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Crise alimentaire , la faute d’un système industrialisé et de la spéculation

 Crise alimentaire , la faute  d’un système industrialisé et de la spéculation

 

Le chercheur en agronomie Nicolas Bricas estime, dans une tribune au « Monde » ,que le G7 peut contribuer à éviter des famines, en obtenant plus de transparence sur les stocks alimentaires et en réprimant la spéculation excessive sur les marchés à terme.

 

La fulgurante ascension des prix du blé et du maïs depuis un an sur les marchés internationaux provoque une nouvelle crise alimentaire. Les premières victimes : les ménages pauvres des pays où ces céréales sont la base de leur alimentation et qui les importent massivement du marché international. Ils sont déjà fragilisés par les conséquences de la crise du Covid-19 et par la hausse des prix de l’énergie.

La hausse des prix en 2008 et 2011 avait déjà révélé la fragilité des systèmes alimentaires. Mais ces sonnettes d’alarme n’ont pas déclenché la prise de mesures pour éviter de nouvelles crises. Le G7, qui se réunissait du 26 au 28 juin, prendra-t-il cette fois ses responsabilités ? Car, comme l’a montré un récent rapport d’IPES-Food, l’origine de cette crise n’est pas la guerre en Ukraine, mais bien la fragilité d’un système alimentaire industrialisé lancé et promu par les entreprises et les pays du G7.

Depuis des décennies, les politiques agricoles avaient pour objectif de nourrir la population au moindre coût, à l’aide de monocultures et d’élevages à échelle industrielle. Le blé, le maïs et le riz ont été particulièrement choisis pour assurer cette production, et ils fournissent aujourd’hui plus de 40 % des calories consommées dans le monde. Les semences sont sélectionnées pour bien répondre aux engrais chimiques, fortement dépendants du gaz et des ressources minières en phosphate. Les cultures et leurs systèmes d’irrigation sont ultra-mécanisés, et donc très dépendants du pétrole. Une poignée de puissantes entreprises ont aujourd’hui la main sur ce paquet technique. La performance productive a encouragé quelques pays dotés d’« avantages comparatifs » à se spécialiser dans ces productions pour le marché international – notamment l’Ukraine et la Russie. La production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population et, depuis la fin du XXsiècle, la planète produit nettement plus que ses besoins caloriques.

Et pourtant, depuis cinq ans, la courbe montrant la lente réduction du nombre de personnes en insécurité alimentaire dans le monde, que l’on observait depuis les années 1960, s’est inversée. Et ce sont les ruraux et les agriculteurs en particulier qui restent les premières victimes de la faim.

Ce constat est connu, rabâché depuis des années dans toutes les institutions politiques. L’enjeu n’est pas tant de produire encore et toujours plus, mais bien de réduire les inégalités. Pourtant, certains acteurs et certains pays qui ont tiré leur richesse et leur puissance de ce modèle agricole et alimentaire proposent d’accélérer encore cette fuite en avant. Au prétexte que les prix montent, il faudrait produire plus, cela semble de bon sens. Sauf que l’on peut faire baisser les prix autrement, que l’on peut rendre les pays vulnérables plus résilients, et que l’on peut construire de nouveaux modèles agricoles et alimentaires moins fragiles. Et la crise peut être l’occasion de changer de trajectoire.

L’OTAN dans le piège de l’Ukraine ?

L’OTAN dans le piège de l’Ukraine ?

Sylvie Kauffmann du Monde s’interroge sur la stratégie de l’OTAN dans la mesure où rien ne semble pouvoir arrêter les massacres de la Russie et où les sanctions prises contre Poutine se retournent en fait contre l’Occident.

 

 

Les dirigeants de l’OTAN se réunissent à Madrid dans un contexte géostratégique radicalement bouleversé. Le tournant actuel de la guerre, qui paraît favoriser la Russie, les contraint à des choix draconiens, analyse Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Toute honte bue, le ministère de la défense russe a revendiqué, mardi 28 juin, le bombardement meurtrier du centre commercial de Krementchouk en Ukraine, la veille, prétendant qu’il était désaffecté et que la cible était militaire.

Plus rien ne retient le régime du président Poutine dans sa volonté d’asservir ce pays : ni la décence humaine ni le souci de préserver ce qu’il reste des engagements de l’après-guerre froide pour la sécurité en Europe, comme le montre son annonce du déploiement en Biélorussie de missiles capables d’emporter des têtes nucléaires.

 

C’est dans ce contexte de durcissement extrême que sont réunis les dirigeants de l’OTAN à Madrid, du 28 au 30 juin. Quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine, le point de non-retour semble désormais atteint dans les relations de l’Alliance atlantique avec la Russie. Et ce point de non-retour va structurer durablement leur horizon sécuritaire, dans un environnement géostratégique bouleversé.

La guerre elle-même est entrée dans une phase difficile pour l’Ukraine et pour ses soutiens occidentaux. Sur le terrain, la stratégie de destruction totale de l’artillerie russe finit par venir à bout de la résistance ukrainienne en plusieurs endroits du Donbass. Kiev est de nouveau frappée. La diplomatie est à l’arrêt, les Nations unies impotentes. L’outil des sanctions, manié à une échelle sans précédent par le camp occidental uni, ne produit pas à court terme les effets escomptés : ni le régime de Vladimir Poutine ni le soutien de la population russe ne paraissent ébranlés, le rouble résiste et, malgré le défaut de paiement de la Russie, le système économique est, pour l’instant, stabilisé.

 

Pis : alors que le blocage par la Russie des exportations de céréales ukrainiennes menace de provoquer une crise alimentaire dans les pays importateurs du Sud, Moscou a réussi à y implanter l’idée que la faute en incombait aux sanctions occidentales. Ainsi, si l’Ukraine et son président, Volodymyr Zelensky, ont très tôt remporté la bataille de l’opinion en Europe, leurs alliés semblent l’avoir perdue dans le reste du monde – raison pour laquelle cinq dirigeants du Sud ont été invités au sommet du G7, lundi.

Parallèlement, les pays européens, particulièrement ceux qui, comme l’Allemagne, étaient très dépendants du gaz russe, se trouvent contraints de modifier radicalement, dans l’urgence, leur politique d’approvisionnement énergétique, au détriment de leurs engagements dans la lutte contre le changement climatique. Conséquence politique non négligeable, les hausses des prix qui en résultent risquent de fragiliser le soutien des opinions publiques à l’effort de guerre en Ukraine.

Covid: Élisabeth Borne déjà à côté de ses pompes

Covid: Élisabeth Borne déjà à côté de ses pompes

 

Les contaminations s’envole avec par exemple plus de 147 000 cas nouveaux en 24 heures hier mardi 28 juin 2022, la première ministre décide de ne pas envisager de mesure coercitive.

Elle réagit évidemment avec un mois de retard quand la situation sanitaire s’améliorait au point qu’on envisageait de ne plus fournir de statistiques relatives à la progression de la Covid .

 

Le gouvernement prendra donc des mesures minimales , il a besoin de faire adopter un projet de loi avant le 31 juillet pour pouvoir prolonger certaines mesures. Le dispositif de veille sera ainsi maintenu jusqu’au 31 mars 2023, tout comme la possibilité d’organiser un contrôle sanitaire aux frontières si besoin.

Notons aussi irresponsabilité totale de l’opposition.

La France Insoumise (LFI), qui ne comptait que 17 députés dans la précédente législature (contre 75 aujourd’hui) et le Rassemblement national (89 députés contre une poignée entre 2017 et 2022) s’étaient élevés contre le passe vaccinal, tandis que Les Républicains étaient très divisés sur la question.

Évidemment tout ce petit monde politique criera au scandale quand la pandémie reprendra de manière dangereuse à la fin d’été.

Inflation : la spirale Inflationniste ou la spirale de la stagflation

  • Inflation : la spirale Inflationniste ou la spirale de la stagflation  ?

 

Des économistes patentés expliquent les dangers de la spirale salaire prix. Ils oublient cependant le danger de la stagflation. En effet si l’inflation n’est pas suffisamment compensée dans les salaires et plus généralement dans les revenus, c’est la consommation des ménages qui sera atteinte et qui tuera ensuite la croissance. On attendrait des économistes un discours un peu plus équilibré car d’ici quelques mois ils pourraient bien pleurer à propos des conséquences désastreuses de la stagflation. NDLR

  • Pour l’instant, sur France Info, Eric Heyer, économiste, craint une « spirale inflationniste ».
  • « On ne pourra pas aider tout le monde », prévient lundi 27 juin sur franceinfo Eric Heyer, économiste, directeur du département analyse et prévision à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a prévenu sur BFM TV lundi 27 juin que « la cote d’alerte » a été atteinte concernant les finances publiques. Le gouvernement prévoit des aides ciblées pour aider les Français aux petits revenus de faire face à l’inflation. Il doit présenter le 6 juillet en Conseil des ministres sa loi sur le pouvoir d’achat et son budget rectificatif. Le Smic va augmenter automatiquement puisqu’il est indexé sur l’inflation. Mais l’économiste craint une  »spirale inflationniste«  si cette augmentation se diffuse sur tous les salaires.
  •  Ces aides ciblées vont-elles vraiment aider les petits revenus ?
  • Eric Heyer : Bien sûr que ça va aider à compenser une partie des pertes de pouvoir d’achat. Elles sont relativement ciblées sur des ménages les plus modestes, à la fois via des prestations et les APL. C’est la bonne option parce qu’il faut bien avoir en tête, on ne pourra pas aider tout le monde. Bruno Le Maire nous dit qu’on a atteint la cote d’alerte sur les finances publiques, donc il va falloir faire des choix. Il va falloir aussi que les entreprises aident à maintenir le pouvoir d’achat et que certains ménages qui ont surépargné utilisent cette surépargne pour essayer de compenser. Ce qui a bien été indiqué par la dernière note de l’Insee, c’est que cette inflation est complètement inégalitaire, mais pas uniquement en fonction du revenu. Si vous êtes ruraux, vous êtes beaucoup plus pénalisés que si vous êtes urbains. De la même manière, ça dépend de l’âge. Si vous êtes retraité ou âgé, vous êtes plus pénalisé que si vous êtes jeune. Cela dépend aussi de votre fonction. C’est-à-dire que si vous êtes agriculteur, vous êtes bien plus bien plus impacté que si vous êtes cadre. La cible aujourd’hui de ces mesures-là, c’est plutôt vos revenus, alors qu’en fait, vous êtes fragilisé, même si vous avez des revenus un peu plus élevés. Donc, peut-être que le gouvernement devrait faire des mesures plus ciblées en fonction de votre lieu d’habitation, de votre secteur d’activité ou de votre âge.
  • Faut-il augmenter le Smic ?
  • Il y a une augmentation normale du Smic. Le Smic est indexé sur l’inflation. Donc on peut considérer que là, de toute manière, il y aura une augmentation automatique du Smic. On l’attend soit au mois d’août, soit au mois de septembre. Mais on est quasi sûr que d’ici le mois d’octobre, le Smic va être revalorisé de façon automatique dès que l’inflation augmente de 2% par rapport à la dernière hausse. Le problème, c’est que lorsque le Smic est indexé, est-ce qu’il y a une diffusion de cette hausse du Smic sur les autres salaires ? S’il y a une diffusion, on peut craindre effectivement la spirale inflationniste. Il faut bien entendu éviter parce que la banque centrale n’aura pas d’autre choix que d’augmenter très vite les taux d’intérêt et provoquer une récession. On veut à tout prix l’éviter.
  • Le gouvernement peut-il faire pression sur les entreprises ?
  • Il y a des pressions qui ont été formulées par le gouvernement sur un certain nombre de branches. Il va falloir, effectivement, que les branches qui le peuvent, augmentent aussi les salaires, mais sans donner réellement de cible. Il ne faut pas que la spirale s’enclenche, mais il faut quand même qu’il y ait une aide sur les salaires. Pour l’instant, 71% des branches aujourd’hui ont des minima en dessous du Smic.

Inflation : l’impossible augmentation de salaire ?

Inflation : l’impossible augmentation de salaire ?

 

Un papier de la Tribune explique les dangers de la spirale salaire prix et la course par avance perdue du rattrapage de salaires.

 

Un couplet bien connu qu’on ne peut balayer d’un revers de main car il y va de la compétitivité. Le problème c’est qu’inversement en réduisant le pouvoir d’achat des ménages on tue la consommation et la croissance. Tout est question de dosage équilibré NDLR

 

De la TPE aux grands groupes, du transport au commerce en passant par l’énergie…Un peu partout en France, les entreprises connaissent des mouvements de grève avec toujours la même revendication : celle des salaires. Ce lundi, c’est au tour des routiers de se mobiliser. Dès le début de la journée, les manifestants ont entamé des blocages dans une vingtaine de sites en France. Un peu plus tôt au mois de juin, c’est le personnel de l’aéroport de Roissy qui a cessé de travailler pour obtenir une meilleure rémunération. Le 6 juillet, ce seront les employés de la SNCF qui feront entendre leur voix, les syndicats ayant appelé à une grève nationale. Les exemples ne manquent pas…En France, comme en Europe à l’instar du Royaume-Uni qui a connu la plus grosse grève de ses cheminots depuis 30 ans.

La pression sur les salaires grimpe à mesure que l’inflation atteint des sommets. En mai, elle culminait à 8,1% sur an dans la zone euro. Et si en France, les chiffres sont moindres, ils atteignent, eux aussi, un record pour le pays : 5,2% en mai.

Toutefois, il serait faux de dire que les salaires n’ont pas augmenté. D’après une étude menée par la Banque de France sur les hausses de salaire négociées pour 2022, elles varient en moyenne entre 2,5% et 3,5% selon les secteurs contre 1% depuis 2014. Dans l’automobile, la revalorisation atteint même 4,5% en 2022. Quant au secteur de la restauration, les travailleurs ont obtenu, à l’issue de plusieurs semaines de négociations, une augmentation moyenne de l’ensemble de la grille salariale de 16,33% et une rémunération minimum supérieure à 5% du SMIC. Mais ces revalorisations restent dans l’ensemble bien en deçà de la hausse des prix qui grève le pouvoir d’achat.

En France, rien n’oblige un employeur à augmenter les salaires de ses employés. « Une négociation sur la rémunération entre le salarié et l’employeur est obligatoire selon une certaine périodicité, par exemple annuellement », explique Eric Rocheblave, avocat en droit social qui ajoute toutefois que « ce n’est pas parce qu’on négocie qu’on arrive à un accord entraînant une hausse de la rémunération ».

La législation fixe néanmoins le salaire minimum. La rémunération ne peut aller en deçà du SMIC et à chaque revalorisation par l’Etat, l’entreprise se doit d’appliquer une hausse identique. Il existe aussi des dispositions conventionnelles. Il s’agit des accords négociés au niveau de chaque branche professionnelle à l’échelle nationale par les partenaires sociaux permettant de définir les termes de la convention collective avec notamment un salaire minimum conventionnel. Dernière disposition, celle contractuelle, c’est-à-dire le salaire convenu entre l’employé et l’entreprise au moment de l’embauche et qui figure sur le contrat de travail.

Au-delà de ce cadre légal, « il n’y a pas d’automaticité dans les augmentations de salaire », conclut Maître Rocheblave. « Donc, pour peser dans ces négociations, les grèves sont l’une des armes des salariés », note-t-il. Ce fut notamment le cas dans les années 1960-1970 marquées, elles aussi, par une forte inflation et d’importantes mobilisations pour des revalorisations salariales. « Ce qui est étonnant, c’est de voir que l’on revient à des situations que l’on n’avait plus connues depuis 50 ou 60 ans », note Marion Fontaine, professeure d’histoire à Science Po. À la différence près qu’à l’époque, « les syndicats étaient plus puissants, donc plus suivis et plus à même d’appeler à la mobilisation générale », précise-t-elle, rappelant notamment qu’en « mai 68, la mobilisation a tant inquiété le patronat français qu’il a accepté de céder sur un certains nombre de points ».

La situation semble d’autant plus inextricable que les entreprises subissent elles aussi l’impact de l’inflation, en particulier celle de l’énergie et des matières premières qui augmentent leurs coûts de production. « Quand il y a des pressions salariales à un moment où les entreprises génèrent beaucoup de gain de productivité, la mobilisation de tout ou partie de ces gains pour augmenter les salaires trouve une forte justification. Mais dans la situation actuelle, ces mouvements de grève s’expliquent par la hausse des prix qui grève le pouvoir d’achat. Or, il s’agit d’une inflation des prix de nos importations. Il n’y a pas de gain de productivité », souligne Gilbert Cette, professeur d’économie à Neoma Business School. Selon lui, augmenter les salaires ferait planer un « risque sur la situation financière des entreprises qui ne pourront plus investir, auront une croissance ralentie et seront en difficulté face à la concurrence internationale conduisant à des licenciements ».

Autre risque souligné par le professeur d’économie : celui d’installer la France dans une spirale inflationniste. Aussi appelé « boucle prix-salaire » ou « courbe de Phillips », ce phénomène se produit lorsque la hausse des salaires alimente la hausse des prix. Plus concrètement, les entreprises revalorisent la rémunération de leurs employés ce qui augmente leurs coûts de production. Une charge supplémentaire qu’elles sont ensuite contraintes de répercuter sur leurs prix de vente pour ne pas réduire leurs marges de manière trop importante. Les prix sont donc à nouveau en hausse et réduisent le gain de pouvoir d’achat obtenu par les salariés grâce à la hausse de salaire. C’est notamment ce qu’il s’est produit dans les années 70 après les deux chocs pétroliers qui ont fait bondir l’inflation. Tant et si bien qu’en 1983, alors que le risque d’une spirale inflationniste pointait de nouveau, le gouvernement de Pierre Mauroy a pris la décision d’interdire l’indexation des salaires sur l’inflation. Une disposition inscrite dans le code monétaire et financier et le code du travail.

L’équation combinant hausse des salaires et inflation est-elle pour autant insoluble ? D’autres mécanismes permettent de « satisfaire les besoins de valorisation de salaires pour les employés sans augmenter le coût du travail », avance Maître Rocheblave. Les salariés peuvent ainsi bénéficier « d’avantages tels que des primes ou une défiscalisation de certaines formes de rémunération comme les heures supplémentaires ». C’est par exemple le cas de « la prime Macron », une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat que les entreprises, qui le souhaitent, peuvent verser à leurs employés . Mise en place en 2019 en réponse au mouvement des « gilets jaunes » et reconduite en 2021, elle est exonérée d’impôts et de cotisations sociales et peut aller jusqu’à 1.000 euros (2000 euros dans certains cas). Dans son programme à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron a même proposé de porter son plafond à 6.000 euros, sous condition d’un contrat d’intéressement. Ce triplement de la prime devrait faire partie du projet de loi sur le pouvoir d’achat présenté début juillet.

C’est en ce sens que le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a incité les entreprises à revaloriser les rémunérations de leurs employés. « Certaines entreprises vont pouvoir augmenter les salaires. Elles doivent le faire. D’autres ont moins de marges de manœuvre. Pour elles, il y a un instrument efficace qui est la prime Macron. C’est un instrument qui doit être massivement employé », a-t-il déclaré, fin mai. « La réponse à l’inflation doit être équitablement partagée, ça ne peut reposer uniquement sur l’État », a-t-il souligné.

« L’erreur serait de penser que l’Etat va résoudre seul le problème. Une partie de la solution relève de la négociation entre partenaires sociaux », abonde Marie Fontaine. « Il arrive un moment où, si vous êtes une compagnie aérienne et que tout votre personnel se met en grève pendant l’été, la situation n’est plus tenable », prédit-elle. « Vous pouvez vous dire que vous n’allez pas céder aux demandes de revalorisations salariales. Mais si le rapport de force est en votre défaveur, vous devrez entamer des négociations collectives », conclut l’historienne. Et selon elle, le taux de chômage en baisse continue ces derniers mois (7,3% au premier trimestre de 2022, selon l’Insee) entraînant un manque de main d’oeuvre dans de nombreux secteurs de la restauration et l’hôtellerie, à la vente en passant par les transports, infléchit ce rapport de force en faveur des salariés. « Tout dépend également de la durée d’inflation et si la hausse des prix s’installe durablement de manière structurelle », indique-t-elle néanmoins en dressant un parallèle avec les grèves de 1970 quand le retour du chômage de masse et une baisse de l’inflation avaient eu raison du mouvement social.

42 médias attaqués pour utilisation illégale de Google Analytics

 42 médias attaqués pour utilisation illégale de Google Analytics

 

42 grands médias ont attaqué utilisation illégale de Google Analytics. Un outil interdit en France puisqu’il autorise le transfert des données vers les États-Unis notamment. La Cnil estime qu’il n’est pas possible de rendre Google Analytics compatible avec la loi européenne même avec d’autres stratagèmes comme le chiffrement.

Le problème de Google Analytics, comme beaucoup d’autres outils américains, est que le service doit transférer les données des utilisateurs européens aux Etats-Unis pour fonctionner de manière optimale. Or, les lois extraterritoriales américaines, notamment le Cloud Act mais aussi la loi FISA (Foreign Intelligence Surveillance Act) sont incompatibles avec le Règlement européen sur les protections des données personnelles (RGPD). La raison : les lois extraterritoriales sont « supranationales », donc « supérieures » au RGPD européen. En clair, dans le cadre de traitements par leurs agences de renseignement, les Américains ne se considèrent pas soumis aux obligations du RGPD en ce qui concerne l’information des utilisateurs sur la collecte de leurs données personnelles et leur exploitation.

Google Analytics est l’un des symboles de cette bataille juridique. Dans sa mise en demeure du 10 février dernier suite à la plainte déposée par l’association NOYB (None of your business ou « ce ne sont pas vos affaires », Ndlr) de l’activiste autrichien Max Schrems, la Cnil avait estimé que les données des Français sont transférées aux Etats-Unis « en violation des articles 44 et suivants du RGPD ». Autrement dit, la Cnil a estimé que les conditions de transfert aux Etats-Unis des données collectées par cet outil statistique, faute d’encadrement, peuvent exposer les utilisateurs français à des programmes de surveillance américains.

Google Analytics collecte effectivement des données sensibles :

« En utilisant Google Analytics, les médias fournissent à Google l’historique complet de nos lectures. Ces données valent de l’or pour les entreprises du numérique qui pratiquent le ciblage publicitaire à grande échelle. Elles peuvent révéler nos goûts, nos habitus et même nos opinions politiques. Si je lis des articles sur l’immigration ou bien sur l’agriculture bio, Google peut aisément nous profiler ».

 

Métavers : Une collecte de données sans précédent !

Métavers : Une collecte de données sans précédent !

 

Métavers est encore un concept assez fumeux hormis l’accès aux jeux. Par contre, il pourra permettre une collecte sans précédent des données utiles aux marchands du temple. NDLR

Qui n’a pas encore entendu parler du métavers ? Cette notion a récemment pris de l’importance dans les médias qui nous la présentent tout en essayant de comprendre sa signification et d’interpréter son influence sur notre avenir. Qu’il s’agisse de fréquenter des amis, de faire des achats, ou encore de créer son entreprise, tout cela pourrait avoir lieu dans un nouvel environnement qui ne fait pas la distinction entre la entre la réalité et le virtuel. Par Ola Mohty, Juriste et experte RGPD chez Data Legal drive.

L’expression « métavers » n’est pas nouvelle. Elle est apparue il y a 30 ans dans le roman de science-fiction « Snow Crash » de Neal Stephenson. Cette notion vague fait référence à un nouvel espace. Il ne s’agit en effet pas d’un site de commerce classique ou encore d’une plateforme web de mise en contact. Ce concept innovant s’appuie sur un objectif d’immersion des utilisateurs d’une part et une interaction entre plusieurs personnes se trouvant dans différents lieux d’autre part.

Bien que pas encore pleinement abouti, plusieurs entreprises commencent à s’approprier ce concept dont notamment Facebook qui s’appelle désormais « Meta ». Ce géant du web précise vouloir « construire un avenir où les gens ont plus de moyens de jouer et de se connecter »[1]. Cette invention suscite toutefois de nombreuses inquiétudes en matière de protection des données personnelles. Il convient ainsi de s’interroger sur ses enjeux juridiques et sur la règlementation applicable.

 

Une des principales questions qui se posent au sujet des métavers concerne les données et leur protection. Se présentant comme une réalité virtuelle avec des avatars contrôlés par l’utilisateur, cette nouvelle technologie est susceptible d’entraîner la naissance de nouvelles catégories de données personnelles d’une part et une augmentation du nombre des données personnelles collectées d’autre part.

Or, ces données sont-elles vraiment des données à caractère personnel ? Bien que des avatars y circulent, les données pouvant être collectées permettent de révéler de nombreuses informations sur les utilisateurs. Ces derniers sont représentés par des personnages fictifs et ceux-ci constituent une version fidèle de la personne. Il ne fait, dès lors, aucun doute que les données collectées permettent de remonter aux individus concernés. Plus encore, il semble que ces données aideront à mieux comprendre les processus de pensée des clients.

En effet, les applications mobiles et les sites web permettent aujourd’hui aux entreprises de comprendre comment les individus se déplacent sur internet ou encore comment ils naviguent via une application. Demain, avec les plateformes métaverses, il serait possible de suivre les individus de manière beaucoup plus intime. L’utilisation du métavers impliquera alors une collecte de données sans précédent. Il pourrait s’agir d’expressions faciales, de gestes ou encore d’autres types de réactions qu’un avatar pourrait produire lors de ses interactions dans le métavers. Ces informations permettront aux entreprises de mieux comprendre le comportement des utilisateurs et d’adapter les campagnes publicitaires de manière très ciblée.

La collecte des données ne se fera toutefois pas de manière directe. La personne n’aura pas à fournir de manière proactive des données personnelles en accédant à une page web ou à une application. Les données seront recueillies en temps réel lorsque les utilisateurs se trouvent dans leur métavers, interagissant par l’intermédiaire de leurs avatars. Ceci pourra être à l’origine de divers risques puisque l’utilisateur ne sera pas forcément conscient des données qu’il émet.

 

Les règles de droit permettant d’encadrer ce nouvel espace existent-elles déjà ? La mise en place de nouvelles règles ou encore d’un nouveau règlement européen est-elle nécessaire pour règlementer cet univers ?

Le RGPD régit le traitement des données à caractère personnel appartenant à des personnes au sein de l’Union. Pour assurer une protection optimale de ces personnes, il définit les données personnelles de manière large. Est considérée comme une donnée personnelle toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable[2]. Il suffit donc de pouvoir remonter à la personne, quoique de manière indirecte, pour admettre le caractère personnel de la donnée. Ainsi, le terme « donnée personnelle » peut comprendre un large panel d’informations allant du prénom de la personne à un simple numéro de référence. Les données auxquelles l’utilisation du métavers donnera naissance entrera dans cette catégorie dès lors qu’elles révèlent des renseignements sur une personne. Tel est le cas de tout geste ou encore de toute réaction élaborés par un avatar.

Le champ d’application territorial du RGPD est également très large. Deux critères principaux doivent être pris en compte, le critère d’ «établissement » et le critère de « ciblage ». Ainsi, du moment où une entreprise cible des personnes se trouvant sur le territoire de l’Union, les activités de traitements concernées doivent être soumises au RGPD. Par conséquent, pour déterminer si le RGPD s’applique ou pas, il faudrait identifier notamment le lieu où se trouve la personne à laquelle appartiennent les données. Or, dans le cadre du métavers, les utilisateurs sont représentés par des personnalités virtuelles qui peuvent se trouver dans des endroits différents. Faudrait-il alors se baser sur la localisation de la personne qui fait fonctionner l’avatar ou il serait plus approprié de se baser sur l’avatar lui-même ?

Le caractère sans frontières du métavers avec des avatars qui y naviguent rendent en effet les choses complexes. Supposons que c’est la règlementation du lieu où se trouve la personne qui s’applique et donc le RGPD dans le cas où l’individu se trouve dans l’Union européenne, d’autres interrogations peuvent prendre naissance portant sur les principes de transfert des données. A partir de quel moment doit-on considérer qu’il s’agit d’un transfert de données ? Serait-il suffisant de se contenter de se baser sur les garanties de transfert actuelles pour valider la licéité d’un transfert de données ? Ces évolutions technologiques ne nécessitent-elles pas de repenser les outils juridiques applicables ? La nécessité d’assurer une protection optimale des données semble pencher vers cette alternative.

Des règles à renforcer

Spécifier quelle entité doit déterminer comment et pourquoi les données personnelles seront traitées et quelle entité traite les données pour le compte de quelle entité, pourrait s’avérer difficile dans le métavers. Pour ce faire, il faudrait sans doute décrypter un ensemble de relations complexes et il n’est pas certain que des réponses claires et évidentes puissent être trouvées. L’identification du responsable de traitement pourrait ainsi être à l’origine de plusieurs difficultés. Elle est toutefois nécessaire dans le cadre de la répartition des responsabilités et des obligations vis-à-vis des utilisateurs.

Plusieurs autres questions peuvent se poser. Y aura-t-il un administrateur principal du métavers qui collectera toutes les données personnelles fournies dans le métavers et qui déterminera comment ces données personnelles seront traitées et partagées ? Ou bien plusieurs entités collecteront ces données par le biais du métavers et chaque entité déterminera ses propres objectifs ? Comment le consentement des utilisateurs doit-il être recueilli ? Comment les différentes entités doivent-elles chacune afficher sa propre politique de confidentialité ?

La CNIL attire l’attention sur la nécessité d’assurer une information renforcée des personnes et de respecter les principes relatifs au consentement. Or, il n’est pas certain que l’utilisateur puisse profiter pleinement de ce dispositif dans le cas où il refuse de donner son consentement. Celui-ci ne serait dès lors pas collecté de manière libre. Il faudrait ainsi s’assurer que la modalité de collecte du consentement dans le métavers doit être identique à celle pratiquée dans le « monde réel » ou s’il faudrait recourir à d’autres modalités qui tiennent compte des particularités de cet univers.

De même, le RGPD exige que les informations obligatoires soient transmises à la personne concernée au moment de la collecte des données pour lui permettre de prendre une décision en connaissance de cause. Cette contrainte semble difficile à respecter dans le métavers où l’échange de données se fait de manière très rapide et implique un grand nombre de participants.

Face à ce constat, il serait difficile d’échapper à une revue des lois actuelles. Assurer une protection optimale des données personnelles dans ce nouveau monde semble toutefois être un défi. La quantité et le type de données que ce dispositif permet de collecter sont inédits. La possibilité d’enregistrer les moindres réactions des personnes permettront en effet d’ouvrir la voie à un profilage d’une finesse exceptionnelle. Ceci pourrait renforcer le pouvoir des détenteurs de ces données, rendant ainsi en quelque sorte obsolètes les règles actuelles sur la protection des données.

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[1] https://fr-fr.facebook.com/MetaFrance/
[2] Règlement (UE) 2016/679 du parlement européen et du conseil du 27 avril 2016, article 4 1).

Inflation : des chèques à défaut de réformes structurelles

Inflation : des chèques à défaut de réformes structurelles

 

À défaut de réformes structurelles concernant les conditions de fonctionnement du marché, le gouvernement va s’en remettre à des expédients comme l’envoi de chèque aux plus démunis. Des chèques d’un montant évidemment insuffisant pour faire face à la montée des dépenses contraintes des plus défavorisés mais évidemment des chèques provisoires.

Il est clair que la réforme de certains marchés comme par exemple celui de l’énergie, du logement aurait exigé des transformations autrement plus significatives.
Bref, pour résumer il faut s’attendre à la distribution d’un chèque de 100 € environ qui ne couvriront qu’à peine 50 % des dépenses supplémentaires causées par l’inflation pour les ménages les plus modestes. Et encore une fois une aide temporaire

Le « chèque alimentaire » ciblera  les ménages modestes soit près de 9 millions de foyers.

 

Le nouveau chèque visera plus large, mais son montant moyen par ménage sera un peu moins élevé. Selon nos informations, y auront droit les foyers allocataires du revenu de solidarité active (RSA), de l’allocation adultes handicapés (AAH), du minimum vieillesse (ASPA) ou de l’aide personnalisée au logement (APL). Ils recevront 100 euros par foyer, plus 50 euros par enfant à charge.

Plus de dettes et plus impôts ?

Plus de dettes et plus impôts ?

 

Faute de réduire le train de vie de la nation et sans effort de redistribution des grandes entreprises aux bénéfices insolents, seules trois possibilités restent envisageables : plus de dettes, plus d’impôts, voire les deux à la fois, alerte dans la chronique Stéphane Lauer au « Monde ».

Pour l’immédiat on voit mal comment pour être respectée la contrainte imposée par Macron à Élisabeth Borne : « ni dettes, ni impôts supplémentaires. À moins évidemment de ne faire aucune réforme ou seulement des réformes gadgets puisque parallèlement aucun objectif de réduction des dépenses de l’État n’est envisagé. Conclusion, reste seulement la piste des dépenses supplémentaires pas forcément contradictoires avec davantage de fiscalité.NDLR

 

Res-pon-sa-bi-li-té : le mot est sur toutes les lèvres en cette période postélectorale. Face à un risque de blocage de nos institutions et de l’action publique, chacun est placé devant les siennes. Dans son allocution télévisée du 22 juin, le chef de l’Etat, faute de majorité absolue à l’Assemblée nationale, a appelé le gouvernement et les députés élus de la coalition Ensemble ! à composer avec cette situation inédite « soit en bâtissant un contrat de coalition, soit en construisant des majorités texte par texte ».

Parallèlement, il a demandé aux oppositions de sortir « des querelles et des postures politiciennes » pour aboutir à des « compromis ». Ses adversaires politiques lui répondent en chœur que c’est, au contraire, à Emmanuel Macron d’être « responsable » en esquissant un projet qui tienne compte des nouveaux rapports de force. Le dialogue de sourds peut durer longtemps.

La responsabilité pour nos représentants ne consiste pas seulement à chercher le consensus pour le consensus. La première d’entre elles consisterait à inciter le pays à sortir du déni dans lequel il s’est enfermé depuis le déploiement du « quoi qu’il en coûte ». La corne d’abondance de « l’argent magique » fabriqué par les banques centrales a anesthésié les esprits et les programmes politiques, qui ne parlent que de redistribution des richesses sans se demander comment se donner les moyens d’en créer davantage au préalable.

Lors de la campagne pour l’élection présidentielle comme celle des législatives, le logiciel des responsables politiques a semblé bloqué sur le mode d’une croissance post-Covid-19 débridée. Qu’importe la guerre, l’inflation, la montée des taux d’intérêt, le spectre de la récession, la France continue, avec une légèreté coupable, à creuser ses déficits et à s’endetter inexorablement face aux injonctions d’une opinion publique jamais rassasiée.

Au prix d’un effort budgétaire unique en Europe, le gouvernement a réduit, pour les ménages, la facture de l’inflation de deux points par rapport à la moyenne de la zone euro. Mais qui prête attention à ces dizaines de milliards engloutis par la hausse des prix ? Dans l’attente de la présentation d’une nouvelle loi « pouvoir d’achat » devant l’Assemblée, l’heure reste à la surenchère, comme si les mesures déjà adoptées n’avaient servi qu’à arroser le désert.

L’augmentation de la dépense publique est devenue l’unique boussole de la politique française. Pourtant, la dégradation du contexte macroéconomique laisse peu de doute : tôt ou tard, des mesures impopulaires devront être envisagées. Reste à trouver les courageux pour les assumer.

Un autre rapport au travail de la nouvelle génération ?

 Un autre rapport  au travail de la nouvelle génération ?

Les appels à la désertion se multiplient, mais les étudiants continuent majoritairement de choisir les mêmes carrières que leurs aînés, soutient le chercheur associé à l’ESCP Tristan Dupas-Amory.

 

 

Si des cérémonies de remise de diplôme se sont muées en tribunes politiques, une majorité des jeunes continuent de choisir les mêmes carrières que leurs aînés, observe Tristan Dupas-Amory, chercheur associé à l’ESCP, où il prépare une thèse sur les carrières des jeunes diplômés.

Au-delà des « appels à la désertion » dans les grandes écoles, vous soulignez que la majorité des jeunes sortis de ces établissements mènent des carrières classiques. Quelle est la véritable portée de ce phénomène ?

Je suis surpris par la portée accordée aux appels à la désertion prononcés lors des remises de diplômes. Il y a quelques coups d’éclat – admirables –, mais combien de jeunes ont changé de trajectoire après une telle intervention ? En juin 2016, déjà, à HEC, Emmanuel Faber, alors PDG de Danone, priait les futurs diplômés de « rendre le monde meilleur ». Les bifurcations affichées par une poignée d’étudiants lors des remises de diplômes ne doivent pas occulter un phénomène bien plus massif : loin des réorientations spectaculaires, la majorité des étudiants continuent de choisir les mêmes carrières que leurs aînés. C’est ce que j’appelle la grande rétention.

Par exemple, plus d’un tiers des diplômés 2021 des grandes écoles se sont dirigés vers le conseil ou les services financiers, d’après la dernière enquête d’insertion de la Conférence des grandes écoles. Plus discrets, plus conventionnels, moins enthousiastes peut-être, ces choix n’en méritent pas moins toute notre attention. Non pas pour les stigmatiser, mais pour comprendre ce qui conduit ces jeunes à cet éventail assez étroit d’options professionnelles.

Ces perspectives sont aussi celles qu’on leur propose dans les écoles…

Les étudiants qui arrivent dans une grande école connaissent mal tous le panel de métiers qui s’offrent à eux. Ils choisissent majoritairement les voies empruntées par les promotions qui les précèdent, venant grossir les rangs des professions historiquement les plus présentes dans les établissements. Ils sont aussi poussés à embrasser une carrière considérée à la hauteur de leur diplôme. On peut citer le cas du conseil : si ce secteur continue à autant attirer les jeunes diplômés, c’est qu’il est sélectif et réputé.

Qu’est-ce que ces « appels à la désertion » racontent du rapport au travail de cette fraction de la jeunesse ?

Ils contribuent à libérer la parole et poussent les grandes écoles à se mobiliser, notamment pour intégrer les problématiques liées à la transition écologique dans les cursus. Finalement, la grande démission comme la grande rétention sont les deux faces d’une même pièce, celle du rapport au travail de cette nouvelle génération. Les jeunes réclament une raison d’être. En cours, ils posent beaucoup de questions sur le sens et l’impact de leurs actions. Il faut les aider à concilier leur engagement avec leur future profession… Sans forcément partir sur un changement de vie radical.

Une grande partie des étudiants ne se projette pas dans les désertions spectaculaires, ils ne se voient pas troquer leur avenir de cadre pour de l’artisanat, une vie à la ville pour la campagne. Mais ils peuvent opter pour des reconversions plus douces, en passant, par exemple, du conseil pour l’industrie au conseil en transition écologique. Ou quitter une banque traditionnelle pour une entreprise qui œuvre dans la finance verte.

L’échec de la stratégie attrape-tout de Macron

L’échec de la stratégie attrape-tout de Macron

 Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWayConstate l’échec de la stratégie attrape-tout de Macron dans l’Opinion

Au regard du résultat du premier tour des élections législatives, quelles sont les chances qu’Emmanuel Macron obtienne une majorité absolue à l’Assemblée nationale ? « A peu près une chance sur deux, répond Bruno Jeanbart, vice-président de l’institut de sondages OpinionWay. Quand on regarde les projections, on est entre 260 et 300 députés. Il a une chance sur deux car, évidemment, le second tour est une autre élection et il y a des dynamiques qui peuvent se déclencher en sa faveur. Et, si l’union de la gauche lui a permis de qualifier beaucoup de candidats au premier tour, au second tour cette union empêche d’aller chercher des réserves de voix. »

Ce premier tour ne constitue-t-il pas un vrai tournant dans ce qu’Emmanuel Macron a essayé de construire depuis ces cinq dernières années, à savoir un centre attrape-tout et deux extrêmes qui s’y opposent ? « C’est un tournant car on voit les limites de cette stratégie, confirme Bruno Jeanbart. Ça fonctionne très bien si vous êtes capable d’aspirer les camps intermédiaires. Mais quand la droite résiste mieux qu’à la présidentielle, il y a une difficulté qui se pose, à savoir que votre base centrale devient un peu trop faible et devient en difficulté par rapport aux deux forces radicales situées aux extrêmes. »

Mais le grand vainqueur de cette élection reste l’abstention. Ce n’est pas la première fois qu’un premier tour des législatives voit la barre des 50% d’abstention être dépassée, mais cette fois, c’est encore plus qu’il y a cinq ans. Quels enseignements doit-on en tirer ? « Cela dit d’abord quelque chose sur cette élection qui a un problème et qu’il va falloir résoudre pour le prochain quinquennat, explique Bruno Jeanbart : comment positionne-t-on cette élection et comment faire en sorte que les Français comprennent cette élection ? Les Français ne comprennent plus que, deux mois après une élection présidentielle, on leur redemande de voter pour une majorité pour gouverner le pays. »

À défaut du Nobel ,ROBERT MÉNARD voudrait bien être ministre de Macron !

À défaut du Nobel , ROBERT MÉNARD voudrait bien être ministre de Macron ! 

 

Le maire de Béziers n’aura sans doute jamais le prix Nobel  mais  peut-être deviendra-t-il ministre de Macron. En tout cas, c’est ce qu’il semble souhaiter maintenant.Une nouvelle étape dans le parcours très tourmenté de l’intéressé qui est passé par l’extrême gauche, la gauche, la droite et l’extrême droite et qui rêve maintenant d’être ministre néolibéral.De toute manière, les idéologies ne nourrissent guère l’intéressé qui a plutôt choisi régulièrement les provocations, les banalités populistes agrémentées souvent d’humour le plus douteux. Bref, il est clair que Robert Ménard n’aura jamais le prix Nobel. Mais il finira peut-être sa carrière avec un marocain. L’intéressé n’a vraiment pas inventé la poudre mais il pourrait devenir ministre des anciens combattants par exemple.

Invité ce dimanche soir sur LCI, le maire de Béziers soutenu par le Rassemblement national a assuré qu’il pourrait devenir ministre d’Emmanuel Macron si ce dernier, ou sa Première ministre Élisabeth Borne, lui en faisaient la demande. « Je vais vous raconter une anecdote, quand j’ai eu la Légion d’honneur, tout un tas de gens m’ont moqué », commence-t-il.

Le maire de Béziers l’a assuré, « on a tous envie de peser. » « Moi j’étais content d’être maire d’une ville de France, je suis tellement fière que ma femme soir députée de ce pays que j’aime tellement. Je ne ferme jamais une porte à l’avance. »Normal, c’est plutôt le champion des portes ouvertes de la démagogie.. plutôt très à droite.

 

Électricité : conséquences de Fessenheim réouverture d’une centrale à charbon !

Électricité : conséquences de Fessenheim réouverture d’une centrale à charbon ! 

 

Alors qu’Engie ne cesse de bassiner l’opinion publique avec son énergie électrique verte ( en faite la même énergie qu’EDF puisqu’il
n’y a qu’un seul réseau de distribution, donc de l’énergie d’origine nucléaire), le gouvernement est contraint de relancer une centrale à charbon !

Conséquence indirecte de la démagogie gouvernementale vis-à-vis de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, il faut maintenant réouvrir la centrale à charbon de Saint-Avold: La centrale à charbon  va bien redémarrer l’hiver prochain « à titre conservatoire, compte tenu de la situation ukrainienne » et des tensions sur le marché de l’énergie, a confirmé dimanche le ministère de la Transition énergétique.

 

Et le gouvernement n’hésite pas à déclarer que cette ouverture  « s’inscrit dans le plan de fermeture » et de l’engagement d’Emmanuel Macron de fermer l’ensemble des centrales à charbon en France « demeure inchangé ».

Saint-Avold fait partie des deux dernières centrales à charbon encore raccordées au réseau électrique, après les mises à l’arrêt des centrales du Havre et de Gardanne, en Provence. La seconde encore en activité est celle de Cordemais, située en Loire-Atlantique. Celle-ci aussi devait cesser son activité en 2022, afin de respecter la promesse d’Emmanuel Macron de fermer toutes les centrales à charbon de France d’ici la fin de son mandat. Mais, il y a quelques mois, sa fermeture a été reportée à 2024, voire 2026. Un projet de reconversion a été abandonné par EDF tandis que RTE estime que le soutien de la centrale au réseau est nécessaire alors que la région pâtit des onze années de retard cumulées sur le chantier de l’EPR de Flamanville.

 

 

Inflation – La peur de la spirale salaire prix

Inflation – La peur de la spirale salaire prix

 

Il y a une dizaine d’années, les dirigeants occidentaux ont ouvert la boîte de Pandore par la mise en place d’une politique économique accommodante, visant initialement à booster la croissance occidentale. L’injection massive d’argent dans les marchés financiers et dans l’économie aura finalement mené à une inflation généralisée, poussant les banques centrales à réagir afin « d’appuyer sur le frein » (Christine Lagarde, 11 mai 2022) afin de tenter de maîtriser ce phénomène économique inquiétant. En mai 2022, le taux d’inflation annuel est estimé à 8,1% en zone euro et 8,3% aux Etats Unis, des niveaux historiquement hauts. Par Martin Pirez, manager chez Square.

La crainte évoquée de la spirale salaire prix est évidemment à prendre en considération car elle peut alimenter encore l’inflation. Mais inversement ne pas augmenter suffisamment les salaires peut tuer la consommation et la croissance ( un phénomène en cours) NDLR

 

Depuis plusieurs mois, chacun constate l’urgence de la lutte contre l’inflation car ses effets sont palpables au quotidien et font la une de tous les médias. Celle-ci impacte autant l’économie réelle, c’est-à-dire le quotidien des ménages et particulièrement ceux ayant un pouvoir d’achat limité, que la sphère financière : depuis le début de 2022, on constate une baisse d’environ 20% du principal indice européen (Eurostoxx 50) et de 22% du principal indice des Etats Unis (S&P 500). La France, qui se trouve dans un contexte électoral tendu, est le théâtre d’un ensemble de propositions des responsables politiques visant à « lutter contre l’inflation » afin de préserver le pouvoir d’achat, principale préoccupation des Français. Pour ce faire, il est en effet important de se pencher sur l’inflation afin de sauvegarder les intérêts du pays, cependant il est important d’éviter certains écueils.

D’abord, il ne faut pas confondre « lutte contre l’inflation » et « lutte contre les effets de l’inflation » au risque d’alimenter celle-ci, voire de provoquer son accélération. Ainsi, la ligne directrice dans ce contexte inflationniste est bien de sauvegarder le pouvoir d’achat sans participer à la hausse des prix. Nous allons voir cependant que certaines propositions politiques peuvent s’avérer plus ou moins efficaces dans ce combat.

En effet, des aides de l’Etat peuvent paraître bénéfiques pour les Français, mais finalement néfastes dans la lutte contre l’inflation. L’indexation des retraites sur l’inflation, la revalorisation des minima sociaux, l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires et plus généralement des hausses de salaire dans le secteur privé reviendront in fine à alimenter la hausse des prix. Bien que difficile à concevoir, de telles mesures auront pour effet d’alimenter la boucle « prix-salaires » : un vieux phénomène économique. Théorisé par l’économiste Alban Phillips, un contexte de plein-emploi entraîne une accélération de l’inflation. En mai 2022, la France compte 7,3% de chômeurs, selon les derniers chiffres de l’Insee, son plus bas niveau depuis 2008 (« Le plein-emploi est à portée de main, le taux de chômage est au plus bas depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes est au plus bas depuis 40 ans et jamais autant de Français n’avaient eu un travail » Première ministre française E. Borne, 23 mai 2022). Dans une telle conjoncture, les entreprises font face à un manque de main d’œuvre, créant un rapport de force favorable aux salariés. Les entreprises sont donc plus enclines à augmenter les salaires. La hausse des salaires alimentant dans un premier temps le pouvoir d’achat, les sociétés peuvent répercuter la hausse des coûts de production dans les prix de vente (« pricing power ») afin de maintenir leur niveau de marge. On comprend ainsi l’écueil d’une telle spirale économique : hausse des salaires pour compenser l’inflation, hausse des prix des entreprises pour payer les salaires s’alimentant et se renforçant mutuellement.

Dans ce contexte de marché de l’emploi très favorable, un nouveau phénomène porté par les Etats Unis est à ajouter dans cette équation, celui de la Grande Démission (« Great Quit »). Cette fuite massive du marché du travail salarié comme suite logique des dérives du modèle capitaliste moderne et de la pandémie est un phénomène ayant déjà touché concrètement les Etats Unis et qui fait son apparition dans les médias en France. En 2021, aux Etats Unis (selon le Bureau of Labor Statistics), un record de plus de 47 millions d’Américains ont volontairement quitté leur emploi, soit presque 30% de la population active, ce qui s’inscrit dans une tendance à long terme depuis plus de dix ans. Un phénomène comparable est observable en France, les chiffres de la Dares (service de statistiques du ministère du Travail) concernant les mouvements de main d’œuvre confirment cette tendance : plus de 2,2 millions de démissions (80%) et ruptures conventionnelles (20%) sur 2021 – niveau le plus important depuis plus de dix ans et qui s’inscrit également dans une tendance de long terme (voir schéma ci-dessous). Ce phénomène vient donc mettre un peu plus de pression sur les employeurs et renforce la position des salariés, les mettant dans une position préférentielle pour prétendre à des hausses de salaire.

Malgré cette conjoncture défavorable pour lutter contre l’inflation, il existe des solutions à mettre en œuvre afin de renforcer le pouvoir d’achat sans entretenir la hausse des prix.

Par exemple, la mobilisation des outils de partage de la valeur avec le versement de primes liées à la performance de l’entreprise (intéressement) et à une quote-part de ses bénéfices (participation) ainsi que la mise en place d’une épargne salariale est une solution vertueuse. Ce dispositif, promu de longue date par Bruno Lemaire (ministre de l’Économie) fait partie des demandes prioritaires aux organisations patronales afin qu’il soit étendu (en particulier auprès des PME et TPE) et rendu obligatoire dès lors qu’une société verse des dividendes. Décrié, le partage de la richesse dans l’entreprise fait pourtant partie des outils pour améliorer le pouvoir d’achat. Il ne s’agit là pas nécessairement d’une hausse de revenus pour les salariés, mais également d’avoir accès à une épargne par le versement de primes liées à la performance de l’entreprise. Les salariés pourront donc bénéficier d’une épargne exonérée d’impôt sur le revenu, à utiliser sous des conditions établies et peu contraignantes (acquisition d’un logement principal par exemple) ce qui participera concrètement à renforcer le pouvoir d’achat, sans alimenter l’inflation au niveau des salaires.

De même, l’aide de l’Etat permettant de limiter les effets de la hausse des prix dans le secteur de l’énergie, le bouclier énergétique, correspond à un abaissement de la taxation par l’Etat sur les factures des ménages. Le contexte géopolitique et logistique transitoire est préjudiciable pour les ménages et pour l’Etat, tandis que producteurs et distributeurs d’énergies voient leurs bénéfices exploser (chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 de Engie et Total Energies en hausse respectivement de 51% et 57%). En effet, cette hausse des prix de l’énergie est liée à la spéculation sur les marchés et ne s’accompagne pas d’une variation du coût de production de celle-ci. La société EDF, propriété de l’Etat français à plus de 80% et grand distributeur de dividendes, voit quant à elle son chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 augmenter de 62%, ce qui devrait permettre de compenser ce manque à gagner pour l’administration publique. La mise en place de ce bouclier est donc une mesure efficace pour préserver le pouvoir d’achat des Français sans impacter l’inflation.

Enfin, on peut citer une autre mesure qui va rogner sur les recettes de l’Etat français : la baisse des impôts de production. Bénéficiant plus particulièrement aux secteurs exposés à la concurrence internationale comme l’industrie, où les coûts de production ont fortement augmenté (hausse du prix de la matière première), cette mesure est la bienvenue pour permettre aux sociétés de faire face à la conjoncture difficile, renforçant leur marge de manœuvre afin d’éviter des licenciements ou autres effets néfastes pour les travailleurs. Pour aller plus loin, une baisse des charges patronales et salariales serait un moyen très efficace d’augmenter la rémunération nette des salariés sans augmenter le coût du travail et plus généralement les prix. Globalement, dans un pays où le travail est davantage taxé que le capital (30% de taxation pour tous les actionnaires depuis la mise en place du PFU), tous ces types de mesure seraient les bienvenues et participeraient à une certaine justice économique. Cela impliquerait pour l’Etat un manque à gagner, à compenser par une baisse des dépenses publiques ou bien par une plus forte taxation du capital afin de ne pas aggraver le déficit public.

Pour conclure, il est à remarquer que la France paiera prochainement plus cher le refinancement de la dette à cause de la remontée des taux d’intérêts des banques centrales. Le poids de la dette nationale sera donc un autre élément à surveiller et avec lequel il faudra composer dans les prochains mois. En mettant bout à bout ces différents éléments, nous pouvons entrevoir la complexité de la prise de décision pour l’effectif dans ce contexte qui est le nôtre et analyser la pertinence des récentes propositions politiques.

600 milliards de dollars pour les infrastructures dans le monde ?

600 milliards de dollars pour les infrastructures dans le monde ?

Des États-Unis pour aider les pays en développement et contrer dans ce domaine la stratégie chinoise

 

Le G7 «s’est donné pour ambition de faire au monde une meilleure offre en matière d’investissement dans les infrastructures», a souligné le chancelier allemand Olaf Scholz, présentant le projet aux côtés du président américain. Les États-Unis, à eux seuls, promettent de «mobiliser» quelque «200 milliards de dollars» sur cinq ans pour ce programme.

Les Occidentaux souhaitent se démarquer de la Chine, qui a investi massivement dans nombre de pays en développement, pour construire des infrastructures au travers du programme dit des «Nouvelles routes de la soie», ou pour s’assurer à un accès à certaines matières premières. Pékin est  accusé de mener ses projets au travers de prêts peu avantageux, voire franchement périlleux, qui aggravent les problèmes d’endettement de pays déjà vulnérables et-ou pillent les ressources locales.

 

L’offensive chinoise «existe depuis des années et s’est traduite par de nombreux versements en liquide et de nombreux investissements», selon les déclarations d’un haut responsable de la Maison Blanche, «mais ce n’est vraiment pas trop tard», à propos de l’initiative du G7. «Beaucoup de pays qui ont reçu des fonds ou des investissements du programme BRI (acronyme de la dénomination en anglais Belt and Road Initiative) réalisent désormais, des années plus tard, qu’ils sont plus endettés, que leur PIB n’a pas progressé de manière significative, que les soi-disant investissements n’ont pas atteint leurs populations»..

La peur de la spirale salaire prix

La peur de la spirale salaire prix

 

Il y a une dizaine d’années, les dirigeants occidentaux ont ouvert la boîte de Pandore par la mise en place d’une politique économique accommodante, visant initialement à booster la croissance occidentale. L’injection massive d’argent dans les marchés financiers et dans l’économie aura finalement mené à une inflation généralisée, poussant les banques centrales à réagir afin « d’appuyer sur le frein » (Christine Lagarde, 11 mai 2022) afin de tenter de maîtriser ce phénomène économique inquiétant. En mai 2022, le taux d’inflation annuel est estimé à 8,1% en zone euro et 8,3% aux Etats Unis, des niveaux historiquement hauts. Par Martin Pirez, manager chez Square.

La crainte évoquée de la spirale salaire prix est évidemment à prendre en considération car elle peut alimenter encore l’inflation. Mais inversement ne pas augmenter suffisamment les salaires peut tuer la consommation et la croissance ( un phénomène en cours) NDLR

 

Depuis plusieurs mois, chacun constate l’urgence de la lutte contre l’inflation car ses effets sont palpables au quotidien et font la une de tous les médias. Celle-ci impacte autant l’économie réelle, c’est-à-dire le quotidien des ménages et particulièrement ceux ayant un pouvoir d’achat limité, que la sphère financière : depuis le début de 2022, on constate une baisse d’environ 20% du principal indice européen (Eurostoxx 50) et de 22% du principal indice des Etats Unis (S&P 500). La France, qui se trouve dans un contexte électoral tendu, est le théâtre d’un ensemble de propositions des responsables politiques visant à « lutter contre l’inflation » afin de préserver le pouvoir d’achat, principale préoccupation des Français. Pour ce faire, il est en effet important de se pencher sur l’inflation afin de sauvegarder les intérêts du pays, cependant il est important d’éviter certains écueils.

D’abord, il ne faut pas confondre « lutte contre l’inflation » et « lutte contre les effets de l’inflation » au risque d’alimenter celle-ci, voire de provoquer son accélération. Ainsi, la ligne directrice dans ce contexte inflationniste est bien de sauvegarder le pouvoir d’achat sans participer à la hausse des prix. Nous allons voir cependant que certaines propositions politiques peuvent s’avérer plus ou moins efficaces dans ce combat.

En effet, des aides de l’Etat peuvent paraître bénéfiques pour les Français, mais finalement néfastes dans la lutte contre l’inflation. L’indexation des retraites sur l’inflation, la revalorisation des minima sociaux, l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires et plus généralement des hausses de salaire dans le secteur privé reviendront in fine à alimenter la hausse des prix. Bien que difficile à concevoir, de telles mesures auront pour effet d’alimenter la boucle « prix-salaires » : un vieux phénomène économique. Théorisé par l’économiste Alban Phillips, un contexte de plein-emploi entraîne une accélération de l’inflation. En mai 2022, la France compte 7,3% de chômeurs, selon les derniers chiffres de l’Insee, son plus bas niveau depuis 2008 (« Le plein-emploi est à portée de main, le taux de chômage est au plus bas depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes est au plus bas depuis 40 ans et jamais autant de Français n’avaient eu un travail » Première ministre française E. Borne, 23 mai 2022). Dans une telle conjoncture, les entreprises font face à un manque de main d’œuvre, créant un rapport de force favorable aux salariés. Les entreprises sont donc plus enclines à augmenter les salaires. La hausse des salaires alimentant dans un premier temps le pouvoir d’achat, les sociétés peuvent répercuter la hausse des coûts de production dans les prix de vente (« pricing power ») afin de maintenir leur niveau de marge. On comprend ainsi l’écueil d’une telle spirale économique : hausse des salaires pour compenser l’inflation, hausse des prix des entreprises pour payer les salaires s’alimentant et se renforçant mutuellement.

Dans ce contexte de marché de l’emploi très favorable, un nouveau phénomène porté par les Etats Unis est à ajouter dans cette équation, celui de la Grande Démission (« Great Quit »). Cette fuite massive du marché du travail salarié comme suite logique des dérives du modèle capitaliste moderne et de la pandémie est un phénomène ayant déjà touché concrètement les Etats Unis et qui fait son apparition dans les médias en France. En 2021, aux Etats Unis (selon le Bureau of Labor Statistics), un record de plus de 47 millions d’Américains ont volontairement quitté leur emploi, soit presque 30% de la population active, ce qui s’inscrit dans une tendance à long terme depuis plus de dix ans. Un phénomène comparable est observable en France, les chiffres de la Dares (service de statistiques du ministère du Travail) concernant les mouvements de main d’œuvre confirment cette tendance : plus de 2,2 millions de démissions (80%) et ruptures conventionnelles (20%) sur 2021 – niveau le plus important depuis plus de dix ans et qui s’inscrit également dans une tendance de long terme (voir schéma ci-dessous). Ce phénomène vient donc mettre un peu plus de pression sur les employeurs et renforce la position des salariés, les mettant dans une position préférentielle pour prétendre à des hausses de salaire.

Malgré cette conjoncture défavorable pour lutter contre l’inflation, il existe des solutions à mettre en œuvre afin de renforcer le pouvoir d’achat sans entretenir la hausse des prix.

Par exemple, la mobilisation des outils de partage de la valeur avec le versement de primes liées à la performance de l’entreprise (intéressement) et à une quote-part de ses bénéfices (participation) ainsi que la mise en place d’une épargne salariale est une solution vertueuse. Ce dispositif, promu de longue date par Bruno Lemaire (ministre de l’Économie) fait partie des demandes prioritaires aux organisations patronales afin qu’il soit étendu (en particulier auprès des PME et TPE) et rendu obligatoire dès lors qu’une société verse des dividendes. Décrié, le partage de la richesse dans l’entreprise fait pourtant partie des outils pour améliorer le pouvoir d’achat. Il ne s’agit là pas nécessairement d’une hausse de revenus pour les salariés, mais également d’avoir accès à une épargne par le versement de primes liées à la performance de l’entreprise. Les salariés pourront donc bénéficier d’une épargne exonérée d’impôt sur le revenu, à utiliser sous des conditions établies et peu contraignantes (acquisition d’un logement principal par exemple) ce qui participera concrètement à renforcer le pouvoir d’achat, sans alimenter l’inflation au niveau des salaires.

De même, l’aide de l’Etat permettant de limiter les effets de la hausse des prix dans le secteur de l’énergie, le bouclier énergétique, correspond à un abaissement de la taxation par l’Etat sur les factures des ménages. Le contexte géopolitique et logistique transitoire est préjudiciable pour les ménages et pour l’Etat, tandis que producteurs et distributeurs d’énergies voient leurs bénéfices exploser (chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 de Engie et Total Energies en hausse respectivement de 51% et 57%). En effet, cette hausse des prix de l’énergie est liée à la spéculation sur les marchés et ne s’accompagne pas d’une variation du coût de production de celle-ci. La société EDF, propriété de l’Etat français à plus de 80% et grand distributeur de dividendes, voit quant à elle son chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 augmenter de 62%, ce qui devrait permettre de compenser ce manque à gagner pour l’administration publique. La mise en place de ce bouclier est donc une mesure efficace pour préserver le pouvoir d’achat des Français sans impacter l’inflation.

Enfin, on peut citer une autre mesure qui va rogner sur les recettes de l’Etat français : la baisse des impôts de production. Bénéficiant plus particulièrement aux secteurs exposés à la concurrence internationale comme l’industrie, où les coûts de production ont fortement augmenté (hausse du prix de la matière première), cette mesure est la bienvenue pour permettre aux sociétés de faire face à la conjoncture difficile, renforçant leur marge de manœuvre afin d’éviter des licenciements ou autres effets néfastes pour les travailleurs. Pour aller plus loin, une baisse des charges patronales et salariales serait un moyen très efficace d’augmenter la rémunération nette des salariés sans augmenter le coût du travail et plus généralement les prix. Globalement, dans un pays où le travail est davantage taxé que le capital (30% de taxation pour tous les actionnaires depuis la mise en place du PFU), tous ces types de mesure seraient les bienvenues et participeraient à une certaine justice économique. Cela impliquerait pour l’Etat un manque à gagner, à compenser par une baisse des dépenses publiques ou bien par une plus forte taxation du capital afin de ne pas aggraver le déficit public.

Pour conclure, il est à remarquer que la France paiera prochainement plus cher le refinancement de la dette à cause de la remontée des taux d’intérêts des banques centrales. Le poids de la dette nationale sera donc un autre élément à surveiller et avec lequel il faudra composer dans les prochains mois. En mettant bout à bout ces différents éléments, nous pouvons entrevoir la complexité de la prise de décision pour l’effectif dans ce contexte qui est le nôtre et analyser la pertinence des récentes propositions politiques.

La répétition de cycles inflation récession (Patrick Artus)

Comme dans les années 1970 à 2000, la succession des épisodes inflation-récession-reprise pourrait dominer les années à venir, annonce l’économiste dans le Monde.

 

L’économie des pays de l’OCDE va, dans les prochaines années, ressembler davantage à celle des années 1980-1990 qu’à celle des années 2010. La première caractéristique de ce « retour vers le futur » est l’enchaînement des prix et des salaires. Le pouvoir de négociation des salariés se redresse en effet, pour deux raisons. D’abord, l’inflation forte va les pousser à demander une meilleure indexation des salaires sur les prix, la perte de pouvoir d’achat due à la faible indexation actuelle étant insupportable ; ensuite, les difficultés de recrutement des entreprises sont devenues, depuis 2021, extrêmement fortes, avec le changement des besoins des entreprises – elles doivent répondre à une demande de biens beaucoup plus forte – et avec le rejet des emplois pénibles et à horaires atypiques. On devrait donc observer dans le futur une plus grande capacité des salariés à obtenir des hausses de salaire quand la situation économique est bonne et une meilleure indexation des salaires aux prix.

La deuxième caractéristique est l’attitude des banques centrales. Depuis 2012, confrontées à une inflation faible de façon permanente, elles n’ont plus mené de politiques monétaires restrictives. On va voir réapparaître une politique monétaire contracyclique, expansionniste après les récessions, puis progressivement restrictive. Bien sûr, les banques centrales hésitent encore aujourd’hui à revenir à cette pratique monétaire du passé, mais elles devront s’y résoudre et recommencer à lutter contre l’inflation dans la seconde partie des périodes d’expansion.

 

Nous allons donc assister à la réapparition des cycles monétaires, comme dans les années 1970 à 2000, avant la crise des subprimes : après une récession, le chômage est élevé, l’inflation et les taux d’intérêt sont faibles ; progressivement, le chômage diminue, l’inflation augmente. A un certain stade, la banque centrale prend la décision de déclencher une récession pour casser l’inflation (c’est ce qui a été fait de 1980 à 1982, en 1990, en 2000 et en 2008). L’inflation recule, et la politique monétaire peut redevenir expansionniste, l’économie redémarre. Ces cycles monétaires, liés aux cycles de l’inflation, avaient disparu dans la décennie 2010.

Quelles sont les conséquences de ce retour aux cycles monétaires ? La première est que les contraintes de stabilisation de l’endettement à moyen terme réapparaissent. A la fin de la décennie 2010, comme les taux d’intérêt ne remontaient pas, il n’était pas véritablement nécessaire de désendetter les Etats ou les entreprises, et les déficits publics sont d’ailleurs restés élevés dans beaucoup de pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, France…). On parlait alors de « théorie de la surchauffe » : il s’agissait de continuer à soutenir la demande alors que l’économie était voisine du plein-emploi, pour forcer les entreprises à être plus productives et les inciter à embaucher des salariés peu qualifiés.

Un risque de récession mondiale

Un  risque de récession mondiale

 

Tous les voyants sont désormais au rouge pour l’économie mondiale, entre le ralentissement, l’inflation et les politiques d’austérité.D’aprés Géraldine Sundstrom, Managing director et gestionnaire de portefeuilles au bureau de Londres de Pimco  ( la Tribune)

Quelles sont les principales conclusions du forum séculaire de Pimco, qui dresse les perspectives économiques des cinq années à venir ?

Nous avons maintenu à moyen terme les trois grandes transitions que représentent le vert, le digital et le social. Mais la guerre en Ukraine apporte une nouvelle donne : elle met fin aux goldilocks, les « boucles d’or », qui conjuguaient croissance et inflation à bonne température et des banques centrales et gouvernements avec de larges marges de manœuvre. Nous anticipons un risque élevé de récession à moyen terme et, à un horizon de cinq ans, nous estimons que des cycles économiques plus courts, une volatilité élevée et des réponses de politiques publiques et monétaires diminuées exigeront une recherche de résilience dans les portefeuilles pour obtenir du rendement. Aujourd’hui, c’est un peu l’« anti-goldilocks », avec une faible croissance, une inflation élevée, alimentée par les prix de l’énergie, des denrées alimentaires et les problèmes sur les chaînes d’approvisionnement, contraignant au durcissement des politiques monétaires, tandis que les Etats sont dans une logique de désendettement, après les excès de précédentes crises. Le niveau élevé d’inflation et d’endettement rend beaucoup plus difficile le soutien des politiques monétaires et budgétaires auquel nous nous étions habitués ces dernières années.

Pensez-vous que le durcissement actuel des politiques monétaires soit adapté ?

Entre la pandémie, la politique zéro Covid en Chine et la guerre en Ukraine, l’incertitude a tellement augmenté qu’il faut faire preuve de la plus grande humilité dans les prévisions, notamment sur le moment où l’inflation atteindra un pic. En attendant, les banques centrales sont obligées d’agir. Leur réaction est unanime et très musclée, avec souvent des hausses de taux de 50, 75 voire 100 points de base. Après, les données seront réétudiées à chaque réunion pour décider de la marche à suivre. Elles seront bien entendu contraintes de tempérer la normalisation monétaire si l’environnement économique se détériorait.

Va-t-on vers une démondialisation et une réindustrialisation des économies développées, qui permettraient à la fois de revenir à plus de souveraineté et de limiter le changement climatique ?

Oui, la guerre en Ukraine a augmenté le désir de « résilience » des chaînes d’approvisionnement, qui est l’un des thèmes centraux des perspectives séculaires de Pimco. Les industries les plus sensibles, comme les semi-conducteurs, les batteries et autres, seront peu à peu rapatriées. Des sondages menés auprès des chefs d’entreprise montrent que la résilience des chaînes d’approvisionnement est l’une de leurs principales préoccupations et un sujet sur lequel ils travaillent activement.

Craignez-vous que l’inflation, malgré tout, ne s’installe durablement ?

Il y aura probablement une phase de transition, avec le rapatriement des sources d’approvisionnement, lors de laquelle les entreprises devront investir et seront moins efficientes, ce qui aura un coût élevé, alimentant l’inflation. Le réchauffement climatique est aussi de nature à alimenter la hausse des prix : par exemple, confronté à la pire sécheresse depuis soixante-dix ans, l’Italie du Nord a perdu près de 40 % de ses récoltes, tandis que la génération d’hydroéléctricité faiblit, et il faut davantage de liquide de refroidissement pour les centrales nucléaires.

A quel pourcentage évaluez-vous le risque de récession aux Etats-Unis et dans le monde à moyen terme ?

Avec le resserrement des conditions financières visibles dans les courbes de taux, la probabilité d’une récession mondiale dans les deux prochaines années est élevée (i.e., supérieure à 50 %). Cette récession sera mondiale car la hausse des prix touche tous les pays, et en particulier les plus défavorisés puisque ce sont surtout les cours des denrées de base qui s’envolent. Alors que les ménages pourront encore dépenser leur épargne accumulée ces dernières années cet été, à très court terme l’hiver risque d’être plus difficile en raison d’une hausse des dépenses d’électricité et des denrées alimentaires, avec l’épuisement des stocks.

Un arrêt probable des importations de gaz russe en Europe, comme le craint l’AIE, peut-il faire basculer l’Europe en récession ?

Oui, absolument, c’est notre scénario dans un tel cas de figure. Comme le craint l’Union européenne, un arrêt total des importations de gaz russe entraînerait des fermetures d’usines et des rationnements d’électricité très néfastes à la croissance. En attendant, c’est la course contre la montre pour diversifier l’approvisionnement et réactiver d’autres sources d’énergie, comme les centrales à charbon en Allemagne. De fait, le ralentissement économique est mondial, mais l’Europe, voisine du conflit, est dépendante au niveau énergétique.

Quelles sont aujourd’hui les innovations disruptives les plus prometteuses pour la croissance à venir ?

Les plus importantes sont les énergies vertes, qui prendront peu à peu le pas sur les énergies fossiles, les véhicules électriques, l’intelligence artificielle et la robotisation. Avec le phénomène de résilience et de réindustrialisation, l‘automatisation et la robotisation des chaînes de production seront cruciales pour amortir le coût de ce transfert. Ils permettront aussi de pallier la pénurie de main-d’œuvre.

Craignez-vous un enlisement du risque politique en France ?

Aujourd’hui le risque politique est mondial. Les ménages voient leur revenu réel diminuer en raison de l’inflation, ce qui crée partout des tensions sociales. S’ensuivent un environnement politique dégradé, un phénomène de désenchantement et la montée des extrêmes. Pointés du doigt comme coupables principaux, les gouvernements en place vont avec plus ou moins de bonheur tenter de minimiser l’impact de l’inflation. Mais l’hiver sera compliqué.

Quels sont vos conseils aujourd’hui en matière d’allocation d’actifs ?

De nombreux investisseurs avaient jusqu’ici pour réflexe d’acheter dans les creux buy the dip. Mais, cette fois, avec l’absence des soutiens budgétaires et monétaires, nous sommes bien plus prudents sur les actions et les obligations. Sans bouée de secours, il va probablement y avoir plus de faillites, plus de défauts, il va donc falloir être très sélectif. D’autant plus que le risque géopolitique (Etats-Unis/Chine, Russie) crée un risque de pertes. Point positif, les rendements ont repris des couleurs et peuvent désormais jouer un rôle dans les portefeuilles, même en Europe, où les rendements sont repassés en territoire positif. En ce qui concerne les obligations, les marchés anticipent des hausses de taux dont l’ampleur ne verra peut-être pas le jour, étant donné le ralentissement économique et le tassement à venir de l’inflation sous-jacente (hors éléments volatils tels que l’énergie et l’alimentaire). Dans ce cas, les rendements baisseront, et le prix des obligations, qui évolue en sens inverse des taux, s’apprécieront. Les obligations souveraines sont aussi à privilégier, compte tenu de l’adversité ambiante. Du côté des actions, il faudra privilégier les secteurs qui connaîtront de la croissance, même en récession, comme les éoliennes, les batteries, les panneaux solaires, les robots ou les composants électroniques. S’il n’y a pas de soutien public généralisé, ces activités représentent des enjeux tellement importants que des budgets colossaux y ont été alloués (plan REPowerEU, etc.) et permettront d’y maintenir l’activité à flot.

La crainte de la spirale salaire prix

 

 

La crainte de la spirale salaire prix

 

Il y a une dizaine d’années, les dirigeants occidentaux ont ouvert la boîte de Pandore par la mise en place d’une politique économique accommodante, visant initialement à booster la croissance occidentale. L’injection massive d’argent dans les marchés financiers et dans l’économie aura finalement mené à une inflation généralisée, poussant les banques centrales à réagir afin « d’appuyer sur le frein » (Christine Lagarde, 11 mai 2022) afin de tenter de maîtriser ce phénomène économique inquiétant. En mai 2022, le taux d’inflation annuel est estimé à 8,1% en zone euro et 8,3% aux Etats Unis, des niveaux historiquement hauts. Par Martin Pirez, manager chez Square.

La crainte évoquée de la boucle salaire prix est évidemment à prendre en considération car elle peut alimenter encore l’inflation. Mais inversement ne pas augmenter suffisamment les salaires peut tuer la consommation et la croissance NDLR

 

Depuis plusieurs mois, chacun constate l’urgence de la lutte contre l’inflation car ses effets sont palpables au quotidien et font la une de tous les médias. Celle-ci impacte autant l’économie réelle, c’est-à-dire le quotidien des ménages et particulièrement ceux ayant un pouvoir d’achat limité, que la sphère financière : depuis le début de 2022, on constate une baisse d’environ 20% du principal indice européen (Eurostoxx 50) et de 22% du principal indice des Etats Unis (S&P 500). La France, qui se trouve dans un contexte électoral tendu, est le théâtre d’un ensemble de propositions des responsables politiques visant à « lutter contre l’inflation » afin de préserver le pouvoir d’achat, principale préoccupation des Français. Pour ce faire, il est en effet important de se pencher sur l’inflation afin de sauvegarder les intérêts du pays, cependant il est important d’éviter certains écueils.

D’abord, il ne faut pas confondre « lutte contre l’inflation » et « lutte contre les effets de l’inflation » au risque d’alimenter celle-ci, voire de provoquer son accélération. Ainsi, la ligne directrice dans ce contexte inflationniste est bien de sauvegarder le pouvoir d’achat sans participer à la hausse des prix. Nous allons voir cependant que certaines propositions politiques peuvent s’avérer plus ou moins efficaces dans ce combat.

En effet, des aides de l’Etat peuvent paraître bénéfiques pour les Français, mais finalement néfastes dans la lutte contre l’inflation. L’indexation des retraites sur l’inflation, la revalorisation des minima sociaux, l’augmentation du point d’indice des fonctionnaires et plus généralement des hausses de salaire dans le secteur privé reviendront in fine à alimenter la hausse des prix. Bien que difficile à concevoir, de telles mesures auront pour effet d’alimenter la boucle « prix-salaires » : un vieux phénomène économique. Théorisé par l’économiste Alban Phillips, un contexte de plein-emploi entraîne une accélération de l’inflation. En mai 2022, la France compte 7,3% de chômeurs, selon les derniers chiffres de l’Insee, son plus bas niveau depuis 2008 (« Le plein-emploi est à portée de main, le taux de chômage est au plus bas depuis 15 ans, le taux de chômage des jeunes est au plus bas depuis 40 ans et jamais autant de Français n’avaient eu un travail » Première ministre française E. Borne, 23 mai 2022). Dans une telle conjoncture, les entreprises font face à un manque de main d’œuvre, créant un rapport de force favorable aux salariés. Les entreprises sont donc plus enclines à augmenter les salaires. La hausse des salaires alimentant dans un premier temps le pouvoir d’achat, les sociétés peuvent répercuter la hausse des coûts de production dans les prix de vente (« pricing power ») afin de maintenir leur niveau de marge. On comprend ainsi l’écueil d’une telle spirale économique : hausse des salaires pour compenser l’inflation, hausse des prix des entreprises pour payer les salaires s’alimentant et se renforçant mutuellement.

Dans ce contexte de marché de l’emploi très favorable, un nouveau phénomène porté par les Etats Unis est à ajouter dans cette équation, celui de la Grande Démission (« Great Quit »). Cette fuite massive du marché du travail salarié comme suite logique des dérives du modèle capitaliste moderne et de la pandémie est un phénomène ayant déjà touché concrètement les Etats Unis et qui fait son apparition dans les médias en France. En 2021, aux Etats Unis (selon le Bureau of Labor Statistics), un record de plus de 47 millions d’Américains ont volontairement quitté leur emploi, soit presque 30% de la population active, ce qui s’inscrit dans une tendance à long terme depuis plus de dix ans. Un phénomène comparable est observable en France, les chiffres de la Dares (service de statistiques du ministère du Travail) concernant les mouvements de main d’œuvre confirment cette tendance : plus de 2,2 millions de démissions (80%) et ruptures conventionnelles (20%) sur 2021 – niveau le plus important depuis plus de dix ans et qui s’inscrit également dans une tendance de long terme (voir schéma ci-dessous). Ce phénomène vient donc mettre un peu plus de pression sur les employeurs et renforce la position des salariés, les mettant dans une position préférentielle pour prétendre à des hausses de salaire.

Malgré cette conjoncture défavorable pour lutter contre l’inflation, il existe des solutions à mettre en œuvre afin de renforcer le pouvoir d’achat sans entretenir la hausse des prix.

Par exemple, la mobilisation des outils de partage de la valeur avec le versement de primes liées à la performance de l’entreprise (intéressement) et à une quote-part de ses bénéfices (participation) ainsi que la mise en place d’une épargne salariale est une solution vertueuse. Ce dispositif, promu de longue date par Bruno Lemaire (ministre de l’Économie) fait partie des demandes prioritaires aux organisations patronales afin qu’il soit étendu (en particulier auprès des PME et TPE) et rendu obligatoire dès lors qu’une société verse des dividendes. Décrié, le partage de la richesse dans l’entreprise fait pourtant partie des outils pour améliorer le pouvoir d’achat. Il ne s’agit là pas nécessairement d’une hausse de revenus pour les salariés, mais également d’avoir accès à une épargne par le versement de primes liées à la performance de l’entreprise. Les salariés pourront donc bénéficier d’une épargne exonérée d’impôt sur le revenu, à utiliser sous des conditions établies et peu contraignantes (acquisition d’un logement principal par exemple) ce qui participera concrètement à renforcer le pouvoir d’achat, sans alimenter l’inflation au niveau des salaires.

De même, l’aide de l’Etat permettant de limiter les effets de la hausse des prix dans le secteur de l’énergie, le bouclier énergétique, correspond à un abaissement de la taxation par l’Etat sur les factures des ménages. Le contexte géopolitique et logistique transitoire est préjudiciable pour les ménages et pour l’Etat, tandis que producteurs et distributeurs d’énergies voient leurs bénéfices exploser (chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 de Engie et Total Energies en hausse respectivement de 51% et 57%). En effet, cette hausse des prix de l’énergie est liée à la spéculation sur les marchés et ne s’accompagne pas d’une variation du coût de production de celle-ci. La société EDF, propriété de l’Etat français à plus de 80% et grand distributeur de dividendes, voit quant à elle son chiffre d’affaires sur le premier trimestre 2022 augmenter de 62%, ce qui devrait permettre de compenser ce manque à gagner pour l’administration publique. La mise en place de ce bouclier est donc une mesure efficace pour préserver le pouvoir d’achat des Français sans impacter l’inflation.

Enfin, on peut citer une autre mesure qui va rogner sur les recettes de l’Etat français : la baisse des impôts de production. Bénéficiant plus particulièrement aux secteurs exposés à la concurrence internationale comme l’industrie, où les coûts de production ont fortement augmenté (hausse du prix de la matière première), cette mesure est la bienvenue pour permettre aux sociétés de faire face à la conjoncture difficile, renforçant leur marge de manœuvre afin d’éviter des licenciements ou autres effets néfastes pour les travailleurs. Pour aller plus loin, une baisse des charges patronales et salariales serait un moyen très efficace d’augmenter la rémunération nette des salariés sans augmenter le coût du travail et plus généralement les prix. Globalement, dans un pays où le travail est davantage taxé que le capital (30% de taxation pour tous les actionnaires depuis la mise en place du PFU), tous ces types de mesure seraient les bienvenues et participeraient à une certaine justice économique. Cela impliquerait pour l’Etat un manque à gagner, à compenser par une baisse des dépenses publiques ou bien par une plus forte taxation du capital afin de ne pas aggraver le déficit public.

Pour conclure, il est à remarquer que la France paiera prochainement plus cher le refinancement de la dette à cause de la remontée des taux d’intérêts des banques centrales. Le poids de la dette nationale sera donc un autre élément à surveiller et avec lequel il faudra composer dans les prochains mois. En mettant bout à bout ces différents éléments, nous pouvons entrevoir la complexité de la prise de décision pour l’effectif dans ce contexte qui est le nôtre et analyser la pertinence des récentes propositions politiques.

Inflation: un minimum de 6,8 % en 2022 mais 10% en réel

Inflation: un minimum de 6,8 % en 2022 mais 10% en réel

Officiellement d’après l’INSEE l’inflation devrait continuer sa hausse et atteindre atteindre  6,8 % en septembre sur un an et s’établir à 5,5 % en moyenne sur l’année, contre 1,6 % en 2021. Cette hausse devrait se propager dans l’ensemble de l’économie.

D’après l’INSEE la baisse du pouvoir d’achat des Français serait seulement de 1 % après redistribution. Une évaluation très approximative. En moyenne les prix auront augmenté officiellement de 5,5 % , les salaires de 2 à 3 %. Donc une perte officielle d’au moins 2 %. Évidemment des chiffres assez approximatifs puisque l’indicateur de l’INSEE sous-estime la hausse des prix notamment due à la modification de la structure de consommation des ménages dont  les dépenses contraintes pèsent de plus en plus. En termes monétaires, les ménages en moyenne risquent de perdre près de 1500 € cette année.

Dans la réalité, la véritable inflation devrait être proche de 10 % vers la fin de l’année. Pour limiter l’inflation, on tente de peser sur la spirale salaire prix;  le problème, c’est qu’en même temps on tue la consommation et la croissance.

Encore une fois ces prévisions sont assez fragiles car elles intègrent des mesures redistributives difficiles à évaluer et sur des mesures prochaines incertaines compte tenu de l’environnement politique

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