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Tentatives de rébellion en Russie : les conséquences

Tentatives de rébellion en Russie : les conséquences

par
Jules Sergei Fediunin
Post-doctorant au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron (EHESS), Docteur​​ en science politique associé au Centre de recherche Europes-Eurasie (CREE) de l’INALCO, Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) dans The Conversation

Alors que les événements du week-end dernier en Russie donnent lieu à de multiples interprétations, The Conversation tente d’y voir plus clair à travers ces quelques questions à Jules Sergei Fediunin, docteur de l’INALCO et post-doctorant au Centre d’études sociologiques et politiques Raymond Aron à l’EHESS, spécialiste de la politique russe contemporaine. Il s’agit de toute évidence d’une mutinerie armée. C’est ainsi que les agissements de Prigojine, à la tête de la milice Wagner, ont été qualifiés par le FSB et par le Procureur général de Russie. Une enquête pénale a été ouverte dès le soir du 23 juin à l’encontre de celui qui est devenu le chef de guerre le plus célèbre depuis le début de l’invasion russe de l’Ukraine, puis close 24 heures plus tard… avant qu’on apprenne, le 26 juin, qu’elle serait en fait toujours en cours.

La révolte semble avoir surpris tous les observateurs. Tout porte à croire que la présidence russe a également été prise de court par ces événements, comme en témoignent les réactions confuses du Kremlin. Pourtant, des tensions existaient depuis plusieurs mois entre la milice Wagner et le ministère russe de la Défense, dirigé par Sergueï Choïgou, cible récurrente des critiques de Prigojine.

Il y a quelque chose de grotesque dans cette tentative de rébellion qui, ayant rempli une fonction performative, s’est volatilisée. Les mêmes traits carnavalesques sont propres à la figure de Prigojine, avec sa transgression des normes publiques (par exemple, le recours systématique à des jurons) au nom d’une « justice » populaire. Ce n’est pas un hasard s’il a donné à sa mutinerie le nom de « marche pour la justice ».

Dès le début de l’invasion russe de l’Ukraine, le groupe Wagner s’est avéré un cas particulier. L’État central lui a en effet permis de prospérer tout en remettant en question son propre exercice des missions régaliennes, telles que le monopole de la violence légitime et le contrôle du système pénitentiaire. Prigojine a été autorisé à recruter des prisonniers en organisant des tournées dans les colonies pénitentiaires à travers le pays. C’est du jamais vu !

Dans le système politique édifié en Russie ces dernières années, seul le « chef suprême », Vladimir Poutine, aurait pu le permettre. On peut s’interroger sur les motifs de cette complicité, l’un d’entre eux étant sans doute lié à la volonté politique de reporter, puis de réduire l’ampleur, de la mobilisation en Russie, perçue à juste titre comme une mesure très impopulaire.

Une fois déployée sur le front, Wagner a bénéficié d’une autonomie tactique totale, tandis que Prigojine a joui d’une liberté d’expression sans précédent en temps de guerre. En effet, il s’est permis d’attaquer personnellement le ministre Choïgou mais aussi le chef d’état-major Valeri Guerassimov, tous deux proches de Poutine.

À travers divers moyens médiatiques, y compris des chaînes Telegram, Prigojine a dénoncé leur incompétence, les accusant d’être responsables de l’état désastreux des troupes, d’un système d’approvisionnement inefficace et même de traiter les soldats russes comme de la chair à canon (ce qui est ironique, compte tenu des lourdes pertes subies par Wagner.

Après la prise de Bakhmout, principalement par les forces de Wagner, en mai dernier, Prigojine a intensifié sa rhétorique en mettant en avant son « efficacité » face à l’incapacité des généraux et la corruption du ministère de la Défense.

Le conflit qui les opposait a atteint un niveau supérieur autour du 10 juin, lorsque Choïgou, visiblement avec l’accord de Poutine, a contraint toutes les « unités de volontaires » à conclure des contrats avec le ministère avant le 1er juillet suivant. Cela signifiait essentiellement que Prigojine, dont les ambitions personnelles et potentiellement politiques n’ont entre-temps cessé de croître, a été « sacrifié » par le commandement militaire.

Il est probable que l’idée d’une mutinerie ait été conçue dans les jours qui ont suivi cette décision. Même s’il semble qu’un plan ait été élaboré, l’objectif que Prigojine s’était fixé reste peu clair : envisageait-il réellement de se rendre jusqu’à Moscou pour prendre le contrôle de la capitale de force, ou cherchait-il à négocier sa vie et son avenir à travers une démonstration de force spectaculaire mais finalement désespérée, tout en sachant que le régime pouvait se débarrasser de lui à tout moment ? À ce stade, la question demeure sans réponse.

Qu’est-ce que ces 24 heures révèlent au sujet du commandement politique et militaire russes ?
Le régime russe n’était visiblement pas préparé à la mutinerie de Wagner, comme en témoigne l’adresse de Poutine à la nation le matin du 24 juin, dans laquelle il évoquait le spectre de la guerre civile, un sujet particulièrement sensible en Russie qui a connu une guerre civile meurtrière en prolongement de la Première Guerre mondiale. En dénonçant un « coup de poignard dans le dos », Poutine n’a pas nommé directement l’auteur de ce coup. Dans ses déclarations du 26 juin, il n’a toujours pas cité Prigojine mais n’a pas manqué de remercier les responsables de la sécurité de l’État, dont Choïgou, d’avoir « évité une effusion de sang ».

En effet, Poutine lui-même porte une part de responsabilité dans ces événements, car le phénomène Prigojine doit son existence à sa proximité personnelle avec le chef du Kremlin. Il semble que ce lien interpersonnel ait fait oublier à Poutine les risques qui lui étaient associés.

Pendant la rébellion, on a pu observer à tous les niveaux de l’appareil d’État russe des réactions ad hoc, telles que la destruction de routes pour ralentir la progression des forces de Wagner en direction de Moscou et l’envoi de deux généraux pour négocier avec Prigojine à Rostov-sur-le-Don (tandis que Choïgou et Guerassimov ne sont pas alors apparus dans l’espace public). La rébellion a ainsi révélé des failles importantes dans la sécurité interne.

La mutinerie a surtout révélé le potentiel destructeur de la rivalité entre différentes factions qui se revendiquent toutes du « patriotisme », élevé au rang de principal marqueur politique sous Poutine. Prigojine a pu incarner un patriotisme violent et militariste, farouchement opposé aux élites « corrompues » et même au capitalisme, mélange idéologique qui a trouvé écho auprès d’une fraction de l’opinion publique russe.

Les témoignages disponibles montrent que les forces de Wagner ont été accueillies favorablement par une partie de la population à Rostov lorsqu’elles ont pris le contrôle de la ville. Prigojine n’est pas le seul à considérer le régime de Poutine comme étant « trop mou » et « trop clément » envers l’Ukraine. Par exemple, un autre chef de guerre et blogueur militaire, Igor Strelkov (Guirkine), a co-fondé en avril dernier le Club des patriotes en colère. On assiste donc à une espèce de surenchère patriotique, où divers acteurs, tant étatiques que non étatiques, rivalisent avec le régime pour revendiquer l’adhésion à un patriotisme « authentique ».

Vladimir Poutine sort-il affaibli de cette séquence ?
Il est difficile de prédire avec précision l’impact de cette mutinerie sur le régime de Poutine.

La rébellion de Wagner a sérieusement entaché la réputation des forces armées russes et l’image d’unité nationale promue par la propagande et saluée par Poutine. Dans ce contexte, la tolérance relative du Kremlin envers ses critiques radicaux risque de diminuer considérablement. Parallèlement, le scénario de purges au sein des élites, bien que limitées, devient plus probable qu’il y a encore quelques semaines.

La rébellion a aussi révélé un manque de confiance populaire envers la politique du régime. Pendant la tentative de rébellion, de nombreuses blagues ont circulé abondamment sur les réseaux sociaux, comme celle-ci : « L’armée russe était la deuxième au monde en 2021, la deuxième en Ukraine en 2022 et la deuxième en Russie en 2023. »

Notons également les conséquences sur la ligne de front en Ukraine : jusqu’à 25 000 combattants (expérimentés) de Wagner risquent d’être renvoyés s’ils ne prêtent pas allégeance au régime et au commandement militaire russes. Poutine a publiquement tendu la main à ceux d’entre eux qui ont « reconnu leur erreur », tout en promettant aux autres qu’ils pourraient « partir en Biélorussie ».

Dans tous les cas, les forces ukrainiennes tentent déjà d’exploiter cette situation ainsi que la perturbation de la chaîne d’approvisionnement des armées russes causée par la « marche » de Prigojine pour accélérer leur contre-offensive.

Aujourd’hui, personne ne le sait avec certitude. Les détails de l’accord conclu entre le régime russe et Prigojine, par l’entremise du dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko, restent inconnus. Prigojine se verra-t-il offrir un poste ou un champ d’action dans le pays voisin désormais sous contrôle russe ? En tout état de cause, il semble clair qu’il ne pourra plus bénéficier de la confiance de Poutine. La trahison, ou ce qui est perçu comme tel, est considérée comme un crime capital au sein d’un système de pouvoir bâti sur les allégeances personnelles et la loyauté envers la hiérarchie.

Se pose également la question de l’avenir du groupe Wagner, étant donné qu’il s’agit d’une structure qui, au-delà de son rôle sur le front en Ukraine, s’est précédemment implantée au Moyen-Orient (en Syrie) et en Afrique (notamment en République centrafricaine et au Mali). Sera-t-elle entièrement incorporée dans les institutions de l’État russe ? Dans ce cas, elle perdrait l’un de ses avantages : la flexibilité d’une compagnie militaire privée dont les combattants sont prêts à faire « le sale boulot » à titre de mandataires, moyennant une récompense. Si, en revanche, cette caractéristique d’organisation associée mais non intégrée à l’État est maintenue, la question de la succession à Prigojine sera difficile à résoudre.

Poutine-Prigogine : quelles conséquences ?

Poutine-Prigogine : quelles conséquences

Vingt-quatre heures durant, Evgueny Prigojine a tenu en haleine le pouvoir russe, les chancelleries occidentales et l’opinion publique européenne. Dans un roadmovie soigneusement médiatisé par ses soins, il a ébranlé l’establishment militaire russe et défié son ancien protecteur, le président russe Vladimir Poutine. Les causes personnelles et les objectifs réels de cette « rébellion armée » selon l’expression russe désormais consacrée dans la presse locale sont aujourd’hui difficiles à établir : l’oligarque a-t-il craint d’être éliminé ? A-t-il crû réussir à renverser son ancien protecteur ? A-t-il seulement tenté de supplanter le commandement militaire pour gagner sa faveur ? Si le déroulement de cette opération n’est établi que plus tard, il est possible d’évaluer ses conséquences sur la politique interne russe ainsi que sur la donne stratégique extérieure.

par Florent Parmentier
Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant à Sciences Po. Chercheur-associé au Centre HEC Paris de Géopolitique, Sciences Po

Cyrille Bret
Géopoliticien, Sciences Po dans The Conversation.

Ce soulèvement sape-t-il tout à la fois le régime de Vladimir Poutine et l’opération militaire russe en Ukraine ? Ou bien peut-il paradoxalement durcir la guerre contre Kiev et le système politique russe ?

Prigojine est-il un nouveau Frankenstein, autrement dit une créature qui se tourne contre son créateur et le précipite vers sa perte ?

Ou bien doit-il être comparé à Trotski, c’est-à-dire à un des acteurs de la révolution bolchévique, en opposition à Staline, puis éliminé par lui ?

Vu de Kiev, de Paris et de Washington, l’ascension, l’action et le sort de Prigogine renvoient aux grands mythes de la révolte de la créature contre le créateur comme le Frankenstein du roman de Shelley et le Golem de la tradition praguoise, du nom de la créature mystérieuse créée pour protéger les juifs du ghetto et qui devint incontrôlable.

Dans les deux cas, un apprenti sorcier produit une créature destinée à servir ses désirs (de protection, de savoir, de pouvoir, etc.) et devient paradoxalement sa victime.

C’est cette lecture des événements qui a conduit plusieurs dirigeants ukrainiens à annoncer le début de la guerre civile en Russie et l’effondrement de la présidence Poutine.

De fait, Prigojine a été un des éléments clés de l’ascension et du pouvoir de Vladimir Poutine : dans les années 1990, il a mis au service du futur leader russe son réseau lié au crime organisé ; durant les années 2010, il a constitué la société militaire privée Wagner pour saper l’influence occidentale (et singulièrement française) au Mali, en Centrafrique ou encore au Burkina Fasso.

Prigojine a sans doute également contribué aux cyberattaques lors des élections présidentielles américaines de 2016 ; et, depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, il a contribué à l’opération militaire notamment dans la longue et sanglante bataille de Bakhmout, au cours de laquelle il s’est exprimé véhément à plusieurs reprises contre la hiérarchie militaire, lui reprochant l’absence de soutien logistique et opérationnel.

Dans plusieurs médias occidentaux, son opération médiatique et son coup de main armé sont apparus comme l’étincelle qui pourrait déclencher l’implosion du système politique russe et donc la fin de l’invasion de l’Ukraine.

En somme, durant quelques heures, la présidence russe est apparue en proie à la malédiction du Golem se tournant contre son créateur.

Le président russe lui-même a souligné l’enjeu dans son allocution télévisée : il a convoqué pour son opinion publique la référence à la guerre civile de 1917-1920. Le coup d’État de Lénine avait alors précipité le pays dans un conflit armé intérieur et dans une défaite militaire sur le front allemand. Loin de minimiser les risques, le président russe a même dramatisé l’événement, la qualifiant de « coup dans le dos » et d’aventure « fratricide » dictée par les intérêts personnels.

Le syndrome du Golem ou le complexe de Frankenstein sont des grilles de lecture fécondes pour analyser les conséquences des événements du 24 juin. D’une part, la rébellion armée de 25 000 mercenaires entraînés et équipés est la première tentative de putsch depuis celle d’août 1991 : alors, les partisans conservateurs du système soviétique avaient tenté de prendre le pouvoir contre Gorbatchev.

Il s’agit aussi du premier défi armé interne à Poutine, dont le contrat social reposait avant tout sur la stabilité, à l’opposé de la période des années 1990. Cela sapera assurément son autorité à l’intérieur. En effet, Vladimir Poutine a construit son soutien populaire sur le rétablissement de la « verticale du pouvoir » et de la puissance de l’État contre les oligarques, les provinces sécessionnistes (Tchétchénie) ou autonomistes.

D’autre part, cette opération a été justifiée par son auteur par l’insatisfaction réelle des combattants russes en Ukraine contre le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, et son chef d’État-major des Armées, le général Guerassimov, directement en charge de l’opération en Ukraine depuis janvier. Prigojine s’est ainsi présenté comme le patriote en lutte contre le système et comme le combattant qui proteste contre les « planqués », les technocrates et les corrompus.

Enfin, malgré les dénégations du pouvoir russe, cette opération aura ouvert des fenêtres d’opportunité pour la contre-offensive ukrainienne, tant sur le plan opérationnel que psychologique. Le président russe semble affaibli dans son statut de chef de guerre, de chef de bande et de chef politique. D’autant que les tentatives de soulèvement peuvent avoir un effet contagieux.

Toutefois, le risque de guerre civile a été largement exagéré par le pouvoir russe : en 1917, toute une partie de la population était engagée contre l’autre partie, les armes à la main, sur plusieurs années. En l’espèce, la prise de Rostov-sur-le-Don (ville importante sur le plan logistique de l’armée russe sur le front ukrainien) et la progression vers Moscou du contingent Wagner n’ont réuni aucun des éléments nécessaires au succès d’un putsch : tous les pouvoirs constitués russes se sont déclarés loyaux au président russe ; les services de sécurité ont appelé à la désobéissance les mercenaires Wagner ; les centres névralgiques ont été rapidement sécurisés ; aucun mouvement populaire n’est venu soutenir l’aventurisme de Prigojine. L’opération a été médiatique et militaire, et non pas politique.

Si bien que la guerre civile a tourné à l’aventure personnelle de 24 heures : après le compromis trouvé dans la nuit du 24 juin, l’opération a été ramenée à une tentative d’un clan (la galaxie Priogjine) pour obtenir par la force des succès (et des ressources en armes, capitaux ou prestige) contre un autre cercle de décision (le ministère de la Défense), Vladimir Poutine restant le garant de l’unité.

Les événements des derniers jours auront un impact négatif incontestable pour Vladimir Poutine : son prestige est encore plus écorné qu’auparavant, il a montré plusieurs faiblesses et il s’est avéré de plus en plus dépendant de ses autres soutiens, comme le président tchétchène Kadyrov et son ancien Premier ministre, Medvedev, le chef du FSB.

Toutefois, cette crise peut aussi aboutir à une reprise en main brutale de sa part, comme l’avait fait Erdogan après le coup d’État de juillet 2016. En Russie et en URSS, les putschs manqués alimentent souvent un raidissement du pouvoir. En 1698, le jeune tsar Pierre 1er avait fait face à la révolte de troupes d’élite de Moscou, les Strelsty : après les avoir exécutés (parfois de sa propre main), il avait opéré une transformation de son système politique pour fonder l’empire et asseoir un pouvoir hautement centralisé sur les forces armées et les aristocrates ; de même, la révolte paysanne de Pougachev (1773-1775) dans les territoires de l’actuelle Ukraine avait déclenché de la part de Catherine II de Russie une opération militaire interne et un renforcement de son « despotisme éclairé » ; ou encore, la résistance des trotskistes à Staline durant les années 1920 au sein du parti communiste d’URSS avait conduit à leur purge puis à l’instauration d’un totalitarisme policier. Trotski, compagnon de la première heure de la révolution bolchévique, avait subi toute une série de revers : mis en minorité au sein du parti, accusé de trahison et contraint à l’exil, il avait ensuite été exécuté au Mexique sur ordre de Staline en 1940.

Même si le porte-parole du gouvernement russe a annoncé la fin des poursuites contre les rebelles de Wagner et l’exil pour leur chef, il est politiquement impossible au président russe de laisser ce soulèvement impuni. La rhétorique des médias officiels russes a tenté de distinguer, pendant les quelques heures de cette aventure, entre les honnêtes et courageux soldats et une direction séditieuse. Vladimir Poutine l’a répété dans son allocution du 24 juin au matin : cette « trahison » recevra un châtiment « implacable » et « inévitable ». Pour compenser le défi public lancé à son autorité, le pouvoir russe engagera inévitablement un mouvement de répression intérieur contre les soutiens réels ou supposés à Prigojine, une reprise en main des cercles du pouvoir et un recadrage des forces armées. Si ces dernières ont été apparemment incapables d’empêcher la progression des hommes de Wagner en Russie, on notera toutefois une absence de défection au sein de l’appareil d’État et des principaux soutiens de Poutine, obligés de se positionner.

La série d’événements des derniers jours en Ukraine et en Russie constitue un défi sans précédent au prestige malmené du président russe, à l’organisation militaire russe – déjà fortement critiquée et à la solidité du système de pouvoir.

Elle peut annoncer une période de turbulences intérieures : rivalités accentuées entre clans autour du Kremlin, dépendance du président à l’égard de ses soutiens, durcissement des opérations en Ukraine pour compenser à l’international les difficultés intérieures, etc.

Mais elle peut aussi, à moyen terme, enclencher une dynamique de purge et de reprise en main, jusqu’à l’intégration d’une partie des contractuels de Wagner au sein de l’armée régulière russe. Evgueny Prigojine s’est peut-être pris pour Frankenstein ; il semble désormais avoir le destin d’un Trotski, contraint pour le moment à l’exil en Biélorussie.

Les conséquences de la disparition des insectes

Les conséquences de la disparition des insectes

Les insectes sont indispensables à notre survie sur terre. Pourtant, depuis une cinquantaine d’années, on constate que leurs populations diminuent, et cela de plus en plus rapidement. Il est très difficile de s’en rendre compte, essentiellement car on les connaît très peu, et on les observe très peu.

Par Joan van Baaren
Professeure en écologie, Université de Rennes 1 – Université de Rennes dans The Conversation

Beaucoup de monde s’inquiète de la disparition des gorilles, des baleines ou des ours blancs : ils sont connus, ils sont les héros de nos dessins animés, on parle d’eux souvent.

Au contraire, les insectes ne nous plaisent pas et on en perçoit surtout leurs aspects négatifs : piqûres de moustiques ou invasion de fourmis dans la maison ou sur la table de pique-nique.

Pourtant, si on a la chance de visiter une région où les insecticides sont peu utilisés, on est frappés par l’abondance des insectes, mais aussi des hirondelles et des lézards par exemple.

Dans des régions où on a pu mesurer, année après année, l’abondance des insectes, la baisse des populations est frappante : par exemple, une étude en Allemagne dans les zones protégées (réserves naturelles, parcs nationaux) montre que la biomasse d’insectes (si l’on pèse tous les insectes du milieu) a diminué de 75 % ces dernières années, et cela malgré les actions de protection, ce qui prouve que leur nombre a aussi beaucoup diminué.

Une autre étude met en évidence que 55 % des pollinisateurs (abeilles (y compris les bourdons), syrphes (pollinisateurs de la famille des mouches), papillons) ont disparu de Grande-Bretagne depuis 1980, et 50 % des insectes volants des lacs américains depuis le début des années 2000.

Il est difficile d’évaluer exactement la diminution des populations, car pour le faire il faudrait que quelqu’un, autrefois, ait évalué les populations de toutes les espèces d’insectes dans une zone pour pouvoir comparer à ce que nous avons aujourd’hui dans la même zone. Cela n’a été fait que dans quelques zones particulières, comme certaines réserves naturelles. Et c’est surtout maintenant, depuis qu’on sait que les insectes disparaissent, qu’on commence à évaluer leurs populations. De plus, comme ils sont souvent très petits, et en grande partie cachés dans leur environnement pour éviter leurs prédateurs, il est difficile de les comptabiliser. C’est pourquoi nous savons que beaucoup d’espèces sont en train de disparaître, mais nous ne savons pas exactement à quelle vitesse.

De plus, même si des milliers d’espèces d’insectes sont en voie de disparition, quelques-uns au contraire prolifèrent et nous causent de nombreux problèmes, comme les chenilles processionnaires responsables de nombreuses allergies ou le moustique tigre qui se répand vers le nord de la France depuis quelques années.

Par contre, les chercheurs ont pu identifier les causes majeures de la disparition des insectes, avec tout d’abord la disparition de leurs habitats, par exemple en France, les zones humides ou les prairies naturelles qui ont été remplacées par la construction de routes, de villes ou de zones industrielles et commerciales. De la même façon, les milieux naturels ont aussi été remplacés par les zones agricoles intensives, que ce soit de grandes cultures ou de serres. Ces zones agricoles se sont beaucoup transformées depuis les années 1960, passant de petits champs séparés par des haies, avec une alternance de pâtures, de cultures et de vergers, à une spécialisation très forte des régions.

Par exemple la Beauce, au sud et à l’ouest de Paris, est dénommée « le grenier à grains » de la France et comporte des champs de céréales immenses, avec un nombre très réduit de haies. De plus, dans ces cultures intensives, toutes les plantes sauvages sont détruites par de grandes quantités d’herbicides, et les insectes qui se nourrissent de ces cultures sont détruits par des épandages intensifs d’insecticides qui les tuent, mais qui tuent aussi toutes les autres espèces d’insectes de l’environnement.

Pourtant, seulement 1 % des espèces d’insectes s’attaquent aux plantes que nous cultivons. Ce qui laisse 99 % d’espèces d’insectes indispensables à la vie sur terre, grâce aux très nombreux services qu’elles rendent. Les 75 % des plantes que nous mangeons dépendent des insectes pollinisateurs que sont les nombreuses espèces d’abeilles (1 000 espèces en France), les papillons, les syrphes, les mouches…

Sans pollinisateurs, plus de fraises, ni de pommes, ni d’oignons, ni d’amandes, ni de pêches, ni de poires, ni de noix, ni d’oranges, ni de café, ni de piment, ni de chocolat et bien sûr plus de miel, ni de confitures… Beaucoup de légumes disparaitraient aussi, entraînant un changement de régime alimentaire des êtres humains, qui seraient limités aux plantes pollinisées par le vent, comme les céréales. Un régime alimentaire si peu diversifié augmente les cas de cancers, de diabète et de maladies cardio-vasculaires, qui sont déjà en forte augmentation.

Sans insectes, tous les organismes qui meurent (plantes, animaux) ne seraient pas décomposés. Ce qui entrainerait une diminution de la fertilité des sols, et donc l’impossibilité de cultiver nos ressources alimentaires. Sans insectes, il n’y aurait plus d’oiseaux, plus de chauves-souris, qui nous aident à réguler les espèces qui peuvent nous nuire, comme les moustiques. Sans insectes, les déjections des animaux ne seraient pas incorporées au sol, et pollueraient les cours d’eau, disséminant les maladies.

Il est donc urgent de protéger les insectes, qui subissent aussi le changement climatique. Pour les protéger, il faut enrichir l’environnement en biodiversité végétale, et en particulier remplacer les pelouses par des massifs de fleurs comportant de nombreuses espèces, permettant ainsi à beaucoup d’insectes de se nourrir, et ensuite de servir de nourriture à d’autres insectes comme les coccinelles ou les libellules, à des oiseaux ou à des mammifères comme les musaraignes.

Coupures d’électricité: des conséquences graves et sous-estimées sur l’économie

coupures d’électricité: des conséquences graves et sous-estimées sur l’économie

par David Lacombled , président de la Villa numéris dans l’Opinion

Les centres de données et autres plateformes numériques sont suffisamment pointés du doigt pour ne pas l’oublier : ils ont besoin d’électricité pour fonctionner. Sans elle, plus d’Internet. Plus de téléphone, non plus. Auditionnée au Sénat, la directrice générale d’Orange, Christel Heydemann se montre très claire dans la présentation d’une situation autrement floue : «On ne sait pas comment se comportera le réseau. ». Adieu — temporairement, c’est à espérer — serveurs, relais mobiles, box Internet.

En cas de délestage, un serveur de données ne réagira pas différemment d’un congélateur. Certes, des générateurs, particulièrement polluants car fonctionnant au diesel, peuvent prendre temporairement le relais. Il n’en reste pas moins que des coupures répétées peuvent avoir des conséquences fâcheuses sur les denrées comme des données allant jusqu’à leur perte. De surcroît, si les machines viennent à s’arrêter, elles se montrent surconsommatrices d’électricité au moment du redémarrage. Sans compter la nécessité d’avoir une température constante. Autrement dit, les factures d’énergie risquent de s’envoler là aussi, tout en affichant un bilan carbone désastreux. La filière, regroupée au sein de France Datacenter, est sous tension.

Au-delà, parce que l’architecture des réseaux est ainsi faite, en toile — le World Wide Web —, des coupures localisées pourraient avoir des conséquences plus globales. La circulation des données n’est pas territorialisée. L’effet papillon guette. Andrew Ellis, un chercheur britannique avait prédit, en 2015, un black-out d’Internet pour… 2023. Selon lui, le réseau devrait crouler sous le poids du big data.

« Au-delà de l’économie, les conséquences sociales et psychologiques seraient au moins aussi importantes que celles des confinements liés à la crise sanitaire »
Protéiformité. Immatérielle, l’économie dépend de plus en plus de solutions technologiques externalisées dans des serveurs et des centres pourtant bien réels. Le cloud computing semble irrésistible. Selon une étude du cabinet Gartner, d’ici à 2025, plus de la moitié du budget informatique des entreprises devrait être consacrée aux services à distance. Cette part est d’ores et déjà de 41 %. Il n’en reste pas moins que le réseau tire sa force de sa protéiformité.

Sa mort a été annoncée à plusieurs reprises. Pourtant, Bug de l’an 2000, voix sur IP, essor de l’Internet mobile, apparition des plateformes vidéos, mondialisation, rien n’y a fait, Internet est là, bien là, au cœur de nos vies. C’est d’ailleurs bien notre extrême dépendance qui nous fait craindre d’en être coupés. Sans doute, au-delà de l’économie, les conséquences sociales et psychologiques seraient au moins aussi importantes que celles des confinements liés à la crise sanitaire. Car si les équipements se disent « résilients », les humains enchaînent et encaissent les chocs. Maintenir le réseau sur pied s’avère vital.

Menaces :Coupures d’électricité : les conséquences d’une politique de gribouille

Menaces :Coupures d’électricité : les conséquences d’une politique de gribouille

Pour tenter de dissimuler ses contradictions en matière de politique énergétique, le pouvoir tente de préparer les esprits à d’éventuels coupures de courant au cours de l’hiver.S’il y a bien un terrain où la France multiplie toutes les incohérences , c’est bien celui de l’énergie.

La France a voulu s’aligner sur l’Allemagne qui a développé des énergies renouvelables pour faire plaisir aux écolos mais qui dans le même temps a surtout compté sur le gaz russe à bon marché et le charbon pour assurer sa production d’électricité.Pour les mêmes raisons es les socialistes d’abord, Macron ensuite ont sacrifier la filière nucléaire pour l’illusoire filière des énergies alternatives. Hier exportatrice d’électricité, la France aujourd’hui importe en provenance d’Allemagne ! Une électricité surtout produite par des centrales à charbon et non par les ridicules énergies alternatives. Rémy Prud’homme, célébre économiste, dénonce le fruit d’une politique absurde».

Il y a à peine un an que Macron s’est réveillé à propos d’une stratégie énergétique qui s’inscrit nécessairement dans la durée.
«La situation est d’autant plus absurde qu’en réalité, nous ne produisons pas trop peu, mais au contraire bien trop, d’électricité éolienne et solaire», estime Rémy Prud’homme. Extrait de la tribune dans le Figaro

En application de règles européennes que la France avait approuvées, notre pays risque de se voir infliger une amende de plusieurs centaines de millions d’euros pour n’avoir pas atteint des objectifs irréalistes en matière d’éoliennes, estime le professeur émérite d’économie à l’université de Paris-XII. Ce n’est pas cette amende qui est une folie, mais la politique de l’énergie européenne elle-même, juge-t-il.

La France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir atteint son objectif national de développement des énergies durables. Cela va nous coûter 500 millions d’euros cette année, je pense que c’est une raison supplémentaire d’agir», a déclaré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, auditionnée le 19 octobre par les commissions des affaires économiques et de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat au sujet du projet de loi relatif à l’accélération de la production des énergies renouvelables. Il est en effet probable que la Commission européenne demande à la France un chèque, sinon de 500 millions d’euros, en tout cas de plusieurs centaines de millions, au motif que nous ne produisons pas assez d’électricité éolienne et photovoltaïque. Comme dit Boileau, «le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.

Énergie- Coupures d’électricité : les conséquences d’une politique de gribouille

Énergie- Coupures d’électricité : les conséquences d’une politique de gribouille

Pour tenter de dissimuler ses contradictions en matière de politique énergétique, le pouvoir tente de préparer les esprits à d’éventuels coupures de courant au cours de l’hiver.S’il y a bien un terrain où la France multiplie toutes les incohérences , c’est bien celui de l’énergie.

La France a voulu s’aligner sur l’Allemagne qui a développé des énergies renouvelables pour faire plaisir aux écolos mais qui dans le même temps a surtout compté sur le gaz russe à bon marché et le charbon pour assurer sa production d’électricité. Hier exportatrice d’électricité, la France aujourd’hui importe en provenance d’Allemagne ! Une électricité surtout produite par des centrales à charbon et non par les ridicules énergies alternatives. Rémy Prud’homme, célébre économiste, dénonce le fruit d’une politique absurde»

«La situation est d’autant plus absurde qu’en réalité, nous ne produisons pas trop peu, mais au contraire bien trop, d’électricité éolienne et solaire», estime Rémy Prud’homme. Extrait de la tribune dans le Figaro

En application de règles européennes que la France avait approuvées, notre pays risque de se voir infliger une amende de plusieurs centaines de millions d’euros pour n’avoir pas atteint des objectifs irréalistes en matière d’éoliennes, estime le professeur émérite d’économie à l’université de Paris-XII. Ce n’est pas cette amende qui est une folie, mais la politique de l’énergie européenne elle-même, juge-t-il.

La France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir atteint son objectif national de développement des énergies durables. Cela va nous coûter 500 millions d’euros cette année, je pense que c’est une raison supplémentaire d’agir», a déclaré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, auditionnée le 19 octobre par les commissions des affaires économiques et de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat au sujet du projet de loi relatif à l’accélération de la production des énergies renouvelables. Il est en effet probable que la Commission européenne demande à la France un chèque, sinon de 500 millions d’euros, en tout cas de plusieurs centaines de millions, au motif que nous ne produisons pas assez d’électricité éolienne et photovoltaïque. Comme dit Boileau, «le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.

Coupures d’électricité : les conséquences d’une politique de gribouille

Coupures d’électricité : les conséquences d’une politique de gribouille

Pour tenter de dissimuler ses contradictions en matière de politique énergétique, le pouvoir tente de préparer les esprits à d’éventuels coupures de courant au cours de l’hiver.S’il y a bien un terrain où la France multiplie toutes les incohérences , c’est bien celui de l’énergie.

La France a voulu s’aligner sur l’Allemagne qui a développé des énergies renouvelables pour faire plaisir aux écolos mais qui dans le même temps a surtout compté sur le gaz russe à bon marché et le charbon pour assurer sa production d’électricité. Hier exportatrice d’électricité, la France aujourd’hui importe en provenance d’Allemagne ! Une électricité surtout produite par des centrales à charbon et non par les ridicules énergies alternatives. Rémy Prud’homme, célébre économiste, dénonce le fruit d’une politique absurde»

«La situation est d’autant plus absurde qu’en réalité, nous ne produisons pas trop peu, mais au contraire bien trop, d’électricité éolienne et solaire», estime Rémy Prud’homme. Extrait de la tribune dans le Figaro

En application de règles européennes que la France avait approuvées, notre pays risque de se voir infliger une amende de plusieurs centaines de millions d’euros pour n’avoir pas atteint des objectifs irréalistes en matière d’éoliennes, estime le professeur émérite d’économie à l’université de Paris-XII. Ce n’est pas cette amende qui est une folie, mais la politique de l’énergie européenne elle-même, juge-t-il.

La France est le seul pays de l’Union européenne à ne pas avoir atteint son objectif national de développement des énergies durables. Cela va nous coûter 500 millions d’euros cette année, je pense que c’est une raison supplémentaire d’agir», a déclaré Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, auditionnée le 19 octobre par les commissions des affaires économiques et de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat au sujet du projet de loi relatif à l’accélération de la production des énergies renouvelables. Il est en effet probable que la Commission européenne demande à la France un chèque, sinon de 500 millions d’euros, en tout cas de plusieurs centaines de millions, au motif que nous ne produisons pas assez d’électricité éolienne et photovoltaïque. Comme dit Boileau, «le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable.

Supermarchés: les conséquences de l’inflation

Les caissières de supermarché constatent les conséquences de l’inflation

Les employés de la grande distribution observent les scènes de vie quotidienne qui témoignent des angoisses et des stratégies des consommateurs face à l’inflation.( papier du Monde)

« Ah, je n’avais pas vu ce prix-là ! », « Vous vous êtes trompée », « Ça, il faut me l’enlever »… Derrière la caisse du supermarché Casino du Muy (Var), Claudine Cordina – « quarante et un ans de grande distribution » – « entend ça tous les jours de la part des clients ». Et elle leur fait inlassablement la même réponse depuis plusieurs mois : « Vous savez, si je pouvais, je baisserais les prix. » Le pouvoir d’achat des Français ? Leur attitude face à l’inflation ? Ce sont les caissières des grandes surfaces alimentaires qui en parlent le mieux.
De l’autre côté du tapis roulant, ces employées dites « de la deuxième ligne », pendant la crise du Covid-19, sont aux avant-postes face au raz de marée inflationniste. Les clients se plaignent auprès d’elles de l’augmentation du coût de la vie – « Tout est devenu cher », « L’Ukraine a bon dos » – ou de la disparition de certains produits dans le magasin – « La moutarde, ça ne vient pas d’Ukraine. » Ces derniers mois, partout en France, les caissières font un même constat : aussi informés soient-ils, les consommateurs n’en croient pas leurs yeux lorsqu’ils entendent le total à payer.

« Un client sur deux nous dit : “Oh, ça a encore augmenté” ou bien “Vous ne vous êtes pas trompée ?” », raconte Deborath Cabo, 41 ans, qui travaille depuis ses 19 ans dans l’hypermarché Géant La Foux, à Gassin (Var). Même la clientèle de ce magasin non loin de Saint-Tropez, souvent fortunée (touristes, personnel ravitaillant les bateaux…), « regarde désormais deux à trois fois le ticket de caisse pour être certain[e] que je ne me suis pas trompée, explique la caissière. Quand je leur annonce le total, j’ai quasiment systématiquement des commentaires. »

A 760 kilomètres de là, en banlieue de Bourges, au Carrefour Market de Saint-Germain-du-Puy (Cher), la tension est même brutalement montée d’un cran au moment d’un règlement. Mireille Richard est en poste à l’accueil quand une collègue en caisse l’interpelle discrètement : « Des clients vont venir te voir, prévient-elle, car ils trouvent certains prix exorbitants et pensent que je me suis trompée. Ils m’ont insultée, traitée d’incapable, et sont persuadés que j’ai commis une erreur. » Finalement, « je les ai vus regarder longuement leur ticket de caisse, et ils sont partis, raconte Mme Richard. Avec cette hausse des prix, les gens deviennent agressifs, bien plus qu’après le Covid. »

Depuis trente-sept ans qu’elle travaille dans la grande distribution, cette femme de 59 ans « connaî[t] bien les clients » : dans son magasin, « une clientèle plutôt âgée et de classe populaire », qui se retrouve maintenant avec « des pleins de courses de 200 euros, voire 300, alors que, avant, c’était plutôt 150 euros ». Et qui s’émeut que « pour ce prix », ils n’ont « rien dans le caddie, alors qu’il n’y a ni alcool ni viande ». D’ailleurs, une fois leurs achats réglés, « ils s’arrêtent de plus en plus souvent derrière les caisses pour vérifier sur leur ticket ce qui a fait exploser l’addition, car ils n’en reviennent pas ».

Ukraine : Des conséquences sur les importations de blé en Afrique

 Ukraine : Des conséquences sur les importations de blé en Afrique 

 

 

Traditionnellement cultivés en Afrique, mil, sorgho, fonio, maïs et orge sont délaissés au profit du blé. Le continent devrait davantage les exploiter pour éviter les risques de pénurie alimentaire engendrés par le conflit russo-ukrainien, explique Njoya Tikum, du bureau sous-régional du PNUD pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, dans une tribune au « Monde ».

 

La crise ukrainienne provoque de graves problèmes d’approvisionnement de blé à l’Afrique mais aussi le renchérissement des arrêts alimentaires importés comme le riz. NDLR

Les céréales ukrainiennes s’acheminent lentement par cargos vers le monde, depuis l’accord du 22 juillet entre Moscou et Ankara visant à établir des couloirs de navigation sécurisés. Mais ces 20 à 25 millions de tonnes de blé et de maïs bloquées dans les ports de la mer Noire vont-elles suffire à combler la pénurie provoquée en Afrique par le conflit russo-ukrainien et la sécheresse qui sévit ?

Des chiffres sont martelés partout, comme si la dépendance à l’égard du blé russe et ukrainien – 30 % de la production mondiale – relevait d’une fatalité. Certes, la situation est alarmante. Selon la Banque africaine de développement (BAD), l’Afrique est confrontée à une pénurie d’au moins 30 millions de tonnes métriques de denrées alimentaires, en particulier de blé, de maïs et de soja importés. Cette situation se révèle encore plus dramatique pour certains pays, tels que l’Egypte – qui importe jusqu’à 85 % de ses besoins en blé de la Russie et de l’Ukraine.

Cependant, pour prendre du recul, d’autres chiffres tout aussi importants méritent d’être rappelés. Ainsi, en Côte d’Ivoire, le manioc représente la deuxième culture après l’igname, avec une production de 6,4 millions de tonnes par an. Une abondante ressource pour fabriquer du pain – ce que les autorités encouragent, même si les consommateurs estiment le produit local de moindre qualité.

De ce point de vue, une évolution des mentalités est essentielle afin de promouvoir des habitudes alimentaires moins extraverties. Le Togo n’a pas attendu le conflit en Ukraine pour décider, fin 2019, de l’incorporation de 15 % de céréales locales dans la préparation du pain. L’Egypte, de son côté, recommande aux boulangers la fabrication du pain à base de patate douce.

Le sort de l’Afrique sur la question de la sécurité alimentaire ne se joue pas dans l’actuelle crise des importations de blé. Le continent ne devrait plus cultiver de nouvelles dépendances, mais plutôt ses propres céréales. Mil, sorgho, fonio, manioc, maïs et orge représentent des bases alimentaires dans nombre de pays au sud du Sahara. Elles sont parfois délaissées pour des produits importés jugés meilleurs, dans ce qu’il faut bien considérer comme un effet de la mondialisation, mais aussi d’une forme d’aliénation postcoloniale.

Le Sénégal importe environ 600 000 tonnes de blé par an contre 100 000 dans les années 1980, en raison d’une mode qui fait fureur dans les villes : le sandwich, rebaptisé « pain-thon » au pays de Senghor. Pas moins de 8 millions de baguettes de blé sont consommées chaque jour pour une population de 16 millions d’habitants.

Métavers: Quel avenir et quelles conséquences environnementales ?

Métavers: Quel avenir et quelles conséquences environnementales ?

 

 Entre 8 000 et 13 000 milliards de dollars d’ici 2030, voilà quel pourrait être le marché adressable total du métavers selon les analyses de Citigroup. Si l’on considère que le métavers est un espace collectif virtuel et ouvert, créée par la convergence d’une réalité physique et numérique augmentée virtuellement, alors Gartner prévoit que 25 % des personnes y passeront au moins une heure par jour d’ici 2026. Par Tony Da Motta Cerveira, Principal, Innovation Strategy chez Square Management. Dans la Tribune.

(Un pronostic qui reste encore à démontrer NDLR)

 

Pour nombreuses entreprises la question est de savoir s’il est temps d’y aller et comment car les débuts de certaines sont difficiles à l’instar de Carrefour et de son premier évènement de recrutement dans un métavers. D’autres adoptent une posture prudentielle comme LVMH qui investit le métavers via une égérie virtuelle nommée Livi. Pour tous, l’enjeu est de concevoir proactivement le potentiel économique du métavers mais est-ce la voie raisonnable ?

A ce stade le métavers offre un terrain d’expérimentation nouveau pour les marques, mais à partir de quoi construire un raisonnement stratégique afin de l’investir ?

Toujours enseignée à Harvard Business School, la théorie de la disruption de Clayton Christensen est un outil remarquable pour apprécier le potentiel conceptuel et économique du métavers. A minima deux postures stratégiques peuvent être visées pour tirer profit du métavers.

La Low-end disruption consiste à bouleverser un marché existant en proposant à des consommateurs sur-servis une offre innovante qui est plus simple et moins chère que l’offre de référence. Airbnb débute ainsi en 2007. Dans le cas du métavers, des acteurs phares de l’immobilier pourraient certainement faire partie des premiers penseurs de Low-end disruptions afin de ne pas en être de potentielles victimes. En effet la convergence que permet le métavers pourrait grandement simplifier l’expérience d’achat immobilier comme celle de la gestion immobilière. Banquiers, agents immobiliers, notaires, constructeurs ne s’y préparent pourtant pas tous avec le même sérieux. Il y aura des perdants et gagnants si le métavers est adopté.

L’autre posture stratégique, New-Market Disruption, revient à ouvrir un marché en s’adressant à des non-consommateurs, une audience exclue faute de moyens et ou de compétences. Ayons en tête la rupture conceptuelle effectuée pour passer de l’ordinateur central à l’ordinateur personnel, remémorons-nous la sortie de l’iPhone et l’émergence de la catégorie smartphone ou scrutons l’emploi des plateformes no-code. Pour simplifier il s’agit de démocratiser des usages. De nombreuses New-Market disruptions sont en conception pour révolutionner des sports, des divertissements, la santé, la culture voire la pratique des religions. Avec le métavers, des barrières à l’entrée vont tomber et faciliter la possibilité d’ouvrir des musées personnels d’art digital, des églises mais aussi des lieux de rencontres à caractères phygitaux pour le meilleur et le pire… Enfin, plausiblement il y a des places pour des palliatifs aux usages d’aujourd’hui condamnés par les conséquences du changement climatique. Virtuellement les safaris pourraient par exemple perdurer et être démocratisés au sein de métavers, dès qu’une maturité en terme de propositions sensorielles serait atteinte. C’est une question de capacité de calcul, in extenso de temps. Sans nul doute un tourisme ludique via métavers, sur terre et au-delà, fait sens en terme économique.

De facto en multipliant et hybridant les stratégies d’innovation disruptive, les opportunités économique du métavers sont innombrables.

Les autruches ne sont pas encore en voie de disparition ; D’ailleurs plus que jamais elles inspirent nombreux êtres humains, au premier rang desquels figurent les investisseurs et concepteurs de métavers qui nient le vertigineux gaspillage énergétique qu’ils occasionnent déjà.

En 2006, Nicholas Carr, journaliste économiste américain finaliste du prix Pulitzer, a estimé que la consommation moyenne d’un avatar sur Second Life était de 1752kWh/an, soit l’équivalence de la consommation moyenne d’un brésilien. 16 ans plus tard, la numérisation de la société représente 4% de l’empreinte carbone anthropique mondiale.

Pour Raja Koduri, Executive vice president and general manger of Accelerated Computing Systems and Graphics chez Intel, les métavers demanderont une telle puissance que l’ensemble des nouveaux usages engendreraient près de 10% des émissions CO2 totales d’ici 20 ans.

Face à cette réalité souvent oubliée, les fantasmes purement économiques du métavers peuvent-ils encore exister en pleine crise environnementale, sociale et énergétique ?

Plutôt que d’être le vecteur de stratégies d’innovation centrées sur le profit, le métavers peut être penser comme un moyen pour expérimenter de stratégies d’innovation responsable. L’unique question à se poser qui parait alors légitime n’est-elle pas : le métavers est-il un outil pour répondre aux défis énergétiques et un système pour décarboner nos activités ?

Covid: Des conséquences longues avec le variant BA 5

Covid: Des conséquences longues avec le variant  BA 5

 

Les symptômes de ce sous-variant d’Omicron restent identiques, mais mettent beaucoup plus de temps à disparaître.

Le sous-variant BA.5, issu de mutations du variant Omicron Les statistiques. Hier par exemple on a dénombré 124 000 cas nouveaux en 24 heures ;  il représentait 41% des contaminations mi-juin, contre 23% la semaine précédente. Le prochain bulletin, attendu jeudi 30 juin, pourrait même confirmer que BA.5 est devenu majoritaire dans le pays.

franceinfo fait le point sur les spécificités du sous-variant BA.5.

Comme le variant Omicron, détecté pour la première fois en Afrique du Sud en novembre 2021, les sous-variants BA.4 puis BA.5 ont été signalés par des chercheurs sud-africains début mai. Mais attention : cela ne signifie pas que c’est dans cette région que ces sous-variants sont apparus. L’Afrique du Sud est en fait l’une des rares nations à effectuer systématiquement le séquençage génétique du virus,  »ce que d’autres pays ont cessé de faire »soulignait début mai Tedros Adhanom Ghebreyesus, le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Jusqu’au début de l’année 2022, le sous-variant BA.2 d’Omicron comptait pour la majorité des cas détectés à travers le monde (et 99% des cas enregistrés en France fin avril). Mais les dernières mutations ont progressivement pris le pas, et sont par exemple responsables, selon l’OMS, de la cinquième vague épidémique que l’Afrique du Sud a connue à partir de la fin du mois d’avril.

Si BA.5 inquiète autant la communauté internationale, c’est qu’il affiche des taux de contagiosité plus élevés que ses prédecesseurs. La faute à deux mutations qui affectent sa protéine Spike, celle qui permet au virus d’entrer dans nos cellules. La mutation L452R augmente sa transmissibilité, l’amenant à être environ 20% plus contagieux que le sous-variant BA.2. Ce qui expliquerait la nette expansion de BA.5, relevée par Santé publique France dans sa dernière note. L’autre mutation, appelée F486, « est associée à une réduction de la neutralisation des anticorps », expliquait mi-mai l’épidémiologiste Antoine Flahault auprès de La Dépêche.

Comme le souligne le spécialiste, c’est cette mutation qui peut rendre les vaccins actuels moins efficaces contre les sous-variants BA.4 et BA.5. 

« Il semble que ces variants se diffusent plus rapidement (…) car ils échappent davantage à l’immunité acquise par la vaccination comme par l’infectiona confirmé à franceinfo Samuel Alizon, épidémiologiste et directeur de recherche au CNRS. Un phénomène qui se conjugue avec une autre variable, déjà bien connue : l’immunité offerte par les vaccins diminue naturellement avec le temps, ce qui nous rend plus vulnérable face au virus, ainsi qu’aux formes graves de la maladie.

A en juger par le cas sud-africain, la dangerosité de BA.5 serait comparable aux autres sous-variants d’Omicron. Une faible augmentation des hospitalisations a été remarquée, avec un taux de létalité légèrement inférieur, comme l’a noté l’équipe du docteur Wasiila Jassat, dans une étude citée par la revue scientifique Nature (en anglais). Il faut toutefois rappeler que le taux de létalité dépend d’autres facteurs extérieurs, indépendants de la forme du virus, comme la couverture vaccinale d’une population et l’état du système hospitalier d’un pays.

La grande différence de ce sous-variant tient dans la durée des symptômes, qui peuvent mettre jusqu’à dix jours pour disparaître, contre quatre jours pour le sous-variant BA.1 d’Omicron, comme l’a fait remarquer le médecin et journaliste de France Télévisions Damien Mascret. En plus des symptômes désormais bien connus du Covid-19, comme la fièvre, la toux, les maux de gorge et une fatigue inhabituelle, les malades infectés par le sous-variant BA.5 peuvent avoir le nez qui coule, mais aussi souffrir de nausées et de vomissements.

Électricité : conséquences de Fessenheim réouverture d’une centrale à charbon !

Électricité : conséquences de Fessenheim réouverture d’une centrale à charbon ! 

 

Alors qu’Engie ne cesse de bassiner l’opinion publique avec son énergie électrique verte ( en faite la même énergie qu’EDF puisqu’il
n’y a qu’un seul réseau de distribution, donc de l’énergie d’origine nucléaire), le gouvernement est contraint de relancer une centrale à charbon !

Conséquence indirecte de la démagogie gouvernementale vis-à-vis de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, il faut maintenant réouvrir la centrale à charbon de Saint-Avold: La centrale à charbon  va bien redémarrer l’hiver prochain « à titre conservatoire, compte tenu de la situation ukrainienne » et des tensions sur le marché de l’énergie, a confirmé dimanche le ministère de la Transition énergétique.

 

Et le gouvernement n’hésite pas à déclarer que cette ouverture  « s’inscrit dans le plan de fermeture » et de l’engagement d’Emmanuel Macron de fermer l’ensemble des centrales à charbon en France « demeure inchangé ».

Saint-Avold fait partie des deux dernières centrales à charbon encore raccordées au réseau électrique, après les mises à l’arrêt des centrales du Havre et de Gardanne, en Provence. La seconde encore en activité est celle de Cordemais, située en Loire-Atlantique. Celle-ci aussi devait cesser son activité en 2022, afin de respecter la promesse d’Emmanuel Macron de fermer toutes les centrales à charbon de France d’ici la fin de son mandat. Mais, il y a quelques mois, sa fermeture a été reportée à 2024, voire 2026. Un projet de reconversion a été abandonné par EDF tandis que RTE estime que le soutien de la centrale au réseau est nécessaire alors que la région pâtit des onze années de retard cumulées sur le chantier de l’EPR de Flamanville.

 

 

Social -Conséquences de l’inflation : l’austérité

Social -Conséquences de l’inflation : l’austérité

Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC, Geoffroy Roux de Bézieux,  pésident du Medef, ainsi que l’économiste Patrick Artus et le politologue Jérôme Fourquet ont débattu dans le « Monde » des urgences économiques et sociales, jeudi 28 avril, à l’aube du second quinquennat d’Emmanuel Macron.

 

La syndicaliste, le patron, l’économiste et le politologue s’inquiètent des ravages de l’inflation et de son impact sur le pouvoir d’achat et les comptes publics.

Le paysage politique

Jérôme Fourquet : [L’élection présidentielle de] 2017 n’était pas un accident. Le paysage électoral se met tardivement en conformité avec la réalité économique, sociale et culturelle du pays, qui s’est profondément métamorphosé en quelques décennies. Le Parti socialiste et Les Républicains ne représentent plus que 6,5 % des suffrages exprimés. Un nouveau duopole s’installe, mettant aux prises La République en marche et le Rassemblement national. Il n’est pas aussi structurant et agrégateur que par le passé. Ainsi, la France mélenchoniste ne se reconnaît ni dans l’un ni dans l’autre.

En outre, ce duopole met en scène une société en millefeuille, avec un haut qui regarde le bas, et un bas qui regarde le haut : 74 % des cadres et des professions intellectuelles au second tour [de la présidentielle d’avril 2022] ont voté pour Emmanuel Macron, 65 % des ouvriers ont choisi Marine Le Pen. Cette situation est compliquée à gérer politiquement, socialement et économiquement, dans un contexte où les préoccupations autour du pouvoir d’achat sont très fortes.

Pascale Coton : La fracture entre ville et campagne que nous dénonçons depuis des années se reflète dans le résultat de l’élection. Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores dans les grandes villes, Marine Le Pen dans les campagnes, où les habitants éprouvent des difficultés pour aller travailler et sont souvent confrontés à une nette dégradation des services publics. On dit constamment au salarié qu’il y aura un déficit de la retraite, de la Sécurité sociale… Comment voulez-vous qu’il arrive à se projeter correctement et positivement avec ses enfants confrontés à une école abîmée ces dernières années, et une organisation du travail chamboulée ?

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Le vote RN progresse dans les territoires ruraux et périurbains

Geoffroy Roux de Bézieux : Paris a voté à 85 % pour Emmanuel Macron, Colombey-les-deux-Eglises, le village du général de Gaulle, a donné pour la première fois une majorité au Rassemblement national [avec 56,73 % des voix]. Le sous-jacent de cette situation est d’abord économique, avant d’être identitaire. Plus un territoire est désindustrialisé et en perte d’emploi, plus il vote pour les extrêmes. Il faut faire renaître une Datar [Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale] moderne, capable de penser l’aménagement du territoire et l’attractivité régionale. Le développement de la croissance économique dans des villes moyennes qui n’ont pas de spécificités est un sujet majeur.

 

Patrick Artus : Nous sommes revenus dans un monde de rareté. Nous avons un problème de ressources, d’énergie, de matières premières, de transport, de composants, et même d’emploi. A cela s’ajoutent les sanctions contre la Russie et la transition énergétique. La production mondiale de lithium doit être multipliée par 40 pour équiper nos véhicules électriques. Tout cela crée de l’inflation, comme à l’époque des années 1970-1990. Cela va conduire à une remontée des taux d’intérêt, qui imposera des contraintes budgétaires et donc la fin du « quoi qu’il en coûte ». Cela change complètement l’action publique.


Si nous avions aujourd’hui une parfaite indexation des salaires sur les prix et une parfaite indexation des prix sur les coûts des entreprises, nous nous dirigerions vers 20 % d’inflation. Celle que nous avons en Europe aujourd’hui, qui n’est pas loin de 8 %, n’est que l’effet mécanique des matières premières. Il n’y a eu aucun effet boule de neige. Le risque est donc devant nous.

Economie-Conséquences de l’inflation : l’austérité

Economie-Conséquences de l’inflation : l’austérité

Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC, Geoffroy Roux de Bézieux,  pésident du Medef, ainsi que l’économiste Patrick Artus et le politologue Jérôme Fourquet ont débattu dans le « Monde » des urgences économiques et sociales, jeudi 28 avril, à l’aube du second quinquennat d’Emmanuel Macron.

 

La syndicaliste, le patron, l’économiste et le politologue s’inquiètent des ravages de l’inflation et de son impact sur le pouvoir d’achat et les comptes publics.

Le paysage politique

Jérôme Fourquet : [L’élection présidentielle de] 2017 n’était pas un accident. Le paysage électoral se met tardivement en conformité avec la réalité économique, sociale et culturelle du pays, qui s’est profondément métamorphosé en quelques décennies. Le Parti socialiste et Les Républicains ne représentent plus que 6,5 % des suffrages exprimés. Un nouveau duopole s’installe, mettant aux prises La République en marche et le Rassemblement national. Il n’est pas aussi structurant et agrégateur que par le passé. Ainsi, la France mélenchoniste ne se reconnaît ni dans l’un ni dans l’autre.

En outre, ce duopole met en scène une société en millefeuille, avec un haut qui regarde le bas, et un bas qui regarde le haut : 74 % des cadres et des professions intellectuelles au second tour [de la présidentielle d’avril 2022] ont voté pour Emmanuel Macron, 65 % des ouvriers ont choisi Marine Le Pen. Cette situation est compliquée à gérer politiquement, socialement et économiquement, dans un contexte où les préoccupations autour du pouvoir d’achat sont très fortes.

Pascale Coton : La fracture entre ville et campagne que nous dénonçons depuis des années se reflète dans le résultat de l’élection. Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores dans les grandes villes, Marine Le Pen dans les campagnes, où les habitants éprouvent des difficultés pour aller travailler et sont souvent confrontés à une nette dégradation des services publics. On dit constamment au salarié qu’il y aura un déficit de la retraite, de la Sécurité sociale… Comment voulez-vous qu’il arrive à se projeter correctement et positivement avec ses enfants confrontés à une école abîmée ces dernières années, et une organisation du travail chamboulée ?

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Geoffroy Roux de Bézieux : Paris a voté à 85 % pour Emmanuel Macron, Colombey-les-deux-Eglises, le village du général de Gaulle, a donné pour la première fois une majorité au Rassemblement national [avec 56,73 % des voix]. Le sous-jacent de cette situation est d’abord économique, avant d’être identitaire. Plus un territoire est désindustrialisé et en perte d’emploi, plus il vote pour les extrêmes. Il faut faire renaître une Datar [Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale] moderne, capable de penser l’aménagement du territoire et l’attractivité régionale. Le développement de la croissance économique dans des villes moyennes qui n’ont pas de spécificités est un sujet majeur.

 

Patrick Artus : Nous sommes revenus dans un monde de rareté. Nous avons un problème de ressources, d’énergie, de matières premières, de transport, de composants, et même d’emploi. A cela s’ajoutent les sanctions contre la Russie et la transition énergétique. La production mondiale de lithium doit être multipliée par 40 pour équiper nos véhicules électriques. Tout cela crée de l’inflation, comme à l’époque des années 1970-1990. Cela va conduire à une remontée des taux d’intérêt, qui imposera des contraintes budgétaires et donc la fin du « quoi qu’il en coûte ». Cela change complètement l’action publique.


Si nous avions aujourd’hui une parfaite indexation des salaires sur les prix et une parfaite indexation des prix sur les coûts des entreprises, nous nous dirigerions vers 20 % d’inflation. Celle que nous avons en Europe aujourd’hui, qui n’est pas loin de 8 %, n’est que l’effet mécanique des matières premières. Il n’y a eu aucun effet boule de neige. Le risque est donc devant nous.

Chine : Des conséquences sociales néfastes de la politique de défense de l’environnement

Chine : Des conséquences sociales néfastes de la politique de défense de l’environnement

par Sébastien Lechevalierdirecteur d’études à l’EHESS, chercheur à la Maison franco-japonaise de Tokyo (UMIFRE 19) et au Canon Institute for Global Studies

Dans les villes chinoises les plus polluées, le renforcement de la réglementation environnementale a accru l’écart de revenu entre travailleurs qualifiés et non qualifiés, observe Sébastien Lechevalier dans sa chronique.

 

La Chine est, avec les Etats-Unis, l’un des deux pays qui contribuent le plus à la crise environnementale, par sa croissance économique. Pour autant, elle n’est pas restée inactive en termes de lutte contre la pollution : depuis 1987 et la loi de contrôle et de prévention de la pollution de l’air, le gouvernement chinois n’a cessé de renforcer sa réglementation environnementale.

Dans un premier temps, les résultats de cette politique ont été très décevants. Par exemple, malgré les mesures prises pendant le 10e plan quinquennal (2001-2005), les émissions de dioxyde de soufre ont continué à augmenter fortement pour atteindre un pic en 2005-2006.

La principale raison est que l’implémentation des politiques environnementales au niveau local était biaisée en faveur du développement économique, sur lequel était indexée la carrière des fonctionnaires chargés de la mise en œuvre des mesures antipollution (Ming Qin, Lin-feng Fan, Jing Li et Yi-fei Li, « The Income Distribution Effects of Environmental Regulation in China. The Case of Binding SO2 Reduction Targets »Journal of Asian Economics no 73, avril 2021).

C’est pourquoi le gouvernement a introduit une nouvelle approche dans le cadre du 11plan (2006-2010), en fixant des objectifs contraignants de baisse de 10 % d’ici à 2010 pour l’émission totale des principaux polluants. Dans ce cadre, les autorités locales devaient signer des contrats d’engagements et le pouvoir central pouvait bloquer de nouveaux projets en cas de non-respects des objectifs. Cette nouvelle politique a rencontré un succès manifeste dans le cas du dioxyde de soufre, avec une baisse de plus de 14 % des émissions entre 2005 et 2010.

Sur cette période, la croissance économique n’a pas été affectée de façon majeure, dans la mesure où la Chine a bénéficié alors à plein de son adhésion à l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais il n’en est pas de même de l’impact social, comme le montre cette étude portant sur la période 2002-2007.

Les quatre auteurs comparent ainsi les données des périodes antérieure et postérieure à la mise en œuvre des politiques de lutte contre la pollution, afin d’analyser leur impact sur l’évolution des salaires de différents types de travailleurs. Ils confirment ainsi l’hétérogénéité des effets des politiques antipollution : l’arrêt ou la diminution des activités les plus polluantes débouchent sur des licenciements et ont un impact négatif sur les salaires des travailleurs non qualifiés des régions et des villes du centre et de l’est de la Chine où elles se concentrent, ce qui contribue à augmenter mécaniquement les inégalités entre travailleurs qualifiés et non qualifiés.

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