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Semaine en 4 jours : déclin de la valeur travail….et de la compétitivité ?

Semaine en 4 jours : déclin de    la valeur travail….et de la compétitivité   ? 

 À juste titre le président de la CPME Paris s’interroge sur la dérive de la valeur travail surtout avec la proposition de la semaine en quatre jours. Déjà les 35 heures avaient constitué un énorme choc de compétitivité mais aussi avait engagé un processus de délitement de la valeur travail y compris chez les cadres. Or globalement la France accuse un retard considérable concernant la proportion d’actifs potentiels réellement au travail. Un handicap de productivité et de compétitivité. Alors que perdurent les difficultés de recrutement, le Président de la CPME Paris Bernard Cohen-Hadad et fondateur du think tank Etienne Marcel donne la priorité à la valeur travail.( dans la Tribune)

Alors que perdurent les difficultés de recrutement, la question de la qualité de vie et des conditions de travail revient au cœur du débat. Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Gabriel Attal a demandé à ses ministres d’expérimenter au sein de leurs administrations la semaine « en » 4 jours, à salaire et temps de travail constants, afin de renforcer l’attractivité et la fidélisation de la fonction publique, et d’offrir un meilleur équilibre de vie aux agents.

Dans la fonction publique, l’intérêt d’une carrière linéaire et statutaire compense en effet de moins en moins, pour les jeunes diplômés, le manque de reconnaissance salariale et sociale. La semaine en 4 jours pourrait aussi permettre d’allonger l’amplitude horaire d’ouverture des services publics aux usagers.

Et si cette quantité accrue s’accompagnait d’une qualité de service renforcée, elle pourrait véritablement améliorer la satisfaction des usagers.

Mais les risques sont nombreux, pour la fonction publique comme pour l’entreprise privée du reste. L’expérimentation augure d’abord mal d’une volonté d’agir de l’exécutif dans le domaine de la réforme de la fonction publique, pourtant indispensable pour contribuer à réduire la dette publique et à restaurer notre souveraineté financière. Elle pourrait également réduire les jours ouvrés de service des administrations.

Avec 1h50 de plus par jour, le nouveau rythme de travail risque d’augmenter la pénibilité du travail, altérant non seulement la qualité de vie au travail, mais aussi la qualité de service des administrations et des entreprises. Ce rythme risque encore de compliquer l’exercice des responsabilités familiales. L’expérimentation n’a d’ailleurs pas rencontré le succès chez les agents des Urssaf de Picardie où elle était testée pour la première fois pendant un an…

La semaine de travail en 4 jours revient à accorder 47 jours de temps libre supplémentaires par an. C’est reléguer un peu plus le travail dans l’organisation de la semaine et de l’année. C’est apporter de l’eau au moulin des chantres de la remise en cause de la valeur travail, qu’ils annoncent la fin du travail ou dénoncent les bullshit jobs.

Depuis l’humanisme des Lumières, le travail a pourtant toujours occupé un rôle structurant pour l’homme dans la société. Et plus que toute autre organisation économique, les TPE-PME accordent une grande valeur au travail. Car c’est par les statuts individuels et collectifs que les individus reçoivent considération et reconnaissance. Valoriser le travail permet ainsi de faire société au double sens économique, de l’entreprise, et citoyen, de la collectivité.

Expérimenter la semaine en 4 jours, c’est finalement ne pas travailler moins pour risquer de ne pas travailler mieux ! En tout état de cause, l’expérimentation ne saurait aboutir à l’élaboration d’une norme générale. Dans la fonction publique comme dans l’entreprise privée, il faut du cas par cas, sur la base du volontariat ou des recommandations de branches.

Alors que près de deux entrepreneurs de TPE-PME sur trois renoncent encore à des marchés ou réduisent leur activité en raison des difficultés de recrutement, de trop nombreux candidats à l’emploi continuent de décliner des offres, parfois à la moindre contrainte. C’est pourquoi la priorité des priorités doit être de redonner le goût et la fierté du travail « bien fait » à ceux qui s’en détournent, parfois pour lui préférer des revenus sociaux. Dans cette perspective, la « valeur travail » doit redevenir une valeur plus consensuelle au sein de la société, à droite, à gauche et ailleurs.

À cette fin, il est nécessaire de réfléchir, de se positionner et d’agir sur le nouveau sens du travail et le nouvel engagement au travail dans une société, tout à la fois de plus en plus complexe et éduquée, où « l’individu citoyen » ne se contente plus de satisfaire ses besoins élémentaires au travail mais veut satisfaire, et à raison, son besoin de s’accomplir pleinement.

Société-Evolution Démographique : le déclin de la France entre peurs et individualisme

Evolution Démographique : le déclin de la France entre peurs et individualisme

La plus grande faiblesse structurelle de la France est sans doute la baisse tendancielle de sa natalité qui conduit à terme inévitablement vers le déclin. Notons par parenthèses que c’est aussi le même phénomène qui se produit ailleurs y compris en Chine ( sauf dans les pays très pauvres). En cause évidemment des changements sociétaux notamment en matière d’égalité hommes femmes, le recentrage des valeurs sur l’individualisme mais aussi et surtout des conditions économiques de plus en plus incertaines et lourdes qui découragent la perspective d’une grande famille. Une grande famille qui paye plus que les autres le coût de la crise économique notamment de l’inflation. À cela s’ajoute une absence totale de politique de la natalité depuis des dizaines et des dizaines d’années.

Dans son étude démographique dévoilée ce mardi 16 janvier, l’Insee a dressé un bilan particulièrement alarmant. « La fécondité en France s’établit à 1,68 enfant par femme. En 2022, ce taux était à 1,8 enfant par femme. C’est le niveau le plus faible jamais enregistré depuis 1993 », a déclaré Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, lors d’un point presse. « La fécondité baisse pour toutes les classes d’âge et même pour les trentenaires qui étaient moins concernées auparavant », ajoute la spécialiste. Au total, la France comptait 68,3 millions d’habitants en 2023 contre 68,1 millions en 2022. Il y a 40 ans, l’Hexagone avait recensé 55,5 millions d’habitants sur son territoire.

L’Hexagone a recensé 48.000 naissances de moins en seulement une année. C’est une diminution « importante ».« Entre 2005 et 20215, la France comptait autour de 800.000 naissances. Elles ne cessent de diminuer depuis hormis le rebond de 2021 », indique Sylvie Le Minez. Sur une longue période, il s’agit du plus faible nombre de naissances depuis 1957 selon les fichiers fournis par l’institut de statistiques. Comment expliquer la chute des dernières années ? « La baisse de la fécondité pourrait renvoyer à un contexte économique moins favorable, l’inflation, la difficile conciliation vie familiale/vie professionnelle », a avancé Sylvie Le Minez.

Made with Flourish
Pressées par l’inflation, les familles avec enfants sont en première ligne face aux dépenses alimentaires. La semaine dernière, le Haut conseil à la famille a livré un rapport particulièrement préoccupant sur les répercussions de l’envolée des prix sur le budget des familles avec enfants. « Les privations ont augmenté pour les familles dans cette période d’inflation », a alerté l’économiste de l’OFCE Hélène Périvier, lors de la présentation du rapport.

Quant au solde naturel, c’est à dire la différence entre les naissances et les décès, il affiche un résultat positif en 2023 à 47.000. Mais c’est un plus bas depuis des décennies. « Depuis 2006, le solde naturel a tendance à baisser en raison d’une baisse des naissances et d’une hausse des décès. La génération du baby boom est arrivée à des niveaux d’âge élevé. C’est le solde naturel le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale », a résumé Sylvie Le Minez.

S’agissant du solde migratoire, c’est à dire la différence entre les arrivées et les départs de migrants, il s’établit à 183.000, soit un niveau relativement stable par rapport aux deux années précédentes et supérieur à 2019 (128.000). Reste à savoir si ce chiffre se maintiendra alors que le projet de loi sur l’immigration récemment voté à l’Assemblée nationale vise à serrer la vis sur les flux migratoires.

Evolution Démographique : le déclin de la France entre peurs et individualisme

Evolution Démographique : le déclin de la France entre peurs et individualisme

La plus grande faiblesse structurelle de la France est sans doute la baisse tendancielle de sa natalité qui conduit à terme inévitablement vers le déclin. Notons par parenthèses que c’est aussi le même phénomène qui se produit en Chine. En cause évidemment des changements sociétaux notamment en matière d’égalité hommes femmes, le recentrage des valeurs sur l’individualisme mais aussi et surtout des conditions économiques de plus en plus incertaines et lourdes qui découragent la perspective d’une grande famille. Une grande famille qui paye plus que les autres le coût de la crise économique notamment de l’inflation. À cela s’ajoute une absence totale de politique de la natalité depuis des dizaines et des dizaines d’années.

Dans son étude démographique dévoilée ce mardi 16 janvier, l’Insee a dressé un bilan particulièrement alarmant. « La fécondité en France s’établit à 1,68 enfant par femme. En 2022, ce taux était à 1,8 enfant par femme. C’est le niveau le plus faible jamais enregistré depuis 1993 », a déclaré Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, lors d’un point presse. « La fécondité baisse pour toutes les classes d’âge et même pour les trentenaires qui étaient moins concernées auparavant », ajoute la spécialiste. Au total, la France comptait 68,3 millions d’habitants en 2023 contre 68,1 millions en 2022. Il y a 40 ans, l’Hexagone avait recensé 55,5 millions d’habitants sur son territoire.

L’Hexagone a recensé 48.000 naissances de moins en seulement une année. C’est une diminution « importante ».« Entre 2005 et 20215, la France comptait autour de 800.000 naissances. Elles ne cessent de diminuer depuis hormis le rebond de 2021 », indique Sylvie Le Minez. Sur une longue période, il s’agit du plus faible nombre de naissances depuis 1957 selon les fichiers fournis par l’institut de statistiques. Comment expliquer la chute des dernières années ? « La baisse de la fécondité pourrait renvoyer à un contexte économique moins favorable, l’inflation, la difficile conciliation vie familiale/vie professionnelle », a avancé Sylvie Le Minez.

Made with Flourish
Pressées par l’inflation, les familles avec enfants sont en première ligne face aux dépenses alimentaires. La semaine dernière, le Haut conseil à la famille a livré un rapport particulièrement préoccupant sur les répercussions de l’envolée des prix sur le budget des familles avec enfants. « Les privations ont augmenté pour les familles dans cette période d’inflation », a alerté l’économiste de l’OFCE Hélène Périvier, lors de la présentation du rapport.

Quant au solde naturel, c’est à dire la différence entre les naissances et les décès, il affiche un résultat positif en 2023 à 47.000. Mais c’est un plus bas depuis des décennies. « Depuis 2006, le solde naturel a tendance à baisser en raison d’une baisse des naissances et d’une hausse des décès. La génération du baby boom est arrivée à des niveaux d’âge élevé. C’est le solde naturel le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale », a résumé Sylvie Le Minez.

S’agissant du solde migratoire, c’est à dire la différence entre les arrivées et les départs de migrants, il s’établit à 183.000, soit un niveau relativement stable par rapport aux deux années précédentes et supérieur à 2019 (128.000). Reste à savoir si ce chiffre se maintiendra alors que le projet de loi sur l’immigration récemment voté à l’Assemblée nationale vise à serrer la vis sur les flux migratoires.

Evolution Démographique : le déclin de la France

Evolution Démographique : le déclin de la France

La plus grande faiblesse structurelle de la France est sans doute la baisse tendancielle de sa natalité qui conduit à terme inévitablement vers le déclin. Notons par parenthèses que c’est aussi le même phénomène qui se produit en Chine. En cause évidemment des changements sociétaux notamment en matière d’égalité hommes femmes mais aussi et surtout des conditions économiques de plus en plus incertaines et lourdes qui découragent la perspective d’une grande famille. Une grande famille qui paye plus que les autres le coût de la crise économique notamment de l’inflation. À cela s’ajoute une absence totale de politique de la natalité depuis des dizaines et des dizaines d’années.

Dans son étude démographique dévoilée ce mardi 16 janvier, l’Insee a dressé un bilan particulièrement alarmant. « La fécondité en France s’établit à 1,68 enfant par femme. En 2022, ce taux était à 1,8 enfant par femme. C’est le niveau le plus faible jamais enregistré depuis 1993 », a déclaré Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, lors d’un point presse. « La fécondité baisse pour toutes les classes d’âge et même pour les trentenaires qui étaient moins concernées auparavant », ajoute la spécialiste. Au total, la France comptait 68,3 millions d’habitants en 2023 contre 68,1 millions en 2022. Il y a 40 ans, l’Hexagone avait recensé 55,5 millions d’habitants sur son territoire.

L’Hexagone a recensé 48.000 naissances de moins en seulement une année. C’est une diminution « importante ».« Entre 2005 et 20215, la France comptait autour de 800.000 naissances. Elles ne cessent de diminuer depuis hormis le rebond de 2021 », indique Sylvie Le Minez. Sur une longue période, il s’agit du plus faible nombre de naissances depuis 1957 selon les fichiers fournis par l’institut de statistiques. Comment expliquer la chute des dernières années ? « La baisse de la fécondité pourrait renvoyer à un contexte économique moins favorable, l’inflation, la difficile conciliation vie familiale/vie professionnelle », a avancé Sylvie Le Minez.

Made with Flourish
Pressées par l’inflation, les familles avec enfants sont en première ligne face aux dépenses alimentaires. La semaine dernière, le Haut conseil à la famille a livré un rapport particulièrement préoccupant sur les répercussions de l’envolée des prix sur le budget des familles avec enfants. « Les privations ont augmenté pour les familles dans cette période d’inflation », a alerté l’économiste de l’OFCE Hélène Périvier, lors de la présentation du rapport.

Quant au solde naturel, c’est à dire la différence entre les naissances et les décès, il affiche un résultat positif en 2023 à 47.000. Mais c’est un plus bas depuis des décennies. « Depuis 2006, le solde naturel a tendance à baisser en raison d’une baisse des naissances et d’une hausse des décès. La génération du baby boom est arrivée à des niveaux d’âge élevé. C’est le solde naturel le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale », a résumé Sylvie Le Minez.

S’agissant du solde migratoire, c’est à dire la différence entre les arrivées et les départs de migrants, il s’établit à 183.000, soit un niveau relativement stable par rapport aux deux années précédentes et supérieur à 2019 (128.000). Reste à savoir si ce chiffre se maintiendra alors que le projet de loi sur l’immigration récemment voté à l’Assemblée nationale vise à serrer la vis sur les flux migratoires.

Démographie : le déclin de la France

Démographie : le déclin de la France

La plus grande faiblesse structurelle de la France est sans doute la baisse tendancielle de sa natalité qui conduit à terme inévitablement vers le déclin. Notons par parenthèses que c’est aussi le même phénomène qui se produit en Chine. En cause évidemment des changements sociétaux notamment en matière d’égalité hommes femmes mais aussi et surtout des conditions économiques de plus en plus incertaines et lourdes qui découragent la perspective d’une grande famille. Une grande famille qui paye plus que les autres le coût de la crise économique notamment de l’inflation. À cela s’ajoute une absence totale de politique de la natalité depuis des dizaines et des dizaines d’années.

Dans son étude démographique dévoilée ce mardi 16 janvier, l’Insee a dressé un bilan particulièrement alarmant. « La fécondité en France s’établit à 1,68 enfant par femme. En 2022, ce taux était à 1,8 enfant par femme. C’est le niveau le plus faible jamais enregistré depuis 1993 », a déclaré Sylvie Le Minez, responsable de l’unité des études démographiques et sociales de l’Insee, lors d’un point presse. « La fécondité baisse pour toutes les classes d’âge et même pour les trentenaires qui étaient moins concernées auparavant », ajoute la spécialiste. Au total, la France comptait 68,3 millions d’habitants en 2023 contre 68,1 millions en 2022. Il y a 40 ans, l’Hexagone avait recensé 55,5 millions d’habitants sur son territoire.

L’Hexagone a recensé 48.000 naissances de moins en seulement une année. C’est une diminution « importante ».« Entre 2005 et 20215, la France comptait autour de 800.000 naissances. Elles ne cessent de diminuer depuis hormis le rebond de 2021 », indique Sylvie Le Minez. Sur une longue période, il s’agit du plus faible nombre de naissances depuis 1957 selon les fichiers fournis par l’institut de statistiques. Comment expliquer la chute des dernières années ? « La baisse de la fécondité pourrait renvoyer à un contexte économique moins favorable, l’inflation, la difficile conciliation vie familiale/vie professionnelle », a avancé Sylvie Le Minez.

Made with Flourish
Pressées par l’inflation, les familles avec enfants sont en première ligne face aux dépenses alimentaires. La semaine dernière, le Haut conseil à la famille a livré un rapport particulièrement préoccupant sur les répercussions de l’envolée des prix sur le budget des familles avec enfants. « Les privations ont augmenté pour les familles dans cette période d’inflation », a alerté l’économiste de l’OFCE Hélène Périvier, lors de la présentation du rapport.

Quant au solde naturel, c’est à dire la différence entre les naissances et les décès, il affiche un résultat positif en 2023 à 47.000. Mais c’est un plus bas depuis des décennies. « Depuis 2006, le solde naturel a tendance à baisser en raison d’une baisse des naissances et d’une hausse des décès. La génération du baby boom est arrivée à des niveaux d’âge élevé. C’est le solde naturel le plus faible depuis la Seconde Guerre mondiale », a résumé Sylvie Le Minez.

S’agissant du solde migratoire, c’est à dire la différence entre les arrivées et les départs de migrants, il s’établit à 183.000, soit un niveau relativement stable par rapport aux deux années précédentes et supérieur à 2019 (128.000). Reste à savoir si ce chiffre se maintiendra alors que le projet de loi sur l’immigration récemment voté à l’Assemblée nationale vise à serrer la vis sur les flux migratoires.

Economie et Société- Le déclin de la valeur travail en France

Economie et Société- Le déclin de la valeur travail en France

Les Français sont ambivalents dans leur nouveau rapport au travail. Ils peuvent l’aimer, mais de plus loin, être moins motivés, rester impliqués, selon une enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès ( extrait)


« L’Opinion » publie en exclusivité une étude de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès sur le monde du travail vu par les salariés
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L’Ifop n’en finit pas de sonder la vie au travail, terrain de doutes et d’interrogations depuis la crise sanitaire. Après sa note pour la Fondation Jean-Jaurès, « Plus rien ne sera jamais comme avant dans sa vie au travail », en juillet 2022, voici « Je t’aime, moi non plus : les ambivalences du nouveau rapport au travail », toujours pour la Fondation. Les deux auteurs, Flora Baumlin et Romain Bendavid, respectivement directrice d’études et directeur de l’expertise corporate et work experience de l’Ifop, partent de cette hypothèse : le travail occupe une place moins centrale dans nos vies. Ils affinent ce constat tout en le nourrissant d’explications.

La crise sanitaire a modifié nos modes de vivre, de consommer et de travailler, mais a aussi accru la valorisation du temps libre et de la sphère privée. Plus précisément, quel est son impact sur la motivation et le rapport à l’effort des individus ? Une enquête d’opinion menée en partenariat avec l’Ifop, et dont les résultats sont analysés par Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier, permet de faire le point.

Chacun le voit bien avec l’apparition d’un certain nombre de sujets dans le débat public depuis ce moment inédit : la Covid-19 et les confinements ont accéléré et modifié nos modes de vie et nos façons de consommer, ont impacté en profondeur notre rapport au travail et nos liens familiaux, mais ont aussi accru la valorisation du temps libre et de la sphère privée.
Un élément est néanmoins assez peu traité, bien que transversal et au cœur des phénomènes cités ci-dessus : l’impact de la Covid-19 sur la motivation et l’état psychologique des individus, ainsi que sur leur capacité à effectuer un effort mental et physique et à résister aux aléas de la vie.
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Une perte de motivation qui affecte près d’un Français sur trois

Depuis la crise sanitaire, 30% des sondés déclarent être moins motivés qu’avant. Si près de six de nos concitoyens sur dix ne semblent pas avoir été affectés psychologiquement par cette épreuve, la balance est nettement négative, puisque seuls 12% des sondés se disent plus motivés qu’avant dans ce qu’ils font au quotidien, contre donc près d’un sur trois qui l’est moins.

C’est encore plus vrai chez les plus jeunes, avec 40% des 25-34 ans indiquant être moins motivés qu’avant (contre seulement 21% des plus de soixante-cinq ans).
Si cette baisse de motivation affecte avec la même intensité toutes les classes sociales, deux éléments semblent importants à mentionner. D’une part, les personnes résidant en région parisienne, pour qui les conditions matérielles du confinement ont été particulièrement pesantes et dont on sait qu’elles ont vécu plus que la moyenne des actifs français la vie en télétravail durant et après la pandémie, semblent plus touchées : 41% des habitants de région parisienne disent être moins motivés qu’avant dans leur vie quotidienne, contre 29% des personnes qui habitent dans les communes urbaines de province et 22% des habitants de zone rurale. D’autre part, la baisse de motivation ne frappe pas de manière homogène les différentes familles politiques. Ainsi, quand 44% des sympathisants de La France insoumise disent être moins motivés qu’avant, ce n’est le cas que de 23% des sympathisants de la majorité présidentielle et de 27% des sympathisants des Républicains.
L’effet de traîne de la Covid-19 : quatre individus sur dix se sentent plus fatigués qu’avant la pandémie

Cette perte de motivation n’est sans doute pas sans lien avec la fatigue accumulée à l’occasion des épreuves occasionnées par la pandémie. En effet, d’après notre enquête, 41% des Français se sentent plus fatigués qu’avant la crise liée à la Covid-19 après un effort physique, contre 54% qui ne ressentent pas de changement et seulement 5% qui ont la sensation d’être moins fatigués qu’avant suite à un effort physique.

La sensation d’une fatigue plus importante qu’avant la Covid-19 à l’occasion d’un effort physique affecte aussi bien les hommes (41%) que les femmes (40%) et semble assez homogènement répandue dans les différents milieux sociaux, classes d’âge et territoires. Nous sommes donc en présence d’un phénomène transversal. Cet effet de traîne de la Covid-19 influe sur le moral de la population. Ainsi, 70% des personnes qui se sentent moins motivées qu’avant la Covid-19 se disent plus fatiguées, contre 41% en moyenne de la population.

On notera par ailleurs que 28% des 18-24 ans indiquent faire moins de sport et d’activités physiques par rapport à ce qu’ils faisaient avant la crise sanitaire.

Les problèmes physiques de la population et de la jeune génération sont régulièrement documentés depuis plusieurs années maintenant. Ainsi, lorsqu’on compare les résultats à certains tests physiques passés par les adolescents des années 1990 avec ceux passés par les adolescents d’aujourd’hui, on s’aperçoit que ces derniers ont perdu, par exemple, un quart de leur capacité pulmonaire en raison du développement de la sédentarité, alimentée notamment par les écrans4. Conséquence : les jeunes de 2022 mettraient 90 secondes de plus à courir 1 600 mètres qu’il y a trente ans5. Par ailleurs, selon une étude du Crédoc, un jeune sur quatre entre seize et vingt-cinq ans déclare faire peu d’activités physiques ou sportives (moins de trois fois par mois), voire aucune6. Consciente de cette dégradation de l’état physique général de la jeunesse, Santé publique France a lancé en septembre dernier une nouvelle campagne de communication intitulée : « Faire bouger les ados, c’est pas évident. Mais les encourager c’est important ». De son côté, l’Armée de Terre a décidé de faire évoluer le contrôle de la condition physique générale de ses soldats, qui ne compte plus que trois épreuves au lieu de quatre précédemment.

Ce qui est intéressant, et témoigne d’un mouvement profond qui touche la société, notamment la jeune génération, c’est que ces derniers invoquent le « manque de temps » comme motif principal de leur absence de pratique sportive (45% des 16-25 ans citent le manque de temps devant la surcharge de travail, 37%, dans une enquête récente du Crédoc10), nous révélant de fait leur difficulté à se motiver à « prendre du temps » pour réaliser une quelconque activité dès que celle-ci s’avère éloignée de leur zone de confort.

Au travail , on constate cette instabilité émotionnelle. Le nombre d’arrêts maladie en France en 2022 a explosé, 42% des salariés s’étant vus prescrire un arrêt maladie cette année (un chiffre plus important qu’avant la Covid-19). Plus intéressant pour notre sujet, les troubles psychologiques et l’épuisement professionnel, principaux motifs des arrêts longs, sont désormais à l’origine de 20% des arrêts maladie, dépassant pour la première fois les troubles musculo-squelettiques (16%).

D’une façon générale, notre enquête corrobore l’hypothèse d’une fragilisation psychologique et mentale accrue depuis la crise sanitaire, et plus particulièrement une perte de résistance psychologique et mentale dans la jeune génération pour faire face aux événements et aux aléas de la vie. En effet, si 31% des Français disent ne pas se sentir suffisamment solides mentalement pour tout affronter dans leur vie quotidienne, c’est le cas de 40% des 25-34 ans. Cette fragilisation psychologique depuis la crise sanitaire semble par ailleurs (au moins en déclaratif) toucher davantage les femmes que les hommes : quand 24% des hommes disent ne pas se sentir suffisamment solides mentalement pour faire face aux événements dans leur vie quotidienne, c’est le cas de 37% des femmes.
On retrouve ce phénomène de fragilisation quant à l’« envie de pleurer » exprimée par la jeune génération (parfois appelée « génération snowflake », en référence au flocon de neige qui fond à la première chaleur). Si 14% des Français disent avoir durant la journée davantage envie de pleurer depuis la crise sanitaire, c’est le cas de 20% des 25-34 ans. Ici aussi, une différence femmes-hommes s’observe : quand 11% des hommes disent avoir davantage envie de pleurer durant leur journée depuis la crise liée à la Covid-19, c’est le cas de 17% des femmes.

Un autre ressort de cette plus grande vulnérabilité des individus depuis la crise sanitaire est à chercher selon nous du côté du rapport que la société entretient à la frustration. La crise sanitaire ayant renforcé la société du sur-mesure et de l’immédiateté dans laquelle le citoyen est d’abord perçu comme un client (le boom des livraisons à domicile incarnées par Deliveroo et Uber durant cette période en est l’une des illustrations, comme nous le verrons plus bas), le seuil de patience des individus s’est considérablement abaissé durant cette période, ces derniers ayant de plus en plus de mal à gérer leur frustration. Dans notre enquête, 44% des Français disent avoir de plus en plus de mal à patienter avant d’obtenir quelque chose, dont 53% des 25-34 ans.
Cette moindre appétence à sortir de chez soi a évidemment des conséquences sur des secteurs qui reposent d’abord et avant tout sur l’accueil du public. Bien que l’industrie du cinéma, déjà mal en point avant même l’arrivée de la Covid-19, semble beaucoup insister ces derniers temps sur l’« effet prix » comme explication de la désertion du public18, avec, d’après le CNC, une baisse de 34% de nombre de tickets vendus en septembre dernier par rapport à septembre 2019 (avant Covid-19 donc), l’impact de cette épidémie de flemme ne doit pas, à notre sens, être négligé pour expliquer la difficulté à remplir actuellement les salles. En effet, le cinéma a de plus en plus de mal à lutter contre la flemme de sortir de chez soi, concurrencé par l’arrivée de nouveaux produits comme les vidéoprojecteurs, équipement dont les ventes croissent d’environ 50% par an depuis deux ans maintenant et qui s’était vendu à 50 000 exemplaires au premier semestre 202119. Au-delà des vidéoprojecteurs, l’arrivée des plateformes a par ailleurs alimenté cette propension des individus à adopter l’art de la flemme.

Une étude de l’Ifop montrait récemment que Netflix, Amazon, Prime Video ou encore Disney + avaient une incidence sur la fréquentation des salles de cinéma20 : depuis qu’elles se sont abonnées à une offre de vidéo à la demande, 29% des personnes interrogées déclarent « aller moins souvent au cinéma » et 12% « ne plus y aller du tout », soit quatre utilisateurs sur dix qui y vont moins ou n’y vont plus depuis l’épidémie de flemme.

Parallèlement à Netflix et consorts, la console de jeux, activité se pratiquant également à domicile, constitue un autre concurrent redoutable au cinéma, notamment parmi les adolescents et les jeunes adultes. Avec 2,4 millions de consoles et près de 1 million de PC Gaming vendus en 2021, l’industrie du jeu vidéo – dont la première console, l’Odyssey de Magnavox, sortait il y a cinquante ans – a enregistré une nouvelle performance record, avec un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros, soit une progression de +1,6% par rapport à 2020, qui avait déjà été une année exceptionnelle. En deux ans, le marché a évolué de 13,5%, ce qui fait dire à Julie Chalmette, présidente du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), que « le jeu vidéo continue de progresser vers de nouveaux sommets. L’année 2020 avait été extraordinaire, mais particulière en raison du contexte. Cette croissance confirmée en 2021 s’inscrit comme une véritable tendance de fond. Les Français n’ont jamais autant joué. Ils sont 73% à jouer occasionnellement et 58% régulièrement, soit une progression de 6 points par rapport à 202021. » Preuve de la place prise par l’industrie du jeu vidéo, celui-ci aura d’ailleurs droit pour la première fois cette année à son festival de Cannes (le Cannes Gaming Festival) du 24 au 26 février prochains, qui proposera une cérémonie de remise de prix à l’identique de celle qui existe pour le septième art.

Enfin, élément notable, cet attrait pour les jeux vidéo touche toutes les classes d’âge. Si un enfant sur deux joue tous les jours (52% des enfants), c’est également le cas d’un adulte sur trois (35%), selon le même syndicat. Nous sommes donc en présence d’une pratique massivement répandue.

L’appel du canapé semble ainsi très puissant. On le voit d’ailleurs dans notre enquête. Invités à donner leur opinion face à un certain nombre de mots, 74% des Français ont une image positive du « lit », dont 85% des 25-34 ans. Il en est de même pour le canapé : quand 59% indiquent avoir une image positive de ce mot, c’est le cas de 72% des 25-34 ans. Signe des temps, Le Petit Robert a annoncé que le terme « chiller » (de l’anglais « to chill » : prendre du bon temps à ne rien faire) fera son apparition dans son édition 2023.

En outre, la crainte d’un hiver rigoureux sur fond d’un chauffage réglé à 19 degrés pour limiter la consommation d’électricité et de gaz conforte et accélère le marché de la flemme : les Français se ruent ces derniers temps sur les plaids, objets symboliques de cette « civilisation du cocon », privilégiant les longs week-ends sur le canapé (civilisation très bien analysée par Vincent Cocquebert22). Chez Monoprix, par exemple, les équipes ont récemment anticipé une plus forte demande en plaids ces prochaines semaines, afin de permettre aux consommateurs de passer l’hiver au mieux23. De la même façon, les spas et jacuzzis, nouveaux équipements indispensables développés par la « civilisation du cocon », se vendent comme des petits pains depuis plusieurs années. La tendance à « chiller », comme l’épidémie de flemme, a généré de nombreuses opportunités de marché bien comprises par les enseignes. Ainsi, la marque de viande Charal lançait au lendemain du premier confinement une publicité pour ses burgers préparés à faire réchauffer au micro-ondes avec le slogan : « Le soir vous avez la flemme, nous on a la flamme ».

S’il y a un marché de la flemme, sa structuration et sa montée en puissance se sont accélérées durant la crise sanitaire, comme en témoignent par exemple les excellents chiffres des plateformes comme Deliveroo, Uber Eats ou Amazon tout au long de la pandémie et au-delà24. Une enquête de l’Ifop de 2021 indiquait ainsi que 52% des Français avaient eu recours à la livraison de repas à domicile au moins une fois dans l’année, dont 23% au moins une fois par mois. Signe que les habitudes sont en train de s’ancrer en la matière, si seulement 25% des soixante-cinq ans et plus se font livrer au moins une fois par an un repas à domicile, cette proportion atteint 60% parmi les 35-49 ans, et 78% auprès des moins de trente-cinq ans (dont près d’un sur deux commande un repas à domicile au moins une fois par mois). Tout se passe comme si des barrières psychologiques et morales subsistaient parmi les générations les plus âgées, qui rechigneraient à se faire servir à domicile par des « domestiques 2.0 », réticences ayant manifestement disparu dans les jeunes générations, qui ont baigné depuis leur enfance dans la société du « client-roi ». La publicité des acteurs se positionnant sur ce marché vise d’ailleurs à abattre ces obstacles culturels et moraux et à décomplexer totalement le consommateur, comme l’illustre par exemple un des slogans de Gopuff, start-up de livraison à domicile : « Lendemain de soirée [difficile] ? On arrive. » Plus récemment encore, la plateforme Uber Eats décidait d’axer sa dernière campagne de publicité autour d’un slogan on ne peut plus explicite : « Embrace the art of doing less » (Adopter l’art d’en faire moins).

On aurait tort de penser que ce phénomène ne concerne que les grandes métropoles. Le maire de Châteauroux nous confiait ainsi récemment que sa ville comptait 90 livreurs Uber Eats. Dans les zones rurales non desservies par ces plateformes, les consommateurs en quête d’un repas prêt à consommer peuvent, quant à eux, utiliser les distributeurs automatiques de pizzas qui sont apparus dans de très nombreux villages ces dernières années, le leader du secteur, Adial, en comptant plus de 80025.
D’ailleurs, quand une enquête récente du Crédoc26 demande aux Françaises et aux Français quel serait pour eux un vendredi soir idéal, l’élément qui arrive en tête est un plateau-repas devant la télévision : pour 37% des sondés, un vendredi soir idéal, c’est un plateau-télé, score deux fois plus élevé qu’une sortie entre amis (15%). Et pour ce qui est des repas de la semaine, il semblerait que l’engouement pour le fait-maison, observé durant les confinements, ne soit plus autant de saison. Sous l’effet d’une dégradation sensible du pouvoir d’achat, mais aussi également sans doute de cette moindre motivation générale, les achats des sandwichs ou des Pastabox de la marque Sodebo se portent très bien et les usines du groupe vendéen tournent à plein régime.
Enfin, dernier exemple s’il en fallait, le secteur des transports de voyageurs à la demande surfe lui aussi sur la tendance à la flemme, en témoigne la campagne de publicité de la plateforme Heetch que l’on pouvait retrouver dans les tunnels du métro parisien en octobre dernier : « Vous avez la flemme ? On a le VTC. »


Un autre secteur semble également subir de plein fouet cette perte de motivation et cette fatigue au long cours : le monde du travail.

Avec « grande pénurie », l’expression que l’on a le plus entendue depuis cette rentrée et durant tout l’été est « grande démission », à savoir la grande démission des salariés français de leur entreprise. Le magazine Society en a fait sa une en se demandant « Et si on ne retournait pas au travail ? », comme Le Figaro, quand le magazine Usbek & Rica s’est demandé si nous ne sommes qu’au début du phénomène : « Grande démission : et si c’était que le début ? ».
On a également vu apparaître cette grande démission, au cours des derniers mois sur TikTok, notamment aux États-Unis, à travers des vidéos de jeunes gens se filmant en train d’annoncer leur démission en direct avec l’hashtag #quitmyjob27. Ces nombreuses démissions se constatent aussi dans les chiffres. C’était le cas aux États-Unis juste après la Covid-19. Entre mars et mai 2021, 11 millions d’Américains ont démissionné de leur poste. C’est désormais également le cas en France, où l’on observe des taux de démission qui n’avaient jamais été atteints depuis quatorze ans. Entre fin 2021 et début 2022, on a enregistré près de 520 000 démissions par trimestre, dont 470 000 démissions de CDI. Le record précédent datait du premier trimestre 2008, avec 510 000 démissions dont 400 000 pour les seuls CDI.

Pourquoi ces nombreuses démissions, et notamment en France ? Elles s’expliquent d’abord par un effet de rattrapage, les mouvements ayant été gelés ou très fortement ralentis durant les confinements. Le dynamisme du marché du travail actuel, avec un assez faible taux de chômage, favorise également les démissions. En effet, en période de reprise, les postes à pourvoir sont plus nombreux, donc de nouvelles opportunités d’emploi apparaissent, ce qui incite à démissionner pour négocier de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ces nombreuses démissions sont aussi le reflet d’un état de mal-être parmi les salariés français, qui disent plus que la moyenne des actifs européens être en manque de reconnaissance depuis plusieurs années déjà28.
Mais selon nous, cette vague de démissions dit aussi beaucoup de l’accélération de la modification du rapport au travail des Français, la crise sanitaire étant venue booster une tendance déjà à l’œuvre préalablement. Durant la pandémie, près de 11 millions de salariés ont été mis en chômage partiel, période au cours de laquelle beaucoup se sont interrogés sur le sens de leur travail. Dans les secteurs peu rémunérés, où les contraintes horaires sont pesantes (travail en soirée, le week-end, en horaires décalés…) et où la pénibilité des tâches ou de l’environnement de travail est importante, toute une partie des salariés n’ont pas repris leur poste, entraînant des pénuries de main-d’œuvre dans l’hôtellerie-restauration, les services à la personne, ou bien encore le transport routier et le gardiennage.

La Covid-19 s’est également soldée par l’irruption du télétravail (près d’un quart des salariés français sont actuellement en télétravail à hauteur de trois jours ou plus par semaine), ce qui constitue un autre facteur de modification du rapport au travail, soit une proportion élevée.
Ce contexte explique sans doute en partie pourquoi notre enquête montre que les actifs français sont moins enclins à se donner corps et âme au travail et qu’une forte minorité a clairement perdu en motivation. Depuis la crise sanitaire, si la majorité des actifs (51%) affichent une motivation inchangée, 37% se disent en effet moins motivés qu’avant dans leur travail.

Cette proportion d’actifs en baisse de régime au travail correspond à peu de chose près aux 42% d’actifs se déclarant plus fatigués qu’avant la pandémie après un effort physique et aux 35% d’actifs qui, d’une manière générale, sont moins motivés qu’avant dans leur quotidien. Au fil des questions, on voit donc émerger un bloc de 35% à 40% d’individus, dont le moral ou la condition physique ont été affectés depuis la pandémie.
La perte de motivation au travail touche davantage les jeunes actifs (46% des 25-34 ans), mais aussi les cadres (44%) et les professions intermédiaires (43%), contre 34% « seulement » parmi les employés et ouvriers, catégories dont on notera qu’elles sont moins concernées par le télétravail.
Les contrastes se font également jour en termes d’affiliation partisane. Quand 61% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle disent être moins motivés qu’avant au travail, ce n’est le cas que pour 28% des électeurs d’Emmanuel Macron, 30% des électorats Zemmour et Pécresse et 34% des lepénistes. Ces résultats sont intéressants, car ils permettent d’éclairer le débat sur la « valeur travail » lancé par Fabien Roussel à la rentrée et les raisons pour lesquelles une partie de la gauche est mal à l’aise, voire critique, à son égard. Sandrine Rousseau a ainsi, par exemple, revendiqué le droit à la paresse cher à Paul Lafargue. Dans le même ordre d’idées, une autre enquête récente de l’Ifop29 indique d’ailleurs que près de quatre sympathisants La France insoumise ou Europe Écologie-Les Verts sur dix se définissent comme « peu ou pas travailleurs », cette proportion ne s’établissant qu’à environ un quart des sondés dans les autres familles politiques.

… s’inscrivant dans un phénomène plus global et ancien d’une perte de centralité du travail
D’une façon générale, une partie des actifs, et notamment les plus jeunes, se sont petit à petit désengagés de leur travail, un peu comme s’ils étaient entrés dans une forme de résistance silencieuse et passive à l’image de Bartleby, héros de la nouvelle éponyme d’Herman Melville, scribe de profession, qui repousse toutes les demandes qu’on lui fait – à commencer par celles de son patron – par la phrase restée célèbre « I would prefer not to » : je préférerais ne pas le faire.
Un phénomène illustre cela : le « Quiet quitting » (« démission silencieuse »), phénomène qui consiste à en faire le moins possible au travail sans se faire licencier. Certains se filment même – le nombre de vues sur TikTok a dépassé les 40 millions. Il ne s’agit pas d’une démission véritable, mais d’une démission mentale, d’une sorte de démission silencieuse ou clandestine.
Si cette soudaine démotivation est intéressante à analyser, c’est que le travail représentait historiquement dans la vie des Français quelque chose de particulier et avait une dimension statutaire très importante. Or, si les Français demeurent attachés à leur travail, celui-ci occupe une place beaucoup moins centrale dans leur vie qu’au début des années 1990, la Covid-19 n’ayant fait qu’accroître cette perte de centralité, comme l’a montré Romain Bendavid30. En 1990, 60% des sondés répondaient que le travail était « très important » dans leur vie. Ils ne sont plus aujourd’hui que 24% à faire cette réponse, soit un recul spectaculaire de 36 points en trente ans. Si la religion ou la famille ont également vu leur caractère très important dans la vie de nos concitoyens perdre du terrain, la chute, de l’ordre de 10 points, est sans commune mesure avec ce que l’on observe pour ce qui est du travail. Dans le même temps, la centralité des loisirs dans la vie des Français s’est renforcée de 10 points, cette progression produisant une inversion des normes. Alors qu’en 1990, deux fois plus de sondés considéraient comme « très important » le travail (60%) par rapport aux loisirs (31%), cette hiérarchie est aujourd’hui renversée : 41% pour les loisirs versus 24% seulement pour le travail.
Évolution entre 1990 et 2021 du caractère « très important dans sa vie » de différents éléments

D’autres données d’enquête accréditent cette évolution au long cours du rapport au travail et de l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. En mai 2008, soit au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, dont un des mantras était le fameux « Travailler plus pour gagner plus », 62% des salariés souhaitaient, s’ils en avaient le choix, « gagner plus d’argent, mais avoir moins de temps libre » contre 38% qui désiraient « gagner moins d’argent pour avoir plus de temps libre ». Le rapport de force entre ces deux modalités est aujourd’hui totalement inversé. Selon un sondage Ifop pour Solutions solidaires31, 61% des salariés souhaiteraient désormais « gagner moins d’argent pour avoir plus de temps libre », contre seulement 39% qui préféreraient « gagner plus d’argent mais avoir moins de temps libre ».

Parallèlement à la perte du sens du travail du fait du poids croissant des « process » et de l’impératif financier, les nouvelles conditions de travail devenues parfois la norme depuis ces cinq dernières années pour certains salariés de bureau contraints d’exercer dans des open spaces ou autres flex offices, créés sous couvert de gains de convivialité, ont sans aucun doute joué un rôle non négligeable dans la perte d’appétence à se rendre au travail chaque matin et dans le sentiment de ne plus « s’y retrouver » quand les salariés effectuent la balance coûts/avantages. Ainsi, d’après une enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Selkis réalisée en 202133, 21% de l’ensemble des salariés français travaillent aujourd’hui en open space, ce qui représente 35% des salariés travaillant dans un bureau, et 10% en flex office, soit 16% des salariés travaillant dans un bureau. Et parmi ces derniers, 36% considèrent que la configuration de leur espace de travail a un impact négatif sur leur santé, alors que cette proportion est deux fois moindre (17%) parmi les salariés qui ne sont pas en flex office, et qui ont donc une place attitrée.

L’évolution des conditions et de l’organisation du travail n’est pas le seul paramètre qui a fait perdre au travail sa centralité. Si ce dernier a perdu de son importance dans la vie des Français, c’est également parce que le pays a été le théâtre d’un processus au long cours de diminution de la durée annuelle effective de travail. De manière assez mécanique, au fur et à mesure que les actifs ont passé moins de temps au travail, son importance et sa centralité dans leur vie ont reculé. Comme on l’a vu précédemment, la part de Français qui considéraient que le travail était « très important » dans leur vie est passée de 60% en 1990 à 24% cette année. Ce recul spectaculaire est à mettre en regard avec l’évolution de la durée annuelle effective de travail, qui, sur la même période, est passée de 1 814 heures à environ 1 600 heures – nous avons pris les chiffres d’avant 2020-2021, années affectées par les confinements et l’arrêt du travail pour cause de pandémie. Si l’on se base sur une durée hebdomadaire de travail de trente-cinq heures, cette baisse de 214 heures correspond à six semaines de congé gagnées en trente ans.

Comme le montre le graphique suivant, la baisse du temps annuel de travail est un processus historique. Du fait du vote de la cinquième semaine de congés payés et du passage à la semaine des trente-neuf heures au début du premier septennat de François Mitterrand, cette durée annuelle est passée de 1 894 heures en 1981 à 1 816 heures en 1983. Ce mouvement s’est ensuite poursuivi avec, au début des années 1990, des abattements de charges qui ont incité à des embauches à temps partiel, puis avec la loi Robien sur la réduction du travail (1996) et surtout les lois Aubry qui ont abouti à la mise en place des trente-cinq heures. Entre 1997 et 2002, la durée annuelle moyenne de travail a reculé de 1 732 à 1 655 heures. Depuis, la tendance à la baisse s’était considérablement ralentie, mais la crise liée à la Covid-19 a violemment percuté l’organisation du travail et a éloigné, contraints et forcés, les actifs de leur emploi pendant de longues périodes.

Le passage aux trente-cinq heures au début des années 2000 a constitué un tournant important et a modifié en profondeur les référentiels. Des termes et des habitudes nouvelles se sont ancrés dans le paysage. C’est à partir de ce moment que les salariés ont appris à « poser » ou à « prendre » une « RTT ». Le cadre traditionnel de la semaine de travail allant du lundi au vendredi s’en est trouvé altéré, avec des week-ends commençant désormais souvent le jeudi soir ou le vendredi midi, faisant dire à certains dirigeants de grandes entreprises que « le vendredi a été supprimé » depuis la Covid-19. Ce changement sociétal n’a pas échappé à la sagacité des travailleurs indépendants qui ont, eux, continué de pratiquer la semaine traditionnelle, comme nous l’exprimait avec malice un agriculteur breton : « Le vendredi après-midi quand je laboure mes champs, je vois mes voisins qui tondent leur pelouse. »

La filière touristique, qui s’était historiquement structurée et développée en France avec l’instauration des congés payés, a connu un nouvel essor durant cette période, marquée par une augmentation du temps disponible pour toute une partie de la population. Les offres de courts séjours se sont multipliées, y compris hors saison, et l’optimisation ou le prolongement des ponts via des journées RTT, pour se constituer de longs week-ends, devient un sport national. L’univers du temps libre, qui était historiquement cantonné aux vacances, et particulièrement aux mois de juillet et d’août, se dilate et prend une place de plus en plus importante dans la vie des Français. Des acteurs comme la SNCF, les compagnies aériennes low cost ou bien encore les sites de réservation en ligne accompagnent ce mouvement historique et le développement d’une société de loisirs. Si Go Voyages et Lastminute.com apparaissent respectivement en 1997 et 1999, suivis en 2001 par Opodo, c’est certes du fait du développement fulgurant d’internet à cette période, mais ces dates de création correspondent également à l’avènement des RTT. En 1981, lors de la précédente étape de réduction du temps de travail, le gouvernement socialiste de l’époque avait créé un ministère du Temps libre, ayant pour mission « de conduire par l’éducation populaire une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps », création qui s’était accompagnée de celle de l’Agence nationale pour les chèques-vacances. Le gouvernement Jospin n’a pas accompagné le passage aux trente-cinq heures par la mise en place d’une structure publique qui aurait eu vocation à proposer des activités culturelles et récréatives et c’est le marché qui s’est engouffré dans la brèche en créant de nouvelles offres de loisirs pour occuper le temps ainsi libéré.

La crise liée à la Covid-19 et le développement massif du télétravail vont constituer une nouvelle étape dans la perte de centralité du travail dans la vie de nombreux Français. Le cadre habituel de la semaine de travail allant du lundi au vendredi avait déjà été remis en cause par l’apparition des RTT. Mais l’adoption du télétravail par un tiers des salariés – qui télétravaillent au moins un jour par semaine – a entraîné une modification encore plus radicale. Les vendredis, et dans une moindre mesure les lundis, sont massivement télétravaillés. D’après une étude récente menée par la RATP sur les déplacements en Île-de-France34, la fréquentation des transports en commun est ainsi inférieure de 18% en moyenne les vendredis par rapport aux mardis. Les opérateurs des réseaux de transports, qui avaient appris à gérer les heures de pointe, doivent aujourd’hui intégrer dans leur modèle une autre notion qui est celle des « jours de pointe » que sont les mardis et jeudis, journées les moins télétravaillées et où les flux de passagers sont les plus massifs. De la même manière, la vie des entreprises intègre progressivement cette nouvelle organisation de la semaine avec des réunions en présentiel concentrées les mardis et jeudis pour pouvoir toucher le plus grand nombre de collaborateurs. Dans les collectifs de travail où le télétravail est pratiqué, les lundis et vendredis se voient ainsi progressivement dotés d’un autre statut. Ils constituent certes des journées de travail, mais de moindre intensité, comme une sorte de sas entre les « journées sur site » (mardi, jeudi et mercredi dans une certaine mesure) et le week-end.

Renouvellement générationnel et nouveau rapport à l’effort

L’essor et le développement de cette société de loisirs au cours des dernières décennies n’ont pas que fait relativiser la place du travail dans la vie de nos concitoyens. Ils ont plus globalement introduit une dévaluation de la valeur de l’effort. La dimension « sacrificielle » du travail et de l’effort qu’avaient en partage et le catholicisme (« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ») et toute une partie du monde ouvrier, qui s’est battu pour instaurer la fête du Travail le 1er mai, ne fait plus autant recette aujourd’hui. L’assertion selon laquelle « il faut souffrir pour réussir » coupe ainsi le pays en deux avec 51% d’adhésion et 49% de désapprobation. Sur ce sujet, le clivage n’est ni éducatif (52% d’adhésion parmi les diplômés du second ou troisième cycle, contre 50% chez les titulaires du bac et 53% parmi ceux qui ne l’ont pas), ni sociologique (45% d’adhésion parmi les cadres et les professions intellectuelles versus 47% chez les professions intermédiaires et 48% auprès des catégories populaires). Le « no pain, no gain » des Anglais semble en revanche nettement plus clivant selon l’âge, comme le montre le graphique ci-dessous.

Quand 62% des soixante-cinq ans et plus, qui ont grandi et ont été éduqués dans la France des années 1950-1960, adhèrent à cette maxime, la même proportion des 18-24 ans la rejette. Cette assertion recueille 43% d’adhésion parmi les 25-34 ans et devient tout juste majoritaire parmi les 35-64 ans. Le fait que l’approbation à cette maxime diminue assez linéairement avec l’âge nous met sur la piste d’un changement de référentiel et de philosophie qui est en train de s’opérer sous nos yeux au gré du renouvellement générationnel.

La sphère professionnelle n’est d’ailleurs pas l’unique témoin de ce changement de rapport à l’effort au cours des dernières années. Dans le journal Le Point, un professeur de sciences de la vie et de la terre au lycée Thibaut-de-Champagne à Provins (Seine-et-Marne) témoignait : « Chaque année, je fais remplir un questionnaire aux élèves sur leur temps de travail quotidien à la maison. En terminale, il y a quinze ans, la moyenne était d’une heure et demie à deux heures. Aujourd’hui, ils me répondent de trente minutes à une heure, et ils trouvent que c’est beaucoup ! Si j’avais maintenu la même exigence qu’en début de carrière, on aurait perdu deux points de moyenne35. »

Toujours en matière scolaire, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, mettait en place en 2017 le dispositif « Devoirs faits », un temps d’étude accompagnée gratuit proposé en dehors des heures de classe aux collégiens pour faire leurs devoirs au sein de leur établissement sur des horaires appropriés. Si le dispositif a souvent été présenté dans le but de contribuer à la réduction des inégalités qui peuvent exister selon le niveau d’aide que les familles sont à même d’apporter aux enfants, le site internet du ministère insiste néanmoins sur le fait que ce dispositif permet aussi de « favoriser une forme de sérénité à la maison sur ces sujets36 », comme si le travail et la difficulté à s’y mettre devenaient désormais source de conflits pour une grande partie des familles. Une société privée de soutien scolaire avait d’ailleurs lancé une campagne d’affichage à destination des familles dont le slogan était : « Vous avez mieux à faire que de vous occuper des devoirs », visant à décomplexer les parents de sous-traiter et de déléguer cette « corvée ».

Pour finir, et en guise d’illustration, le Cedre (Cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon), qui réalise des évaluations tous les six ans en fin d’école et en fin de collège, a récemment montré que plus d’un tiers des élèves de troisième se sentaient découragés d’avance à l’idée de lire un texte d’une page. Ainsi, à l’affirmation « Quand on me demande de lire un texte d’une page, je suis découragé(e) d’avance », 37,5% des élèves se déclarent « plutôt d’accord » ou « tout à fait d’accord »37.

Si la mystique de l’effort fait de moins en moins recette dans les tranches d’âge les plus jeunes, on constate en revanche que ces dernières semblent beaucoup plus décomplexées que leurs aînés sur la question de l’ambition, qui est revendiquée par près de deux tiers des moins de trente-cinq ans, alors que moins d’une personne sur deux âgée de plus de 50 ans se définit comme tel. Les 35-49 ans, tranche d’âge intermédiaire, affichent une proportion d’ambitieux de 56%, taux se situant à égale distance des scores observés aux deux extrémités de la pyramide des âges.

Cet étagement des résultats constitue un indice supplémentaire d’une modification du système de valeurs évoquée plus haut. La sacralisation du travail et de l’effort s’est effacée avec la dislocation terminale de la matrice catholique et la disparition des mondes ouvrier et paysan, univers qui l’avaient placée au cœur de leurs systèmes de valeurs respectifs. Ces systèmes de valeurs traditionnels ne faisaient par ailleurs guère l’éloge et la promotion de l’ambition. Dans cette France d’avant, l’ambition était mal vue. Chez les paysans catholiques comme chez les ouvriers déchristianisés, on n’aimait pas celui qui « s’affichait » ou qui « la ramenait ». La modestie, l’humilité et le souci de « rester à sa place » étaient des lignes de conduite très majoritairement partagées. L’ambiance et le référentiel de valeurs ont profondément changé à partir des années 1980 et 1990. C’est à cette époque que la société de consommation et des loisirs a arasé les derniers vestiges de la société traditionnelle.

Les générations âgées de plus de soixante-cinq ans et une partie des 50-64 ans, qui ont grandi dans le système de valeurs forgé dans la France d’avant, demeurent majoritairement acquises à l’idée du « no pain, no gain ». Cet éloge de l’effort teinté de dolorisme s’accompagne d’une moindre valorisation de l’ambition, qui reste assez taboue ou honteuse dans cette tranche d’âge. Parmi les 35-49 ans, dont la période d’élaboration de leur référentiel correspond à la période de bascule, ce système de valeurs est minoritaire. Pour les moins de trente-cinq ans, qui, eux, sont nés dans cette France d’après la grande bascule, la sacralisation de l’effort n’est plus dans l’air du temps, quand l’ambition est, en revanche, clairement assumée et valorisée. Et ce n’est pas un hasard si les influenceurs des réseaux sociaux et de la téléréalité sont très populaires dans la jeune génération, puisqu’ils incarnent pleinement cette aspiration majoritaire à la réussite matérielle et sociale, mais sans forcer.

Le déclin du concept de travail en France

Le déclin du concept de travail en France

Les Français sont ambivalents dans leur nouveau rapport au travail. Ils peuvent l’aimer, mais de plus loin, être moins motivés, rester impliqués, selon une enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès ( extrait)


« L’Opinion » publie en exclusivité une étude de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès sur le monde du travail vu par les salariés
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L’Ifop n’en finit pas de sonder la vie au travail, terrain de doutes et d’interrogations depuis la crise sanitaire. Après sa note pour la Fondation Jean-Jaurès, « Plus rien ne sera jamais comme avant dans sa vie au travail », en juillet 2022, voici « Je t’aime, moi non plus : les ambivalences du nouveau rapport au travail », toujours pour la Fondation. Les deux auteurs, Flora Baumlin et Romain Bendavid, respectivement directrice d’études et directeur de l’expertise corporate et work experience de l’Ifop, partent de cette hypothèse : le travail occupe une place moins centrale dans nos vies. Ils affinent ce constat tout en le nourrissant d’explications.

La crise sanitaire a modifié nos modes de vivre, de consommer et de travailler, mais a aussi accru la valorisation du temps libre et de la sphère privée. Plus précisément, quel est son impact sur la motivation et le rapport à l’effort des individus ? Une enquête d’opinion menée en partenariat avec l’Ifop, et dont les résultats sont analysés par Jérôme Fourquet et Jérémie Peltier, permet de faire le point.

Chacun le voit bien avec l’apparition d’un certain nombre de sujets dans le débat public depuis ce moment inédit : la Covid-19 et les confinements ont accéléré et modifié nos modes de vie et nos façons de consommer, ont impacté en profondeur notre rapport au travail et nos liens familiaux, mais ont aussi accru la valorisation du temps libre et de la sphère privée.
Un élément est néanmoins assez peu traité, bien que transversal et au cœur des phénomènes cités ci-dessus : l’impact de la Covid-19 sur la motivation et l’état psychologique des individus, ainsi que sur leur capacité à effectuer un effort mental et physique et à résister aux aléas de la vie.
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Une perte de motivation qui affecte près d’un Français sur trois

Depuis la crise sanitaire, 30% des sondés déclarent être moins motivés qu’avant. Si près de six de nos concitoyens sur dix ne semblent pas avoir été affectés psychologiquement par cette épreuve, la balance est nettement négative, puisque seuls 12% des sondés se disent plus motivés qu’avant dans ce qu’ils font au quotidien, contre donc près d’un sur trois qui l’est moins.

C’est encore plus vrai chez les plus jeunes, avec 40% des 25-34 ans indiquant être moins motivés qu’avant (contre seulement 21% des plus de soixante-cinq ans).
Si cette baisse de motivation affecte avec la même intensité toutes les classes sociales, deux éléments semblent importants à mentionner. D’une part, les personnes résidant en région parisienne, pour qui les conditions matérielles du confinement ont été particulièrement pesantes et dont on sait qu’elles ont vécu plus que la moyenne des actifs français la vie en télétravail durant et après la pandémie, semblent plus touchées : 41% des habitants de région parisienne disent être moins motivés qu’avant dans leur vie quotidienne, contre 29% des personnes qui habitent dans les communes urbaines de province et 22% des habitants de zone rurale. D’autre part, la baisse de motivation ne frappe pas de manière homogène les différentes familles politiques. Ainsi, quand 44% des sympathisants de La France insoumise disent être moins motivés qu’avant, ce n’est le cas que de 23% des sympathisants de la majorité présidentielle et de 27% des sympathisants des Républicains.
L’effet de traîne de la Covid-19 : quatre individus sur dix se sentent plus fatigués qu’avant la pandémie

Cette perte de motivation n’est sans doute pas sans lien avec la fatigue accumulée à l’occasion des épreuves occasionnées par la pandémie. En effet, d’après notre enquête, 41% des Français se sentent plus fatigués qu’avant la crise liée à la Covid-19 après un effort physique, contre 54% qui ne ressentent pas de changement et seulement 5% qui ont la sensation d’être moins fatigués qu’avant suite à un effort physique.

La sensation d’une fatigue plus importante qu’avant la Covid-19 à l’occasion d’un effort physique affecte aussi bien les hommes (41%) que les femmes (40%) et semble assez homogènement répandue dans les différents milieux sociaux, classes d’âge et territoires. Nous sommes donc en présence d’un phénomène transversal. Cet effet de traîne de la Covid-19 influe sur le moral de la population. Ainsi, 70% des personnes qui se sentent moins motivées qu’avant la Covid-19 se disent plus fatiguées, contre 41% en moyenne de la population.

On notera par ailleurs que 28% des 18-24 ans indiquent faire moins de sport et d’activités physiques par rapport à ce qu’ils faisaient avant la crise sanitaire.

Les problèmes physiques de la population et de la jeune génération sont régulièrement documentés depuis plusieurs années maintenant. Ainsi, lorsqu’on compare les résultats à certains tests physiques passés par les adolescents des années 1990 avec ceux passés par les adolescents d’aujourd’hui, on s’aperçoit que ces derniers ont perdu, par exemple, un quart de leur capacité pulmonaire en raison du développement de la sédentarité, alimentée notamment par les écrans4. Conséquence : les jeunes de 2022 mettraient 90 secondes de plus à courir 1 600 mètres qu’il y a trente ans5. Par ailleurs, selon une étude du Crédoc, un jeune sur quatre entre seize et vingt-cinq ans déclare faire peu d’activités physiques ou sportives (moins de trois fois par mois), voire aucune6. Consciente de cette dégradation de l’état physique général de la jeunesse, Santé publique France a lancé en septembre dernier une nouvelle campagne de communication intitulée : « Faire bouger les ados, c’est pas évident. Mais les encourager c’est important ». De son côté, l’Armée de Terre a décidé de faire évoluer le contrôle de la condition physique générale de ses soldats, qui ne compte plus que trois épreuves au lieu de quatre précédemment.

Ce qui est intéressant, et témoigne d’un mouvement profond qui touche la société, notamment la jeune génération, c’est que ces derniers invoquent le « manque de temps » comme motif principal de leur absence de pratique sportive (45% des 16-25 ans citent le manque de temps devant la surcharge de travail, 37%, dans une enquête récente du Crédoc10), nous révélant de fait leur difficulté à se motiver à « prendre du temps » pour réaliser une quelconque activité dès que celle-ci s’avère éloignée de leur zone de confort.

Au travail , on constate cette instabilité émotionnelle. Le nombre d’arrêts maladie en France en 2022 a explosé, 42% des salariés s’étant vus prescrire un arrêt maladie cette année (un chiffre plus important qu’avant la Covid-19). Plus intéressant pour notre sujet, les troubles psychologiques et l’épuisement professionnel, principaux motifs des arrêts longs, sont désormais à l’origine de 20% des arrêts maladie, dépassant pour la première fois les troubles musculo-squelettiques (16%).

D’une façon générale, notre enquête corrobore l’hypothèse d’une fragilisation psychologique et mentale accrue depuis la crise sanitaire, et plus particulièrement une perte de résistance psychologique et mentale dans la jeune génération pour faire face aux événements et aux aléas de la vie. En effet, si 31% des Français disent ne pas se sentir suffisamment solides mentalement pour tout affronter dans leur vie quotidienne, c’est le cas de 40% des 25-34 ans. Cette fragilisation psychologique depuis la crise sanitaire semble par ailleurs (au moins en déclaratif) toucher davantage les femmes que les hommes : quand 24% des hommes disent ne pas se sentir suffisamment solides mentalement pour faire face aux événements dans leur vie quotidienne, c’est le cas de 37% des femmes.
On retrouve ce phénomène de fragilisation quant à l’« envie de pleurer » exprimée par la jeune génération (parfois appelée « génération snowflake », en référence au flocon de neige qui fond à la première chaleur). Si 14% des Français disent avoir durant la journée davantage envie de pleurer depuis la crise sanitaire, c’est le cas de 20% des 25-34 ans. Ici aussi, une différence femmes-hommes s’observe : quand 11% des hommes disent avoir davantage envie de pleurer durant leur journée depuis la crise liée à la Covid-19, c’est le cas de 17% des femmes.

Un autre ressort de cette plus grande vulnérabilité des individus depuis la crise sanitaire est à chercher selon nous du côté du rapport que la société entretient à la frustration. La crise sanitaire ayant renforcé la société du sur-mesure et de l’immédiateté dans laquelle le citoyen est d’abord perçu comme un client (le boom des livraisons à domicile incarnées par Deliveroo et Uber durant cette période en est l’une des illustrations, comme nous le verrons plus bas), le seuil de patience des individus s’est considérablement abaissé durant cette période, ces derniers ayant de plus en plus de mal à gérer leur frustration. Dans notre enquête, 44% des Français disent avoir de plus en plus de mal à patienter avant d’obtenir quelque chose, dont 53% des 25-34 ans.
Cette moindre appétence à sortir de chez soi a évidemment des conséquences sur des secteurs qui reposent d’abord et avant tout sur l’accueil du public. Bien que l’industrie du cinéma, déjà mal en point avant même l’arrivée de la Covid-19, semble beaucoup insister ces derniers temps sur l’« effet prix » comme explication de la désertion du public18, avec, d’après le CNC, une baisse de 34% de nombre de tickets vendus en septembre dernier par rapport à septembre 2019 (avant Covid-19 donc), l’impact de cette épidémie de flemme ne doit pas, à notre sens, être négligé pour expliquer la difficulté à remplir actuellement les salles. En effet, le cinéma a de plus en plus de mal à lutter contre la flemme de sortir de chez soi, concurrencé par l’arrivée de nouveaux produits comme les vidéoprojecteurs, équipement dont les ventes croissent d’environ 50% par an depuis deux ans maintenant et qui s’était vendu à 50 000 exemplaires au premier semestre 202119. Au-delà des vidéoprojecteurs, l’arrivée des plateformes a par ailleurs alimenté cette propension des individus à adopter l’art de la flemme.

Une étude de l’Ifop montrait récemment que Netflix, Amazon, Prime Video ou encore Disney + avaient une incidence sur la fréquentation des salles de cinéma20 : depuis qu’elles se sont abonnées à une offre de vidéo à la demande, 29% des personnes interrogées déclarent « aller moins souvent au cinéma » et 12% « ne plus y aller du tout », soit quatre utilisateurs sur dix qui y vont moins ou n’y vont plus depuis l’épidémie de flemme.

Parallèlement à Netflix et consorts, la console de jeux, activité se pratiquant également à domicile, constitue un autre concurrent redoutable au cinéma, notamment parmi les adolescents et les jeunes adultes. Avec 2,4 millions de consoles et près de 1 million de PC Gaming vendus en 2021, l’industrie du jeu vidéo – dont la première console, l’Odyssey de Magnavox, sortait il y a cinquante ans – a enregistré une nouvelle performance record, avec un chiffre d’affaires de 5,6 milliards d’euros, soit une progression de +1,6% par rapport à 2020, qui avait déjà été une année exceptionnelle. En deux ans, le marché a évolué de 13,5%, ce qui fait dire à Julie Chalmette, présidente du Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL), que « le jeu vidéo continue de progresser vers de nouveaux sommets. L’année 2020 avait été extraordinaire, mais particulière en raison du contexte. Cette croissance confirmée en 2021 s’inscrit comme une véritable tendance de fond. Les Français n’ont jamais autant joué. Ils sont 73% à jouer occasionnellement et 58% régulièrement, soit une progression de 6 points par rapport à 202021. » Preuve de la place prise par l’industrie du jeu vidéo, celui-ci aura d’ailleurs droit pour la première fois cette année à son festival de Cannes (le Cannes Gaming Festival) du 24 au 26 février prochains, qui proposera une cérémonie de remise de prix à l’identique de celle qui existe pour le septième art.

Enfin, élément notable, cet attrait pour les jeux vidéo touche toutes les classes d’âge. Si un enfant sur deux joue tous les jours (52% des enfants), c’est également le cas d’un adulte sur trois (35%), selon le même syndicat. Nous sommes donc en présence d’une pratique massivement répandue.

L’appel du canapé semble ainsi très puissant. On le voit d’ailleurs dans notre enquête. Invités à donner leur opinion face à un certain nombre de mots, 74% des Français ont une image positive du « lit », dont 85% des 25-34 ans. Il en est de même pour le canapé : quand 59% indiquent avoir une image positive de ce mot, c’est le cas de 72% des 25-34 ans. Signe des temps, Le Petit Robert a annoncé que le terme « chiller » (de l’anglais « to chill » : prendre du bon temps à ne rien faire) fera son apparition dans son édition 2023.

En outre, la crainte d’un hiver rigoureux sur fond d’un chauffage réglé à 19 degrés pour limiter la consommation d’électricité et de gaz conforte et accélère le marché de la flemme : les Français se ruent ces derniers temps sur les plaids, objets symboliques de cette « civilisation du cocon », privilégiant les longs week-ends sur le canapé (civilisation très bien analysée par Vincent Cocquebert22). Chez Monoprix, par exemple, les équipes ont récemment anticipé une plus forte demande en plaids ces prochaines semaines, afin de permettre aux consommateurs de passer l’hiver au mieux23. De la même façon, les spas et jacuzzis, nouveaux équipements indispensables développés par la « civilisation du cocon », se vendent comme des petits pains depuis plusieurs années. La tendance à « chiller », comme l’épidémie de flemme, a généré de nombreuses opportunités de marché bien comprises par les enseignes. Ainsi, la marque de viande Charal lançait au lendemain du premier confinement une publicité pour ses burgers préparés à faire réchauffer au micro-ondes avec le slogan : « Le soir vous avez la flemme, nous on a la flamme ».

S’il y a un marché de la flemme, sa structuration et sa montée en puissance se sont accélérées durant la crise sanitaire, comme en témoignent par exemple les excellents chiffres des plateformes comme Deliveroo, Uber Eats ou Amazon tout au long de la pandémie et au-delà24. Une enquête de l’Ifop de 2021 indiquait ainsi que 52% des Français avaient eu recours à la livraison de repas à domicile au moins une fois dans l’année, dont 23% au moins une fois par mois. Signe que les habitudes sont en train de s’ancrer en la matière, si seulement 25% des soixante-cinq ans et plus se font livrer au moins une fois par an un repas à domicile, cette proportion atteint 60% parmi les 35-49 ans, et 78% auprès des moins de trente-cinq ans (dont près d’un sur deux commande un repas à domicile au moins une fois par mois). Tout se passe comme si des barrières psychologiques et morales subsistaient parmi les générations les plus âgées, qui rechigneraient à se faire servir à domicile par des « domestiques 2.0 », réticences ayant manifestement disparu dans les jeunes générations, qui ont baigné depuis leur enfance dans la société du « client-roi ». La publicité des acteurs se positionnant sur ce marché vise d’ailleurs à abattre ces obstacles culturels et moraux et à décomplexer totalement le consommateur, comme l’illustre par exemple un des slogans de Gopuff, start-up de livraison à domicile : « Lendemain de soirée [difficile] ? On arrive. » Plus récemment encore, la plateforme Uber Eats décidait d’axer sa dernière campagne de publicité autour d’un slogan on ne peut plus explicite : « Embrace the art of doing less » (Adopter l’art d’en faire moins).

On aurait tort de penser que ce phénomène ne concerne que les grandes métropoles. Le maire de Châteauroux nous confiait ainsi récemment que sa ville comptait 90 livreurs Uber Eats. Dans les zones rurales non desservies par ces plateformes, les consommateurs en quête d’un repas prêt à consommer peuvent, quant à eux, utiliser les distributeurs automatiques de pizzas qui sont apparus dans de très nombreux villages ces dernières années, le leader du secteur, Adial, en comptant plus de 80025.
D’ailleurs, quand une enquête récente du Crédoc26 demande aux Françaises et aux Français quel serait pour eux un vendredi soir idéal, l’élément qui arrive en tête est un plateau-repas devant la télévision : pour 37% des sondés, un vendredi soir idéal, c’est un plateau-télé, score deux fois plus élevé qu’une sortie entre amis (15%). Et pour ce qui est des repas de la semaine, il semblerait que l’engouement pour le fait-maison, observé durant les confinements, ne soit plus autant de saison. Sous l’effet d’une dégradation sensible du pouvoir d’achat, mais aussi également sans doute de cette moindre motivation générale, les achats des sandwichs ou des Pastabox de la marque Sodebo se portent très bien et les usines du groupe vendéen tournent à plein régime.
Enfin, dernier exemple s’il en fallait, le secteur des transports de voyageurs à la demande surfe lui aussi sur la tendance à la flemme, en témoigne la campagne de publicité de la plateforme Heetch que l’on pouvait retrouver dans les tunnels du métro parisien en octobre dernier : « Vous avez la flemme ? On a le VTC. »


Un autre secteur semble également subir de plein fouet cette perte de motivation et cette fatigue au long cours : le monde du travail.

Avec « grande pénurie », l’expression que l’on a le plus entendue depuis cette rentrée et durant tout l’été est « grande démission », à savoir la grande démission des salariés français de leur entreprise. Le magazine Society en a fait sa une en se demandant « Et si on ne retournait pas au travail ? », comme Le Figaro, quand le magazine Usbek & Rica s’est demandé si nous ne sommes qu’au début du phénomène : « Grande démission : et si c’était que le début ? ».
On a également vu apparaître cette grande démission, au cours des derniers mois sur TikTok, notamment aux États-Unis, à travers des vidéos de jeunes gens se filmant en train d’annoncer leur démission en direct avec l’hashtag #quitmyjob27. Ces nombreuses démissions se constatent aussi dans les chiffres. C’était le cas aux États-Unis juste après la Covid-19. Entre mars et mai 2021, 11 millions d’Américains ont démissionné de leur poste. C’est désormais également le cas en France, où l’on observe des taux de démission qui n’avaient jamais été atteints depuis quatorze ans. Entre fin 2021 et début 2022, on a enregistré près de 520 000 démissions par trimestre, dont 470 000 démissions de CDI. Le record précédent datait du premier trimestre 2008, avec 510 000 démissions dont 400 000 pour les seuls CDI.

Pourquoi ces nombreuses démissions, et notamment en France ? Elles s’expliquent d’abord par un effet de rattrapage, les mouvements ayant été gelés ou très fortement ralentis durant les confinements. Le dynamisme du marché du travail actuel, avec un assez faible taux de chômage, favorise également les démissions. En effet, en période de reprise, les postes à pourvoir sont plus nombreux, donc de nouvelles opportunités d’emploi apparaissent, ce qui incite à démissionner pour négocier de meilleures conditions de travail, de meilleurs salaires, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Ces nombreuses démissions sont aussi le reflet d’un état de mal-être parmi les salariés français, qui disent plus que la moyenne des actifs européens être en manque de reconnaissance depuis plusieurs années déjà28.
Mais selon nous, cette vague de démissions dit aussi beaucoup de l’accélération de la modification du rapport au travail des Français, la crise sanitaire étant venue booster une tendance déjà à l’œuvre préalablement. Durant la pandémie, près de 11 millions de salariés ont été mis en chômage partiel, période au cours de laquelle beaucoup se sont interrogés sur le sens de leur travail. Dans les secteurs peu rémunérés, où les contraintes horaires sont pesantes (travail en soirée, le week-end, en horaires décalés…) et où la pénibilité des tâches ou de l’environnement de travail est importante, toute une partie des salariés n’ont pas repris leur poste, entraînant des pénuries de main-d’œuvre dans l’hôtellerie-restauration, les services à la personne, ou bien encore le transport routier et le gardiennage.

La Covid-19 s’est également soldée par l’irruption du télétravail (près d’un quart des salariés français sont actuellement en télétravail à hauteur de trois jours ou plus par semaine), ce qui constitue un autre facteur de modification du rapport au travail, soit une proportion élevée.
Ce contexte explique sans doute en partie pourquoi notre enquête montre que les actifs français sont moins enclins à se donner corps et âme au travail et qu’une forte minorité a clairement perdu en motivation. Depuis la crise sanitaire, si la majorité des actifs (51%) affichent une motivation inchangée, 37% se disent en effet moins motivés qu’avant dans leur travail.

Cette proportion d’actifs en baisse de régime au travail correspond à peu de chose près aux 42% d’actifs se déclarant plus fatigués qu’avant la pandémie après un effort physique et aux 35% d’actifs qui, d’une manière générale, sont moins motivés qu’avant dans leur quotidien. Au fil des questions, on voit donc émerger un bloc de 35% à 40% d’individus, dont le moral ou la condition physique ont été affectés depuis la pandémie.
La perte de motivation au travail touche davantage les jeunes actifs (46% des 25-34 ans), mais aussi les cadres (44%) et les professions intermédiaires (43%), contre 34% « seulement » parmi les employés et ouvriers, catégories dont on notera qu’elles sont moins concernées par le télétravail.
Les contrastes se font également jour en termes d’affiliation partisane. Quand 61% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle disent être moins motivés qu’avant au travail, ce n’est le cas que pour 28% des électeurs d’Emmanuel Macron, 30% des électorats Zemmour et Pécresse et 34% des lepénistes. Ces résultats sont intéressants, car ils permettent d’éclairer le débat sur la « valeur travail » lancé par Fabien Roussel à la rentrée et les raisons pour lesquelles une partie de la gauche est mal à l’aise, voire critique, à son égard. Sandrine Rousseau a ainsi, par exemple, revendiqué le droit à la paresse cher à Paul Lafargue. Dans le même ordre d’idées, une autre enquête récente de l’Ifop29 indique d’ailleurs que près de quatre sympathisants La France insoumise ou Europe Écologie-Les Verts sur dix se définissent comme « peu ou pas travailleurs », cette proportion ne s’établissant qu’à environ un quart des sondés dans les autres familles politiques.

… s’inscrivant dans un phénomène plus global et ancien d’une perte de centralité du travail
D’une façon générale, une partie des actifs, et notamment les plus jeunes, se sont petit à petit désengagés de leur travail, un peu comme s’ils étaient entrés dans une forme de résistance silencieuse et passive à l’image de Bartleby, héros de la nouvelle éponyme d’Herman Melville, scribe de profession, qui repousse toutes les demandes qu’on lui fait – à commencer par celles de son patron – par la phrase restée célèbre « I would prefer not to » : je préférerais ne pas le faire.
Un phénomène illustre cela : le « Quiet quitting » (« démission silencieuse »), phénomène qui consiste à en faire le moins possible au travail sans se faire licencier. Certains se filment même – le nombre de vues sur TikTok a dépassé les 40 millions. Il ne s’agit pas d’une démission véritable, mais d’une démission mentale, d’une sorte de démission silencieuse ou clandestine.
Si cette soudaine démotivation est intéressante à analyser, c’est que le travail représentait historiquement dans la vie des Français quelque chose de particulier et avait une dimension statutaire très importante. Or, si les Français demeurent attachés à leur travail, celui-ci occupe une place beaucoup moins centrale dans leur vie qu’au début des années 1990, la Covid-19 n’ayant fait qu’accroître cette perte de centralité, comme l’a montré Romain Bendavid30. En 1990, 60% des sondés répondaient que le travail était « très important » dans leur vie. Ils ne sont plus aujourd’hui que 24% à faire cette réponse, soit un recul spectaculaire de 36 points en trente ans. Si la religion ou la famille ont également vu leur caractère très important dans la vie de nos concitoyens perdre du terrain, la chute, de l’ordre de 10 points, est sans commune mesure avec ce que l’on observe pour ce qui est du travail. Dans le même temps, la centralité des loisirs dans la vie des Français s’est renforcée de 10 points, cette progression produisant une inversion des normes. Alors qu’en 1990, deux fois plus de sondés considéraient comme « très important » le travail (60%) par rapport aux loisirs (31%), cette hiérarchie est aujourd’hui renversée : 41% pour les loisirs versus 24% seulement pour le travail.
Évolution entre 1990 et 2021 du caractère « très important dans sa vie » de différents éléments

D’autres données d’enquête accréditent cette évolution au long cours du rapport au travail et de l’équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. En mai 2008, soit au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, dont un des mantras était le fameux « Travailler plus pour gagner plus », 62% des salariés souhaitaient, s’ils en avaient le choix, « gagner plus d’argent, mais avoir moins de temps libre » contre 38% qui désiraient « gagner moins d’argent pour avoir plus de temps libre ». Le rapport de force entre ces deux modalités est aujourd’hui totalement inversé. Selon un sondage Ifop pour Solutions solidaires31, 61% des salariés souhaiteraient désormais « gagner moins d’argent pour avoir plus de temps libre », contre seulement 39% qui préféreraient « gagner plus d’argent mais avoir moins de temps libre ».

Parallèlement à la perte du sens du travail du fait du poids croissant des « process » et de l’impératif financier, les nouvelles conditions de travail devenues parfois la norme depuis ces cinq dernières années pour certains salariés de bureau contraints d’exercer dans des open spaces ou autres flex offices, créés sous couvert de gains de convivialité, ont sans aucun doute joué un rôle non négligeable dans la perte d’appétence à se rendre au travail chaque matin et dans le sentiment de ne plus « s’y retrouver » quand les salariés effectuent la balance coûts/avantages. Ainsi, d’après une enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Selkis réalisée en 202133, 21% de l’ensemble des salariés français travaillent aujourd’hui en open space, ce qui représente 35% des salariés travaillant dans un bureau, et 10% en flex office, soit 16% des salariés travaillant dans un bureau. Et parmi ces derniers, 36% considèrent que la configuration de leur espace de travail a un impact négatif sur leur santé, alors que cette proportion est deux fois moindre (17%) parmi les salariés qui ne sont pas en flex office, et qui ont donc une place attitrée.

L’évolution des conditions et de l’organisation du travail n’est pas le seul paramètre qui a fait perdre au travail sa centralité. Si ce dernier a perdu de son importance dans la vie des Français, c’est également parce que le pays a été le théâtre d’un processus au long cours de diminution de la durée annuelle effective de travail. De manière assez mécanique, au fur et à mesure que les actifs ont passé moins de temps au travail, son importance et sa centralité dans leur vie ont reculé. Comme on l’a vu précédemment, la part de Français qui considéraient que le travail était « très important » dans leur vie est passée de 60% en 1990 à 24% cette année. Ce recul spectaculaire est à mettre en regard avec l’évolution de la durée annuelle effective de travail, qui, sur la même période, est passée de 1 814 heures à environ 1 600 heures – nous avons pris les chiffres d’avant 2020-2021, années affectées par les confinements et l’arrêt du travail pour cause de pandémie. Si l’on se base sur une durée hebdomadaire de travail de trente-cinq heures, cette baisse de 214 heures correspond à six semaines de congé gagnées en trente ans.

Comme le montre le graphique suivant, la baisse du temps annuel de travail est un processus historique. Du fait du vote de la cinquième semaine de congés payés et du passage à la semaine des trente-neuf heures au début du premier septennat de François Mitterrand, cette durée annuelle est passée de 1 894 heures en 1981 à 1 816 heures en 1983. Ce mouvement s’est ensuite poursuivi avec, au début des années 1990, des abattements de charges qui ont incité à des embauches à temps partiel, puis avec la loi Robien sur la réduction du travail (1996) et surtout les lois Aubry qui ont abouti à la mise en place des trente-cinq heures. Entre 1997 et 2002, la durée annuelle moyenne de travail a reculé de 1 732 à 1 655 heures. Depuis, la tendance à la baisse s’était considérablement ralentie, mais la crise liée à la Covid-19 a violemment percuté l’organisation du travail et a éloigné, contraints et forcés, les actifs de leur emploi pendant de longues périodes.

Le passage aux trente-cinq heures au début des années 2000 a constitué un tournant important et a modifié en profondeur les référentiels. Des termes et des habitudes nouvelles se sont ancrés dans le paysage. C’est à partir de ce moment que les salariés ont appris à « poser » ou à « prendre » une « RTT ». Le cadre traditionnel de la semaine de travail allant du lundi au vendredi s’en est trouvé altéré, avec des week-ends commençant désormais souvent le jeudi soir ou le vendredi midi, faisant dire à certains dirigeants de grandes entreprises que « le vendredi a été supprimé » depuis la Covid-19. Ce changement sociétal n’a pas échappé à la sagacité des travailleurs indépendants qui ont, eux, continué de pratiquer la semaine traditionnelle, comme nous l’exprimait avec malice un agriculteur breton : « Le vendredi après-midi quand je laboure mes champs, je vois mes voisins qui tondent leur pelouse. »

La filière touristique, qui s’était historiquement structurée et développée en France avec l’instauration des congés payés, a connu un nouvel essor durant cette période, marquée par une augmentation du temps disponible pour toute une partie de la population. Les offres de courts séjours se sont multipliées, y compris hors saison, et l’optimisation ou le prolongement des ponts via des journées RTT, pour se constituer de longs week-ends, devient un sport national. L’univers du temps libre, qui était historiquement cantonné aux vacances, et particulièrement aux mois de juillet et d’août, se dilate et prend une place de plus en plus importante dans la vie des Français. Des acteurs comme la SNCF, les compagnies aériennes low cost ou bien encore les sites de réservation en ligne accompagnent ce mouvement historique et le développement d’une société de loisirs. Si Go Voyages et Lastminute.com apparaissent respectivement en 1997 et 1999, suivis en 2001 par Opodo, c’est certes du fait du développement fulgurant d’internet à cette période, mais ces dates de création correspondent également à l’avènement des RTT. En 1981, lors de la précédente étape de réduction du temps de travail, le gouvernement socialiste de l’époque avait créé un ministère du Temps libre, ayant pour mission « de conduire par l’éducation populaire une action de promotion du loisir vrai et créateur et de maîtrise de son temps », création qui s’était accompagnée de celle de l’Agence nationale pour les chèques-vacances. Le gouvernement Jospin n’a pas accompagné le passage aux trente-cinq heures par la mise en place d’une structure publique qui aurait eu vocation à proposer des activités culturelles et récréatives et c’est le marché qui s’est engouffré dans la brèche en créant de nouvelles offres de loisirs pour occuper le temps ainsi libéré.

La crise liée à la Covid-19 et le développement massif du télétravail vont constituer une nouvelle étape dans la perte de centralité du travail dans la vie de nombreux Français. Le cadre habituel de la semaine de travail allant du lundi au vendredi avait déjà été remis en cause par l’apparition des RTT. Mais l’adoption du télétravail par un tiers des salariés – qui télétravaillent au moins un jour par semaine – a entraîné une modification encore plus radicale. Les vendredis, et dans une moindre mesure les lundis, sont massivement télétravaillés. D’après une étude récente menée par la RATP sur les déplacements en Île-de-France34, la fréquentation des transports en commun est ainsi inférieure de 18% en moyenne les vendredis par rapport aux mardis. Les opérateurs des réseaux de transports, qui avaient appris à gérer les heures de pointe, doivent aujourd’hui intégrer dans leur modèle une autre notion qui est celle des « jours de pointe » que sont les mardis et jeudis, journées les moins télétravaillées et où les flux de passagers sont les plus massifs. De la même manière, la vie des entreprises intègre progressivement cette nouvelle organisation de la semaine avec des réunions en présentiel concentrées les mardis et jeudis pour pouvoir toucher le plus grand nombre de collaborateurs. Dans les collectifs de travail où le télétravail est pratiqué, les lundis et vendredis se voient ainsi progressivement dotés d’un autre statut. Ils constituent certes des journées de travail, mais de moindre intensité, comme une sorte de sas entre les « journées sur site » (mardi, jeudi et mercredi dans une certaine mesure) et le week-end.

Renouvellement générationnel et nouveau rapport à l’effort

L’essor et le développement de cette société de loisirs au cours des dernières décennies n’ont pas que fait relativiser la place du travail dans la vie de nos concitoyens. Ils ont plus globalement introduit une dévaluation de la valeur de l’effort. La dimension « sacrificielle » du travail et de l’effort qu’avaient en partage et le catholicisme (« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ») et toute une partie du monde ouvrier, qui s’est battu pour instaurer la fête du Travail le 1er mai, ne fait plus autant recette aujourd’hui. L’assertion selon laquelle « il faut souffrir pour réussir » coupe ainsi le pays en deux avec 51% d’adhésion et 49% de désapprobation. Sur ce sujet, le clivage n’est ni éducatif (52% d’adhésion parmi les diplômés du second ou troisième cycle, contre 50% chez les titulaires du bac et 53% parmi ceux qui ne l’ont pas), ni sociologique (45% d’adhésion parmi les cadres et les professions intellectuelles versus 47% chez les professions intermédiaires et 48% auprès des catégories populaires). Le « no pain, no gain » des Anglais semble en revanche nettement plus clivant selon l’âge, comme le montre le graphique ci-dessous.

Quand 62% des soixante-cinq ans et plus, qui ont grandi et ont été éduqués dans la France des années 1950-1960, adhèrent à cette maxime, la même proportion des 18-24 ans la rejette. Cette assertion recueille 43% d’adhésion parmi les 25-34 ans et devient tout juste majoritaire parmi les 35-64 ans. Le fait que l’approbation à cette maxime diminue assez linéairement avec l’âge nous met sur la piste d’un changement de référentiel et de philosophie qui est en train de s’opérer sous nos yeux au gré du renouvellement générationnel.

La sphère professionnelle n’est d’ailleurs pas l’unique témoin de ce changement de rapport à l’effort au cours des dernières années. Dans le journal Le Point, un professeur de sciences de la vie et de la terre au lycée Thibaut-de-Champagne à Provins (Seine-et-Marne) témoignait : « Chaque année, je fais remplir un questionnaire aux élèves sur leur temps de travail quotidien à la maison. En terminale, il y a quinze ans, la moyenne était d’une heure et demie à deux heures. Aujourd’hui, ils me répondent de trente minutes à une heure, et ils trouvent que c’est beaucoup ! Si j’avais maintenu la même exigence qu’en début de carrière, on aurait perdu deux points de moyenne35. »

Toujours en matière scolaire, l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, mettait en place en 2017 le dispositif « Devoirs faits », un temps d’étude accompagnée gratuit proposé en dehors des heures de classe aux collégiens pour faire leurs devoirs au sein de leur établissement sur des horaires appropriés. Si le dispositif a souvent été présenté dans le but de contribuer à la réduction des inégalités qui peuvent exister selon le niveau d’aide que les familles sont à même d’apporter aux enfants, le site internet du ministère insiste néanmoins sur le fait que ce dispositif permet aussi de « favoriser une forme de sérénité à la maison sur ces sujets36 », comme si le travail et la difficulté à s’y mettre devenaient désormais source de conflits pour une grande partie des familles. Une société privée de soutien scolaire avait d’ailleurs lancé une campagne d’affichage à destination des familles dont le slogan était : « Vous avez mieux à faire que de vous occuper des devoirs », visant à décomplexer les parents de sous-traiter et de déléguer cette « corvée ».

Pour finir, et en guise d’illustration, le Cedre (Cycle des évaluations disciplinaires réalisées sur échantillon), qui réalise des évaluations tous les six ans en fin d’école et en fin de collège, a récemment montré que plus d’un tiers des élèves de troisième se sentaient découragés d’avance à l’idée de lire un texte d’une page. Ainsi, à l’affirmation « Quand on me demande de lire un texte d’une page, je suis découragé(e) d’avance », 37,5% des élèves se déclarent « plutôt d’accord » ou « tout à fait d’accord »37.

Si la mystique de l’effort fait de moins en moins recette dans les tranches d’âge les plus jeunes, on constate en revanche que ces dernières semblent beaucoup plus décomplexées que leurs aînés sur la question de l’ambition, qui est revendiquée par près de deux tiers des moins de trente-cinq ans, alors que moins d’une personne sur deux âgée de plus de 50 ans se définit comme tel. Les 35-49 ans, tranche d’âge intermédiaire, affichent une proportion d’ambitieux de 56%, taux se situant à égale distance des scores observés aux deux extrémités de la pyramide des âges.

Cet étagement des résultats constitue un indice supplémentaire d’une modification du système de valeurs évoquée plus haut. La sacralisation du travail et de l’effort s’est effacée avec la dislocation terminale de la matrice catholique et la disparition des mondes ouvrier et paysan, univers qui l’avaient placée au cœur de leurs systèmes de valeurs respectifs. Ces systèmes de valeurs traditionnels ne faisaient par ailleurs guère l’éloge et la promotion de l’ambition. Dans cette France d’avant, l’ambition était mal vue. Chez les paysans catholiques comme chez les ouvriers déchristianisés, on n’aimait pas celui qui « s’affichait » ou qui « la ramenait ». La modestie, l’humilité et le souci de « rester à sa place » étaient des lignes de conduite très majoritairement partagées. L’ambiance et le référentiel de valeurs ont profondément changé à partir des années 1980 et 1990. C’est à cette époque que la société de consommation et des loisirs a arasé les derniers vestiges de la société traditionnelle.

Les générations âgées de plus de soixante-cinq ans et une partie des 50-64 ans, qui ont grandi dans le système de valeurs forgé dans la France d’avant, demeurent majoritairement acquises à l’idée du « no pain, no gain ». Cet éloge de l’effort teinté de dolorisme s’accompagne d’une moindre valorisation de l’ambition, qui reste assez taboue ou honteuse dans cette tranche d’âge. Parmi les 35-49 ans, dont la période d’élaboration de leur référentiel correspond à la période de bascule, ce système de valeurs est minoritaire. Pour les moins de trente-cinq ans, qui, eux, sont nés dans cette France d’après la grande bascule, la sacralisation de l’effort n’est plus dans l’air du temps, quand l’ambition est, en revanche, clairement assumée et valorisée. Et ce n’est pas un hasard si les influenceurs des réseaux sociaux et de la téléréalité sont très populaires dans la jeune génération, puisqu’ils incarnent pleinement cette aspiration majoritaire à la réussite matérielle et sociale, mais sans forcer.

« Face au déclin, une économie plus responsable »

« Face au déclin, une économie plus responsable »

« Grâce à France 2030, une dynamique s’est enclenchée au service de la transformation de nos infrastructures vers une économie plus responsable », estime le président d’EY en France.(Dans « l’Opinion »). Selon une étude du European Center for International Political Economy parue en juillet dernier (Policy Brief N°07/2023), la France a perdu 11 places entre 2000 et 2021 dans le palmarès comparatif des Etats entre l’Europe et les USA. Elle est aujourd’hui au niveau de l’Arkansas en termes de PIB par habitant et au 20ème rang mondial selon l’OCDE. La France a dévissé au septième rang mondial des puissances économiques. A la fin 2021, l’industrie pesait pour 13,5% du PIB contre 23% en 1980. L’année 2003 fût la dernière à connaître une balance commerciale excédentaire et le déficit de la France a atteint un niveau record à 143,6 milliards en 2022.

Alors – oui, le déclin économique de la France est une réalité de long terme. Mais peut-on espérer avoir touché le fond ?

C’est toute la promesse de France 2030. Dix objectifs englobant principalement l’enjeu de décarbonation, mais pas exclusivement puisque, « placer la France en tête de la production de contenus culturels », figure, par exemple, parmi les autres maillons de cette colonne vertébrale de notre stratégie économique. 54 milliards d’euros sont avancés pour rivaliser avec l’Inflation Reduction Act (IRA) et ses 380 milliards de dollars. Avec sa vaste panoplie d’aides directes et de crédits d’impôts touchant aussi bien à la décarbonation qu’à l’investissement dans les secteurs stratégiques et profitant aux entreprises comme aux particuliers, l’IRA apparaît plus puissant.
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Toutefois, la politique mise en place en France a permis d’ores et déjà de distribuer 21 milliards de subventions à plus de 4 000 projets ; en ce compris des investissements stratégiques comme les usines de batterie ou de semi-conducteurs ou bien encore la conversion à l’hydrogène de sites industriels majeurs.

L’article 5 du projet de loi de finances pour 2024 prévoit d’instituer un crédit d’impôt « industries vertes » pouvant aller jusqu’à 50% de l’investissement réalisé à l’intérieur d’un plafond de 350 millions par entreprise, selon la taille et les zones d’implantation. C’est un autre dispositif puissant au service des investissements industriels dans les énergies renouvelables et les pompes à chaleur.

Par ailleurs, avec 87% de son électricité décarbonée grâce au nucléaire, la France dispose d’un autre atout maître qu’il faut préserver et accentuer grâce aux renouvelables.

Le cadre nouvellement fixé au niveau européen, le 17 octobre dernier, pour une réforme de l’organisation du marché de l’électricité, et sa déclinaison au niveau national grâce à l’accord conclu 14 novembre entre l’Etat et EDF, ouvrent la voie d’un alignement des prix sur les coûts locaux de production dans le cadre de contrats moyen terme. La France pourrait ainsi offrir à ses industriels un prix stable de l’énergie.

Grâce à France 2030, une dynamique s’est enclenchée au service de la transformation de nos infrastructures vers une économie plus responsable. Pour réussir, encore faut-il que les nouvelles régulations de l’UE en matière d’émissions de carbone et d’entrée en vigueur progressive du MACF (Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières) ne génèrent pas trop d’effets de délocalisation des industries transformatives.

Alors, – oui, la France peut jouer gagnante dans cette course vers une économie plus responsable.

Déclin culturel des couches moyennes

Déclin culturel des couches moyennes

Assiste-t-on à la remise en cause progressive d’un choix de société qui plaçait la culture, l’émancipation par la connaissance et la démocratisation du savoir au cœur d’un projet politique ? À partir d’une enquête au long cours dans une ville moyenne du centre de la France, mon ouvrage récemment paru (Raisons d’agir, 2023) propose de raconter le déclin d’une fraction particulière de la « petite bourgeoisie » dont l’ascension sociale a reposé, dès les années 1970, sur l’acquisition de capital culturel plus que sur l’accumulation de capital économique, sur les diplômes scolaires plus que sur l’augmentation de ses revenus. Cette petite bourgeoisie culturelle connaît aujourd’hui une importante déstabilisation sous les effets conjugués du désengagement de l’État, des défaites politiques de la gauche ou de l’affaiblissement du poids de la culture savante au sein des classes supérieures, contribuant à faire émerger, chez ses membres, un sentiment de déclassement. Raconter l’histoire de ce groupe social permet ainsi de rendre compte des dynamiques qui fragilisent le pôle culturel de l’espace social.

par
Élie Guéraut
MCF en sociologie à l’Université Clermont Auvergne, chercheur au Lescores, associé à l’Ined, Université Clermont Auvergne (UCA)

Dans les années 1960 et 1970, au bénéfice de la croissance économique de l’après-guerre, des politiques éducatives et culturelles, et plus généralement du développement de l’État social, un ensemble de groupes sociaux ayant en commun une position intermédiaire entre les classes populaires et la bourgeoisie émerge massivement dans l’espace public.

« Nouvelles couches moyennes » ou « petite bourgeoisie nouvelle », cet ensemble hétérogène est composé des professions salariées des secteurs éducatif (professeurs et instituteurs, conseillers d’orientation, etc.), culturel (bibliothécaires, artistes, intermédiaires du travail artistique, etc.) et social (travailleurs sociaux, psychologues, etc.) ou encore des « professions de présentation et de représentation » pouvant relever de l’indépendance ou du secteur privé (cadres commerciaux, designers, publicitaires, etc.). Ce périmètre élargi réunit des groupes sociaux parfois éloignés dans le monde du travail, qui peuvent néanmoins être rapprochés sous l’angle de leur style de vie, tourné vers des formes de culture en « voie de consécration », c’est-à-dire dont la valeur, le plus souvent montante, n’est pas encore stabilisée (bande-dessinée, le cinéma, le jazz, le rock).

Au cours des années 1980, une partie de la petite bourgeoisie nouvelle va se pérenniser. Tirant profit de l’explosion numérique des professions éducatives et culturelles et de l’« éclatement des normes de la légitimité culturelle », c’est-à-dire de la reconnaissance de nouveaux registres culturels, une petite bourgeoisie culturelle, héritière de la petite bourgeoisie nouvelle, se stabilise sur les positions sociales ainsi créées ou confortées : élus locaux, artistes-plasticiens, directeurs d’associations, d’institutions culturelles et de services de collectivités.

Or qu’est devenue, aujourd’hui, cette petite bourgeoisie culturelle ? A l’échelle nationale, d’importantes transformations depuis la fin du XXe siècle ont eu pour effet de fragiliser certaines de ses fractions. Mentionnons d’abord le mouvement de désengagement de l’État et les politiques d’austérité qui l’accompagnent, dont la RGPP de 2007, les baisses de dotation aux collectivités territoriales ou encore les réformes de l’hôpital public ou de l’université constituent certaines des manifestations les plus visibles.

De nombreuses enquêtes sociologiques conduites ces dernières années permettent d’éclairer les effets concrets d’un tel processus, à savoir une dégradation des conditions de travail et une fragilisation des vocations et aspirations, qui concernent autant les travailleurs sociaux que les enseignants, les intermédiaires du travail artistique ou encore les artistes.

Cette transformation va de pair avec une recomposition profonde du champ politique français, perceptible dès les élections municipales de 2014 et confirmée par celles de 2020 ainsi que par les présidentielles de 2017 et 2022 : la crise des partis traditionnels au profit des « partis mouvements » et l’affaiblissement des différentes forces de gauche, sur fond de massification de l’abstention et de percée de l’extrême droite.

Enfin, mentionnons la question de la transformation contemporaine des normes et registres de la légitimité culturelle, qui se traduit, parmi d’autres effets, par « l’érosion du pouvoir quasi monopolistique dont l’École avait pu auparavant disposer en la matière », conduisant à l’émergence de nouvelles formes de capital culturel.

Ces précisions faites, il va de soi que l’ensemble des fractions qui composent la petite bourgeoisie culturelle ne sont pas également concernées par ce processus de fragilisation. On pourra ainsi aisément opposer à cette thèse de nombreux contre-exemples, à l’instar des « gentrifieurs » faisant l’expérience d’une conquête victorieuse sur leur espace résidentiel. Il faut donc bien comprendre que, comme tout processus social de fond, le phénomène ne peut être saisi de façon « pure ». L’intensité avec laquelle se donne à voir cette fragilisation dépend de la focale adoptée, en l’occurrence, dans le cas de mon ouvrage, une enquête ethnographique dans une ville moyenne du centre de la France, où s’observent depuis les années 1970 une importante décroissance démographique, une paupérisation ainsi qu’une dégradation de la valeur économique et symbolique de l’espace.

Ce livre permet ainsi de saisir l’émergence d’une petite bourgeoisie culturelle, sur fond de développement du socialisme municipal. Au pouvoir depuis 1971, les socialistes et les communistes participent, en effet, à la mise en place de politiques culturelles, sociales et sportives ambitieuses, dans le sillage du « Programme commun » de la gauche de l’époque.

Des années 1980 aux années 1990, une nouvelle génération de militants associatifs et politiques, originaires à la fois des milieux populaires et de la petite bourgeoisie, parvient à exercer un quasi-monopole sur « la culture », à occuper des positions stratégiques dans les institutions culturelles et les collectivités locales ainsi qu’à se faire une place sur la scène politique au sein des listes d’union de gauche.

Cette ascension ne concerne cependant que la génération née dans les années 1960. Malgré l’expérience d’études supérieures dans une grande agglomération et leur engagement dans des activités associatives et artistiques, les générations qui suivent ne rencontrent pas le succès des « reconversions militantes » de leurs aînés, de sorte que leur ascension sociale demeure inachevée car tributaire d’un contexte moins favorable que celui des années 1980.

La fragilisation de la petite bourgeoisie culturelle occasionne une perte de son pouvoir sur les institutions locales conquis dans les années 1980 et 1990, mais aussi de sa légitimité à se présenter en prescripteur de goûts et de pratiques culturelles. Elle affecte également ses conduites de sociabilité : s’observe notamment une défiance vis-à-vis des classes populaires locales, suspectées de comportements déviants (consommation de drogue, mal-proprété, etc.) et d’opinions xénophobes, plutôt que la valorisation de la « mixité » ou de la « diversité », pourtant fréquente parmi les groupes sociaux structurés par la détention de capital culturel.

Un tel phénomène constitue un indice de l’effritement d’une alliance de classes historique entre petite bourgeoisie culturelle et classes populaires, à l’instar de la prise de distance des milieux populaires avec la gauche et en particulier le parti socialiste ou, en reflet, de la méfiance suscitée par le mouvement des « gilets jaunes ». Il s’agit ainsi, à partir de cette enquête, de rendre compte des déterminants passés et des effets présents de la fragilisation de cette alliance, sur laquelle s’était fondée l’union de la gauche et qui avait constitué une opportunité d’ascension sociale pour les uns et de reclassement pour les autres.

Retracer l’histoire contemporaine et dire le présent de la petite bourgeoisie culturelle revient tout autant à rendre compte de certaines des grandes transformations qu’a connues la France dans les dernières décennies (désindustrialisation, métamorphose de l’État social, etc.), et de leurs effets particuliers dans les villes moyennes (décroissance démographique, paupérisation, etc.), qu’à dévoiler les aspirations et les déceptions, les espoirs et les angoisses, d’un groupe social particulier. L’ethnographie fonctionne ici comme un miroir grossissant » de phénomènes valables à l’échelle nationale : l’ascension et la fragilisation d’une incarnation particulière des classes moyennes à capital culturel, la petite bourgeoisie culturelle.

Société-Le nombre de pays démocratiques en déclin dans le monde

Société-Le nombre de pays démocratiques en déclin dans le monde

La guerre en Ukraine a mis fin aux dernières illusions des Européens, qui s’appuyaient sur le primat du droit et les vertus du multilatéralisme pour garantir la sécurité et la paix, estime, dans une tribune au « Monde », l’ancien ambassadeur Pierre Buhler.

Le déferlement des chars russes en Ukraine, le 24 février 2022, a sonné le glas non seulement d’une ère, mais aussi d’une idée : celle de la paix par le droit, qui, malgré les mécomptes, a prévalu pendant plus d’un siècle.

Certes, le projet de Woodrow Wilson [président des Etats-Unis de 1913 à 1921] de rendre le « monde sûr pour la démocratie », avec la Société des nations, a connu le sort que l’on sait. Mais Franklin D. Roosevelt [1933-1945] en avait tiré les leçons avec la Charte des Nations unies, un traité prohibant le recours à la force en dehors des cas de légitime défense, et doté d’un Conseil de sécurité chargé d’en assurer le respect. Le fait que les cinq puissances victorieuses de la seconde guerre mondiale y siègent comme membres permanents, avec droit de veto, devait être le gage de son efficacité.

Ce système, paralysé pendant la guerre froide, avait, dès la fin de celle-ci, laissé espérer l’avènement d’un monde réglé par le droit, qu’avait illustré, en 1990, le rétablissement dans sa souveraineté du Koweït, envahi par l’Irak. Mais cet espoir s’est évanoui au fur et à mesure que des interventions militaires enfreignant le droit international – en Géorgie, en Serbie, en Irak, en Ukraine… – se sont succédé.

L’implosion de l’Union soviétique avait donné le coup de grâce à une autre idée : celle de la paix dans le monde grâce à l’abolition du capitalisme et de son « stade suprême, l’impérialisme ». Mais elle avait surtout donné corps à la thèse de la « fin de l’histoire » et du triomphe de la démocratie libérale, une illusion entretenue par un mouvement ample de ralliement à ce modèle dans le monde. Elle laissait entrevoir la perspective que le respect de la règle de droit – un attribut des démocraties – finirait par déteindre sur les conduites des Etats en dehors de leurs frontières.

La courbe s’est inversée au bout d’une quinzaine d’années. Il ne reste aujourd’hui qu’une trentaine de démocraties authentiques, après deux décennies fastes pour les dictateurs, autocrates et juntes qui ont fait main basse sur le pouvoir dans leurs pays. Pour autant, l’aspiration aux libertés, aux droits et à la dignité ne s’est pas éteinte, comme le rappellent des soulèvements réguliers en Birmanie, à Hongkong ou en Iran.

Le nombre de pays démocratiques en déclin dans le monde

Le nombre de pays démocratiques en déclin dans le monde

La guerre en Ukraine a mis fin aux dernières illusions des Européens, qui s’appuyaient sur le primat du droit et les vertus du multilatéralisme pour garantir la sécurité et la paix, estime, dans une tribune au « Monde », l’ancien ambassadeur Pierre Buhler.

Le déferlement des chars russes en Ukraine, le 24 février 2022, a sonné le glas non seulement d’une ère, mais aussi d’une idée : celle de la paix par le droit, qui, malgré les mécomptes, a prévalu pendant plus d’un siècle.

Certes, le projet de Woodrow Wilson [président des Etats-Unis de 1913 à 1921] de rendre le « monde sûr pour la démocratie », avec la Société des nations, a connu le sort que l’on sait. Mais Franklin D. Roosevelt [1933-1945] en avait tiré les leçons avec la Charte des Nations unies, un traité prohibant le recours à la force en dehors des cas de légitime défense, et doté d’un Conseil de sécurité chargé d’en assurer le respect. Le fait que les cinq puissances victorieuses de la seconde guerre mondiale y siègent comme membres permanents, avec droit de veto, devait être le gage de son efficacité.

Ce système, paralysé pendant la guerre froide, avait, dès la fin de celle-ci, laissé espérer l’avènement d’un monde réglé par le droit, qu’avait illustré, en 1990, le rétablissement dans sa souveraineté du Koweït, envahi par l’Irak. Mais cet espoir s’est évanoui au fur et à mesure que des interventions militaires enfreignant le droit international – en Géorgie, en Serbie, en Irak, en Ukraine… – se sont succédé.

L’implosion de l’Union soviétique avait donné le coup de grâce à une autre idée : celle de la paix dans le monde grâce à l’abolition du capitalisme et de son « stade suprême, l’impérialisme ». Mais elle avait surtout donné corps à la thèse de la « fin de l’histoire » et du triomphe de la démocratie libérale, une illusion entretenue par un mouvement ample de ralliement à ce modèle dans le monde. Elle laissait entrevoir la perspective que le respect de la règle de droit – un attribut des démocraties – finirait par déteindre sur les conduites des Etats en dehors de leurs frontières.

La courbe s’est inversée au bout d’une quinzaine d’années. Il ne reste aujourd’hui qu’une trentaine de démocraties authentiques, après deux décennies fastes pour les dictateurs, autocrates et juntes qui ont fait main basse sur le pouvoir dans leurs pays. Pour autant, l’aspiration aux libertés, aux droits et à la dignité ne s’est pas éteinte, comme le rappellent des soulèvements réguliers en Birmanie, à Hongkong ou en Iran.

Elevage français: Un déclin qui favorise les importations

Elevage français: Un déclin qui favorise les importations

Comme l’industrie, l’élevage français de volailles ( et de porcs) pourrait presque disparaître s’inquiète les chambres d’agriculture dans un rapport. En cause la compétitivité de la filière, les contraintes imposées qui finalement profitent surtout à l’importation massive de l’étranger. La majorité des produits de la filière sont importés et le plus souvent non soumis aux obligations économiques, sanitaires et sociales.

D’après le service Etudes économiques et prospective des Chambres d’agriculture, La filière d’élevage est très menacée du fait en particulier de la hausse des produits d’alimentation du bétail.

« Les éleveurs porcins n’ont jamais connu un prix du kilo aussi élevé », note ainsi l’un des auteurs du Les cheptels français bovins, porcins et ovins ne cessent de se réduire. Résultat: la production diminue depuis quatre à cinq ans, amenuisant l’offre de produits animaux, et ce alors que « la demande, malgré une petite diminution, se tient plutôt bien », constate Thierry Pouch.

« La situation est d’autant plus préoccupante que, depuis les années 1980, on assiste aussi à une diminution incessante des effectifs d’éleveurs, complète l’économiste. On est passé de 175.000 éleveurs laitiers en 1988 à 35.000 en 2020. »

Sur la même période, le nombre d’exploitations est passé de 1,017 million à 389.000. La concentration des élevages, notamment laitiers, n’a donc pas empêché la décapitalisation.

Si aujourd’hui la France est toujours autosuffisante en produits laitiers, elle l’est de moins en moins en viande bovine, et ne l’est plus en viande de volaille. Désormais, 55% de la consommation intérieure est satisfaite par les importations, rappelle le rapport.

En cause aussi, l’inflation des produits alimentaires; selon l’Insee, le prix des produits alimentaires a encore bondi de 11,1% le mois dernier sur un an, et ceux des viandes vendues en grande distribution de 9,4 %. La vente de produits bio s’écroule littéralement.

Perspectives Chine : vers le déclin ?

Perspectives Chine : vers le déclin ?


L’économie chinoise est une étoile supermassive, mais qui menace de s’effondrer sur elle-même. Dans un tel scénario, le trou noir chinois pourrait alors avaler tout ce qui gravite autour de lui. Par Karl Eychenne, chercheur chez Oblomov & Bartleby dans la Tribune

Lorsque l’on parle de la Chine, on doit lever les yeux au ciel. On ne raisonne plus au niveau du pékin moyen, mais à l’échelle cosmologique. Depuis son envol en 2001 (entrée dans l’OMC), la Chine a pulvérisé tous les standards économiques. Une croissance insolente, dopée par un commerce extérieur désinhibé, des investissements pharaoniques, et une main-d’œuvre inépuisable à bas coût. La Chine représentait 10% du PIB mondial il y a 20 ans ; elle en représente désormais 20%, devant les États-Unis et la zone euro tous deux à 15% (FMI, données en parité de pouvoir d’achat). La Chine est devenue un ogre. Mais aujourd’hui l’ogre est bedonnant, et ses statistiques en pâtissent. Feu la croissance à 10%, la Chine peine désormais à atteindre les 5% et demain on lui promet seulement 2%. La faute à ses deux moteurs, devenus deux boulets. Il y a le vieillissement de sa population, inexorable, anticipant une contribution négative de la population active à la croissance économique. Et il y a la décélération de la productivité du travail, phénomène mondial mais exacerbé en Chine par des investissements massifs pas toujours bienvenus. La crise Covid a pu un temps cacher tous les problèmes sous le tapis, prétextant le confinement comme source majeure de déconvenue économique. Mais depuis, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Et parmi elles, une nouvelle venue : la déflation.

Il faut réaliser que ni la Chine ni le Japon n’ont connu l’hystérie inflationniste post déconfinement qu’a pu connaitre le reste du monde. Si le Japon semble aujourd’hui enregistrer enfin quelques tensions sur les prix, ce n’est pas du tout le cas de la Chine bien au contraire. Les prix chinois sont même en baisse symbolique de -0,3% sur les 12 derniers mois. Pour comparaison, ces mêmes prix sont encore en hausse de près de 5,5% en zone euro et 3,2% aux États-Unis. Plus inquiétant, les prix à la production chinois sont en baisse de -4,5%, sachant que ces prix sont les indicateurs les plus fidèles des bénéfices à venir des entreprises. Certes, les experts semblent moins inquiets, insistant sur des mouvements de prix plus rassurants sur la période plus récente. Mais le mal est fait.

Ces mauvais chiffres économiques semblent surprendre beaucoup de monde. Mais pas du tout les investisseurs. Cela fait bien longtemps qu’ils n’anticipent plus grand-chose du marché d’actions chinois. Un marché qui fait du surplace depuis 10 ans, et il faut compter sur les seuls dividendes versés pour contenter l’actionnaire. En cause, une croissance des bénéfices des entreprises quasi – nulle sur la période, malgré une croissance du PIB en valeur proche de 10%. Certes, il faut dire que la classe émergente dans son ensemble ne fait guère mieux sur la période. Seule l’Inde tire son épingle du jeu parmi les grosses pointures avec une hausse de 100% ! Mais le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud déçoivent, comme la Chine.

Si l’ensemble du bloc émergent est assez décevant, seule la Chine inquiète vraiment. Pour une raison très simple : la Chine est devenue un acteur incontournable de la scène économique mondiale. Probablement la Chine ne peut pas faire sans le reste du monde. Mais c’est réciproque. Les exportations chinoises ne sont peut-être plus aussi fringantes, le retour à un certain protectionnisme aidant. Mais on ne démêle pas aussi facilement des chaines de valeur. L’économie chinoise est partout. Les élasticité-prix des économies aux produits chinois sont peut-être fortes qu’avant, signifiant un rôle accru de la concurrence, mais les produits chinois vampirisent toujours les étalages de nos magasins. Personne ne peut rester insensible au sort de l’économie chinoise, parce qu’on imagine mal comment faire sans.

La Chine c’est Venise ! un amplificateur d’émotions, pour paraphraser Philippe Sollers. Si la Chine est de bonne humeur, le reste du monde chante à tue-tête. Si la Chine n’a pas la tête à ça, le reste du monde est pris d’une migraine intense.

Une étoile qui meurt est un spectacle étourdissant. Mais une étoile supermassive qui meurt est plus angoissante. Pour information, nous avons alors affaire à un trou noir. Et la physique d’un trou noir économique est peu réjouissante. Il aspire alors tout ce qui gravite autour de lui, tous les corps, même la lumière qu’ils émettent. En poussant la métaphore jusqu’au bout, on imagine alors la disparition de toutes les économies plus ou moins dépendantes de l’économie chinoise. La Chine avec. On n’en est pas encore là.

Chine : vers le déclin économique ?

Chine : vers le déclin économique ?


L’économie chinoise est une étoile supermassive, mais qui menace de s’effondrer sur elle-même. Dans un tel scénario, le trou noir chinois pourrait alors avaler tout ce qui gravite autour de lui. Par Karl Eychenne, chercheur chez Oblomov & Bartleby dans la Tribune

Lorsque l’on parle de la Chine, on doit lever les yeux au ciel. On ne raisonne plus au niveau du pékin moyen, mais à l’échelle cosmologique. Depuis son envol en 2001 (entrée dans l’OMC), la Chine a pulvérisé tous les standards économiques. Une croissance insolente, dopée par un commerce extérieur désinhibé, des investissements pharaoniques, et une main-d’œuvre inépuisable à bas coût. La Chine représentait 10% du PIB mondial il y a 20 ans ; elle en représente désormais 20%, devant les États-Unis et la zone euro tous deux à 15% (FMI, données en parité de pouvoir d’achat). La Chine est devenue un ogre. Mais aujourd’hui l’ogre est bedonnant, et ses statistiques en pâtissent. Feu la croissance à 10%, la Chine peine désormais à atteindre les 5% et demain on lui promet seulement 2%. La faute à ses deux moteurs, devenus deux boulets. Il y a le vieillissement de sa population, inexorable, anticipant une contribution négative de la population active à la croissance économique. Et il y a la décélération de la productivité du travail, phénomène mondial mais exacerbé en Chine par des investissements massifs pas toujours bienvenus. La crise Covid a pu un temps cacher tous les problèmes sous le tapis, prétextant le confinement comme source majeure de déconvenue économique. Mais depuis, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Et parmi elles, une nouvelle venue : la déflation.

Il faut réaliser que ni la Chine ni le Japon n’ont connu l’hystérie inflationniste post déconfinement qu’a pu connaitre le reste du monde. Si le Japon semble aujourd’hui enregistrer enfin quelques tensions sur les prix, ce n’est pas du tout le cas de la Chine bien au contraire. Les prix chinois sont même en baisse symbolique de -0,3% sur les 12 derniers mois. Pour comparaison, ces mêmes prix sont encore en hausse de près de 5,5% en zone euro et 3,2% aux États-Unis. Plus inquiétant, les prix à la production chinois sont en baisse de -4,5%, sachant que ces prix sont les indicateurs les plus fidèles des bénéfices à venir des entreprises. Certes, les experts semblent moins inquiets, insistant sur des mouvements de prix plus rassurants sur la période plus récente. Mais le mal est fait.

Ces mauvais chiffres économiques semblent surprendre beaucoup de monde. Mais pas du tout les investisseurs. Cela fait bien longtemps qu’ils n’anticipent plus grand-chose du marché d’actions chinois. Un marché qui fait du surplace depuis 10 ans, et il faut compter sur les seuls dividendes versés pour contenter l’actionnaire. En cause, une croissance des bénéfices des entreprises quasi – nulle sur la période, malgré une croissance du PIB en valeur proche de 10%. Certes, il faut dire que la classe émergente dans son ensemble ne fait guère mieux sur la période. Seule l’Inde tire son épingle du jeu parmi les grosses pointures avec une hausse de 100% ! Mais le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud déçoivent, comme la Chine.

Si l’ensemble du bloc émergent est assez décevant, seule la Chine inquiète vraiment. Pour une raison très simple : la Chine est devenue un acteur incontournable de la scène économique mondiale. Probablement la Chine ne peut pas faire sans le reste du monde. Mais c’est réciproque. Les exportations chinoises ne sont peut-être plus aussi fringantes, le retour à un certain protectionnisme aidant. Mais on ne démêle pas aussi facilement des chaines de valeur. L’économie chinoise est partout. Les élasticité-prix des économies aux produits chinois sont peut-être fortes qu’avant, signifiant un rôle accru de la concurrence, mais les produits chinois vampirisent toujours les étalages de nos magasins. Personne ne peut rester insensible au sort de l’économie chinoise, parce qu’on imagine mal comment faire sans.

La Chine c’est Venise ! un amplificateur d’émotions, pour paraphraser Philippe Sollers. Si la Chine est de bonne humeur, le reste du monde chante à tue-tête. Si la Chine n’a pas la tête à ça, le reste du monde est pris d’une migraine intense.

Une étoile qui meurt est un spectacle étourdissant. Mais une étoile supermassive qui meurt est plus angoissante. Pour information, nous avons alors affaire à un trou noir. Et la physique d’un trou noir économique est peu réjouissante. Il aspire alors tout ce qui gravite autour de lui, tous les corps, même la lumière qu’ils émettent. En poussant la métaphore jusqu’au bout, on imagine alors la disparition de toutes les économies plus ou moins dépendantes de l’économie chinoise. La Chine avec. On n’en est pas encore là.

Société-Population mondiale: le déclin à partir de 2050

Société-Population mondiale: le déclin à partir de 2050


Selon les scénarios des chercheurs de l’intiative Earth4All, un pic pourrait avoir lieu dès 2046 (9 milliards de personnes) ou autour de 2040 (8,5 milliards)

Avec leur modèle Earth4All, les chercheurs envisagent deux scénarios le pic démographique arriverait dès 2046 (9 milliards de personnes), pour ensuite décliner à 7,3 milliards en 2100. Dans le second scénario, les investissements dans l’éducation, la santé, la lutte contre la pauvreté et les inégalités se renforceraient. La transition serait aussi en œuvre dans les énergies et les emplois verts. Le pic serait alors franchi autour de 2040 (8,5 milliards de personnes), pour connaître ensuite une forte baisse, à 6 milliards d’humains à la fin du siècle. « Mais les relations entre ces variables économiques et environnementales et la démographie sont loin d’être établies », nuance néanmoins le démographe Gilles Pison auprès du Figaro.

Parmi les facteurs explicatifs, l’autonomisation des femmes, qui leur permet d’avoir la main sur l’éducation, le travail et la vie familiale. Avec le modèle Earth4All, le taux de fécondité passerait à 1,66 enfant par femme, contre 1,8 pour le modèle onusien. Normalement, il faut un taux de fécondité de 2,2 pour simplement renouveler la population.

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