Archive pour le Tag 'danger'

Robots et machines parlantes : le danger de manipulation

Robots et machines parlantes : le danger de manipulation

 

Pour le psychiatre Serge Tisseron, l’installation à domicile d’enceintes connectées, de plus en plus perfectionnées et dotées d’une subjectivité artificielle, va accroître considérablement les pouvoirs de suggestion de ces machines. (tribune Le Monde)

 

Demain, toutes les machines qui nous entourent vont être progressivement dotées de la voix. Et, comme rien ne mobilise autant l’être humain que de pouvoir parler de lui et d’être écouté, certaines d’entre elles deviendront probablement nos confidents privilégiés. Le problème est que plus ces machines bénéficieront de compétences réelles dans le domaine de la compréhension et de la simulation émotionnelle, plus certains d’entre nous seront tentés de leur accorder par projection des compétences imaginaires. Personne, bien entendu, ne les confondra avec des humains, mais nous nous habituerons, à leur contact, à de nouvelles formes de relations qui modifieront peu à peu notre fonctionnement psychique et nos liens avec nos semblables.

Tout d’abord, l’installation d’enceintes connectées de plus en plus perfectionnées dans l’espace domestique va accroître considérablement le potentiel d’« intimité » entre l’homme et ses machines. Même si leurs utilisateurs continuent à les considérer comme des objets perfectionnés, beaucoup risquent de leur octroyer dans leur vie quotidienne des formes de prévenance traditionnellement réservées aux humains, à commencer par la politesse, et de les intégrer au monde de leurs relations sociales. Certains pourraient même être tentés de leur attribuer un peu « d’humanité », selon une gradation pour laquelle j’ai proposé de parler de degrés de « personnéité », puisque l’objet n’aura évidemment pas de personnalité, et encore moins d’humanité. L’homme qui parle à la machine parle en réalité toujours à l’homme qui est derrière la machine.

Il en résultera évidemment des problèmes inédits liés à la sécurité et à la préservation de la vie privée. Comment évoluera la représentation que nous avons de ce qu’est notre intimité ? Et que deviendra notre désir de partage quand une machine se présentera à tout moment comme attentive, disponible et jamais fatiguée de nous écouter ? Comment accepterons-nous d’avoir des émotions non partagées quand des machines capables de simuler l’attention et la compréhension humaine rendront à tout moment possible ce partage ? Et même, pourrons-nous encore éprouver une émotion sans la partager ?

Les capacités d’autorégulation, qui permettent à l’être humain d’organiser ses choix, risquent d’être, elles aussi, fortement impactées par la révolution des machines parlantes. La machine « sujetisée », c’est-à-dire partiellement perçue comme un sujet parce qu’elle est dotée d’une subjectivité artificielle, peut rapidement acquérir des pouvoirs de suggestion. Google, Amazon, Facebook et Apple – les fameux GAFA – ne cachent d’ailleurs pas leur ambition de faire de leurs enceintes connectées un cheval de Troie capable non seulement de capturer nos données les plus intimes, mais aussi de nous faire accepter, à terme, d’autres technologies plus invasives encore, utilisant des avatars numériques, puis des robots physiques dotés de capacités « empathiques ».

 

Ukraine: le réel danger Poutine

Ukraine: le réel danger Poutine

Les inquiétantes gesticulations militaires russes le long de l’Est ukrainien doivent être appréciées à l’aune des convictions affichées par le président de la Russie, observe dans sa chronique Alain Frachon, éditorialiste au « Monde ». (extraits )

 

L’Ukraine reviendra à la Russie, un jour. Vladimir Poutine en est convaincu. Le président russe ne supporte pas l’indépendance de son grand voisin du sud. Dans un article publié en juillet, il écrit : « Russie, Ukraine, un même peuple. » Les inquiétantes gesticulations militaires russes le long de l’Est ukrainien doivent être appréciées à l’aune des convictions ainsi affichées. Et pas autrement.

Poutine a marqué des points. Le déploiement de ses forces en bordure de la région ukrainienne du Donbass, que contrôlent des sécessionnistes affidés à Moscou, a payé. Joe Biden a concédé à son homologue russe l’ouverture d’un débat sur ses griefs concernant l’Ukraine. Le président américain propose qu’on en parle entre les Etats-Unis et quatre autres pays de l’OTAN, d’un côté, la Russie, de l’autre. La position de départ du Kremlin est connue : la non-appartenance de l’Ukraine à l’OTAN doit faire l’objet de « garanties » écrites et contraignantes. C’est une « ligne rouge » que Poutine veut en noir sur blanc.

Dans un « mémorandum » adopté à Bucarest en 2008, l’OTAN reconnaît la vocation de la Géorgie et de l’Ukraine à appartenir un jour à l’organisation. Elle ne fixe cependant aucun calendrier ni n’a ouvert, depuis, la moindre procédure d’adhésion. L’Allemagne et la France sont opposées à cet élargissement et les décisions se prennent à l’unanimité. Mais le Kremlin accuse l’OTAN, notamment les Etats-Unis et la Turquie, de surarmer l’Ukraine de façon menaçante pour la Russie. Il y aurait « otanisation » rampante.

Poutine est fidèle à la démarche stratégique qu’il poursuit depuis 2000. Il entend revenir sur ce que les Russes ont concédé aux Occidentaux au lendemain de la guerre froide, « quand nous étions faibles », dit-il en substance. A tout le moins, il s’agit d’empêcher une extension de l’Alliance atlantique à l’Ukraine, ce pays intimement proche de la Russie par l’histoire, la religion, la culture, la langue et tant de liens familiaux. En jargon « kremlinien », on parle d’arrêter « la tentative d’endiguement de la Russie par le collectif occidental » – lequel « collectif » est accusé d’avoir renié sa promesse post-guerre froide de ne pas élargir l’OTAN.

Le problème avec ce récit est qu’il est pour le moins contestable. Fin mai 1990, alors que ni l’URSS ni son alliance militaire, le pacte de Varsovie, ne sont encore dissoutes, le président Mikhaïl Gorbatchev est en visite d’Etat aux Etats-Unis. Son hôte, George H. W. Bush, défend l’idée que l’Allemagne, alors en voie de réunification, doit rester dans l’OTAN. L’Américain se réfère aux principes arrêtés lors des accords d’Helsinki en 1975 qui codifiaient les relations entre l’Est et l’Ouest : un pays est libre du choix de ses alliances. Le lendemain, lors d’une conférence de presse commune avec Gorbatchev, Bush déclare : « Nous sommes pleinement en accord l’un et l’autre pour dire que, conformément à l’Acte final d’Helsinki, la question des alliances [de l’Allemagne] relève des Allemands. » Qui veulent rester dans l’OTAN.

 

Finances: Le danger du bitcoin

Finances: Le danger  du bitcoin 

 

Nicolas Dufrêne,  Jean-Michel Servet, économistes estiment

qu’en n matière d’alternative monétaire, la valeur ajoutée de cette cryptomonnaie par rapport aux moyens de paiement existants est nulle.

 

Tribune.

 

 L’histoire monétaire est traversée d’expérimentations, d’évolutions et… de retours en arrière. Cachées sous des habits techniques, certaines « innovations » constituent en réalité de dangereuses régressions. Ce fut le cas, par exemple, du Coinage Act de 1873 aux Etats-Unis. Cette loi entérina l’abandon du bimétallisme en restreignant l’usage monétaire de l’argent au seul profit de l’or, soi-disant afin de protéger la valeur de la monnaie. Il en résulta une réduction de la masse monétaire et une grande dépression économique. Aujourd’hui, un nouveau danger nous guette : la fascination pour le bitcoin, qualifié d’« or numérique ».

Car si l’or est définitivement une « relique barbare », selon l’expression de John Maynard Keynes (1883-1946) – le métal jaune n’exerce plus aujourd’hui qu’un rôle de réserve de valeur –, sa version 2.0 n’est certes pas plus utile, mais elle est bien plus dangereuse. Le bitcoin a certes joué un rôle-clé dans l’essor de la blockchain, ce système numérique de certification et de sécurisation des échanges, mais celui-ci se développe aujourd’hui sans lui. Ceci mis à part, il devient un danger pour le système monétaire, financier et même pour l’égalité entre les citoyens.

Rappelons d’abord qu’en douze ans d’existence, soit une durée infinie à l’ère du numérique, il ne sert toujours qu’à un nombre infime de transactions non spéculatives. En 1945, dans le Berlin ruiné d’après-guerre, la cigarette n’avait pas mis deux semaines à s’étendre à quasiment toutes les transactions possibles. Le bitcoin ne finance rien d’économiquement et socialement utile et ne permet aucune création monétaire concertée pour un but précis (tel que le financement des dépenses de la transition écologique).

Contrairement aux grands systèmes de paiement comme Visa ou Mastercard, son interface technique est de toute façon incapable de gérer plusieurs centaines de milliers de transactions de manière simultanée. S’il se voulait monnaie, le bitcoin a donc clairement échoué. Et il ne peut l’être, du fait des fluctuations erratiques de son cours. En matière d’alternative monétaire, la valeur ajoutée du bitcoin par rapport à l’existant est nulle.

Le bitcoin servirait-il, au moins, d’outil de lutte contre l’affaiblissement de la monnaie, provoquée par une création monétaire excessive ? C’est là un joli paradoxe : cet actif spéculatif, vivant essentiellement des politiques expansionnistes des banques centrales, serait anti-inflationniste. Or il ne doit la croissance de son cours qu’à sa capacité à détourner des centaines de milliards d’euros de l’économie réelle pour des motifs spéculatifs. Il participe donc de l’inflation des produits financiers, et il est déflationniste pour l’économie réelle : c’est la pire configuration possible pour un développement économique sain. Selon Chainanalysis, près de 98,7 % des transactions en bitcoin se font pour un motif de spéculation et non de transaction.

Le danger Omicron: surtout en février-mars (Bruno Lina, virologue)

Le danger  Omicron: surtout en février-mars (Bruno Lina, virologue)

 

. Le chercheur Bruno Lina, virologue, membre du conseil scientifique explique le variant Omicron pourrait être une menace en février-mars mais que l’ennemi numéro un de Noël, c’est Delta  contre lequel nous pouvons agir. (Interview JDD)

 

Omicron circule-t-il déjà en France?
Il est partout, oui. Vendredi, 12 cas avaient été confirmés en France et 109 sur le continent européen. Pour l’instant, tous les cas détectés dans notre pays sont des cas d’importation mais ça va probablement changer. Les résultats de l’avant-dernière enquête flash sur les variants, une opération que nous réalisons chaque semaine pour surveiller les variants sur une part importante des tests positifs d’une journée donnée, seront publiés en début de semaine. Ils devraient montrer que, la semaine du 14 au 20 novembre, c’est-à-dire celle précédant l’alerte sur Omicron du 25 novembre, ce virus n’était pas encore présent. Ce week-end, nous allons analyser les les 12.000 séquences effectuées du 23 au 30 novembre

12.000 séquençages sur 50.000 nouveaux cas environ chaque jour et donc 100.000 possibles, est-ce suffisant?
C’est une proportion suffisante et significative! Je ne veux pas rentrer dans un débat sans fin. Oui, les Anglais séquencent plus que nous mais leur système a été mis en place il y a dix ans. Nous pouvons nous réjouir d’avoir considérablement accru nos capacités de séquençage depuis le début de la pandémie. Tout séquencer ne sert à rien. Le système de surveillance est aujourd’hui bien calibré. Ce qui importe, c’est de suivre l’évolution des différentes souches. En France, Delta est toujours ultra-dominant avec environ 99% des séquences mais nous surveillons également, depuis trois à quatre semaines, un autre variant, le B.1.640, détecté pour la première fois au Congo et en France. Il porte beaucoup de mutations, sans atteindre le nombre record d’Omicron, et il a lui aussi un potentiel de transmission important. Nos collègues européens nous demandent régulièrement des informations à son sujet. L’Institut Pasteur, qui effectue des tests en laboratoire sur ce virus, va rendre publics ses résultats dans de brefs délais. On espère qu’ils seront rassurants.

 

Combien de temps faut-il pour séquencer un prélèvement suspect?
Certains chercheurs vendent du rêve en disant que cette opération peut être effectuée en douze heures! C’est possible en cas d’extrême urgence mais pas en routine. Aujourd’hui, il existe deux technologies de séquençage. La première, à haut débit, permet d’étudier en même temps 1.500 échantillons mais il faut ensuite interpréter les résultats obtenus. Bref, cinq à huit jours sont nécessaires avant d’obtenir la totalité des résultats. La deuxième, beaucoup plus rapide, peut les fournir en vingt-quatre à trente-six heures mais on ne peut pas étudier plus de 10 à 15 prélèvements par jour.

Une étude sud-africaine prépubliée sur Internet et relayée par le New York Times suggère qu’Omicron serait deux fois plus contagieux que Delta. Qu’en pensez-vous?
Il est impossible de générer aussi rapidement des données robustes d’épidémiologie descriptive, des modélisations. Les études prépubliées et non revues par d’autres scientifiques sont parfois très bonnes ; d’autres fois, sont biaisées. On peut rarement faire vite et bien pour calculer le R0, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes contaminées par un cas. Il faut en général analyser plusieurs épisodes de transmission pour parvenir à un résultat solide. Pour déterminer la transmissibilité d’Omicron et savoir s’il peut se répandre à travers le monde, il faut scruter l’évolution de l’épidémie en Afrique du Sud, mais ça ne suffit pas. Car ce pays était, avant l’arrivée du variant, dans un creux épidémique avec une incidence très basse, de l’ordre de 5 nouveaux cas par jour pour 100.000 habitants. Un élément important sera d’observer comment il va se comporter par rapport à Delta, notamment en Europe où ce virus flambe. Le cluster d’Omicron identifié en Norvège après un dîner d’entreprise où plus de la moitié des 120 convives ont été testés positifs va nous aider à évaluer son potentiel de diffusion. Mais tout ça va prendre du temps.

Lire aussi - Covid-19 : à Marseille, des soignants épuisés au chevet des patients non-vaccinés

Anthony Fauci, le conseiller médical en chef du président américain, a pourtant promis de premières données solides pour la fin de cette semaine. Les aura-t-on?
On devrait avoir très vite de premières données de laboratoire venues du monde entier. Chez nous, une équipe de l’Institut Pasteur à Paris et une autre de l’université d’Aix-Marseille se chargent de faire ces tests dits de séroneutralisation. Il s’agit de cultiver du virus puis de voir, dans le tube à essai, comment il se comporte avec les anticorps monoclonaux. Ces médicaments prescrits dans les hôpitaux pour prévenir les formes sévères marchent-ils encore ou pas avec Omicron? Les chercheurs mettent aussi Omicron en présence de sérums de personnes vaccinées, avec deux ou trois doses. Leur but est de voir si cela empêche le virus de pousser ou pas, c’est-à-dire s’il y a une bonne protection ou si la protection diminue. Ces analyses de laboratoire sont ce qu’il y a de plus simple à faire ; c’est pourquoi elles vont donner rapidement des résultats.

Le variant Omicron remet-il en question l’efficacité des vaccins?
Des données préliminaires communiquées par des collègues israéliens suggèrent que non mais je reste très prudent. Pour le moment, on l’ignore.

Les experts britanniques appellent leur gouvernement à durcir les restrictions sans attendre de savoir si Omicron est plus transmissible que Delta. Avons-nous pris la pleine mesure de la menace constituée par ce variant?
Les échanges informels que nous avons avec les scientifiques européens en général et britanniques en particulier me laissent penser qu’ils cherchent d’abord à convaincre le gouvernement de Boris Johnson de réduire drastiquement le niveau de circulation du virus. Là-bas, Delta court depuis plusieurs semaines et même plusieurs mois. Un taux d’incidence très élevé est devenu acceptable. Ce n’est pas le choix qu’a fait la France.

Comment freiner la cinquième vague et retarder l’arrivée d’Omicron?
On peut minimiser l’impact de cette vague. Une somme de petites actions simples, comme un effort sur le port du masque, sur l’aération, l’utilisation de gel hydroalcoolique, la pratique du télétravail dans les semaines précédant les fêtes peuvent nous permettre d’y parvenir. Les modélisations de l’Institut Pasteur montrent que nos efforts n’ont pas besoin d’être démesurés. Car, contrairement à l’an dernier, nous sommes massivement vaccinés. Et les gestes barrière et les mesures de distanciation sont très efficaces dans une population ainsi immunisée. De récentes études scientifiques montrent que le schéma à trois doses offre de très bons niveaux de protection et peut freiner la diffusion du virus. Les personnes qui ont reçu un rappel le transmettent nettement moins que celles qui n’ont eu que deux injections. Cet atout incroyable s’ajoute au reste de l’arsenal disponible. Il n’y a pas de fatalité à ce que nous soyons soumis à un couvre-feu ou confinés. Si nous ne faisons pas un effort collectif, il se pourrait que les hôpitaux ne tiennent pas le choc. Les personnels des services qui prennent en charge les malades du Covid-19 sont épuisés par quatre vagues successives et désespérés de voir que la majorité de ces patients ne sont pas vaccinés.

Ce nouveau variant peut-il gâcher Noël?
Omicron sera peut-être une menace en février, mars ou pour Pâques! Lorsque j’ai vu sa séquence génétique la semaine dernière, j’ai pensé : « Ce n’est pas du tout une bonne nouvelle. » Mais ce n’est pas pour autant une catastrophe annoncée. Notre problème, pour les fêtes, c’est Delta. Le pic est attendu pour début janvier car il y a une inertie dans l’évolution de l’épidémie.

Omicron remet-il en cause l’intérêt d’un rappel vaccinal?
Attendre d’hypothétiques vaccins adaptés à un variant dont on n’a pas la certitude qu’il va devenir dominant n’a aucun sens. Quand un incendie démarre, on jette de l’eau sur le feu au plus vite. Ce genre de discours attentiste relève de l’hésitation vaccinale. Les vaccins actuels sont très efficaces contre Delta. L’immunité stérilisante, au niveau du nez et de la bouche, celle qui permet de limiter la transmission du virus, remonte à 90% après la troisième dose.

Les tests antigéniques gardent-ils leur efficacité avec Omicron?
Une étude réalisée par des scientifiques autrichiens et une autre effectuée par un groupe de recherche européen suggèrent qu’ils continuent de très bien fonctionner avec ce variant. Ce n’est pas surprenant car ces kits ciblent la protéine N du virus et pas la protéine de surface Spike sur laquelle les mutations sont plus nombreuses. Du côté des tests PCR, tout va très bien aussi. La méthode de criblage permettant de détecter Omicron est déployée dans tout le pays.

 

Les écoliers sont-ils le moteur de cette cinquième vague?
Les enfants, dans les tranches d’âge non vaccinées, sont désormais le principal moteur de la reprise épidémique. Faut-il pour autant fermer les écoles ou rallonger les vacances? Je ne le crois pas. Les élèves ont beaucoup souffert des fermetures, même si la France peut s’enorgueillir d’être le pays de l’OCDE qui les a gardées ouvertes le plus longtemps. Une des solutions, c’est le développement du dépistage. Dans ma région Auvergne-Rhône-Alpes, nous testons, depuis la rentrée de la Toussaint, le dépistage systématique hebdomadaire des enfants dans une trentaine d’écoles. L’équipe de Vittoria Colizza, à l’Inserm, a montré que ça pouvait en théorie réduire la circulation du virus car les écoliers asymptomatiques sont repérés. Dans l’attente de nos résultats ainsi que de ceux d’expériences menées en Ile-de-France et en Nouvelle-Aquitaine, il semble que les parents adhèrent plutôt bien à cette expérience. Le dépistage réactif mis en place récemment par le ministère de l’Éducation nationale, c’est-à-dire le fait de tester toute une classe en cas de découverte d’un enfant positif, est utile mais moins efficace car il ne permet de détecter que le sommet de l’iceberg. Beaucoup d’enfants sans symptômes diffusent le virus. Ce n’est sans doute pas l’option la plus protectrice, surtout quand l’incidence dépasse 800 nouveaux cas quotidiens pour 100.000 enfants.

Certains se méfient du vaccin de Moderna. Comprenez-vous ces réticences?
Pour les plus de 30 ans, il n’y a aucun risque, que des bénéfices. Durant une période de reprise épidémique comme celle que nous vivons, la vaccination offre non seulement une protection individuelle mais une protection collective. N’oublions pas qu’au cœur de notre devise républicaine, il y a la notion de liberté mais aussi, et au même niveau, celle de fraternité.

Le danger du bitcoin

Le danger  du bitcoin 

 

Nicolas Dufrêne,  Jean-Michel Servet, économistes estiment

qu’en n matière d’alternative monétaire, la valeur ajoutée de cette cryptomonnaie par rapport aux moyens de paiement existants est nulle.

 

Tribune.

 

 L’histoire monétaire est traversée d’expérimentations, d’évolutions et… de retours en arrière. Cachées sous des habits techniques, certaines « innovations » constituent en réalité de dangereuses régressions. Ce fut le cas, par exemple, du Coinage Act de 1873 aux Etats-Unis. Cette loi entérina l’abandon du bimétallisme en restreignant l’usage monétaire de l’argent au seul profit de l’or, soi-disant afin de protéger la valeur de la monnaie. Il en résulta une réduction de la masse monétaire et une grande dépression économique. Aujourd’hui, un nouveau danger nous guette : la fascination pour le bitcoin, qualifié d’« or numérique ».

Car si l’or est définitivement une « relique barbare », selon l’expression de John Maynard Keynes (1883-1946) – le métal jaune n’exerce plus aujourd’hui qu’un rôle de réserve de valeur –, sa version 2.0 n’est certes pas plus utile, mais elle est bien plus dangereuse. Le bitcoin a certes joué un rôle-clé dans l’essor de la blockchain, ce système numérique de certification et de sécurisation des échanges, mais celui-ci se développe aujourd’hui sans lui. Ceci mis à part, il devient un danger pour le système monétaire, financier et même pour l’égalité entre les citoyens.

Rappelons d’abord qu’en douze ans d’existence, soit une durée infinie à l’ère du numérique, il ne sert toujours qu’à un nombre infime de transactions non spéculatives. En 1945, dans le Berlin ruiné d’après-guerre, la cigarette n’avait pas mis deux semaines à s’étendre à quasiment toutes les transactions possibles. Le bitcoin ne finance rien d’économiquement et socialement utile et ne permet aucune création monétaire concertée pour un but précis (tel que le financement des dépenses de la transition écologique).

Contrairement aux grands systèmes de paiement comme Visa ou Mastercard, son interface technique est de toute façon incapable de gérer plusieurs centaines de milliers de transactions de manière simultanée. S’il se voulait monnaie, le bitcoin a donc clairement échoué. Et il ne peut l’être, du fait des fluctuations erratiques de son cours. En matière d’alternative monétaire, la valeur ajoutée du bitcoin par rapport à l’existant est nulle.

Le bitcoin servirait-il, au moins, d’outil de lutte contre l’affaiblissement de la monnaie, provoquée par une création monétaire excessive ? C’est là un joli paradoxe : cet actif spéculatif, vivant essentiellement des politiques expansionnistes des banques centrales, serait anti-inflationniste. Or il ne doit la croissance de son cours qu’à sa capacité à détourner des centaines de milliards d’euros de l’économie réelle pour des motifs spéculatifs. Il participe donc de l’inflation des produits financiers, et il est déflationniste pour l’économie réelle : c’est la pire configuration possible pour un développement économique sain. Selon Chainanalysis, près de 98,7 % des transactions en bitcoin se font pour un motif de spéculation et non de transaction.

Variant Omicron: le danger sera surtout en février-mars (Bruno Lina, virologue)

Variant Omicron: le danger sera surtout en février-mars (Bruno Lina, virologue)

 

. Le chercheur Bruno Lina, virologue, membre du conseil scientifique explique le variant Omicron pourrait être une menace en février-mars mais que l’ennemi numéro un de Noël, c’est Delta, contre lequel nous pouvons agir. (Interview JDD)

 

Omicron circule-t-il déjà en France?
Il est partout, oui. Vendredi, 12 cas avaient été confirmés en France et 109 sur le continent européen. Pour l’instant, tous les cas détectés dans notre pays sont des cas d’importation mais ça va probablement changer. Les résultats de l’avant-dernière enquête flash sur les variants, une opération que nous réalisons chaque semaine pour surveiller les variants sur une part importante des tests positifs d’une journée donnée, seront publiés en début de semaine. Ils devraient montrer que, la semaine du 14 au 20 novembre, c’est-à-dire celle précédant l’alerte sur Omicron du 25 novembre, ce virus n’était pas encore présent. Ce week-end, nous allons analyser les les 12.000 séquences effectuées du 23 au 30 novembre

12.000 séquençages sur 50.000 nouveaux cas environ chaque jour et donc 100.000 possibles, est-ce suffisant?
C’est une proportion suffisante et significative! Je ne veux pas rentrer dans un débat sans fin. Oui, les Anglais séquencent plus que nous mais leur système a été mis en place il y a dix ans. Nous pouvons nous réjouir d’avoir considérablement accru nos capacités de séquençage depuis le début de la pandémie. Tout séquencer ne sert à rien. Le système de surveillance est aujourd’hui bien calibré. Ce qui importe, c’est de suivre l’évolution des différentes souches. En France, Delta est toujours ultra-dominant avec environ 99% des séquences mais nous surveillons également, depuis trois à quatre semaines, un autre variant, le B.1.640, détecté pour la première fois au Congo et en France. Il porte beaucoup de mutations, sans atteindre le nombre record d’Omicron, et il a lui aussi un potentiel de transmission important. Nos collègues européens nous demandent régulièrement des informations à son sujet. L’Institut Pasteur, qui effectue des tests en laboratoire sur ce virus, va rendre publics ses résultats dans de brefs délais. On espère qu’ils seront rassurants.

 

Combien de temps faut-il pour séquencer un prélèvement suspect?
Certains chercheurs vendent du rêve en disant que cette opération peut être effectuée en douze heures! C’est possible en cas d’extrême urgence mais pas en routine. Aujourd’hui, il existe deux technologies de séquençage. La première, à haut débit, permet d’étudier en même temps 1.500 échantillons mais il faut ensuite interpréter les résultats obtenus. Bref, cinq à huit jours sont nécessaires avant d’obtenir la totalité des résultats. La deuxième, beaucoup plus rapide, peut les fournir en vingt-quatre à trente-six heures mais on ne peut pas étudier plus de 10 à 15 prélèvements par jour.

Une étude sud-africaine prépubliée sur Internet et relayée par le New York Times suggère qu’Omicron serait deux fois plus contagieux que Delta. Qu’en pensez-vous?
Il est impossible de générer aussi rapidement des données robustes d’épidémiologie descriptive, des modélisations. Les études prépubliées et non revues par d’autres scientifiques sont parfois très bonnes ; d’autres fois, sont biaisées. On peut rarement faire vite et bien pour calculer le R0, c’est-à-dire le nombre moyen de personnes contaminées par un cas. Il faut en général analyser plusieurs épisodes de transmission pour parvenir à un résultat solide. Pour déterminer la transmissibilité d’Omicron et savoir s’il peut se répandre à travers le monde, il faut scruter l’évolution de l’épidémie en Afrique du Sud, mais ça ne suffit pas. Car ce pays était, avant l’arrivée du variant, dans un creux épidémique avec une incidence très basse, de l’ordre de 5 nouveaux cas par jour pour 100.000 habitants. Un élément important sera d’observer comment il va se comporter par rapport à Delta, notamment en Europe où ce virus flambe. Le cluster d’Omicron identifié en Norvège après un dîner d’entreprise où plus de la moitié des 120 convives ont été testés positifs va nous aider à évaluer son potentiel de diffusion. Mais tout ça va prendre du temps.

Lire aussi - Covid-19 : à Marseille, des soignants épuisés au chevet des patients non-vaccinés

Anthony Fauci, le conseiller médical en chef du président américain, a pourtant promis de premières données solides pour la fin de cette semaine. Les aura-t-on?
On devrait avoir très vite de premières données de laboratoire venues du monde entier. Chez nous, une équipe de l’Institut Pasteur à Paris et une autre de l’université d’Aix-Marseille se chargent de faire ces tests dits de séroneutralisation. Il s’agit de cultiver du virus puis de voir, dans le tube à essai, comment il se comporte avec les anticorps monoclonaux. Ces médicaments prescrits dans les hôpitaux pour prévenir les formes sévères marchent-ils encore ou pas avec Omicron? Les chercheurs mettent aussi Omicron en présence de sérums de personnes vaccinées, avec deux ou trois doses. Leur but est de voir si cela empêche le virus de pousser ou pas, c’est-à-dire s’il y a une bonne protection ou si la protection diminue. Ces analyses de laboratoire sont ce qu’il y a de plus simple à faire ; c’est pourquoi elles vont donner rapidement des résultats.

Le variant Omicron remet-il en question l’efficacité des vaccins?
Des données préliminaires communiquées par des collègues israéliens suggèrent que non mais je reste très prudent. Pour le moment, on l’ignore.

Les experts britanniques appellent leur gouvernement à durcir les restrictions sans attendre de savoir si Omicron est plus transmissible que Delta. Avons-nous pris la pleine mesure de la menace constituée par ce variant?
Les échanges informels que nous avons avec les scientifiques européens en général et britanniques en particulier me laissent penser qu’ils cherchent d’abord à convaincre le gouvernement de Boris Johnson de réduire drastiquement le niveau de circulation du virus. Là-bas, Delta court depuis plusieurs semaines et même plusieurs mois. Un taux d’incidence très élevé est devenu acceptable. Ce n’est pas le choix qu’a fait la France.

Comment freiner la cinquième vague et retarder l’arrivée d’Omicron?
On peut minimiser l’impact de cette vague. Une somme de petites actions simples, comme un effort sur le port du masque, sur l’aération, l’utilisation de gel hydroalcoolique, la pratique du télétravail dans les semaines précédant les fêtes peuvent nous permettre d’y parvenir. Les modélisations de l’Institut Pasteur montrent que nos efforts n’ont pas besoin d’être démesurés. Car, contrairement à l’an dernier, nous sommes massivement vaccinés. Et les gestes barrière et les mesures de distanciation sont très efficaces dans une population ainsi immunisée. De récentes études scientifiques montrent que le schéma à trois doses offre de très bons niveaux de protection et peut freiner la diffusion du virus. Les personnes qui ont reçu un rappel le transmettent nettement moins que celles qui n’ont eu que deux injections. Cet atout incroyable s’ajoute au reste de l’arsenal disponible. Il n’y a pas de fatalité à ce que nous soyons soumis à un couvre-feu ou confinés. Si nous ne faisons pas un effort collectif, il se pourrait que les hôpitaux ne tiennent pas le choc. Les personnels des services qui prennent en charge les malades du Covid-19 sont épuisés par quatre vagues successives et désespérés de voir que la majorité de ces patients ne sont pas vaccinés.

Ce nouveau variant peut-il gâcher Noël?
Omicron sera peut-être une menace en février, mars ou pour Pâques! Lorsque j’ai vu sa séquence génétique la semaine dernière, j’ai pensé : « Ce n’est pas du tout une bonne nouvelle. » Mais ce n’est pas pour autant une catastrophe annoncée. Notre problème, pour les fêtes, c’est Delta. Le pic est attendu pour début janvier car il y a une inertie dans l’évolution de l’épidémie.

Omicron remet-il en cause l’intérêt d’un rappel vaccinal?
Attendre d’hypothétiques vaccins adaptés à un variant dont on n’a pas la certitude qu’il va devenir dominant n’a aucun sens. Quand un incendie démarre, on jette de l’eau sur le feu au plus vite. Ce genre de discours attentiste relève de l’hésitation vaccinale. Les vaccins actuels sont très efficaces contre Delta. L’immunité stérilisante, au niveau du nez et de la bouche, celle qui permet de limiter la transmission du virus, remonte à 90% après la troisième dose.

Les tests antigéniques gardent-ils leur efficacité avec Omicron?
Une étude réalisée par des scientifiques autrichiens et une autre effectuée par un groupe de recherche européen suggèrent qu’ils continuent de très bien fonctionner avec ce variant. Ce n’est pas surprenant car ces kits ciblent la protéine N du virus et pas la protéine de surface Spike sur laquelle les mutations sont plus nombreuses. Du côté des tests PCR, tout va très bien aussi. La méthode de criblage permettant de détecter Omicron est déployée dans tout le pays.

 

Les écoliers sont-ils le moteur de cette cinquième vague?
Les enfants, dans les tranches d’âge non vaccinées, sont désormais le principal moteur de la reprise épidémique. Faut-il pour autant fermer les écoles ou rallonger les vacances? Je ne le crois pas. Les élèves ont beaucoup souffert des fermetures, même si la France peut s’enorgueillir d’être le pays de l’OCDE qui les a gardées ouvertes le plus longtemps. Une des solutions, c’est le développement du dépistage. Dans ma région Auvergne-Rhône-Alpes, nous testons, depuis la rentrée de la Toussaint, le dépistage systématique hebdomadaire des enfants dans une trentaine d’écoles. L’équipe de Vittoria Colizza, à l’Inserm, a montré que ça pouvait en théorie réduire la circulation du virus car les écoliers asymptomatiques sont repérés. Dans l’attente de nos résultats ainsi que de ceux d’expériences menées en Ile-de-France et en Nouvelle-Aquitaine, il semble que les parents adhèrent plutôt bien à cette expérience. Le dépistage réactif mis en place récemment par le ministère de l’Éducation nationale, c’est-à-dire le fait de tester toute une classe en cas de découverte d’un enfant positif, est utile mais moins efficace car il ne permet de détecter que le sommet de l’iceberg. Beaucoup d’enfants sans symptômes diffusent le virus. Ce n’est sans doute pas l’option la plus protectrice, surtout quand l’incidence dépasse 800 nouveaux cas quotidiens pour 100.000 enfants.

Certains se méfient du vaccin de Moderna. Comprenez-vous ces réticences?
Pour les plus de 30 ans, il n’y a aucun risque, que des bénéfices. Durant une période de reprise épidémique comme celle que nous vivons, la vaccination offre non seulement une protection individuelle mais une protection collective. N’oublions pas qu’au cœur de notre devise républicaine, il y a la notion de liberté mais aussi, et au même niveau, celle de fraternité.

Le danger pour le boursicotage amateur

Le danger pour le boursicotage amateur 

 

Le développement des plateformes de trading a simplifié l’accès aux marchés financiers. Les jeunes épargnants y voient un moyen de faire fructifier leur épargne mais aussi de lutter contre le système financier à l’image de l’affaire GameStop. Par Philippe de Gouville, CEO et cofondateur d’ISMO ( dans la Tribune)

 

tribune

 

Faites vos jeux, rien ne va plus. Cette célèbre formule des croupiers est adaptée aux nouvelles  pratiques financières des jeunes qui sont de plus en plus nombreux à s’essayer aux  plateformes de trading pour le meilleur et pour le pire. Le mirage des gains faciles et rapides, l’aspect ludique et l’accessibilité des plateformes incitent les jeunes à s’intéresser de très près  aux marchés financiers. La crise sanitaire a renforcé la tendance suite au rebond spectaculaire  des marchés financiers et des crypto monnaies. L’effet casino est réel, les déconvenues  nombreuses.

La digitalisation induit des comportements à risque

Les publicités ciblées et les influenceurs offrent une visibilité accrue aux plateformes avec la  promesse de réaliser des gains élevés en quelques clics. Les plateformes de trading donnent  la possibilité de passer des ordres depuis son smartphone avec des frais réduits. Les offres  fleurissent sur le net attirant dès lors l’attention du gendarme de la bourse. L’AMF publie  régulièrement des mises en garde sur des acteurs non agréés qui proposent d’investir sur le Forex et d’autres produits financiers sans autorisation, parfois avec des effets de levier  importants.

L’appât du gain semble être la principale motivation des jeunes boursicoteurs. Peu familiers  des mécanismes des marchés financiers, les traders autoproclamés investissent des sommes  conséquentes sans respecter les règles prudentielles des investisseurs à savoir construire  progressivement un portefeuille diversifié tant en termes de valeurs que de secteurs  géographiques avec un horizon d’investissement à long terme. La recherche du bon coup  conduit les épargnants à avoir un comportement relevant plus de la spéculation que d’une  stratégie patrimoniale. Pour cause, les utilisateurs des plateformes ont tendance à avoir une  démarche s’approchant du gaming voire des paris sportifs. Ainsi, seul le hasard serait la source  des gains réalisés avec le risque de s’endetter et de développer une forme d’addiction.

Dès 2014, l’AMF alertait dans une étude que 9 boursicoteurs sur 10 constataient des pertes  en passant par les plateformes de trading. Depuis la crise sanitaire, la même autorité  comptabilise un million de boursicoteurs supplémentaires. Pour aider les investisseurs à  limiter la prise de risque, certaines plateformes proposent à leurs utilisateurs de répliquer une  stratégie d’investissement qui a fait ses preuves par le passé. L’idée du « copy cat » est  intéressante pour les investisseurs néophytes en se familiarisant aux mécanismes financiers.  Mais l’adage « les performances passées ne préjugent pas des performances futures » doit  rester dans l’esprit des boursicoteurs avant de prendre la décision d’investir sur une valeur ou  un produit financier.

 

Les boursicoteurs s’organisent pour se communiquer les bons tuyaux sur les réseaux sociaux.  Twitter, mais surtout Reddit rassemblent des groupes d’investisseurs qui échangent et  coordonnent leurs investissements. Ces communautés qui ressemblent par certains aspects  aux clubs d’investissement, rassemblent des milliers et parfois des dizaines de milliers  d’investisseurs. Ces petits porteurs peuvent avoir un impact considérable sur le bon  fonctionnement des marchés financiers. En cela, le groupe des WallStreetBets est  représentatif d’une forme de militantisme capable de faire plier des acteurs majeurs de la  finance en coordonnant l’achat massif de petites valeurs sur les marchés.

Ce groupe de boursicoteurs a réussi à faire passer la valorisation de l’entreprise américaine  GameStop, en proie à de graves difficultés financières, de 200 millions à 10 milliards de dollars  en quelques semaines. En conséquence, un hedge fund américain a essuyé des pertes  considérables en pariant à la baisse sur cette valeur. Certains y voient un moyen de lutter  contre le système financier et plus largement capitaliste, quand d’autres dénoncent une forme  de manipulation de marché. Les régulateurs s’intéressent à cette nouvelle forme de collusion  des investisseurs. A ce jour, aucune mesure n’a encore été prise pour réguler ce phénomène  marginal mais hautement symbolique.

Le danger d’une inflation durable

 

  •  L’analyse de deux économistes,  Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP et na Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes qui repose essentiellement sur l’hypothèse qu’il il n’y aura pas de bouclage salaire prix. (L’opinion).

«Mieux vaut garder son sang froid s ur ce sujet très sensible de l’inflation, temporisait le ministre de l’Economie Bruno Le Maire la semaine dernière au Sénat. Mieux vaut une analyse lucide que d’exagérer la gravité de la situation.» + 6,2 % en octobre aux Etats-Unis, + 4,5 % en Allemagne, + 4,1 % dans la zone euro, + 2,6 % en France… Annoncées comme temporaires, ces hausses de prix pourraient s’installer dans la durée. «Nous considérons que l’inflation mérite toute notre vigilance», assurait encore Bruno Le Maire le 16 novembre à l’Assemblée.

«On était dans une phase de très forte dépression ou en tout cas de contraction de l’activité l’an dernier puisqu’on a fait – 3 % de croissance au niveau mondial», rappelle Frédéric Pretet, co-directeur de la recherche macroéconomique chez BNP Paribas Exane. «Et puis on a vu une reprise qui est beaucoup plus forte qu’attendue parce qu’on a mis énormément de stimulations pour rebondir. La stimulation monétaire avec des taux d’intérêt qui ont fortement baissé, la stimulation budgétaire avec des plans de soutien à l’économie, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, qui ont été massifs et sans précédent. Donc on a rebondi beaucoup plus fort que ce qu’on anticipait avec des prévisions qui, celles du FMI dernièrement, montrent des croissances mondiales autour de 6 %. Ce sont quand même des chiffres qui sont assez impressionnants, qui se poursuivent, autour de 5 % encore l’année prochaine.»

«Donc dès qu’on a une reprise cyclique, on a déjà des tensions sur tout ce qui est prix des matières premières. Dans la hausse de l’inflation qu’on voit dans l’ensemble des économies, il y a quand même une grosse composante prix des matières premières, prix des matières énergétiques (prix du baril, etc.) qui pèsent pour beaucoup dans cette hausse de l’inflation.»

Ce retour de l’inflation qui reflète le dynamisme de l’économie est plutôt une bonne nouvelle. «Quelque part c’est naturel et c’est une bonne nouvelle d’avoir une accélération d’inflation après une longue période où on avait des craintes de déflation», complète Ana Boata, directrice de la recherche économique chez Euler Hermes.

Une bonne nouvelle, mais pas que… «La mauvaise c’est qu’on a un choc d’offre qu’on ne peut pas tout à fait régler tout de suite», ajoute ana Boata. «Il y a une partie aussi mauvaise nouvelle qui est celle d’une accélération assez rapide», ajoute Frédéric Pretet. «Et puis, il y a une partie de cette inflation qui vient de cette hausse des prix de l’énergie. Et nous, en tant que pays consommateur, ce n’est jamais une très bonne nouvelle de ce côté-ci puisque ça veut dire qu’on vient attaquer notre pouvoir d’achat de façon un peu subie. Et là-dessus, on peut dire que c’est la partie inflationniste qui est plutôt la mauvaise nouvelle qui rend la situation un peu plus périlleuse.»

«Notre évaluation est que l’inflation est temporaire», affirmait le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, en présentant au Sénat le projet de budget pour 2022 le 18 novembre. C’est également ce qu’anticipent ces deux spécialistes : «L’inflation, certes, va encore accélérer, le pire n’est pas derrière nous», selon Ana Boata. «Mais on voit qu’en fait on est dans une dynamique, en sortie de crise, avec cette conjonction de facteurs qui fait que l’accélération est certes plus élevée qu’attendue mais encore une fois, elle devrait ralentir fin 2022 pour se rapprocher de la cible de 2 %. On pourra rester encore légèrement au-dessus de 2 %. Mais en tout cas on n’aura pas un phénomène d’hyperinflation.»

Pour Frédéric Pretet, «on est plutôt dans une situation conjoncturelle. Mais c’est vrai qu’on a quand même le sentiment que l’inflation s’est installée sur un sentier de croissance qui est sans doute un petit peu plus élevé que ce qu’on avait eu l’habitude de connaître sur les dix dernières années». «Effectivement il peut y avoir un côté structurel si, par exemple, on voit une boucle prix-salaires qui s’installe. Ce qui n’est pas vraiment notre scénario», nuance Ana Boata.

A quelques mois de l’élection présidentielle, le gouvernement craint que l’inflation ampute le pouvoir d’achat. Bruno Le Maire assure prendre «la question de la hausse des prix, avec le Premier ministre, très au sérieux». Car en s’installant durablement, ces augmentations pourraient conduire à un cercle vicieux qui peut nourrir lui-même l’inflation.

«Si cette inflation devient trop rapide, trop forte, trop longtemps, ça peut créer un déplacement dans les anticipations d’inflation et donc du coup des revendications salariales qui s’amplifient de plus en plus, qui viennent perturber, je dirais, le bon fonctionnement des entreprises, leur visibilité sur leurs coûts et donc du coup sur leurs investissements», prévient Frédéric Pretet. «Et donc ça peut créer un choc qui perdure et qui vient attaquer de façon durable aussi la reprise à moyen, long terme. Par rapport à ça, ça voudrait dire qu’on a des banques centrales qui sont quand même, bien sûr, sensibles au risque inflationniste, qui pourraient remonter les taux. Et donc si on remonte les taux, on rajoute aussi au coût pour les entreprises, pour les ménages, pour consommer, pour investir, et c’est là où l’inflation deviendrait une mauvaise nouvelle si ça devait durer trop longtemps et ça entraînerait cette réaction en chaîne de la part des autres agents économiques.»

Si cette hypothèse n’est pas à l’ordre du jour, une éventuelle hausse des taux d’intérêt viendrait tuer dans l’oeuf la reprise économique. «Un resserrement excessif des conditions de financement n’est pas souhaitable et constituerait un obstacle injustifié à la reprise», a déclaré le 15 novembre la présidente de la BCE, Christine Lagarde.

«Venir attaquer, par une hausse des taux d’intérêt, à un moment donné où le cycle de reprise reste quand même sur des niveaux qui sont en-dessous ou pas encore au niveau de ce qu’on avait il y a deux ans, c’est peut-être venir briser, je dirais, le cycle de reprise beaucoup trop tôt», analyse l’économiste Frédéric Pretet.

Une éventuelle hausse des taux viendrait également fragiliser les Etats les plus endettés comme l’Italie, la Grèce ou la France. «Tant que les taux d’intérêt restent bas et que la croissance reste supérieure à ces taux d’intérêt, on est bons, parce que les marchés savent qu’on est dans un scénario de soutenabilité de la dette qui est assurée», temporise Ana Boata.

«Une hausse des taux d’intérêt, bien sûr, c’est un frein pour la politique budgétaire, pour les arbitrages, pour l’investissement», estime par ailleurs Frédéric Pretet. «Le coût de la dette augmente avec la hausse des taux d’intérêt. Si vous avez une hausse des taux d’intérêt aujourd’hui, ça ne se traduirait pas directement tout de suite par une hausse de la charge de la dette à porter puisque, par exemple, pour un pays comme la France, la maturité de la dette est autour de sept ans. Donc, en gros, avant d’avoir un impact significatif de la hausse des taux d’intérêt, il faut laisser presque sept ans s’écouler avant d’avoir cet impact-là sur les finances publiques. Mais il n’empêche, c’est quand même un signal qui est envoyé. Ça veut dire qu’il faut quand même se préparer à une situation qui sera sans doute beaucoup plus compliquée sur le moyen terme. Et donc du coup, pour les politiques budgétaires, même si ça ne vient pas forcément freiner tout de suite les gouvernements, ça leur met quand même une espèce de «warning» je dirais, un avertissement. Et donc du coup ça peut un petit peu les gêner pour mettre en place certaines politiques qu’ils jugent comme importantes.»

Société- La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

Société- La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

 

Sous l’effet des sollicitations cognitives qui abrutissent, la liberté de pensée est en danger estime Vincent Lamkin*) ( dans l’Opinion)

 

Tribune

 

La liberté d’expression est célébrée à la mesure de la bêtise qui s’est abattue sur elle et du terrorisme qui l’a prise pour cible. L’extrême violence que l’ignorance ou le fanatisme peuvent arborer à son encontre ne doit pas nous tromper cependant : la liberté d’expression est très forte dans notre pays. Elle l’est dans l’espace public où les médias sont beaucoup plus libres et divers qu’ils ne le furent en d’autres temps. La censure d’Etat, au nom des bonnes mœurs, s’est réduite à peau de chagrin, si l’on pense à celle qui pesait sur l’art et la société au XIXe siècle.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun a gagné un droit à la parole publique, avec bien peu de limites. Elle l’est dans l’entreprise où le dialogue social et l’écoute atteignent des niveaux inédits. Elle l’est dans le cercle de la famille et à l’école où les enfants ont gagné un droit à s’exprimer qu’ils n’avaient pas jadis…

*Mais la liberté d’expression peut être un leurre et constituer un idéal bien maigre si la liberté de pensée, qui la légitime, se trouve atrophiée et pervertie par une société qui distrait et flatte plus qu’elle n’éduque, qui assujettit plus qu’elle ne forme et n’émancipe… La belle affaire qu’une société où la liberté d’expression serait totale mais où les individus auraient perdu toute capacité à forger un jugement libre et civilisé, ancré dans un champ de questionnements rationnels, de connaissances et de valeurs universelles.

Comme l’a notamment démontré dans ses travaux successifs le sociologue Gérald Bronner, nous vivons de plus en plus, par un effet d’aliénation aux écrans et aux contenus les plus racoleurs, sous l’empire et dans l’emprise de sollicitations cognitives qui captent notre attention, altèrent notre capacité de jugement et alimentent des addictions stériles. Ce constat implacable se doit d’être affiché sur les murs d’une société disneylandisée (la culture a rejoint la grande famille des loisirs : on se « vide la tête ») et hystérisée par des altercations binaires et superficielles. Société dont, last but not least, le système éducatif est en crise.

On peut craindre que notre époque, sous ses airs sympathiques, dégrade la liberté de pensée plus qu’elle ne la sert – reportant toute son attention sur la médiatique liberté d’expression, paradoxalement moins engageante. « Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter », déclarait, en son temps déjà, Kierkegaard.

La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer

Les grands artistes et les penseurs dissidents des régimes totalitaires – de Soljenitsyne à Kundera – ont prouvé que la liberté de pensée n’est pas inféodée à la liberté d’expression. C’est le sens de la fameuse phrase de Sartre : « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande ». La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer. Dans une époque où l’État n’aime rien tant qu’à déresponsabiliser pour mieux infantiliser et où la solitude de la pensée se heurte au bruit permanent du monde, la partie n’est pas gagnée.

La liberté d’expression est la partie émergée d’un iceberg, et nous ne devons l’encenser que pour ce qu’elle permet, non pour ce qu’elle serait en soi. Sinon, elle n’est qu’une arme de plus offerte à la toute-puissance du sujet roi ! Si la liberté d’expression ne visait qu’à la cohabitation cloisonnée des contraires, la paix civile serait fragile. Dans une République digne de ce nom, chacun doit tolérer la pensée d’autrui pour construire une communauté de vie et de destin. Le problème, dans notre société d’hyper-sensibilité et de gestion étatisée des récits victimaires, est que « la tolérance n’a plus pour but d’assurer l’échange d’arguments et le brassage des modes de vie divers, comme le déplore Claude Habib. Elle devient séparatrice ».

La liberté de pensée mobilise notre entendement et notre libre arbitre. Elle est beaucoup plus qu’un droit, c’est un pouvoir, une responsabilité que chaque individu a le devoir d’apprendre à exercer, qui engage notre éducation, notre culture. Le terrorisme intellectuel contemporain, qui bipolarise et hystérise tout débat, est le symptôme d’une société où la liberté de pensée – qui a des comptes à rendre à la raison, à l’Histoire, au champ argumentaire – s’est appauvrie ; là où la liberté d’expression, revendiquée pour elle-même, débouche sur un dialogue de sourds. Or, c’est bien la capacité à dégager des jugements communs, des valeurs communes, des caps collectifs, dans le respect d’une pluralité de nuances, qui est cruellement en jeu dans le monde contemporain.

*Vincent Lamkin est co-Président d’Opinion Valley, associé-Fondateur de Comfluence.

Covid Omicron: quel danger ?

 

 

D’aparès  Julie Kern, journaliste santé diplômée d’un master en infectiologie,les informations scientifiques sur B.1.1.529 sont très limitées et encore à confirmer. Mais il possède un nombre conséquent de mutations, plus de 30, dans sa protéine S, celle-là même qui permet son attachement et son entrée dans les cellules. Certaines de ces mutations sont présentes dans les variants Alpha et Delta et par analogie, les scientifiques craignent qu’elles confèrent aussi à B.1.1.529 le pouvoir d’échapper au système immunitaire et d’amoindrir l’efficacité des vaccins.

Le  nouveau variant du SARS-CoV-2  aussi nommé Omicron inquiète particulièrement les scientifiques car il est « hypermuté. » Il a émergé en Afrique du Sud, dans la région de Johannesbourg aux alentours du 10 novembre. Au moment de la rédaction de ces lignes, 65 cas confirmés sont répertoriés en Afrique du Sud, 6 au Botswana et 4 en Chine (sur l’île d’Hong Kong). C’est donc moins de 100 cas pour lesquels le génome est séquencé et identifié.

 

Les informations scientifiques sur B.1.1.529 sont très limitées et encore à confirmer. Mais il possède un nombre conséquent de mutations, plus de 30, dans sa protéine S, celle-là même qui permet son attachement et son entrée dans les cellules. Certaines de ces mutations sont présentes dans les variants Alpha et Delta et par analogie, les scientifiques craignent qu’elles confèrent aussi à B.1.1.529 le pouvoir d’échapper au système immunitaire et d’amoindrir l’efficacité des vaccins.

 

Plusieurs pays, dont la France, ont déjà annoncé la suspension de leurs liaisons aériennes avec l’Afrique du Sud et ses voisins pour éviter la propagation de B.1.1.529. Les cas confirmés à Hong Kong Island étaient des voyageurs en provenance du pays. Si l’émergence de ce variant semble inquiéter la communauté scientifique, le peu de données à disposition appelle à la prudence. Il ne pourrait être qu’un des nombreux variants du SARS-CoV-2 à émerger sans outrepasser les autres.

Le danger d’une grande « sécu »

le danger d’une grande « sécu »

 

 

L’ancien syndicaliste Gaby Bonnand plaide, dans une tribune au « Monde », en faveur du rôle spécifique des assurances mutualistes, que la « grande Sécu » ne doit pas remettre en cause.

 

Tribune. Les discussions, apparemment techniques, sur la « grande Sécu » sont révélatrices d’un débat plus fondamental, portant sur la démocratie et la façon d’organiser la solidarité. L’idée de « grande Sécu » repose sur une conception de la démocratie structurée autour d’un Etat omniprésent et centralisé. Le système actuel, avec sa multiplicité d’acteurs, est considéré comme inefficient et générateur d’inégalités. L’objectif serait de redonner à une Sécurité sociale sous contrôle étatique la responsabilité d’organiser la solidarité entre citoyens, car l’Etat serait le seul légitime à le faire.

Mais cette approche cache mal une autre réalité, celle d’un Etat minimal qui renvoie à une conception de la démocratie où liberté et responsabilité individuelles l’emporteraient sur l’égalité et la solidarité. Dans ce cas de figure, les dépenses publiques sont consacrées à un socle de protections minimales, laissant pour le reste l’individu libre de choisir des offres de protection sur le marché.

Il est facile de comprendre que, dans une situation où les finances publiques se raréfient, les fonds publics attribués à la protection sociale dépendront davantage des contraintes budgétaires que des besoins des populations. Derrière l’idée de « grande Sécu » se profile la réduction de la dépense publique de protection sociale, un assèchement des dynamiques de solidarité portée par les mutuelles, et le développement d’un système de santé à deux vitesses.

Décrypter ce qui se joue dans ce débat n’est pas simple, d’autant que nous sortons d’une pandémie au cours de laquelle des mesures concrètes ont été prises pour simplifier les démarches des patients en offrant une prise en charge à 100 % des soins et des hospitalisations liés au Covid-19. Les Français ont donc fait l’expérience d’un système moins complexe, ce qui peut les rendre sensibles à l’idée de la « grande Sécu ».

Quatre défis à relever

Ce qui est moins visible, c’est le coût de l’opération. Dans l’immédiat, le gouvernement a décidé de taxer les mutuelles et autres complémentaires santé pour financer les surcoûts. A l’avenir, comme le souligne le rapport du Haut Conseil pour l’avenir de l’Assurance-maladie, les prélèvements obligatoires devront augmenter, alors que leur poids, nous dit-on, est déjà trop élevé en France.

Refonder notre protection sociale suppose de relever quatre défis. Premièrement, lutter contre les inégalités d’accès aux soins générées par des questions de solvabilisation d’un certain nombre de personnes, et par les problèmes d’organisation du système de santé lui-même. Deuxièmement, développer davantage la prévention, parent pauvre de notre système actuel. Troisièmement, innover dans des prises en charge utiles mais non prises en compte par l’Assurance-maladie qui, selon la direction de la Sécurité sociale, « n’a pas vocation à rembourser des activités ayant des externalités positives sur la santé ». C’est dans ce cadre que des mutuelles peuvent innover, comme elles l’ont fait en prenant en charge les consultations chez le psychologue, par exemple. Quatrièmement, redonner des espaces de responsabilité collective aux citoyens dans l’organisation d’initiatives de solidarités civiles de proximité.

Tech: Le danger des amis virtuels

Tech: Le danger des amis virtuels

 

 

L’éditorial de Dominique Leglu est extrait de Sciences et Avenir – La Recherche numéro 898, daté décembre 2021, qui fait sa couverture sur Icelandia, le continent englouti. Le magazine est disponible chez tous les marchands de journaux, et en numérique.

 

 

Des robots qui discutent

Qui d’entre nous, d’ailleurs, ne s’est pas retrouvé un jour à sermonner sa propre voiture quand, par un froid matin d’hiver, elle refusait de démarrer ? Comment allons-nous nous comporter à l’avenir, suite à des échanges de plus en plus fréquents avec les agents conversationnels — ces « chatbots » ou robots qui discutent — répondant à nos questions et donnant des conseils ? Déjà une réalité pour qui converse avec Siri sur son iPhone ou avec Alexa d’Amazon, appelé avec Disney à se déployer un peu partout. Manipulation douce. Que se passera-t-il demain avec le développement du métavers annoncé récemment par Mark Zuckerberg (lire p. 42) ?

 
 Dans cet univers virtuel, où tout un chacun est censé vivre via son avatar en 3D parmi d’autres avatars amis, comment détecter les pseudo-personnages… Des robots si persuasifs qu’on les prendrait pour des anges gardiens. À l’heure où la Stratégie nationale pour l’intelligence artificielle (2018-2022) entre dans sa deuxième phase, ce n’est pas un hasard si un avis sur les enjeux éthiques des chatbots vient d’être émis par le Comité national pilote d’éthique du numérique (CNPEN). Les agents conversationnels sont en effet des intermédiaires puissants du système numérique pour que ce dernier engrange pléthore de données sur nos réactions émotionnelles et notre comportement général.Tech: Le danger des amis virtuels dans sciences amis ! dans sciences

« Manipulation douce »

 Un apprentissage qui, en retour, peut permettre d’exercer insidieusement une « manipulation douce », explique ainsi Laurence Devillers, corapporteuse de l’avis du CNPEN, professeure d’IA et d’éthique (université Paris-Sorbonne, CNRS) que les lecteurs de Sciences et Avenir – La Recherche connaissent bien. Brouillage et mensonges. Il est grand temps que des normes encadrent la déferlante annoncée de chatbots, pour éviter le brouillage entre humain et non-humain. Voire une perte de repères entre la vie et la mort, quand il devient possible de poursuivre le dialogue avec une personne décédée grâce à un « deadbot » qui en garde la voix et l’apparence. Que deviendrait le temps du deuil, indéfiniment prolongé ? Une éducation s’impose ainsi dès le plus jeune âge, pour faire prendre pleinement conscience de cette nouvelle réalité. Pour éviter non seulement que s’aggrave l’addiction aux images ou à la consommation de produits mais aussi que s’infiltrent mensonges et fake news, à l’insu de notre plein gré. Un défi à la démocratie

TECH-Le danger des plates-formes pour la démocratie

TECH-Le danger des plates-formes pour la démocratie 

 

L’économiste des médias Nathalie Sonnac souligne, dans une tribune au « Monde », les risques que les géants du numérique représentent pour le pluralisme de l’information et la liberté de nos choix individuels

 

Tribune.

 

Le numérique est partout. Il a envahi notre espace de vie. C’est vrai pour les domaines de la santé, des transports, de la finance et de la banque, des loisirs et de la communication. C’est aussi vrai pour le domaine de l’information. En 2020, 88 % des Français âgés de plus de 12 ans déclarent se connecter à Internet tous les jours ou plusieurs fois par semaine, 63 % utilisent internet pour suivre l’actualité.

Chez les 18-24 ans, ce sont près des deux tiers d’entre eux qui s’informent uniquement sur Internet et les réseaux sociaux via leur smartphone. Youtube, Twitter, Snapchat, Twitch et plus récemment TikTok ont leur préférence. Quatre plates-formes numériques américaines, connues sous le sigle GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon – que l’on appelle aussi les Big Tech – occupent aujourd’hui une position hégémonique dans l’espace informationnel.

Surpuissantes économiquement et financièrement, leur capitalisation boursière s’est envolée pendant la période de la pandémie. Et pourtant, aucune d’entre elles n’a 40 ans d’âge. Pour comprendre les dangers démocratiques de la puissance de ces multinationales, il convient d’interroger leur modèle d’affaires.

Les plates-formes numériques sont des intermédiaires, qui rendent possibles et facilitent les interactions entre différents groupes d’agents. Catalyseurs économiques, selon les termes du Prix Nobel d’économie Jean Tirole, ces interactions dénommées « effets de réseau croisés » (la valeur d’un réseau augmente avec le nombre d’utilisateurs) structurent l’économie numérique dont les marchés sont à deux versants.

D’un côté ces géants du numérique concourent à installer la gratuité comme mécanisme d’incitation de la demande à rejoindre la plate-forme, car avec leurs milliers de services accessibles gratuitement, l’intérêt du consommateur est toujours accru. De l’autre côté la monétisation de ces services repose sur la publicité en ligne, qui constitue 80 % du chiffre d’affaires de Google et 95 % de celui de Facebook.

Leur modèle économique repose ainsi sur la collecte massive les données (big data) et leur exploitation par des algorithmes et l’intelligence artificielle. Les deux versants des marchés sont ainsi reliés par un système d’appariement qui est au cœur de la création de valeur d’une plate-forme. Les GAFA se « nourrissent » de toutes les traces que nous laissons par notre navigation sur les sites.

Nos données constituent selon Pierre Louette, PDG de l’Agence France-Presse de décembre 2005 à avril 2010, « d’immenses réservoirs, de segmentation, de prédictibilité qui servent toutes les opportunités de recommandation, de proposition ciblée et de monétisation » (Des géants et des hommes : Pour en finir avec l’emprise des Gafa sur nos vies, Laffont, 2021). Avec le premier moteur de recherche au monde et sa pléthore de services gratuits, Google est certainement la plate-forme qui bénéficie de la plus grande traçabilité de ses utilisateurs.

Le danger plates-formes pour la démocratie

Le danger plates-formes pour la démocratie 

 

L’économiste des médias Nathalie Sonnac souligne, dans une tribune au « Monde », les risques que les géants du numérique représentent pour le pluralisme de l’information et la liberté de nos choix individuels

 

Tribune.

 

Le numérique est partout. Il a envahi notre espace de vie. C’est vrai pour les domaines de la santé, des transports, de la finance et de la banque, des loisirs et de la communication. C’est aussi vrai pour le domaine de l’information. En 2020, 88 % des Français âgés de plus de 12 ans déclarent se connecter à Internet tous les jours ou plusieurs fois par semaine, 63 % utilisent internet pour suivre l’actualité.

Chez les 18-24 ans, ce sont près des deux tiers d’entre eux qui s’informent uniquement sur Internet et les réseaux sociaux via leur smartphone. Youtube, Twitter, Snapchat, Twitch et plus récemment TikTok ont leur préférence. Quatre plates-formes numériques américaines, connues sous le sigle GAFA – Google, Apple, Facebook et Amazon – que l’on appelle aussi les Big Tech – occupent aujourd’hui une position hégémonique dans l’espace informationnel.

Surpuissantes économiquement et financièrement, leur capitalisation boursière s’est envolée pendant la période de la pandémie. Et pourtant, aucune d’entre elles n’a 40 ans d’âge. Pour comprendre les dangers démocratiques de la puissance de ces multinationales, il convient d’interroger leur modèle d’affaires.

Les plates-formes numériques sont des intermédiaires, qui rendent possibles et facilitent les interactions entre différents groupes d’agents. Catalyseurs économiques, selon les termes du Prix Nobel d’économie Jean Tirole, ces interactions dénommées « effets de réseau croisés » (la valeur d’un réseau augmente avec le nombre d’utilisateurs) structurent l’économie numérique dont les marchés sont à deux versants.

D’un côté ces géants du numérique concourent à installer la gratuité comme mécanisme d’incitation de la demande à rejoindre la plate-forme, car avec leurs milliers de services accessibles gratuitement, l’intérêt du consommateur est toujours accru. De l’autre côté la monétisation de ces services repose sur la publicité en ligne, qui constitue 80 % du chiffre d’affaires de Google et 95 % de celui de Facebook.

Leur modèle économique repose ainsi sur la collecte massive les données (big data) et leur exploitation par des algorithmes et l’intelligence artificielle. Les deux versants des marchés sont ainsi reliés par un système d’appariement qui est au cœur de la création de valeur d’une plate-forme. Les GAFA se « nourrissent » de toutes les traces que nous laissons par notre navigation sur les sites.

Nos données constituent selon Pierre Louette, PDG de l’Agence France-Presse de décembre 2005 à avril 2010, « d’immenses réservoirs, de segmentation, de prédictibilité qui servent toutes les opportunités de recommandation, de proposition ciblée et de monétisation » (Des géants et des hommes : Pour en finir avec l’emprise des Gafa sur nos vies, Laffont, 2021). Avec le premier moteur de recherche au monde et sa pléthore de services gratuits, Google est certainement la plate-forme qui bénéficie de la plus grande traçabilité de ses utilisateurs.

La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

 

Sous l’effet des sollicitations cognitives qui abrutissent, la liberté de pensée est en danger estime Vincent Lamkin*) ( dans l’Opinion)

 

Tribune

 

La liberté d’expression est célébrée à la mesure de la bêtise qui s’est abattue sur elle et du terrorisme qui l’a prise pour cible. L’extrême violence que l’ignorance ou le fanatisme peuvent arborer à son encontre ne doit pas nous tromper cependant : la liberté d’expression est très forte dans notre pays. Elle l’est dans l’espace public où les médias sont beaucoup plus libres et divers qu’ils ne le furent en d’autres temps. La censure d’Etat, au nom des bonnes mœurs, s’est réduite à peau de chagrin, si l’on pense à celle qui pesait sur l’art et la société au XIXe siècle.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun a gagné un droit à la parole publique, avec bien peu de limites. Elle l’est dans l’entreprise où le dialogue social et l’écoute atteignent des niveaux inédits. Elle l’est dans le cercle de la famille et à l’école où les enfants ont gagné un droit à s’exprimer qu’ils n’avaient pas jadis…

*Mais la liberté d’expression peut être un leurre et constituer un idéal bien maigre si la liberté de pensée, qui la légitime, se trouve atrophiée et pervertie par une société qui distrait et flatte plus qu’elle n’éduque, qui assujettit plus qu’elle ne forme et n’émancipe… La belle affaire qu’une société où la liberté d’expression serait totale mais où les individus auraient perdu toute capacité à forger un jugement libre et civilisé, ancré dans un champ de questionnements rationnels, de connaissances et de valeurs universelles.

Comme l’a notamment démontré dans ses travaux successifs le sociologue Gérald Bronner, nous vivons de plus en plus, par un effet d’aliénation aux écrans et aux contenus les plus racoleurs, sous l’empire et dans l’emprise de sollicitations cognitives qui captent notre attention, altèrent notre capacité de jugement et alimentent des addictions stériles. Ce constat implacable se doit d’être affiché sur les murs d’une société disneylandisée (la culture a rejoint la grande famille des loisirs : on se « vide la tête ») et hystérisée par des altercations binaires et superficielles. Société dont, last but not least, le système éducatif est en crise.

On peut craindre que notre époque, sous ses airs sympathiques, dégrade la liberté de pensée plus qu’elle ne la sert – reportant toute son attention sur la médiatique liberté d’expression, paradoxalement moins engageante. « Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter », déclarait, en son temps déjà, Kierkegaard.

La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer

Les grands artistes et les penseurs dissidents des régimes totalitaires – de Soljenitsyne à Kundera – ont prouvé que la liberté de pensée n’est pas inféodée à la liberté d’expression. C’est le sens de la fameuse phrase de Sartre : « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande ». La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer. Dans une époque où l’État n’aime rien tant qu’à déresponsabiliser pour mieux infantiliser et où la solitude de la pensée se heurte au bruit permanent du monde, la partie n’est pas gagnée.

Iceberg. La liberté d’expression est la partie émergée d’un iceberg, et nous ne devons l’encenser que pour ce qu’elle permet, non pour ce qu’elle serait en soi. Sinon, elle n’est qu’une arme de plus offerte à la toute-puissance du sujet roi ! Si la liberté d’expression ne visait qu’à la cohabitation cloisonnée des contraires, la paix civile serait fragile. Dans une République digne de ce nom, chacun doit tolérer la pensée d’autrui pour construire une communauté de vie et de destin. Le problème, dans notre société d’hyper-sensibilité et de gestion étatisée des récits victimaires, est que « la tolérance n’a plus pour but d’assurer l’échange d’arguments et le brassage des modes de vie divers, comme le déplore Claude Habib. Elle devient séparatrice ».

La liberté de pensée mobilise notre entendement et notre libre arbitre. Elle est beaucoup plus qu’un droit, c’est un pouvoir, une responsabilité que chaque individu a le devoir d’apprendre à exercer, qui engage notre éducation, notre culture. Le terrorisme intellectuel contemporain, qui bipolarise et hystérise tout débat, est le symptôme d’une société où la liberté de pensée – qui a des comptes à rendre à la raison, à l’Histoire, au champ argumentaire – s’est appauvrie ; là où la liberté d’expression, revendiquée pour elle-même, débouche sur un dialogue de sourds. Or, c’est bien la capacité à dégager des jugements communs, des valeurs communes, des caps collectifs, dans le respect d’une pluralité de nuances, qui est cruellement en jeu dans le monde contemporain.

*Vincent Lamkin est co-Président d’Opinion Valley, associé-Fondateur de Comfluence.

Missiles de la Corée du Nord : Nouvelle mise en danger de la région

 Missiles de la Corée du Nord : Nouvelle mise en danger de la région

 

Le régime de Kim Jong-un a effectué avec succès des tirs d’essai d’un nouveau « missile de croisière longue portée » durant le week-end, ses premiers tirs depuis mars, a annoncé l’agence officielle KCNA ce lundi.

Antoine Bondaz, chercheur à la Fondation pour la Recherche Stratégique (FRS), enseignant à Sciences-Po Paris, et spécialiste notamment de la Corée du Nord s’inquiète lundi 13 septembre sur franceinfo, après des tirs d’essai d’un nouveau missile de croisière longue portée par la Corée du Nord.

: Le Japon a-t-il raison d’évoquer l’existence d’une menace réelle et sérieuse pour la paix et la sécurité du pays ?

Antoine Bondaz : C’est le cas pour l’ensemble des pays de la région : la Corée du Sud, le Japon, mais aussi les États-Unis qui ont une présence militaire très forte dans ces deux pays. Ils ont des raisons de s’inquiéter parce que cela démontre que la Corée du Nord depuis ces dernières années poursuit son programme de développement, qu’il soit balistique en tant que tel ou pour l’ensemble de ces missiles. Ce sont des missiles de croisière à longue portée qui pourraient frapper notamment des intérêts japonais dans l’archipel. La Corée du Nord continue d’améliorer et de développer tous ses systèmes d’armes. C’est dans un contexte d’accroissement des capacités de l’ensemble des acteurs [Etats-Unis, Corée du Sud, Japon] que la Corée du Nord a testé ces deux missiles.

Et le développement de ces types d’armes, qu’est-ce que ça change ?

Ces deux dernières années, la Corée du Nord a multiplié les essais balistiques à courte portée. Ce qui diffère avec le double essai de ce week-end, c’est que c’est un missile de croisière qui voyage à une altitude beaucoup plus faible. Ce qui rend son interception par certains systèmes de défense plus complexe. C’est un message envoyé à la Corée du Sud et au Japon pour dire que la défense anti-missile de ces pays, mais aussi celle des États-Unis qui y est déployée ne sera pas suffisante en cas de conflit, pour éviter des frappes nord-coréennes. Pour l’instant ce sont des provocations auxquelles la communauté internationale peut avoir beaucoup de mal à répondre, car ce ne sont pas des tirs balistiques à longue portée comme en 2016 et 2017 qui avaient enclenché des sanctions de la part du Conseil de sécurité des Nations unies. Et puis les résolutions ne mentionnent pas explicitement les missiles de croisière comme étant interdits. C’est donc plus difficile pour les membres du Conseil de sécurité de l’Onu de se coordonner, de se mettre d’accord.

« Les Américains ont une nouvelle stratégie qui est assez floue. »

 

Kim Jong-Un, le chef d’État nord-coréen n’a pas assisté à ces lancements. Comment l’interprétez-vous ?

Ce n’est pas en soi fondamentalement une information importante. Ce qui est important, c’est qu’en janvier lors du 8e congrès du Parti du travail de Corée du Nord, Kim Jong-Un avait annoncé que le pays continuerait de développer son programme nucléaire et notamment ses armes tactiques. Ce qui se passe ce week-end n’est que la réalisation de choses qui ont été annoncées. Entre-temps, les discussions entre Américains et Nord-coréens n’avancent plus du tout. Il n’y a pas d’avancée tant les Etats-Unis que la Corée du Nord ne semblent pas prêts pour l’instant à faire les concessions que l’un et l’autre attendent.

Le danger des cryptomonnaies

Le danger des cryptomonnaies   

 

Par Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, ULB, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Bâle estime que les banques devront courir les risques des  cryptomonnaies.

 

Tribune

Si les banques proposent des cryptomonnaies, elles devront couvrir les risques de manière à n’en faire courir aucun à leurs clients. C’est la lecture qu’on peut faire de la proposition du comité de Bâle sur le contrôle bancaire – un forum composé des représentants de 27 banques centrales principales et autres autorités prudentielles  – pour enfin réguler les cryptomonnaies. Le comité de Bâle, sorte d’Onu des banques centrales, donne le ton pour le reste du monde quand il s’agit d’obligations prudentielles.

Ces dernières définissent la manière dont les banques couvriront les risques des cryptomonnaies qu’elles intégreraient dans leur offre. Toutes les cryptomonnaies ne seront pas équivalentes. Le bitcoin fera partie du groupe 2, c’est-à-dire un « actif »  dont la valeur ne repose sur rien… d’autre que  le (des)équilibre entre l’offre et la demande. Il ne vaut mieux pas appartenir à ce groupe 2.

Principe de jeton

Le groupe 1, par opposition au groupe 2, inclura les cryptomonnaies moins dangereuses avec un  mécanisme qui stabilise leur valeur autrement que par l’offre et la demande ou qui ont des actifs sous-jacents. Soit c’est un panier de devises traditionnelles qui fixe sa valeur (comme le Libra de Facebook désormais renommé Diem), soit la cryptomonnaie prend la forme d’un jeton virtuel dans le blockchain qui prouve la possession d’un actif traditionnel comme une obligation par exemple. Ce principe de jeton connait aujourd’hui un grand succès avec les NFT qui attestent qu’on est propriétaire d’une œuvre d’art numérique (et en tant que telle aisément copiable).

Il faut prouver que la cryptomonnaie que la banque souhait inclure dans son offre appartient au groupe 1 sur base de ces critères. L’autorité prudentielle qui supervise la banque devra approuver ou non la démonstration. Il ne s’agit pas de faire une auto-évaluation sinon une banque pourra estimer qu’une même cryptomonnaie appartient au groupe 1 tandis qu’une autre ne s’y risquerait pas. Cependant, une cryptomonnaie n’ayant pas de frontière, comment gérer le cas d’une autorité prudentielle d’un pays qui accepte que cette cryptomonnaie appartient au groupe 1 tandis qu’une autre pas, avec, au final, le consommateur de ce pays qui prendra donc des risques.

Les principes de la supervision

Quand une cryptomonnaie appartient au groupe 1, le comité de Bâle propose aux autorités prudentielles de la réguler sur base de 3 principes:

-        Même risque, même activité, même traitement : comme les cryptomonnaies du groupe 1 ont des actifs derrière elles qui définissent leur « vraie » valeur, les risques à couvrir seront ceux des  valeurs sous-jacentes.  C’est logique.

-        Simplicité : inutile de déployer une régulation sophistiquée pour une classe d’actifs, les cryptomonnaies, qui n’est pas encore importante. En faisant simple au début, on ne devra pas détricoter quelque chose pour reconstruire autre chose au fur et à mesure de l’évolution technologique des cryptomonnaies.

-        Minimalisme : les États ont la possibilité de réguler au-delà des recommandations du comité de Bâle. C’est d’ailleurs déjà  le cas de la Chine qui a banni en 2013 les bitcoins ou de la Belgique qui en interdit la commercialisation active depuis 2014.

Les banques devront avoir mis en place une organisation ad hoc pour adresser les risques liés aux cryptomonnaies. On ne s’improvise pas spécialiste en crypto-risques : Il faudra avoir mis en place  toute une organisation avec une gouvernance, compétence, expertise adéquates.

Quels fonds propres posséder pour couvrir le risque des cryptomonnaies du groupe 1 ? Les mêmes que  leurs actifs sous-jacents. Et de donner des exemples : si la cryptomonnaie est un jeton qui « prouve »  la possession d’une obligation ou d’une action, ce seront les fonds propres qui leur sont associés mais à la condition que rien ne doit empêcher la banque qui agit pour son client d’échanger le jeton contre l’action ou l’obligation en toute circonstance. Quant aux cryptomonnaies liées à un panier de devises traditionnelles, elles doivent être exigibles immédiatement. Pas question, dit le comité de Bâle, de passer par une transformation préalable intermédiaire en des actifs traditionnels convertibles ensuite en devises.

 

Quant aux bitcoins, c’est bien simple, c’est le risque zéro: pour chaque euro exposé en bitcoin, la banque provisionnera un euro au minimum.

Les risques non prudentiels

Les banques devront aussi surveiller les risques purement technologiques des cryptomonnaies comme la stabilité du réseau et du blockchain qui le sous-tend, la fiabilité des nœuds du blockchain pour éviter leur manipulation, la protection adéquate des clés de celui qui possède la cryptomonnaie…. : Tout ceci demande une fameuse montée en compétences et une expertise crypto pour le chef des banques.

Si la banque n’arrive pas à évaluer correctement les risques des cryptomonnaies, les autorités prudentielles devront durcir les stress tests exigés des banques, demander des provisions supplémentaires ou tout simplement limiter l’activité crypto des banques.

Bien évidemment, les monnaies digitales des banques centrales comme l’Euro digital tombent en dehors de cette proposition du comité de Bâle. Ce serait comme se réguler soi-même.

Les propositions du comité sont pour l’instant soumises à consultation. Il est temps de toute façon. Aux Etats-Unis, des fonds commencent à proposer d’investir une partie de son plan de pension en bitcoin. La Chine fait la chasse aux fermes qui minent des bitcoins dans des provinces qui sont obligées de rouvrir des mines à charbon pour faire face à la demande d’électricité qui en résulte.  Finalement, le dindon de la farce sera le consommateur le moins informé qui investira trop tard en bitcoin et perdra tout.

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Pour en savoir plus: Prudential treatment of cryptoasset exposures, June 21, Basel Committee on Banking supervision, Issued for comment by 10 September 2021

Le danger des cryptomonnaies pour les banques

Le danger des cryptomonnaies   pour les banques

 

Par Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, ULB, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Bâle estime que les banques devront courir les risques des des cryptomonnaies.

 

Tribune

Si les banques proposent des cryptomonnaies, elles devront couvrir les risques de manière à n’en faire courir aucun à leurs clients. C’est la lecture qu’on peut faire de la proposition du comité de Bâle sur le contrôle bancaire – un forum composé des représentants de 27 banques centrales principales et autres autorités prudentielles  – pour enfin réguler les cryptomonnaies. Le comité de Bâle, sorte d’Onu des banques centrales, donne le ton pour le reste du monde quand il s’agit d’obligations prudentielles.

Ces dernières définissent la manière dont les banques couvriront les risques des cryptomonnaies qu’elles intégreraient dans leur offre. Toutes les cryptomonnaies ne seront pas équivalentes. Le bitcoin fera partie du groupe 2, c’est-à-dire un « actif »  dont la valeur ne repose sur rien… d’autre que  le (des)équilibre entre l’offre et la demande. Il ne vaut mieux pas appartenir à ce groupe 2.

Principe de jeton

Le groupe 1, par opposition au groupe 2, inclura les cryptomonnaies moins dangereuses avec un  mécanisme qui stabilise leur valeur autrement que par l’offre et la demande ou qui ont des actifs sous-jacents. Soit c’est un panier de devises traditionnelles qui fixe sa valeur (comme le Libra de Facebook désormais renommé Diem), soit la cryptomonnaie prend la forme d’un jeton virtuel dans le blockchain qui prouve la possession d’un actif traditionnel comme une obligation par exemple. Ce principe de jeton connait aujourd’hui un grand succès avec les NFT qui attestent qu’on est propriétaire d’une œuvre d’art numérique (et en tant que telle aisément copiable).

Il faut prouver que la cryptomonnaie que la banque souhait inclure dans son offre appartient au groupe 1 sur base de ces critères. L’autorité prudentielle qui supervise la banque devra approuver ou non la démonstration. Il ne s’agit pas de faire une auto-évaluation sinon une banque pourra estimer qu’une même cryptomonnaie appartient au groupe 1 tandis qu’une autre ne s’y risquerait pas. Cependant, une cryptomonnaie n’ayant pas de frontière, comment gérer le cas d’une autorité prudentielle d’un pays qui accepte que cette cryptomonnaie appartient au groupe 1 tandis qu’une autre pas, avec, au final, le consommateur de ce pays qui prendra donc des risques.

Les principes de la supervision

Quand une cryptomonnaie appartient au groupe 1, le comité de Bâle propose aux autorités prudentielles de la réguler sur base de 3 principes:

-        Même risque, même activité, même traitement : comme les cryptomonnaies du groupe 1 ont des actifs derrière elles qui définissent leur « vraie » valeur, les risques à couvrir seront ceux des  valeurs sous-jacentes.  C’est logique.

-        Simplicité : inutile de déployer une régulation sophistiquée pour une classe d’actifs, les cryptomonnaies, qui n’est pas encore importante. En faisant simple au début, on ne devra pas détricoter quelque chose pour reconstruire autre chose au fur et à mesure de l’évolution technologique des cryptomonnaies.

-        Minimalisme : les États ont la possibilité de réguler au-delà des recommandations du comité de Bâle. C’est d’ailleurs déjà  le cas de la Chine qui a banni en 2013 les bitcoins ou de la Belgique qui en interdit la commercialisation active depuis 2014.

Les banques devront avoir mis en place une organisation ad hoc pour adresser les risques liés aux cryptomonnaies. On ne s’improvise pas spécialiste en crypto-risques : Il faudra avoir mis en place  toute une organisation avec une gouvernance, compétence, expertise adéquates.

Quels fonds propres posséder pour couvrir le risque des cryptomonnaies du groupe 1 ? Les mêmes que  leurs actifs sous-jacents. Et de donner des exemples : si la cryptomonnaie est un jeton qui « prouve »  la possession d’une obligation ou d’une action, ce seront les fonds propres qui leur sont associés mais à la condition que rien ne doit empêcher la banque qui agit pour son client d’échanger le jeton contre l’action ou l’obligation en toute circonstance. Quant aux cryptomonnaies liées à un panier de devises traditionnelles, elles doivent être exigibles immédiatement. Pas question, dit le comité de Bâle, de passer par une transformation préalable intermédiaire en des actifs traditionnels convertibles ensuite en devises.

 

Quant aux bitcoins, c’est bien simple, c’est le risque zéro: pour chaque euro exposé en bitcoin, la banque provisionnera un euro au minimum.

Les risques non prudentiels

Les banques devront aussi surveiller les risques purement technologiques des cryptomonnaies comme la stabilité du réseau et du blockchain qui le sous-tend, la fiabilité des nœuds du blockchain pour éviter leur manipulation, la protection adéquate des clés de celui qui possède la cryptomonnaie…. : Tout ceci demande une fameuse montée en compétences et une expertise crypto pour le chef des banques.

Si la banque n’arrive pas à évaluer correctement les risques des cryptomonnaies, les autorités prudentielles devront durcir les stress tests exigés des banques, demander des provisions supplémentaires ou tout simplement limiter l’activité crypto des banques.

Bien évidemment, les monnaies digitales des banques centrales comme l’Euro digital tombent en dehors de cette proposition du comité de Bâle. Ce serait comme se réguler soi-même.

Les propositions du comité sont pour l’instant soumises à consultation. Il est temps de toute façon. Aux Etats-Unis, des fonds commencent à proposer d’investir une partie de son plan de pension en bitcoin. La Chine fait la chasse aux fermes qui minent des bitcoins dans des provinces qui sont obligées de rouvrir des mines à charbon pour faire face à la demande d’électricité qui en résulte.  Finalement, le dindon de la farce sera le consommateur le moins informé qui investira trop tard en bitcoin et perdra tout.

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Pour en savoir plus: Prudential treatment of cryptoasset exposures, June 21, Basel Committee on Banking supervision, Issued for comment by 10 September 2021

Géopolitique– Le danger chinois

Géopolitique– Le danger chinois 

Comment faire face à l’irrédentisme chinois ? Si la nouvelle administration américaine assume le défi, Paris et Berlin veulent éviter la confrontation et restent dans le déni, s’inquiète, dans une tribune au « Monde », le sinologue Jean-Yves Heurtebise.

 

Le premier dirigeant étranger invité par Joe Biden à la Maison Blanche après son élection fut le premier ministre japonais, Yoshihide Suga ; le second fut le président sud-coréen, Moon Jae-in. En juin, Joe Biden rencontra les dirigeants du G7 mais aussi ceux du D10 (G7 plus Australie, Corée du Sud, Inde), puis ceux des 30 pays membres de l’OTAN. Toute cette activité diplomatique tourna autour d’une question centrale : « Comment faire face à la Chine ? ».

Plus exactement, comment faire face à cette Chine dirigée par ce Parti communiste qui vient de fêter en grande pompe ses 100 ans d’existence en promettant de « fracasser la tête et répandre le sang » (selon les termes fleuris de Xi Jinping) de tous ceux qui voudraient « l’intimider » ? Comment faire face à cette puissance économique, premier émetteur de COau monde (27 % des émissions pour 18 % de la population), dont les pressions irrédentistes, sur terre ou en mer, inquiètent les pays riverains (Inde, Vietnam, Indonésie, etc.) et dont le modèle sociopolitique se dit seul aller dans le sens de l’histoire face à un « Occident en déclin » ?


Quand les Etats-Unis et le Japon d’un côté et la Russie et la Chine de l’autre conduisent des exercices militaires communs dans l’Indo-Pacifique, l’Europe de la chancelière Angela Merkel veut, fin décembre 2020, ratifier un accord d’investissement avec la Chine, sans inviter ni l’Italie ni l’Espagne, et envisage, fin juin 2021, une rencontre avec Poutine, irritant pays baltes, Suède et Pays-Bas. On pourrait se demander si l’Allemagne, avec sa dépendance au gaz russe renforcée par la fermeture de ses centrales nucléaires et l’inféodation de son industrie automobile au marché chinois, n’est pas l’homme diplomatique malade de l’Europe.

La Chine, une menace pour l’OTAN ?

Quant à la France, elle reçoit les félicitations de Pékin pour sa quête d’une « indépendance stratégique » et répond à l’appel de Biden par le mantra : « Surtout pas de confrontation. » A la volonté de l’OTAN de qualifier la Chine de menace pour l’Organisation, le président Emmanuel Macron rétorque en soulignant que celle-ci est loin de l’Atlantique Nord. Cette position interroge : Vladivostok est bien plus à l’est que Shanghaï ; quant à la cyberguerre, elle ne connaît pas de frontières. De fait, la participation de sous-marins français à des exercices de liberté de navigation loin des côtes nationales, en mer de Chine du Sud, souligne la projection stratégique nécessaire.

Chine, Japon, Corée : le danger démographique

Chine, Japon, Corée : le danger démographique

Les trois pays d’Asie du Nord-Est doivent adapter d’urgence leur modèle économique et social au vieillissement rapide de leur population, prévient le politiste Yves Tiberghien dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Le triangle Japon-Corée-Chine est au cœur du modèle asiatique de croissance à haute vitesse qui a tant inspiré le reste du monde. Sur le plan démographique, ces trois pays ont tiré parti d’une vaste population jeune et bien formée entrant sur le marché du travail. Mais ces temps sont révolus. Tous font face à une chute brutale de la natalité, au vieillissement rapide leurs populations et à une urgence d’adaptation de leur modèle économique et social.


Au Japon, le taux de fécondité par femme oscille entre 1,3 et 1,4 depuis 1995 ; la population, estimée à 125,7 millions de personnes en 2021, a une moyenne d’âge de 49 ans et a déjà chuté de 3 millions d’habitants depuis son maximum atteint en 2011. La population de la Corée du Sud n’a pas encore décru, mais le taux de fécondité est tombé depuis 2018 à 0,9, le plus bas niveau mondial ! Quant à la Chine, elle a déjà rejoint ce club du fait de sa politique de l’enfant unique (1979 – 2016) : la fécondité a chuté à 1,3 en 2020. Sa population est proche de son maximum à 1,415 milliard et va bientôt diminuer, mais la moyenne d’âge, 38 ans, est encore basse. Ces taux de fécondité contrastent avec ceux, encore élevés, dans le reste de l’Asie, notamment en Inde (2,2 en 2018) et Asie du Sud-Est (Indonésie à 2,3).

 

La population vieillit très rapidement dans les trois pays. Les plus de 65 ans représentent 28 % des Japonais en 2018 (le taux le plus élevé du monde), 14 % des Coréens et 11 % des Chinois. Pour comparaison, ce taux est de 20 % en Union européenne et en France. Cela génère un ratio de « dépendance » (entre population âgée et population active) de 50 % au Japon en 2019 ; il devrait attendre 80 % en 2060. La Corée du Sud part de plus bas (20 % en 2019), mais elle se dirige vers le plus haut ratio du monde en 2060 (85 %). La Chine est actuellement à 15 %, mais la montée sera rapide dans les années qui viennent, bien qu’elle ait abandonné la politique de l’enfant unique, autorisant deux enfants en 2016, puis trois en 2021. Mais l’effet de ce changement tardif sera très limité du fait des coûts de vie exorbitants dans les villes et de la modernisation des modes de vie. Comment les pays d’Asie du Nord-Est réagissent-ils à cette transformation radicale ?

 

Premièrement, pour des raisons culturelles et politiques, Japon, Corée du Sud et Chine feront très peu appel à la migration, malgré les demandes de leurs entreprises. Japon et Corée ont entrouvert la porte à des populations limitées pour des durées limitées et répondant à des critères économiques et culturels précis (avec un maximum de 400 000 personnes dans le cas du Japon), mais ces petits pas n’auront pas d’impact réel.

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