Archive pour le Tag 'démocratie'

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Société-Amazon menace la démocratie

Société-Amazon menace la démocratie

 

Un papier du Wall Street Journal évoque le risque qu’Amazon pèse de plus en plus non seulement sur l’économie aussi sur la démocratie (extrait)

 

« Il est tout à fait raisonnable de se demander si le fait d’autoriser Amazon à s’appuyer sur sa plateforme pour intégrer d’autres métiers lui donne un pouvoir économique et politique indu », écrivait en 2017 Lina Khan, alors étudiante en droit, dans un article désormais célèbre.

Le mois dernier, le président Joe Biden a nommé cette femme de 32 ans à la tête de la Commission fédérale du commerce (FTC), l’agence américaine chargée de la protection des consommateurs et de la concurrence. Lors de l’audition organisée pour la validation de sa candidature, en avril, elle a expliqué que le rôle historique des autorités de la concurrence est « de protéger l’économie et la démocratie du pouvoir incontrôlé des monopoles ».

Lina Khan incarne le mouvement dit « néo-brandésien », du nom de Louis Brandeis, avocat puis juge à la Cour suprême qui a passé sa vie à affirmer que l’antitrust devait protéger la concurrence, mais aussi et surtout empêcher les entreprises de devenir trop grandes. « On nous dit que la taille n’est pas un crime, écrivait-il en 1914. Mais la taille peut a minima devenir délétère du fait des moyens qui ont permis de l’atteindre ou de l’utilisation qui en est faite. »

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer

Pour Louis Brandeis, la démocratie est notamment synonyme de liberté de négocier : entre un travailleur et un employeur, entre un fournisseur et un distributeur ou entre un agriculteur et une banque. Et pour cela, les acteurs doivent être nombreux. « Il redoutait que les entreprises deviennent immenses et puissantes, qu’elles prennent leur indépendance et qu’elles deviennent peu à peu insensibles aux désirs et aux peurs de l’humanité », écrivait en 2018 Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia et désormais membre du Conseil économique national.

C’est le prisme qu’ont adopté pendant des décennies tribunaux et régulateurs pour interpréter le droit de la concurrence, retoquant régulièrement des fusions ou des pratiques commerciales de type contrat d’exclusivité.

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer.

L’élection de Joe Biden a également coïncidé avec un rejet des principes libéraux qui dominent les politiques économiques depuis des décennies. Les progressistes pointent du doigt l’obsession de l’efficacité, responsable selon eux de l’aggravation des inégalités et des disparités raciales, quand les populistes accusent le libre-échange d’avoir plombé le secteur industriel.

La Big Tech est l’épicentre du séisme. Une ou deux entreprises dominent les réseaux sociaux, les applications pour smartphones, les recherches sur Internet, la publicité en ligne et le commerce électronique. Du point de vue du bien-être des consommateurs, cela ne semble pas problématique : leurs produits sont bon marché, voire gratuits, et immensément populaires. Mais pour la concentration des pouvoirs, il en va autrement : en détenant des plateformes essentielles, les géants privent les vendeurs, les développeurs d’application, les fournisseurs de contenu et les consommateurs de la quasi-totalité de leur pouvoir de négociation, puisque les alternatives sont plus ou moins inexistantes. En outre, pour les concurrents potentiels, les barrières à l’entrée sont élevées, voire insurmontables. Ce sont les géants qui décident quel contenu politique et artistique des milliards d’utilisateurs peuvent voir et partager.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix

Avant de prendre la présidence de la FTC, Lina Khan défendait deux options : empêcher les opérateurs de plateforme de type Amazon de faire concurrence aux utilisateurs de leurs plateformes ou leur appliquer la même réglementation que celle qui vaut pour les fournisseurs de services collectifs. Son idée ? Interdire les fusions verticales, c’est-à-dire le rapprochement entre deux composantes de la même filière (MGM, fournisseur de contenu, et Amazon, distributeur de contenu, par exemple) une fois la plateforme devenue dominante. Elle ne s’est pas exprimée sur la situation d’Amazon depuis son arrivée à la présidence de la FTC. En revanche, évoquant ces ambitions, Amazon lui a demandé de s’auto-exclure des enquêtes que la FTC pourrait mener sur le groupe.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix.

Mais cette approche n’est pas sans risque : sans preuve tangible, difficile de plaider un dossier en justice. Un juge fédéral et la plupart des avocats généraux locaux ont ainsi retoqué des poursuites engagées par la FTC, affirmant qu’elle n’avait pas pu prouver que Facebook est un monopole. Les élus démocrates à la Chambre des représentants ont déposé des projets de loi assouplissant les critères, mais rien ne dit qu’ils seront adoptés. Par ailleurs, empêcher les entreprises de grandir pourrait priver les consommateurs des avantages que seul un géant peut offrir. Des millions de personnes se sont tournées vers Amazon quand la pandémie les a empêchées de se rendre dans les magasins.

Et si les néo-brandésiens redoutent un abus de pouvoir des entreprises, les partisans de Robert Bork s’inquiètent d’un abus des autorités de la concurrence. En 2018, le département de la Justice a essayé, sans succès, d’empêcher AT&T d’acheter Time Warner, une tentative motivée, selon certains, par l’animosité de Donald Trump vis-à-vis de CNN, qui appartient à Time Warner.

Même s’il est loin d’être parfait, un droit de la concurrence qui donne priorité au bien-être des consommateurs risque beaucoup moins d’être politisé qu’une démarche qui ambitionne de décider ce qui est bon ou pas pour la démocratie.

 

Société–Santé–La démocratie bâclée

Société–Santé–La  démocratie bâclée

 

L’adoption hâtive de lois sous la pression de l’urgence sanitaire ou terroriste mine la légitimité de la représentation nationale, même si le droit parlementaire n’est nullement bafoué, souligne, dans une tribune au « Monde » , le juriste Raphaël Morel. (extrait)

 

Tribune.

Pandémie oblige, le temps parlementaire est contraint depuis le début de la crise. L’adoption, en six jours seulement, de la loi du 23 mars 2020 pour faire face à l’épidémie de Covid-19 avait déjà soulevé des réserves quant à la rapidité et la qualité des débats législatifs. Face à la première vague, il fallait pourtant sortir de la torpeur pour adapter notre législation.

C’est dans un contexte différent qu’est intervenue l’adresse aux Français du président de la République le 12 juillet 2021 : la vaccination a débuté et produit ses premiers effets, le virus est mieux connu, y compris dans ses variants, et, malgré un rebond épidémique indéniable, nul ne contestera que la situation sanitaire a évolué depuis la sidération qui frappa le pays en mars 2020.

 

Pourtant, le président de la République annonçait l’adoption de toute urgence d’une loi d’ici au 1er août 2021, soit moins de vingt jours après. Il n’y a là aucune difficulté juridique. Aucune norme ne prescrit de délai minimal entre le dépôt d’un texte, qui plus est en lecture accélérée, et son vote. Aucune règle n’impose de soumettre ces questions à de longs débats devant la nation.

Par ailleurs, l’adaptation de l’arsenal législatif actuel est déjà indispensable pour envisager la sortie de la crise sanitaire. Le procédé interroge néanmoins. Dans son avis rendu le 19 juillet, le Conseil d’Etat constate « qu’eu égard à la date et aux conditions de sa saisine il a disposé de moins d’une semaine pour rendre son avis », situation « d’autant plus regrettable que le projet de loi soulève des questions sensibles et pour certaines inédites ».

Le 20 juillet, le texte était soumis à la commission des lois de l’Assemblée nationale, non sans protestations des députés indiquant l’avoir reçu la veille à 23 h 45 pour exercer leur droit de dépôt des amendements, essentiel au fonctionnement sain de la démocratie, jusqu’à 16 heures. Après un examen inéluctablement sommaire par le rapporteur de la commission, nommé le jour même, les 600 amendements déclarés recevables ont été examinés immédiatement, de 17 heures… à plus de 5 heures du matin.

Dans ces conditions et délais, comment garantir un travail parlementaire de qualité, qui ne conduise par le Parlement à faire office de « chambre d’enregistrement » du texte gouvernemental, comme cela lui est souvent reproché ? Comment assurer une réflexion parlementaire sereine, apaisée et efficace sur des dispositions dont le Conseil d’Etat a relevé qu’elles « imposent la recherche d’une conciliation délicate entre les exigences qui s’attachent à la garantie des libertés publiques et les considérations sanitaires » ?

La démocratie bâclée

La  démocratie bâclée

 

L’adoption hâtive de lois sous la pression de l’urgence sanitaire ou terroriste mine la légitimité de la représentation nationale, même si le droit parlementaire n’est nullement bafoué, souligne, dans une tribune au « Monde » , le juriste Raphaël Morel.’extrait)

 

Tribune.

Pandémie oblige, le temps parlementaire est contraint depuis le début de la crise. L’adoption, en six jours seulement, de la loi du 23 mars 2020 pour faire face à l’épidémie de Covid-19 avait déjà soulevé des réserves quant à la rapidité et la qualité des débats législatifs. Face à la première vague, il fallait pourtant sortir de la torpeur pour adapter notre législation.

C’est dans un contexte différent qu’est intervenue l’adresse aux Français du président de la République le 12 juillet 2021 : la vaccination a débuté et produit ses premiers effets, le virus est mieux connu, y compris dans ses variants, et, malgré un rebond épidémique indéniable, nul ne contestera que la situation sanitaire a évolué depuis la sidération qui frappa le pays en mars 2020.

 

Pourtant, le président de la République annonçait l’adoption de toute urgence d’une loi d’ici au 1er août 2021, soit moins de vingt jours après. Il n’y a là aucune difficulté juridique. Aucune norme ne prescrit de délai minimal entre le dépôt d’un texte, qui plus est en lecture accélérée, et son vote. Aucune règle n’impose de soumettre ces questions à de longs débats devant la nation.

Par ailleurs, l’adaptation de l’arsenal législatif actuel est déjà indispensable pour envisager la sortie de la crise sanitaire. Le procédé interroge néanmoins. Dans son avis rendu le 19 juillet, le Conseil d’Etat constate « qu’eu égard à la date et aux conditions de sa saisine il a disposé de moins d’une semaine pour rendre son avis », situation « d’autant plus regrettable que le projet de loi soulève des questions sensibles et pour certaines inédites ».

Le 20 juillet, le texte était soumis à la commission des lois de l’Assemblée nationale, non sans protestations des députés indiquant l’avoir reçu la veille à 23 h 45 pour exercer leur droit de dépôt des amendements, essentiel au fonctionnement sain de la démocratie, jusqu’à 16 heures. Après un examen inéluctablement sommaire par le rapporteur de la commission, nommé le jour même, les 600 amendements déclarés recevables ont été examinés immédiatement, de 17 heures… à plus de 5 heures du matin.

Dans ces conditions et délais, comment garantir un travail parlementaire de qualité, qui ne conduise par le Parlement à faire office de « chambre d’enregistrement » du texte gouvernemental, comme cela lui est souvent reproché ? Comment assurer une réflexion parlementaire sereine, apaisée et efficace sur des dispositions dont le Conseil d’Etat a relevé qu’elles « imposent la recherche d’une conciliation délicate entre les exigences qui s’attachent à la garantie des libertés publiques et les considérations sanitaires » ?

Amazon menace la démocratie

Amazon menace la démocratie

 

Un papier du Wall Street Journal évoque le risque qu’Amazon pèse de plus en plus non seulement sur l’économie aussi sur la démocratie (extrait)

 

« Il est tout à fait raisonnable de se demander si le fait d’autoriser Amazon à s’appuyer sur sa plateforme pour intégrer d’autres métiers lui donne un pouvoir économique et politique indu », écrivait en 2017 Lina Khan, alors étudiante en droit, dans un article désormais célèbre.

Le mois dernier, le président Joe Biden a nommé cette femme de 32 ans à la tête de la Commission fédérale du commerce (FTC), l’agence américaine chargée de la protection des consommateurs et de la concurrence. Lors de l’audition organisée pour la validation de sa candidature, en avril, elle a expliqué que le rôle historique des autorités de la concurrence est « de protéger l’économie et la démocratie du pouvoir incontrôlé des monopoles ».

Lina Khan incarne le mouvement dit « néo-brandésien », du nom de Louis Brandeis, avocat puis juge à la Cour suprême qui a passé sa vie à affirmer que l’antitrust devait protéger la concurrence, mais aussi et surtout empêcher les entreprises de devenir trop grandes. « On nous dit que la taille n’est pas un crime, écrivait-il en 1914. Mais la taille peut a minima devenir délétère du fait des moyens qui ont permis de l’atteindre ou de l’utilisation qui en est faite. »

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer

Pour Louis Brandeis, la démocratie est notamment synonyme de liberté de négocier : entre un travailleur et un employeur, entre un fournisseur et un distributeur ou entre un agriculteur et une banque. Et pour cela, les acteurs doivent être nombreux. « Il redoutait que les entreprises deviennent immenses et puissantes, qu’elles prennent leur indépendance et qu’elles deviennent peu à peu insensibles aux désirs et aux peurs de l’humanité », écrivait en 2018 Tim Wu, professeur de droit à l’université Columbia et désormais membre du Conseil économique national.

C’est le prisme qu’ont adopté pendant des décennies tribunaux et régulateurs pour interpréter le droit de la concurrence, retoquant régulièrement des fusions ou des pratiques commerciales de type contrat d’exclusivité.

Le bien-être du consommateur est peu à peu devenu le mètre étalon de l’antitrust. Mais après dix ans de concentration économique, de marges bénéficiaires élevées, de recul des créations d’entreprises et de manque d’investissement, le pouvoir des monopoles semble à nouveau se renforcer.

L’élection de Joe Biden a également coïncidé avec un rejet des principes libéraux qui dominent les politiques économiques depuis des décennies. Les progressistes pointent du doigt l’obsession de l’efficacité, responsable selon eux de l’aggravation des inégalités et des disparités raciales, quand les populistes accusent le libre-échange d’avoir plombé le secteur industriel.

La Big Tech est l’épicentre du séisme. Une ou deux entreprises dominent les réseaux sociaux, les applications pour smartphones, les recherches sur Internet, la publicité en ligne et le commerce électronique. Du point de vue du bien-être des consommateurs, cela ne semble pas problématique : leurs produits sont bon marché, voire gratuits, et immensément populaires. Mais pour la concentration des pouvoirs, il en va autrement : en détenant des plateformes essentielles, les géants privent les vendeurs, les développeurs d’application, les fournisseurs de contenu et les consommateurs de la quasi-totalité de leur pouvoir de négociation, puisque les alternatives sont plus ou moins inexistantes. En outre, pour les concurrents potentiels, les barrières à l’entrée sont élevées, voire insurmontables. Ce sont les géants qui décident quel contenu politique et artistique des milliards d’utilisateurs peuvent voir et partager.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix

Avant de prendre la présidence de la FTC, Lina Khan défendait deux options : empêcher les opérateurs de plateforme de type Amazon de faire concurrence aux utilisateurs de leurs plateformes ou leur appliquer la même réglementation que celle qui vaut pour les fournisseurs de services collectifs. Son idée ? Interdire les fusions verticales, c’est-à-dire le rapprochement entre deux composantes de la même filière (MGM, fournisseur de contenu, et Amazon, distributeur de contenu, par exemple) une fois la plateforme devenue dominante. Elle ne s’est pas exprimée sur la situation d’Amazon depuis son arrivée à la présidence de la FTC. En revanche, évoquant ces ambitions, Amazon lui a demandé de s’auto-exclure des enquêtes que la FTC pourrait mener sur le groupe.

Pour Lina Khan, le risque que la structure d’une entreprise puisse permettre des comportements anticoncurrentiels importe plus que la preuve de ces comportements, par exemple une hausse des prix.

Mais cette approche n’est pas sans risque : sans preuve tangible, difficile de plaider un dossier en justice. Un juge fédéral et la plupart des avocats généraux locaux ont ainsi retoqué des poursuites engagées par la FTC, affirmant qu’elle n’avait pas pu prouver que Facebook est un monopole. Les élus démocrates à la Chambre des représentants ont déposé des projets de loi assouplissant les critères, mais rien ne dit qu’ils seront adoptés. Par ailleurs, empêcher les entreprises de grandir pourrait priver les consommateurs des avantages que seul un géant peut offrir. Des millions de personnes se sont tournées vers Amazon quand la pandémie les a empêchées de se rendre dans les magasins.

Et si les néo-brandésiens redoutent un abus de pouvoir des entreprises, les partisans de Robert Bork s’inquiètent d’un abus des autorités de la concurrence. En 2018, le département de la Justice a essayé, sans succès, d’empêcher AT&T d’acheter Time Warner, une tentative motivée, selon certains, par l’animosité de Donald Trump vis-à-vis de CNN, qui appartient à Time Warner.

Même s’il est loin d’être parfait, un droit de la concurrence qui donne priorité au bien-être des consommateurs risque beaucoup moins d’être politisé qu’une démarche qui ambitionne de décider ce qui est bon ou pas pour la démocratie.

 

Démocratie– Le vote obligatoire ?

Démocratie– Le vote obligatoire ?

Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean Jaurès, think tank de gauche, livre son analyse dans le JDD sur le vote obligatoire après la forte abstention lors des élections régionales et départementales.( Mais un papier qui ne traite que des modalités des élections et passe à côté de l’essentiel à savoir la crise démocratique qui découle du fossé grandissant entre le pays réel et le système politique NDLR). (Extrait)

tribune

Le ballet est réglé comme du papier à musique. A chaque progression de l’abstention, la même question revient : faut-il instaurer le vote obligatoire? Si l’on s’en tient à l’opportunité d’une telle réforme, il n’y a sans doute pas de pire moment. A bon droit, les électeurs y verraient une sanction. « Vous n’avez pas voulu voter? Nous allons vous y obliger! » Si l’on se penche sur le débat de fond, les arguments sont éprouvés depuis maintenant plus d’un siècle. La raison pour laquelle je défends désormais le vote obligatoire, c’est qu’il obligerait les élus à s’intéresser à l’ensemble des territoires et des catégories – et pas seulement à ceux qui votent.

Pour autant, il est totalement illusoire de penser que c’est « la » solution à la crise démocratique. Ce ne peut être qu’une partie d’une triple réflexion d’ensemble.

D’abord, le vote, dont il faut faciliter les opérations : inscription plus facile sur les listes électorales, facilitation du vote par procuration, ouverture peut-être du vote par anticipation la semaine précédant le scrutin. Ensuite, les institutions qu’il faut réformer en profondeur et dont il faut clarifier les enjeux, sans lesquels il ne saurait y avoir de mobilisation. Il peut ainsi être intéressant de réfléchir au regroupement, dans deux séquences bien identifiées, de l’ensemble  des élections locales et des deux élections nationales. Enfin, et sans doute surtout, la politique, qui provoque aujourd’hui un désintérêt inédit.

Alors, mais alors seulement, le vote obligatoire, assorti nécessairement de la reconnaissance du vote blanc, pourra utilement être posée.

Démocratie–L’overdose des sondages

DémocratieL’overdose des sondages

 Pour Maxime Sbaihi directeur général du think tank libéral GénérationLibre: 

« Les sondages ne font certes pas l’élection mais ils l’influencent forcément » ( dans l’Opinion, extrait)

 

tribune

Vouloir jauger et prédire les comportements électoraux relève davantage de la voyance que de la science. Les sondages ont souvent tort, ce n’est pas nouveau. Souvenons-nous de la présidentielle de 1995, de celle 2002 et bien sûr du Brexit en 2016. Ce qui est nouveau, c’est leur rythme de publication. En France, les sondages présidentiels ont été multipliés par trois en l’espace de quinze ans. La Commission des sondages en a recensé 193 pour l’élection présidentielle de 2002, 293 pour celle de 2007, 409 en 2012 et 560 en 2017. Une tendance quasi-exponentielle qui risque de battre un nouveau record pour 2022 et promet de nous bombarder de centaines d’enquêtes à venir sur nos (prétendues) intentions de vote.

Au lendemain des élections régionales, les mêmes journalistes ayant dénoncé les égarements des sondeurs se sont d’ailleurs empressés de commenter les nouveaux sondages présidentiels fraîchement sortis. Ils peuvent être légitimement considérés comme une information utile, quoique méthodologiquement fragile, sur l’état de l’opinion publique mais ils sont bien plus que sa simple photographie. Mis côte à côte, ils se déplient dans un album photo qui raconte une histoire, écrit le narratif journalistique d’une élection et oriente le débat public. Les sondages ne font certes pas l’élection mais ils l’influencent forcément.

«Les sondages, c’est pour que les gens sachent ce qu’ils pensent», ironisait Coluche

Trop de sondages nuisent-ils à la démocratie ? Face à leur boulimie médiatique, on est en droit de se poser la question. En plus de pirater le débat d’idées, rejouer toutes les semaines un match Macron-Le Pen ne risque-t-il pas de lasser l’électeur jusqu’à le dégoûter ? Cette fatigue citoyenne est un danger bien réel que beaucoup de pays prennent au sérieux en imposant une période dite de « black-out » interdisant la publication de sondages en amont de l’élection. Une étude menée en 2017 sur 133 pays révèle ainsi que 60 % d’entre eux imposent une période de silence aux sondeurs avant une élection. Les deux tiers des pays européens le font, à l’image du Luxembourg et de l’Italie où elle dure respectivement une et deux semaines.

En France, ce genre d’interdiction existe aussi mais depuis 1977 elle ne dure que quelques heures, de la veille à la clôture du scrutin. Pourquoi ne pas l’élargir à quelques jours, voire semaines ? « Les sondages, c’est pour que les gens sachent ce qu’ils pensent », ironisait Coluche. Laissons-les savoir ce qu’ils veulent sans être pourchassés de spéculations quotidiennes sur qui va peut-être voter quoi. A l’approche du scrutin, accordons aux électeurs le silence propice à la prise de décision. Offrons-nous un court répit pour pouvoir exercer notre liberté d’expression dans les urnes sans être harcelés jusqu’à l’isoloir par celle des sondeurs. Les bénéfices de ce suspense républicain pourraient même convaincre certains abstentionnistes de se réapproprier l’élection. Qui sait ?

Maxime Sbaihi est directeur général du think tank libéral GénérationLibre.

Démocratie : mieux protéger les lanceurs d’alerte

Démocratie : mieux protéger les lanceurs d’alerte

 

Dans une tribune au « Monde », un collectif de responsables syndicaux et d’associations appelle les pouvoirs publics à renforcer la loi afin de mieux protéger ces vigies essentielles à la vie démocratique et à la liberté d’informer.

 

 

La menace que la désinformation fait peser sur la démocratie nous rappelle l’importance du travail journalistique, de l’investigation de fond et de la vérification des faits. Les lanceurs et les lanceuses d’alerte tiennent une place centrale dans cet exercice d’intérêt public. Ils nous informent des faits répréhensibles et des violations des droits humains qui ont cours dans leur entreprise ou leurs lieux de vie. Ce sont des sentinelles, des vigies sans lesquelles le droit des citoyens d’être informés serait bafoué.

Mais nous craignons, à chaque étape, qu’ils soient réduits au silence, tant l’insécurité qui pèse sur leurs épaules est désastreuse. Harcèlement, licenciement, subornation, poursuites bâillons… Les risques que les lanceurs d’alerte prennent sont manifestes et nous appelons aujourd’hui les pouvoirs publics à prendre des mesures pour les protéger.


Nous soutenons l’appel lancé par la Maison des lanceurs d’alerte et plus de 30 autres organisations associatives et syndicales : il est urgent d’adopter une loi qui défende réellement les lanceuses et lanceurs d’alerte et la transposition de la directive européenne sur ce sujet est une occasion exceptionnelle.

 

Le droit actuel comporte de nombreuses failles. Si la révélation d’informations confidentielles fait l’objet d’une immunité, ce n’est pas le cas pour l’obtention de ces informations. On se trouve alors parfois dans une situation ubuesque où une personne signalant des informations dans le respect de la législation peut se voir, en parallèle, condamnée pour la manière dont elle en a eu connaissance alors même que ces actes sont indispensables à la révélation et la démonstration des faits.


Les associations ou les syndicats qui nous renseignent ne sont pas protégés. Pire : lorsqu’une enquête est ouverte, ils peuvent être contraints de révéler l’identité du lanceur d’alerte qui les a informés, l’exposant ainsi aux représailles. Le processus d’alerte tortueux mis en place par la loi Sapin 2 pousse les lanceuses et lanceurs d’alerte à l’erreur : mal informés, ils peinent à identifier le stade où ils peuvent contacter un journaliste, et risquent alors de perdre le bénéfice de la faible protection existante.

En concevant les médias comme un ultime recours, elle prive les lanceuses et lanceurs d’alerte d’une carte supplémentaire à jouer sur la table de la protection. La publicité de l’alerte et des mesures de rétorsion prises contre son lanceur ou sa lanceuse sont en effet susceptibles de rendre ces représailles plus difficiles. Les moyens dont les médias disposent pour enquêter permettent de révéler l’ampleur des scandales sans engager davantage le lanceur d’alerte dans leurs méandres.

Vers la mort de la démocratie ?

Vers la mort de la démocratie ?

 

Pour l’auteur de Death by a Thousand Cuts, Matt Qvortrup , le risque est grand de voir mourir progressivement la démocratie.( Dans le Wall Street Journal, extrait)

 

 

 

Le schéma est le même que celui vécu dans la Rome et la Grèce antiques, et à de nombreuses occasions par la suite… L’empereur Auguste (63 av. J.-C. – 14 ap. J.-C.) utilisait de petits changements administratifs pour consolider son pouvoir. Il mettait en accusation ses opposants sur la base d’accusations apparemment insignifiantes et, comme l’a écrit l’historien antique Tacite, « il a progressivement poussé et absorbé les fonctions du Sénat, des fonctionnaires et même de la loi ». Deux millénaires plus tard, Benito Mussolini, faisant l’éloge des anciens Romains, a manifestement appris certaines astuces de l’ancien empereur. « Si vous plumez un poulet une plume à la fois, les gens ne le remarquent pas vraiment », aurait-il dit. Comme Auguste, le Duce a également opté pour un démantèlement lent et progressif de la démocratie.

De façon très alarmante, nous retrouvons à présent ce schéma de Varsovie au Venezuela…

Peut-être que les autocrates en puissance comparent leurs notes. Jarosław Kaczyński en Pologne et Viktor Orbán en Hongrie ont tous deux eu beaucoup de maîtres dont ils se sont inspirés. Les deux hommes n’ont peut-être pas lu les classiques, mais ils n’en ont pas eu besoin. Ils avaient Hugo Chávez. Certes, ce dernier prétendait épouser une forme inédite de socialisme latino-américain, tandis que les premiers sont – ou prétendent être – de fervents chrétiens défendant des valeurs nationales et conservatrices. Chávez a d’abord changé les règles du système électoral, puis il a nommé des juges qui étaient d’accord avec lui, et a utilisé des futilités pour fermer des journaux et faire taire ceux qui n’étaient pas d’accord avec lui. Littéralement, plus ça change, plus c’est la même chose. Le scénario est le même en Turquie, et même en Russie. C’est juste que ces deux pays sont plus avancés sur la voie de la dictature que les deux pays du groupe de Visegrad.

Alexander Hamilton, l’un des pères fondateurs de la République américaine, a écrit : «L’histoire nous apprendra que, parmi les hommes qui ont renversé les libertés des républiques, le plus grand nombre a commencé sa carrière en faisant une cour obséquieuse au peuple, commençant comme des démagogues et finissant comme des tyrans»

Pour résumer, les gens pensent qu’ils sont négligés

Ils font confiance à un homme qui prétend parler en leur nom. Mais par la ruse et la démagogie, celui-ci usurpe des pouvoirs et gouverne comme un dictateur. Cela s’est déjà produit à de nombreuses reprises. C’est ce sentiment d’être ignoré par les « élites » qui a permis à Jules César de prendre le pouvoir, et c’est la même tactique qu’a utilisée Napoléon III pour devenir Empereur : le peuple élit un démagogue. L’autocrate remplit alors les tribunaux de sympathisants et modifie le système électoral. Ensuite, il fait emprisonner les leaders de l’opposition pour des futilités. Pour consolider le pouvoir, ses alliés prennent le contrôle des journaux de l’opposition. Et, presto, la démocratie a disparu. Le scénario était le même pour Octave il y a 2000 ans et il l’est pour Viktor Orbán aujourd’hui.

Pourquoi cela se produit-il ? Lorsque les gens ont le sentiment d’avoir été traités injustement, ils se tournent vers les politiciens qui prétendent parler pour eux. Il semblerait presque banal de citer des exemples contemporains de dirigeants qui ont prétendu parler au nom du peuple, mais qui, en réalité, n’ont fait que remplir leur propre nid proverbial de pouvoir illimité. « Nous transférons le pouvoir de Washington, D.C., et nous vous le rendons, à vous, le peuple américain », a déclaré Donald Trump dans son discours d’investiture. Mais il n’a pas permis au peuple de voter par référendum, et il lui a encore moins permis d’avoir une influence significative sur la politique. Il a plutôt cherché à restreindre le droit de vote des groupes qui s’opposaient à son pouvoir. Les institutions américaines ont peut-être sauvé la plus ancienne démocratie du monde.

« L’histoire ne se répète pas, mais elle rime souvent », aurait dit Mark Twain. Il est intéressant de constater que le même effondrement progressif – presque indétectable – de la démocratie a également été observé il y a de très nombreux siècles. C’est le terme « graduel » qui est la clé ici. Le renversement d’un gouvernement n’apparaît pas du jour au lendemain, mais petit à petit – en d’autres termes, la mort par mille coups.

Si l’on considère l’histoire, beaucoup de choses n’ont pas changé. Il y a plus de 2000 ans, l’historien grec Polybe (200 – 118 av. J.-C.) avait décrit comment des hommes puissants qui avaient réussi dans d’autres domaines commençaient à « aspirer à une fonction, et lorsqu’ils s’aperçoivent qu’ils ne peuvent l’obtenir par leurs efforts ou leurs mérites, ils commencent à séduire et à corrompre le peuple de toutes les manières possibles ». « Les démagogues stimulent les masses par leur soif insensée d’ascension », a-t-il aussi écrit.

Cela vous rappelle quelque chose ? Peut-être existe-t-il une tendance inhérente aux démocraties à ce que le peuple, pour reprendre les termes du philosophe grec antique Platon, soit « induit en erreur par les calomnies diffusées par ses dirigeants » ; un phénomène que nous appelons aujourd’hui « faits alternatifs » ou « fake news ». Platon et Polybe n’ont pas prévu Poutine ou Erdogan, pas plus qu’ils n’ont pu prédire les frasques de Mussolini ou de Nicolas Maduro au Venezuela. Mais ils ont identifié un modèle qui se répète aujourd’hui.

Revenons au présent, à la foule en colère qui a pris d’assaut le Congrès américain en janvier 2021. Ce n’était pas « sans précédent ». Comme dans la Rome antique, ils ont été poussés par quelqu’un qui a fait « usage des préjugés populaires et de fausses revendications et promesses afin d’obtenir le pouvoir », ce qui est la définition du terme « démagogue » dans le dictionnaire Merriam-Webster. Le même ouvrage définit un « putsch » comme « une tentative secrètement préparée et soudainement exécutée pour renverser un gouvernement ». Les événements de janvier s’apparentent à un putsch encouragé par un démagogue. Ce n’est pas une opinion. Ce n’est pas une hyperbole. C’est un fait d’après le dictionnaire américain le plus fiable.

Quelle époque ! Quelles mœurs !, disait Cicéron en 63 avant J.-C. lorsqu’une foule en colère, poussée par le populiste Catalina, était entrée au Capitole et avait menacé la vie de la République. Catalina avait perdu les élections, ne voulait pas reconnaître sa défaite et faisait appel à la foule. L’avertissement de Cicéron était considéré comme hystérique. Moins de deux décennies plus tard, la République romaine s’effondrait. Les mises en garde contre la disparition de la démocratie sont-elles moins justifiées aujourd’hui ? Si nous ne faisons pas attention, nous pourrions être la dernière génération à vivre en démocratie pendant un millier d’années – ou plus !

Revitaliser la démocratie mais aussi l’économie des territoires

Revitaliser la démocratie mais aussi l’économie des territoires

 

A l’heure où le « gouffre démocratique » entre citoyens et élus se creuse davantage, l’association d’édiles appelle, dans une tribune au « Monde », à replacer les élus locaux au cœur des prises de décision.

 

Tribune.

 

 Il est des réformes qui peinent à voir le jour. Dans un vieil Etat jacobin comme le nôtre, celles ayant trait à la décentralisation sont généralement de celles-là. C’est donc avec un intérêt du meilleur aloi que nous avons accueilli le projet de loi du gouvernement dit « 3 DS » [anciennement « 4 D »] – pour différenciation, décentralisation, déconcentration et simplification de l’action publique locale –, produit de la ténacité, voire de l’obstination, de la ministre chargée de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault. Une ambition : tirer les leçons de la crise sanitaire en confortant le rôle des élus locaux et en améliorant la collaboration avec les services déconcentrés de l’Etat. Bref, une nouvelle étape de la décentralisation.


Las, il y a loin de la coupe aux lèvres. Certes, nous ne demandions pas un grand soir de la décentralisation – voilà bientôt quarante ans, depuis les lois Defferre, que se multiplient les textes et que se complexifie inéluctablement le trop fameux millefeuille territorial. Non, les collectivités ont besoin de stabilité. Mais si nous ne préconisons pas le grand soir, ce n’est pas pour accepter de nous acheminer à bas bruit vers un petit matin morne, le jaune encore au coin de l’œil.

Alors, que reproche-t-on à ce texte qui vient d’être déposé pour examen au Sénat ? Tout n’est pas à jeter, loin s’en faut. Ainsi, l’initiative visant à encourager les nouvelles formes de participation à la vie politique locale, grâce à l’abaissement des seuils pour faciliter la saisie directe par les citoyens de la collectivité de toute affaire relevant de sa compétence, est à saluer, dans une période où se fait entendre de plus en plus bruyamment la grève des isoloirs. Certaines compétences des collectivités sont par ailleurs renforcées dans les domaines les plus variés : l’environnement, le logement, ou encore la mobilité.

Mais toutes ces avancées, certes bienvenues, font l’impasse sur les dix-huit derniers mois : dix-huit mois de crise au cours desquels les maires ont été en première ligne ; dix-huit mois qui ont vu les maires déployer des trésors d’ingéniosité et d’inventivité pour relever les défis inédits d’ordre sanitaire, économique ou social qui se présentaient à eux ; dix-huit mois enfin au cours desquels les maires ont dû batailler contre les pesanteurs d’un appareil d’Etat hypercentralisé et bureaucratique, le fonctionnement des agences régionales de santé en étant l’exemple le plus frappant.

Ethiopie: Quelle démocratie ?

Ethiopie: Quelle démocratie ?

 

Pour l’universitaire Eloi Ficquet, « la promesse enchantée de prospérité et de développement n’est plus qu’un mirage »(Interview dans l’Opinion)

 

 

Les législatives éthiopiennes, dont on attend les résultats, se sont tenues le 21 juin alors que l’armée fédérale est en guerre contre les forces de défense tigréennes. Historien et anthropologue spécialiste de la Corne de l’Afrique, maître de conférences à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), Eloi Ficquet revient sur les enjeux de ce scrutin.

Quel sens donner aux législatives en Ethiopie ?

Les élections devaient sanctionner un nouvel horizon, le retour de l’optimisme, un dépassement du conflit. Malgré de grandes difficultés d’organisation, obligeant à plusieurs reports, il faut reconnaître au final que le scrutin s’est plutôt bien déroulé, dans le calme, là où il a pu se tenir. Cela marque – ou aurait dû marquer – l’installation au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed, et de son nouveau parti, le Parti de la Prospérité, après trois années de transition. Il a fait campagne sur le potentiel de développement de son pays, particulièrement dans le domaine agro-industriel. Il a fait l’apologie d’un futur prometteur pour effacer un présent qui n’est pas satisfaisant. Trois ans après son arrivée au pouvoir à l’issue d’une succession au sein du précédent parti majoritaire, son but était d’obtenir une légitimité par les urnes alors qu’il était fragilisé par le conflit au Tigré. Le pouvoir a ainsi cherché à dresser un rideau d’illusion démocratique pour expliquer que la crise est terminée. Le jour même du vote, Abiy Ahmed déclarait à la BBC qu’il n’y avait pas de famine au Tigré, que le conflit serait vite réglé. Mais les poches de résistance ont été plus fortes que ce discours de dissimulation. Une semaine après le vote, l’armée a décrété un cessez-le-feu unilatéral et abandonné ses positions à Mekele, la capitale régionale, immédiatement reprises par les forces de défense tigréennes.

Ces dernières menacent de poursuivre leur offensive dans le territoire amhara et jusqu’en Erythrée pour chasser l’armée de ce pays, qui combat aux côtés des forces fédérales éthiopiennes… Est-ce du bluff ?

Les forces de défense tigréennes maîtrisent le terrain. Elles s’étaient repliées dans les zones intérieures de montagne. C’est un paysage de vallées escarpées comparable à l’Afghanistan. Il est propice à des mouvements de guérilla, qui se déplacent discrètement et ont la confiance des populations. Ces forces ont largement repris le contrôle de leur région et ont poussé leur avantage en menant des opérations en région amhara où se trouvent stationnées des garnisons des forces fédérales. Elles ne souhaitent pas s’y établir de matière permanente mais veulent obtenir une position de force dans les négociations politiques à venir. Par ailleurs, le président érythréen, Issayas Afewerki, a envoyé toutes ses troupes, faites de conscrits de force, dans cette opération pour détruire ses rivaux historiques du Tigré. Après trente années de repli nationaliste et totalitaire, il se voyait en empereur de la Corne de l’Afrique. Son aventurisme militaire semble désormais voué à l’échec. Il pourrait le payer politiquement si son armée décidait de se retourner.

Le soutien populaire dont s’est prévalu Abiy Ahmed au début de son mandat n’est-il pas en train de s’éroder ?

Outre la situation de conflit, très largement occultée par la communication officielle, la population est affectée par la situation économique qui s’est fortement dégradée. La monnaie se déprécie. On échange un euro contre 60 birrs, soit 20 birrs de plus qu’avant le conflit. Celaa provoqué l’inflation des produits importés et a des conséquences sur le pouvoir d’achat des ménages. L’insécurité augmente dans la capitale, Addis Abeba ; le petit banditisme et la criminalité progressent. La promesse enchantée de prospérité et de développement n’est plus qu’un mirage.

«Le discours des Tigréens est constant: ils ne sont pas dans une logique séparatiste mais veulent exister de façon plus autonome dans un Etat fédéral. En réalité, l’Ethiopie n’est pas encore une nation unifiée»

Comment le Premier ministre a-t-il perdu le soutien des forces politiques et militaires du Tigré ?

Il y avait déjà des rivalités au sein de l’ex-Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens (EPRDF, alliance de quatre partis ethniques dominée par le Front de libération du peuple du Tigré-TPLF). C’était un pouvoir monopolistique sous la direction de Meles Zenawi, l’ancien Premier ministre décédé en 2012. La seule expression tolérée de voix d’opposition était incorporée dans le parti. En 2018, face au mouvement grandissant de mécontentement des Oromo, la majorité démographique du pays, la composante tigréenne a accepté d’abandonner sa position hégémonique pour se recentrer sur sa région afin de gouverner d’une manière plus décentralisée. Elle a confié le pouvoir aux Oromo. Ils ont à leur tour désigné en leur sein Abiy Ahmed. Ce dernier a ensuite dissous l’EPRDF et l’a remplacé par une nouvelle formation, le Parti de la prospérité, tout en permettant une ouverture politique aux partis d’opposition en exil. Une fois en poste, il a tenté de conserver les leviers politiques au niveau fédéral, ce qui a déclenché la révolte d’une partie des Oromo, puis des Tigréens.

Existe-t-il un risque de partition de la région tigréenne ?

On a surestimé l’avènement d’un scénario de dislocation de l’Etat, comme dans l’ex-Yougoslavie. C’est un risque, des factions extrémistes qui peuvent pousser dans ce sens-là. Mais pour l’instant, le discours des Tigréens est constant : ils ne sont pas dans une logique séparatiste mais veulent exister de façon plus autonome dans un Etat fédéral. En réalité, l’Ethiopie n’est pas encore une nation unifiée. C’est une forme de société impériale de type austro-hongrois qui a connu une série de révolutions des peuples, sans être encore stabilisée. Il faut laisser le temps à la construction d’un Etat indépendant tenant compte à la fois des polarités identitaires et de nombreuses zones de mixité. Les acteurs doivent trouver la définition du juste niveau de coordination fédérale. Cette crise doit pouvoir se régler à condition que tous les acteurs se mettent autour d’une table et prennent le temps de travailler pour définir de nouveaux équilibres. Or Abiy Ahmed a organisé la transition à son seul profit, en allant très vite. Cette crise est aussi une crise de l’accélération à l’échelle globale. Il faut faire un travail de réinvention politique, territoire par territoire, en trouvant les solutions idoines. Les Ethiopiens ont une culture politique fondée sur une histoire très profonde. Les acteurs diplomatiques internationaux et régionaux peuvent aider. Les militaires peuvent aussi amener le Premier ministre à la négociation. Ils ont mal vécu le fait d’être sous commandement érythréen dans la guerre au Tigré.

Russie et Chine s’opposent à l’adoption d’une résolution du conseil de sécurité de l’ONU sur l’Ethiopie. Est-ce un soutien à Abiy Ahmed ?

La Russie et la Chine exercent un blocage de principe depuis qu’elles estiment avoir été trompées par les Occidentaux lors de l’intervention de l’Otan en Libye. Cela ne doit pas être interprété comme un appui direct au régime d’Abiy Ahmed qui ne souhaite pas d’ingérence extérieure. Ces deux puissances sont dans une position d’observation. La Chine a beaucoup investi en Ethiopie qui est endettée à son égard. Elle est prudente et ne va pas s’aventurer dans une option incertaine. Pour les Occidentaux, le Premier ministre est une désillusion. Ils estiment avoir été abusés. Abiy Ahmed était proche de Mike Pence, l’ex-vice président américain, dans une alliance entre chrétiens évangéliques fanatiques porteurs de vérités alternatives. Tout son discours provient de ce registre d’exaltation religieuse et messianique. L’administration Biden ne le soutient plus. Même les Emirats arabes unis, qui l’ont appuyé au début dans sa guerre, ont commencé à prendre leurs distances.

Politique–Démocratie : « réenchanter » ou remettre le système politique à plat

Politique–Démocratie : « réenchanter » ou remettre le système politique à plat

 

Dans un article du Monde, on pose la problématique du réenchantement de la démocratie. La question se pose toutefois du bon choix sémantique car il ne semble pas que ce soit le chant des sirènes qui soit en cause mais plutôt la question de la gestion du bateau démocratique qui coule élections après élections.

 

Certains parlent en effet de réenchantement ou de recréditer le roman national , bref  de diffusér plus largement quelque sorte l’opium du peuple. Or c’est sur le fond que le système politique est en cause. Améliorer le score des votants dans les urnes ne constituent qu’une dimension étriquée d’une problématique beaucoup plus large qui pose la question des conditions notamment d’émergence de la classe politique, de la démocratie participative, de l’évaluation des résultats dans leur cohérence et leur  efficacité.

 

Bref c’est autre chose qu’une chansonnette qu’il faut pour redonner confiance en la démocratie.

 

L’article du monde

 

« Il faut réenchanter la démocratie ! » : Depuis l’annonce du taux d’abstention record lors du premier tour du scrutin des élections régionales et départementales en France, le 20 juin, en particulier chez les jeunes générations, le mot d’ordre s’est intensifié. Le sens de la métaphore se comprend intuitivement. Dans le cadre précis d’une crise de la participation démocratique et dans la bouche de ceux et celles qui l’emploient (politiques, chercheurs, journalistes…), elle signifie : rendre la démocratie plus « attractive », donner l’envie aux citoyens de s’impliquer dans son fonctionnement, lui redonner une capacité à mobilier les imaginaires.

Le succès de cette image dépasse pourtant largement le cadre du politique. Depuis plusieurs décennies, le réenchantement s’est imposé à l’ordre du jour dans tous les domaines de nos sociétés, ou presque : on appelle à réenchanter le pacte social, on affiche son intention de réenchanter la ville, on affirme avoir la solution pour réenchanter l’entreprise, mais aussi le voyage, les régions, le théâtre, la vie, le monde… Comme une promesse de remède miracle, l’expression fleurit ainsi partout où des crises se font jour. Mais de quoi ce désir de réenchantement général est-il le symptôme ?

« Le succès de la terminologie du “réenchantement” a probablement à voir avec l’épuisement d’un paradigme politique dominé par les exigences d’un libéralisme économique qui hypertrophie la rationalité en finalité », analyse Michel Lallement, professeur de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers. Contre l’application d’un calcul coût/avantage à tous les domaines de la vie, le réenchantement entend ainsi replacer la quête de sens au centre des préoccupations.

 

Car pour chercher le « ré-enchantement », encore faut-il avoir été « dés-enchanté ». L’expression est en effet une référence directe au constat du « désenchantement du monde », une notion forgée par le sociologue allemand Max Weber au début du XXsiècle. « L’expression est une traduction de l’allemand “Entzauberung”, qui signifie littéralement “démagification” et elle renvoie chez Max Weber au refus d’admettre qu’un quelconque moyen magique permette de procurer la grâce divine », souligne Michel Lallement. Cette « démagification » est aux yeux de Weber un processus de long terme qui mène les croyants à ne plus se reposer sur des rituels « magiques » comme la transsubstantiation, mais à rationaliser leurs comportements pour assurer le salut de leur âme. Si Weber voit les prémices de cette association de la raison et du salut par les croyants dans le judaïsme antique, c’est bien son adoption par les sectes protestantes qui accélère le mouvement de rationalisation des sociétés occidentales, au point de constituer un marqueur de la modernité.

Démocratie : « réenchanter » pour mieux rendormir?

Démocratie : « réenchanter » pour mieux rendormir? 

Dans un article du Monde, on pose la problématique du réenchantement de la démocratie. La question se pose toutefois du bon choix sémantique car il ne semble pas que ce soit le chant des sirènes qui soient en cause mais plutôt la question de la gestion du bateau démocratique qui coule élections après élections.

 

Certains parlent en effet de réenchantement ou de recréditer le roman national , bref  de libéraliser en quelque sorte l’opium du peuple. Or c’est sur le fond que le système politique est en cause. Améliorer le score des votants dans les urnes ne constituent qu’une dimension étriquée d’une problématique beaucoup plus large qui pose la question des conditions notamment d’émergence de la classe politique, de la démocratie participative, de l’évaluation des résultats dans leur cohérence et leur  efficacité.

 

Bref c’est autre chose qu’une chansonnette qu’il faut pour redonner confiance en la démocratie.

 

Extrait de l’article du monde

 

« Il faut réenchanter la démocratie ! » : Depuis l’annonce du taux d’abstention record lors du premier tour du scrutin des élections régionales et départementales en France, le 20 juin, en particulier chez les jeunes générations, le mot d’ordre s’est intensifié. Le sens de la métaphore se comprend intuitivement. Dans le cadre précis d’une crise de la participation démocratique et dans la bouche de ceux et celles qui l’emploient (politiques, chercheurs, journalistes…), elle signifie : rendre la démocratie plus « attractive », donner l’envie aux citoyens de s’impliquer dans son fonctionnement, lui redonner une capacité à mobilier les imaginaires.

Le succès de cette image dépasse pourtant largement le cadre du politique. Depuis plusieurs décennies, le réenchantement s’est imposé à l’ordre du jour dans tous les domaines de nos sociétés, ou presque : on appelle à réenchanter le pacte social, on affiche son intention de réenchanter la ville, on affirme avoir la solution pour réenchanter l’entreprise, mais aussi le voyage, les régions, le théâtre, la vie, le monde… Comme une promesse de remède miracle, l’expression fleurit ainsi partout où des crises se font jour. Mais de quoi ce désir de réenchantement général est-il le symptôme ?

« Le succès de la terminologie du “réenchantement” a probablement à voir avec l’épuisement d’un paradigme politique dominé par les exigences d’un libéralisme économique qui hypertrophie la rationalité en finalité », analyse Michel Lallement, professeur de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers. Contre l’application d’un calcul coût/avantage à tous les domaines de la vie, le réenchantement entend ainsi replacer la quête de sens au centre des préoccupations.

 

 

Démocratie : « réenchanter » ou remettre le système politique à plat

Démocratie : « réenchanter » ou remettre le système politique à plat

 

Dans un article du Monde, on pose la problématique du réenchantement de la démocratie. La question se pose toutefois du bon choix sémantique car il ne semble pas que ce soit le chant des sirènes qui soient en cause mais plutôt la question de la gestion du bateau démocratique qui coule élections après élections.

 

Certains parlent en effet de réenchantement ou de recréditer le roman national , bref  de libéraliser en quelque sorte l’opium du peuple. Or c’est sur le fond que le système politique est en cause. Améliorer le score des votants dans les urnes ne constituent qu’une dimension étriquée d’une problématique beaucoup plus large qui pose la question des conditions notamment d’émergence de la classe politique, de la démocratie participative, de l’évaluation des résultats dans leur cohérence et leur  efficacité.

 

Bref c’est autre chose qu’une chansonnette qu’il faut pour redonner confiance en la démocratie.

 

L’article du monde

 

« Il faut réenchanter la démocratie ! » : Depuis l’annonce du taux d’abstention record lors du premier tour du scrutin des élections régionales et départementales en France, le 20 juin, en particulier chez les jeunes générations, le mot d’ordre s’est intensifié. Le sens de la métaphore se comprend intuitivement. Dans le cadre précis d’une crise de la participation démocratique et dans la bouche de ceux et celles qui l’emploient (politiques, chercheurs, journalistes…), elle signifie : rendre la démocratie plus « attractive », donner l’envie aux citoyens de s’impliquer dans son fonctionnement, lui redonner une capacité à mobilier les imaginaires.

Le succès de cette image dépasse pourtant largement le cadre du politique. Depuis plusieurs décennies, le réenchantement s’est imposé à l’ordre du jour dans tous les domaines de nos sociétés, ou presque : on appelle à réenchanter le pacte social, on affiche son intention de réenchanter la ville, on affirme avoir la solution pour réenchanter l’entreprise, mais aussi le voyage, les régions, le théâtre, la vie, le monde… Comme une promesse de remède miracle, l’expression fleurit ainsi partout où des crises se font jour. Mais de quoi ce désir de réenchantement général est-il le symptôme ?

« Le succès de la terminologie du “réenchantement” a probablement à voir avec l’épuisement d’un paradigme politique dominé par les exigences d’un libéralisme économique qui hypertrophie la rationalité en finalité », analyse Michel Lallement, professeur de sociologie au Conservatoire national des arts et métiers. Contre l’application d’un calcul coût/avantage à tous les domaines de la vie, le réenchantement entend ainsi replacer la quête de sens au centre des préoccupations.

 

Car pour chercher le « ré-enchantement », encore faut-il avoir été « dés-enchanté ». L’expression est en effet une référence directe au constat du « désenchantement du monde », une notion forgée par le sociologue allemand Max Weber au début du XXsiècle. « L’expression est une traduction de l’allemand “Entzauberung”, qui signifie littéralement “démagification” et elle renvoie chez Max Weber au refus d’admettre qu’un quelconque moyen magique permette de procurer la grâce divine », souligne Michel Lallement. Cette « démagification » est aux yeux de Weber un processus de long terme qui mène les croyants à ne plus se reposer sur des rituels « magiques » comme la transsubstantiation, mais à rationaliser leurs comportements pour assurer le salut de leur âme. Si Weber voit les prémices de cette association de la raison et du salut par les croyants dans le judaïsme antique, c’est bien son adoption par les sectes protestantes qui accélère le mouvement de rationalisation des sociétés occidentales, au point de constituer un marqueur de la modernité.

La démocratie face à la menace chinoise

La démocratie face à la menace chinoise

Le succès du Parti communiste chinois, aujourd’hui centenaire, est indéniable, bien qu’incomplet. Il oblige les pays démocratiques à mieux prouver l’exemplarité de leur modèle, si ils veulent retrouver leur aura auprès de la jeunesse chinoise.

 

Editorial du « Monde ».

 

Pékin célèbre en grande pompe le centième anniversaire de la création du Parti communiste chinois (PCC), fondé en juillet 1921 à Shanghaï par une poignée d’intellectuels, sous l’étroite surveillance de Moscou. Depuis, l’élève a dépassé le maître. Le Parti communiste de l’Union soviétique n’a jamais pu commémorer le soixante-quinzième anniversaire de la révolution de 1917. Le PCC, lui, au pouvoir depuis soixante et onze ans, n’a jamais paru aussi fort.

Aucun parti n’a dirigé autant d’hommes aussi longtemps. Son succès est indéniable. En l’espace de quarante ans, la Chine est devenue la deuxième puissance économique mondiale, creusant chaque jour davantage l’écart avec son grand rival indien et se rapprochant rapidement des Etats-Unis. L’économie chinoise pourrait même dépasser l’économie américaine avant la fin de la décennie. Si le monde parvient à atteindre avant terme les objectifs de développement pour le millénaire que s’est fixés l’ONU en 2000, c’est en grande partie grâce aux performances de Pékin. Enfin, la pandémie de Covid-19, mieux maîtrisée en Chine que dans la plupart des autres pays, a incontestablement renforcé la légitimité du pouvoir auprès de la population.

 

Cependant, ce succès est incomplet. Parce qu’il s’accompagne de graves atteintes aux droits de l’homme et d’entraves aux libertés, parce qu’il repose en partie sur un modèle de développement non durable, et parce que la Chine, contrairement à ce qu’elle affirme, remet en question l’ordre international et rejette le multilatéralisme dès qu’il va à l’encontre de ses propres intérêts.

Le « modèle chinois » n’en est pas un. Les dirigeants qui, à Pékin, insistent sur les « caractéristiques chinoises » de leur « socialisme » ne prétendent d’ailleurs pas vraiment l’exporter. Le monde ne deviendra pas chinois, et l’on ne peut que s’en féliciter. Pour autant, le succès chinois est un défi pour l’Occident. Sauf un bouleversement que rien ne laisse aujourd’hui présager, la Chine ne deviendra pas non plus un pays démocratique – rien ne permet d’ailleurs d’affirmer qu’une majorité de Chinois le souhaiteraient. De même, il est erroné de croire que le nationalisme chinois n’est qu’une créature du Parti communiste. Celui-ci l’entretient en permanence, l’exploite souvent, le canalise parfois, mais ne le maîtrise pas totalement. Le reste du monde doit donc s’habituer à vivre avec une Chine puissante, nationaliste, voire menaçante, au moins pour ses voisins.

 

Face à ce nouveau géant, chaque pays, à l’exception des Etats-Unis, pèse bien peu. Puisque la Chine cherche à diviser le reste du monde, la réponse ne peut être que dans des alliances à géométrie variable, sur le plan tant économique que stratégique. Mais cela ne suffira pas. Face au défi chinois, les démocraties occidentales, notamment l’Union européenne, ne doivent pas se contenter de dénoncer les atteintes aux droits de l’homme dans ce pays. Elles ne seront crédibles que si elles illustrent elles-mêmes la réussite du modèle démocratique, par leur comportement et leurs performances.

La jeunesse chinoise n’est pas stupide. Elle est bien davantage connectée au reste de la planète qu’on ne le pense en Europe ou aux Etats-Unis. La meilleure façon pour l’Occident de reprendre le leadership dans ses relations avec Pékin est de retrouver l’aura qui était naguère la sienne auprès de cette Chine de demain.

Santé-Hôpital : pour la démocratie à tous les étages …et la gestion ?

Hôpital : pour  la démocratie à tous les étages …et la gestion ?

 

 

Comme la gauche bien pensante, la sociologue Dominique Méda invite Dans le Monde à se libérer des contraintes quantitatives en les remplaçant par la démocratie. Pas sûr que la gestion y trouve son compte. En effet si certains services sont particulièrement tendus d’autres en revanche mériteraient un sérieux audit. Ce qui manque à l’hôpital c’est surtout la cohérence de gestion. Les hôpitaux qui ont fait d’extraordinaires progrès scientifiques demeurent cependant aujourd’hui des sortes d’usines ingérables précisément du fait de l’autonomie des services

Chronique.

 

Jeudi 3 juin, l’association Notre hôpital, c’est vous a donné le coup d’envoi d’un projet de référendum d’initiative partagée (RIP) sur l’hôpital public. Si 185 parlementaires et 4,7 millions de nos concitoyens soutiennent celui-ci, une proposition de loi « garantissant l’égalité d’accès aux soins sur tout le territoire » serait soumise au vote des Français.

 

Son idée maîtresse est que « le fonctionnement des hôpitaux doit prioritairement être tourné vers la réponse aux besoins en santé ». La formulation est surprenante. N’est-il pas évident que l’hôpital est une institution entièrement organisée pour apporter une réponse adaptée aux besoins de santé de la population ? N’est-ce pas d’ailleurs l’objet des discussions qui ont lieu chaque année depuis 1996 au Parlement, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le PLFSS ? Et l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie, l’Ondam – le total des sommes consacrées à la prise en charge collective des dépenses de santé, fixé au terme de ces débats –, n’est-il pas censé être le résultat d’une discussion bien informée ? N’est-ce pas au terme de celle-ci que les moyens nécessaires sont affectés aux différents volets de la politique de santé française ?

Alors que les hospitaliers se plaignent depuis plusieurs années de la crise qui affecte l’hôpital et maltraite soignants et patients, plusieurs publications confirment qu’il n’en est rien. Issues tant du monde de la recherche que de hauts fonctionnaires, pourtant d’habitude réticents à s’exprimer, elles dévoilent les logiques à l’œuvre depuis deux décennies.

Dans un article publié par Les Tribunes de la santé juste avant l’irruption de la crise sanitaire, Pierre-Louis Bras, ancien directeur de la Sécurité sociale et membre de l’inspection générale des affaires sociales, décortique le processus qui a conduit au malaise des soignants et au risque de submersion de l’hôpital. Il ouvre la boîte noire de la fabrique de ce chiffre fétiche. « L’Ondam constitue un élément majeur de la régulation des finances publiques, plus que le résultat d’une délibération sur la politique de santé. La démarche est fondamentalement descendante, la politique des finances publiques (objectif visé pour le niveau du déficit public, objectif visé pour le niveau des prélèvements obligatoires…) dicte le niveau de l’Ondam et les hôpitaux publics doivent s’y adapter », écrit-il.

Fixée hors d’une réelle prise en considération des besoins de santé et de l’activité des hôpitaux, imposée à ces derniers, mais aussi à la majorité parlementaire, systématiquement trop faible pour couvrir l’augmentation de l’activité, l’évolution de l’Ondam s’est traduite depuis des années par un rationnement du nombre de lits, des effectifs et des salaires et par un fort accroissement de la productivité des soignants dont l’aggravation des conditions de travail est parfaitement visible dans les enquêtes… et dans la rue.

Politique- L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

Politique- L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

 

Par Gaston René Bessay, Expert Consultant international

Certes l’abstention aux régionales a été exceptionnellement massive. Cependant ce mouvement n’est pas nouveau , il affecte à peu près toutes les élections dans des proportions cependant différentes. Cela témoigne à l’évidence d’une sorte de désintérêt voire de mépris vis-à-vis de la chose publique et surtout du système politique.

Globalement les Français ne croient pas en la capacité des responsables politiques à faire changer de manière significative et positivement l’environnement social, économique, ou sociétal. Ce n’est pas seulement du désenchantement mais une sorte de rejet pour un système démocratique usé jusqu’à la corde.

Pour résumer,  les échéances électorales sont à peu près le seul acte démocratique qui permet à tous les électeurs de s’exprimer. En gros, une sorte de vision très primaire de la démocratie : on dépose une fois de temps en temps un bulletin de vote dans l’urne, ensuite les élus font ce qu’ils veulent, ce qu’ils peuvent ou rien du tout.

De toute évidence,  il manque l’essentiel, c’est-à-dire de la chair autour de la démocratie, c’est-à-dire une capacité permanente à associer les acteurs aux actions d’intérêt général. Pour faire semblant on crée sans arrêt de nouvelles ministructures où sont désignés dans la plupart des cas des incompétents notoires, des arrivistes ou encore des bobos.

On reproche à ces s institutions de concertation l’insuffisance de leurs travaux. Ce n’est pas sans raison. Ceci étant lorsque les réflexions et propositions sont pertinentes, elles sont rarement prises en compte. Cela vaut surtout pour le niveau national mais tout autant pour les autres échelons de décision y compris le niveau local.

Le sommet de l’hypocrisie est sans doute atteint lorsque à l’initiative d’élus écolos ou de macronistes, on désigne au hasard des citoyens pour siéger dans ces organismes de concertation. Du coup on a vite fait de démonter les propositions ésotériques de ces organismes.

La période se caractérise en effet par une grande complexification des problématiques économique, technologique, environnementale et sociétale.En plus avec des interactions systémiques multiples qui échappent aux analyses simplistes

L’étude trop fragmentée et  trop partisane des phénomènes constitue un des facteurs explicatifs essentiels  de l’incompréhension des transformations structurelles que nous vivons.  La compréhension de la  complexité des transformations en cours implique une dépassement des clivages partisans , une  ouverture d’esprit aux idées différentes. La pluralité des approches permet d’éviter le sectarisme.  L’indépendance et la pertinence de l’information constituent un enjeu stratégique pour comprendre les mutations actuelles et au-delà pour les maîtriser. Autant d’exigences qui échappent  le plus souvent aux grilles d’analyse obsolète de nombre de partis politiques.

Une nouvelle démocratie passe aussi par une modification du processus d’émergence des futurs élus..

Aujourd’hui n’importe qui peut se présenter sans aucune compétence, sans aucune expérience, sans aucune légitimité. Ainsi par exemple un énarque peut se parachuter dans une région dont il ne connaît rien pour devenir député. C’est aussi le même phénomène souvent rencontré aux autres niveaux d’élection où n’importe quel citoyen lambda prétend pouvoir diriger une communauté de citoyens alors qu’il n’a préalablement aucun passé social. C’est ainsi l’occasion pour nombre d’opportunistes de faire des petites carrières politiques bien rémunérées.

Difficile de comprendre ce simplisme dans l’émergence des candidats à la candidature. En général dans les organisations sociales,  on estime qu’il faut presque 10 ans pour former un responsable  national. En politique en quelques mois n’importe qui peut se parachuter et devenir responsable du pays.

Autre élément complexe de la problématique démocratique , la contradiction permanente entre le souci de plaire à l’électeur pour être élu et l’efficacité. Une contradiction permanente gérée par la démagogie et le mensonge. De ce point de vue, un minimum d’éthique serait nécessaire. Cette contradiction centrale alimente tous les rejets du politique.

Il faut aussi convenir que les médias et autres institutions intermédiaires ne jouent pas suffisamment leur rôle de filtre d’évaluation et d’animation du débat. Pas étonnant, la plupart des médias nationaux comme régionaux dépendent d’intérêts financiers qui soutiennent des candidats qui leur sont proches. Le pire est sans doute atteint avec la presse régionale et locale dont la ligne éditoriale se résume à la tribune des chats écrasés, des louanges éhontés en faveur des élus en place et à la reprise bête et méchante des informations des agences. Les autres médias ne sont guère non plus à la hauteur qu’il s’agisse de la télévision, des radios ou même d’Internet où la pire côtoie le meilleur surtout en plus avec l’anonymat qui encourage n’importe quelle dérive.

Pour tout dire, ce ne sont pas simplement les modalités d’élections qui sont à revoir ( vote obligatoire, vote par Internet etc.) mais le contenu même et les modalités de gestion d’une démocratie vivante. Ce n’est pas le référendum à tout faire qui réglera cette question complexe mais sans doute un long débat, profond, argumentée, large pour moderniser un système démocratique demeuré à l’èré néandertalienne.

 

L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

L’abstention témoigne d’une démocratie à la dérive

 

Par Gaston René Bessay, Expert international en prospective

Certes l’abstention aux régionales a été exceptionnellement massive. Cependant ce mouvement n’est pas nouveau , il affecte à peu près toutes les élections dans des proportions cependant différentes. Cela témoigne à l’évidence d’une sorte de désintérêt voire de mépris vis-à-vis de la chose publique et surtout du système politique.

Globalement les Français ne croient pas en la capacité des responsables politiques à faire changer de manière significative et positivement l’environnement social, économique, ou sociétal. Ce n’est pas seulement du désenchantement mais une sorte de rejet pour un système démocratique usé jusqu’à la corde.

Pour résumer,  les échéances électorales sont à peu près le seul acte démocratique qui permet à tous les électeurs de s’exprimer. En gros, une sorte de vision très primaire de la démocratie : on dépose une fois de temps en temps un bulletin de vote dans l’urne, ensuite les élus font ce qu’ils veulent, ce qu’ils peuvent ou rien du tout.

De toute évidence,  il manque l’essentiel, c’est-à-dire de la chair autour de la démocratie, c’est-à-dire une capacité permanente à associer les acteurs aux actions d’intérêt général. Pour faire semblant on crée sans arrêt de nouvelles ministructures où sont désignés dans la plupart des cas des incompétents notoires, des arrivistes ou encore des bobos.

On reproche à ces s institutions de concertation l’insuffisance de leurs travaux. Ce n’est pas sans raison. Ceci étant lorsque les réflexions et propositions sont pertinentes, elles sont rarement prises en compte. Cela vaut surtout pour le niveau national mais tout autant pour les autres échelons de décision y compris le niveau local.

Le sommet de l’hypocrisie est sans doute atteint lorsque à l’initiative d’élus écolos ou de macronistes, on désigne au hasard des citoyens pour siéger dans ces organismes de concertation. Du coup on a vite fait de démonter les propositions ésotériques de ces organismes.

La période se caractérise en effet par une grande complexification des problématiques économique, technologique, environnementale et sociétale.En plus avec des interactions systémiques multiples qui échappent aux analyses simplistes

L’étude trop fragmentée et  trop partisane des phénomènes constitue un des facteurs explicatifs essentiels  de l’incompréhension des transformations structurelles que nous vivons.  La compréhension de la  complexité des transformations en cours implique une dépassement des clivages partisans , une  ouverture d’esprit aux idées différentes. La pluralité des approches permet d’éviter le sectarisme.  L’indépendance et la pertinence de l’information constituent un enjeu stratégique pour comprendre les mutations actuelles et au-delà pour les maîtriser. Autant d’exigences qui échappent  le plus souvent aux grilles d’analyse obsolète de nombre de partis politiques.

Une nouvelle démocratie passe aussi par une modification du processus d’émergence des futurs élus..

Aujourd’hui n’importe qui peut se présenter sans aucune compétence, sans aucune expérience, sans aucune légitimité. Ainsi par exemple un énarque peut se parachuter dans une région dont il ne connaît rien pour devenir député. C’est aussi le même phénomène souvent rencontré aux autres niveaux d’élection où n’importe quel citoyen lambda prétend pouvoir diriger une communauté de citoyens alors qu’il n’a préalablement aucun passé social. C’est ainsi l’occasion pour nombre d’opportunistes de faire des petites carrières politiques bien rémunérées.

Difficile de comprendre ce simplisme dans l’émergence des candidats à la candidature. En général dans les organisations sociales,  on estime qu’il faut presque 10 ans pour former un responsable  national. En politique en quelques mois n’importe qui peut se parachuter et devenir responsable du pays.

Autre élément complexe de la problématique démocratique , la contradiction permanente entre le souci de plaire à l’électeur pour être élu et l’efficacité. Une contradiction permanente gérée par la démagogie et le mensonge. De ce point de vue, un minimum d’éthique serait nécessaire. Cette contradiction centrale alimente tous les rejets du politique.

Il faut aussi convenir que les médias et autres institutions intermédiaires ne jouent pas suffisamment leur rôle de filtre d’évaluation et d’animation du débat. Pas étonnant, la plupart des médias nationaux comme régionaux dépendent d’intérêts financiers qui soutiennent des candidats qui leur sont proches. Le pire est sans doute atteint avec la presse régionale et locale dont la ligne éditoriale se résume à la tribune des chats écrasés, des louanges éhontés en faveur des élus en place et à la reprise bête et méchante des informations des agences. Les autres médias ne sont guère non plus à la hauteur qu’il s’agisse de la télévision, des radios ou même d’Internet où la pire côtoie le meilleur surtout en plus avec l’anonymat qui encourage n’importe quelle dérive.

Pour tout dire, ce ne sont pas simplement les modalités d’élections qui sont à revoir ( vote obligatoire, vote par Internet etc.) mais le contenu même et les modalités de gestion d’une démocratie vivante. Ce n’est pas le référendum à tout faire qui réglera cette question complexe mais sans doute un long débat, profond, argumentée, large pour moderniser un système démocratique demeuré à l’èré néandertalienne.

 

Hôpital : pour la démocratie à tous les étages …et la gestion ?

Hôpital : pour  la démocratie à tous les étages …et la gestion ?

 

 

Comme la gauche bien pensante, la sociologue Dominique Méda invite Dans le Monde à se libérer des contraintes quantitatives en les remplaçant par la démocratie. Pas sûr que la gestion y trouve son compte. En effet si certains services sont particulièrement tendus d’autres en revanche mériteraient un sérieux audit. Ce qui manque à l’hôpital c’est surtout la cohérence de gestion. Les hôpitaux qui ont fait d’extraordinaires progrès scientifiques demeurent cependant aujourd’hui des sortes d’usines ingérables précisément du fait de l’autonomie des services

Chronique.

 

Jeudi 3 juin, l’association Notre hôpital, c’est vous a donné le coup d’envoi d’un projet de référendum d’initiative partagée (RIP) sur l’hôpital public. Si 185 parlementaires et 4,7 millions de nos concitoyens soutiennent celui-ci, une proposition de loi « garantissant l’égalité d’accès aux soins sur tout le territoire » serait soumise au vote des Français.


Son idée maîtresse est que « le fonctionnement des hôpitaux doit prioritairement être tourné vers la réponse aux besoins en santé ». La formulation est surprenante. N’est-il pas évident que l’hôpital est une institution entièrement organisée pour apporter une réponse adaptée aux besoins de santé de la population ? N’est-ce pas d’ailleurs l’objet des discussions qui ont lieu chaque année depuis 1996 au Parlement, lors de l’examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le PLFSS ? Et l’Objectif national des dépenses d’assurance-maladie, l’Ondam – le total des sommes consacrées à la prise en charge collective des dépenses de santé, fixé au terme de ces débats –, n’est-il pas censé être le résultat d’une discussion bien informée ? N’est-ce pas au terme de celle-ci que les moyens nécessaires sont affectés aux différents volets de la politique de santé française ?

Alors que les hospitaliers se plaignent depuis plusieurs années de la crise qui affecte l’hôpital et maltraite soignants et patients, plusieurs publications confirment qu’il n’en est rien. Issues tant du monde de la recherche que de hauts fonctionnaires, pourtant d’habitude réticents à s’exprimer, elles dévoilent les logiques à l’œuvre depuis deux décennies.

Dans un article publié par Les Tribunes de la santé juste avant l’irruption de la crise sanitaire, Pierre-Louis Bras, ancien directeur de la Sécurité sociale et membre de l’inspection générale des affaires sociales, décortique le processus qui a conduit au malaise des soignants et au risque de submersion de l’hôpital. Il ouvre la boîte noire de la fabrique de ce chiffre fétiche. « L’Ondam constitue un élément majeur de la régulation des finances publiques, plus que le résultat d’une délibération sur la politique de santé. La démarche est fondamentalement descendante, la politique des finances publiques (objectif visé pour le niveau du déficit public, objectif visé pour le niveau des prélèvements obligatoires…) dicte le niveau de l’Ondam et les hôpitaux publics doivent s’y adapter », écrit-il.

Fixée hors d’une réelle prise en considération des besoins de santé et de l’activité des hôpitaux, imposée à ces derniers, mais aussi à la majorité parlementaire, systématiquement trop faible pour couvrir l’augmentation de l’activité, l’évolution de l’Ondam s’est traduite depuis des années par un rationnement du nombre de lits, des effectifs et des salaires et par un fort accroissement de la productivité des soignants dont l’aggravation des conditions de travail est parfaitement visible dans les enquêtes… et dans la rue.

Politique–Gifle Macron : vent mauvais sur la démocratie

Politique–Gifle Macron : vent mauvais sur la démocratie

 

L’agression d’Emmanuel Macron, le 8 juin, dans la Drôme, est le point d’orgue d’un début de campagne délétère, qu’une série de polémiques et de surenchères des extrêmes ont radicalisé. (Papier du « Monde »)

 

Le deuxième déplacement du président de la République, mardi 8 juin, dans la Drôme, pour tâter le pouls d’un pays qui se déconfine, a été marqué par un incident choquant. Un homme poussant le cri royaliste « Montjoie ! Saint-Denis ! » et « A bas la Macronie » a giflé Emmanuel Macron, qui venait de visiter un lycée hôtelier à Tain-l’Hermitage.

Ce n’est pas la première fois, sous la Ve République, que le plus haut personnage de l’Etat se trouve la cible de groupes ou d’individus haineux : l’OAS avait tiré sur Charles de Gaulle en 1962, à la fin de la guerre d’Algérie ; un jeune homme de 25 ans, Maxime Brunerie, avait tenté d’atteindre Jacques Chirac avec un fusil.22 Long Rifle lors du défilé du 14 juillet 2002. L’agression, cette fois, est nettement moins dramatique. Pourtant, cette gifle décochée pendant un bain de foule, filmée par un complice et immédiatement diffusée sur Twitter à des fins de propagande, a une portée symbolique forte : elle signe une époque dominée par la transgression, résume une ambiance marquée par la violence. Un vent mauvais souffle sur la démocratie.

 

Chaque citoyen a le droit d’aimer ou de ne pas aimer le président de la République ; cela relève de son intime conviction. Mais gifler le président de la République, ne pas lui reconnaître le droit de représenter tous les Français dès lors qu’il a été élu, c’est mettre à bas toutes les règles de la démocratie représentative ; c’est contester tout ce qui organise le vivre-ensemble. Intervenant à l’Assemblée nationale quelques heures après l’incident, le premier ministre, Jean Castex, a, à juste titre, appelé au « sursaut républicain » car, même si Emmanuel Macron a, de son côté, minimisé l’agression, qu’il a qualifiée d’« acte isolé », une menace pèse sur la démocratie française.

Depuis des années, la violence monte à l’encontre des élus de la République, qu’ils soient maires, députés ou sénateurs, et des membres de l’exécutif. Violence verbale et violence physique, attisées par le carburant des réseaux sociaux. Sur ces derniers, l’insatisfaction personnelle ressentie par nombre de nos concitoyens enfle et se trouve légitimée, car tout peut s’y dire, tout peut s’y plaider – le vrai comme le faux, dans une ambiance survoltée au sein d’une même boucle d’affidés qui s’auto-alimente. Il en résulte une radicalisation du climat politique et un appauvrissement du débat public, deux poisons pour la République.

La gifle s’inscrit dans ce contexte. S’il était rassurant, mardi 8 juin, d’entendre le concert unanime de condamnations allant de l’extrême droite à l’extrême gauche, il était en revanche inquiétant de se souvenir de ce qui avait alimenté le débat politique deux jours plus tôt. Candidat pour la troisième fois à l’élection présidentielle, le leader des « insoumis », Jean-Luc Mélenchon avait déclenché un légitime torrent d’indignations en tenant un discours complotiste, considérant comme « écrit d’avance » qu’un « grave incident ou un meurtre se produirait dans la dernière semaine de la campagne présidentielle ».

 

Il avait réagi en dénonçant une « ambiance violente » entretenue par ses détracteurs puis braqué les projecteurs sur « l’appel au meurtre » d’une vidéo visant ses propres troupes. Réalisée par un youtubeur d’extrême droite, cette dernière, qui simulait l’exécution d’un électeur de LFI, a été saluée par un commentaire amusé d’un chroniqueur, Eric Zemmour, à qui il est prêté des ambitions présidentielles. Cette surenchère entre les extrêmes résume toute la problématique du moment : qui saura ramener un peu de raison dans le débat public ?

Démocratie africaine : suspension de Twitter au Nigéria

Démocratie africaine : suspension de Twitter au Nigéria

 

On dirait que la doctrine politique chinoise gagne du terrain en Afrique. Pas étonnant la dictature communiste contamine de plus en plus de pays africains en utilisant tous les moyens : idéologiques, diplomatiques mais aussi financiers quitte d’ailleurs à enfoncercomplètement les finances des pays considérés.

 

Il semblerait que la Chineait aussi convaincu le Nigéria de se passer de la liberté d’expression avec la suspension de Twitter au Nigéria.

L’annonce du gouvernement nigérian a très largement fait réagir les internautes sur Twitter, où une vague de messages d’indignation a déferlé. «Cette action répressive est une tentative claire de censurer la contestation et d’étouffer l’espace civique», s’est indigné Anietie Ewang, chercheuse au Nigeria pour Human Rights Watch (HRW). «C’est le summum du musellement de la liberté d’expression qui ne peut se produire que dans les dictatures», a écrit l’analyste nigérian Bulama Bukarti. «Cela restera dans l’histoire comme l’une des plus grandes erreurs de Buhari et l’un de ses plus grands désastres en matière de relations publiques», a-t-il ajouté.

L’ONG Amnesty International a appelé les autorités «à annuler immédiatement la suspension illégale et les autres projets visant à bâillonner les médias, à réprimer l’espace civique et à porter atteinte aux droits humains des Nigérians». «Cette action est clairement incohérente et incompatible avec les obligations internationales du Nigeria, notamment en vertu de la Charte africaine des droits de l’Homme», a dénoncé l’organisation.

Le Nigeria est la plus grande démocratie en Afrique, mais le gouvernement est très régulièrement pointé du doigt par les organisations de défense des droits humains.

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