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COvid 19? Quelle responsabilité ?

COvid 19? Quelle responsabilité ?

 

Selon le philosophe, Jean-Pierre Dupuy  , , la réponse politique aux crises comme celle du Covid-19 appelle une solide culture scientifique chez les dirigeants et la prévalence de l’éthique sur l’économique.(entretien le Monde)

Jean-Pierre Dupuy, né en 1941, a été formé à la logique et aux mathématiques à l’Ecole polytechnique avant de se tourner vers la philosophie des sciences et des techniques, puis la philosophie morale et politique. Il a longtemps enseigné ces disciplines à l’Ecole polytechnique puis à l’université Stanford en Californie, où il a animé cette année un séminaire de recherche sur le problème du Mal. Il enseigne aussi au Brésil, avec lequel il a des liens familiaux, les fondements philosophiques de l’écologie politique.

Très tôt, collaborant avec Ivan Illich, il s’est intéressé à la critique de l’économie politique et à la philosophie sociale anglo-américaine, d’Adam Smith à John Rawls (dont il publie en France l’ouvrage majeur, Théorie de la justice), dont il tire le livre Le Sacrifice et l’Envie. Le libéralisme aux prises avec la justice sociale (Calmann-Lévy, 1992).

En 1982, il crée à Polytechnique le Centre de recherche en épistémologie appliquée (CREA). Il y développe des recherches sur la philosophie des techniques, collaborant avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et le Conseil général des mines, conduisant en particulier une réflexion sur les nanotechnologies, le transhumanisme et l’histoire de l’intelligence artificielle (The Mechanization of the Mind. On the Origins of Cognitive Science, Princeton University Press, 2000).

Depuis 2002, il travaille sur la philosophie des catastrophes, mariant les démarches épistémologique (Pour un catastrophisme éclairé. Quand l’impossible est certain, Seuil, 2002), métaphysique (Petite métaphysique des tsunamis, Seuil, 2005), critique (L’Avenir de l’économie. Sortir de l’écomystification, Flammarion, 2012) et stratégique (La Guerre qui ne peut pas avoir lieu. Essai de métaphysique nucléaire, Desclée de Brouwer, 2019), sans oublier la dimension religieuse de notre rapport à un avenir qui n’est plus assuré (La Marque du sacré, rééd. Flammarion, 2010).

Vous avez forgé le concept de « catastrophisme éclairé », souvent cité dans les débats sur les menaces pesant sur l’avenir de l’humanité, comme le changement climatique, les catastrophes industrielles et technologiques, la guerre nucléaire, etc. A quoi nous sert-il dans le cas d’une catastrophe naturelle comme la pandémie de Covid-19 ?

Je crains qu’il ne serve à rien. Beaucoup de mes collègues, penseurs et philosophes, ont été trop heureux de prétendre que les événements confirmaient ce qu’ils avaient toujours pensé. Certains, comme les collapsologues, n’ont même pas cherché à réprimer la joie que leur procurait la survenue d’un effondrement à l’échelle mondiale qu’ils n’avaient prévu que dans dix ans. Dans l’ensemble, le monde intellectuel français s’est montré inapte à se laisser bousculer par l’événement. On peut lui appliquer ce qu’a écrit Michel Houellebecq [dans une lettre lue sur France Inter lundi 4 mai 2020] : « Nous ne nous réveillerons pas, après le confinement, dans un nouveau monde ; ce sera le même, en un peu pire. »

Sondage : 25 % des Français méfiants vis-à-vis d’un vaccin contre le Covid-19

Sondage : 25 % des Français méfiants vis-à-vis d’un vaccin contre le Covid-19

-Selon plusieurs enquêtes en ligne réalisées par des chercheurs membres du projet Coconel, près d’un quart des Français ne compteraient pas se faire vacciner contre le Covid. Une méfiance évidemment entretenue sans doute déjà par toutes les interrogations qui tournent du travail des lobbies des  industriels de la pharmacie se livrent à auprès des Etats auprès des laboratoires et des experts pour valoriser des traitements pour l’instant non scientifiquement reconnus.

Pourtant il est certain qu’à vaccin serait la meilleure protection contre la maladie reste que certaines pathologies aucun vaccin n’a pu être trouvé à ce jour. Une réaction qui peut étonner au regard de la bataille que se livrent les laboratoires du monde entier afin de créer le précieux vaccin«Un vaccin sûr et efficace pourrait être le seul outil permettant un retour du monde à un sentiment de normalité», avait ainsi estimé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, en avril dernier. Si aucun vaccin n’est encore sur le marché, l’OMS a bon espoir que cette perspective aboutisse des 2021 mais rien n’est sûr en ce domaine. Pour les médias mêmes les milieux scientifiques sont très critiques sur l’efficacité des différents traitements.

 

Covid-19: l’Europe menacée par une nouvelle vague ?

Covid-19: l’Europe menacée par une nouvelle vague ?

 

«Le nombre de cas a augmenté en Europe la semaine dernière pour la première fois depuis des mois», a déclaré le Dr Hans Kluge, directeur de la branche européenne de l’OMS lors d’une conférence de presse, et «l’accélération est très significative dans certains pays». La région (qui pour l’organisation internationale regroupe 54 États, dont la Russie et Israël) déclare environ 20.000 nouveaux cas et 700 décès par jour.

L’alerte peut sembler paradoxale au moment où le continent profite d’une situation épidémique très favorable. Elle est ainsi, avec l’Australie, l’une des rares régions en vert sur la carte des prévisions de cas de Covid-19 développée par l’université de Genève. Aucun pays n’y connaît une croissance exponentielle des cas. «Après une très forte décrue liée aux mesures de confinement, l’épidémie a atteint ses sommets).

Covid-19 : Le Nombre de clusters augmente en France

Covid-19 : Le Nombre de clusters augmente en France

Si globalement la situation sanitaire semble davantage maîtriser concernant le nombre de décès de personnes hospitalisées reste cependant la montée licence d’un certain nombre de clusters. Ce nombre hebdomadaire des clusters découverts en France est passé de 29 à 37 en l’espace de sept jours. A la date du 16 juin, un total de 74 clusters était «en cours d’investigation» dans le pays. Ceux-ci concernent principalement des établissements de santé (20%), des entreprises privées et publiques, hors santé (19%) et des milieux familiaux élargis (16%).

Une analyse par départements montre que le plus grand nombre de clusters en cours d’investigation se trouve en Guyane (12), dans le Nord (6) et en Loire-Atlantique (5).

Sur un total de 239 clusters découverts depuis le 9 mai, la moitié sont aujourd’hui considérés comme «clôturés» (aucun nouveau cas déclaré après la période d’isolement de 14 jours imposée aux personnes en contact avec les malades), et 19% sont considérés comme «maîtrisés» (absence de nouveaux cas sept jours après le dernier cas).

Un cluster se définit comme la survenue d’au moins trois cas confirmés ou probables sur une période de 7 jours dans une même communauté ou parmi des personnes ayant participé à un même rassemblement.

Une enquête officielle du parquet sur la gestion du Covid-19 en France

Une enquête officielle du parquet sur la gestion du Covid-19 en France

Pour l’instant, il ne s’agit pas encore d’une enquête officielle mais d’une enquête préliminaire visant à vérifier si il y a eu ou non mise en danger de la vie d’autrui et non-assistance à personne en péril .Dans un communiqué, Rémy Heitz , procureur de la république de Paris précise qu’il a saisi lundi l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (OCLAESP).

“Cette enquête judiciaire aura pour objet d’établir les processus décisionnels mis en oeuvre à l’occasion de la crise sanitaire afin de mettre au jour les éventuelles infractions pénales susceptibles d’avoir été commises”, ajoute-t-il.

Le parquet de Paris précise avoir a été, à ce jour et depuis le 24 mars dernier, destinataire de 62 plaintes ou signalements liés à l’épidémie de coronavirus.

Ces plaintes, poursuit le communiqué, mettent en cause, pour la plupart, “différentes instances, structures ou départements ministériels ainsi que des responsables administratifs, décideurs publics”.

Notons cependant que si ces enquêtes peuvent éventuellement servir à formuler des recommandations pour l’avenir il ne faut guère espérer de mise en responsabilité débouchant sur des sanctions. . D’abord parce que l’administration se couvre toujours derrière la signature d’un ministre avant de prendre une décision ensuite parce qu’un ministre un exercice n’est passible que de la cour pénale spéciale réservée au gouvernement qui comprend neuf élus et seulement trois magistrats. Notons d’ailleurs que la cour jusqu’à leur n’a pris que des mesures symboliques. Faisant juste des gros yeux à Christine Lagarde pour avoir imprudemment accordé 450 milliards à Tapie. Dans cette affaire à peu près tout le monde a été innocenté même si théoriquement la justice existe toujours le remboursement, 25 ans après le début de l’affaire !

Covid-19 : l’Italie, la France et l’Espagne les plus touchées

Covid-19 : l’Italie, la France et l’Espagne les plus touchées  

 

Les  experts de l’OFCE tentent de comprendre pourquoi tous les pays n’ont pas subi cette parenthèse inédite avec le même degré d’intensité. Dans leur dernière étude , ils relèvent une nette hétérogénéité des situations géographiques et sectorielles à partir des données du mois d’avril, le mois où la population mondiale en confinement a atteint son pic.

 

Au total, la chute du PIB mondial est totalement hors normes, estimée à 19 % au cours de ce mois d’interruption brutale d’activité. Le commerce mondial a reculé de 25 %. Mais le choc de la demande enregistré par les pays concernés varie de l’un à l’autre car il est fonction non seulement de la rigueur du confinement mais aussi de la spécialisation sectorielle et du degré d’ouverture des économies.

En Europe, l’Espagne (-39 %), l’Italie (-36 %) et la France (-36 %) apparaissent clairement comme les principales victimes du coronavirus. La corrélation avec la dureté du confinement est sans équivoque mais s’y ajoute le contrecoup de l’arrêt instantané du tourisme, secteur nourricier dans ces pays. L’Allemagne (-24 %) et les Etats-Unis (- 22 %) semblent moins impactés. « L’Allemagne connaît les pertes domestiques les plus modérées, note l’OFCE, mais le pays souffre de sa forte exposition à la demande étrangère » qui se traduit par l’ effondrement de la demande qui lui est adressée. Les Etats-Unis eux, limitent l’impact du choc par leur relative fermeture commerciale.

Feuilleton de l’Hydroxychloroquine : « pas d’effet bénéfique » contre le Covid-19 selon une « étude » britannique

Feuilleton de l’Hydroxychloroquine : « pas d’effet bénéfique » contre le Covid-19 selon une « étude » britannique

Le feuilleton sur l’efficacité de la chloroquine continue et selon les études, les laboratoires ou les industries pharmaceutiques les avis divergents souvent d’ailleurs pour des motifs financiers. Rien n’indique pour l’instant que la chloroquine est complètement efficace mais le contraire non plus. Ce qui n’empêche pas certains organismes de le condamner sans doute notamment en raison de son coût ridicule. La dernière condamnation est britannique L’hydroxychloroquine est-elle efficace contre le Covid-19 ? La question n’a pas fini de faire polémique. Selon les résultats préliminaires de l’essai clinique britannique, Recovery, ce n’est pas le cas.

« Nous avons examiné les données et conclu qu’il n’y avait aucune preuve d’un effet bénéfique de l’hydroxychloroquine chez les patients hospitalisés » avec le nouveau coronavirus, explique ce vendredi Martin Landray, professeur à l’Université d’Oxford et codirecteur de l’étude. Les chercheurs ont, sur la base de ces premières données, « décidé d’arrêter l’inscription des participants dans le bras hydroxychloroquine de l’essai avec effet immédiat », ajoute-t-il.

Recovery a été lancé en mars comme une étude clinique randomisée « pour tester une gamme de médicaments potentiels contre le Covid-19 », dont le controversé traitement antipaludéen. Il était l’un des seuls essais à ne pas avoir arrêté le recours à l’hydroxychloroquine malgré une étude observationnelle très critiquée de The Lancet - dont trois des auteurs se sont rétractés depuis - pointant du doigt l’inefficacité voire l’effet néfaste de la molécule. Le débat est loin d’être terminé car outre les aspects scientifiques se mêlent des intérêts financiers évidents sans parler des enjeux de prestige.

 

«Avec Covid-19!, vers le paiement numérique

«Avec Covid-19!, vers le paiement numérique

La pandémie pourrait être un véritable tournant vers les paiements numériques, estime Marion Labouré, stratégiste chez Deutsche Bank ( L’opinion)

 

Marion Labouré.

La pandémie de Covid-19 pourrait bien être le catalyseur tant attendu propulsant les paiements numériques vers un usage généralisé. En effet, de nombreux experts considèrent que l’argent liquide est un vecteur de transmission du virus et la pandémie actuelle force les pays à repenser l’utilisation du cash. Dans le but de restaurer la confiance, certaines banques centrales ont déployé des efforts de communication pour dire que les risques de contamination étaient faibles. Alors que d’autres sont allées jusqu’à la mise en quarantaine, la désinfection et l’isolement de billets afin d’endiguer la propagation du virus. Il ne fait aucun doute que l’épidémie incitera les gouvernements, les banques centrales et les entreprises à accélérer la transition vers les paiements numériques.

Les paiements physiques : un vecteur de transmission de pathogènes

Le nettoyage de l’argent liquide est justifié par l’avis unanime des experts qui jugent que la monnaie peut être un vecteur pour le pathogène, comme le moustique peut l’être pour le paludisme par exemple. Les études ont montré que les billets et les cartes bancaires, comme toute surface touchée par un grand nombre de personnes, peuvent abriter des bactéries ou des virus.

Une étude récente a suggéré que le coronavirus « pourrait persister sur une surface inanimée comme du métal, du verre ou du plastique jusqu’à neuf jours mais pourrait être efficacement inactivé par des procédures rigoureuses de désinfection ». Une autre étude a montré que le virus pourrait survivre sur du plastique ou de l’acier jusqu’à trois jours après la contamination de la surface, et sur du carton ou du cuivre pendant un jour entier.

Les usagers peuvent facilement désinfecter leurs Smartphones et cartes bancaires, cela permettrait de prévenir la diffusion du virus

Les Smartphones ne sont pas nécessairement une meilleure option pour éviter la transmission du pathogène. En effet, les premières études montrent que le coronavirus pourrait survivre jusqu’à une semaine sur un écran de smartphone. Les chercheurs ont montré que 92 % des Smartphones et 82 % des mains de leurs usagers présentent des bactéries sur leur surface. Evidemment, les usagers peuvent facilement désinfecter leurs Smartphones et cartes bancaires, cela permettrait de prévenir la diffusion du virus. La désinfection du cash est, quant à elle, une affaire bien plus complexe.

Les banques centrales ne réagissent pas toutes de la même façon

Ces dernières semaines, le nombre de recherches internet comportant les termes « cash virus » ont atteint des sommets. Ce phénomène a été constaté dans des territoires aussi différents que l’Australie, le Canada, la France, l’Irlande, Singapour, la Suisse, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

Les banques centrales ont répondu aux questions soulevées par la population de trois manières distinctes. Premièrement, plusieurs banques centrales (notamment la Banque d’Angleterre, la Banque Fédérale d’Allemagne, la Banque Nationale du Canada et la Banque Centrale Sud-Africaine) ont activement communiqué sur le fait que les risques de contamination étaient minimes.

Ensuite, d’autres banques centrales ont pris des mesures de précaution : la Banque de Chine a été la pionnière, puis les banques centrales de Corée du Sud, Hongrie et du Koweït ont commencé à désinfecter et même détruire les billets afin de lutter contre la diffusion du virus. Enfin, par peur d’importer de la monnaie contaminée d’Asie, la Réserve Fédérale Américaine a proclamé une mesure d’isolement pour les billets provenant de cette région du monde. Plusieurs autres gouvernements et banques centrales (notamment d’Inde, Indonésie et Géorgie) ont quant à eux explicitement encouragé les paiements numériques.

Durant les dernières semaines, plus de la moitié des paiements par carte bancaire ont été réalisés sans contact, contre un tiers en décembre en Allemagne

Le Covid-19 alimente la transition vers les paiements numériques

A court terme, la pandémie pourrait contribuer à accélérer la transition, déjà initiée, vers les paiements numériques. En effet, l’impact sur les systèmes de paiement en Asie pourrait se ressentir plus précocement qu’en Europe ou aux États-Unis, compte tenu de l’engouement pour les paiements digitaux en Orient.

A la fin de l’année 2018, environ 73 % des internautes chinois utilisaient un système de paiement en ligne (alors qu’ils étaient 18 % en 2008). Une des principales explications à cette dichotomie avec l’Europe et les États-Unis est la part plus importante de jeunes dans la population et leur plus grande disposition à adopter les nouvelles technologies.

Cependant, la pandémie pourrait être un véritable tournant sachant que les personnes les plus âgées sont également les plus vulnérables au virus. Elles sont par ailleurs les plus ferventes adeptes du cash et les moins enclines à modifier leurs habitudes pour embrasser les paiements digitalisés.

Les habitudes enracinées dans un système ancien sont les plus difficiles à déloger. Cela pourrait être un problème conséquent, en termes de contrôle de la maladie, particulièrement dans les sociétés où le cash est très important et dont les populations sont vieillissantes, comme aux Etats-Unis ou en Allemagne. Pour diminuer les contacts physiques et les queues aux caisses, la limite des paiements sans contact est passée de 30 à 50 euros dans la plupart des pays européens.

Mais l’évolution se fait déjà ressentir : durant les dernières semaines, plus de la moitié des paiements par carte bancaire ont été réalisés sans contact, contre un tiers en décembre en Allemagne. La digitalisation des paiements en Europe pourrait avoir un impact non négligeable car il n’y a à ce jour, aucune entreprise européenne leader des paiements numériques, contrairement à la Chine. Ainsi, l’engouement des Européens pour les paiements digitaux pourrait être une aubaine pour les entreprises américaines de paiement en ligne. De plus, la plupart des sondés ont reconnu prévoir d’utiliser un portefeuille électronique plus fréquemment dans les six prochains mois. Ils pensent également que le portefeuille électronique remplacera son équivalent traditionnel dans les cinq prochaines années. En attendant 2025, nous nous attendons à ce que les e-portefeuilles deviennent la seconde méthode de paiement favorite après la carte bancaire, et la préférée chez les millénnials.

A moyen et long terme, ces considérations contribueront à pousser les banques centrales à développer leur propre monnaie digitale (CBDC, pour Central Bank Digital Currency). En réalité, les banques centrales ont déjà commencé à mettre en place des initiatives concernant leur propre monnaie digitalisée. Aujourd’hui 80 % d’entre elles développent une CBDC et 10 % sont déjà en train de lancer un projet pilote.

La Suède, où la circulation d’argent liquide représente seulement 1 % du PIB, pourrait devenir la première nation cashless au monde d’ici mars 2023

Des pays, représentant un cinquième de la population mondiale, sont susceptibles de proposer leur monnaie digitale dans les trois prochaines années. Ce processus est déjà en cours. L’ancien président de la Banque Centrale de Chine, Li Lihui, a déclaré qu’une monnaie digitale serait pratique, efficace et intéressante financièrement, et qu’elle serait particulièrement appréciée pendant une épidémie. Des rapports indiquent que la Banque Populaire de Chine, en collaboration avec des entreprises privées a déjà développé une monnaie numérique qui posséderait des fonctions basiques.

Au cours des dernières semaines, sans passer par une annonce formelle, la Chine a esquissé les essais de sa nouvelle monnaie digitale dans quatre métropoles, avec Starbucks et McDonald’s comme partenaires. En février 2020, la Suède, où la circulation d’argent liquide représente seulement 1 % du PIB, a révélé réaliser ses premiers essais sur le e-krona et pourrait devenir la première nation « cashless » au monde d’ici mars 2023.

Aux Etats-Unis, le plan de relance lié au Covid-19 incluait initialement de soutenir l’économie grâce à une monnaie digitale, mais ce projet a finalement été abandonné. La Réserve Fédérale américaine aurait donc pu utiliser un « dollar digital » et des portefeuilles virtuels pour effectuer des paiements aux individus et aux entreprises.

Ainsi, bien que le coronavirus puisse être « un pathogène qui n’apparaît qu’une fois par siècle » d’après les mots de Bill Gates, une solution tout aussi exceptionnelle pourrait permettre de répondre efficacement à cette situation (au moins du point de vue des paiements). Le virus a déjà poussé les pays à désinfecter, détruire et réimprimer leurs devises. En comparaison de cet effort conséquent, un système de paiement numérique peut apparaître comme une solution bien plus simple et efficace.

Marion Labouré est stratégiste chez Deutsche Bank

Covid-19 : pourquoi n’avons-nous rien fait ?

Covid-19 : pourquoi n’avons-nous rien fait?

Ancien élève de l’ENA, essayiste et président de MDN Consultants, Francis Massé, analyse dans la tribune les raisons des défaillances de la sphère publique constatée pendant la crise du Covid-19 et apporte des pistes de solutions.

 

 

« Face à la crise du Covid-19 nous avons la stratégie de nos moyens. Rien ne sert de se lamenter, il faut faire face. En revanche il sera nécessaire de faire un retour d’expérience à grande et petite échelle pour analyser les causes de nos défaillances et être mieux préparés pour les prochaines crises. Nous pouvons identifier d’ores et déjà des causes lointaines inhérentes aux disfonctionnements de la sphère publique liés à son organisation à sa gouvernance et à un management lacunaire.

Nous sommes face à une crise, une véritable épreuve, douloureuse pour beaucoup, mais nous pouvons la questionner et la transformer en opportunité. Nous pouvons nous remettre en cause pour réagir en toute connaissance de cause.

Le Livre blanc de la défense et la sécurité nationale de 2008 prémonitoire

Le questionnement qui nous vient à l’esprit : pourquoi n’avons-nous rien fait alors que nous savions ? Pour prendre un seul exemple, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 soulignait l’occurrence de nouveaux risques naturels et sanitaires. Il exposait clairement ce qui suit.

« Les risques d’origine naturelle ou sanitaire sont devenus des facteurs de déstabilisation massive pour la population et les pouvoirs publics. Les risques sanitaires sont susceptibles d’engendrer une désorganisation des échanges économiques. Ils présentent des coûts de prévention et de protection très importants. La propagation de nouvelles souches virales ou bactériennes ou la réapparition sur le continent européen de souches anciennes résultent de l’ouverture des frontières, de la fluidité des transports et de la rapidité des échanges internationaux. De façon similaire, le territoire et la population sont exposés à la possibilité de catastrophes naturelles dont les effets changent progressivement d’échelle. Les départements et collectivités d’outre-mer sont particulièrement vulnérables à ce type d’événements. Mais le territoire métropolitain n’en est pas exempt, comme le montrent les tempêtes de 1999 ou l’exposition aux risques sismiques de la région méditerranéenne. Les désorganisations sociales majeures que peuvent provoquer les nouveaux types d’épidémies ou les accidents climatiques violents font partie des risques d’ampleur nouvelle qui pèsent sur la collectivité nationale. »

Notre propos n’est pas d’accuser mais de comprendre, d’analyser pourquoi nos dispositifs de pilotage n’ont pas fonctionné. « Comme toujours - écrit Jean Monnet dans ses mémoires à propos de la crise de 1929 -, la sagesse et les réformes n’interviennent qu’au terme de grandes difficultés. Des mesures si simples, prises plus tôt, eussent-elles évité́ la grande crise ? Poser cette question, c’est ignorer que les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité́ et ils ne voient la nécessité́ que dans la crise ».[1]

Par ailleurs les crises pandémiques ne sont pas les seules que notre civilisation court le risque de rencontrer. Le Livre blanc citait une liste considérable de menaces réelles :

- Attentats terroristes (simultanés et/ou majeurs) : probabilité forte, ampleur moyenne à sévère ; risque NRBC réel.

- Attaques informatiques : probabilité forte ; ampleur faible à forte.

- Menace balistique : en provenance de puissances majeures, ou désormais de nouvelles puissances dotées, compte tenu des portées prévisibles des missiles à l’horizon 2025 ; dans ce second cas, probabilité faible à moyenne ; ampleur potentiellement sévère.

- Pandémie : probabilité moyenne ; ampleur moyenne à sévère.

- Catastrophes naturelles (notamment inondations en métropole) ou industrielles : probabilité moyenne à forte ; ampleur moyenne à sévère.

- Criminalité organisée (accroissement des trafics de drogue, de contrefaçons, d’armes, activités de blanchiment) ; probabilité élevée.

- DOM-COM : – zone Caraïbes (séismes et cyclones) : probabilité forte ; – menaces sur Guyane et zone Océanie ; probabilité faible.

Trop de rapports et peu d’effets ?

Par conséquent notre interrogation pour être pertinente n’est pas de rechercher des responsables mais de rechercher les causes racines d’un manque d’anticipation, en particulier dans la sphère publique. Mais le secteur privé ne peut s’exonérer de retour d’expérience.

Nous sommes tout d’abord en profond désaccord dans notre pays sur l’État que nous souhaitons. Nous avons parfois l’impression, justifiée ou non, que nos gouvernants font le constat explicite ou implicite que l’État et son administration sont irréformables. Ils pensent qu’il faut trouver d’autres moyens de mener à bien des actions publiques par ailleurs indispensables.

Dès lors ils souhaitent aller vers une conception d’un État limité à des compétences régaliennes, aux questions d’ordre public, de police, de justice, de défense, voire de régulation économique. D’aucuns s’inscrivent d’ailleurs dans une pensée ultralibérale qui serait le nec plus ultra de la politique et de la civilisation.

A contrario, le tout État n’est pas une option.

Évitons de polémiquer sur ces deux options inefficaces. Trop idéologiques elles occultent des pans entiers de la réalité économique, sociale et environnementale. Celle-ci est un tout. Il est difficile de traiter un sujet indépendamment des autres. Nous aurons autant besoin demain de plus de planification et de pensée à long terme que d’initiatives décentralisées et d’entreprises libres et créatives. Aussi un État, stratège des stratèges (stratèges que sont les autres organisations publiques et privées) sera pour longtemps indispensable pour œuvrer à un plan de transformation.

Mais il faut entendre les doutes et hésitations quant à notre capacité à réformer, voire restructurer en profondeur l’Administration publique à tous les étages. La tâche est immense autant qu’urgente. Notre argument principal, c’est que le coût de sortie d’un système vers un autre est très élevé et que le Big Bang n’est pas crédible à nos yeux. Pour autant, au vu de l’accélération des risques et des menaces nous ne devons pas de nouveau être pris au dépourvu et pouvoir tirer parti de l’expérience actuelle.

Par ailleurs nous sommes un État, membre de l’Union européenne. A ce titre nous ne pouvons que concevoir une réorganisation de la sphère publique que dans une répartition claire entre l’Union et le niveau national.

Enfin, nous sommes un État qui doit co-construire en permanence ses stratégies avec le secteur économique et industriel et les entreprises. Ce ne sont pas, pour illustrer ce propos, les administrations qui fabriquent les tests médicaux ni les masques …[2]

Ces enjeux, ces défis géopolitiques, climatiques, de biodiversité, ces risques de crise économique et financière, de déficit démocratique ou de crise de la démocratie, ces risques de crises alimentaire, pandémique, nécessitent une compréhension ! Com-prendre, c’est prendre ensemble toute la réalité des situations.

La compréhension s’impose ! Puis l’action

Ce qui apparaît le mieux aux yeux des citoyens, c’est notre économie en crise parce que le chômage rompt le lien social. Et aujourd’hui la crise sanitaire. Mais beaucoup d’autres crises émergent aujourd’hui dont la simultanéité laisse deviner leur nature systémique. Nous sommes face aujourd’hui à plusieurs types de crises : les mutations métaphysiques, les crises psychologiques, les crises sociales, les crises économiques, les crises financières, les crises stratégiques, les crises issues de défaillances technologiques majeures ou les ruptures scientifiques, les crises écologiques majeures, les révolutions, les progrès techniques. [3]

Face à elles nous devons avoir la volonté de puiser les informations qui nous sont indispensables dans la réalité, reconnaître l’importance des problèmes concrets posés par notre temps et nous orienter vers des solutions justes. Sans cette attitude, il ne nous sera possible ni de relever les défis ni de résoudre les problèmes. Seule en effet l’intelligence des réalités nous permettra de dégager les bonnes conclusions.

Chaque « type de crise » possède ses caractéristiques propres ; il apparaît clairement, si l’on sait en repérer les signes avant-coureurs, percevoir le surgissement de l’irrégulier, prévoir l’imprévisible, gérer l’ingérable ou maîtriser le chaos, qu’il existe néanmoins, écrit Daniel Parrochia, une logique des crises encore à cerner. En particulier nous avons encore beaucoup à faire pour découvrir les liens entre elles et ensuite pour formaliser une action globale pour les résoudre.

 La lenteur n’est pas la procrastination

Chaque fois que l’action publique, le monde des entreprises et le corps social improviseront, ils aggraveront les crises et freineront les indispensables et profondes transformations. Nous devons prendre le temps disponible pour nous interroger et prendre les bonnes décisions. Nous souhaitons alerter sur le fait que la lenteur à privilégier n’est pas une procrastination ; il ne s’agit pas de prendre son temps face aux urgences innombrables que nous devons traiter. Il est question ici de savoir prendre le temps qu’il faut et qu’il est possible de prendre pour réfléchir avant l’action. [4]

Encore, le Livre blanc disait qu’en « cas de déclenchement de la pandémie, il s’agit d’empêcher que la crise sanitaire ne dégénère en crise humanitaire, économique, sécuritaire, voire institutionnelle ». Alors pourquoi, avant l’épreuve, nous n’avons rien fait ou trop peu ? A notre avis parce que nous n’avons pas eu les moyens ni de comprendre ni d’agir.

Pour établir un système public à la hauteur des enjeux et qui soit prêt à relever les défis, il nous faut tout d’abord comme nous venons de le voir posséder une compréhension complète de ces derniers. Mais beaucoup diront que le Livre blanc était là et bien d’autres rapports. Et alors ? Cela suffit-il ? La preuve que non. Les services compétents se le sont-ils approprié ? En ont-ils tiré des conséquences pratiques chacun pour leur compte ? Ont-ils coopéré pour formuler des stratégies en réponse ? Les finances publiques ont-elles pu être mobilisées ?

Trois raisons principales à ce fait insupportable pour l’esprit. Nos structures et nos organisations sont inadaptées : trop de structures silotées et redondantes. Notre gouvernance publique (et sans doute souvent privée) comme nos modes opératoires sont lacunaires : des processus, des modes opératoires et la gouvernance sont inappropriés. Notre pratique managériale n’est pas de qualité suffisante ; un management impensé ou lacunaire nous entrave

Trois pistes de solutions

Trois pistes de solutions doivent être rapidement trouvées et surtout mises en œuvre à toutes les échelles.

1- Bâtir une nouvelle architecture publique

Zygmunt Bauman a asséné avec pertinence que dans notre monde en globalisation rapide, les organismes ne sont pas à la hauteur des dépendances. [5]Est-il déraisonnable de penser que compte tenu des risques et des menaces précitées nous sommes en bonne situation de les traiter par des organisations qui restent verticales et en silos ? Notre préconisation est de passer progressivement à des structures beaucoup plus larges et horizontales, de type agences publiques, qui s’engagent sur une plus grande opérationnalité et des résultats. Une trop grande spécialisation nuit à la fluidité des coopérations et des échanges d’informations sur des sujets qui sont reliés entre eux.  Qui sait, par exemple, qu’il n’existe que très peu de collaboration entre les ministères de l’écologie et celui de la santé ? Trop de ministères avec leurs services déconcentrés, trop d’établissements publics, le tout parfois en doublons avec des collectivités territoriales elles-mêmes en surnombre. En ce qui concerne le système de santé Pascal Perrineau nous dit qu’en Allemagne ce système est mieux préparé́ qu’en France, du fait l’organisation fédérale, parce qu’elle assure effectivement l’autonomie des territoires, permet même d’adapter les mesures aux réalités locales de la pandémie. « Lorsque le système fédéral bénéficie d’une bonne coordination, il est performant. Et cette réalité́ questionne les limites du schéma administratif français ». [6]

Cela n’empêche pas nos amis allemands de s’interroger eux-mêmes sur les limites de cette organisation. Aussi la question des structures ne suffit pas à tout expliquer ce sont les processus qu’il faut aussi revisiter.

2- Opérer une révolution opérationnelle

Un autre Livre blanc, celui sur l’avenir de la Fonction publique n’affirmait-il pas en évoquant le rôle de référence intellectuelle et morale de l’action publique, que les valeurs du service public sont importantes y compris dans leur dimension opérationnelle, avec une place différente de celles qu’occupent les règles de droit. [7] Il est certain que les réformes de structure ne suffisent pas et qu’a fortiori, celles des processus et modes opératoires sont essentielles. La gouvernance publique doit être profondément rénovée afin de pouvoir organiser et coordonner l’ensemble des transitions indispensables qui seront à mener dans les prochaines années, en particulier dans l’ensemble de la sphère économique, sociale et écologique. Cette dimension professionnelle et opérationnelle devra prévaloir ce qui rejoint la question de l’efficacité publique et de l’efficience. Une véritable « culture du résultat » devra être développée dans toutes les chaînes de création de valeur de l’action publique. C’est une révolution intellectuelle et comportementale, un nouvel état d’esprit à créer mais comment serait-possible de s’en exonérer ? Sur le papier tout le monde semble d’accord. C’est une illusion !

De fait il n’existe pas de consensus au sein de l’État ; sinon l’effectivité de ce nouvel état d’esprit existerait de facto. Il ne sert à rien de nous mentir à nous-mêmes. La dilution des responsabilités, l’absence trop fréquente d’évaluation des résultats, le manque de sanction de l’inertie coûtent à l’efficacité publique. Ce qui entraine que les carences managériales sont également en cause.

3- Instaurer un management public moderne et humain

Il n’est plus possible de continuer à formater des gestionnaires de procédure pour prendre la tête des services publics. Il faut permettre à ces responsables d’être de vrais managers publics.

Car l’une des questions fondamentales nous semble être la désarticulation continue entre le Politique (les gouvernants) et le Technique (l’Administration) depuis deux à trois décennies. La bureaucratie s’est emparée du pouvoir sur des matières de plus en plus complexes tandis que les gouvernants se repliaient dans une autonomisation croissante du Politique, en fait de la politique. « Certes - écrivait Charles de Gaulle-, la conduite de la guerre appartient à l’homme d’État, les opérations sont le fait du militaire. Mais où chacun doit-il s’arrêter ? Dans quelle mesure la stratégie et la politique réagiront-elles l’une sur l’autre ? Laquelle devra s’étendre et laquelle se restreindre ? Cela ne peut être prescrit d’avance, ni même défini. »[8]

Le combler c’est que cette quasi -liberté d’action de l’Administration n’a pas pour autant favorisé sa meilleure gestion. En particulier celle des compétences et des talents. Trop de rapports ont dénoncé les lacunes dans la gestion des ressources humaines dans l’Administration pour qu’il soit nécessaire d’y revenir. Même le dernier rapport en date celui de Frédéric Thiriez a souligné cet indispensable effort d’une GRH professionnelle[9].

Nous devrions agir dans quatre directions. Perfectionner un « écosystème de la connaissance » qui renforce les capacités de l’Administration et de l’État à agir avec intelligence et jugement. L’instauration d’une véritable gestion prévisionnelle des effectifs, des connaissances et des compétences. Un développement effectif des compétences par des formations adaptées aux temps présents. Il est grand temps !

Pour conclure, il y a exactement 50 ans, entre le 11 et 17 avril 1970, l’équipage d’Apollo 13 a dû faire face à un accident menaçant sa survie. Les mesures prises avec les moyens du bord ont permis de ramener sur terre les membres de la mission. L’enquête ultérieure aura permis de remonter la chaine des évènements ayant conduit à l’accident en identifiant les erreurs commises et de les corriger.

Apprendre de nos erreurs permettra de fixer des missions plus claires aux managers publics et les conduiront ainsi à développer de l’intelligence collective, dans leurs équipes, seule issue pour décider dans des situations complexes et agir avec cohérence, dans plusieurs échelles d’espace et de temps à la fois. En deçà des enjeux politiques, les enjeux stratégiques d’une meilleure organisation technique et managériale de notre administration publique sont les plus importants. Nos fonctionnaires ont besoin que nous les aidions à reconstruire des services publics au service du public, au profit de la nation tout entière et de l’Europe. Au-delà des commissions d’enquêtes dont nos politiques seront demandeurs, il est nécessaire que  l’Administration fasse son anorgiamento. Les réformes n’ont que trop tardé. Il faudra tout changer, en bon ordre en dans le temps, et jouer sur les trois leviers à la fois les structures, la gouvernance et le management.

[1] Jean Monnet, Mémoires; Fayard, 1976

[2] A la même époque de la publication du Livre blanc, une enquête de l’Institut Global Scan (mars 2006) sur le système de la libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ? montrait que la France était le seul pays parmi les 20 interrogés à répondre non à la question.

[3] Daniel ParrochiaLa forme des crises, Logique et épistémologie ; collection milieux Éditions Champ Vallon (2008).

[4] Francis Massé, Urgences et lenteur, préface d’Anne-Marie Idrac, Éditions Fauves, 2017 ; Nouvelle édition 2020.

[5] La société assiégée, Le Rouergue /Chambon, 2005

[6] ITW Pascal Perrineau ; La Tribune Newsletter du 30 mars 2020.

[7] Rapport de Jean Ludovic Silicani : « Les valeurs essentielles incluent, bien évidemment, les valeurs traditionnelles, souvent perdues de vue et qu’il faut revivifier. Ces dernières peuvent cependant avoir, dans un référentiel de valeurs, une signification et une portée différentes de celle que leur attribuent l’histoire administrative et le droit. Les principes juridiques traditionnels dégagés par le droit public constituent naturellement des valeurs, mais inversement toutes les valeurs ne sont pas des principes juridiques. Le rôle de référence intellectuelle et morale de l’action publique qu’elles doivent jouer, mais aussi leur dimension opérationnelle implique de leur donner une place différente de celle qu’occupent les règles de droit. »

[8]Charles de Gaulle, le fil de l’épée.

[9]Mission Haute fonction publique du 30 janvier 2020.

 

 

Covid-19 : Trump se soigne à l’hydroxychloroquine depuis dix jours

Covid-19 : Trump se soigne à l’hydroxychloroquine depuis dix jours

 

Par prévention, le président américain déclare qu’il prend depuis 10 jours de la chloroquine ( commercialisé souvent sous le nom de nivaquine). On sait qu’une polémique est née quand à l’efficacité de l’Hydrochloroquine utilisée notamment par le très médiatique professeur français Raoult. Plusieurs études ont été menées pour tenter d’évaluer l’efficacité du traitement ( il s’agit d’un traitement pas d’un vaccin ); rien de probant n’est sorti de ces évaluations. Certaines démontrent l’utilité de la molécule, d’autres non. De toute façon des clivages très importants entre experts et mandarins sont intervenus très tôt à propos de l’usage de la chloroquine.

Derrière ces querelles, il y a évidemment des les enjeux de financement des instituts ( financement publiques et financements par des industries pharmaceutiques), aussi des querelles d’ego et des positions liées à la proximité avec le pouvoir. Il n’est pas certain que le cobaye Donald Trump  constitue un échantillon représentatif pour déboucher sur une évaluation pertinente de chloroquine.

Notons quand même qu’il s’agit d’une molécule très ancienne en général utilisée pour lutter contre le paludisme depuis des dizaines d’années est bien connue dans des pays tropicaux notamment en Afrique. Il est certainement bien trop tôt pour tirer des conclusions scientifiquement pertinentes et sereines de ce traitement comme d’autres d’ailleurs car les études notamment épidémiologiques vont demander du temps.

Donald Trump en tout cas a révélé lundi qu’il prenait tous les jours de l’hydroxychloroquine, un médicament contre le paludisme dont l’efficacité contre le coronavirus n’a pas été démontrée à ce stade. «J’en prends depuis dix jours (…) je prends un comprimé par jour», a déclaré le président américain à la stupéfaction générale, lors d’un échange avec les journalistes à la Maison Blanche. «J’entends beaucoup de choses extraordinairement positives» sur ce médicament, a-t-il justifié. «Vous connaissez l’expression: qu’est-ce que vous avez à perdre?»

Preuve qu’il était content de l’effet produit sur son audience, l’ancien homme d’affaires de New York s’est amusé de son annonce devant les journalistes. «J’attendais de voir vos yeux s’illuminer quand j’ai dit ça… Oui, j’en prends depuis une semaine et demie et je suis toujours là!».

Covid-19 : une perte moyenne de 600 € pour les salariés

Covid-19 : une perte moyenne de 600 € pour les salariés

Les économistes du cabinet Xerfi estiment que la perte pourrait s’élever à 600 euros sur l’ensemble de l’année pour un travailleur touchant un salaire net médian de 1.845 euros.

À l’heure du déconfinement, beaucoup d’entreprises vont être obligées de prolonger les mesures de chômage partiel, notamment dans tous les secteurs encore concernés par les fermetures administratives, comme les cafés et les restaurants. Au dernier bilan de la direction statistique du ministère du Travail, le chômage partiel a été sollicité par près d’un million d’entreprises pour plus de 12 millions de salariés.

En outre, la reprise économique, qui s’annonce incertaine, ne devrait pas inciter l’ensemble les employeurs à reprendre une activité rapide dans les prochaines semaines.

Covid-19 : « Pourquoi un tel retard dans l’administration de tests ? »

Covid-19 : « Pourquoi  un tel retard dans l’administration de tests ? »

Gilbert J. Fournié, ancien directeur de recherche à l’Inserm, s’étonne dans le Monde que le gouvernement n’ait toujours pas publié une carte des tests. Le dépistage est pourtant l’un des six prérequis définis par le conseil scientifique pour la sortie du confinement.

Tribune.

 

Pourquoi la troisième carte de France promise par le gouvernement, celle des tests, n’a-t-elle pas encore été publiée ? Cette question se fonde sur des faits établis et connus de tous. Certains pays ont mieux géré le problème de l’infection due au coronavirus que d’autres.

La mesure « constante » des pays qui ont le mieux géré l’épidémie est la réalisation à grande échelle des tests de diagnostic de l’infection virale (connus du grand public sous la dénomination de RT-PCR) pour le dépistage des personnes infectées, le traçage des contacts, la recherche de l’infection chez ces contacts et l’isolement de toutes les personnes infectées.

Dans ce contexte, il est intéressant de considérer le point où en est la France. La sortie du confinement est programmée pour le 11 mai, si les six prérequis définis par le conseil scientifique (CS) sont respectés (Avis n° 6 du conseil scientifique Covid-19 – 20 avril 2020). La stratégie que le CS propose en préliminaire de ses recommandations repose en particulier et avant tout sur « l’identification des cas probables… et l’identification des contacts des cas diagnostiqués permettant… un isolement en cas de positivité, y compris pour les personnes asymptomatiques ».

C’est la stratégie suivie dès le début de la pandémie, par les pays qui ont le mieux géré l’épidémie (Corée du Sud, Singapour, Taïwan, Japon en particulier), c’est-à-dire qui déplorent le moins de morts par million d’habitants (5 décès/million d’habitants pour la Corée du Sud, par exemple). Le confinement, imposé en France par l’évolution de l’épidémie (plus de 300 décès/million d’habitants, saturation des capacités médicales), n’a été dans ces pays asiatiques qu’une mesure appliquée secondairement.

 

Il n’est pas besoin d’être un éminent épidémiologiste des maladies infectieuses pour comprendre l’importance d’une telle stratégie, quelle que soit la situation à laquelle on est confronté à un instant donné en fonction de l’évolution de la situation. C’est le cas de la France à la sortie du confinement et c’est le premier prérequis « imposé » par le conseil scientifique : « Identification et isolement des cas et des contacts : stratégie test et Isolement ». 

A cet égard, à un moment où le gouvernement communique largement sur la marche à suivre, le silence (assourdissant) sur ce sujet dans les médias et la non-parution de la carte des tests pose une question essentielle : ce prérequis sera-t-il rempli ? »

 

Après le Covid-19 , un patriotisme énergétique ?

Après le Covid-19 , un  patriotisme énergétique ?

Il  est aujourd’hui primordial d’opérer un retour au localisme, estime Vincent Maillard, (*) co-fondateur et président de Plüm Énergie. ( Chronique dans la Tribune)

 

 

« Nous savions depuis longtemps que notre Terre, notre patrimoine le plus précieux, était fragile et menacée par nos modèles économiques productivistes et mondialisés. Dans cette crise sanitaire sans équivalent, nous comprenons maintenant – dans la toux, les fièvres et malheureusement parfois les deuils – que l’humanité elle-même est vulnérable, mais aussi – à travers les pénuries d’équipements de protection sanitaire ou les tensions sur la chaîne d’approvisionnement alimentaire – que notre système globalisé a atteint ses limites. Tirons leçons de la période inédite et douloureuse que nous traversons pour accélérer la transition écologique via le développement de filières locales, et ce dans tous les secteurs, à commencer par les plus vitaux: santé et alimentation bien sûr, mais aussi énergie.

L’humanité a basculé en quelques jours d’un monde ouvert, où tout voyageait sans frein, à un monde où l’on ne peut plus s’écarter de plus de 100 mètres de chez soi sans justificatif écrit. Effet direct du confinement, la consommation électrique des ménages à domicile a sensiblement augmenté (environ +15% en moyenne d’après nos évaluations). Cette consommation inhabituelle constitue un budget supplémentaire qui est loin d’arriver au meilleur moment, notamment pour les foyers déjà affectés financièrement par des pertes de revenus, souvent dues à un arrêt de travail pour garde d’enfants, une mise en activité partielle ou encore la fermeture d’un commerce.

Cette crise, si elle est de nature sanitaire, tend comme les précédentes, à accentuer plus encore les inégalités sociales existantes. Or, nous l’avons vu par le passé: au niveau énergétique, la mauvaise gestion d’une crise peut avoir des conséquences sur le long terme. Prenons l’exemple de la crise pétrolière des années 1970. Elle a entraîné une introduction massive du chauffage électrique en France sans que ce nouvel usage ne soit accompagné d’informations sur les bonnes pratiques de consommation ou d’isolation, l’électricité étant alors majoritairement nucléaire et bon marché. Une logique productiviste avant tout, qui a fortement contribué à la précarité énergétique pour les 30 années qui ont suivi.

Nous devons dès aujourd’hui réfléchir et trouver les modalités d’accompagnement qui nous permettront d’éviter ce type de conséquences dramatiques au sortir de la crise. Pour que chacun commence par réduire sa consommation énergétique, nous nous devons d’abord – acteurs du secteur de l’énergie – de partager notre savoir, nos conseils et astuces pour le mieux consommer. Seulement, face à l’urgence de la situation, ce n’est pas uniquement de conseils dont ont besoin les français, mais aussi d’actions concrètes, humaines. Dans ce monde qui se fragilise, l’entraide doit être notre guide. Nous pouvons constater l’impact de cette crise et ne rien changer. Ou bien nous pouvons faire le choix, plus courageux, de la solidarité. Le seul choix, j’en suis convaincu, qui apportera la force dont nos concitoyens, notre pays, notre planète, ont besoin.

Si nous sommes sortis de la crise pétrolière à travers une logique productiviste, il est aujourd’hui primordial d’opérer un retour à la localité. Le sujet polémique des masques sanitaires est un exemple criant des limites de nos modèles économiques mondialisés. Résultat de politiques de délocalisation visant à produire à bas coûts, nous ne disposons plus aujourd’hui des moyens de production nécessaires sur le territoire national, voire européen. Il en est de même dans le secteur de l’énergie. Le virus, qui a d’abord touché la Chine et ralenti son économie, a compliqué les approvisionnements des producteurs d’énergies renouvelables, notamment en panneaux photovoltaïques.

Si nous voulons sortir grandis de cette crise, sans qu’elle ne nous ralentisse, mais plutôt qu’elle nous permette d’accélérer la dynamique de transition énergétique amorcée, nous devons faire le choix d’un approvisionnement en énergie renouvelable produite exclusivement localement, donc, pour qui nous concerne, en France. Une production d’énergie locale qui permettra la création de valeur dans l’Hexagone en favorisant les emplois locaux, l’insertion sociale et la transition agricole. Alors que les mesures de confinement offrent à la nature la possibilité de reprendre progressivement ses droits et changent radicalement le rapport que nous entretenons avec elle, faisons en sorte que cette pandémie ne soit pas un frein à la transition écologique, mais bien un accélérateur et le point de départ d’une nouvelle économie, plus locale. La réponse devra être collective et nous avons tous à prendre notre part : États, gouvernements, élus, associations, entreprises et citoyens.

une mobilisation responsable des leviers monétaires et financiers européens !

 

Un appel d’un collectif à la mobilisation des leviers monétaires et financiers européens qui ressemble aussi à une forme de mutualisation même sous couvert de préoccupations environnementales. L’idée d’une finance durable demeure cependant encore relativement vague.

 

 

 » Face au virus, la priorité absolue est de mobiliser et renforcer les systèmes sanitaires. Pour assurer la santé des populations, apporter un soutien immédiat aux citoyens et aux entreprises et éviter l’installation d’une crise économique durable1 2, les États préparent des plans de relance historiques, appuyés par l’action volontaire des banques centrales3.

Cependant, en visant le retour à la normale et en alimentant de manière indiscriminée4 des marchés financiers dopés de longue date aux énergies fossiles, cette réponse nécessaire pose les bases de crises futures sans soutenir en priorité les plus touchés. La Banque de France a le devoir de réagir pour protéger les Français et les Européens.

Au bénéfice des grandes entreprises

Ainsi, si l’intervention historique de la BCE5 permet sans aucun doute d’accroître la liquidité du marché, c’est avant tout au bénéfice de grandes entreprises, dont les majors des énergies fossiles, davantage présentes sur les marchés financiers et plus faciles à financer :

  • En l’état, les nouvelles opérations de refinancement de long terme ne peuvent cibler les prêts aux petites et moyennes entreprises6. Si tel est son objectif, l’Eurosystème devra se doter d’outils leur donnant accès à ces financements bancaires ;
  • L’intensification des rachats d’actifs d’entreprises – via le quantitative easing - ne bénéficie pas directement aux ménages et petites entreprises mais finance les plus grandes d’entre-elles7. Ce faisant, elle pourrait apporter jusqu’à 132 milliards de financement aux entreprises les plus polluantes8 ;
  • Rien ne permet d’assurer que les prêts accordés par les banques aux entreprises et ménages grâce aux mesures mises en place seront à taux réduit, pour ne pas pénaliser une future reprise d’activité ni alimenter, à terme, les dividendes des actionnaires du secteur bancaire.

De plus, l’abaissement des obligations de fonds propres et de liquidité, accordé à tous sans prendre l’exposition des banques à des risques climatiques clairement sous-estimés9, réduit la résilience du système financier. Un risque amplifié par le report de la mise en place de Bâle III10 et l’assouplissement des régulations nationales.

En résumé, nous sommes partis pour reproduire les mêmes erreurs que lors de la crise financière en 2008-2009.

Mais il n’est pas trop tard pour changer de cap. La situation est grave, et elle appelle à une action immédiate – mais prenons garde à ne pas sacrifier l’avenir. Alors que le changement climatique ne fera qu’accroitre la fréquence et l’intensité des événements tragiques imprévisibles telle que la pandémie de coronavirus11 12, assurer la santé et la sécurité des citoyens, la stabilité économique et financière, nécessite la réduction rapide de l’exposition et du soutien aux activités les plus polluantes.

Pour ce faire, il faut conditionner les politiques d’urgence afin de bien soutenir les petites et moyennes entreprises et les ménages vulnérables et d’exclure les entreprises les plus polluantes, particulièrement celles impliquées dans le charbon et le pétrole et gaz non conventionnels ou dans les énergies fossiles, dont l’essor remet directement en cause l’atteinte des objectifs climatiques. Afin de lutter également contre le risque d’insolvabilité, la piste d’un financement monétaire ou d’une remise en cause des dettes publiques détenues par les banques centrales de l’Eurosystème en échange d’investissements dans la transition écologique devrait également être étudiée.

Pilier de l’Eurosystème, la Banque de France peut devenir le fer de lance d’une conversion des banques centrales à la lutte contre le changement climatique. La Banque de France doit s’engager pour une sortie de crise socialement et écologiquement responsable, ouvrant la voie à une réorientation des financements vers des activités durables et solidaires. En demandant l’exclusion des énergies fossiles, avant tout du charbon et du pétrole et gaz non conventionnels, elle préparerait la révision stratégique de la politique monétaire de la BCE13 qui encadrera la contribution de celle-ci au développement de l’Europe pour les décennies à venir.

Le ministre de l’Economie et des Finances, qui s’est souvent positionné en faveur de la finance durable14, doit porter cette démarche à ses côtés. Membre clef de l’Eurogroupe, il peut montrer l’exemple en refusant le conditionnement des aides européennes à des mesures « d’ajustement macroéconomique » synonymes d’austérité, et en prônant leur utilisation dans des plans de relances nationaux compatibles avec le Green Deal européen15 et orientés vers l’objectif de neutralité carbone en 205016.

Soignons, protégeons les citoyens européens immédiatement, sans rendre cette tâche impossible dans le futur. Surmontons ensemble cette épreuve et faisons de cette crise, du drame, le ciment d’une société et d’une économie solidaire et durable.

___________________

Signataires :

Eric Alauzet, député

Dominique Bourg, philosophe

Valérie Cabanes, juriste et essayiste

Jérôme Deyris, économiste

Jean Gadrey, économiste

François Gemenne, chercheur

Thomas Lagoarde-Segot, économiste

François-Michel Lambert, député

Cécile Muschotti, députée

Bertrand Pancher, député

Philippe Quirion, économiste

Christophe Revelli, économiste

Xavier Ricard Lanata, éthnologue et philosophe

Jennifer de Temmerman, députée

Marie Toussaint, eurodéputée

Jean-Marc Zulesi, député

Covid 19 Chine : 4000 ou 400 000 morts ?

Covid 19 Chine : 4000 ou 400 000 morts ?

 

Il est évident que la Chine est doublement coupable d’une part pour avoir tardivement informé sur l’existence du virus d’autre part avoir omis des statistiques complètement ridicules quant au nombre de victimes. la Chine a en effet attendu un mois et demi avant d’admettre le virus poursuivant même les médecins découvreurs de la maladie (l’un d’eux est même mort ), hélas scandaleusement minimisé le nombre de décès. En Europe par exemple à ce jour on compte environ 100 000 décès pour une population de 400 millions habitants, hors la Chine compte environ 1 500 000 000 d’habitants. Le nombre de décès est sans doute plus proche de 400 000 que du ridicule chiffre de 4000.

« Les comparaisons faites avec les courbes des cas confirmés et des décès en Chine avec d’autres pays très touchés par le Covid-19 notamment en Europe suggèrent une aberration statistique », note pour sa part Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie à l’Institut Montaigne. Dans un entretien au « Financial Times », Emmanuel Macron a lui même exprimé des doutes. Le président a ainsi estimé que des zones d’ombre persistaient sur la gestion chinoise, affirmant qu’il y avait « manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas ».

Covid-19 : MG France estime qu’il y a 18 000 morts de plus

Covid-19 : MG France estime qu’il y a 18 000 morts de plus

Le président du syndicat de médecins MG France, Jacques Battistoni, explique dimanche 26 avril sur franceinfo que son organisation estime qu’il y a 9 000 morts du Covid-19 de plus qui ne sont pas encore comptés dans les bilans quotidien du directeur de la Santé, mais ce n’est pas certain en l’absence de tests pour la médecine de ville.

« Nous avons fait une enquête auprès des médecins généralistes. Nous avons eu beaucoup de réponses, 2 339 réponses exactement. Ces médecins, on leur a demandé combien ils avaient vu de patients et on leur a demandé aussi combien, dans leur patientèle, de patients à domicile étaient décédés du Covid-19″, explique-t-il.

Le président du syndicat affirme avoir reçu « des réponses de tous les départements de France, on a fait une extrapolation en multipliant le pourcentage de médecins dans chaque département par le facteur qui permet d’avoir une estimation sur la totalité des médecins du département. On arrive ainsi à ce chiffre de 9 000 patients décédés ».

Il estime que les chiffres de la mortalité à l’hôpital ou dans les Ehpad sont « à peu près comparables, probablement » au nombre de patients qui décèdent chez eux, mais en l’absence de tests, il ne s’agit que de « suspicion » de Covid-19 « et c’est pour ça que ces chiffres devront être vérifiés, corroborés par les évaluations fines qui seront faites quand on pourra comparer la mortalité en ville entre 2020 et 2019, l’année de référence, l’année dernière », précise le médecin généraliste.

Jacques Battistoni insiste particulièrement sur le fait que ces chiffres ne sont pas cachés par les autorités, ils ne peuvent simplement « pas être pris en compte, ils ne sont pas mesurés. Il faudrait demander à chaque médecin généraliste de faire un recueil et de le renvoyer au ministère de la Santé. Cela n’a pas été organisé. Je pense que dans les autres pays d’Europe, c’est la même chose, on ne mesure pas de façon fine les patients décédés en ville ».

 

Covid-19 : une perte de 120 milliards sous-estimée

Covid-19 : une perte de 120 milliards sous-estimée

on peut se demander si ce n’est pas à dessein que certains instituts se livrent à des exercices de prévision économique très sous-estimée pour ne pas désespérer les acteurs économiques. En effet l’OFCE entre parenthèses ( de Sciences-po Paris) vient d’estimé à 120 milliards d’euros la perte de croissance sur deux mois. Or l’INSEE et d’autres instituts avaient déjà considéré que chaque mois de confinement ferait perdre 3 % au PIB annuel. Un chiffre lui-même déjà sous-estimé. Sur la base de l’INSEE, ce n’est donc pas 120 milliards de pertes qu’il faut prendre en compte pour le PIB  annuel  sur deux mois mais près de 150. Selon une note de l’observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) publiée ce lundi 20 avril, l’impact de deux mois de confinement est estimé à environ 120 milliards d’euros, soit 5 points de produit intérieur brut (PIB) annuel en moins. Ce chiffre corrobore les premières estimations du laboratoire de recherches rattaché à Sciences-Po Paris publiées à la fin du mois de mars. Les économistes rappellent  »qu’une telle chute de l’activité est inédite à part peut être en temps de guerre » et redoutent une récession profonde à la fin du confinement.

Lors d’un point de situation dimanche 19 avril, le Premier ministre Edouard Philippe a rappelé que la France traversait sa pire récession depuis 1945. M. Philippe a martelé que la crise économique serait « brutale » et « ne fait que commencer », tout en rappelant les mesures d’aides.

« Covid 19 , la concentration urbaine : haut potentiel de viralité »

« Covid 19 ,  la concentration urbaine : haut potentiel de viralité »

L’urbanisation et l’introduction d’espèces sauvages en ville amplifient le risque de passage à l’homme de virus portés par des animaux, estiment Jean-Christophe Fromantin, maire de Neuilly-sur-Seine, et le scientifique Didier Sicard.(Tribune au Monde)

Tribune. Depuis plusieurs années, nous accélérons le processus d’urbanisation du monde. Les populations citadines se mesurent dorénavant en dizaines de millions d’habitants. Elles se compteront peut-être demain en centaines de millions si d’autres projets comme celui de Jing-Jin-Ji qui prévoit la construction d’infrastructures entre Pékin, Tianjin, et l’ensemble de la province environnante de Hebei en vue de créer une mégalopole voient le jour. Wuhan, avec près de douze millions d’habitants, ferait presque figure de ville moyenne.

Par leur densité, ces nouvelles configurations urbaines portent en germe des déflagrations écologiques à haut potentiel de viralité. Elles amplifient les risques liés aux envies d’expériences exotiques des populations urbaines. Des plantes ou les animaux sauvages sont extraits de leur milieu naturel pour les implémenter artificiellement dans d’autres environnements incompatibles avec leur développement.

C’est ainsi que nous retrouvons des pangolins à Wuhan ou des palmiers d’Égypte dans l’hémisphère nord. Nous générons des courts-circuits entre l’homme et la nature. Ces dynamites virales portent des noms : Ébola, VIH, la maladie de Lyme, les virus aviaires (H5N1 etc.) ou les coronavirus. Dans chaque cas, elles procèdent d’une anthropisation dont nous parvenons, avec de plus en plus de difficultés, à limiter les conséquences sanitaires.

Le recul de la nature face à des villes de plus en plus grandes

Plus les villes sont grandes, plus la nature recule, plus des espèces sauvages sont contraintes de vivre en milieu urbain, plus nos univers sont connectés, plus vite les vecteurs de propagation agissent. Ce sont d’abord des insectes, des chauves-souris ou des reptiles qui véhiculent les virus puis, 4 milliards d’individus qui chaque année voyagent d’une métropole à l’autre, et prennent le relais des animaux.

Le virus Ébola a été maîtrisé car il se propageait loin des villes, dans des villages africains du Zaïre, suffisamment hermétiques les uns des autres ; il était assez grave pour que la mort précède sa diffusion et permette de réagir à temps. Si Ébola atteignait une grande unité urbaine, il est probable qu’il déclencherait une immense catastrophe sanitaire. Le VIH est millénaire, il restait confiné dans sa version simienne (SIV) dans un environnement enclos.

Mais son transfert chez l’homme – causé par des blessures à l’occasion de chasses – a entraîné silencieusement pendant de longues années sa transmission dans des villages reculés. Avant que la création de grands ports africains ne favorise un afflux de populations, donc de prostituées, ce qui en a fait la maladie mondiale que nous connaissons. Plus près de nous, la maladie de Lyme s’est développée quand les rongeurs ont disparu de nos forêts et que les tiques ont fait des hommes leurs nouvelles proies.

Covid 19 : » tester toute la population en France, c’est possible »

Covid 19 : » tester toute la population en France, c’est possible  » 

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Tester toute la population en France, c’est possible  pour le Dr Smail Meziane, Président de l’Institut européen des Antioxydants de Nancyle , Dr Cristina Belizna, Université d’Angers,  et Alain Risch, VP Mission CES France.( chronique dans la Tribune)

 

 

« Les pays qui ont endigué la progression du virus Covid19, la Corée du Sud, l’Allemagne, Taiwan ont tous pratiqué des campagnes de test massif au début de la pandémie. En Corée du Sud, 60.000 tests sont pratiqués par jour. Pourtant, la Corée du Sud a moins de docteurs qu’en France.

En Europe, L’Allemagne veut arriver à 200.000 tests par jour.

Dépistage, traçage des contacts Covid19, isolement ciblé des personnes infectées sont les ingrédients du succès.

Pour la France, partie plus tard dans cette démarche de dépistage en masse, seul un confinement strict est efficace pour stopper la progression du virus. Mais tout déconfinement remet les pendules à zéro et une seconde vague de contamination pend sur nos têtes.  Il faudra donc, pour réussir celui-ci, reprendre les recettes de la Corée en les adaptant à la culture française.

Mais, dès que l’on suspecte une infection, il faut pouvoir pratiquer un test qui doit être :

  • Fiable (on vise le 100 %)
  • Facile à pratiquer avec des résultats simples à interpréter (similaire au simple test de grossesse). Idéalement, il pourrait être pratiqué chez soi, aucun risque d’infection à l’extérieur ou dans des cabines sécurisées présentes partout sur le territoire.
  • Bon marché (tester toute la population française avec un test à 10 euros, c’est 680 millions d’euros de budget)
  • Et surtout n’utiliser que des réactifs produits en France. La pénurie des réactifs PCR importés de Chine ou des Etats Unis a considérablement réduit les possibilités de tests massifs de la population et nous a forcé à adopter un confinement massif, entrainant de terribles conséquences psychiques et économiques dans les familles.

Un test fiable implique qu’on identifie une signature unique de la présence du virus, soit de manière directe en mesurant la charge virale par un test sérologique, soit de manière indirecte en mesurant des paramètres physiologique résultant de son action dans le corps humain.

Dans le cas du COVID-19, il est apparu très récemment que le stress oxydant semble jouer un rôle très important dans le dysfonctionnement respiratoire très profond qui résulte souvent dans le décès du patient. Dans une note parue ce 14 avril 2020 intitulée Whistleblower: « COVID-19 Patients Need Oxygen Therapy », le Dr Cameron Kyle-Sidell du NY City’s Malmonidas Medical Center y évoque que les atteintes pulmonaires pourraient potentiellement avoir comme origine la présence d’un stress oxydant suite à la libération de fer (agent éminent pro-oxydant) à partir de l’hémoglobine mise en contact avec le virus.

Dr Cameron Kyle-Sidell, un médecin prenant en charge des patients atteints de coronavirus, a dévoilé de façon surprenante que les  patients COVID-19 ont besoin d’un traitement à base de l’oxygène et non d’un ventilateur. Dr Cameron a fait le constat que les symptômes des patients ressemblent à une maladie de haute altitude et non à une pneumonie.

Si ces constatations devaient être confirmé par la communauté scientifique, l’Institut européen des Antioxydants (IEA), dirigé par Dr Smail Meziane, leader mondial dans les capteurs de « Stress Oxydant » serait fort probablement capable de diagnostiquer avec une grande précision le Covid-19 en début de contamination. Après plus de 20 années de recherche sur les antioxydants, l’IEA a mis au point avec ces partenaires cliniciens (CHU de Liège, Dr. Pincemail Joël), diverses technologies de caractérisations du stress oxydant, internationalement reconnus. L’Institut européen des Antioxydants de Nancy réunit aujourd’hui une trentaine d’experts nationaux et internationaux, doctorants, techniciens, ingénieurs, issus du Laboratoire d’Ingénierie des biomolécules (LIBio) de l’Université de Lorraine.

Il est bien démontré actuellement qu’il existe une forte relation entre l’inflammation et le stress oxydant. Il semble bien évident que l’infection par le Covid-19 est associée avec une forte inflammation au niveau du poumon, ce qui explique sans doute la détresse respiratoire observée, comme celle antérieurement observée chez les patients ARDS. Les globules blancs qui s’accumulent dans le poumon peuvent facilement s’activer et libérer ainsi de très grandes quantités d’espèces oxygénées activées (EOA) très toxiques ainsi que différentes protéases qui contribuent à altérer de manière irréversible les tissus.

D’une manière générale, le stress oxydant se définit comme étant un déséquilibre entre la production d’EOA oxydantes et la concentration en antioxydants en faveur de la première, avec comme conséquence un déséquilibre de la balance redox cellulaire et/ou des dommages oxydatifs irréversibles au niveau des lipides, de l’ADN et des protéines (Jones. Antiox Redox Signal, 2006, 8 :1865-1879).

Covid-19 se lie aux cellules hôtes cibles par l’intermédiaire de l’enzyme convertissant l’angiotensine (ACE2). L’ACE2 est un récepteur fonctionnel de la glycoprotéine virale transitoire qui permet l’entrée du Covid-19 dans les cellules (Hoffmann M et al. Cell. 2020).

Au final, le stress oxydatif de l’infection par le Covid-19 augmentera d’avantage l’entrée virale dans les cellules, chez des personnes infectées par le biais de la dérépression de l’ACE2 et l’augmentation de l’expression de l’ACE2.
La technologie brevetée PAOTSCAN.IO de l’IEA (PCT/FR2019/052835), utilisée sur des liquides et des tissus biologiques, permet de suivre avec une extrême précision l’état oxydatif des liquides (sang et ses fractions, salive, urine) et tissus (peau) biologique.  Son Intelligence Artificielle permet de dépister et de prévenir d’éventuelles pathologies.

Cette technologie à fait l’objet de plusieurs études cliniques (CHU de Liège) dont les résultats sont publiés dans des revues scientifiques (Diseases, volume 7, issue 2, P40 2019  DOI: 10.3390/diseases7020040). Le dispositif PAOTSCAN est industrialisé depuis plus de 3 ans dans l’industrie nutraceutique, cosmétique et santé, et est le fruit d’un programme de recherche France/Belgique de plus de 10 ans. Ce dispositif a été également validé et testé par de nombreux et prestigieux groupes industriels français. L’IEA est très confiant et pense avoir de très bonnes chances de pouvoir diagnostiquer rapidement le Covid-19 de façon non invasive, via le capteur Patch bon marché et ses réactifs 100% made in France.

A partir d’une cinquantaine d’échantillons d’urine, salive ou sang (plasma ou sérum) pour entraîner son IA, l’IEA pense être en mesure de qualifier un dispositif de diagnostic Covid-19 en quelques jours et de proposer très certainement un test permettant de dépister en quelques minutes mensuellement plusieurs millions de personnes avec ses dispositifs d’analyses commercialisés depuis 3 ans.

Grâce à la dernière innovation PAOTSCAN.IO, filiale de l’IEA, dispose également d’une technologie sous forme de patch cutané permettant de dépister probablement massivement toute la population avec une technologie non invasive et des réactifs 100% made in France et ultra-low-cost.

L’IEA propose a tous les professionnels de santé de dépister systématiquement la population via leur diagnostique Stress oxydant 100% made in France et facile à mettre en oeuvre.

Evaluer le statut de stress oxydant chez des patients atteints du Covid-19 apparaît donc comme ayant une utilité certaine afin de pouvoir développer une thérapie antioxydante en support au traitement conventionnel par des agents anti- viraux. C’est en tout cas ce qui ressort très clairement dans le récent article chinois de Zhang and Liu. (Medical Virology, 2020). Par ailleurs, il conviendra également de prendre en compte que les patients qui sortiront de l’hôpital après des traitements extrêmement lourds (intubation, mise sous respirateur ou oxygène) continueront à présenter après plusieurs semaines des faiblesses pulmonaires ou un état de fatigue très important. Veiller au maintien optimal des défenses immuno- antioxydantes de ces patients sur base d’un bilan sanguin approprié mais réalisée dans de strictes conditions analytiques s’avéra d’une très grande importance.

Avant toute sortie, il faut non seulement tester mais également tracer les contacts suspects.

Côté traçage des solutions opérationnelles fondées sur le consentement des individus, respectant la vie privée de chacun et la règlementation européenne RGPD existe, comme celle de Nodle.io à San Francisco décrite dans cet article.

Les auteurs tiennent à remercier vivement Xavier Dalloz, président de Dalloz Consulting, David Menga ingénieur EDF R&D, Patrick Duvaut directeur Innovation Institut Mines-Télécoms.

Ensemble, nous pourrions triompher de ce terrible fléau qui nous ronge chaque jour.

 

Covid-19 : l’aumône pour les soignants

Covid-19 : l’aumône pour les soignants

Au-delà des mots mielleux du gouvernement pour le personnel soignant réapparaît la triste réalité et l’hypocrisie du pouvoir qui veut se débarrasser de l’injustice sociale avec une prime. On attendait évidemment une augmentation générale des salaires et non une prime par définition éphémère. Notons d’ailleurs encore une fois de plus l’énorme décalage avec l’Allemagne ou les infirmières sont payées presque 50 % de plus que celles en France avec peut-être une explication; dans le système hospitalier allemand; en compte seulement 25 % de personnel administratif pour 35 % en France. Et ce n’est pas le seul élément d’appréciation pour juger de la plus grande performance du système sanitaire allemand. Il faut aussi noter le nombre de lits disponibles quatre fois plus nombreux, aussi le dépistage massif tandis que Macron lui s’y refuse et s’enferme dans sa stratégie hypocrite de pénurie. Le gouvernement va donc verser en mai une prime exceptionnelle de 1.500 euros aux personnels soignants des services de santé dans les départements les plus touchés par l’épidémie et à ceux des services ayant accueilli des patients Covid-19 dans les départements les moins touchés, a annoncé le Premier ministre Edouard Philippe.

Les autres personnels de santé recevront une prime de 500 euros, a ajouté le chef du gouvernement à l’issue du Conseil des ministres, précisant que ces primes seront « nettes de tout« , c’est-à-dire exemptes de charges et d’impôts.

En outre, tous recevront une majoration de 50% de leurs heures supplémentaires, ce qui représente en moyenne plus de 600 euros par agent, également sans impôts ni charges, a ensuite souligné le ministre de la Santé Olivier Véran.

Chaque agent recevra donc en moyenne 1.000 à 2.000 euros environ, a précisé Olivier Véran, avec un coût total pour l’Etat de 1,3 milliard d’euros.

S’y ajoutera une prime à venir pour le personnel du secteur médico-social, notamment celui des Ephad, qui ont dû se réorganiser, a ajouté le ministre.

« Nous devons en la matière, échanger avec les collectivités locales, en particulier avec les départements qui en sont souvent les financeurs, pour déterminer les conditions de financement de cette prime« , a précisé le Premier ministre Edouard Philippe.

Covid-19 : les fournisseurs alternatifs d’électricité piégés

Covid-19  : les fournisseurs alternatifs d’électricité piégés

 

Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics dans la Tribune les conséquences du confinement et les difficultés des fournisseurs alternatifs d’électricité piégés par le mécanisme de régulation.

La chute de l’activité économique provoquée par le confinement sanitaire du printemps 2020 a fait baisser la production industrielle et donc la consommation d’énergie par les entreprises. Cette baisse soudaine de la demande liée à la pandémie est une expérience naturelle qui permet de tester la résilience des mécanismes de marché de l’électricité. Le système français d’approvisionnement des fournisseurs indépendants en électricité nucléaire (ARENH) pourrait ne pas y survivre.

Quand l’activité économique reprendra après l’anesthésie générale administrée pour lutter contre le Covid-19, la survie des entreprises dépendra de leur capacité à rattraper le temps perdu. Dans le secteur de l’énergie, les volumes de produits pétroliers et gaziers non achetés pour le transport et les process industriels en mars-avril 2020 ne seront que très partiellement compensés pendant le reste de l’année. Pour le transport routier par exemple, les camions qui n’ont pas roulé au printemps ne vont pas rouler en automne au-delà des heures autorisées par la maintenance technique et la réglementation protégeant les chauffeurs. Même chose dans le transport aérien. Ces réductions d’activité ont au moins un avantage, celui d’une amélioration des conditions environnementales. Mais on risque de voir s’accroitre le nombre des fermetures d’entreprises si elles ne sont pas placées sous cocon commercial et fiscal.

Dans l’industrie électrique, les choses sont un peu différentes. La consommation a indéniablement baissé. D’après la Commission de Régulation de l’Energie, la baisse est de 15% en moyenne par rapport au niveau habituellement constaté au mois de mars. La production a donc aussi baissé puisque l’énergie électrique n’est pas stockable. Mais la diminution est moins forte que dans l’ensemble de l’économie car une partie de la baisse de la consommation d’électricité par l’industrie, le commerce et le transport ferroviaire a été compensée par une hausse dans le secteur résidentiel. De fait, obligés de rester chez eux, les ménages consomment plus, pour le chauffage électrique, la cuisine, l’Internet… et le télé-travail. Il en résulte des courbes de consommation journalières en semaine qui différent peu de celles du week-end, et un écrêtement des fins de journée.

Cette période est aussi l’occasion de rappeler à quel point l’électricité est devenue essentielle dans la vie domestique des économies développées. On imagine facilement ce que serait le confinement sans énergie électrique. Tout le monde espère que la fourniture d’électricité va se poursuivre sans défaillance. RTE, responsable de l’équilibrage du système français, et les deux places de marché epexspot et Nordpool ont signé un « Plan de continuité d’activité pour les marchés de l’électricité ». Il est envisagé notamment l’activation d’un mode dégradé en fonction du taux de disponibilité du personnel de RTE en charge des activités de conduite du réseau au sein du dispatching national. Les consommateurs résidentiels ne devraient pas être touchés tant les centrales de production et les marchés sont maintenant automatisés.

Un prix qui s’adapte sur le marché de gros

Si pour les consommateurs d’électricité tout devrait se passer pour le mieux, il n’en va pas de même pour les producteurs. Comme dans la plupart des industries, la baisse de la consommation fait apparaitre d’énormes surcapacités. Mais elle est plus grave chez les électriciens car nous avons construit des systèmes électriques destinés à éviter les blackouts dans 99,9% des cas (coupure tolérée une poignée d’heures sur les 8.760 que compte l’année). Notre système est donc en surcapacité de façon chronique à cause de la difficulté de stocker en prévision des mauvais jours, seules les stations de transfert d’énergie par pompage (STEP) étant capables d’assurer ce stockage. Dit autrement, puisqu’on ne peut pas stocker le produit, on construit les capacités destinées à le produire instantanément. Donc, quand la demande s’effondre, la concurrence entre producteurs pour servir la demande résiduelle s’exacerbe, et il en résulte une forte baisse des prix. Fin février, le MWh se négociait autour de 50 euros sur epexspot. Fin mars, les prix horaires étaient inférieurs à 25 euros, et épisodiquement négatifs.

Cette baisse des prix est bienvenue pour les industriels qui se fournissent sur le marché de gros. Mais elle est provisoire, et c’est heureux vu sa cause. L’économie aura donc encore besoin de beaucoup d’électricité dans un avenir proche. Il faut alors éviter que la chute des prix d’aujourd’hui ne provoque des fermetures de sites, dont l’effet serait des hausses disproportionnées de prix l’hiver prochain. Nous aurons aussi besoin de ces capacités de production dans un avenir proche si les politiques de réindustrialisation et de transition vers la voiture électrique se concrétisent.

La baisse des prix de gros devrait également permettre aux fournisseurs d’électricité dépourvus d’actifs de production de passer sereinement la période de quarantaine puisque le prix auquel ils revendent à leurs clients est fixé contractuellement. Mais c’est sans compter avec l’Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique (ARENH), mécanisme de marché à la française.

Dans un billet précédent, nous rappelions le mécanisme de l’ARENH qui permet à tous les fournisseurs alternatifs de s’approvisionner en électricité auprès d’EDF dans des conditions fixées par la loi NOME du 7 décembre 2010. Jusqu’en 2025, le prix du MWh ARENH est fixé à 42 euros et le volume global affecté au dispositif est limité à 100 TWh/an. Comme son nom l’indique, c’est un mécanisme d’allocation de ressources dont le prix est régulé. Les opérateurs enchérissent pour des quantités qui sont rationnées si la demande excède l’offre inélastiquement fixée à 100 TWh/an. Ce mécanisme rassure une industrie historiquement régulée qui se méfie des mécanismes marchands.

Les vicissitudes récentes de l’ARENH rappellent ces films d’horreur dans lesquels la première partie montre des héro(ine)s qui parviennent à échapper à quelque entité monstrueuse en s’enfermant dans un lieu clos, et la deuxième raconte comment les survivant(e)s, qui ont commis l’erreur d’enfermer avec eux la créature, vont essayer de sortir de ce refuge transformé en traquenard. De fait, fin 2019 les prévisions de l’activité économique pour 2020 étaient bonnes. En anticipation de prix élevés sur les marchés de gros (la bête malveillante), 73 fournisseurs se sont réfugiés dans l’ARENH en présentant des demandes à hauteur de 147 MWh. Tel Procuste appliquant ses principes d’équité, la CRE a décidé d’allouer à chaque fournisseur 100/147 = 68% de sa demande. Mais voilà que survient la pandémie, le choc de demande et la chute consécutive des prix de gros. Les fournisseurs qui pensaient avoir échappé aux mécanismes marchands se retrouvent porteurs de l’obligation d’acheter au prix de 42 euros une électricité qu’ils ne pourront pas vendre intégralement à leurs clients. Il leur faudra donc écouler le surplus sur les marchés de gros, l’entité malfaisante qui affiche maintenant des prix moyens de l’ordre de 20 euros.

Pour échapper à cette calamité financière, certains fournisseurs ont demandé l’activation de la clause de force majeure prévue dans l’accord-cadre ARENH, ce qui mettrait fin provisoirement aux livraisons des volumes d’ARENH et permettrait aux fournisseurs de s’approvisionner sur le marché à un prix beaucoup plus bas pour la totalité des volumes à livrer. EDF est opposée au déclenchement de cette clause, arguant que les conditions prévues dans le contrat ARENH ne sont pas réunies. La CRE, dans sa Délibération N°2020-071 du 26 mars, va dans le même sens. Elle considère que « les conséquences d’une suspension totale des contrats ARENH en raison de l’activation des clauses de force majeure seraient disproportionnées. (…) une telle situation créerait un effet d’aubaine pour les fournisseurs au détriment d’EDF qui irait à l’encontre des principes de fonctionnement du dispositif qui reposent sur un engagement ferme des parties sur une période d’un an. »

Les fournisseurs indépendants ne sont cependant pas totalement abandonnés à leur sort. D’abord, les plus petits peuvent faire valoir le droit commun de cette période de crise, en l’occurrence l’application des dispositions de l’ordonnance n° 2020-316 du 25 mars 2020 qui permet aux microentreprises dont l’activité est affectée par l’épidémie de bénéficier d’un report ou d’un étalement du paiement de leurs factures de gaz et d’électricité sans pénalités. En deuxième lieu, pour limiter l’opportunisme des fournisseurs, le mécanisme de l’ARENH prévoit que ceux qui souscrivent des volumes supérieurs à leur portefeuille de clients doivent payer une pénalité sur cet excédent. La CRE demande que cette pénalité soit supprimée pour l’année 2020 puisque l’écart entre les souscriptions et les ventes résulte de le décision politique de confinement.

Enfin, la CRE invite EDF à accorder à certains fournisseurs dont la situation le justifie des facilités de paiement supplémentaires. Cette invite met en lumière la situation paradoxale dans laquelle se trouve EDF du fait de l’ARENH : mère nourricière dans l’attente d’une sollicitation par les fournisseurs (la demande a toujours été inférieure à 100 TWh jusqu’en 2018, et même nulle en 2016), entreprise dominante sommée de respecter les engagements ARENH dont le plafond est jugé trop bas en 2019 et prospectivement pour 2020 (c’est-à-dire d’alimenter ses concurrents dont certains demandent un relèvement du plafond), et maintenant entreprise bienveillante dont on attend qu’elle vienne en aide à ses concurrents malheureux. Mais ceux des fournisseurs qui ne bénéficieront pas de facilités de paiement supplémentaires auront beau jeu de crier à la distorsion de concurrence.

En cette période de crise, les mécanismes de marché font leur travail d’équilibrage et révèlent la valeur accordée à l’électricité par les acheteurs et les offreurs. L’ARENH qui a été conçue comme un mécanisme d’assurance contre les hausses de prix n’a pas cette souplesse. Le prix d’accès régulé amplifie les pertes que subissent les fournisseurs parce qu’il s’agit d’une option tant qu’ils n’y ont pas souscrit, mais c’est une obligation de soutirage une fois la souscription faite. La remise en cause de l’ARENH devant le Conseil d’Etat par deux associations de fournisseurs met à jour les défauts d’un système administré quand il s’agit de gérer le choc de demande actuel. Dans un contexte baissier, le prix de marché facilite le partage entre producteurs et fournisseurs des pertes dues à la contraction de la demande finale d’électricité. Le système administré ne peut pas prévoir toutes les éventualités, sauf à essayer d’imiter le marché. Mais alors, à quoi sert-il ?

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