Archive pour le Tag 'démocratique'

Quel bouleversement institutionnel et démocratique » ?

Quel  bouleversement institutionnel et démocratique »  ? 

 

Face à une « situation d’urgence » écologique, sociale et économique, un collectif d’universitaires, de militants et de responsables d’ONG propose, dans une tribune au « Monde », de « changer en profondeur la méthode » de gouvernement et les institutions, pour y impliquer les citoyens.

Un article intéressant qui souligne le besoin démocratique mais qui fait largement l’impasse sur les facteurs structurels des faiblesses actuelles ( exemple notamment la sous-représentation chronique dans le système politique des couches moyennes et défavorisées). Bref, une réflexion un peu courte. NDLR

 

« Une France ingouvernable », « une situation de blocage sans précédent », « une impasse institutionnelle »… au lendemain d’élections législatives marquées par une abstention massive (53,77 % à l’échelle nationale. Plus de 70 % des 18-24 ans) et par l’entrée de 89 députés du Rassemblement national (RN) sur les bancs de la nouvelle Assemblée, le président de la République n’obtient pas de majorité absolue au Parlement après son élection.

 

Nous en sommes persuadés, le bouleversement institutionnel que nous vivons aujourd’hui constitue une formidable occasion d’ouvrir enfin sérieusement le chantier démocratique, afin de transformer en profondeur nos institutions, vers une nouvelle méthode de gouvernement, plus participative. Les solutions sont nombreuses pour améliorer le fonctionnement de notre système politique : proportionnelle, reconnaissance du vote blanc, scrutin au jugement majoritaire, référendum d’initiative citoyenne (RIC), financement structurel de l’innovation démocratique, généralisation du service civique pour former des jeunes citoyens actifs, institutionnalisation des conventions citoyennes…

Durant les derniers mois, de nombreuses organisations ont sélectionné les propositions les plus pertinentes, réunies dans un « pacte démocratique ». Les candidats à l’élection présidentielle se sont vu proposer [par la coalition d’associations et d’ONG Démocratie ouverte] de le signer. Plus récemment, un sommet citoyen, le #G500, a été organisé à Marseille [les 3 et 4 juin], aboutissant à des propositions pour faire entrer les citoyens dans le fonctionnement de notre démocratie.

Côté politique, les grandes forces demandent elles aussi une telle refondation démocratique, que ce soit au travers d’une convention citoyenne pour réformer nos institutions, suivie d’un référendum (socialistes et écologistes), au travers d’une Constituante (« insoumis ») ou au travers d’une conférence des partis et d’un « conseil national de la refondation » (Ensemble !). Un consensus politique et citoyen semble se dessiner sur le sujet, et les événements poussent à enclencher rapidement une telle réforme, mais il est important de ne pas se tromper de méthode.

Repenser le fonctionnement politique d’une nation est un défi de taille, qui requiert une méthode robuste. Il est essentiel que l’ensemble des acteurs concernés soient présents autour de la table : les grandes forces politiques évidemment, mais aussi les acteurs de la société civile organisée, les élus locaux et surtout les premiers concernés : les citoyennes et les citoyens !

 » Un bouleversement institutionnel actuel et démocratique » ?

« Un bouleversement institutionnel actuel  et démocratique »  ? 

 

Face à une « situation d’urgence » écologique, sociale et économique, un collectif d’universitaires, de militants et de responsables d’ONG propose, dans une tribune au « Monde », de « changer en profondeur la méthode » de gouvernement et les institutions, pour y impliquer les citoyens.

Un article intéressant qui souligne le besoin démocratique mais qui fait largement l’impasse sur les facteurs négatifs structurels des faiblesses actuelles ( exemple notamment la sous-représentation chronique dans le système politique des couches moyennes et défavorisées). Bref, une réflexion un peu courte. NDLR

 

« Une France ingouvernable », « une situation de blocage sans précédent », « une impasse institutionnelle »… au lendemain d’élections législatives marquées par une abstention massive (53,77 % à l’échelle nationale. Plus de 70 % des 18-24 ans) et par l’entrée de 89 députés du Rassemblement national (RN) sur les bancs de la nouvelle Assemblée, le président de la République n’obtient pas de majorité absolue au Parlement après son élection.

 

Nous en sommes persuadés, le bouleversement institutionnel que nous vivons aujourd’hui constitue une formidable occasion d’ouvrir enfin sérieusement le chantier démocratique, afin de transformer en profondeur nos institutions, vers une nouvelle méthode de gouvernement, plus participative. Les solutions sont nombreuses pour améliorer le fonctionnement de notre système politique : proportionnelle, reconnaissance du vote blanc, scrutin au jugement majoritaire, référendum d’initiative citoyenne (RIC), financement structurel de l’innovation démocratique, généralisation du service civique pour former des jeunes citoyens actifs, institutionnalisation des conventions citoyennes…

Durant les derniers mois, de nombreuses organisations ont sélectionné les propositions les plus pertinentes, réunies dans un « pacte démocratique ». Les candidats à l’élection présidentielle se sont vu proposer [par la coalition d’associations et d’ONG Démocratie ouverte] de le signer. Plus récemment, un sommet citoyen, le #G500, a été organisé à Marseille [les 3 et 4 juin], aboutissant à des propositions pour faire entrer les citoyens dans le fonctionnement de notre démocratie.

Côté politique, les grandes forces demandent elles aussi une telle refondation démocratique, que ce soit au travers d’une convention citoyenne pour réformer nos institutions, suivie d’un référendum (socialistes et écologistes), au travers d’une Constituante (« insoumis ») ou au travers d’une conférence des partis et d’un « conseil national de la refondation » (Ensemble !). Un consensus politique et citoyen semble se dessiner sur le sujet, et les événements poussent à enclencher rapidement une telle réforme, mais il est important de ne pas se tromper de méthode.

Repenser le fonctionnement politique d’une nation est un défi de taille, qui requiert une méthode robuste. Il est essentiel que l’ensemble des acteurs concernés soient présents autour de la table : les grandes forces politiques évidemment, mais aussi les acteurs de la société civile organisée, les élus locaux et surtout les premiers concernés : les citoyennes et les citoyens !

Politique : le parachutage électoral, un vrai scandale démocratique

Politique : le  parachutage électoral, un vrai scandale démocratique

par Anne Chemin dans le Monde

 

C’est une métaphore politique qui renvoie au registre de la guerre : le « parachutage » consiste à envoyer sur le front électoral un officier étranger au bataillon. Pour les législatives, Eric Zemmour avait ainsi choisi de mener campagne dans le Var, Manuel Bompard à Marseille ou Jean-Michel Blanquer dans le Loiret – ce qui leur a valu un procès en illégitimité. Les débarquements de dernière minute, constate le politiste Michel Hastings dans le livre collectif Le Parachutage politique (L’Harmattan, 2003), suscitent le plus souvent une « réprobation éthique » opposant « le petit au gros, la province à la capitale, les gens d’en bas aux gens d’en haut, le bon sens à l’idéologie ».

La pratique est pourtant très ancienne. Sous la monarchie censitaire, au début du XIXe siècle, Guizot et Lamartine se portent candidats dans des régions où ils n’ont aucune attache. « Cette tradition se poursuit sous la IIIe République, observe Bernard Dolez, professeur de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. A la fin du XIXe, le système des candidatures multiples permet à Thiers, à Gambetta ou au général Boulanger d’être élus dans plusieurs départements – donc, forcément, dans des endroits qu’ils ne connaissent pas. La règle est supprimée en 1889, mais les parachutages restent fréquents : en 1929, Léon Blum devient député d’un département où il se rend très rarement, l’Aude. »

Si l’usage a plus de deux siècles, le terme, en revanche, est récent. Pour l’universitaire François Rangeon, il apparaît en 1951 dans un ouvrage de Maurice Duverger consacré aux partis. « L’auteur met le mot entre guillemets, ce qui indique qu’il s’agit, à l’époque, d’un néologisme », note-t-il dans Le Parachutage politique. Huit ans plus tard, le terme « parachuté » est cité dans L’Année politique, la revue des faits politiques, diplomatiques, économiques et sociaux d’André Siegfried, Roger Seydoux et Edouard Bonnefous : l’adversaire poujadiste d’Edgar Faure lors des législatives de 1958 est alors qualifié de « parachuté de la dernière heure ».

Le parachutage ne constitue pas « une entorse à la loi ou à la théorie démocratique », souligne le politiste François Rangeon. Parce qu’un député n’est pas censé représenter ses électeurs mais la nation tout entière, rien n’interdit en effet à un candidat aux législatives de se présenter dans une circonscription où il n’a aucune attache. « Cette pratique est cependant stigmatisée : elle sert à délégitimer son adversaire, souligne Bernard Dolez. Ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne, où la vie politique est beaucoup moins territorialisée que dans l’Hexagone : la coutume veut ainsi qu’un ministre dépourvu de mandat parlementaire se présente dans la première circonscription qui se libère – où qu’elle soit. »

Elections Législatives: le parachutage électoral, un vrai scandale démocratique

Elections Législatives: le  parachutage électoral, un vrai scandale démocratique

par Anne Chemin dans le Monde

 

C’est une métaphore politique qui renvoie au registre de la guerre : le « parachutage » consiste à envoyer sur le front électoral un officier étranger au bataillon. Pour les législatives, Eric Zemmour avait ainsi choisi de mener campagne dans le Var, Manuel Bompard à Marseille ou Jean-Michel Blanquer dans le Loiret – ce qui leur a valu un procès en illégitimité. Les débarquements de dernière minute, constate le politiste Michel Hastings dans le livre collectif Le Parachutage politique (L’Harmattan, 2003), suscitent le plus souvent une « réprobation éthique » opposant « le petit au gros, la province à la capitale, les gens d’en bas aux gens d’en haut, le bon sens à l’idéologie ».

La pratique est pourtant très ancienne. Sous la monarchie censitaire, au début du XIXe siècle, Guizot et Lamartine se portent candidats dans des régions où ils n’ont aucune attache. « Cette tradition se poursuit sous la IIIe République, observe Bernard Dolez, professeur de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. A la fin du XIXe, le système des candidatures multiples permet à Thiers, à Gambetta ou au général Boulanger d’être élus dans plusieurs départements – donc, forcément, dans des endroits qu’ils ne connaissent pas. La règle est supprimée en 1889, mais les parachutages restent fréquents : en 1929, Léon Blum devient député d’un département où il se rend très rarement, l’Aude. »

Si l’usage a plus de deux siècles, le terme, en revanche, est récent. Pour l’universitaire François Rangeon, il apparaît en 1951 dans un ouvrage de Maurice Duverger consacré aux partis. « L’auteur met le mot entre guillemets, ce qui indique qu’il s’agit, à l’époque, d’un néologisme », note-t-il dans Le Parachutage politique. Huit ans plus tard, le terme « parachuté » est cité dans L’Année politique, la revue des faits politiques, diplomatiques, économiques et sociaux d’André Siegfried, Roger Seydoux et Edouard Bonnefous : l’adversaire poujadiste d’Edgar Faure lors des législatives de 1958 est alors qualifié de « parachuté de la dernière heure ».

Le parachutage ne constitue pas « une entorse à la loi ou à la théorie démocratique », souligne le politiste François Rangeon. Parce qu’un député n’est pas censé représenter ses électeurs mais la nation tout entière, rien n’interdit en effet à un candidat aux législatives de se présenter dans une circonscription où il n’a aucune attache. « Cette pratique est cependant stigmatisée : elle sert à délégitimer son adversaire, souligne Bernard Dolez. Ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne, où la vie politique est beaucoup moins territorialisée que dans l’Hexagone : la coutume veut ainsi qu’un ministre dépourvu de mandat parlementaire se présente dans la première circonscription qui se libère – où qu’elle soit. »

Législatives: le parachutage électoral, un vrai scandale démocratique

Législatives: le  parachutage électoral, un vrai scandale démocratique par Anne Chemin dans le Monde

 

C’est une métaphore politique qui renvoie au registre de la guerre : le « parachutage » consiste à envoyer sur le front électoral un officier étranger au bataillon. Pour les législatives, Eric Zemmour avait ainsi choisi de mener campagne dans le Var, Manuel Bompard à Marseille ou Jean-Michel Blanquer dans le Loiret – ce qui leur a valu un procès en illégitimité. Les débarquements de dernière minute, constate le politiste Michel Hastings dans le livre collectif Le Parachutage politique (L’Harmattan, 2003), suscitent le plus souvent une « réprobation éthique » opposant « le petit au gros, la province à la capitale, les gens d’en bas aux gens d’en haut, le bon sens à l’idéologie ».

La pratique est pourtant très ancienne. Sous la monarchie censitaire, au début du XIXe siècle, Guizot et Lamartine se portent candidats dans des régions où ils n’ont aucune attache. « Cette tradition se poursuit sous la IIIe République, observe Bernard Dolez, professeur de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. A la fin du XIXe, le système des candidatures multiples permet à Thiers, à Gambetta ou au général Boulanger d’être élus dans plusieurs départements – donc, forcément, dans des endroits qu’ils ne connaissent pas. La règle est supprimée en 1889, mais les parachutages restent fréquents : en 1929, Léon Blum devient député d’un département où il se rend très rarement, l’Aude. »

Si l’usage a plus de deux siècles, le terme, en revanche, est récent. Pour l’universitaire François Rangeon, il apparaît en 1951 dans un ouvrage de Maurice Duverger consacré aux partis. « L’auteur met le mot entre guillemets, ce qui indique qu’il s’agit, à l’époque, d’un néologisme », note-t-il dans Le Parachutage politique. Huit ans plus tard, le terme « parachuté » est cité dans L’Année politique, la revue des faits politiques, diplomatiques, économiques et sociaux d’André Siegfried, Roger Seydoux et Edouard Bonnefous : l’adversaire poujadiste d’Edgar Faure lors des législatives de 1958 est alors qualifié de « parachuté de la dernière heure ».

Le parachutage ne constitue pas « une entorse à la loi ou à la théorie démocratique », souligne le politiste François Rangeon. Parce qu’un député n’est pas censé représenter ses électeurs mais la nation tout entière, rien n’interdit en effet à un candidat aux législatives de se présenter dans une circonscription où il n’a aucune attache. « Cette pratique est cependant stigmatisée : elle sert à délégitimer son adversaire, souligne Bernard Dolez. Ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne, où la vie politique est beaucoup moins territorialisée que dans l’Hexagone : la coutume veut ainsi qu’un ministre dépourvu de mandat parlementaire se présente dans la première circonscription qui se libère – où qu’elle soit. »

Élections : Le scandale démocratique du parachutage

Le parachutage électorale, un vrai scandale démocratique par Anne Chemin dans le Monde

 

C’est une métaphore politique qui renvoie au registre de la guerre : le « parachutage » consiste à envoyer sur le front électoral un officier étranger au bataillon. Pour les législatives, Eric Zemmour avait ainsi choisi de mener campagne dans le Var, Manuel Bompard à Marseille ou Jean-Michel Blanquer dans le Loiret – ce qui leur a valu un procès en illégitimité. Les débarquements de dernière minute, constate le politiste Michel Hastings dans le livre collectif Le Parachutage politique (L’Harmattan, 2003), suscitent le plus souvent une « réprobation éthique » opposant « le petit au gros, la province à la capitale, les gens d’en bas aux gens d’en haut, le bon sens à l’idéologie ».

La pratique est pourtant très ancienne. Sous la monarchie censitaire, au début du XIXe siècle, Guizot et Lamartine se portent candidats dans des régions où ils n’ont aucune attache. « Cette tradition se poursuit sous la IIIe République, observe Bernard Dolez, professeur de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. A la fin du XIXe, le système des candidatures multiples permet à Thiers, à Gambetta ou au général Boulanger d’être élus dans plusieurs départements – donc, forcément, dans des endroits qu’ils ne connaissent pas. La règle est supprimée en 1889, mais les parachutages restent fréquents : en 1929, Léon Blum devient député d’un département où il se rend très rarement, l’Aude. »

Si l’usage a plus de deux siècles, le terme, en revanche, est récent. Pour l’universitaire François Rangeon, il apparaît en 1951 dans un ouvrage de Maurice Duverger consacré aux partis. « L’auteur met le mot entre guillemets, ce qui indique qu’il s’agit, à l’époque, d’un néologisme », note-t-il dans Le Parachutage politique. Huit ans plus tard, le terme « parachuté » est cité dans L’Année politique, la revue des faits politiques, diplomatiques, économiques et sociaux d’André Siegfried, Roger Seydoux et Edouard Bonnefous : l’adversaire poujadiste d’Edgar Faure lors des législatives de 1958 est alors qualifié de « parachuté de la dernière heure ».

Le parachutage ne constitue pas « une entorse à la loi ou à la théorie démocratique », souligne le politiste François Rangeon. Parce qu’un député n’est pas censé représenter ses électeurs mais la nation tout entière, rien n’interdit en effet à un candidat aux législatives de se présenter dans une circonscription où il n’a aucune attache. « Cette pratique est cependant stigmatisée : elle sert à délégitimer son adversaire, souligne Bernard Dolez. Ce n’est pas le cas en Grande-Bretagne, où la vie politique est beaucoup moins territorialisée que dans l’Hexagone : la coutume veut ainsi qu’un ministre dépourvu de mandat parlementaire se présente dans la première circonscription qui se libère – où qu’elle soit. »

Scrutin proportionnel: moins démocratique ?

Scrutin proportionnel: moins démocratique ? 

 

L’histoire de ce mode de scrutin montre qu’il donne les pleins pouvoirs aux états-majors des partis politiques et conduit à une culture de l’immobilisme, affirment, dans une tribune au « Monde », Hervé Gaymard et Arnaud Teyssier, responsables de la Fondation Charles de Gaulle.

 

Dans un article remarquablement documenté (« La proportionnelle ou le rêve d’un Parlement “miroir de la nation” », Le Monde du 27 mai), Anne Chemin propose une histoire-plaidoyer en faveur du mode de scrutin dont la moindre des vertus ne serait pas de favoriser une « culture du compromis », même si, précise-t-elle, ce « progrès » « ne suffirait pas à lui seul à transformer la VRépublique ».

A l’heure où la passion institutionnelle française se déchaîne, sollicitant la IVe, la VIRépublique ou, pourquoi pas, finalement, un retour à la VRépublique des origines, il manque à notre avis quelques jalons à cette histoire de la proportionnelle, qui s’inscrit dans les débats récurrents sur les équilibres explicites et implicites de la Ve.

Partons de l’histoire, précisément. En 1945, les trois grands partis, le MRP, le PCF et la SFIO, se mettent en effet d’accord sur le principe du scrutin proportionnel, dont la première vertu est de leur accorder un contrôle massif sur les futurs députés, qu’il reviendra à leurs états-majors de choisir, la seconde étant prosaïquement d’éviter que l’un des trois partis s’arroge une prééminence forte sur les deux autres.

Ce compromis ne dépasse guère le stade des principes, car l’affrontement d’intérêts ressurgit vite. Cadre national, comme le souhaite le PCF ? Cadre départemental, comme le souhaite le MRP ? Calcul du reste à la plus forte moyenne, ce qui permet d’éliminer de nombreux candidats des « petits partis » ?

Se dessine une première leçon : la proportionnelle n’est pas plus « juste » qu’un autre mode de scrutin, elle fait l’objet d’âpres batailles rangées sur ses modalités. Le diable se niche dans les détails, qui échappent aux électeurs. Et surtout, la proportionnelle donne les pleins pouvoirs aux partis politiques et à leurs états-majors pour désigner les députés, l’élu n’étant plus enraciné par le scrutin d’arrondissement (ce que l’interdiction du cumul des mandats ne pourra qu’aggraver) : bref, les électeurs ne le choisissent plus.

A une époque où les partis politiques cherchent à se refonder et à retrouver une place dans le débat public, ce point mérite d’être médité. On ajoutera que, de ce point de vue, le scrutin proportionnel fait obstacle au renouvellement de la classe politique, que celui-ci soit souhaitable ou non. Georges Clemenceau (1841-1929), Léon Blum (1872-1950), François Mitterrand (1916-1996), Michel Rocard (1930-2016), Pierre Mendès France (1907-1982), Pierre Messmer (1916-2007), Michel Debré (1912-1996), Alain Juppé connurent la défaite au scrutin majoritaire d’arrondissement, et s’en relevèrent : avec la proportionnelle, ils auraient été élus à vie, car toujours tête de liste !

Afrique : avec la crise de la faim, le chaos démocratique ?

Afrique : avec la crise de la faim, le chaos démocratique ?

 

En Afrique, le chaos démocratique aggrave le risque de crise alimentaire pour Christophe Châtelot du Monde 

Les pays dirigés par des juntes militaires font face à des situations sociales tendues en raison de l’illégitimité de leur pouvoir et des répercussions de la guerre en Ukraine.

Le nom de Thierno Mamadou Diallo sera-t-il le premier inscrit en tête d’une longue liste d’annonces mortuaires à venir en Afrique de l’Ouest, victime collatérale et innocente d’une guerre qui se déroule à 6 000 kilomètres de chez lui ? Le jeune Guinéen de 19 ans est tombé, le 1er juin, à Conakry, sous les balles de la police (selon toute vraisemblance) en marge d’une manifestation spontanée dénonçant une augmentation subite du prix des carburants. Par décision gouvernementale, le litre d’essence à la pompe était en effet passé le matin même de 10 000 francs guinéens (GNF, soit environ 1 euro) à 12 000 GNF. Un prix qui permet à peine à un smicard guinéen d’acheter 36 litres de carburant s’il y consacre la totalité de son salaire mensuel. La junte militaire au pouvoir craint plus que tout de voir la population, exsangue, enflammer la rue et remettre son pouvoir illégitime en cause.

Comme tant d’autres pays, la Guinée subit les contrecoups économiques de la guerre en Ukraine et des sanctions internationales appliquées à la Russie. « En s’ajoutant aux dégâts causés par la pandémie de Covid-19, l’invasion russe de l’Ukraine [le 24 février] a accentué le ralentissement de l’économie mondiale », avertissait la Banque mondiale, début juin. Les prix des céréales et du pétrole ont explosé, menaçant d’aggraver la faim dans les pays pauvres. Les économistes de la Banque mondiale s’attendent à ce que ce rythme d’augmentation des prix perdure jusqu’en 2023-2024.

« En raison des dommages conjugués de la pandémie et de la guerre, le niveau de revenu par habitant dans les pays en développement sera cette année inférieur de près de 5 % à la tendance qui avait été projetée avant le Covid », déplore par ailleurs l’institution. « Pour bien des pays, il sera difficile d’échapper à la récession », estime la Banque mondiale. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, craint davantage : « un ouragan de famines ».

Début juin, la Banque mondiale projetait une augmentation de 42 % des prix des produits pétroliers en 2022. Partant de ces chocs inflationnistes, Agritel, cabinet français d’expertise en stratégie agricole, rappelle un douloureux précédent. Celui, en 2007-2008, des émeutes de la faim en plusieurs endroits de la planète, d’Haïti aux Philippines et en Afrique tout particulièrement. Agritel note qu’en équivalent dollars, autrement dit à dollar constant, les prix du blé se situent aujourd’hui à environ 440 dollars la tonne. Il y a quinze ans, le prix était de 10 dollars plus cher seulement.

« Conseil national de la Refondation »: Une escroquerie démocratique !

« Conseil national de la  Refondation  »:  Une escroquerie démocratique !

 

Une nouvelle fois dans le cadre d’une conjoncture politique incertaine et une opinion publique désabusée, Macron se lance dans le bricolage idéologique. Ainsi vient-il de décider soudainement de créer un nouveau machin : le conseil national de la Refondation.

L’allusion au conseil national de la résistance de 1944 est évidemment aussi grossière qu’  approximative. En outre son objet en 1944 était contradictoire avec le dessin de Macron de supprimer toute institution collective représentative a commencer  par son propre parti qui va prochainement aux législatives faire encore la preuve de son extrême faiblesse sur le terrain.

La Refondation de Macron constitue une sorte de récupération d’un concept déjà utilisé par de nombreux partis politiques et autres organisations. L’idée consiste à unir pour reconstruire. Ce qui n’est pas exactement l’objet de Macron qui au nom du néo libéralisme économique et politique détruit les fondements politiques mais aussi culturels sur lesquels reposent les bases du pays.

Ce n’est pas la première fois que Macron récupère des concepts qu’il transforme en slogans comme par exemple le grand débat national qui n’a jamais débouché sur rien et qui se résuma en grande opération médiatique avec pour seule star Macron s’enivrant de ses propres mots pendant des heures et des heures devant des élus et des experts qui n’en pouvant plus finissaient par dormir ou partir.

Le bilan de Macron sur le plan politique sera terrible car il a réussi à détruire les organisations républicaines pour laisser uniquement les partis extrêmes sur la scène politique. Le macronisme  ne survivra pas à Macron qui résulte d’un bricolage idéologique hétérogène et contradictoire. Macron,  c’est le fameux en même temps. Il n’est ni de droite ni de gauche théoriquement mais pratiquement à la fois  de droite et de gauche, de nulle part voire « d’ailleurs » comme était Jobert en son temps.

L’idéologie de Marcon et surtout d’inspiration jupitérienne : moi, moi, moi !

Dernière exemple de ce maître de l’Olympe française: la nomination de la transparente première ministre, Élisabeth Borne, sans réelle compétence, sans référence politique et sa connaissance socio-économique. Le type même de personnage qui plaît à Macron qui entend gouverner seul non seulement sans parti, sans recours au Parlement mais aussi son gouvernement.

La plupart des médias reconnaissent  à Macron une grande intelligence, ce qu’on peut lui accorder mais  une sorte d’intelligence de nature machiavélique et égocentrique qui ne repose pas réellement sur une grande culture. Plutôt sur les recettes de boutiquiers    d’instituts politique et de l’ENA. Le fond importe peu, la forme tient lieu de philosophie et d’orientation. Pour résumer : sur tous les sujets, parler, parler, parler jusqu’à l’enivrement.

Macron n’est ni un technicien ni un expert comme ceux qui sortent de polytechnique mais ce n’est pas non plus un intellectuel comme ce que produit l’École normale supérieure où d’ailleurs Macron a été recalé.

Non, c’est l’archétype de l’énarque inspiré par les méthodes commerciales américaines. On gère le pays comme une start-up en slalomant  au gré du marché des idées. Bref le handicap des logique administratives françaises qui s’ajoutent aux idées commerciales et politiques des marchands du temple américain. Un mélange de néo libéralisme économique et de  wokisme . L’illusion du progressisme mais la certitude du déclin au final si l’on en juge par l’état lamentable de la société qui doit maintenant gérer des crises structurelles partout en matière notamment de dette,  de sécurité, de santé, d’école, d’environnement et même de défense ( voir le piteux recul de la force Barkanne par exemple).

Ce conseil national de la Refondation constitue bien un exemple du grand vide idéologique du macronisme plus apte à détruire qu’à construire. Par une œuvre de constructeur mais plutôt de brocanteur opportuniste.

« Refondation  » , Une escroquerie démocratique !

« Refondation  » , Une escroquerie démocratique !

 

Une nouvelle fois dans le cadre d’une conjoncture politique incertaine et une opinion publique désabusée, Macron se lance dans le bricolage idéologique. Ainsi vient-il de décider soudainement de créer un nouveau machin : le conseil national de la Refondation.

L’allusion au conseil national de la résistance de 1944 est évidemment aussi grossière qu’  approximative. En outre son objet en 1944 était contradictoire avec le dessin de Macron de supprimer toute institution collective représentative a commencer  par son propre parti qui va prochainement aux législatives faire encore la preuve de son extrême faiblesse sur le terrain.

La Refondation de Macron constitue une sorte de récupération d’un concept déjà utilisé par de nombreux partis politiques et autres organisations. L’idée consiste à unir pour reconstruire. Ce qui n’est pas exactement l’objet de Macron qui au nom du néo libéralisme économique et politique détruit les fondements politiques mais aussi culturels sur lesquels reposent les bases du pays.

Ce n’est pas la première fois que Macron récupère des concepts qu’il transforme en slogans comme par exemple le grand débat national qui n’a jamais débouché sur rien et qui se résuma en grande opération médiatique avec pour seule star Macron s’enivrant de ses propres mots pendant des heures et des heures devant des élus et des experts qui n’en pouvant plus finissaient par dormir ou partir.

Le bilan de Macron sur le plan politique sera terrible car il a réussi à détruire les organisations républicaines pour laisser uniquement les partis extrêmes sur la scène politique. Le macronisme  ne survivra pas à Macron qui résulte d’un bricolage idéologique hétérogène et contradictoire. Macron,  c’est le fameux en même temps. Il n’est ni de droite ni de gauche théoriquement mais pratiquement à la fois  de droite et de gauche, de nulle part voire « d’ailleurs » comme était Jobert en son temps.

L’idéologie de Marcon et surtout d’inspiration jupitérienne : moi, moi, moi !

Dernière exemple de ce maître de l’Olympe française: la nomination de la transparente première ministre, Élisabeth Borne, sans réelle compétence, sans référence politique et sa connaissance socio-économique. Le type même de personnage qui plaît à Macron qui entend gouverner seul non seulement sans parti, sans recours au Parlement mais aussi son gouvernement.

La plupart des médias reconnaissent  à Macron une grande intelligence, ce qu’on peut lui accorder mais  une sorte d’intelligence de nature machiavélique et égocentrique qui ne repose pas réellement sur une grande culture. Plutôt sur les recettes de boutiquiers    d’instituts politique et de l’ENA. Le fond importe peu, la forme tient lieu de philosophie et d’orientation. Pour résumer : sur tous les sujets, parler, parler, parler jusqu’à l’enivrement.

Macron n’est ni un technicien ni un expert comme ceux qui sortent de polytechnique mais ce n’est pas non plus un intellectuel comme ce que produit l’École normale supérieure où d’ailleurs Macron a été recalé.

Non, c’est l’archétype de l’énarque inspiré par les méthodes commerciales américaines. On gère le pays comme une start-up en slalomant  au gré du marché des idées. Bref le handicap des logique administratives françaises qui s’ajoutent aux idées commerciales et politiques des marchands du temple américain. Un mélange de néo libéralisme économique et de  wokisme . L’illusion du progressisme mais la certitude du déclin au final si l’on en juge par l’état lamentable de la société qui doit maintenant gérer des crises structurelles partout en matière notamment de dette,  de sécurité, de santé, d’école, d’environnement et même de défense ( voir le piteux recul de la force Barkanne par exemple).

Ce conseil national de la Refondation constitue bien un exemple du grand vide idéologique du macronisme plus apte à détruire qu’à construire. Par une œuvre de constructeur mais plutôt de brocanteur opportuniste.

Prendre la mesure du marasme démocratique

 Prendre la mesure du marasme démocratique 

 

L’historien Claude Lelièvrerappelle la place donnée à l’éducation morale et civique après la Libération.

 

Avec des taux d’abstentions qui peuvent aller jusqu’à presque 70 % on peut s’interroger sur la légitimité de certaines élections et sur l’état de notre démocratie. En outre la situation de notre démocratie ne serait se réduire à l’aune des élections. L’analyse du déficit démocratique apparaît ici assez superficielle. NDLR

 

Ce devrait être l’un des deux grands objectifs de l’école si l’on suit ce qu’a déclaré le président de la République, Emmanuel Macron, lors de son discours d’investiture du 7 mai : « Agir (…) pour une école toujours plus inclusive, formant aux savoirs fondamentaux et forgeant des esprits républicains. » Et il se peut que la nomination surprise, ce 20 mai, de Pap Ndiaye à la tête d’un ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse – un libellé et un périmètre très rares – puisse être ainsi comprise.

S’il s’agit de « forger des esprits », il convient de se souvenir du sous-titre donné par Nietzsche à son ouvrage Crépuscule des idoles : « Comment philosopher à coups de marteau » – c’est-à-dire « évaluer à coups de marteau », pour entendre si cela sonne creux ou non… S’agit-il, en particulier, d’aller nettement au-delà de la posture traditionnelle qui consiste à « frapper les esprits » de « principes républicains » réitérés et péremptoires ?

On notera en tout cas que, lors de son premier discours de campagne, le 7 mars à Poissy (Yvelines), Emmanuel Macron a prôné le « décloisonnement » de l’école, qui devrait se faire « avec les familles, les associations et les communes qui s’occupent du périscolaire, parce que faire des républicains, ça ne commence pas le matin à 9 heures pour s’arrêter à 17 heures, quatre ou cinq jours par semaine ».

Pas de planification écologique sans concertation démocratique

Pas de planification écologique sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

________

Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Environnement- Pas de planification sans concertation démocratique

 

Environnement- Pas de planification sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

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Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Politique et Environnement- Pas de planification sans concertation démocratique

Politique et Environnement- Pas de planification sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

________

Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Ecologie: Pas de planification sans concertation démocratique

Ecologie: Pas de planification sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

________

Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Environnement- Pas de planification écologique sans concertation démocratique

Environnement- Pas de planification écologique sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

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Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Pas de planification écologique sans concertation démocratique

 

Pas de planification écologique sans concertation  démocratique 

Pour fédérer les citoyens et atteindre ses objectifs, le gouvernement a tout intérêt à se tourner vers la concertation. Par Nathalie Lazaric, Université Côte d’Azur

Durant sa campagne, Emmanuel Macron a affirmé vouloir mettre la planification écologique au centre du prochain quinquennat, sous l’égide directe du Premier ministre. En attendant sa nomination, l’institut France Stratégie vient de dévoiler son rapport sur les enjeux de cette planification écologique, préconisant entre autres un renouveau de l’exercice démocratique.

Dans ce contexte, en quoi consiste la planification écologique ? Quels en sont les contours et prérequis nécessaires pour aboutir à des résultats qui fédèrent le plus grand nombre de citoyens ? Comment éviter les échecs cuisants comme ceux de la rénovation énergétique ?

L’importance de la concertation

La planification écologique est l’aptitude d’un pays de se doter d’un cadre institutionnel et réglementaire adapté à ses objectifs écologiques. L’une de ses fonctions est notamment de permettre de financer les investissements privés et publics nécessaires pour la transition.

Si on peut se réjouir de voir la question écologique se placer au centre de l’échiquier politique et être annoncée comme principe phare pour les cinq prochaines années, on doit néanmoins se méfier de mesures imposées par le gouvernement ne répondant aux besoins réels ou « perçus » des citoyens.

En effet, faute de cohérence et de concertation préalable, l’État français a déjà été amené à renoncer à la fiscalité écologique avec la crise des « bonnets rouges » en 2013 et des « gilets jaunes » en 2019. Ces mesures furent perçues comme injustes, car touchant les travailleurs les plus pauvres, notamment lors du mouvement des « gilets jaunes » avec la hausse du prix du carburant.

Ainsi que le préconise le rapport Brundtland rédigé par les Nations unies en 1987, la participation et l’information ainsi que la justice et la solidarité sont les principes de base pour que la transformation écologique soit acceptée par les citoyens.

Face aux « grands défis » de notre siècle, il n’existe pas une solution possible, mais de nombreuses options. Les problèmes environnementaux sont complexes, incertains et ont des conséquences multiples.

Face à ces défis, la méthode préconisée est le pragmatisme à la « Dewey », c’est-à-dire une concertation décentralisée pour trouver un compromis acceptable et surtout, accepté par les acteurs publics et privés ainsi que par l’ensemble des citoyens.

La concertation est toutefois difficile et longue à mettre en œuvre. En effet, elle ne se programme pas, mais se co-construit avec un ensemble de parties prenantes.

L’exemple de la rénovation énergétique

Prenons un exemple simple : la rénovation énergétique, c’est-à-dire l’ensemble des travaux visant à diminuer la consommation énergétique du bâtiment et de ces usagers en utilisant des énergies décarbonées.

Annoncée en France comme la prochaine mesure phare du quinquennat pour la planification écologique, elle illustre la complexité des défis à surmonter pour aboutir à une réelle réduction des gaz à effet de serre.

La rénovation énergétique est complexe et implique de nombreux acteurs publics et privés (dont la plupart n’ont pas l’habitude de collaborer avec des acteurs intermédiaires), ainsi que de nombreuses sources de financement. Elle repose sur de multiples options technologiques possibles, et nécessite des compromis entre coût économique, pratiques énergétiques et réduction des gaz à effet de serre.

Face à ces difficultés, l’habitude est donc de mettre en place ces programmes sans les usagers et sans observation préalable de leurs pratiques de consommation.

Ceci conduit généralement à des résultats variables… voire mauvais. Notamment, on observe de nombreux effets rebonds après les opérations de réhabilitation, et les retours sur investissement sont loin de ceux escomptés.

Et pour cause : les modèles de prédiction sur lesquels ils sont basés reprennent souvent un profil d’usager dit « moyen », et sont incapables d’intégrer la complexité des usages locaux dans leur modèle de prévision.

Pourtant, les travaux de mon laboratoire sur la réhabilitation des logements sociaux en région PACA et sur la consommation énergétique montrent qu’il est possible, par la concertation, d’enseigner la réduction de la consommation énergétique et ainsi de modifier durablement les comportements.

Lorsque l’on fait le bilan de la réhabilitation des logements sociaux en région PACA, on voit une nette différence entre les opérations ayant bénéficié d’une concertation en amont (programme d’éducation populaire, travail avec les associations environnementales sur les questions énergétiques, dialogues avec la maîtrise d’ouvrage sur les options techniques telles que l’isolation et le thermostat) et les autres opérations « classiques ».

Quand la concertation avec les usagers fut mise en œuvre, les réductions de consommation énergétique furent importantes, avec une diminution effective de la consommation sur le long terme en évitant les potentiels effets rebond (c’est-à-dire une augmentation de la consommation d’énergie par usager allant à l’encontre des prévisions initiales).

Si le confort thermique est un réel bien-être pour les usagers, le but premier de la rénovation énergétique reste la réduction des gaz à effets de serre. Pour parvenir à ce résultat, il est nécessaire de concilier bien-être, éducation populaire et réduction de la facture énergétique, sous peine de voir ces programmes coûteux ne pas déployer leur potentiel et générer frustration et incompréhension potentielle.

La concertation (avec les différents intervenants : ménages, associations, maîtres d’œuvre…) doit alors être au cœur du processus. Mieux, elle doit être apprise et comprise en étant impulsée comme principe et méthode par l’État pour servir de modèle à l’ensemble des acteurs.

Quelles bonnes pratiques pour la planification écologique ?

Les leçons à tirer pour la planification écologique sont multiples. Tout d’abord, la concertation est un processus complexe, long et hasardeux, mais qui doit être mise en place dès le départ.

La planification permet de fixer un cadre et des objectifs. Il est important, par la suite, que ces derniers soient décentralisés et mis en œuvre par les acteurs territoriaux, avec de réelles ressources et moyens pour les accompagner dans cette démarche.

Cette démarche de concertation collective via des associations d’éducation populaire ou des outils comportementaux (récompenses, coups de pouce – nudges – ou conseils – boosts -) est non seulement durable, mais a de nombreux impacts sur le long terme. Elle permet de ne pas réduire la question de la planification écologique à de simples dispositifs techniques, certes indispensables, mais largement insuffisants.

Pour conclure, on peut dire que la clé de voûte de la planification écologique repose sur plusieurs préconisations à intégrer dans l’agenda politique pour les prochaines années :

  • La co-construction des scénarios de transition écologique avec les usagers comme condition préalable
  • La mise en place de programme d’éducation populaire et d’expérimentations de divers outils d’apprentissage vers la transition écologique (réduction des déchets, réduction de la consommation énergétique, nouvelles formes de mobilité…)
  • La volonté d’innover, tant du point de vue technologique que social, pour aboutir à des résultats ambitieux perçus comme utiles et justes
  • La volonté d’évaluer les résultats obtenus et de les diffuser à toutes les parties prenantes, pour apprendre des succès, mais aussi des échecs et tirer les leçons des méthodes locales
  • La capacité de dédier du temps et des ressources à la co-construction pour fédérer l’ensemble de parties prenantes, quitte à retarder à court terme les programmes en place
  • La décentralisation des moyens et des ressources pour que les acteurs territoriaux s’approprient la question de la mise en œuvre de la planification environnementale en fonction des spécificités et contraintes locales
  • La capacité de mesurer les bénéfices en matière de bien-être, d’inégalités et de réduction de gaz à effet de serre pour chaque programme engagé

En conclusion, pour que la planification écologique puisse être perçue comme juste et utile, il faut changer la donne des pratiques en cours, ne pas chercher l’efficacité à tout prix, mais voir la portée des programmes sur le long terme et se donner le temps de la concertation collective.

C’est à ce prix que la programmation environnementale pourra offrir toutes les opportunités pour les citoyens, et fédérera le plus grand nombre autour de l’objectif fondamental : la réduction de notre empreinte carbone et l’héritage du bien commun aux générations à venir.

La tâche est ambitieuse, mais c’est à ce prix que la transition écologique et sa mise en œuvre pourront embarquer le plus grand monde de citoyens, et toucher leur cible initiale.

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Par Nathalie Lazaric, Directrice de recherche en innovation et apprentissage, Université Côte d’Azur.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Macron II: Le grand flou et la fatigue démocratique

Macron II: Le grand flou et la fatigue démocratique

 

Pressé de tous côtés de clarifier l’orientation de son deuxième mandat, le président de la République continue d’entretenir le flou. Mais ce brouillage idéologique alimente la dépolitisation et la fatigue démocratique, avertit dans sa chronique Solenn de Royer, grand reporter au « Monde ».

 

 

En attendant Godot. Dans la foulée de sa réélection, le 24 avril, Emmanuel Macron se tait et prend son temps. « Le maître des horloges. Episode 2 », plaisante-t-on à l’Elysée. Vendredi, dans les Hautes-Pyrénées, l’intéressé a expliqué que le pays avait besoin d’un moment d’« apaisement », après les tensions de la campagne. Et qu’à celle-ci s’adossait – pour lui-même – une période de « décantation ». Alors que la nomination d’un nouveau premier ministre avait initialement été évoquée pour le 2 mai, le président a décidé de temporiser, au risque de paraître indécis, dans le calcul politique (au trébuchet), plutôt que dans la claire vision de ce qu’il entend faire d’un deuxième mandat.

 

Ils sont pourtant nombreux, dans la majorité, à réclamer des paroles et des gestes forts pour répondre sans tarder aux conditions particulières de la réélection du sortant (contre l’extrême droite), ses mots du Champ-de-Mars, rassembleurs mais peu engageants, n’ayant pas suffi à dessiner un chemin. « On est dans le potage », reconnaît un pilier de la majorité.

 

Nul, en effet, ne sait à quoi ressemblera « Macron 2 ». Sur tous les plans, les hommes ou la ligne, le flou n’a pas été dissipé par la campagne brève et édulcorée qu’il a menée, voire s’est épaissi au gré des contingences électorales. L’entre-deux-tours a été un condensé de ces ambiguïtés. Ayant axé sa campagne de premier tour à droite toute (retraite à 65 ans, contreparties au RSA) pour siphonner le vote LR, il a mis la barre à gauche avant le second tour, pour séduire les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, en promettant la « planification écologique » ou en félicitant (« C’est beau ! ») une jeune femme voilée qui se disait féministe.

« Qu’est ce que le macronisme ? », l’a interrogé l’éditorialiste de France Inter, Thomas Legrand, le 22 avril. L’intéressé n’a pas répondu, préférant badiner devant ces tentatives répétées de donner un sens et un contenu à son mouvement politique. Lui qui a érigé un tic de langage en corpus idéologique (le fameux « en même temps », relevé par Le Monde et RTL pendant la campagne de 2017) ne semble pas pressé de sortir de l’ambiguïté. « On ne sait toujours pas à quoi va servir ce quinquennat, observe Chloé Morin, de la Fondation Jean Jaurès. Veut-il réformer la France en profondeur ou bien réparer et apaiser un pays fracturé ? Les deux sont difficilement compatibles, il va devoir choisir. »

 

Après un premier mandat où ce président « transformiste » n’a cessé d’alterner les masques, cultivant l’art de l’esquive et de la mobilité, le voilà pressé de définir un horizon avec clarté. Car s’il s’est montré redoutablement efficace sur le plan électoral (contribuant à asphyxier LR et le PS), le brouillage idéologique savamment entretenu pendant cinq ans a alimenté aussi la dépolitisation et la perte de repères, puissant ferment d’une grande fatigue démocratique.

Présidentielle : quelle légitimité démocratique pour Macron !

Présidentielle : quelle légitimité démocratique  pour Macron ! 

Un cri de révolte pour protester contre le caractère d’illégitimité d’élection de Macron ; un cri qui peut s’entendre mais qui mériterait d’être encore approfondi sur ce qu’on entend par illégitimité. Indiscutablement, l’élection de Macron est juridiquement légitime mais le problème c’est que politiquement, elle ne l’est pas.

En effet, le reproche essentiel fait à Macron, c’est son ascension politique jusqu’au plus haut niveau sans jamais avoir eu le moindre passé social, la moindre expérience collective sociétale, la moindre représentativité collective.  Macron est un bourgeois technocrate choisi et financé par les plus grandes entreprises. Cela évidemment pour favoriser un projet de société de marché.

Les Français sont une majorité à le considérer comme moralement et politiquement illégitime. Pour preuve surtout le premier parti de France de 40 à 50 % d’abstention, de non-inscrits ou de mal inscrits. Même si par ailleurs juridiquement son élection n’est pas contestable . En fait Macron recueille seulement 15% des votants potentiels au premier tour. 

 

tribune

« J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes, estime Mélanie Tellaa. C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. [...] Ce n’est pas un choix par défaut. »

Je ne suis personne mais je pense représenter une certaine opinion. Emmanuel Macron vient d’être réélu et je suis particulièrement choquée des réactions des personnalités politiques.

Je fais partie des gens qui ont voté pour lui. Pas au premier tour. J’ai voté pour lui au second tour. Et je voudrais m’inscrire en faux contre tout ce qui se dit en ce moment même. Non, ce n’est pas un choix par défaut. Oui, ce choix que j’ai fait et que des millions de gens ont fait, ce choix est un choix démocratique.

J’ai lu les programmes. J’ai évalué les candidats selon leur adéquation à mes principes, à mes valeurs et j’ai évalué leur capacité à faire des propositions réalistes. Tout ça a été le fruit de recherches personnelles, de réflexions. Et oui, j’ai choisi de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes.

C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. Je rejette les accusations d’illégitimité démocratique.

Je refuse que les candidats qui n’ont pas conquis assez de voix pour passer au second tour osent parler de vote par défaut. Je regrette aussi qu’ils évoquent le vote « barrage » avec mépris. Car ce vote barrage n’est pas méprisable et n’est pas moins fort que le vote d’adhésion : c’est un vote d’adhésion aux valeurs de la République. C’est un vote contre l’extrême-droite dont le discours est banalisé.

Mais conforter le désespoir de certains citoyens qui voyaient dans le choix à faire un choix du pareil au même, c’est oublier que Marine Le Pen est la candidate d’un parti dont les propositions sont pour beaucoup contraires aux traités européens et à la Constitution française. Ses mesures visent à diviser les Français selon leurs origines ou leurs religions. Lutter contre cela est tout à fait légitime.

Je regrette que ceux qui essuient encore leur défaite n’arrivent pas à relever la tête pour respecter ces électeurs dont je fais partie et qui ont participé à la réélection du président de la République. Je regrette que l’on nie mon choix. Je regrette que l’on compare les dangers de l’extrémisme à un choix républicain.

Et je leur dis à tous : l’offre politique existe. Chacun doit s’en saisir et prendre ses responsabilités. Pour ma part, c’est clair. J’ai voté Macron et je l’ai fait exprès.

Mélanie Tellaa, Angresse (Landes)


« J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes, estime Mélanie Tellaa. C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. [...] Ce n’est pas un choix par défaut. »(tribune d’un lecteur du « Monde »)

 

Je ne suis personne mais je pense représenter une certaine opinion. Emmanuel Macron vient d’être réélu et je suis particulièrement choquée des réactions des personnalités politiques.

Je fais partie des gens qui ont voté pour lui. Pas au premier tour. J’ai voté pour lui au second tour. Et je voudrais m’inscrire en faux contre tout ce qui se dit en ce moment même. Non, ce n’est pas un choix par défaut. Oui, ce choix que j’ai fait et que des millions de gens ont fait, ce choix est un choix démocratique.

J’ai lu les programmes. J’ai évalué les candidats selon leur adéquation à mes principes, à mes valeurs et j’ai évalué leur capacité à faire des propositions réalistes. Tout ça a été le fruit de recherches personnelles, de réflexions. Et oui, j’ai choisi de voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour. J’ai accepté que mon candidat n’ait pas passé le premier tour. Et je me suis tournée vers celui qui correspondait le mieux à mes attentes parmi les deux finalistes.

C’est un choix légitime, un vote d’adhésion au regard du processus électoral de la Ve République. Je rejette les accusations d’illégitimité démocratique.

Je refuse que les candidats qui n’ont pas conquis assez de voix pour passer au second tour osent parler de vote par défaut. Je regrette aussi qu’ils évoquent le vote « barrage » avec mépris. Car ce vote barrage n’est pas méprisable et n’est pas moins fort que le vote d’adhésion : c’est un vote d’adhésion aux valeurs de la République. C’est un vote contre l’extrême-droite dont le discours est banalisé.

Mais conforter le désespoir de certains citoyens qui voyaient dans le choix à faire un choix du pareil au même, c’est oublier que Marine Le Pen est la candidate d’un parti dont les propositions sont pour beaucoup contraires aux traités européens et à la Constitution française. Ses mesures visent à diviser les Français selon leurs origines ou leurs religions. Lutter contre cela est tout à fait légitime.

Je regrette que ceux qui essuient encore leur défaite n’arrivent pas à relever la tête pour respecter ces électeurs dont je fais partie et qui ont participé à la réélection du président de la République. Je regrette que l’on nie mon choix. Je regrette que l’on compare les dangers de l’extrémisme à un choix républicain.

Et je leur dis à tous : l’offre politique existe. Chacun doit s’en saisir et prendre ses responsabilités. Pour ma part, c’est clair. J’ai voté Macron et je l’ai fait exprès.

Mélanie Tellaa, Angresse (Landes)

Société-Bolloré et médias, la dérive démocratique

Société-Bolloré et médias, la dérive démocratique

 

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. 

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

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