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la Ve République en danger

la Ve République en danger

 

Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde » s’inquiète d’une forme d’activisme qui menace la Ve République

(Extrait)

 

 

Chronique. En écho aux secousses démocratiques que vivent les Etats-Unis ressurgit en France le débat autour de nos institutions. Jusqu’à la fin du quinquennat, François Bayrou se battra pour tenter d’imposer le scrutin proportionnel aux élections législatives de 2022. Constatant que les « démocraties hypermajoritaires » sont arrivées à un stade où elles créent de l’« affrontement » et de la « violence », le président du MoDem veut que les minorités soient mieux représentées à l’Assemblée nationale. « Comment comprendre que Marine Le Pen fasse 35 % à la présidentielle et 1 % des députés », s’étonnait-il dans L’Opinion, en décembre 2020.

La durée de la crise sanitaire liée au Covid-19, l’ampleur de l’endettement qu’elle fait naître, la profondeur de la crise économique et sociale engendrée par la récession imposent un minimum de cohésion nationale. « La proportionnelle est le seul moyen de former les larges rassemblements dont le pays a besoin », renchérissait le centriste dans Le Monde, le 22 décembre, inspiré par le modèle allemand de la coalition.

 

Sur l’analyse, difficile de lui donner tort et pourtant… comment oublier que la Ve République est née de l’échec de la IVe, de l’incapacité de cette dernière à rendre efficace le régime des partis et à résoudre le problème du moment qu’était la guerre d’Algérie ?

A ce jour, François Bayrou n’a pas remporté la bataille de la proportionnelle. En revanche, le constat qu’il dresse rejoint celui de beaucoup d’autres acteurs publics : « le prix à payer » pour la stabilité des institutions « n’a cessé de croître », déplore le sénateur LR Philippe Bas, dans une tribune au Monde, le 14 janvier. L’ancien secrétaire général de l’Elysée y dénonce la verticalité du pouvoir, le cantonnement du Parlement dans une simple fonction d’approbation, la méfiance de l’exécutif à l’égard du Sénat et la pauvreté du dialogue avec les élus locaux. Autant de maux diagnostiqués depuis longtemps mais qui, à force de s’aggraver, finissent par éroder « la vitalité de la démocratie ».

Procès en impuissance

Longtemps, le passage au quinquennat a fait figure de grand accusé. Tout se serait déréglé après la décision, validée par référendum en l’an 2000, de raccourcir de sept à cinq ans le mandat présidentiel pour l’aligner sur celui des députés. L’obsession, à l’époque, était d’éviter les cohabitations. Personne n’avait cependant anticipé que le scrutin présidentiel, précédant de quelques semaines l’élection des députés, allait tout régenter. Procédant de l’élection d’un homme, les membres de la majorité se trouvèrent ramenés au rôle de godillots, et ceux de l’opposition à celui de figurant.

Coronavirus : l’extrême danger du virus britannique

Coronavirus : l’extrême danger du virus britannique

 

Le Coronavirus a déjà enregistré de nombreuses mutations mais la dernière souche britannique constitue un danger particulier compte tenu de la vitesse de contamination. C’est sans doute ce virus qui contribue à augmenter de façon très significative la contamination dans de nombreux pays. Malheureusement la vitesse de circulation de cette souche ne permet pas d’identifier son ampleur voir ses conséquences.

 

 Cette souche sera sans doute à l’origine de  reconfinements dans plusieurs pays. La France annonce une trentaine de contaminations du type britannique mais il s’agit d’un chiffre tout à fait approximatif, on ne sait pas réellement quelle est l’ampleur du phénomène.

 

«Pour répondre à cette question, il faut connaître deux paramètres, d’une part la prévalence du nouveau variant, c’est-à-dire quel est son niveau de circulation, et d’autre part son effet sur la propagation de la maladie, explique Mircea Sofonea, épidémiologiste et modélisateur à l’université de Montpellier. Les mesures britanniques nous donnent une idée du deuxième paramètre, de l’excès de contagiosité du nouveau variant, mais nous n’avons malheureusement à ce jour aucune donnée fiable « 

Brexit: danger sur les marchés financiers

Brexit: danger sur les marchés financiers

 

Il y a forcément danger pour les marchés financiers en particulier à Londres concernant les actifs, actions et dérivés, libellés en euros . En effet le basculement aura lieu brutalement le 1er janvier. On risque alors pour Londres de se rendre compte de l’intérêt de transfert d’activité vers le marché européen, Francfort ou Paris par exemple.

Si l’accord conclu la semaine dernière par Londres et Bruxelles fixe des règles claires pour des secteurs comme la pêche et l’agriculture, il ne concerne pas le secteur financier britannique, ce qui le prive d’un accès automatiques aux marchés de l’UE dès le 1er janvier. Un accord devrait intervenir le moment venu concernant le marché financier entre le Royaume-Uni et l’union européenne mais pas avant des semaines voire des mois.

“Il s’agit d’un événement de l’ordre du big-bang et c’est un élément que le marché n’a pas encore complètement intégré”, a déclaré à Reuters Alasdair Haynes, directeur général de la plate-forme de transactions Aquis Exchange, basée à Londres.

“Tout va changer en une journée à peine, littéralement, et il faut prier Dieu pour que rien d’extraordinaire ne se produise sur le marché qui générerait des volumes importants.”

Des deux côtés de la Manche, les autorités financières se préparent donc à surveiller attentivement la réouverture des marchés lundi prochain, 4 janvier, à l’affût d’éventuels mouvements désordonnés.

Dès lundi en effet, les banques de l’UE devront traiter les actions libellées en euros au sein de l’Union, ce qui les obligera à transférer vers le continent les opérations réalisées jusqu’à présent sur des plates-formes basées à Londres, qu’elles soient exploitées par CBOE Europe, Aquis Exchange, Turquoise (filiale de London Stock Exchange Group) ou Goldman Sachs.

Ces dernières traitent pour l’instant la majeure partie des transactions transfrontalières sur les actions au sein de l’UE, soit quelque 8,6 milliards d’euros par jour en octobre, un quart environ du montant total des transactions sur actions en Europe selon des données de CBOE.

CBOE espère que sa chambre de compensation basée à Amsterdam récupérera une partie de l’activité réalisée pour l’instant par ses concurrents à Londres. Aquis, de son côté, prévoit de réaliser à terme la moitié de son activité dans l’UE.

Goldman Sachs s’attend à ce que la moitié des échanges d’actions réalisés sur sa plate-forme Sigma-X se déplace de Londres vers son “hub” parisien.

Pour ce qui est des produits dérivés en euros traités pour l’instant à Londres, qui représentent des milliers de milliards d’euros de transactions, la Banque d’Angleterre (BoE) a mis en garde contre de possibles perturbations sur les swaps de taux d’intérêt, qui pourraient conduire la Grande-Bretagne à assouplir ses restrictions en la matière.

Erik-Jan van Dijk, responsable trésorerie et dérivés d’Achmea Investment Management, explique que les autorités concernées ont déjà pris des mesures pour réduire les risques en autorisant les banques de l’UE à poursuivre temporairement la compensation de leurs dérivés à Londres, alors qu’elles devraient en théorie la réaliser dans leur pays d’origine.

Mais le transfert de Londres vers l’UE devra finir par se faire, ce qui pourrait désavantager certaines contreparties britanniques.

“Nous pourrions maintenir certaines positions existantes au Royaume-Uni et nous pourrions choisir de ne pas faire affaire avec ces contreparties britanniques à l’avenir”, explique ainsi Erik-Jan van Dijk.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a déclaré que tout l’arsenal dont dispose la banque centrale serait disponible en cas de besoin, mais les autorités ont jusqu’à présent dit ne s’attendre à aucune menace réelle pour la stabilité financière.

“Ce n’est pas le début de la fin de Londres mais c’est plutôt embarrassant et c’est un enjeu énorme pour la Grande-Bretagne”, estime Alasdair Haynes chez Aquis.

Réseaux de données européens en danger ?

  • Réseaux de données européens en danger ?

Gérard Vespierre, Président de Strategic Conseils , s’inquiète du manque de stratégie protégée les réseaux de données au plan européen dans une chronique à laTribune

 

Chronique

 

Le Portugal a préparé un plan visant à conforter et sécuriser les réseaux de câbles sous-marins reliant l’Europe au reste du monde. Lisbonne peut compter sur le soutien politique de plusieurs pays impliqués dans cette vision, la France devrait y jouer un rôle.

Mais en dehors de son tour de présidence à la tête du Conseil Européen, quelles sont les motivations portugaises à s’impliquer dans ce domaine ?

Tout d’abord, avant l’Histoire, il convient de considérer la géographie. Le positionnement du Portugal place ce pays à un absolu carrefour. Il occupe en effet une position privilégiée vis-à-vis de l’autre côté de la façade atlantique, tant de l’Amérique du nord que de l’Amérique du sud. De plus, il est l’ultime territoire pour les pays du nord de l’Europe, vers le continent africain. Enfin, sans être sur la façade méditerranéenne, il en est néanmoins très proche.

En conséquence, cette position carrefour va très tôt donner au Portugal une place privilégiée dans l’organisation des réseaux de câblage sous-marin. Dès 1870 ce pays a été relié au Royaume-Uni, par un premier câble télégraphique.

L’Histoire et la technologie ont poursuivi leurs chemins, et à ce jour le Portugal dispose de 10 amarres pour des systèmes optiques sous-marins. Il est ainsi le seul pays à disposer de connections directes avec tous les continents, à l’exception de l’Antarctique.

On comprend mieux dès lors les raisons qui motivent le Portugal à s’impliquer dans un tel projet.

Lisbonne considère les réseaux de câbles sous-marins comme le grand absent des préoccupations européennes dans le cadre d’une stratégie numérique globale. Ces réseaux constituent pourtant le lien essentiel des échanges internet dans le monde ! Le Portugal veut donc la mise en place d’un plan d’investissement pan-européen, afin que l’Europe installe ses propres câbles sous-marins, et améliore ses infrastructures numériques continentales.

Cette stratégie aboutirait alors à un vaste plan industriel visant à augmenter les réseaux de connections entre les pays européens, ainsi que les liaisons entre l’Europe et les autres continents. Un tel projet serait, à l’évidence, un accélérateur de croissance pour l’industrie européenne des télécoms.

Un 4ème pilier numérique verrait ainsi le jour, après celui du « Cloud » souverain, contenu dans le plan Gaia-X présenté en début d’année par le ministre allemand de l’Économie, et les 2ème et 3ème pilier que constituent « l’Acte pour les Services Numériques » et « l’Acte pour les Marchés Numériques » présentés par la Commission Européenne, le 15 décembre.

Grâce à l’apport de la vision Portugaise, l’Europe disposerait alors d’un dispositif stratégique global autour du numérique :

  • Sécurisation et développement des réseaux câblés ;
  • Mise en place d’un « Cloud » souverain ;
  • Modération des contenus web, de façon plus efficace ;
  • Freinage de la stratégie hégémonique des grands acteurs d’Outre-Atlantique.

Ces enjeux géopolitiques ont été présentés dans un précédent article.

Ainsi, s’il n’y a pas eu de vision globale au départ, au moins y-aurait-il la mise en place d’une stratégie globale à l’arrivée….

Avant les menaces sur les réseaux, il y a en effet une inconnue à prendre en compte : les conséquences du Brexit. Les volumes de données venant ou se dirigeant vers la Grande-Bretagne, pourraient éventuellement faire l’objet de la part des autorités Britanniques de nouvelles dispositions, à visée juridique ou sécuritaire….

Mais à côté de cette inconnue, il existe de réels risques et considérations stratégiques. Ainsi lors d’une réunion de l’OTAN, réunissant les ministres de la Défense des pays membres, au mois d’octobre, la protection des réseaux de câbles sous-marins a été un des sujets de l’ordre du jour. L’intérêt de la Russie dans le domaine cyber est connu, et ces réseaux représentent des points de passage à potentiel hautement disruptif.

Les Etats-Unis, principal membre de l’OTAN, ont ajouté sous l’autorité du Département d’Etat, les réseaux de câbles sous-marins, à leur liste d’infrastructures stratégiques pouvant être l’objet de visées chinoises… L’Europe doit également intégrer ce risque.

 

Mais pour les autorités européennes, il y a une autre considération, à savoir, la position croissante des géants américains du Web, Facebook, Amazon, dans le développement de leurs propres infrastructures. La maîtrise par l’Europe de ses infrastructures numériques apparaît comme une nécessité de long terme. Ces éléments stratégiques donnent un relief et une importance certaine aux tensions et combats qui se déroulent sur le flanc est de l’Europe, dans le Caucase-sud.

Cela peut sembler lointain, mais nous sommes aux portes de la Turquie, donc très proche de l’Europe. De plus à l’heure des méga-débits, ce ne sont plus les distances qui comptent, mais la connectivité et la vitesse. Une seule société géorgienne, Caucasus Online, détenait depuis 2008, la gestion du réseau de fibre venant d’Europe à travers la Mer Noire.

En 2018, le groupe azerbaïdjanais NEQSOL, établi aux Etats-Unis, en Ukraine, et également en Angleterre, prend la décision d’acquérir Caucasus Online.

Après avoir mené les contacts nécessaires avec les autorités gouvernementales géorgiennes des télécommunications, l’opération est finalisée en 2019. Mais depuis lors, le gouvernement géorgien, via l’autorité de tutelle, le GNCC, tente de revenir sur cette opération de nature privée, et préalablement acceptée. Au nom de quels intérêts… ? Gardons en mémoire que l’objectif de NEQSOL est de bâtir à partir des infrastructures de Caucasus Online un hub de communication vers l’Asie… sans passer par Moscou… !

Afin d’essayer de revenir à la situation antérieure, le gouvernement géorgien, sans base juridique valable, a fait introduire des amendements à la loi sur les Communications. Ces dispositions nouvelles lui ont permis, le 1er octobre, de faire nommer un « Special Manager » aux pleins pouvoirs, chez Caucasus Online. Fort de ses « pouvoirs spéciaux » il a déjà entrepris de s’opposer à la plainte déposée par la société auprès des tribunaux géorgiens… ! Cela s’apparente en réalité à une expropriation, puisque le propriétaire en titre, NEQSOL, ne peut plus exercer son autorité sur une structure lui appartenant juridiquement.

La société NEQSOL s’est donc résolue à porter le litige devant le CIRDI (Centre International pour le Règlement des Différents relatifs aux Investissements) basé à Washington, créé en 1965, et dépendant de la Banque Mondiale.

L’intensité d’un tel litige exprime naturellement la puissance des intérêts en jeu. Cela se passe aux portes de l’Europe. Les réseaux européens sont connectés avec le Caucase. Nous avons ici le signe de l’importance de ces enjeux, et donc l’absolue nécessité pour l’Europe d’établir clairement ses règles, et de mettre en place les moyens de les faire respecter.

Le Portugal a pleinement raison de vouloir faire ajouter un 4ème pilier aux dispositifs européens concernant le numérique et ses réseaux. La Géorgie illustre l’apprêtée des rivalités possibles dans le domaine des réseaux de fibre, internationaux. Le Portugal donne à l’Europe, avec ce projet, une impulsion stratégique de toute première importance pour le futur technologique européen, et sa nécessaire souveraineté.

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Gérard Vespierre, diplômé de l’ISC Paris, Maîtrise de gestion, DEA de Finances, Paris Dauphine, géo politologue, Fondateur du site : www.le-monde-decrypte.com

Vaccins Coronavirus : « Le danger »

Vaccins Coronavirus : « Le danger »

 

 

 

 

Le Dr Alexandre Bleibtreu est infectiologue à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière à Paris. Partisan de la vaccination, juge prématuré l’emballement actuel autour des « candidats vaccins » contre le Covid. Tribune dans les Échos

 

 

 « En entendant le battage actuel autour des projets de vaccins contre la Covid-19, je me dis que, collectivement, nous n’avons pas de mémoire. Je comprends l’espoir de la population et des gouvernements de trouver enfin un outil qui nous permette de sortir de cette période infernale. Moi aussi j’espère.

Mais en tant que médecin, je ne dispose d’aucune donnée scientifique qui me permette de conclure si nous sommes ou pas sur la bonne voie. Donc la seule chose que je peux dire aujourd’hui sur les candidats vaccins, c’est « je ne sais pas ».

Vaccin : ce qui se prépare en France

Le vaccin développé par Pfize et BioNTech

Les laboratoires qui travaillent sur ces projets de vaccins n’ont fait que des communiqués, évoquant 90 % d’efficacité sur des analyses intermédiaires, mais aucune publication de données scientifiques fiables qui puissent être soumises à vérification.

Pour faire simple, quand on parle d’efficacité vaccinale c’est comme si on parlait de l’efficacité d’un gilet pare-balles : on ne sait qu’il est efficace qu’une fois que la personne qui le porte s’est fait tirer dessus et en ressort indemne.

L’épreuve des balles

Si vous donnez un gilet à des gens, qu’à la fin de l’étude ils sont tous en vie mais que vous ne savez s’ils ont été exposés ou non à des tirs, c’est plus difficile de conclure à l’efficacité. Or sans publication des données scientifiques complètes (caractéristiques de la population, exposition au virus, nombre d’infectés dans chaque bras) il est impossible de conclure.

Ainsi une des firmes a présenté par un communiqué de presse la comparaison préliminaire des taux de contamination entre 15.000 personnes ayant reçu deux injections de leur vaccin et 15.000 autres à qui on avait injecté un placebo. Le 90 % d’efficacité qu’ils évoquent veut seulement dire que 90 % des gens qui ont contracté le virus appartenaient au groupe placebo. Mais nous ne savons pas pour l’instant si le groupe vacciné a été, dans sa vie quotidienne, plus ou moins exposé au virus que le groupe placebo.

Retour de bâton

Les firmes font du storytelling pour obtenir des précommandes des gouvernements. De leur point de vue, ce n’est pas étonnant car elles ont des recherches et un business à financer. Mais quand on survend les choses, on s’expose à un retour de bâton.

Il y a six mois, nous avons vécu cela avec le Remdesivir , un antiviral présenté comme très encourageant dans le traitement de la Covid-19 par le laboratoire Gilead. Et puis, quand les données scientifiques de la compagnie et des études indépendantes ont été publiées, on s’est rendu compte que ce médicament était inefficace chez les patients atteints d’une forme grave de Covid-19 et présentait un bénéfice très modeste pour les autres.

Cela a été pire avec la propagande autour de l’hydroxychloroquine qui a non seulement divisé le corps médical mais aussi les Français.

Hygiène et vaccination

S’agissant du storytelling sur les candidats vaccins et l’envolée des cours de Bourse des firmes qui les portent, ma crainte est qu’une éventuelle déconvenue d’un des candidats vaccins renforce les discours complotistes et les mouvances antivaccins .

Or les deux interventions humaines qui ont fait significativement baisser la mortalité à partir du XXe siècle sont premièrement l’hygiène et deuxièmement la vaccination. Tout recul sur ces deux points expose la société au retour de nombreuses maladies infectieuses.

Covid : la France parmi les pays les plus stricts pendant le premier confinement

La France figure parmi les pays qui ont adopté les règles les plus dures pour affronter la première vague de l’épidémie, combinant interdiction de sortir de chez soi et fermeture des écoles et commerces non-essentiels, selon une étude de l’OCDE. En revanche, elle n’a pas rendu le masque obligatoire dans les espaces publics lors du déconfinement.

 » Réseaux sociaux: le danger populiste »

 » Réseaux sociaux: le danger populiste »

Grand reporter à la « Folha de Sao Paulo », la journaliste brésilienne Patricia Campos Mello a montré comment la désinformation en ligne a permis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Les « technopopulistes » ne sévissent pas qu’au Brésil,

(Entretien dans le Monde)

A 45 ans, Patricia Campos Mello est l’une des journalistes brésiliennes les plus brillantes de sa génération. Grand reporter à la Folha de Sao Paulo, elle a publié en 2018 une enquête qui a fait sensation, révélant une vaste campagne de désinformation en ligne ayant permis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro. Dans son dernier ouvrage, A Máquina do Odio (Companhia das Letras, non traduit), sorti en juillet, elle révèle les coulisses de son enquête et dresse un sombre portrait de l’état de la démocratie brésilienne.

 Pourriez-vous nous résumer ce que vous avez découvert lors de l’élection présidentielle de 2018, que vous qualifiez d’« élection de WhatsApp » ?

Patricia Campos Mello : Depuis plusieurs années, on voyait monter partout le débat sur la manipulation des réseaux par les leaders populistes, en Inde, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne… Mon journal m’a demandé d’enquêter sur le cas brésilien. En ligne, pendant la campagne, circulaient en effet une quantité phénoménale d’informations erronées, de messages insultants ou haineux, en particulier via WhatsApp, visant principalement la gauche du Parti des travailleurs (PT), et dont la source demeurait mystérieuse.

Ce que j’ai découvert, c’est que Jair Bolsonaro bénéficiait du soutien de plusieurs chefs d’entreprise, qui ont contacté (sans qu’on sache vraiment s’il leur a demandé ou non) plusieurs agences de marketing et financé de manière illégale cette « machine de la haine » en ligne. Les messages diffusés sur WhatsApp ont eu un fort impact : ils ont été reçus et partagés auprès de millions d’électeurs. Ils ont contribué à tendre un peu plus le débat politique et ont renforcé le rejet du PT, favorisant à l’évidence le candidat populiste : Bolsonaro.

Comment est née et comment fonctionne cette « machine de la haine » ?

PCM : Bolsonaro ne s’est pas réveillé en 2018 en se disant : « Tiens, les réseaux sociaux peuvent me faire gagner les élections. » Cela fait des années que lui et son équipe préparaient le terrain, recrutant des influenceurs en ligne, ouvrant des comptes sur Twitter, Instagram, Facebook… Bolsonaro a compris avant tout le monde le parti qu’il pouvait tirer des réseaux sociaux pour conquérir le pouvoir. En ce sens, il a été visionnaire.

Concrètement, cette « machine » fonctionne aujourd’hui de manière très décentralisée. Il existe un « point focal », le fameux « cabinet de la haine », géré par les assistants en communication de Jair Bolsonaro à Brasilia, ainsi que par ses fils, en particulier Carlos, qui détient les codes du compte Twitter de son père. Ce « cabinet » cible les ennemis à abattre, oriente les attaques.

 

Ondes électromagnétiques 5G : danger ?

Ondes électromagnétiques 5G  : danger ?

France Info révèle que « Complément d’enquête » s’est adressé à une ONG australienne indépendante. Avec son aide, les journalistes ont compilé plus de 2 000 études publiées dans des revues médicales de référence. Résultat : près de 68% de ces travaux concluent à la présence d’effets biologiques (démontrés, mais ne déclenchant pas tous des pathologies graves) en dessous des valeurs limites d’exposition.

Ces valeurs limites protègent-elles vraiment notre santé ? Si l’on en croit trois des auteurs de ces études, « ces limites n’ont rien à voir avec la santé publique »« Il y a neuf effets biologiques qui se produisent en dessous des seuils réglementaires. L’un d’entre eux est le cancer », précise le biochimiste américain Martin Pall. Selon Dariusz Leszczynski, spécialiste de biologie moléculaire, ces valeurs limites auraient  »été adoptées à un niveau très haut, davantage pour aider l’industrie à se développer rapidement et à un meilleur coût que pour protéger la santé des utilisateurs de téléphones portables ».

Par qui sont fixées ces valeurs limites ? Les recommandations que diffuse l’OMS depuis 1998 émanent de l’ICNIRP (en français Commission internationale pour la protection contre les rayonnements non ionisants), créée en 1992 par Mike Repacholi, un biologiste australien… proche de l’industrie des télécoms.

Les scientifiques de l’ICNIRP sont-ils totalement indépendants ? Les journalistes de « Complément d’enquête » ont épluché les CV de ses quatorze experts. Dix d’entre eux seraient exposés à un risque de conflit d’intérêts avec l’industrie des télécoms. Tel l’Italien Guglielmo D’Inzeo, qui a été conseiller scientifique pendant deux ans pour l’opérateur Vodafone. Ou le Suisse Martin Röösli, chercheur dans une fondation financée par des opérateurs de téléphonie mobile.

Quant au vice-président actuel de l’ICNIRP, il est l’ancien numéro 2 d’une association financée en partie par l’industrie des télécoms. Eric van Rongen est également conseiller à l’OMS. es journalistes sont allés l’interroger à Rotterdam…

dans certains domaines scientifiques on retrouve parfois ses conflits d’intérêts, c’est vrai concernant l’influence de nouvelles technologies mais c’est vrai aussi dans certains autres domaines. Le seul moyen de faire face à un tel phénomène consiste à développer des contre-pouvoirs qui associent les différents acteurs dans l’analyse et les orientations.

 

Attentat de Conflans : le danger de visions trop caricaturales

Attentat de Conflans : le danger de visions trop caricaturales

Entre droite et extrême droite, qui voient dans l’islam le terreau de l’islamisme, et gauche qui le considère comme la religion des opprimés, le sociologue François Dubet pointe, dans une tribune au « Monde », le danger de rhétoriques duales trop caricaturales.

Tribune.

 

Quelques jours après l’assassinat de Samuel Paty, le piège se referme sur nos débats et nous enfoncera plus encore dans une crise politique et morale. A la suite de l’émotion provoquée par un meurtre atroce, les leaders politiques, les intellectuels et les opinions se déchirent et mobilisent des interprétations toutes faites, réduisant les individus au rôle de pantins dans un scénario connu déjà d’avance et sans issue.

D’un côté, celui de la droite et de l’extrême droite, mais pas seulement, où l’ennemi est tout désigné : l’islam est le terreau, on dit désormais « l’écosystème », de l’islamisme. Dès lors, le soupçon porte sur tous les musulmans, et peu importent la foi personnelle et les déclarations républicaines de nombreux responsables musulmans. Il faut passer à l’offensive. On dénonce le « laxisme » et la « lâcheté » des institutions. Le vocabulaire militaire s’impose puisque, si tous les musulmans ne sont pas terroristes, tous peuvent être soupçonnés d’en être les complices. Il suffirait alors d’un fou pour que cette complaisance cachée engendre le crime. Au fond, les musulmans auraient provoqué ce qui leur arrive.

Chantres d’une laïcité dure

Par un étrange renversement de l’histoire politique de notre pays, les droites et l’extrême droite se font les chantres d’une laïcité dure, bien plus dure qu’elle le fut, dans laquelle le fait de se sentir blessé par un dessin blasphématoire ou de porter un foulard serait un signe de défiance envers la République et un quasi-appel au meurtre. Il va de soi que cette rhétorique et les pratiques qui vont avec renforceront nécessairement le séparatisme qu’elles dénoncent. Ici, tout le mal est dans la religion elle-même.

De l’autre côté, celui de l’extrême gauche, d’une partie de la gauche, mais pas seulement, dans lequel la religion disparaît derrière le social. Puisqu’il est incontestable que les musulmans de France sont plus pauvres, et surtout plus discriminés que les autres citoyens, l’islam est la religion des opprimés et toute critique de l’islam devient une manifestation d’islamophobie, une manifestation de la lutte des classes et une répétition de l’histoire coloniale. Le camp naguère laïque, anticlérical et athée, défend la religion des humiliés, quitte à passer sous silence ses dimensions antidémocratiques, notamment à l’égard des femmes, quitte à ignorer les croyances elles-mêmes en les réduisant à un problème social. La religion reste l’opium du peuple opprimé, mais on devrait défendre cet opium parce qu’il est celui du peuple.

 

Un «délit de mise en danger» sur internet ?

Un  «délit de mise en danger» sur internet ?

Jean Castex veut instaurer un délit un délit de mise en danger sur Internet.. «Nous ne pouvons plus nous résoudre à assister passivement au déchaînement de la haine sur les réseaux sociaux», a affirmé le premier ministre lors de la séance de questions au gouvernement. En fait il s’agirait de contourner le conseil constitutionnel qui avait censuré la loi Avia qui prévoyait l’obligation de censure par les GAFA lors  de la diffusion de messages de haine.

«La censure du Conseil constitutionnel doit nous amener à reprendre ce sujet sous une autre forme, qui devra créer un délit de mise en danger par la publication de données personnelles», a poursuivi Jean Castex, estimant que «c’est bien parce qu’il a été désigné par les réseaux sociaux que Samuel Paty a été assassiné».

Les enseignants du collège du Bois d’Aulne de Conflans-Sainte-Honorine ont d’ailleurs exprimé mardi dans un communiqué leur «vive inquiétude face à l’impact des réseaux sociaux» après l’assassinat de leur collègue.

Les difficultés juridiques ne vont pas manquer notamment pour distinguer ce qui relève de la critique normale dans un pays démocratique et ce qui relève de la délation. Ou l’équilibre à trouver entre liberté et responsabilité.

 

Professeurs en danger : LA RESPONSABILITÉ DES PARENTS

Professeurs  en danger : LA RESPONSABILITÉ DES PARENTS

 

Bien entendu il ne  faut pas mettre au même niveau la responsabilité des parents qui critiquent auprès des enseignants le contenu laïc des programmes et celle des parents qui interviennent parce qu’ils sont mécontents des notes ou des punitions de leurs enfants. N’empêche que le processus de contestation est le même, il s’agit d’une négation de l’autorité. Trop de parents pour  tout et pour rien interviennent auprès du monde enseignant comme s’ils étaient des syndicalistes des élèves.

 

D’une manière générale cela renvoie à une crise globale de l’autorité surtout de l’État mais aussi dans la société tout entière. Une espèce d’opération de destruction objective de toute hiérarchie des compétences et des valeurs qui conduisent évidemment à terme à l’anéantissement d’une civilisation.

De ce point de vue,  les parents portent une lourde responsabilité en ne cadrant pas l’espace de liberté des enfants. Il ne s’agit pas seulement du rapport aux lois républicaines mais d’une façon générale du rapport aux principes de civilisation, aux traditions qui régulent et facilitent les dimensions sociétales.

Concrètement, on aurait franchi un grand pas si déjà on apprenait aux enfants mais aussi à leurs parents à systématiquement dire bonjour et merci en société, à se montrer courtois voir dévoués vis-à-vis d’autrui. Le résultat sans doute aussi du repli sur l’individualisme et de la perte de crédit des dimensions collectives.

 

 

 

GAFA : limite et danger d’une régulation « populiste »

GAFA : limite et danger d’une régulation populiste

Aurélien Portuese, Professeur, St Mary’s University London et Professeur associé en Droit Européen de la Concurrence au Global Antitrust Institute de la George Mason University (*) d’une régulation sous pression populiste des géants du numérique. Une vision évidemment libérale.

 

« Avec trois condamnations cumulant près de 10 milliards d’euros d’amende, Google est le résultat parlant d’une recherche toujours plus poussée des autorités à l’encontre des géants du numérique: après le temps de l’enthousiasme numérique où d’aucuns se félicitaient de la puissance des algorithmes, de l’ampleur de l’innovation digitale, et des services fournis gratuitement – voici venu ce qu’il est convenu d’appeler le « techlash » !

Sanctionnées, vilipendées, et bientôt démantelées? Les géants du numérique font l’objet de nombreuses pressions populaires que nos régulateurs et responsables politiques ont souvent bien du mal à  refreiner. Et pourtant ! L’histoire nous enseigne que la régulation de la concurrence devrait demeurer le domaine de l’expertise et de l’analyse économique plutôt que le domaine de l’opinion publique et l’instrumentalisation politique.

Aux origines populistes du droit de la concurrence

Avec la révolution industrielle que connurent les Etats-Unis dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’accumulation de capital dans les villes et l’émergence d’innovations telles que les chemins de fers ont conduit à des révoltes d’agriculteurs qui se sont révélées être politiquement influentes. Par ces révoltes, les agriculteurs ont pu exprimer leurs craintes face à ce qui était considéré alors comme une concurrence déloyale de ces conglomérats industriels – la productivité accrue conduisait également à une déflation des prix au détriment des agriculteurs et des petits commerçants. Ainsi, des plateformes programmatiques ont été élaboré au sortir desquelles, notamment, la lutte contre les monopoles et le contrôle des chemins de fers étaient mêlées à la revendication d’un argent libre pour tous (« Free Coinage of Silver »).

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Né aux Etats-Unis avec le Sherman Act de 1890, le droit de la concurrence tire ses origines de multiples mouvements populistes initiés par les agriculteurs – tels que le « Farmers’ Alliance » et le « Grange Movement ». Ces initiatives ont contribué à fonder en 1891 le « People’s Party« , aussi dénommé  « The Populists ». Avant cette législation fédérale, douze Etats (agraires) avaient déjà initié ce type de législation. La  formation d’un « trust » (soit, un cartel) par Rockefeller en 1879, le « Standard Oil Trust » ayant des ramifications sur plusieurs Etats, a convaincu le Congrès d’introduire une législation « anti-trust » au niveau fédéral. Proposée par le républicain John Sherman, cette législation fédérale adoptée en 1890 était destinée à protéger les « petits commerces et les honnêtes hommes», comme l’interprètera en 1897 la Cour Suprême, contre les grandes entreprises et leurs excès.

Il est alors évident que les origines du Sherman Act, et du droit de la concurrence tel qu’il a influencé sa transposition en Europe des décennies plus tard, sont éminemment populistes : une lutte contre les grandes entreprises et une défense des petits commerçants comme choix politiques sans pour autant exiger une démonstration des méfaits économiques à imputer à ces grandes entreprises.

Les dangers d’un populisme dans la concurrence

La concurrence dans la société est souhaitable pour son efficacité économique (des prix bas, des entreprises compétitives et une innovation accrue) et pour le processus qu’elle engendre : un esprit entrepreneurial récompensant les mérites économiques des entreprises florissantes et sanctionnant les entreprises en décalage avec les besoins des consommateurs. Or, cette justification économique n’est pas partagée par la vision populiste de la concurrence. Le populisme dans la  concurrence perçoit le besoin d’organiser le marché par l’Etat afin qu’il y ait un nombre suffisant d’entreprises à tailles égales afin que ces entreprises puissent réellement se concurrencer entre elles : seul un nombre suffisant d’entreprises garantit la déconcentration économique et politique du pouvoir détenu par les entreprises. Cette vision a historiquement conduit non seulement à sanctionner des pratiques efficientes ne créant aucun dommage pour les consommateurs, mais également à démanteler des entreprises pour la seule raison qu’elles avaient acquis une taille trop importante.

Premièrement, des comportements tels que la pratique des prix minimums aux distributeurs, la pratique des restrictions imposés par le fournisseur à ses distributeurs, la fusion entre petites entreprises, la vente à prix bas par des entreprises dominantes…ont été considérés comme illégales car renforçant l’entreprise dominante, sans nécessité de démontrer au préalable que les consommateurs étaient lésés. Deuxièmement, le démantèlement d’entreprises – néanmoins rarissimes dans l’histoire – s’est toujours soldé par des échecs. Il y a trois expériences de démantèlement d’entreprises : Standard Oil en 1911, AT&T en 1984, et Microsoft en 2000. Standard Oil une fois démantelé en 34 entreprises, aucune de ces entreprises n’a pu survivre sans être rachetée (pour donner naissance à des entreprises comme Exxon Mobil, BP PlC, Chevron Corporation…) et aucune baisse de prix n’a été démontrée. Après 10 ans d’investigations et une fois AT&T démantelé en huit entreprises de téléphonie, la baisse des prix a principalement été le fait d’innovations comme l’émergence de la téléphonie sans fil sans pour autant éviter la constitution aujourd’hui d’un duopole entre Verizon et AT&T. Surtout, le réseau physique de téléphonie mobile était considéré comme monopole naturel. Enfin, le régulateur américain a échoué à démanteler Microsoft par un jugement d’appel qui a simplement exigé que Microsoft agisse sans discriminer les concurrents de ses produits Windows. Par conséquent, toute tentative de démanteler les géants du numérique (ou « GAFA » pour Google, Amazon, Facebook et Apple) serait fondée sur des motifs hasardeux, ne saurait être qu’une mesure de dernier recours, et prendrait des années d’investigations pour un échec probable quant aux bienfaits pour les consommateurs et pour l’innovation espérée.

La nécessaire « économisation » de la régulation de la concurrence

Commencé dans les années 70s aux Etats-Unis et dans les années 2000 en Europe, l’approche économique – plutôt que politique voire populiste – de la concurrence a consisté à questionner les interdictions de comportements d’entreprises par le prisme de l’efficacité économique : désormais, seuls seront interdits les comportements qui ne concourent pas à l’efficacité économique du marché. Cette efficacité est alors mesurée par l’accroissement ou pas du bien-être du consommateur par la pratique concernée. A contrario, seront sanctionnés les comportements pour lesquels un dommage aux consommateurs sera démontré (prix élevé ou qualité réduite du fait de cartels ou d’abus de position dominante). Ainsi, les synergies entre entreprises pour des gains d’efficience peuvent désormais être acceptées, les fusions pour une meilleure productivité bénéficiant aux consommateurs sont encouragées, les relations contractuelles entre fournisseurs-distributeurs sont libres dès lors qu’elles ne se font pas au détriment des consommateurs.

L’organisation de nos économies autour de nouveaux « business models », principalement l’économie digitale autour des plateformes, était rendu possible. Ainsi, les stratégies d’intégration verticales des entreprises dans lesquelles des écosystèmes digitaux se créent ont bénéficié de la bienveillance du régulateur.

De même, l’essor de l’économie du gratuit dans laquelle l’utilisateur final ne paie pas le service financé par les publicitaires était rendu tout autant possible par le jeu complexe d’obligations contractuelles réciproques dans lesquelles l’échange de données personnelles a remplacé le paiement d’un prix. Il n’est pas anodin que la grande période d’innovation digitale, à savoir 1995-2015, s’est accompagnée – si ce n’est a été facilitée – par une économie de la concurrence à la fois aux Etats-Unis et en Europe où seuls les dommages prouvés aux consommateurs étaient sanctionnés et où le pouvoir de marché était perçu comme la condition sine qua non à l’émergence de ces plateformes de réseaux.

Inquiets de la taille de certaines entreprises du numérique et invoquant l’héritage populiste du Sherman Act, certains auteurs appellent désormais à revenir entièrement sur l’économisation de la régulation de la concurrence qui a émergé depuis les années 70s. Se revendiquant explicitement comme étant populistes, ces auteurs appellent à démanteler les GAFA. Ces appels au démantèlement de Google, Facebook, Amazon ou encore Apple interviennent non pas après avoir démontré l’inefficacité de sanctions potentielles ni même après avoir démontré  la réalité de dommages aux consommateurs, mais seulement comme volonté de faire émerger des plus petites entreprises digitales afin que le pouvoir économique et politique soit déconcentré : dans la lignée de l’historique populiste de la défense des petits entrepreneurs, ce populisme moderne auto-proclamé comme « Antimonopoly Movement » entend restructurer les marchés conformément à une démocratie dite « économique » et à un objectif d’intérêt général plus ambigu que la stricte défense du bien-être des consommateurs.

Avec leurs profitabilité et leurs capitalisations importantes, les géants du numérique sont les Standard Oil du XXIe siècle : des cibles de choix pour dénoncer la concentration économique et politique des pouvoirs et défendre ainsi les entreprises potentiellement empêchées de se développer en raison de la taille des géants du numérique. Avec cette analyse dans la lignée de l’héritage populiste du Sherman Act, et sans même démontrer le pouvoir de marché, l’absence d’innovation et/ou la qualité décrue des services offerts (souvent gratuitement), cette école de pensée néo-populiste s’attire néanmoins les faveurs à la fois de l’opinion publique et de responsables politiques en mal d’élaborer un programme économique populaire.

Aux mêmes causes, les mêmes conséquences : l’abandon d’une jurisprudence ayant conduit à interdire des comportements pourtant bénéfiques pour les consommateurs a été l’aboutissement de longues années de débats académiques ayant fini par convaincre de démontrer les erreurs commises dans le passé. Ainsi, revenir sur l’ « économisation » de la concurrence à la faveur d’une vision plus politique de la concurrence reviendrait à commettre les mêmes erreurs du passé – au détriment des consommateurs qui en paieraient les coûts indus. La passion populiste, quoique séduisante et engageante, ne saurait prévaloir sur une analyse raisonnée, experte et détachée, de l’économie de la concurrence.

« C’est une erreur de croire que la passion, quand elle est heureuse et pure, conduit l’homme à un état de perfection ; elle le conduit simplement à un état d’oubli » avançait Victor Hugo.

Cette passion populiste nous conduit à l’oubli – l’oubli des erreurs du passé et l’attrait pour des solutions éprouvées.

Résister à l’appel du pied d’un populisme dans la concurrence, c’est résister à toute forme de populisme dans la société – où la réflexion médiate est souvent plus juste que l’intuition immédiate, où l’expertise n’est pas sacrifiée sur l’autel du ressenti majoritaire, où l’économie revêt les attributs d’une science plutôt que les traits de la méfiance.

Résister en Europe à la vision populiste à l’endroit des géants du numérique, c’est aussi encourager l’émergence en Europe même d’entreprises digitales capables d’évoluer et de les concurrencer. Voilà un objectif de politique économique enthousiasmant loin de l’instrumentalisation politique d’une concurrence dévoyée !

(*) Par Aurélien Portuese, Professeur, St Mary’s University London ; Professeur associé en Droit Européen de la Concurrence au Global Antitrust Institute de la George Mason University ; Chercheur affilié à l’Université Catholique de Paris. Cet article fait écho à la publication académique co-écrite avec Pr. Joshua Wright « Antitrust Populism : Towards a Taxonomy » publié au Stanford Journal of Law, Business & Finance (Mars 2020) et nominé pour un Prix chez Concurrences. Aurélien Portuese a également bénéficié d’un financement de l’Académie libre des sciences humaines.

Elections américaines : « danger, Donald Trump prêt à tout !»

Elections américaines : « danger, Donald Trump prêt à tout !»

William Kristol, dissident républicain , s’inquiète dans une interview à l’opinion des réactions potentiellement destructrices de Trump à l’occasion des élections présidentielles

 

Comment voyez-vous la campagne présidentielle avec son dernier rebondissement : la mort de Ruth Bader Ginsburg et la volonté de Donald Trump de nommer rapidement un juge remplaçant à la Cour suprême ?

Ce type d’événement politique est totalement imprévisible. Cela peut basculer en faveur de l’un ou l’autre parti. C’est vraiment un joker… Nous nous trouvons dans une situation où nous avons un président sortant incompétent, dont le taux d’approbation est à un plus bas quasi-historique, qui est à la traîne de 6 à 7 points dans les sondages derrière Joe Biden – ce qui est prévisible – et, parallèlement, la période est folle avec la pandémie de coronavirus, Donald Trump qui met déjà en cause le résultat des élections, le ministre de la Justice qui critique son ministère… C’est un curieux mélange pour une élection et je pense que le pire est encore à venir. Nous avons un président qui doute de la légitimité du scrutin et qui est prêt à tout. Les semaines à venir vont être difficiles.

Il bénéficie encore de l’appui d’une base solide représentant environ 40% de la population américaine…

Il semble qu’il y ait un créneau pour la démagogie, la contestation et le nationalisme. Cela se voit un peu partout dans le monde, ces dernières années. Il y a une réaction à la crise économique, à la globalisation, à l’immigration… Nous, Américains, pensions que nous étions différents des autres face à ce genre de phénomène. Mais ce n’est pas le cas.

Quels sont vos principaux reproches à l’égard de Donald Trump ?

Son refus de reconnaître l’Etat de droit et la Constitution, ainsi que la mise en danger des normes démocratiques. Nous avons un système solide qui peut résoudre nombre de problèmes, que cela soit des conflits sociaux ou des brutalités policières, notamment parce que les gouverneurs disposent de beaucoup de pouvoirs : nous ne sommes pas un pays centralisé, ce qui limite la corruption. Mais nous avons un président qui encourage la confrontation au lieu de calmer le jeu. C’est ce qui le distingue de ses prédécesseurs. Face aux extrêmes des deux bords, il y a une voie centrale de gouverner qu’il devrait encourager.

Même sa politique au Moyen-Orient, région que vous connaissez bien, ne trouve pas grâce à vos yeux?

Le rapprochement initié entre Israël et les émirats du Golfe est une bonne chose mais je ne pense pas que ce soit stratégiquement fondamental, comparé aux accords de Camp David de 1978, conclus avec l’Egypte. Ce sont des pays qui n’ont jamais fait la guerre à Israël. Quant à sa politique de sanctions contre l’Iran, j’y suis favorable mais sans l’appui des alliés européens, ce n’est pas efficace.

Vous considérez-vous comme un républicain ? Quelle est la différence entre votre organisation Defending democracy together et celle des opposants de Trump réunis dans The Lincoln project ?

Je vais voter pour Joe Biden mais je fais partie des républicains opposés à Trump. Il a fait tellement de mal à ce parti et aux idées conservatrices, en l’entraînant sur une voie populiste et autoritariste. Ce n’est pas sain. C’est une situation désastreuse. Nous avons des différends tactiques avec le Lincoln project mais nous sommes complémentaires. Ils sont plus agressifs à l’égard de Donald Trump avec leurs vidéos , afin de le faire réagir, de lui faire perdre son calme, ce qui est bien. Nous avons une approche différente. Nous visons plus particulièrement les électeurs républicains pour qu’ils parlent à ceux qui avaient voté pour Trump en 2016, afin de les convaincre de changer d’avis.

Ne craignez-vous pas que Joe Biden soit l’otage de l’aile gauche de son parti ?

Un peu mais c’est le dernier survivant ! C’est un centriste, un modéré. Il a évité les pièges posés par l’aile gauche de son parti comme cette idée de limiter le financement de la police. Je pense que sa politique étrangère sera des plus classiques même si je suis en désaccord avec elle sur certains points, mais je crois qu’il va restaurer l’image des Etats-Unis. Dans un pays aussi polarisé que le nôtre, il mène une bonne campagne.

La 5G danger pour la santé ?

 La 5G danger  pour la santé ?

 

La 5G  ne représente-t-elle pas un danger pour notre santé ? Sciences et Avenir fait le point sur les champs électromagnétiques qu’elle émet.

 

2020 devait être l’année du déploiement de la 5G en France. Mais avec l’épidémie de coronavirus, les opérations ont pris du retard. La vente des bandes de fréquence a déjà commencé. Bouygyes Telecom, Orange, Free et SFR ont obtenu chacun un bloc de 50 mégahertz (MHz) au prix unitaire de 350 millions d’euros dans le cadre de la première partie du processus d’attribution. La deuxième phase débutera le 29 septembre 2020 et doit permettre d’attribuer 11 blocs de 10 MHz. Un des opérateurs pourrait sortir son épingle du jeu s’il investit plus que ses concurrents.

Côté utilisateurs, la 5G doit permettre de nouveaux usages dans bien des domaines. Médias, santé, transports, entre autres, profiteront des débits jusqu’à 10 fois supérieurs à la 4G. Les téléchargements devraient par exemple être quasiment instantanés. Mais beaucoup de questions se posent quant au rayonnement magnétique que cette nouvelle technologie devrait entraîner et les possibles répercussions sur la santé que la 5G pourrait entraîner. Sciences et Avenir fait le point.

Qu’est-ce qu’un champ électromagnétique ?

Un champ magnétique apparaît lorsqu’un courant électrique circule. Son intensité varie selon la consommation d’électricité. Il existe des champs électromagnétiques partout autour de nous. Certains naissent de façon naturelle, comme lors d’un orage. D’autres sont le fruit de l’activité humaine. C’est par exemple grâce au champ électromagnétique que l’on peut observer des fractures avec les rayons X à l’hôpital.

Comment mesure-t-on ce champ ?

Pour le mesurer, il faut observer sa fréquence ou sa longueur d’ondes. « On peut se représenter le rayonnement électromagnétique comme une série d’ondes très régulières qui progressent à une vitesse extrêmement élevée et plus précisément à la vitesse de la lumière. La fréquence traduit simplement le nombre d’oscillations ou de cycles par seconde, tandis que la longueur d’onde est égale à la distance entre un point d’une onde et son homologue sur l’onde suivante. Fréquence et longueur d’onde sont donc totalement indissociables : plus la fréquence est élevée, plus la longueur d’onde est courte« , explique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

L’intensité d’un champ électrique se mesure en volts par mètre ( V/m) et l’intensité d’un champ magnétique se mesure en ampères par mètre (A/m) ou encore en microteslas (μT).

Donc il y a déjà des champs électromagnétiques dans ma maison ?

Oui et ils proviennent de nombreux objets. Un téléviseur émet 60 V/m, tout comme une machine à café. Un fer à repasser en émet 120 et une ampoule 5. Mais il sont aussi présents hors de la maison, à proximité des lignes de train, des radars ou des lignes électriques. « Dans les habitations qui ne sont pas situées à proximité d’une ligne électrique, le champ magnétique de fond peut aller jusqu’à un maximum d’environ 0,2 μT, explique l’OMS. Juste au dessous d’une ligne, les champs sont beaucoup plus intenses, avec une densité de flux magnétique pouvant atteindre plusieurs microteslas. Sous une ligne, le champ électrique peut atteindre 10 kV/m. A une distance comprise entre 50 et 100 m, l’intensité des deux types de champ retombe à la valeur mesurée dans les zones situées loin des lignes à haute tension.«  

 

Le champ magnétique mesuré à proximité de divers objets. Crédit photo: OMS.

A partir de quelle valeur un champ électromagnétique est-il dangereux ?

Les ondes de haute fréquence transportent plus d’énergie que les ondes de bases fréquences. Certains rayonnements sont si forts qu’ils brisent les liaisons entre les molécules. Ces « rayonnements ionisants » sont émis par les substances radioactives, les rayonnements cosmiques ou encore les rayons X. « Les champs électromagnétiques d’ origine humaine qui résultent, pour une part importante, de l’activité industrielle (électricité, hyperfréquences et radiofréquences) engendrent des rayonnements où la fréquence est relativement basse et sont incapables de provoquer la rupture des liaisons chimiques. »

Comment la téléphonie mobile émet-elle ce champ?

Les portables fonctionnent grâce à des stations-relais installés sur le toit des immeubles, entre 15 et 50 mètres du sol. « Les réseaux mobiles actuels utilisent des antennes qui diffusent les signaux de manière constante, dans toutes les directions« , explique l’Agence nationale des fréquences (ANFR) dans un communiqué. La 2G, la 3G et la 4G fonctionnent grâce à la bande passante, qui n’est qu’un terme servant à désigner le débit maximal qu’un système peut transporter. Elles utilisent des fréquences basses, qui ont une « bonne propagation à l’intérieur des bâtiments. » 

Les antennes 5G sont-elles différentes ?

 

De petites antennes devraient être installées dans le mobilier urbain. Crédit photo : ANFR.

Pour la 5G, des antennes intelligentes vont voir le jour et seront installées dans le mobilier urbain, comme dans les arrêts de bus ainsi que dans les bâtiments. Cette nouvelle génération d’antennes « orientent les signaux vers les appareils qui en ont besoin. Couplée avec des bandes de fréquences hautes, l’utilisation de ces antennes permettra d’accroître fortement les débits« , explique l’ANFR. Ces hautes bandes de fréquence font polémique. Les bandes basses, de large couverture, se propagent à travers les bâtiments et s’échelonnent autour de 3,4 et 3,8 GHZ. Elles correspondent à un niveau émis par le Wifi. Les bandes dites « milimétriques » à haute fréquence fonctionnent à plus de 24,25 Ghz. Elles ont une propagation limitée, c’est pour cela qu’il faut installer des petits capteurs, appelés « small cells« , dans le mobilier urbain. Ces bandes de haute fréquence ne devraient toutefois pas être mises en oeuvre dès 2020.

 

La 5G émet-elle des ondes dangereuses pour la santé ?

Pour l’instant, aucune étude scientifique n’est disponible sur le sujet. Nous n’avons été en mesure de trouver quel serait le taux d’émission d’ondes de la 5G. L’ANFR et l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) n’ont pas répondu à nos sollicitations. Le gouvernement a chargé l’Anses de procéder à une expertise sur l’aspect sanitaire de la 5G. Près de 70 responsables politiques ont signé une pétition pour demander un moratoire sur la 5G. Elle fait suite à une autre pétition signée plus tôt par 170 scientifiques issus de 37 pays.

La documentation la plus récente émane d’un rapport publié le 1er septembre 2020 par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD), le Conseil général de l’économie (CGE), l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale des finances (IGF). Il est  »très difficile de mesurer l’exposition liée aux usages (c’est-à-dire au contact des terminaux) qui, pourtant, en représentent usuellement la part prépondérante. [...] Il est également complexe d’estimer l’évolution des niveaux d’exposition en France du fait de l’arrivée de la 5G », estiment les auteurs du rapport. « Les éléments disponibles à ce jour permettent d’estimer que l’introduction de la 5G en bande 3,5 GHz avec antennes actives ne générera pas de rupture en matière d’exposition dans les zones urbaines, où elle sera majoritairement déployée, par rapport aux évolutions observées avec les réseaux existants, mais peut contribuer à une augmentation du nombre de points atypiques, ce qui devra faire l’objet d’une vigilance particulière. »

Le rapport conclut à une absence d’effet néfaste à long terme mais reste prudent sur de possibles effets sur une plus longue période. « Il n’existe pas, selon le consensus des agences sanitaires nationales et internationales, d’effets néfastes avérés à court terme, c’est-à-dire d’effets thermiques délétères sur les tissus [...] ni dans le grand public, ni chez les travailleurs. » Quand aux effets sur le long terme sur un possible effet cancérogène, ils sont « à ce stade, pour l’essentiel, non avérés selon les mêmes agences nationales et internationales. Des débats persistent toutefois, notamment pour ces effets de long terme, au sein de la communauté scientifique. »

Et la 4G est-elle, déjà, dangereuse pour la santé ?

« La question qui fait actuellement débat est celle de savoir si une exposition faible mais prolongée est susceptible de susciter des réponses biologiques et de nuire au bien-être de la population. Au cours des 30 dernières années, environ 25.000 articles scientifiques ont été publiés sur les effets biologiques et les applications médicales des rayonnements non ionisants. S’appuyant sur un examen approfondi de la littérature scientifique, l’OMS a conclu que les données actuelles ne confirment en aucun cas l’existence d’effets sanitaires résultant d’une exposition à des champs électromagnétiques de faible intensité. Toutefois, notre connaissance des effets biologiques de ces champs comporte encore certaines lacunes et la recherche doit se poursuivre pour les combler« , explique l’OMS, qui appelle elle aussi à la prudence, dans un communiqué. Par ailleurs, les ondes électromagnétiques sont « peut-être cancérigènes » pour l’être humain, selon un autre rapport de l’OMS et par l’Agence internationale de recherches sur le cancer (IARC) publié lui 2011.

Quelle est la limite d’exposition fixée actuellement ?

L’ANFR est chargée de veiller au respect des valeurs limites d’exposition du public aux champs électromagnétiques, comprises entre 28 V/m et 87 V/m, selon les fréquences. L’agence a réalisé un gros travail de mesure de fréquences en France en 2014. Des travaux réalisés surtout en milieu urbain (84%) et en milieu extérieur (60%). « L’analyse montre que les mesures sont toutes nettement inférieures aux valeurs limites réglementaires (28-87 V/m). Moins de 1% dépassent la valeur dite « d’attention » de 6 V/m. Plus de huit mesures sur 10 se sont avérées inférieures à 1 V/m« , explique l’étude de l’ANFR publiée en 2016. « La téléphonie mobile est le contributeur le plus important dans près de 60% des cas. En milieu rural, cette tendance est moins marquée, avec seulement 40% des cas pour lesquels la téléphonie mobile domine.« 

La 5G respectera-t-elle cette limite ?

Les valeurs limites citées plus haut prennent effet peu importe le type de réseau, 2G, 3G, 4G ou 5G. « Les réseaux 5G qui seront déployés par les opérateurs devront donc respecter ces valeurs limites tout autant que les technologies en place aujourd’hui. Le gouvernement travaille avec l’Anses et l’ANFR pour qu’elles puissent examiner l’exposition aux ondes électromagnétiques et l’impact éventuel de ces nouveaux développements technologiques, dès la phase des expérimentations. L’ensemble de ces travaux feront l’objet d’échanges avec les parties prenantes dans le cadre des comités de dialogue mis en place par l’ANFR et l’ANSES« , explique le gouvernement dans sa feuille de route.

Qui fixe cette limite ?

Chaque pays a ses propres normes. Celles-ci suivent très souvent les recommandations formulées par la Commission internationale de protection contre les rayonnements non ionisants (CIPRNI), une organisation non gouvernementale reconnue par l’OMS. Pour fixer les valeurs maximales d’exposition, cette ONG applique un facteur sécurité de 10 pour l’exposition sur le lieu de travail et 50 pour la population générale, c’est-à-dire qu’elle fixe des limites 50 fois plus faibles que le seuil d’apparition d’anomalies.

Et les personnes électrosensibles alors ?

Certaines personnes se décrivent comme « électrosensibles » et décrivent plusieurs symptômes qui seraient liés aux ondes.  »Il s’agit notamment d’anxiété, de céphalées, de tendances dépressives voire suicidaires, de fatigue et d’une réduction de la libido. Jusqu’à présent, les données scientifiques ne confirment pas l’existence d’un lien entre cette symptomatologie et l’exposition à des champs électromagnétiques. Elle peut, au moins en partie, être attribuée au bruit et à d’autres facteurs environnementaux ou encore à l’anxiété suscitée par les nouvelles technologies« , soutient l’OMS. En France, l’Anses reconnaît toutefois une souffrance chez les personnes électrosensibles : « les plaintes (douleurs, souffrance) formulées par les personnes se déclarant EHS correspondent à une réalité vécue. »

Comment éviter d’être exposé ?

« Comme dans le cas du champ électrique, le champ magnétique est d’autant plus intense qu’on est proche de la source et il diminue rapidement lorsque la distance augmente. Les matériaux courants tels que les matériaux de construction ne constituent pas un blindage efficace contre les champs magnétiques« , explique l’OMS. Rien de mieux que de s’éloigner, donc. 

 

Economie– Dette : danger ou pas pour l’avenir ?

Economie– Dette : danger ou pas pour l’avenir ?

 

Trois étudiants de Sciences Po Lille répondent dans le Monde à trois jeunes diplômés d’HEC et de Sciences Po Paris s’inquiétant de la dette publique dont ils hériteraient. Cette inquiétude relèverait d’une mauvaise compréhension du rôle et des implications macroéconomiques de la dette. La preuve en tout cas que l’analyse économique n’est pas une science exacte et qu’elle est  aussi sans doute soumise à certaines approches idéologiques et au vent des modes. Notons qu’en dépit de taux très bas la France doit rembourser 40 milliards par an pour environ 2500 milliards d’endettement ( 100% du PIB).

Tribune. C’est par une phrase démontrant une grande méconnaissance de l’Etat que débute la tribune de nos trois camarades (« La génération confinement paiera pour les boomers », par Emmanuel Blézès, Yama Darriet, Charles Mazé, Le Monde du 6 septembre) : « Imaginez qu’on vous demande, à partir de vos 20 ans, de rembourser l’emprunt qui a permis à vos grands-parents d’acheter leur appartement. »

Cette logique comptable, applicable à juste titre au cas du ménage ou de l’entreprise mais pas à l’Etat, fait de lui un agent économique comme un autre, un « bon père de famille » qui doit s’endetter le moins possible.

Or la logique économique de l’Etat est tout autre, il n’a pas la même nature – là où les revenus d’un ménage déterminent ce qu’il peut dépenser, le monopole fiscal de l’Etat lui permet d’anticiper ses revenus futurs, et ses dépenses contribuent indirectement à la constitution de ses propres revenus −, ni les mêmes finalités –, ses leviers macroéconomiques doivent lui permettre de servir l’intérêt commun −, ni le même horizon temporel.

Ce dernier, chez les entreprises et les ménages, est limité à celui des individus qui les composent : c’est un horizon temporel fini. Or, dans le cas de l’Etat, il est théoriquement infini, une dette publique arrivant à son terme peut être remboursée en en contractant une autre sans crainte que l’Etat disparaisse entre-temps et fasse défaut, diminuant ainsi son impératif de remboursement.

En réalité, l’idée reçue courante selon laquelle les générations futures paieront pour les précédentes est fausse, et ce pour au moins deux raisons.

D’abord, l’Etat s’endette sur les marchés financiers en faisant « courir » ses créances : le remboursement de celles-ci n’incombera pas aux « générations futures » qui – luxe de ce bijou macroéconomique qu’est l’Etat – ne feront que contracter de nouvelles dettes pour rembourser les précédentes. Les contribuables de demain, comme ceux d’aujourd’hui, ne paieront, par l’intermédiaire du budget de l’Etat, que les intérêts de ces créances. »

Dette : danger ou pas pour l’avenir

Dette : danger ou pas pour l’avenir

 

Trois étudiants de Sciences Po Lille répondent dans le Monde à trois jeunes diplômés d’HEC et de Sciences Po Paris s’inquiétant de la dette publique dont ils hériteraient. Cette inquiétude relève d’une mauvaise compréhension du rôle et des implications macroéconomiques de la dette. La preuve en tout cas que l’analyse économique n’est pas une science exacte et qu’elle est  aussi sans doute soumise à certaines approches idéologiques.

Tribune. C’est par une phrase démontrant une grande méconnaissance de l’Etat que débute la tribune de nos trois camarades (« La génération confinement paiera pour les boomers », par Emmanuel Blézès, Yama Darriet, Charles Mazé, Le Monde du 6 septembre) : « Imaginez qu’on vous demande, à partir de vos 20 ans, de rembourser l’emprunt qui a permis à vos grands-parents d’acheter leur appartement. »

Cette logique comptable, applicable à juste titre au cas du ménage ou de l’entreprise mais pas à l’Etat, fait de lui un agent économique comme un autre, un « bon père de famille » qui doit s’endetter le moins possible.

Or la logique économique de l’Etat est tout autre, il n’a pas la même nature – là où les revenus d’un ménage déterminent ce qu’il peut dépenser, le monopole fiscal de l’Etat lui permet d’anticiper ses revenus futurs, et ses dépenses contribuent indirectement à la constitution de ses propres revenus −, ni les mêmes finalités –, ses leviers macroéconomiques doivent lui permettre de servir l’intérêt commun −, ni le même horizon temporel.

Ce dernier, chez les entreprises et les ménages, est limité à celui des individus qui les composent : c’est un horizon temporel fini. Or, dans le cas de l’Etat, il est théoriquement infini, une dette publique arrivant à son terme peut être remboursée en en contractant une autre sans crainte que l’Etat disparaisse entre-temps et fasse défaut, diminuant ainsi son impératif de remboursement.

En réalité, l’idée reçue courante selon laquelle les générations futures paieront pour les précédentes est fausse, et ce pour au moins deux raisons.

D’abord, l’Etat s’endette sur les marchés financiers en faisant « courir » ses créances : le remboursement de celles-ci n’incombera pas aux « générations futures » qui – luxe de ce bijou macroéconomique qu’est l’Etat – ne feront que contracter de nouvelles dettes pour rembourser les précédentes. Les contribuables de demain, comme ceux d’aujourd’hui, ne paieront, par l’intermédiaire du budget de l’Etat, que les intérêts de ces créances.

Le danger de la rentrée : « L’ÉCOLE N’EST PAS PRÊTE » ( MÉDECINS)

Le danger de la rentrée : « L’ÉCOLE N’EST PAS PRÊTE » ( MÉDECINS)

 

Le protocole sanitaire prévu par l’Education nationale pour les écoles  »ne protège ni les personnels ni les élèves et leurs familles », estime samedi un collectif de médecins, appelant à durcir les précautions à trois jours de la rentrée.

 

« Au-delà du réel risque sanitaire, il y a aussi celui de fermer des classes par dizaines, avec pour effet d’amplifier les inégalités devant le savoir et l’apprentissage et de désorganiser durablement notre économie et notre société », prévient leur tribune, publiée sur le site internet du Parisien.

« L’école n’est pas prête. (…) Compte tenu du protocole en vigueur, rien ne semble empêcher les écoles de devenir des clusters » (des foyers infectieux), alertent les signataires, dont l’infectiologue Karine Lacombe, le président du syndicat de médecins libéraux UFMLS Jérôme Marty et les créateurs du collectif Stop-Postillons, qui préconise depuis des mois de renforcer le rôle du masque dans la lutte contre le coronavirus.

 

Ils proposent « de recommander le port du masque en lieu clos pour tous les élèves de plus de 6 ans« , considérant que « les enfants de moins de 11 ans sont aussi contaminants que les adolescents ou les adultes ».

Le groupe de médecins, déjà à l’origine d’une tribune mi-août pour le masque obligatoire dans tous les lieux collectifs clos, réclame également des règles plus strictes sur l’aération des locaux et « des procédures dédiées dans les zones de forte circulation virale » pour éviter de devoir fermer des écoles entières si un cas est détecté.

 

Il suggère d’alléger les classes « en alternant présentiel et enseignement à distance », de limiter les « contacts entre les classes » et d’organiser un « échelonnement des récréations et de la cantine ».

 

Plan de relance: le danger des prêts aux entreprises

Plan de relance: le danger des prêts aux entreprises

  • Le problème des prêts soutenus par l’État aux entreprises, c’est qu’ils sont souvent incontournables car sans aide à la trésorerie nombre d’entreprises pourraient mourir. Cependant il ne règle rien sur le fond concernant les pertes de chiffre d’affaires et de marges. Ils ne font que repousser dans le temps les difficultés. Par définition les prêts doivent être remboursés, normalement ou bout d’un an et peuvent être éventuellement amortis jusqu’à 5 ans  supplémentaires. Notons que ces prêts peuvent être d’un montant relativement considérable qu’ils peuvent atteindre jusqu’à 25 % du chiffre d’affaires. Pour des entreprises déjà fragiles et fortement affectées en plus par la crise sanitaire, il conviendra d’emprunter pour rembourser les prêts précédents, ce qui va dégrader encore un peu plus la situation financière.
  •  Une crise d’une telle ampleur risque de peser sur certains secteurs de manière dramatique et les pertes de l’année 2020 ne pourront être amorties avant 10 ans. D’où l’inadaptation du système de prêt ( PEG ) qui auraient dû être consentis sur très longue période. Évidemment avec des critères pour éviter de soutenir artificiellement des activités structurellement déficitaires ou des entreprises zombies. Nombre d’entreprises responsables ne solliciteront pas des prêts dont ils savent qu’ils ne pourront être remboursés que par d’autres prêts.
  •  Le prêt garanti par l’Etat est un prêt de trésorerie d’un an. Il comportera un différé d’amortissement sur cette durée. L’entreprise pourra décider, à l’issue de la première année, d’amortir le prêt sur une durée de 1, 2, 3, 4 ou 5 années supplémentaires. Ce prêt de trésorerie pourra couvrir jusqu’à trois mois de chiffre d’affaires. Le prêt bénéficie d’une garantie de l’État à hauteur de 70 à 90%, selon la taille de l’entreprise. Les banques conservent ainsi une part du risque associé.

Ce prêt s’adresse à toutes les activités économiques – sociétés, commerçants, artisans, exploitants agricoles, professions libérales, micro-entrepreneurs, associations et fondations – ayant une activité économique, hormis quelques exclusions dans le secteur financier et les sociétés civiles immobilières.

Un arrêté du 6 mai 2020 a élargi le bénéfice de ce dispositif :

  • à certaines sociétés civiles immobilières ;
  • aux entreprises en difficulté depuis le 1er janvier 2020.

Le PGE est aussi étendu aux prêts octroyés par l’intermédiaire des plateformes de financement participatif.

Quelles étapes pour obtenir un prêt garanti par l’État ?

·       Pour les entreprises de moins de 5 000 salariés

Cette procédure s’applique pour les entreprises employant moins de 5 000 salariés et réalisant un chiffre d’affaires inférieur à 1,5 milliard d’euros en France :

L’entreprise se rapproche d’un partenaire bancaire pour faire une demande de prêt

 

Il est possible de faire une demande regroupant plusieurs prêts. Le montant cumulé de ces prêts ne doit pas dépasser 25% du chiffre d’affaires ou 2 ans de masse salariale pour les entreprises en création ou innovantes

Après examen de la situation de l’entreprise (critères d’éligibilité notamment), la banque donne un pré-accord pour un prêt

 

L’entreprise se connecte sur la plateforme attestation-pge.bpifrance.fr pour obtenir un identifiant unique qu’elle communique à sa banque

 

L’entreprise fournit à cet effet son SIREN, le montant du prêt et le nom de l’agence bancaire. Pendant le premier mois du dispositif, l’entreprise ne pourra obtenir qu’un seul numéro unique, elle ne le demande donc qu’après avoir obtenu un pré-accord de la banque

Sur confirmation du numéro unique par Bpifrance, la banque accorde le prêt

 

En cas de difficulté ou de refus, l’entreprise peut contacter Bpifrance à l’adresse suivante : supportentrepriseattestation-pge@bpifrance.fr

 Pour les entreprises de plus de 5000 salariés

Cette procédure s’applique en France pour les entreprises employant au moins 5 000 salariés ou réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 1,5 milliard d’euros en France

L’entreprise se rapproche de ses partenaires bancaires pour faire une demande de prêt, et obtient leur pré-accord

L’entreprise transmet sa demande à l’adresse : garantie.État.grandesentreprises@bpifrance.fr

Le dossier est instruit dès réception pour l’État par la Direction générale du Trésor appuyée par Bpifrance Financement SA

La garantie de l’État est accordée par arrêté individuel du ministre de l’Économie et des Finances

Les banques peuvent alors octroyer le prêt à l’entreprise

«Marchés financiers: ETF , danger !»

«Marchés financiers:  ETF , danger !»

Denis Alexandre consultant fintech et risque, fondateur de DAAdvisor attire l’attention sur le danger des ETF dans une chronique de l’opinion. ETF est l’acronyme anglais de Exchanged Traded Funds. En France, les ETF sont plus couramment désignés sous le terme de trackers. Les trackers sont de véritables fonds indiciels côtés en bourse qui répliquent la performance d’un indice, comme par exemple le CAC 40 ou l’Euronext 100. Encore peu connus du grand public, les ETF (pour Exchange-Traded Fund) ou fonds indiciels cotés, aussi appelés trackers, cachent sous un nom compliqué un moyen simple et efficace d’investir en bourse

tribune

 

 

La crise de la Covid fait aussi des gagnants dans le monde de la finance. L’application Robinhood a, par exemple, permis à de nombreux traders novices, appâtés par la facilité et le faible coût de l’opération, d’acquérir des actions sans même savoir dans quoi ils investissaient…

Les émetteurs d’ETF (exchange traded funds) ont eux aussi crié victoire en constatant une augmentation très importante des actifs sous gestion avec des souscriptions en 2020 de 111 milliards de dollars sur les actions et 150 milliards de dollars sur les produits de taux.

Mais cet engouement pour les ETF, renforcé par la crise sanitaire, ne reflète-il pas un phénomène « à la Robinhood » ? Les investisseurs, à même de se positionner rapidement, simplement et à bas coût sur une classe d’actif, ne se sont-ils pas laissés aveugler de la même façon ?

Revenons un peu en arrière.

Dans le monde de la gestion d’actifs, les ETF et la gestion passive sont les grands vainqueurs des trois dernières décennies, se développant sur un nombre de plus en plus grand de classes d’actifs.

Frayeurs. Les premiers à voir le jour, les ETF Actions, ont été plébiscités du fait de la simplicité du concept (acheter tout un indice comme on achète une action). Mais l’investisseur comprend qu’il s’en remet aveuglément à un comité d’experts en charge de définir ces indices ?

En 2019, MSCI a dû décider de quelle façon inclure les actions chinoises dans son indice Emergent ; le risque étant que cet indice devienne du jour au lendemain un indice à 40 % d’actions chinoises, dont on connaît la transparence…

Les critères d’entrée dans le S&P500, dont pour mémoire 25 % de la composition repose sur les Gafam, permettraient à Tesla d’y faire son apparition ; si tel est le cas, les investisseurs dans ces ETFs auront « la chance » d’acheter cette valeur à une valorisation supérieure à celle de GM, Ford, Fiat Chrysler et Toyota réunis. Cela n’est pas sans rappeler les porteurs d’ETF du DAX qui ont investi dans WireCard en septembre 2018 à son plus haut historique.

Plus proche de nous, en achetant l’ETF CAC 40, on investit dans Hermès à soixante fois les bénéfices, avec des analystes qui peinent à justifier ce niveau stratosphérique de valorisation.

Les ETF obligataires ont connu un développement plus récent, mais également spectaculaire. Beaucoup d’experts prédisaient un krach sur ces ETFs le jour d’une crise obligataire, car la liquidité sur les obligations sous-jacentes était devenue bien inférieure à celle des ETFs. Pour diverses raisons, dont bien sûr l’intervention des banques centrales, ce phénomène n’a pas eu lieu. Le discours consiste aujourd’hui à dire que l’ETF représente mieux la valeur des obligations que les obligations elles-mêmes. Mais là aussi l’investisseur ne fait plus aucune différence sur le crédit et la spécificité de chaque émetteur.

Les promoteurs de CryptoCurrencies cherchent aussi à créer les premiers ETFs sur le Bitcoin, ce qui permettrait ainsi d’acheter très facilement ce type d’assets. La SEC a pour le moment refusé l’autorisation…

Les ETFs sur matières premières ont quant à eux donné quelques frayeurs. Les investisseurs qui cherchaient une exposition sur le pétrole se sont rués sur l’ETF USO sans comprendre sa politique d’investissement sur le marché des futures ; cela a provoqué ce phénomène exceptionnel de prix négatif du pétrole.

Ces phénomènes techniques risquent de se reproduire sur l’or. L’ETF (GLD), très à la mode dans un contexte de taux nul et de risque potentiel inflationniste, a connu une progression spectaculaire depuis le début de l’année, tant en valeur qu’en encours ; ceux-ci sont comparables aux réserves de métal jaune des banques centrales japonaise, anglaise et indienne.

Les promoteurs de CryptoCurrencies cherchent aussi à créer les premiers ETFs sur le Bitcoin, ce qui permettrait ainsi d’acheter très facilement ce type d’assets. La SEC a pour le moment refusé l’autorisation…

Retour de bâton. Si bien sûr les ETF représentent une innovation majeure, il faut bien prendre conscience de leurs effets de bord :

— La capacité d’investir sur toutes classes d’actif sans disposer d’une quelconque expertise, phénomène à fort risque de bulle ;

— La décorrélation entre la valeur fondamentale d’une société ou d’un émetteur et sa valeur de cotation, le facteur indiciel l’emportant.

— La difficulté pour la gestion active de survivre dans ce contexte autoréalisateur : la surperformance de la gestion passive, entraîne de nouveaux flux vers l’indiciel ce qui engendra la surperformance…

Il est dommage que les banques centrales comme la Fed (sur les indices obligataires) ou la Banque du Japon (sur les indices actions) aient décidé pour soutenir les marchés d’utiliser les ETFs, et d’amplifier ainsi ce phénomène. Si un jour ces achats s’arrêtent, le retour de bâton pourra s’avérer dangereux pour les porteurs d’ETF. Espérons qu’il y aura encore de la gestion active capable d’investir dans les actifs de qualité qui seront liquidés sans différentiation par la gestion indicielle, et que les autorités de régulation auront trouvé des garde-fous pour que la « gestion » ne repose pas que sur la composition d’indices.

Denis Alexandre est consultant fintech et risque, fondateur de DAAdvisor.

Déflation : le danger pour l’Europe

Déflation : le danger pour l’Europe

La déflation qui caractérise la baisse d’une activité générale et le recul des prix constitue un danger majeur pour toute l’Europe. On savait que l’ensemble de l’Europe connaîtrait un choc de croissance en 2020 mais cela risque de se prolonger s’il est accompagné par un phénomène de déflation qui caractérise un écoulement de la demande et des prix.

La première estimation de l’inflation pour le mois d’août, publiée mardi par Eurostat, fait état d’un taux de – 0,2% (contre + 0,2% attendu). Un recul tiré en large partie par l’énergie et les produits industriels non énergétiques. Mais la tendance est profonde, comme le montre la chute inédite du niveau de l’inflation sous-jacente – hors effets volatils de l’énergie et de l’alimentation – qui tombe à son plus bas niveau historique, à 0,4% sur un an, contre 1,2% en juillet. La baisse en France est de – 01 %.

La banque centrale européenne convient elle-même qu’une inflation de l’ordre de 1 % ne reviendra pas avant 2022. Le problème, c’est que la banque centrale européenne a choisi comme premier objectif de déverser des milliards de liquidités à taux zéro voire négatif pour soutenir l’activité. Une politique des taux qui nourrit la désinflation. Logiquement,  l’objectif central de la banque centrale européenne était de juguler l’inflation. Progressivement son rôle a évolué avec la crise vers le soutien à l’économie et à l’emploi. D’une certaine manière, la banque centrale se trouve coincée par sa politique de taux et plus généralement par le caractère particulièrement accommodant de sa politique monétaire.

 

Le danger d’une dette « non remboursable « 

le danger d’une dette « non remboursable « 

L’expert financier Karl Eychenne analyse dans une tribune au « Monde » les glissements successifs qui conduisent les banques centrales de l’octroi massif de liquidités à la création monétaire, puis à la dette perpétuelle et à son annulation de fait.

« On ne prête pas à n’importe qui et pas à n’importe quelles conditions. » Au départ, il s’agissait d’un simple principe de bon sens, pour qui souhaite récupérer son dû après avoir fait le sacrifice de s’en priver. Mais aujourd’hui ce principe n’opère plus. Il est devenu un axiome bien trop restrictif pour un monde à fleur de peau. On lui préfère le geste solidaire : prêter autant que nécessaire.

Aujourd’hui converties au « quoi qu’il en coûte », nos politiques nous annoncent l’arrivée de « la dette à tout faire » comme moyen ultime d’échapper à la tyrannie d’un présent qui colle aux doigts. Et puisque décidément plus rien n’est comme avant, cette dette de circonstance serait financée à partir de rien (création monétaire), et reconduite éternellement (jamais remboursée) ; deux attributs d’une opération du Saint-Esprit.

Mais un point agace : avec l’arrivée de cette dette XXL, la génération présente se doterait d’une créance exorbitante auprès des générations futures, ces dernières étant alors mises en demeure de faire le nécessaire pour assurer l’intendance.

Pour éviter cela, une solution radicale est alors invoquée : annuler la dette qui sera achetée par la Banque centrale européenne (BCE), sans toutefois retirer du circuit économique la monnaie créée qui permettra de financer cette dette. Hier encore, cette option était rangée au rayon du tragicomique. Mais aujourd’hui, tout le monde en parle.

Alors, appelons un chat un chat : qu’est-ce que l’on prête et que l’on ne réclame plus ? Un don.

Métaphore freudienne

L’histoire qui nous mène de la dette au don n’a rien d’original. Il s’agit de la métaphore freudienne du chaudron qui est prêté puis rendu, mais avec un trou, et dont l’emprunteur nie en être responsable. Dans le cas de la dette, cela se raconte ainsi : la génération présente a emprunté aux générations futures un chaudron, mais ces dernières accusent la première de lui avoir rendu avec un trou, un trou de la taille de la quantité de monnaie et de dette émises.

 

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