Archive pour le Tag 'covid-19'

Page 5 sur 6

Covid-19 : un manque de stratégie à long terme

Covid-19 : un manque de stratégie à long terme

 

Dans une tribune au « Monde », sept médecins estiment que le port du masque en extérieur est discutable scientifiquement, mais que les pouvoirs publics doivent conserver une ligne rouge : éviter la saturation du système de santé.

Al ‘heure où la dynamique épidémique s’accélère, représentant une menace sérieuse pour certaines régions, se pose la question, difficile, des nouvelles mesures à prendre. Devant l’imprévisibilité de l’évolution de cette pandémie, le principe de précaution paraît séduisant. Il faut cependant se prémunir de la tentation d’un covido-centrisme, qui consisterait à penser qu’absolument toute mesure visant à réduire la circulation du virus est bonne à prendre, indépendamment des conséquences à court et long termes qu’elle risque d’avoir sur l’ensemble de la population.

Au fond, chaque nouvelle mesure doit être prise en respectant le même principe de précaution, lequel n’envisage pas uniquement le risque sanitaire, mais aussi les risques économiques et sociaux. Il faut s’assurer que de nouvelles mesures contraignantes − en particulier le recours à un nouveau confinement, même partiel − ne risquent pas d’exposer une partie de la population à une plus grande précarité sociale fragilisant leur état de santé et pouvant aboutir, dans certains cas, à une mort prématurée.

Des mesures discutables

On a observé de manière frappante lors du grand confinement que les différentes classes sociales n’ont pas été également impactées par les mesures de restriction : les plus précaires en ont subi les conséquences de plein fouet. C’est un paradoxe, mais des mesures sanitaires visant à préserver la vie de certains peuvent, par leur impact social, surexposer la frange la plus précaire de la population.

Même avec l’espoir d’une vaccination disponible et efficace dans les six prochains mois, il semble acquis que le Covid-19 est là pour durer, et il faut accepter que cette maladie fasse désormais partie de notre monde.

Le conseil scientifique a récemment souligné que le gouvernement allait devoir prendre des décisions difficiles. Certaines mesures déjà mises en œuvre sont efficaces et ont été bien suivies : les limitations de rassemblements massifs, le port du masque en lieu clos, le lavage des mains et la stratégie test-isolement-traçage étaient des mesures raisonnables et indispensables. Elles ont permis que la reprise de l’épidémie soit beaucoup plus lente que la première vague, et de limiter les contaminations des personnes à risque.

Mais d’autres décisions, comme l’obligation du port du masque en extérieur, sont discutables scientifiquement. Elles risquent de générer le doute et de limiter l’adhésion d’une partie de la population aux recommandations sanitaires en général, y compris celles qui, pourtant, restent indiscutables.

 

Covid-19 États-Unis : le vaccin avant novembre ?

Covid-19 États-Unis : le vaccin avant novembre ?

 

Aux États-Unis, la course au vaccin s’inscrit dans la surenchère de la campagne électorale. Ainsi le président américain avait-il annoncé un vaccin disponible avant la fin 2019. Mais le calendrier électoral et scientifique s’accélère, en tout cas se durcit. Du coup, l’administration américaine demande aux Etats d’ être prêts pour une distribution massive du vaccin avant novembre. Une opération essentiellement médiatique pour renforcer la crédibilité du président américain car aucun vaccin n’aura démontré son efficacité à cette échéance. À moins de faire comme en Russie et de diffuser un vaccin qui n’a pas été testé scientifiquement sur une population suffisante afin de vérifier sa pertinence et ses contre-indications. Trump et Poutine veulent être les premiers en politique et en recherche médicale. Une compétition très dangereuse car le temps scientifique n’est pas le temps politique. On sait que Trump est  mal placé dans les sondages et accélère sa campagne électorale ; il  a besoin de ce vaccin avant les élections. Il en est de même pour Poutine qui a besoin d’une majorité en Russie pour approuver le bricolage constitutionnel qui lui permettra d’exercer pouvoir pendant une vingtaine d’années alors  qu’ils dirigent déjà la Russie depuis 20 ans.

Les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) «demandent urgemment» que les Etats fassent le nécessaire afin que les centres de distribution d’un futur vaccin puissent être «complètement opérationnels d’ici le 1er novembre 2020», a écrit leur directeur Robert Redfield, dans une lettre envoyée aux Etats la semaine dernière. Le patron des CDC mentionne notamment la levée de restrictions administratives, ou la délivrance de permis et licences. Il s’agit d’une nouvelle indication que la course au vaccin est lancée à toute allure dans le pays, le plus touché au monde par la pandémie.

Le risque c’est qu’on sorte à la va-vite un vaccin non testé qui n’aurait qu’une efficacité relative ou encore limitée. Le risque est aussi de théoriser la vaccination par un produit qui pourrait entraîner par ailleurs de graves conséquences pathologiques.  De ce point de vue la course aussi bien politique mais aussi la course de certains grands laboratoires pharmaceutiques contredits les procédures scientifiques habituelles d’habilitation et de diffusion d’un traitement préventif contre les virus.

Découverte d’un traitement contre le Covid-19 :  » rester très prudent » ( infectiologue)

Découverte d’un traitement contre le Covid-19 :  » rester très prudent » ( infectiologue)

 

Un infectiologue affirme qu’il convient de rester relativement prudent vis-à-vis de l’éventuelle découverte d’un traitement par le CNRS. Ce n’est pas la première fois qu’on annonce en effet une découverte dans ce domaine. On a même assisté à un affrontement entre les partisans de tel ou tel labo qui financent aussi des experts qui s’expriment. Par ailleurs les institutions de recherche défendent aussi leur boutique avec leur soutien à tel ou tel traitement. « Il faut rester extrêmement humbles et très prudents, et avancer pas à pas », alerte donc lundi 31 août sur franceinfo le docteur Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), alors qu’une équipe de chercheurs français (CNRS) affirme avoir trouvé une solution efficace pour lutter contre le Covid-19 – un spray nasal ou encore des pastilles sous la langue.

« On est dans du traitement préventif, alors même qu’on ne sait pas bien quels individus cibler en traitement de prévention », fait-il valoir.

 

« On nous a lancé, depuis le début de l’épidémie, beaucoup de pistes sur des traitements curatifs, préventifs, mais pour l’instant aucun n’a vu le jour, indique l’infectiologue. Aujourd’hui, la bonne nouvelle pour les malades, c’est qu’on sait mieux soigner les gens car il n’y a plus d’afflux massif de malades à l’hôpital, et qu’on a beaucoup appris de la première vague », affirme Benjamin Davido.

Il estime que « ce serait bien si on arrivait à avoir un vaccin à l’été prochain, l’été 2021″ mais selon lui la difficulté tient dans les différents paramètres à prendre en compte simultanément tels que  »l’immunogénicité, savoir si on aura des anticorps qui vont durer dans le temps. On a vu que des individus jeunes n’avaient pas beaucoup d’immunité naturelle ». Se pose ainsi la question des rappels et du calendrier vaccinal.  »Il nous faut plus de temps pour avancer sur l’immunité », insiste Benjamin Davido.

 

Covid-19 : Paris et Marseille menacées de mesure de reconfinement

Covid-19 : Paris et Marseille menacées de mesure de  reconfinement

 

Les préfets pourraient être amenés à prendre à nouveau des mesures de confinement dans la région parisienne et dans la zone  marseillaise en raison d’une reprise du virus. Pourraient être concerné des établissements commerciaux comme les cafés restaurants et lieus de rassemblement. Dans un premier temps,  il y aura  une extension des zones géographiques où le port du masque est obligatoire. Les préfets pourront aussi imposer des conditions particulières notamment en termes d’horaires et de conditions d’accueil des établissements qui accueillent du public.

Un  décret faisant fait passer ces deux zones en zone de circulation active du virus , un texte paru ce vendredi matin au Journal officiel

 

En conséquence, « les préfets pourront être amenés si la situation épidémique l’exige à prendre de nouvelles mesures comme des modulations d’ouverture de certains lieux par exemple », avait-il précisé. Selon la DGS, les indicateurs de l’épidémie continuent de se dégrader en France.

En concertation avec les Agences régionales de santé et les élus locaux, les préfets pourront ainsi décider de la fermeture des restaurants, des marchés ou limiter les rassemblements y compris dans les établissements de culte, sauf cérémonie funéraire. Figure aussi la possibilité d’interdire les déplacements de personnes conduisant à la fois à sortir d’un périmètre défini par un rayon de 100 kilomètres de leur lieu de résidence et à sortir du département dans lequel ce dernier est situé, sauf exceptions définies.

La liste de ces mesures est détaillée dans l’article 50 du décret du 10 juillet 2020  »prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de Covid-19 dans les territoires sortis de l’état d’urgence sanitaire ». L’objectif est de donner aux préfets les moyens de réagir efficacement, explique-t-on au ministère de la

Covid-19 : un protocole scolaire tordu

Covid-19 : un protocole scolaire tordu

Le protocole qui doit s’appliquer à la rentrée et qui remplace celui du 22 juin est sans doute déjà obsolète avant d’être mis en application. Un protocole pour le moins tordu et contradictoire au moment ou on constate une montée importante des contamination compris chez les jeunes.

 

Le nouveau texte indique que « dans les espaces clos (salles de classe, ateliers, bibliothèques, réfectoires, cantines, internats…), la distanciation physique n’est pas obligatoire lorsqu’elle n’est pas matériellement possible ou qu’elle ne permet pas d’accueillir la totalité des élèves ». Consigne est toutefois donnée « d’organiser les espaces de manière à maintenir la plus grande distance possible entre les élèves ». Dans les espaces extérieurs, les mesures de distanciation physique n’existent plus non plus. Résumé : les mesures de distanciation deviennent facultatives. La mesure sera remplacée par le port du masque mais seulement au  collège des l’âge de 11 ans .   »dans les espaces clos et extérieurs lors de leurs déplacements ». Idem en classe, « lorsque la distanciation d’un mètre ne peut être garantie et qu’ils sont placés face à face ou côte à côte ». Le masques est « à proscrire » en maternelle et « pas recommandé » en primaire.

Pendant les récréations, l’accès aux jeux ainsi qu’aux bancs et « espaces collectifs extérieurs » sera de nouveau possible sans restriction. « La mise à disposition d’objets partagés au sein d’une même classe ou d’un même groupe constitué (ballons, jouets, livres, jeux, journaux, dépliants réutilisables, crayons…) est permise », sans condition de désinfection donc, peut-on également lire dans le texte du ministère.

Pour les récréations, les mesures complètement compréhensibles. Contrairement à ce qui avait été mis en place en juin lors de la reprise, avec notamment des heures de récréations échelonnées, « la limitation du brassage entre classes et groupes d’élèves n’est plus obligatoire », précise aussi le protocole. Cependant, il est indiqué que les établissements scolaires « organisent le déroulement de la journée et des activités pour limiter, dans la mesure du possible, les regroupements et les croisements importants ». Une vigilance particulière doit être prise pour les « arrivées et départs ».

Pour renouveler l’air, le protocole indique que les locaux doivent être aérées « toutes les trois heures » (avant l’arrivée des élèves, durant les récréations et la pause du midi, et le soir), pendant « au moins 10 à 15 minutes ». Par ailleurs, un nettoyage des sols et des tables et bureaux  doit être « réalisé au minimum une fois par jour ». Idem pour les poignées de porte par exemple.

Pour les enseignants en maternelle, le port du masque pour le personnel n’est pas obligatoire. Il l’est dans les autres niveaux (primaire, collège et lycée), sauf quand l’enseignant est « à une distance d’au moins un mètre des élèves ». Le nouveau protocole précise que lorsqu’il n’est pas utilisé, le masque doit être « soit suspendu à une accroche isolée, soit replié sans contacts extérieur/intérieur (ne pas le rouler) et stocké dans une pochette individuelle ». Des masques – deux par jour de présence – seront mis à disposition pour les professeurs.

Par contre dans les universités, « Une distanciation physique d’un mètre ou d’un siège d’écart est préconisé », précise le communiqué. Si cela n’est pas possible, le masque est alors obligatoire. De manière générale, « le port du masque dans les salles d’enseignement est fortement recommandé », est-il aussi écrit. En respectant les consignes sanitaires, les restaurants universitaires, espaces de coworking ou encore salles de sport seront de nouveau ouverts. Un ensemble de mesures particulièrement incohérentes très critiqués par les syndicats d’enseignement.

COVID-19: un conseil de défense pour rendre le masque obligatoire

COVID-19: un conseil de défense pour rendre le masque obligatoire

Devant la montée des contaminations en France et la crainte d’une nouvelle vague très forte en automne et en hiver, Macron va convoquer un conseil de défense pour renforcer les mesures de prévention. Le port du masque pourrait être généralisé et obligatoire à l’extérieur du domicile. En outre des mesures de confinement ciblé pourrait être décidé .

« Je crois qu’il faut prendre l’habitude de porter ce masque », a indiqué depuis Beyrouth Emmanuel Macron, rappelant que le précédent Conseil de défense avait autorisé « les élus qui le souhaitaient d’imposer le port du masque dans certaines conditions, y compris à l’extérieur ».

Sur la semaine du 27 juillet au 2 août, 7565 personnes ont été testées positives en métropole, soit +33% par rapport à la semaine précédente qui avait vu un bond du nombre de cas (+57%, avec 5695).

Le bilan quotidien publié jeudi par la direction générale de la Santé va dans le même sens: 1604 cas confirmés dans les dernières 24 heures, après 1695 la veille, alors que ce chiffre a repassé la barre des 1000 depuis fin juillet.

Mardi, le Conseil scientifique, qui guide le gouvernement dans la lutte contre la Covid-19, avait prévenu que la France n’est pas à l’abri d’une reprise incontrôlée de l’épidémie, et exhorté les Français à respecter les mesures barrières.

COVID-19: L’OMS pour un vaccin sûr !

COVID-19: L’OMS pour un vaccin sûr !

 

À juste titre l’OMS plaide pour le développement d’un vaccin sûr et efficace. L’organisation mondiale de la santé commence à s’inquiéter de ses multiples déclarations de pays et ou d’industries pharmaceutiques qui affirment être pratiquement prêts à diffuser leur vaccin. Des annonces généralement très prématurées qui correspondent davantage à des préoccupations financières qu’à des objectifs scientifiques. Ainsi à chaque annonce de la proximité d’un vaccin, l’action du laboratoire pharmaceutique monte en flèche en bourse. En outre, chaque firme pharmaceutique fait aussi la course au financement public dans tous les pays. Bref il y a souvent confusion entre problématique scientifique et problématique financière.

« Tout vaccin et tout médicament à cette fin doivent bien sûr être soumis à tous les différents essais et tests avant d’être homologués pour leur déploiement », a souligné le porte-parole de l’OMS Christian Lindmeier, interrogé sur les annonces russes – qui promettent un vaccin en octobre – au cours d’une conférence de presse en ligne.

« Il existe des lignes directrices et des directives claires, des réglementations afin de faire avancer les choses de manière sûre et efficace », a-t-il insisté.

« Parfois, des chercheurs individuels affirment avoir trouvé quelque chose, ce qui est bien sûr, en tant que tel, une excellente nouvelle. Mais entre trouver ou avoir la possibilité d’avoir un vaccin qui fonctionne et avoir franchi toutes les étapes, il y a une grande différence », a-t-il dit en soulignant que l’OMS n’avait pour l’heure « rien vu d’officiel ». La Russie a annoncé lundi que trois entreprises biomédicales seraient en mesure de produire dès septembre et de manière industrielle un vaccin développé par le laboratoire de recherches en épidémiologie et microbiologie Nikolaï Gamaleïa. « Selon les premières estimations (…) nous pourrons fournir dès cette année plusieurs centaines de milliers de doses de vaccin par mois, puis par la suite jusqu’à plusieurs millions en début d’année prochaine », a affirmé le ministre russe du Commerce Denis Mantourov à l’agence publique TASS.

Des chercheurs ont toutefois exprimé leur préoccupation face à la rapidité de la mise au point des vaccins russes, en estimant que certaines étapes pourraient être sautées afin d’accélérer le travail sous la pression des autorités. L’OMS de son côté insiste sur la nécessité de suivre les règles permettant un « développement sûr d’un vaccin », « afin de s’assurer que nous savons contre quoi le vaccin agit, à qui il peut aider et, bien sûr, également s’il a des effets secondaires négatifs, si les effets secondaires médicaux sont plus importants que le bénéfice réel ». La course au vaccin est lancée à travers la planète avec actuellement 26 candidats vaccins au stade des essais cliniques (testés chez l’être humain) et 139 au stade de l’évaluation pré-clinique, selon des données de l’OMS.

L’après Covid 19 pour l’agriculture française

L’après Covid 19 pour  l’agriculture française

Denis Fumery, agriculteur, et président de l’association Villes-Campagnes explique les conséquences du CIvid 19 pour l’agriculture française et considère qu’on ne peut pas déléguer notre alimentation à d’autres.

 

 

« L’agriculture française est confrontée à une crise d’ampleur inédite qui, combinée aux difficultés auxquelles l’exposent ses vieux démons, la mettent à genoux. En effet, c’est un tableau sombre qui s’offre à Julien Denormandie, nouveau ministre de l’Agriculture de notre pays. La filière vitivinicole se retrouve avec un milliard de litres de vin en excédent. Les ventes des boulangeries ont plongé de 30 %, la production laitière ne trouve plus de débouchés à l’export, 450.000 tonnes de pommes de terre n’ont pas été consommées entre mars et juillet. L’horticulture affiche 1,4 milliard d’euros de pertes sèches. On se retrouve face à un inventaire à la Prévert où tout semble crier : catastrophe !

Mais il est à noter que l’exécutif français n’est pas resté inactif face à cette situation. Des mesures ont été prises : 145 millions d’euros ont été alloués à la mise en place d’une distillation de crise pour transformer le vin en bioéthanol ou en gel hydroalcoolique. La filière pomme de terre, qui s’attend à un manque à gagner de 200 millions d’euros en raison de la crise, a reçu l’assurance d’être accompagnée par le ministère de l’Agriculture.

Toute crise porte en elle les germes de lendemains meilleurs. Et celle-ci n’échappe pas à la règle. Outre l’élan de sympathie et de curiosité qu’elle a suscité en direction du monde agricole, la pandémie du Covid-19 pourrait donner à la France l’occasion de repenser son agriculture et de lui redonner des couleurs. On n’en attendrait pas moins de la nation de Sully.

Par où pourrait-on commencer une entreprise aussi ambitieuse ? Une première option consisterait à amoindrir les coûts de production afin de permettre à l’agriculteur de mieux vivre de son métier et d’être compétitif sur un marché mondial en perpétuel changement.

Une intervention ferme dans le domaine du prix des engrais pourrait à la fois offrir cette bouffée d’air dont a besoin l’agriculture française, mais aussi envoyer un signal fort en direction du monde agricole. En effet, l’an dernier, l’Union européenne a adopté un taxe anti-dumping qui a affecté le secteur des engrais. La mesure qui ciblait trois pays (USA, Russie et Trinidad et Tobago) intervenait suite à une plainte de Fertilizers Europe. Cette volonté affichée de protéger les producteurs d’engrais du vieux continent à eu un contrecoup pour les agriculteurs. Désormais, les prix des engrais sont maintenus à des niveaux artificiellement élevés, ce qui grève notre compétitivité. Étrange situation que celle où les 27 se retrouvent à protéger l’industrie des fertilisants au détriment de sa propre agriculture. Déjà pour le compte de l’année 2019, l’Insee estime que les prix des engrais ont progressé de 9,4 %. Cette hausse a entraîné mécaniquement une baisse des volumes de l’ordre de 15,3 %. Cette situation s’est traduite par des contre-performances pour des filières comme l’horticulture, la pomme de terre ou encore la vitiviniculture. Quant à la filière céréalière, ses bons résultats sont masqués par la chute des cours mondiaux, une lutte âpre dans la conquête des marchés à l’export. Dans ce contexte, un renchérissement du prix des engrais contribue à plomber les marges des producteurs.

Difficile donc de comprendre le silence de la France devant l’adoption de cette taxe par le Comité des instruments de défense commerciale (IDC), surtout quand on sait que l’Hexagone importe 95,1 % des minéraux utilisés comme engrais. Premier consommateur de phosphate et leader de la consommation d’azote sur le vieux continent, le silence de la France lors de l’adoption des lois anti-dumping sur les engrais coûtera 2,8 milliards d’euros aux producteurs céréaliers. Il faut croire que c’est ce qu’a compris l’exécutif quand le président Macron déclarait au soir du 12 mars 2020 : « Déléguer notre alimentation [...] à d’autres est une folie.

La crise offre aujourd’hui l’opportunité aux dirigeants de jeter un regard neuf sur ces décisions et de repenser la politique agricole commune afin de la rapprocher de son esprit original et d’en faire le lieu où s’unissent toutes les forces agricoles du continent, plutôt qu’un outil de blocage qui paralyse et sclérose le monde agricole.

Face à la crise, l’heure doit être à l’audace. Il faudra innover pour survivre et regagner les parts de marché que l’agriculture perd chaque année à l’exportation. Le savoir-faire du terroir français doit retrouver le lustre qui est le sien. Mais cette reconquête ne passera pas par la frilosité et le recroquevillement du « c’était mieux avant », mais par une adoption responsable de l’apport des technologies afin de développer des avantages compétitifs.

Néanmoins, la plus grande des victoires du monde agricole français ne viendra pas de son internationalisation, mais de sa redécouverte et de sa compréhension par un acteur si proche, mais à la fois si lointain : le citoyen français lui-même. À cet égard, le Covid-19 a créé un momentum dont il convient de tirer le meilleur. Les villes et les campagnes doivent se redécouvrir. Les citoyens doivent se rapprocher de ceux qui les nourrissent et comprendre comment le repas qui se retrouve dans leurs assiettes est produit et quels sont les choix qui ont motivé telle ou telle option.

Dans un pays qui a récemment connu le triomphe d’un dynamique écologiste lors des dernières municipales, cette démarche ne serait pas dénuée de sens. Mais pour que ce vœu s’accomplisse, il faudra également que le monde rural aille à la rencontre des villes, fasse preuve de pédagogie, et explique inlassablement sa démarche. Dans cette démarche, le rôle des pouvoirs publics est également capital.

Ce qui est attendu aujourd’hui de Julien Denormandie est de participer à cette dynamique qui aidera la France à redevenir la nation dont labourage et pâturage sont les deux mamelles.

Covid-19 France : alerte aux dérives

Covid-19 France : alerte aux dérives

Franck Chauvin préside le Haut conseil de la santé publique, c’est-à-dire l’organisme permanent chargé d’apporter une aide à la décision au ministre de la Santé. Ce professeur de santé publique à l’université Jean Monnet de Saint-Etienne, qui est également membre du conseil scientifique (une structure non pérenne, créée en mars) appelle la population à porter un masque dans les lieux clos et mal aérés. A respecter les gestes barrières. Et à se faire tester au moindre mal de gorge ou rhume débutant.

Le Haut conseil de la santé publique vient de publier un nouvel avis sur la rentrée. Pensez-vous que l’école pourra reprendre en septembre comme avant?
L’école doit reprendre bien sûr. Et elle doit adapter son niveau de protection à l’épidémie. Nous venons de faire des recommandations pour le niveau de risque le plus faible en période épidémique c’est-à-dire lorsque nous avons des preuves que le virus circule même faiblement. De cette « doctrine sanitaire » dépendront, je pense, les instructions qui pourront être données aux écoles. Quelles mesures seront en vigueur à la rentrée? Cela dépendra essentiellement de nos comportements pendant les vacances.

Pourquoi le Conseil scientifique a-t-il multiplié les appels à la prudence en fin de semaine dernière? Faut-il s’inquiéter d’une reprise de l’épidémie?
Nous avons décidé de prendre la parole d’abord pour des raisons conjoncturelles : nous sortons formellement de l’état d’urgence ; le pont du 14 juillet et les vacances vont conduire à des brassages importants de populations. Or on sait que c’est toujours un facteur de risque dans les épidémies.

Les consultations chez SOS Médecins pour des suspicions de Covid-19 ont augmenté de plus de 40% la semaine dernière en métropole

Depuis le déconfinement, le niveau de risque semblait faible. Quels signaux vous conduisent à inviter les Français à la prudence?
Plusieurs indicateurs épidémiologiques sont passés, ces derniers jours, du vert à l’orange. Le désormais fameux R0, c’est-à-dire le nombre de personnes contaminées par un malade, n’est pas le meilleur indicateur en ce moment car le nombre de cas positifs reste faible. Du coup, il suffit d’une petite variation du nombre de cas pour voir s’envoler ce pourcentage. Mais il a augmenté ces derniers jours et a dépassé 1. Le taux de positivité (proportion de tests positifs sur le total de tests réalisés) croît lui aussi. Et si les hospitalisations restent stables, les consultations chez SOS Médecins pour des suspicions de Covid-19 ont augmenté de plus de 40% la semaine dernière en métropole. Ce n’est forcément inquiétant en soi car certains biais de comportement peuvent inciter à appeler un médecin – désir de se faire tester avant un départ en vacances par exemple – mais ces chiffres doivent conduire à une certaine vigilance. Certes pour l’instant, on ne peut pas parler d’une circulation intense du virus et on reste dans le scénario 1 sur les quatre décrits par le Conseil scientifique, c’est-à-dire dans l’hypothèse la plus favorable d’une épidémie maîtrisée, mais ça s’accélère dans certaines zones, comme en Mayenne.

Ce département connaît-il une flambée épidémique?
Depuis le déconfinement, 350 foyers épidémiques ont été repérés. En fin de semaine, 80 donnaient toujours lieu à des investigations. Rien que vendredi, 11 nouveaux clusters sont apparus sous les radars. Des contaminations de groupe ont été repérées ces dernières semaines dans des Ehpad, des foyers d’hébergement, des lieux de vie collectifs ce qui est logique mais on commence à revoir, comme en mars, des infections à l’intérieur de foyers familiaux et de groupes amicaux, à la faveur d’un mariage ou d’un baptême. Ça signifie que le virus circule et donc qu’il faut être prudent. En Mayenne, où 7 clusters ont été mis en évidence, il y a un risque d’évoluer vers des clusters dits critiques. Le virus semble y circuler à bas bruit, il se répand sans qu’on s’en aperçoive, ce qui est l’un des « cauchemars » que nous avions envisagé comme notre troisième scénario. On n’arrive plus à savoir qui a contaminé qui ; on ne parvient plus à remonter la chaîne des cas contacts. Le contrôle de la situation pourrait nous échapper.

En Mayenne, c’est une course contre la montre qui s’engage

Comment reprendre le contrôle?
Un dépistage massif est lancé cette semaine en Mayenne. Il faut tester, tester et tester encore. Dans ce département, c’est une course contre la montre qui s’engage. On a désormais les capacités de tests suffisantes mais il peut y avoir un obstacle si les personnes ayant des symptômes ou en contact avec des gens positifs ne vont pas faire suffisamment se faire diagnostiquer. On ne peut pas forcer les gens à le faire. La suite ne dépend que de nous, et de nos comportements dépendra l’état du pays à la rentrée ou même pendant les vacances. Quand on a un signe, il faut aller se faire tester. Au moindre rhume, mal de gorge ou fièvre mais aussi si on rencontre des troubles digestifs. Le système de surveillance ne peut fonctionner que si tous les Français comprennent que se faire tester est la meilleure manière de lutter contre l’épidémie.

Un reconfinement localisé comme en Catalogne ou à Berlin est-il nécessaire en Mayenne?
Si les comportements de la population ne permettent pas de casser les chaînes de contamination, si le dépistage et les tests ne sont pas assez nombreux, il faudra sans doute à nouveau réduire les déplacements. C’est l’unique autre moyen de casser les chaînes. C’est surtout une méthode ancestrale, archaïque, celle du cordon sanitaire, à laquelle je préfère de beaucoup les tests et la mise en quarantaine des personnes positives.

Un reconfinement général est-il envisageable?
Il y a fort peu de chance. Le territoire est désormais quadrillé ; les capacités de tester sont importantes. Toutes les autorités sanitaires veillent.

Dans une pièce confinée, les gouttelettes perdent leur eau à cause de la ventilation et la particule virale continue de flotter dans l’atmosphère

Le Conseil scientifique a rappelé l’importance des gestes barrière, êtes-vous favorable à l’extension de l’obligation du port du masque à tous les lieux clos réclamé par de nombreux médecins?
Moi qui suis stéphanois et lyonnais, je prends souvent le TGV et je constate que tous les voyageurs portent un masque. Dans le métro, les gens le mettent aussi. Mais nous sommes tous gênés de voir des personnes circuler sans dans des lieux fermés, dans lesquels la densité de population est importante et la ventilation insuffisante. Certains commerces, certains bureaux sont des lieux à risque. Pour le moment, on préfère essayer de convaincre les gens de se protéger dans ces lieux-là plutôt que de prôner la contrainte. Mais si l’épidémie reprend, la question se posera.

Certains doutent encore de l’utilité du masque. Y-a-t-il des études scientifiques prouvant son efficacité?
Aucune étude contrôlée ou épidémiologique n’a encore jamais prouvé qu’une population masquée était mieux protégée qu’un groupe identique sans masque mais les indices sur son utilité s’accumulent. Nous venons d’apprendre que les gouttelettes émises en toussant et en parlant ne constituent pas le seul moyen de contamination. L’air ambiant pourrait lui aussi être contaminant, comme pour la rougeole. Dans une pièce confinée, les gouttelettes perdent leur eau à cause de la ventilation et la particule virale continue de flotter dans l’atmosphère. Même si le Haut conseil à la santé publique avait alerté dès le mois d’avril sur les risques liés à la climatisation, en mars, au début de l’épidémie, cette transmission aérienne n’était pas du tout établie. La recherche a fait des pas gigantesques. Nous savons aussi désormais qu’environ 30% des personnes contaminées ne présentent aucun symptôme tout en ayant une charge virale à peu près équivalente à celle des malades. Ceci conduit aussi à prôner le port du masque.

La possibilité d’une transmission aérienne explique-t-elle la volte-face des autorités de santé, qui, au début de l’épidémie, ne prônaient pas l’usage du masque?
Comme l’hygiène des mains et la distanciation sociale, le masque est désormais au cœur de la stratégie de prévention. En le portant, on se protège un peu mais surtout on protège les autres. Et si tout le monde s’y met, nous serons tous protégés.

Covid-19 : le remdesivir de Gilead vaut-il vraiment à 2000 euros ?

 Covid-19 : le remdesivir de Gilead vaut-il vraiment à 2000 euros  ?

 
Le  remdesivir de Gilead  est le premier à obtenir une homologation officielle. En mai, la Food and Drug Administration (FDA) américaine lui a délivré une approbation Le 25 juin, l’agence européenne du médicament a recommandé son autorisation, en attendant l’accord final de la Commission européenne. Il ne faut pas pour autant crier victoire. Au vu des résultats de ses essais cliniques, ce médicament semble accélérer la guérison des patients gravement atteints. Selon une étude internationale financée par l’Institut national américain des maladies infectieuses (NIAID) et publiée dans le New England Journal of Medicine, le remdesivir permet aux malades hospitalisés de se rétablir en 11 jours, contre 15 jours dans le groupe placebo. Mais il présente une faible réduction du taux de mortalité (avec 3%) et reste loin d’une solution fiable contre la maladie.

Ce que confirme Wikipédia » « Dès janvier 2020, cet antiviral est identifié comme option médicamenteuse à évaluer contre le COVID-192, sur la base de données sur son activité in vitro et in vivo sur les coronavirus MERS-CoV et SARS-CoV5,10.

Il a notamment fait l’objet de recherches contre le SARS-CoV-2, à la suite d’un résultat prometteur sur un patient11. Avec la chloroquine et le lopinavir/ritonavir, il faisait partie début mars 2020 des trois médicaments jugés les plus prometteurs contre le SARS-CoV-2, suite notamment à une étude chinoise publiée le 4 février 2020 dans laquelle il était associé à la chloroquine avec des résultats significatifs, mais in vitro12.

Début mars aux États-Unis, faute de données d’études cliniques randomisées en double aveugle, Zhang Zuofeng, professeur d’épidémiologie et doyen associé à la recherche à l’Ecole de santé publique de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA) juge que les effets du médicament ne sont pas scientifiquement convaincants in vivo13.

En France, le 11 mars 2020 le Haut Conseil de la santé publique le recommande « à titre compassionnel » pour les cas graves de Covid-1914, rappelant dans un avis complémentaire (du 23 mars) qu’à ce jour « les données de sécurité disponibles pour ce médicament sont principalement issues à ce stade des données publiées sur son développement clinique dans la prise en charge des patients infectés par le virus Ebola »15. En mars 2020 le remdésivir fait en France l’objet de plusieurs essais cliniques randomisés chez des patients infectés par le virus SARS-CoV-2, notamment dans les cas graves2.

Ces patients sont mis sous surveillance clinique étroite, compte tenu des effets possibles de l’injection (hypotension artérielle notamment), de même pour leur fonctions rénale et hépatique, « en lien avec son profil de risque. En effet, le rein a été identifié comme organe cible de la toxicité dans les études non cliniques et dans les études cliniques des augmentations transitoires des ALAT et/ou des ASAT ont été rapportées »2. « À ce stade, la posologie évaluée dans la majorité des essais cliniques pour le traitement de l’infection sévère par le virus SARS-CoV-2 est similaire à celle utilisée dans la prise en charge de l’infection à virus Ebola, à savoir chez les sujets ≥ 40 kg : 200 mg à J1, puis 100 mg/j de J2 à J10 »2.

Le 29 avril 2020, The Lancet publie les résultats complets d’un premier essai16 multicentrique randomisé fait en Chine sur 237 adultes volontaires, de plus de 18 ans, en double aveugle et contrôlé par placebo duquel il n’est pas possible de conclure à des effets bénéfiques du remdésivir17. L’étude était prévue sur un plus grand nombre de cas, mais ce nombre n’a pas été atteint en raison de l’arrêt de l’épidémie dans cette région17. D’autres études, sur un plus grand nombre de patients sont nécessaires pour confirmer ou infirmer ces résultats 17.

Le laboratoire Gilead, qui est propriétaire des brevets du remdésivir, a indiqué dans un communiqué avoir réussi à ramener le cycle de production de la molécule d’un an à six mois. Néanmoins, pour augmenter la disponibilité, le laboratoire est en discussion pour accorder une licence gratuite aux entreprises prêtes à se lancer dans cette production. Actuellement, Gilead dispose d’un stock d’un million et demi de doses, elles seront fournies gratuitement pour soigner les patients présentant des symptômes graves du Covid-1918.

Le 22 mai, les résultats préliminaires d’un essai randomisé contrôlé sur 1 063 malades, publiés dans le The New England Journal of Medicine, montrent que les malades qui ont reçu le traitement ont cliniquement guéri en moyenne en 11 jours contre 15 jours pour le groupe « placebo ». En revanche, la différence de mortalité entre les deux groupes est trop faible pour écarter le facteur du hasard dans l’analyse des résultats (7,1 % dans le groupe traité contre 11,9 % dans le groupe placebo)19. Les résultats du médicament sont meilleurs chez les patients les moins sévèrement atteints 20. L’étude a été stoppée prématurément, ce qui a suscité des critiques car cela empêche de savoir si le médicament a un effet fiable sur la mortalité20. Sur la base de ces résultats préliminaires la FDA a accordé une autorisation d’utilisation, permettant aux hôpitaux américains de prescrire le remdésivir aux malades en réanimation21.

Le 25 juin, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé l’autorisation d’une mise sur le marché conditionnelle22 de l’antiviral remdesivir au sein de l’Union européenne pour les patients atteints du Covid-19, ce qui en fait le premier médicament contre le Covid-19 à être recommandé pour autorisation dans l’UE.2« 

 

Covid-19 : « un scénario sombre » (ONU)

Covid-19 : « un  scénario sombre » (ONU)

 

L’hypothèse d’un scénario sombre n’est pas à écarter concernant l’évolution du colis 19 estime le secrétaire général des Nations unies ( tribune AFP)

« Du Covid-19 à la perturbation du climat, de l’injustice raciale à l’aggravation des inégalités, notre monde est dans la tourmente. Dans le même temps, nous sommes une communauté internationale avec une vision durable, inscrite dans la Charte des Nations Unies, dont nous commémorons cette année le 75e anniversaire. Cette vision d’un avenir meilleur, fondé sur les valeurs d’égalité, de respect mutuel et de coopération internationale, nous a permis d’éviter une Troisième Guerre mondiale, qui aurait eu des conséquences catastrophiques pour la vie sur la planète. Notre défi commun est de canaliser cet esprit collectif et de nous montrer à la hauteur de cette épreuve.

La pandémie a mis à nu des inégalités graves et structurelles, tant entre les pays qu’à l’intérieur de chacun d’entre eux. De façon plus générale, elle a mis en évidence les vulnérabilités du monde, non seulement face à une nouvelle urgence sanitaire, mais aussi dans notre intervention chancelante face à la crise climatique, à l’anarchie dans le cyberespace et aux risques de prolifération nucléaire. Les gens, partout, perdent confiance dans la classe politique et dans les institutions politiques.

Cette urgence est aggravée par plusieurs autres crises humanitaires profondes : des conflits qui se prolongent, voire s’intensifient ; un nombre record de personnes contraintes de fuir leur foyer ; des essaims de criquets en Afrique et en Asie du Sud ; la sécheresse imminente en Afrique et en Amérique centrale ; tout cela dans un contexte de montée des tensions géopolitiques. Face à ces vulnérabilités, les chefs d’État et de gouvernement doivent faire preuve d’humilité et saisir l’importance fondamentale d’être unis et solidaires. Personne ne peut prédire l’avenir, mais je vois deux scénarios possibles.

Nous pourrions assister à une aggravation des divisions, du populisme et de la xénophobie

Premièrement, l’option « optimiste ». Dans ce cas, le monde s’en sortirait vaille que vaille. Les pays de l’hémisphère nord pourraient concocter une stratégie de sortie réussie. Les pays en développement recevraient une aide suffisante et leurs caractéristiques démographiques – à savoir la jeunesse de leur population – aiderait à juguler l’impact. Un vaccin pourrait voir le jour, disons dans les neuf prochains mois, et serait distribué comme un bien public mondial, un « vaccin du peuple », qui serait disponible et accessible à tous. Si tel est le cas et que l’économie redémarre progressivement, nous pourrions nous diriger vers une sorte de normalité d’ici deux à trois ans.

Un deuxième scénario, plus sombre, risque néanmoins de se produire, si les pays ne parviennent pas à coordonner leur action. Le virus recommence à se propager par vagues. Le monde en développement connaît une explosion. La mise au point d’un vaccin tarde. Ou encore, un vaccin est rapidement élaboré, fait l’objet d’une concurrence acharnée et les pays les plus puissants sur le plan économique y ont accès en premier, laissant les autres derrière.

Dans ce scénario, nous pourrions assister à une aggravation des divisions, du populisme et de la xénophobie. On pourrait voir des pays faire cavalier seul ou au contraire former des coalitions dites de bonne volonté à régler tel ou tel problème. Au bout du compte, le monde serait incapable de mobiliser le type de gouvernance requise pour répondre aux défis communs.

Il pourrait en résulter une dépression mondiale, qui pourrait durer de cinq à sept ans, avant qu’une nouvelle normalité, dont il est impossible de prédire la nature, n’émerge. Il est très difficile de savoir dans quelle direction nous allons. Nous devons faire de notre mieux et nous préparer au pire. La pandémie, dans toute son horreur, doit être une piqûre de rappel, qui pousse tous les responsables politiques à comprendre qu’il convient de changer de logiciel, et que la division est un danger généralisé. Cette conception permettrait de faire comprendre à tous que la seule façon de remédier aux vulnérabilités mondiales est de mettre en place des mécanismes de gouvernance mondiale plus solides, grâce à la coopération internationale.

Le multilatéralisme d’aujourd’hui manque d’envergure, d’ambition et de mordant, et certains instruments qui ont les moyens de mordre ne manifestent guère d’appétit

Après tout, nous ne pouvons pas nous contenter de renouer simplement avec les systèmes qui ont engendré la crise actuelle. Il nous faut construire en mieux, avec des sociétés et des économies plus durables, plus inclusives et plus égalitaires entre les genres. Ce faisant, il nous faut repenser la façon dont les nations coopèrent. Le multilatéralisme d’aujourd’hui manque d’envergure, d’ambition et de mordant, et certains instruments qui ont les moyens de mordre ne manifestent guère d’appétit, comme l’ont montré les difficultés rencontrées par le Conseil de sécurité.
Il nous faut un multilatéralisme en réseau, dans lequel l’Organisation des Nations Unies et les organismes du système des Nations Unies, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, les organisations régionales comme l’Union africaine et l’Union européenne, les organisations de commerce international et d’autres coopèrent plus étroitement et plus efficacement. Il nous faut également un multilatéralisme plus inclusif. De nos jours, les gouvernements sont loin d’être les seuls partenaires en termes de politique ou de pouvoir. La société civile, le monde des affaires, les autorités locales, les villes et les administrations régionales jouent un rôle de plus en plus prééminent dans le monde actuel.

Cela aura pour résultat un multilatéralisme plus efficace, doté des mécanismes dont il a besoin pour disposer d’une gouvernance mondiale effective lorsque cela est nécessaire. Un nouveau multilatéralisme en réseau efficace, fondé sur les valeurs pérennes de la Charte des Nations Unies, pourrait nous sortir de notre état de torpeur et freiner notre glissement vers un danger toujours plus grand. Les responsables politiques du monde entier doivent tenir compte de cette piqûre de rappel et se mobiliser pour remédier aux vulnérabilités dans le monde, renforcer la capacité de gouvernance mondiale, donner du mordant aux institutions multilatérales et mettre à profit le pouvoir que confèrent l’unité et la solidarité afin de surmonter la plus grande épreuve de notre époque. »

 

COvid 19? Quelle responsabilité ?

COvid 19? Quelle responsabilité ?

 

Selon le philosophe, Jean-Pierre Dupuy  , , la réponse politique aux crises comme celle du Covid-19 appelle une solide culture scientifique chez les dirigeants et la prévalence de l’éthique sur l’économique.(entretien le Monde)

Jean-Pierre Dupuy, né en 1941, a été formé à la logique et aux mathématiques à l’Ecole polytechnique avant de se tourner vers la philosophie des sciences et des techniques, puis la philosophie morale et politique. Il a longtemps enseigné ces disciplines à l’Ecole polytechnique puis à l’université Stanford en Californie, où il a animé cette année un séminaire de recherche sur le problème du Mal. Il enseigne aussi au Brésil, avec lequel il a des liens familiaux, les fondements philosophiques de l’écologie politique.

Très tôt, collaborant avec Ivan Illich, il s’est intéressé à la critique de l’économie politique et à la philosophie sociale anglo-américaine, d’Adam Smith à John Rawls (dont il publie en France l’ouvrage majeur, Théorie de la justice), dont il tire le livre Le Sacrifice et l’Envie. Le libéralisme aux prises avec la justice sociale (Calmann-Lévy, 1992).

En 1982, il crée à Polytechnique le Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA). Il y développe des recherches sur la philosophie des techniques, collaborant avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et le Conseil général des mines, conduisant en particulier une réflexion sur les nanotechnologies, le transhumanisme et l’histoire de l’intelligence artificielle (The Mechanization of the Mind. On the Origins of Cognitive Science, Princeton University Press, 2000).

Depuis 2002, il travaille sur la philosophie des catastrophes, mariant les démarches épistémologique (Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible est certain, Seuil, 2002), métaphysique (Petite métaphysique des tsunamis, Seuil, 2005), critique (L’Avenir de l’économie. Sortir de l’écomystification, Flammarion, 2012) et stratégique (La Guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire, Desclée de Brouwer, 2019), sans oublier la dimension religieuse de notre rapport à un avenir qui n’est plus assuré (La Marque du sacré, rééd. Flammarion, 2010).

Vous avez forgé le concept de « catastrophisme éclairé », souvent cité dans les débats sur les menaces pesant sur l’avenir de l’humanité, comme le changement climatique, les catastrophes industrielles et technologiques, la guerre nucléaire, etc. A quoi nous sert-il dans le cas d’une catastrophe naturelle comme la pandémie de Covid-19 ?

Je crains qu’il ne serve à rien. Beaucoup de mes collègues, penseurs et philosophes, ont été trop heureux de prétendre que les événements confirmaient ce qu’ils avaient toujours pensé. Certains, comme les collapsologues, n’ont même pas cherché à réprimer la joie que leur procurait la survenue d’un effondrement à l’échelle mondiale qu’ils n’avaient prévu que dans dix ans. Dans l’ensemble, le monde intellectuel français s’est montré inapte à se laisser bousculer par l’événement. On peut lui appliquer ce qu’a écrit Michel Houellebecq [dans une lettre lue sur France Inter lundi 4 mai 2020] : « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire. »

Sondage : 25 % des Français méfiants vis-à-vis d’un vaccin contre le Covid-19

Sondage : 25 % des Français méfiants vis-à-vis d’un vaccin contre le Covid-19

-Selon plusieurs enquêtes en ligne réalisées par des chercheurs membres du projet Coconel, près d’un quart des Français ne compteraient pas se faire vacciner contre le Covid. Une méfiance évidemment entretenue sans doute déjà par toutes les interrogations qui tournent du travail des lobbies des  industriels de la pharmacie se livrent à auprès des Etats auprès des laboratoires et des experts pour valoriser des traitements pour l’instant non scientifiquement reconnus.

Pourtant il est certain qu’à vaccin serait la meilleure protection contre la maladie reste que certaines pathologies aucun vaccin n’a pu être trouvé à ce jour. Une réaction qui peut étonner au regard de la bataille que se livrent les laboratoires du monde entier afin de créer le précieux vaccin«Un vaccin sûr et efficace pourrait être le seul outil permettant un retour du monde à un sentiment de normalité», avait ainsi estimé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en avril dernier. Si aucun vaccin n’est encore sur le marché, l’OMS a bon espoir que cette perspective aboutisse des 2021 mais rien n’est sûr en ce domaine. Pour les médias mêmes les milieux scientifiques sont très critiques sur l’efficacité des différents traitements.

 

Covid-19: l’Europe menacée par une nouvelle vague ?

Covid-19: l’Europe menacée par une nouvelle vague ?

 

«Le nombre de cas a augmenté en Europe la semaine dernière pour la première fois depuis des mois», a déclaré le Dr Hans Kluge, directeur de la branche européenne de l’OMS lors d’une conférence de presse, et «l’accélération est très significative dans certains pays». La région (qui pour l’organisation internationale regroupe 54 États, dont la Russie et Israël) déclare environ 20.000 nouveaux cas et 700 décès par jour.

L’alerte peut sembler paradoxale au moment où le continent profite d’une situation épidémique très favorable. Elle est ainsi, avec l’Australie, l’une des rares régions en vert sur la carte des prévisions de cas de Covid-19 développée par l’université de Genève. Aucun pays n’y connaît une croissance exponentielle des cas. «Après une très forte décrue liée aux mesures de confinement, l’épidémie a atteint ses sommets).

Covid-19 : Le Nombre de clusters augmente en France

Covid-19 : Le Nombre de clusters augmente en France

Si globalement la situation sanitaire semble davantage maîtriser concernant le nombre de décès de personnes hospitalisées reste cependant la montée licence d’un certain nombre de clusters. Ce nombre hebdomadaire des clusters découverts en France est passé de 29 à 37 en l’espace de sept jours. A la date du 16 juin, un total de 74 clusters était «en cours d’investigation» dans le pays. Ceux-ci concernent principalement des établissements de santé (20%), des entreprises privées et publiques, hors santé (19%) et des milieux familiaux élargis (16%).

Une analyse par départements montre que le plus grand nombre de clusters en cours d’investigation se trouve en Guyane (12), dans le Nord (6) et en Loire-Atlantique (5).

Sur un total de 239 clusters découverts depuis le 9 mai, la moitié sont aujourd’hui considérés comme «clôturés» (aucun nouveau cas déclaré après la période d’isolement de 14 jours imposée aux personnes en contact avec les malades), et 19% sont considérés comme «maîtrisés» (absence de nouveaux cas sept jours après le dernier cas).

Un cluster se définit comme la survenue d’au moins trois cas confirmés ou probables sur une période de 7 jours dans une même communauté ou parmi des personnes ayant participé à un même rassemblement.

Une enquête officielle du parquet sur la gestion du Covid-19 en France

Une enquête officielle du parquet sur la gestion du Covid-19 en France

Pour l’instant, il ne s’agit pas encore d’une enquête officielle mais d’une enquête préliminaire visant à vérifier si il y a eu ou non mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance à personne en péril .Dans un communiqué, Rémy Heitz , procureur de la république de Paris précise qu’il a saisi lundi l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP).

“Cette enquête judiciaire aura pour objet d’établir les processus décisionnels mis en oeuvre à l’occasion de la crise sanitaire afin de mettre au jour les éventuelles infractions pénales susceptibles d’avoir été commises”, ajoute-t-il.

Le parquet de Paris précise avoir a été, à ce jour et depuis le 24 mars dernier, destinataire de 62 plaintes ou signalements liés à l’épidémie de coronavirus.

Ces plaintes, poursuit le communiqué, mettent en cause, pour la plupart, “différentes instances, structures ou départements ministériels ainsi que des responsables administratifs, décideurs publics”.

Notons cependant que si ces enquêtes peuvent éventuellement servir à formuler des recommandations pour l’avenir il ne faut guère espérer de mise en responsabilité débouchant sur des sanctions. . D’abord parce que l’administration se couvre toujours derrière la signature d’un ministre avant de prendre une décision ensuite parce qu’un ministre un exercice n’est passible que de la cour pénale spéciale réservée au gouvernement qui comprend neuf élus et seulement trois magistrats. Notons d’ailleurs que la cour jusqu’à leur n’a pris que des mesures symboliques. Faisant juste des gros yeux à Christine Lagarde pour avoir imprudemment accordé 450 milliards à Tapie. Dans cette affaire à peu près tout le monde a été innocenté même si théoriquement la justice existe toujours le remboursement, 25 ans après le début de l’affaire !

Covid-19 : l’Italie, la France et l’Espagne les plus touchées

Covid-19 : l’Italie, la France et l’Espagne les plus touchées  

 

Les  experts de l’OFCE tentent de comprendre pourquoi tous les pays n’ont pas subi cette parenthèse inédite avec le même degré d’intensité. Dans leur dernière étude , ils relèvent une nette hétérogénéité des situations géographiques et sectorielles à partir des données du mois d’avril, le mois où la population mondiale en confinement a atteint son pic.

 

Au total, la chute du PIB mondial est totalement hors normes, estimée à 19 % au cours de ce mois d’interruption brutale d’activité. Le commerce mondial a reculé de 25 %. Mais le choc de la demande enregistré par les pays concernés varie de l’un à l’autre car il est fonction non seulement de la rigueur du confinement mais aussi de la spécialisation sectorielle et du degré d’ouverture des économies.

En Europe, l’Espagne (-39 %), l’Italie (-36 %) et la France (-36 %) apparaissent clairement comme les principales victimes du coronavirus. La corrélation avec la dureté du confinement est sans équivoque mais s’y ajoute le contrecoup de l’arrêt instantané du tourisme, secteur nourricier dans ces pays. L’Allemagne (-24 %) et les Etats-Unis (- 22 %) semblent moins impactés. « L’Allemagne connaît les pertes domestiques les plus modérées, note l’OFCE, mais le pays souffre de sa forte exposition à la demande étrangère » qui se traduit par l’ effondrement de la demande qui lui est adressée. Les Etats-Unis eux, limitent l’impact du choc par leur relative fermeture commerciale.

Feuilleton de l’Hydroxychloroquine : « pas d’effet bénéfique » contre le Covid-19 selon une « étude » britannique

Feuilleton de l’Hydroxychloroquine : « pas d’effet bénéfique » contre le Covid-19 selon une « étude » britannique

Le feuilleton sur l’efficacité de la chloroquine continue et selon les études, les laboratoires ou les industries pharmaceutiques les avis divergents souvent d’ailleurs pour des motifs financiers. Rien n’indique pour l’instant que la chloroquine est complètement efficace mais le contraire non plus. Ce qui n’empêche pas certains organismes de le condamner sans doute notamment en raison de son coût ridicule. La dernière condamnation est britannique L’hydroxychloroquine est-elle efficace contre le Covid-19 ? La question n’a pas fini de faire polémique. Selon les résultats préliminaires de l’essai clinique britannique, Recovery, ce n’est pas le cas.

« Nous avons examiné les données et conclu qu’il n’y avait aucune preuve d’un effet bénéfique de l’hydroxychloroquine chez les patients hospitalisés » avec le nouveau coronavirus, explique ce vendredi Martin Landray, professeur à l’Université d’Oxford et codirecteur de l’étude. Les chercheurs ont, sur la base de ces premières données, « décidé d’arrêter l’inscription des participants dans le bras hydroxychloroquine de l’essai avec effet immédiat », ajoute-t-il.

Recovery a été lancé en mars comme une étude clinique randomisée « pour tester une gamme de médicaments potentiels contre le Covid-19 », dont le controversé traitement antipaludéen. Il était l’un des seuls essais à ne pas avoir arrêté le recours à l’hydroxychloroquine malgré une étude observationnelle très critiquée de The Lancet - dont trois des auteurs se sont rétractés depuis - pointant du doigt l’inefficacité voire l’effet néfaste de la molécule. Le débat est loin d’être terminé car outre les aspects scientifiques se mêlent des intérêts financiers évidents sans parler des enjeux de prestige.

 

«Avec Covid-19!, vers le paiement numérique

«Avec Covid-19!, vers le paiement numérique

La pandémie pourrait être un véritable tournant vers les paiements numériques, estime Marion Labouré, stratégiste chez Deutsche Bank ( L’opinion)

 

Marion Labouré.

La pandémie de Covid-19 pourrait bien être le catalyseur tant attendu propulsant les paiements numériques vers un usage généralisé. En effet, de nombreux experts considèrent que l’argent liquide est un vecteur de transmission du virus et la pandémie actuelle force les pays à repenser l’utilisation du cash. Dans le but de restaurer la confiance, certaines banques centrales ont déployé des efforts de communication pour dire que les risques de contamination étaient faibles. Alors que d’autres sont allées jusqu’à la mise en quarantaine, la désinfection et l’isolement de billets afin d’endiguer la propagation du virus. Il ne fait aucun doute que l’épidémie incitera les gouvernements, les banques centrales et les entreprises à accélérer la transition vers les paiements numériques.

Les paiements physiques : un vecteur de transmission de pathogènes

Le nettoyage de l’argent liquide est justifié par l’avis unanime des experts qui jugent que la monnaie peut être un vecteur pour le pathogène, comme le moustique peut l’être pour le paludisme par exemple. Les études ont montré que les billets et les cartes bancaires, comme toute surface touchée par un grand nombre de personnes, peuvent abriter des bactéries ou des virus.

Une étude récente a suggéré que le coronavirus « pourrait persister sur une surface inanimée comme du métal, du verre ou du plastique jusqu’à neuf jours mais pourrait être efficacement inactivé par des procédures rigoureuses de désinfection ». Une autre étude a montré que le virus pourrait survivre sur du plastique ou de l’acier jusqu’à trois jours après la contamination de la surface, et sur du carton ou du cuivre pendant un jour entier.

Les usagers peuvent facilement désinfecter leurs Smartphones et cartes bancaires, cela permettrait de prévenir la diffusion du virus

Les Smartphones ne sont pas nécessairement une meilleure option pour éviter la transmission du pathogène. En effet, les premières études montrent que le coronavirus pourrait survivre jusqu’à une semaine sur un écran de smartphone. Les chercheurs ont montré que 92 % des Smartphones et 82 % des mains de leurs usagers présentent des bactéries sur leur surface. Evidemment, les usagers peuvent facilement désinfecter leurs Smartphones et cartes bancaires, cela permettrait de prévenir la diffusion du virus. La désinfection du cash est, quant à elle, une affaire bien plus complexe.

Les banques centrales ne réagissent pas toutes de la même façon

Ces dernières semaines, le nombre de recherches internet comportant les termes « cash virus » ont atteint des sommets. Ce phénomène a été constaté dans des territoires aussi différents que l’Australie, le Canada, la France, l’Irlande, Singapour, la Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Les banques centrales ont répondu aux questions soulevées par la population de trois manières distinctes. Premièrement, plusieurs banques centrales (notamment la Banque d’Angleterre, la Banque Fédérale d’Allemagne, la Banque Nationale du Canada et la Banque Centrale Sud-Africaine) ont activement communiqué sur le fait que les risques de contamination étaient minimes.

Ensuite, d’autres banques centrales ont pris des mesures de précaution : la Banque de Chine a été la pionnière, puis les banques centrales de Corée du Sud, Hongrie et du Koweït ont commencé à désinfecter et même détruire les billets afin de lutter contre la diffusion du virus. Enfin, par peur d’importer de la monnaie contaminée d’Asie, la Réserve Fédérale Américaine a proclamé une mesure d’isolement pour les billets provenant de cette région du monde. Plusieurs autres gouvernements et banques centrales (notamment d’Inde, Indonésie et Géorgie) ont quant à eux explicitement encouragé les paiements numériques.

Durant les dernières semaines, plus de la moitié des paiements par carte bancaire ont été réalisés sans contact, contre un tiers en décembre en Allemagne

Le Covid-19 alimente la transition vers les paiements numériques

A court terme, la pandémie pourrait contribuer à accélérer la transition, déjà initiée, vers les paiements numériques. En effet, l’impact sur les systèmes de paiement en Asie pourrait se ressentir plus précocement qu’en Europe ou aux États-Unis, compte tenu de l’engouement pour les paiements digitaux en Orient.

A la fin de l’année 2018, environ 73 % des internautes chinois utilisaient un système de paiement en ligne (alors qu’ils étaient 18 % en 2008). Une des principales explications à cette dichotomie avec l’Europe et les États-Unis est la part plus importante de jeunes dans la population et leur plus grande disposition à adopter les nouvelles technologies.

Cependant, la pandémie pourrait être un véritable tournant sachant que les personnes les plus âgées sont également les plus vulnérables au virus. Elles sont par ailleurs les plus ferventes adeptes du cash et les moins enclines à modifier leurs habitudes pour embrasser les paiements digitalisés.

Les habitudes enracinées dans un système ancien sont les plus difficiles à déloger. Cela pourrait être un problème conséquent, en termes de contrôle de la maladie, particulièrement dans les sociétés où le cash est très important et dont les populations sont vieillissantes, comme aux Etats-Unis ou en Allemagne. Pour diminuer les contacts physiques et les queues aux caisses, la limite des paiements sans contact est passée de 30 à 50 euros dans la plupart des pays européens.

Mais l’évolution se fait déjà ressentir : durant les dernières semaines, plus de la moitié des paiements par carte bancaire ont été réalisés sans contact, contre un tiers en décembre en Allemagne. La digitalisation des paiements en Europe pourrait avoir un impact non négligeable car il n’y a à ce jour, aucune entreprise européenne leader des paiements numériques, contrairement à la Chine. Ainsi, l’engouement des Européens pour les paiements digitaux pourrait être une aubaine pour les entreprises américaines de paiement en ligne. De plus, la plupart des sondés ont reconnu prévoir d’utiliser un portefeuille électronique plus fréquemment dans les six prochains mois. Ils pensent également que le portefeuille électronique remplacera son équivalent traditionnel dans les cinq prochaines années. En attendant 2025, nous nous attendons à ce que les e-portefeuilles deviennent la seconde méthode de paiement favorite après la carte bancaire, et la préférée chez les millénnials.

A moyen et long terme, ces considérations contribueront à pousser les banques centrales à développer leur propre monnaie digitale (CBDC, pour Central Bank Digital Currency). En réalité, les banques centrales ont déjà commencé à mettre en place des initiatives concernant leur propre monnaie digitalisée. Aujourd’hui 80 % d’entre elles développent une CBDC et 10 % sont déjà en train de lancer un projet pilote.

La Suède, où la circulation d’argent liquide représente seulement 1 % du PIB, pourrait devenir la première nation cashless au monde d’ici mars 2023

Des pays, représentant un cinquième de la population mondiale, sont susceptibles de proposer leur monnaie digitale dans les trois prochaines années. Ce processus est déjà en cours. L’ancien président de la Banque Centrale de Chine, Li Lihui, a déclaré qu’une monnaie digitale serait pratique, efficace et intéressante financièrement, et qu’elle serait particulièrement appréciée pendant une épidémie. Des rapports indiquent que la Banque Populaire de Chine, en collaboration avec des entreprises privées a déjà développé une monnaie numérique qui posséderait des fonctions basiques.

Au cours des dernières semaines, sans passer par une annonce formelle, la Chine a esquissé les essais de sa nouvelle monnaie digitale dans quatre métropoles, avec Starbucks et McDonald’s comme partenaires. En février 2020, la Suède, où la circulation d’argent liquide représente seulement 1 % du PIB, a révélé réaliser ses premiers essais sur le e-krona et pourrait devenir la première nation « cashless » au monde d’ici mars 2023.

Aux Etats-Unis, le plan de relance lié au Covid-19 incluait initialement de soutenir l’économie grâce à une monnaie digitale, mais ce projet a finalement été abandonné. La Réserve Fédérale américaine aurait donc pu utiliser un « dollar digital » et des portefeuilles virtuels pour effectuer des paiements aux individus et aux entreprises.

Ainsi, bien que le coronavirus puisse être « un pathogène qui n’apparaît qu’une fois par siècle » d’après les mots de Bill Gates, une solution tout aussi exceptionnelle pourrait permettre de répondre efficacement à cette situation (au moins du point de vue des paiements). Le virus a déjà poussé les pays à désinfecter, détruire et réimprimer leurs devises. En comparaison de cet effort conséquent, un système de paiement numérique peut apparaître comme une solution bien plus simple et efficace.

Marion Labouré est stratégiste chez Deutsche Bank

Covid-19 : pourquoi n’avons-nous rien fait ?

Covid-19 : pourquoi n’avons-nous rien fait?

Ancien élève de l’ENA, essayiste et président de MDN Consultants, Francis Massé, analyse dans la tribune les raisons des défaillances de la sphère publique constatée pendant la crise du Covid-19 et apporte des pistes de solutions.

 

 

« Face à la crise du Covid-19 nous avons la stratégie de nos moyens. Rien ne sert de se lamenter, il faut faire face. En revanche il sera nécessaire de faire un retour d’expérience à grande et petite échelle pour analyser les causes de nos défaillances et être mieux préparés pour les prochaines crises. Nous pouvons identifier d’ores et déjà des causes lointaines inhérentes aux disfonctionnements de la sphère publique liés à son organisation à sa gouvernance et à un management lacunaire.

Nous sommes face à une crise, une véritable épreuve, douloureuse pour beaucoup, mais nous pouvons la questionner et la transformer en opportunité. Nous pouvons nous remettre en cause pour réagir en toute connaissance de cause.

Le Livre blanc de la défense et la sécurité nationale de 2008 prémonitoire

Le questionnement qui nous vient à l’esprit : pourquoi n’avons-nous rien fait alors que nous savions ? Pour prendre un seul exemple, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 soulignait l’occurrence de nouveaux risques naturels et sanitaires. Il exposait clairement ce qui suit.

« Les risques d’origine naturelle ou sanitaire sont devenus des facteurs de déstabilisation massive pour la population et les pouvoirs publics. Les risques sanitaires sont susceptibles d’engendrer une désorganisation des échanges économiques. Ils présentent des coûts de prévention et de protection très importants. La propagation de nouvelles souches virales ou bactériennes ou la réapparition sur le continent européen de souches anciennes résultent de l’ouverture des frontières, de la fluidité des transports et de la rapidité des échanges internationaux. De façon similaire, le territoire et la population sont exposés à la possibilité de catastrophes naturelles dont les effets changent progressivement d’échelle. Les départements et collectivités d’outre-mer sont particulièrement vulnérables à ce type d’événements. Mais le territoire métropolitain n’en est pas exempt, comme le montrent les tempêtes de 1999 ou l’exposition aux risques sismiques de la région méditerranéenne. Les désorganisations sociales majeures que peuvent provoquer les nouveaux types d’épidémies ou les accidents climatiques violents font partie des risques d’ampleur nouvelle qui pèsent sur la collectivité nationale. »

Notre propos n’est pas d’accuser mais de comprendre, d’analyser pourquoi nos dispositifs de pilotage n’ont pas fonctionné. « Comme toujours - écrit Jean Monnet dans ses mémoires à propos de la crise de 1929 -, la sagesse et les réformes n’interviennent qu’au terme de grandes difficultés. Des mesures si simples, prises plus tôt, eussent-elles évité́ la grande crise ? Poser cette question, c’est ignorer que les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité́ et ils ne voient la nécessité́ que dans la crise ».[1]

Par ailleurs les crises pandémiques ne sont pas les seules que notre civilisation court le risque de rencontrer. Le Livre blanc citait une liste considérable de menaces réelles :

- Attentats terroristes (simultanés et/ou majeurs) : probabilité forte, ampleur moyenne à sévère ; risque NRBC réel.

- Attaques informatiques : probabilité forte ; ampleur faible à forte.

- Menace balistique : en provenance de puissances majeures, ou désormais de nouvelles puissances dotées, compte tenu des portées prévisibles des missiles à l’horizon 2025 ; dans ce second cas, probabilité faible à moyenne ; ampleur potentiellement sévère.

- Pandémie : probabilité moyenne ; ampleur moyenne à sévère.

- Catastrophes naturelles (notamment inondations en métropole) ou industrielles : probabilité moyenne à forte ; ampleur moyenne à sévère.

- Criminalité organisée (accroissement des trafics de drogue, de contrefaçons, d’armes, activités de blanchiment) ; probabilité élevée.

- DOM-COM : – zone Caraïbes (séismes et cyclones) : probabilité forte ; – menaces sur Guyane et zone Océanie ; probabilité faible.

Trop de rapports et peu d’effets ?

Par conséquent notre interrogation pour être pertinente n’est pas de rechercher des responsables mais de rechercher les causes racines d’un manque d’anticipation, en particulier dans la sphère publique. Mais le secteur privé ne peut s’exonérer de retour d’expérience.

Nous sommes tout d’abord en profond désaccord dans notre pays sur l’État que nous souhaitons. Nous avons parfois l’impression, justifiée ou non, que nos gouvernants font le constat explicite ou implicite que l’État et son administration sont irréformables. Ils pensent qu’il faut trouver d’autres moyens de mener à bien des actions publiques par ailleurs indispensables.

Dès lors ils souhaitent aller vers une conception d’un État limité à des compétences régaliennes, aux questions d’ordre public, de police, de justice, de défense, voire de régulation économique. D’aucuns s’inscrivent d’ailleurs dans une pensée ultralibérale qui serait le nec plus ultra de la politique et de la civilisation.

A contrario, le tout État n’est pas une option.

Évitons de polémiquer sur ces deux options inefficaces. Trop idéologiques elles occultent des pans entiers de la réalité économique, sociale et environnementale. Celle-ci est un tout. Il est difficile de traiter un sujet indépendamment des autres. Nous aurons autant besoin demain de plus de planification et de pensée à long terme que d’initiatives décentralisées et d’entreprises libres et créatives. Aussi un État, stratège des stratèges (stratèges que sont les autres organisations publiques et privées) sera pour longtemps indispensable pour œuvrer à un plan de transformation.

Mais il faut entendre les doutes et hésitations quant à notre capacité à réformer, voire restructurer en profondeur l’Administration publique à tous les étages. La tâche est immense autant qu’urgente. Notre argument principal, c’est que le coût de sortie d’un système vers un autre est très élevé et que le Big Bang n’est pas crédible à nos yeux. Pour autant, au vu de l’accélération des risques et des menaces nous ne devons pas de nouveau être pris au dépourvu et pouvoir tirer parti de l’expérience actuelle.

Par ailleurs nous sommes un État, membre de l’Union européenne. A ce titre nous ne pouvons que concevoir une réorganisation de la sphère publique que dans une répartition claire entre l’Union et le niveau national.

Enfin, nous sommes un État qui doit co-construire en permanence ses stratégies avec le secteur économique et industriel et les entreprises. Ce ne sont pas, pour illustrer ce propos, les administrations qui fabriquent les tests médicaux ni les masques …[2]

Ces enjeux, ces défis géopolitiques, climatiques, de biodiversité, ces risques de crise économique et financière, de déficit démocratique ou de crise de la démocratie, ces risques de crises alimentaire, pandémique, nécessitent une compréhension ! Com-prendre, c’est prendre ensemble toute la réalité des situations.

La compréhension s’impose ! Puis l’action

Ce qui apparaît le mieux aux yeux des citoyens, c’est notre économie en crise parce que le chômage rompt le lien social. Et aujourd’hui la crise sanitaire. Mais beaucoup d’autres crises émergent aujourd’hui dont la simultanéité laisse deviner leur nature systémique. Nous sommes face aujourd’hui à plusieurs types de crises : les mutations métaphysiques, les crises psychologiques, les crises sociales, les crises économiques, les crises financières, les crises stratégiques, les crises issues de défaillances technologiques majeures ou les ruptures scientifiques, les crises écologiques majeures, les révolutions, les progrès techniques. [3]

Face à elles nous devons avoir la volonté de puiser les informations qui nous sont indispensables dans la réalité, reconnaître l’importance des problèmes concrets posés par notre temps et nous orienter vers des solutions justes. Sans cette attitude, il ne nous sera possible ni de relever les défis ni de résoudre les problèmes. Seule en effet l’intelligence des réalités nous permettra de dégager les bonnes conclusions.

Chaque « type de crise » possède ses caractéristiques propres ; il apparaît clairement, si l’on sait en repérer les signes avant-coureurs, percevoir le surgissement de l’irrégulier, prévoir l’imprévisible, gérer l’ingérable ou maîtriser le chaos, qu’il existe néanmoins, écrit Daniel Parrochia, une logique des crises encore à cerner. En particulier nous avons encore beaucoup à faire pour découvrir les liens entre elles et ensuite pour formaliser une action globale pour les résoudre.

 La lenteur n’est pas la procrastination

Chaque fois que l’action publique, le monde des entreprises et le corps social improviseront, ils aggraveront les crises et freineront les indispensables et profondes transformations. Nous devons prendre le temps disponible pour nous interroger et prendre les bonnes décisions. Nous souhaitons alerter sur le fait que la lenteur à privilégier n’est pas une procrastination ; il ne s’agit pas de prendre son temps face aux urgences innombrables que nous devons traiter. Il est question ici de savoir prendre le temps qu’il faut et qu’il est possible de prendre pour réfléchir avant l’action. [4]

Encore, le Livre blanc disait qu’en « cas de déclenchement de la pandémie, il s’agit d’empêcher que la crise sanitaire ne dégénère en crise humanitaire, économique, sécuritaire, voire institutionnelle ». Alors pourquoi, avant l’épreuve, nous n’avons rien fait ou trop peu ? A notre avis parce que nous n’avons pas eu les moyens ni de comprendre ni d’agir.

Pour établir un système public à la hauteur des enjeux et qui soit prêt à relever les défis, il nous faut tout d’abord comme nous venons de le voir posséder une compréhension complète de ces derniers. Mais beaucoup diront que le Livre blanc était là et bien d’autres rapports. Et alors ? Cela suffit-il ? La preuve que non. Les services compétents se le sont-ils approprié ? En ont-ils tiré des conséquences pratiques chacun pour leur compte ? Ont-ils coopéré pour formuler des stratégies en réponse ? Les finances publiques ont-elles pu être mobilisées ?

Trois raisons principales à ce fait insupportable pour l’esprit. Nos structures et nos organisations sont inadaptées : trop de structures silotées et redondantes. Notre gouvernance publique (et sans doute souvent privée) comme nos modes opératoires sont lacunaires : des processus, des modes opératoires et la gouvernance sont inappropriés. Notre pratique managériale n’est pas de qualité suffisante ; un management impensé ou lacunaire nous entrave

Trois pistes de solutions

Trois pistes de solutions doivent être rapidement trouvées et surtout mises en œuvre à toutes les échelles.

1- Bâtir une nouvelle architecture publique

Zygmunt Bauman a asséné avec pertinence que dans notre monde en globalisation rapide, les organismes ne sont pas à la hauteur des dépendances. [5]Est-il déraisonnable de penser que compte tenu des risques et des menaces précitées nous sommes en bonne situation de les traiter par des organisations qui restent verticales et en silos ? Notre préconisation est de passer progressivement à des structures beaucoup plus larges et horizontales, de type agences publiques, qui s’engagent sur une plus grande opérationnalité et des résultats. Une trop grande spécialisation nuit à la fluidité des coopérations et des échanges d’informations sur des sujets qui sont reliés entre eux.  Qui sait, par exemple, qu’il n’existe que très peu de collaboration entre les ministères de l’écologie et celui de la santé ? Trop de ministères avec leurs services déconcentrés, trop d’établissements publics, le tout parfois en doublons avec des collectivités territoriales elles-mêmes en surnombre. En ce qui concerne le système de santé Pascal Perrineau nous dit qu’en Allemagne ce système est mieux préparé́ qu’en France, du fait l’organisation fédérale, parce qu’elle assure effectivement l’autonomie des territoires, permet même d’adapter les mesures aux réalités locales de la pandémie. « Lorsque le système fédéral bénéficie d’une bonne coordination, il est performant. Et cette réalité́ questionne les limites du schéma administratif français ». [6]

Cela n’empêche pas nos amis allemands de s’interroger eux-mêmes sur les limites de cette organisation. Aussi la question des structures ne suffit pas à tout expliquer ce sont les processus qu’il faut aussi revisiter.

2- Opérer une révolution opérationnelle

Un autre Livre blanc, celui sur l’avenir de la Fonction publique n’affirmait-il pas en évoquant le rôle de référence intellectuelle et morale de l’action publique, que les valeurs du service public sont importantes y compris dans leur dimension opérationnelle, avec une place différente de celles qu’occupent les règles de droit. [7] Il est certain que les réformes de structure ne suffisent pas et qu’a fortiori, celles des processus et modes opératoires sont essentielles. La gouvernance publique doit être profondément rénovée afin de pouvoir organiser et coordonner l’ensemble des transitions indispensables qui seront à mener dans les prochaines années, en particulier dans l’ensemble de la sphère économique, sociale et écologique. Cette dimension professionnelle et opérationnelle devra prévaloir ce qui rejoint la question de l’efficacité publique et de l’efficience. Une véritable « culture du résultat » devra être développée dans toutes les chaînes de création de valeur de l’action publique. C’est une révolution intellectuelle et comportementale, un nouvel état d’esprit à créer mais comment serait-possible de s’en exonérer ? Sur le papier tout le monde semble d’accord. C’est une illusion !

De fait il n’existe pas de consensus au sein de l’État ; sinon l’effectivité de ce nouvel état d’esprit existerait de facto. Il ne sert à rien de nous mentir à nous-mêmes. La dilution des responsabilités, l’absence trop fréquente d’évaluation des résultats, le manque de sanction de l’inertie coûtent à l’efficacité publique. Ce qui entraine que les carences managériales sont également en cause.

3- Instaurer un management public moderne et humain

Il n’est plus possible de continuer à formater des gestionnaires de procédure pour prendre la tête des services publics. Il faut permettre à ces responsables d’être de vrais managers publics.

Car l’une des questions fondamentales nous semble être la désarticulation continue entre le Politique (les gouvernants) et le Technique (l’Administration) depuis deux à trois décennies. La bureaucratie s’est emparée du pouvoir sur des matières de plus en plus complexes tandis que les gouvernants se repliaient dans une autonomisation croissante du Politique, en fait de la politique. « Certes - écrivait Charles de Gaulle-, la conduite de la guerre appartient à l’homme d’État, les opérations sont le fait du militaire. Mais où chacun doit-il s’arrêter ? Dans quelle mesure la stratégie et la politique réagiront-elles l’une sur l’autre ? Laquelle devra s’étendre et laquelle se restreindre ? Cela ne peut être prescrit d’avance, ni même défini. »[8]

Le combler c’est que cette quasi -liberté d’action de l’Administration n’a pas pour autant favorisé sa meilleure gestion. En particulier celle des compétences et des talents. Trop de rapports ont dénoncé les lacunes dans la gestion des ressources humaines dans l’Administration pour qu’il soit nécessaire d’y revenir. Même le dernier rapport en date celui de Frédéric Thiriez a souligné cet indispensable effort d’une GRH professionnelle[9].

Nous devrions agir dans quatre directions. Perfectionner un « écosystème de la connaissance » qui renforce les capacités de l’Administration et de l’État à agir avec intelligence et jugement. L’instauration d’une véritable gestion prévisionnelle des effectifs, des connaissances et des compétences. Un développement effectif des compétences par des formations adaptées aux temps présents. Il est grand temps !

Pour conclure, il y a exactement 50 ans, entre le 11 et 17 avril 1970, l’équipage d’Apollo 13 a dû faire face à un accident menaçant sa survie. Les mesures prises avec les moyens du bord ont permis de ramener sur terre les membres de la mission. L’enquête ultérieure aura permis de remonter la chaine des évènements ayant conduit à l’accident en identifiant les erreurs commises et de les corriger.

Apprendre de nos erreurs permettra de fixer des missions plus claires aux managers publics et les conduiront ainsi à développer de l’intelligence collective, dans leurs équipes, seule issue pour décider dans des situations complexes et agir avec cohérence, dans plusieurs échelles d’espace et de temps à la fois. En deçà des enjeux politiques, les enjeux stratégiques d’une meilleure organisation technique et managériale de notre administration publique sont les plus importants. Nos fonctionnaires ont besoin que nous les aidions à reconstruire des services publics au service du public, au profit de la nation tout entière et de l’Europe. Au-delà des commissions d’enquêtes dont nos politiques seront demandeurs, il est nécessaire que  l’Administration fasse son anorgiamento. Les réformes n’ont que trop tardé. Il faudra tout changer, en bon ordre en dans le temps, et jouer sur les trois leviers à la fois les structures, la gouvernance et le management.

[1] Jean Monnet, Mémoires; Fayard, 1976

[2] A la même époque de la publication du Livre blanc, une enquête de l’Institut Global Scan (mars 2006) sur le système de la libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ? montrait que la France était le seul pays parmi les 20 interrogés à répondre non à la question.

[3] Daniel ParrochiaLa forme des crises, Logique et épistémologie ; collection milieux Éditions Champ Vallon (2008).

[4] Francis Massé, Urgences et lenteur, préface d’Anne-Marie Idrac, Éditions Fauves, 2017 ; Nouvelle édition 2020.

[5] La société assiégée, Le Rouergue /Chambon, 2005

[6] ITW Pascal Perrineau ; La Tribune Newsletter du 30 mars 2020.

[7] Rapport de Jean Ludovic Silicani : « Les valeurs essentielles incluent, bien évidemment, les valeurs traditionnelles, souvent perdues de vue et qu’il faut revivifier. Ces dernières peuvent cependant avoir, dans un référentiel de valeurs, une signification et une portée différentes de celle que leur attribuent l’histoire administrative et le droit. Les principes juridiques traditionnels dégagés par le droit public constituent naturellement des valeurs, mais inversement toutes les valeurs ne sont pas des principes juridiques. Le rôle de référence intellectuelle et morale de l’action publique qu’elles doivent jouer, mais aussi leur dimension opérationnelle implique de leur donner une place différente de celle qu’occupent les règles de droit. »

[8]Charles de Gaulle, le fil de l’épée.

[9]Mission Haute fonction publique du 30 janvier 2020.

 

 

123456



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol