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La fin de la Ve République ?

La fin de la Ve République ?

 

Après les législatives la France est menacée de paralysie politique estime un papier de la Tribune qui pose aussi la question de la fin possible de la Ve République

Le second tour a amplifié, tout en la confirmant, la déconfiture électorale de la majorité présidentielle. Ensemble n’obtient qu’une majorité toute relative et face à la poussée de la Nupes et du RN, va devoir s’allier pour gouverner. Avec la droite républicaine ou avec la gauche de gouvernement ? Ou les deux selon les circonstances, comme Rocard entre 1988 et 1991 ? De la réponse dépendra le sort du gouvernement d’Elisabeth Borne, réélue dans le Calvados. Face au risque d’un blocage du pays, Emmanuel Macron entame son second mandat par un désaveu qui rend la situation politique très instable dans un moment où l’économie le sera tout autant.

Au terme de deux interminables campagnes électorales, présidentielle et législatives, c’est un échiquier politique inattendu et totalement inédit qui sort des urnes en ce début d’été 2022 avec une Assemblée nationale qui reflète les divisions et les fractures apparues au cours du premier mandat d’Emmanuel Macron. Le président de la République réélu en avril va devoir affronter dans les prochains mois une situation très instable avec une absence de majorité absolue, pour la première fois depuis Mitterrand en 1988 ou les débuts de la Vème République.

Le fait majoritaire, qui servait d’ancre au fonctionnement des institutions depuis soixante ans, a volé en éclat lors du second tour des législatives et c’est un revers majeur pour la macronie qui, tout en arrivant en tête, tremble sur ses bases. Avec des personnalités emblématiques comme le président de l’Assemblée sortante, Richard Ferrand, battu par la Nupes, tout comme l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, mais aussi la ministre de la planification écologique Amélie de Montchalin, La République en Marche a été sanctionnée durement. « Donnez moi une majorité pour agir » avait demandé Emmanuel Macron avant de se rendre à Kiev en milieu de semaine : les Français dans leur majorité, ont choisi de le sanctionner en envoyant à l’Assemblée une majorité introuvable.

Ce séisme politique est d’autant plus spectaculaire qu’il s’accompagne de changements tectoniques dans le rapport des forces. Pour la première fois, et c’est la grande surprise de ce second tour des législatives, le Rassemblement national remporterait entre 80 et 95 sièges, soit plus que la droite républicaine, ce qui constitue une victoire incontestable pour la finaliste de la présidentielle, Marine le Pen, largement réélue dans le Nord.

Quant à la poussée de la Nupes, elle ne permet pas à Jean-Luc Mélenchon, qui ne se représentait pas à Marseille, de réussir son pari : se faire « élire Premier ministre » en imposant une cohabitation. Le coup marketing est réel, avec une alliance des gauches hier irréconciliables, mais son appel à la jeunesse n’a pas été entendu, 78% des 18-24 ans s’étant abstenus à nouveau au second tour. Il reste aussi à voir si la Nupes restera unie alors que les députés siégeront dans leurs groupes respectifs (France Insoumise, PC, PS, EELV).

S’il n’y a donc pas de majorité alternative au bloc central Ensemble !, qui reste la première force politique du pays, Emmanuel Macron devra tendre la main pour gouverner, ce qui n’est pas son tempérament. Une alliance naturelle semble possible avec la droite républicaine même si celle-ci n’obtient qu’une soixantaine de députés. Mais ce serait aussi la fin du « en même temps », du « et de droite et de gauche », l’ambiguïté originelle du macronisme. A moins que le chef de l’Etat tente de louvoyer en draguant entre la gauche et la droite de gouvernement en fonction des projets de loi, ce qui ne sera pas aisé et expose le pays à un risque réel de paralysie sur les choix essentiels.

Devenu un « président minoritaire », comme l’a qualifié dimanche Marine le Pen, le chef de l’Etat sera en permanence pris en étau entre deux oppositions de force presque égale : la Nupes et son programme de gauche radicale et écologique ne le ménagera pas sur les retraites ou la nécessaire rigueur budgétaire que va imposer la remontée des taux d’intérêt. Et le RN sera tout aussi virulent sur le pouvoir d’achat ou sur les questions de sécurité ou d’immigration.

D’une certaine façon, nous avons donc peut-être assisté ce dimanche 19 mai à la fin de la Vème République telle que nous l’avons connue. Le régime, bousculé par la révolte des Gilets Jaunes au cours du premier quinquennat, bascule dans un parlementarisme qui reste à inventer dans un pays longtemps résigné à une pratique proche de la monarchie présidentielle. C’est à coup sûr la fin de l’hyper-présidence, l’exécutif étant contraint à une culture du compromis politique, ce qui n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour répondre à la crise démocratique.

Pour Emmanuel Macron, le changement, c’est donc maintenant. Après une telle claque électorale, le président de la République va devoir prendre des décisions rapides : comme l’a dit Bruno Le Maire, « gouverner ne va pas être simple, il va falloir faire preuve de beaucoup d’imagination ». Macron pourra-t-il maintenir à Matignon Elisabeth Borne, certes réélue dans le Calvados, mais très fragilisée par la défaite de la majorité qu’elle était censée conduire à la victoire ? Elle a appelé dimanche soir à construire « une majorité d’action », un concept bien flou… Quel sera le sort de la réforme emblématique des retraites ? La droite se laissera-t-elle tentée comme le maire de Meaux Jean-François Copé par un « pacte de gouvernement » avec Ensemble ? Sur quelles bases ? Quel est enfin le risque de blocage du pays sous la pression d’un quatrième tour social dans la rue et d’un parlement rendu incandescent par la poussée de la Nupes ?

Une chose est sûre, la stratégie d’ouverture à gauche en nommant Elisabeth Borne est un échec patent dont le président, qui a longtemps hésité à nommer Catherine Vautrin pour faire campagne à droite, devra tirer toutes les conclusions politiques. Quant à la possibilité d’une dissolution, le chef de l’Etat ne pourra pas en user avant dans un an, ce qui nous promet douze mois agités dans un contexte économique et géopolitique particulièrement incertain.

Le deuxième quinquennat de Macron déjà fini

Le deuxième quinquennat de Macron déjà fini

 

Plusieurs experts s’interrogent déjà depuis des semaines sur la possibilité pour Macron de terminer son nouveau quinquennat. Cette interrogation trouve une légitimité dans les résultats des législatives. Des résultats qui constituent une véritable catastrophe pour la majorité.

Il est clair que politiquement le pays sera difficilement gouvernable. En effet la seule possibilité de légiférer pour Macron sera de s’allier aux républicains qui vont tirer la politique de la majorité encore davantage à droite. De quoi nourrir l’opposition de l’alliance électorale de Mélenchon. Quant au front national il profitera de la plupart des occasions pour bloquer la politique au risque même d’être en contradiction avec ses propres orientations.

 Les électeurs ont infligé un sérieux revers à Macron en raison notamment de la confusion de ce dernier entre le régime démocratique et le  régime monarchique. Ce résultat est surtout un vote sanction à l’égard d’un président largement détesté dans le pays. On objectera qu’il a été juridiquement élu pour la seconde fois. La raison principale est due à l’absence d’offre politique et de candidats sérieux à droite comme à gauche. Bref, une page du macronisme  se tourne . Macronisme qui par ailleurs pourrait bien disparaître de l’histoire politique compte tenu de ses contradictions, de son flou et de sa réduction finalement à un seul personnage trop immature pour gouverner longtemps le pays. 

Société-Ephad Korian: un maximum de 5 euros en repas mais 100 euros de pension par jour

Société-Ephad Korian: un maximum de  5 euros  en repas mais 100 euros de pension par jour

On comprend aisément que certains EHPAD à but très lucratif soient l’objet de critiques. Ainsi l’un des responsables syndicaux du groupe Korian signale qu » en général les établissements consacrent  seulement cinq euros par jour pour les trois repas tandis que la pension est d’un minimum de 100 € par journée ( au minimum ) . De quoi évidemment réaliser de substantielles bénéfices. Sans parler des autres rationnements concernant les soins et de manière générale les services aux personnes âgées. Plusieurs familles ont donc déposé des plaintes

 

Les trente plaintes déposées contre X émanent de 18 familles de résidents d’établissements gérés par le groupe Korian, pour des faits de « mise en danger de la vie d’autrui », de « non assistance à personne en danger » et d’ »homicide involontaire ». Elles ont été déposées à Aix-en-Provence, Bobigny, Bourges, Le Mans, Marseille, Nantes, Niort, Paris, Pau et Versailles, a détaillé Sarah Saldmann à l’AFP.

L’avocate était déjà à l’origine de près de 80 plaintes déposées en avril à Nanterre contre le groupe Orpea pour des faits similaires, dans la foulée du scandale déclenché par le livre-enquête Les Fossoyeurs du journaliste Victor Castanet. La plupart de ces procédures, hormis celles concernant des cliniques de la filiale Clinea, sont déjà « parties en enquête », a précisé l’avocate.

 

Ce n’est pas la première fois que les pratiques du groupe Korian sont contestées. En avril, l’avocat Fabien Arakelian affirmait déjà à franceinfo que le groupe était aussi concerné par des plaintes de familles concernant des cas de maltraitance, tout comme Orpea et DomusVi, le troisième groupe français d’Ehpad.

Finances-Taux de la BCE : l’Italie sur le chemin de la Grèce ?

Finances-Taux de la BCE : l’Italie sur le chemin de la Grèce ?

 

Alors que les taux en Allemagne tournent autour 2 % brusquement ils ont monté à 4 % en l’Italie. Et ce n’est sans doute qu’un début. D’où le risque de voir un éclatement des taux au sein de l’union européenne et des menaces pour l’euro. D’une certaine manière, l’Italie pourrait prendre le chemin de la Grèce. Pour empêcher un tel phénomène qui sera difficile d’éviter une sorte de mutualisation des emprunts que redoutent particulièrement l’Allemagne.

L ‘Italie est condamnée à emprunter massivement ne serait-ce que pour rembourser sa dette souveraine qui atteint 151 % du PIB.

Mardi, le  taux d’emprunt italien à 10 ans a bondi au-dessus des 4%, une première depuis 2014, traduisant une perte de confiance des marchés quant à la stabilité économique du pays.  Du coup, la  semaine passée, l’institution s’est réunie en urgence mercredi. Une session exceptionnelle à l’issue de laquelle elle a promis une nouvelle stratégie pour limiter les écarts de taux entre les pays européens, restant toutefois évasive sur les contours de ce dispositif.

En effet il y a une contradiction entre l’orientation de la banque centrale à réduire son programme d’achats d’actifs classiques et la possibilité de mutualiser les emprunts de membres de l’Union pour limiter la hausse des taux. En faite la banque centrale européenne est partagée entre son souci de lutter contre l’inflation et la nécessité de ne pas tuer la croissance par des hausses offre des taux.

Coût de l’inflation: Une perte d’environ 1300 € pour les ménages

Coût de

Coût de l’inflation: Une perte d’environ 1300 € pour les ménages 

D’après les calculs d’Allianz. Résultat,  l’inflation devrait coûter nviron 2300 € cette année pour les ménages.

Une évaluation vraisemblable puisque chaque ménage dépense environ 3000 € par an pour le transport et le chauffage dont le cout  a augmenté de 50 % . Ces différentes hausses pourrait être compensées par des augmentations de revenus. Or par exemple les salaires n’ont pas augmenté de plus de 3 % alors que sur l’année l’inflation pourrait atteindre 5 %.La dégradation objective de la situation provoque aussi un écroulement de la confiance des ménages qui contribue à dégrader l’environnement.

L’éclatement de la guerre en Ukraine à la fin du mois de février a précipité la confiance des ménages et des entreprises vers le bas en seulement quelques jours. La plupart des récentes enquêtes de conjoncture de l’Insee montrent qu’après avoir atteint un pic à l’été 2021, le moral des ménages est en chute libre pour retrouver le niveau de novembre 2018 en pleine crise des « gilets jaunes ».

cette ‘inflation devrait d’abord toucher les ménages les plus modestes alors que ceux sont eux qui ont la plus forte propension à consommer.

Après un fort rebond économique post-pandémie en 2021 (6,8%), l’économie française est plongée dans un épais brouillard depuis l’invasion de la Russie en Ukraine. Le recul brutal de la consommation au premier trimestre a plombé la croissance laissant planer un risque de récession au cours du second trimestre. Malgré ces craintes, la Banque de France a écarté cette perspective dans ses dernières prévisions dévoilées ce mardi 14 juin avec une croissance fébrile de 0,25 % en glissement trimestriel.

Taux de la BCE : l’Italie sur le chemin de la Grèce ?

Taux de la BCE : l’Italie sur le chemin de la Grèce ?

 

Alors que les taux en Allemagne tournent autour 2 % brusquement ils ont monté à 4 % en l’Italie. Et ce n’est sans doute qu’un début. D’où le risque de voir un éclatement des taux au sein de l’union européenne et des menaces pour l’euro. D’une certaine manière, l’Italie pourrait prendre le chemin de la Grèce. Pour empêcher un tel phénomène qui sera difficile d’éviter une sorte de mutualisation des emprunts que redoutent particulièrement l’Allemagne.

L ‘Italie est condamnée à emprunter massivement ne serait-ce que pour rembourser sa dette souveraine qui atteint 151 % du PIB.

Mardi, le  taux d’emprunt italien à 10 ans a bondi au-dessus des 4%, une première depuis 2014, traduisant une perte de confiance des marchés quant à la stabilité économique du pays.  Du coup, la  semaine passée, l’institution s’est réunie en urgence mercredi. Une session exceptionnelle à l’issue de laquelle elle a promis une nouvelle stratégie pour limiter les écarts de taux entre les pays européens, restant toutefois évasive sur les contours de ce dispositif.

En effet il y a une contradiction entre l’orientation de la banque centrale à réduire son programme d’achats d’actifs classiques et la possibilité de mutualiser les emprunts de membres de l’Union pour limiter la hausse des taux. En faite la banque centrale européenne est partagée entre son souci de lutter contre l’inflation et la nécessité de ne pas tuer la croissance par des hausses offre des taux.

Elections législatives 2022 : Une campagne à côté de la plaque

Elections législatives 2022 : Une campagne à côté de la plaque

 

Atone avant le premier tour, le débat politique tourne, depuis, à la caricature. Plutôt que de débattre des graves enjeux du moment, la majorité s’applique à présenter la gauche en menace pour la République et les candidats de la Nupes prétendent dévoiler l’« agenda caché » du président. ( papier du Monde)

 

Entamée sur de lourds non-dits, la campagne des élections législatives qui prend fin vendredi 17 juin menace de se terminer dans la caricature. Chaque jour, le ton monte un peu plus entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, comme si l’on était encore dans le prolongement du match présidentiel, alors qu’il s’agit d’élire 572 députés (cinq l’ayant déjà été au premier tour) pour un travail primordial d’élaboration de la loi et de contrôle de l’exécutif. L’excessive présidentialisation du régime se lit à travers l’impossibilité d’exister pour les autres acteurs, à commencer par la première ministre, Elisabeth Borne, qui échoue à imprimer sa marque en ce début de quinquennat.

La feinte dont use depuis des mois le camp présidentiel face au retournement de la conjoncture et à l’impopularité de son projet de retraite à 65 ans est en passe de se retourner contre lui. En en disant le moins possible, le président de la République espérait anesthésier le débat et éviter la cristallisation d’un camp contre lui. En parvenant à réaliser l’union des gauches derrière sa personne, l’« insoumis », qui n’était arrivé qu’en troisième position lors du premier tour de la présidentielle, a déjoué le piège. Il s’est mis en situation de pouvoir priver le président de la République d’une majorité, dimanche 19 juin, si un nombre suffisant d’abstentionnistes le rallient.

Depuis, l’Elysée peine à reprendre la main, alternant silence et déclarations dramatiques, comme celle prononcée sur le tarmac de l’aéroport d’Orly, mardi 14 juin. Avant de s’envoler pour la Roumanie, le président de la République a solennellement exhorté les Français à donner « une majorité solide au pays », en soulignant le risque d’ajouter « un désordre français au désordre du monde ».

Il est normal qu’un chef d’Etat fraîchement réélu demande à son peuple de lui donner les moyens de présider. Mais la dramatisation excessive du ton, alors que la campagne s’est déroulée sous anesthésie, comme à distance du chaos du monde, a surpris. Si la France vit, comme le dit Emmanuel Macron, « un moment historique », il eût été nécessaire que les citoyens y soient associés de près.

Faute de l’avoir fait, le chef de l’Etat en est réduit à pratiquer ce qu’il a longtemps dénoncé : la politique politicienne. Pour tenter de réveiller les électeurs du centre et de la droite, il s’emploie à rejeter Jean-Luc Mélenchon dans le camp de ceux qui menacent la République. Ce faisant, il renvoie dos à dos l’extrême droite et une partie de la gauche, rompt avec la logique du front républicain qui prévalait depuis 2002, suscite le malaise au sein même de ses troupes, pour un résultat aléatoire. A gauche, la dynamique repose sur la fierté d’avoir retrouvé le chemin de l’union, si bien que, à ce stade, les sorties de route de son porte-drapeau comptent relativement peu, de même que l’incohérence programmatique de la coalition qu’il a fait naître.

Se trouvent ainsi réunies les conditions d’une fin de campagne à côté des vrais sujets : plus l’environnement international s’obscurcit, plus les effets du réchauffement climatique deviennent tangibles, plus la France se rétrécit dans des querelles qui n’ont pas lieu d’être. Le camp de la Nupes y prend toute sa part. Depuis dimanche, son propos n’est pas de tenter de crédibiliser un coûteux projet de rupture qui promet la retraite à 60 ans ou le smic à 1 500 euros net, mais de révéler de prétendues hausses d’impôts cachées du projet Macron. La ficelle a beau être grosse, elle est complaisamment relayée, achevant de donner à cette campagne le caractère qu’elle ne devrait pas avoir : celui de ne pas être sérieuse, en des temps d’une extrême gravité.

Environnement : pas de transition pacifique ?

Environnement : pas de transition pacifique ?

Dans une tribune au « Monde », les historiens François Jarrige et Charles-François Mathis voient les changements de système énergétique non pas comme des processus linéaires et naturels, mais comme le résultat de rapports de force.

 

Envolée des prix de l’essence, tensions sur l’approvisionnement en gaz, précarité énergétique croissante, réchauffement climatique… Au moment où la sortie des combustibles fossiles s’impose comme remède à ces maux, l’histoire nous rappelle comment se sont installées nos dépendances énergétiques et pourquoi la réponse ne saurait être seulement technique, en confiant aux ingénieurs la fameuse « transition ».

Toute société possède un système énergétique qui modèle son écologie comme ses structures sociales, par lequel elle transforme des sources primaires (rayonnement solaire, bois, eau, charbon, etc.) en énergie utile (force musculaire, chaleur, mouvement mécanique, électricité, etc.) et/ou appropriable (manèges de chevaux, roues hydrauliques, machines à vapeur ou à explosion, cellules photovoltaïques).

L’adoption et l’évolution de ces systèmes énergétiques ne se sont pas faites via de pacifiques transitions, mais à travers de vifs débats et tensions, aboutissant aujourd’hui à l’accroissement incessant de toutes les consommations : nous n’avons jamais autant consommé de bois, de charbon, de pétrole et de ressources dites renouvelables. Si les systèmes énergétiques furent d’abord étudiés de façon linéaire comme le résultat des progrès de l’inventivité humaine, la question énergétique est aujourd’hui pensée comme le fruit des rapports sociaux, des imaginaires et des choix politiques de chaque société.

Les travaux d’histoire environnementale rappellent d’abord combien nos sociétés sont extraordinairement énergivores, sans commune mesure avec celles qui les ont précédées : entre 1820 et 2000, la consommation mondiale d’énergie aurait été multipliée au moins par 25 (World Energy Consumption. A DatabasePaolo Malanima, 2022). Et encore est-ce une moyenne qui cache d’énormes disparités : en 2015, un Nord-Américain consommait 282 gigajoules par an contre 4,5 pour un habitant du Malawi. Les sociétés contemporaines se sont largement appuyées sur cette capacité à mobiliser de l’énergie en très grande quantité pour façonner leur environnement et accroître leur puissance.

Quelles conditions à l’élargissement de l’union européenne ?

Quelles conditions à l’élargissement de l’union européenne ?

Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi, en visite à Kiev, ont plaidé pour que le statut de candidat à l’entrée dans l’Union européenne soit « immédiatement » accordé à l’Ukraine. Mais une réflexion plus étendue sur l’élargissement de l’UE est nécessaire. (papier du Monde)

 

En se rendant ensemble à Kiev, le 16 juin, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de la Roumanie ne voulaient pas seulement rappeler le soutien sans faille apporté par l’Union européenne à l’Ukraine depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie, il y aura bientôt quatre mois. L’heure n’est plus seulement aux symboles, alors que continue de retentir le fracas des armes. Les Ukrainiens demandent une aide militaire pour tenir sans rompre face à l’envahisseur. Mais ils ont tout autant besoin d’un horizon politique qui redonne son sens aux énormes sacrifices consentis aujourd’hui au nom de valeurs placées au cœur du projet européen.

Accusés de tiédeur, d’ambiguïté, ou à la tête de pays dont les opinions publiques expriment déjà un début de lassitude de la guerre, Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi se savaient tout particulièrement attendus sur cet impératif de cap politique. A la veille d’échéances importantes (la Commission se prononçait sur le sujet le lendemain, avant un Conseil européen déterminant, les 23 et 24 juin, où l’unanimité sera impérative), ils sont allés aussi loin que possible en plaidant pour que le statut de candidat soit « immédiatement » accordé à Kiev. Même si ce statut n’implique aucune disposition relevant de la sécurité, cet engagement ouvre la voie à une percée politique majeure. Il constitue une victoire personnelle pour le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s’est fixé cet objectif.

Si prometteuse soit-elle, cette perspective ne permet pourtant de répondre qu’imparfaitement à l’urgence. La lourdeur et la longueur du processus d’adhésion se heurtent au temps de la guerre et à ses conséquences. Jamais par le passé un pays, réputé bien avant l’invasion russe pour la fragilité et les faiblesses de ses institutions, ne s’est engagé dans un tel marathon au beau milieu d’un conflit qui le ravage et brouille ses frontières.

A Strasbourg, le 9 mai, Emmanuel Macron, en tant que président du Conseil de l’Union européenne, avait esquissé la piste d’une « communauté politique européenne » qui pourrait notamment constituer une antichambre pour les candidats à l’adhésion. Cette idée a été accueillie froidement par ceux, y compris en Ukraine, qui y ont surtout vu une voie de garage.

Une telle structure, discutée et amendée, pourrait pourtant être utile pour permettre d’associer politiquement les Ukrainiens à l’UE sans attendre la fin d’un long processus, qui pourrait courir sur une décennie. A condition cependant qu’elle ne soit pas une solution de rechange, mais bien une piste complémentaire du processus d’adhésion, elle pourrait de surcroît fournir un cadre au soutien européen dont les Ukrainiens bénéficient déjà et qui ne pourra que s’accroître massivement si les Vingt-Sept tiennent leurs engagements pour la reconstruction du pays.

Une réflexion sur l’élargissement est d’autant plus nécessaire que le cas de l’Ukraine n’est pas le seul en jeu. D’autres pays, dont la Macédoine du Nord, le Monténégo ou l’Albanie, l’ont précédée et vivraient difficilement d’être rétrogradés dans l’ordre des priorités européennes. Le statut de candidat « impliquera aussi que soit prise en compte la situation des Balkans occidentaux et du voisinage, en particulier de la Moldavie », a convenu Emmanuel Macron. Ce dernier pays, qui connaît déjà des tensions séparatistes prorusses en Transnistrie, craint d’être déstabilisé par le conflit. La situation impose aux Européens de se montrer inventifs. Dès à présent.

Risques écologiques : un déni de réalité

Risques écologiques : un déni de réalité

Les historiens Renaud Bécot et Thomas Le Roux montrent, dans une tribune au « Monde », que la législation environnementale n’a toujours pas pris la mesure de l’accroissement des risques.

Après l’incendie de l’usine Lubrizol, à Rouen, le 26 septembre 2019, le premier ministre, Edouard Philippe, a parlé d’odeurs « dérangeantes, pénibles mais pas nocives », tandis qu’Elisabeth Borne, alors ministre du travail, affirmait qu’il n’y avait « pas de polluants anormaux ». Quelques lectures historiques leur auraient permis de savoir que la notion de « nuisance incommode, mais pas insalubre » est un leitmotiv rhétorique construit à partir des années 1800 pour légitimer la vie industrielle et le sacrifice de la santé environnementale.

Par sa gravité, l’incendie de Lubrizol a médiatisé l’existence du millier d’accidents qui ont lieu chaque année dans les usines situées en France métropolitaine, alors que les rapports de l’Organisation mondiale de la santé alertent depuis longtemps sur les effets néfastes de la pollution sur la santé publique. Pourtant, le milieu politique continue de s’en remettre aux promesses du futur et à des horizons techniques hypothétiques. L’acceptabilité des pollutions, devenues « normales », est en réalité une invention du monde contemporain, qui ne va pas de soi sur le temps long.

Depuis 1810 et le décret napoléonien sur les établissements industriels insalubres et dangereux, première législation du monde sur les pollutions, la régulation publique est conçue pour protéger les industriels, sécuriser leur capital productif et leur éviter des poursuites pénales en les mettant sous la surveillance d’une administration bienveillante. Il s’agissait de les libérer de l’ancienne « police des nuisances », soucieuse de santé publique, qui était très coercitive avant les années 1800.

Même après les réformes de 1917 et 1976, et la transposition des directives européennes Seveso, lois et règlements font primer la protection des intérêts industriels (moyennant des enquêtes préventives nécessaires aux autorisations de fonctionnement) en créant, contre compensation financière, un droit à polluer, et en misant sur l’amélioration technique pour résoudre les maux constatés.

De ce fait, les réponses institutionnelles au risque industriel sont restées principalement techniques. Certes, les rapports parlementaires post-Lubrizol de 2020 ont montré la faiblesse de l’inspection face à des rythmes industriels mettant l’action publique au pied du mur, et l’accroissement des risques industriels au gré de la précarisation des formes d’emploi et de l’extension des chaînes de sous-traitance dans les sites pétrochimiques. En préconisant par ailleurs la nécessité d’organiser un suivi sanitaire des populations des territoires industriels, ils proposaient une démarche inédite dans la régulation des nuisances.

Une guerre également cyber de la part de la Russie

Une guerre également cyber de la part de la Russie

 

Les deux économistes Stéphane Lhuissier et Fabien Tripier rendent compte, dans une tribune au « Monde », de l’évolution du risque cyber depuis le début de la crise en Ukraine à partir de l’analyse du trafic sur le réseau social Twitter.

 

Dès le début de la guerre, le 24 février 2022, en Ukraine, le cyber est apparu comme une nouvelle zone de conflit – en plus des terrains militaire, diplomatique et économique – avec la crainte d’un « cyber-Pearl Harbor » qui aurait pu plonger le monde dans une nouvelle forme de guerre numérique et exposer l’économie mondiale à un risque de crise économique d’origine cyber. Plus de trois mois après, où en sommes-nous du risque cyber ?

Le risque cyber se définit comme la combinaison de la probabilité de survenance des incidents cyber (incidents malveillants ou non, qui mettent en péril la cybersécurité d’un système d’information ou enfreignent les procédures et règles de sécurité) et de leur impact. Le risque cyber est par nature difficile à mesurer et quantifier compte tenu du caractère illégal des attaques cyber et de leurs formes multiples.

 

Ce risque peut, en effet, toucher n’importe quel particulier victime du vol de ses données personnelles, mais aussi une entreprise multinationale victime d’intrusion informatique, ou encore un hôpital, voire une plate-forme d’échange de bitcoins. L’analyse du trafic d’un réseau social comme Twitter peut alors être utile. Sur Twitter, tout le monde parle de tout, y compris donc des risques cyber.

Dans notre étude (« Measuring cyber risk » présentée dans un billet de blog de la Banque de France « Une mesure de l’évolution du risque cyber »), nous construisons un indicateur du risque cyber basé sur le nombre de tweets traitant de ce sujet dans l’ensemble du trafic twitter. Cet indicateur se révèle performant pour rendre compte de la « température » du risque cyber tel qu’il est perçu par les utilisateurs de ce réseau.

En effet, il indique des fortes hausses du trafic Twitter consacré à la cybersécurité pour tous les événements importants en termes de cybersécurité depuis 2010. L’analyse des tweets portant sur la cybersécurité depuis le début de la guerre en Ukraine nous apporte les informations suivantes.

 

Premièrement, l’intensification du risque cyber avec la guerre en Ukraine s’inscrit dans un contexte de recrudescence des attaques cyber. Notre indicateur de risque cyber était resté relativement faible après les attaques de mai 2017 (avec les rançongiciels WannaCry et NotPetya) jusqu’à la révélation en décembre 2020 d’une massive violation des données de l’administration fédérale américaine.

Ensuite, il a fortement augmenté en mai 2021 avec l’attaque du système d’oléoduc Colonial Pipeline, toujours aux Etats-Unis, puis à partir de février 2022 avec la guerre en Ukraine. Deuxièmement, le pic d’intensité du trafic Twitter sur la cybersécurité a eu lieu au début de la guerre (le 24 février 2022) pour ensuite décroître progressivement jusqu’à rejoindre à la fin du mois de mars 2022 les valeurs d’avant-guerre.

L’Afrique victime collatérale de la guerre en Ukraine

L’Afrique victime collatérale de la guerre en Ukraine

 

Marie de Vergès, journaliste au « Monde Afrique », rappelle que l’Afrique, victime collatérale de la guerre en Ukraine, est le continent où la consommation de blé croît le plus vite. Les gouvernements africains, ayant favorisé l’importation des denrées alimentaires, font face à un défi.

. Au Nigeria, la flambée des prix fait basculer de plus en plus de ménages sous la ligne de flottaison : selon la Banque mondiale, le géant d’Afrique de l’Ouest compterait désormais quelque 95 millions de pauvres, soit presque la moitié de la population. Au Ghana, l’inflation vient d’atteindre un niveau record depuis dix-huit ans, à plus de 27 %. Au Sahel, jusqu’à 18 millions de personnes seront confrontées à une grave insécurité alimentaire d’ici à la fin du mois d’août.

Jour après jour, les voyants passent au rouge sur un continent africain essoré par deux années de pandémie et qui doit désormais encaisser les retombées d’une guerre lointaine. Alors que les prix des céréales et de l’énergie ont explosé sur les marchés mondiaux, les Etats dépendant des importations pour nourrir leurs populations voient s’aggraver la faim et la précarité.

Début juin, à Sotchi, en Russie, le président de l’Union africaine, Macky Sall, a enjoint à Vladimir Poutine de « prendre conscience » que l’Afrique était « victime » du conflit russo-ukrainien. Tout en rappelant que les tensions alimentaires avaient été aggravées par les sanctions prises contre Moscou. Une façon de renvoyer aux Occidentaux une partie des responsabilités.

L’invasion de l’Ukraine est la cause première de ce chaos. Mais si les mesures punitives entraînent pour les pays africains des dommages collatéraux, à charge pour l’Europe et les Etats-Unis de trouver les moyens de compenser. Le sujet est d’ailleurs bien à leur agenda. Fin juin, au sommet du G7, ils devraient tâcher d’en dire plus sur le contenu de l’Alliance mondiale pour la sécurité alimentaire, cette initiative lancée avec la Banque mondiale pour répondre aux besoins immédiats des pays les plus vulnérables.

 

Sur le long terme, les Etats africains ont aussi un rôle crucial à jouer. Pour garantir la sécurité alimentaire, ils doivent accorder plus d’attention à leur secteur agricole. En 2003, les dirigeants africains réunis à Maputo (Mozambique) s’étaient engagés à allouer 10 % de leur budget national à l’agriculture. Près de vingt ans plus tard, on en est toujours loin.

Pourquoi ont-ils si peu investi dans leurs masses paysannes qui forment pourtant la majorité des actifs et ne mangent souvent pas à leur faim ? Entre autres parce qu’elles sont éloignées dans les campagnes, tandis que le citadin menace de descendre dans la rue si son estomac est vide.

Les gouvernements ont donc favorisé l’importation de denrées alimentaires à bas prix pour acheter la paix sociale. D’autant qu’importer permet de prélever des droits de douane et, partant, de remplir les caisses d’Etats qui peinent à lever l’impôt. Les pays du Nord ont encouragé ce système, ravis de pouvoir ravitailler les villes africaines, eux qui produisaient tant et si bon marché.

Aujourd’hui, du fait d’une urbanisation galopante, l’Afrique est le continent où la consommation de blé croît le plus vite. Mais la production de cette céréale y demeure marginale. Il existe bien des cultures africaines spécifiques parmi lesquelles le mil, le manioc, l’igname, le sorgho ou le teff. La plupart sont connues pour leur potentiel nutritif ou leur résistance aux conditions climatiques locales. Certaines peuvent même être transformées en farine, et ainsi se substituer au blé. Malgré ces atouts, la recherche agronomique s’en est trop longtemps désintéressée et leurs rendements demeurent faibles.

Les pistes pour hisser la production agricole sont identifiées : donner aux agriculteurs l’accès à des intrants subventionnés, investir dans la création d’unités de transformation locales, établir des circuits de distribution pour pouvoir approvisionner les villes.

Le Rwanda a lancé depuis quelques années une telle révolution verte, preuve que les choses peuvent changer. Les pays africains concentrent la majeure partie des terres arables encore disponibles dans le monde. Nombreux disposent de vastes réserves de gaz qui pourraient leur permettre de développer une industrie des engrais, et devenir ainsi moins dépendants des fertilisants importés en masse de Russie. L’Afrique n’est pas condamnée à demeurer le continent de la faim.

La problématique de crise

La problématique de crise

 

Aux yeux des contemporains, chaque époque présente des traits exceptionnels. Qu’en est-il en regard de l’Histoire ? Cette impression doit être relativisée par l’existence de cycles qui résultent d’une succession de crises, dont l’issue dépend de la capacité de résilience sociale. par André Yché dans la Tribune.  

 

La conception antique de la vie, inspirée par l’observation de la Nature et, fut-elle approximative, du cosmos, est fondamentalement cyclique. C’est évidemment le cas de l’existence individuelle : naissance, croissance, maturité, vieillesse et mort ; mais aussi de la vie sociale, avec le mythe de l’âge d’or et de l’éternel retour. Thucydide présente, à travers les épisodes de la guerre du Péloponnèse, une conception cyclique de l’Histoire. Aristote et surtout Platon pensent la politique à travers une succession invariable de régimes : anarchie, aristocratie, monarchie, tyrannie, démocratie… anarchie, etc. Il est clair que le panthéisme antique pèse considérablement sur les esprits, conduisant à la répétition intemporelle des actes sacrés, en réponse aux manifestations de la Nature.

Tout change avec le christianisme qui souligne et accentue l’héritage hébraïque de l’idée de progrès ; au Peuple élu, confronté à la disette et aux nuées de sauterelles, les prophètes font miroiter un avenir meilleur. Moïse le guide vers la Terre Promise à Abraham et, depuis, l’œuvre de Jean Chrysostome inspire durablement la théologie pastorale chrétienne.

Avec les Lumières, cette filiation traditionnelle est, sinon rompue, du moins intermédiée : l’idée de progrès découle, avec Descartes, du règne de la Raison. Ce n’est plus la théologie, mais l’anthropologie qui dessine une histoire linéaire et progressiste.

La Révolution française au XVIIIe siècle, couplée à la proclamation de l’Indépendance américaine, ont pour effet de promouvoir l’idéal républicain en tant qu’avenir indépassable de l’humanité, tandis que le scientisme d’Auguste Comte théorise la réalité pratique du progrès. Avec Pasteur, la biologie microbienne réalise une avancée comparable à celle opérée par Villermé en matière d’épidémiologie sociale, quelques décennies plus tôt. Bref, le progrès est tangible, au quotidien, et l’Histoire est devenue linéaire.

Bien sûr, il est un domaine dans lequel le cycle, non seulement perdure, mais s’impose au centre des réflexions savantes : c’est celui de l’économie, où alternent périodes d’extension et de crise. De Juglar à Kondratiev, de Tinbergen à Samuelson, les théories succèdent aux évènements. Sans remonter à la faillite de l’Union Générale en 1882 ni à celle de la banque Baring quelques années plus tard, c’est la Crise de 1929 qui illustre le caractère cyclique de l’économie et suscite les travaux de Keynes sur la régulation publique des marchés, radicalement contestés par Hayek, puis par les « Chicago Boys » de Milton Friedman. Et pourtant, force est de constater qu’à travers une série de « bulles spéculatives », les dispositifs de « lissage » démontrent une efficacité croissante que la crise majeure des « subprimes », à la fin de la première décennie de ce siècle, ne dément pas. En réalité, jusqu’à nos jours, l’impact de cette succession de cycles économiques, plus ou moins bien gérés, s’est trouvé amorti car leur enchaînement s’inscrivait dans un « trend haussier ». Avec le tassement progressif de la croissance en moyenne période, c’est l’existence même de ce « trend » qui est remise en cause et, par voie de conséquence, l’impact de la phase baissière du cycle qui s’en trouve réévalué.

Et pourtant, la foi dans le progrès, tout au long du XXe siècle, n’a cessé de régresser. Le phénomène le plus grave est moral : l’hécatombe de la Première Guerre mondiale, entre peuples européens, la révélation des camps nazis, puis du goulag, les génocides biafrais, cambodgien et rwandais, de même que la pratique de la « purification ethnique » dans l’ex-Yougoslavie, au cœur de l’Europe, mettent à mal l’idée du progrès moral universel, tiré par le progrès technique, qui a produit le Zyclon B, et l’arme atomique. Aux marches de la Russie, le délabrement de l’Ex-empire soviétique produit les tensions et les conflits qui ont suivi la chute de tous les empires précédents : Ottoman, Austro-Hongrois…

C’est dans ce contexte que survient une crise sanitaire, inéluctablement suivie d’une crise économique qui ne peut qu’engendrer à court terme et peut-être au-delà, des reculs significatifs et durables dans divers domaines, et notamment celui de la croissance et du pouvoir d’achat.

Alors que l’ère du progrès linéaire est sur le point de se clore, celle des cycles revient sur le devant de la scène. Enfin, avec le retour du cycle, c’est aussi celui des panthéismes qui s’annonce, notamment à travers certains courants de l’écologie politique qui, à partir de constats scientifiquement peu contestables, érigent les conclusions d’une pensée radicale en autant d’« impératifs catégoriques ».

Le monde était entré dans le XXe siècle en 1914. C’est peut-être en ce moment que nous nous préparons à inaugurer véritablement le siècle suivant, à l’aube du troisième millénaire.

Crises

Un regard, même superficiel, porté sur la succession des crises majeures qui ont émaillé l’Histoire, incite à tirer quelques enseignements quant aux effets de moyen et long termes qu’elles ont engendrés et qui, pour certains d’entre eux, reflètent constance et continuité.

D’abord, viennent les crises épidémiques et alimentaires, les deux étroitement combinées sans que l’on sache bien analyser des liens de causalité, souvent réciproques et toujours complexes.

L’Empire romain est ébranlé, notamment, par la peste dite « antonine », qui sévit de 165 à 190 et qui assombrit le règne de Marc Aurèle, puis celui de Commode. Elle trouve son origine en Mésopotamie, non loin de la capitale perse, Ctésiphon, où manœuvrent les légions qui la propagent jusqu’au Norique, dans l’actuelle Autriche. Le bilan démographique laisse supposer une dépopulation de l’ordre de 10%, jusqu’à 15% dans les zones fortement urbanisées. Soixante ans plus tard, c’est la peste de Cyprien qui sévit et qui ravage l’Afrique du Nord et l’Europe, en commençant par la Sicile. Enfin, à partir de 540 et pendant plus de vingt-cinq ans, c’est la terrible peste de Justinien qui décime les armées byzantines en campagne en Italie et met un terme au grandiose projet de réunification de l’Empire romain. Le cours de l’Histoire mondiale s’en trouve changé.

Du fléau de Dieu frappant les Hommes, plusieurs effets résultent invariablement : les portes, partout, se referment ; les villes se claquemurent ; le commerce cesse tandis que les campagnes militaires s’interrompent. L’humanité se fragmente, la société se féodalise.

Simultanément, le pouvoir politique s’appesantit : les mesures administratives tombent, pour sanctionner la spéculation, réquisitionner les réserves de céréales, réglementer la consommation d’eau et de blé, interdire les exportations alimentaires, car la disette arrive avec l’épidémie. Enfin, l’emprise religieuse s’affirme sur toutes les classes sociales : les processions se multiplient et les bûchers flambent.

La démographie vacille : entre un quart et un tiers de la population disparaît ; Constantinople perd la moitié de ses habitants ; l’exode urbain devant la diffusion de l’épidémie facilitée par la promiscuité s’accélère, parmi les classes aisées. C’est le grand médecin de ces sombres époques, Gallien, qui établit la seule médication appropriée : « Pars vite, marche droit et longtemps, ne reviens que le plus tard possible. »

Après la grande peste du XIVe siècle, qui s’étend sur plusieurs décennies, une constante apparaît : c’est toujours le commerce entre Orient et Occident, par « les routes de la soie », qui véhicule toutes les épidémies, via la mer Noire, l’Ethiopie, l’Arabie, les ports méditerranéens. La Provence, la vallée du Rhône sont les couloirs qui la conduisent en Europe, vers la mer du Nord et la Manche. « Le hussard sur le toit » de Jean Giono, porté à l’écran par Jean-Paul Rappeneau, illustre magnifiquement le tragique destin de ces contrées de propagation naturelle.

Enfin, vient la guerre de Trente Ans qui, épuisant les pays et les peuples, abandonne à tous les maux des populations affaiblies par les conflits et les calamités qui les accompagnent : la soldatesque, les sièges, les pillages. Comment ne pas distinguer alors les prémisses de la Grande Guerre, qui ouvre la voie à la « grippe espagnole », autre passager des « routes de la soie », qui quadruple l’impact démographique des combats et passe pourtant inaperçue dans des statistiques qui recouvrent indifféremment les conflits et leurs suites.

En termes d’organisation sociale, un impact prédomine : c’est l’alourdissement de la fiscalité qui pèse sur les classes moyennes, principales contributrices aux dépenses publiques, accélérées par les nécessités de l’action collective. C’est après la Grande Guerre que l’impôt sur le revenu s’intensifie et se généralise, alors que pour faire face aux besoins du ravitaillement, le premier cadre administratif régional, celui des « régions Clémentel », se met en place. Le second conflit mondial confirmera ce mouvement.

In fine, couplage du sanitaire et de l’alimentaire, fort ralentissement, fût-il provisoire, des échanges et retour des frontières, surcroît de réglementation durable, exode urbain, fiscalisation et centralisation accrues n’ont jamais été démenties. Pourquoi en irait-il différemment désormais et sous des formes modernes, pourquoi les conséquences de la crise mondiale échapperaient-elles à la règle intemporelle ? Quels enseignements tirer de cette suite d’évènements historiques ?

Dans le champ médiatique touchant à l’économie, la compétitivité s’est évanouie pour faire place à la résilience. De quoi s’agit-il ? De la capacité d’une société, d’une économie, à redémarrer, à « rebondir » à l’issue d’une grave crise. Comment illustrer, dans l’histoire contemporaine, cette faculté ?

En 1870, la guerre franco-prussienne, devenue franco-allemande par suite des maladresses de Napoléon III, très malade, se termine par une véritable catastrophe : capitulation de l’Empereur à Sedan en septembre 1870, de Bazaine à Metz en octobre de la même année ; en 1871, à l’issue de l’armistice qui signifie l’amputation des provinces de l’Est, plusieurs mois de guerre civile ensanglantent la capitale, l’armée des Versaillais écrasant la Commune sous le regard goguenard des Allemands. Au traité de Versailles, confirmé à Francfort, Bismarck impose des indemnités de guerre colossales, cinq milliards de francs – or, qui financeront le lancement de la sécurité sociale en Allemagne. La France, partiellement occupée, est à genoux.

Et pourtant, le relèvement est presque instantané : un premier emprunt de 2,5 millions de francs – or est souscrit plus de trois fois ; le second, émis à l’international pour le même montant, est souscrit quatorze fois. L’épargne étrangère afflue dans le pays. L’armée allemande évacue le territoire national, tandis que les lois militaires (Ney, etc.) réorganisent, à partir de 1882, les armées de la République en constituant les régions militaires. Conquêtes coloniales, expositions universelles se succèdent, tandis que les échanges internationaux atteignent, en 1913, un niveau qui ne sera égalé qu’en 1970.

Quel est le ressort de ce formidable rebond ? C’est la profonde modernisation du pays engagé, depuis 1850, par le Second Empire libéral, ouvert aux idées sociales et au Saint-Simonisme ; le secteur bancaire, l’industrie et l’exploitation minière, les chemins de fer se développent rapidement, tandis que les villes se transforment et les grands magasins apparaissent : c’est l’ère des Frères Pereire, de Ferdinand de Lesseps, de Boucicaut et de Prosper Enfantin.

Sur le plan international, Guillaume II contribue puissamment, par sa morgue, à sortir la France de son isolement ; déjà Bismarck avait fini par indisposer Albion…

Au cœur de cette résilience : la banque, les transports, la distribution et surtout l’urbanisme et le bâtiment. L’État a accompagné, rassuré… mais c’est l’économie qui a rebondi, en même temps que la société.

Toutes les leçons de l’Histoire et la liste des ingrédients de la résilience sont là : l’État doit gérer la crise, mais c’est aux entreprises d’assurer l’après-crise et à la société dans son ensemble de relever la tête, ce qu’elle fait volontiers : après la défaite, le recueillement, vient la libération… La Belle Epoque !

Toute la question réside dans l’identification des ressorts de ce nouveau rebond : l’abondance d’épargne, les grands projets d’infrastructures (enfin !), l’urbanisme. Le Crédit Foncier, acteur essentiel de la transformation de l’urbanisme de la France à partir de 1854 n’existe plus. Pour la modernisation du pays, il reste la Caisse des Dépôts et sa projection territoriale, la Banque des Territoires. Tout espoir n’est donc pas perdu.

André Yché

De nouvelles méthodes pour l’hôpital ?

De nouvelles méthodes pour l’hôpital

Pour sauver l’hôpital, il ne faut pas pérenniser des méthodes qui ont échoué.estime dans une tribune  Vincent Bénard, économiste et essayiste.(dans la Tribune)

 

Nous apprenons ces jours-ci que 120 services d’urgence, publics comme privés, font état de difficultés similaires, ou que des cliniques ne sont plus en mesure d’assurer le suivi de certains de leurs patients dans certaines spécialités comme les maternités, faute de pouvoir recruter infirmiers et médecins en nombre suffisant. Depuis quelques années, ce sont environ la moitié des hôpitaux publics qui sont en déficit. Et malheureusement, l’hôpital privé, qui en France représente 23% du personnel hospitalier mais surtout 36% des séjours de patients, est à peine moins mal loti, un tiers des établissements ayant connu au moins un exercice déficitaire depuis trois ans.

Les explications mettent le plus souvent l’accent sur les suites de la pandémie : épuisement des personnels et renvoi d’une proportion faible, mais difficile à remplacer, de soignants non vaccinés. Mais si cette crise a sûrement contribué à exacerber ces difficultés, celles-ci sont bien antérieures. En 2018, l’on constatait une même proportion d’établissements déficitaires dans l’intervalle 2012-2016. La pandémie n’explique pas tout.

La santé n’est pas différente des autres secteurs de l’économie. Comme tout contrôle de prix, la T2A  (« tarification à l’acte », modèle de financement en vigueur pour les établissements de santé) y génère des pénuries : pénuries de recrutement de médecins et d’infirmiers, se traduisant par des files d’attente de plus en plus longues pour les patients, et incapacité de rémunérer les professionnels de santé au niveau espéré après de longues études. Les infirmiers français touchent en moyenne 26% de moins qu’outre-Rhin, et les médecins hospitaliers 40%.

L’assurance maladie annonce régulièrement une « trajectoire pluriannuelle » d’évolution de la T2A. Mais voilà que l’inflation, grande absente des deux dernières décennies, effectue un retour surprenant et violent, prenant de court les décideurs publics. Les dépenses courantes de l’hôpital devraient augmenter 2,5% plus vite que la T2A au minimum en 2022, certains postes de dépense comme l’énergie voyant leur flambée dépasser les 30%.

Les hôpitaux, qui ont déjà vu les tarifs de la T2A décrocher d’environ 6% de l’inflation lors de la dernière décennie, craignent une aggravation de cette perte, et demandent que l’État s’engage sur une correction de la trajectoire prévue de la T2A pour y réintégrer l’inflation réelle. Sans quoi, ils devront rogner soit sur leurs investissements, soit sur leurs recrutements, pourtant déjà insuffisants pour maintenir leur qualité de service.

À très court terme, cette demande est légitime, pour éviter en urgence une catastrophe financière et médicale. Mais dans une perspective plus lointaine, ne faudrait-il pas en finir avec ce régime de contrôle des prix, qui contraint les acteurs de la santé à mendier des faveurs tarifaires à une assurance maladie peu encline à y céder, du fait de sa situation financière elle-même fort dégradée ?

C’est tout le système de financement de la santé qu’il faut réformer, en réintroduisant une vraie liberté des prix, mais avec une vraie transparence permettant aux malades, et surtout à leurs assureurs et mutuelles, d’opérer une mise en concurrence des établissements et des praticiens. Pour compenser l’inévitable hausse du prix de certains actes médicaux, des économies seront à rechercher par la « débureaucratisation » du système de santé.

La liberté tarifaire des hôpitaux fait souvent peur, car les Français ont en tête les problèmes du système de santé américain, où les soins sont prohibitifs et la couverture maladie des classes moyennes incomplète. Mais plus près de nous, les Suisses, les Néerlandais et, dans une moindre mesure, les Allemands ont réussi à mettre en place des formules « raisonnablement libérales », où la couverture des patients est excellente, et où l’assurance maladie privée concurrence au premier euro celle fournie par la puissance publique. L’assureur négocie les tarifs hospitaliers dans le cadre d’une mise en concurrence des établissements, permettant à ceux-ci de facturer un prix leur garantissant d’être profitables, mais sans excès, puisque la concurrence n’est jamais loin. Mieux encore, en pourcentage du PIB, la santé dans ces pays n’est pas plus chère que la nôtre, aux environs de 11%. Et les personnels de santé y sont non seulement mieux rémunérés, nous l’avons vu, mais leurs conditions de travail y sont meilleures, car les hôpitaux y ont intérêt pour pouvoir conserver des effectifs médicaux stables.

Malheureusement, l’idée d’une « grande sécu », synonyme de plus de centralisme, de bureaucratie et de contrôle des prix, semblait mieux vue qu’une évolution plus libérale dans les cercles du pouvoir, avant les élections. Mais on ne vaincra pas les problèmes du système de santé en lui infligeant toujours plus de ce qui a échoué. Puisse l’accumulation actuelle de couacs hospitaliers provoquer une révolution intellectuelle d’inspiration plus libérale chez nos dirigeants !

Vincent Bénard

Défense : La faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre sécurité

Défense : La  faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre sécurité

 

Inutile de tourner autour du pot,  ce n’est pas uniquement pour des questions techniques que l’armement des pays occidentaux ne parvient pas en quantité suffisante en Ukraine.

Certes il existe certaines difficultés logistiques mais depuis des semaines et des semaines, ces  problèmes auraient dû être résolus. Les problèmes sont moins techniques que politiques. D’abord une constatation évidente, ce sont surtout les États-Unis qui fournissent l’essentiel de l’effort à 90 %. L’Europe est particulièrement réticente entre dépit  de propos rassurants vis-à-vis de l’Ukraine. Et à l’intérieur de l’Europe la France mais aussi l’Allemagne et l’Italie freinent des quatre fers pour n’apporter que des contributions assez anecdotiques. Exemple une dizaine de canons pour la France quand il faut faire face aux centaines de la Russie.

Les raisons de ces atermoiements sont essentiellement politiques. Nombre de pays européens seraient bien satisfaits d’un accord favorable à la Russie ce qui suppose que l’Ukraine convienne d’abandonner presque un quart de son territoire. Le prix à payer à la folie du dictateur russe que les occidentaux ménagent depuis 20 ans alors qu’il ne cesse de tuer massivement dans et hors de ses frontières. Alors qu’il ne cesse sa politique d’expansion territoriale. La vérité sans doute c’est que l’opinion publique en tout cas une partie comme nombre de chefs d’État ont adopté une attitude munichoise.

Le problème c’est que cela démontre aussi l’inefficacité de l’OTAN incapable de faire face en moyens suffisants à un conflit finalement relativement localisé. Que se passerait-il si Poutine décidé une attaque d’envergure ? Si l’OTAN n’est pas capable de répondre en quelques jours au plus en quelques semaines autant dire que l’OTAN  est obsolète d’autant  il n’y a pas d’alternative de défense en Europe.

D’un certain point de vue, l’attitude de nombre de pays et de chefs d’État en Europe est assez pitoyable. Il faut dire que la plupart de ces pays n’ont pas pour beaucoup eu  à subir le joug de 50 ans d’occupation soviétique. Il faut aussi observer que nombre de chefs d’État compris Macron  n’ont jamais connu la guerre voir même le devoir militaire.

Il ne s’agit sans doute pas d’espérer ou de provoquer une guerre en Russie mais au moins d’assurer les moyens d’une défense face à une éventuelle attaque potentielle. De ce point de vue le concept de défense en Europe est aujourd’hui obsolète et constitue une grande fragilité par rapport au potentiel agressif de Poutine. Il serait temps que les experts patentés et autres politiques n’ayant jamais connu de guerre réelle en Europe se réveillent pour au moins préparer la guerre à fin de mieux l’éviter

La lâche faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre défense

La lâche faillite de l’OTAN en Ukraine met en cause notre défense

 

Inutile de tourner autour du pot,  ce n’est pas uniquement pour des questions techniques que l’armement des pays occidentaux ne parvient pas en quantité suffisante en Ukraine.

Certes il existe certaines difficultés logistiques mais depuis des semaines et des semaines, ces  problèmes auraient dû être résolus. Les problèmes sont moins techniques que politiques. D’abord une constatation évidente, ce sont surtout les États-Unis qui fournissent l’essentiel de l’effort à 90 %. L’Europe est particulièrement réticente entre dépit  de propos rassurants vis-à-vis de l’Ukraine. Et à l’intérieur de l’Europe la France mais aussi l’Allemagne et l’Italie freinent des quatre fers pour n’apporter que des contributions assez anecdotiques. Exemple une dizaine de canons pour la France quand il faut faire face aux centaines de la Russie.

Les raisons de ces atermoiements sont essentiellement politiques. Nombre de pays européens seraient bien satisfaits d’un accord favorable à la Russie ce qui suppose que l’Ukraine convienne d’abandonner presque un quart de son territoire. Le prix à payer à la folie du dictateur russe que les occidentaux ménagent depuis 20 ans alors qu’il ne cesse de tuer massivement dans et hors de ses frontières. Alors qu’il ne cesse sa politique d’expansion territoriale. La vérité sans doute c’est que l’opinion publique en tout cas une partie comme nombre de chefs d’État ont adopté une attitude munichoise.

Le problème c’est que cela démontre aussi l’inefficacité de l’OTAN incapable de faire face en moyens suffisants à un conflit finalement relativement localisé. Que se passerait-il si Poutine décidé une attaque d’envergure ? Si l’OTAN n’est pas capable de répondre en quelques jours au plus en quelques semaines autant dire que l’OTAN  est obsolète d’autant  il n’y a pas d’alternative de défense en Europe.

D’un certain point de vue, l’attitude de nombre de pays et de chefs d’État en Europe est assez pitoyable. Il faut dire que la plupart de ces pays n’ont pas pour beaucoup eu  à subir le joug de 50 ans d’occupation soviétique. Il faut aussi observer que nombre de chefs d’État compris Macron  n’ont jamais connu la guerre voir même le devoir militaire.

Il ne s’agit sans doute pas d’espérer ou de provoquer une guerre en Russie mais au moins d’assurer les moyens d’une défense face à une éventuelle attaque potentielle. De ce point de vue le concept de défense en Europe est aujourd’hui obsolète et constitue une grande fragilité par rapport au potentiel agressif de Poutine. Il serait temps que les experts patentés et autres politiques n’ayant jamais connu de guerre réelle en Europe se réveillent pour au moins préparer la guerre à fin de mieux l’éviter

Climat : vague de chaleur sans précédent

Climat : vague de chaleur sans précédent

 

Une vague de chaleur sans précédent va toucher la France après l’Espagne cette semaine. Des températures complètement hors de saison qui pourront dépasser 40° dans certains cas. En cause évidemment des phénomènes conjoncturels qui se combinent avec des éléments plus structurels liés au réchauffement global de la planète. S’ajoutent à cela et se combinent des périodes de sécheresse qui vont notamment lourdement peser sur les productions agricoles et même provoquer des crises de la faim dans les pays en développement.

Une vague de chaleur a touché l’Espagne, lundi 13 juin, avant de gagner la France mardi. Cet épisode, qui survient quelques jours après le mois de mai le plus chaud depuis au moins 100 ans en Espagne, se traduit par « des températures extrêmes », selon le porte-parole de l’agence météorologique espagnole (Aemet). Il « pourrait durer jusqu’à la fin de la semaine », a-t-il ajouté. « Cette chaleur extrême, à ce moment du printemps, n’est pas normale » et est due au  »réchauffement climatique », a-t-il souligné.

Selon l’Aemet, les températures dépasseront les 40 °C dans le centre et le sud de l’Espagne durant la semaine. Elles pourraient même grimper jusqu’à 43 °C en Andalousie, notamment à Cordoue et Séville. La nuit, le mercure ne descendra pas sous les 20 ou 25 °C dans ces régions d’Espagne.

Cette vague de chaleur est provoquée par une dépression localisée entre les Açores et Madère, qui ramène progressivement sur l’Europe occidentale de l’air très chaud en provenance du Maghreb. Elle va toucher la France à partir de mardi, avec des températures qui atteindront là aussi les 40 °C, notamment dans le Sud-Ouest.

Crise climatique : Entreprendre un immense effort de recherche

Crise climatique : Entreprendre un immense effort de recherche

 

Il est nécessaire de suivre une double stratégie face au réchauffement climatique et alors que nos modes de vies les plus prisés ont été principalement obtenus à l’aide de sources d’énergie et de systèmes techniques trop émetteurs de CO₂, défend dans le Monde  le professeur en sciences de gestion Armand Hatchuel.

 

Un article intéressant qui ne pose pas bien au contraire sobriété et recherche. Un appel sans doute aussi à sortir de la caricature des positions entre les partisans de la croissance et ceux qui voudrait la stopper brutalement NDLR

 En avril, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a annoncé qu’il restait peu de temps pour éviter un réchauffement climatique à plus de 1,5 °C. L’alerte a mis la planification écologique à l’agenda gouvernemental. Elle a aussi exacerbé les antagonismes entre les tenants d’une sobriété consentie – voire émancipatrice – et les partisans d’un effort résolu de recherche scientifique et technique.

Or ces deux stratégies sont indispensables l’une à l’autre, et une politique de sobriété doit aussi être éclairée par un effort majeur de recherche, notamment sur les principes de justice qui la guident.

La crise climatique tient à ce que nos modes de vie les plus prisés ont été principalement obtenus à l’aide de sources d’énergie et de systèmes techniques trop émetteurs de CO2. On peut donc agir dans deux directions : la sobriété écologique qui consiste à conduire un profond changement de nos modes de vies, et la recherche de nouvelles technologies vertes et qui ne bouleverseraient pas trop ces derniers.

La sobriété semble ne dépendre que de la décision collective. La voie technologique apparaît lente et incertaine et pourrait dangereusement retarder cette décision. La sobriété devrait donc s’imposer au plus vite, même si elle force à rompre avec nos pratiques les plus désirées. Mais un changement aussi violent n’a pu être obtenu qu’en temps de guerre ou de pandémie, et de façon provisoire.

En outre, d’un pays à l’autre, les émissions par habitant (Banque mondiale, 2018) varient en valeur relative de 1 (Rwanda) à 320 (Qatar), en passant par 150 (Etats-Unis) et 88 (moyenne des pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques).

Comment répartir efficacement et équitablement les efforts de sobriété ? Comment gérer les conséquences non prévisibles de cet effort ? La recherche nécessaire pour réussir une telle transformation, au niveau national et mondial, est immense. Car, outre la conception partagée de critères de justice, il faut réussir les nouveaux modèles techniques indispensables à la sobriété : la généralisation sans carences d’une alimentation moins carnée, la réduction drastique des déplacements non verts, la pleine recyclabilité des matériaux, la viabilité des circuits courts, etc.

Serait-elle un horizon indépassable, la voie de la sobriété n’en est pas moins inconnue. Or c’est l’imprévisibilité de ses effets qui pousse simultanément à la recherche de technologies alternatives. Car même si celles-ci n’émergent que dans quelques années, nul ne sait où nous auront alors conduits les politiques de sobriété, tant sur le plan climatique que sociétal.

L’Ukraine et les effets pervers de la démondialisation

Les effets pervers de la démondialisation

La perspective d’une crise alimentaire provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine, après deux ans de pandémie de Covid-19, pourrait plonger le monde dans une vague protectionniste, s’inquiète dans sa chronique Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

 

Il est devenu banal de déplorer que « le monde d’après » volontariste et optimiste évoqué pendant la pandémie de Covid-19 ressemble à s’y méprendre au « monde d’avant ». A l’aune de la catastrophe provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine, on ne peut que constater que ce ne sera sans doute pas le cas : il risque d’être bien pire. En témoigne la bombe à retardement que constitue le blocus russe interdisant l’exportation de céréales ukrainiennes. Ces dernières sont vitales pour de nombreux pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Leur immobilisation génère en outre des tensions sur les cours mondiaux, sans parler de celles sur les engrais provoquées par la guerre.

Depuis des semaines désormais, les cris d’alarme résonnent dans le vide. Le président russe, Vladimir Poutine, esquive et professe une bonne volonté que dément sa détermination à faire la guerre, coûte que coûte. Au point que, pour l’historien Timothy Snyder, l’auteur du livre Terres de sang (Gallimard, 2012) consacré aux crimes de masse perpétrés par l’Allemagne nazie et la Russie stalinienne en Europe orientale, le doute n’est pas permis : « Vladimir Poutine se prépare à affamer une grande partie du monde en développement, prochaine étape de sa guerre en Europe », écrit-il, en redoutant un bégaiement de l’histoire en matière de recours à l’arme alimentaire et à la famine comme levier d’anéantissement et de coercition.

Face à une telle menace, les risques de sauve-qui-peut généralisés ne sont pas négligeables. La décision de l’Inde de stopper mi-mai les exportations de blé a été analysée comme telle, même si les autorités indiennes l’ont relativisée en indiquant que leur pays n’avait jamais été considéré, à juste titre, comme un grand exportateur de cette céréale compte tenu du poids de sa population, qui absorbe la quasi-totalité de la production nationale. Leur décision a été justifiée par les aléas climatiques, une vague de chaleur exceptionnelle, qui va peser sur les rendements.

Un mois plus tôt, l’Indonésie avait créé une première alerte en interdisant l’exportation d’huile de palme, en arguant cette fois-ci de pénuries intérieures susceptibles d’entraîner des tensions sociales. Ces exportations ont repris au cours du mois de mai. Depuis, l’Inde a également décidé de restreindre ses exportations de sucre dont elle est la deuxième exportatrice mondiale. La Malaisie a pris la même mesure à propos des exportations de poulets, au grand dam de ses voisins.

Cette série de décisions dans le domaine de l’alimentation alimente le spectre d’un mécanisme destructeur qui ne serait pas sans évoquer la vague de repliements protectionnistes enclenchée par la crise économique de 1929. Au lieu d’en limiter les effets, elle les avait au contraire décuplés.

Ukraine : une position de la France incompréhensible

Ukraine : une position de la France incompréhensible

 

La politiste ukrainienne souligne, dans une tribune au « Monde », l’incompréhension que suscitent les orientations suivies par la France depuis le début de la guerre dans son pays. Elle liste quatre propositions pour permettre à Kiev de se rapprocher de Paris.

 

La guerre contre l’Ukraine déclenchée par la Russie le 24 février a pris les milieux politiques français par surprise. La France ne croyait pas que le Kremlin allait lancer un tel conflit. Vu de France, Moscou cherchait par ses menaces à obtenir la tenue de pourparlers sur les questions stratégiques. L’attitude des dirigeants français avant la guerre et les points de vue des experts sur le conflit s’expliquent dans une large mesure par la méconnaissance profonde, en France, de l’Ukraine. Peu d’experts français en relations internationales et de spécialistes du pays maîtrisent l’ukrainien.

Pour leur part, les militaires ukrainiens s’interrogeaient, à la veille de l’offensive, sur les raisons pour lesquelles la France n’apportait pas d’aide militaire à leur pays, alors qu’au même moment, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la Pologne lui en fournissaient déjà une. Depuis le début du conflit, la position de la France a dérouté les Ukrainiens.

Le 24 février, Paris a condamné l’agression russe contre l’Ukraine. Dans sa déclaration, le président Emmanuel Macron a souligné la responsabilité du président russe Vladimir Poutine dans le déclenchement de cette invasion, affirmé qu’il se tenait aux côtés de l’Ukraine et salué le courage du peuple ukrainien. Cependant, les entretiens téléphoniques réguliers entre M. Macron et M. Poutine traduisent sa volonté de maintenir un espace de coopération avec la Russie, ce qui est contraire à l’objectif atlantiste d’isoler le Kremlin. De plus, le dialogue entretenu par Emmanuel Macron n’a pas permis d’obtenir le moindre résultat positif.

Dans un entretien accordé à la presse le 3 juin, le chef de l’Etat a souligné qu’il ne fallait « pas humilier la Russie pour que le jour où les combats cesseront, nous puissions bâtir un chemin de sortie par les voies diplomatiques ». En Ukraine, ces paroles ont choqué non seulement le gouvernement mais également la société, qui découvre chaque jour de nouvelles exactions commises par les soldats russes ; certains détails des viols commis sur des enfants sous les yeux de leurs mères glacent le sang. Les Ukrainiens qui subissent des bombardements ne peuvent comprendre ces déclarations et perdent même toute confiance en la personne du président français, qui aspire à jouer un rôle de médiateur.

A la même occasion, Emmanuel Macron a affirmé : « Nous voulons accroître le soutien financier et militaire à l’Ukraine. » L’aide militaire, c’est précisément ce dont les Ukrainiens vont avoir besoin en priorité. Des canons français Caesar sont déjà entrés en action sur le front, de même que des missiles antichars Milan (les Ukrainiens espèrent que cette aide militaire française très importante pourra être accrue).

 

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