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Conseil national de la Refondation : le fiasco total

Conseil national de la Refondation : le fiasco total

Macron essaye de redonner un souffle de vie à ce fameux Conseil national de la Refondation qui n’a jamais pris une réelle consistance et dont d’ailleurs pratiquement aucun média ne parle. Sauf il y a quelques jours avec la décision de Macron d’accorder la gratuité aux jeunes pour les préservatifs !

Six mois après son annonce et trois mois après son lancement, le Conseil national de la refondation (CNR) ne fait donc toujours pas grande impression. Après le « grand débat » pour sortir de la crise des gilets jaunes et la Convention citoyenne pour le climat, Emmanuel Macron avait présenté le CNR comme un moyen de rapprocher les Français des décisions gouvernementales.

Ce lundi, partis politiques, syndicats et acteurs de la société civile sont conviés à la session plénière du CNR, à l’Élysée, pour faire un « point d’étape » sur les moyens de réformer les services publics. L’occasion pour le chef de l’État de tenter de convaincre les oppositions, qui refusent d’y participer, et l’opinion publique. Le chef de l’État s’est d’ailleurs confié à nos confrères du JDD cette semaine, pour défendre un « instrument à retrouver de la force d’âme ».

Malgré le boycott de l’ensemble des partis d’opposition et d’une grande partie des syndicats de la session fondatrice du CNR, en septembre dans l’Essonne, Emmanuel Macron se dit « frappé » par l’ »adhésion du terrain ». On suppose évidemment que macro parle d’une autre planète.

« Ceux qui sont mal à l’aise avec le CNR, ce sont les défenseurs du corporatisme, qui est la maladie française, la chose qui s’est reconstruite le plus rapidement après la révolution de 1789″, accuse Emmanuel Macron qui fait là la preuve de la pire mauvaise foi et emploie une dialectique type Poutine.

« C’est la capture de l’intérêt général par des gens au ¬profit de leurs ¬intérêts particuliers. C’est mon principal combat politique: je suis le ¬premier qui a supprimé l’ENA,( (En réalité rien n’a changé à l’ENA sauf le nom), j’ai effectué cette petite révolution silencieuse qui consiste à décorporatiser la fonction publique », ajoute-t-il, avant d’expliquer vouloir faire « fonctionner » ensemble les institutions, partis et partenaires sociaux.

Et Macron atteint le sommet de la démagogie quand il déclare: « c’est aux gens, qui savent mieux que dans les bureaux ou d’autres structures très éloignées d’eux, d’apporter à ces inégalités une réponse concrète ». Le CNR a donc pour objectif, selon lui, de « donner des moyens, de la liberté d’agir ».

Démocratie-Macron, champion de la théorie des paradoxes

Démocratie-Macron, champion de la théorie des paradoxes

La « théorie des paradoxes » se fonde sur l’idée que les individus et organisations font face à des injonctions contradictoires indissociables. Emmanuel Macron l’incarne tout particulièrement. Par Olivier Guyottot, INSEEC Grande École

Notons cependant que la gravité ne se situe pas dans l’existence de paradoxes mais dans l’incapacité de les surmonter NDLR

Wendy Smith et Marianne Lewis, deux chercheuses américaines reconnues pour leurs travaux sur ce sujet, définissent le paradoxe comme une « contradiction reliant des éléments qui semblent logiques lorsqu’ils sont pris isolément mais qui deviennent irrationnels, inconsistants, voire absurdes, lorsqu’ils sont juxtaposés ».

La « théorie des paradoxes » se fonde sur l’idée que les individus et organisations sont en permanence confrontés à des situations paradoxales et à des injonctions contradictoires indissociables. Elle met en lumière les tensions provoquées par les paradoxes au sein des organisations par exemple faire cohabiter projets à court terme et projets à long terme, rechercher une meilleure qualité tout en augmentant les quantités, offrir plus d’autonomie aux personnes tout en les contrôlant, pratiquer la coopétition avec des compétiteurs…

Les chercheurs Marshall Scott Poole and Andrew H. Van de Ven ont montré dans leurs travaux qu’il existait quatre stratégies possibles pour répondre aux tensions qui découlent de ces paradoxes : la séparation spatiale entre les deux phénomènes contradictoires ; la séparation temporelle ; la synthèse ; et enfin l’acceptation de leur existence.

La « théorie des paradoxes » telle qu’elle existe en sciences de gestion offre une grille de lecture qui s’adapte particulièrement bien à la méthode stratégique d’Emmanuel Macron.
Emmanuel Macron n’est pas le premier président français à devoir affronter des situations paradoxales. Deux éléments marquent cependant une différence avec les situations antérieures. D’abord, les interactions croissantes et chaque jour plus complexes entre les activités humaines ont des effets collatéraux de plus en plus difficiles à maitriser et multiplient les tensions. Surtout, Emmanuel Macron, en revendiquant une approche mettant en avant la complexité des choses et la nécessité de mener les projets « en même temps » a adopté une approche qui fait écho aux principales caractéristiques de la théorie des paradoxes.

Selon cette approche, dans le cadre d’un paradoxe, les deux phénomènes contradictoires qu’il faut gérer ne sont pas dissociables et il n’est donc pas possible de choisir entre l’un ou l’autre. Le paradoxe se distingue sur ce point du dilemme qui concerne deux injonctions entre lesquelles il est possible de choisir. En réaffirmant l’indépendance de la France tout en faisant la promotion d’une Europe plus souveraine, en s’opposant à l’invasion russe en Ukraine tout en continuant de dialoguer avec Vladimir Poutine ou en essayant d’élargir sa majorité tout en poursuivant la mise en place de certaines mesures clivantes de son programme de 2022, Emmanuel Macron met en place des stratégies qui font coexister deux phénomènes contradictoires.

Emmanuel Macron utilise la même méthode au moment d’aborder la question de la préservation de la planète et de la pérennité de notre modèle de croissance économique.
L’écologie et la défense de l’environnement ont été présentées comme des priorités de l’action publique par Emmanuel Macron lors de son élection de 2017 et dans le cadre de sa réélection de 2022.
Malgré la présence de Nicolas Hulot comme ministre de l’Environnement et un programme présenté comme ambitieux et volontariste, le bilan écologique du premier quinquennat a été jugé sévèrement par les principales organisations aux avant-postes du combat environnemental. En 2022, Emmanuel Macron a pourtant réaffirmé son ambition en la matière et le caractère prioritaire de cette question en rattachant le secrétariat de la planification écologique directement à la 1re ministre et en mettant en avant les missions des deux ministères de l a transition écologique et de la transition énergétique.

En matière de communication, il adopte aussi une posture de premier plan en publiant des vidéos défendant les avancées de son action écologique sur les réseaux sociaux.

Mais la multiplication des signaux de dégradation de l’état de la planète interroge le bien-fondé de l’approche paradoxale défendue jusqu’ici par Emmanuel Macron et pose plusieurs questions clefs : sera-t-il obligé d’en changer ? Réussira-t-il à la maintenir malgré l’urgence de la situation ? Décidera-t-il de se tourner vers une approche considérant la situation comme un dilemme qui l’obligerait à choisir entre croissance économique et préservation de la planète ?

En matière environnementale, Emmanuel Macron défend pour le moment une ligne libérale pariant sur le progrès technique et la croissance verte. Sa stratégie est basée sur l’idée que croissance économique soutenue et préservation de la planète peuvent aller de pair et qu’il faut donc accepter l’existence de ce paradoxe et mener leur poursuite en parallèle.
La réunion qui a eu lieu à l’Élysée pour inciter les 50 sites industriels français les plus émetteurs de CO₂ à décarboner leurs activités illustre cette approche. Le projet de décarbonation est clair : il faut verdir les moyens de production et les activités des sites concernés pour conserver la croissance économique la plus forte possible. Mais l’idée que la décarbonation puisse passer par une baisse de la production et potentiellement de la croissance n’est pas envisagée.

Pourtant, la prise de conscience sur les difficultés à privilégier à tout prix la croissance économique sans mettre en danger la préservation de la planète semble gagner du terrain. Le fait qu’Emmanuel Macron éprouve certaines difficultés à mobiliser l’ensemble des Français autour d’un projet environnemental crédible et fédérateur fait écho à cette évolution. La question de la pertinence de la stratégie du « en même temps » en la matière n’est peut-être pas étrangère à cette absence d’adhésion.

La guerre en Ukraine et la crise énergétique ont mis sur le devant de la scène le concept de sobriété, qu’Emmanuel Macron a grandement contribué à populariser. Il s’en est emparé pour donner une direction à sa lutte contre le réchauffement climatique. Mais la notion de sobriété se pare de plus en plus des caractéristiques de la décroissance en préconisant une réduction de l’activité économique et en interrogeant les bienfaits de la croissante verte.

Le glissement sémantique qui est en train de s’opérer entre les termes de « décroissance » et de « sobriété » est intéressant car il est très éloigné du sens donné au mot au départ par Emmanuel Macron. La sobriété commence au contraire à lentement servir de cheval de Troie aux idées décroissantes et rend acceptable la remise en cause d’une société entièrement centrée sur la croissance pour progresser et se développer.

Quoi qu’il advienne du concept de sobriété, la problématique environnementale représente un défi de taille pour l’approche stratégique paradoxale utilisée jusqu’ici par Emmanuel Macron tant elle pose une question existentielle majeure compte tenu de nos modes de vie et des ressources naturelles disponibles. Alors que certaines critiques de la « théorie des paradoxes » commencent à émerger et à montrer les limites de cette grille de lecture, il sera intéressant de voir combien de temps il parviendra à la conserver.
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Par Olivier Guyottot, Enseignant-chercheur en stratégie et en sciences politiques, INSEEC Grande École.
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Ukraine : Un échec durable de la Russie

Ukraine : Un échec durable de la Russie

L’annexion de quatre régions ukrainiennes n’est pour la Russie qu’une victoire en trompe-l’œil. Le maximalisme de Vladimir Poutine aura un coût stratégique. Par Cyrille Bret, Sciences Po

La Russie va sans doute subir un triple échec qui va coûter très cher aux pays. Un échec militaire mais aussi un échec économique et idéologique. Ce régime fondé sur la dictature, la terreur et la corruption fait éclater toutes les contradictions du système.NDLR

À première vue, l’annexion illégale de quatre nouveaux territoires ukrainiens semble donner au régime russe bien des raisons de crier victoire. En effet, par cette quadruple prise de guerre que Vladimir Poutine a officialisée le 30 septembre en grande pompe, la Russie porte vers l’Ouest sa ligne de contact avec les Occidentaux ; elle divise et affaiblit durablement l’Ukraine ; elle paralyse l’opposition intérieure au nom de l’union sacrée ; et, ultime succès, elle sanctuarise ces conquêtes en les plaçant sous l’ombre de son parapluie nucléaire tout en rompant avec un Occident présenté comme « colonisateur ».

En réalité, ce triomphe officiel est un faux-semblant digne de ceux qui ont fait passer à la postérité le prince Potemkine. En 1787 le favori de Catherine II (1729-1796) avait fait édifier de véritables décors de carton-pâte le long de la route de l’impératrice lors d’un voyage de celle-ci – précisément dans les régions qui viennent d’être aujourd’hui annexées par Moscou, et qu’elle venait alors de conquérir une première fois ! – afin de donner l’illusion que ces zones étaient prospères et leurs habitants satisfaits.
L’impérialisme russe se trouvait ainsi justifié, du moins aux yeux de Catherine, protectrice de Diderot et férue des Lumières françaises. Le despotisme éclairé s’aveuglait lui-même sur son expansionnisme armé, tout comme aujourd’hui l’illusion est créée par les pseudo-référendums tenus à la va-vite dans les régions arrachées à l’Ukraine – et que la Russie ne contrôle d’ailleurs pas entièrement. Les célébrations martiales sur la Place rouge, le discours de Vladimir Poutine et la couverture médiatique russe tentent de créer une impression de victoire. À y regarder de plus près, les limites de la scénographie sont évidentes.

On aime parfois à considérer, à Washington, Londres ou Paris, que l’armée russe est proche de la déroute, que la présidence Poutine est minée par la contestation intérieure et que l’effondrement stratégique est imminent. Le bilan des sept mois d’invasion de l’Ukraine est moins tranché, si on l’observe du point de vue du Kremlin : celui-ci a bel et bien réussi à atteindre certains de ses objectifs cardinaux. Prendre en compte ces succès tactiques – et, bien entendu, les défaites stratégiques – est indispensable pour comprendre le nouveau cours de la politique russe pour la décennie qui vient, et les risques qui en découlent pour l’Union européenne.

Si l’on évalue les résultats obtenus par le Kremlin à l’aune de ses propres critères, plusieurs acquis apparaissent substantiels.
De fait, l’annexion et son corollaire – un état de guerre durable avec l’Ukraine – permettent à la Russie de Poutine d’atteindre des objectifs militaires anciens et explicites. Avec cette guerre, la Russie vient de stopper la dynamique d’expansion de l’OTAN dans l’espace post-soviétique. Il s’agissait d’un fil rouge des présidences et des primatures Poutine : les adhésions à l’Alliance des anciennes démocraties populaires (Pologne, Hongrie, Roumanie, etc.) et de trois ex-Républiques socialistes soviétiques (Estonie, Lettonie et Lituanie) avaient déjà été considérées à Moscou comme autant de provocations contre la puissance russe.

Aujourd’hui, les candidatures de la Géorgie et de l’Ukraine sont devenues des casus belli. Et, à l’intérieur, Vladimir Poutine peut imposer l’idée qu’il est en guerre avec l’OTAN – conflit qu’il annonce depuis les années 2000. Avec ses formules violemment anti-occidentales du discours du 30 septembre, il rompt définitivement avec la dynamique pro-occidentale des années 1990 et consacre le divorce de son pays avec l’Europe tout entière.

Par ailleurs, ce recul illégal de la frontière russo-ukrainienne vers l’Ouest offre à la Russie un gain démographique dont elle a besoin. Surtout, il ruine durablement l’Ukraine, rend sa convergence avec l’UE bien plus difficile encore, anéantit presque l’espoir de reconstituer la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.
En outre, du point de vue du Kremlin, cette guerre et ces annexions adressent un message à toutes les communautés russophones – et russes par distribution de passeports – qui vivent hors du territoire de la Fédération : la Russie est susceptible d’intervenir militairement là où se trouvent ces populations. Moscou se dote ainsi d’un levier de pression efficace sur les États qui abritent une communauté russophone en Baltique et en Asie centrale. Le « monde russe » théorisé par le Kremlin n’est pas qu’un nation branding : c’est un concept stratégique réel qui déstabilise l’étranger proche de la Russie.

La Russie réoriente ainsi sans retour sa posture diplomatique et géoéconomique vers l’Est : c’est l’Eurasie qui est désormais son champ d’action. La Fédération se recentrera sur l’Union économique eurasiatique dont la Biélorussie et l’Arménie sont membres pour éloigner ces États de l’orbite européenne. Elle pousse d’ailleurs la Biélorussie à engager ses troupes sur le front ukrainien. Elle renforcera également l’Organisation du Traité de Sécurité collective (OTSC). Enfin, elle renonce à sa coopération tendue avec l’UE pour se tourner presque exclusivement vers ses partenaires asiatiques au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai, au premier rang desquels la République populaire de Chine et l’Union indienne, ainsi que le Vietnam.
Sur le plan économique, les résultats ne sont pas à négliger. En déclenchant la guerre et en annexant les régions de Donetsk, Lougansk, Zaporijia et Kherson, la Russie a renforcé son statut de price maker sur les marchés de l’énergie, des minerais et des denrées agricoles.

Amplifiant l’inflation issue de la reprise consécutive à la pandémie de Covid-19, la pénurie organisée a permis à la Russie de reconstituer ses fonds souverains, ses réserves de devises et ses réserves en or. Autrement dit, ces annexions interviennent dans un contexte économique bien différent de celui de l’annexion de la Crimée en 2014 : celle-ci avait été suivie de deux années de récession due à la combinaison de la baisse des cours du pétrole et des sanctions occidentales. Si les sanctions de l’UE frappent l’économie de guerre russe, elles se portent sur un pays qui a jusqu’ici jugulé les risques d’inflation et reconstitué ses réserves financières gelées en partie.

À l’intérieur, enfin, le régime a reconnu des « erreurs » et des « difficultés ». Toutefois, ce régime est capable de tourner la fuite des réservistes mobilisables et les manifestations anti-mobilisation en avantage pour lui-même : ces mouvements serviront de justification à une reprise en main encore plus vigoureuse du corps social russe au nom de l’union sacrée, du patriotisme et de la réunification des Russes.
L’annexion des territoires ukrainiens à l’abri de l’arme nucléaire constitue, pour la Russie, une affirmation de son statut international. En rappelant sa force militaire, en insistant sur son statut de puissance nucléaire, en se posant comme étant en guerre avec l’OTAN, en renforçant ses liens avec les puissances asiatiques, et surtout en remettant en cause les frontières de 1991, la Fédération de Russie revendique avec fracas le rôle de chef de file de la désoccidentalisation du monde. Le président russe l’a martelé dans son discours du 30 septembre : il considère que l’Occident est la principale menace pour la Russie.

On aime souvent, en Occident, rappeler la formule du président Obama selon laquelle la Russie est une puissance régionale dangereuse non pas par sa force mais plutôt par sa faiblesse. Il faut aujourd’hui prendre conscience – sans les accepter – des succès que la Russie a obtenus de son propre point de vue. Sous-estimer ces gains nourrirait un triomphalisme béat à l’Ouest. Exactement comme surestimer le bilan stratégique de cette guerre conduirait à négliger les faiblesses réelles de la Russie – et les forces de ses adversaires.

Les résultats de la campagne d’Ukraine doivent en effet s’apprécier sur la longue durée et avec une focale large. À cette échelle, les succès sont moins évidents. Et les revers structurels, incontestables. Concernant l’Ukraine elle-même, intégrée à l’empire au XVIIe siècle, à l’URSS en 1921 et indépendante depuis 1991, les succès tactiques russes ne doivent pas éclipser les revers stratégiques. En 2022, le but explicite de la Russie était bel et bien d’envahir l’intégralité du territoire de l’Ukraine, de remplacer son gouvernement élu et de l’empêcher de dériver davantage vers l’UE et l’OTAN. Le succès est partiel et l’échec patent.Après l’annexion et après la guerre, il existera une Ukraine mutilée mais indépendante, solidement attachée à son identité nationale, à son rapprochement avec les Occidentaux et structurellement hostile à la Russie. En d’autres termes, les annexions remplacent la politique d’influence. Des annexions auxquelles le président Zelensky a immédiatement réagi… en signant une demande d’adhésion accélérée de son pays à l’OTAN.

Si la Russie est contrainte d’envahir et d’annexer un pays pour conserver son influence, c’est que cette influence peine à s’imposer autrement. La « défense de la Grande Russie » proclamée le 30 septembre consacre en réalité le rétrécissement de l’influence et de l’aire d’influence de la Russie. Au lieu d’occuper l’Ukraine et de « réunir » les Ukrainiens aux Russes, la Russie a définitivement fracturé les relations entre les deux peuples. Au lieu de souligner les proximités culturelles entre Ukraine et Russie, le Kremlin a conduit l’identité ukrainienne à se définir en opposition avec la Russie. Si l’identité nationale ukrainienne était contestée par certains avant l’invasion, elle est aujourd’hui solidifiée dans la résistance à Moscou.
Concernant les relations avec l’OTAN, là encore, les résultats structurels sont en réalités mitigés.

Certes, malgré la demande symbolique que vient de signer Zelensky, les futures adhésions seront sans doute paralysées par la guerre en Ukraine. Mais, surtout, la Russie a « réussi » à précipiter deux États pivots, historiquement attachés à la neutralité, le Royaume de Suède et la République de Finlande, dans l’OTAN. En d’autres termes, Moscou a changé en quelques semaines la donne stratégique en Baltique à son détriment. Désormais la mer Baltique est une « mer OTAN » qui enserre les deux débouchés maritimes russes de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg.

Le pivot eurasiatique de la Russie constitue enfin un revers pour Moscou sur le long terme. Dans le tête-à-tête Pékin-Moscou, la Russie est structurellement un junior partner. Elle l’était déjà avant la guerre en raison de son faible poids économique et elle le sera encore plus après la guerre en raison de l’absence d’alternative pour elle. Couper les ponts avec l’Europe condamne la Russie à un face-à-face déséquilibré avec la puissance véritablement mondiale qu’est la Chine. D’autant que le corollaire de ce divorce avec l’Europe est, évidemment, la réduction de la croissance potentielle de la Russie à moyen terme : privée des investissements, des technologies et des spécialistes européens, la Russie réduit sensiblement ses capacités à diversifier son économie. La guerre en Ukraine réduit le spectre de ses clients, limite la gamme de ses investisseurs et abaisse ses standards commerciaux.

En somme, le triomphalisme russe consécutif à l’annexion des territoires ukrainiens repose sur des succès tactiques de court terme. Mais il occulte plusieurs échecs structurels pour la Russie : celle-ci n’a pas réussi à diversifier son économie grâce à des échanges stables avec l’Europe ; elle n’est pas parvenue à défendre ses intérêts en Ukraine de façon pacifique ; elle a polarisé les relations européennes entre une OTAN renforcée et une Russie presque seule.

On aime à décrire le président russe soit comme un nouveau Docteur Folamour – fou de la bombe – soit comme un stratège hors pair – un génie maléfique. Il pourrait bien être tout simplement un nouveau Potemkine de lui-même. Sa campagne ukrainienne lui offre des succès immédiats. Mais ils sont obtenus au prix d’échecs durables.
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Par Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po.
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Conseil national de la refondation: Une opération politicienne

 Conseil national de la refondation:  Une opération politicienne

 

La refondation du modèle social, économique, écologique et politique français est plus que jamais nécessaire, estiment la sociologue Marie-Hélène Bacqué et le politiste Yves Sintomer, qui craignent toutefois, dans une tribune au « Monde », que la mise en place du CNR ne soit qu’une opération de pure politique.

Le principe d’une assemblée rassemblant des acteurs diversifiés (élus nationaux, régionaux et locaux, représentants des corps intermédiaires, syndicats, associations et citoyens tirés au sort) et leur permettant de délibérer en commun pour trouver les voies d’une refondation du pays pourrait en soi être une proposition salutaire. La France est effectivement entrée dans une ère nouvelle. Les crises se multiplient : bouleversements géopolitiques et émergence d’un ordre postcolonial, déstabilisation de l’écosphère, grignotage de l’Etat social, multiplication des décisions se prenant dans le cadre de la gouvernance globale plutôt que des instances élues, renforcement des tendances autoritaires, racistes et xénophobes, nouvelles formes de politisation et montée de la défiance à l’égard du système des partis.

A l’évidence, le statu quo n’est plus une option. Il faut trouver des voies nouvelles pour redonner un vrai souffle à la nation. Des formes mixtes de délibération peuvent de ce point de vue être prometteuses. Elles ont commencé à être expérimentées dans des lieux aussi divers que le Parlement francophone de Bruxelles, les saisines du Conseil économique, social et environnemental ou la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Cependant, les conditions nécessaires pour espérer le succès d’une telle initiative ne sont malheureusement pas remplies. Il s’agit d’une nouvelle occasion gâchée. Le risque est grand que le Conseil national de la refondation (CNR) ne reste qu’une nouvelle opération politicienne qui participera à déconsidérer les expériences d’innovation démocratique et renforcera la défiance des citoyens.

Le sigle CNR apparaît comme une usurpation. Certes, une refondation est nécessaire, comme elle l’était après la seconde guerre mondiale. Des changements à la marge ne seront pas suffisants pour affronter les défis du XXIe siècle. Cependant, le Conseil national de la Résistance incarnait une tout autre démarche. Il résultait d’une coordination entre des courants différents, allant des gaullistes aux communistes en passant par les démocrates-chrétiens et les socialistes. L’objectif commun était la lutte contre l’Occupation, mais aussi la mise en place d’un nouvel ordre social et économique. Il reposait sur un programme qui se voulait une synthèse entre les différents courants progressistes du pays, basé sur un compromis politique et de classe.

Or, pour le moment, Emmanuel Macron et Elisabeth Borne ont refusé de mettre en discussion leur programme électoral, malgré l’étroitesse évidente de leur base électorale. Ils essaient de marginaliser ou de fracturer la principale force de l’opposition, la Nupes, et se contentent d’accords au coup par coup avec la droite traditionnelle des Républicains. Le dialogue avec les syndicats et les associations, notamment écologistes, est au point mort ou presque. Comment engager une discussion fructueuse et inclusive dans ces conditions ?

Croissance française: confirmation de la baisse

Croissance française:  confirmation de  la baisse

 

Du fait des différents chocs  que doit affronter la croissance française, l’acquis de croissance en 2023 sera réduit à peu près à zéro (seulement plus 0,4 % pour l’ensemble de l’année) . L’OFCE, après d’autres instituts,  revoit donc sa prévision de croissance pour cette année, tablant désormais sur +2,7 % contre +4,2 % espéré il y a quelques mois, du fait d’une crise qui ne se limite pas à l’énergie.

 

 

 

L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) révise nettement à la baisse sa prévision de croissance pour la France cette année , mais note que les différentes mesures prises par l’exécutif pour amortir le choc des différentes crises ont permis d’atténuer ce sévère ralentissement.

Alors qu’il y a six mois l’activité économique était attendue en hausse de +4,2 % en 2022, désormais il ne faut plus tabler que sur +2,7 %, selon le centre de recherche. Dans le détail, la prévision intègre une croissance de +0,2 % au deuxième trimestre après la stagnation du premier trimestre, avant un rythme de +0,3 % pour les deux trimestres suivants. « La différence entre nos deux estimations à six mois de distance montre l’ampleur du choc subi par l’économie française. Par rapport à ce qui s’est passé lors de crises précédentes, on enregistre en réalité une multitude de chocs », souligne Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.

Les mauvaises nouvelles n’ont en effet pas manqué ces derniers mois. La vague Omicron subie au début de l’année aurait eu un impact négatif de -0,1 % sur la croissance, selon l’OFCE, qui chiffre également les conséquences de la remontée des taux (-0,1 % de PIB), des ruptures de chaînes d’approvisionnement (-0,4 % de PIB) et des incertitudes et tensions géopolitiques (-0,5 %).

A cela, il faut bien entendu ajouter les effets de la flambée des prix de l’énergie, que ce soit le pétrole (-0,5 point) ou le gaz et l’électricité (-0,8 point). « Si l’on suppose que la situation d’avril 2022 va rester la même jusqu’à la fin de l’année, on s’attend à ce que les prix de l’énergie contribuent à accroître l’inflation au total de 4 points en 2022 (1,9 point en tenant compte des mesures de gouvernement), alors que ces produits représentent moins de 9 % de la consommation totale », souligne Mathieu Plane pour illustrer l’ampleur du problème.

En additionnant tout cela, ces différents chocs pourraient donc amputer la croissance française de 2,3 % de PIB cette année.

Meeting Macron : le catalogue de La Redoute sur fond d’ennui

Meeting Macron : le catalogue de La Redoute sur fond d’ennui  

Les médias, la plupart très proches du pouvoir,affirment  que Macron s’est recentré à gauche lors de son meeting de samedi. En réalité,  il a égrené son; une sorte de catalogue de La Redoute où  il a promis un peu à tout le monde. Mais globalement un meeting sans beaucoup d’enthousiasme et encore moins d’humanité.

 

En outre cette fois Macron contrairement à 2017 a complètement oublié de parler des perspectives long terme, c’est-à-dire du projet politique sauf sur l’Europe mais dont les décisions ne lui appartiennent pas. Macron n’a d’ailleurs pas réussi vraiment à chauffer la salle faute précisément de vision mobilisatrice et de clarté. Pire, le meilleur slogan de Macron serait maintenant tout sauf Le Pen. La preuve de la fébrilité du pouvoir face à l’évolution des sondages et aussi de l’influence de l’affaire McKinsey ; un scandale qui prend de l’ampleur d’autant plus que plusieurs experts consultants de ce cabinet américain font aussi partie de l’équipe de campagnes de Macron.

Sur la forme, Macr on a tenté d’imiter Mélenchon avec un grand podium où il ne cessait de tourner en rond. Visiblement le président est moins à l’aise que le candidat des Insoumis dans cet exercice assez théâtral. Dans la majorité, on s’inquiète car en fait le candidat Macron a négligé sa campagne et son programme ; sans doute parce qu’il était persuadé de sa supériorité sur ses concurrents. Le problème c’est que deux éléments viennent troubler l’environnement politique d’une part la question du pouvoir d’achat qui mobilise l’intérêt des Français à hauteur de 72 % et aussi cette fameuse affaire scandaleuse McKinsey qui a vu l’état dépenser l’invraisemblable somme d’un milliard pour de pseudos conseils qui normalement doivent être donnés par les hauts  fonctionnaires. Bref la double punition pour la France avec ce cout éhonté des audits d’experts américains et des sureffectifs de hauts fonctionnaires partout.

Economie-Ukraine : pour un boycott aussi de la Chine !

Economie-Ukraine : pour un boycott aussi de la Chine !

 

Vendredi 1er avril  un sommet entre la Chine et l’union européenne ‘est tenu. Au menu des discussions notamment la situation de guerre en Ukraine. L’union économique tentera de persuader la Chine de ne pas soutenir Poutine dans son entreprise de destruction de l’Ukraine. Jusque-là en effet la Chine a adopté une position très ambiguë en refusant de condamner Poutine et en même temps en défendant sa conception très étriquée de la démocratie. Peut-être même la Chine pourrait s’inspirer de Poutine pour annexer prochainement Taiwan.

De leur côté , les responsables de l’union économique européenne ont fait preuve de beaucoup trop de bienveillance vis-à-vis de la puissance chinoise qui s’assoit allègrement sur les règles de concurrence internationale et qui comme Poutine méprise la démocratie.

La seule réponse à terme de l’union européenne est de s’abstenir de tout commerce international avec ce pays aussi hors  la loi que la Russie. L’occasion aussi de relocaliser des productions qui n’ont rien à faire à des milliers de kilomètres des zones de consommation. Charles Michel et d’Ursula von der Leyen, par écrans interposés, ce vendredi 1er avril. Le président de la seconde économie mondiale tentera d’amadouer les dirigeants de son premier partenaire commercial en promettant un rôle «constructif» dans la crise ukrainienne, afin de dissiper le malaise provoqué par son soutien tacite à Vladimir Poutine, et de prévenir un repli des investisseurs européens du marché chinois.

Le premier ministre Li Keqiang entonnera la chanson du «gagnant-gagnant», plaidant pour une relance des relations commerciales, en appelant les Vingt-Sept à affirmer leur «autonomie stratégique» face aux États-Unis, alors que la guerre en Ukraine resserre la relation transatlantique et attise le complexe d’encerclement à Pékin. Le Vieux Continent doit «abandonner la mentalité de guerre froide» en vigueur à Washington. Mais on pourrait reprocher à Pékin d’entretenir en permanence un climat de guerre tiède

Recyclage : Fillon embauché par un géant de la pétrochimie russe !

Recyclage : Fillon embauché par un géant de la pétrochimie russe !

 

Fin de mois difficiles aussi pour certains ancien hommes politiques qui utilisent leur carnet d’adresses pourra être reclassés dans des fonctions juteuses. Exemple, l’ancien premier ministre français François Fillon qui a rejoint le conseil d’administration du géant russe de la pétrochimie Sibur, a annoncé le groupe jeudi 23 décembre. La société Sibur a publié une liste actualisée de son conseil d’administration, indiquant que M. Fillon a été nommé au conseil en tant qu’administrateur indépendant. Le groupe est notamment contrôlé par Leonid Mikhelson, l’un des hommes les plus riches de Russie, et Guennadi Timchenko, un proche du président Vladimir Poutine. 

La proximité de la société avec le pouvoir russe s’est illustrée à une autre occasion : en 2020, des enquêtes de presse ont révélé qu’après son mariage en 2013 avec l’une des filles de Vladimir Poutine, l’homme d’affaires Kirill Chamalov, fils d’un ami du président, avait reçu des parts dans l’entreprise à prix cassé. M. Chamalov avait, en effet, acquis 3,8 % des actions du groupe, via des transactions offshore réalisées quelques mois après le mariage, pour la somme de 100 dollars. Leur valeur était, à l’époque, de 380 millions de dollars.

Fin juin, M. Fillon avait rejoint le conseil d’administration d’une autre société russe, Zaroubejneft, spécialisée dans le développement et l’exploitation des gisements d’hydrocarbures notamment à l’étranger, détenue par l’Etat. M. Fillon, qui a dirigé le gouvernement français sous la présidence de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2012, est à la tête d’Apteras, un cabinet de conseil qu’il a créé en 2017.

L’ancien homme politique a été condamné en juin 2020 à cinq ans de prison dont deux ferme dans une retentissante affaire d’emplois fictifs qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle en 2017. D’autres anciens hauts responsables étrangers font déjà partie du conseil d’administration de groupes pétroliers russes.

L’ex-chef de la diplomatie autrichienne Karin Kneissl, qui avait dansé une valse avec Vladimir Poutine lors de son mariage en 2018, a été nommée en juin au géant pétrolier russe Rosneft. L’ancien chancelier allemand Gerhard Schröder, un ami de longue date de Vladimir Poutine, est président du conseil d’administration de Rosneft.
 

Brésil -Bolsonaro : c’est le quatrième ministre de la santé !

Brésil -Bolsonaro : c’est le quatrième ministre de la santé !

Au Brésil c’est le quatrième ministre de la Santé depuis de début de la pandémie, alors que le pays est durement frappé par une nouvelle vague de Covid-19.

Lors d’une brève rencontre avec ses soutiens au palais présidentiel, Jair Bolsonaro a déclaré : « J’ai décidé ce soir de nommer Marcelo Queiroga ministre de la Santé, en remplacement d’Eduardo Pazuello » avant d’ajouter que la transition « devrait prendre deux à trois semaines ». Le général Eduardo Pazuello, sans expérience médicale, avait été nommé par intérim à ce poste en mai 2020 après la démission de l’oncologue Nelson Teich. Moins d’un mois après sa nomination, ce dernier avait été renvoyé pour « incompatibilités » avec le chef de l’Etat.

La nomination de Marcelo Queiroga, président de la Société brésilienne de cardiologie (SBC),

Le Brésil, deuxième pays le plus endeuillé par la pandémieLe Brésil est le deuxième pays le plus endeuillé par la pandémie, avec près de 280.000 morts

 

Les perdants de la mondialisation

Les perdants de la mondialisation

Dans son dernier essai, l’économiste Lionel Fontagné se concentre sur les perdants de la mondialisation, ceux dont les compétences professionnelles sont difficilement reconvertibles et qui vivent loin des grands bassins d’emploi diversifiés.(Chronique du Monde)

Le livre.

 

Face à la mondialisation, les citoyens européens oscillent entre appétence et inquiétude. Selon un sondage Eurobaromètre de 2017, 54 % d’entre eux jugent la mondialisation positive pour leur pays, mais 63 % soulignent qu’elle tend à augmenter les inégalités sociales et 38 % estiment qu’elle menace l’emploi. « La mondialisation a offert plus d’opportunités, de variété et des prix plus bas, tout en exacerbant la valorisation des compétences et l’adaptabilité. Cela a tracé une ligne nette entre gagnants et perdants », analyse Lionel Fontagné dans La Feuille de paie et le Caddie (Sciences Po Les Presses).

D’un côté, une population plutôt jeune, éduquée, bien rémunérée et citadine. Elle pardonnera facilement à ce professeur d’économie de l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne de lui avoir accordé si peu de place. Son ouvrage se concentre sur les perdants de la mondialisation, ceux dont les compétences professionnelles sont difficilement reconvertibles et qui vivent loin des grands bassins d’emploi diversifiés.

Parole à l’accusation donc : la mondialisation a déplacé ou supprimé les tâches les plus routinières et concentré les salariés les plus adaptables dans des tâches non répétitives comme la mise en œuvre de nouvelles technologies, la supervision, le management et la résolution de problèmes. Elle a supprimé des emplois au sein des entreprises exposées à la pression concurrentielle des pays émergents.

« Les tâches non délocalisables requérant le plus souvent une présence dans de grandes agglomérations, et seules les entreprises les plus productives pouvant payer le surcoût induit par une telle localisation, les emplois les mieux rémunérés, et, d’une façon plus large, la prospérité économique se sont concentrés géographiquement », détaille le professeur à l’Ecole d’économie de Paris.

Dans les pays ayant un niveau de rémunération élevé, les salariés situés au milieu de la distribution des qualifications ont été les plus affectés. « Enfin, la part du capital a augmenté aux dépens de la part des salaires là où les institutions du marché du travail ne protègent pas les plus bas salaires. » Il y a donc de vrais perdants, pour qui la baisse du prix du chariot de courses ne compense pas l’impact négatif de la mondialisation sur la feuille de paye. « Ces perdants ont des compétences très spécifiques, sont employés dans des bassins d’emploi peu diversifiés et peinant à se reconvertir, vivent en dehors des grandes agglomérations, où se développent les activités de services offrant de nouvelles opportunités d’emploi. »

Climat: c’est aussi le rôle de la banque centrale européenne

Climat: c’est aussi le rôle de la banque centrale européenne

Frank Elderson, membre du directoire de la Banque centrale européenne, affirme dans une tribune au « Monde » que l’action de la BCE en matière environnementale est bien conforme à son mandat.

Tribune. La lutte contre le changement climatique exige des mesures urgentes, le temps nous étant désormais compté. La Banque centrale européenne (BCE) doit s’engager à jouer son rôle.

Mais notre engagement ne va pas sans soulever des questions : pourquoi la BCE devrait-elle se soucier du changement climatique ? Celui-ci entre-t-il dans le cadre de son mandat ? Ce sont là des questions importantes que nous prenons au sérieux : en effet, l’Union européenne (UE) est fondée sur l’Etat de droit, et la BCE ne peut agir que dans les limites fixées par les traités constitutifs.

Au moment de la rédaction du mandat de la BCE, la lutte contre le changement climatique n’avait pas le caractère urgent qu’elle revêt aujourd’hui. Et pourtant, les auteurs de ce mandat ont fait preuve de sagesse en nous fournissant des règles et principes quant à ce que nous devons faire, ce que nous pouvons faire et quant aux limites de notre responsabilité face aux futurs défis à relever, y compris le changement climatique. Une lecture attentive des traités révèle qu’ils définissent une marge de manœuvre vitale à l’intérieur de laquelle nous devons maintenant prendre nos décisions.

Premièrement, l’objectif principal de la BCE est de maintenir la stabilité des prix. Or le changement climatique peut avoir une incidence directe sur l’inflation, notamment lorsque des inondations ou des sécheresses à répétition détruisent les cultures et font augmenter les prix des produits alimentaires.

Les politiques d’atténuation peuvent aussi avoir un effet, direct ou indirect, sur les prix à la consommation tels que ceux de l’électricité et de l’essence, par exemple en accroissant les coûts de production. Ces questions sont clairement au cœur de notre mandat. En outre, l’efficacité de la politique monétaire pourrait être entravée par les conséquences des changements structurels liés au climat ou par des perturbations du système financier.

Ainsi, la création de crédit pourrait pâtir de pertes résultant de catastrophes et d’actifs échoués. Tant au cours de la crise de la dette souveraine que pendant la pandémie actuelle, la BCE a mené des actions résolues et mis au point de nouveaux outils de politique monétaire visant à préserver le caractère unique et l’efficacité de celle-ci. La Cour de justice de l’Union européenne a confirmé que la prise en compte des conditions préalables à la poursuite de notre objectif premier relève de notre mandat de maintien de la stabilité des prix.

L’alternative aux plastiques : le retour de la consigne

 L’alternative aux plastiques : le retour de la consigne 

 

Par Florentin Letissier, adjoint à la maire de Paris, chargé de l’économie circulaire, de l’économie sociale et solidaire et de la contribution à la stratégie zéro déchet préconise le retour de la consigne pour lutter contre les plastiques.

 

Chronique dans la tribune

 

Depuis les années 1950, le plastique a envahi nos villes et nos océans. À l’origine conçu pour nous simplifier la vie, il est devenu en quelques décennies une véritable menace. À mesure que sa production a explosé, passant de 2 millions de tonnes par an en 1950 à 400 millions de tonnes aujourd’hui, il devient de plus en plus menaçant pour l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, et les écosystèmes dont nous dépendons.

Il faut désormais recentrer notre utilisation du plastique sur ce qui est essentiel : emballages de produits médicaux, composants informatiques, matériaux supports des technologies d’énergie renouvelable, objets usuels par exemple. À Paris, cette transition s’esquisse depuis plusieurs années, et le nombre d’entrepreneur.euse.s qui développent de nouvelles initiatives pour réduire la consommation de plastique à usage unique se développe fortement. Parmi ces initiatives, le développement de la consigne pour le réemploi des emballages est déterminant.

Le retour de la consigne n’est pas un sujet nouveau. Évoqué dans la feuille de route nationale économie circulaire présentée par le Premier ministre en avril 2018, et au cœur des débats parlementaires autour de la loi Anti Gaspillage et Économie Circulaire (loi AGEC), le dispositif est désormais bien connu. Reste à s’en saisir. S’en saisir ? Oui, mais pas n’importe comment. Il faut maintenant accompagner les professionnel.le.s pour enclencher un changement d’échelle, sortir de l’expérimentation pour aller vers une généralisation de la consigne pour le réemploi des emballages.

Dans la capitale, le champ d’action est large : les emballages issus de la restauration à emporter représentent l’un des principaux usages du plastique à usage unique, avec 15 tonnes d’emballages par jour. Tous ces contenants, le plus souvent, au mieux, jetés dans des poubelles sur l’espace public, quand ils ne sont pas juste laissés à terre, sont aujourd’hui largement incinérés. C’est un gaspillage de ressources considérable, qui doit être diminué par la généralisation de poubelles de tri dans nos rues, afin de développer le recyclage.

Le recyclage n’est pas la solution miracle

Mais pour autant, le développement du recyclage n’est pas à lui seul la solution miracle, puisqu’il ne nous permet pas réellement de lutter contre les effets néfastes de l’explosion du plastique à usage unique. Pourquoi ? En misant uniquement sur le tri et le recyclage des emballages plastiques, nous perdons de vue l’objectif premier qui nous permettra durablement de préserver nos ressources naturelles et notre environnement : la réduction de la production et de notre consommation de matières plastiques. D’abord car le tri n’est aujourd’hui pas encore un réflexe suffisamment partagé, et le plastique occupe encore à Paris 17% du bac vert des ordures ménagères résiduelles, alors que sa place est dans le fameux bac jaune. De plus, les entreprises qui réutilisent des matières plastiques recyclées dans leurs processus de fabrication ne sont pas toujours situées à proximité des centres de tri, mais souvent loin de la région parisienne et parfois à l’autre de bout de l’Europe. Cela implique une logistique de transport longue et donc polluante pour acheminer ces matières premières recyclées à bon port.

Mais surtout, le plastique reste un matériau difficile à recycler et à réincorporer dans les chaînes de production. Lorsqu’il est recyclable, dans la plupart des cas, mis à part l’exemple bien connu de la bouteille en PET, seule une faible part de la valeur de la matière peut être réincorporée dans un nouveau produit, en l’état actuel de la technologie. La majorité des plastiques recyclés sont donc transformés dans des applications de moindre valeur et ne sont pas recyclables après usage. Et encore, ces potentialités de recyclages ne concernent qu’une petite partie des matières plastiques : seuls trois types de plastique sont aujourd’hui recyclables en France.

Les emballages réutilisables, un marché prometteur

Face à cela, les plastiques biosourcés et biodégradables, présentés par ses défenseurs comme une réelle alternative, se sont développés, mais restent en réalité une fausse bonne idée. Il contiennent tout de même du pétrole, leur processus de fabrication est très gourmand en ressources (agriculture intensive, consommation d’eau…), et ils restent finalement, eux aussi, à usage unique. La réduction de nos déchets passe donc par une réduction de leur production à la source, avec un bénéfice considérable en matière première, coût pour la collectivité et en propreté sur l’espace public.

Aujourd’hui, alors que nous faisons face à une explosion des déchets plastiques jetables à l’heure où la crise sanitaire a fortement développé le recours à la vente à emporter, il apparaît donc que la consigne pour réemploi n’a jamais été autant adaptée à notre situation. Développée à l’échelle locale et avec des outils de lavage performant, un système de consigne des emballages- une consigne « à l’ancienne » – permettra de réemployer des milliers d’emballages à Paris et de sortir durablement du tout jetable. Car dans ce modèle, les contenants sont fabriqués pour durer. D’ailleurs, certaines chaînes de la grande distribution en ont bien conscience et commencent à se positionner sur ce marché très prometteur.

La nécessité de créer un écosystème

Il nous faut donc structurer cette filière circulaire à l’échelle de Paris et du Grand Paris, en rassemblant toutes les parties prenantes : restaurateur.rice.s, grande distribution, syndicats, industriels et entrepreneur.euse.s de la consigne. La création de cet écosystème permettra de faciliter le maillage du territoire parisien en points de collecte accessibles pour le.la consommateur.rice, renforçant alors l’incitation à recourir à la consigne. Les modèles de logistique urbaine décarbonée pourront par ailleurs se développer à partir de ce maillage, en assurant les transports entre points de vente et points de lavage et de reconditionnement. Il est certain que la croissance de cette filière contribuera fortement à la création d’emplois locaux et non-délocalisables. C’est également une opportunité pour le tissu de l’économie sociale et solidaire, riche en travailleuses et travailleurs désireux de se réinsérer sur le marché du travail dans des métiers d’avenir.

Aujourd’hui, l’économie circulaire à Paris représente près de 70 000 emplois, soit environ 3% du total, générant une valeur ajoutée de 7 milliards d’euros. La structuration de la filière de la consigne est indiscutablement un levier pour augmenter ce poids de l’économie circulaire dans notre tissu productif local. Cette ambition s’inscrit dans un véritable changement de paradigme dans notre manière de concevoir l’économie : repenser la conception des produits pour une utilisation prolongée, se tourner vers la réutilisation et le réemploi, utiliser nos ressources naturelles comme matières premières avec parcimonie et discernement. Les citoyennes et les citoyens sont prêt.e.s. Les entreprises aussi. Il est temps d’engager le mouvement !

Veolia : le scandale des intimidations de la direction sur les chercheurs

Veolia : le scandale des intimidations de la direction sur les chercheurs

 

Nombre de chercheurs et d’économistes ont protesté avec vigueur contre les intimidations des experts par Veolia qui n’a pas hésité à arroser les opposants à la fusion avec une vague d’huissiers. Le principal critique de cette opération, Elie Cohen, Expert économique très reconnu, en a été victime mais d’autres aussi vendredi 4 décembre.

L’économiste, chercheur au CNRS, a reçu à son domicile parisien la visite d’un huissier. Ce dernier lui a remis une sommation interpellative l’engageant à révéler ses liens éventuels avec Suez. L’initiateur de la démarche: Veolia, ulcéré des prises de position d’Elie Cohen contre son projet d’OPA sur Suez.

L’économiste n’a pas ménagé sa peine depuis l’annonce publique de ce plan, fin août. Hostile à un tel mariage, il a signé une tribune dans Les Échos, évoquant « une fusion inutile et dangereuse » et est intervenu à plusieurs reprises dans l’émission C dans l’air. De quoi exaspérer Veolia.

 

Avec une méthode que ne renieraient pas les ONG les plus activistes, l’entreprise présidée par Antoine Frérot a envoyé des huissiers pour forcer l’économiste à révéler d’éventuels conflits d’intérêts. Ce qu’Elie Cohen a fermement démenti, dans une lettre ouverte publiée par l’Obs. Une tribune est également parue dans le monde pour condamner les manœuvres de Veolia.

Brexit : Boris Johnson, le roi de la pirouette (Denis MacShane)

Brexit  : Boris Johnson,  le roi de la pirouette  (Denis MacShane)

 

Le travailliste Denis MacShane a été le ministre d’Etat chargé de l’Europe (2002-2005) de Tony Blair après avoir été son ministre d’Etat chargé des Affaires étrangères (2001-2001). Il tente d’expliquer les revirements de Boris Johnson dans l’opinion

Comment expliquez-vous ce nouveau revirement de Boris Johnson?

C’est le roi de la pirouette politique! Il est capable de tourner sur une roue et de changer de direction. Il a fait cela toute sa vie. Ce qui n’empêche pas qu’à Londres et Bruxelles, on ne négocie pas la même chose. Boris Johnson se croit engagé dans l’écriture d’un nouveau traité de Versailles où on parle rectification de frontières et réparations alors qu’en face, on discute d’un nouvel Uruguay round, l’ancien Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. L’un parle politique et il cherche à contourner Michel Barnier. L’autre parle de la nécessité d’avoir des règles en matière d’échanges commerciaux et explique que c’est un sujet qui se discute à Bruxelles et non au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement. D’où le décalage auquel on a assisté ces derniers jours et la sensation de camouflet ressentie par les amis de Boris Johnson.

Quelle est la réaction de l’opinion publique?

C’est ce qui a peut-être pesé dans la balance et explique cette marche arrière. On assiste depuis la semaine dernière à une levée de boucliers de tout un tas de professions -camionneursagriculteurs, transporteurs aériens- pour dénoncer la folie d’un « no deal ». Au point que les députés conservateurs Brexiters se sont montré très discrets ces derniers jours pour contrer ce message. Tout le monde commence à avoir peur à l’approche du précipice. Tous les soirs à la télévision on voit des patrons de PME sonner l’alarme devant ce qui les guette aux frontières. Ce ne sont pas forcément des pro-européens. C’est la première fois que l’on assiste à un tel phénomène depuis juin 2016 et le référendum sur le Brexit!

On voit aussi monter au créneau le premier ministre irlandais Michèal Martin, fort de l’appui tacite de Joe Biden. Boris Johnson aimerait aussi que l’on parle d’autre chose. Il veut faire de 2021, qui verra Glasgow accueillir la 26ème conférence sur le changement climatique, une grande année de l’environnement. Il veut montrer que le Royaume-Uni pèse au niveau mondial et rêve d’une photo avec Joe Biden. Il n’a pas envie d’être pousuivi par des images de bouchons monstres à l’approche de Douvres. Le problème demeure qu’à Londres et à Bruxelles, on ne négocie pas la même chose.

Cela risque de se terminer par un nouvel échec…

C’est possible. Il va falloir suivre, cette semaine, les réactions des Brexiters – on peut parler d’une petite entreprise – auxquels Boris Johnson est redevable. Ils se trouvent, eux aussi, sous la pression de la City qui les pousse à trouver un « petit compromis » et à ne pas aller jusqu’au bout. Il y a néanmoins cette idée, dans notre pays, qu’il faut une révolution tous les cinquante ans. Cela a commencé avec la décapitation du roi d’Angleterre, en 1649, suivi par la scission avec l’Eglise catholique, le lancement de l’aventure impériale, la révolution industrielle, la création de l’Etat providence et la révolution thatchérienne. Aujourd’hui, c’est l’Union européenne qui est visée. Cela relève d’une foi messianique.

La situation ressemble à celle de juillet 1914. Le train a commencé à rouler. La question est de savoir si on peut le stopper. On pourrait décider d’arrêter l’horloge mais ce serait une humiliation pour Boris Johnson qui a fixé la deadline au 31 décembre de cette année. Un an après son arrivée au pouvoir, sa situation s’est fragilisée. Il a déjà eu à faire face à une rébellion parlementaire sur le confinement et sa gestion de la pandémie a sérieusement entamé sa popularité. Il va donc s’appuyer énormément sur les sondages durant ces prochains jours de négociations et chercher une excuse dans un sens ou dans un autre. Dans les deux cas, il peut toujours imaginer renégocier dans un an. C’est le titre de mon dernier livre, « Brexiternity ».

L’opposition travailliste paraît très discrète…

Elle est complètement absente. Ce sont les « singes de la sagesse ». Elle ne parle pas d’Europe, elle n’écoute pas l’Europe et elle ne voit pas l’Europe. Le Brexit, ce n’est qu’un problème pour Johnson et ses amis conservateurs.

 

 

Emprunts massifs de la France « Il faudra cet argent » (gouverneur de la Banque de France)

Emprunts massifs de la France « Il faudra cet argent » (gouverneur de la Banque de France)

Alors que des illuminés comme Alain Minc , conseiller des princes (qui a tout dit et le contraire aussi ) propose le concept de dette illimitée et perpétuelle, le gouverneur de la Banque de France rappelle à la réalité en indiquant que les emprunts devront bien entendu être remboursés. (Interview dans le JDD)

 

Comment l’Etat pourra-t-il se désendetter?
La France va sortir de ce choc avec une dette publique accrue d’au moins 15 points de PIB, à 115%. Dans la durée, il faudra rembourser cet argent. Le retour de la croissance par notre travail y contribuera. Les précédents dans l’histoire peuvent aussi conduire à cantonner la dette liée au coronavirus, pour ne la rembourser que dans plus longtemps. Mais nous devrons également, sans freiner la reprise à court terme, traiter ensuite ce qui était déjà notre problème avant la crise : pour le même modèle social que nos voisins européens, nous dépensons beaucoup plus. Donc il faudra viser une gestion plus efficace, d’autant que les Français ne souhaitent pas payer plus d’impôts. L’Allemagne peut répondre massivement au choc actuel parce qu’elle a su diminuer sa dette quand cela allait mieux.

 

Le président de la République a fixé le début du déconfinement  au 11 mai. Les entreprises anticipent-elles cette date pour redémarrer?
Le déconfinement sera progressif, mais il devrait être une bonne nouvelle, non seulement sur le plan économique mais aussi pour le vivre ensemble de notre pays. Il y a déjà une tendance graduelle à la reprise dans l’industrie, elle va s’amplifier. Le 11 mai, nous ne passerons cependant pas d’un coup à une reprise normale. Ce sera un acte 2, où il faudra faire grandir en même temps la confiance sanitaire et la confiance économique, pour les entrepreneurs comme pour les salariés.

A-t-on atteint le point bas de la récession?
Nous sommes très prudents sur l’effet global. Actuellement, chaque quinzaine de confinement entraîne une baisse de la croissance annuelle d’environ 1,5 point et presque autant en matière de déficit budgétaire supplémentaire. Mais nous ne connaissons pas encore la durée de l’acte 2 jusqu’à la reprise complète.

Cette crise est-elle encore pire que vous ne l’imaginiez?
Personne ne l’imaginait, à vrai dire : elle est totalement inédite dans sa nature, et plus violente que les crises précédentes. La France devrait connaître en 2020 une chute du PIB d’au moins 8%. Selon le Fonds monétaire international, le choc économique est très sévère partout, y compris dans les pays moins touchés par la pandémie comme le Japon, le Canada ou l’Allemagne. Si nous gérons bien la suite, le choc peut rester temporaire. Il faut être prudent, mais le FMI prévoit que la France pourrait retrouver l’an prochain une croissance forte à + 4,5%.

Si la reprise est très lente, ne faudra-t-il pas prolonger les aides versées par l’Etat ?
Les leçons de la crise de 2008 ont été retenues : les gouvernements ont agi cette fois très vite, très fort et de façon convergente. L’Etat ne peut pas tout compenser mais joue un rôle d’amortisseur majeur : l’intervention publique massive a absorbé au moins les deux tiers du choc et réduit d’autant son impact pour les ménages et les entreprises. Son rôle protecteur devrait diminuer au fur et à mesure de la reprise dans les différents secteurs. D’autant que, bien sûr, cet amortisseur collectif devra être payé dans le futur.

Le nombre d’entreprises demandant des prêts garantis par l’Etat (PGE) augmente-t-il encore?
Selon nos derniers chiffres, les banques ont enregistré 290.000 demandes de prêts pour un montant de 55 milliards d’euros. Le succès s’amplifie : on est à 20.000 demandes supplémentaires par jour. Autre élément favorable : les bénéficiaires des PGE sont surtout des TPE de moins de 10 salariés, qui représentent près de 90% des décisions et plus de la moitié des montants. Sans surprise, les premiers secteurs concernés sont le commerce et l’hébergement-restauration.

Certaines entreprises ne manquent-elles pas de fonds propres?
Le PGE est conçu pour soulager toutes les entreprises dont les problèmes de trésorerie sont provoqués par la crise du coronavirus. Pour la petite minorité qui avait des difficultés avant, il y a d’autres dispositifs spécifiques en cours de renforcement. A l’avenir, il faudra voir si toutes les entreprises retrouvent la capacité financière pour rembourser leur prêt. On pourrait envisager, au cas par cas, notamment pour les secteurs les plus durablement touchés, que les reports de charges fiscales et sociales deviennent des abandons, voire imaginer des apports en quasi-fonds propres. Mais il faudra être pragmatique et sélectif car il s’agit d’argent public.

L’enveloppe de 110 milliards d’euros mobilisée par le gouvernement suffira-t-elle?
Il est trop tôt pour le dire. Cela dépendra de notre perte économique en PIB, et donc de la façon dont vont se dérouler les redémarrages graduels d’activité. Cela dépendra aussi de nos partenaires européens et mondiaux : si leurs économies mettent du temps à repartir, nous exporterons moins vers eux et cela augmentera le coût.

Les banques et assureurs jouent-ils pleinement leur rôle de soutien à l’économie?
Cette bataille, nous la gagnerons tous ensemble. Les banques françaises sont heureusement solides, grâce notamment aux réformes imposées depuis 2008. Nous constatons globalement qu’elles font leur travail et que les salariés de leurs agences, partout en France, sont très mobilisés. S’il reste des erreurs, la médiation du crédit de la Banque de France est alors là, dans chaque département, pour les corriger. De leur côté, les assureurs ont annoncé qu’ils augmentaient leurs efforts. En revanche, nous attendons clairement que les assureurs-crédit, qui garantissent le paiement des factures des PME, se mobilisent davantage.

Comment inciter les donneurs d’ordre à payer vite leurs fournisseurs ?
Malgré le bouclier de trésorerie mis en place par le gouvernement et la Banque centrale, certaines entreprises ont eu la tentation d’améliorer leur situation en pénalisant leurs fournisseurs. C’est une grave erreur, qui pourrait entraîner des défaillances en chaîne. Nous avons donc créé un comité de crise avec Bruno Le Maire, pour rappeler à l’ordre les acteurs aux comportements anormaux. Nous donnerons des noms s’il le faut mais, après nos craintes du mois de mars, cela semble aller mieux. Nous avons même cité jeudi l’exemple de dix entreprises solidaires.

Après la fin du chômage partiel, faut-il s’attendre à une montée du chômage?
Le choc du coronavirus frappe la France et tous les acteurs économiques. Mais les salariés sont dans l’ensemble relativement moins touchés grâce au dispositif de chômage partiel. Leur consommation baisse aujourd’hui nettement plus que leurs revenus. Ceux qui le peuvent accumulent donc une épargne qui devrait être demain un réservoir d’achats, et donc de croissance. Il faudra pour cela que les consommateurs soient rassurés sur le plan sanitaire. Il faudra parallèlement être attentifs, secteur par secteur, à la situation de chaque entreprise. Et réserver l’éventuel argent public à celles qui en auront vraiment besoin en évitant les effets d’aubaine ou les échecs coûteux.

L’immobilier a subi un coup d’arrêt. Quand et comment va-t-il repartir?
La construction est l’un des secteurs qui a le plus souffert avec une chute de 75% de son activité à la fin mars. Les dispositifs de protection négociés dans le secteur devraient permettre son redémarrage progressif. De son côté, la demande de logements des ménages sera soutenue par un facteur favorable : nous devrions garder des taux d’intérêt très bas pendant les prochaines années car l’inflation va rester faible (moins de 1% en France en 2020 comme en 2021).

Les Français épargnent-ils encore plus que d’ordinaire?
Selon nos premières estimations sur le premier trimestre 2020, leur épargne financière, nette des crédits, a déjà augmenté d’une trentaine de milliards de plus que la tendance habituelle. Ce mouvement semblerait correspondre à l’épargne supplémentaire d’environ 20% des revenus du mois de mars.

Les paiements en cash régressent-ils?
On constate une érosion progressive du recours au cash depuis plusieurs années. Mais il ne va absolument pas disparaître. Le libre choix des citoyens entretient leur confiance dans la monnaie. Au passage, je veux répondre à deux craintes : les billets de banque ne sont pas plus porteurs de virus que d’autres objets, et les distributeurs sont normalement approvisionnés et le resteront durablement. Pour autant, les paiements par carte, et notamment ceux sans contact dont le plafond vient d’être porté à 50 euros, vont continuer à augmenter.

Que doit-on faire pour accélérer la reprise?
Pour maximiser la croissance, il faut d’abord restaurer la confiance, pour que les ménages consomment et que les entreprises continuent d’investir et d’embaucher comme elles le faisaient depuis quatre ans. Un des accélérateurs de croissance passerait par des programmes d’investissement publics européens. Cela permettrait d’augmenter nos capacités de production et de renouer avec nos priorités de long terme comme la lutte contre le changement climatique.

Quel peut être le rôle de l’Europe?
Regardons nos atouts communs : un modèle social européen qui évite les 22 millions de licenciements qu’on voit aux États-Unis en trois semaines ; l’euro qui permet aux Etats dont l’Italie de financer leurs besoins actuels à bas coût. Pour la reprise, le principe d’un fonds de relance proposé par la France est acté : restera à déterminer son montant et son financement. L’Europe est frappée ensemble ; elle s’en sortira ensemble.

La BCE doit-elle faire encore plus?
Nous avons fait déjà énormément! Jusqu’à 4.000 milliards de liquidités cette année pour aider l’économie européenne à tenir le choc. Pour l’avenir, l’inflation restant au-dessous de notre cible de 2%, nous devrions maintenir des taux très bas et des liquidités très abondantes. Et s’il fallait faire plus pour remplir le mandat de stabilité des prix que nous ont confié les traités, en toute indépendance, alors nous ferons plus.

Que retenez-vous des réunions du FMI et du G20 auxquelles vous avez participé?
Ces réunions, tenues à distance, ont été empreintes de gravité. A temps exceptionnels, mesures exceptionnelles : la réaction de tous les pays avancés, dont la France, a été saluée. Les actions extraordinaires déployées par la BCE et la Federal Reserve américaine ont été les bonnes. Les organisations internationales se sont aussi mobilisées pour dégager de nouveaux crédits rapides pour les pays en développement. Il a en outre été décidé un moratoire du service de la dette des pays les plus pauvres. Mais nous ne sommes pas sortis d’affaire. Les défis et les risques restent extrêmement forts, et ils nécessitent plus de solidarité : pour dire les choses clairement, le gouvernement américain actuel a donné un mauvais signal en suspendant sa contribution à l’OMS, et en s’opposant à des droits de tirages spéciaux supplémentaires pour le FMI.

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