Archive pour le Tag 'Coronabonds'

“Coronabonds” : le chantage français

“coronabonds” : le chantage français

Le politiste Nicolas Leron critique, dans une tribune au « Monde », la volonté française d’imposer à l’Europe du Nord des « eurobonds » et suggère de lutter plutôt pour la création d’un impôt européen.

Tribune. La proposition des « coronabonds » défendue si âprement par la France semble une version actualisée d’un même scénario qui se répète au gré des crises européennes. Crise des dettes souveraines, crise des réfugiés, crise du changement climatique et aujourd’hui crise pandémique due au coronavirus, à chaque fois se rejoue le même débat sur la (non) solidarité de l’Europe du Nord vis-à-vis de l’Europe du Sud.

Cette répétition qui débouche systématiquement sur une impasse devrait mettre la puce à l’oreille aux dirigeants français et les inciter à adopter une compréhension renouvelée de ce qui se joue au travers de cette dialectique – et plus fondamentalement de ce qui n’est jamais joué.

Le camp de la solidarité, France en tête, ne jure que par la mutualisation de l’endettement au travers de l’instrument privilégié des eurobonds (ou euro-obligations). Assurée de sa raison macroéconomique (« vos excédents sont nos déficits », « vous bénéficiez d’un euro sous-évalué quand celui-ci est surévalué pour nous », « la mutualisation permet à tous de bénéficier de taux bas et de démultiplier ensemble nos capacités d’emprunt »), il somme l’Europe du Nord de sortir de son égoïsme de courte vue, coupable de mettre en danger la construction européenne.

Ce à quoi l’Europe du Nord a beau jeu d’opposer le risque d’aléa moral : le « pas-de-solidarité-sans-responsabilité » venant ainsi neutraliser le « pas-de-responsabilité-sans-solidarité ». Mais avec la crise sanitaire, l’Europe du Sud accroît ses exigences : la solidarité tout de suite et sans contrepartie. L’accusation elle-même se durcit : le refus de l’Europe du Nord ne relève plus simplement de l’égoïsme, mais de la quasi-infamie.

Ultime et vaine tentative

C’est ainsi que la proposition des coronabonds vire au chantage sous couvert de générosité et de bon sens économique. Car il s’agit bien de chantage lorsqu’on tente d’imposer quelque chose à quelqu’un qui n’en veut pas, en l’occurrence non seulement les dirigeants, mais les peuples de l’Europe du Nord.

 

Imagine-t-on la France devoir céder à la demande insistante du reste de l’Europe de partager son siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies, ou de mutualiser son outil de dissuasion, au nom de la menace géostratégique commune ? Et quand bien même la France parviendrait-elle à tordre le bras de l’Allemagne et des Pays-Bas, qu’aura-t-on gagné avec l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite dans ces pays ? Il ne saurait y avoir de salut collectif possible lorsque les peuples voient leur choix démocratique forcé au nom d’une raison supérieure édictée par le voisin. 

« Coronabonds » ou populisme, Macron attaque l’Allemagne

« Coronabonds » ou populisme, Macron attaque l’Allemagne

Macron attaque clairement l’Allemagne en l’accusant de favoriser le national populisme du fait de son refus d’envisager la mutualisation des dettes via  les “Coronabonds”.  Une offensive diplomatique qui ne sera pas forcément très bien reçue outre-Rhin même si à l’intérieur même de l’Allemagne des questions se posent sur le problème de la solidarité européenne.  Merkel et d’autres dirigeants des pays du Nord ont  refusé à nouveau toute perspective de responsabilité commune vis-à-vis de ce concept d’emprunt européen appelé Coronabonds.

Du coup, les Etats déjà fragiles financièrement comme l’Italie, l’Espagne ou encore la France pourront certes emprunter à des taux très bas et presque sans limite mais avec le risque à terme de défaut. Une crainte sans doute qui alimente le cri de colère de Macon qui prévient :“Si on ne sait pas faire ça aujourd’hui, je vous le dis, les populistes gagneront aujourd’hui, demain, après-demain en Italie, en Espagne, peut-être en France et ailleurs”, met en garde Emmanuel Macron dans un entretien au Financial Times.

“C’est évident parce qu’ils (les populistes-NDLR) diront : ‘qu’est-ce que c’est que cette aventure que vous me proposez ?” Ces gens là ne vous protègent pas quand vous avez une crise, ils ne vous protègent pas le lendemain, ils n’ont aucune solidarité avec vous’”, estime le chef de l’Etat français.

“‘Lorsque vous avez les migrants qui arrivent chez vous, ils vous proposent de les garder. Lorsque vous avez l’épidémie qui arrive chez vous, ils vous proposent de la gérer. Ils sont sympathiques, au fond’”, a-t-il poursuivi, en imaginant l’argumentaire des partis populistes.

“‘Ils sont pour l’Europe quand il s’agit d’exporter vers chez vous les biens qu’ils produisent, ils sont pour l’Europe quand il s’agit d’avoir votre main-d’œuvre bon marché et de produire des équipements de voitures qu’on fait plus dans nos pays, mais ils ne sont pas pour l’Europe quand il faut mutualiser.”

Pour le chef de l’Etat français, les premières réponses apportées par la Commission européenne, notamment en terme de financement du chômage partiel, sont les bonnes mais il faut aller plus loin.

“Nous sommes à un moment de vérité qui consiste à savoir si l’Union européenne est un projet politique ou un projet de marché uniquement”, estime-t-il. “Moi, je pense que c’est un projet politique.”

“Si on n’y va pas, il y a un vrai risque d’effondrement de la zone euro et de l’idée européenne”, poursuit-il. “On ne peut pas avoir un marché unique où on sacrifie certains.”

“Donc nous sommes au moment de vérité où il n’est plus possible d’avoir, je ne parle pas du passé, mais un financement des dépenses que nous sommes en train d’engager dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 et que nous aurons à engager dans la relance qui ne soit pas mutualisé parce que nous sommes devant une vraie politique de relance”, ajoute Emmanuel Macron. “Nous allons devoir faire une relance.”

Dans cette réaction violente il faut voir sans doute le souci de Macon de renforcer la cohésion et la solidarité européenne mais sans doute aussi son inquiétude politique compte tenu de son affaiblissement personnel face en particulier à la montée de l’extrême droite en France.

Des Coronabonds pour quoi faire ?

Des Coronabonds pour quoi faire ?

 

 

Patrick Artus, économiste à Natixis s’interroge, dans sa chronique au « Monde », sur l’efficacité des « coronabonds » que souhaite créer la BCE pour faire face à la crise.

Chronique. La crise du coronavirus va conduire la zone euro en récession en 2020. Il est aujourd’hui difficile de prévoir ce que sera le taux de croissance, mais on peut l’évaluer entre – 2 % et – 5 %. Tous les pays de la zone vont devoir mener des politiques budgétaires expansionnistes, avec un objectif clair : éviter les faillites des entreprises, en repoussant ou en annulant les impôts, en prenant en charge une partie des salaires, éventuellement en recapitalisant des entreprises en grande difficulté.

On peut estimer, à ce stade, que les déficits publics des Etats seront accrus de 2 à 3 points de PIB, la Commission européenne ayant d’ailleurs suspendu les règles budgétaires de l’Union. L’Allemagne aurait ainsi un déficit public de 2 % à 3 % du produit intérieur brut (PIB), la France, l’Espagne et l’Italie de 4 à 5 points. Mais si la crise est plus longue et plus sévère que ce qui est aujourd’hui anticipé, ces déficits seront encore plus élevés.

Cette perspective risque de conduire de nouveau à une crise des dettes publiques des pays les plus fragiles, comme en 2010. Et effectivement, dès que cette hausse forte des déficits publics a été anticipée, les taux d’intérêt à long terme sur la dette publique de l’Italie sont passés de 1 % à presque 3 %, et ceux de la Grèce de 1 % à presque 5 %.

Après quelques hésitations, la réponse a été monétaire : le 17 mars, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé qu’elle créait un nouveau programme d’achat d’obligations d’un montant maximum de 750 milliards d’euros, et qu’elle pourrait acheter spécifiquement les dettes publiques des pays en difficulté – alors que son programme antérieur de facilitation de liquidités (quantitative easing) lui imposait d’acheter les dettes de tous les pays selon des pondérations correspondant à leur poids dans le capital de la BCE. Cette décision a immédiatement fait baisser fortement les taux d’intérêt des pays périphériques (celui de l’Italie est revenu vers 1,5 %).

 

Cette réaction de la BCE peut être qualifiée de « solidarité monétaire », puisque les pays européens ont accepté que l’institution de Francfort monétise spécifiquement certaines dettes publiques.

Mais de nombreuses voix se sont élevées pour proposer une autre solution : la mutualisation des déficits publics supplémentaires mis en place par les pays de la zone euro, qui seraient financés par l’émission d’une obligation émise conjointement par tous les pays de la zone euro ou par le Mécanisme européen de stabilité, qui se finance déjà à travers des émissions par des pays en difficulté d’obligations garanties.  »

Notons que dernière encore Merkel s’est opposée notamment à Macron pour lancer des Eurobonds ou équivalents estimant que le dispositif MES suffit.




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