Archive pour le Tag 'davantage ?'

Réforme des retraites : les femmes travailleront davantage que les hommes !

Réforme des retraites : les femmes travailleront davantage que les hommes !

Avec avec la réforme des retraites, les femmes travailleront sept mois supplémentaires, contre cinq mois pour les hommes. Les syndicats dénoncent cette inégalité.

Selon un rapport, après la réforme des retraites, les femmes devraient travailler sept mois de plus en moyenne, contre cinq mois supplémentaires pour les hommes. Une assistante de direction, qui travaille depuis ses 20 ans, devra travailler plus longtemps, et ce, malgré les trimestres cumulés grâce à ses deux enfants. Les syndicats dénoncent cette inégalité. « La réforme, c’est deux ans ferme pour tout le monde et c’est encore pire pour les femmes », s’insurge Béatrice Clicq, secrétaire confédérale FO.

Les femmes nées en 1972, qui partent à 63,6 ans, devraient travailler jusqu’à 64,3 ans, soit neuf mois de plus, contre cinq mois pour un homme. Selon le ministre du Travail, du plein-emploi et de l’insertion, Olivier Dussopt, la pension moyenne des femmes sera revalorisée, d’ici à 2030, de 2,2 %, alors que celle des hommes le sera de 0,9 %. Les femmes seront également plus nombreuses à bénéficier de la hausse de la pension minimale.

>Ukraine: la France doit s’engager davantage

Ukraine: la France doit s’engager davantage

Par Michel Duclos, Ancien ambassadeur, Michel Duclos est conseiller spécial géopolitique à l’Institut Montaigne. Il est notamment l’auteur de La France dans le bouleversement du monde (Editions de l’Onservatoire, 2021).

C’est à Boutcha, dès le mois d’avril, que les atrocités pratiquées par les troupes russes sont apparues dans toute leur ampleur. Depuis lors, il a fallu se rendre à l’évidence, les tortures, les viols, les exécutions forment le modus operandi des armées de Vladimir Poutine. A cela s’ajoutent des déportations, la captation de milliers d’enfants et les attaques massives sur des installations civiles.

Très vite, s’agissant de crimes de guerre caractérisés, les autorités ukrainiennes ont commencé à lancer des enquêtes. Le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI) a fait de même, compte tenu de sa compétence pour les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide. Eurojust et plusieurs pays européens, dont la France, ont envoyé des équipes, pour documenter les crimes commis par les Russes.

Cette collecte des preuves a cependant ses limites : dans le cas syrien, l’assemblée générale des Nations Unies a établi un mécanisme qui documente les crimes du régime ou de Daech mais il ne se passe rien, faute de tribunal pour juger les coupables. Dans le cas de l’Ukraine, les tribunaux ukrainiens et la CPI pourraient faire passer la justice, mais seuls des exécutants seront mis en cause ; il sera difficile de faire remonter la chaîne de responsabilités jusqu’au Kremlin, jusqu’à Poutine lui-même et ses principaux comparses.

Avocat international de renom, auteur d’un essai historique magnifique, Retour à Lemberg (Albin Michel, 2017), Philippe Sands a saisi d’emblée ce problème. Dés le lendemain de l’attaque russe, il soutenait la création d’un tribunal spécial non pas pour poursuivre les crimes de guerre mais le « crime d’agression », celui dont découlent tous les autres, et qui est le fait de quelques décideurs au plus haut niveau de l’Etat. Le « crime d’agression » » est la version moderne du « crime contre la paix », établi lors du procès de Nuremberg. Retour à Lemberg relate justement la genèse du tribunal de Nuremberg à travers l’histoire de plusieurs juristes ayant eux-mêmes échappé de peu à la Shoah. L’idée a été reprise par le gouvernement ukrainien. Certes, la Cour pénale internationale (CPI), depuis « l’amendement de Kampala » (2008), a compétence pour le crime d’agression – mais à condition toutefois que l’Etat ou les Etats concernés aient adhéré au statut de Rome (par lequel la CPI a été créée) ; cela n’est le cas ni de la Russie ni de l’Ukraine.

L’établissement d’un tribunal spécial pose d’abord un problème de légitimité. Deux formules sont concevables, bien exposées dans une note des institutions européennes du 30 novembre. Un tribunal international ad hoc peut être envisagé, sur la base d’une résolution de l’assemblée générale des Nations Unies, le Conseil de Sécurité ne pouvant jouer un rôle en raison du droit de veto russe. Ou il peut s’agir d’un « tribunal hybride » – se greffant sur les institutions judiciaires ukrainiennes mais avec l’adjonction de juges internationaux et le soutien d’autres Etats. C’est le modèle qui avait été retenu par exemple pour le Tribunal Spécial Libanais.

« Le crime d’agression figure dans le droit russe comme dans le droit ukrainien, par héritage du droit soviétique ; il avait été introduit dans celui-ci à la suite de… l’opération Barbarossa,
»
Il est clair qu’un tribunal international aurait un caractère universel lui donnant une grande autorité. A deux reprises, l’assemblée générale des Nations Unies a condamné par 143 voix (sur près de 200) l’« agression russe ». La Russie est par ailleurs en infraction avec une ordonnance de la Cour Internationale de Justice du 16 mars lui enjoignant de mettre un terme à ses opérations en Ukraine. La Cour Européenne des Droits de l’Homme s’est également prononcée. Cependant, placés devant la décision de faire du président russe un paria, il n’est pas certain que les Etats membres des Nations-Unies se retrouveraient aussi nombreux que lorsqu’il s’agit d’une condamnation de principe.

L’approche d’un tribunal « hybride » parait donc plus réaliste. Un accord pourrait être trouvé entre l’UE, peut-être le Conseil de l’Europe, et l’Ukraine pour mettre en place une Cour, puis un assentiment des Nations Unies pourrait être recherché. Les partisans d’un tribunal international font valoir que cette solution permettrait mieux de dépasser certains obstacles tels la question de l’immunité dont bénéficient en droit pénal international les principaux dirigeants. Cela n’a rien d’évident. D’autres difficultés ne doivent pas être sous-estimées, comme la nécessité de prévoir un jugement in absentia (contraire là aussi aux principes) ou encore la base légale que constitue le « crime d’agression ».

Sur ce dernier point, l’autorité de la définition contenue dans l’« amendement de Kampala » peut être contestée, puisque cet amendement n’a été ratifié que par une quarantaine de pays (la France ne l’a pas ratifié). Un tribunal dit hybride – euro-ukrainien soutenu par les Nations Unies – pourrait s’appuyer sur une base juridique non exempte d’ironie : le crime d’agression figure dans le droit russe comme dans le droit ukrainien, par héritage du droit soviétique ; il avait été introduit dans celui-ci à la suite de… l’opération Barbarossa, l’offensive allemande contre l’URSS en 1941 ! Juste retour des choses.

« Une première étape pourrait être pour l’Europe et l’Ukraine d’établir dès maintenant un Procureur Intérimaire, chargé de préparer l’acte d’accusation pour “crime d’agression“ »
Vision. Quelle pourrait être dans cette affaire l’attitude de la France ? Très allantes pour lutter contre les crimes de guerre, les autorités françaises ont été réticentes dans un premier temps s’agissant du crime d’agression. Les raisons d’une telle frilosité ne sont pas futiles : un pays qui juge de sa responsabilité d’intervenir militairement sur des théâtres extérieurs doit examiner avec circonspection des processus qui pourraient un jour se retourner contre lui ; la France a toujours agi conformément à la Charte des Nations Unies en ce domaine mais cela ne la protège pas pour autant de mises en cause par d’autres acteurs cherchant à lui nuire. Les difficultés juridiques ne peuvent que conforter les responsables français dans leur prudence. Il y a également la volonté de se préserver une marge de manœuvre diplomatique qu’une procédure judiciaire à l’encontre des dirigeants russes aurait toute chance de réduire.

Les autorités françaises ont cependant commencé à bouger, à la suite de la visite d’une délégation ukrainienne à Paris fin novembre. Les institutions européennes s’orientent vers un soutien au projet ukrainien. Sans minimiser les contraintes qui s’imposent aux dirigeants de notre pays, il leur incombe de faire preuve de vision.

Ce qui est en cause, c’est l’adhésion des Etats au principe du non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense ; cette adhésion s’est érodée depuis des années, notamment depuis l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis en 2003. En poursuivant le crime d’agression commis par la Russie, il s’agit de défendre un fondement essentiel de la Charte des Nations Unies. Un soutien de la France en faveur d’une démarche allant dans ce sens aurait d’autant plus de poids que, précisément, notre pays prendrait plus de risque que d’autres compte tenu de ses responsabilités internationales. Les Européens ne seront-ils pas accusés de « double-standard » ? Si bien sûr, mais il y a des moments où il faut savoir s’en tenir à ce en quoi l’on croit. D’ailleurs, la France s’étant opposé à l’invasion américaine de l’Irak, elle a quelque autorité pour faire entendre sa voix.

Si l’on suit ce raisonnement, une première étape pourrait être pour l’Europe et l’Ukraine d’établir dès maintenant un Procureur Intérimaire, chargé de préparer l’acte d’accusation pour « crime d’agression » – en se donnant ensuite le temps de résoudre les questions complexes de la mise en place d’un tribunal spécial. Un premier résultat serait atteint : l’affichage de ne pas transiger sur la défense du principe de non-agression.

Travail-Semaine de quatre jours : Mais même productivité voire davantage ?

Travail-Semaine de quatre jours : Mais même productivité voire davantage ?

Depuis plusieurs mois, des expérimentations sont en cours dans certains pays européens comme le Royaume-Uni, la Belgique et l’Espagne pour porter la semaine de travail à 4 jours.Par Marie-Rachel Jacob, EM Lyon.

Cette réduction du nombre de jours ne signifie pas pour autant une réduction du temps de travail. En effet, la Belgique a choisi fin octobre de proposer aux entreprises et aux salariés de condenser le temps de travail sur quatre jours au lieu de cinq. Cette décision du gouvernement belge est présentée comme un moyen de flexibiliser le marché de l’emploi qualifié de « trop rigide » et de donner l’opportunité aux salariés de mieux concilier leur vie personnelle et professionnelle.

En France, ce sont les entreprises qui peuvent choisir de modifier le nombre de jours travaillés par semaine, tant que les règles de droit sont respectées par ailleurs. En particulier, de grands groupes internationaux implantés en France se sont saisis de cette question pour répondre à des enjeux de fidélisation des salariés.

Par exemple, le géant du conseil Accenture propose à certains salariés de condenser leurs heures de travail sur 4 jours au lieu de 5. En France, son homologue KPMG propose aux jeunes parents de travailler quatre jours payés cinq pendant six mois afin de répondre à une demande des salariés de passer plus de temps avec leur nouveau-né.

Deux problématiques apparaissent : d’une part, la réduction du nombre de jours travaillés ou la réduction du temps de travail hebdomadaire effective ; d’autre part, le sens d’une réduction du nombre de jours travaillés dans une culture du travail tournée vers la disponibilité permanente des salariés.

En France, la question de la réduction de temps de travail est à l’agenda politique de certains partis de gauche depuis de nombreuses années. Le sujet avait notamment donné lieu à la réforme des 35 heures en 1998. Plus récemment, l’économiste Pierre Larrouturou et la sociologue Dominique Méda ont publié un essai en 2016 pour recommander une norme d’emploi à temps plein de 4 jours et 32 heures travaillés par semaine.

Les arguments politiques défendus sont de deux ordres : une meilleure répartition de l’emploi pour lutter contre le chômage de masse ; et un rapprochement des temps de travail entre les salariés dits à temps plein (35 heures et plus) et les salariés à temps partiel, qui sont le plus souvent des femmes avec charge de famille.

Instaurer une norme de temps de travail à temps plein de 32 heures réparties sur 4 jours permettrait ainsi de réduire les inégalités d’accès à l’emploi à temps plein ainsi qu’une répartition moins genrée des rôles parentaux. En pratique, cela implique que les salariés pour qui le temps plein était de 35 heures sur 5 jours passent à 32 heures sur quatre jours sans perte de salaire.

En juin 2020, l’entreprise de distribution de matériel informatique LDLC a annoncé mettre en place, par accord collectif, les 32 heures réparties sur quatre jours par semaine sans perte de salaire pour les salariés qui étaient à 35 et 37 heures. Depuis la mise en œuvre effective au 1er janvier 2021, Laurent de la Clergerie, fondateur et dirigeant, a communiqué largement sur les résultats obtenus.

Il a d’abord remarqué des effets de réduction des inégalités de genre comme avancés par Pierre Larrouturou et Dominique Méda. Laurent de la Clergerie note ainsi dans un post sur LinkedIn du 22 avril 2021 : « Cette mesure avait un côté égalité homme-femme non anticipé, car celles qui étaient à 80 % pour garder leurs enfants le mercredi ont pu retrouver un contrat de travail à 100 % »

Contrairement à ses prévisions, il n’a embauché que 30 personnes supplémentaires sur un effectif initial de 1 030 salariés. Les équipes en place se sont organisées pour délivrer la même quantité de travail en jouant sur la polyvalence des postes et une gestion efficace des plannings.
Dans les faits, la tension majeure au cœur du passage à une semaine de quatre jours porte sur une culture du travail orientée vers la disponibilité permanente des salariés.

Très répandue en Amérique du Nord, cette culture 24/7 est considérée comme constitutive d’une American work ethic (« éthique de travail américaine » signifiant la centralité du travail dans la vie des citoyens des États-Unis) par les chercheurs nord-américains Matthew Bidwell et Lindsey Cameron. Selon eux, cette culture s’est exportée dans d’autres pays et constitue un frein à une réduction de la norme du nombre de jours et d’heures travaillés.

En 2020, les chercheuses nord-américaines Irene Padavic, Robin J. Ely et Erin M. Reid avaient en outre montré que la sous-représentation des femmes aux postes de direction était liée à cette culture 24/7.

Dans le cas de l’entreprise LDLC citée précédemment, Laurent de la Clergerie explique très clairement la transformation du rapport au temps qu’il a fallu opérer dans l’entreprise. Dès la mise en place en janvier 2021, le dirigeant témoigne de la nouveauté qui consiste à recevoir des messages automatiques d’absence : « chaque jour, il y a entre 15 et 30 % de la boîte qui répond « je suis off » ou encore « on est passé dans ce monde où on attend, où on ne cherche pas à avoir la réponse tout de suite », a-t-il par exemple expliqué dans une série de podcasts.

Pour bien fonctionner, la norme d’emploi de 32 heures réparties sur 4 jours doit donc s’articuler avec une norme de travail reposant sur un certain ralentissement de la communication, notamment par courriel, tout en garantissant la continuité des activités pour les clients (qui se fait sur 5 voire 6 jours par semaine dans les boutiques physiques).

L’équation ne s’arrête pas là : le cas LDLC illustre également la nécessité de politiques de management tournées vers la productivité collective. Laurent de la Clergerie témoigne plus généralement d’une transformation managériale dans son entreprise tournée vers la qualité de vie au travail des salariés qui a précédé la mise en œuvre de la semaine de quatre jours.

Des mesures, rappelant les high-performance management practices (pratiques de management à haute performance) identifiées par la recherche, avaient ainsi été mises en place au préalable dans l’entreprise : semi-autonomie des équipes ou encore système de rémunération variable collectif et non individuel (suppression des primes pour les commerciaux).

La question de travailler quatre jours au lieu de cinq doit intégrer la réflexion sur une norme de travail qui soit compatible avec les enjeux sociaux de réduction des inégalités. Des politiques managériales spécifiques doivent en particulier être conduites, notamment celles tournées vers la productivité collective et l’équité salariale.
_____
Par Marie-Rachel Jacob, Professeur-chercheur en management, EM Lyon
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Semaine de quatre jours : Mais même productivité voire davantage ?

Semaine de quatre jours : Mais même productivité voire davantage ?

Depuis plusieurs mois, des expérimentations sont en cours dans certains pays européens comme le Royaume-Uni, la Belgique et l’Espagne pour porter la semaine de travail à 4 jours.Par Marie-Rachel Jacob, EM Lyon.

Cette réduction du nombre de jours ne signifie pas pour autant une réduction du temps de travail. En effet, la Belgique a choisi fin octobre de proposer aux entreprises et aux salariés de condenser le temps de travail sur quatre jours au lieu de cinq. Cette décision du gouvernement belge est présentée comme un moyen de flexibiliser le marché de l’emploi qualifié de « trop rigide » et de donner l’opportunité aux salariés de mieux concilier leur vie personnelle et professionnelle.

En France, ce sont les entreprises qui peuvent choisir de modifier le nombre de jours travaillés par semaine, tant que les règles de droit sont respectées par ailleurs. En particulier, de grands groupes internationaux implantés en France se sont saisis de cette question pour répondre à des enjeux de fidélisation des salariés.

Par exemple, le géant du conseil Accenture propose à certains salariés de condenser leurs heures de travail sur 4 jours au lieu de 5. En France, son homologue KPMG propose aux jeunes parents de travailler quatre jours payés cinq pendant six mois afin de répondre à une demande des salariés de passer plus de temps avec leur nouveau-né.

Deux problématiques apparaissent : d’une part, la réduction du nombre de jours travaillés ou la réduction du temps de travail hebdomadaire effective ; d’autre part, le sens d’une réduction du nombre de jours travaillés dans une culture du travail tournée vers la disponibilité permanente des salariés.

En France, la question de la réduction de temps de travail est à l’agenda politique de certains partis de gauche depuis de nombreuses années. Le sujet avait notamment donné lieu à la réforme des 35 heures en 1998. Plus récemment, l’économiste Pierre Larrouturou et la sociologue Dominique Méda ont publié un essai en 2016 pour recommander une norme d’emploi à temps plein de 4 jours et 32 heures travaillés par semaine.

Les arguments politiques défendus sont de deux ordres : une meilleure répartition de l’emploi pour lutter contre le chômage de masse ; et un rapprochement des temps de travail entre les salariés dits à temps plein (35 heures et plus) et les salariés à temps partiel, qui sont le plus souvent des femmes avec charge de famille.

Instaurer une norme de temps de travail à temps plein de 32 heures réparties sur 4 jours permettrait ainsi de réduire les inégalités d’accès à l’emploi à temps plein ainsi qu’une répartition moins genrée des rôles parentaux. En pratique, cela implique que les salariés pour qui le temps plein était de 35 heures sur 5 jours passent à 32 heures sur quatre jours sans perte de salaire.

En juin 2020, l’entreprise de distribution de matériel informatique LDLC a annoncé mettre en place, par accord collectif, les 32 heures réparties sur quatre jours par semaine sans perte de salaire pour les salariés qui étaient à 35 et 37 heures. Depuis la mise en œuvre effective au 1er janvier 2021, Laurent de la Clergerie, fondateur et dirigeant, a communiqué largement sur les résultats obtenus.

Il a d’abord remarqué des effets de réduction des inégalités de genre comme avancés par Pierre Larrouturou et Dominique Méda. Laurent de la Clergerie note ainsi dans un post sur LinkedIn du 22 avril 2021 : « Cette mesure avait un côté égalité homme-femme non anticipé, car celles qui étaient à 80 % pour garder leurs enfants le mercredi ont pu retrouver un contrat de travail à 100 % »

Contrairement à ses prévisions, il n’a embauché que 30 personnes supplémentaires sur un effectif initial de 1 030 salariés. Les équipes en place se sont organisées pour délivrer la même quantité de travail en jouant sur la polyvalence des postes et une gestion efficace des plannings.
Dans les faits, la tension majeure au cœur du passage à une semaine de quatre jours porte sur une culture du travail orientée vers la disponibilité permanente des salariés.

Très répandue en Amérique du Nord, cette culture 24/7 est considérée comme constitutive d’une American work ethic (« éthique de travail américaine » signifiant la centralité du travail dans la vie des citoyens des États-Unis) par les chercheurs nord-américains Matthew Bidwell et Lindsey Cameron. Selon eux, cette culture s’est exportée dans d’autres pays et constitue un frein à une réduction de la norme du nombre de jours et d’heures travaillés.

En 2020, les chercheuses nord-américaines Irene Padavic, Robin J. Ely et Erin M. Reid avaient en outre montré que la sous-représentation des femmes aux postes de direction était liée à cette culture 24/7.

Dans le cas de l’entreprise LDLC citée précédemment, Laurent de la Clergerie explique très clairement la transformation du rapport au temps qu’il a fallu opérer dans l’entreprise. Dès la mise en place en janvier 2021, le dirigeant témoigne de la nouveauté qui consiste à recevoir des messages automatiques d’absence : « chaque jour, il y a entre 15 et 30 % de la boîte qui répond « je suis off » ou encore « on est passé dans ce monde où on attend, où on ne cherche pas à avoir la réponse tout de suite », a-t-il par exemple expliqué dans une série de podcasts.

Pour bien fonctionner, la norme d’emploi de 32 heures réparties sur 4 jours doit donc s’articuler avec une norme de travail reposant sur un certain ralentissement de la communication, notamment par courriel, tout en garantissant la continuité des activités pour les clients (qui se fait sur 5 voire 6 jours par semaine dans les boutiques physiques).

L’équation ne s’arrête pas là : le cas LDLC illustre également la nécessité de politiques de management tournées vers la productivité collective. Laurent de la Clergerie témoigne plus généralement d’une transformation managériale dans son entreprise tournée vers la qualité de vie au travail des salariés qui a précédé la mise en œuvre de la semaine de quatre jours.

Des mesures, rappelant les high-performance management practices (pratiques de management à haute performance) identifiées par la recherche, avaient ainsi été mises en place au préalable dans l’entreprise : semi-autonomie des équipes ou encore système de rémunération variable collectif et non individuel (suppression des primes pour les commerciaux).

La question de travailler quatre jours au lieu de cinq doit intégrer la réflexion sur une norme de travail qui soit compatible avec les enjeux sociaux de réduction des inégalités. Des politiques managériales spécifiques doivent en particulier être conduites, notamment celles tournées vers la productivité collective et l’équité salariale.
_____
Par Marie-Rachel Jacob, Professeur-chercheur en management, EM Lyon
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Crise de l’énergie : faire davantage pour les entreprises (Xavier Bertrand)

Crise de l’énergie : faire davantage pour les entreprises (Xavier Bertrand)

À juste titre Xavier Bertrand considère que le plan français n’est pas adapté aux enjeux économiques français pour les entreprises. Une enquête menée par la fédération des petites et moyennes entreprises Montre que 10 % d’entre elles pourraient mettre la clé sous la porte suite au augmentation des prix de l’énergie.

« Il faut faire davantage, notamment pour la facture d’énergie de nos entreprises, et il faut aller bien au-delà des 12 milliards d’euros qui ont été annoncés », a déclaré M. Bertrand.
« Les Allemands font 200 milliards, et nous on fait 12 », a-t-il ajouté.

Le gouvernement a annoncé jeudi de nouvelles aides pour soutenir entreprises et collectivités avec une enveloppe totale de près de 12 milliards d’euros.
Pour Xavier Bertrand, « contrairement à ce qu’on peut imaginer, il est plus intéressant de mettre de l’argent aujourd’hui pour les aider à payer leurs factures, de façon à ce qu’elles ne mettent pas la clé sous la porte. Parce que si les entreprises concernées ferment, vous allez avoir des prestations à verser ».

« Soit le gouvernement (…) obtient de Bruxelles d’avoir une liberté pour passer des contrats entre EDF et les entreprises, ce que l’Espagne et le Portugal ont obtenu, et dans ces cas là ça ne coutera pas le même argent, ou alors il faut augmenter les aides », a-t-il dit.

Un Poutine fragilisé mais encore davantage dangereux

Un Poutine fragilisé mais encore davantage dangereux

 

Les médias rapportent des prises de position surprenante en Russie condamnant la politique de Poutine. Des prises de position encore loin d’être majoritaires tellement les médias sont cadenassées et la population sous informée. Même sur la télévision cependant des interrogations naissent à propos de la pertinence de l’opération spéciale de Poutine en Ukraine. De fait Poutine subit actuellement des reculs militaires significatifs aussi bien dans l’Est que dans le Sud. Il est cependant encore trop tôt pour en tirer des conclusions quant aux possibilités de victoire de l’Ukraine. De toute évidence, Poutine est affaiblie après ses échecs militaires mais l’individu qui ne connaît que le mensonge et la terreur pourrait recourir à des armes encore davantage destructrices notamment tactiques y compris sur les populations civiles. On craint évidemment aussi un recours au nucléaire et aux armes hypersoniques.En attendant, les avancées ukrainiennes et les prises de position anti Poutine marquent un tournant même si elles sont encore très minoritairesAinsi deux groupes de députés municipaux à Saint-Pétersbourg, puis à Moscou, ont exigé, vendredi 9 septembre, que Vladimir Poutine quitte le pouvoir, sur fond de fiasco militaire en Ukraine et d’élections locales à travers le pays. Le motif invoqué par les élus est cinglant : le président russe a, selon eux, failli.

Le conseil des députés de la municipalité de Smolninskoïe (un quartier de Saint-Pétersbourg) a envoyé une missive officielle à la Douma, la chambre basse du Parlement, réclamant la destitution du chef de l’Etat. Le texte indique que les hostilités en Ukraine « nuisent à la sécurité de la Russie et de ses citoyens », ainsi qu’à l’économie, et qu’elles ne sont pas parvenues à arrêter la progression de l’OTAN vers les frontières russes. Selon ces élus municipaux, les actions du chef du Kremlin relèvent de l’article 93 de la Constitution, selon lequel le président peut être démis de ses fonctions pour « trahison ».

À la télévision officielle, pour la première fois on s’est aussi interrogé sur l’efficacité de la politique militaire de Poutine.

Nombre de followers: Une escroquerie pour gagner davantage en publicité

Nombre de followers: Une escroquerie pour gagner davantage en publicité

Le 8 juillet 2022, l’homme d’affaires Elon Musk a annoncé mettre fin à son projet de rachat du réseau social Twitter, au prix de 54,20 dollars par action, qui valorisait l’entreprise à environ 44 milliards de dollars (43 milliards d’euros). Le 13 mai, le milliardaire avait déjà annoncé suspendre le rachat à cause de son inquiétude quant au nombre réel de faux comptes sur le réseau social, faisant plonger l’action du groupe d’environ 20 %.

« Twitter n’a pas respecté de multiples clauses de l’accord et semble avoir donné des informations fausses et trompeuses sur lesquelles Elon Musk s’est basé pour s’engager dans l’accord d’acquisition », expliquent les avocats de l’entrepreneur à la SEC (Security and Exchange Commission), le gendarme de la bourse américaine.

Le désaccord repose principalement sur l’estimation du nombre d’utilisateurs de Twitter, les fameux followers, les faux comptes sont estimés selon les parties prenantes à plus ou moins de 5 %.

Les débats juridiques concernent donc la valorisation des utilisateurs de Twitter, c’est-à-dire ce que la finance appelle des actifs incorporels, et sur la publication d’informations financières à leur sujet. Si les marques, les brevets, le nombre de clients ou encore les technologies, savoir-faire et procédés de fabrication n’ont pas de substance physique, ces actifs incorporels contribuent néanmoins significativement à la création de valeur des sociétés qui les contrôlent. Pourtant, contrairement aux actifs corporels, les entreprises ne sont généralement pas tenues de publier des informations sur leurs actifs incorporels… sauf lors d’une acquisition.

Une information financière utile

Les actifs incorporels peuvent en effet jouer un rôle majeur lorsqu’une entreprise en rachète une autre. L’acquéreur peut par exemple réaliser l’opération dans le seul but de contrôler une marque ou une technologie détenue par une autre entreprise. Lors de ces opérations, l’acquéreur est donc obligé de reconnaître et de communiquer l’ensemble des actifs incorporels de l’entreprise acquise. Or cette obligation de publication est actuellement appliquée avec une rigueur variable d’une société à l’autre, conduisant à une information qui diffère grandement en fonction des opérations.

Pourtant, comme nous le montrons dans un article de recherche récent, la publication d’information sur les actifs incorporels constitue un outil particulièrement utile aux analystes financiers. Nous avons étudié le contenu des informations publiées sur les actifs incorporels à la suite près de 500 de regroupements d’entreprises réalisées entre 2002 et 2011 aux États-Unis.

Dans l’ensemble, nos résultats indiquent que les informations fournies et les montants relatifs aux actifs incorporels récemment acquis fournissent des informations pertinentes aux analystes financiers.

L’acquisition de Skype par eBay en 2005, par exemple, est particulièrement illustrative. Si les actionnaires d’eBay avaient su que Skype ne détenait pas de nombreux brevets liés à des programmes exploités dans son activité, cela aurait été une raison suffisante pour avoir un impact négatif sur l’intérêt de l’opération. L’information n’a pas été partagée car ce type de publication n’est, dans le contexte actuel, pas obligatoire. En outre, cette acquisition s’est terminée avec la reconnaissance d’un goodwill (une survalorisation) de 2 300 millions de dollars sur un prix d’acquisition total de 2 600 millions de dollars.

De même, après son acquisition de WhatsApp, Facebook a dû compléter l’affection du prix d’acquisition, c’est-à-dire allouer le prix d’acquisition consenti aux actifs acquis, notamment incorporels. Au moment de l’acquisition, le prix payé comprenait 4 milliards en cash, 12 milliards en actions et 3 milliards en actions bloquées (restricted stocks) pour les employés de WhatsApp. La valeur de l’action Facebook ayant grimpé depuis l’annonce de l’opération, le prix d’achat s’est finalement élevé à près de 22 milliards de dollars en 2014. Les actifs incorporels expliquaient manifestement une grande partie du prix consenti pour WhatsApp.

Dans une autre étude, nous avions par ailleurs montré qu’un faible niveau de transparence favorisait à la fois les désaccords entre analystes, traduisant l’incertitude de l’information, et les désaccords entre analystes et managers, indiquant une asymétrie de l’information. On voit avec le cas d’Elon Musk et de Twitter que ces désaccords peuvent concerner d’autres parties et aboutir à des actions en justice.

Ce problème est central pour toutes les sociétés qui cherchent à justifier une acquisition auprès de leurs actionnaires ou encore à éviter de mauvaises surprises. Si la valeur d’une entreprise dépend en grande partie de ces actifs incorporels, ne devrait-on pas alors exiger davantage d’information à leur sujet ?

________

Par Anne Jeny, Professor, Accounting Department, IÉSEG School of Management.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Mobilité urbaine: davantage de place pour les piétons et les vélos

 

 

Mobilité urbaine: davantage de place pour les piétons et les vélos

 

Les déplacements à pied ou à vélo ont chacun des spécificités en matière de vitesse comme de trajectoire, ce qui rend délicate leur cohabitation, relève Camille Gaumont, experte en mobilités actives. Dans une tribune au « Monde », elle appelle à élargir l’espace urbain attribué à ces usagers.

 

Les tensions entre cyclistes et piétons auraient-elles remplacé, dans les débats, les conflits entre cyclistes et automobilistes ? L’essor de l’usage du vélo en ville et le développement de politiques publiques en faveur de la marche font ressurgir les enjeux de cohabitation entre ces deux types de déplacements.

Selon le rapport du baromètre des villes cyclables de 2021, 43 % des cyclistes estiment que les conflits avec les piétons sont fréquents (baromètre réalisé par la Fédération des usagers de la bicyclette). Du côté des piétons, la cohabitation avec les cyclistes ou utilisateurs de trottinettes est également citée comme une préoccupation dans le cadre du baromètre des villes marchables de 2021 (baromètre réalisé par le collectif Place aux piétons). Pourtant, si ces conflits doivent être pris en compte par les pouvoirs publics, il ne s’agit pas de remettre en cause la légitimité de politiques ambitieuses en faveur du vélo et de la marche.

Pour prendre du recul sur les conflits entre piétons et cyclistes, un premier constat s’impose : les accidents mortels entre ces usagers restent très rares. Selon le rapport de l’observatoire faisant le bilan de la sécurité routière en 2021, en agglomération trois piétons sont morts dans un accident avec une cycliste, deux à la suite d’une collision avec un usager d’engin de déplacement personnel motorisé, tandis que les véhicules motorisés personnels, utilitaires ainsi que les poids lourds sont impliqués dans le décès de 264 piétons.

Cependant, l’analyse des accidents mortels ne suffit pas pour appréhender la complexité des situations qui peuvent générer des tensions entre les usagers. Une étude de 2020 sur un campus universitaire à Vancouver où cyclistes et piétons partagent l’espace public montre que, si les accidents avec blessures entre ces usagers sont rares et font l’objet de peu de signalements, les tensions sont fréquentes et ont un impact sur l’expérience de mobilité (Filippos Gkekas, Alexander Bigazzi & Gurdiljot Gill, « Perceived safety and experienced incidents between pedestrians ans cyclists in a high volume non-motorized shared space », Transportation Research Interdisciplinary Perspectives, 2020, volume 4). Il est donc nécessaire de s’intéresser aux enjeux de perception de la sécurité par les usagers, et non seulement aux accidents recensés pour appréhender les particularités des conflits entre piétons et cyclistes.

Ces deux types d’usagers ont progressivement été regroupés dans des catégories communes : « modes non motorisés », « modes doux » et, aujourd’hui, « modes actifs ». Or, les déplacements à pied ou à vélo ont chacun des spécificités en matière de vitesse comme de trajectoire, rendant délicate la cohabitation sur des espaces partagés comme les rues piétonnes, les abords des gares ou des itinéraires de loisirs.

Transition énergétique : Recourir davantage à l’innovation

 Transition énergétique : Recourir davantage à l’innovation

La transition énergétique pour réduire notre dépendance aux hydrocarbures est devenue un enjeu majeur, notamment en Europe. Plusieurs pistes existent mais certaines, notamment celles qui font appel à l’innovation et à l’intelligence artificielle, mériteraient d’être plus amplement développées. Par José Iván García, PDG de Substrate AI, et Christopher Dembik, économiste et membre du conseil d’administration de Substrate AI. (dans la Tribune)

 

Au cours des dernières années, l’Union européenne a activement financé les sources d’énergie renouvelables intermittentes dans le cadre de la transition vers une économie faiblement carbonée. Jusqu’à présent, c’est un échec. L’objectif initial d’être moins dépendant des énergies fossiles n’est pas atteint. Dans les faits, notre dépendance s’est accrue. Les importations de gaz naturel ont augmenté (pour la première fois de notre histoire, nous importons plus de gaz naturel des Etats-Unis que de Russie, du fait de la guerre en Ukraine). Les centrales à charbon rouvrent par crainte des pénuries (celle de de Saint-Avold en Moselle, par exemple). Nous sommes loin d’être en mesure de réduire les émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030 par rapport aux niveaux de 1990 comme nous nous y étions engagés en 2021. Le gaz naturel est le principal vainqueur de la transition énergétique en Europe. C’est la triste réalité. Mais les choses peuvent changer en comptant sur les derniers développements technologiques.

Comment réussir à développer une économie faiblement carbonée ? Il y a deux leviers principaux : soit agir sur la demande, soit agir sur l’offre. Agir sur la demande implique de mieux voire de moins consommer. C’est le sens de l’appel formulé par les dirigeants d’EDF, d’Engie et de TotalEnergies il y a un peu plus d’une semaine. Concrètement, cela s’appelle la décroissance. Beaucoup d’Européens sont prêts à changer leur mode de consommation. Mais pas tous. Peu sont prêts à ce que le changement soit radical. Dans tous les cas, mieux voire moins consommer est un processus qui prendra du temps et qui est certainement en partie un changement générationnel. Pour des raisons évidentes, les jeunes générations (génération X de 1980 à 2000 et génération Z à partir de 2000) sont plus sensibilisées à la question climatique que la génération du baby-boom.

Agir sur l’offre est un levier plus pertinent et efficace à court-terme, selon nous. Cela implique d’investir davantage dans les infrastructures énergétiques (y compris dans les infrastructures de raffinage qui sont essentielles dans le processus de transition) et dans les nouvelles technologies afin d’améliorer l’efficacité énergétique et d’obtenir des gains de productivité. Le champ des possibles en la matière est infini. Les énergies renouvelables non-pilotages (solaire et éolien) ont une utilité actuellement faible dans le mix énergétique car elles ne peuvent pas fournir une source d’énergie constante. Mais la technologie peut aider. De grands projets industriels cherchent aujourd’hui à résoudre le problème de l’intermittence liée à l’énergie éolienne, par exemple. Au lieu d’augmenter le nombre de parcs éoliens offshore connectés individuellement aux réseaux nationaux (ce qui accroît les coûts et réduit l’efficacité systémique), l’opérateur d’électricité néerlandais TenneT promeut l’idée d’îles artificielles en mer du Nord servant de hubs pour distribuer l’électricité de manière optimisée aux pays voisins. Il s’agit d’un projet pilote. Il faudra des années pour le déployer. Mais s’il réussit, il pourrait accélérer l’adoption en masse de l’énergie éolienne.

Les nouvelles technologies sont également prometteuses pour favoriser l’émergence d’une économie décarbonée. La start-up danoise Copenhagen Atomics construit actuellement un premier réacteur de thorium à sels fondus et à eau lourde. Une fois qu’il sera opérationnel, il sera en mesure de détruire les déchets nucléaires et d’être fabriqué en masse. Le thorium est à l’origine d’une révolution dans le domaine de l’énergie nucléaire. Ce métal, découvert en 1829, est légèrement radioactif, énergétiquement dense (1kg de thorium équivaut à 3,5 millions de kilos de charbon), quatre fois plus abondants que l’uranium et surtout il produit moins de déchets que ce dernier (83 % des volumes des déchets sont neutralisé en dix ans). La Chine projette d’avoir ses premières centrales au thorium opérationnelles en 2030. Grâce à Copenhague Atomics, l’Europe pourrait rattraper son retard.

Les récentes innovations technologiques permettent aussi d’espérer pouvoir tirer parti des forces de l’océan. La start-up française Sweet Energy a développé une technologie adaptée pour l’énergie osmotique – c’est l’énergie produite lorsqu’un flux d’eau douce rencontre un flux d’eau salée. La production générée chaque année au niveau mondial est en mesure, en théorie, de couvrir les besoins en consommation de la planète entière sur un an. C’est énorme. Cela fait à peu près 75 ans qu’on a identifié le potentiel de l’énergie osmotique. Jusqu’à présent, les technologies mises au point fonctionnaient mais elles restaient très chères. Ce sont des technologies de membranes (concrètement, on fait circuler des flux d’eau douce et d’eau salée pour qu’il y ait un échange ionique qui se crée dans la membrane). Le coût de fabrication des membranes était trop important, faisant que la production d’énergie n’était pas abordable. La recherche française a récemment réussi à produire des membres qui sont environ dix fois moins chères et dix fois plus performantes.

De toutes les technologies évoquées, l’intelligence artificielle est certainement celle qui est la plus prometteuse à court terme afin de résoudre les problèmes d’intermittence propres à l’éolien et au solaire. Substrate AI travaille avec Canadian Solar, l’une des plus grandes sociétés productrices d’énergie solaire et de stockage d’énergie mondial, sur deux projets pilotes dont l’un devrait entrer en phase commercialisable cette année. Le premier projet concerne la maintenance prédictive – l’un des casse-têtes récurrents du secteur de l’énergie. Les onduleurs (qui servent à convertir l’énergie produite vers le réseau électrique) sont les éléments qui provoquent le plus de problèmes pour la production d’énergie solaire. Quatre facteurs principaux peuvent provoquer des pannes : une utilisation excessive, une surtension et une sous-tension, des vibrations ultrasonores (qui peuvent provoquer des frottements et endommager les onduleurs) et l’usure des condensateurs (ils ont une durée de vie limitée et vieillissent plus rapidement que les autres composants, provoquant ainsi une panne de l’onduleur). Lorsque cela se produit, la production d’énergie solaire peut chuter de plus de 20 % en moyenne. Grâce à l’intelligence artificielle (ici, on parle bien de machine learning qui soit en mesure d’apprendre et de s’adapter aux évènements), il est possible de détecter en amont les anomalies et de prévoir les pannes avant qu’elles ne se produisent au niveau des onduleurs, évitant ainsi la diminution de production qui en résulterait. A la clef, des gains d’efficacité opérationnelle et des économies de coût importantes.

Prévoir l’évolution de la production d’énergie solaire grâce à l’intelligence artificielle est le second angle de recherche. Aujourd’hui, dans la plupart des pays, des négociants achètent pour revendre (ou inversement) l’énergie solaire avant que celle-ci ne soit livrée aux clients finaux via le réseau. Cela assure la liquidité du système (ce qui est essentiel puisque nous ne sommes pas en mesure de prévoir l’évolution de la production !). Mais cela accroît le coût final. L’objectif est de désintermédier le marché en permettant aux opérateurs énergétiques de vendre directement l’énergie, à un bon prix (à la fois pour le producteur et le consommateur). Selon des estimations préliminaires, cela pourrait permettre d’augmenter la rentabilité des centrales photovoltaïques de 40 % en moyenne. C’est énorme. Mais pour y parvenir, les opérateurs ont besoin de mieux comprendre le fonctionnement de leurs usines et de prévoir de manière plus fiable l’évolution de la production. L’intelligence artificielle est un outil indispensable pour y parvenir.

Beaucoup reste à faire, à la fois au niveau de la recherche et de l’accès aux financements pour verdir notre économie. Cela implique de mieux canaliser les fonds publics et privés vers les projets disruptifs. Il y a encore peu de soutien en France et en Europe pour la recherche dans le thorium. Il y a beaucoup de capitaux qui vont vers des projets dans l’intelligence artificielle. En témoigne la levée de fonds de 5 millions d’euros de la start-up française EasyPicky fin juin (application de reconnaissance instantanée à base d’intelligence artificielle, destinée aux acteurs du commerce de détail). Mais parmi tous ces projets, peu sont consacrés au thème crucial de la transition énergétique et de l’intermittence. La transition énergétique telle qu’elle est menée en Europe est inflationniste. Il n’y a pas de débat à ce propos. Mais si on parvient à combiner les avancées dans l’intelligence artificielle aux projets industriels existants dans la transition énergétique, nous serons en mesure de baisser les coûts durablement. Historiquement, les choix de politiques publiques dans l’énergie ont abouti à une baisse de l’inflation. Pas cette fois-ci car nous avons fait primer l’idéologie (le tout-renouvelable) sur la rationalité économique en négligeant l’importance des évolutions technologiques. Il est encore temps

Tourisme : pour davantage de coordination et un pilotage partagé

Tourisme : pour davantage de coordination et un pilotage partagé

L’attractivité d’un territoire dépend de toute une mosaïque d’acteurs privés qu’il leur est bien difficile de coordonner. Par Marie-Laure Baron, Université Le Havre Normandie; Samuel Grandval, Université Le Havre Normandie et Xiao Liu, Université Le Havre Normandie

 

 

Le tourisme a particulièrement souffert de la pandémie. En France, 38 % des acteurs du secteur ont dû contracter un prêt garanti par l’État, et le pays s’en sort pourtant mieux que ses voisins.

La saison estivale 2022 s’annonce cependant bonne, avec une météo clémente et des consommateurs qui ont pu mettre une épargne de côté durant la pandémie. De quoi pousser les pouvoirs publics à miser sur le secteur pour développer un territoire ? Ceux-ci souhaitent souvent occuper une place centrale dans l’organisation et l’animation du tourisme local.

Reste que les impulsions qu’ils proposent ne sont cependant pas toujours reprises par le tissu des entreprises du secteur, souvent de petites tailles. Or, les zones touristiques constituent des territoires identifiés par les voyageurs comme une offre globale. Ils ne choisiront bien souvent pas de se rendre à un endroit pour une ou deux particularités mais pour tout un ensemble de lieux et de services.

Notre recherche montre en fait, que les pouvoirs publics ne peuvent que difficilement piloter l’ensemble du système. Leur action, paradoxalement, ne peut fonctionner que sur des segments particuliers.

La valeur d’un site dépend, du point de vue du visiteur, de deux facteurs. Deux facteurs qui reposent eux-mêmes sur deux types d’acteurs différents.

Il y a d’une part ce que l’on nomme le « paysage ». Ce sont les sites en eux-mêmes, les plages, musées, ou monuments. Le touriste vient à Richelieu (Indre) pour ses fortifications, à Honfleur (Calvados) pour son grenier à sel, son église Sainte-Catherine dont la particularité est d’être construite en bois ou son port, et au Havre (Seine-Maritime), pour la plage, son architecture Perret ou son musée d’art moderne. Promouvoir, entretenir et mettre en valeur ce paysage est le rôle des collectivités territoriales.

D’autre part se trouve l’ensemble de services complémentaires entre eux qui composent le séjour du client : l’hébergement, les lieux de restauration ou de loisirs sportifs par exemple. Leur production échoit, elle, à une mosaïque de petites entreprises.

En ce qui les concerne, nos recherches montrent que la propension à dépenser des touristes dépend en fait de deux éléments. Ils s’avèrent, d’une part, sensibles à la diversité des offres individuelles des entreprises : plus les activités sont variées, plus l’offre est large et le site attractif. Autrement dit, une interaction semble nécessaire entre les différents éléments de l’offre pour un bon fonctionnement de l’ensemble. D’autre part, nous soulignons l’importance de l’originalité des offres individuelles. Elles permettent de distinguer la destination touristique parmi ses concurrentes.

Ce peuvent être, par exemple, les galeries d’art réputées pour la destination touristique honfleuraise, dont le « paysage » est pourtant d’abord maritime. Se pose alors la question de la possibilité d’améliorer l’attractivité du territoire sans pour autant noyer le trait distinctif de la destination. Pari réussi à Honfleur, qui renvoie aussi l’image de « creuset des impressionnistes ».

Puisqu’une coordination de l’ensemble semble ainsi nécessaire, faut-il s’en remettre aux pouvoirs publics ? Certains experts évoquent la nécessité d’une gouvernance partagée entre les acteurs. Il ne semble cependant pas exister de cas de stratégies collectives réussies.

Prenons le cas de Venise. La ressource touristique y est abondante et la tendance que l’on y observe paraît être à la maximisation des intérêts individuels au détriment du collectif. C’est en fait une conséquence d’une densité de touristes élevée : le besoin de coordination est plus faible car il n’y a pas nécessité de développer davantage l’attractivité de l’endroit.

C’est donc la densité de la ressource touristique qui va déterminer la légitimité de l’action publique. Elle ne sera reconnue, d’après nos résultats, que si la densité des touristes est faible. C’est pour cette raison que, souvent, les entreprises n’expriment pas de volonté d’intervention des pouvoirs publics.

L’action publique (par exemple au travers d’un office du tourisme) ne peut donc porter que sur la mise en valeur et la promotion des sites touristiques et de l’offre globale de la destination touristique. C’est d’ailleurs là une attente des acteurs du secteur. Il s’agit d’attirer les touristes et moins de coordonner l’écosystème.

Les pouvoirs publics ne joueront ce second rôle qu’indirectement puisque les entrepreneurs individuels s’adaptent à l’évolution des profils des touristes drainés. Éventuellement peuvent-ils utiliser les plans d’urbanisme comme à Barcelone, réglementer les locations saisonnières comme à Honfleur ou encore favoriser l’implantation d’activités dont la densité est faible afin de rééquilibrer l’écosystème. À eux de trouver une niche la plus adaptée pour agir.

________

Par Marie-Laure Baron, Maître de conférences en sciences de gestion, Université Le Havre Normandie ; Samuel Grandval, Maître de conférences HDR en sciences de gestion, Université Le Havre Normandie et Xiao Liu, Docteur, Université Le Havre Normandie.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Intégrer davantage la problématique environnementale dans la formation

Intégrer davantage la problématique environnementale dans la formation

 

Nos formations sont « figées dans le monde d’avant », déplore, dans une tribune au « Monde », la politiste et maîtresse de conférences, pour qui la convention étudiante lancée par l’université Paris-Est-Créteil en 2021 est cruciale pour permettre aux jeunes de construire une société « moins destructrice ».

 

La vidéo de l’appel à la désertion lancé le 30 avril par un groupe de jeunes étudiantes et étudiants de l’école AgroParisTech a été abondamment partagée et commentée. Ce qui est nouveau, ce n’est pas que la permaculture, l’agroforesterie, et des modes de vie plus respectueux de la biodiversité attirent davantage une partie des agronomes que des emplois copieusement rémunérés chez Bayer, Monsanto et consorts, mais que ce choix échauffe autant les réseaux sociaux. On peut interpréter cela comme une nouvelle preuve de l’exaspération et de la détermination d’une partie des jeunes concernant l’urgence écologique, s’il en fallait une.

Ce qui marque dans ce discours, rejoint par des normaliens et polytechniciens, c’est la dénonciation sans équivoque de l’inacceptabilité de formations universitaires « qui poussent globalement à participer aux ravages sociaux et écologiques en cours ».

Nos formations sont restées figées dans le monde d’avant, cet avant où l’on délocalisait la responsabilité du changement climatique en Chine, en Inde et au Brésil, où l’on présentait un recrutement dans une entreprise du CAC 40 comme le meilleur avenir possible tout en conseillant aux étudiants de couper l’eau pendant le brossage de dents.

Les élèves des grandes écoles sont dans de meilleures conditions socio-économiques pour crier leur révolte et leur désir de bifurcation sur les toits, et pour se faire entendre, que les étudiants d’universités exsangues, contraints de multiplier stages et diplômes, et bien conscients de la difficulté à accéder à des emplois rémunérateurs et épanouissants. Lorsqu’on les forme, qu’on leur donne des espaces de parole et qu’on prend la peine de les écouter, on peut néanmoins entendre ces jeunes exprimer leur anxiété et leur désarroi face à l’ampleur du désastre. Face, aussi, à l’impact modeste de toute action individuelle si les décideurs économiques et politiques se cantonnent aux beaux discours, prononcés pendant les conférences internationales sur le climat ou les campagnes électorales, sans jamais passer réellement à l’action.

L’éco-anxiété se révèle d’autant plus grande que leur vie étudiante est en décalage complet avec l’urgence écologique, encore rappelée par le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Puisqu’on traîne des pieds à l’échelle nationale et internationale, il est de notre responsabilité, à l’université, de nous engager immédiatement dans une refonte radicale de nos pratiques, tant sur le plan de leur soutenabilité environnementale que de nos enseignements disciplinaires et transversaux, nos méthodes et objectifs de recherche. Nous devons engager l’ensemble de la communauté universitaire, les étudiants en tête, dans cette (r)évolution, et avoir l’ambition d’entraîner les territoires, les entreprises et les organisations environnant nos campus.

Education : Améliorer sans dépenser forcément davantage

Education : Améliorer sans dépenser forcément davantage

 

Après avoir montré que l’enseignement français pèse 0,8 point de PIB de plus qu’en Allemagne, les deux économistes Pierre-André Buigues et Denis Lacoste exposent, dans une tribune au « Monde », quatre mesures qui amélioreraient l’éducation, sans augmentation des coûts.

 

 

Les candidats à l’élection présidentielle française de 2022 ont tous présenté des mesures en faveur de l’éducation : augmentation des heures d’enseignement, du nombre d’enseignants, des salaires, dédoublement des classes de primaire, mécanismes publics de soutien scolaire. Ces mesures conduiraient à une augmentation du budget de l’éducation nationale. Compte tenu des enjeux, il est important de comparer notre système avec celui des autres pays développés afin d’évaluer la pertinence de ces dépenses.Nous regarderons successivement quatre critères : le poids des dépenses publiques consacrées à l’enseignement, le taux d’encadrement, la rémunération des enseignants, et le niveau des performances de l’enseignement. En premier lieu, la France est un des pays développés où le poids des dépenses publiques d’enseignement dans le PIB est le plus élevé : 4,5 %, contre 4,1 % en moyenne dans l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).

 

L’Allemagne ne consacre que 3,6 % de sa richesse nationale aux dépenses publiques d’éducation. Pourtant, en second lieu, le taux d’encadrement (nombre d’élèves par enseignant) est relativement plus élevé en France. En 2018, un enseignant français du primaire encadrait 19,2 élèves, le taux le plus élevé de l’Union européenne (moyenne de 13,6). L’écart est plus faible dans le secondaire (13,3, contre 12 dans l’UE) et dans le supérieur (16,2, contre 15,3), mais reste toujours plus élevé en France.

L’Allemagne, dont le système éducatif est moins coûteux, a un taux d’encadrement bien meilleur : 15,3 dans le primaire et 12 dans le supérieur. Ce constat a amené le gouvernement français à dédoubler les classes de CP et de CE1 dans les zones d’enseignement prioritaire. En troisième lieu, les enseignants français bénéficient de salaires relativement faibles. En début de carrière, les enseignants de nos lycées touchent annuellement 27 700 euros.

Au 10e rang des 18 pays de l’UE retenus par Eurostat, ils touchent moins que les Suédois (37 900 €), les Danois (50 300 €) ou les Allemands, qui gagnent deux fois plus (58 500 €). A la fin de leur carrière, les enseignants français se situent au 9e rang et les Allemands sont toujours les mieux payés (82 000 €).

 

 

Enfin, les élèves français du primaire ont des niveaux de compréhension de l’écrit plus faibles que la moyenne de l’OCDE (étude PIRLS). Le score global est de 511 pour la France, 540 pour l’UE et 541 pour l’OCDE. Le constat est le même dans le domaine scientifique (enquête Trends in International Mathematics and Science Study/TIMSS).

Réseaux sociaux : des internautes davantage politisés ?

Réseaux sociaux : des internautes davantage politisés ?

Un article intéressant mais qui ne prouve nullement que les internautes qui s’expriment sur les réseaux sociaux sont davantage politisés -au sens militant- que les autres.

 

On note un surinvestissement sur les réseaux sociaux de citoyens s’exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble. Par Marie Neihouser, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées; Felix-Christopher von Nostitz, Institut catholique de Lille (ICL); François Briatte, Institut catholique de Lille (ICL); Giulia Sandri, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Université de Lille.

 

 

Les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux ont été particulièrement scrutés lors de la campagne d’avant premier tour. De nouvelles plates-formes, telles que TikTok ou Twitch, ont été fortement investies afin de toucher les plus jeunes, et certains candidats semblent y avoir été plus performants que d’autres – notamment Jean-Luc Mélenchon et Éric Zemmour. À cet égard, des études montrent que l’activisme sur Internet se structure souvent sur des bases idéologiques et est plus élevé aux extrêmes de l’échiquier politique. D’où une question : les citoyens actifs sur Internet sont-ils politiquement plus radicaux que l’ensemble des électeurs ?

Les citoyens actifs sur Internet sont-ils plus radicaux ?

En France, les usages électoraux d’Internet et des réseaux sociaux se sont développés depuis la présidentielle de 2012. Ils restent cependant relativement minoritaires.

 

Les commentaires à la suite de messages de candidats restent relativement peu nombreux tant sur Twitter que sur Facebook. Ainsi, si Jean-Luc Mélenchon récolte respectivement 23 491 et 126 465 commentaires, ce qui en fait le candidat le plus commenté, ces chiffres restent relativement modestes si on les rapporte au nombre d’inscrits sur les listes électorales, ou même au nombre de personnes inscrites sur les réseaux sociaux en France (40 millions d’utilisateurs mensuels de Facebook, 8 sur Twitter, 22 sur Instagram, 50 sur YouTube).

Surtout, certains candidats ne récoltent que quelques centaines de commentaires – ou même moins. Même si l’on regarde le nombre de likes, pratique moins coûteuse pour les internautes que le commentaire, les réactions aux messages des candidats restent relativement rares, a fortiori lorsqu’on les compare à leurs nombres d’abonnés. Pour ne prendre que quelques exemples, les likes recueillis par Emmanuel Macron sur Twitter durant la première semaine de janvier ne représentent que 2,6 % de ses abonnés, ceux reçus par Jean-Luc Mélenchon 4,4 %, ceux reçus par Marine Le Pen 1,8 %, et ceux reçus par Anne Hidalgo 0,8 %.

Reste que certains candidats suscitent plus de réactions que d’autres, et qu’à l’exception du cas particulier du président sortant, les candidats recueillant le plus d’interactions (likes et commentaires) sont les candidats d’extrême droite (Marine Le Pen, Eric Zemmour, Nicolas Dupont-Aignan) et Jean-Luc Mélenchon, ce qui tend à accréditer l’idée que les citoyens mobilisés sur Internet exprimeraient des choix électoraux plus radicaux et plus polarisés que la population électorale générale.

On sait que les citoyens politiquement actifs sur Internet présentent différentes caractéristiques : ils sont plus intéressés par la politique, plus diplômés, et plus jeunes que la moyenne. Hormis en termes d’âge, ils ressemblent en réalité beaucoup aux citoyens actifs « hors ligne ». Ces pratiques politiques s’imbriquent d’ailleurs fortement : en 2012, par exemple, les électeurs ayant participé à un meeting étaient aussi parmi les plus actifs sur Internet.

Mais l’on sait aussi – et surtout – que, après avoir contrôlé par le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la situation professionnelle et l’intérêt pour la politique, les individus politiquement actifs sur Internet en 2012, ceux qui ont consulté le site ou la page Facebook d’un candidat lors des élections régionales de 2015, ou encore ceux qui ont suivi un candidat sur Internet lors de la campagne présidentielle de 2017, sont soit sensiblement plus à gauche, soit, pour une part plus faible, plus à droite, que le reste des citoyens. C’est en particulier le cas lorsque l’intensité de l’activisme sur Internet est plus faible, comme lors des régionales de 2015.

Si Facebook semble autant mobilisé à l’extrême droite que par les individus se déclarant très à gauche, on note cependant des différences concernant tous les autres réseaux sociaux, qui sont bien plus utilisés à l’extrême droite.

L’écart est très important sur Twitter : seuls 2,5 % des individus se déclarant très à gauche affirment avoir consulté, partagé, « liké » ou commenté du contenu sur cette plate-forme dans les sept jours précédant l’enquête. Ce chiffre est quatre fois plus élevé chez ceux qui se positionnent très à droite (12 %), soulignant possiblement en miroir l’activisme intense des soutiens d’Éric Zemmour sur cette plate-forme.

Notons, enfin, que la sociologie des organisations partisanes offre une piste d’explication complémentaire à celle esquissée ci-dessus : contrairement aux partis structurés en courants ou tendances, les partis d’extrême droite, plus centralisés et constitués autour d’un leader charismatique, ont peut-être moins de difficulté à concevoir un discours unitaire et à le faire diffuser sur Internet par leurs bases militantes.

Sur la base de ces résultats, et bien qu’il faille relativiser l’influence des réseaux sociaux sur le résultat final d’une élection, on peut s’attendre à ce que les électeurs soutiens d’Emmanuel Macron se mobilisent moins fortement sur Internet que les électeurs d’extrême droite – alors même qu’il est le président sortant et que sa stratégie numérique tiendra compte de ce paramètre. De même, lors des élections législatives, on peut s’attendre à nouveau à un sur-investissement des réseaux sociaux par les citoyens exprimant des préférences politiques plus polarisées que l’électorat dans son ensemble.

________

Par Marie Neihouser, Chercheuse en science politique, Université Fédérale Toulouse Midi-Pyrénées ; Felix-Christopher von Nostitz, Research and Teaching Assistant in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL) ; François Briatte, Assistant Lecturer in Political Science, Institut catholique de Lille (ICL) ; Giulia Sandri, Professeur en science politique, ESPOL, Université Catholique de Lille, Institut catholique de Lille (ICL) et Tristan Haute, Maître de conférences, Université de Lille.

Cet article a été co-publié dans le cadre du partenariat avec Poliverse qui propose des éclairages sur le fonctionnement et le déroulement de la présidentielle.

Marie Neihouser, Felix-Christopher von Nostitz, François Briatte, Giulia Sandri et Tristan Haute

Activer d’avantage le Fonds de relance européen

Activer d’avantage le Fonds de relance européen

 

Il est clair que la situation de conflit en Ukraine, ajoutée à la montée inquiétante de l’inflation va peser de manière très négative sur la croissance pour le reste de l’année. Une croissance qui pourrait bien être proche de zéro dans l’union européenne. Conscients de la situation et particulièrement touchs par l’inflation, les dirigeants allemands seraient prêts à activer davantage le fond de relance européen. 

Ce fonds de relance avait été adopté pour faire face à la crise du Covid-19. 

Le ministre allemand des Finances s’est dit ouvert à une adaptation, à la lumière de la guerre en Ukraine, des priorités du plan de relance européen adopté par l’Union européenne pour face à la crise du covid-19. «Je suis ouvert à une nouvelle priorisation des fonds disponibles» au sein du plan de relance dans un contexte qui «a changé», déclare Christian Lindner dans une interview à paraître dimanche dans le journal Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.

Le ministre rejette a contrario l’idée d’un d’une nouvelle mutualisation des fonds européens pour faire face aux contrecoups économiques de la guerre en Ukraine, mais aussi aux dépenses de défense que la plupart des pays veulent augmenter.

Dans le sillage de la pandémie, les 27 chefs d’État et de gouvernement européens ont adopté en 2020 le plus vaste train de mesures de relance jamais décidé dans l’Union européenne, doté d’un montant total d’environ 800 milliards d’euros pour la reconstruction de l’Europe de l’après-Covid. Ce plan doit être financé grâce à des emprunts mutualisés entre pays européens, une première.

 

Le grand flou de la politique énergétique de Macron

Le grand flou de la politique énergétique de Macron 

 

Le sénateur (LR) Cédric Perrin  dénonce, dans une tribune au « Monde », la trop grande docilité dont fait preuve le président de la République envers la Commission européenne sur les questions énergétiques.

 

Tribune.

 

 Emmanuel Macron sera jeudi 10 février à Belfort, devant les salariés de General Electric, pour annoncer sans doute la réintégration de la fabrication des turbines Arabelle au sein d’EDF, sur fond de relance du nucléaire.

Ce que le président voit comme une étape de son triomphe jupitérien est plutôt un nouveau pas douloureux vers Canossa, tant sa politique énergétique a été marquée par l’inconstance et les renoncements, sur fond de docilité vis-à-vis de la Commission européenne.

Comme le criminel qui revient sur les lieux de son forfait, Emmanuel Macron sera ainsi, cyniquement, à Belfort face à ce qui était naguère la branche énergie d’Alstom, dont ce même Emmanuel Macron a organisé la vente à General Electric en 2014, alors qu’il était à Bercy.

La braderie de ce qui était un fleuron industriel français à un acteur étranger, qui n’aura au final jamais tenu ses promesses, était dès lors consubstantielle de la volonté de celui qui serait quelques années plus tard élu à la présidence de la République : du passé, semble croire le président, faisons table rase pour précipiter l’avènement de la « start-up nation ». Dans ce contexte, il est évident que les vieilles gloires industrielles, si stratégiques soient-elles, devaient être sacrifiées sur l’autel de l’innovation permanente.

Mais en matière de politique énergétique, il n’en va pas comme dans les services numériques : le temps est un facteur incompressible. L’inertie technologique et économique de la construction des ouvrages infiniment complexes que sont les réseaux électriques ou gaziers, ainsi que les centrales nucléaires, dépasse de loin les quelques mois voire les quelques années. L’horizon d’une telle politique se compte en décennies. Les choix d’aujourd’hui continueront à avoir un écho dans vingt-cinq ans. En matière d’énergie, la constance et la vision sont des éléments essentiels.

Planifier, investir, gérer, contrôler sont ainsi les valeurs cardinales qui ont permis à la France de lancer le programme nucléaire le plus ambitieux du monde dans les années 1970, celui-là même qui permet qu’aujourd’hui la France soit l’un des pays les plus vertueux du monde du point de vue de l’environnement, eu égard à son niveau de développement, avec une électricité parmi les moins chères d’Europe.

Les succès, ces dernières années, des politiques énergétiques des grands Etats du monde, chacune avec ses déterminants propres, reposent sur les quatre piliers précités : Etats-Unis, Russie, Chine, voire Royaume-Uni ont ainsi su les appliquer, au contraire de l’Allemagne qui est pourtant le modèle d’Emmanuel Macron.

 

12345...7



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol