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l’IVG dans la Constitution: Bayrou contre

 l’IVG dans la Constitution: Bayrou contre 

En mal existentiel, la majorité propose d’inscrire le droit à l’IVG dans la constitution. Une curieuse proposition qui fait suite à ce qui se passe au États-Unis. Avec toutefois une différence de taille le droit à l’IVG n’est contesté par personne en France. le président du MoDem François Bayrou, conteste donc cette proposition très politicienne de la république en marche. «Je ne suis pas pour», affirme le maire de Pau ce dimanche sur BFMTV. Pour lui, «c’est surprenant que ce qui se passe aux États-Unis entraîne des réactions effervescentes dans la vie politique française».

«Je ne suis pas pour qu’on décalque la vie politique sur celle des États-Unis», met donc en garde François Bayrou. Et il n’est pas le seul à le penser. «Aucun mouvement politique sérieux ne remet en cause en France la loi Veil, acquis à protéger», ironise quant à lui le président du RN, Jordan Bardella. «Pour masquer son incapacité à régler les vrais problèmes du pays, la majorité s’en invente des fictifs», dénonce également le sénateur LR Bruno Retailleau.

Cette dissonance entre François Bayrou et la présidente du groupe LREM serait par ailleurs une façon, pour ce proche soutien du président de la République, de rappeler que le MoDem est un allié du parti présidentiel, mais avec ses spécificités. Et de raviver ses critiques envers la locataire de Matignon. François Bayrou affirmait en effet ce mercredi que «les temps exigent que le premier ministre soit politique », ciblant directement Élisabeth Borne.

Elections législatives 2022 : un vote sanction contre la méthode Macron

Elections législatives 2022 : un vote sanction contre la méthode Macron

 

 

Le désir de renouvellement des élus qui habite les électeurs a empêché Emmanuel Macron d’obtenir la majorité absolue. Le président semble avoir été sommé de changer radicalement de méthode d’après Jérôme Fenoglio dans le Monde .

 

Une fois mis en mouvement, le dégagisme s’avère un mécanisme électoral presque impossible à enrayer. Porté au pouvoir par ce puissant phénomène de rejet, de ses prédécesseurs tout autant que de ses concurrents issus des partis traditionnels, Emmanuel Macron pensait lui avoir échappé en obtenant sa réélection à la présidence de la République, il y a près de deux mois. Las, c’est la majorité absolue qu’il revendiquait à l’Assemblée nationale qui vient d’être frappée de plein fouet par ce désir de renouvellement des têtes et de bouleversement des situations acquises qui semble tenailler les électeurs français. Au soir de ce second tour des élections législatives, M. Macron se retrouve face à un état des lieux tout aussi inédit que celui qui avait été dressé à son entrée à l’Elysée, cinq ans plus tôt.

Un vote sanction, sans équivalent après une réélection aussi récente, a presque réduit de moitié le nombre des députés de son parti, LRM, au sein d’une coalition, Ensemble !, à laquelle manquent plus de quarante sièges pour atteindre la majorité absolue, alors qu’elle était si large au cours du premier quinquennat. Il lui faudra donc se résigner à une majorité relative bien plus ténue, plus isolée, et infiniment moins souhaitée que celle à laquelle François Mitterrand avait confronté son premier ministre, Michel Rocard, après sa réélection de 1988.

Cette secousse politique majeure a valu bien des déconvenues au camp présidentiel durant la soirée : trois ministres défaites, nombre de figures du parti et du groupe parlementaire battues – dont Christophe Castaner et Richard Ferrand, piliers de la conquête puis de l’exercice du pouvoir – vont obliger à recomposer en profondeur la physionomie de la Macronie. Mais c’est un chiffre qui scelle, plus que tous les autres, l’échec du président. Dans la nouvelle Assemblée nationale siégeront, selon les décomptes du Monde, 91 députés issus de l’extrême droite, dont 89 du Rassemblement national. Ce nombre représente le triple du sommet historique atteint par le Front national de Jean-Marie Le Pen en 1986. Cette fois sans proportionnelle, alors que c’était le cas à l’époque. C’est au scrutin majoritaire, réputé si pénalisant pour ses troupes, que Marine Le Pen a cueilli ce succès au terme d’une campagne si relâchée qu’elle-même en semblait la première surprise.

Face à cette extrême droite, un mécanisme électoral, bien moins solide que le dégagisme ambiant, a été cassé : le front républicain. A force d’entorses passées, il était de fait déjà bien déréglé. Mais c’est le parti présidentiel qui lui a porté le coup fatal, dans l’entre-deux-tours de ces législatives, en ne donnant pas de consigne nationale pour faire battre les candidats RN, alors qu’Emmanuel Macron doit en bonne partie sa réélection face à Marine Le Pen au respect de cette discipline entre formations républicaines. Dimanche, ce sentiment de trahison s’est traduit par un effondrement général du réflexe républicain : d’après les sondages, les électeurs de LRM ne se sont pas davantage déplacés que ceux de la Nupes pour barrer la route à un concurrent RN. De la part de la majorité sortante, cette absence de réciprocité ne signe pas seulement le cynisme d’une manœuvre à courte vue – qui aura finalement contribué à nuire à son propre résultat.

Elle constitue surtout, pour M. Macron, un reniement majeur par rapport aux principes affichés lors de la fondation de son parti et des prémices de sa conquête du pouvoir. Les citations prononcées alors sont nombreuses et éloquentes. La lutte contre les causes du vote RN, et contre la formation politique qui en tire profit, figurait au premier rang des priorités. Jamais aucun signe d’égalité n’avait été tiré entre le parti d’extrême droite – dont les racines xénophobes n’ont pas évolué – et la protestation radicale portée par La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, quels que soient les griefs formulés à son encontre.

Plus récemment, avant le second tour, des emprunts ont même été effectués dans le programme et les slogans du candidat « insoumis », des paroles amènes ont été prononcées à l’attention de ses partisans. Jusqu’à ce que l’accord conclu au sein de la Nupes ne modifie le rapport de force et conduise brusquement à traiter la coalition autour de M. Mélenchon comme le plus grand des périls, et comme une proposition « extrême ». Au risque de laisser penser que cet adjectif sert avant tout à disqualifier, au gré des circonstances, tout ce qui gêne l’accès puis le maintien au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Dimanche soir, un homme était involontairement le révélateur de ces calculs et de ces reniements. Clément Beaune, ministre délégué chargé de l’Europe, a arraché de justesse son siège de député de Paris après avoir été l’un des très rares de son camp à appeler à voter, sans ambiguïté aucune, contre les candidats du RN. Au milieu de l’hécatombe des figures de la majorité, sa victoire sonnait comme un rappel bienvenu de ce que fut l’essence proclamée du macronisme : un attachement à la construction européenne viscéralement lié au rejet du nationalisme d’extrême droite.

Toutefois, les défaillances de la coalition présidentielle n’expliquent pas, à elles seules, le nombre historique de députés RN et l’attraction que ce parti exerce sur des électeurs loin d’être tous conscients des périls que cachent les nouvelles postures protectrices de Marine Le Pen. La complaisance prêtée par certains médias, et quelques intellectuels, aux premiers mois de campagne d’Eric Zemmour a certainement accentué le trouble, en laissant accroire que ces délires racistes et xénophobes étaient compatibles avec un rassemblement de toutes les composantes de la droite et de son extrême. La délimitation de ce qui peut être dit, et surtout être fait, en démocratie, n’en finit plus de susciter l’ironie. Les votes de barrage sont devenus objets de moquerie, l’invocation de principes républicains est assimilée à un bruit de quincaillerie.

Lors de ces législatives, les Républicains ont fini par payer le prix fort de cette banalisation, en voyant leur nombre de députés amputé de plus d’un tiers. Le RN pourra constituer un groupe plus puissant que le leur, et sans doute même revendiquer le statut de deuxième parti le mieux représenté à l’Assemblée, devant La France insoumise, composante la plus fournie de la Nupes.

Pour la gauche, ces élections laisseront un goût d’inachevé. Le mécanisme d’union a permis d’entrer en force dans l’Hémicycle. Les « insoumis » et les Verts obtiennent un nombre de sièges inédit, le PS maintient les siens à un niveau que ne laissait pas augurer le rapport des scores entre Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon. Mais le nombre de suffrages obtenus par la coalition n’a pas vraiment progressé par rapport au total de 2017, et l’objectif d’installer le troisième homme de la présidentielle à Matignon est loin d’avoir été atteint. La coalition devra se passer de la présence de son mentor pour s’imposer comme la première force d’opposition, et donner de la visibilité à ses propositions.

Face à ces deux blocs puissants, étant donné que pour l’heure Les Républicains refusent de devenir la force d’appoint d’une majorité absolue, que peuvent faire Emmanuel Macron et sa première ministre, Elisabeth Borne ? A l’évidence pas grand-chose si le président persiste dans les postures et les erreurs qui ont conduit à l’échec de ces législatives. Au jeune élu du premier mandat, qui voulait incarner tous les attraits de la nouveauté, a succédé, ces derniers jours, un chef de la majorité prêt à tirer toutes les ficelles usées du sortant pour s’épargner une vraie campagne : le refrain « moi ou le chaos », l’appropriation des symboles de la République, l’utilisation à outrance de la fonction, la dissimulation du programme, le dénigrement à géométrie variable des adversaires. Bref, à recourir à une hyperprésidentialisation si caricaturale qu’elle invalidait d’avance toutes les promesses de changement.

Le pire serait de persister dans cette tactique et de jouer sur le temps pour démontrer que la paralysie et le blocage sont le fait des oppositions, en rongeant son frein jusqu’à une dissolution. Le temps ne permet plus de se livrer à ces calculs tactiques. Les années du quinquennat qui s’ouvre constituent de fait une période sans retour, où, sur plusieurs fronts, des décisions doivent impérativement être prises.

La fournaise des jours qui ont précédé ce second tour a souligné à quel point l’action face à la crise climatique devient impérieuse. Les réformes et adaptations de nos sociétés de surconsommation doivent être lancées au plus vite. La crise géopolitique prend pour l’heure la forme d’une guerre sur notre continent, et débouche à court terme sur un risque de choc économique, fait de pénuries et d’inflation. La crise démocratique menace de défaire les Etats-Unis ; en France, nous l’avons sous les yeux, elle prend la forme d’une abstention qui n’a jamais été aussi forte, et elle vient d’envoyer près de cent représentants d’un parti d’extrême droite au Parlement. La conjonction de ces périls place, qu’on le veuille ou non, une responsabilité immense sur les épaules du président qui a été réélu pour les cinq prochaines années.

Par leur vote, les électeurs ne lui en ont pas dénié toute capacité, qu’il a montrée au plus fort de la pandémie de Covid-19. Mais ils semblent l’avoir sommé de changer radicalement de méthode : ne plus gouverner seul ou presque, consentir à débattre, prendre le temps de convaincre, composer au lieu d’imposer. Au cours de la si brève campagne écoulée, M. Macron avait théorisé, maladroitement, une « refondation » de la vie démocratique à l’écart de la représentation nationale. La majorité relative donne l’occasion de s’y atteler sans délai, à l’intérieur de l’Hémicycle.

 

La CFDT contre la réforme des retraites ?

La CFDT contre la réforme des retraites ?

 

Dans un article des Échos, on note le net raidissement de la CFDT vis-à-vis du gouvernement en particulier sur les retraites suite à son congrès de juin 2022 à Lyon (papier des Echos)

La CFDT n’a pas tourné le dos au réformisme à Lyon ( lors de son congrès en juin). Un amendement du Sgen Nord-Pas-de-Calais critiquant « la politique systématique de déficits publics depuis près de quarante ans, génératrice d’une dette trop importante » a par exemple été adopté par 76,12 % des voix. Elle a aussi continué à travailler sur des projets concrets, comme cette banque des temps et son Compte-épargne temps universel, repris par le gouvernement.

Mais la confédération a clairement durci ses positions, la construction d’un « rapport de force » étant promue au rang de priorité syndicale. Cela s’est traduit sur les retraites. 2022 aura été l’exact opposé de 2010 qui avait vu la centrale valider une hausse de la durée de cotisation en lien avec celle de l’espérance de vie par 59 % des voix. Fruit de l’exaspération des cédétistes et de leur absence de confiance dans Emmanuel Macron, sa suppression a été validée par 67,5 % des mandats .

« Prudents et échaudés, les militants ont verrouillé la position de la CFDT », résume un ancien dirigeant confédéral. Il ne s’agit pas d’une remise en cause de la direction cédétiste . Laurent Berger ne sort pas affaibli en interne de son congrès, il a même été mieux élu qu’en 2018. Mais ce verrouillage pourrait réduire son pouvoir d’influence face à un exécutif pas forcément enclin à composer.

Il va aussi compliquer la tâche du gouvernement alors qu’Emmanuel Macron a promis un changement de méthode fondé sur le dialogue. Avec sa fin de non-recevoir cédétiste, la piste d’une accélération de l’allongement de la durée de cotisation de la loi Touraine, privilégiée par l’aile gauche de la majorité présidentielle, a du plomb dans l’aile. Cela pourrait conforter les tenants du passage de l’âge légal à 65 ans au sein de l’exécutif, qui considéreront qu’il n’y a donc rien à négocier et qu’il n’y a pas forcément lieu d’attendre.

De quoi justifier un retour au calendrier initial qui prévoyait d’ouvrir le dossier dès maintenant après l’annonce d’un report du débat à la rentrée ? En tout cas, les propos de la Première ministre sur France 2 le 15 juin interrogent. Elisabeth Borne a en effet affirmé à la veille du vote des cédétistes que « les discussions s’ouvriront cet été ».

Société: élitisme contre populisme ?

Société: élitisme contre populisme ?

Dans son livre à succès Sapiens, l’historien israélien Yuval Noah Harari concluait par cette interrogation : « Y a-t-il rien de plus dangereux que des dieux insatisfaits et irresponsables qui ne savent pas ce qu’ils veulent ? » L’auteur allait prolonger le propos dans son livre suivant, Homo deus, selon lequel science et technologie seraient en mesure de donner aux hommes des capacités inédites pour en faire des dieux. Or, tous ne pourraient l’être, seule une élite deviendrait des êtres supérieurs à même de manipuler leurs congénères lilliputiens : « Que se passerait-il le jour où la médecine se soucierait d’accroître les facultés humaines ? Tous les hommes y auraient-ils droit, ou verrait-on se former une nouvelle élite de surhommes ? ». Par Marion Dapsance, Anthropologue (*) et Christophe Lemardelé, Docteur en histoire des religions (**). ( dans la Tribune)

 

Malgré la limpidité de tels propos, Harari est accusé sur les réseaux sociaux d’être un pourvoyeur d’idées au service de dirigeants de la planète, qu’il s’agisse de chefs d’Etat, d’acteurs économiques ou d’organisations supranationales. Il va sans dire que c’est dans les « sphères complotistes » que l’on trouve ces accusations énoncées et relayées. Ces mêmes réseaux sociaux sont vilipendés de plus en plus pour leur capacité à produire et à transmettre de fausses informations qui nuiraient à la cohésion sociale et engendreraient trop de doutes dans les populations. Cette parole libre et amplifiée deviendrait donc un problème dans les démocraties, engendrant un écart se creusant entre gouvernés et gouvernants, les premiers se défiant de plus en plus des seconds. Harari étant un homme en vue, il devient dès lors un des cerveaux de cette élite que pourtant il dénonçait dans son livre…

L’écart se creuse, mais il n’est pas qu’à l’actif des complotistes. En effet, les responsables politiques, économiques, scientifiques et médiatiques pourraient être tentés d’agir comme les hommes du célèbre épisode de la tour de Babel dans la Bible (Genèse 11). Voulant devenir des dieux, ceux-ci s’élèvent au-dessus de leur condition. Mais comme Dieu n’est plus là pour les contraindre – il n’y a même plus la barrière de la Morale -, alors ils s’arrogent son pouvoir et se retournent contre leurs semblables restés au pied de la tour – les sans-dents, ceux qui ne sont rien, les « inutiles », pire que les prolétaires de l’ère industrielle selon Harari. Et puisque tout circule très vite, d’un continent à l’autre, d’une langue à l’autre, comme si un langage mondial se mettait en place, ces nouveaux dieux s’accaparent le pouvoir de brouiller ce langage pour que la multitude se disperse. Donc, leur solution, c’est évidemment la verticalité du discours et des informations, supposée discréditer l’horizontalité des infox et des points de vue extrémistes. Seul problème, si cette verticalité en impose à l’ensemble d’une population, s’informant encore passivement par l’audiovisuel, l’horizontalité gagne en nombre, à mesure que les citoyens maîtrisent les outils numériques.

On le sait depuis longtemps, la Genèse de la Bible s’est en partie inspirée de récits mythologiques babyloniens – Babel est sans doute une allusion à la grande cité mésopotamienne et le Déluge est une adaptation monothéiste d’un récit au départ polythéiste. Dans ce récit, les dieux sont indisposés par une masse d’hommes, toujours plus nombreux, toujours plus bruyants – décision est prise de les réduire à néant par une grande montée des eaux. Comparables à ces dieux, des acteurs de notre monde estiment aussi que la surpopulation humaine n’est pas compatible avec la viabilité de la planète. Dès lors, tout se mélange : l’élite, ignorante des mécanismes démographiques, dit à demi-mots qu’il faudrait maîtriser la natalité afin d’atténuer l’augmentation de la population mondiale, les complotistes imaginent que cette élite cherche souterrainement à éliminer une part de cette population par divers moyens dont des vaccins. Dans le mythe mésopotamien, les dieux n’ont aucune sagesse en voulant éliminer les hommes, et les hommes n’en ont guère. Aussi, la leçon de ce récit est-il de renvoyer dos à dos hommes et dieux.

Dans les récits mythiques, il existe encore des personnages qui se situent entre hommes et dieux : les héros. Ils ne brillent pas par leur sagesse tant ils sont saisis d’hubris, qu’ils se nomment Gilgamesh, Samson ou Achille. Le premier d’entre eux est en quête d’immortalité, mais il échoue lamentablement dans le mythe. Harari, dans son livre Sapiens, évoque donc un « Projet Gilgamesh » censé allonger la vie humaine de tous, voire vaincre la mort – les scientifiques y travaillent. Les « meilleurs » d’entre nous (les plus riches) rêvent de devenir « a-mortels » puisqu’ils sont des Semblables (Homoioi) comme dans la Sparte antique, et non les égaux de la démocratie athénienne. Afin d’évoquer cette science folle qui en oublierait les questions éthiques, le même auteur écrit avec une certaine fantaisie : « Le Dr Frankestein est juché sur les épaules de Gilgamesh » …

Dans un monde occidental totalement sécularisé, l’hubris du héros gagne une part des élites qui s’imaginent pouvoir prolonger indéfiniment la vie : le transhumanisme. Comme l’écrivit le philosophe Michaël Fœssel dans son livre Après la fin du monde, critiquant la « raison apocalyptique » contemporaine – anthropocène, collapsologie, etc. -, l’augmentation de l’espérance de vie reste la seule espérance puisque la mortalité individuelle, totalement matérialisée, est faussement acceptée. En mettant en avant l’importance de la vie organique, comme il le souligne, et non plus le monde humain, la société, on risque en effet de créer une caste démiurgique chargée de devoir maintenir en l’état la « Création » au détriment des souffrances humaines. Sous prétexte d’écologie ou de santé publique, aptes à maintenir les citoyens sous contrôle, cette élite risque plus d’adopter la désinvolture des dieux mésopotamiens que la sagesse de la Bible.

L’oligarchie de ces demi-dieux est déjà mise en place, elle s’appuie sur le savoir scientifique et informationnel. Dépourvue de philosophie et de spiritualité, elle ne procurera aucune sagesse tant elle se montre bien souvent arrogante. Entre l’hubris de cette élite, qui ne veut plus débattre, et la maladresse de citoyens qui se débattent dans des informations contradictoires et parfois fantasmées, il n’y a guère de place pour le retour à une raison démocratique, surtout si l’ensemble d’une population – la masse – se montre passive face à ces informations. Les dieux peuvent provoquer un déluge, dans un mythe, mais les hommes peuvent mener une révolution, dans l’histoire. Faire société consiste bien à ne pas créer de tels écarts socio-culturels. Un régime de vérité est nécessaire, encore faut-il qu’il soit honnête intellectuellement, sans volonté aucune de dominer ou de renverser. Le phénomène est-il réversible ou bien l’inéluctable advient-il déjà ?

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(*) Marion Dapsance a récemment publié Le Sacré-Cœur et la réinvention du catholicisme en 2021 et Alexandra David-Neel, l’invention d’un mythe en 2019.

(**) Christophe Lemardelé a publié Archéologie de la Bible hébraïque en 2019 et Les cheveux du Nazir en 2016.

La taxe carbone aux frontières: Une taxe contre la compétitivité

La taxe carbone aux frontières: Une taxe contre la compétitivité

 

Les présidents de trois grandes fédérations industrielles, Guillaume de Goÿs (aluminium), Henri Morel (industries mécaniques) et Laurent Tardif (industries électriques) alertent, dans une tribune au « Monde », sur les dangers de la mise en œuvre d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières par l’Union européenne.

 

Une taxe carbone contestée par les industriels et d’une manière générale par ceux qui importent. Une taxe fondée sur la fameux théorie du signal prix qui serait un  fiscalité verte mais qui demeure tout simplement une taxe qui viendra affecter la compétitivité. Une manière de se tirer une balle dans le pied pour réduire la régulation du champ environnemental à un impôt. Ou le piège d’une seule vision fiscaliste dans lequel sont tombés cerains  écolos et économistes  récupérateurs.NDLR

 

Le Conseil européen est parvenu le 15 mars à un accord sur le règlement établissant un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF). Il examine maintenant le projet de réforme du système d’échange de quotas d’émission (SEQE).

Le Parlement européen doit, quant à lui, se prononcer sur ces textes les 7, 8 et 9 juin. Ces deux textes sont clés pour permettre à l’Union européenne d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050.

 

Quand ce dispositif entrera en vigueur, les industries européennes des secteurs concernés (acier, aluminium, électricité, engrais et ciment) ne bénéficieront plus de la gratuité de quotas carbone. Parallèlement, afin d’éviter les « fuites de carbone », c’est-à-dire le risque de délocalisation d’activités fortement émettrices de CO2 vers des pays tiers, le MACF imposera aux importateurs de ces mêmes produits d’acheter des quotas carbone.

En l’état, si ce nouveau dispositif permet de donner un « signal prix » pour stimuler les investissements bas carbone dans les secteurs concernés, il transfère de fait aux industries aval le risque de fuite de carbone. A titre d’exemple, les fabricants européens de pièces mécaniques, de compresseurs, de batteries, de robots de cuisine ou de matériaux de construction, verront leur coût de production augmenter au sein de l’Union européenne du fait de la réforme du SEQE et de l’introduction du MACF.

Mais ces mêmes produits fabriqués dans des pays tiers et ensuite importés en Europe ne seront pas impactés par le dispositif puisque le MACF et le SEQE ne prennent en compte que les matières premières brutes. La taxe carbone aux frontières présente des risques ignorés de délocalisation.

Une perte de compétitivité

Si nous saluons l’initiative d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières comme nouvelle étape de la transition écologique de l’Union européenne, nous pensons que cette transition ne doit pas se faire au prix de nouvelles délocalisations ni au détriment de la compétitivité de nos industries.

Or, le dispositif, dans son état actuel, risque d’avoir des effets à l’opposé de l’objectif recherché : au lieu d’inciter à décarboner la production des pays tiers et à se fournir en matières premières moins carbonées pour les secteurs aval, ce mécanisme va inciter les clients européens à acquérir des produits manufacturés en dehors de l’Union à moindre coût et entraînera une perte de compétitivité des industriels européens à l’exportation.

La perte de compétitivité des entreprises européennes utilisatrices des produits couverts entraînera d’importantes fuites de carbone et des délocalisations. A court terme, c’est une large partie de la chaîne de production européenne qui sera fragilisée, mettant à mal l’ambition de reconquête de notre souveraineté économique et industrielle, dont la crise ukrainienne et la pandémie nous ont rappelé l’urgence capitale.

Environnement : enquête européenne contre la France

Environnement : enquête européenne contre la France

 

 

 

Une nouvelle procédure contre la France pour non-respect des engagements. La Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a confié à sa formation suprême, la Grande chambre, une requête déposée contre la France par l’ancien maire écologiste de Grande-Synthe (Nord) Damien Carême, qui lui reproche une action insuffisante contre le réchauffement climatique, a annoncé la CEDH mardi 7 juin. Selon le service de la presse de la Cour joint par l’AFP, l’audience devrait se tenir « autour de la fin de l’année ».

La CEDH, qui siège à Strasbourg, confie généralement à sa Grande chambre, composée de 17 juges de la Cour dont son président, les affaires qu’elle considère comme les plus importantes. Pour Damien Carême, maire de Grande-Synthe de 2001 à 2019 et député européen (EELV) depuis 2019, « la carence des autorités à prendre toutes mesures utiles permettant à la France de respecter les niveaux maximums d’émissions de gaz à effet de serre qu’elle s’est elle-même fixés constitue une violation de l’obligation de garantir le droit à la vie », précise la cour.

Selon l’ancien maire, la France est également contrevenue à son « droit à une vie privée et familiale normale », garanti de la même manière par la Convention européenne des droits de l’homme, lui-même se considérant comme « directement affecté » par les insuffisances de la lutte contre le réchauffement climatique.

La Cour de Strasbourg rappelle que le 1er juillet 2021, le Conseil d’Etat avait enjoint au gouvernement français « de prendre des mesures supplémentaires d’ici au 31 mars 2022 pour atteindre l’objectif – issu de l’Accord de Paris – de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 40% d’ici 2030″. La plus haute juridiction administrative française, rappelle encore la CEDH, avait fait valoir que « le respect des objectifs fixés de réduction des émissions, qui prévoient notamment une baisse de 12% pour la période 2024-2028, n’apparaissait pas envisageable si de nouvelles mesures n’étaient pas adoptées rapidement ».

Prévention santé : lutter contre les lobbys

Prévention santé : lutter contre les lobbys

 

Pour une « démocratie sanitaire dynamique », il faut une information accessible, transparente et objective des consommateurs, et une totale indépendance vis-à-vis du secteur économique, plaident, dans une tribune au « Monde », Bernard Basset, François Boudillon et Serge Hercberg, médecins et spécialistes en santé publique.

 

Tous les acteurs de la santé publique peuvent se réjouir que la prévention soit devenue officiellement une priorité jusqu’à être mise en valeur dans l’intitulé du ministère « de la santé et de la prévention », confié à Brigitte Bourguignon. Depuis des décennies, la prévention n’avance qu’en réaction aux crises sanitaires qui en démontrent à la fois la pertinence et l’efficacité.

Nous ne pouvons qu’espérer que cette nouvelle mandature soit l’occasion de bâtir une véritable politique publique de la prévention, et non pas un catalogue de mesures (et d’annonces gouvernementales), mais un programme d’ensemble cohérent et à la hauteur des enjeux. Car le constat et les obstacles sont connus de longue date.

Le choix des priorités s’impose en grande partie car nous connaissons sans conteste les plus grands déterminants de la santé : la consommation d’alcool et de tabac, la malbouffe et la sédentarité, les expositions environnementales nocives. Nous savons aussi qu’agir sur ces déterminants permet d’améliorer l’espérance de vie sans incapacité.

Mais le simple énoncé de ces priorités incontournables est aussi celui de ses plus grandes difficultés, car une prévention efficace va heurter les intérêts de secteurs économiques qui se sont toujours opposés à des mesures telles qu’une information accessible, transparente et objective des consommateurs. Ne serait-ce, par exemple, que pour informer les femmes du danger de l’alcool pendant la grossesse, responsable du syndrome d’alcoolisation fœtale dont l’incidence serait de 1,3 pour 1 000 naissances vivantes par an (selon la Haute Autorité de santé).

 

De la même manière, le lobby de l’agroalimentaire combat sans relâche la diffusion du Nutri-Score si facile à comprendre par le consommateur, qui permet d’améliorer les comportements d’achat et de faire évoluer la qualité nutritionnelle des produits en incitant les industriels à améliorer leur composition. C’est pourquoi il faut naturellement poser en principe que l’information en santé et les messages sanitaires doivent être totalement indépendants du secteur économique, et sous la seule responsabilité de la ministre de la santé et de la prévention.

 

Le choix de l’efficacité pour la prévention, c’est aussi utiliser des outils qui ont fait leurs preuves. L’arme du prix, via les taxes, est de ceux-là, qu’il s’agisse de la taxe sur les boissons sucrées, du prix des cigarettes ou du prix minimum par unité d’alcool. L’encadrement de la publicité pour les produits nocifs pour la santé (alcool y compris le vin, aliments gras, sucrés, salés…) devrait aller de soi, et de pair avec une information fiable. Or nous voyons, depuis trente ans, l’impossibilité de faire passer une loi réglementant le marketing et la publicité pour la junk food, ainsi que les attaques contre cette loi exemplaire qu’est la loi Evin [relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme].

 

 

Guerre en Ukraine: Une menace contre le développement durable

Guerre en Ukraine: Une menace contre le développement durable

 

 

L’arrêt des exportations agricoles en raison du conflit entre Kiev et Moscou bouscule le programme européen  estime Mathilde Gérard journaliste au Monde.

Notons que les conséquences néfastes affecteront aussi d’autres secteurs dans l’industrie et l’énergie. C’est toute la transition écologique qui risque d’être décalée dans le temps NDLR

 

 

 

Elle serait « décroissante », « irresponsable »« catastrophique »… La stratégie alimentaire de la Commission européenne, Farm to Fork (« de la ferme à la fourchette », « F2F » pour les initiés), déclinaison agricole du Green Deal, se trouve sous un feu de critiques. Cette feuille de route destinée à mettre l’agriculture européenne sur la voie de la durabilité d’ici à 2030 vise à la rendre moins émettrice de gaz à effet de serre et plus protectrice de la biodiversité, ainsi qu’à permettre aux Européens de se nourrir sainement. Le document d’une vingtaine de pages qui la résume prévoit d’atteindre 25 % de surface agricole cultivée en bio en 2030, de réduire l’usage des pesticides de 50 % et le recours aux engrais azotés de 20 %.

Au moment de sa présentation en mai 2020, ce programme n’a guère suscité de vagues. Le texte n’est pas contraignant et doit faire l’objet de discussions ultérieures pour se traduire par des directives ou à travers la politique agricole commune (PAC). Le 19 octobre 2021, les députés européens l’ont approuvé à une large majorité.

Mais, quelques mois plus tard, le vent a tourné. Certains responsables considèrent que, en raison de l’invasion russe qui a mis à l’arrêt les exportations ukrainiennes de céréales, l’heure est venue pour l’Europe d’augmenter ses capacités de production, quitte à revenir sur certains objectifs de Farm to Fork. Alors que la France occupe la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne, Emmanuel Macron a estimé pendant la campagne présidentielle que Farm to Fork devait être « adaptée » car elle « repose sur un monde d’avant-guerre en Ukraine ».

Plusieurs organisations professionnelles agricoles mènent la fronde contre ce texte. Le 29 avril, Christiane Lambert, coprésidente du COPA-Cogeca, première fédération agricole européenne, a accusé Frans Timmermans, vice-président de la Commission, de propos « inhumains » et de mener une politique qui conduirait à des famines dans le monde.

Pourquoi cette feuille de route suscite-t-elle tant d’opposition alors que ses grands principes – durabilité et santé – sont plutôt consensuels ? Une première piste d’explication réside dans le fait que cette politique est gérée en parallèle par les directions générales de l’agriculture et de la santé de la Commission européenne, un copilotage qui a bousculé certains représentants du monde agricole.

La deuxième raison tient au contenu potentiellement alarmant de plusieurs publications sur les effets de la politique Farm to Fork. En explorant divers scénarios, le centre commun de recherche de la Commission européenne a jugé qu’une baisse des volumes de production et une augmentation des prix alimentaires étaient possibles, tout en avertissant du caractère partiel de ses chiffrages. De son côté, le ministère de l’agriculture américain a calculé que les volumes de production chuteraient de 12 % si elle s’appliquait. Une troisième analyse, publiée par l’université néerlandaise de Wageningen, parvient à une conclusion similaire.

France: des obligations vertes qui protègent contre l’inflation

France: des obligations vertes qui protègent contre l’inflation

De nouvelles obligations protéger de l’inflation, une bonne affaire évidemment pour l’environnement et peut-être aussi pour l’État français sous réserve de l’évolution de l’inflation. Bercy a levé 4 milliards d’euros à 15 ans sur les marchés avec ce titre inédit. Il permet de financer des dépenses environnementales de l’Etat. La rémunération finale des investisseurs suivra l’évolution des prix à la consommation en Europe.

C’est une première mondiale. Bercy a émis mercredi une obligation verte indexée sur l’inflation. L’Agence France Trésor (AFT), chargée de placer la dette de l’Etat sur les marchés, a levé 4 milliards d’euros qui seront remboursés dans 15 ans, contre un rendement à l’émission de -0,415 %.

La France confirme ainsi son goût pour l’innovation en matière de dette. Déjà émettrice de dette indexée sur l’ inflation française depuis 1998, elle a placé le premier titre de dette indexé sur l’évolution des prix en zone euro (OAT€i) en 2001. Et en 2017, elle a ouvert le marché des « green bonds » souverains avec une opération de 7 milliards d’euros.

Tweeter: plainte contre Musk

Tweeter: plainte contre Musk

 Comme souvent ,le fantasque milliardaire ,patron de Tesla, Elon Musk, multiplie les informations les plus contradictoires pour, selon ses intérêts, faire monter et où descendre le cours de ses actions. Cette fois il est accusé par des actionnaires de Twitter d’avoir «manipulé le marché»

Les plaignants reprochent au patron de Tesla d’avoir retardé le moment où il révélait être monté au capital de Twitter, une obligation légale au-delà de certains seuils.

«En retardant la publication du montant de sa participation dans Twitter, Musk a manipulé le marché et acheté des parts à un prix artificiellement bas», assurent les avocats des investisseurs, emmenés par William Heresniak. Depuis début avril, la valeur de la plateforme en Bourse fluctue au gré des informations officielles et tweets du fantasque multimilliardaire. Quand il a annoncé avoir atteint plus de 9% du capital de Twitter le 4 avril, l’action a décollé de 25%.

Il devait rejoindre le conseil d’administration (CA), et puis finalement non, avant d’annoncer son intention de racheter le groupe basé à San Francisco, pour une valeur totale de 44 milliards. Le CA s’y est opposé, avant de céder. Elon Musk a dit suspendre l’opération, puis continuer. «Musk a fait des déclarations, envoyé des tweets et mené d’autres actions conçues pour semer le doute et faire baisser substantiellement l’action de Twitter pour se créer une marge de manœuvre qu’il espérait utiliser pour se retirer de la transaction ou renégocier le prix», affirme la plainte.

Les Ukrainiens contre les concessions de Macron à Poutine

Les  Ukrainiens contre  les concessions de  Macron à Poutine 


On ne peut écarter l’hypothèse de concession territoriale faite par l’Ukraine à la Russie évidemment dans les zones où la population russe est majoritaire (cas d’une partie du Donbass). Par contre, les autorités ukrainiennes contestent la légitimité des concessions que veut faire Macron à Poutine. Ils considèrent qu’il s’agit là d’un enjeu de souveraineté. Il faut dire que les pays de l’Ouest font peu de cas avec le fait que les ex pays soviétiques ont eu à supporter 50 ans de dictature et que de ce point de vue ils se montrent nettement moins bienveillants que certains pays occidentaux prêts à donner des compensations à Poutine »afin de ne pas l’humilier ».

L’Ukraine a donc déclaré lundi avoir repoussé le récent assaut contre Severodonetsk, une ville de l’est du pays qui est devenue la principale cible de l’offensive de Moscou depuis que les forces russes se sont emparées de Marioupol, la semaine dernière. Les forces russes ont tenté de prendre d’assaut Severodonetsk, mais n’y sont pas parvenues et ont reculé, a déclaré le bureau du président Volodimir Zelensky.

«Le New York Times, dans la foulée d’“intellectuels” allemands et du président français Emmanuel Macron, suggère maintenant d’accorder des concessions territoriales à la Russie de Poutine pour arrêter la guerre. Je suis d’accord, donnez-lui l’Alaska.» A l’instar de ce tweet d’Oleksiy Sorokin, chef du service politique du site d’information The Kyiv Independent, l’idée lancée le 9 mai par le chef de l’Etat français de ne pas humilier l’hôte du Kremlin – tout comme celle de créer une «communauté politique européenne» pour accueillir l’Ukraine – a été accueillie au mieux avec un certain humour par les intéressés. Mais la colère perce assez rapidement à l’égard du gouvernement français.

Celui-ci n’a pas arrangé ses affaires en déclarant, dimanche, par la voix de Clément Beaune, le ministre délégué aux Affaires européennes, que l’adhésion du pays à l’UE prendrait «sans doute quinze à vingt ans». Au lendemain de la reddition de la ville martyre de Marioupol, Kiev attendait sans doute plus d’encouragements de la part de Paris…En tout cas à moins de condescendance

Contre l’Ukraine : l’union des dictateurs

Ukraine : l’union des dictateurs

C’est l’ordre international qui est en jeu pour Alain Frachon, éditorialiste au « Monde . Le camp de la liberté contre celui des dictateurs.

Une sorte d’alliance objective des autocrates contre la démocratie, pour se protéger eux-mêmes des secousses internes

La Chine de Xi Jinping a choisi de soutenir, politiquement au moins, la Russie de Vladimir Poutine. Ce n’était pas obligé. Pékin avait des cartes à faire valoir pour jouer un autre rôle – plus apaisant. Mais, au nom d’une ambition supérieure partagée, Xi a jugé plus important de coller à l’argumentaire de Poutine : dans l’affaire ukrainienne, tout est de la faute de l’OTAN, des Etats-Unis, de ce « collectif occidental » sans cesse plus menaçant à l’égard de Moscou – pas un souffle de nuance dans un discours de combat mouliné à satiété par toute la machine de propagande chinoise.

Pourquoi ? Parce que la Russie est l’amie, la camarade de combat dans une bataille menée pour façonner un « nouvel ordre international », pour changer les relations entre Etats au XXIe siècle et pour entrer dans une « nouvelle ère » qui verra la fin du leadership occidental instauré en 1945. La guerre en Ukraine, c’est bien dommage, mais l’intérêt supérieur de Pékin est de sceller dans l’épreuve un partenariat avec la Russie au service d’un objectif précis : créer un environnement international favorable au mode de gouvernement autocratique.

A l’opposé, le président Joe Biden inscrit le soutien apporté à l’Ukraine par les Etats-Unis et leurs alliés dans la lutte opposant démocraties et autocraties – confrontation qu’il juge déterminante pour l’avenir du siècle. Invité début mai au Festival du Financial Times à Washington, Henry Kissinger, 98 ans, dont une bonne partie au service de l’école real-politicienne, laisse, discrètement, entendre qu’il ne reprendrait pas à son compte la formule de Biden. On imagine que l’ancien secrétaire d’Etat referait plus volontiers le « coup » de 1972 : cultiver Pékin contre Moscou…

Mais Kissinger ne nie pas l’offensive diplomatico-idéologique que la Chine mène contre l’Occident sur la scène internationale. Cette campagne, souvent conduite dans un jargon dont la légèreté n’est pas la qualité première, est admirablement racontée par la sinologue Alice Ekman, de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (EUISS), dans la publication « China and the Battle of Coalitions » (Chaillot Paper).

Sondage Burkini : 69% des Français contre

Sondage Burkini : 69% des Français contre 

 

Face aux enjeux majeurs du pays,  les écolos de Grenoble, maire en tête, ont fait de la question du port du Burkini dans les piscines publiques le problème central du pays;  ou la décomposition avancée d’un mouvement politique écolo en pleine démence  idéologique ! Un sondage publié ce mardi par l’Ifop pour le journal Le Point révèle qu’une large majorité de Français (69%) sont opposés à l’autorisation de ce maillot de bain -qui recouvre entièrement le corps à l’exception du visage, des pieds et des mains- dans les piscines publiques. À l’inverse, seulement 28% des Français musulmans s’y déclarent opposés. L’étude aborde aussi la question de l’autorisation pour les femmes de bronzer seins nus dans les piscines publiques, mesure adoptée également par les élus grenoblois ce lundi. Une majorité de Français encore s’y déclarent opposés (60%) tout comme les musulmans français cette fois-ci (67%).

L’institut de sondage a également sondé les répondants en fonction de l’intention de vote aux prochaines élections législatives. Si les électeurs de droite, de l’alliance LR-UDI à Reconquête! en passant par le Rassemblement national sont opposés à plus de 75% à l’autorisation du burkini, une majorité d’électeurs de l‘union de la gauche (Nupes) se déclarent plus étonnamment opposés à une telle mesure (58%). Les électeurs du parti présidentiel Renaissance sont quant à eux 71% à se déclarer contre le burkini.

Lutte contre l’Inflation aux États-Unis : trop tard !

Lutte contre l’Inflation aux  États-Unis : trop tard !

 

Le président de la Réserve fédérale américaine espère encore pouvoir lutter contre la hausse des prix à doses homéopathiques. Mais n’est-ce pas déjà trop peu, trop tard ? s’interroge Arnaud Leparmentier, correspondant du « Monde » à New York, dans sa chronique.

 

Les marchés financiers aiment les conférences de presse du président de la Réserve fédérale américaine (Fed), Jerome Powell, sa modestie sincère, ses réponses rassurantes et son optimisme tempéré, qui conduisent à un feu d’artifice à Wall Street, comme ce fut le cas, mercredi 4 mai, après que la Fed a augmenté d’un demi-point ses taux directeurs, une première depuis l’an 2000, mais exclu une hausse de 0,75 point.

Et puis, la nuit portant conseil, une partie des opérateurs a réfléchi, se demandant s’ils ne s’étaient pas fait intoxiquer pas le président de la banque centrale. C’est ainsi qu’après la fête est venue la dégelée sur les marchés financiers, la pire depuis les soubresauts du Covid-19. Jerome Powell trompe-t-il son monde en laissant espérer un atterrissage en douceur de l’économie américaine, alors que l’inflation est à 8,5 %, son plus haut niveau depuis 1981 ? Moins que le président démocrate, Joe Biden, qui attribue l’inflation à Vladimir Poutine et au cartel des entreprises, sans dire un mot sur son plan de relance excessif voté à contretemps, en avril 2021, qui a inondé les Américains de liquidités.

Mais M. Powell veut croire à un miracle, qui permettrait à l’inflation de se résorber d’elle-même. Il y a déjà cru à l’automne 2021, ne réagissant pas tant qu’il était temps, alors que l’emploi était revenu et que persistaient des goulets d’étranglement dans l’économie. Les tergiversations politiques de Joe Biden pour le renommer pour un second mandat n’y sont sans doute pas étrangères et ont fait perdre de précieuses semaines.

Un retour à la normale est possible, mais loin d’être certain. D’abord, les taux d’intérêt réels sont beaucoup trop bas pour refroidir l’économie : 3,1 % à dix ans avec une inflation deux fois supérieure, c’est une dose homéopathique, un placebo. Ensuite, la crise n’est pas finie : le prix des matières premières connaît un répit, mais c’est parce que la Chine est fermée pour cause de Covid-19. D’ici six mois, elle va mettre les bouchées doubles pour repartir, et Patrick Artus, conseiller économique à la banque Natixis, prévoit une nouvelle bouffée inflationniste.

Dans ce contexte, la Fed s’adapte et laisse filtrer, réunion après réunion, une politique de plus en plus stricte, mais progressivement. Faut-il annoncer brutalement la couleur, quitte à provoquer une récession, comme le fit Paul Volcker à partir de 1979 pour terrasser la stagflation consécutive aux deux chocs pétroliers, ou couper la queue du chat par petits bouts pour préparer les esprits ?

Réforme des retraites : la CFDT contre

Réforme des retraites : la CFDT contre

Sur  franceinfo, Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a exprimé son désaccord sur la réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron. Selon lui, le système est « quasiment à l’équilibre ».

« Je ne comprends pas le point de départ, l’objectif, de cette réforme », a indiqué Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, vendredi 29 avril sur franceinfo, concernant la réforme des retraites voulue par Emmanuel Macron avec le recul de l’âge légal à 65 ans.  »Si l’objectif de cette réforme c’est l’équilibre des comptes des retraites, il n’y a pas besoin d’aller sur un report de l’âge légal », a-t-il estimé.

S’il s’agit de financer la dépendance sans augmenter les impôts, « je suis en désaccord », a poursuivi Laurent Berger. « Financer la perte d’autonomie est un sujet très important, a précisé le patron de la CFDT, mais il y a d’autres possibilités pour le faire ». Il a ainsi proposé de mettre en place  »une taxation sur la transmission de patrimoine », autrement dit taxer les successions.  »C’est l’une des inégalités les plus fortes dans notre pays », a-t-il assuré, soulignant que « 10% de la population détient 50% du patrimoine ».

La CFDT s’est dite  »opposée au report de l’âge légal » de départ à la retraite, convaincue qu’il faut « rester à 62 ans ». Laurent Berger a par ailleurs réagi à la proposition de Jean-Luc Mélenchon, candidat malheureux de La France insoumise à la présidentielle, de fixer l’âge de départ à 60 ans.  »Soyons sérieux, s’il a trouvé la recette magique pour financer la retraite à 60 ans, et pourquoi pas à 45 ans tant qu’on y est, tant mieux », a-t-il raillé.

Il a également plaidé en faveur « d’un système de retraite plus juste« . « Notre richesse, c’est notre système de retraite par répartition, il est quasiment à l’équilibre, son problème c’est son injustice intrinsèque », a-t-il expliqué, pointant du doigt le cas des femmes qui ont  »en moyenne autour de 20 à 30% de retraite en moins que les hommes ». Il a par ailleurs défendu une retraite minimale  »équivalente au Smic », pour  »ceux qui ont travaillé toute leur vie », soit « 1 300 euros net », là où Emmanuel Macron propose 1 100 euros.

La violence contre les élus révélateur du mal démocratique ?

La violence contre les élus révélateur du  mal démocratique ?

L’un des défis de la démocratie française sera de réfléchir aux conditions de la légitimité effective des élus, soumis aujourd’hui à une violence qui fait suite à la défiance envers la politique. Par Jean-Baptiste Juillard, Sorbonne Université dans la « Tribune ». 

À la fin du XIXe siècle, la France connut une vague d’attentats anarchistes, dont les deux événements paroxystiques furent la bombe lancée par Auguste Vaillant le 9 décembre 1893 dans la Chambre des députés, qui ne fit aucun mort, et l’assassinat du président de la République Sadi Carnot à Lyon le 24 juin 1894, par Sante Geronimo Caserio. Si la radicalité de cette violence paraît lointaine, et l’anarchisme moins en vue, les représentants politiques sont encore la cible de violences.

Dans le contexte du débat sur le passe vaccinal, nous avons ainsi assisté à une « multiplication » de menaces extrêmement violentes proférées contre des parlementaires de la majorité, à une échelle rarement observée par le passé. La députée LREM Aurore Bergé a de ce fait appelé à la constitution d’un « front commun contre la violence dans le débat public ». Quelque temps auparavant, à l’été 2019, le maire de Signes, Jean-Mathieu Michel, trouvait la mort, renversé par la camionnette d’un maçon qui avait été rappelé à l’ordre par l’élu alors qu’il déposait illégalement sur la voie publique des encombrants.

Un an après cet événement tragique, c’est le maire de Portbail, Francis d’Hulst, qui fut victime d’une agression physique alors qu’il rappelait l’interdiction de campement sauvage. Ces faits interpellent et étonnent d’autant plus que le mandat de maire est le seul à bénéficier d’un niveau de confiance supérieur à 50 % dans la population française, d’après les données du baromètre de la confiance politique Sciences Po – Cevipof.

En réaction à ces événements, plusieurs parlementaires se sont emparés du sujet. En octobre 2019, le sénateur Philippe Bas a remis un rapport d’information « Sur les menaces et agressions auxquelles sont confrontées les maires », à partir de la consultation de 10,90 % des maires de France ou assimilés, soit 3812 élus, lesquels déclarent à 92 % avoir été victimes de violences physiques ou verbales, allant de l’incivilité à l’agression physique caractérisée.

En avril 2021, les députés Naïma Moutchou et Philippe Gosselin ont été rapporteurs d’une mission sur les « entraves opposées à l’exercice des pouvoirs de police des élus municipaux » dans le but d’améliorer la sécurité des élus locaux. D’après les chiffres du rapport, issus du ministère de l’Intérieur, en 2020, 1 276 agressions ont eu lieu sur des élus locaux en France, dont 505 agressions physiques, ce qui représente un triplement du volume des faits par rapport à l’année précédente. Les autres agressions courantes sont des outrages, des atteintes au domicile ou encore des dégradations de véhicules.

S’il convient de réagir rapidement avec des mesures juridiques adéquates et opérationnelles, il est aussi nécessaire de comprendre cette augmentation massive à la lumière de l’évolution de la place de l’élu et des transformations de la légitimité en démocratie. S’agit-il d’un problème conjoncturel ou structurel, amené à se déployer encore à l’avenir ?

La violence envers les élus est non seulement inacceptable sur le plan moral et répréhensible sur le plan pénal, mais elle est aussi et surtout difficilement compréhensible sur le plan politique.

Comment en effet peut-il y avoir violence sur la personne qui a reçu l’onction du suffrage universel dans une démocratie ? L’élu est le pivot du système représentatif, dont Benjamin Constant a montré dans un fameux discours sur la « Liberté des Anciens comparée à celle des Modernes » (1819) qu’il était historiquement le mieux à même de préserver nos libertés.

Élire, c’est choisir et investir une personne d’un pouvoir, certes limité et temporaire, mais réel et effectif, exercé au nom de l’intérêt général. Ce faisant, le statut d’élu, dans l’imaginaire culturel et symbolique, est nécessairement associé à un respect spécifique, qu’illustre notamment le port cérémoniel de l’écharpe, aux couleurs du drapeau. Les parlementaires jouissent d’une immunité, qui vaut pour les opinions et les votes exprimés dans le cadre de leur mandat, et n’est bien évidemment pas une protection pour les infractions qu’ils commettraient dans leur vie privée. Les mandats locaux ont été de plus en plus encadrés à la faveur de la décentralisation.

Légitimé par l’histoire, protégé par un statut, assisté par des collaborateurs, entretenu par des indemnités, l’élu devrait pouvoir exercer son mandat en toute tranquillité, au-delà des contestations et controverses qui animent la vie démocratique. Comment expliquer dès lors cette forme de désacralisation de l’élu ?

Dans un livre intitulé La Contre-démocratie Pierre Rosanvallon, historien et ancien professeur au Collège de France, s’intéresse à « la politique à l’âge de la défiance ». Nous serions entrés dans une démocratie de sanction, où le rejet se manifesterait plus visiblement et directement que l’adhésion à un projet.

C’est en effet un véritable changement de nature de l’élection auquel nous assistons selon Pierre Rosanvallon, puisqu’il ne serait plus désormais tant question de choisir que « de procéder à des éliminations », d’où le terme employé de « désélection » (II, 3. La politique négative). Analyser le système politique exige de prendre en considération les actes d’empêchement, dans la mesure où le corps civique se scinde en plusieurs groupes qui portent la contestation par des actions ciblées. En parallèle de l’apathie politique qui produit un « consentement par défaut », il y aurait à l’œuvre un « pouvoir d’empêchement » exercé par un « citoyen négatif », c’est-à-dire un citoyen qui s’oppose et dit non. La participation à la vie politique serait désormais devenue « essentiellement hostile », dominée par le désaveu et ses expressions diverses.

Le président du Sénat Gérard Larcher a contribué à la popularité d’une formule selon laquelle un bon élu local est « à portée d’engueulade » et doit en un sens le rester pour être au plus près des réalités. L’expression, très parlante, a même été reprise par le président de la République après la gifle qu’il a reçue en juin 2021 lors d’un déplacement dans la Drôme. Le chef de l’État appelait alors à distinguer l’expression d’une colère légitime, de la haine et de la violence qui n’ont pas leur place en démocratie.

Il existe bien un combat politique, comme le veut l’expression commune, mais trouve-t-il encore véritablement à s’exprimer ? La philosophe Chantal Mouffe considère que le triomphe d’une vision libérale excessivement et illusoirement consensuelle du politique se fait au détriment des oppositions parfois radicales qui devraient pouvoir s’exprimer en démocratie. Elle défend ainsi une vision « agonistique » du politique, terme issu du grec agôn qui renvoie au conflit et à la lutte.

Cela suppose de reconnaître une véritable légitimité à son adversaire. Dans une démocratie plurielle, reposant sur de véritables oppositions, l’opposant est à la fois combattu et reconnu, celui-ci « ne sera pas considéré comme un ennemi à abattre mais comme un adversaire dont l’existence est légitime et doit être tolérée. » A-t-on encore des ennemis ? Oui, répond la philosophe, qui propose de réserver le terme pour désigner ceux qui « mettent en question les bases mêmes de l’ordre démocratique », comme elle l’écrit dans La politique et ses enjeux (1994).

De l’adversaire à l’ennemi ?

Abattre l’ennemi (2021) est le titre, explicite, d’un ouvrage de l’avocat et pamphlétaire Juan Branco où il cible sans nuance :

« la caste représentative et intermédiante – journalistes, élus, intellectuels et autres « décideurs » et « commentateurs » – qui étouffe notre démocratie et ne conçoit pas que cette dernière puisse exister sans eux ».

Dans une vidéo diffusée sur sa chaîne YouTube, qui compte près de 100 000 abonnés, sous le titre « Prendre Paris », il imagine la conquête révolutionnaire de la capitale. Le choix des mots semble ici dépasser la vision précédemment exposée, pour entrer dans un véritable combat à mort avec un adversaire érigé en un ennemi absolu. Sans rejeter par ailleurs toute forme d’élection, l’auteur souhaite un plus grand contrôle des élus par le peuple, associé à la possibilité d’organiser des référendums d’initiative citoyenne.

En 2019, dans Crépuscule, il s’employait à dévoiler au grand jour les coulisses « sanglants » du pouvoir et plus précisément les ressorts de l’ascension des hommes politiques contemporains, qu’il assimile à de la corruption pure et simple.

Mélangeant faits, interprétations et aspects plus personnels, sans « témoignage sourcé », l’ouvrage a quoi qu’il en soit donné le ton d’un discours acerbe, radical et violent envers la grande majorité des représentants politiques actuels.

Comment redonner de la légitimité aux élus ? En mettant en place un contrôle renforcé de la délégation de pouvoir, par exemple la procédure de révocation en cours de mandat, portée par La France insoumise. On se souvient que Rousseau, au chapitre VII de ses Considérations sur le gouvernement de Pologne, plaidait déjà pour le mandat impératif, qui consiste à demander aux élus d’agir conformément à des instructions prédéfinies, comme remède au « mal terrible de la corruption ». Or, la Constitution de la Ve République rejette le mandat impératif (article 27) au profit du mandat représentatif.

Une autre piste de réflexion de fond est l’amélioration de la représentativité, comme le propose Pierre Rosanvallon dans Le Parlement des invisibles (2014). En intégrant les discours et vécus des citoyens les plus éloignés de la vie politique, il serait possible de dépasser le sentiment d’abandon et le rejet des élus qui s’y associe. L’idée d’introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives, afin d’offrir une meilleure représentation politique, est d’ailleurs fréquemment évoquée dans le débat public, mais toujours pas réalisée.

Dans L’ange et la bête. Mémoires provisoires (2021), le ministre de l’Économie et des Finances et de la Relance, Bruno Le Maire, décrit le mouvement des « gilets jaunes » comme une véritable « crise de régime », révélant « l’obsolescence de nos institutions », source de colère et de contestation. D’où l’idée d’entreprendre un travail de refondation de celles-ci, afin de répondre à ce nouveau malaise démocratique.

Quoi qu’il en soit, l’un des défis à venir de la démocratie française sera assurément de réfléchir aux conditions de la légitimité effective des élus, au-delà du vote même, afin de retrouver le chemin d’une démocratie animée mais apaisée.

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Par Jean-Baptiste Juillard, Professeur agrégé de philosophie, doctorant en philosophie et théorie politique, Sorbonne Université

L’auteur effectue sa thèse sous la direction de Pierre-Henri Tavoillot.

Russie en Ukraine : Une menace contre la paix mondiale

 Russie en Ukraine : Une menace contre la paix mondiale

 

Le recours à la menace nucléaire constitue le marqueur le plus inquiétant de ce conflit, estime la juriste Françoise Bouchet-Saulnier dans une tribune au « Monde », relevant la nécessité d’établir les responsabilités de l’Etat russe, et donc de son président, pour le déclenchement de la guerre et celles des auteurs des crimes.

Tribune.

 Le conflit en Ukraine, qui avait débuté en 2014 comme un conflit armé non international entre Kiev et les rebelles séparatistes de l’est soutenus par Moscou, a propulsé le monde dans une ère nouvelle avec l’entrée en guerre de la Russie, le 24 février. Sur le plan humanitaire, cette guerre n’a malheureusement rien de spécifique. Les victimes ukrainiennes appartiennent à la même humanité et ont besoin des mêmes secours que celles de Tchétchénie, de Syrie, d’Afghanistan ou d’ailleurs. Mais cette guerre se démarque de la longue liste de ces conflits non internationaux. Il s’agit cette fois d’une guerre directe entre deux Etats souverains. Au-delà des destructions et des souffrances subies par la population ukrainienne, cette guerre menace l’existence même du cadre politique et juridique de sécurité collective internationale établi après la seconde guerre mondiale.

 

En invoquant le génocide pour justifier une intervention militaire unilatérale et en utilisant la menace nucléaire dans un conflit armé international, la Russie viole les règles de coexistence pacifique entre Etats garanties par la charte des Nations unies sous la responsabilité des puissances nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité. Le Kremlin espère également opposer sa propagande à la réalité matériellement prouvée. Certes, les nouvelles technologies accélèrent la propagation des fausses informations mais après les crimes commis à Boutcha on découvre aussi que le secret, l’anonymat ou le mensonge d’Etat ne résistent pas à la multiplicité des sources d’information ouvertes permises par les satellites de communication et les réseaux sociaux.

L’établissement de la responsabilité russe exige un double niveau d’examen. Le premier concerne la responsabilité de l’Etat russe au titre du déclenchement de la guerre – jus ad bellum, « le droit à la guerre » –, le deuxième engage la responsabilité individuelle des auteurs de crimes commis pendant la guerre – jus in bello, « le droit dans la guerre ».

Concernant le jus ad bellum, la Cour internationale de justice, qui juge les Etats, est saisie depuis le 26 février de la légalité des motifs de la guerre lancée par la Russie contre l’Ukraine. En effet, la charte des Nations unies interdit le recours à la force armée entre les Etats sauf dans les cas de légitime défense étatique ou de décision du Conseil de sécurité de l’ONU concernant des menaces à la paix et à la sécurité internationale. Même s’ils ont parfois menti et abusé de ce cadre juridique international, les Etats-Unis, comme les autres membres permanents du conseil de sécurité de l’ONU, s’y étaient, jusque-là, formellement soumis.

Génocide contre les Ukrainiens: Le terme approprié

Génocide contre les Ukrainiens: Le terme approprié

 

 

Les cruautés gratuites et l’acharnement sur les populations civiles ukrainiennes entrent dans la définition du «génocide», argumente le réalisateur François Margolin dans le Figaro , qui s’est notamment rendu à Boutcha. Ce terme de génocide est pourtant contesté par certains experts   alors que l’objectif de Poutine est bien de rayer de la carte l’Ukraine en tant que peuple indépendant. 

Par définition, un génocide est crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux . Un génocide n’est donc pas une affaire quantitative mais qualitative. Macron, lui , confie la reconnaissance du génocide aux historiens qui ne seront sans doute pas d’accord avant une cinquantaine d’années. 

François Margolin est réalisateur, producteur et scénariste. Il a notamment réalisé le film Salafistes.

Tribune

 

On peut ergoter pendant des heures sur la justesse des mots mais la réalité est là, quand on a passé, comme moi, un moment en Ukraine, dans les banlieues Nord de Kiev, dévastées, martyrisées par les troupes russes. À Boutcha, Borodyanka, Andriivka, où j’étais encore il y a quelques jours.

Un génocide a lieu, en ce moment, en Ukraine, sous nos yeux, tous les jours, retransmis sur nos écrans de télévision. Il ne s’agit pas de crimes marginaux, commis par des soldats éméchés ou drogués, non, c’est un crime organisé, j’allais dire, comme les juges, «un crime en bande organisée». Car tous ces militaires l’ont fait avec l’assentiment, si ce n’est les ordres, de leurs chefs. Comme l’a déclaré le 18 Avril Vladimir Poutine en décorant les membres de la 64ème Brigade motorisée, soupçonnée d’être responsable des exactions à Boutcha: «Vos actions sont un modèle d’exécution du devoir militaire, de courage, de détermination et de grand professionnalisme.»

Et la nouvelle offensive lancée depuis lundi soir au Donbass risque d’amplifier ces massacres.

Pourquoi se boucher les yeux ? Pourquoi refuser les mots sous prétexte qu’ils fâchent ? Pourquoi un tel déni de la réalité ? Ce que j’ai observé là-bas dépasse tout ce que j’ai vu dans l’horreur, aussi bien en Afghanistan sous le règne des talibans, qu’à Mossoul lorsque y prospérait l’Était Islamique, ou au Liberia quand sévissaient des bandes d’enfants soldats sans foi ni loi.

Or, non seulement cela a eu lieu mais nous savons tous que cela continue et que cela va se poursuivre, à Marioupol, à Kharkov, à Kramatorsk, etc. Et nous compterons ainsi les morts tous les soirs.

Comment une telle chose est-elle possible ? Comment un président, notre président. Emmanuel Macron, peut-il à chaque fois contester les termes, ceux qu’utilise Joe Biden, qui traite Poutine de «boucher», de «criminel de guerre», et l’accuse de «génocide», ou ceux du premier ministre polonais, Morawiecki, qui le compare à Hitler? Pour plaire au président russe ? Pour ne pas le choquer ? Pour «garder le contact», comme il le dit souvent ? Oui mais, pour quoi et avec quel résultat ?

Les Européens, en tant que tels, n’ont rien obtenu, depuis des semaines, avec leurs visites répétées au Kremlin et leurs coups de fil hypermédiatisés. Seule la résistance d’un peuple a permis le recul de l’armée russe. Et ce qui est sans doute le plus terrible c’est que, justement, ce peuple nous fait la démonstration, à nous, Européens, que l’Europe a un sens. Que quarante-quatre millions d’Ukrainiens, unis, peuvent dire à Vladimir Poutine: «Oui, nous sommes Européens et nous ne serons plus jamais vos vassaux, vos affidés. Nous ne voulons plus d’un tsar qui supprime nos libertés et nous empêche de devenir des citoyens indépendants et responsables».

Les Ukrainiens démontrent ce qu’est une nation, fière d’elle-même, de sa culture, de son armée et de son drapeau. Exactement ce que voulaient les pères fondateurs de l’Europe, qui pensaient que pouvaient cohabiter l’idée de nation et l’idée de l’Europe.

Alors, parlons des mots. Génocide, d’abord. Oui, ce qu’il se passe en ce moment en Ukraine est bien un génocide. Et il n’y a pas besoin d’y mener une longue enquête et d’attendre ses conclusions durant des mois pour en être sûr. Il suffit d’y passer quelques heures tellement l’horreur saute aux yeux: immeubles effondrés volontairement sur leurs habitants réfugiés dans les caves, par des bombardements ininterrompus, enfants abattus sans scrupule alors qu’ils fuyaient avec leurs parents, couples de vieillards abattus au volant de leur Lada brinquebalante, femmes violées devant leurs parents, etc. La liste est longue de ces cruautés gratuites, de cet acharnement sur les populations civiles.

Ce qui est infligé aux Ukrainiens est bien pire que ce qu’il s’est passé à Srebrenica. Or, le terme de génocide y est utilisé par le Tribunal pénal international de La Haye pour qualifier le massacre de sept mille hommes par les Serbes de Bosnie. Ce que j’ai pu voir est même – c’est terrible à dire – bien pire que les crimes que commettait l’État Islamique, dont la cruauté était sans égale mais qui ne la pratiquait que sur des personnes qui enfreignaient ses « lois » et sa conception de l’Islam. Comme les Yézidis, dont le massacre des uns et l’asservissement des autres est aujourd’hui considéré comme un génocide. Bien pire aussi que les milliers de morts dus à l’emploi de gaz par Saddam Hussein au Kurdistan en 1988. À Halabja. Un autre génocide reconnu par les institutions internationales.

Il y a chez Poutine une volonté délibérée de détruire une nation et un peuple, en tant que tels, symbole, à ses yeux, d’une Europe qu’il juge faible et divisée. Il y a une volonté de «démembrer» un pays en le réduisant à une sorte d’esclavage symbolique et en reconstituant cette « grande nation russe » dont Kiev est à l’origine. Cette Russie des tsars. Ses maîtres à penser l’ont écrit, depuis longtemps, comme Alexandre Douguine, son idéologue et ami, que la nostalgie de l’Union Soviétique obsède depuis sa fin en 1990. Du coup, Poutine l’a fait: il a créé de toutes pièces un semblant d’état, la Transnistrie, entre Moldavie et Ukraine où il règne en maître, afin de semer la zizanie dans la région; il a soumis la Tchétchénie dès le début de l’an 2000; il s’est emparé de près de la moitié de la Géorgie à l’été 2008, et il a «repris» la Biélorussie il y a environ deux ans, après des manifestations gigantesques réprimées dans le sang.

Est considérée par le Code pénal français comme génocide, «l’exécution d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux, ou d’un groupe déterminé à partir de tout autre critère arbitraire.» La volonté de détruire une nation est donc, bien évidemment, incluse dans cette définition. Or, il y a sans doute plus de vingt mille morts à Marioupol, plusieurs centaines dans les caves des immeubles de Borodyanka, sans parler des morts de Boutcha et des milliers de morts dans les autres villes et villages à travers le pays.

Alors pourquoi Poutine fait-il tellement peur à nos dirigeants qui prétendent vouloir éviter une prochaine guerre mondiale, qui crient au risque de guerre nucléaire, et qui se battent la coulpe pour avoir «osé» proposer à l’Ukraine d’adhérer à l’Otan ? Comme l’avaient fait les ex-pays de l’Est, ou les pays baltes? Quelle curieuse fascination exerce-t-il sur ces hommes politiques de tous bords?

Comme me l’on dit des responsables politiques ukrainiens: «Même si nous lui laissions la Crimée, il considérerait cela comme un aveu de faiblesse, et il poursuivrait son lent grignotage, dusse-t-il attendre quelques mois ou quelques années.» Après, ce sera la Lituanie, la Finlande ou la Suède…

Je ne voudrais pas que, dans cinquante ans, la même honte nous envahisse en pensant à cette lâcheté à intervenir.

Derrière ce faux débat sur les mots, se cachent deux enjeux cruciaux: celui de l’arrêt immédiat de l’importation de gaz russe par l’Europe et d’abord par l’Allemagne, et celui de la fourniture d’armes que les Européens font plus que modérément. À l’exception des Polonais. Alors que, dans le même temps, Américains et Anglais ne se gênent pas pour le dire et pour livrer des armes sophistiquées.

Ce que l’on ne veut pas voir c’est que, pour Vladimir Poutine, la troisième guerre mondiale a déjà commencé et que pour la tuer dans l’œuf, la seule solution est d’aider l’Ukraine à battre militairement l’armée russe. Il faut aussi assécher totalement les finances de Moscou en bloquant les gazoducs Nordstream 1 et 2 et, avec eux les milliards de dollars versés quotidiennement – plus de quarante depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Ce sera plus efficace que des sanctions qui ne semblent guère faire peur au Kremlin, qui s’y était préparé.

Dans un documentaire récent, diffusé sur Arte, il était raconté les atermoiements du gouvernement anglais, en 1944, autour de l’idée de bombarder les voies ferrées qui arrivaient à Auschwitz. Les Anglais, comme les Américains, savaient ce qu’il s’y passait, ils possédaient les photos aériennes des lieux et avaient les moyens d’organiser des bombardements qui auraient épargné la vie de près de 300.000 Juifs, hongrois en particulier. Or, malgré la volonté de Churchill, ils eurent peur et invoquèrent toutes sortes de raisons, aujourd’hui totalement honteuses, pour ne pas le faire.

Comparaison n’est pas raison. Mais je ne voudrais pas que, dans cinquante ans, la même honte nous envahisse en pensant à cette lâcheté à intervenir. Quand il y a un génocide, et c’en est un qui a lieu aujourd’hui en Ukraine, le monde civilisé ne peut rester indifférent, ni contester des mots pour justifier son indécision.

 

Plaidoyer contre la réforme des retraites

Plaidoyer contre la réforme des retraites

 

 S’il est réélu, le président sortant envisage de repousser progressivement l’âge légal de départ à 65 ans. Cette mesure nie la loi biologique du vieillissement et augmenterait le chômage, selon Laurent Izard, agrégé en économie et gestion dans le Figaro.

 

Une tribune avec des arguments pertinents mais avec le défaut principal de parler d’âge de la retraite en général sans tenir compte des conditions de pénibilité et des spécificités des métiers. Bref le défaut habituel des approches françaises notamment de gauche. Qui peut prétendre que la pénibilité est la même pour un couvreur par exemple par rapport à un professeur d’université ? NDLR

Laurent Izard est normalien et agrégé de l’Université en économie et gestion. Il est l’auteur de nombreux manuels d’enseignement supérieur en économie et gestion. Il a notamment publié A la sueur de ton front (L’Artilleur) en 2021.


Le débat semble clos avant d’avoir réellement commencé: face aux déséquilibres structurels de notre régime de retraite et compte tenu du vieillissement de la population, il serait impératif de repousser à 64 ans ou plus l’âge légal de départ à la retraite. On nous explique qu’il n’existe pas de solution alternative, et que nous sommes en retrait sur ce sujet par rapport à nos voisins: En Allemagne, on travaille jusqu’à 65 ans et 8 mois (pour les assurés nés en 1954). On part à la retraite à 67 ans en Italie, à 65 ans en Espagne, et à 66 ans au Royaume-Uni…

Mais l’on «oublie» souvent de préciser qu’en Chine l’âge légal (et obligatoire) de départ à la retraite est de 60 ans pour les hommes et de 50 ans pour les femmes (sauf fonctionnaires). Dans les pays nordiques, cet âge légal est de 61 ans en Suède, 62 ans en Norvège et 63 ans en Finlande. Et en allant plus loin, l’âge légal de départ à la retraite reste fixé aux alentours de 60 ans en Algérie, en Biélorussie, en Ukraine, au Pakistan, au Vietnam, en Inde ou en Russie…

S’appuyer sur les régimes de retraite en vigueur dans les autres pays pour décider de notre avenir est révélateur de notre renonciation à défendre une certaine indépendance et un modèle social français spécifique.

Ce que l’on oublie également, c’est que l’âge légal ne constitue qu’une pièce du puzzle: il convient aussi de s’intéresser à l’âge moyen réel de départ à la retraite dans les différents pays, qui peut s’éloigner sensiblement de l’âge légal: par exemple, en Italie, l’âge moyen de départ à la retraite est inférieur à 62 ans, soit plus de 5 années avant l’âge légal… Tout dépend en fait des modalités de décote des départs anticipés, du montant des pensions et des multiples dérogations à l’âge légal qui existent dans de nombreux pays.

On le voit, les comparaisons internationales sont en fait plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Et s’appuyer sur les régimes de retraite en vigueur dans les autres pays pour décider de notre avenir est révélateur de notre renonciation à défendre une certaine indépendance et un modèle social français spécifique.

Autre question centrale: on le sait, le taux d’emploi des séniors est nettement plus faible que celui de l’ensemble de la population active: à peine plus de 30% des 60-64 ans occupent un emploi. On peut facilement expliquer ce décalage par le fait que les séniors, plus difficilement employables, sont davantage découragés et ne s’inscrivent donc plus à Pôle emploi.

Et pourtant, tout ou presque a été fait pour inciter les séniors à travailler plus longtemps: suppression des dispositifs de préretraite, report de l’âge légal de 60 à 62 ans en 2010, projets de réforme des retraites incitant à travailler plus longtemps, etcLa dispense de recherche d’emploi dont bénéficiaient certains séniors au chômage, âgés de 57 ans et plus, a été supprimée le 1er janvier 2012 conformément à l’objectif gouvernemental de « mettre un terme aux dispositifs participant à écarter les salariés séniors du marché du travail ».

Et pour favoriser le retour à l’emploi des plus de 50 ans, le gouvernement Valls a lancé le «Plan senior», dévoilé à l’occasion de la grande conférence sociale de juillet 2014, qui vise en particulier à lutter contre les freins au recrutement et au maintien en emploi des seniors. De fait, les Français sont censés rester plus longtemps en activité.

En accentuant ce processus, une éventuelle mise en œuvre de la réforme des retraites proposée par Emmanuel Macron risquerait de contrarier un peu plus une loi biologique incontournable: avec le temps, le corps comme le cerveau vieillissent et il est donc déraisonnable d’imposer un «âge de départ à la retraite pour tous» trop tardif. Qui accepterait de se faire opérer par un chirurgien dont les mains tremblent et dont la vue baisse, mais qui doit continuer à pratiquer pour atteindre le nombre de trimestres de travail requis (la future loi «santé» envisage pour eux un âge limite à 72 ans avec de possibles prolongations d’activité !) ? Jusqu’à quel âge un enseignant dispose-t-il de suffisamment d’énergie pour affronter une classe de 35 élèves turbulents (une note de la Région académique Île-de-France diffusée en juin 2021 envisage l’hypothèse d’une prolongation d’activité au-delà de 72 ans…)? Est-il raisonnable d’exercer un métier physique (couvreur, pompier…) passé un certain âge ? On le voit, le projet de réforme pose de façon aiguë la question d’un âge légal unique de départ à la retraite. Cette question reste taboue en France, notamment en raison du fort attachement à ce principe d’une majorité de syndicats.

Et pour celles et ceux qui quittent tardivement leur emploi, volontairement ou non, la probabilité d’en retrouver un autre s’avère particulièrement faible. Ainsi, même si cela n’est pas toujours visible dans les statistiques officielles, un cadre (ou un ouvrier) de plus de 50 ans à la recherche d’un emploi part avec un sérieux handicap et le recul programmé de l’âge de la retraite ne va pas améliorer sa situation. Le premier effet mécanique de la réforme envisagée sera de transformer des dizaines de milliers de potentiels retraités en vrais chômeurs…

Autre élément du débat trop souvent occulté: les jeunes constituent les premières victimes du chômage qui altère leur entrée sur le marché du travail, mais également leurs rémunérations et perspectives de carrière. Le taux de chômage des jeunes actifs est deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population française (selon l’Insee, il stagne depuis des années entre 20 et 25%). En fait, la tranche d’âge des 16-25 ans constitue une variable d’ajustement en cas de crise ou de choc externe. Elle subit prioritairement tous les aléas de l’activité économique et l’analyse empirique montre effectivement que le chômage des jeunes explose après chaque crise internationale. La crise sanitaire de 2020 en a apporté une nouvelle illustration: stages annulés ou introuvables, offres d’emploi en chute libre, contrats courts non renouvelés, débuts de carrière amputés, salaires d’embauche révisés à la baisse, etc.

Et lorsqu’un jeune obtient un emploi, il y a une forte probabilité que ce soit un contrat à durée déterminée: selon le ministère du Travail, la part des CDD dans les flux d’embauches est passée de 76% en 1993 à 87% en 2017. Et 30% de ces CDD ne durent qu’une seule journée ! Pour le Céreq, «cette nouvelle « norme » de recrutement n’est pas sans effets sur les possibilités effectives de stabilisation à moyen terme des jeunes dans l’emploi. Elle peut constituer pour certain·es un tremplin vers une carrière, mais pour d’autres une trappe à précarité».

Dans une étude publiée le 7 février 2020, la Dares admet qu’en 2018, 963 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans n’étaient ni en études, ni en emploi, ni en formation – Not in Education, Employment or Training (NEET) –, selon la définition d’Eurostat. Or cette définition conduit à minorer l’ampleur du phénomène. Car en y incluant les jeunes jusqu’à 29 ans, le nombre de NEETS en France avoisine plutôt les 1,7 million de personnes !

Résumons : d’un côté, une majorité de séniors qui désirent partir plus tôt à la retraite, l’âge idéal souhaité selon un récent sondage se situant autour de 58 ans. De l’autre une multitude de jeunes qui peinent à entrer sur le marché du travail. Même s’il n’existe pas de relation mécaniste entre les deux phénomènes, le simple bon sens ne serait-il pas de permettre aux seniors qui le souhaitent de «libérer» un emploi qui pourrait être occupé par un jeune ?

Ainsi, quand bien même il serait indispensable de «travailler davantage», cela n’implique pas nécessairement que les Français déjà en activité doivent travailler plus longtemps: comme le remarque fort justement l’OCDE, «les Français qui travaillent le font autant que dans les autres pays de l’OCDE, mais ils sont moins souvent employés et travaillent aussi moins longtemps sur la durée de leur vie ce qui nuit à leur pouvoir d’achat pendant leur vie professionnelle comme au moment de leur retraite».

Mais ce qui pose réellement problème, outre l’entrée tardive des jeunes dans le monde du travail, c’est avant tout le taux d’emploi total des Français. Ce ratio s’élevait à 65,5% fin 2019, inférieur de trois points à la moyenne des pays de l’OCDE. Autrement dit, si nous parvenions à réduire significativement le chômage, et en particulier le chômage des jeunes, il ne serait plus nécessaire d’augmenter l’âge de départ à la retraite.

 

Autre aspect de la question, malgré la persistance du chômage de masse, nous améliorons chaque année notre productivité du travail. Selon les scénarios les plus pessimistes, la productivité horaire du travail dans notre pays pourrait désormais tourner autour de 1 % par an, ce qui est beaucoup plus rapide que l’évolution de l’espérance de vie. Bref, la croissance de notre productivité ne pourrait-elle pas compenser l’allongement de l’espérance de vie ? On le voit, reculer l’âge de la retraite résulte d’un choix politique plus que d’une obligation comptable ou financière. Un constat partagé par le Conseil d’orientation des retraites (COR) qui écrit dans son dernier rapport que malgré le vieillissement de la population française, et sans réforme d’envergure, «les évolutions de la part des dépenses de retraite dans le PIB resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon 2070».

Dans l’idéal, chaque individu devrait pouvoir choisir ses temps de travail et la date de son départ à la retraite (avec un système de décote soutenable), compte tenu de sa situation personnelle, de son appétence professionnelle et de ses besoins financiers. Et, a minima, chaque nation devrait pouvoir déterminer démocratiquement la durée du travail souhaitée en arbitrant entre le temps de travail (création de richesses) et le temps libre disponible (loisirs, repos, famille, culture…). Il s’agit d’un enjeu politique et d’un choix de société qui devrait donner lieu à de vrais débats et à des décisions souveraines.

La mondialisation nous l’interdit. En effet, dans une économie ouverte, sans mécanismes d’ajustement, il convient de rester en permanence compétitifs et de nous aligner peu ou prou sur la durée du travail pratiquée dans les pays concurrents. Des écarts sont évidemment possibles, mais le prix à payer peut être élevé (perte de compétitivité, chômage…). Le différentiel de coût du travail constitue un obstacle difficilement surmontable, et à moins de bouleverser nos relations économiques avec le reste du monde, nous sommes contraints de suivre les pratiques des économies dominantes : États-Unis, Chine ou Japon… pour lesquelles un équilibre harmonieux entre-temps de travail et temps libre ne constitue pas une priorité… ni même un objectif de second rang.

La contrainte internationale ne doit toutefois pas conduire à occulter le débat sur l’avenir de notre système de retraite, bien au contraire… Car repousser de trois années l’âge légal de départ à la retraite revient à contraindre de nombreux Français à vivre les trois années les plus difficiles de leur vie professionnelle et à se priver des trois plus belles années de leur retraite.

Présidentielle 2022 : « « NOUS », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen

Présidentielle 2022 :  « Nous », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen 

 

Un collectif rassemblant plus de soixante-dix acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur  ( sur des milliers NDLR) estime, dans une tribune au « Monde », qu’une victoire de l’extrême droite – qui a toujours montré sa vraie identité faite d’intolérance, de stigmatisation, de censure, de menace et de défiance vis-à-vis de la science – se traduirait par un changement de civilisation, en rupture avec les Lumières.

 

Tribune. 

 

Engagés dans le secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur, sensibles aux attentes vis-à-vis de la science pour répondre aux défis de la planète et de notre pays, nous souhaitons alerter nos concitoyens sur l’immense danger que représenterait l’élection de Mme Le Pen à la présidence de la République.

La banalisation progressive du Front national hier, du Rassemblement national aujourd’hui, et de leur même candidate, Mme Le Pen, ne doit aucunement faire oublier la nature du programme politique proposé, porteur de régression et de déclin sur tous les plans, économique, social, culturel et, bien sûr, scientifique.

Mme Le Pen l’a elle-même déclaré le soir du premier tour : « Ce qui se jouera ce 24 avril (…) sera un choix de société et même de civilisation. » Notre civilisation, justement, est le fruit de notre histoire, celle qui a conduit notre pays à être celui des droits de l’homme et à prendre toute sa place dans la dynamique du siècle des Lumières, qui nous a aidés à sortir de l’obscurantisme et de l’arbitraire.

La civilisation que nous propose Mme Le Pen est à l’opposé de ces principes et va à l’encontre de nos valeurs académiques, faites de tolérance, d’écoute et de respect. Elle est fondée sur le rejet de l’autre, sur la désignation de boucs émissaires, sur le refus d’une approche globale des problèmes. Elle remet en cause notre vocation européenne et l’ouverture internationale dont se nourrissent l’enseignement supérieur et la recherche.

Au moment où les crises se font de plus en plus fortes sous l’effet des pandémies, du réchauffement climatique, des conflits géopolitiques, nous avons besoin plus que jamais de préserver la démarche scientifique, l’ouverture aux autres et les valeurs d’humanité et de solidarité pour pouvoir faire face à ces défis et faire en sorte que de ces crises naissent aussi des progrès pour l’humanité.

Une grande partie des électeurs et des électrices de Marine Le Pen ont exprimé une colère et des craintes quant à leur avenir et à celui de la France. Nous ne considérons évidemment pas que notre société soit parfaite. La communauté académique n’a pas la réputation d’être avare de critiques, nous sommes conscients que les inégalités sociales n’épargnent pas l’enseignement supérieur et la recherche.

Nous devons collectivement rendre cette société plus juste, plus inclusive, plus durable et plus éclairée, avec un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche accessible à tous les bacheliers. Mais une telle évolution n’est possible que dans une démocratie où les droits et les devoirs de chacun et de chacune sont respectés.

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