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Une crise politique qui accélère le déclin de la France

Une crise politique qui accélère le déclin de la France

Rarement les politiques auront été autant discrédités dans l’opinion. 10 % seulement des Français leur accordent leur confiance. La condamnation est générale et vise à peu près toutes les tendances politiques. Il faut dire que les responsables pour la plupart sont à la fois incompétents et sans courage. Sans parler de leurs contradictions permanentes. Dernier exemple en date le problème de la suspension de la réforme des retraites confirmée par le premier ministre Lecornu et immédiatement démentie par le président de la république qui pense encore avoir un pouvoir. Et de proposer un illusoire référendum qui n’aura jamais lieu.

À l’étranger comme en France qui croire? L’image du pays continue d’être affaiblie par ces déclarations et actions caractérisées par des contradictions permanentes. En toile de fond, il y a bien sûr l’élection présidentielle de 2027 qui brouille encore un peu plus la position des candidats. Ainsi chez les Républicains, c’est la guerre entre Wauquiez et Retailleau. Ce dernier s’est tiré une véritable balle dans le pied en expliquant tout l’intérêt de sa présence de son parti au gouvernement tant qu’il y était et qui maintenant prône l’inverse depuis son départ. Une vraie maladresse, une erreur politique qui signe en partie sa disqualification comme candidat de la droite.

Il faut aussi citer l’invraisemblable démolition de Macron par Édouard Philippe qui trouve le président désormais incompétent et demande son départ alors qu’il a servi la même politique quand il était premier ministre. Édouard Philippe il faut s’en souvenir qui par ailleurs a flingué la réforme des retraites par points avec son fameux concept d’âge pivot. Édouard Philippe sorte de cocktail Juppé-Macron qui par ailleurs sur la forme ne se caractérise par un grand charisme. À droite, c’est la lutte entre Wauquiez et Retailleau mais aussi des tentations permanentes de changer de camp ; certains soutiennent indirectement le gouvernement, d’autres sont tentés par un rapprochement avec le Rassemblement national sans parler de ceux qui souhaitent demeurer dans un superbe isolement. La gauche est affectée tout autant par les oppositions et les contradictions. Globalement deux lignes s’affrontent avec d’un côté les marxistes et de l’autre les sociaux-démocrates. Des marxistes qui veulent le communisme immédiatement avec le soutien d’une révolution utopique et irresponsable. Les Insoumis établissent d’ailleurs régulièrement ce calendrier de la révolution et se ridiculisent en même temps d’autant qu’ils y ajoutent des provocations et des postures indignes d’élus nationaux. Chez les écolos, on est davantage rouge que vert et en parle bien plus des questions politiciennes que de l’environnement avec là aussi quelques figures clownesques et provocatrices. Le parti socialiste quant à lui demeure divisé entre marxistes et réformistes. Toutes ces contradictions autorisent les uns et les autres à dire les plus grandes bêtises sur les réalités économiques, financières, mais aussi sociétales.

On objectera sans doute que ces responsables ont été élus, qu’ils sont légitimes. faut-il cependant préciser que dans toutes les fonctions électorales en moyenne il suffit aujourd’hui de 15 % voire moins au premier tour pour être élu au second. Ceci étant les Français ont aussi les politiques qui méritent. Des français qui pour une grosse majorité ne comprennent pas non plus grand-chose à la problématique économique et financière, le champ régalien le plus dévasté. Dans la plupart des études menées sur cet aspect on vérifie presque toujours que parmi les pays européens la France est en dernière position concernant la compréhension de ces questions. Les propositions d’impositions nouvelles fusent de partout alors que la France détient déjà le record de prélèvements obligatoires qui plombent la compétitivité de son économie.

La question est celle de la réduction des dépenses alors qu’on y répond surtout avec l’augmentation des impôts. Évidemment personne n’aura le courage de faire comme les Allemands qui ont introduit dans leur constitution la nécessité de l’équilibre du budget. Ce serait évidemment possible en France avec un calendrier réaliste et surtout du courage. La démagogie conduit par exemple en matière de retraite à envisager le retour à 62 ans voire à 60 ans alors que la démographie française s’écroule et forcément pèse sur les équilibres financiers des retraites mais aussi sur le reste. En effet l’autre problème dominant lié c’est le manque de travail évalué environ 15 % par rapport aux autres pays de l’Europe. Il s’agit du temps total travaillé tout au long de la vie. Si ces 15 % étaient atteints la France ne connaîtrait plus de problèmes financiers. Il y a cependant l’affaiblissement de la valeur travail qui ne cesse de s’étioler et rend cette perspective difficile à envisager.

Aussi la question de la dégringolade du niveau de formation du primaire au supérieur. Avec d’énormes dispersions autour de la moyenne médiocre. Avec tout en haut heureusement encore l’exceptionnelle performance dans les technologies, les sciences et la recherche mais aussi à l’autre bout du spectre une ignorance crasse des savoirs fondamentaux. Et des bacs pro par exemple distribués comme des poignées de mains qui ne valent même pas le certificat d’études primaires des années 30. Bref, les faiblesses françaises sont autant imputables à un monde politique hors-sol qu’à des citoyens qui préfèrent les sirènes de la démagogie aux vérités documentées.

Avec Lecornu II , Macron précipite la France vers une crise historique

Avec Lecornu II , Macron précipite la France vers une crise historique

La plupart des observateurs conviennent que l’objectif principal de Macron est de durer quitte à utiliser des procédures douteuses voire dilatoires. Le chef de l’État outrepasse en effet le champ de ses responsabilités en s’immisçant directement dans le fonctionnement du gouvernement. Lecornu reconduit confirmera qu’il n’a pas l’épaisseur politique pour gérer les nombreuses contradictions du contexte politique tout en restant aux ordres du président de la république.

Le nouveau gouvernement Lecornu de sera donc encore nécessairement éphémère. En cause d’abord le fait que la tripartition actuelle à l’Assemblée nationale empêche toute majorité durable et surtout du fait que désormais la grande question tourne autour de la problématique de l’élection présidentielle. Les grandes formations politiques sont essentiellement animées par la perspective de cette élection et d’une certaine manière imperméables à tout compromis qui pourrait leur faire perdre des électeurs lors de cette échéance.
Ainsi la France va sans doute cumuler différentes dimensions d’une crise qui pourrait être historique. A la crise politique caractérisée par l’éclatement du paysage électoral et l’irresponsabilité de la classe politique va succéder une crise démocratique et au-delà une crise de régime. En effet la question du champ des responsabilités d’un président de la république aujourd’hui personnage quasi monarchique -surtout avec Macron qui n’écoute que lui-même- va se poser. En clair, c’est la constitution de la Ve République et ses anciens équilibres qui doivent maintenant être discutés.
Indirectement le problème de la durée du mandat et les conditions du départ du président seront également évoqués. Macron va fragiliser la durée de son mandat et surtout celui de ses successeurs. Cela d’autant plus que la plupart des présidents depuis Pompidou ont en général mis en œuvre des politiques incohérentes avec leurs propres orientations électorales. La crise de régime et inévitable et pourrait s’aplifier avec le président ou la présidente qui succédera à Macron surtout avec l’énorme écart entre les promesses et la gestion réelle du fait des contraintes.
Parallèlement, l’instabilité va contaminer le champ économique. La croissance était déjà très faiblarde, autour de 0,3 % par trimestre. Elle risque de devenir négative en raison de la timidité de la consommation moyen d’ajustement de la stagnation du pouvoir d’achat. Les investissements sont en recul faute de perspectives claires dans le domaine fiscal et financier; enfin il faut aussi observer notamment la nette tendance à la hausse des défaillances d’entreprises. En clair, la récession pourrait menacer dans les années à venir d’autant que le contexte international n’est guère favorable à l’Europe et à la France en particulier.
Le mécontentement social risque aussi de miner l’environnement du pays avec en particulier la multiplication des mouvements corporatifs ( et pas forcément de la part de ceux qui sont les plus défavorisés !). La France va dans ce domaine aussi payer le mépris récurrent de Macron vis-à-vis des organismes intermédiaires et en particulier des syndicats forcément tentés de se replier sur des positions radicales. Avec Lecornu II de Macron dirige la France vers le précipice accentuant encore les perspectives dramatiques d’évolution des finances publiques. Moins de croissance c’est forcément moins de recettes fiscales alors que les dépenses sont devenues quasi incontrôlables. Cela en raison du millefeuille administratif et les contradictions des politiques sectorielles. Avec Lecornu II va s’amplifier la crise multi factorielle, une crise qui pourrait durer des années. Le résultat notamment d’un président complètement immature et égocentrique mais qui n’exonère pas le monde politique et même les français de leur propres contradictions.

Crise française : la démocratie en cause ?

Crise française : la démocratie en cause ?

De manière assez insidieuse l’idée se répand que le concept même de démocratie serait en cause dans l’inefficacité politique actuelle en France. Le baromètre de la confiance politique du Cevipof a mis en évidence une montée de l’attrait pour un pouvoir plus autoritaire : 48 % des Français estiment que « rien n’avance en démocratie, il faudrait moins de démocratie et plus d’efficacité » . Du coup, émerge notamment une demande d’homme fort et de remise en ordre du pays. La demande d’un homme fort découle sans doute de la très grande faiblesse des responsables qui alimentent le paysage politique aujourd’hui.
En cause notamment leur mode d’émergence. La plupart sont en effet des sortes d’oligarques qui en réalité ont transformé la fonction élective en activité professionnelle. Ces responsables sont souvent hors sol , ils vivent dans le monde virtuel de la politique et non dans les réalités économiques et sociales. Cela d’autant plus qu’ils ne sont pas représentatifs des réalités sociologiques du pays. Ils ne doivent leur avenir qu’aux partis nationaux. Notons d’ailleurs que ce sont ces partis nationaux qui délivrent les investitures et non les organisations locales dans la plupart des cas. Tout est donc centralisé et forcément polarisé. Pour se distinguer, il faut en effet se positionner sur une ligne contraire aux partis adverses. Sans nuances et avec l’accompagnement de démagogie pour convaincre. Pour résumer la démocratie est en cause dès le mode de désignation des candidats. La démocratie qui ensuite subit sans doute la plus grave atteinte lorsque les élus mettent en œuvre une politique contradictoire avec ce qu’ils avaient annoncé.
Les insuffisances de la démocratie commencent donc dès le processus de désignation des candidats, se poursuit pendant l’exercice du pouvoir en l’absence de processus d’association et d’évaluation de la population concernée. Avec Macron, qui a tout fait pour tuer toutes les organisations intermédiaires, y compris son propre parti, on a sans doute atteint des sommets au point qu’on peut bien considérer le régime politique de la France comme très monarchique.
Le caractère très centralisé dans la plupart des domaines régaliens, le poids de la dépense publique, facilitent et alimentent ce caractère monarchique. Le millefeuille administratif et politique ne sert qu’à générer des coûts de fonctionnement démentiels et pèse peu sur la problématique nationale. Régions, départements, communautés de communes et autres n’ont aucun poids vis-à-vis des grands enjeux économiques, politiques ou sociétaux. Ou de manière assez accessoire.
À cet égard ne manque pas de structure mais d’animation et d’objectifs des organisations intermédiaires aujourd’hui marginalisées voire méprisées; cela vaut pour le niveau central mais aussi local. Voir à cet égard les conseils de citoyens locaux bidons et ou anecdotiques.
D’une certaine manière, la crise n’est pas le produit de trop de démocratie mais plutôt l’inverse. Dernier exemple en date celui de Bayrou élu pour essayer de trouver une majorité et un projet collectif et qui bricole cet été tout seul dans son coin sa propre copie des futures finances publiques. C’est aussi de cette manière qu’on procède dans les grandes villes ; de manière aussi peu démocratique mais aussi peu efficace. Face aux grands enjeux pourtant il serait indispensable d’associer les acteurs sous différentes formes non seulement pour des motifs démocratiques mais pour davantage d’efficacité. Cela d’autant plus que ces enjeux sont de plus en plus complexes du fait notamment de leur interaction systémique.

Une crise démocratique profonde

Une crise démocratique profonde

Depuis la dissolution de juin 2024, la France connaît une paralysie politique inédite. Pour le politiste Rémi Lefebvre dans The Conversation, ce blocage n’est pas seulement institutionnel : il révèle une crise plus profonde du lien représentatif, nourrie par la défiance, par la fragmentation sociale et par l’usure du fait majoritaire.

Depuis la dissolution en juin 2024, les gouvernements de Michel Barnier puis celui de François Bayrou ont été en incapacité de gouverner. De nombreux commentateurs ont estimé que ce blocage serait lié au manque d’esprit de compromis des partis politiques, ou à des règles du jeu institutionnel inadaptées. On peut, au contraire, penser que le dérèglement est plus profond. Le rapport à la politique s’est transformé ces dernières décennies et la crise actuelle n’est que le symptôme d’un étiolement et d’une décomposition du lien représentatif lui-même.

Une routine politique déréglée
Nous avons été habitués en France, notamment depuis les années 1970, au « fait majoritaire » : le président de la République était élu au suffrage universel direct, il avait besoin d’une majorité, qu’il obtenait en général. La vie politique avait une rythmique routinisée d’alternances avec des majorités. Puis ce système s’est peu à peu déréglé.

Les alternances sans alternative se sont multipliées créant un désenchantement chronique dans chacun des camps politiques. La progression de l’extrême droite qui prétend incarner une nouvelle voie est associée au brouillage du clivage gauche-droite. En 2017, l’arrivée d’Emmanuel Macron est comprise comme le produit de l’épuisement du clivage gauche-droite et une réponse à la crise démocratique portée par une rhétorique du « dépassement ».

Mais ce dernier a accentué cette crise en poussant les marges à s’extrémiser et, finalement, en polarisant la vie politique tout en droitisant son positionnement. Emmanuel Macron a nourri l’extrême droite et affaibli la gauche de gouvernement. Alors que les injonctions au compromis sont fortes, le Parti socialiste (PS) est sous la férule de La France insoumise (LFI) et sans cesse exposé à des procès en « trahison ». La difficulté à construire des majorités, liée à la tripartition de la vie politique, est aggravée par la fragmentation interne à chaque bloc.

Pourtant, on ne peut pas comprendre cette crise par le seul jeu politique. Il faut aussi prendre en compte les changements du rapport à la politique par en bas. Depuis le début des années 2000, le mécanisme même de l’élection est mis en cause. La légitimité donnée aux gouvernants par l’élection est de plus en plus faible, comme l’explique Pierre Rosanvallon. Cela est renforcé par le vote stratégique qui s’est largement développé : on vote de plus en plus « utile » pour éliminer, mais les électeurs n’expriment plus vraiment leur préférence, ce qui affaiblit leur engagement dans la désignation d’un représentant et la légitimité de ce dernier. Ainsi, la procédure électorale est abîmée dans ses fondements : on parle de démocratie « négative » (on élimine plus qu’on ne choisit).

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Par ailleurs, la fragmentation des identités politiques renvoie pour partie à la fragmentation de la société elle-même. La crise de gouvernance ou de gouvernabilité est liée à une société plus individualisée et fragmentée par des inégalités exacerbées et une forme de séparatisme. Les identités et des clivages sont plus complexes (genre, écologie, laïcité, islam…), moins structurés par des identités de classe homogènes, comme l’explique Gérard Mauger.

Si les partis politiques ne veulent pas faire de compromis, c’est aussi parce qu’ils ne veulent pas décevoir les groupes sociaux éclatés qui les défendent encore et parce qu’ils craignent de « trahir » des électeurs défiants et des clientèles électorales de plus en plus volatiles et étroites. La société est plus polarisée (la polarisation affective par les réseaux sociaux est indéniable) ce qui rend également les compromis politiques plus difficiles. On peut ajouter que l’émiettement et l’éclatement des identités politiques des électeurs sont favorisés par la faiblesse des partis et leur grand nombre – il y existe aujourd’hui 11 groupes parlementaires à l’Assemblée nationale, ce qui est un record). L’une des conséquences majeures est que les partis politiques n’arrivent plus à organiser le débat public autour de quelques visions cohérentes et simples.

L’impasse politique actuelle pourrait-elle être résolue par une dissolution, par des négociations, par de nouvelles élections législatives ou même par une élection présidentielle ? On peut en douter. Finalement, il est possible que le blanc-seing donné à un président à travers une élection législative succédant à son l’élection n’existe plus à l’avenir. Les majorités politiques sont introuvables mais peut-être aussi les majorités sociales et électorales (c’est-à-dire des alliances de groupes sociaux suffisamment larges pour porter les premières).

Défiance et désenchantement envers la politique
La crise conjoncturelle vécue depuis un an s’inscrit dans une tendance encore plus large, qui est l’accroissement considérable de la défiance à l’égard de la politique.

Selon le baromètre Cevipof 2025, environ 20 % des Français font confiance aux hommes et femmes politiques. Les Français jugent donc la classe politique incapable de régler les problèmes. Ils la jugent même indigne. Il faut dire que le spectacle donné est assez peu attractif, et on peut estimer que le niveau du personnel politique baisse. Le politiste Luc Rouban a montré que ce phénomène nourrit un désir de repli sur la sphère privée sur le mode « Laissez-nous tranquille, la politique on s’en fout ». La crise actuelle est donc le produit de cette défiance et l’incapacité de la classe politique à la résoudre renforce le phénomène.

La déception et le désenchantement se sont accumulés depuis des décennies. L’usure de l’alternance gauche-droite, qui rythmait la vie politique, est profonde. Nicolas Sarkozy n’a eu qu’un mandat, François Hollande également : tous deux ont fait campagne sur le volontarisme, mais ont rapidement déçu. Ils ont mené des politiques libérales sur le plan économique qui ont miné l’idée que la politique pouvait changer les choses. Emmanuel Macron, réélu, a déçu également. Il a favorisé le sentiment anti-élites qui s’est puissamment manifesté lors de la crise des gilets jaunes (et peut-être le 10 septembre prochain). Finalement, chaque camp est marqué par le désenchantement et produit des mécanismes de polarisation. Ainsi, les socialistes ont produit LFI, résultat d’une déception, celle de la gauche au pouvoir. L’extrême droite est aussi, dans une large mesure, le résultat de la désillusion politique. Ces forces (LFI et Rassemblement national) sont hostiles à tout compromis.

Cette défiance envers la politique n’est pas spécifique à la France, comme l’a montré Pierre Martin dans son analyse de la crise des partis de gouvernement. Ces mécanismes sont présents partout, en Europe ou aux États-Unis. Depuis les travaux de Colin Crouch, les sciences politiques parlent même de régimes « post-démocratiques », où les décisions échappent de plus en plus au pouvoir politique.

La mondialisation, l’européanisation, le pouvoir des très grands groupes financiers et des lobbys ont démonétisé le pouvoir politique et réduit ses marges de manœuvre. Or le politique suscite des attentes, et ses acteurs tentent de réenchanter le jeu électoral en faisant des promesses à chaque élection.

Cette situation est d’autant plus mal vécue en France qu’il existe une culture d’attentes très fortes à l’égard de l’État. Cette crise du volontarisme politique crée des déceptions à répétition. La dernière enquête du Cevipof montre que la défiance augmente et qu’elle est associée à un sentiment d’impuissance gouvernementale et électorale. Les Français pensent que la politique ne sert plus à rien : le jeu politicien stérile tournerait à vide, sans impact sur le réel.

La situation actuelle fait le jeu de l’extrême droite, car la défiance à l’égard de la politique nourrit l’antiparlementarisme et renforce aussi l’idée qu’une force politique qui n’a pas exercé de responsabilités peut être un recours.

Par ailleurs, une partie de la société se retrouve sur les thèmes de la droite : immigration, sécurité, rejet de l’écologie, etc. Dans ce contexte, la victoire de l’extrême droite peut apparaître comme inéluctable. Elle est advenue aux États-Unis, il est difficile d’imaginer pouvoir y échapper en France, étant donné la grande fragmentation de la gauche, ses écueils et ses impasses. Reste que si l’extrême droite arrive au pouvoir – ce qui ouvrirait une séquence dramatique – elle sera aussi confrontée à l’épreuve de pouvoir et décevra certainement, sans résoudre la crise politique que nous vivons. Son électorat, très interclassiste (populaire au Nord, plus bourgeois au Sud-Est), a des attentes contradictoires et il sera difficile de le satisfaire.

Comment sortir de l’impasse ?
Il serait naïf de croire en un « solutionnisme institutionnel » qui réglerait cette crise du politique. La démocratie ne se résume pas à des règles du jeu électoral et à des mécanismes institutionnels. Elle est portée par des valeurs, une culture, des pratiques, des comportements. Certaines évolutions ne sont pas moins souhaitables.

Ainsi, un changement de scrutin proportionnel inciterait les électeurs à voter par conviction et à marginaliser le « vote utile ». Il s’agirait de mieux refléter les préférences politiques des électeurs à travers un mode de scrutin et de relégitimer la procédure électorale.

Une sixième République permettrait certainement de régénérer des institutions liées à un présidentialisme épuisé, comme l’a montré Bastien François. Désormais, la verticalité du pouvoir ne fonctionne plus dans une société travaillée par des dynamiques d’horizontalité. L’imaginaire lié au président de la République accentue la déception, en créant un homme providentiel qui ne peut tenir ses promesses. Si les Français ne sont pas favorables à la suppression de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, il est possible de limiter les pouvoirs du président – tout comme il est possible d’inverser le calendrier avec des législatives qui précèdent les présidentielles.

De nombreux travaux, comme ceux de Loïc Blondiaux, proposent également des pistes pour penser un nouvel équilibre entre démocratie représentative et démocratie participative, avec une démocratie plus continue, moins focalisée sur l’élection. Pendant longtemps, l’élection suffisait à faire la démocratie, or ce cycle est terminé. Cela suppose de bricoler, d’expérimenter – référendum, convention citoyenne, etc. – afin de trouver un nouvel équilibre entre participation et représentation. Reste que ces solutions sont complexes à mettre en place, alors que la démocratie par le seul vote était très simple. Enfin, la démocratie, c’est une culture, et il est nécessaire de favoriser la participation à tous les niveaux, en favorisant une société plus inclusive, moins compétitive, notamment à l’école ou dans l’entreprise.

Un autre sujet est celui des partis politiques : les citoyens n’y militent plus parce que ces derniers sont perçus comme peu attractifs. Certaines études proposent de les refonder et de repenser, par exemple, leurs financements publics, en conditionnant les dotations à la diversité des représentants élus.

Enfin, un enjeu démocratique majeur consiste à reprendre le pouvoir sur la sphère économique. Le débat sur la taxe Zucman signale le verrou politique à faire sauter : celui du pouvoir de l’oligarchie financière. Tant que le pouvoir politique devra courber l’échine devant la finance, la logique déceptive de la post-démocratie se poursuivra. Pourtant, les inégalités ont tellement augmenté que les sociétés pourraient exiger un rééquilibrage. En ce sens, la post-démocratie n’est pas inéluctable.

Les forces économiques tenteront de protéger leurs positions et leur pouvoir, mais, comme le montre Vincent Tibérj, l’attachement à la justice sociale et à la redistribution est très fort en France, y compris à l’extrême droite. Sous la pression, les élites pourraient donc être contraintes de céder.

Après Bayrou : vers une longue crise de régime

Après Bayrou : vers une longue crise de régime

Le passage de Bayrou comme premier ministre n’aura sans doute pas laissé une grande marque dans l’histoire politique mais ce départ marque vraisemblablement l’entrée du pays dans une crise de régime durable. Bayrou sera bien sûr remplacé comme l’ont été Barnier, Attal, Borne et Édouard Philippe. Mais le futur premier ministre sera soumis aux mêmes contraintes que Bayrou.

Des contraintes caractérisées par un extrême éclatement des forces politiques françaises et leur incapacité à dépasser leurs clivages pour former une majorité. Le futur premier ministre, comme Bayrou, comme les autres, ne disposera d’aucune majorité à l’assemblée. Il faudra faire du coup par coup pendant quelques mois et ce premier ministre sera lui aussi rapidement remercié.

L’hypothèse d’une dissolution de l’assemblée nationale ne résoudra rien. On risque vraisemblablement de retrouver les mêmes clivages à l’issue de nouvelles élections et donc l’immobilisme. Reste l’hypothèse d’un départ prématuré de l’actuel chef de l’État. Le problème c’est que le nouveau président risque d’être affronté à la même incapacité de s’appuyer sur une majorité cohérente…..et courageuse. En outre en précipitant la fin de Macron, le pays s’engage dans une voie d’instabilité durable. Inévitablement un nouveau chef de l’État rencontrera les mêmes problèmes pour constituer un soutien majoritaire cohérent à l’Assemblée nationale.

En outre, un départ avancé de Macron ouvrirait la porte à une pratique de limitation du mandat présidentiel en fonction de l’humeur du moment. En clair en l’état actuel des forces politiques, la Ve République est en train de devenir obsolète. L’impuissance du président, son incroyable impopularité, des premiers ministres éphémères avec une assemblée nationale éclatée et irresponsable constituent des caractéristiques de l’obsolescence constitutionnelle de la Ve République .

La situation se complique d’autant plus que les Français eux-mêmes montrent leur incapacité à comprendre les enjeux actuels notamment comme le risque de conflit militaire en Europe, le danger de l’ogre économique chinois, la montée des autoritarismes dans le monde, la mise en cause des valeurs républicaines et démocratiques, la place de l’immigration. Sans parler au plan socio-économique d’une perte de compétitivité dramatique et de finances publiques à la dérive.

Et de ce point de vue les Français portent aussi une grande responsabilité dans cette crise. Pour faire court, les Français ne sont d’accord que pour manifester des oppositions contradictoires. En cause en particulier une méconnaissance crasse de la problématique économique qui conditionne en grande partie le contexte social et financier.

Marché automobile européen : Une triple crise

Marché automobile européen : Une triple crise

Une grave crise se confirme dans l’industrie automobile européenne avec un nouveau recul de 8 % en juillet sur un an. En cause peut-être d’abord la concurrence chinoise très compétitive dans le secteur de l’électrique. Précisément un domaine qui n’a été investi que tardivement par les constructeurs européens par ailleurs trop dépendant des technologies chinoises. L’Europe est également victime de ses propres normes avec l’échéance illusoire de 2035 pour la fin des voitures thermiques : un vrai cadeau pour la Chine. Enfin Trump avec ses taxes douanières vient de donner un coup de grâce à l’industrie notamment allemande qui devrait cependant résister car elle s’adresse à des couches moyennement aisées aux Etats-Unis.

Les immatriculations de voitures neuves ont encore reculé de 7,7% en juillet par rapport au même mois l’année dernière, selon les chiffres de la Plate Forme Automobile, qui regroupe constructeurs et équipementiers. Une baisse continue depuis le début de l’année, avec une diminution de 34% de voitures neuves à moteur essence depuis le début de l’année et moins 41% pour les voitures diesel.

Le marché français est désormais dominé par les modèles hybrides, avec 53% des ventes totales le mois dernier, contre seulement 17% pour l’électrique, qui patine toujours malgré le lancement de nombreux nouveaux modèles récemment, et en attendant le retour de l’opération de leasing social en septembre qui devrait alors booster le marché. La voiture électrique la plus vendue ces derniers mois reste la R5 mais elle n’occupe que la 13e place du classement total des ventes, toujours dominé par la Renault Clio, la Peugeot 208 et la Dacia Sandero.

Crise financière France : un pays ingérable

Crise financière: un pays ingérable

Face à la crise financière d’une France ingérable le pays se retrouvera un jour ou l’autre comme la Grèce en situation de faillite( on dit « défaut » pour ne pas affoler l’opinion). Quand les experts parlent d’un déficit égal à 6 % du PIB ou d’une dette cumulée de 114 % du PIB , soit 3300 milliards, les propos paraissent complètement abstraits à la plupart des Français. Des Français par ailleurs fâchés avec les chiffres en général et les connaissances économiques et financières d’autre part.

Ainsi une enquête d’Allianz avait démontré que sur 19 pays la France se situait au au dernier rang européen en matière de connaissances sur le terrain économique et financier. On peut régulièrement rappeler les 30 ou 40 chiffres qui caractérisent la dramatique situation du pays. De quoi noyer encore un peu plus la plupart des Français dans leur incurie. Pourtant la dette publique ramenée à l’échelle d’un ménage c’est de l’ordre de 100 000 € ! Pourtant le déficit annuel actuellement est autour de 150 milliards. Pourtant le plan d’économies de 40 milliards de Bayrou est rejeté par une très large majorité ( alors qu’il manque 150 milliards ). Pourtant le poids de la dette( charges financières) va passer de 50 à 100 milliards en quelques années et devenir le premier poste de dépenses.

Faute d’équilibre la France est condamnée à l’emprunt et à la dette perpétuelle. Jusqu’au jour où les prêteurs exigeront des taux d’emprunt usuriers qui détruiront tous les équilibres économiques à commencer par celui des entreprises. Cela se traduira aussi par une envolée de l’inflation qui est une manière plus discrète de réajuster les ressources fiscales à la richesse réelle du pays. Une richesse qui correspond surtout à la valeur de la production et au travail qui la rend possible.

Or les salariés à temps complet en France travaillent 1673h par an soit beaucoup moins que la plupart des autres pays européens. La France produit 15 % de moins de richesses que ses voisins faute de croissance, faute de travail.

Pour résumer trop peu de travail pour trop peu de populations et donc trop peu de richesses mais des déficits abyssaux comte tenu des dépenses publiques complètement incontrôlées.

Les responsabilités sont évidemment complexes et multiples. En premier on pense évidemment à la classe politique sorte de club de professionnels qui ont transformé la fonction électorale en job très rémunérateur eu égard à leur production réelle. Et de s’appuyer pour cela sur des analyses et des projets politiques complètement démagogiques et surréalistes à gauche comme à droite.

Les Français ont tellement peu de mémoire qu’ils ne se rappellent même pas que le parti socialiste a dû faire trois dévaluations après les dérives financières de Mitterrand. De la même manière, la France a perdu en compétitivité avec les 35 heures d’Aubry. À gauche, c’est l’idéologie marxiste qui domine les analyses ( PC bien sûr mais aussi chez les écolos, les Insoumis clownesques, une grande partie du PS et des syndicats comme Sud ou la CGT). À droite on patauge entre libéralisme et étatisme.( Cela vaut aussi pour le Rassemblement National). Globalement la classe politique est hors sol et a surtout pour but de se reproduire de manière lucrative.

L’autre handicap majeur du pays, c’est le poids des fonctionnaires et de l’intervention omnipotente de l’État y compris sur des sujets qui n’ont rien de régalien. Au bas mot il y a au moins 1 million de fonctionnaires en trop qui non seulement plombent les comptes avec leur masse salariale mais qui en plus et surtout provoquent des surcoûts bureaucratiques que doivent avaler les entreprises.

La fonction publique est-elle aussi devenue incontrôlable, elle se reproduit toute seule et sans contrôle politique et démocratique. C’est vrai au plan national mais c’est peut-être encore pire au plan local avec ses hordes de fonctionnaires qui progressent partout. Une situation qu’on masque en attirant l’attention sur quelques situations effectivement critiques pour légitimer les sureffectifs inutiles dans la plupart des activités.

La troisième responsabilité incombe directement aux Français vraiment fâchés avec toute rationalité économique et qui à 80 % refusent de supprimer par exemple deux jours de fête par année alors que le pays est celui qui travaille le moins en Europe quand on intègre tous les paramètres. Le résultat aussi de la dégradation de la valeur travail, de l’individualisme et de la baisse générale du niveau de formation en moyenne.

En attendant la France tente de se rassurer mais en réalité vit sur le dos de pays plus vertueux comme l’Allemagne qui grâce à sa compétitivité et à sa production assure la solidité de l’Euro. Sans l’euro une éventuelle monnaie nationale serait sans doute dévaluée de 15 à 20 %.

Faute de prise de conscience sur l’ampleur de la crise, de démagogie et d’incompétence d’ici quelques années la France remettra son sort dans les mains du FMI et des investisseurs prêteurs.

En attendant le pays se focalise autour de la question de la suppression du lundi de Pentecôte !

États-Unis : une vraie crise institutionnelle

États-Unis : une vraie crise institutionnelle


Les affrontements à Los Angeles et le déploiement militaire ordonné par Donald Trump dans la ville mettent une fois de plus à l’épreuve les institutions américaines, sinon l’unité même du pays. Une séquence « sans précédent depuis la guerre de Sécession », estime le juriste américain Eugene R. Fidell dans une tribune au « Monde ».

Même en gardant en mémoire l’expérience du premier mandat de Donald Trump, la rapidité des bouleversements que les Etats-Unis vivent depuis le début de son second mandat reste sidérante. Les derniers événements à Los Angeles peuvent être examinés sous plusieurs angles. Premièrement, ce qui se passe est véritablement sans précédent, à moins de remonter à la guerre de Sécession. Depuis la reddition du général sudiste Robert Lee à Appomattox, il y a un peu plus de cent soixante ans, les Américains n’ont jamais vraiment eu à affronter la question fondamentale de la préservation de l’Union. Bien que des troupes aient été déployées occasionnellement sur le territoire national, un tel recours demeure extrêmement controversé et ne doit intervenir qu’en l’absence totale de toute autre solution. La légalité du déploiement par l’administration Trump du corps des marines à Los Angeles et de la réquisition de la garde nationale de Californie, pour intervenir sur place, est à juste titre contestée devant la justice fédérale.

Cela nous amène à la deuxième perspective : le rôle des tribunaux. Avec leur mandat à vie, les juges fédéraux sont censés être indépendants. Cela n’a pas empêché le président Trump de nommer pour des raisons manifestement idéologiques plusieurs juges, dont trois siègent à la Cour suprême. A plusieurs reprises, cette cour est allée dans son sens. Est-ce qu’un juge de la Cour suprême nommé par lui ou par d’autres présidents républicains – ils sont une majorité de six sur neuf – saura résister à son appétit de pouvoir et à sa propension irrésistible à dépasser les limites ? Cela dépendra évidemment des questions juridiques précises qui seront soulevées. Malgré le travail remarquable accompli par de nombreux magistrats infatigables dans diverses juridictions inférieures, la Cour suprême reste notre dernier rempart.

La troisième question que soulèvent ces événements concerne le Sénat des Etats-Unis. C’est lui qui confirme la nomination des juges fédéraux. Par son attitude actuelle, il risque de neutraliser son propre pouvoir constitutionnel, voire de l’abandonner complètement. De se suicider. Bien que nombreux soient les sièges au Sénat et à la Chambre des représentants qui sont acquis d’avance – ce qui met les élus actuels à l’abri d’une défaite électorale –, une majorité de sénateurs a entériné la nomination de juges aux qualifications douteuses et de ministres de M. Trump dépourvus des compétences requises. L’effondrement du Sénat comme contre-pouvoir à la Maison Blanche est un coup dévastateur porté à la

États-Unis : menace de crise financière ( JP Morgan)

États-Unis : menace de crise financière ( JP Morgan)

«C’est un gros problème, le marché obligataire va avoir des difficultés», a déclaré Le patron de la banque JP Morgan sur la chaîne Fox Business dimanche, dans l’extrait d’une interview dont rend compte contre le Figaro.

Si les investisseurs décident que le dollar n’est plus la valeur refuge, financer la dette américaine coûtera plus cher.

Historiquement, les États-Unis ont pu se reposer sur l’appétit du marché pour les obligations du Trésor américain, à des taux d’intérêt faibles, pour soutenir leur économie. Les taux ont grimpé la semaine dernière (avant de redescendre), sur fond de craintes liées au projet budgétaire du président Donald Trump, qui comprend notamment l’extension des gigantesques crédits d’impôt de son premier mandat.

Mi-mai, pour la toute première fois, l’agence de notation Moody’s a retiré à la dette américaine sa note maximale de AAA et l’a rétrogradée à AA1. Les annonces et revirements de la Maison Blanche sur les droits de douane suscitent aussi beaucoup d’incertitude, et donc de volatilité sur les marchés.

Jamie Dimon avait déjà mis en garde en avril contre les «turbulences considérables» que l’économie américaine doit affronter, citant notamment les tarifs douaniers, les guerres commerciales, l’inflation et les déficits budgétaires.

Crise économique et culturelle : pour un retour de la philosophie

Crise économique et culturelle : pour un retour de la philosophie

Dans un monde ébranlé par les limites planétaires et les ruptures technologiques, les modèles économiques vacillent. Entre vieillissement des dirigeants, essoufflement productiviste et quête de sens, l’entreprise française est sommée de se réinventer. Clara Schisler (*) et Sébastien Rouichi-Gallot (*) appellent à inviter des philosophes à la table des décisions.
(dans La Tribune)

Dans un monde incertain, les priorités des organisations, comme celles des individus qui les composent, changent. Le capitalisme moderne prend des traits futiles quand il est mis à mal par le repli identitaire d’un côté, par les limites aux ressources planétaires de l’autre, à l’heure où la prospective de l’intelligence artificielle remet en cause la valeur associée à la notion de travail.

Les angoisses existentielles des salariés et des consommateurs, comme des dirigeants et des gouvernants, rejaillissent sur les modèles économiques. Alors même que nous observons un point de bascule civilisationnel, comment nos fleurons français pourraient-ils répondre aux grands enjeux de l’époque ?

Repenser le productivisme à l’aune de l’intelligence artificielle

Treize des patrons du CAC 40 ont plus de 60 ans. Le vieillissement des dirigeants de PME s’accentue également avec un quart des patrons concernés. Sans rejet de l’expérience des patrons français, une nouvelle génération d’apports stratégiques et intellectuels, mais aussi de méthode, se fait urgente.

Alors que la croissance est en berne, pour ne pas dire récessive, nous touchons du doigt les limites des ressources planétaires. Ces ressources ont permis 70 ans de prospérité, quand une quatrième révolution industrielle, celle de l’intelligence artificielle générative, rebat les cartes de l’économie mondiale. Comme toute révolution industrielle, c’est aussi une évolution darwinienne, qui laissera de côté nombre d’organisations qui n’auront pas su s’adapter à temps.

Charge à nos champions tricolores, avec leurs procédures éprouvées, de se transformer, comme ils ont su le faire pour survivre à l’économie numérique. Le scénario d’une vague d’extinction d’entreprises, des TPE aux multinationales, est encore à éviter. Quand les géants du numérique ont recruté des poètes pour entraîner leurs intelligences artificielles, quelles disciplines les entreprises françaises peuvent-elles encore mobiliser ?

Changer d’époque : de la raison d’être à la raison de continuer

Les historiens contemporains amènent à penser que la civilisation qui nous a vu naître était un bis repetita de l’antiquité et de son idéal démocratique. Sa démarche était scientifique, ses organisations étaient mythologiques.

C’est pourquoi les raisons d’être des entreprises relevaient tant d’un religieux païen, sur l’autel de la consommation. Mais, désormais à un point de bascule, la civilisation que nous voyons éclore et sa prospective semblent quant à elles répondre à un autre corps. La démarche, pour anticiper et agir en conséquence, est celle de la philosophie. Il semble dès lors nécessaire de repartir non plus simplement du pourquoi les entreprises et organisations existent, mais aussi du comment elles s’adapteront.

De la raison d’être à la raison de continuer, leur unicité actuelle survivra -t-elle à un monde en mouvement ? Et si nous revenions aux fonctions de la nature et de l’environnement, et de l’être humain en son sein : ses besoins primaires et aspirations sincères ? Se nourrir, se déplacer, se chauffer, se soigner, communiquer avec ses semblables : c’est en partant des fondements de la pyramide que la démonstration d’une raison d’être légitimera sa continuité dans un monde incertain comme celui qui s’annonce.

Réintroduire la pensée philosophique au cœur de l’économiefrançaise

Le capitalisme moderne vit sa crise de la cinquantaine, et c’est la responsabilité des dirigeants et des actionnaires de permettre à toutes et tous, des salariés aux cadres, des ouvriers aux donneurs d’ordre, une introspection qui aboutira sur de nouvelles solutions pour faire société en entreprise.

Et si, au sein de nos conseils d’administration, des philosophes répondaient aux spécialistes de l’intelligence artificielle générative ? Pour ne plus plonger dans un mal-être latent des millions de salariés inquiets, pris en étaux entre leur appréhension et incompréhension des mutations technologiques, et la perte de sens dans un monde qui court à sa fin, l’entreprise doit se réinventer.

Beaucoup questionnent la notion même de travail et de sa valeur associée, notamment sous le prisme de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas de prêter à la philosophie une idéologie ou un courant choisi, mais de laisser aux philosophes le soin de contribuer à la stratégie des organisations avec une intention, une démarche : celle de la maïeutique. Les dirigeants et gouvernants feraient ainsi durer l’exception française et son « soft power » par d’autres attributs.

Invités à la table des décisions, les philosophes, en échangeant sur les notions de vérité, de morale, d’égalité, de liberté, permettraient à la société de redonner du sens et de l’adhésion en entreprise, au service de l’économie et de l’humanité.

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(*) Clara Schisler, Investisseur, Trust Consultant auprès de fonds de private equity et investisseur.
Sébastien Rouichi-Gallot, Entrepreneur et fondateur de l’agence de communication @Citizens.

Crise de financement du modèle social : débat préalable par les partenaires sur le financement

Crise de financement du modèle social : débat préalable par les partenaires sur le financement

Alors que Macron a souhaité une conférence sociale plutôt du type « convention » climat dont la composition est souvent très baroque mais aussi très orientée voire manipulée , le ministre de l’économie Éric Lombard souhaite «laisser le débat se développer» entre les partenaires sociaux concernant le financement du modèle social, qui doit être «modifié» car «coûteux», a-t-il déclaré jeudi soir sur BFM Business. Une manière aussi pour lui d’écarter élégamment la perspective de référendum très confus sur les questions financières

«Le président de la République a demandé au gouvernement d’organiser un débat. Mais qui est un débat qui va concerner les partenaires sociaux d’abord, sur une façon de modifier le financement de notre modèle social, qui est un modèle qui est essentiel, auquel nous sommes tous attachés, mais qui est coûteux», a déclaré le ministre. «Ma position depuis le début de cette préparation de la loi de finances pour 2026, c’est de laisser le débat se développer entre les partenaires sociaux, entre les partenaires politiques, pour voir quel est l’équilibre politique», a mis en avant Éric Lombard.

«À titre personnel, je suis convaincu que ce qui émanera du dialogue entre les partenaires sociaux sera la bonne solution», a-t-il ajouté. Le 4 mai, le Premier ministre François Bayrou s’était engagé à présenter un «plan cohérent, avec des propositions claires, lisibles» afin de réduire les déficits et la dette de la France, avançant l’idée d’un référendum pour contourner les blocages politiques. «Il me semble que si on voit les voies et moyens d’arriver à une solution avec l’ensemble des parties prenantes, c’est sans doute la meilleure solution, mais consulter les Français c’est toujours une bonne idée, et encore une fois, c’est au président de la République d’en décider», a déclaré Éric Lombard.

Macron à la télé : une diversion pour masquer la crise et l’immobilisme

Politique- Macron à la télé : une diversion pour masquer la crise et l’immobilisme !

« Les annonces d’Emmanuel Macron sur TF1 risquent d’apparaître comme de la diversion si un chemin crédible n’est pas tracé pour réduire les déficits et la dette publique »

par Françoise Fressoz

Editorialiste au « Monde »

Le président de la République marginalise la question des finances publiques pour mettre sous les projecteurs la question démocratique, constate dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

Le retour du président de la République sur le devant de la scène intérieure est à la fois compréhensible et ambigu. Compréhensible parce que le décalage entre l’accélération des bouleversements dans le monde et la quasi-paralysie de la vie politique française a de quoi rendre perplexe. Si le pays ne muscle pas rapidement sa défense ainsi que son appareil de production, et s’il ne réinterroge pas le concept de citoyenneté à l’heure de l’essor des régimes autoritaires, il se met en grand danger. Fortement impliqué dans la riposte européenne aux foucades de Donald Trump, face au risque de désengagement militaire américain du continent européen et à la menace russe, le président français a toute légitimité pour jouer les éclaireurs.

Mais ce retour, concrétisé par une longue intervention télévisée, mardi 13 mai sur TF1, est en même temps ambigu. Le principal défi auquel est confronté le pays pour regagner en souveraineté est de parvenir à réduire le poids des remboursements de sa dette publique, dont le montant croissant obère ses marges de manœuvre. Or, il n’est pas certain que, sur ce chapitre, le chef de l’Etat soit dans la disposition d’esprit ou capable de voler au secours de son premier ministre.

Le récent différend apparu entre les deux têtes de l’exécutif à propos de l’usage du référendum éclaire l’impasse dans laquelle risque de se trouver François Bayrou lorsqu’il présentera, à l’été, son plan de redressement des finances publiques. A l’Assemblée nationale, son sort dépend étroitement du comportement du groupe socialiste, qui l’a sauvé à deux reprises en refusant de voter la motion de censure déposée par La France insoumise contre les projets de budget pour 2025 et de loi de financement de la Sécurité sociale.

Seule la neutralité durable de ce groupe peut lui garantir, à l’avenir, d’échapper à la coalition des oppositions (gauche, extrême droite) qui avait eu raison du gouvernement Barnier. Celle-ci est loin de lui être acquise pour trois raisons : quel que soit le résultat de son congrès en juin, le Parti socialiste continuera de se situer dans l’opposition ; le montant de l’effort à fournir – soit 40 milliards d’euros à trouver en 2026, près de 100 milliards d’euros d’ici à 2029 – pour simplement stopper la progression de la dette est si important qu’il oblige à réinterroger les politiques publiques et le modèle social alors qu’il n’existe aucun consensus sur le nouveau modèle à construire…

Politique- Macron à la télé : une diversion pour masquer la crise financière et l’immobilisme !

Politique- Macron à la télé : une diversion pour masquer la crise financière et l’immobilisme !

« Les annonces d’Emmanuel Macron sur TF1 risquent d’apparaître comme de la diversion si un chemin crédible n’est pas tracé pour réduire les déficits et la dette publique »

par Françoise Fressoz

Editorialiste au « Monde »

Le président de la République marginalise la question des finances publiques pour mettre sous les projecteurs la question démocratique, constate dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

Le retour du président de la République sur le devant de la scène intérieure est à la fois compréhensible et ambigu. Compréhensible parce que le décalage entre l’accélération des bouleversements dans le monde et la quasi-paralysie de la vie politique française a de quoi rendre perplexe. Si le pays ne muscle pas rapidement sa défense ainsi que son appareil de production, et s’il ne réinterroge pas le concept de citoyenneté à l’heure de l’essor des régimes autoritaires, il se met en grand danger. Fortement impliqué dans la riposte européenne aux foucades de Donald Trump, face au risque de désengagement militaire américain du continent européen et à la menace russe, le président français a toute légitimité pour jouer les éclaireurs.

Mais ce retour, concrétisé par une longue intervention télévisée, mardi 13 mai sur TF1, est en même temps ambigu. Le principal défi auquel est confronté le pays pour regagner en souveraineté est de parvenir à réduire le poids des remboursements de sa dette publique, dont le montant croissant obère ses marges de manœuvre. Or, il n’est pas certain que, sur ce chapitre, le chef de l’Etat soit dans la disposition d’esprit ou capable de voler au secours de son premier ministre.

Le récent différend apparu entre les deux têtes de l’exécutif à propos de l’usage du référendum éclaire l’impasse dans laquelle risque de se trouver François Bayrou lorsqu’il présentera, à l’été, son plan de redressement des finances publiques. A l’Assemblée nationale, son sort dépend étroitement du comportement du groupe socialiste, qui l’a sauvé à deux reprises en refusant de voter la motion de censure déposée par La France insoumise contre les projets de budget pour 2025 et de loi de financement de la Sécurité sociale.

Seule la neutralité durable de ce groupe peut lui garantir, à l’avenir, d’échapper à la coalition des oppositions (gauche, extrême droite) qui avait eu raison du gouvernement Barnier. Celle-ci est loin de lui être acquise pour trois raisons : quel que soit le résultat de son congrès en juin, le Parti socialiste continuera de se situer dans l’opposition ; le montant de l’effort à fournir – soit 40 milliards d’euros à trouver en 2026, près de 100 milliards d’euros d’ici à 2029 – pour simplement stopper la progression de la dette est si important qu’il oblige à réinterroger les politiques publiques et le modèle social alors qu’il n’existe aucun consensus sur le nouveau modèle à construire…

Macron à la télé : une diversion pour masquer la crise financière et l’immobilisme !

Macron à la télé : une diversion pour masquer la crise financière et l’immobilisme !

« Les annonces d’Emmanuel Macron sur TF1 risquent d’apparaître comme de la diversion si un chemin crédible n’est pas tracé pour réduire les déficits et la dette publique »

par Françoise Fressoz

Editorialiste au « Monde »

Le président de la République marginalise la question des finances publiques pour mettre sous les projecteurs la question démocratique, constate dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

Le retour du président de la République sur le devant de la scène intérieure est à la fois compréhensible et ambigu. Compréhensible parce que le décalage entre l’accélération des bouleversements dans le monde et la quasi-paralysie de la vie politique française a de quoi rendre perplexe. Si le pays ne muscle pas rapidement sa défense ainsi que son appareil de production, et s’il ne réinterroge pas le concept de citoyenneté à l’heure de l’essor des régimes autoritaires, il se met en grand danger. Fortement impliqué dans la riposte européenne aux foucades de Donald Trump, face au risque de désengagement militaire américain du continent européen et à la menace russe, le président français a toute légitimité pour jouer les éclaireurs.

Mais ce retour, concrétisé par une longue intervention télévisée, mardi 13 mai sur TF1, est en même temps ambigu. Le principal défi auquel est confronté le pays pour regagner en souveraineté est de parvenir à réduire le poids des remboursements de sa dette publique, dont le montant croissant obère ses marges de manœuvre. Or, il n’est pas certain que, sur ce chapitre, le chef de l’Etat soit dans la disposition d’esprit ou capable de voler au secours de son premier ministre.

Le récent différend apparu entre les deux têtes de l’exécutif à propos de l’usage du référendum éclaire l’impasse dans laquelle risque de se trouver François Bayrou lorsqu’il présentera, à l’été, son plan de redressement des finances publiques. A l’Assemblée nationale, son sort dépend étroitement du comportement du groupe socialiste, qui l’a sauvé à deux reprises en refusant de voter la motion de censure déposée par La France insoumise contre les projets de budget pour 2025 et de loi de financement de la Sécurité sociale.

Seule la neutralité durable de ce groupe peut lui garantir, à l’avenir, d’échapper à la coalition des oppositions (gauche, extrême droite) qui avait eu raison du gouvernement Barnier. Celle-ci est loin de lui être acquise pour trois raisons : quel que soit le résultat de son congrès en juin, le Parti socialiste continuera de se situer dans l’opposition ; le montant de l’effort à fournir – soit 40 milliards d’euros à trouver en 2026, près de 100 milliards d’euros d’ici à 2029 – pour simplement stopper la progression de la dette est si important qu’il oblige à réinterroger les politiques publiques et le modèle social alors qu’il n’existe aucun consensus sur le nouveau modèle à construire…

La crise de l’hôpital

La crise de l’hôpital

Le système de santé public français est confronté à une crise financière majeure, menaçant la pérennité de nombreux établissements, notamment les hôpitaux spécialisés comme l’Institut Mutualiste Montsouris (IMM), victime de cette dérive. Des réformes sont nécessaires pour éviter la fermeture de services essentiels et garantir l’excellence de la médecine en France. Par Didier Bazzocchi, Jean de Kervasdoué et Guy Vallancien (*)
Didier Bazzocchi, Jean de Kervasdoué et Guy Vallancien
dans La Tribune

De l’ordre de 5% à 8% par an au cours des trois dernières années, la progression des dépenses de santé demeure insuffisante pour rétablir l’équilibre financier des établissements de santé publics, confrontés à la hausse de leurs charges et salaires. Exsangues, des établissements d’utilité publique, comme l’Institut Mutualiste Montsouris (IMM), pourraient si rien n’est fait perdre leurs activités de pointe, privant leurs patients d’une offre essentielle, et la recherche française de pôles d’excellence inégalés.

Dans les salles d’opération des hôpitaux, arrêter une hémorragie est un acte nécessaire et même vital. Pourquoi en irait-il différemment quand le patient se trouve être l’hôpital lui-même ? Car c’est bien une hémorragie, financière cette fois, à laquelle nos établissements sont confrontés. Fin 2024, le déficit cumulé des hôpitaux publics (hors Ehpad) atteignait en effet 3,5 milliards d’euros. Et sept établissements sur dix se trouvaient en insuffisance d’autofinancement. Nous ne pouvons donc que rejoindre la Fédération hospitalière de France (FHF) lorsqu’elle s’alarme d’une situation « gravissime (et) extrêmement préoccupante ».

Pour éviter de sombrer plus avant dans une spirale de la dette, nombre d’hôpitaux seront contraints de sous-investir ; au détriment, comme toujours, de leurs patients et de leurs propres personnels. D’autres encore n’auront d’autre choix que de se résoudre à mettre la clé sous la porte ; les unités de pédiatrie, de psychiatrie ou de greffe sont particulièrement menacées. À l’image, par exemple, du service de psychiatrie de l’Institut Mutualiste Montsouris (IMM), un ESPIC parisien qui a été placé en redressement judiciaire le 3 février, en dépit d’une augmentation de +22% de son activité depuis trois ans.

La gestion de l’IMM n’est pourtant pas en cause. Comme le déplorait récemment son chef du département de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte, le professeur Maurice Corcos, « les difficultés de l’IMM sont symptomatiques d’une crise plus grave et plus large de notre système de santé ». Non que les causes de cette crise soient mystérieuses : elles reposent sur l’augmentation, graduelle, des besoins financiers depuis la pandémie de Covid-19, mais aussi sur la revalorisation des salaires des personnels à la suite des accords du « Ségur de la Santé ».

Aux quatre coins du pays, l’hôpital en souffrance

L’IMM est donc loin, très loin, malheureusement, d’être un cas isolé. Aux quatre coins du pays, l’hôpital public est en souffrance : en région parisienne, où faute d’un soutien financier suffisant l’AP-HP accuse en 2024 un déficit plus important qu’anticipé (460 millions d’euros), et ce en dépit – comme à l’IMM – d’une bonne gestion et d’une activité en hausse ; à Marseille, où l’AP-HM fait état d’une « dette historique » et appelle l’État à son chevet ; à Saint-Étienne, où fin mars a fermé une unité psychiatrique, l’UA4, dédiée aux patients les plus vulnérables ; à Nantes, au Mans, à Angers, Rennes, Caen, Pau, où, faute de personnel, les fermetures de lits en psychiatrie mettent en danger soignants comme patients. En tout depuis 2013, ce sont plus de 43 000 lits d’hospitalisation complète qui ont été supprimés en France ; soit une baisse de plus de 10%.

Minoritaires en France, les ESPIC, établissements privés à but non lucratif, ne sont pas épargnés par cette inquiétante vague de fond. Peu connus du grand public, ces hôpitaux jouent pourtant un rôle clé dans le service public hospitalier. Ils proposent bien souvent des activités de pointe, absentes des établissements plus généralistes, tout en participant activement à la formation de nombreux internes et étudiants paramédicaux. Mais ils subissent de plein fouet les contraintes budgétaires imposées par les gouvernements successifs, qui fragilisent leur modèle pourtant éprouvé et plébiscité par leurs patients.

La situation de l’IMM cristallise, à elle seule, l’impasse dans laquelle les politiques publiques précipitent notre système de santé. Régulièrement classé parmi les cinquante meilleurs hôpitaux français, spécialiste incontesté des cancers de la vessie et de la prostate, référence en matière de pédopsychiatrie, l’ESPIC peut se targuer d’une bonne gouvernance, son chiffre d’affaires ayant augmenté de 12% en trois ans. Mais l’augmentation de son activité a paradoxalement plongé ses comptes, déjà affectés par l’amortissement de sa construction, dans le rouge. Un non-sens.

L’hôpital français n’est pourtant pas condamné à un lent et irrémédiable déclin. Publié en 2023, un rapport de la Cour des comptes démontre qu’au-delà de l’insuffisance des financements, c’est un pilotage défaillant de l’argent public qui mène nos établissements dans le mur. D’un montant de 6,5 milliards d’euros d’ici à 2029, les aides à la restauration des capacités financières des hôpitaux publics et des ESPIC ont été distribuées à 80% des hôpitaux publics, au détriment des établissements qui en avaient prioritairement besoin pour redresser leurs comptes. Nous n’y voyons pas une fatalité.

Les aides publiques peuvent retrouver leur efficacité si elles ciblent les hôpitaux en situation critique. À condition d’être ambitieuses, des réformes peuvent garantir la pérennité du système hospitalier, en adoptant par exemple une logique de planification pluriannuelle. Enfin, cette crise doit être l’occasion de remettre sur la table la question de l’excellence médicale universitaire, en soutenant les établissements de référence, qu’ils soient publics ou privés : l’IMM, toujours lui, ne se contente pas de briller en termes strictement médicaux ; il se distingue aussi par l’excellence de son pôle universitaire et de sa recherche, et pas uniquement par la qualité de son enseignement. Allons-nous vraiment nous priver, par incurie collective, de tels joyaux ?

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(*) Didier Bazzocchi, Président du Think tank CRAPS ; Jean de Kervasdoué, Professeur émérite au CNAM et Guy Vallancien, chirurgien urologue, membre de l’Académie nationale de médecine

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