu’il s’agisse de la télévision, des radios ou même d’Internet où la pire côtoie le meilleur surtout en plus avec l’anonymat qui encourage n’importe quelle dérive.

Pour tout dire, ce ne sont pas simplement les modalités d’élections qui sont à revoir ( vote obligatoire, vote par Internet etc.) mais le contenu même et les modalités de gestion d’une démocratie vivante. Ce n’est pas le référendum à tout faire qui réglera cette question complexe mais sans doute un long débat, profond, argumentée, large pour moderniser un système démocratique demeuré à l’èré néandertalienne.

 

L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

 

Par Gaston René Bessay, Expert international en prospective

Certes l’abstention aux régionales a été exceptionnellement massive. Cependant ce mouvement n’est pas nouveau , il affecte à peu près toutes les élections dans des proportions cependant différentes. Cela témoigne à l’évidence d’une sorte de désintérêt voire de mépris vis-à-vis de la chose publique et surtout du système politique.

Globalement les Français ne croient pas en la capacité des responsables politiques à faire changer de manière significative et positivement l’environnement social, économique, ou sociétal. Ce n’est pas seulement du désenchantement mais une sorte de rejet pour un système démocratique usé jusqu’à la corde.

Pour résumer,  les échéances électorales sont à peu près le seul acte démocratique qui permet à tous les électeurs de s’exprimer. En gros, une sorte de vision très primaire de la démocratie : on dépose une fois de temps en temps un bulletin de vote dans l’urne, ensuite les élus font ce qu’ils veulent, ce qu’ils peuvent ou rien du tout.

De toute évidence,  il manque l’essentiel, c’est-à-dire de la chair autour de la démocratie, c’est-à-dire une capacité permanente à associer les acteurs aux actions d’intérêt général. Pour faire semblant on crée sans arrêt de nouvelles ministructures où sont désignés dans la plupart des cas des incompétents notoires, des arrivistes ou encore des bobos.

On reproche à ces s institutions de concertation l’insuffisance de leurs travaux. Ce n’est pas sans raison. Ceci étant lorsque les réflexions et propositions sont pertinentes, elles sont rarement prises en compte. Cela vaut surtout pour le niveau national mais tout autant pour les autres échelons de décision y compris le niveau local.

Le sommet de l’hypocrisie est sans doute atteint lorsque à l’initiative d’élus écolos ou de macronistes, on désigne au hasard des citoyens pour siéger dans ces organismes de concertation. Du coup on a vite fait de démonter les propositions ésotériques de ces organismes.

La période se caractérise en effet par une grande complexification des problématiques économique, technologique, environnementale et sociétale.En plus avec des interactions systémiques multiples qui échappent aux analyses simplistes

L’étude trop fragmentée et  trop partisane des phénomènes constitue un des facteurs explicatifs essentiels  de l’incompréhension des transformations structurelles que nous vivons.  La compréhension de la  complexité des transformations en cours implique une dépassement des clivages partisans , une  ouverture d’esprit aux idées différentes. La pluralité des approches permet d’éviter le sectarisme.  L’indépendance et la pertinence de l’information constituent un enjeu stratégique pour comprendre les mutations actuelles et au-delà pour les maîtriser. Autant d’exigences qui échappent  le plus souvent aux grilles d’analyse obsolète de nombre de partis politiques.

Une nouvelle démocratie passe aussi par une modification du processus d’émergence des futurs élus..

Aujourd’hui n’importe qui peut se présenter sans aucune compétence, sans aucune expérience, sans aucune légitimité. Ainsi par exemple un énarque peut se parachuter dans une région dont il ne connaît rien pour devenir député. C’est aussi le même phénomène souvent rencontré aux autres niveaux d’élection où n’importe quel citoyen lambda prétend pouvoir diriger une communauté de citoyens alors qu’il n’a préalablement aucun passé social. C’est ainsi l’occasion pour nombre d’opportunistes de faire des petites carrières politiques bien rémunérées.

Difficile de comprendre ce simplisme dans l’émergence des candidats à la candidature. En général dans les organisations sociales,  on estime qu’il faut presque 10 ans pour former un responsable  national. En politique en quelques mois n’importe qui peut se parachuter et devenir responsable du pays.

Autre élément complexe de la problématique démocratique , la contradiction permanente entre le souci de plaire à l’électeur pour être élu et l’efficacité. Une contradiction permanente gérée par la démagogie et le mensonge. De ce point de vue, un minimum d’éthique serait nécessaire. Cette contradiction centrale alimente tous les rejets du politique.

Il faut aussi convenir que les médias et autres institutions intermédiaires ne jouent pas suffisamment leur rôle de filtre d’évaluation et d’animation du débat. Pas étonnant, la plupart des médias nationaux comme régionaux dépendent d’intérêts financiers qui soutiennent des candidats qui leur sont proches. Le pire est sans doute atteint avec la presse régionale et locale dont la ligne éditoriale se résume à la tribune des chats écrasés, des louanges éhontés en faveur des élus en place et à la reprise bête et méchante des informations des agences. Les autres médias ne sont guère non plus à la hauteur qu’il s’agisse de la télévision, des radios ou même d’Internet où la pire côtoie le meilleur surtout en plus avec l’anonymat qui encourage n’importe quelle dérive.

Pour tout dire, ce ne sont pas simplement les modalités d’élections qui sont à revoir ( vote obligatoire, vote par Internet etc.) mais le contenu même et les modalités de gestion d’une démocratie vivante. Ce n’est pas le référendum à tout faire qui réglera cette question complexe mais sans doute un long débat, profond, argumentée, large pour moderniser un système démocratique demeuré à l’èré néandertalienne.

 

Société- La « dérive morale du monde occidental » ?

Société- La « dérive morale du monde occidental » ?

Auteur influent de la droite religieuse américaine, le journaliste pointe dans son ouvrage le recul des libertés imposé, selon lui, par les intellectuels d’une gauche qui prêche une transformation radicale de la société.

 

Livre ( Analyse du Monde). 

 

Journaliste et essayiste, Rod Dreher est l’un des auteurs les plus influents de la droite religieuse aux Etats-Unis. Face à une Amérique qui se sécularise, il défend le « localisme », un repli des chrétiens au sein de communautés où ils peuvent vivre en accord avec leur foi. C’était le thème principal de son Pari bénédictin (Artège, 2017). L’ouvrage qu’il propose aujourd’hui va plus loin, il souhaite, dans un livre proche du manuel, aider ses lecteurs à « résister au mensonge ».

A l’ère de la contre-vérité, de la désinformation, ce que l’on définit comme faux en dit beaucoup sur nos opinions politiques. Pour Rod Dreher, si les démocraties libérales tournent au « soft totalitarisme », diffusant des mensonges auxquels chacun est sommé d’adhérer, c’est qu’elles sont sous l’emprise du « wokisme » de la gauche radicale, férocement engagée contre le racisme. Encore récemment, on disait « politiquement correct ».

Dreher définit le phénomène en « un ensemble de croyances progressistes incompatibles avec la plus élémentaire logique – et certainement avec le christianisme ». Ce système de pensée ne serait cependant pas diffusé principalement par l’Etat, mais davantage par les grandes entreprises des nouvelles technologies, rassemblées sous l’acronyme Gafam, dont les salariés ont généralement étudié à l’université. C’est là que prospère « une mouvance qui cherche à réduire l’histoire de l’Occident à son seul passé colonial et esclavagiste ».

Le recul de la liberté ne peut être mieux compris que par ceux qui ont déjà vécu une telle régression. Rod Dreher se rend pour cette raison dans les anciens pays du bloc communiste. Il y multiplie les rencontres, Kamila Bendova, la veuve de Vaclav Benda (1946-1999), intellectuel et dissident tchèque, signataire de la Charte 77 qui donna naissance au mouvement de dissidence dans la Tchécoslovaquie soviétique ; un historien slovaque ; une famille russe orthodoxe habitant Moscou…

Chaque fois, la mise en garde est la même : lentement, sans que vous vous en aperceviez, ce qui s’est passé dans mon pays est en train de se produire chez vous. Le même zèle révolutionnaire s’est emparé des esprits, les intellectuels prêchent une transformation radicale de la société et imposent leur vision du monde par l’intimidation. Hier, c’était le mariage gay, demain ce sera pire encore, estiment-ils.

La « dérive morale du monde occidental » ?

 La « dérive morale du monde occidental » ?

Auteur influent de la droite religieuse américaine, le journaliste pointe dans son ouvrage le recul des libertés imposé, selon lui, par les intellectuels d’une gauche qui prêche une transformation radicale de la société.

 

Livre ( Analyse du Monde). Journaliste et essayiste, Rod Dreher est l’un des auteurs les plus influents de la droite religieuse aux Etats-Unis. Face à une Amérique qui se sécularise, il défend le « localisme », un repli des chrétiens au sein de communautés où ils peuvent vivre en accord avec leur foi. C’était le thème principal de son Pari bénédictin (Artège, 2017). L’ouvrage qu’il propose aujourd’hui va plus loin, il souhaite, dans un livre proche du manuel, aider ses lecteurs à « résister au mensonge ».

A l’ère de la contre-vérité, de la désinformation, ce que l’on définit comme faux en dit beaucoup sur nos opinions politiques. Pour Rod Dreher, si les démocraties libérales tournent au « soft totalitarisme », diffusant des mensonges auxquels chacun est sommé d’adhérer, c’est qu’elles sont sous l’emprise du « wokisme » de la gauche radicale, férocement engagée contre le racisme. Encore récemment, on disait « politiquement correct ».

Dreher définit le phénomène en « un ensemble de croyances progressistes incompatibles avec la plus élémentaire logique – et certainement avec le christianisme ». Ce système de pensée ne serait cependant pas diffusé principalement par l’Etat, mais davantage par les grandes entreprises des nouvelles technologies, rassemblées sous l’acronyme Gafam, dont les salariés ont généralement étudié à l’université. C’est là que prospère « une mouvance qui cherche à réduire l’histoire de l’Occident à son seul passé colonial et esclavagiste ».

Le recul de la liberté ne peut être mieux compris que par ceux qui ont déjà vécu une telle régression. Rod Dreher se rend pour cette raison dans les anciens pays du bloc communiste. Il y multiplie les rencontres, Kamila Bendova, la veuve de Vaclav Benda (1946-1999), intellectuel et dissident tchèque, signataire de la Charte 77 qui donna naissance au mouvement de dissidence dans la Tchécoslovaquie soviétique ; un historien slovaque ; une famille russe orthodoxe habitant Moscou…

Chaque fois, la mise en garde est la même : lentement, sans que vous vous en aperceviez, ce qui s’est passé dans mon pays est en train de se produire chez vous. Le même zèle révolutionnaire s’est emparé des esprits, les intellectuels prêchent une transformation radicale de la société et imposent leur vision du monde par l’intimidation. Hier, c’était le mariage gay, demain ce sera pire encore, estiment-ils.

Le foot fric à la dérive

Le foot fric à la dérive

 

Dans un article de la Tribune, le journaliste Pierre manière évoque la problématique du foot devenu business.

 

 

Le foot ne rapporte visiblement pas assez d’argent. C’est en tout cas ce constat qui a motivé l’aristocratie européenne du ballon rond à dégainer un nouveau projet : la Super League. Douze clubs parmi les plus puissants du continent – les espagnols du Real Madrid, du FC Barcelone et de l’Atletico Madrid, les italiens de la Juventus, de l’Inter Milan et du Milan AC, ainsi que les anglais Manchester United, Manchester City, Arsenal, Liverpool, Tottenham et Chelsea – se sont alliés pour créer une nouvelle compétition, rivale de l’actuelle Ligue des champions. La nouvelle, survenue dans la nuit de dimanche à lundi, a provoqué un séisme dans le monde du football. De fait, avec la Super League, cette aristocratie du ballon rond veut désormais vivre en vase clos, privilégier l’entre soi. Loin des préoccupations et difficultés des petits clubs, dont le faible niveau nuit au football champagne, dont les « douze » comptent abreuver les fans pour doper leurs revenus.

Car la Super League est une ligue quasi-fermée. Ses fondateurs y disposent d’une place à vie. Ils ne risquent pas d’en rater la moindre édition, au contraire de la Ligue des champions, réservée aux premières équipes des championnats nationaux. L’objectif est clair : en écartant les clubs moins prestigieux, les « douze » veulent multiplier les grosses affiches et les affrontements entre leurs joueurs stars pour faire flamber les droits de diffusion et séduire un public plus large, plus jeune. Une véritable cash-machine, mais pour eux seuls. « La Ligue des champions génère un peu plus de 3,5 milliards d’euros, rappelle Julien Pillot, professeur à l’Inseec. Si vous la remportez, vous pouvez gagner entre 80 et 120 millions d’euros au total. Avec les règles de la Super League, tous les participants encaissent d’emblée 250 millions d’euros chacun, juste parce qu’ils y participent ! Ils cherchent à la fois plus de pouvoir politique [en se détachant de l'UEFA, qui a la main sur les compétitions européennes, NDLR] et plus de rentrées d’argent sécurisées, puisqu’il n’y a plus d’aléa sportif. »

« Les riches aspirent toujours à être plus riches »

Et tant pis pour la vieille Ligue des champions, amenée, mécaniquement, à perdre de son aura en l’absence des grosses écuries européennes. Tant pis, aussi, pour les clubs les plus modestes, qui verront mécaniquement leurs rentrées d’argent se tarir sur la scène continentale. La Super League enterre aussi les rêves d’épopée des petits clubs. Les Monaco, Atalanta Bergame ou RB Leipzig, qui ont réalisé de beaux parcours ces dernières années, n’auront qu’à prier pour que les cadors de la Super League, qui souhaitent une compétition à 20 clubs, daignent un jour inviter ces va-nu-pieds à leur banquet.

Largement orchestré par Florentino Perez, le président du Real Madrid, le projet de Super League a suscité une vaste levée de boucliers. Entraîneur de Leeds et technicien respecté, l’Argentin Marcelo Bielsa a bien résumé la grogne : « Le problème fondamental, c’est que les riches aspirent toujours à être plus riches, sans tenir compte des conséquences pour les autres, a-t-il déclaré lundi, au micro de la chaîne Sky Sports. À mesure qu’ils acquièrent plus de pouvoir, ils commencent à exiger plus de privilèges. » Face à la colère de l’UEFA, mais surtout des fans – anglais en particulier -, et de plusieurs gouvernements dont la France et le Royaume-Uni, les douze « traîtres », ou « douze salopards » selon certains médias, ont fait machine-arrière. Deux jours seulement après l’annonce, la plupart d’entre eux se sont désistés dans un incroyable effet domino, gelant de facto le projet.

Éphémère, l’épisode a un mérite. Il jette une lumière crue sur ce que le foot est devenu : une vaste bulle spéculative qui n’est, visiblement, pas loin d’éclater. Si la bande des « douze » n’a eu aucun complexe à vouloir faire sécession, c’est parce que leur modèle économique et leurs finances sont à bout de souffle. Pour défendre le projet, Florentino Pérez l’a déclaré : « Nous sommes tous ruinés », a-t-il alerté lundi soir dans l’émission espagnole ‘El Chiringuito’. La plupart sont en effet lourdement endettés. Institution planétaire du ballon rond, le Real Madrid, auréolé de treize couronnes en Ligue des champions, affiche une dette de plus de 900 millions d’euros. Barcelone, son rival, doit plus de 1,1 milliard. De l’autre côté de la Manche, Chelsea et Tottenham sont endettés à hauteur de 1,5 et 1,3 milliard. En Italie, la Juventus de Turin, et l’Inter Milan ont, eux, des ardoises respectives de 458 et 630 millions. Avoir des dettes n’est pas un problème si l’on peut les rembourser. Mais ces montagnes, ces clubs prestigieux, pourtant parmi les plus riches d’Europe, n’arrivent plus à les gravir. La Covid-19 a certes pesé sur leurs recettes. Mais ces clubs souffrent surtout, depuis des années, d’une gestion tout à fait calamiteuse.

« Les clubs se font une concurrence monstrueuse »

Même si, historiquement, les droits TV, qui constituent l’essentiel des recettes des clubs, ont flambé, et que ces derniers sont devenus des « marques » pour accroître les recettes à l’international, ils n’arrivent pas à compenser l’explosion des salaires et des indemnités de transfert des joueurs. « Le problème, c’est que la croissance des revenus s’est avérée insuffisante au regard de la hausse des charges, constate Jean-François Brocard, chercheur au Centre de droit et d’économie du sport de Limoges. Comme il n’y a plus de régulation sur les salaires et sur l’accès au talent, les clubs se font une concurrence monstrueuse. Cela débouche sur des salaires énormes, couplés à des indemnités de transferts qui grandissent. »

Les joueurs sont, en effet, des atouts très prisés. Si les clubs s’arrachent les meilleurs à prix d’or, c’est parce que les Messi, Ronaldo, Mbappé, Neymar ou Haaland sont le Graal pour gagner en aura, en compétitivité, et in fine en attractivité financière. « Ils permettent de minimiser l’aléa sportif, de sécuriser les abonnements au stade, tout en maximisant les revenus marketing et le merchandising », égrène Julien Pillot. Pour décrocher ces étoiles et rester au niveau, la recette est simple : dépenser l’argent qu’on n’a pas. Ou celui qu’on anticipe la saison prochaine. « C’est une pyramide de Ponzi, constate Jean-François Brocard. Vous engagez des fonds dont vous anticipez les rentrées plus tard pour payer les frais des charges d’aujourd’hui. C’est hyper dangereux. Parce que cela a une fin… » En France, le fiasco du diffuseur Mediapro, qui s’est révélé défaillant après avoir surpayé, à hauteur de 830 millions d’euros par an, les droits de la Ligue 1, le démontre. De nombreux clubs se retrouvent dans l’impasse. D’autant que les salaires, qui sont des charges fixes, représentent près des trois quarts de leur budget…

En creusant années après années leurs dettes, les clubs suscitent désormais l’inquiétude. « Beaucoup de créanciers se demandent s’ils seront capables d’honorer leur endettement », affirme Julien Pillot. Sachant qu’aujourd’hui, les revenus et les audiences baissent, souligne-t-il. La pandémie, qui a vidé les stades et impacté le pouvoir d’achat, n’a rien arrangé.

Outre la concurrence, les habitudes de mauvaise gestion sont aussi propres au milieu du foot. « L’économiste Wladimir Andreff parle de ‘contrainte budgétaire molle’ », souligne Jean-François Brocard. Si de nombreux clubs se moquent éperdument d’atteindre l’équilibre financier, c’est parce qu’ils bénéficient des largesses « de milliardaires qui s’en fichent un peu, parce qu’ils savent, comme en Espagne pendant longtemps, qu’on ne leur demandera pas de régler certaines créances, parce qu’ils se disent que les actionnaires finiront bien, d’une manière ou d’une autre, par remettre au pot, ou encore parce que les collectivités locales ne pourront pas se permettre de les laisser tomber », enchaîne l’économiste.

La capacité des clubs à dépenser sans compter, au mépris des règles élémentaires de bonne gestion, n’a fait que s’accentuer. La faute à des dizaines d’années de financiarisation et d’absence de régulation. « L’arrêt Bosman [qui, en 1995, a permis de déréglementer le marché du travail sportif, en interdisant les clauses d'indemnité de fin de transfert et les quotas de nationalité dans les clubs, NDLR] constitue un marqueur, argue Julien Pillot. Tout ce qui s’en est suivi n’est que la logique de près de 30 ans de doctrine libérale, de très forte financiarisation du foot et de dérégulation massive. A cet égard, la Super League est une forme d’aboutissement. » Pour se financer, de nombreux clubs ont choisi d’aller en Bourse. Les écuries anglaises ont été les premières à s’y lancer, à l’instar de Tottenham, en 1983. Puis une deuxième vague d’introductions est survenue dans les années 1990, avec les arrivées de Manchester United, Chelsea ou encore Arsenal. En parallèle, les clubs suscitent l’appétit des fonds d’investissements, généralement soucieux de dégager une plus-value à la revente après seulement quelques années aux manettes.

« Il faut regarder la couleur de l’argent »

Aujourd’hui, les investisseurs américains montrent, en particulier, un fort appétit pour ces « actifs ». A l’image de RedBird Capital Partners, qui possède des parts dans le Toulouse FC, et serait sur le point de rafler 10% du capital de Liverpool. Manchester United et Arsenal, eux, disposent déjà de propriétaires « made in USA » – lesquels contrôlent par ailleurs des franchises en NFL, la prestigieuse ligue fermée du foot américain… En Italie, c’est aussi le fonds activiste Elliott Management qui est propriétaire du Milan AC. Dans l’Hexagone, les Girondins de Bordeaux sont passés dès 2018 sous pavillon américain. Le club bordelais vit depuis un calvaire, sportivement et économiquement. L’affaire Mediapro et le coronavirus ont précipité sa dégringolade. Ce mercredi, son actionnaire, King Street, a affirmé qu’il ne souhaitait plus « soutenir [le club] et financer ses besoins actuels et futurs », le mettant de facto en péril.

La plupart de ces acteurs, qui n’ont d’yeux que pour l’augmentation des revenus à court terme, contribuent à entretenir la bulle du foot européen. Les grands clubs entraînent dans leur danse les plus petits, contraints eux aussi de réaliser des transferts de plus en plus chers, d’augmenter les salaires et les prix des abonnements, pour rester compétitif. Comment, dès lors, refroidir la machine et éviter qu’elle ne s’emballe ? Jusqu’à présent, les mesures prises par l’UEFA se sont avérées largement insuffisantes. Adoptée en 2010, la règle du fair-play financier, qui visait à limiter les dépenses des clubs, n’a pas empêché certains transferts d’atteindre des sommets. Des mesures visant à plafonner les salaires pourraient s’avérer efficaces. Mais pour vraiment changer la donne, Jean-François Brocard juge qu’il faut travailler « en aval »« Il faut réguler l’accès à l’actionnariat des clubs, il faut regarder la couleur de l’argent », argue-t-il.

En février dernier, il a précisé sa pensée dans une tribune au Monde, cosignée avec l’économiste Jérémie Bastien et le politiste Jean-Michel de Waele :

« Il s’agirait de veiller à une allocation plus équilibrée du capital entre les clubs, à partir d’un contrôle plus strict de l’origine des sommes y étant investies, défendent les auteurs. L’objectif serait de refuser les apports de fonds douteux ou reposant principalement sur de l’endettement, lesquels mettent à mal l’économie du football professionnel au-delà d’en renforcer la dualisation, tout en promouvant l’actionnariat domestique, par exemple via l’imposition d’un plancher de détention du capital par l’association support (à l’image de la règle du 50+1 appliquée aux clubs allemands) ou le développement maîtrisé de l’actionnariat populaire. »

Le football est-il capable d’une telle révolution ? Rien n’est moins sûr. Mais il ne serait, alors, guère surprenant de voir ressurgir le projet de Super League. Après la débâcle du début de semaine, Florentino Pérez a pris grand soin de ne pas l’enterrer définitivement, précisant qu’il était « en stand-by ». Rien ne dit, d’ailleurs, que les fans ne finiront pas un jour par l’adopter. Manchester United arrive toujours à remplir son stade. Et ce malgré la fronde des supporters qui, en 2005, ont tant critiqué le rachat du club par le magnat américain Malcom Glazer, allant jusqu’à créer un club concurrent. La Super League, qui vise à « sauver le football » aux dires de Florentino Pérez, pourraient pourtant l’entraîner dans une nouvelle course à l’échalote. Le dirigeant du Real Madrid a d’ailleurs indiqué qu’il misait sur cette manne pour attirer Kylian Mbappé et Erling Haaland, les nouvelles très chères stars du foot mondial. Sous ce prisme, la Super League apparaît comme une énième pierre sur un édifice de plus en plus bancal.

 

La folle dérive totalitaire de la Chine

La folle dérive totalitaire de la Chine

 

Les dirigeants chinois sont convaincus que l’équilibre du pouvoir sur la scène internationale penche maintenant en leur faveur par Alain Frachon, éditorialiste au « Monde »

 

Chronique.

 

Comment dit-on « hubris » en mandarin ? La Chine officielle traverse une épidémie d’autosatisfaction aiguë. Oublieuse des mérites de l’autocritique, elle exulte de joie, toute à la contemplation narcissique de sa puissance retrouvée. La Chine pense qu’elle gagne la course à la prépondérance mondiale et ce sentiment commande son comportement. A l’intérieur de ses frontières comme sur la scène internationale.

Vous n’avez pas de leçon de morale à nous donner, nous parlons d’égal à égal, votre système de gouvernement ne suscite plus l’envie du monde. Tout était dit dans la réplique des Chinois, jeudi 18 mars, à Anchorage (Alaska), aux reproches que formulaient leurs hôtes américains : Ouïgours, Hongkong, Taïwan, cyberespionnage, mer de Chine et autres manifestations d’une Chine répressive à l’intérieur et agressive à l’extérieur.

Le même sentiment de superpuissance assumée explique les sanctions prises par Pékin à l’encontre de parlementaires et d’essayistes européens. Ils sont visés non pour ce qu’ils ont fait – ce ne sont pas des acteurs gouvernementaux – mais pour ce qu’ils disent de la Chine.

L’Orient est en phase ascendante et l’Occident sur la pente du déclin. Le jugement serait du président Xi Jinping, cité sur un site gouvernemental, rapporte le New York Times, le 5 mars. Devant la session de l’Assemblée populaire début mars, Xi aurait confié : « La Chine peut maintenant regarder le monde dans les yeux. » Pékin ne le dit pas encore mais les dirigeants chinois sont convaincus que l’équilibre du pouvoir sur la scène internationale penche maintenant en leur faveur. Aux dépens des Etats-Unis.

Pour assurer sa suprématie, la Chine compte sur la puissance de son économie et sur sa créativité technologique – les voies du pouvoir au XXIe siècle. Elle n’entend pas rivaliser avec le réseau d’alliances militaires des Etats-Unis ni avec le budget du Pentagone. Selon les conseillers de Joe Biden, Pékin développe une diplomatie de la dépendance : établir des situations plaçant nombre de ses partenaires sous tutelle économique ou technologique.

L’objectif est la conquête d’une influence politique par le biais des réseaux chinois. Toute la puissance des entreprises de high-tech du pays, massivement subventionnées par l’Etat, est au service d’une stratégie d’expansion politique. Créer dans le monde entier de la dépendance aux technologies et à l’économie chinoises doit permettre à Pékin d’accroître son leadership. A un moment ou à un autre, un pays en affaires avec la Chine ne peut sans conséquence se brouiller politiquement avec elle. L’Australie paie cher – le boycottage de ses exportations – d’avoir osé demander une enquête sur les origines du Covid-19.

 

La folle dérive totalitaire de la Chine

La folle dérive totalitaire de la Chine

 

Les dirigeants chinois sont convaincus que l’équilibre du pouvoir sur la scène internationale penche maintenant en leur faveur par Alain Frachon, éditorialiste au « Monde »

 

Chronique.

 

Comment dit-on « hubris » en mandarin ? La Chine officielle traverse une épidémie d’autosatisfaction aiguë. Oublieuse des mérites de l’autocritique, elle exulte de joie, toute à la contemplation narcissique de sa puissance retrouvée. La Chine pense qu’elle gagne la course à la prépondérance mondiale et ce sentiment commande son comportement. A l’intérieur de ses frontières comme sur la scène internationale.

Vous n’avez pas de leçon de morale à nous donner, nous parlons d’égal à égal, votre système de gouvernement ne suscite plus l’envie du monde. Tout était dit dans la réplique des Chinois, jeudi 18 mars, à Anchorage (Alaska), aux reproches que formulaient leurs hôtes américains : Ouïgours, Hongkong, Taïwan, cyberespionnage, mer de Chine et autres manifestations d’une Chine répressive à l’intérieur et agressive à l’extérieur.

Le même sentiment de superpuissance assumée explique les sanctions prises par Pékin à l’encontre de parlementaires et d’essayistes européens. Ils sont visés non pour ce qu’ils ont fait – ce ne sont pas des acteurs gouvernementaux – mais pour ce qu’ils disent de la Chine.

L’Orient est en phase ascendante et l’Occident sur la pente du déclin. Le jugement serait du président Xi Jinping, cité sur un site gouvernemental, rapporte le New York Times, le 5 mars. Devant la session de l’Assemblée populaire début mars, Xi aurait confié : « La Chine peut maintenant regarder le monde dans les yeux. » Pékin ne le dit pas encore mais les dirigeants chinois sont convaincus que l’équilibre du pouvoir sur la scène internationale penche maintenant en leur faveur. Aux dépens des Etats-Unis.

Pour assurer sa suprématie, la Chine compte sur la puissance de son économie et sur sa créativité technologique – les voies du pouvoir au XXIe siècle. Elle n’entend pas rivaliser avec le réseau d’alliances militaires des Etats-Unis ni avec le budget du Pentagone. Selon les conseillers de Joe Biden, Pékin développe une diplomatie de la dépendance : établir des situations plaçant nombre de ses partenaires sous tutelle économique ou technologique.

L’objectif est la conquête d’une influence politique par le biais des réseaux chinois. Toute la puissance des entreprises de high-tech du pays, massivement subventionnées par l’Etat, est au service d’une stratégie d’expansion politique. Créer dans le monde entier de la dépendance aux technologies et à l’économie chinoises doit permettre à Pékin d’accroître son leadership. A un moment ou à un autre, un pays en affaires avec la Chine ne peut sans conséquence se brouiller politiquement avec elle. L’Australie paie cher – le boycottage de ses exportations – d’avoir osé demander une enquête sur les origines du Covid-19.

 

Dérive de l’UNEF : Alexis Corbière, Insoumis ,appelle à « la défense » du syndicat « quoi qu’ils fassent »

Dérive de l’UNEF  : Alexis Corbière, Insoumis ,appelle à « la défense » du syndicat « quoi qu’ils fassent »

« Ce ne sont pas des réunions de direction, ce sont des groupes de parole », estime sur franceinfo le député La France insoumise de Seine-Saint-Denis, à propos des réunions en « non-mixité » organisées par le syndicat étudiant qui ont suscité la polémique.

« Je dis ‘défense de l’Unef’, quoi qu’ils fassent », déclare le député La France insoumise Alexis Corbière sur franceinfo dimanche 21 mars. Il se dit « inquiet du fait qu’il se discute le fait de dissoudre une organisation syndicale de jeunesse », après la polémique liée aux réunions en « non-mixité » au sein du syndicat étudiant de gauche, que plusieurs personnalités de droite et de la majorité dénoncent.

La dérive de l’UNEF

La dérive de l’UNEF

 

 

Un papier dans l’opinion qui explique la dérive de l’UNEF et plus généralement celle de l’extrême gauche qui se revendique de l’idéologie victimaire.

 

La présidente de l’Unef, Mélanie Luce, a admis l’existence de réunions entre personnes « racisées » au sein du syndicat étudiant, suscitant de vives critiques de responsables politiques. Plusieurs voix appellent l’exécutif à dissoudre l’organisation. L’étudiante de 23 ans a reçu des milliers de messages d’injures et de menaces de mort.

L’Unef a une faculté : celle de créer l’unanimité, de la gauche républicaine à l’extrême droite. Sa présidente, Mélanie Luce, étudiante en droit à Assas, a déclenché une réaction en chaîne après avoir admis, mercredi sur Europe 1, que le syndicat étudiant organisait des réunions « non-mixtes racisées ». A droite, Bruno Retailleau a réclamé des poursuites pour « provocation à la haine raciale ». Eric Ciotti a exigé la dissolution du syndicat étudiant, « devenu l’avant-garde de l’islamo-gauchisme » et « un mouvement clairement antirépublicain ». Le numéro 2 du RN, Jordan Bardella, a fait plus bref : « Racialisme, islamo-gauchisme : #UNEFDissolution ! »

Côté macronie, l’ex-ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a appelé à engager des « moyens judiciaires » contre une « forme de séparatisme » et un « clientélisme indigéniste ». Vendredi, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, disait vouloir interdire ces pratiques « racistes » qui « ressemblent au fascisme ». Gérald Darmanin s’exprimera à son tour, assure son cabinet à l’Intérieur. Voilà, ironiquement, la « cancel culture » dirigée contre l’Unef par ses meilleurs pourfendeurs…

Au cœur de la polémique, des réunions internes au syndicat qui se tiennent une fois par semestre, dénoncées comme interdites aux blancs. « On a mis en place des groupes de parole dans les années 2010 pour nos militants qui s’estiment victimes de discrimination, les femmes, les LGBT et les racisés », clarifie Adrien Liénard, vice-président de l’Unef. Il ne s’agit pas de réunions publiques, ni de débats politiques ou d’instances de décision, insiste-t-il : « C’est un lieu de libération de la parole sur les discriminations ressenties, hors des universités, pour que chacun vive bien son engagement. On ne peut pas combattre les discriminations si on ne le fait pas aussi en interne. On ne refuse personne. » Un compte-rendu anonymisé est ensuite diffusé à toute l’organisation.

». Ces groupes de « discriminés anonymes » en rappellent d’autres. En 1995, l’Unef Nanterre lançait la « Comas », commission anti-sexiste. « Des réunions entre filles, et nous, les mecs, on n’avait pas le droit d’y mettre les pieds », se remémore Thierry Keller, ancien militant Unef et coauteur de Ce qui nous rassemble. L’identité française à l’épreuve du XXIe siècle. La pratique s’est développée après la vague #MeToo, alors que des scandales sexuels ont éclaboussé l’organisation de jeunesse en 2017-2018. Mais l’époque a changé, et les anciens portent désormais le fer contre l’antiracisme communautaire : « L’Unef a cédé au saucissonnage des luttes, poursuit-il. J’étais un petit blanc de la classe moyenne, mais heureux de laisser mon identité au vestiaire pour me fondre dans un collectif. La catégorisation, c’est le grand échec de la gauche. »

«Ils ont tourné le dos à la tradition universaliste, alors que l’Unef était à la pointe du combat pour le droit à l’avortement, la sécurité sociale étudiante… Benoît Hamon a fait main basse sur le mouvement dans les années 2000. C’est Attila: partout où il passe, rien ne repousse» Julien Dray

L’Unef s’embourbe dans les controverses identitaires. En 2019, sa présidente a dû se désolidariser des posts de deux militants qui raillaient « l’identité française » et « un délire de petits blancs » après l’incendie de Notre-Dame de Paris. Plus grave, la branche Unef Grenoble a relayé sur les réseaux sociaux, début mars, la photo d’un collage accusant deux professeurs d’islamophobie, en pleine menace terroriste… Un proche de Frédérique Vidal évoque l’Unef comme « un problème », en lien avec la sortie de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche contre « l’islamo-gauchisme » — même si celle-ci visait des chercheurs.

Radicalité va de pair avec rétrécissement. « L’Unef est passée d’un mouvement de masse à une logique de fer de lance », analyse une source exécutive. Le syndicat vieux de 120 ans subit une chute électorale et, avec 30 000 adhérents revendiqués pour 2,5 millions d’étudiants, est désormais deuxième derrière la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). « Plus on est petit, plus on crie fort, tacle un ancien de l’ère Bruno Julliard, président de l’Unef de 2005 à 2007. Les bagarres et les chaînes de vélo dans la figure, c’était violent mais au moins on se rencontrait. Aujourd’hui, chacun reste dans son couloir. Ils ne créent plus de projet de société ; ils créent de l’atomisation et de la cohésion contre eux. »

En défense, Jean-Luc Mélenchon dénonce « une histoire de fous » : « C’est comme si vous disiez que les réunions d’alcooliques anonymes sont des réunions anti-sobriété, c’est absurde… » « Le bilan de cette génération est une catastrophe, charge Julien Dray, ex-député PS, fondateur de SOS Racisme et ancien cadre de l’Unef. Ils ont tourné le dos à la tradition universaliste, alors que l’Unef était à la pointe du combat pour le droit à l’avortement, la sécurité sociale étudiante… Benoît Hamon a fait main basse sur le mouvement dans les années 2000. C’est Attila : partout où il passe, rien ne repousse. La confrontation viendra, le courant laïc universaliste ne baissera plus la tête ! »

A la direction de l’Unef, on évacue : « Ils étaient jeunes dans les années 2000 ; on est en phase avec notre génération ». « L’Unef s’y prend mal, mais c’est une erreur politique de tout balayer d’un revers de main, estime Hakim El Karoui, spécialiste des questions d’intégration et chroniqueur à l’Opinion. Les questions identitaires posées sont légitimes. L’universalisme ne fonctionne pas, on sait qu’il faut des actions correctrices, on a inscrit la discrimination positive dans la Constitution il y a vingt ans. Le plus inquiétant, c’est le gap générationnel. L’establishment est choqué, alors que les 18-25 ans y voient du respect, comme les féministes des années 1970. » Symbole de fractures, cette polémique révèle une France qui ne sait pas débattre de ses maux. Et préfère d’autres voies : mise au ban, judiciarisation, menaces… ou effacement.

Crise sanitaire :  » Arrêter la dérive bureaucratique »

Crise sanitaire :  » Arrêter la dérive bureaucratique »

Quelle est la force juridique des protocoles sanitaires que l’Etat impose aux entreprises ? La réponse de Stéphane Bloch, avocat-associé du cabinet Flichy Grangé, membre du bureau d’AvoSial.

 

Stéphane Bloch est avocat-associé au cabinet Flichy Grangé, membre du bureau d’AvoSial.

Le 3 mars, le Conseil d’Etat a suspendu l’interdiction générale et absolue de sortie des résidents des Etablissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Depuis un an, les pouvoirs publics ne cessent d’adresser des recommandations aux entreprises. Quelle est leur valeur juridique ?

Elles ont pris différentes formes, protocoles, questions-réponses, guides de bonnes pratiques. Avec la crise, le droit souple, hérité de la soft law, prend une ampleur particulière. Dans l’esprit de leurs rédacteurs, ces documents doivent être suivis d’effets. Mais la plupart d’entre eux n’ont pas de force directement contraignante. Par exemple, quand un protocole impose le port du masque en entreprise, le ton du texte est impératif, mais il s’agit de la déclinaison concrète de l’article L 4121-1 du code du travail qui pose une obligation de santé et de sécurité des entreprises envers leurs salariés. Le protocole n’est pas réellement impératif en soi, mais il rappelle des règles impératives contraignantes.

Que dit le Conseil d’Etat à ce sujet ?

Il inaugure sa jurisprudence de la crise sanitaire, en droit du travail, par une ordonnance du 29 mai 2020 à propos des fontaines à eau dans les entreprises. Le ministère du Travail avait publié sur son site des fiches conseils recommandant aux entreprises de suspendre leur utilisation. Le Conseil d’Etat, considérant que la publication de ces fiches était purement informative, a estimé qu’elles ne pouvaient faire l’objet d’un recours.

Depuis, il a évolué ?

Disons plutôt que les cas qui lui ont ensuite été soumis étaient un peu différents. Dans deux ordonnances des 19 octobre 2020, sur le port du masque, et 17 décembre 2020, sur le télétravail, il considère que le protocole a des « effets notables » — le mot a son importance — sur la vie des salariés : un ordre est donné aux entreprises. Il s’estime alors compétent pour apprécier la légalité des dispositions contestées.

« Au plan des principes, on peut se demander si le ministère du Travail n’usurpe pas un pouvoir décisionnaire sous l’œil bienveillant du Conseil d’Etat »

Comment interprétez- vous cette évolution ?

Elle fait écho à une décision importante, l’arrêt Gisti,du 12 juin 2020. Rien à voir avec la crise sanitaire, mais le Conseil d’Etat pose la règle que les documents de portée générale peuvent être déférés au juge administratif lorsqu’ils sont susceptibles d’avoir des « effets notables » sur les droits ou la situation des justiciables. Les décisions relatives au port du masque et au télétravail présentent ces caractéristiques. Il considère cependant, au stade du référé, qu’il n’y a rien dans ces prescriptions d’évidemment contraire à la légalité. Prenons garde aux termes : dire qu’il n’existe aucun doute sérieux sur la légalité ne vaut pas brevet de légalité. Il faudra attendre le jugement au fond pour avoir confirmation ou non de cette analyse.

Pourtant, vous vous interrogez ?

A ce stade, j’identifie en effet une contradiction entre cette décision et l’accord national interprofessionnel entre partenaires sociaux du 26 novembre sur le télétravail : il y est dit que le recours au télétravail relève du pouvoir de direction de l’employeur. Le Conseil d’Etat semble, de son côté, valider l’idée selon laquelle le ministre pourrait imposer le télétravail. Au plan des principes, on peut se demander si le ministère du Travail n’usurpe pas un pouvoir décisionnaire sous l’œil bienveillant du Conseil d’Etat.

Le Conseil d’Etat vient de prendre une nouvelle décision qui va plutôt dans votre sens.

Il était saisi d’une recommandation du ministère de la Santé interdisant les sorties aux résidents des Ehpad. Le 3 mars 2021, il qualifie cette recommandation de prescription. Il juge que cette interdiction, par son caractère général et absolu, porte atteinte à la liberté d’aller et venir. On voit que le Conseil d’Etat semble se montrer plus attentif à cette liberté fondamentale. De mon point de vue, il faut qu’il encadre la multiplication de ces technos-normes, cette dérive normative des administrations.

Quels conseils pratiques donner aux entreprises ?

Prenons, l’exemple des tests : au début, leur usage en entreprise n’est pas autorisé. Pourtant certaines d’entre elles, voulant bien faire, souhaitent les mettre en place. De son côté, le ministère, soucieux des risques, a tendance à interdire, on peut le comprendre. Progressivement, les positions se rapprochent et la pratique des tests est autorisée de façon encadrée. De manière plus générale, je dirais aux entreprises que la norme impérative cardinale, c’est l’obligation de sécurité et de santé de l’employeur. Il est difficile de ne pas se soumettre à une recommandation qui va dans ce sens, quels que soient les débats juridiques. Mais il est légitime de poser la question du respect des libertés publiques dans un Etat de droit.

L’avenir s’annonce… agité. « Avec la raison d’être et le statut d’entreprise à mission, les groupes français font énormément d’efforts sur tout ce qui touche à l’extra-financier, bien davantage que ce que pratiquent les anglo-saxons, poursuit l’expert de Proxinvest. Cela rend la vie du dirigeant beaucoup plus compliquée. Il doit rendre des comptes sur la rentabilité financière et sur tous les critères ESG. Les motifs de reproche ne font qu’augmenter ».

C’est d’ailleurs en critiquant une double faiblesse chez Danone, sa performance boursière et le « G » de sa gouvernance, que le fonds Artisan Partners a construit son opération de déstabilisation d’Emmanuel Faber. « La nomination d’une nouvelle direction et une meilleure gouvernance renforceront l’entreprise pour le bénéfice de toutes les parties prenantes », a salué lundi l’investisseur américain à l’annonce de son remplacement par Gilles Schnepp. La mésaventure de Danone risque de faire une mauvaise pub à la raison d’être et de calmer les ardeurs des aspirants « missionnaires ».

Islamo-gauchisme : Dérive ou curiosité ?

Islamo-gauchisme : Dérive ou curiosité ?

 

 

Dans les universités, l’arrivée de nouvelles problématiques, comme les « gender studies », les « animal studies » ou les « postcolonial studies » permet aux jeunes chercheurs de porter un regard différent sur leur discipline, constate la doctorante en langue et littérature françaises Loriane Lafont, dans une tribune au « Monde ». ( pourquoi ce recours inutile à l’anglais qui ne confère aucune pertinence supplémentaire à la contribution, bien au contraire  ? NDLR)

Tribune.

 

A en croire certains, « l’islamo-gauchisme » – terme dont la violence n’a d’égale que le vide qu’il représente – prospérerait allègrement sur les campus américains qui seraient même sa terre d’élection et de naissance. Oui, les gender studies, les animal studies et les postcolonial studies sont présentes aux Etats-Unis, au même titre que l’étude du Nouveau Testament, que celle de Pascal et de Simone Weil, sans que ces deux derniers sujets d’étude ou de plus « classiques » encore soient délaissés ou en voie de disparition.

Je crois pouvoir témoigner, de la place qui est la mienne, que la présence relativement nouvelle de ces objets d’étude dans l’offre des cours proposés aux étudiants a suscité un intérêt motivé par une saine curiosité à leurs égards.

Le constat est là : les universités américaines – les très grandes en tout cas – ont une offre de cours souvent plus large et diversifiée que ce qui est proposé en France en sciences humaines et sociales, au sens où des cours portant spécifiquement sur ces questions ont été créés, lorsque les institutions françaises préfèrent envisager la thématique du genre, de manière plus ponctuelle et transversale…

Est-ce à dire que l’on ne fait plus que des gender studies ou des postcolonial studies sur les campus américains au détriment de tout le reste ? Il me semble pouvoir dire que la réponse est non. Est-ce que ces problématiques suscitent un intérêt vivace et permettent de renouveler la recherche scientifique sur certains sujets en les abordant sous un nouvel angle ? Il me semble que la réponse est oui, et que l’introduction de ces nouveaux champs d’étude à l’université est largement bénéfique au sens où des aspects naguère éludés ou négligés sont désormais pris en considération.

Poser des questions ne devrait jamais être pris comme une menace ou un danger. L’idée que le pouvoir politique, en revanche, se mêle de venir « faire la police » chez les universitaires et parmi les chercheurs est insoutenable

Il faut arrêter d’adopter ce raisonnement binaire qui consiste à penser que, quand l’on s’intéresse à des questions de genre ou de « race » – au sens que ce mot a aux Etats-Unis –, on ne s’intéresse plus, par exemple, à des questions dites traditionnelles, au sens où elles sont travaillées depuis plus longtemps à l’université.

Sur les campus américains, on n’est pas sommé de choisir (en tout cas pas tout de suite) entre les mathématiques et la théorie littéraire, ni entre les animal studies – c’est-à-dire la manière dont sont représentés les animaux à une certaine époque et ce que cette représentation dit du rapport au monde des hommes et des femmes d’alors – et les questions religieuses.

Société–La dérive gauchiste de l’enseignement et de la recherche

Société–La dérive gauchiste de l’enseignement et de la recherche

L’enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université doit être confiée à une instance indépendante du ministère, estime dans le Monde un collectif de 130 universitaires.

Tribune.

 

Le 16 février, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a créé l’événement en alertant sur la présence de l’« islamo-gauchisme » à l’université et en demandant qu’une mission d’évaluation de ce risque soit confiée au CNRS.

Nous nous réjouissons de constater que, certes avec un certain retard, notre ministre ait enfin compris l’existence d’un problème, contrairement à la Conférence des présidents d’université, qui a répondu à cette annonce par un communiqué consternant de corporatisme et de déni du réel – communiqué qui devrait lui ôter le droit de prétendre représenter la « communauté universitaire ». Cependant, nous ne pouvons appuyer la proposition telle qu’elle est présentée par la ministre, et ce pour deux raisons.

La première raison tient au périmètre du problème à régler : en octobre 2020, après le refus de plusieurs organisations et syndicats de qualifier l’assassin de Samuel Paty d’« islamiste », l’actualité pointait clairement l’« islamo-gauchisme » comme l’objet immédiat d’une inquiétude légitime.

Et ceux qui, aujourd’hui, prétendent que ce terme a été créé par la droite ou l’extrême droite et que ce concept ne renvoie à « aucune réalité scientifique » font simplement preuve d’inculture ou de mauvaise foi, puisqu’ils ignorent ou prétendent ignorer qu’il a été forgé, il y a vingt ans déjà, par le politiste et historien des idées Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, sur la base d’analyses historiques précisément documentées, dont témoigne notamment son livre La Nouvelle Judéophobie (Mille et une nuits, 2002).

Mais aujourd’hui, se focaliser sur ce terme constitue une erreur d’analyse : il y a bel et bien un problème dans l’enceinte universitaire, mais ce n’est pas tant celui de l’« islamo-gauchisme » que celui, plus généralement, du dévoiement militant de l’enseignement et de la recherche. Car se développent de façon inquiétante pléthore de cours, articles, séminaires, colloques qui ne sont que du militantisme déguisé en pseudo-science à coups de théories fumeuses (« racisme d’Etat »), de néologismes tape-à-l’œil (« blanchité ») et de grandes opérations de découverte de la Lune, présentant par exemple comme de lumineuses avancées scientifiques l’idée que nos catégories mentales seraient « socialement construites » (mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans l’expérience humaine ?) ou que, « intersectionnalité » oblige, être une femme de couleur expose à être moins avantagée socialement qu’être un homme blanc… Quelle que soit la légitimité des causes politiques ainsi défendues, l’indignation ne peut tenir lieu de pensée, ni le slogan d’argumentation raisonnée.

La dérive militante de l’enseignement et de la recherche

La dérive militante de l’enseignement et de la recherche

L’enquête sur l’« islamo-gauchisme » à l’université doit être confiée à une instance indépendante du ministère, estime dans le Monde un collectif de 130 universitaires.

Tribune.

 

Le 16 février, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Frédérique Vidal, a créé l’événement en alertant sur la présence de l’« islamo-gauchisme » à l’université et en demandant qu’une mission d’évaluation de ce risque soit confiée au CNRS.

Nous nous réjouissons de constater que, certes avec un certain retard, notre ministre ait enfin compris l’existence d’un problème, contrairement à la Conférence des présidents d’université, qui a répondu à cette annonce par un communiqué consternant de corporatisme et de déni du réel – communiqué qui devrait lui ôter le droit de prétendre représenter la « communauté universitaire ». Cependant, nous ne pouvons appuyer la proposition telle qu’elle est présentée par la ministre, et ce pour deux raisons.

La première raison tient au périmètre du problème à régler : en octobre 2020, après le refus de plusieurs organisations et syndicats de qualifier l’assassin de Samuel Paty d’« islamiste », l’actualité pointait clairement l’« islamo-gauchisme » comme l’objet immédiat d’une inquiétude légitime.

Et ceux qui, aujourd’hui, prétendent que ce terme a été créé par la droite ou l’extrême droite et que ce concept ne renvoie à « aucune réalité scientifique » font simplement preuve d’inculture ou de mauvaise foi, puisqu’ils ignorent ou prétendent ignorer qu’il a été forgé, il y a vingt ans déjà, par le politiste et historien des idées Pierre-André Taguieff, directeur de recherche au CNRS, sur la base d’analyses historiques précisément documentées, dont témoigne notamment son livre La Nouvelle Judéophobie (Mille et une nuits, 2002).

Mais aujourd’hui, se focaliser sur ce terme constitue une erreur d’analyse : il y a bel et bien un problème dans l’enceinte universitaire, mais ce n’est pas tant celui de l’« islamo-gauchisme » que celui, plus généralement, du dévoiement militant de l’enseignement et de la recherche. Car se développent de façon inquiétante pléthore de cours, articles, séminaires, colloques qui ne sont que du militantisme déguisé en pseudo-science à coups de théories fumeuses (« racisme d’Etat »), de néologismes tape-à-l’œil (« blanchité ») et de grandes opérations de découverte de la Lune, présentant par exemple comme de lumineuses avancées scientifiques l’idée que nos catégories mentales seraient « socialement construites » (mais qu’est-ce qui ne l’est pas dans l’expérience humaine ?) ou que, « intersectionnalité » oblige, être une femme de couleur expose à être moins avantagée socialement qu’être un homme blanc… Quelle que soit la légitimité des causes politiques ainsi défendues, l’indignation ne peut tenir lieu de pensée, ni le slogan d’argumentation raisonnée.

Coronavirus: dérive encore confirmée avec 23.000 nouveaux cas et 649 nouveaux décès en 24 heures

Coronavirus: dérive encore confirmée avec 23.000 nouveaux cas et 649 nouveaux décès en 24 heures 

 

23.292 nouveaux cas de contamination vendredi par le coronavirus SARS-CoV-2 en 24 heures et 649 décès supplémentaires dans les hôpitaux et les Ehpad, montrent les chiffres publiés par les autorités sanitaires. Le nombre de personnes contaminées par le nouveau coronavirus dépasse désormais les 3 millions, avec 3.011.257 cas depuis le début de l’épidémie en février 2020.

Les hôpitaux français ont dénombré 319 nouveaux décès dus au COVID-19 en 24 heures, auxquels s’ajoutent 330 morts dans les Ehpad, dont les données sont mises à jour deux fois par semaine. Le bilan de l’épidémie s’établit ainsi à 72.647 morts.

Le nombre de patients hospitalisés pour une infection au COVID-19 en France s’élève à 25.908, soit 173 de plus que la veille, et le nombre de patients traités dans les services de réanimation à 2.912, soit 36 de plus.

Au total, 963.139 personnes avaient été vaccinées vendredi en France depuis le début de la campagne fin décembre, soit près de 140.000 de plus que jeudi, ont indiqué plusieurs médias, citant les chiffres des autorités sanitaires.

Conseil constitutionnel: dérive «droit-de-l’hommiste»

Conseil constitutionnel: dérive «droit-de-l’hommiste»

 

Marie-Amélie Lombard-Latune, journaliste à l’opinion fait part des interrogations montantes concernant le positionnement du conseil constitutionnel entre les problématiques de sécurité et de liberté. On pourrait peut-être rajouter que d’une façon générale la vie économique, sociale et politique se judiciarise. En clair en France en particulier, le pouvoir des juges prend le pas sur celui des élus et donc des citoyens. La question se pose de la légitimité de ces différents conseils dont certains sont composés de juristes pas forcément compétents sur tout et d’autres comme le conseil constitutionnel de politique. On peut effectivement s’interroger sur la grande sagesse du conseil constitutionnel composé de politiques.  e Conseil constitutionnel est en effet composé de neuf membres nommés par le président de la République et les présidents des chambres parlementaires. Les anciens présidents de la République sont également membres de droit du Conseil constitutionnel, mais certains ont choisi de ne pas siéger.

 

Article de l’Opinion

 

Un Conseil constitutionnel « droit-de-l’hommiste », sourd à la volonté populaire, arc-bouté sur les grands principes et enfermé dans sa tour d’ivoire ? La petite musique s’installe. La menace d’un « gouvernement des juges » refait surface au cours d’un automne où le terrorisme frappe la France. Le vieux débat sur l’équilibre à trouver entre sécurité et liberté est à l’ordre du jour.

« Le Conseil constitutionnel, et Laurent Fabius à sa tête, veulent clairement étendre le champ et la nature de leur contrôle, avec l’objectif de se transformer en Cour suprême, note un juriste qui connaît l’institution de l’intérieur. Imaginez qu’à cinq personnes (la majorité des neuf membres), on peut dire : “Cette loi, nous n’en voulons pas”. On peut vite être saisi par l’hubris. La vision droit-de-l’hommiste, elle est revendiquée. De là à parler de gauchisme… ».

C’est une dérive de fond que pointe le philosophe Marcel Gauchet, sévère sur un « dévoiement tout à fait contestable » : « Il ne faut pas que les droits individuels conduisent à la liquidation de la souveraineté du peuple » (Le Figaro, 25 octobre 2020). « Cette emprise du courant droit-de-l’hommiste, abstrait, tournant le dos aux aspirations de la société, est réelle. Il imprègne aussi le Conseil d’Etat et, surtout, la Cour de cassation », dénonce également l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel. Aux yeux de Jean-Eric Schoettl, le Conseil « se sait sur la sellette. Il a deux réactions possibles : s’obstiner ou mettre de l’eau dans son vin. C’est un peu cette tonalité qu’adopte Laurent Fabius lorsqu’il affirme : “Ne croyez pas qu’on se désintéresse de l’ordre public”. Il sent bien la critique monter. Les horreurs terroristes qu’on vient de vivre font bouger les lignes ».

« Extrapolation ». Un poids lourd du Conseil d’Etat élargit encore la focale : « On assiste à une échelle de perroquet sur les droits individuels entre le Conseil constitutionnel, la Cour de justice de l’Union européenne, à Luxembourg, et la Cour européenne des droits de l’homme, à Strasbourg. Une sorte de compétition sur le mode “je juge plus droits de l’homme que toi”, estime-t-il. Cela plaît aux médias mais attention aux postures. La tentation est grande d’aller toujours plus loin dans une extrapolation des droits fondamentaux, d’autant que les outils comme la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) permettent d’aller loin en ce sens ».

Une vision nuancée par l’ancien vice-président du Conseil d’Etat, Jean-Marc Sauvé, qui rappelle : « A toutes les époques, les décisions du Conseil constitutionnel ont suscité des incompréhensions. En 1971, quand ses membres ont défini un bloc de constitutionnalité, on a dit que son président d’alors, Gaston Palewski, avait commis ce “dérapage” parce qu’il était déçu de ne pas être promu grand-croix de la Légion d’honneur… Et, en 1993, après une rafale de décisions difficiles pour le gouvernement, on parlait déjà de gouvernement des juges. En réalité, les explications politiques ne tiennent pas ».

Laurent Fabius n’aurait-il pas complètement oublié son passé de Premier ministre de François Mitterrand, sa nomination par François Hollande ? Les avis divergent. Le Conseil est un instrument politique, par nature. La neutralité du droit n’existe pas, rappellent souvent les juristes. C’est davantage le rapport de force au sein de l’institution qui est scruté. Manque aujourd’hui de grands juristes, des Denoix de Saint-Marc, des Canivet, des Guillenchmidt, entend-on souvent, alors que la composition actuelle est qualifiée de « mainstream, modérée, loin de réunir une bande d’affreux gauchistes ».

«On a décapité un prof mais la loi Avia contre la haine en ligne est disproportionnée? Il faut n’avoir jamais surfé sur internet pour méconnaître à ce point la violence contemporaine!»

C’est à un des neuf membres, Alain Juppé, que Valérie Pécresse a téléphoné pour préparer son « Grand jury » le 9 novembre. A l’antenne de RTL, la présidente de la région d’Ile-de-France a été claire : « Il faut aussi que le Conseil constitutionnel fasse évoluer sa jurisprudence. Il a totalement le pouvoir de dire que la gravité de la menace autorise aujourd’hui des lois plus répressives. C’est une conception, un aggiornamento qu’il doit faire. S’il ne le fait pas, nous n’aurons pas d’autre choix que de modifier la Constitution. Parce que la vérité, c’est que la Constitution de la France, elle doit protéger la France ».

Au Sénat, l’ex-président de la commission des lois, Philippe Bas, qui avait validé la proposition de loi sur la rétention de sûreté des terroristes, ensuite censurée, plaide aussi pour un « aggiornamento » du Conseil, « l’Etat de droit doit s’adapter aux réalités pour ne pas nous désarmer ».

Digue. Rares sont les politiques qui se penchent sérieusement sur le sujet. Il semble plus simple de réclamer un Guantánamo à la française face caméra que d’étudier la jurisprudence. C’est un homme de foi, le grand rabbin Haïm Korsia, qui a mis récemment les pieds dans le plat lors d’une rencontre avec Emmanuel Macron et Gérald Darmanin sur le projet de loi « confortant les principes républicains » (ex-« lutte contre le séparatisme ») : « Votre texte est formidable mais à quoi cela sert-il s’il doit être censuré ? », les a-t-il interpellés. « On a décapité un prof mais, pour le Conseil constitutionnel, la loi Avia contre la haine en ligne est disproportionnée ? Il faut n’avoir jamais surfé sur internet pour méconnaître à ce point la violence contemporaine ! », s’indigne-t-il aujourd’hui.

C’est avec méfiance que les « initiés » – publicistes, avocats, magistrats – regardent ce débat prospérer. « La contestation du Conseil constitutionnel est très forte. On lui reproche de carboniser l’espace de décision souveraine du Parlement. Mais ce débat est dangereux, toxique, voire irresponsable en ces temps troublés, regrette le constitutionnaliste Denys de Béchillon. La digue qui nous sépare d’une république bananière, c’est le respect du droit. L’enjeu, c’est la fin de la civilisation ! On joue trop gros. »

Au Conseil constitutionnel, on assure observer cette agitation « avec le calme des vieilles troupes ». Pas de quoi rassurer Haïm Korsia qui cite le Talmud : « Ne faites pas que nos juges soient trop âgés parce qu’ils ont oublié la difficulté d’élever des enfants ».

Dérive gauchiste des maires écolo dingos

Dérive gauchiste des maires  écolo dingos

 

On peut légitimement s’interroger à propos de l’équilibre mental de certains maires écolos qui s’attaquent à des symboles populaires sans doute pour masquer le vide de leurs stratégies écologistes. Certes la préoccupation environnementale devient majeure au même titre que l’emploi ou la santé par exemple voire la sécurité. Ceci étant, il  faut distinguer l’enjeu économique de sa traduction politique par les verts. En réalité,  certains maires écolos s’appuient sur une idéologie gauchiste visant surtout à détruire la société actuelle qui n’est certes pas sans défauts dans beaucoup de domaines notamment économiques, sociaux et bien sûr environnementaux. Pour autant la démarche révolutionnaire brutale d ne sert guère la cause écologique dans la mesure où l’opinion va se retourner contre ses nouveaux ayatollahs. Dans nombre de municipalités conquises les écolos, faute sans doute de vision globale, s’attaquent ainsi à quelques symboles. Ici on ferme brutalement une rue à la circulation, un pont. L’ennemi c’est évidemment la voiture. Il est clair que l’espace Viaire doit être redistribué mais il doit le tenir compte des contraintes des commerçants, des entreprises, des salariés et des consommateurs. D’où la nécessité d’organiser progressivement une mutation des systèmes de mobilité car l’interdiction brutale sans véritable alternative constitue en faite une politique punitive. La vérité c’est que d’élus verts se reposent sur une philosophie gauchiste. Ils combattent d’abord de l’impérialisme, le capitalisme et accessoirement les dégâts environnementaux. Les verts sont d’abord des politiques avant d’être des représentants du mouvement écologique. Si les mouvements politiques gauchistes traditionnels sont en perte de vitesse par contre nombre de militants se sont réinvestis chez les verts ou dans les organisations syndicales radicales. Des organisations radicales qui sont en train de ridiculiser un peu plus le mouvement syndical avec des actions de plus en plus irresponsables et minoritaires. On aura encore l’occasion de le constater avec la manif prévue le 17 septembre. De la même manière les verts  ridiculisent l’enjeu environnemental en s’attaquant au tour de France, aux arbres de Noël et autres objectifs secondaires.

Pour les radicaux, l’écologie est une  philosophie globale, une sorte de pensée inspirée du naturalisme politique qui va jusqu’à reconnaître une égalité des droits entre un arbre et un humain ! La confusion entre le respect impératif du à la nature, au monde vivant, à la biodiversité et leur reconnaissance en droist équivalents à ceux des humains- voire supérieurs- ne peut qu’interroger sur le type de civilisation soutenue par les verts.

 

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