Archive pour le Tag 'démocratique'

Pour l’expérimentation démocratique

Pour l’expérimentation démocratique 

 

Sous-utilisé par les collectivités territoriales depuis son lancement en 2003, ce pouvoir d’adapter les lois ou règlements nationaux aux situations locales fait pourtant vivre la démocratie de façon créatrice, analyse la philosophe dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

C’est un risque devenu, hélas, quasi structurel à la démocratie, à savoir l’expérience de sa condition déceptive et, en réaction, la réactivation d’une tentation ressentimiste chez les citoyens qui se « ressentent » prioritairement méprisés, humiliés, impuissants, déclassés et qui réagissent en se radicalisant, en se binarisant, en faisant de la démocratie et de ses institutions leur « mauvais objet ». Il y a beaucoup de choses à dire sur la démultiplication des inégalités socio-économiques, leur renforcement systémique, et qui, bien sûr, produisent des conditions objectives de souffrance, d’érosion de soi.

Nous savons à quel point le premier enjeu de l’Etat social de droit est précisément de rester indivisible, d’associer aux déclarations formelles du droit des capacités concrètes, du pouvoir d’agir et de transformer les mondes culturels et économiques dans lesquels les individus évoluent. A partir du moment où il tend à faire l’inverse, à reproduire des dispositifs de réification des individus, ces derniers se perçoivent, ce qui est psychiquement intenable, comme remplaçables, interchangeables, surnuméraires, inutiles, et la modernité devient le lieu d’une fabrique nouvelle de l’indignité.

Pour autant, Hermann Broch a bien identifié, dans son essai majeur d’après-guerre La théorie de la folie des masses, que le ressentiment ne naissait pas de l’absence des seules structures matérielles de « soutènement » (autrement dit des inégalités socio-économiques) mais qu’il relevait d’une faillite morale plus intime, plus émotionnelle, d’une perte de valeurs, ou plutôt d’un système de valeurs inversées, avec, en son centre, un « ressenti » qui devient le seul rationnel envisageable, et ce d’autant plus qu’il est alimenté par les passions tristes.

Pour éviter de se claquemurer dans ce système de valeurs « fermées », il faut veiller à produire toutes les forces critiques possibles, force de sublimation en tête, individuellement et collectivement. Comment ? Mille et une façons existent mais concentrons-nous sur le droit d’expérimentation démocratique, car il recèle à lui seul des protocoles précisément capables d’articuler à la fois les individus singuliers que nous sommes et les collectifs dont nous avons besoin pour rendre durables ces droits individuels. Faut-il encore lui laisser une vraie place dans nos démocraties, avec de vrais enjeux d’accès à la modélisation de l’intérêt général.

Depuis 2003, et l’acte II de la décentralisation républicaine, les collectivités territoriales se sont vu accorder un droit à l’expérimentation leur permettant d’adapter les lois et règlements nationaux aux situations locales. Autrement dit, les élus, et souvent à l’initiative des citoyens, de collectifs issus de la société civile, peuvent expérimenter des dispositifs qui ont vocation à transformer la norme générale, mais à démontrer d’abord leur opérationnalité. Une manière ici de faire « vivre » la démocratie de façon continue, très effective, créatrice, d’allier le faire et la pensée, d’inventer de nouvelles légitimités, d’être résolument « irremplaçables » dans la mesure où chacun peut participer à son invention. Une possibilité qui reste l’un des piliers de l’acte démocratique en tant que tel.

En un mot, de retrouver une puissance d’agir et de transformation, de revenir à la nécessité de la démocratie réflexive et critique, celle qui s’auto-améliore et fait vivre de façon non strictement chaotique cette réforme. Ce sont autant de minicontrats sociaux repassés avec l’idée même de ce régime, des protocoles qui permettent de réinvestir la confiance dans les institutions, et plus cliniquement parlant, qui préservent les individus du ressentiment. Ce droit d’expérimentation est totalement sous-utilisé, alors qu’il est une des façons de développer la citoyenneté capacitaire.

Protéger les lanceurs d’alerte, un enjeu démocratique

Protéger les lanceurs d’alerte, un  enjeu démocratique

 

Dans une tribune au « Monde », un collectif de lanceurs d’alerte, dont Antoine Deltour et Irène Frachon, craint que le Sénat n’affaiblisse la proposition de loi Waserman qu’ils voient comme une vraie avancée pour leur protection.

 

Tribune.

 

Nous, lanceurs d’alerte, payons un prix élevé pour avoir osé dire la vérité. Représailles, licenciement, perte d’employabilité, procédures judiciaires interminables, campagnes de dénigrement, ces embûches s’accompagnent généralement d’un préjudice financier voire de difficultés familiales et relationnelles. Cette réalité n’est pas acceptable, car elle est très dissuasive pour tous les futurs ladnceurs d’alerte. Or, pour chaque lanceur d’alerte qui baisse les bras, c’est un dysfonctionnement grave qui perdure. Au bout du compte, c’est l’information du public, nécessaire à toute société démocratique, qui en pâtit.

La loi Sapin 2, adoptée en 2016, avait jeté les bases d’un cadre relativement protecteur. En particulier, sa définition large uniformisait plusieurs dispositifs incohérents et devait couvrir la plupart des situations : « Un lanceur d’alerte révèle ou signale une menace ou un préjudice graves pour l’intérêt général. » Malheureusement, certains d’entre nous n’ont pas pu bénéficier de cette loi, notamment parce qu’elle impose un parcours complexe.

Elle prévoit un premier palier de l’alerte consistant à adresser le signalement en interne, auprès d’une hiérarchie qui, mise en cause, risque de déclencher des représailles ou de dissimuler des preuves. Par ailleurs, le soutien financier initialement prévu dans la loi Sapin 2 n’avait pas résisté à la censure du Conseil constitutionnel, pour une raison purement juridique. Pour de nombreux lanceurs d’alerte, ce soutien financier constitue pourtant une aide cruciale.

Le droit européen offre maintenant à la France l’occasion de combler ces lacunes. Convaincue de la nécessité de sécuriser les alertes, une coalition d’associations, de syndicats et de quelques eurodéputés progressistes a obtenu de haute lutte une directive adoptée en 2019 pour améliorer très significativement la protection des lanceurs d’alerte partout en Europe. Si le délai officiel est déjà dépassé, le processus de transposition dans le droit français est déjà bien engagé. Ses débuts étaient même très encourageants : la proposition de loi du député (MoDem) Sylvain Waserman introduisait des avancées significatives et a été adoptée à l’unanimité le 17 novembre 2021 par l’Assemblée nationale.

Le vote du texte au Sénat le 19 janvier nous préoccupe cependant. Les travaux en commission des lois le 15 décembre 2021 ont en effet conduit à des reculs qui dépassent l’entendement. De nombreux progrès issus de la proposition de loi disparaissent. Il en va ainsi de la protection accordée aux « facilitateurs personnes morales », c’est-à-dire à toutes les associations susceptibles de nous assister dans l’alerte et qui s’exposent elles-mêmes à diverses représailles.

Politique : le non choix est aussi un acte démocratique

Politique : le non choix est aussi un acte démocratique

La députée Paula Forteza, qui a déposé plusieurs propositions de loi contre l’essoufflement démocratique, appelle, dans un entretien au « Monde », à reconstruire la relation au vote et à l’élection pour qu’elle ait du sens pour la société.

 

Députée indépendante des Français d’Amérique latine et des Caraïbes, anciennement La République en marche, Paula Forteza est spécialiste des questions liées au numérique, à la démocratie et aux nouvelles formes d’engagement citoyen. Le 17 novembre, elle a déposé, avec plusieurs députés, trois propositions de loi, pour environ une trentaine de mesures qui s’attaquent à plusieurs facettes de l’essoufflement démocratique.

Sur quel constat initial s’appuient ces propositions de loi ?

Depuis le début du mandat, nous avons suivi l’évolution de la relation des Français aux élections et au vote : évidemment, l’augmentation de l’abstention, l’apparition de nouvelles formes de mobilisation en dehors des institutions, que ce soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux, mais aussi l’émergence d’autres types d’expression démocratique ; et surtout, la place des jeunes générations dans ces nouveaux liens à la politique. Face à ces éléments, il fallait se poser la question suivante : comment reconstruire la relation au vote et à l’élection pour qu’elle ait du sens pour la société ?


Comment redonner envie aux citoyens de s’intéresser au champ politique ?

Le fil conducteur a été de chercher des mesures pour que le vote puisse exprimer davantage ce que les Français ont à dire et qu’il permette une expression beaucoup plus large et beaucoup plus diverse des points de vue des Français. Ainsi, la première proposition que nous mettons en avant est la reconnaissance du vote blanc : le vote doit pouvoir non seulement permettre l’expression d’un choix, mais aussi l’expression d’un non-choix.

Mais toutes les propositions que nous faisons vont dans le même sens : derrière la mise en place d’élections législatives à la proportionnelle intégrale et avec parité réelle, c’est aussi l’idée que les préférences des citoyens se liront plus directement dans le résultat des élections. Autre exemple, l’expérimentation au jugement majoritaire, qui permet de classer les candidats au lieu de devoir choisir une seule candidature, permettra l’expression d’un ordre de préférence.

Nombre de vos propositions s’attachent donc à rendre la démocratie plus représentative…

Nous avons eu dans ce quinquennat des initiatives de démocratie participative ambitieuses dans la méthode, comme le grand débat national ou la convention citoyenne pour le climat. Or, elles se sont avérées souvent décevantes et frustrantes pour les citoyens qui s’y sont impliqués, car la traduction politique qui a été faite de leurs propositions a été à chaque fois en deçà de leurs contributions. L’effet peut être contre-productif : les citoyens, ressentant une forme de trahison, s’éloignent davantage de la politique.

Les chaînes d’info continue : un déclin du débat démocratique

Les chaînes d’info continue : un déclin du débat démocratique

 

Le journaliste Frédéric Says de France Culture dénonce dans le Figaro  l’abaissement du niveau de débat démocratique dont sont responsables des chaînes d’info continue qui se contentent d’avis très approximatifs tout autant que péremptoires en réunissant quelques grandes gueules autour d’un micro qui n’ont la plupart du temps aucune compétence

Frédéric Says est journaliste politique à France Culture, où il signe chaque matin l’édito politique. Il publie aux éditions Bouquins, «Billets politiques – Sur le fil du quinquennat».


« Les  chaînes d’info en continu ont donné une nouvelle vigueur à cet exercice un peu vain : avoir un avis sur tout, si possible tranché voire péremptoire. Résultat : chacun monologue, personne ne s’écoute… Les mêmes se désolent ensuite parfois de la dégradation du débat public. Par ailleurs, on oublie parfois que ce sont des raisons économiques qui dictent cette course à la polémique. Les chaînes info, soumises à une intense concurrence entre elles, préfèrent organiser un débat que diffuser du reportage, bien plus cher à concevoir (transport, hébergement, tournage…). Mettre quatre «grandes gueules» en plateau, ça ne coûte que le taxi aller-retour. C’est aussi une facilité. »

Vous dénoncez la culture du clash des chaînes d’info pour faire l’éloge d’une certaine nuance. Mais trop souvent, le journalisme politique n’a-t-il pas confondu la nuance ou la modération avec le conformisme et la connivence ?

C’est un danger effectivement. Mais utiliser la nuance, ce n’est pas pour «penser mou», mais pour «penser précis». Le doute est une arme intellectuelle sous-estimée. Comme disait Oscar Wilde, «quand les gens sont d’accord avec moi, j’ai l’impression de m’être trompé».

Quant à la connivence, elle est évidemment l’une des plaies du journalisme. Je ne comprends pas l’usage du tutoiement entre les journalistes et les politiques. Cela dit, à l’inverse, l’agressivité n’est pas toujours la meilleure manière d’obtenir des réponses intéressantes.

Ouvrir le système démocratique français (Thomas Piketty)

Ouvrir le  système démocratique français (Thomas Piketty)

 

 

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2022, il est urgent d’introduire de nouvelles formes de participation citoyenne, plaide l’économiste Thomas Piketty,

directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris.

 

 

moins de cinq mois du premier tour, que peut-on espérer de l’élection présidentielle prévue en avril prochain ? On peut poser la question à deux niveaux : celui du scrutin de 2022 et celui, plus large, de la place de la présidentielle dans le système politique français.

S’agissant de l’élection de 2022, force est de constater qu’elle est mal engagée. Face à la droitisation extrême du paysage politique, évolution à laquelle le macronisme au pouvoir n’est pas étranger, il est devenu presque impossible de débattre des grands enjeux sociaux et économiques qui vont structurer notre avenir commun.

 

Pour gagner la bataille de l’émancipation, de l’intelligence et du capital humain, l’enjeu central reste et demeure celui de l’investissement dans l’éducation et la formation. Malheureusement, les derniers chiffres issus de la loi de finances pour 2022 sont formels : la dépense publique par étudiant a chuté de 14 % en France entre 2008 et 2022 (– 7 % depuis 2017). Il s’agit d’un gâchis monumental pour le pays et pour sa jeunesse. Il est urgent que les candidats s’engagent sur des objectifs précis permettant aux universités de disposer enfin des mêmes moyens que les filières sélectives et de développer les cursus pluridisciplinaires et les niveaux d’encadrement dont les étudiants ont besoin.

 

Pour faire face au défi climatique, on sait qu’il faudra mieux répartir les efforts et mettre fortement à contribution les plus aisés. Exonérer les plus grandes fortunes de toute imposition alors même qu’elles ont triplé de volume en France depuis dix ans relève de la stupidité économique et de l’aveuglement idéologique. Cet abandon de toute ambition en matière de souveraineté fiscale et de justice sociale aggrave le séparatisme des plus riches et nourrit la fuite en avant vers le régalien et l’identitaire.

Mais quoi que l’on fasse pour ignorer le primat du social et des inégalités, la réalité reviendra au galop. En France, les 50 % les plus pauvres ont une empreinte carbone d’à peine 5 tonnes par habitant, contre 25 tonnes pour les 10 % les plus riches et 79 tonnes pour les 1 % les plus riches. Les solutions consistant à ratiboiser tout le monde au même taux, à l’image de la taxe carbone du début de quinquennat, n’ont pas beaucoup de sens et ne pourront jamais être acceptées.

On pourrait multiplier les sujets : la fiscalité locale doit être repensée pour permettre aux communes les plus pauvres et à leurs habitants de disposer des mêmes chances que les autres ; le système de pensions doit devenir universel et juste, en mettant l’accent sur les petites et moyennes retraites ; un nouveau partage du pouvoir doit s’appliquer entre salariés et actionnaires dans la gouvernance des entreprises ; la lutte contre les discriminations doit devenir une priorité assumée et mesurable.

Réguler les plates-formes: Un enjeu démocratique

Réguler les plates-formes: Un enjeu démocratique 

Réguler le contenu des réseaux sociaux doit moins passer par la contrainte que par la préservation des droits individuels face aux géants du Web, estime le juriste Winston Maxwell dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

La haine en ligne, mais aussi les contenus illicites de toute nature et les infox préoccupent les régulateurs du monde entier. Selon un récent rapport de la Commission européenne, un tiers des contenus haineux en ligne signalés ne sont pas supprimés par les réseaux sociaux. Ces réseaux sont quotidiennement mis en cause, soit parce qu’ils ne font pas assez pour maîtriser la viralité des contenus préjudiciables, soit parce qu’ils en font trop, en éliminant certains contenus et utilisateurs sans autre forme de procès. Certains comparent Facebook, avec sa « Cour suprême » privée, à un Etat souverain. Les grandes plates-formes ont un rôle structurant dans notre débat public et sont devenues, comme la radio et la télévision, des médias ayant une forte influence sur la société. Il ne s’agit pas, bien sûr, de réguler ces réseaux comme la télévision, car le rôle des réseaux sociaux est différent, et une régulation trop stricte créerait une ingérence intolérable dans la liberté d’expression. Mais le besoin d’un encadrement réglementaire est devenu flagrant, sur deux fronts.

 

Le premier front consiste à inciter les réseaux sociaux à trouver des solutions, notamment algorithmiques, pour réduire la présence et la viralité de contenus haineux. Le projet de règlement européen Digital Services Act, actuellement en négociation à Bruxelles, obligerait les plates-formes à effectuer un diagnostic interne sur les risques systémiques créés par leurs services et à proposer des solutions pour réduire ces risques. Devançant le règlement européen, la loi française du 24 août 2021 impose aux réseaux sociaux de mettre en place des mesures techniques et organisationnelles permettant de fluidifier le traitement des signalements, sous le contrôle du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). En matière de régulation des contenus, l’Etat doit rester le plus neutre possible, afin de minimiser l’impact sur la liberté d’expression.

Dans les années 1990, on croyait que la multiplication des points de vue sur Internet était la meilleure garantie d’une liberté d’expression saine (la théorie du « marketplace of ideas »). La législation américaine (Communications Decency Act, adopté en 1996) et européenne (directive « Commerce électronique », en 2000) est construite sur cette théorie de laisser faire. Aujourd’hui, nous nous rendons compte que la quantité des points de vue n’est pas une garantie suffisante, car sans un minimum d’encadrement, cette abondance peut conduire à des dérives mettant en péril l’objectif même de la liberté d’expression, à savoir la préservation du débat démocratique. D’où la nécessité de redonner vie à la régulation audiovisuelle, et en France au rôle du CSA, pour réguler les réseaux sociaux en tant que médias à forte influence, tout en s’efforçant de préserver l’espace de liberté inédit créé par ces plates-formes.

Lanceur d’alerte : enjeu démocratique

Lanceur d’alerte : enjeu démocratique

 

La loi Sapin 2 est insuffisante et la France doit se doter d’une législation plus complète et plus étendue, d’après ,un collectif de représentants d’ONG et de syndicalistes dans une tribune au « Monde »

 

Tribune.

 

Plus que jamais, l’actualité démontre à quel point les lanceurs d’alerte sont indispensables au bon fonctionnement de la démocratie. Des révélations de Frances Haugen sur la manière dont Facebook privilégie le profit au détriment de la sécurité de ses utilisateurs, aux « Pandora Papers » qui jettent à nouveau une lumière crue sur la fraude fiscale, il ne se passe pas un seul jour sans que l’importance de ces vigies ne soit rappelée.

Sans ces révélations, nombre de scandales financiers, sanitaires ou environnementaux resteraient inconnus du grand public, et les auteurs de ces méfaits, impunis. Pourtant, ces simples citoyennes et citoyens qui se dressent pour protéger l’intérêt général et le bien-être de chacun restent bien mal lotis. Intimidations, licenciement, mise au placard, menaces… restent le lot quotidien de ces hommes et femmes : il est donc urgent d’améliorer leur protection.

C’est pour cette raison que, en 2017, la France s’est dotée d’une loi générale de protection des lanceurs d’alerte, la loi Sapin 2. Cette loi, si elle a marqué un premier pas vers un statut du lanceur d’alerte, est insuffisante. La directive européenne de 2019 vient pallier certaines de ses défaillances, notamment en écartant l’obligation d’une alerte interne préalable qui amenait trop souvent les lanceurs d’alerte à se mettre en danger. Mais cette directive à elle seule ne comblera pas toutes les lacunes de notre législation.

Il n’est plus possible de se contenter de mots ou de se cantonner à des effets de manche. Les pouvoirs publics doivent agir et vite. Pour que les faits répréhensibles dénoncés cessent, et pour que les lanceurs d’alerte ne soient pas exposés à des risques de représailles, le Parlement et le gouvernement doivent être les moteurs d’une transformation profonde de la culture de l’alerte au bénéfice de toutes et tous. La transposition de la directive est une occasion immanquable !

C’est à cette fin que notre coalition d’associations et de syndicats a publié douze propositions concrètes dont plusieurs ont été reprises par le député Sylvain Waserman : renforcement du rôle du Défenseur des droits en matière d’accompagnement, mise en place d’une véritable immunité pénale incluant les actes nécessaires à l’obtention des informations, obligation pour les autorités de déployer une aide financière et psychologique…

Ses deux propositions de loi doivent être défendues aussi bien par les parlementaires, qui doivent les adopter dans les meilleurs délais – car le temps presse ! –, que par le gouvernement qui doit affirmer publiquement son soutien et montrer, à la veille de la présidence française du Conseil de l’Union européenne (UE), qu’une transposition ambitieuse de la directive est possible, et dans le délai imparti, soit avant le 17 décembre 2021.

Transition écologique : Une insuffisance débat démocratique

 Transition écologique : Une insuffisance débat démocratique

 

Chantal Jouanno,  présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) s’inquiète, dans une tribune au « Monde », d’une régression du droit à être informé et à participer à l’élaboration de projets touchant à l’environnement.

 

Tribune.

La France est une pionnière de la démocratie. L’aspiration démocratique des personnes qui vivent dans nos territoires est une constante que les taux d’abstention aux élections ne doivent pas masquer. La citoyenneté est vivace et nous devons nous en réjouir, y compris lorsqu’elle s’exprime en pétitions ou en cortèges.

Notre vie démocratique ne se résume pas au temps de l’élection. L’un des acquis majeurs de ces dernières décennies est le droit de toute personne de participer à l’élaboration des projets qui touchent son environnement. Cette avancée, conquise dans les années 1990, est issue d’une initiative citoyenne, lorsque des personnes concernées par le projet de TGV Méditerranée ont auto-organisé leur débat public, réclamant aux responsables de partager les informations et d’entendre leurs arguments.

 

Depuis cette époque, les citoyennes et les citoyens doivent être associés aux décisions liées à leur environnement proche, comme la création de parcs éoliens, d’autoroutes, d’usines de traitement des déchets… Les responsables de ces projets ont l’obligation d’informer le public de leur existence et de débattre de leur opportunité. Ce droit est inscrit dans notre Constitution à l’article 7 de la Charte de l’environnement. La Commission nationale du débat public (CNDP), institution indépendante de l’Etat, est chargée de le défendre et de le mettre en œuvre.

Depuis trente ans, il était une constante que ce droit soit progressivement étendu et renforcé. Mais ce mouvement continu connaît depuis quelques années des reculs importants, qu’il convient d’additionner pour en mesurer la portée.

La liste de ces reculs – dénoncés par la CNDP, la Compagnie nationale des commissaires enquêteurs, l’Autorité environnementale, les associations environnementales ou les acteurs de la participation – s’allonge par touches successives. Depuis trois ans, les enquêtes publiques, qui permettent au public de s’informer sur le projet et de formuler des observations auprès d’un tiers indépendant, sont de par la loi progressivement remplacées par des consultations 100 % numériques, ce qui exclut de fait 14 % de la population française qui n’ont pas accès au numérique et se trouvent ainsi privés de leurs droits.

D’autres régressions sont désormais également inscrites dans la loi. Un décret publié cet été divise par deux le délai pendant lequel le public peut demander qu’une concertation soit organisée. Il augmente aussi les seuils à partir desquels les responsables d’un projet ont l’obligation de saisir la CNDP pour le soumettre à débat.

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

BCE : pour une politique monétaire plus démocratique ?

Un article intéressant de André Grjebine, ancien directeur de recherche à Sciences Po mais qui n’éclaire guère les perspectives de politique monétaire européenne

L’économiste André Grjebine s’interroge dans une tribune au « Monde » sur les risques d’éclatement de l’actuel système monétaire et plaide pour un renforcement de la démocratisation des règles en vigueur au niveau européen.

Tribune.

 

Contrairement à d’autres pays, notamment aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, qui ont préservé leur souveraineté monétaire, les pays de la zone euro l’ont perdue au profit de la Banque centrale européenne (BCE), dont l’indépendance tant vantée s’oppose à une gestion démocratique et transparente des économies.

Alors que le rôle des banques centrales ne cesse de croître, aucun de ces pays ne dispose désormais d’une banque centrale émettrice de sa monnaie. Par crainte de voir des Etats membres se livrer à des créations monétaires inflationnistes, les fondateurs de la zone euro ont privilégié l’indépendance de la BCE au détriment de toute autre considération. Ce faisant, ils ne paraissent pas avoir compris la signification de l’indépendance d’une banque centrale.

En général, les lois définissent les règles de fonctionnement d’une banque centrale. La Réserve fédérale des Etats-Unis (FED) et la Banque d’Angleterre sont indépendantes en ce sens que leurs dirigeants déterminent les instruments qu’ils appliquent au service d’une politique monétaire décidée par le gouvernement et le parlement.

Dans l’Union européenne (UE), l’introduction de règles de gestion dans les traités fondateurs a enfermé le système monétaire européen dans un corset juridique s’inspirant d’une orthodoxie éminemment discutable. De plus, alors que les autres banques centrales participent à l’action des pouvoirs publics d’un Etat unique, qu’il soit fédéral ou unitaire, la BCE, elle, est la banque centrale de 19 Etats, qui connaissent des situations foncièrement différentes et n’ont pas les mêmes objectifs.

Dans ce contexte, trois stratégies étaient envisageables. La première consistait à suivre les normes établies par les traités européens. La deuxième, à contourner ces normes sans les modifier dans les textes. La troisième passerait par l’institution d’un gouvernement économique européen qui définirait de nouvelles normes.

Hypertrophie démocratique : un grand débat pour trouver un autre nom à EHPAD !

Hypertrophie démocratique : un grand débat pour trouver un autre nom à EHPAD !

 

Encore une caricature de débat démocratique avec ce grand débat ouvert pour changer le nom des EHPAD.

« L’EHPAD est mort, vie l’EHPAD » ! Je souhaite d’ailleurs que ce nom change. Je lancerai pour cela une consultation citoyenne à l’automne. »A déclaré la ministre inconnue Brigitte Bourguignon

“Les Français ne veulent plus du modèle actuel de l’Ehpad. Ils souhaitent rester le plus longtemps possible à domicile. Nous allons leur en donner les moyens avec le virage domiciliaire et les Ehpad en seront un des acteurs majeurs”, a défendu l’ancienne socialiste qui prépare un texte de loi sur le sujet. Emmanuel Macron prévoyait ce texte important pour le grand âge en 2019 mais la majorité n’a encore jamais trouvé le temps ou l’espace au Parlement pour le défendre. ·

En attendant, à la rentrée les Français seront invités à ce débat fondamental qui vise à changer le nom des EHPAD !

Le socialisme démocratique et participatif comme réponse à la dictature communiste chinoise ?

Le  socialisme démocratique et participatif comme réponse à la dictature communiste chinoise ?

 

 

 

Tribune dans le monde de Thomas Piketti (extrait)

Alors que le Parti communiste chinois (PCC) célèbre ses 100 ans, les pays occidentaux peinent toujours à définir leur attitude face au régime de Pékin. Disons-le d’emblée : la bonne réponse passe par la fin de l’arrogance occidentale et la promotion d’un nouvel horizon émancipateur et égalitaire à l’échelle mondiale, une nouvelle forme de socialisme démocratique et participatif, écologique et postcolonial.S’ils s’en tiennent à leur posture habituelle de donneurs de leçons et à un modèle hypercapitaliste hors d’âge, les pays occidentaux risquent d’avoir le plus grand mal à relever le défi chinois.

Autoritaire et oppressif, le régime chinois a certes de multiples fragilités. Selon le Global Times, quotidien officiel, la démocratie à la chinoise serait supérieure au supermarché électoral à l’occidentale, car elle confie les destinées du pays à une avant-garde motivée et déterminée, à la fois sélectionnée et représentative de la société – le PCC compte quelque 90 millions de membres –, et plus profondément impliquée au service de l’intérêt général que l’électeur occidental moyen, versatile et influençable.

En pratique, cependant, le régime s’apparente de plus en plus à une dictature numérique parfaite, tellement parfaite que personne n’a envie de lui ressembler. Le modèle de délibération à l’intérieur du PCC est d’autant moins convaincant qu’il ne laisse aucune trace à l’extérieur, alors que, à l’inverse, chacun peut voir de plus en plus nettement la mise en place d’une surveillance généralisée sur les réseaux sociaux, la répression des dissidents et des minorités, la brutalisation du processus électoral à Hongkong, les menaces portées sur la démocratie à Taïwan.

La capacité d’un tel régime à séduire les opinions des autres pays (et pas uniquement leurs dirigeants) paraît limitée. Il faut ajouter la forte montée des inégalités, le vieillissement accéléré, l’extrême opacité qui caractérise la répartition des richesses, le sentiment d’injustice sociale qui en découle et qui ne pourra être éternellement apaisé par quelques mises à l’écart.

Malgré ces fragilités, le régime dispose de solides atouts. Lorsque des catastrophes climatiques surviendront, il n’aura pas de mal à stigmatiser les responsabilités des anciennes puissances, qui, en dépit de leur population limitée (environ 15 % de la population mondiale pour l’ensemble Etats-Unis, Canada, Europe, Russie, Japon), représentent près de 80 % des émissions carbone cumulées depuis le début de l’ère industrielle.

Système politique : le fossé démocratique se creuse

Système politique : le fossé démocratique se creuse

 

 

Comme en témoigne l’abstention record aux deux tours du scrutin, les 20 et 27 juin, la forte défiance à l’égard des représentants politiques constitue un avertissement. Aucun parti, aucun mouvement ne pourra faire l’économie de réconcilier les Français avec la politique.

 

Editorial du « Monde ».

 

A l’issue du second tour des élections régionales et départementales, qui s’est tenu dimanche 27 juin, le même constat inquiétant qu’au premier tour domine : les Français ont pratiqué la grève des urnes dans des proportions inédites. Qui plus est, ils l’ont fait en toute connaissance de cause. Comme lors du premier tour, qui s’était déroulé une semaine plus tôt, deux électeurs sur trois ont trouvé beaucoup d’autres choses à faire plutôt que d’aller déposer un bulletin dans leur bureau de vote. Ils avaient pourtant été, ces derniers jours, morigénés ou appelés au secours par des états-majors unanimement secoués par l’ampleur du retrait démocratique.


Rien n’y a fait, et ce qui s’était esquissé le 20 juin s’est confirmé le 27 : forts d’une visibilité plus importante que les autres candidats, les présidents de région sortants ont tous été réélus sur le territoire métropolitain, donnant à la carte de France les mêmes couleurs rose et bleue qu’il y a huit jours. La droite conserve sept régions, la gauche cinq, une aubaine pour les « vieux » partis, qui luttent depuis 2017 pour leur survie et ont infligé au Rassemblement national comme à La République en marche une sévère déconvenue.


Cette apparente stabilité de la France locale cache en réalité un séisme. Car, quelles que soient les raisons de l’abstention – mécontentement à l’égard de l’offre politique ou manque d’intérêt pour un scrutin perçu comme insignifiant –, c’est en réalité le fonctionnement de la vie locale, censée répondre au besoin de proximité, qui est interrogé. Redessinées en 2015 autour des métropoles, les grandes régions sont peut-être mieux adaptées aux enjeux du développement économique que les anciennes, mais leur taille a contribué à éloigner le citoyen des élus. Le fonctionnement des assemblées régionales reste opaque et peu adapté à la demande de participation citoyenne sur des sujets qui touchent pourtant de près à la vie quotidienne, au premier rang desquels les transports.

 

La nationalisation de la campagne, essentiellement axée sur les questions de sécurité, en raison de la surenchère à laquelle se sont livrées la droite et l’extrême droite, a achevé de décourager l’électeur. Si une leçon est à retenir de ces deux tours, c’est le fossé gigantesque qui, en six ans, s’est creusé entre les électeurs, notamment les plus jeunes, et leurs représentants, alors que les régions espéraient au contraire avoir accru leur visibilité lors de la gestion de la pandémie.

 


Le séisme démocratique qui vient de s’y produire n’est pas forcément transposable à l’élection présidentielle. Considéré comme l’élection reine de la VRépublique, ce rendez-vous mobilise en général beaucoup plus que les scrutins locaux. Mais, pour les parties en présence, la persistance d’une forte défiance à l’égard des représentants politiques constitue un avertissement. La gauche et surtout la droite ont beau rêver d’un retour dans le jeu, la faiblesse de leur projet et l’absence d’une procédure actée de départage entre ses prétendants les maintiennent pour le moment dans une situation de grande vulnérabilité.


Marine Le Pen, qui prétendait incarner le changement, doit comprendre pourquoi ses électeurs ont déserté, alors qu’elle leur faisait miroiter le gain de plusieurs régions. Emmanuel Macron ne peut, quant à lui, que s’inquiéter de la dichotomie entre sa gestion de la pandémie, approuvée dans les sondages, et l’extrême faiblesse des forces politiques censées soutenir et relayer son action. Réconcilier les Français avec la politique est devenu pour tous une ardente obligation.

Abstention : le désengagement démocratique

Abstention : le désengagement démocratique

 

Editorial du « Monde ». 

 

Repoussé de quelques mois pour cause de pandémie, le premier tour des élections régionales qui s’est tenu dimanche 20 juin fera date, en raison du niveau record de l’abstention ; 66,73 % des électeurs inscrits ont choisi de bouder les urnes, soit une masse de 31 millions d’électeurs qui ont décidé de faire un pas de côté plutôt que d’honorer le déconfinement électoral que tous les partis avaient légitimement appelé de leurs vœux.

Cette grève des urnes est grave. Elle a pour premier effet de fausser la lecture des résultats apparemment limpides du scrutin, qu’il s’agisse du net recul du Rassemblement national, de la progression de la droite, de la résistance de la gauche ou de la piètre performance du parti présidentiel. Quelle valeur régionale et a fortiori nationale leur accorder, alors que plus de deux Français sur trois se sont mis en retrait ? Ce désengagement démocratique est d’autant plus préoccupant qu’il prolonge, en l’amplifiant, un cycle qui s’est ouvert depuis quelques années déjà et qui va de pair avec la montée de la violence et des invectives dans le débat public : plus les élus sont mal élus et moins les citoyens sont incités à respecter leur parole et à valider leur action. L’abstention est une fabrique à contestation.


Les partis politiques, dans leur ensemble, ont pris la mesure du défi. Chacun s’en est ému dimanche soir. Les uns ont parlé de « désastre civique », d’autres ont évoqué une « forme de schisme entre la classe politique et les Françaises et les Français », mais, si la crise démocratique est avérée, le plus difficile est de comprendre ce qu’il s’est passé dans la tête des abstentionnistes.

Scrutin régional à enjeu local

Ont-ils voulu sanctionner la faiblesse de l’offre politique ? Mais, aux élections régionales qui se déroulent à la proportionnelle, toutes les tendances sont représentées, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Les électeurs n’ont que l’embarras du choix. Veulent-ils protester contre le fait d’avoir le sentiment que leur voix ne compte pas ? Mais les présidents de région ont des bilans jugés majoritairement positifs dans des domaines – transport, formation professionnelle, aide aux entreprises – qui ont des répercussions concrètes sur la vie de leurs administrés. On ne peut, en réalité, exclure l’hypothèse d’une certaine insouciance citoyenne en partie liée à la conjoncture : après des mois de semi-confinement, beaucoup d’électeurs, notamment parmi les plus jeunes, ont préféré aller prendre l’air, boudant une élection qui a été strictement perçue pour ce qu’elle est : un scrutin régional à enjeu local.


A supposer que cela ne soit que cela, la riposte apparaît assez évidente : il faut une vigoureuse campagne civique, doublée de réelles initiatives, pour simplifier les modalités du vote. Le couplage des élections régionales avec le scrutin départemental a contribué à embrouiller l’électeur et à opacifier l’offre. Il faut y renoncer. Et, puisque le fait de se rendre dans un bureau de vote devient de moins en moins évident, pourquoi ne pas encourager le vote par Internet ? Jusqu’à présent, le ministère de l’intérieur s’y est refusé en invoquant le risque de fraude. Mais, à force de ne rien essayer, le danger est grand de laisser l’abstention s’enkyster au point d’être considérée comme un invariant, le symptôme d’un désenchantement civique contre lequel les élus, de plus en plus mal élus, auraient été incapables de lutter.

Birmanie :La Chine demande de revenir à une «transition démocratique»

Birmanie :La Chine demande de revenir à une «transition démocratique»

 

La Chine rejette l’idée d’imposer des sanctions aux militaires birmans qui «ne feraient qu’aggraver la situation» et prône de «revenir à une transition démocratique dans ce pays», a déclaré mercredi 31 mars l’ambassadeur chinois à l’ONU, Zhang Jun, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.

«Si la Birmanie sombrait dans des turbulences prolongées, ce serait une catastrophe pour ce pays et la région dans son ensemble», a aussi déclaré l’ambassadeur dont les propos ont été rapportés par un communiqué de la mission chinoise.

Populisme: une pathologie du malaise démocratique

Populisme: une  pathologie du malaise démocratique 

Dans un entretien au « Monde », l’experte, Chloé Morin,  associée à la Fondation Jean-Jaurès analyse les causes et les symptômes du malaise démocratique français.

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Experte associée à la Fondation Jean-Jaurès, Chloé Morin vient de publier Le Populisme au secours de la démocratie ?, chez Gallimard (collection « Le débat », 176 pages, 12,50 euros)

La crise sanitaire met-elle, selon vous, en lumière les limites de la Ve République ?

Cette crise a rendu saillants de nombreux dysfonctionnements, tant sur le plan administratif que politique. La multiplication des règles tatillonnes, parfois inapplicables, a révélé la déconnexion des élites par rapport au terrain. Le recours à des cabinets de conseil extérieurs a souligné combien certaines compétences essentielles avaient disparu au sein même de l’Etat. Le traitement souvent réservé aux élus locaux ou aux oppositions, voire au Parlement, a démontré combien le pouvoir exécutif peinait à déléguer, à faire confiance, voire à simplement partager l’information. Le fait de confiner un pays entier ne devrait plus relever du simple bon vouloir présidentiel : le Parlement devrait être consulté. Il est temps de changer les institutions.

Le quinquennat a-t-il été une erreur ?

L’inversion du calendrier électoral entre présidentielle et législatives a affirmé la domination de l’exécutif sur le Parlement. Le gouvernement est redevable au président. Et la majorité présidentielle, caporalisée. Le président est la clé de voûte du système, tire sa légitimité directement du peuple, mais finit enfermé dans un dialogue direct, sans intermédiaire, avec lui. Nous concentrons sur sa personne des attentes démesurées, qui sont forcément déçues au bout de quelques mois d’exercice du pouvoir. Ce n’est pas sain.

Pendant le confinement, les Français ont été plus sévères sur l’action du gouvernement qu’ailleurs en Europe. Comment est-on entrés dans cette « ère de l’hyperdéfiance », selon vos mots ?

La crise éprouve notre capacité à décider en commun, à être et à faire ensemble. Or, en France, c’est cela qui dysfonctionne. Plus qu’une crise économique, sanitaire ou sociale, c’est à une crise démocratique à laquelle nous sommes confrontés. Démocratique au sens premier du terme : comment le peuple, demos, exerce le pouvoir, kratos, c’est-à-dire comment il prend des décisions, et comment il se construit un avenir commun. Depuis quelques années, nous assistons à une désolidarisation et à une tribalisation – le repli de chacun sur sa tribu, dans sa bulle – de notre société. Nous doutons de plus en plus de notre capacité à avancer ensemble.

Politique-Le grand shuntage démocratique

 

Le grand  shuntage démocratique

Le politiste Antoine Vauchez  pointe, dans une tribune au « Monde », le paradoxe de la multiplication des strates et des acteurs de la décision publique.( Avec quand même une pointe de corporatisme NDLR) 

Tribune. Le défi auquel fait face le gouvernement depuis un an est sans précédent en période de paix. Affectant l’ensemble des domaines de l’action publique et la totalité des administrations, la crise due à l’épidémie de Covid-19 met à l’épreuve la capacité de l’Etat à être le lieu où se construit une réponse unitaire, légitime et efficace au croisement d’enjeux sanitaires, économiques, scientifiques, logistiques, sociaux, culturels, éducatifs, etc. Et elle apparaît aujourd’hui comme un test grandeur nature de sa capacité à agir in fine au service du public par la fourniture de soins, de masques, de tests et de vaccins.

 

La tâche, difficile en soi, l’est plus encore dans un contexte où les services publics (santé, éducation, recherche) sont fortement affaiblis par des années de politiques de réduction des coûts. Mais elle est rendue plus ardue encore par le fait que l’Etat s’est considérablement complexifié sous l’effet d’un mouvement d’« agencification » de l’action publique, qui a conduit à multiplier les ilôts bureaucratiques autonomes (Santé publique France, Haute Autorité de santé, Anses, ANSM…), augmentant d’autant les coûts de coordination de l’action publique.

Dans un contexte où les gouvernements peinent à trouver une prise sur des Etats dont ils sont censés être les animateurs, la formule politique macroniste est assurément originale et… disruptive : elle appuie sa marge de manœuvre sur le court-circuitage (ou la mise sous pression) des espaces de coordination, d’évaluation et de contrôle de l’Etat. Elle trouve sa source dans l’éthos antibureaucratique aujourd’hui propre aux fractions les plus néolibérales des grands corps de hauts fonctionnaires, qui voient dans les administrations elles-mêmes un frein et un problème potentiels pour la conduite de l’action publique.

Le risque du tête-à-queue

Et elle se développe dans une politique législative placée sous le sceau de l’efficacité « quoi qu’il en coûte » : le développement massif des ordonnances, le recours de plus en plus fréquent aux cabinets de conseil privés pour échafauder les projets gouvernementaux, l’usage quasi systématique de la procédure accélérée au Parlement et des réformes qui, au nom des « lenteurs » et des « immobilismes » de l’Etat, multiplient les procédures dérogatoires ou accélérées.

Le pilotage gouvernemental de la crise du Covid-19 s’inscrit, au risque du tête-à-queue, dans ce sillage, qui voit toutes les agences et comités précisément créés au nom de l’efficacité de l’action publique aujourd’hui court-circuités par de nouvelles structures au service d’un gouvernement de crise : le conseil scientifique, créé le 11 mars 2020, le comité analyse, recherche et expertise (CARE), formé le 24 mars 2020, ou encore le conseil vaccinal des 35 citoyens tirés au sort, et le conseil de défense, désormais érigé en conseil des ministres bis.

Le grand shuntage démocratique

Le grand  shuntage démocratique

Le politiste Antoine Vauchez pointe, dans une tribune au « Monde », le paradoxe de la multiplication des strates et des acteurs de la décision publique, voués à contourner un supposé immobilisme de l’appareil d’Etat.

Tribune. Le défi auquel fait face le gouvernement depuis un an est sans précédent en période de paix. Affectant l’ensemble des domaines de l’action publique et la totalité des administrations, la crise due à l’épidémie de Covid-19 met à l’épreuve la capacité de l’Etat à être le lieu où se construit une réponse unitaire, légitime et efficace au croisement d’enjeux sanitaires, économiques, scientifiques, logistiques, sociaux, culturels, éducatifs, etc. Et elle apparaît aujourd’hui comme un test grandeur nature de sa capacité à agir in fine au service du public par la fourniture de soins, de masques, de tests et de vaccins.

 

La tâche, difficile en soi, l’est plus encore dans un contexte où les services publics (santé, éducation, recherche) sont fortement affaiblis par des années de politiques de réduction des coûts. Mais elle est rendue plus ardue encore par le fait que l’Etat s’est considérablement complexifié sous l’effet d’un mouvement d’« agencification » de l’action publique, qui a conduit à multiplier les ilôts bureaucratiques autonomes (Santé publique France, Haute Autorité de santé, Anses, ANSM…), augmentant d’autant les coûts de coordination de l’action publique.

Dans un contexte où les gouvernements peinent à trouver une prise sur des Etats dont ils sont censés être les animateurs, la formule politique macroniste est assurément originale et… disruptive : elle appuie sa marge de manœuvre sur le court-circuitage (ou la mise sous pression) des espaces de coordination, d’évaluation et de contrôle de l’Etat. Elle trouve sa source dans l’éthos antibureaucratique aujourd’hui propre aux fractions les plus néolibérales des grands corps de hauts fonctionnaires, qui voient dans les administrations elles-mêmes un frein et un problème potentiels pour la conduite de l’action publique.

Le risque du tête-à-queue

Et elle se développe dans une politique législative placée sous le sceau de l’efficacité « quoi qu’il en coûte » : le développement massif des ordonnances, le recours de plus en plus fréquent aux cabinets de conseil privés pour échafauder les projets gouvernementaux, l’usage quasi systématique de la procédure accélérée au Parlement et des réformes qui, au nom des « lenteurs » et des « immobilismes » de l’Etat, multiplient les procédures dérogatoires ou accélérées.

Le pilotage gouvernemental de la crise du Covid-19 s’inscrit, au risque du tête-à-queue, dans ce sillage, qui voit toutes les agences et comités précisément créés au nom de l’efficacité de l’action publique aujourd’hui court-circuités par de nouvelles structures au service d’un gouvernement de crise : le conseil scientifique, créé le 11 mars 2020, le comité analyse, recherche et expertise (CARE), formé le 24 mars 2020, ou encore le conseil vaccinal des 35 citoyens tirés au sort, et le conseil de défense, désormais érigé en conseil des ministres bis.

Événement du Capitole : alerte démocratique pour Lemaire

Événement du Capitole : alerte démocratique pour Lemaire

 

«Ce genre d’événement devrait être une sorte d’alarme pour toutes les démocraties européennes et occidentales.»

Pour le ministre de l’économie les événements du capital constituent une alerte démocratique pour le monde moderne. La France tient une élection présidentielle au printemps 2022. Le principal challenger le plus probable du président Emmanuel Macron sera Marine Le Pen, chef du parti d’extrême droite Rassemblement national).

Pendant des années, Le Pen a épousé une marque de nationalisme économique qui est anti-Europe, anti-immigration et anti-mondialisation.

Elle a été durement battue par Macron lors du second tour du scrutin présidentiel de 2017, mais son mandat a été embourbé dans des troubles sociaux, et les sondeurs prévoient un concours plus serré l’année prochaine si les deux se disputaient à nouveau.

Le Pen a vanté la victoire électorale de Trump en 2016 et le Brexit comme un signe avant-coureur de la montée du populisme en France ailleurs en Europe, et n’avait pas reconnu la victoire électorale du président élu Joe Biden avant la prise du Capitole – une scène qu’elle a décrite comme choquant ».

Le Maire a déclaré qu’il faisait pleinement confiance aux institutions démocratiques américaines et à la capacité du pays à surmonter ses difficultés.

«Les démocraties sont fragiles», a-t-il averti. «Nous devons en être conscients.»

Joe Biden : grande alliance démocratique contre la Chine ?

Joe Biden :  grande alliance démocratique contre la Chine ?

Un article du Wall Street Journal évoque l’éventuelle sainte alliance internationale que voudrait Biden s’opposait à l’envahissement de la Chine.

 

 

 

Dans un contexte de tensions croissantes entre Washington et Pékin dans plusieurs domaines, Joe Biden entend, ces quatre prochaines années, persuader les démocraties occidentales de rejoindre les Etats-Unis pour faire pression sur la Chine. Une démarche diamétralement opposée à celle de son prédécesseur, Donald Trump, qui avait décidé de faire cavalier seul.

Xi Jinping, le président chinois, est dans le même état d’esprit, mais avec une longueur d’avance : menant une course évidente au leadership mondial, il a tenté, ces dernières années, d’attirer les alliés traditionnels des Etats-Unis dans l’orbite économique de l’Empire du Milieu.

L’actualité sino-américaine de la semaine a fait remonter le sujet dans la liste des priorités de Joe Biden. Lorsqu’il prendra ses fonctions présidentielles à la fin du mois, il devra choisir de conserver (ou non) les mesures récemment prises par l’administration Trump : sortie de la cote des sociétés télécoms chinoises qui sont cotées à la Bourse de New York, interdiction des transactions réalisées par des applications chinoises (plateforme de paiement Alipay incluse) et placement sur liste noire des principaux fabricants de puces chinois et d’autres entreprises.

Il lui faudra aussi choisir à quel point il fera pression sur Pékin au sujet de Hong Kong et de la répression qui s’y déroule.

Pour Joe Biden, l’Amérique doit s’appuyer sur une pression multilatérale, sans quoi Pékin dressera les pays les uns contre les autres en leur offrant un accès préférentiel à son immense marché

La politique du nouveau président américain vis-à-vis de la Chine repose sur ce qu’il appelle le « sommet pour la démocratie », alternative au fonctionnement autocratique de Pékin, ont expliqué des conseillers de Joe Biden interrogés pendant et après la campagne électorale. Les Etats-Unis chercheront également à constituer des groupes de taille plus modeste pour travailler sur certains sujets précis, notamment les télécoms et l’intelligence artificielle.

Pour Joe Biden, revoir la politique américaine à l’égard de la Chine signifie rejeter l’approche qu’avait adoptée l’administration sortante.

Donald Trump s’était en effet opposé aux alliés des Etats-Unis sur les questions de commerce et de sécurité lorsqu’il s’en était pris à la Chine en lançant des poursuites devant les tribunaux américains, notamment pour obtenir la fermeture ou la cession de l’application chinoise de partage de vidéos TikTok aux Etats-Unis.

Finalement, c’est la teneur même de la relation sino-américaine que le président sortant a bouleversée en attaquant Pékin sur toute une palette de sujets. Il a également fini par convaincre le Congrès et le peuple américain que la Chine n’était pas qu’une concurrente, mais bel et bien une menace pour le statut de leader mondial des Etats-Unis.

Pour Joe Biden, l’Amérique doit s’appuyer sur une pression multilatérale, sans quoi Pékin dressera les pays les uns contre les autres en leur offrant un accès préférentiel à son immense marché.

« La Chine a toujours une porte de sortie : sa relation économique avec les autres pays, résume Jake Sullivan, futur conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden. Ce n’est qu’en fermant ces portes que l’on poussera la Chine à cesser ses pratiques commerciales abusives. »

Mais compte tenu de l’intérêt que présente l’immense marché chinois, il risque d’avoir du mal à convaincre ses alliés de faire front commun contre Pékin. La Chine et l’Union européenne ont d’ailleurs signé un traité d’investissement il y a peu et les alliés des Etats-Unis expliquent qu’après quatre années d’approche unilatérale, ils doutent de la volonté américaine de s’engager dans une alliance multilatérale à long terme.

De leur côté, les dirigeants chinois veulent essayer d’apaiser des tensions qui se sont intensifiées sous la présidence Trump, affirment des responsables. Pékin entend ainsi envoyer Yang Jiechi, directeur du bureau de la commission des affaires étrangères du comité central du Parti communiste chinois, à Washington dès que Joe Biden aura pris ses fonctions pour travailler sur la coopération entre les deux pays, ont rapporté des sources proches du dossier.

A brève échéance, c’est de la guerre commerciale dont il faudra s’occuper. L’un des enjeux est le prix que la Chine serait prête à payer (si tant est qu’elle accepte de le faire) pour que les Etats-Unis mettent fin aux droits de douane qui frappent quelque 370 milliards de dollars de produits chinois. Les conseillers de Joe Biden ont déclaré qu’il ne les suspendrait pas dans l’immédiat et qu’il souhaitait étudier l’impact des tarifs douaniers sur l’économie américaine et consulter ses alliés avant d’agir. Les organisations qui représentent les secteurs d’activité opposés aux droits de douane veulent, elles, que Joe Biden négocie des concessions.

Pékin, de son côté, semble pressée d’attendre. « Joe Biden lancera tôt ou tard une renégociation de l’accord commercial puisque le dispositif actuel n’est pas réaliste, affirme Shi Yihong, conseiller en politique étrangère auprès du gouvernement central. C’est d’ailleurs aussi ce que souhaite la Chine. »

A plus long terme, la stratégie multilatérale de Joe Biden s’appuiera sur une idée qu’il partage avec l’administration Trump : la Chine remet en cause le leadership économique et politique des Etats-Unis au XXIe siècle. Le nouveau président accuse ainsi Pékin de voler les technologies mises au point par des entreprises américaines, de subventionner ses entreprises publiques de façon abusive et de piétiner les droits de l’homme.

Certains conseillers qui avaient travaillé avec lui à l’époque où il était vice-président de Barack Obama, dont l’administration avait coopéré avec Pékin pour enrayer la crise financière et sur d’autres sujets, affirment que l’ère du rapprochement est terminée, même si les Etats-Unis continueront de compter sur Pékin pour avancer sur la lutte contre le changement climatique et d’autres priorités de l’administration Biden.

« La difficulté, c’est de gérer tout cela de façon à avoir tous les outils nécessaires pour remporter ces différentes compétitions contre la Chine, explique Antony Blinken, ancien membre de l’administration Obama nommé secrétaire d’Etat par Joe Biden, tout en gardant les canaux de coopération ouverts quand c’est dans notre intérêt. »

La démocratie avant tout

L’ambition première de Joe Biden sera un « sommet pour la démocratie », un dispositif conçu, a-t-il expliqué l’an passé dans le magazine Foreign Affairs, « pour raviver la flamme et l’objectif commun des nations du monde libre ». Ce projet s’inspire du sommet sur la sécurité nucléaire de 2012 que le président Obama avait organisé pour tenter de limiter la prolifération des matières nucléaires.

Le chef de l’Etat chinois avait été convié. Joe Biden, lui, entend exclure Xi Jinping et les autres dirigeants autoritaires.

Pendant la campagne, il a évoqué la création d’un « front uni d’amis et de partenaires désireux de contrer les pratiques abusives de la Chine ». Même si certains anciens experts de Barack Obama doutent que Joe Biden l’exprime aussi explicitement, le sommet enverra sans conteste un message clair.

Les conseillers du nouveau président ajoutent que l’idée sera aussi de défendre des formes plus spécifiques de multilatéralisme. Jake Sullivan évoque ainsi les accords du Plaza conclus en 1985 comme exemple de coopération économique internationale réussie. Washington et ses alliés avaient alors décidé d’intervenir pour faire baisser le taux de change du dollar.

« Le monde est divisé en deux : les techno-démocraties et les techno-autocraties, explique Antony Blinken. Les techno-démocraties n’ont pas vraiment réussi à s’organiser entre elles »

Il a également salué les pressions exercées par les Etats-Unis, le Japon et l’Australie sur la Chine pour qu’elle renonce à sa mainmise sur les terres rares, des matériaux indispensables à la fabrication des produits high-tech. Katherine Tai, représentante au Commerce de la future administration Biden, avait mené l’offensive américaine sur ce dossier.

L’équipe de Joe Biden voudrait également convaincre les grandes démocraties de forger des alliances sur les questions technologiques, indiquent ses conseillers, notamment pour le développement de nouvelles technologies moins dépendantes des équipements 5G produits par Huawei, les conseillers du nouveau président estimant que les efforts de l’administration Trump pour mettre des bâtons dans les roues de l’équipementier chinois ont échoué parce que les Etats-Unis ne possédaient aucune alternative efficace.

Parmi les pistes envisagées figure l’interdiction de vendre des technologies de fabrication de semiconducteurs de pointe à la Chine (des technologies essentiellement détenues par des entreprises américaines, japonaises et néerlandaises) pour que les fabricants chinois aient plusieurs générations de retard.

« Le monde est divisé en deux : les techno-démocraties et les techno-autocraties, explique Antony Blinken. Les techno-démocraties n’ont pas vraiment réussi à s’organiser entre elles. »

La colère qui monte au sein des alliés des Etats-Unis, agacés par l’agressivité de Pékin, pourrait jouer en faveur de Joe Biden, la reprise en main de Hong Kong et la diplomatie belliqueuse de la Chine ayant encore aggravé les tensions.

Sur le plan rhétorique au moins, l’équipe de Joe Biden a déclaré que les droits de l’homme seraient un sujet prioritaire. « L’administration Biden-Harris sera aux côtés du peuple de Hong Kong et s’opposera à l’assaut de Pékin contre la démocratie », a tweeté mardi soir Antony Blinken après que la police hongkongaise a arrêté des opposants politiques.

En pratique, la marge de manœuvre est limitée. Donald Trump, lui, s’était assez peu intéressé à Hong Kong et aux autres questions de droits de l’homme (notamment la répression contre les musulmans dans la région du Xinjiang), même si, l’an passé, son administration avait fini par sanctionner des dirigeants hongkongais impliqués dans la répression et interdire l’importation de coton du Xinjiang. Le président sortant n’avait pas pris de mesures plus drastiques, qui restent donc à la disposition de son successeur : empêcher les banques chinoises d’accéder au dollar ou chercher à désarrimer le dollar de Hong Kong du dollar américain, une décision qui pénaliserait les établissements financiers américains présents en Chine.

Autre option largement étudiée : faciliter l’émigration aux Etats-Unis des résidents hongkongais ciblés par la répression.

Certains conseillers de Joe Biden pensent néanmoins que la nouvelle administration sera aussi divisée sur la question des droits de l’homme que l’administration Clinton ne l’était à ses débuts. Bill Clinton avait finalement cessé de faire pression sur la Chine et mis l’accent sur les relations économiques.

Enthousiasme très modéré

Après quatre années d’unilatéralisme trumpien, et le risque d’un retour de l’homme d’affaires ou l’arrivée d’un politicien de la même trempe en 2024, les partenaires potentiels risquent de faire preuve d’un enthousiasme très modéré à l’idée de se joindre aux Etats-Unis dans une bataille contre la Chine.

« Vous demanderiez donc aux pays de renoncer à des opportunités dans la seule grande économie mondiale en croissance pour quoi ? Pour s’allier aux Etats-Unis, un partenaire qui n’est pas fiable », s’est insurgé Jorge Guajardo, ancien ambassadeur du Mexique en Chine qui conseille désormais des sociétés qui visent le marché chinois.

La liste des participants au sommet pourrait elle aussi provoquer des remous, l’envoi d’une invitation à Taïwan risquant notamment de mettre Pékin en colère. La présence potentielle de l’Inde, en dépit du sectarisme croissant de son gouvernement, pourrait semer le doute sur les affinités démocratiques des participants. Mais exclure le pays pénaliserait une éventuelle alliance.

« L’Inde n’acceptera ni conditions ni exigences de la part des Etats-Unis en vue d’une union contre la Chine », a déclaré Sreeram Chaulia, doyen de la School of International Affairs de l’université O.P. Jindal Global à Sonipat, en Inde.

L’administration Trump considérait les conclaves économiques internationaux comme des événements inutiles et néfastes aux intérêts américains. Selon un responsable de l’administration Trump, l’équipe de Joe Biden risque de se noyer dans un marathon de pourparlers et de voir la direction des opérations lui échapper.

Pour obtenir le soutien des Européens, Washington devra supprimer les droits de douane sur l’acier imposés par Donald Trump, estiment les experts. Mais au risque de provoquer la colère de certains syndicats industriels et de leurs soutiens démocrates

« L’idée, c’est de prendre les décisions que personne ne veut prendre, puis les autres vous suivent, explique-t-il. Comme ces ressorts magiques qu’ont les enfants, ceux qu’on pousse d’une marche et qui descendent l’escalier tout seuls. »

De leur côté, les pays occidentaux ont peur de voir la Chine et son marché s’éloigner. Fin décembre, après sept longues années de négociation, l’Union européenne a conclu un accord d’investissement avec la Chine, qui place Xi Jinping en position de force vis-à-vis de la nouvelle administration, tout en rappelant que le soutien européen n’est pas acquis d’avance.

Dans un tweet publié le 21 décembre, donc avant la conclusion de l’accord, Jake Sullivan a semblé admettre ce changement de contexte : « l’administration Biden-Harris serait heureuse de mener une concertation avec nos partenaires européens au sujet des inquiétudes communes concernant les pratiques économiques de la Chine ».

Pour obtenir le soutien des Européens, Washington devra supprimer les droits de douane sur l’acier imposés par Donald Trump, estiment les experts. Mais au risque de provoquer la colère de certains syndicats industriels et de leurs soutiens démocrates.

Ambitions chinoises

De son côté, Pékin poursuit ses propres ambitions multilatérales pour attirer les alliés économiques des Etats-Unis dans son orbite. Par le passé, le pays préférait traiter avec chaque partenaire de façon individuelle, partant du principe que son économie lui donnerait un avantage, mais la guerre commerciale avec l’administration Trump l’a fait changer d’avis.

Pour Xi Jinping, les approches multilatérales sont plus productives, ont expliqué des responsables chinois. La Chine a ainsi intensifié ses efforts pour s’inscrire dans le cadre des organisations internationales, notamment l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et l’Onu. « Si vous maîtrisez les règles, explique un responsable proche du président chinois, vous maîtrisez le jeu. »

Pékin a également proposé de fournir son vaccin contre la Covid aux pays africains pour renforcer son image de puissance mondiale charitable.

En novembre, le pays a conclu un accord commercial régional (le Partenariat régional économique global) avec quatorze pays, dont le Japon, la Corée du Sud et l’Australie. Sa volonté d’y parvenir s’est renforcée au fur et à mesure de l’imposition de nouvelles sanctions par l’administration Trump.

Les dirigeants chinois ont expliqué à leurs homologues japonais qu’un accord leur donnerait du poids vis-à-vis de Washington, puisque Tokyo aurait d’autres débouchés que le marché américain, a raconté un diplomate asiatique proche des négociations. « Aujourd’hui, ils considèrent le Partenariat comme un atout vis-à-vis des Etats-Unis », a précisé cette personne, expliquant que l’accord permettrait une intensification des échanges commerciaux entre la Chine et les autres signataires même si les Etats-Unis décidaient, eux, de s’éloigner.

Plus récemment, Xi Jinping a déclaré que la Chine pourrait « envisager favorablement » une adhésion à l’Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP), qui regroupe onze pays d’Asie et d’Océanie. Pour ce faire, il faudrait que Pékin autorise la libre circulation des données et modifie ses entreprises publiques, des changements que l’administration Trump n’avait jamais réussi à obtenir dans le cadre de négociations bilatérales.

Xi Jinping estime néanmoins qu’il pourrait être intéressant de renouer une relation de travail avec son homologue américain, selon des responsables chinois. Celui qui vise un troisième mandat, fait inédit en Chine, sait qu’il sera jugé, en interne, sur la manière dont il gère le dossier américain, ont-ils ajouté

En 2017, Donald Trump avait annoncé le retrait des Etats-Unis de la première version de l’accord, alors simplement baptisé Partenariat transpacifique, estimant qu’il détruirait des emplois. Le partenariat avait généré tant de colère des syndicats et des démocrates que Joe Biden a déclaré qu’il faudrait une renégociation pour que les Etats-Unis envisagent de le ratifier.

Pékin, de son côté, joue sur l’ironie de la situation : les Etats-Unis refusent en effet d’adhérer à un accord dont les règles ont été fixées par les négociateurs américains mais qui a été retoqué par le président américain. Les sceptiques, eux, se demandent si Pékin veut vraiment apporter les changements nécessaires, affirmant que cela pourrait être une manière de forcer la main des Occidentaux lors des négociations.

Xi Jinping estime néanmoins qu’il pourrait être intéressant de renouer une relation de travail avec son homologue américain, selon des responsables chinois. Celui qui vise un troisième mandat, fait inédit en Chine, sait qu’il sera jugé, en interne, sur la manière dont il gère le dossier américain, ont-ils ajouté.

Pékin se montre toutefois prudente vis-à-vis de la nouvelle administration, estimant que le qualificatif de « voyou » utilisé par Joe Biden pour évoquer Xi Jinping n’est pas de bon augure. Si le président chinois veut améliorer les relations entre les deux pays, il n’a jamais caché sa volonté d’asseoir le pouvoir de la Chine et de moderniser son économie.

Et, de son point de vue, les questions de souveraineté l’emportent sur tout le reste. Malgré les critiques des pays étrangers, il a renforcé l’emprise de Pékin sur Hong Kong et le Xinjiang, deux dossiers que la Chine considère comme des problèmes internes, et autorisé ses diplomates à répliquer avec force aux attaques contre le pays.

Mais le principal point sensible reste Taïwan, que la Chine considère comme une province rebelle. L’an passé, l’armée chinoise a multiplié les entraînements ciblant l’île, même si rien n’indique qu’une invasion soit en préparation.

Tensions tarifaires

Joe Biden devra aussi surmonter l’inextricable problème des droits de douane. Pendant deux ans, l’administration Trump a imposé des droits de douane sur 370 milliards de dollars d’importations chinoises, soit trois quarts de ce que le pays vend chaque année aux Etats-Unis. L’an passé, un accord a été signé ; il prévoyait que Pékin augmente très fortement ses achats de produits américains, même si la promesse ne semble pas encore tenue.

Alliée traditionnelle de Pékin à Washington, Business Roundtable, une association qui regroupe les plus grandes entreprises américaines et des organisations sectorielles, veut que Joe Biden utilise la suppression des droits de douane pour obtenir des concessions de la Chine sur des sujets sur lesquels l’administration Trump n’avait pas eu gain de cause, notamment les subventions aux sociétés chinoises ou les pratiques agressives des entreprises publiques.

L’équipe de Joe Biden n’a pas promis de nouvelles négociations, notamment parce que le sujet fait partie des points dont le nouveau président veut d’abord discuter avec ses alliés, selon Jake Sullivan. « Il ne veut pas s’enfermer dans une seule approche », explique-t-il.

L’une des questions sera notamment de savoir si Joe Biden écoute Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, et d’autres, qui plaident pour un sommet avancé du G20 consacré à la relance de l’économie mondiale et à la lutte contre la pandémie. Le sommet s’inspirerait de ce qu’avait organisé Barack Obama en 2009, peu après son élection, pour enrayer la crise financière.

Il donnerait un rôle prépondérant à la Chine, permettrait aux présidents Biden et Xi de se rencontrer en amont et pourrait suggérer une autre trajectoire qu’un front commun contre Pékin pour la politique américaine.

Charlene Barshefsky, ancienne représentante au Commerce de Bill Clinton qui avait participé aux négociations pour l’entrée de la Chine dans l’OMC, se montre toutefois réservée : « compte tenu des retombées stratégiques, qu’elles soient bilatérales, régionales ou mondiales, souligne-t-elle, c’est un exercice complexe, pas une opération de communication. »

Rajesh Roy à New Delhi, Laurence Norman à Bruxelles et Jacob M. Schlesinger à Washington ont contribué à cet article

Traduit à partir de la version originale en anglais

Société : Une récession démocratique mondiale ?

Société : Une récession démocratique mondiale ?

Francis Fukuyama , responsable du centre pour la démocratie, s’inquiète des atteintes à la démocratie au plan mondial ( article du Wall Street Journal repris par l’Opinion)

 

Cette année, la Russie de Vladimir Poutine a continué de déstabiliser les démocraties à grand renfort de réseaux sociaux.

 

Sur la décennie écoulée, le monde a connu ce que Larry Diamond, expert de la question, appelle une « récession démocratique », c’est-à-dire une période pendant laquelle les régimes autoritaires ont prospéré et l’Etat de droit a reculé. Une situation qui, selon lui, pourrait mener à une dépression de l’ampleur de celle des années 1930. Sur le plan géopolitique, deux grandes puissances autoritaires (la Chine et la Russie) ont consolidé leur assise et apporté un soutien sans faille aux initiatives antidémocratiques lancées à travers le monde.

La Covid-19 a encore renforcé la position de la Chine : même si c’est là qu’est née la pandémie, les mesures drastiques prises par Pékin pour enrayer sa propagation ont, semble-t-il, permis au pays de vaincre le virus et à l’économie, de renouer avec son niveau d’avant-crise sanitaire. La politique étrangère chinoise s’est considérablement durcie : l’Empire du Milieu s’est querellé avec ses voisins, dont l’Inde, a imposé sa dictature à Hong Kong au mépris de l’engagement qu’il avait pris en 1997, et a envoyé des millions de Ouïghours dans des camps sans que la communauté internationale ne s’en offusque outre mesure.

De son côté, de l’Ukraine et la Géorgie voisines aux lointaines Europe et Amérique, la Russie a continué de déstabiliser les démocraties à grand renfort de réseaux sociaux. Moscou est également soupçonnée d’avoir voulu éliminer certains opposants politiques (dont Alexeï Navalny qui, selon le gouvernement allemand, aurait été empoisonné cet été) et a largement aidé le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko à faire taire les appels à la démocratie.

Le ver est aussi dans le fruit

Mais les menaces les plus insidieuses sont venues de l’intérieur même des démocraties établies, dont les dirigeants ont cherché à fragiliser les constitutions et à miner l’Etat de droit. A ces personnages pourtant démocratiquement élus, la crise du coronavirus a offert l’occasion idéale de renforcer leur autorité. C’est notamment le cas du Premier ministre Viktor Orban, qui a obtenu du Parlement hongrois l’état d’urgence et le droit de légiférer par ordonnances. Philippines, Tanzanie, Salvador, Bolivie : partout, le pouvoir a été détourné et des élections ont été menacées de report. A la faveur de la pandémie, le Premier ministre indien Narendra Modi a poursuivi la mise en œuvre de la politique anti-musulmans lancée en 2019 avec une nouvelle loi sur la citoyenneté qui pourrait limiter leur droit de vote et une réduction de l’autonomie du Cachemire.

Ces six dernières années avaient été marquées par des manifestations populaires contre la dictature en Ukraine, au Nicaragua, en Algérie, au Soudan, en Arménie et en Biélorussie, mais elles ont pour la plupart marqué le pas, la Covid-19 empêchant les forces pro-démocratie de se réunir et de protester. Dans plusieurs de ces pays, les dirigeants autoritaires en place ont laissé la mobilisation s’étioler avant de reprendre les choses en main. En Ethiopie, la libéralisation promise par le Premier ministre Abiy Ahmed, Prix Nobel de la paix l’an passé, s’est transformée en guerre civile dans la région rebelle du Tigré. En Arménie, le mouvement démocratique a lui aussi été stoppé par la guerre avec l’Azerbaïdjan pour la région du Haut-Karabakh.

La terrible récession économique provoquée par la crise sanitaire a également déstabilisé l’équilibre politique de nombreux pays. En Amérique latine, par exemple, une grande partie de la main-d’œuvre n’appartient pas à l’économie formelle ; elle est donc exclue du système de santé et des aides publiques. Les pouvoirs publics n’ont pas réussi à faire respecter le confinement et les polarisations existantes ont miné leur autorité, notamment au Pérou, en Bolivie, en Equateur ou encore en Colombie. Conséquence de cette incapacité à asseoir l’autorité de l’Etat et de la crise budgétaire, la pandémie a été beaucoup plus difficile à maîtriser.

Evoquons enfin les Etats-Unis, qui ont en quelque sorte mené la révolte populiste avec l’élection de Donald Trump en 2016. Comme les autres, le Président a utilisé son mandat pour tenter de fragiliser les contre-pouvoirs, y compris le FBI, la communauté du renseignement, la fonction publique, les juges fédéraux et les médias généralistes, qu’il n’a cessé de désigner comme « des ennemis du peuple américain ». Mais sa principale attaque contre une institution démocratique reste pour l’heure son refus de reconnaître sa défaite après le scrutin de novembre dernier, remporté par Joe Biden, et ses déclarations fallacieuses affirmant que les élections ont été « truquées » ou entachées par une fraude à grande échelle.

L’incapacité de l’Amérique à respecter les règles et les normes de son propre régime a ébranlé la démocratie de façon plus générale. La Russie, qui n’est pas en reste en matière d’élections truquées, s’est rengorgée des accusations lancées par Donald Trump à l’encontre du système américain, tandis que les régimes autoritaires des quatre coins du monde emboîtaient le pas du Président sortant et accusaient la presse de propager de « fausses informations ». En accélérant le transfert du centre de gravité de l’économie mondiale de l’Amérique du Nord et l’Europe vers l’Asie, la pandémie a réduit le poids des Etats-Unis dans la géopolitique.

Des violations patentes du droit aux atteintes discrètes à la norme démocratique, les menaces qui sont apparues en 2020 sont protéiformes : celles et ceux qui défendent les valeurs démocratiques doivent donc s’alarmer de la crise que nous traversons.

Pourtant, des signes montrent que les choses pourraient être en train de s’inverser. Les contre-pouvoirs ont finalement tenu le choc aux Etats-Unis et le peuple américain n’a pas voulu de Donald Trump pour un second mandat. Même si bon nombre de républicains contestent toujours la légitimité du scrutin, il est presque certain que Joe Biden pourra être investi le 20 janvier prochain et qu’il commencera immédiatement à réparer les dégâts infligés par la présidence Trump. Cela passera d’abord par une réaffirmation du statut de fer de lance de la démocratie de l’Amérique puis, espérons-le, par des efforts pour restaurer la confiance envers les institutions.

La crise de la Covid-19 semble avoir démontré que les gouvernements autoritaires savent forcément mieux gérer les pandémies que les formations démocratiques, une méprise tout à fait crédible si l’on compare le bilan des Etats-Unis et de la Chine et qu’on les considère comme des exemples de leur régime politique respectif : un quart de million de décès dans le premier cas, moins de 5 000 dans le deuxième. Mais cette généralisation ne tient pas si l’on prend du recul. Bon nombre de démocraties, dont la Corée du Sud, Taïwan, la Nouvelle-Zélande, le Canada ou encore l’Allemagne, ont fait aussi bien, si ce n’est mieux, que la Chine pour enrayer l’épidémie. Et des dirigeants démocrates (Moon Jae-in en Corée, Angela Merkel en Allemagne, Jacinda Arden en Nouvelle-Zélande) ont été salués, dans les urnes ou dans les sondages, pour leur gestion efficace de la crise.

De la récession à la grogne populaire face aux restrictions liées à la pandémie, des défis attendront la démocratie en 2021. Partout dans le monde, la peur, la précarité et le mécontentement font rage, et ce sont rarement des vecteurs de stabilité politique. Mais n’oublions pas que les crises ont parfois aussi fait naître des changements pour le meilleur en révélant les échecs des mauvais gestionnaires et en créant un besoin de réforme. Si la démocratie est loin d’être parfaite, partout dans le monde, le peuple a toujours pris les urnes ou battu le pavé pour dénoncer l’oppression et la corruption.

Francis Fukuyama est enseignant à l’institut de relations internationales Freeman Spogli et responsable du centre pour la démocratie, le développement et l’Etat de droit de Stanford. Vous pouvez lui écrire à l’adresse reports@wsj.com.

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