Archive pour le Tag 'démocratique'

Caricature démocratique en Russie: l’opposant Navalny expédié dans l’arctique russe

Caricature démocratique en Russie: l’opposant Navalny expédié dans l’arctique russe


Sans doute possible, c’est en raison des élections résidentielles que Poutine éloigne encore un peu plus jusque dans l’Arctique russe l’opposant Navalny condamné à 19 ans de prison. Un établissement pénitentiaire aux pires conditions dans un environnement évidemment difficile à vivre. Poutine pourra encore s’enorgueillir d’un résultat après de 90 % après avoir emprisonné ou tué le moindre opposant.

Il ne s’agit pas seulement d’une nouvelle violation évidente des droits de l’homme puisque cette détention menace gravement la santé de l’intéressé. Cela traduit en réalité la pathologie du dictateur Poutine qui a même peur de son ombre alors qu’ évidemment le résultat est déjà connu avec un score qui sera proche de 90 % compte tenu du tripatouillage politique habituel.E t cela d’autant plus qu’il n’y a aucun opposant puisque les éventuels candidats un peu crédibles sont soit interdits, soit internés, soit empoisonnés.

La France a dénoncé lundi soir le transfèrement de l’opposant russe Alexeï Navalny dans une colonie pénitentiaire située dans l’Arctique russe, y voyant une nouvelle violation des droits humains.

«La France rappelle que la Russie est, au titre du droit international, entièrement responsable de la santé de ses détenus», a également ajouté la porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Paris appelle enfin à libérer tous les prisonniers politiques, «immédiatement et sans condition, et à cesser toute persécution judiciaire à leur encontre».

Les États-Unis ont également affirmé lundi être «profondément inquiets» des «conditions de détention» de l’opposant russe Alexeï Navalny. «Nous nous réjouissons des informations selon lesquelles Alexeï Navalny a été localisé», a déclaré un porte-parole du département d’État. «Cependant, nous restons profondément inquiets du sort de Alexeï Navalny et de ses conditions de détention injustes», a-t-il indiqué dans un communiqué.

Charismatique militant anticorruption et ennemi numéro un de Vladimir Poutine, Alexeï Navalny purge une peine de 19 ans de prison pour «extrémisme». Washington a une nouvelle fois exigé la «libération immédiate» du quadragénaire, exhortant Moscou à mettre fin à la «répression croissante des voix indépendantes en Russie» et au «ciblage pernicieux» d’Alexeï Navalny.

Société- «Récession démocratique» dans le monde

Société- «Récession démocratique» dans le monde

Le monde connaît une récession démocratique le monde connaît une récession démocratique pour la sixième année de suite d’après un rapport de IDEA international et cela au profit des théocraties de toute nature. Dictature religieuse, dictature politique, dictature militaire.

Selon un rapport de IDEA International, c’est la sixième année de suite que davantage de démocraties sont en déclin plutôt qu’en progrès.

Des pays étudiés sont affectés par des dysfonctionnements démocratiques caractérisés en particulier par des atteintes aux libertés.

Sur 173 pays étudiés, 85 ont affiché de mauvais résultats en fonction d’au moins «un indicateur clé de performance démocratique au cours des cinq dernières années».

En ce qui concerne la représentation, le rapport pointe «un déclin notable», en particulier dans le domaine des élections et du bon fonctionnement des Parlements, mais aussi du principe d’État de droit, dont l’indépendance du système judiciaire des pays. «Nous constatons également un recul dans les démocraties historiquement performantesd’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie», souligne Michael Runey. Cette vague de déclin des systèmes démocratiques à un niveau global peut s’illustrer, entre autres, par les coups d’État sur le continent africain.

«Nous voyons des signes d’espoir dans des pays isolés dans le monde entier» comme en Europe centrale ou sur le continent africain. «Mais dans l’ensemble, le tableau reste très négatif», conclut-il.

«Récession démocratique» dans le monde

«Récession démocratique» dans le monde

Le monde connaît une récession démocratique le monde connaît une récession démocratique pour la sixième année de suite d’après un rapport de IDEA international et cela au profit des théocraties de toute nature. Dictature religieuse, dictature politique, dictature militaire.

Selon un rapport de IDEA International, c’est la sixième année de suite que davantage de démocraties sont en déclin plutôt qu’en progrès.

Des pays étudiés sont affectés par des dysfonctionnements démocratiques caractérisés en particulier par des atteintes aux libertés.

Sur 173 pays étudiés, 85 ont affiché de mauvais résultats en fonction d’au moins «un indicateur clé de performance démocratique au cours des cinq dernières années».

En ce qui concerne la représentation, le rapport pointe «un déclin notable», en particulier dans le domaine des élections et du bon fonctionnement des Parlements, mais aussi du principe d’État de droit, dont l’indépendance du système judiciaire des pays. «Nous constatons également un recul dans les démocraties historiquement performantesd’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie», souligne Michael Runey. Cette vague de déclin des systèmes démocratiques à un niveau global peut s’illustrer, entre autres, par les coups d’État sur le continent africain.

«Nous voyons des signes d’espoir dans des pays isolés dans le monde entier» comme en Europe centrale ou sur le continent africain. «Mais dans l’ensemble, le tableau reste très négatif», conclut-il.

Afrique : le rejet démocratique ?

Afrique : le rejet démocratique ?


La série de coups d’État militaires intervenus dans la bande sahélienne au cours de ces dernières années a souvent été analysée, en France, du point de vue du rejet par les populations locales (ou, en tout cas, par une partie d’entre elles) de la présence militaire, diplomatique et économique française. Toutefois, ces putschs s’inscrivent également dans un processus que l’on observe plus largement dans les pays d’Afrique anciennement colonisés : le rejet de plus en plus assumé de la démocratie « à l’européenne », perçue comme une idéologie contraire aux traditions et aux volontés des peuples africains, et comme un instrument employé par les puissances occidentales sans cohérence et selon leur bon vouloir.

La question est évidemment sociétale notamment à travers le rapport aux libertés mais elle aussi malheureusement économique car les dictatures n’offrent pas un cadre juridique satisfaisant pour le développement. Le système des dictatures accroît par ailleurs considérablement les phénomènes de migration notamment vers l’Europe NDLR

Dans The Conversation

Les paysans africains (largement majoritaires dans les populations du continent à l’époque) n’ont donc pas vraiment été dépaysés par la violence coloniale et tout ce qui l’accompagnait : perception d’impôts, recrutements forcés, cultures obligatoires (culture forcée du coton à l’Office du Niger, de l’arachide au Sénégal et au Mali), etc. Dans la conscience paysanne, l’anthropologue peut observer la permanence de la notion de « force », qui a toujours été au cœur des relations entre États, et entre les États et leurs sujets.

Il n’en reste pas moins qu’au niveau villageois, un autre principe prévalait : celui selon lequel le chef de village devait prendre sa décision sur la base d’un consensus après avoir consulté l’ensemble des villageois.

Cette ambiguïté ou dualité du pouvoir, qui reposait à la fois sur une force d’émanation guerrière et sur le principe apparemment égalitaire de la « palabre », se retrouve aujourd’hui après qu’elle a été oblitérée par la mise en œuvre, dans la dernière période de la colonisation française, des élections. Il faut en effet attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la France mette en place des processus électoraux et que surgisse ainsi un principe démocratique.

Ce processus s’est poursuivi après les indépendances, sauf dans les pays qui se sont engagés dans la voie du socialisme comme la Guinée et le Mali. Interrompu dans certains pays par des coups d’État militaires, le processus démocratique a repris de plus belle après la fameuse déclaration de François Mitterrand à La Baule, en 1990, sur la nécessité de la démocratisation du continent.

L’Afrique francophone s’est ainsi retrouvée à partir des années 1990 avec des pays modèles en matière de démocratie comme le Sénégal et le Mali. Puis est venu le temps du désenchantement avec la guerre civile en Côte d’Ivoire (2002-2007) et la volonté de certains chefs d’État d’effectuer des mandats supplémentaires en modifiant les Constitutions de leurs pays respectifs (Côte d’Ivoire, Sénégal), sans compter les pays où des despotes se sont maintenus au pouvoir pendant des décennies (Guinée équatoriale, Cameroun, Congo-Brazzaville…).

La démocratie, une notion étrangère au continent ?
Mais c’est l’essor du djihadisme dans les pays du Sahel qui a véritablement sonné le glas du mirage démocratique. La démocratie, avec ses élections, a été vue par bon nombre d’acteurs locaux, notamment militaires, comme un instrument d’affaiblissement des armées nationales, alors même qu’elles se trouvaient aux prises avec des éléments qualifiés de terroristes.

Au Mali notamment, et bien qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu démocratiquement en 2013, a été pointée la déliquescence du régime avec son cortège de corruption, de népotisme et de prévarication. En deçà, la gestion du président Alpha Omar Konaré (1992-2002) qui jusque là avait été considérée comme sans tache, a récemment été mise en cause par le premier ministre actuel Choguel Maiga (arrivé au pouvoir à la suite du putsch de 2021) en raison de son supposé abandon de l’armée au cours de ses mandats successifs, laissant ainsi libre cours à la poussée djihadiste. À l’inverse, est réhabilitée la figure du général Moussa Traoré, auteur en 1968 d’un coup d’État militaire qui avait mis fin au régime socialiste de Modibo Keita.

Bref, le principe démocratique d’inspiration occidentale est censé, d’après certains responsables africains eux-mêmes, ne pas convenir à l’Afrique ; on retrouve là l’idée de Jacques Chirac qui estimait que le continent africain n’était pas mûr pour l’application de ce système politique.

La démocratie, avec son système électoral donnant des gagnants et des perdants, est en effet considérée comme étant l’objet de toutes les manipulations et de toutes les compromissions. Il existe une véritable nostalgie, au sein de larges secteurs des populations africaines, pour un pouvoir fort, un pouvoir guerrier qu’incarnent bien les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Mais au-delà, il existe un goût prononcé pour des institutions proprement africaines, que celles-ci soient d’ordre coercitif ou consensuel.

La remise en valeur de modèles précoloniaux
Cette nostalgie prend plusieurs formes, celle de formations politiques et de certaines associations anciennes – que celles-ci aient disparu, qu’elles existent encore ou qu’elles se soient profondément transformées.

L’empire médiéval du Mali, ainsi que la Charte de Kurugan Fuga, édictée par son fondateur Sunjata, continuent ainsi de servir de référence à certaines fractions de l’élite politique et intellectuelle malienne. Les pactes politiques entre clans qui ont été instaurés à cette période sont censés pouvoir servir de modèle alternatif aux Constitutions importées d’Occident.

De même, les sociétés de chasseurs mandingues et dogons, avec leur organisation égalitaire, fournissent un modèle de comportement concurrençant de façon convaincante les Constitutions occidentales, qui reposent sur le principe de l’égalité des citoyens. Enfin, la palabre villageoise, ou plutôt une version idéalisée de cette institution, paraît être à même de ramener la concorde et d’échapper aux procédures électorales sources de divisions.

Dans une perspective afro-futuriste, certaines formations politiques existant depuis une époque reculée mais toujours présentes actuellement comme le royaume bamoun du Cameroun sont présentées par des intellectuels africains comme pouvant fournir un contrepoint alternatif à un État camerounais défaillant (voir le passage « Foumban is Wakanda », pp. 47-49 dans le récent ouvrage de l’auteur de ces lignes).

Bref, l’Afrique disposerait de ressources politiques autochtones lui permettant de se passer de l’importation de modèles prétendument universels mais ne s’appliquant en réalité qu’à l’Occident.

Le principe universaliste de la démocratie occidentale, outre qu’il serait défendu de façon hypocrite par l’Europe et les États-Unis, qui s’accommodent parfaitement de nombreux régimes formellement démocratiques mais en réalité répressifs, est également vu par certains secteurs des opinions africaines comme le moyen d’imposer des valeurs contraires à leurs propres valeurs culturelles. Il en va ainsi des droits de l’homme qui sont brandis par les Occidentaux pour fustiger l’excision, les mariages forcés ou encore la condamnation de l’homosexualité.

En cela, certains pays africains trouvent un répondant dans la Russie de Poutine, qui lui aussi dénonce des valeurs occidentales « ne correspondant pas à la culture russe ».

Partout en Afrique, au Maghreb (Tunisie), dans certains pays européens (Hongrie, Slovaquie) et même aux États-Unis (Trump), la démocratie est battue en brèche au profit du culte du chef. Dans le cadre de ce modèle, plus aucun corps intermédiaire n’est censé subsister entre le leader et ses citoyens devenus des sujets. La démocratie devient une curiosité ou un vestige occidental, d’autant plus que certains de ses thuriféraires peuvent apparaître comme étant eux-mêmes nostalgiques d’un Ancien Régime où s’épanouissait la royauté (c’est ainsi qu’est parfois présenté Emmanuel Macron).

Dans de larges parties du monde, la démocratie n’a plus le vent en poupe et l’Occident a bien du mal à imposer au nom de ce principe des changements de régime dans des pays qui, il n’y a pas si longtemps, se trouvaient encore sous sa dépendance. Le renversement des dictateurs Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, et c’est un euphémisme, ne s’est pas avéré convaincant, de sorte que la politique de George W. Bush contre les États « voyous » est désormais abandonnée et que les États-Unis par exemple, à la différence de la France, se sont parfaitement accommodés, dans un premier temps, de l’arrivée au pouvoir au Niger d’une junte militaire, même s’ils ont fait machine arrière par la suite, tout en maintenant leurs troupes dans le pays.

Bref, contrairement à ce que prévoyait Francis Fukuyama, l’Histoire ne s’est pas arrêtée après la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. On assiste au contraire, dans l’esprit de la conférence de Bandung (1955), à une reprise d’initiative des pays du Sud, avec par exemple l’émergence des BRICS auxquels sont venus s’adjoindre plusieurs pays, notamment africains (Égypte et Éthiopie), sans que la question de leur nature démocratique soit posée (pas plus d’ailleurs qu’elle n’est posée pour les membres fondateurs de ce groupe que sont la Chine et la Russie). Le débat international ne porte donc plus sur le régime politique de chaque pays membre mais sur la volonté contre-hégémonique de défier la suprématie de l’Occident, incarnée essentiellement par les États-Unis et l’Europe.

Il va sans dire que le projet des BRICS d’instaurer une nouvelle monnaie aura sans doute des répercussions dans les anciennes colonies françaises d’Afrique qui continuent de voir leur souveraineté limitée par l’existence du franc CFA. C’est sans doute dans ce domaine que sera mené le prochain combat politique et économique entre les pays africains francophones et la France, laissant ainsi de côté la question de savoir si ces pays sont de nature démocratique ou dictatoriale.

La vision d’une humanité se dirigeant dans son ensemble vers un avenir démocratique radieux n’a donc plus cours. Le combat démocratique universel a cédé la place à des rapports de force entre pays et entre nations, ce qui redonne une certaine actualité aux analyses des années 1960-1970 qui mettaient en avant les rapports centre-périphérie au sein du système économique mondial.

Afrique : le désenchantement démocratique

Politique-Afrique : le désenchantement démocratique


La série de coups d’État militaires intervenus dans la bande sahélienne au cours de ces dernières années a souvent été analysée, en France, du point de vue du rejet par les populations locales (ou, en tout cas, par une partie d’entre elles) de la présence militaire, diplomatique et économique française. Toutefois, ces putschs s’inscrivent également dans un processus que l’on observe plus largement dans les pays d’Afrique anciennement colonisés : le rejet de plus en plus assumé de la démocratie « à l’européenne », perçue comme une idéologie contraire aux traditions et aux volontés des peuples africains, et comme un instrument employé par les puissances occidentales sans cohérence et selon leur bon vouloir.

Dans The Conversation

Les paysans africains (largement majoritaires dans les populations du continent à l’époque) n’ont donc pas vraiment été dépaysés par la violence coloniale et tout ce qui l’accompagnait : perception d’impôts, recrutements forcés, cultures obligatoires (culture forcée du coton à l’Office du Niger, de l’arachide au Sénégal et au Mali), etc. Dans la conscience paysanne, l’anthropologue peut observer la permanence de la notion de « force », qui a toujours été au cœur des relations entre États, et entre les États et leurs sujets.

Il n’en reste pas moins qu’au niveau villageois, un autre principe prévalait : celui selon lequel le chef de village devait prendre sa décision sur la base d’un consensus après avoir consulté l’ensemble des villageois.

Cette ambiguïté ou dualité du pouvoir, qui reposait à la fois sur une force d’émanation guerrière et sur le principe apparemment égalitaire de la « palabre », se retrouve aujourd’hui après qu’elle a été oblitérée par la mise en œuvre, dans la dernière période de la colonisation française, des élections. Il faut en effet attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la France mette en place des processus électoraux et que surgisse ainsi un principe démocratique.

Ce processus s’est poursuivi après les indépendances, sauf dans les pays qui se sont engagés dans la voie du socialisme comme la Guinée et le Mali. Interrompu dans certains pays par des coups d’État militaires, le processus démocratique a repris de plus belle après la fameuse déclaration de François Mitterrand à La Baule, en 1990, sur la nécessité de la démocratisation du continent.

L’Afrique francophone s’est ainsi retrouvée à partir des années 1990 avec des pays modèles en matière de démocratie comme le Sénégal et le Mali. Puis est venu le temps du désenchantement avec la guerre civile en Côte d’Ivoire (2002-2007) et la volonté de certains chefs d’État d’effectuer des mandats supplémentaires en modifiant les Constitutions de leurs pays respectifs (Côte d’Ivoire, Sénégal), sans compter les pays où des despotes se sont maintenus au pouvoir pendant des décennies (Guinée équatoriale, Cameroun, Congo-Brazzaville…).

La démocratie, une notion étrangère au continent ?
Mais c’est l’essor du djihadisme dans les pays du Sahel qui a véritablement sonné le glas du mirage démocratique. La démocratie, avec ses élections, a été vue par bon nombre d’acteurs locaux, notamment militaires, comme un instrument d’affaiblissement des armées nationales, alors même qu’elles se trouvaient aux prises avec des éléments qualifiés de terroristes.

Au Mali notamment, et bien qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu démocratiquement en 2013, a été pointée la déliquescence du régime avec son cortège de corruption, de népotisme et de prévarication. En deçà, la gestion du président Alpha Omar Konaré (1992-2002) qui jusque là avait été considérée comme sans tache, a récemment été mise en cause par le premier ministre actuel Choguel Maiga (arrivé au pouvoir à la suite du putsch de 2021) en raison de son supposé abandon de l’armée au cours de ses mandats successifs, laissant ainsi libre cours à la poussée djihadiste. À l’inverse, est réhabilitée la figure du général Moussa Traoré, auteur en 1968 d’un coup d’État militaire qui avait mis fin au régime socialiste de Modibo Keita.

Bref, le principe démocratique d’inspiration occidentale est censé, d’après certains responsables africains eux-mêmes, ne pas convenir à l’Afrique ; on retrouve là l’idée de Jacques Chirac qui estimait que le continent africain n’était pas mûr pour l’application de ce système politique.

La démocratie, avec son système électoral donnant des gagnants et des perdants, est en effet considérée comme étant l’objet de toutes les manipulations et de toutes les compromissions. Il existe une véritable nostalgie, au sein de larges secteurs des populations africaines, pour un pouvoir fort, un pouvoir guerrier qu’incarnent bien les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Mais au-delà, il existe un goût prononcé pour des institutions proprement africaines, que celles-ci soient d’ordre coercitif ou consensuel.

La remise en valeur de modèles précoloniaux
Cette nostalgie prend plusieurs formes, celle de formations politiques et de certaines associations anciennes – que celles-ci aient disparu, qu’elles existent encore ou qu’elles se soient profondément transformées.

L’empire médiéval du Mali, ainsi que la Charte de Kurugan Fuga, édictée par son fondateur Sunjata, continuent ainsi de servir de référence à certaines fractions de l’élite politique et intellectuelle malienne. Les pactes politiques entre clans qui ont été instaurés à cette période sont censés pouvoir servir de modèle alternatif aux Constitutions importées d’Occident.

De même, les sociétés de chasseurs mandingues et dogons, avec leur organisation égalitaire, fournissent un modèle de comportement concurrençant de façon convaincante les Constitutions occidentales, qui reposent sur le principe de l’égalité des citoyens. Enfin, la palabre villageoise, ou plutôt une version idéalisée de cette institution, paraît être à même de ramener la concorde et d’échapper aux procédures électorales sources de divisions.

Dans une perspective afro-futuriste, certaines formations politiques existant depuis une époque reculée mais toujours présentes actuellement comme le royaume bamoun du Cameroun sont présentées par des intellectuels africains comme pouvant fournir un contrepoint alternatif à un État camerounais défaillant (voir le passage « Foumban is Wakanda », pp. 47-49 dans le récent ouvrage de l’auteur de ces lignes).

Bref, l’Afrique disposerait de ressources politiques autochtones lui permettant de se passer de l’importation de modèles prétendument universels mais ne s’appliquant en réalité qu’à l’Occident.

Le principe universaliste de la démocratie occidentale, outre qu’il serait défendu de façon hypocrite par l’Europe et les États-Unis, qui s’accommodent parfaitement de nombreux régimes formellement démocratiques mais en réalité répressifs, est également vu par certains secteurs des opinions africaines comme le moyen d’imposer des valeurs contraires à leurs propres valeurs culturelles. Il en va ainsi des droits de l’homme qui sont brandis par les Occidentaux pour fustiger l’excision, les mariages forcés ou encore la condamnation de l’homosexualité.

En cela, certains pays africains trouvent un répondant dans la Russie de Poutine, qui lui aussi dénonce des valeurs occidentales « ne correspondant pas à la culture russe ».

Partout en Afrique, au Maghreb (Tunisie), dans certains pays européens (Hongrie, Slovaquie) et même aux États-Unis (Trump), la démocratie est battue en brèche au profit du culte du chef. Dans le cadre de ce modèle, plus aucun corps intermédiaire n’est censé subsister entre le leader et ses citoyens devenus des sujets. La démocratie devient une curiosité ou un vestige occidental, d’autant plus que certains de ses thuriféraires peuvent apparaître comme étant eux-mêmes nostalgiques d’un Ancien Régime où s’épanouissait la royauté (c’est ainsi qu’est parfois présenté Emmanuel Macron).

Dans de larges parties du monde, la démocratie n’a plus le vent en poupe et l’Occident a bien du mal à imposer au nom de ce principe des changements de régime dans des pays qui, il n’y a pas si longtemps, se trouvaient encore sous sa dépendance. Le renversement des dictateurs Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, et c’est un euphémisme, ne s’est pas avéré convaincant, de sorte que la politique de George W. Bush contre les États « voyous » est désormais abandonnée et que les États-Unis par exemple, à la différence de la France, se sont parfaitement accommodés, dans un premier temps, de l’arrivée au pouvoir au Niger d’une junte militaire, même s’ils ont fait machine arrière par la suite, tout en maintenant leurs troupes dans le pays.

Bref, contrairement à ce que prévoyait Francis Fukuyama, l’Histoire ne s’est pas arrêtée après la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. On assiste au contraire, dans l’esprit de la conférence de Bandung (1955), à une reprise d’initiative des pays du Sud, avec par exemple l’émergence des BRICS auxquels sont venus s’adjoindre plusieurs pays, notamment africains (Égypte et Éthiopie), sans que la question de leur nature démocratique soit posée (pas plus d’ailleurs qu’elle n’est posée pour les membres fondateurs de ce groupe que sont la Chine et la Russie). Le débat international ne porte donc plus sur le régime politique de chaque pays membre mais sur la volonté contre-hégémonique de défier la suprématie de l’Occident, incarnée essentiellement par les États-Unis et l’Europe.

Il va sans dire que le projet des BRICS d’instaurer une nouvelle monnaie aura sans doute des répercussions dans les anciennes colonies françaises d’Afrique qui continuent de voir leur souveraineté limitée par l’existence du franc CFA. C’est sans doute dans ce domaine que sera mené le prochain combat politique et économique entre les pays africains francophones et la France, laissant ainsi de côté la question de savoir si ces pays sont de nature démocratique ou dictatoriale.

La vision d’une humanité se dirigeant dans son ensemble vers un avenir démocratique radieux n’a donc plus cours. Le combat démocratique universel a cédé la place à des rapports de force entre pays et entre nations, ce qui redonne une certaine actualité aux analyses des années 1960-1970 qui mettaient en avant les rapports centre-périphérie au sein du système économique mondial.

Afrique : le désenchantement démocratique

Afrique : le désenchantement démocratique

La série de coups d’État militaires intervenus dans la bande sahélienne au cours de ces dernières années a souvent été analysée, en France, du point de vue du rejet par les populations locales (ou, en tout cas, par une partie d’entre elles) de la présence militaire, diplomatique et économique française. Toutefois, ces putschs s’inscrivent également dans un processus que l’on observe plus largement dans les pays d’Afrique anciennement colonisés : le rejet de plus en plus assumé de la démocratie « à l’européenne », perçue comme une idéologie contraire aux traditions et aux volontés des peuples africains, et comme un instrument employé par les puissances occidentales sans cohérence et selon leur bon vouloir.

Les paysans africains (largement majoritaires dans les populations du continent à l’époque) n’ont donc pas vraiment été dépaysés par la violence coloniale et tout ce qui l’accompagnait : perception d’impôts, recrutements forcés, cultures obligatoires (culture forcée du coton à l’Office du Niger, de l’arachide au Sénégal et au Mali), etc. Dans la conscience paysanne, l’anthropologue peut observer la permanence de la notion de « force », qui a toujours été au cœur des relations entre États, et entre les États et leurs sujets.

Il n’en reste pas moins qu’au niveau villageois, un autre principe prévalait : celui selon lequel le chef de village devait prendre sa décision sur la base d’un consensus après avoir consulté l’ensemble des villageois.

Cette ambiguïté ou dualité du pouvoir, qui reposait à la fois sur une force d’émanation guerrière et sur le principe apparemment égalitaire de la « palabre », se retrouve aujourd’hui après qu’elle a été oblitérée par la mise en œuvre, dans la dernière période de la colonisation française, des élections. Il faut en effet attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que la France mette en place des processus électoraux et que surgisse ainsi un principe démocratique.

Ce processus s’est poursuivi après les indépendances, sauf dans les pays qui se sont engagés dans la voie du socialisme comme la Guinée et le Mali. Interrompu dans certains pays par des coups d’État militaires, le processus démocratique a repris de plus belle après la fameuse déclaration de François Mitterrand à La Baule, en 1990, sur la nécessité de la démocratisation du continent.

L’Afrique francophone s’est ainsi retrouvée à partir des années 1990 avec des pays modèles en matière de démocratie comme le Sénégal et le Mali. Puis est venu le temps du désenchantement avec la guerre civile en Côte d’Ivoire (2002-2007) et la volonté de certains chefs d’État d’effectuer des mandats supplémentaires en modifiant les Constitutions de leurs pays respectifs (Côte d’Ivoire, Sénégal), sans compter les pays où des despotes se sont maintenus au pouvoir pendant des décennies (Guinée équatoriale, Cameroun, Congo-Brazzaville…).

La démocratie, une notion étrangère au continent ?
Mais c’est l’essor du djihadisme dans les pays du Sahel qui a véritablement sonné le glas du mirage démocratique. La démocratie, avec ses élections, a été vue par bon nombre d’acteurs locaux, notamment militaires, comme un instrument d’affaiblissement des armées nationales, alors même qu’elles se trouvaient aux prises avec des éléments qualifiés de terroristes.

Au Mali notamment, et bien qu’Ibrahim Boubacar Keita ait été élu démocratiquement en 2013, a été pointée la déliquescence du régime avec son cortège de corruption, de népotisme et de prévarication. En deçà, la gestion du président Alpha Omar Konaré (1992-2002) qui jusque là avait été considérée comme sans tache, a récemment été mise en cause par le premier ministre actuel Choguel Maiga (arrivé au pouvoir à la suite du putsch de 2021) en raison de son supposé abandon de l’armée au cours de ses mandats successifs, laissant ainsi libre cours à la poussée djihadiste. À l’inverse, est réhabilitée la figure du général Moussa Traoré, auteur en 1968 d’un coup d’État militaire qui avait mis fin au régime socialiste de Modibo Keita.

Bref, le principe démocratique d’inspiration occidentale est censé, d’après certains responsables africains eux-mêmes, ne pas convenir à l’Afrique ; on retrouve là l’idée de Jacques Chirac qui estimait que le continent africain n’était pas mûr pour l’application de ce système politique.

La démocratie, avec son système électoral donnant des gagnants et des perdants, est en effet considérée comme étant l’objet de toutes les manipulations et de toutes les compromissions. Il existe une véritable nostalgie, au sein de larges secteurs des populations africaines, pour un pouvoir fort, un pouvoir guerrier qu’incarnent bien les militaires qui se sont emparés du pouvoir au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger. Mais au-delà, il existe un goût prononcé pour des institutions proprement africaines, que celles-ci soient d’ordre coercitif ou consensuel.

La remise en valeur de modèles précoloniaux
Cette nostalgie prend plusieurs formes, celle de formations politiques et de certaines associations anciennes – que celles-ci aient disparu, qu’elles existent encore ou qu’elles se soient profondément transformées.

L’empire médiéval du Mali, ainsi que la Charte de Kurugan Fuga, édictée par son fondateur Sunjata, continuent ainsi de servir de référence à certaines fractions de l’élite politique et intellectuelle malienne. Les pactes politiques entre clans qui ont été instaurés à cette période sont censés pouvoir servir de modèle alternatif aux Constitutions importées d’Occident.

De même, les sociétés de chasseurs mandingues et dogons, avec leur organisation égalitaire, fournissent un modèle de comportement concurrençant de façon convaincante les Constitutions occidentales, qui reposent sur le principe de l’égalité des citoyens. Enfin, la palabre villageoise, ou plutôt une version idéalisée de cette institution, paraît être à même de ramener la concorde et d’échapper aux procédures électorales sources de divisions.

Dans une perspective afro-futuriste, certaines formations politiques existant depuis une époque reculée mais toujours présentes actuellement comme le royaume bamoun du Cameroun sont présentées par des intellectuels africains comme pouvant fournir un contrepoint alternatif à un État camerounais défaillant (voir le passage « Foumban is Wakanda », pp. 47-49 dans le récent ouvrage de l’auteur de ces lignes).

Bref, l’Afrique disposerait de ressources politiques autochtones lui permettant de se passer de l’importation de modèles prétendument universels mais ne s’appliquant en réalité qu’à l’Occident.

Le principe universaliste de la démocratie occidentale, outre qu’il serait défendu de façon hypocrite par l’Europe et les États-Unis, qui s’accommodent parfaitement de nombreux régimes formellement démocratiques mais en réalité répressifs, est également vu par certains secteurs des opinions africaines comme le moyen d’imposer des valeurs contraires à leurs propres valeurs culturelles. Il en va ainsi des droits de l’homme qui sont brandis par les Occidentaux pour fustiger l’excision, les mariages forcés ou encore la condamnation de l’homosexualité.

En cela, certains pays africains trouvent un répondant dans la Russie de Poutine, qui lui aussi dénonce des valeurs occidentales « ne correspondant pas à la culture russe ».

Partout en Afrique, au Maghreb (Tunisie), dans certains pays européens (Hongrie, Slovaquie) et même aux États-Unis (Trump), la démocratie est battue en brèche au profit du culte du chef. Dans le cadre de ce modèle, plus aucun corps intermédiaire n’est censé subsister entre le leader et ses citoyens devenus des sujets. La démocratie devient une curiosité ou un vestige occidental, d’autant plus que certains de ses thuriféraires peuvent apparaître comme étant eux-mêmes nostalgiques d’un Ancien Régime où s’épanouissait la royauté (c’est ainsi qu’est parfois présenté Emmanuel Macron).

Dans de larges parties du monde, la démocratie n’a plus le vent en poupe et l’Occident a bien du mal à imposer au nom de ce principe des changements de régime dans des pays qui, il n’y a pas si longtemps, se trouvaient encore sous sa dépendance. Le renversement des dictateurs Saddam Hussein en Irak et Mouammar Kadhafi en Libye, et c’est un euphémisme, ne s’est pas avéré convaincant, de sorte que la politique de George W. Bush contre les États « voyous » est désormais abandonnée et que les États-Unis par exemple, à la différence de la France, se sont parfaitement accommodés, dans un premier temps, de l’arrivée au pouvoir au Niger d’une junte militaire, même s’ils ont fait machine arrière par la suite, tout en maintenant leurs troupes dans le pays.

Bref, contrairement à ce que prévoyait Francis Fukuyama, l’Histoire ne s’est pas arrêtée après la chute du mur de Berlin et de l’Union soviétique. On assiste au contraire, dans l’esprit de la conférence de Bandung (1955), à une reprise d’initiative des pays du Sud, avec par exemple l’émergence des BRICS auxquels sont venus s’adjoindre plusieurs pays, notamment africains (Égypte et Éthiopie), sans que la question de leur nature démocratique soit posée (pas plus d’ailleurs qu’elle n’est posée pour les membres fondateurs de ce groupe que sont la Chine et la Russie). Le débat international ne porte donc plus sur le régime politique de chaque pays membre mais sur la volonté contre-hégémonique de défier la suprématie de l’Occident, incarnée essentiellement par les États-Unis et l’Europe.

Il va sans dire que le projet des BRICS d’instaurer une nouvelle monnaie aura sans doute des répercussions dans les anciennes colonies françaises d’Afrique qui continuent de voir leur souveraineté limitée par l’existence du franc CFA. C’est sans doute dans ce domaine que sera mené le prochain combat politique et économique entre les pays africains francophones et la France, laissant ainsi de côté la question de savoir si ces pays sont de nature démocratique ou dictatoriale.

La vision d’une humanité se dirigeant dans son ensemble vers un avenir démocratique radieux n’a donc plus cours. Le combat démocratique universel a cédé la place à des rapports de force entre pays et entre nations, ce qui redonne une certaine actualité aux analyses des années 1960-1970 qui mettaient en avant les rapports centre-périphérie au sein du système économique mondial.

Une écologie populaire et démocratique ?

Une écologie populaire et démocratique ?

Emmanuel Macron a dévoilé lundi 25 septembre les grandes lignes de sa « planification écologique » tout en essayant de rassurer, notamment en rappelant l’attachement à des Français à la « bagnole ». Beaucoup ont vu là un appel du pied aux classes populaires. Alors que la sobriété des comportements et l’adoption de mesures environnementales ambitieuses s’imposent pour lutter contre la crise énergétique et le dérèglement climatique, comment justement caractériser les pratiques et attitudes de ces classes sociales à l’égard de l’environnement ? Le discours écologique mainstream qui s’est développé depuis une quarantaine d’années repose sur une vision politique, globale, urbaine et conscientisée de l’engagement écologique. Les classes populaires urbaines et rurales, fréquemment dépeintes comme sobres « par nécessité » du fait de fortes contraintes économiques qui modèlent leurs habitudes, sont-elles vouées à subir une transition coûteuse et des mesures de sobriété qui, pour elles, n’ont rien d’« heureuses » ?

par Theodore Tallent
Chercheur doctorant en science politique au Centre d’Etudes Européennes et de politique comparée, Sciences Po dans The Conversation

Intimement lié à l’écologie politique, ce discours écologique dominant défend donc la politisation de l’enjeu écologique, l’adoption généralisée d’une conscience écologique individuelle, et le déploiement de politiques de régulation telles que la fiscalité verte. Malgré les divergences, ce discours écologique a de commun qu’il considère l’intentionnalité des actions environnementales (la « conscience écologique ») comme centrale.

Or il semble à première vue que les classes populaires résidant en zone rurale ou en périphérie des villes rentrent difficilement dans ce cadre discursif. Pour elles, ce sont plutôt les impératifs de pouvoir d’achat, d’emploi et de logement qui sont régulièrement présentés par des éditorialistes ou sondages comme primordiaux. Les pratiques de sobriété sont donc souvent qualifiées de « subies », à rebours d’un engagement conscientisé et politique.

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Compte tenu du fait que la transition écologique mêle pratiques individuelles et politiques publiques, il est en outre intéressant de noter là encore que ces dernières, appliquées uniformément et sans adaptation, imposent un coût supérieur aux classes populaires. Une étude confirme ainsi que la majorité des instruments de décarbonation ont un impact distributif important. L’acceptabilité de ces politiques baisse ainsi au sein des classes populaires, mais aussi des classes moyennes rurales, qui craignent pour leur situation économique.

À l’aune de ces éléments, une éventuelle « écologie populaire » semble plutôt rimer avec précarisation et difficultés d’adaptation. Il paraît surtout clair qu’elle ne s’inscrit pas dans les bornes fixées par le discours écologique dominant.

Dépasser l’opposition entre « fin du mois » et « écologie »
Loin des discours caricaturaux distinguant les « bobos écolos » des centres-villes des périurbains et ruraux, trop préoccupés par leurs conditions de vie pour envisager l’enjeu écologique, une nouvelle écologie se dessine pourtant.

En 2015, 35,7 % des ménages français possédaient deux voitures ou plus. Damien Meyer/AFP
Certes, la précarité des classes populaires rend plus difficile l’adoption de certaines pratiques ou la formation d’opinions positives à l’égard des politiques environnementales. Mais c’est paradoxalement par cela qu’elles sont en train de réinventer une écologie relocalisée, sobre, et aux valeurs fondamentalement populaires, comme le démontrent deux études de terrain menées dans le contexte des « gilets jaunes ».

Ces citoyens des classes populaires urbaines, ou même de la classe moyenne rurale, proposent un modèle alternatif au discours dominant sur l’écologie.

Au cœur des conclusions de ces études réside l’idée que ce n’est pas parce que certaines de leurs pratiques sont contraintes que cela les rendrait moins écolos.

Qui a dit que l’écologie de conviction (et de discours) valait mieux que l’écologie de l’action ?

Une « dépossession écologique »
L’essence de cette critique se trouvait déjà chez Joan Martinez-Alier lorsqu’il publiait son livre The Environmentalism of the Poor en 2002. Un nouvel écologisme était, selon lui, en train de naître sous nos yeux, en opposition aux dommages environnementaux subis par les populations pauvres du Sud global.

Vingt ans plus tard, c’est aussi une nouvelle écologie qui apparaît dans les pays du Nord, au sein de classes populaires urbaines et rurales ne se reconnaissant que rarement dans l’écologie mainstream, en témoigne par exemple la sociologie du vote vert en France. Cette « dépossession écologique » s’explique par des références et valeurs différentes, des impératifs quotidiens divergents et des pratiques et attitudes qui n’expriment pas un message tout à fait similaire à celui porté par le mouvement dominant.

Cela se manifeste également par une forte préoccupation économique, dont ces citoyens ne peuvent s’éloigner – raison pour laquelle le discours décroissantiste, actuellement débattu au sein des mouvements écologiques, y fait moins recette.

Réinventer l’imaginaire écologique
Les « gilets jaunes », bien que longtemps caricaturés, ont dévoilé les bribes d’une écologie pensée hors des centres métropolitains. Leur imaginaire écologique, fondamentalement « populaire », insistait plutôt sur les valeurs morales de « non-gaspillage », de « modération », et de localisme.

C’était une écologie du soin, du familier, du « moins », du local. Une écologie tournée vers son environnement proche, vers une manière d’habiter unique et relationnelle. Une écologie parfois de la débrouille, mais également du territoire, ancrée dans son quartier ou dans son village.

Au-delà des « gilets jaunes », l’écologie populaire cherche à démontrer que « les “gens de peu” ne sont pas des riches auxquels il ne manquerait que l’argent ». Si les classes populaires ont un faible bilan carbone, ce n’est pas juste par contrainte budgétaire, c’est aussi parce qu’elles cultivent un imaginaire différent et ont d’autres modes de vie. Lors d’entretiens conduits hors des grands centres urbains, c’est le même message qui revient : les pratiques existent, ce sont les justifications qui varient.

Loin d’une lecture binaire de l’écologie (entre les « écolos » et les autres), il s’agit d’envisager l’écologie dans sa pluralité. Les attitudes et pratiques divergent, les justifications aussi, mais dans une crise environnementale toujours plus vive, il serait bon de rappeler l’expression anglaise bien connue : parfois, « actions speak louder than thoughts » (les actions comptent plus que les idées) – récemment remis au goût du jour.

Le défi de cette écologie populaire se manifeste par la difficulté matérielle vécue par bon nombre d’Européens avec l’application de « principes » écologiques dans leur quotidien, à la fois pour cause de précarité ou par une impression de distance à l’égard des injonctions (et des politiques publiques) promues à Bruxelles, Paris ou Berlin.

Reconnaître une écologie populaire implique donc aussi bien l’adoption de nouveaux logiciels de pensée, ouverts à d’autres pratiques et attitudes, mais également l’adoption de politiques visant à éviter d’en arriver à l’impasse des « gilets jaunes ».

Cela passera sans doute par de la planification et de l’anticipation, pour éviter de tomber entre le marteau de la sobriété subie et l’enclume de la transition éprouvée, mais aussi par un effort pour rebâtir la confiance avec des classes populaires vivant un fort sentiment d’exclusion écologique.

En prenant au sérieux ces discours et pratiques écologiques populaires, il sera ainsi possible d’y trouver des clés pour construire la société de demain, plus sobre, tournée vers le soin et ancrée dans son territoire.

Pour un débat démocratique à la hauteur des enjeux du siècle

Pour un débat démocratique à la hauteur des enjeux du siècle

Dans une tribune au « Monde », un collectif de députés, parmi lesquels Julie Laernoes (écologiste) et Antoine Vermorel-Marques (LR), appelle la première ministre à inscrire la loi de programmation sur l’énergie et le climat à l’agenda parlementaire de cette rentrée.

L’été 2023 s’achève. Il a été le plus chaud jamais enregistré d’après l’observatoire européen Copernicus. Il nous a tous marqués, notamment en raison de la répétition d’événements climatiques extrêmes, manifestation connue du changement climatique. Il a endeuillé de nombreuses familles dans le monde entier. Et le mois de septembre n’a pas dit son dernier mot…

Nous avons donc une responsabilité majeure pour agir contre le défi du siècle, celui de la bataille contre le réchauffement climatique. Pour cela, il est essentiel d’adopter une loi à la hauteur des enjeux, après avoir débattu démocratiquement des chemins à prendre, des mesures à mettre en œuvre pour rehausser l’ambition qui est la nôtre et que nous devons à nos concitoyens.

Au Parlement, nous ne défendons pas tous les mêmes ambitions et solutions mais nous nous accordons sur un point commun : la nécessité de pouvoir débattre de l’avenir climatique et énergétique de notre pays. Nous appelons donc le gouvernement à inscrire la loi de programmation sur l’énergie et le climat à l’agenda parlementaire avant la fin 2023.

En 2019, à l’occasion de la loi relative à l’énergie et au climat, le Parlement décidait qu’avant le 1er juillet 2023, une loi devait être présentée pour « déterminer les objectifs et fixer les priorités d’action de la politique énergétique nationale pour répondre à l’urgence écologique et climatique ». Cette loi se fait toujours attendre alors qu’elle est décisive pour préciser plusieurs éléments-clés pour notre avenir climatique.

D’abord et avant tout, nos objectifs de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Depuis 2019, beaucoup de choses ont changé. L’Union européenne (UE) a rehaussé ses objectifs de baisse d’émissions d’ici à 2030 en proposant le paquet « Fit for 55 ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé les pays riches à avancer leurs objectifs de neutralité carbone « le plus près possible de 2040 ».

Plusieurs études ont insisté sur la nécessité de réaliser l’essentiel des efforts dès les prochaines années. C’est le cas du Conseil scientifique de l’Union européenne sur le changement climatique, qui indique que l’UE doit réduire ses émissions de 90 % à 95 % d’ici à 2040 .

Crise climatique : le renoncement e la délibération démocratique

Crise climatique : le renoncement e la délibération démocratique

Dans un entretien au « Monde », le chercheur Antonin Pottier plaide pour une refondation du débat économique et technologique à l’heure de la crise environnementale, dans la droite ligne des publications du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement dont il publie une anthologie.

Maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales et membre du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), Antonin Pottier, dont les recherches portent sur le rôle des sciences économiques dans la transition écologique, a dirigé Concilier économie et écologie (Presses des Ponts, 354 p., 45 euros), qui rassemble des textes fondateurs du Cired.

De quelle façon la réflexion économique sur l’environnement s’est-elle nouée d’emblée avec celle du développement ?
Au début des années 1970 s’exprime la crainte que la protection de l’environnement, impulsée depuis les pays riches, pourrait se faire au détriment du développement des pays pauvres. Ignacy Sachs [1927-2023] et les économistes du Cired proposent alors de repenser les objectifs de la croissance en partant de l’idée qu’il faut la mettre au service d’une égalisation des conditions entre les nations. C’est l’écodéveloppement, un développement en harmonie avec l’environnement. Celui-ci se distingue de la « croissance zéro », parce qu’on ne renonce pas à toute forme de croissance. Il se distingue aussi du « développement durable », qui ne remet pas en cause les inégalités internationales.

Comment mettre concrètement en œuvre cet écodéveloppement ?

Par la planification, mais pas n’importe laquelle. A travers son expérience de la Pologne, de l’Inde, du Brésil et de la France, Sachs a pu mesurer les limites des outils de planification tels qu’on les avait conçus au Nord comme au Sud, à l’Est comme à l’Ouest : tantôt ils cherchent à prévoir ce qu’il faudra produire à partir de chiffres faux, tantôt ils conduisent à produire des choses dont on n’a pas besoin. Introduire l’environnement au cœur des problématiques de la planification lui apparaît alors comme une manière de surmonter ces difficultés récurrentes. C’est lié à la nature très matérielle des enjeux environnementaux. En prenant en compte les pollutions, les milieux de vie, et en visant une meilleure gestion des ressources, il devient possible de ne plus seulement se demander : « Comment produire ? », mais : « Pourquoi le produire ? » Et, finalement, de se demander : « De quoi avons-nous besoin ? »

S’agit-il d’une planification plus démocratique ?

Sachs parle plus précisément de « développement endogène ». Il s’agit d’une planification dans laquelle on introduit davantage de consultations dans les territoires afin d’impliquer les populations locales dans la décision.

Poltique- BRICS : Un ensemble douteux pas très démocratique

Poltique- BRICS : Un ensemble douteux pas très démocratique

Près de 22 ans après leur création, les Brics accueillent six nouveaux membres : l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, l’Egypte, l’Iran, l’Ethiopie et l’Argentine. L’élargissement devrait se poursuivre dans les prochains mois créant un bloc suffisamment puissant pour peser sur la géopolitique internationale et faire valoir les intérêts des pays émergents dans l’économie mondiale.Pour la plupart des membres ds BRICs, des pays pas très démocratiques qui s’unissent autant pour des motifs économiques que pour conforter leur régime autoritaire voire dictatorial.

Le politologue Zaki Laïdi analyse, dans une tribune au « Monde », ce qui unit et ce qui divise le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, réunis en sommet à Johannesburg, en Afrique du Sud, à partir de ce mardi 22 août. Le sommet des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), réunis à Johannesburg, en Afrique du Sud, à partir de ce mardi 22 août et jusqu’au jeudi 24 août, alors que la guerre en Ukraine fait rage, exprime une identité collective dont certaines revendications ne sauraient être ignorées, mais dont les non-dits ou les omissions délibérées ne sauraient nous échapper. Dans un monde de moins en moins multilatéral, mais de plus en plus transactionnel, l’Europe doit garder son calme tout en ayant les yeux bien ouverts.

Les BRICS sont nés à la faveur de la guerre en Irak, sous l’impulsion du Brésil, en 2003, révulsés comme tant d’autres par l’intervention américaine. Ils expriment une identité politique qui perdure depuis la conférence de Bandung (Indonésie) en 1955, celle de pays soucieux de s’émanciper de la tutelle occidentale et qui ne veulent surtout pas que l’agenda mondial soit capté ou déterminé par les seuls pays du G7. D’autant plus que leur poids économique s’est affermi et qu’il s’agit, de par leur démographie, du groupe le plus important de la planète.

Aujourd’hui, près de vingt pays, et non des moindres, demandent à rejoindre les BRICS, et soixante-dix-sept pays ont été invités. Les BRICS sont le porte-voix d’un monde non occidental qui se cherche, qui veut exister par lui-même sans pour autant aliéner la souveraineté de chacun de ses membres.

C’est leur force et leur faiblesse. Ils sont tous d’accord pour condamner les empiètements occidentaux. Mais ils ne sont nullement disposés à partager leur pouvoir. Les BRICS ne sont donc pas une alliance, mais une coalition souple d’Etats au souverainisme sourcilleux.

Chez eux, on ne parle donc pas de droits de l’homme, de corruption ou de démocratie. C’est en cela que réside, pour beaucoup de pays, l’attractivité de cette coalition.

Les BRICS expriment les revendications de pays qui veulent parler de transition énergétique, de changement climatique, de désendettement et qui s’inquiètent du fait que le financement de la reconstruction de l’Ukraine les prive de ressources financières auxquelles ils auraient légitimement droit. Dans l’affaire ukrainienne, les discussions parfois serrées que les Européens ont pu avoir avec le Sud portaient moins sur la qualification de l’agression russe que sur la place jugée trop importante donnée à ce sujet par l’Occident.

La place des pays du BRICS dans l’économie mondiale

Cette place a fortement progressé durant la première décennie du xxie siècle, passant de 16 % du PIB mondial en 2001, à 27 % en 20118. Cette année-là, le PIB nominal cumulé des BRICS s’élève à 11 221 milliards de dollars.

En 2014, les BRICS affichent un PIB nominal cumulé de plus de 14 000 milliards10, soit pratiquement autant que celui des 28 pays de l’Union européenne réunis (18 874) et proche de celui des États-Unis (17 528). Selon des estimations de 2014, les BRICS seraient à l’origine de plus de 50 % de la croissance économique mondiale au cours des dix années précédentes11.

En 2023, le bloc des BRICS contribue à 31,5 % du PIB mondial, dépassant pour la première fois la part du G7 (30,7 % du PIB mondial).

Un rapport entre violences et déficit démocratique

Un rapport entre violences et déficit démocratique


Les phénomènes de violence sont pas nouveaux dans la société. Sur le long terme, le taux de violence a tendance à nettement se réduire avec l’élévation du niveau d’éducation. Toutefois, ces révolutions ne sont pas linéaires, elles subissent notamment des à-coups avec la montée de contradictions y compris dans les pays développés. C’est le cas depuis quelques décennies. En cause, la complexité et l’intensité de la crise dans les domaines économiques, sociaux et sociétaux dont les aspects systémiques sont mal appréciés voire ignorés. Pour parler simplement, la société est encore trop souvent abordée comme un saucisson par tranche dans l’ignorance ou le mépris des interactions entre les différents champs. La crise est aussi identitaire, une crise culturelle, politique et démocratique.

C’est la crise au sens de Gramsci dans la mesure où les anciens modèles sont condamnés à l’obsolescence alors que les nouveaux modèles n’ont pas encore émergé de manière significative. En matière de démocratie, il est clair que le modèle collectiviste , socialiste ou communiste est mort. Il n’est plus en application que dans les pays qui l’imposent par la dictature. De la même manière, l’ultralibéralisme qui répand partout la domination de la financiarisation mondialisée à toute la société va également droit dans le mur non seulement du fait qu’il met en cause les principes de justice mais aussi parce qu’il se heurte à la prise en compte de la problématique environnementale. En France depuis quelques années , les violences enregistrent une poussée de fièvre, violences physiques et verbales . Les exemples plus récents concernent les gilets jaunes, les banlieues ou encore certaines actions contre la réforme des retraites ou la violence quotidienne.

Selon l’OMS, la violence est l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès. Il y a bien sûr la violence interpersonnelle, violences contre les personnes, mais aussi les violences politiques et économiques. Elles peuvent être physiques, morales encore psychologiques .

La responsabilité peut être imputée à des groupes, à l’Etat ou à des individus. Certains grands penseurs comme Marx, Engels plus récemment Bourdieu et bien d’autres ont théorisé le contenu de la violence, ses causes et même parfois sa légitimité.

Reste que dans nos sociétés développées, la violence constitue un déni des règles démocratiques. Le problème est cependant de savoir quelles sont les causes de ce déni démocratique. En fait, de nombreux champs de la société ont évolué, l’économie, les technologies, la médecine, l’éducation. Par contre, la démocratie, elle , est restée au stade quasi néandertalien. En gros pour résumer elle se limite au dépôt d’un bulletin de vote dans l’urne une fois tous les cinq ans .

En outre, le choix des candidats est totalement préempté par des groupes de pressions notamment financiers. Pour le vérifier , il suffit de constater l’envolée du coût des campagnes électorales notamment de la principale à savoir l’élection présidentielle. Théoriquement pour cette élection l’enveloppe est limitée à 10 millions mais les candidats dépensent trois à quatre fois plus. Bref, le marketing politique à l’américaine a gagné la France et bien d’autres pays. La plus grande contradiction de la démocratie, c’est que le plus souvent les électeurs ne votent pas pour un candidat mais contre celui qu’ils ne souhaitent pas. Une sorte d’élection par défaut ; quand ce n’est pas le cas , ces sélections s’appuient sur des programmes démagogiques, populistes voire xénophobes.

Depuis plusieurs élections présidentielles, les présidents élus en France le sont par défaut du fait du rejet du Front national. Chaque président n’a représenté en son temps qu’une base électorale de 20 à 25 %. Ce qui provoque ensuite le rejet d’orientation qui n’ont nullement été approuvées politiquement lors du vote. Du coup, l’autorité politique- et même l’autorité de l’État -se trouve largement contestée avec des phénomènes de violence récurrents s’attaquant aussi bien aux bien publics, aux biens privés( le rituel d’incendie de voiture dans les banlieues et de bris de vitrines des commerçants)) qu’aux personnes.

Les partis politiques et syndicats d’extrême-gauche se sont engouffrés dans cette brèche de la violence depuis quelques années pour tenter de compenser le poids de leurs faiblesses politiques dans les urnes. Par ailleurs parfois, des exclus de la transformation économique plus ou moins manipulés par des leaders irresponsables se livrent aussi à certaines violences . Il y a des raisons objectives qui peuvent permettre comprendre ces violences sans pour autant les admettre. Car fondamentalement ce qui est en cause, c’est un fonctionnement démocratique qui ne permet pas de tendre vers un intérêt général prenant en compte tout autant le concept d’efficacité que de justice.

De ce point de vue, les tares constatées au plan national se produisent aussi au plan local où des petits barons confondent aussi trop souvent leur intérêt personnel et l’intérêt collectif. Enfin la démocratie est affectée par le fait que certains technocrates ont transformé le mandat électif en métier. Mais inversement des candidats venus de nulle part, dits de la société civile, n’ont pas fait la preuve de leur compétence et encore moins de leur légitimité politique. Et ce ne sont pas des pseudo conventions citoyennes de personnes choisies au hasard qui vont combler ce déficit et surmonter ces contradictions fondamentales. Bref, la France connaît une très grave crise de légitimité et d’autorité .

Logement : « L’accès à la propriété , un enjeu démocratique

Logement : « L’accès à la propriété , un enjeu démocratique

par
Nicolas Darbo

Consultant spécialisé dans les banques et l’immobilier chez Accuracy

Charles Mazé

Consultant spécialisé dans les banques et l’immobilier chez Accuracy

Nicolas Paillot de Montabert

Consultant spécialisé dans les banques et l’immobilier chez Accuracy

Trois experts de l’immobilier, Nicolas Darbo, Charles Mazé et Nicolas Paillot de Montabert, proposent dans une tribune au « Monde » deux mécanismes pour faciliter l’acquisition d’un logement : des prêts d’Etat et la séparation entre nue-propriété et usufruit.


Notre pays peut-il se permettre une nouvelle crise du logement ? Si l’emploi se porte bien, l’un des autres principaux moteurs de la progression sociale est en panne. Pénalisée depuis vingt ans par la forte croissance des prix, et plus récemment par la remontée brutale des taux d’intérêt, l’accession à la propriété immobilière est pour beaucoup devenue un rêve inaccessible. De quoi nourrir un dangereux sentiment de stagnation sociale.

La propriété immobilière joue trois rôles-clés dans le modèle social français. Elle est l’un des principaux leviers d’accès à l’autonomie financière et à la constitution d’un patrimoine. Elle permet aux retraités de conserver un bon niveau de vie après leur départ à la retraite en dépit de la baisse de leurs revenus. Enfin, elle crée un lien patrimonial et affectif entre les générations, par la transmission dont elle est l’objet.

L’accès à la propriété immobilière n’est donc pas juste un sujet technique : c’est un sujet social et politique. Et, par symétrie, lorsque l’accès à la propriété immobilière devient plus difficile, la société s’en trouve affaiblie. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, depuis quarante ans, des politiques publiques volontaristes et des incitations fiscales sont mises en œuvre par l’Etat pour faciliter l’accès à la propriété foncière et pallier le manque structurel de logements.

Depuis mi-2022, la situation s’est sérieusement tendue sur le marché du logement. Les tensions macroéconomiques liées à la guerre en Ukraine s’ajoutent à un contexte post-Covid tendu et interviennent dans une période de renforcement de plusieurs réglementations structurantes pour le marché du logement.

Côté offre, l’inflation sur le prix des terrains et les matériaux de construction, la diminution du nombre de permis de construire accordés par les autorités locales et les nouvelles normes environnementales, renchérissent les coûts de construction.

Côté demande, la hausse des taux d’intérêt limite la capacité d’endettement des ménages, dans un contexte de durcissement des règles de financement par le Haut Conseil de stabilité financière (HCSF). Les prix se maintiennent pour le moment, mais le coût de la dette et la pression réglementaire augmentent : c’est un cocktail détonant.

Politique- La crise démocratique : la réforme des institutions ne suffit pas ?

Politique- La crise démocratique : la réforme des institutions ne suffit pas ?

La crise démocratique ne dépend pas uniquement du problème des institutions. La séquence politique ouverte par la réforme des retraites a remis au premier rang la question de la crise démocratique en France. Le gouvernement a utilisé systématiquement toutes les dispositions constitutionnelles pour encadrer la procédure parlementaire, à un moment où il ne disposait que d’une majorité relative, afin de concentrer la décision au sommet du pouvoir exécutif en justifiant ces procédés comme découlant naturellement du programme qu’Emmanuel Macron avait présenté en 2022 et pour lequel il avait été élu.

Par Luc Rouban
Directeur de recherche CNRS, Sciences Po dans Th Conversation

Le débat s’est donc tout de suite orienté vers une nécessaire réforme de la Constitution afin de donner plus de place au Parlement et réduire les pouvoirs de la présidence jugés excessifs notamment par la Nupes mais aussi par certains constitutionnalistes.

Le retour au régime parlementaire a été évoqué depuis longtemps par La France Insoumise dans le cadre de son projet de VIᵉ République qui propose également, tout comme le Rassemblement national, de passer au scrutin proportionnel et de pratiquer des référendums d’initiative citoyenne.

Mais des propositions ont été également faites par le gouvernement dans le cadre du Grand débat national de 2019 afin de modifier le mode de scrutin pour introduire une dose de proportionnelle, réduire la durée des mandats électifs dans le temps ou élargir le champ du référendum. Ces projets sont restés lettre morte mais l’idée générale, développée depuis longtemps dans la littérature internationale de science politique, est d’améliorer le fonctionnement démocratique par la réforme des institutions, notamment en développant la participation des citoyens.

Ces réformes auraient pour but de sauver la démocratie représentative face aux dérives autoritaires, aux manipulations de l’opinion et au simplisme démagogique que la démocratie directe peut produire. Le problème est de savoir si la démocratie représentative elle-même est encore « sauvable », surtout lorsque l’Assemblée nationale donne une piteuse image du débat démocratique en passant aux insultes et aux provocations.

On peut donc poser deux questions de recherche : est-ce que la critique de la démocratie représentative est moins intense dans des régimes parlementaires ? Est-ce que la confiance dans les institutions politiques est plus forte dans ces régimes ? On s’appuiera ici sur les données de la vague 14 du Baromètre de la confiance politique du Cevipof réalisée en février 2023 qui permettent de comparer la France à l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, trois pays à régimes parlementaires aux modes de scrutins variés. L’ensemble des éléments d’analyse et des variables est présenté dans une note de recherche récemment publiée.

La première observation tient à ce que le rejet des élus et donc du principe même de la représentation est très général mais ne varie pas en fonction du régime institutionnel ou du mode de scrutin adopté par chaque pays. On a construit un indice de critique de la démocratie représentative à partir des réponses positives (tout à fait d’accord ou plutôt d’accord) aux propositions suivantes : « c’est le peuple, et pas les responsables politiques, qui devrait prendre les décisions politiques les plus importantes » ; « je préfèrerais être représenté·e par un citoyen ordinaire plutôt que par un politicien professionnel » ; « les responsables politiques sont déconnectés de la réalité et ne servent que leurs propres intérêts ».

Ces trois variables sont fortement corrélées entre elles et constituent une échelle statistique fiable que l’on a dichotomisée entre un niveau bas de critique (aucune ou une réponse positive) et un niveau élevé (deux ou trois réponses positives). Si l’on examine la distribution du niveau élevé, on voit que l’écart entre les catégories populaires et les catégories supérieures est le plus important en France (12 points) avant celui que l’on observe au Royaume-Uni (7 points). Bien plus, la corrélation s’inverse en Allemagne et Italie où ce sont les catégories supérieures qui s’avèrent être plus critiques à l’égard de la représentation que les catégories populaires ou moyennes. De tels résultats montrent que l’analyse en termes de « populisme » se révèle spécieuse car les catégories supérieures critiquent partout en majorité la représentation politique.

Le régime parlementaire ne crée pas davantage de confiance dans les institutions politiques

La seconde question est tout aussi centrale dans le débat actuel. L’effondrement du niveau de confiance dans les institutions politique pose la question de savoir si cette confiance est plus haute dans des pays où l’on pratique une démocratie parlementaire pacifiée. La réforme des retraites n’a pas fait que nuire au pouvoir exécutif, elle a également touché le Parlement.

La proportion d’enquêtés ayant confiance dans l’institution présidentielle est passée de 38 % en janvier 2022 à 30 % en février 2023 mais la proportion de ceux qui ont confiance dans l’Assemblée nationale est passée dans le même temps de 38 % à 28 %. Et la proportion de ceux qui ont confiance dans leur député n’est que de 36 %, soit le niveau le plus bas atteint depuis la création du Baromètre en 2009.

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Mais les régimes parlementaires que nous avons étudiés ne font guère mieux. En Italie et au Royaume-Uni, le niveau de confiance dans la chambre basse est de 27 % alors que les modes de scrutin y sont radicalement différents. Ce n’est qu’en Allemagne que cette proportion s’élève à 47 %. Si l’on crée un indice de confiance dans les institutions politiques qui intègre la confiance dans le gouvernement, dans la chambre haute et la chambre basse, et qu’on le dichotomise en deux niveaux, on voit que les résultats sont similaires en France, en Italie et au Royaume-Uni.

Mais c’est toujours en France que le contraste est le plus fort entre les catégories populaires et les catégories supérieures dans la confiance qu’elles portent aux institutions politiques. Une fois de plus, ce ne sont pas les institutions qui font la différence mais les catégories sociales.

L’analyse montre au total qu’il n’y a pas de corrélation entre le système institutionnel et la crise démocratique. Des régimes parlementaires ayant des structures fortement décentralisées et fonctionnant avec des modes de scrutin très différents n’obtiennent pas des résultats bien meilleurs que ceux obtenus en France. La crise démocratique prend moins sa source dans le fonctionnement même de la Ve République que dans les dynamiques sociales qui génèrent la confiance ou la défiance dans les institutions. C’est pourquoi la réforme institutionnelle ne servira à rien tant que des questions comme la mobilité sociale ou l’accès aux élites n’auront pas été résolues.

La crise démocratique : la réforme des institutions ne suffit pas ?

La crise démocratique : la réforme des institutions ne suffit pas ?

La crise démocratique ne dépend pas uniquement du problème des institutions. La séquence politique ouverte par la réforme des retraites a remis au premier rang la question de la crise démocratique en France. Le gouvernement a utilisé systématiquement toutes les dispositions constitutionnelles pour encadrer la procédure parlementaire, à un moment où il ne disposait que d’une majorité relative, afin de concentrer la décision au sommet du pouvoir exécutif en justifiant ces procédés comme découlant naturellement du programme qu’Emmanuel Macron avait présenté en 2022 et pour lequel il avait été élu.

Par Luc Rouban
Directeur de recherche CNRS, Sciences Po dans Th Conversation

Le débat s’est donc tout de suite orienté vers une nécessaire réforme de la Constitution afin de donner plus de place au Parlement et réduire les pouvoirs de la présidence jugés excessifs notamment par la Nupes mais aussi par certains constitutionnalistes.

Le retour au régime parlementaire a été évoqué depuis longtemps par La France Insoumise dans le cadre de son projet de VIᵉ République qui propose également, tout comme le Rassemblement national, de passer au scrutin proportionnel et de pratiquer des référendums d’initiative citoyenne.

Mais des propositions ont été également faites par le gouvernement dans le cadre du Grand débat national de 2019 afin de modifier le mode de scrutin pour introduire une dose de proportionnelle, réduire la durée des mandats électifs dans le temps ou élargir le champ du référendum. Ces projets sont restés lettre morte mais l’idée générale, développée depuis longtemps dans la littérature internationale de science politique, est d’améliorer le fonctionnement démocratique par la réforme des institutions, notamment en développant la participation des citoyens.

Ces réformes auraient pour but de sauver la démocratie représentative face aux dérives autoritaires, aux manipulations de l’opinion et au simplisme démagogique que la démocratie directe peut produire. Le problème est de savoir si la démocratie représentative elle-même est encore « sauvable », surtout lorsque l’Assemblée nationale donne une piteuse image du débat démocratique en passant aux insultes et aux provocations.

On peut donc poser deux questions de recherche : est-ce que la critique de la démocratie représentative est moins intense dans des régimes parlementaires ? Est-ce que la confiance dans les institutions politiques est plus forte dans ces régimes ? On s’appuiera ici sur les données de la vague 14 du Baromètre de la confiance politique du Cevipof réalisée en février 2023 qui permettent de comparer la France à l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, trois pays à régimes parlementaires aux modes de scrutins variés. L’ensemble des éléments d’analyse et des variables est présenté dans une note de recherche récemment publiée.

La première observation tient à ce que le rejet des élus et donc du principe même de la représentation est très général mais ne varie pas en fonction du régime institutionnel ou du mode de scrutin adopté par chaque pays. On a construit un indice de critique de la démocratie représentative à partir des réponses positives (tout à fait d’accord ou plutôt d’accord) aux propositions suivantes : « c’est le peuple, et pas les responsables politiques, qui devrait prendre les décisions politiques les plus importantes » ; « je préfèrerais être représenté·e par un citoyen ordinaire plutôt que par un politicien professionnel » ; « les responsables politiques sont déconnectés de la réalité et ne servent que leurs propres intérêts ».

Ces trois variables sont fortement corrélées entre elles et constituent une échelle statistique fiable que l’on a dichotomisée entre un niveau bas de critique (aucune ou une réponse positive) et un niveau élevé (deux ou trois réponses positives). Si l’on examine la distribution du niveau élevé, on voit que l’écart entre les catégories populaires et les catégories supérieures est le plus important en France (12 points) avant celui que l’on observe au Royaume-Uni (7 points). Bien plus, la corrélation s’inverse en Allemagne et Italie où ce sont les catégories supérieures qui s’avèrent être plus critiques à l’égard de la représentation que les catégories populaires ou moyennes. De tels résultats montrent que l’analyse en termes de « populisme » se révèle spécieuse car les catégories supérieures critiquent partout en majorité la représentation politique.

Le régime parlementaire ne crée pas davantage de confiance dans les institutions politiques

La seconde question est tout aussi centrale dans le débat actuel. L’effondrement du niveau de confiance dans les institutions politique pose la question de savoir si cette confiance est plus haute dans des pays où l’on pratique une démocratie parlementaire pacifiée. La réforme des retraites n’a pas fait que nuire au pouvoir exécutif, elle a également touché le Parlement.

La proportion d’enquêtés ayant confiance dans l’institution présidentielle est passée de 38 % en janvier 2022 à 30 % en février 2023 mais la proportion de ceux qui ont confiance dans l’Assemblée nationale est passée dans le même temps de 38 % à 28 %. Et la proportion de ceux qui ont confiance dans leur député n’est que de 36 %, soit le niveau le plus bas atteint depuis la création du Baromètre en 2009.

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Mais les régimes parlementaires que nous avons étudiés ne font guère mieux. En Italie et au Royaume-Uni, le niveau de confiance dans la chambre basse est de 27 % alors que les modes de scrutin y sont radicalement différents. Ce n’est qu’en Allemagne que cette proportion s’élève à 47 %. Si l’on crée un indice de confiance dans les institutions politiques qui intègre la confiance dans le gouvernement, dans la chambre haute et la chambre basse, et qu’on le dichotomise en deux niveaux, on voit que les résultats sont similaires en France, en Italie et au Royaume-Uni.

Mais c’est toujours en France que le contraste est le plus fort entre les catégories populaires et les catégories supérieures dans la confiance qu’elles portent aux institutions politiques. Une fois de plus, ce ne sont pas les institutions qui font la différence mais les catégories sociales.

L’analyse montre au total qu’il n’y a pas de corrélation entre le système institutionnel et la crise démocratique. Des régimes parlementaires ayant des structures fortement décentralisées et fonctionnant avec des modes de scrutin très différents n’obtiennent pas des résultats bien meilleurs que ceux obtenus en France. La crise démocratique prend moins sa source dans le fonctionnement même de la Ve République que dans les dynamiques sociales qui génèrent la confiance ou la défiance dans les institutions. C’est pourquoi la réforme institutionnelle ne servira à rien tant que des questions comme la mobilité sociale ou l’accès aux élites n’auront pas été résolues.

Crise démocratique :peu d’issue pour Macron (l’historien Jean Garrigues)

Crise démocratique :pas d’issue pour Macron (l’historien Jean Garrigues)

Clé de voûte d’institutions contestées, le chef de l’Etat se retrouve aujourd’hui « discrédité », analyse l’historien Jean Garrigues. Auprès de franceinfo, l’auteur d’Elysée contre Matignon, le couple infernal (éditions Tallandier, 2022) avance plusieurs pistes pour atténuer la « crise démocratique » en cours.


Vous pointiez récemment dans Le Monde (article pour les abonnés) « un échec personnel » du chef de l’Etat dans la bataille des retraites. L’intervention de lundi lui a-t-elle permis de corriger le tir et d’ouvrir un nouveau chapitre ?

Jean Garrigues : C’était sa tentative. Il voulait clore une séquence et en ouvrir une autre, qu’il espère différente. Mais sans un préalable d’une concession faite à la légitimité des citoyens, sans tenir compte des corps intermédiaires, notamment des syndicats, sur cette fameuse réforme, il me paraît difficile de restaurer une crédibilité. La crise des retraites a constitué le test de cette crédibilité présidentielle. Il avait fait campagne sur le thème « Avec vous », soit une nouvelle manière de gouverner plus proche des citoyens, de la souveraineté populaire. Dans cette crise des retraites, il a fait exactement l’inverse.

Ainsi, il a appliqué à la lettre les institutions de la Ve République en matière de présidentialisme, en utilisant tous ses ressorts, ce qui est d’ailleurs une forme de dérive de l’exercice de ces institutions. Il s’est arc-bouté sur sa légitimité institutionnelle en oubliant qu’à côté de cette légitimité, il y en a une autre, inscrite dans notre histoire depuis la Révolution française : une nécessité d’écouter aussi la voix des citoyens telle qu’elle s’exprime par des médiateurs comme les syndicats, les associations ou les médias.

Peut-on parler de « crise démocratique », comme l’a fait Laurent Berger ? Si oui, à quoi peut-on la comparer dans l’histoire récente de notre pays ?

La crise démocratique est réelle. Elle n’a pas commencé avec la crise des retraites ; c’est un lent processus dont le déni du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe, en 2005, a été un marqueur. Ce référendum a exprimé la souveraineté populaire, et le « non » a été démenti par la volonté du pouvoir exécutif, qui s’est alors appuyé sur le pouvoir législatif afin de valider le traité de Lisbonne.

« Aujourd’hui, on est revenu à ce marqueur de 2005, qui symbolise la contestation de la légitimité des acteurs institutionnels. »

Cette crise démocratique s’est aussi traduite, au moment des « gilets jaunes », par la contestation des élus et la violence accrue envers eux. Ce phénomène ressurgit maintenant. La crise démocratique atteint aujourd’hui son apogée ; on est dans une remise en cause de tout le dispositif institutionnel et des acteurs qui le font fonctionner.

Cette crise démocratique est-elle donc une crise des institutions de la Ve République ?

Il est toujours difficile de décréter la mort d’un système politique. Les institutions ne sont pas totalement discréditées, notamment l’élection présidentielle. Cependant, la contradiction entre la « surprésidentialisation » du pouvoir aujourd’hui et le besoin de participation démocratique est de plus en plus forte. Le fonctionnement de ces institutions doit surtout être repensé.

Dans quel but ?

Le premier signal à donner pour réconcilier les Français avec leurs institutions serait de leur donner l’impression qu’il n’y a pas une monarchie républicaine. Il faut absolument qu’Emmanuel Macron, dans sa manière de gouverner, par des améliorations et des révisions constitutionnelles, réduise le pouvoir et l’influence du président de la République. Cette omnipotence présidentielle est d’ailleurs le point de clivage majeur de la crise actuelle.

Le taux de popularité d’Emmanuel Macron, autour de 28%, c’est à peu près le pourcentage de ses électeurs au premier tour de l’élection présidentielle. Emmanuel Macron n’est plus le rassembleur des Français, mais un chef de majorité, comme l’étaient François Hollande et Nicolas Sarkozy. Cela ne correspond plus à l’esprit des institutions de la Ve République.

Ce sont davantage les pratiques des institutions que les institutions en elles-mêmes qui sont à bouleverser ?

Oui, il y a un équilibre à retrouver. Même du côté du groupe Renaissance, il y a beaucoup de députés qui portent cette idée, en dénonçant un pouvoir excessif du président.

Comment y parvenir ?

Il y aurait une réforme qui pourrait être faite de manière assez rapidement : revenir sur la révision constitutionnelle de 2000 et découpler les élections législatives de l’élection présidentielle. Vous aurez alors une respiration démocratique qui correspond aux besoins qu’ont les Français. Selon un sondage réalisé après la présidentielle, 64% des Français demandaient une cohabitation.

Ce contrepoids serait facilité si les élections législatives n’avaient pas lieu dans la foulée de l’élection présidentielle. D’ailleurs, si elles se déroulaient aujourd’hui, on verrait certainement beaucoup moins de députés de Renaissance et sans doute plus de députés des forces d’opposition.

Ce ne serait pas pour autant gouvernable…

Cela demande aussi une révolution culturelle de la part des partis politiques en France. Tout cela peut se résoudre par la « déprésidentialisation » du régime. A partir du moment où vous n’êtes plus obligé d’être dans une opposition radicale pour une élection, vous pouvez occuper des positions de compromis qui feraient exister d’autres solutions à cause des deux forces extrêmes.

Aujourd’hui, il reste une possibilité de gouverner texte par texte avec des majorités alternatives. Cela a déjà existé dans notre histoire. Durant l’entre-deux-guerres, c’était quasiment la règle : chaque projet de loi générait une majorité différente au sein d’une nébuleuse de centre-droit et de centre-gauche. Là, est-ce possible, dans la mesure où on se trouve dans une Assemblée avec trois groupes très bien découpés, surtout aux extrêmes, qui refusent tout partenariat avec le pouvoir ? Ça parait plus compliqué.

Vous excluez cependant un changement de Constitution pour régler la crise. Pourquoi ?

Ça serait long, compliqué et jugé peut-être artificiel par un certain nombre de Français. Un changement de Constitution serait sans doute vécu comme superfétatoire.

Du reste, si on regarde les origines des institutions nées de la Constitution de 1958, le président n’est pas élu au suffrage universel, au départ. Il y avait également la pratique du domaine réservé avec le général de Gaulle. Il avait tendance à laisser gouverner son Premier ministre, comme c’est inscrit dans la Constitution.

On pourrait très bien avoir une pratique des institutions qui revienne à la lecture originelle et qui amenuise le pouvoir du président. Il y a la possibilité d’appliquer à la lettre l’article 20 et 21 de la Constitution, qui permettent de faire du Premier ministre le vrai responsable devant le Parlement. Si le président accepte de se cantonner dans un rôle de « père de la nation », qui se limite au « domaine réservé » comme le pensait le général de Gaulle, à savoir les affaires étrangères et la défense, en donnant bien une forme d’autonomie au Premier ministre, il y a automatiquement un contre-pouvoir qui se dessine : celui du Parlement.

Emmanuel Macron a promis lundi de « grandes pistes pour que le fonctionnement de nos institutions gagne en efficacité et en participation citoyenne ». Peuvent-elles redonner de l’espoir aux Français et de l’air au pouvoir ?

Les conventions citoyennes n’ont pas forcément été concluantes. C’est aussi parce que ces expériences n’ont pas été menées jusqu’à leur terme. Pour celle sur le climat, la démocratie représentative a pris le relais et n’a pas tenu compte d’une grande partie du programme élaboré par les citoyens. Il faut aussi repenser cette manière de faire participer les citoyens et la généraliser à l’échelle des territoires, à l’échelle locale, pour que ça devienne un rituel.

Le quinquennat paraissait figé avant l’allocution d’Emmanuel Macron. Quelle peut être la suite de son mandat ?

A l’heure où on se parle, on ne voit pas d’issue. L’intérêt objectif des adversaires politiques d’Emmanuel Macron n’est pas de collaborer à la production des lois et à la réforme. Aujourd’hui, il est totalement discrédité par rapport à cette réhabilitation du dialogue social et de la légitimité des citoyens. Ce discrédit peut s’estomper avec le temps, à partir du moment où vont être remises en place des structures de concertation avec les syndicats et d’autres interlocuteurs.

Il peut aussi y avoir des événements extérieurs, comme au moment du Covid-19 ou la guerre en Ukraine, qui ramènent les Français vers le président et sa figure de chef. Mais tout cela va prendre du temps et il sera attendu au tournant. La moindre entorse à cette nouvelle méthodologie de l’écoute et du dialogue sera pointée par ses adversaires.

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