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«Gestion de la crise sanitaire: un vrai manque de clarté (Hervé Novelli)

«Gestion de la crise sanitaire: un vrai manque de clarté (Hervé Novelli)

Chonique d’Hervé Novelli.

 

 

« L’expression « politique profonde » (deep politics) remonte aux années 1990. Le professeur Peter Dale Scott de l’université de Berkeley publie alors un ouvrage dans lequel il parle de système politique profond. Il y explique que le gouvernement des Etats-Unis est influencé par un milieu confidentiel et restreint qu’il appelle « l’Etat profond ». Il précise : « Ce que j’appelle “Etat profond” aux Etats-Unis n’est pas une institution formelle, ni une équipe secrète, mais plutôt un cercle de contacts de haut niveau [...] par lequel le pouvoir politique est susceptible d’être dirigé. »

Selon ce concept, il existerait, à côté, ou mieux encore, à l’intérieur des pouvoirs publics, une politique s’imposant aux acteurs traditionnels, décidée en dehors d’eux ou avec leur consentement, éclairé ou non. En somme, « l’Etat profond » est une autre façon de désigner les bureaucraties permanentes.

Jusque-là, on pensait que ce concept était difficilement applicable aux démocraties libérales. L‘exemple de la gestion de la crise sanitaire en France vient nuancer, à tout le moins, ce jugement.

Ce qui est clair, c’est que notre pays s’est trouvé dans une situation de gestion calamiteuse des outils de lutte contre la pandémie. Je veux ici parler des besoins en masques, des tests, des appareils respiratoires, voire des lits de réanimations. Lorsque l’on observe de plus près, par exemple, la gestion du stock de masques depuis 2010, on constate que son amenuisement progressif, puis sa quasi-disparition, résultent de décisions administratives endossées par les pouvoirs politiques, de manière consciente ou non.

Ceci renvoie clairement à une caractéristique bien connue de notre pays : celle d’une haute administration forgée souvent à l’ENA, en symbiose avec le pouvoir politique et inamovible, c’est-à-dire survivant aux alternances quelles qu’elles soient.

Elu député dans les années 1990, j’avais identifié les causes de l’inefficacité du système politique français par la prééminence du pouvoir administratif à la faveur de son inamovibilité. La bureaucratie qui assaille notre pays en résulte largement. J’avais déposé à l’époque une série de propositions pour lutter contre ce mal français.

Cumul. Trois me semblent toujours d’actualité. D’abord la réforme de la fonction publique par l’introduction d’un spoil system à la française permettant de renouveler tous les postes de la haute administration à chaque changement présidentiel (une proposition formulée par Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017). Ensuite, l’impossibilité de cumuler une appartenance à la fonction publique avec l’exercice d’un mandat national. Je cite, enfin, aussi l’évolution de la formation à la haute administration dispensée par l’ENA, maintes fois annoncée et toujours différée…

Les difficultés de maîtrise de la crise sanitaire jettent une lumière crue sur « l’Etat profond » à la française. Elles peuvent avoir le mérite, si l’on en prend conscience, d’expliquer que nombre de politiques menées ces dernières décennies ont été plus le fait de convictions administratives que de choix émanant clairement du pouvoir politique avec le résultat que nous connaissons. Il devient urgent d’en tirer les conséquences ! »

Ex-ministre du Commerce, des PME et de l’Artisanat du gouvernement Fillon, Hervé Novelli est porte-parole de la Fondation Concorde.

Société-Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

Société-Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

 

Pierre-Henri d’Argenson haut fonctionnaire et ancien maître de conférences en questions internationales à Sciences Po. Évoque un possible tournant de l’histoire à l’occasion du Coronavirus dans une chronique à la Tribune.( Il a notamment publié La fin du monde et le dernier dieu: un nouvel horizon pour l’humanité (Liber, 201).

« Il est rare que l’on puisse tirer les enseignements d’une crise lorsque l’on est au milieu de celle-ci. Les grands bouleversements intervenus depuis la fin de la guerre froide n’ont ainsi pas toujours été déchiffrables au moment où ils se sont produits, sans doute parce qu’ils appartenaient à une ère de transition accouchant d’un monde nouveau qui se présente aujourd’hui, avec la crise du coronavirus, sous une lumière crue. La pandémie, en effet, agit comme un révélateur de tendances certes perçues par notre intellect, mais qui n’avaient pas suffisamment frappé notre imagination pour modifier nos représentations du monde. Or désormais le monde est nu, et nous n’avons pas d’autre choix que d’abandonner nos coupables pudeurs pour regarder la vérité géopolitique qu’il nous donne à voir, et les conséquences que nous devrons rapidement en tirer pour y survivre en hommes libres.

Nous ne croirons plus à l’article de la doxa mondialiste qui prétend que tout le monde est chez soi partout.

Examinons les faits. Trois choses absolument frappantes se sont produites durant la crise. La première, c’est qu’aux premières alertes, chacun est rentré chez soi, dans son pays. Du jour au lendemain, les touristes sont passés du statut d’heureux voyageurs nomades à celui d’étrangers indésirables, parfois objets de comportements hostiles de la part des populations locales. La mondialisation heureuse venait de tomber le masque. Les citoyens du monde se sont évaporés. Le touriste, l’étudiant, l’homme d’affaires sont redevenus, chez les autres, ce qu’ils ont toujours été: des étrangers. Bien sûr, lorsque la crise sera passée, la circulation des biens et des personnes reprendra son cours, mais nous ne croirons plus, en particulier nous les Européens à qui l’on a enjoint de «s’ouvrir» toujours plus, à l’article fondateur de la doxa mondialiste qui prétendait que tout le monde est chez soi partout.

Le deuxième fait frappant est la quasi-absence de solidarité internationale dans la crise. Le virus, pas plus aujourd’hui que dans le passé, n’a été traité comme un ennemi commun de l’humanité. Chaque État a mis en œuvre sa stratégie propre, sans se coordonner avec les autres, sans faire appel aux organisations régionales et sans trêve des ambitions géopolitiques. Lorsque des aides ont été consenties, c’est avec des arrière-pensées si voyantes que leurs bénéfices pour l’amitié entre les peuples en ont été annulés. Cette compartimentation nationale de la lutte contre le virus oblige les élites européennes à admettre ce qu’elles récusent depuis des décennies: la nation reste la brique fondamentale de la société mondiale.

La Chine est le seul « challenger » ayant à la fois la capacité et la volonté de détrôner les États-Unis et l’Occident de leur place de leader mondial.

Le troisième fait marquant est la cristallisation des tensions géopolitiques entre la Chine et l’Occident, qui dessinent les contours d’une nouvelle guerre froide structurée par l’axe Chine-États-Unis. Privé de son antagonisme idéologique, le monde issu de la chute de l’URSS avait restauré les clivages civilisationnels dans un monde multipolaire dominé par les États-Unis. La nouveauté, mise en lumière par la crise actuelle, est l’émergence de la Chine comme seul «challenger» ayant à la fois la capacité et la volonté affichée de détrôner les États-Unis, et l’Occident au sens large, de leur place de leader mondial. C’est donc autour de ce clivage que les relations internationales vont désormais s’organiser. La grande politique des alliances, tombée en désuétude avec la prolifération des organisations internationales et l’illusion d’un grand marché global post-national, est appelée à revenir au premier plan. L’Europe est la plus mal armée pour y prendre sa part compte tenu du déclin organisé de sa culture stratégique et de sa réticence à accepter que l’interconnexion croissante des sociétés humaines, envisagée seulement comme un facteur de paix, puisse aussi nourrir les guerres informationnelles, les clivages identitaires et les agressions commerciales. L’idée de «doux commerce» répandue par les courants libéraux depuis le XIXe siècle a vécu.

L’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis.

Dans l’affrontement titanesque qui s’annonce entre les États-Unis, puissance menacée, et la Chine, puissance ascendante, affrontement porteur d’un risque de guerre comme l’a montré Graham Allison dans son ouvrage Vers la guerre (Odile Jacob, 2019), l’Europe se trouve, comme elle l’a été durant la guerre froide, le centre des enjeux. Un coup d’œil à la carte des flux économiques mondiaux permet de comprendre que, loin d’être périphérique, l’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis. Cela peut expliquer que le «pivot» annoncé par Barack Obama vers la zone indo-pacifique n’ait pas eu l’envergure annoncée, contrairement au projet de «nouvelle route de la Soie» poursuivi par la Chine, avec pour but la domination du continent eurasiatique. L’exposition médiatique des ambitions chinoises oblige les dirigeants occidentaux à affronter les réalités désagréables jusque-là repoussées sous le tapis. C’est notamment le cas de l’Europe: si elle poursuit sa trajectoire, sans révision de son modèle économique de transfert à l’Asie de son industrie, d’ouverture commerciale asymétrique et de financement à crédit de sa consommation par l’épargne chinoise, l’Européen de 2030 (plutôt celui du Sud, dont le Français) travaillera à bas coût pour un groupe chinois, sera surveillé par des technologies chinoises et des logiciels américains, consommera encore plus de sous-culture américaine, n’aura plus qu’un accès payant à la santé, et aura perdu sa liberté. La crise grecque de 2010, qui a vu ce pays traité comme un pays en développement, en donne un avant-goût. Le coronavirus arrache tous les masques.

L’Europe doit se recentrer sur son marché intérieur.

Dans cette nouvelle configuration, que peut, que doit faire l’Europe pour conserver la maîtrise de son destin? Trois actions me paraissent urgentes et déterminantes. La première est de recentrer l’Europe sur son marché intérieur. Cela concerne tout d’abord la demande, qui doit être orientée, par la voie dirigiste si besoin, vers les circuits courts et la production locale. Il serait aberrant que nos vastes plans de relance soient, comme après 2008, absorbés par des importations ne créant aucune valeur ajoutée sur le sol français et européen. Cela suppose de se doter de protections tarifaires et normatives actuellement vidées de leur portée par les accords de libre commerce peu réciprocitaires négociés par la Commission européenne et d’une politique de soutien à l’industrie impossible dans le cadre européen actuel, qui a au contraire montré, en ouvrant, en pleine pandémie, de nouveaux chapitres de l’élargissement à l’Albanie et à la Macédoine du Nord, en signant un traité de libre-échange avec le Vietnam, ou encore en sanctionnant les aides d’État, que sa vision des choses était diamétralement inverse. Cette réorientation sera toutefois sans effet si la politique d’offre ne suit pas, et son principal frein, en France, est le niveau excessif des prélèvements obligatoires, qui pèsent sur une partie de plus en plus restreinte et asphyxiée de la population et du tissu productif. Il serait intéressant de demander aux paysans chinois ce qu’ils ont pensé de l’appel du ministre de l’agriculture français pour trouver 200 000 volontaires pour les travaux des champs, en remplacement des travailleurs saisonniers, dans un pays qui compte près de 2 millions de bénéficiaires du RSA.

La seconde action concerne la maîtrise des frontières physiques, et la crise a justement montré qu’elle était parfaitement réalisable. Il n’est nul besoin d’insister sur la déstabilisation des sociétés européennes induite par des décennies d’immigration incontrôlée et instrumentalisée par de nombreux États, la Turquie en dernier lieu. Si rien n’est fait, il faut s’attendre à l’installation d’un état de fracturation permanente au sein d’une Europe connaissant successivement le destin de l’Autriche-Hongrie, de la Yougoslavie puis du Liban, débouchant sur une partition politique croissante, notamment avec les pays de l’Est. Aucune politique de puissance n’est possible lorsque l’on est miné par des dissensions internes irréconciliables, l’histoire montrant que l’éclatement était invariablement au bout du chemin.

Si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe.

La troisième action consiste à ressouder le bloc de l’Ouest sur une base plus équilibrée avec les États-Unis, mais non tournée contre la Russie. La paix n’a jamais été possible sans une conscience claire des rapports de force sur la scène internationale et la volonté de les assumer. S’affaiblir, c’est inciter l’adversaire à frapper. Or l’Ouest apparaît plus divisé que jamais, ce qui est sa principale faiblesse. Il y a là un enjeu civilisationnel qui n’est pas correctement perçu par l’Europe et les États-Unis, alors qu’il l’est, grand paradoxe, de ses rivaux. La balle est bien sûr largement dans le camp des États-Unis, dont le traitement de l’Europe comme marche de l’Empire assignée à l’absorption des charges russes et moyen-orientales pouvait se justifier tant qu’ils étaient la seule superpuissance. Mais comme pour l’empire romain, la désagrégation des marches ne peut qu’annoncer la chute de l’empire lui-même. Un effondrement européen laisserait en tout cas les États-Unis très exposés au géant chinois et à ses obligés. Passer d’une logique de protectorat à une stratégie d’alliance implique, il est vrai, une révolution de la pensée stratégique américaine, dont le renoncement avec ses alliés au privilège d’extraterritorialité de son droit, véritable tribut qui mine ses relations bilatérales (comment apprécier un allié ayant infligé aux entreprises françaises plus de 13 milliards de dollars d’amendes sur ce fondement depuis 2010?). Mais si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe. Autrement, cette dernière ira chercher son intérêt dans d’improbables compromissions tactiques avec ses pires concurrents.

Cette crise nous offre peut-être une occasion d’échapper à la décomposition poursuivie depuis quelques décennies.

La crise du coronavirus, en dépit des nombreux appels à l’émergence d’un «monde d’après», ne changera pas, dans l’immédiat, la physionomie des relations internationales et de nos modes de vie. En revanche, au-delà du drame humain dont elle est porteuse, elle offre peut-être une occasion à la France et à l’Europe, en abrogeant pour de bon le récit de la mondialisation heureuse et en les plaçant devant la brutalité du monde, d’échapper à la trajectoire de décomposition poursuivie avec assiduité depuis maintenant quelques décennies. Mais son enseignement le plus «disruptif», et certainement le plus subversif pour les dirigeants actuels, est d’avoir prouvé que la volonté politique pouvait, en quelques jours, rendre possible ce que l’on prétendait impossible, de la même manière qu’on jugeait inenvisageable il y a peu le départ d’un membre majeur de l’Union européenne. Le niveau de tolérance pour l’immobilisme risque donc, après le déconfinement, de dangereusement se réduire. »

 

 

Après la crise sanitaire, la crise économique

Après la crise sanitaire, la crise économique

 

Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l’ESSEC.
à juste titre que la crise sanitaire soit suivie par un véritable tsunami économique. (Chronique dans la Tribune) 

 

Selon les chiffres de l’INSEE, la croissance du PIB de la France au premier trimestre 2020 a subi un recul historique de -5,8% ce qui représente la plus forte chute depuis 1949 et le début de la publication de cette statistique. C’est un des pertes d’activité les plus lourdes de la zone euro qui connait un recul de -3,8%, avec -5,2% pour l’Espagne ou -2,5% pour l’Autriche. La chute du PIB devrait être encore plus lourde au deuxième trimestre.

 

Il apparaît que parallèlement à la lutte sanitaire contre le Coronavirus se dessine une lutte économique à venir pour sauver l’économie française d’une crise d’une sévérité jamais vue. A court terme se dessinent une vague colossale de faillites d’entreprises avec son corollaire d’explosion du chômage et de la pauvreté.

Les deux objectifs sanitaires et économiques peuvent sembler antagonistes. En effet, ce n’est pas le virus en soi qui a créé la crise économique, c’est la façon avec laquelle le gouvernement mène sa politique sanitaire étant donné l’état des infrastructures médicales en termes de capacité d’hospitalisation et de tests, et étant donné le nombre de masques disponibles. L’ensemble des données de la situation française ainsi qu’un comportement à la gribouille sur les masques et les tests ont amené à cette situation de confinement qui dure, qui ne s’arrêtera pas le 11 mai, et qui est en train d’anéantir l’économie française en détruisant ses entreprises et notamment ses petites entreprises.

L’arrêt décidé des activités non-essentielles, le climat de peur, et la fermeture des écoles ont provoqué le ralentissement brutal de toute activité économique. Il est urgent que le gouvernement intègre cet élément et se donne comme priorité de guider les entreprises, les commerces et les services vers la reprise de l’activité avec la mise en place des sûretés sanitaires nécessaires. En effet, cette crise économique du coronavirus n’est pas qu’un choc de demande comme la crise des subprimes, c’est aussi, un massif choc d’offre.

Quand le système productif est cassé ou enrayé par des surcoûts et interdictions, les efforts du gouvernement doivent porter en priorité sur la restauration de l’offre. Stimuler la demande quand la production est dysfonctionnelle non seulement ne résout pas le problème mais peut aussi potentiellement réveiller l’inflation. La hausse importante des prix des produits alimentaires au mois d’avril en est l’illustration (3,8% en zone euro).

Pour relancer l’offre, il faut que l’État s’engage sur les guides d’organisation de reprise du travail dans des conditions sanitaires suffisantes de façon à faire baisser la peur des travailleurs face à l’incertitude et leur permettre de reprendre le travail au plus vite. Pour cela il faut que l’École puisse elle aussi redémarrer pour que les parents n’aient plus la charge de la garde des enfants.

Dans ce contexte, il serait dangereux que certains syndicats jouent la surenchère sanitaire et profitent de la situation pour prouver leur capacité à bloquer la production. Une telle approche est de nature à précipiter des entreprises fragilisées à la faillite et pourrait pousser le chômage vers les 20% de la population active. Le cas d’Amazon France est une triste illustration de cette dérive. Ses dépôts français sont fermés, ses employés sont sur le bord de la route et l’activité d’Amazon en France se poursuit à partir de l’Espagne et de l’Allemagne.

Bruno Le Maire et Muriel Pénicaud semblent avoir pris la vraie mesure de la crise. Le soutien aux entreprises solvables mais à court de liquidités doit être renforcé. Les mesures de chômage partiel qui avaient du sens à la fois pour le soutien de la demande mais aussi pour la possibilité de repartir vite pour les entreprises doivent être amendées pour moins de générosité, pour ne pas devenir une incitation au non-travail. Il devient de plus en plus clair que les entreprises ne pourront pas maintenir les effectifs dans les mois à venir. Garder fictivement dans les effectifs des personnes qui ne retrouveront pas leur emploi n’a pas de sens d’autant que certains secteurs vont manquer de main d’œuvre du fait des restrictions de circulation et de la volonté de redévelopper en France certaines industries. Ainsi il faudrait renforcer le soutien aux chômeurs, notamment l’aide à la formation professionnelle et à la mobilité.

L’heure de la crise sanitaire aiguë est passée, il est temps pour le gouvernement de s’attaquer résolument à la récession corona.

« La crise sanitaire présage la crise climatique »

« La crise  sanitaire présage la crise climatique  »

 

 

Edouard Bard, Climatologue dans une tribune au « Monde » voit dans cette crise une « répétition générale ».

‘La pandémie de Covid-19 n’est sans doute pas d’origine climatique, même si nous n’avons pas encore de certitude sur les éventuels changements environnementaux qui auraient pu rapprocher les populations des animaux hôtes (chauve-souris et pangolin) de l’homme. Néanmoins, l’épidémie en cours donne à réfléchir aux climatologues, car elle préfigure en accéléré la propagation du réchauffement mondial prévu pour les prochaines décennies. La crise provoquée par le coronavirus constitue en quelque sorte une répétition générale, un crash test, pour les sociétés humaines.

Bien évidemment, la vague climatique s’inscrit dans une durée plus longue que celle du Covid-19, mais on constate les mêmes réactions individuelles et collectives face au risque et à l’adversité, avec des réflexes d’incrédulité, de sidération ou de panique. Au début des crises, certains émettent des doutes sur l’importance du problème en remettant en question la parole des experts scientifiques sur des sujets hautement complexes. Les tâtonnements et joutes scientifiques ajoutent à la confusion dans l’esprit des populations et des décideurs, et alimentent de leurs débordements la blogosphère et les réseaux sociaux.

Pour les deux types de crises, on assiste aussi à une remise en question des prévisions fondées sur des modèles mathématiques qui sont pourtant le meilleur moyen pour se projeter quantitativement dans le futur. Les plus extrêmes profitent de l’occasion pour propager des thèses complotistes à la recherche de boucs émissaires.

Au-delà de ces caricatures, les crises épidémiques et climatiques montrent des similitudes bien réelles et malheureuses pour les populations humaines. La crise sanitaire que nous traversons aura un impact plus fort sur les plus pauvres à l’échelle internationale, ainsi qu’au sein de la population d’un même pays. Même si la propagation en Afrique est en retard par rapport à celle des autres continents, on voit déjà s’esquisser un drame humain pour des populations qui n’ont pas les moyens de se protéger et de se soigner. Certains s’inquiètent de la persistance du virus dans certaines régions, constituant des réservoirs permanents prêts à alimenter de nouvelles poussées épidémiques.

Un impact maximal sur les populations pauvres s’observe aussi pour le changement climatique. L’évolution récente des précipitations est beaucoup plus contrastée à l’échelle régionale que celle des températures, et les modèles climatiques prévoient un creusement des contrastes régionaux de précipitations. Le réchauffement et la baisse de la ressource en eau (incluant l’eau « virtuelle » liée aux importations de nourriture) auront un effet catastrophique sur les nations les plus déshéritées, souvent tributaires d’une agriculture précaire pour nourrir des populations sensibles à toute perturbation supplémentaire, comme les épidémies. »

 

Relancer l’audiovisuel après la crise sanitaire

Relancer l’audiovisuel après la crise sanitaire

Les spécialistes estiment que le secteur audiovisuel pourrait perdre un milliard d’euros à cause de la crise sanitaire qui paralyse le pays. Alors qu’un début de déconfinement se profile à compter du 11 mai, le secteur attend des soutiens de la part des pouvoirs publics. Roch-Olivier Maistre, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, livre à l’Opinion son analyse de la situation et son plan pour aider à une reprise rapide.( À noter aussi que les conséquences de la crise seront beaucoup plus dramatiques pour la presse écrite et notamment la presse régionale particulièrement touchée par les perturbations des modes de diffusion; plusieurs titres pourraient même être amenés à disparaître NDLR)

Comment jugez-vous la manière dont les médias audiovisuels ont traversé cette longue séquence de confinement ?

Le plus remarquable aura été leur capacité d’adaptation et leur forte résilience. Ce qui me marque également, c’est que le public est très fidèle à l’écran de télévision là où certains auraient pu penser que la consommation de vidéos sur les plateformes emporterait tout sur son passage. On oppose souvent linéaire et numérique ; or cette période nous permet de constater qu’en réalité, il existe une forme de complémentarité des usages. Enfin, je suis frappé, alors même que les audiences sont excellentes, par le séisme qui touche le secteur audiovisuel et dont les effets sont dévastateurs. C’est une onde de choc dont nous n’avons pas encore mesuré toutes les conséquences.

Face au séisme dont vous parlez, que propose le CSA pour permettre la relance du secteur ?

Nous sommes face à une crise dont les effets pour toute la filière de la création, des auteurs aux producteurs, vont se faire sentir dans la durée parce que les ressources des principaux financeurs de ce secteur, c’est-à-dire les contributions des chaînes assises sur le chiffre d’affaires, vont être fortement impactées. Le manque à gagner risque d’être très important. Pour y faire face nous devons commencer par redonner de l’oxygène au secteur, remettre du carburant dans le système.

Pour cela, il peut y avoir plusieurs pistes. D’abord, l’assouplissement du cadre réglementaire applicable à la publicité, qu’il s’agisse de la publicité en faveur du cinéma ou de la publicité segmentée, la plus prometteuse en termes de ressources. Nous avons été saisis du projet de décret par le gouvernement et le conseil rendra son avis d’ici une quinzaine de jours. Ces assouplissements nous paraissent importants parce qu’ils sont un moyen de dégager de nouvelles ressources. La deuxième piste, qui nous semble inéluctable, sera de conforter la trajectoire financière du service public. Certes, la redevance maintient l’essentiel des recettes mais il subit également un choc concernant les revenus publicitaires. La trajectoire telle qu’elle a été définie par l’Etat pour 2020 et 2021 devra donc nécessairement être réexaminée. Et j’ajoute qu’il nous semble plus urgent que jamais de lancer le chantier de la réforme de la contribution de l’audiovisuel public parce que l’échéance de 2022 approche. Sur ce point, le conseil plaide pour la conservation d’une ressource affectée et pérenne. Enfin, un autre facteur de relance important serait la mise en place d’un dispositif assurantiel pour les producteurs de l’audiovisuel et du cinéma. Alors que la crise n’est pas terminée, les tournages ne redémarreront que si l’on peut leur apporter plus de sécurité. Cela supposerait de mettre en place un dispositif spécifique porté par les assureurs et les pouvoirs publics, voire l’Union européenne.

« De notre point de vue, ce qui justifiait la modification de notre législation avant la crise est encore plus vrai aujourd’hui. Il est grand temps d’adapter le cadre législatif à notre nouvel environnement »

Concernant les moyens nouveaux, la loi audiovisuelle prévoyait notamment la transposition de la directive européenne SMA qui doit fixer des obligations aux plateformes vidéos. Comment voyez-vous sa mise en application alors que l’avenir de la loi semble compromis ?

C’est une piste urgente. Il s’agit vraiment du moyen le plus immédiat et le plus concret pour faire rentrer dans le financement de la création les nouveaux acteurs. S’il devait y avoir un décalage du projet de loi, une des priorités serait de transposer cette directive, quel qu’en soit le vecteur. Pour autant, j’ai écouté attentivement le président de la République et le gouvernement et je n’ai pas entendu à ce stade que cette loi était abandonnée. N’oublions pas qu’elle est déjà passée en commission des Affaires culturelles à l’Assemblée nationale. C’est donc un texte prêt à venir en séance publique. De notre point de vue, ce qui justifiait la modification de notre législation avant la crise est encore plus vrai aujourd’hui. Il est grand temps d’adapter le cadre législatif à notre nouvel environnement. Cela étant dit, j’insiste particulièrement sur la transposition de la directive SMA. Elle est impérative pour la survie même du secteur et nous souhaitons qu’elle puisse être transposée au plus vite. Cela demandera ensuite de rouvrir le chantier de la chronologie des médias. On ne peut pas demander aux plateformes de SVOD, comme Netflix, de participer à des hauteurs importantes au financement de la création et garder des fenêtres de diffusion aussi éloignées. Ce n’est pas crédible.

Les diffuseurs ont également fait part de leurs demandes de soutiens pour traverser cette période noire, que peut leur proposer le CSA ?

Pour garantir la pérennité de notre modèle, on pourrait déployer plusieurs dispositifs à vocation temporaire et si possible d’un coût budgétaire contenu. Une première idée serait de couvrir une partie des coûts de diffusion des éditeurs lorsqu’ils vont au-delà des 95 % de l’obligation de couverture du territoire imposée par la loi, un différentiel coûteux. Dans le même ordre d’idée, nous trouverions intéressant d’accompagner le déploiement du DAB+ par un dispositif de soutien transitoire d’aides directes à la diffusion. Enfin, pourquoi ne pas mettre en place un fonds d’urgence en direction des radios et télévisions locales qui sont percutées de plein fouet par la situation et qui ne disposent pas toujours d’actionnaires en mesure de les soutenir.

Une crise, c’est souvent l’occasion de grandes transformations que nous devons accompagner car ce que nous vivons va entraîner des mouvements de consolidation en Europe. Je pense que l’occasion est propice pour revisiter nos dispositifs anti-concentration. Cela fait de nombreuses années que tout le monde le dit, l’Autorité de la concurrence l’a exprimé dans un avis, le CSA également, ces dispositions sont anciennes. Nous devons profiter de la période actuelle pour rechercher un nouvel équilibre entre préservation de la concurrence et création de champions européens.

Et que pensez-vous du crédit d’impôt réclamé autant par les diffuseurs que par les annonceurs ?

C’est effectivement une piste qui semble créer une forme de consensus. A ce sujet, deux remarques : d’une part, les crédits d’impôt pèsent lourdement sur le budget de l’Etat, une centaine de milliards d’euros ; et d’autre part, leur efficacité n’est pas toujours pleinement démontrée. Le conseil trouve néanmoins l’idée intéressante parce qu’elle donnerait un signal à tout le secteur. Mais il faut qu’un tel dispositif soit ciblé. Cela veut dire limiter son accès aux achats d’espaces publicitaires ; et par ailleurs qu’il soit naturellement réservé aux médias qui contribuent au pluralisme, donc télévisions, radios, presse, en excluant les dépenses qui pourraient créer un effet d’aubaine pour les grands acteurs du numérique. Par ailleurs, ce crédit d’impôt devrait être limité dans le temps, par exemple sur le dernier semestre de l’année en cours. Si la dépense n’est pas encadrée, le risque est fort que le crédit d’impôt ne voie pas le jour.

Concernant les décrets qui doivent permettre de créer de nouveaux leviers de croissance pour les diffuseurs, ils tardent à venir et par ailleurs les chaînes se plaignent de la complexité du système, ne faudrait-il pas accélérer et simplifier ?

Les choses devraient se débloquer rapidement mais c’est vrai qu’il existe un paradoxe aujourd’hui. Les chaînes de télévision peuvent diffuser de la publicité pour Netflix mais ne peuvent pas le faire pour les films qu’elles-mêmes financent. Deuxième remarque : quand les salles de cinéma vont rouvrir, il sera précieux de pouvoir communiquer à la télévision sur les sorties de films. Ce sera un facteur de relance important. Nous partageons avec le ministère l’objectif de préserver une forme de diversité afin que les films à gros budget ne soient pas les seuls à pouvoir en bénéficier mais nous allons regarder le dispositif proposé qui nous semble, c’est vrai, un peu compliqué. Même chose concernant la publicité segmentée qui représente le plus de potentialités, il ne faudrait pas que l’encadrement réglementaire bride le dispositif. Nous allons y travailler et rendrons notre avis sous quinze jours. De la même façon, le décret assouplissant les jours interdits de cinéma à la télévision, sur lequel le CSA a rendu un avis favorable, gagnerait à être pris en publié sans tarder.

Toujours au sujet de France Télévisions, faut-il mener à bien l’idée du gouvernement et supprimer France 4 ?

C’est un choix qui appartient au gouvernement qui avait rendu un arbitrage en juin 2018. A ce stade, le décret modifiant le cahier des charges de France Télévisions n’a pas été publié et l’Etat n’a pas fait part au CSA de sa renonciation aux deux fréquences, celle de France 4 et celle de France Ô. La crise a aujourd’hui changé la donne et, comme l’a évoqué le ministre de la Culture, la question de la suppression de France 4 à l’été doit être reposée. Par ailleurs, ce qui fait le succès de France 4 dans cette période, ce sont surtout les programmes éducatifs. Ce sont eux qui singularisent le service public et conserver une telle offre peut avoir du sens.

Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

 

Pierre-Henri d’Argenson haut fonctionnaire et ancien maître de conférences en questions internationales à Sciences Po. Évoque un possible tournant de l’histoire à l’occasion du Corona virus dans une chronique à la tribune.( Il a notamment publié La fin du monde et le dernier dieu: un nouvel horizon pour l’humanité (Liber, 201).


« Il est rare que l’on puisse tirer les enseignements d’une crise lorsque l’on est au milieu de celle-ci. Les grands bouleversements intervenus depuis la fin de la guerre froide n’ont ainsi pas toujours été déchiffrables au moment où ils se sont produits, sans doute parce qu’ils appartenaient à une ère de transition accouchant d’un monde nouveau qui se présente aujourd’hui, avec la crise du coronavirus, sous une lumière crue. La pandémie, en effet, agit comme un révélateur de tendances certes perçues par notre intellect, mais qui n’avaient pas suffisamment frappé notre imagination pour modifier nos représentations du monde. Or désormais le monde est nu, et nous n’avons pas d’autre choix que d’abandonner nos coupables pudeurs pour regarder la vérité géopolitique qu’il nous donne à voir, et les conséquences que nous devrons rapidement en tirer pour y survivre en hommes libres.

Nous ne croirons plus à l’article de la doxa mondialiste qui prétend que tout le monde est chez soi partout.

Examinons les faits. Trois choses absolument frappantes se sont produites durant la crise. La première, c’est qu’aux premières alertes, chacun est rentré chez soi, dans son pays. Du jour au lendemain, les touristes sont passés du statut d’heureux voyageurs nomades à celui d’étrangers indésirables, parfois objets de comportements hostiles de la part des populations locales. La mondialisation heureuse venait de tomber le masque. Les citoyens du monde se sont évaporés. Le touriste, l’étudiant, l’homme d’affaires sont redevenus, chez les autres, ce qu’ils ont toujours été: des étrangers. Bien sûr, lorsque la crise sera passée, la circulation des biens et des personnes reprendra son cours, mais nous ne croirons plus, en particulier nous les Européens à qui l’on a enjoint de «s’ouvrir» toujours plus, à l’article fondateur de la doxa mondialiste qui prétendait que tout le monde est chez soi partout.

Le deuxième fait frappant est la quasi-absence de solidarité internationale dans la crise. Le virus, pas plus aujourd’hui que dans le passé, n’a été traité comme un ennemi commun de l’humanité. Chaque État a mis en œuvre sa stratégie propre, sans se coordonner avec les autres, sans faire appel aux organisations régionales et sans trêve des ambitions géopolitiques. Lorsque des aides ont été consenties, c’est avec des arrière-pensées si voyantes que leurs bénéfices pour l’amitié entre les peuples en ont été annulés. Cette compartimentation nationale de la lutte contre le virus oblige les élites européennes à admettre ce qu’elles récusent depuis des décennies: la nation reste la brique fondamentale de la société mondiale.

La Chine est le seul « challenger » ayant à la fois la capacité et la volonté de détrôner les États-Unis et l’Occident de leur place de leader mondial.

Le troisième fait marquant est la cristallisation des tensions géopolitiques entre la Chine et l’Occident, qui dessinent les contours d’une nouvelle guerre froide structurée par l’axe Chine-États-Unis. Privé de son antagonisme idéologique, le monde issu de la chute de l’URSS avait restauré les clivages civilisationnels dans un monde multipolaire dominé par les États-Unis. La nouveauté, mise en lumière par la crise actuelle, est l’émergence de la Chine comme seul «challenger» ayant à la fois la capacité et la volonté affichée de détrôner les États-Unis, et l’Occident au sens large, de leur place de leader mondial. C’est donc autour de ce clivage que les relations internationales vont désormais s’organiser. La grande politique des alliances, tombée en désuétude avec la prolifération des organisations internationales et l’illusion d’un grand marché global post-national, est appelée à revenir au premier plan. L’Europe est la plus mal armée pour y prendre sa part compte tenu du déclin organisé de sa culture stratégique et de sa réticence à accepter que l’interconnexion croissante des sociétés humaines, envisagée seulement comme un facteur de paix, puisse aussi nourrir les guerres informationnelles, les clivages identitaires et les agressions commerciales. L’idée de «doux commerce» répandue par les courants libéraux depuis le XIXe siècle a vécu.

L’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis.

Dans l’affrontement titanesque qui s’annonce entre les États-Unis, puissance menacée, et la Chine, puissance ascendante, affrontement porteur d’un risque de guerre comme l’a montré Graham Allison dans son ouvrage Vers la guerre (Odile Jacob, 2019), l’Europe se trouve, comme elle l’a été durant la guerre froide, le centre des enjeux. Un coup d’œil à la carte des flux économiques mondiaux permet de comprendre que, loin d’être périphérique, l’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis. Cela peut expliquer que le «pivot» annoncé par Barack Obama vers la zone indo-pacifique n’ait pas eu l’envergure annoncée, contrairement au projet de «nouvelle route de la Soie» poursuivi par la Chine, avec pour but la domination du continent eurasiatique. L’exposition médiatique des ambitions chinoises oblige les dirigeants occidentaux à affronter les réalités désagréables jusque-là repoussées sous le tapis. C’est notamment le cas de l’Europe: si elle poursuit sa trajectoire, sans révision de son modèle économique de transfert à l’Asie de son industrie, d’ouverture commerciale asymétrique et de financement à crédit de sa consommation par l’épargne chinoise, l’Européen de 2030 (plutôt celui du Sud, dont le Français) travaillera à bas coût pour un groupe chinois, sera surveillé par des technologies chinoises et des logiciels américains, consommera encore plus de sous-culture américaine, n’aura plus qu’un accès payant à la santé, et aura perdu sa liberté. La crise grecque de 2010, qui a vu ce pays traité comme un pays en développement, en donne un avant-goût. Le coronavirus arrache tous les masques.

L’Europe doit se recentrer sur son marché intérieur.

Dans cette nouvelle configuration, que peut, que doit faire l’Europe pour conserver la maîtrise de son destin? Trois actions me paraissent urgentes et déterminantes. La première est de recentrer l’Europe sur son marché intérieur. Cela concerne tout d’abord la demande, qui doit être orientée, par la voie dirigiste si besoin, vers les circuits courts et la production locale. Il serait aberrant que nos vastes plans de relance soient, comme après 2008, absorbés par des importations ne créant aucune valeur ajoutée sur le sol français et européen. Cela suppose de se doter de protections tarifaires et normatives actuellement vidées de leur portée par les accords de libre commerce peu réciprocitaires négociés par la Commission européenne et d’une politique de soutien à l’industrie impossible dans le cadre européen actuel, qui a au contraire montré, en ouvrant, en pleine pandémie, de nouveaux chapitres de l’élargissement à l’Albanie et à la Macédoine du Nord, en signant un traité de libre-échange avec le Vietnam, ou encore en sanctionnant les aides d’État, que sa vision des choses était diamétralement inverse. Cette réorientation sera toutefois sans effet si la politique d’offre ne suit pas, et son principal frein, en France, est le niveau excessif des prélèvements obligatoires, qui pèsent sur une partie de plus en plus restreinte et asphyxiée de la population et du tissu productif. Il serait intéressant de demander aux paysans chinois ce qu’ils ont pensé de l’appel du ministre de l’agriculture français pour trouver 200 000 volontaires pour les travaux des champs, en remplacement des travailleurs saisonniers, dans un pays qui compte près de 2 millions de bénéficiaires du RSA.

La seconde action concerne la maîtrise des frontières physiques, et la crise a justement montré qu’elle était parfaitement réalisable. Il n’est nul besoin d’insister sur la déstabilisation des sociétés européennes induite par des décennies d’immigration incontrôlée et instrumentalisée par de nombreux États, la Turquie en dernier lieu. Si rien n’est fait, il faut s’attendre à l’installation d’un état de fracturation permanente au sein d’une Europe connaissant successivement le destin de l’Autriche-Hongrie, de la Yougoslavie puis du Liban, débouchant sur une partition politique croissante, notamment avec les pays de l’Est. Aucune politique de puissance n’est possible lorsque l’on est miné par des dissensions internes irréconciliables, l’histoire montrant que l’éclatement était invariablement au bout du chemin.

Si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe.

La troisième action consiste à ressouder le bloc de l’Ouest sur une base plus équilibrée avec les États-Unis, mais non tournée contre la Russie. La paix n’a jamais été possible sans une conscience claire des rapports de force sur la scène internationale et la volonté de les assumer. S’affaiblir, c’est inciter l’adversaire à frapper. Or l’Ouest apparaît plus divisé que jamais, ce qui est sa principale faiblesse. Il y a là un enjeu civilisationnel qui n’est pas correctement perçu par l’Europe et les États-Unis, alors qu’il l’est, grand paradoxe, de ses rivaux. La balle est bien sûr largement dans le camp des États-Unis, dont le traitement de l’Europe comme marche de l’Empire assignée à l’absorption des charges russes et moyen-orientales pouvait se justifier tant qu’ils étaient la seule superpuissance. Mais comme pour l’empire romain, la désagrégation des marches ne peut qu’annoncer la chute de l’empire lui-même. Un effondrement européen laisserait en tout cas les États-Unis très exposés au géant chinois et à ses obligés. Passer d’une logique de protectorat à une stratégie d’alliance implique, il est vrai, une révolution de la pensée stratégique américaine, dont le renoncement avec ses alliés au privilège d’extraterritorialité de son droit, véritable tribut qui mine ses relations bilatérales (comment apprécier un allié ayant infligé aux entreprises françaises plus de 13 milliards de dollars d’amendes sur ce fondement depuis 2010?). Mais si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe. Autrement, cette dernière ira chercher son intérêt dans d’improbables compromissions tactiques avec ses pires concurrents.

Cette crise nous offre peut-être une occasion d’échapper à la décomposition poursuivie depuis quelques décennies.

La crise du coronavirus, en dépit des nombreux appels à l’émergence d’un «monde d’après», ne changera pas, dans l’immédiat, la physionomie des relations internationales et de nos modes de vie. En revanche, au-delà du drame humain dont elle est porteuse, elle offre peut-être une occasion à la France et à l’Europe, en abrogeant pour de bon le récit de la mondialisation heureuse et en les plaçant devant la brutalité du monde, d’échapper à la trajectoire de décomposition poursuivie avec assiduité depuis maintenant quelques décennies. Mais son enseignement le plus «disruptif», et certainement le plus subversif pour les dirigeants actuels, est d’avoir prouvé que la volonté politique pouvait, en quelques jours, rendre possible ce que l’on prétendait impossible, de la même manière qu’on jugeait inenvisageable il y a peu le départ d’un membre majeur de l’Union européenne. Le niveau de tolérance pour l’immobilisme risque donc, après le déconfinement, de dangereusement se réduire. »

Crise sanitaire : la faute aux Occidentaux ( ambassadeur de Chine)

Crise sanitaire : la faute aux  Occidentaux  ! ( ambassadeur de Chine)

 

Avec la même agressivité que précédemment, l’ambassadeur de Chine développe la propagande de son pays et accuse clairement les occidentaux d’être responsable de la crise sanitaire. L’ambassadeur de Chine n’hésite même pas à critiquer le manque d’indépendance de la plupart des médias en France et en Occident. De quoi sourire quand on sait que l’information est complètement étouffée par la dictature en Chine. Le discours est tellement peu crédible qu’on se demande s’il est vraiment destiné à l’opinion publique française ou à flatter  le dictateur chinois ! En tout cas cette diplomatie particulièrement agressive et manipulatrice à réveillé les critiques contre la Chine. (Interview dans l’Opinion)

Au lieu d’être un facteur de rapprochement, la crise du coronavirus exacerbe les divisions…

Il y a pourtant de nombreux signes de solidarité. La Chine a fourni de l’aide à plus de 140 pays et organisations internationales. Elle a aussi partagé son expérience avec plus de 150 pays, y compris la France. Toutefois, il existe, c’est vrai, des divisions, voire des confrontations, surtout entre les pays occidentaux et la Chine. Ils l’accusent aujourd’hui de nombreux maux, mais il n’en a pas toujours été ainsi. Au début, quand la Chine a dû affronter l’épidémie, les médias occidentaux estimaient que le pouvoir chinois ne serait pas en mesure de faire face à ce fléau. Ils faisaient le parallèle avec l’accident de Tchernobyl pour affirmer qu’il ne résisterait pas. Toutefois, personne, à ce moment-là, n’accusait la Chine de manquer de transparence, d’avoir caché des données ou d’avoir tardé à réagir. Au contraire, des dirigeants occidentaux comme Donald Trump ne tarissaient pas d’éloges. La Chine a fait publiquement état pour la première fois du coronavirus le 30 décembre dernier, et elle a aussitôt informé l’OMS. Et cette dernière l’a tout de suite communiqué à tous les pays du monde. Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé, a déclaré, le 23 avril, que son ministère avait averti les régions françaises de la situation dès le 10 janvier. Comme les autres, la France a donc été informée très tôt. Après une courte période correspondant à l’accélération de l’épidémie en Europe, au cours de laquelle les médias occidentaux se sont concentrés sur la situation locale, nous sommes entrés dans une nouvelle phase, mi-mars, d’accusations portant sur le retard de notre réaction, le manque de transparence ou des dissimulations de données. Face à ce déchaînement, je finis par penser que nous n’en serions pas là si les Occidentaux avaient mieux réussi à endiguer l’épidémie.

« Chaque fois qu’une allégation est lancée par la presse américaine, presque aussitôt les médias français hurlent avec les loups. Ils ne rapportent bien souvent que des aspects sombres de notre pays »

Comment analysez-vous les relations franco-chinoises au regard de cette crise ?

Elles sont excellentes. La France est notre partenaire stratégique et global. Depuis le début de l’épidémie, les deux chefs d’Etat se sont entretenus trois fois au téléphone. Les deux ministres des Affaires étrangères ont eu encore davantage d’échanges. Emmanuel Macron comme Jean-Yves Le Drian ont hautement apprécié la solidarité dont les deux parties ont fait preuve l’une envers l’autre. S’il existe un problème, on le doit à certains médias. J’espérais qu’ils soient indépendants, mais ils ont prouvé le contraire. Ils s’alignent sur les médias américains. Chaque fois qu’une allégation est lancée par la presse américaine, presque aussitôt les médias français hurlent avec les loups. Ils ne rapportent bien souvent que des aspects sombres de notre pays. Si les journalistes français mettent davantage l’accent, et c’est bien normal, sur les côtés positifs de la lutte contre le coronavirus en France afin de donner du courage à la population, quelques correspondants en Chine n’en rapportent qu’une vision négative, contribuant ainsi à en véhiculer une image fausse dans l’opinion publique française. Les médias devraient jouer un rôle positif dans la compréhension entre les deux peuples.

Les Occidentaux, y compris Emmanuel Macron, appellent la Chine à plus de « transparence ». Que répondez-vous à cette demande ?

La transparence est toujours une excuse pour les pays occidentaux. En ce qui concerne les propos d’Emmanuel Macron, je ne pense pas qu’il avait l’intention d’accuser la Chine. Il a en effet déclaré : « On ne sait pas tout ce qui se passe là-bas, c’est au gouvernement chinois de le dire. » Il faut remettre cette déclaration dans son contexte. Depuis un moment déjà, les médias comparent l’Occident et la Chine. D’un côté, le modèle libéral et démocratique occidental et de l’autre, celui de la Chine qu’ils qualifient d’autoritaire. Le président Macron, quant à lui, veut éviter cette polémique. Il ne cherche à comparer, estimant que chacun, en Chine comme en Europe, est capable de bien faire. Mais comme les systèmes sont différents, il pense qu’on n’est pas en mesure de savoir tout ce qui se passe de l’autre côté comme les Chinois ne savent pas tout ce qui se passe en France. Il ne faut pas mal interpréter les propos du président français.

Certains reprochent à votre pays d’avoir une diplomatie « offensive » voire « agressive »…

Je parlerais plutôt d’une diplomatie active. Les Chinois ne sont jamais agressifs. Vous avez noté que les diplomates chinois répondaient de plus en plus aux affirmations dénuées de tout fondement des médias occidentaux. Les diplomates chinois en Europe, y compris ceux de l’ambassade de Chine en France, estiment nécessaire de présenter la réalité chinoise. Puisque, par le passé, la Chine ne répondait guère à ce genre d’attaques, certains sont surpris aujourd’hui de la voir réagir. Et pour eux, il s’agit d’une preuve d’agressivité.

Etes-vous plus sensibles à votre image ?

Oui. Traditionnellement, on disait : « Concentrons-nous sur nos affaires et laissons les autres parler. » Il est clair que ce proverbe n’est plus adapté à ce monde. Malgré nos efforts acharnés pour développer la Chine, pour en faire la seconde économie de la planète et pour sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté, la propagande et la diffamation de certains médias ont contribué à créer une image négative de notre pays. On accuse toujours la Chine d’être autoritaire, d’être dépourvue de droits de l’homme et de libertés. Mais si le peuple chinois en était vraiment privé, croyez-vous qu’elle aurait pu se développer aussi bien que cela, beaucoup mieux que la plupart des pays qui ont adopté un système démocratique, libéral occidental ? C’est un fait. Cela veut dire que le récit des médias occidentaux est bâti sur une fausse appréciation de la réalité chinoise. Nous en sommes conscients et renforçons la communication vers l’extérieur. Pourquoi sont-ce les diplomates qui montent au créneau ? A vrai dire, les médias chinois sont beaucoup plus faibles que les médias occidentaux. Ils ne parviennent pas à se faire entendre. S’ils étaient aussi influents qu’eux, les diplomates n’auraient pas à se mobiliser ainsi.

« Nous cherchons à promouvoir la coopération internationale comme l’Initiative la ceinture et la route. Nous espérons que les Européens nous rejoindront pour la développer »

Jean-Yves Le Drian estime que le monde d’après pourrait être pire que le monde d’avant. Partagez-vous ce pessimisme ?

La Chine est plus optimiste. Bien sûr, le monde d’après ne ressemblera certainement pas au monde d’avant. Mais sa nature dépendra de nos choix. Nous devons faire en sorte qu’il soit meilleur. Cela exige la solidarité de tous au lieu d’un esprit de confrontation. La Chine préconise la communauté de destin partagé de l’humanité. Ce n’est pas un slogan. C’est notre vision. Nous pensons que c’est la seule solution pour que le monde soit meilleur qu’avant. Nous défendons la coopération, le respect mutuel, le développement vert, le développement partagé, le multilatéralisme. Il s’agit de valeurs très précieuses pour l’humanité. Je pense que la France partage la plupart de ces valeurs, car ce sont des valeurs universelles. Mais tous les pays ne veulent pas agir de cette manière. Il y en a qui pensent toujours à la Guerre froide. Ils ont peur de perdre leur hégémonie. Ils soupçonnent la Chine de vouloir prendre leur place. A vrai dire, nous ne nous y intéressons pas. Nous cherchons à promouvoir la coopération internationale comme l’Initiative la ceinture et la route. Nous espérons que les Européens nous rejoindront pour la développer. Elle sera plus efficace. Cette épidémie nous invite à défendre le multilatéralisme.

Parmi les grands thèmes du moment, les risques qui pèsent sur l’Afrique ne manquent pas d’inquiéter.

L’Afrique est notre amie stratégique. Dès sa sortie de l’épidémie, la Chine l’a immédiatement aidée. Jusqu’à présent, nous avons fourni des aides aux pays avec lesquels nous entretenons des relations diplomatiques, pour les aider à renforcer leur système sanitaire. Les experts chinois ont fait des échanges d’expérience avec leurs collègues africains. Vous devez vous souvenir qu’en 2014-2015 la Chine avait beaucoup fait pour soutenir l’Afrique contre l’Ebola, construisant notamment deux laboratoires au Sierra Leone et au Liberia. Cette fois encore, nous n’avons pas hésité à voler au secours des Africains.

Qu’en est-il de son endettement ?

C’est un sujet important qui existe depuis des décennies. Après la création du Forum de coopération sino-africain en 2000, la Chine a commencé à réduire ou à annuler les dettes africaines. La Chine investit aussi beaucoup et accorde des crédits à l’Afrique pour construire des infrastructures rentables, susceptibles de créer des valeurs pour améliorer les investissements sur ce continent. La Chine n’oblige jamais les pays africains à rembourser s’ils n’en ont pas les moyens. Nous discutons toujours pour trouver des solutions. Alors oui, il faut alléger le fardeau de la dette africaine comme l’illustre la récente initiative du G20 de suspendre le service de la dette des pays africains. C’est une très bonne idée. Mais ce qui est le plus urgent aujourd’hui, c’est de les aider à renforcer leur système sanitaire pour mieux se prémunir contre le fléau du Covid-19. Actuellement il n’y a pas encore beaucoup de cas, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y en aura pas beaucoup. On doit être vigilant et se préparer.

Crise sanitaire : mortalité sous-estimée en France

Crise sanitaire : mortalité sous-estimée en France

 

 

D’après plusieurs instituts de recherche le nombre de décès en France pourrait tourner autour de 40 000 au lieu des 22 000 annoncés. En cause la sous-estimation des morts dans les EHPAD et hors milieu hospitalier.  Un institut de recherche dépendant de l’Inserm, le Centre d’épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDc), a pour fonction d’analyser les informations récoltées sur tous les décès et de les classer selon les codes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « En temps réel, nous ne sommes pas exhaustifs, admet Claire Morgand, sa directrice adjointe. Les vrais chiffres, nous les aurons dans une bonne année. » Les certificats de décès constituent la matière première des scientifiques de cette équipe. En cas de Covid, deux catégories ont été établies : décès avéré et décès suspecté. Même en temps normal, le processus est très lourd et très long : les équipes du CépiDc travaillaient encore sur les données de 2017 quand a commencé la crise. Il les ont abandonnées pour se concentrer sur celles de 2020. Plus précisément sur les morts qui ont été certifiés numériquement depuis le début de l’année

Après la crise sanitaire, le prochain virus sera cyber». (Alain Bauer)

Après la crise sanitaire, le prochain virus sera cyber». (Alain Bauer)

Après la crise sanitaire prochain virus pourrait bien être cyber d’après Alain Bauer, spécialiste en gestion de crise et criminologue.( Chronique dans l’Opinion )

 

« Philip K. Dick, le grand auteur américain de science-fiction, est revenu à la mode. Le Maître du haut château, en version web-série, nous fait vivre un monde dystopique en nous proposant une réalité alternative, du dernier conflit mondial à nos jours. Les vainqueurs remplaçant les vaincus, ce qu’on pourrait appeler une « vérité alternative » selon Fox News.

Ce que nous vivons dans notre réalité ressemble de plus en plus à une nouvelle version de Blade runner, du même auteur, dessinant une sombre réalité confortant les effets de la théorie du chaos et d’un « effet papillon » démultiplié en myriade de conséquences sanitaires, sociales, économiques, industrielles.

Choisir la vie ou l’économie ? Refonder le monde ? Casser la croissance ? Ces questions vitales ne sont pas nouvelles. Souvent le conservatisme, qui n’est pas seulement une idéologie mais aussi une pulsion naturelle plus ou moins contrariée, résiste au changement des modèles.

La tradition gouvernementale du mensonge plus ou moins relatif, l’incapacité à répondre clairement à une question précise par peur de la panique ou d’avouer son ignorance, ce bouclier de la parole qui enfume plutôt qu’elle n’éclaire, ont réduit la capacité de conviction des appareils d’État. Le confondant spectacle des messages sur le port du masque ou l’utilité des tests restera gravé dans les mémoires physiques et informatiques de la population.

 

En même temps, l’outil internet a produit des milliers de citoyens enquêteurs allant du meilleur (Bellingcat) au pire (les innombrables trolls déchaînés, solitaires ou mercenaires qui inondent l’espace virtuel). C’est aussi dans ce monde-là que le prochain virus se prépare, s’élabore, se teste.

Outre les innombrables attaques informatiques contre des particuliers, des entreprises ou des institutions, pour vendre de faux produits, de faux médicaments, de faux masques, qui relèvent de l’escroquerie traditionnelle et nécessitent une participation active de la victime trop confiante ou trop insouciante, on assiste à une diffusion exponentielle – virale donc – des rançongiciels et prise de contrôle des équipements informatiques et des stocks de données.

Après des tests menés depuis la fin d’année dernière par des hackers déterminés et coordonnés, des opérations massives ont commencé début 2020 contre de nombreuses cibles privées ou publiques (notamment Bouygues Construction ou les services de Marseille Métropole). Récemment, des attaques ciblées ont touché des institutions médicales, des hôpitaux en première ligne contre le Covid-19. Erreur de débutant, nouveau test de solidité des défenses de sécurité, opération de « profiteurs de guerre » utilisant des technologies modernes ?

«Nous sortirons de la crise sanitaire. Nous allons entrer dans la crise cyber, ce monde dont notre niveau de dépendance croit exponentiellement et qui ne s’y est guère préparé»

En tout état de cause, Interpol, Europol et la Global initiative against transnational organized crime ont sonné l’alarme sur ce qui est en train de se produire. Mais qui n’est rien au regard de ce qui se prépare.

Outre les effets criminels, la révolution qui s’amorce sur la gouvernance d’internet, l’apparition d’un nouveau monde mieux contrôlé par les Etats (New IP), défendu notamment par Huaweï et qui ne l’est pas seulement par la Chine et ses alliés naturels.

La guerre d’internet continue pendant la crise épidémique. Non seulement sur la 5G, sur le traçage des individus, sur la neutralité du net, sur le contrôle des données, mais aussi sur la gouvernance de l’outil. Certains fonctionnent déjà en mode dégradé et pourraient se passer du réseau mondial. D’autres n’ont pas encore pris la mesure de leur dépendance. La prochaine épreuve de souveraineté dépassera en ampleur celle des masques, des respirateurs ou des réactifs.

Nous sortirons de la crise sanitaire, à un prix humain hélas élevé mais en ayant sauvé l’essentiel et préservé la vie de nombreux citoyens, plus ou moins jeunes.

Nous allons entrer dans la crise cyber, ce monde dont notre niveau de dépendance croit exponentiellement et qui ne s’y est guère préparé. En tout cas pas plus que pour la crise sanitaire et pandémique. On en voit les effets.

Il est plus que temps d’éviter la prochaine. Contre tous les virus. »

Alain Bauer, spécialiste des gestions de crise, est professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers (équipe en émergence sécurité défense), à New York et à Shanghai.

Economie française: une crise durable

Economie française: une crise durable

 

L’INSEE existe estime actuellement que l’économie est à moitié paralysée. Ce que confirme le nombre de chômeurs partiels qui dépassent maintenant 10 millions, soi t à peu près la moitié du nombre de salariés du privé. Il y a de toute évidence une crise de l’offre  puisque la production et la commercialisation est arrêtée dans de nombreux secteurs. Mais à cette crise de l’offre pourrait succéder une crise de la demande même après le déconfinement. On sait en effet que l’économie française repose essentiellement sur la consommation des ménages ; actuellement cette consommation des ménages et amputer de plus de 30 %. Les consommateurs se recentent sur les besoins vitaux . Sont notamment différées des dépenses relatives à des biens d’équipement et à des services .

La reprise sera forcément très progressive et exigera sans doute plusieurs mois. En effet après la crise sanitaire, viendra une énorme crise sociale découlant de la défaillance de nombre d’entreprises notamment des PME. Une situation susceptible d’affecter de manière sensible le pouvoir moyen d’achat des ménages et surtout de créer un climat d’incertitudes qui rendra les consommateurs très prudents en matière de dépenses.

Pour l’Insee, dans la mesure où la reprise de l’activité “ne sera a priori pas immédiate et sera probablement d’autant plus lente que la durée du confinement aura été importante”, l’impact global de cette quasi-paralysie de l’économie française sera “certainement supérieur” à l’estimation d’une perte de richesse nationale de trois points de produit intérieur brut (PIB) annuel par mois de confinement. En clair, la baisse de croissance pourrait dépasser notoirement les prévisions du gouvernement

Dans ses dernières prévisions – toujours susceptibles d’être revues – le gouvernement table sur une contraction de 8% de l’économie française cette année, une récession sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les enquêtes de conjoncture réalisées au mois d’avril confirment le décrochage de l’activité, ainsi que de la confiance des entreprises.

L’Insee signale une chute mensuelle record du climat des affaires, qui a atteint en avril un plus bas depuis le début de cette série statistique en 1980 et constate que les entreprises sont “unanimement pessimistes (…) en particulier (dans le secteur) de

pour redonner confiance aux acteurs économiques, les gouvernements et les institutions comptent sur une reprise en 2021. Mais une reprise qui pourrait ne pas être à la hauteur des espérances si l’ampleur des défaillance pèse sur le moral des acteurs économiques Pour l’Insee, malgré des pertes de revenus, le taux d’épargne global des ménages devrait grimper ponctuellement du fait de la baisse de la consommation pendant le confinement.

“Il y a une perspective (de rebond) dès lors que nous aurons ancré la confiance des ménages pour qu’ils utilisent cette épargne supplémentaire et (…) que nous saurons accompagner les entreprises” de façon plus sélective une fois la phase de choc passée, a observé François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France

Mais une inversion de l’arbitrage entre épargne et consommation – traditionnel moteur de la croissance de l’économie française – nécessitera une amélioration de la confiance des ménages à l’égard de la situation économique, fortement dépendante de la situation sanitaire.

“A l’incertitude sur le scénario sanitaire, qui n’augure pas d’un rebond économique rapide, s’ajoute donc l’incertitude sur le comportement des ménages et des entreprises dans ce contexte inédit”, note l’Insee.

« Ouvrir l’espace de la gestion de crise au corps social »

« Ouvrir l’espace de la gestion de crise au corps social »

Olivier Nay, Professeur de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne

Louis Pizarro, Maître de conférences à Sciences Po

considèrent que  la société doit être impliquées pour faire remonter les attentes sociales, éclairer les décisions publiques et engager les débats de l’après-Covid. (Tribune au Monde )

Tribune.

 

« L’urgence sanitaire a pu justifier, pendant un temps, de confier à un petit groupe de scientifiques la responsabilité immense de guider le politique. L’urgence sociétale est aujourd’hui d’impliquer dans la décision publique les acteurs de la société qui au quotidien sont engagés dans la lutte contre la pandémie.

De nombreuses questions sociales ont émergé dans la mobilisation contre le Covid-19. Les premières enquêtes révèlent que les catégories situées au bas de l’échelle sociale sont surexposées : inégalités sociales, économiques et territoriales se cumulent pour provoquer une crise sanitaire d’une cruelle injustice, loin de l’idée initialement répandue d’un virus socialement aveugle.

Par ailleurs, durant l’état d’urgence, les mesures de confinement et la probabilité forte d’une surveillance sanitaire par le traçage des données personnelles posent la question du difficile équilibre entre sécurité et libertés. La crise sanitaire justifie, certes, une politique exceptionnelle, mais elle ouvre aussi des interrogations éthiques et juridiques relatives au respect de la vie privée.

 

Enfin, le temps du confinement n’a pas permis la remontée des attentes sociales vers les lieux de la décision centrale. Face à un discours de crise monopolisé par l’exécutif et les scientifiques, les organisations de la démocratie sanitaire n’ont pas pu jouer leur rôle d’intermédiaire entre les citoyens et le pouvoir. La prise de parole s’est déplacée sur les réseaux sociaux, où contre-discours, fausses vérités et rumeurs circulent sans filtre. Le risque est que se renforce le sentiment d’une coupure entre le peuple confiné et les élites qui gèrent la crise depuis la capitale. La confiance continue de s’éroder. 

La polémique autour des traitements à base d’hydroxychloroquine est symptomatique de l’opposition qui se creuse entre, d’un côté, une « science savante » considérée comme abstraite, hors-sol, parisienne, élitiste et liée à la parole politique, et d’un autre côté, une « science du bon sens », concrète, expérimentale, provinciale, incarnée par la figure épique d’un docteur Raoult. Les réseaux sociaux deviennent le nouveau lieu de la controverse savante, entretenue par les avis en série donnés par des médecins, des élus et des célébrités… bien loin des lieux du débat scientifique. »

Le PIB est obsolète dans le contexte de la crise

Le PIB est obsolète dans le contexte de la crise

. Expert et consultant en Finance, Marc Verspyck  estime  dans la Tribune PIB n’est pas le bon indicateur pour mesurer la profondeur de la crise : avec des Etats qui mobilisent massivement leur « bilan », lèvent abondement de la dette, subventionnent le chômage partiel,… il nous faut suivre des indicateurs plus « physiques » et réfléchir à ceux qui nous aideraient à appréhender le « new after ». Reste à identifier ceux qui seraient plus pertinents.

 

« De nombreux chiffres circulent sur les effets de la crise sanitaire du Covid 19 en matière économique : on évoque 3% d’impact mensuel sur le PIB, on relativise en évoquant des effets de rattrapage possible, on discute des modifications de comportements qui altéreraient les équilibres (consommation et productions plus locales, télétravail,..) et on s’interroge sur les conséquences indirectes non paramétrées (commerce mondial, prix des matières premières).

Mais une difficulté de taille apparaît : comment appréhender dans les calculs macro-économiques des actions – justifiées – des Etats ? Comment mesurer un PIB « nettoyé » des subventions (chômage partiel, reports de paiement d’impôts) et non corrigé des effets positifs des prêts et garanties étatiques et para-étatiques ? On comprend bien que le PIB se dégraderait bien davantage sans ces mesures : non pas – 8% annuels, mais – 30% ?

Il serait effectivement possible d’évaluer, en parallèle du PIB, les encours de dettes publiques et parapubliques qui se créent – en les imputant uniquement aux mesures conjoncturelles de lutte contre la récession. Mais mesure-t-on réellement les encours de garanties et les mécanismes européens ? Comment intégrer le facteur temps, avec des dettes de maturités différentes ?

Aussi, pour prendre la mesure de la gravité de la crise et pour mieux accompagner sa sortie, des indicateurs plus « physiques » pourraient utilement identifiés et analysés. Et nous ne sommes pas à court de chiffres, grâce aux multiples instituts qui travaillent sur le sujet.

Des « familles » d’indicateurs sont envisageables. La première serait l’emploi (au-delà des chiffres classiques de d’offres d’emploi, de chômeurs et de chômeurs partiels couverts par le dispositif de Mars 2020, le risque porte sur un frein à de l’apprentissage et de l’alternance). La deuxième porterait sur la production (avec un focus spécifique sur les niveaux de consommation d’électricité et de pétrole).  Les investissements des entreprises et la consommation des ménages sont en général bien mesurés par l’INSEE. Enfin l’évolution de l’épargne (risque d’augmentation d’un sur-épargne de prudence au détriment de la consommation). Nul doute que nous aurons besoin de mesures de relance complémentaires ; elles auront besoin d’être ciblées, mesurables et réversibles : pour cela des indicateurs doivent être posés au préalable et nous sortir d’un logique englobante du PIB.

Pour autant, les enjeux vont au-delà des indicateurs traditionnels : « a new after », comme certains libellent nos lendemains incertains, préfigure que les comportements des acteurs économiques évolueront dans des directions inconnues, que des mutations engagées vont s’accélérer alors que des tendances peuvent s’inverser (relocalisations). Il sera donc intéressant de suivre le pourcentage de consommation locale, des indices de déplacement, le taux de télétravail, les décisions d’investissement/relocalisation, le nombre de consultations médicales, nombre de créations d’entreprise,… Chaque entreprise dans son secteur pourrait établir une liste et analyser son éco-système de manière anticipée. Les fédérations professionnelles pourraient prendre le leadership et aider les secteurs à prendre la mesure de ces changements.

Se pose enfin la question de la mesure de la dette. Dette publique, dette garantie, dette d’entreprise. Le bilan de la BPI sera une bonne lecture – mais la transparence et l’exigence d’un bon « pilotage économique » impose que nous disposions de l’encours des prêts garantis par l’Etat, à un rythme mensuel. »

« Crise sanitaire : la faillite du système politico-administratif».

« Crise sanitaire : la faillite du système politico-administratif».

 « Le  trop d’Etat ne marche pas… La solution ne peut donc pas être de doubler la dose », estime Rafik Smati, président d’Objectif France et entrepreneur dans une tribune de l’Opinion

 » déroute. Le Covid-19 a révélé la monumentale défaillance de l’appareil politico-administratif dans la protection des Français. Qui découvrent que, malgré les impôts et taxes les plus élevés de la planète en proportion du revenu national, l’Etat a liquidé son stock stratégique de masques. Alors que son maintien n’aurait pourtant coûté que 50 millions d’euros, dix fois moins que les remboursements annuels des cures thermales, ou une portion infime de la fraude à la carte Vitale. Comment en est-on à ce point arrivé à sacrifier l’essentiel et à privilégier l’accessoire ?

« Puisque ces pénuries nous dépassent, feignons de les croire sans importance. » Le personnel de soins ressemble à des soldats montant en première ligne tandis que leur état-major racontait que les casques et le renseignement ne servaient à rien. « Comment est-ce possible ? » ne peut-on que se demander. Ou « mais où passé le pognon ? » pour reprendre une exclamation du début des Gilets jaunes.

Risque crédible. Qu’on ne vienne pas prétendre que le Covid-19 constituait un événement impensable, impossible à anticiper. Une pandémie représente un risque tout aussi crédible que ces guerres que nos armées sont chargées de préparer. En 2010, j’avais moi-même évoqué ce risque dans un livre, Vers un capitalisme féminin. En tant que chef d’entreprise, j’avais préparé un « plan pandémie ». Le jour où le président de la République serrait des milliers de mains au salon de l’Agriculture, je réunissais mes collaborateurs pour leur demander de cesser de se saluer…

Il ne s’agit évidemment pas de se livrer à une querelle politicienne pouvant fragiliser l’union nationale actuelle. Le personnel soignant témoigne d’un dévouement et d’un courage sans faille, les maires sont à la manœuvre, la société civile et les entreprises, grandes et petites, font preuve de résilience, d’initiative et de solidarité. Des PME qui avaient, elles, anticipé une pandémie, offrent des équipements (c’est le cas de mon entreprise), à rebours des clichés sur l’égoïsme du secteur privé, reconvertissent des lignes de production ou conçoivent des respirateurs bon marché. Partout, on coud des masques, on s’entraide, on improvise, on fait preuve d’une agilité remarquable.

Ni aveuglement, ni silence. Mais si le peuple est rassemblé, il ne donne pas pour autant un chèque en blanc à l’exécutif. L’union sacrée n’implique ni l’aveuglement, ni le silence.

S’il est préférable d’attendre la fin de l’épidémie pour déterminer les fautes individuelles et exiger que des comptes soient rendus, il est un procès qui ne peut attendre : celui de ce logiciel qui a spectaculairement « bugué », de l’appareil politico-administratif, de cette bulle technocratique en pleine Berezina. Ce souverain immense et tutélaire qui « couvre la surface de la société d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes » dont parlait Tocqueville, mais qui a clairement échoué à nous protéger.

«Notre vieux contrat social “d’accord, nous payons beaucoup d’impôts mais pour des services publics gratuits que le monde entier nous envie” ne s’est pas montré à la hauteur»

Etat stratège myope, Etat providence impécunieux, Etat régalien désarmé… Une administration perfectionniste, à la lourdeur des procédures d’homologation, notamment par les Agences régionales de santé, et à un organigramme de l’administration centrale de la santé hallucinant de complexité. Une accumulation de strates de décision attachées avant tout à leurs prérogatives, qui se contredisent et se neutralisent. Une force d’inertie, voire d’obstruction qui semblait avoir l’éternité devant elles quand le nombre de cas de Covid-19 doublait tous les trois jours.

Sens des priorités. Bref, notre vieux contrat social « d’accord, nous payons beaucoup d’impôts mais pour des services publics gratuits que le monde entier nous envie » ne s’est pas montré à la hauteur.   Il faudra en tirer les leçons. Réduire, évidemment, la suradministration de notre société, favoriser la réindustrialisation du pays, débureaucratiser, décentraliser, sabrer à la hache les dépenses inutiles ou clientélistes, lutter contre la gabegie. Retrouver, simplement, selon la vision du mouvement Objectif France, le sens des priorités dans un pays où — gauche et droite confondue —, les pouvoirs publics semblent, depuis des décennies, avoir pour doctrine « je n’ai jamais vu une dépense publique que je n’aimais pas ».

Les partisans de l’Etat pachyderme entonnent déjà la rengaine du manque de moyens ou de la pseudo austérité ultralibérale et prennent prétexte de l’épidémie « crise salvatrice » pour réclamer encore plus de taxes, d’interdits et d’obligations dans le « monde d’après ». Comme des médecins constatant qu’un médicament ne marche pas et décrétant : « Très bien, doublons la dose. » Il faudrait donner encore plus de responsabilités à l’appareil qui, doté pourtant de 1 100 milliards d’euros d’impôts, n’a pas su préserver le stock de masques stratégiques ?

Le danger serait un simulacre de changement, sans remise à plat du mode de fonctionnement de l’administration et de son périmètre, piloté par cette technostructure même qui nous a envoyés dans le mur. Comme disait Einstein : « On ne peut espérer que les problèmes soient résolus par ceux qui les ont créés. » Il y va de la survie de notre cher et vieux pays, ou à tout le moins de notre démocratie et de notre prospérité.

 

Crise de la presse : liquidation de Paris Normandie…… en attendant d’autres titres

 Crise de la presse : liquidation de Paris Normandie…… en attendant d’autres titres

Une liquidation du quotidien Paris Normandie qui sera sûrement suivie d’autres. La  presse va subir de lourds dégâts suite à la crise du Coronavirus. En effet, les ventes se  sont complètement écroulées alors que déjà les audiences s’inscrivaient dans une tendance baissière particulièrement dangereuse pour nombre de journaux. Cette crise va toucher des titres nationaux mais aussi régionaux. Des titres régionaux déjà fragilisés par des lignes éditoriales complètement insipides qui se contentent de reprendre intégralement ou presque les dés informations des agences de presse, du gouvernement et des institutions. On y ajoute la chronique des chats écrasés et des associations locales. On évite au maximum les débats susceptibles de fâcher les élus locaux et les personnalités locales  ou de ternir l’image de marque de la zone géographique considérée. Bref une sorte d’autocensure qui explique largement la baisse d’audience de cette presse. Concernant Paris Normandie Le tribunal de commerce de Rouen a prononcé ce mardi la liquidation du quotidien  avec prolongation d’activité de trois mois, selon Jean-Louis Louvel son propriétaire.

Le quotidien, endetté depuis plusieurs années, emploie 216 salariés selon leur avocate Jessy Levy. Selon la direction, la crise sanitaire du coronavirus a interrompu «le lent redressement» du journal. Le journal est détenu à plus de 90% par Jean-Louis Louvel, chef de plusieurs entreprises normandes et candidat soutenu par LREM arrivé troisième au 1er tour des municipales à Rouen le 15 mars.

La direction avait annoncé jeudi demander une liquidation avec prolongation d’activité de la SNIC, société éditrice du journal qui affiche 7 millions d’euros de dette (contre 10 millions en 2017). «Cette situation est la conséquence directe de l’impact du Covid-19 sur le chiffre d’affaires de notre entreprise», avait-elle alors justifié. Le journal fondé en 1944 affiche une chute de 90% des recettes publicitaires.

Les salariés, qui ont connu trois procédures judiciaires depuis 2012, sont bien sûr «inquiets», selon le SNJ. «On suppose qu’il y aura plusieurs repreneurs parce que la fameuse dette sera annulée», si la liquidation est prononcée avec prolongation d’activité, a avancé Anne Bouchet. Reste à savoir si ces offres seront «sérieuses» et si des salariés resteront «sur le carreau». Jean-Louis Louvel a assuré devant le tribunal avoir déjà eu des contacts avec des repreneurs, a-t-il indiqué à l’AFP. «Je ne doute pas que plusieurs offres seront transmises», a-t-il dit au tribunal. Lundi, le candidat malheureux à la reprise du journal en 2017, le groupe belge Rossel (La Voix du Nord), n’a pas souhaité indiquer s’il ferait à nouveau une offre. Le 15 avril, le tribunal avait prononcé la liquidation avec poursuite d’activité pour la RNP, la régie publicitaire du titre qui emploie 25 personnes selon Me Levy.

Implanté uniquement en ex-Haute Normandie, dont il est l’unique quotidien local, Paris Normandie compte 22 500 abonnés papier et 1500 abonnés web, selon la direction. En 2019, le journal diffusait à environ 41 280 exemplaires, soit 6,9% de moins qu’en 2018, selon l’Acpm, organisme de certification de l’audience de la presse.  Il faut espérer évidemment un repreneur pour Paris Normandie comme pour la plupart des autres journaux qui seront liquidés. Cela passe cependant par un changement complet de ligne éditoriale car le lectorat se compose essentiellement de personnes âgées qui progressivement évidemment disparaissent.

Immobilier : le retour d’une crise des «subprimes»

Immobilier : le retour d’une crise des «subprimes»

 

Certains grands médias français attirent l’attention sur le risque du retour d’une crise grave des subprimes  aux États-Unis. Et d’expliquer que la paralysie partielle de l’économie, la montée du chômage va évidemment provoquer une baisse substantielle des revenus de ménage y compris de ceux qui sont endettés pour l’achat de logements. Si l’arrêt de l’économie se prolonge, le système financier américain, relativement sain jusqu’à présent et bien mieux capitalisé qu’en 2008, va subir un choc imparable. La disparition des revenus de millions de foyers et entreprises qui se sont endettés, déclenche déjà une cascade de retards de paiements. Elle pourrait dans quelques mois se transformer en tsunami de défauts de paiement et de faillites.

La loi de sauvetage de l’économie adoptée fin mars oblige la majorité des institutions détentrices d’hypothèques à tolérer 90 jours de retard avant de déclarer un prêt en défaut. Les saisies de propriétés et les évictions sont suspendues pour au moins 60 jours.  Évidemment on ne parle pas de la situation française sans doute pour ne pas désespérer les acteurs économiques. Or à terme le pouvoir  d’achat  moyen des Français va diminuer de manière sensible compte tenu de la très forte vague de défaillances d’entreprise et de licenciements  qui va suivre. On sait qu’en France aussi les prix de l’immobilier ont tenté de monter jusqu’au ciel et que l’endettement de certains ménages a atteint des limites particulièrement dangereuses. D’où sans doute aussi des risques de renaissance d’une crise des subprimes  en France aussi

Crise: « nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien » (Edgard Morin )

Crise: « nos vrais besoins masqués dans les aliénations du quotidien » (Edgard Morin )

Le  sociologue et philosophe Edgard Morin  estime que la course à la rentabilité comme les carences dans notre mode de pensée sont responsables d’innombrables désastres humains causés par la pandémie de Covid-19. ( le Monde)

« Né en 1921, ancien résistant, sociologue et philosophe, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, docteur honoris causa de trente-quatre universités à travers le monde, Edgar Morin est, depuis le 17 mars, confiné dans son appartement montpelliérain en compagnie de sa femme, la sociologue Sabah Abouessalam.

C’est depuis la rue Jean-Jacques Rousseau, où il réside, que l’auteur de La Voie (2011) et de Terre-Patrie (1993), qui a récemment publié Les souvenirs viennent à ma rencontre (Fayard, 2019), ouvrage de plus de 700 pages au sein duquel l’intellectuel se remémore avec profondeur les histoires, rencontres et « aimantations » les plus fortes de son existence, redéfinit un nouveau contrat social, se livre à quelques confessions et analyse une crise globale qui le « stimule énormément ».

Toutes les futurologies du XXe siècle qui prédisaient l’avenir en transportant sur le futur les courants traversant le présent se sont effondrées. Pourtant, on continue à prédire 2025 et 2050 alors qu’on est incapable de comprendre 2020. L’expérience des irruptions de l’imprévu dans l’histoire n’a guère pénétré les consciences. Or, l’arrivée d’un imprévisible était prévisible, mais pas sa nature. D’où ma maxime permanente : « Attends-toi à l’inattendu. »

De plus, j’étais de cette minorité qui prévoyait des catastrophes en chaîne provoquées par le débridement incontrôlé de la mondialisation techno-économique, dont celles issues de la dégradation de la biosphère et de la dégradation des sociétés. Mais je n’avais nullement prévu la catastrophe virale.

Il y eut pourtant un prophète de cette catastrophe : Bill Gates, dans une conférence d’avril 2012, annonçant que le péril immédiat pour l’humanité n’était pas nucléaire, mais sanitaire. Il avait vu dans l’épidémie d’Ebola, qui avait pu être maîtrisée assez rapidement par chance, l’annonce du danger mondial d’un possible virus à fort pouvoir de contamination, il exposait les mesures de prévention nécessaires, dont un équipement hospitalier adéquat. Mais, en dépit de cet avertissement public, rien ne fut fait aux Etats-Unis ni ailleurs. Car le confort intellectuel et l’habitude ont horreur des messages qui les dérangent.

Dans beaucoup de pays, dont la France, la stratégie économique des flux tendus, remplaçant celle du stockage, a laissé notre dispositif sanitaire dépourvu en masques, instruments de tests, appareils respiratoires ; cela joint à la doctrine libérale commercialisant l’hôpital et réduisant ses moyens a contribué au cours catastrophique de l’épidémie. »

Pas d’inflation après la crise ?

Pas d’inflation après la crise  ?

Gilles Dufrénot , économiste,  Aix-Marseille Université (AM), dans la Tribune explique qu’il y a peu de chances que l’inflation revienne. Une réflexion intéressante mais discutable qui démontre en tout cas que beaucoup d’économistes sont un peu désorientés par les scénarios du jour d’après. Un seul exemple la question de l’hypothèse d’explosion des bilans des banques centrales n’est pas traitée . Or ces banques centrales vont grossir des prêts consentis et des rachats de dettes antérieures en se rééquilibrant surtout avec des actifs virtuels.

 

« Alors que l’économie mondiale connaît un coup d’arrêt en raison de la pandémie de Covid-19 se pose la question d’un retour possible de l’inflation en sortie de crise, à l’horizon 2021-2022. Une hypothèse commune à ces réflexions est celle d’un scénario de « sortie en V » correspondant à un rebond fort des économies, un phénomène de récupération rapide des pertes subies durant la crise qui serait reflété par une hausse de la demande.

 

 

Pourtant, d’autres arguments, notamment liés à l’incertitude à laquelle font face les agents économiques, viennent contredire fortement ce scénario.

Pour rappel, l’inflation est matérialisée par la perte du pouvoir d’achat de la monnaie qui se traduit par une augmentation générale et durable des prix.

Le retour de l’inflation pourrait, en théorie, avoir des causes structurelles. La crise pourrait entraîner une atténuation importante des forces ayant conduit les économies au cours des trente dernières années dans une trappe à faible inflation.

Tout d’abord, l’augmentation future du taux d’utilisation des capacités de production pourrait accroître le pouvoir de négociation des salariés et stopper la modération et l’inertie salariale observées au niveau mondial.

Ensuite, la recomposition et la relocalisation des chaînes de valeur, déjà amorcées avant la crise, pourraient conduire à une hausse des coûts de production, et donc des prix. En outre, il n’est pas exclu que des pays soient tentés par l’arme des dévaluations compétitives afin d’accélérer la reprise.21

 

Cette politique économique consiste pour un pays à modifier la parité de la monnaie nationale en en diminuant la valeur. Le pays espère ainsi accroître le volume de ses exportations et diminuer celui de ses importations, ce qui permet de relâcher la contrainte extérieure et de mener une politique économique plus expansionniste.

Enfin, l’hypothèse d’une remontée du prix de certaines matières premières ayant touché le point bas de leur cycle au moment de la crise n’est pas impossible. Ainsi, la chute des productions agricoles consécutive à la dégradation de la conjoncture internationale pourrait nourrir, en sortie de crise, une remontée des prix du soja, du riz, du maïs, du sucre, du blé, du ciment, du pétrole, dans un scénario de « reprise en V ».

Cependant, il est probable que le régime actuel d’inflation faible se poursuive. Plusieurs arguments conduisent à nuancer la vraisemblance de réapparition de l’inflation à brève échéance dans les années qui suivront la fin de la crise.

 

En premier lieu, il convient de rappeler que le niveau d’inflation dépendra des pertes de croissance potentielle occasionnées par l’arrêt plus ou moins prolongé des appareils productifs, notamment des pertes irréversibles de capital et de productivité liées aux faillites d’entreprises.

Deuxièmement, l’effet de la crise sur la demande dépend de la perception qu’ont les agents économiques (ménages, entreprises) de son degré de gravité et de ses conséquences. Or, les données d’une enquête menés par quatre chercheurs auprès des ménages américains montrent que la crise du Covid-19 génère un haut degré d’incertitude sur l’avenir et des anticipations d’effondrement de l’activité économique.

Le mécanisme à l’œuvre est le suivant : les ménages continueront à avoir une forte aversion pour le risque, et donc privilégieront un comportement d’épargne de précaution après la crise, s’ils ne croient pas que les mesures économiques prises pendant la crise – malgré leur caractère très expansionniste – seront suffisantes pour inverser, dans le futur, la tendance fortement baissière du produit intérieur brut observée durant la crise.

Le troisième argument est celui de l’apparition probable d’un phénomène de désendettement massif à la fin de la crise sanitaire, à l’instar de ce qui s’est produit lors de la crise financière de 2008-2009. En effet, les millions d’entreprises et de ménages dont l’activité aura été fortement réduite et qui auront accumulé des arriérés de dettes et de charges (c’est le cas notamment des entreprises qui étaient déjà massivement endettées avant la crise du Covid-19) ne pourront recourir à l’endettement.

Ce type de comportement risque alors d’entraîner un effondrement de l’investissement privé. Dans un tel contexte, il est difficile d’envisager le retour d’une inflation par la demande.

Enfin, jusqu’à présent, en dépit des réductions massives des capacités de production, les taux d’inflation sous-jacents n’ont pas significativement varié. On pourrait arguer que des délais sont nécessaires, le temps que le niveau des stocks ait suffisamment diminué.

Il serait donc possible que, d’ici quelques mois, si la crise dure, les économies connaissent des épisodes de déflation (baisse des prix), lesquels seraient mécaniquement corrigés en sortie de crise par une remontée forte des prix.

Cependant, une étude de la Banque centrale européenne publiée en 2016 à partir de données collectées auprès du Centre de recherche sur les désastres épidémiologiques de l’Université catholique de Louvain montre que la plupart des grandes catastrophes ayant entraîné des pertes substantielles de PIB (tremblements de terre, ouragans, inondations, sécheresse, feux, infestations par des insectes, etc.) ont eu, historiquement, un impact limité sur le taux d’inflation des pays industrialisés.

Il reste cependant un argument à examiner : peut-il y avoir un retour de l’inflation d’origine monétaire ? Le soutien financier apporté par les banques centrales aux entreprises et aux États sème-t-il les germes d’une inflation qui fera son retour une fois la crise passée ?

Les mesures d’atténuation de la propagation du virus ont entraîné une rupture dans l’accès à la liquidité de nombreux agents économiques qui ont perdu leur activité ou leur emploi.

La mission première d’une banque centrale est de garantir l’accès à la monnaie. En effet, dans l’histoire des sociétés, le droit d’accès à la liquidité permet la reconnaissance sociale de chacun.

Le rôle d’assureur des États en cette période de crise permet, pour le moment, aux populations touchées par la crise de se passer de ce droit. Mais, en sortie de crise, on pourrait imaginer qu’un mécanisme de monnaie hélicoptère (c’est-à-dire une distribution de monnaie directement créée par la banque centrale, sans aucune contrepartie) prennent le relais.

Une alternative réside dans la capacité, déjà prouvée, des banquiers centraux à financer les dépenses de crise des États – qui jouent actuellement le rôle d’assureurs de revenus. L’impact sur l’inflation en sortie de crise dépendra de plusieurs paramètres et notamment du rôle joué par les banques centrales :

  • Soit les banques centrales jouent le rôle d’assureurs en dernier ressort. Dans ce cas, les titres publics qu’elles auront achetés sur les marchés, et certaines dettes d’entreprises, pourraient être convertis en rentes perpétuelles à faible rendement.
  • Soit les banquiers centraux jouent le rôle de prêteurs en dernier ressort. Les dettes rachetées seraient alors comptabilisées comme de la dette amortissable, impliquant donc le remboursement du capital et des intérêts par les États.

Dans le premier cas, on éviterait aux économies de revivre les effets pervers d’une demande faible maintenant l’inflation à des niveaux bas à cause des comportements de désendettement au moment même où la production devrait être soutenue par un minimum de demande. Un exemple typique est celui du gouvernement japonais dont l’essentiel de la dette sur le marché est racheté depuis plusieurs années par la Banque centrale du Japon, celle-ci étant conservée pour l’éternité dans son bilan sans que cette stratégie n’ait conduit à une réapparition de l’inflation.

Dans le second cas, les États se retrouveraient avec une dette colossale à rembourser, gonflée par les dépenses de crise. Cette dérive de l’endettement serait considérée comme une tendance alarmante qui pourrait nous conduire à répéter nos erreurs passées : retour à des politiques budgétaires restrictives, hausses d’impôts susceptibles de conduire à des comportements d’épargne, etc.

Le premier scénario serait avantageux pour tout le monde : reprise de la demande, retour d’une inflation modérée et baisse de la valeur réelle des dettes.

Le second conduirait à un contrecoup à la crise actuelle, où les économies s’enfonceraient un peu plus dans un régime de stagnation séculaire, c’est-à-dire une période prolongée de faible ou de non-croissance économique, avec inflation faible.

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Par Gilles Dufrénot, Economiste, Chercheur associé au CEPII et Professeur à Aix-Marseille Université, Aix-Marseille Université (AMU)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

« La crise sanitaire montre déclassement de la France »

  •   »La crise sanitaire montre  déclassement de la France »
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  • La gestion de la crise sanitaire aura clairement démontré le déclassement de la France. Un déclassement qui ne date pas d’hier et qui a commencé sans doute après Pompidou et le général De Gaulle. Depuis , la France a fait illusion avec une politique diplomatique tapageuse, sa puissance nucléaire et son arrogance. Mais sur le plan économique la France s’est enfoncée dans le déclin liquidant même une grande partie de son industrie soit en la bradant à des fonds étrangers, soit en la délocalisant.
  • Pour preuve un grand pays comme la France après deux mois de crise sanitaire n’est même pas capable de fournir et de produire des masques nécessaires, encore moins des tests massifs comme en Allemagne par exemple. Paradoxalement alors que l’économie s’affaiblissait, l’État s’est engraissé au point de plomber la compétitivité par  sa fiscalité et de tuer l’initiative. Partout à tous les échelons géographiques et jusque dans les plus petites communes se sont mises en place des superstructures non seulement inutiles mais qui en outre complexifient la vie des entreprises et des citoyens. Même notre système sanitaire n’est pas performant.
  • On a organisé d’une part une immense désertification des territoires avec l’absence de médecins, de spécialistes et la fermeture des petits hôpitaux. On a concentré tout dans d’immenses usines que sont les centres hospitaliers ou certes d’énormes progrès qualitatifs sont effectués et avec un énorme gaspillage de moyens. Un seul exemple la France possède quatre fois moins de lits équipés de respiratoires que l’Allemagne.
  •  Pourtant l’État ne manque pas de moyens financiers puisque nous détenons le triste record du plus haut prélèvement obligatoire. La fiscalité représente à peu près la moitié de la richesse nationale. Et nous dépensons encore davantage (56 % du PIB.) Ce qui nous empêche pas d’être en plus particulièrement endettés. Bref, un véritable fiasco de la politique économique, sociale et sociétale ( on pense en particulier aux quartiers sensibles) depuis une cinquantaine d’années. La vérité c’est que la plupart des moyens sont absorbés dans les superstructures devenues incontrôlables et qui se reproduisent elle-même et cela encore une fois du plan national en passant par le plan régional, départemental et local. Pour preuve on a embauché  plus de 1 million de fonctionnaires en peu de temps  et il faut aussi intégrer les entreprises nationalisées qui fonctionnent aussi souvent comme des administrations; Pierre Vermeren , normalien, agrégé et docteur en histoire, dépeint les causes du déclin français que révèle l’extrême difficulté de l’État à juguler le Covid-19. Chronoque dans le Figaro résume  bien ce déclassement :
    • « sentiment de déclassement de nombreux Français masquait une vérité que peu voulaient connaître: la cinquième ou sixième puissance économique mondiale est un pays déclassé. L’ancienne première puissance politique, économique, militaire et démographique occidentale (selon les domaines entre les XVIIe et XIXe siècles) est devenue une puissance moyenne. Soit. Mais la promesse faite aux Français d’un État protecteur, éducateur, visionnaire et architecte, en un mot stratège, dont les premières dépenses publiques au monde sont acceptées du fait de notre contrat social, est rabaissée au rang de gestionnaire endetté et dépassé. Si la tiers-mondisation parfois dénoncée est excessive, la France est revenue à sa condition de pays méditerranéen aux côtés de ses sœurs latines, l’Espagne et l’Italie, littéralement fauchées par la crise du coronavirus. »

 

Crise économique : les économistes dans le potage

Crise économique : les économistes dans le potage

 

À écouter nombreux d’économistes s’exprimer dans les médias, on constate que pour la plupart ils sont largement dépassés par la crise économique qui s’annonce et finalement se contentent  de donner une légitimité scientifique à la politique du gouvernement en particulier de Bruno Lemaire, le ministre de l’économie et des finances. Pas étonnant, régulièrement le ministre des finances les réunit pour tenter d’éclairer un peu les enjeux et surtout les perspectives.

Mais ces économistes pataugent sérieusement car la situation est inédite, du coup ils se rallient  à peu près tous à une politique keynésienne de relance et au passage d’abandon des critères de gestion dont certains avaient été les plus grands avocats. La conversion des ultras libéraux à l’interventionnisme aura été rapide. La vérité sans doute c’est que la crise est tellement complexe, que les économistes eux-mêmes ont besoin de se réassurer intellectuellement en s’accrochant à la pensée dominante du moment quitte à en changer le moment venu.

 Mais ils ne se rendent sans doute pas content que comme les scientifiques de la santé  ils sont en quelque sorte instrumentalisée. Notons d’ailleurs que comme les scientifiques du comité sanitaire du gouvernement, les grands économistes sont souvent des personnages très médiatiques qui depuis longtemps n’ont pas produit d’études ou de recherche se contentant de reprendre les synthèses de leurs collaborateurs ou de leurs étudiants.

 

Ces économistes sont Vingt-deux, triés sur le volet qui participent depuis le début de la crise du coronavirus à une réunion téléphonique hebdomadaire avec Bruno Le Maire. Objectif : nourrir l’action du ministre de l’Economie et des Finances dans sa bataille face à la plus grande récession que la France ait connue depuis 1945.

Parmi les élus, des institutionnels comme le patron de l’Insee, Jean-Luc Tavernier, le chef économiste de la Banque de France, Olivier Garnier, ou Laurence Boone, de l’OCDE. Des économistes du privé aussi, comme Gilles Moëc (Axa), Mathilde Lemoine (HSBC), Patrick Artus (Natixis), Ludovic Subran (Allianz), Nicolas Bouzou (Asterès) ou Marc Touati (ACDEFI). Et surtout beaucoup d’universitaires : Jean Pisani-Ferry (Sciences Po, ancien directeur du programme d’Emmanuel Macron), Jean-Hervé Lorenzi (Dauphine, président du Cercle des économistes), Agnès Benassy-Quéré (Ecole Economie Paris), Xavier Ragot (OFCE), Philippe Aghion (Collège de France), Daniel Coen (Normale sup), Elie Coen (CNRS) et d’autres… Tous très présents dans les médias – « Il ne faut pas être naïf, c’est aussi le moyen de traiter les économistes pour qu’ils n’aillent pas baver ailleurs », sourit un participant. Et masculins à 80 %.

Certains regrettent le manque de débat. « Quelques-uns s’écoutent parler. D’autres font du lobbying pour les fédérations professionnelles qui leur sont proches », dénonce un participant. « Sur une heure de réunion, on passe entre 20 et 30 minutes à écouter des lapalissades », persifle un autre. « Il va falloir passer à quelque chose de plus constructif », ajoute un troisième.

 « C’est surprenant de voir à quel point les économistes français ont tendance à penser la même chose. Ils ont tous internalisé le réflexe interventionniste », remarque un économiste ayant fait une partie de sa carrière à l’étranger.  

La vérité sans doute c’est que les économistes eux-mêmes complètement déboussolés par la nature et l’ampleur de la crise qui met en jeu bien sûr des aspects sanitaires mais aussi économiques, sociaux, financiers, environnementaux et sociétaux difficiles  appréhender non seulement sur le court et moyen terme mais aussi sur le long terme. Bref une approche systémique au champ spatial et temporel élargi. Il est notamment curieux que pratiquement aucun économiste n’ait  abordé les conséquences de la crise économique et financière sur l’inflation et la dévalorisation de fait  de l’euro pas,  davantage la très difficile transition d’une société productiviste à une société plus respectueuse de l’environnement. Une transition indispensable si on ne veut pas sacrifier la dimension sociale.

 

Après la crise sanitaire, la crise financière?

Après la crise sanitaire, la crise financière?

Au cours de l’année 2019 et au tout début 2020, les cours des marchés financiers ont tenté d’atteindre le ciel de manière tout à fait irresponsable à la fois par rapport à leur déconnexion au tassement économique aussi par rapport aux résultats des entreprises. Pas étonnant que désormais les cours dévissent  complètement d’abord pour rééquilibrer richesse produite et profit spéculatif ensuite évidemment pour tenir compte de la terrible crise économique qui va suivre la crise sanitaire. Il est clair en effet que la crise sanitaire sera suivie d’une profonde crise économique qui se traduira notamment par une énorme vague de défaillances et sa cohorte de chômages.. Nombre d’entreprises comme nombres de ménages ne pourront faire face à leurs engagements financiers. Pendant la crise sanitaire, on a surtout connu une crise de la demande,  une grande partie du système de production était paralysée. Beaucoup d’entreprises auront des difficultés à assumer les risques de cette paralysie faute de trésorerie suffisante. Contrairement à l’idée répandue dans certains médias, beaucoup d’activités en l’absence de production et de clients doivent continuer de faire face à des charges. Dans un deuxième temps,  l’économie enregistrera une crise de la demande du fait du tassement généralisé du pouvoir d’achat des ménages et du plongeon des investissements. Il ne faudra guère compter sur le commerce international pour compenser ces chutes car il sera lui-même en fort recul. «Le système financier a déjà été profondément impacté», expliquait mardi Tobias Adrian, directeur du département marchés financiers au FMI, «une intensification de la crise (sanitaire et économique) pourrait menacer la stabilité financière». Itinéraire d’une crise financière qui reste possible.

 

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