Archive pour le Tag 'conséquence'

Le coût des normes en hausse : La conséquence de l’armée des hauts fonctionnaires

Le coût des normes en hausse : La conséquence de l’armée des hauts fonctionnaires

La complexification des règles de toute nature porte une grave atteinte à la compétitivité et à la réactivité de l’économie française. Elle ajoute en outre un surcoût. En cause, le fait que la France a pris depuis longtemps l’habitude de rendre les directives européennes encore plus exigeantes et plus compliquées. En cause évidemment, cette armée de hauts fonctionnaires qui pullulent dans les grandes directions des différents ministères et qui justifient leur existence en multipliant les procédures administratives.

Un seul exemple, il faut cinq ans pour construire une centrale nucléaire en Chine tout en respectant les règles internationales mais il faut 15 ans en France du fait des règles hexagonales complètement kafkaïennes. On retrouve la même complexité dans l’industrie ou le bâtiment par exemple. Cette complexité affecte y compris les collectivités locales

Via un nouveau rapport paru ce 26 janvier, la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation du Sénat entend bien alerter les autorités concernées. Sa présidente (UDI) Françoise Gatel et son premier vice-président (LR) Rémy Pointereau chargé de la simplification, s’alarment d’une « addiction » et plaident pour une « thérapie de choc ».
« Les élus locaux n’en peuvent plus et nous parlent de ‘ harcèlement textuel’ ! », s’exclament-ils auprès de La Tribune, d’une même voix.

Le constat est unanime : l’ordre juridique doit bâtir des équilibres toujours « plus subtils » et « plus complexes » entre des demandes « toutes légitimes » mais « souvent contradictoires ». « Les pouvoirs publics cèdent volontiers à la création de la norme  »magique » afin de donner l’impression, voire l’illusion, qu’ils ont réglé la question dans l’intérêt général », écrivent la sénatrice d’Ille-et-Vilaine et le sénateur du Cher.

D’autant qu’une norme peut rimer avec « judiciarisation excessive de la société ». Les parlementaires, imaginent-ils, ne sont pas à l’abri d’un projet de loi qui viendrait protéger les maires contre les recours abusifs de leurs habitants qui les attaqueraient suite à des accidents voire à des agressions en-dehors des horaires d’éclairage public.

L’exemple du principe de « zéro artificialisation nette » (ZAN) des sols
Tant est si bien que l’inflation normative « complexifie » les projets locaux et « augmente significativement le coût ». « La multiplication des normes constitue donc indéniablement un frein au développement des territoires (…) Or la loi doit avant tout permettre et non entraver », ajoutent les deux membres de la délégation aux collectivités territoriales et à la décentralisation du Sénat.

A cet égard, ils évoquent le principe de « zéro artificialisation nette » (ZAN) des sols, inscrit dans la loi « Climat & Résilience », mais dont les décrets d’application ne leur conviennent pas. Si le Conseil d’Etat a été saisi, le Sénat vient de présenter une proposition de loi pour soulager les maires démunis face à cet objectif très complexe à mettre en œuvre sur le terrain.
Lire aussiLe Sénat veut soulager les maires démunis face au « zéro artificialisation nette » (ZAN)
Le Code de l’urbanisme qui a, par exemple, augmenté de 44% entre 2002 et 2022 reste un indicateur officieux parmi d’autres. D’autant qu’il n’existe « aucun thermomètre mesurant la fièvre normative ». Tant est si bien que le coût total du surcoût normatif est évalué à 2 milliards d’euros par la Direction générale des collectivités locales (DGCL, ministère de l’Intérieur) sur la période 2017-2021 !
« Les normes changent tout le temps. C’est une vraie difficulté pour conduire un projet local ! » affirment les sénateurs Gatel et Pointereau.

Et ce alors qu’entre la crise sanitaire, la guerre en Ukraine, l’explosion des prix de l’énergie et le dégel du point d’indice des fonctionnaires, avant la hausse de la cotisation employeurs prévue dans la réforme des retraites, les élus locaux subissent l’inflation de plein fouet.
La réaction des maires de France
« La démarche engagée par Rémy Pointereau et Françoise Gatel est essentielle pour mettre en lumière la réalité du poids des normes dans l’action locale. Aucune simplification n’est possible sans le Parlement. L’association des maires de France (AMF), partenaire des Etats généraux de la simplification organisés par la Délégation aux collectivités du Sénat, est pleinement engagée à ses côtés dans ce combat contre l’inflation normative, et force de propositions », réagit, pour La Tribune, Eric Verlhac, directeur général de l’AMF.

Ils recommandent donc de donner au Parlement plus de visibilité sur les textes envisagés par le gouvernement dans le domaine des collectivités territoriales. Et d’inviter l’exécutif à présenter, à chaque début de session parlementaire, les principales mesures s’appliquant aux élus locaux.
« Cela nous permettrait de nous assurer qu’un projet de loi est nécessaire en vérifiant que cela n’existe pas déjà dans l’arsenal réglementaire », estiment-ils encore.
Les deux parlementaires demandent en outre des études d’impact « plus sincères, plus objectives et mieux contrôlées » pour sortir de « l’autojustification » ou du « plaidoyer pro domo ».
« Ces études d’impacts sont faites par le gouvernement qui est juge et partie ! », pointent-ils.

Ils relèvent également que les projets de loi liés aux pouvoirs locaux souffrent d’un « défaut majeur » : ils ne respectent pas les principes de simplification, de libre-administration des collectivités territoriales – consacrée par la Constitution -, de subsidiarité et d’autonomie financière.

Armée française: les conséquence du conflit en Ukraine

Armée française: les conséquence du conflit en Ukraine. (Alain Bauer)

Quelles conséquences du conflit en Ukraine pour l’armée française interroge le criminologue Alain Bauer . Malgré les nombreux conflits depuis la fin de la Guerre froide, en 1989-1990, aucune révision stratégique en profondeur n’avait remis en question la froide logique comptable qui a transformé l’armée française en outil expéditionnaire et échantillonnaire.

En clair Alain Bauer met en cause l’état de l’armée française qui serait bien incapable de soutenir un conflit comme en Ukraine du fait du sous dimensionnement du matériel et des effectifs. Une manière aussi peut-être de relancer la problématique du service militaire obligatoire pour éviter ce que subissent notamment les effectifs russes expédiés sur le front sans formation. NDLR

Une force de projection, des investissements réduits sur une large palette d’équipements, aux livraisons étalées dans le temps, et quelques gros programmes structurants comme le Rafale semblaient suffire à notre posture nationale et internationale. L’idée générale était que la guerre était finie et que seuls quelques conflits locaux nécessitaient d’envoyer « des canonnières » pour rappeler les belligérants à la raison.

Le conflit ukrainien a bouleversé cette persistance rétinienne et devrait nous forcer à prendre en considération la « haute intensité » et la longue intensité d’un processus de guerre de terrain qui ressemble de plus en plus à une version du conflit de 1914-1918 ayant rencontré Terminator.

Aide militaire à l’Ukraine: la discrétion française est-elle un «cache-misère» ?
Le président de la République, après une revue nationale stratégique concoctée en interne, va trancher sur une série de programmes et de financements qui valideront la capacité de la France à maintenir sa souveraineté nationale. Avec la prochaine loi de programmation militaire, ce qui est en jeu dépasse largement la question budgétaire (combien ?) et devrait enfin rejoindre la question stratégique (pour quoi faire et comment ?). Cela fait longtemps que la France n’a pas lancé de vrai programme de recherche stratégique et polémologique (Gallois, Poirier, Aron, Duroselle datent) et on se demande toujours s’il faut financer ce que nos industriels savent faire ou s’interroger ce qu’on devrait mettre en œuvre.

La surprise stratégique est le plus souvent née de l’aveuglement : des mouvements tactiques surprenants (Azincourt, Dien Bien Phu, Waterloo….) plus souvent que des révolutions technologiques (arcs, arbalètes, catapultes et trébuchets, feu grégeois, poudre, fusils, canons, bombes et armes nucléaires, et vecteurs pour les transporter). La sophistication de nos armements nécessite de plus en plus de personnels de soutien. Elle entraîne une certaine vulnérabilité logistique et de grandes incertitudes de disponibilité. Au moment de la dronisation du champ de bataille, pour le renseignement comme pour la destruction, avec la reprise d’outils kamikazes, les armées se trouvent dans une situation déjà connue de choix entre un futur désastre industriel (Minitel contre internet, Bi-bop contre smartphone…) et une adaptation accélérée aux réalités nouvelles de la guerre.

Prés carrés. Comme souvent, une bataille de « prés carrés » risque de masquer les enjeux essentiels sur fond de haute technologie et de coûts à l’unité qui empêchent la tenue de stocks décents. Or le conflit ukrainien, dans la durée, montre le besoin de reconstruire aussi une défense opérationnelle du territoire, des moyens résilients et résistants pour la bataille de longue intensité, des outils innovants, flexibles, mobiles et peu coûteux pour ralentir ou fixer l’adversaire.

Nous avons tout à apprendre et comprendre de ce qui se passe en Ukraine, sur tous les terrains. Alors que le ministère des Armées sort enfin de l’espace punitif dans lequel Bercy l’avait cornerisé, l’Etat doit faire le choix de l’avenir. Comme le rappelait le Cardinal de Richelieu : « La politique, c’est l’art de rendre possible ce qui est nécessaire. »

Alain Bauer est professeur au Conservatoire national des arts et métiers, responsable du pôle sécurité-défense-renseignement.

Énergie et crise de l’électricité : conséquence des choix incohérents

Énergie et crise de l’électricité : conséquence des choix incohérents

Si le gouvernement multiplie les annonces rassurantes face à la crise énergétique, son discours masque mal le fait que la situation actuelle résulte d’abord de choix qui ont été faits durant les dix dernières années. Et la crise ukrainienne aura servi de révélateur de l’absence d’une vision de long terme de notre politique énergétique. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Ce n’est pas bien, paraît-il, de remuer le passé politique pour parler d’erreurs fatales, surtout s’il est proche. Ce n’est pas bien parce que ce n’est pas positif, pas constructif, cela impose l’humilité aux responsables et n’apporte rien aux éventuelles solutions. Bref, c’est une perte de temps.

En effet, à quoi cela sert-il de répéter que l’électricité française est plantée à cause des deux derniers mandats présidentiels qui ont décidé des choses sans intelligence ni compétences et sans prévoir l’incroyable ? C’est une grave faute politique et non pas un accident industriel.

À quoi cela sert-il d’écrire encore et toujours que ramener la part de l’électricité nucléaire à 50 %, fermer Fessenheim, abandonner Astrid, sans solution opérationnelle fiable ? Le fruit subtil du déclassement PISA dirait : c’était « déconner grave ».

Il n’y a qu’à constater la tragédie industrielle allemande pour s’en rendre compte. Où sera la solution miracle des renouvelables allemands cet hiver ? Dans le charbon ! Alors que l’on dit, à la mode d’un général Tapioca qui se défausserait sur ses guérilleros, que les coupables sont EDF, ou les deux producteurs d’électricité allemands, Uniper en faillite et RWE. La France vaut mieux que cela. Si le bilan énergétique d’Angela Merkel est questionné, qui questionne celui de Paris ?

À quoi cela sert-il de rappeler que la communication performative ne fonctionne pas, ni dans l’industrie ni dans l’énergie? La communication performative est utilisée par le maire d’une commune pour que le couple qui se présente devant lui passe du statut de deux célibataires à celui d’un couple marié. Elle provoque ce changement immédiat.

La communication en imitation de la performative est la cause d’une France en charge mentale excessive, psychologiquement plantée et peut être ex abruto électriquement plantée cet hiver. Cette communication ne donne en effet aucun électron supplémentaire lorsque l’on décide de la construction future de nouveaux réacteurs, sans pour autant annuler en plein crise de souveraineté la fermeture des centrales actuelles qui sont efficaces, non dangereuses et rentables, comme l’était Fessenheim. L’énergie c’est le temps long, il ne faut jamais se tromper.

À quoi cela sert-il de répéter que grâce à un esprit transgressif le régime de l’Arenh qui tue EDF aurait dû être aboli depuis longtemps au lieu de le consolider par le décret du 11 mars 2022 ? Sinon à quoi sert-il d’avoir un esprit transgressif ?

À quoi cela sert-il de répéter que la gazoduc Midcat reliant l’Espagne à l’Europe du Nord est utile, car l’Espagne a des capacités de GNL inusitées ? Refuser cette redondance de sécurité pour le long terme est de la même impréparation vis-à-vis de l’impensable que la fermeture de centrales nucléaires sans une alternative fiable.

À quoi cela sert-il de rappeler que l’arrêt des réacteurs du programme Astrid était une bêtise, car il démobilise les chercheurs qui chercheront autre chose autre part ? Alors que ce type de réacteurs, qui brûle les déchets des centrales actuelles, est la pièce manquante à l’économie circulaire du nucléaire. Il assurera une électricité sans limites pendant au moins 2000 ans à toute l’Europe, puisqu’ils sont le cercle vertueux brûlant les déchets entreposés dans toutes les piscines de refroidissement disposées sur notre continent européens ; sans plus jamais d’uranium minier. De plus, pour appuyer là où cela fait mal, la Russie construit déjà un tel réacteur de nouvelle génération, il sera opérationnel en 2026.

Et puis il y a les causes diverses.

À quoi cela sert-il de répéter qu’au lieu d’interdire le stationnement de scooters à Paris, un décret devrait obliger l’installation de panneaux solaires sur toutes les toitures et façades d’immeubles ; et au lieu de subventionner les éoliennes, payons massivement la disparition des chaudières au fioul ?

À quoi sert-il de démasquer des « happy few » qui ont bénéficié de la désindustrialisation française ? À révéler une forme de décadence industrielle !

À quoi bon parler du complot « des métaux rares » et de la corruption qui le paye pour contrer l’incontestable progrès qu’est la voiture électrique ? Et pour en revenir au plantage électrique français, à quoi bon répéter qu’Areva a perdu la boule parce qu’il a tout simplement été géré par des incompétences qui comparaient l’entreprise à une cafetière Nespresso ; l’affaire Uramin, qui n’est pas encore jugée, en présente tous les symptômes.

Cet aggiornamento sert à parler vrai, juste quelques secondes, pour tuer le cynisme à la mode dans notre pays et nous redonner l’envie du courage, parce que combien de Françaises et de Français se battraient pour défendre la France ; à la manière héroïque des Ukrainiennes et des Ukrainiens ?

——

(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.

Crise de l’électricité : conséquence des choix politiques

Crise de l’électricité : conséquence des choix politiques

 Si le gouvernement multiplie les annonces rassurantes face à la crise énergétique, son discours masque mal le fait que la situation actuelle résulte d’abord de choix qui ont été faits durant les dix dernières années. Et la crise ukrainienne aura servi de révélateur de l’absence d’une vision de long terme de notre politique énergétique. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Ce n’est pas bien, paraît-il, de remuer le passé politique pour parler d’erreurs fatales, surtout s’il est proche. Ce n’est pas bien parce que ce n’est pas positif, pas constructif, cela impose l’humilité aux responsables et n’apporte rien aux éventuelles solutions. Bref, c’est une perte de temps.

En effet, à quoi cela sert-il de répéter que l’électricité française est plantée à cause des deux derniers mandats présidentiels qui ont décidé des choses sans intelligence ni compétences et sans prévoir l’incroyable ? C’est une grave faute politique et non pas un accident industriel.

À quoi cela sert-il d’écrire encore et toujours que ramener la part de l’électricité nucléaire à 50 %, fermer Fessenheim, abandonner Astrid, sans solution opérationnelle fiable ? Le fruit subtil du déclassement PISA dirait : c’était « déconner grave ».

Il n’y a qu’à constater la tragédie industrielle allemande pour s’en rendre compte. Où sera la solution miracle des renouvelables allemands cet hiver ? Dans le charbon ! Alors que l’on dit, à la mode d’un général Tapioca qui se défausserait sur ses guérilleros, que les coupables sont EDF, ou les deux producteurs d’électricité allemands, Uniper en faillite et RWE. La France vaut mieux que cela. Si le bilan énergétique d’Angela Merkel est questionné, qui questionne celui de Paris ?

À quoi cela sert-il de rappeler que la communication performative ne fonctionne pas, ni dans l’industrie ni dans l’énergie? La communication performative est utilisée par le maire d’une commune pour que le couple qui se présente devant lui passe du statut de deux célibataires à celui d’un couple marié. Elle provoque ce changement immédiat.

La communication en imitation de la performative est la cause d’une France en charge mentale excessive, psychologiquement plantée et peut être ex abruto électriquement plantée cet hiver. Cette communication ne donne en effet aucun électron supplémentaire lorsque l’on décide de la construction future de nouveaux réacteurs, sans pour autant annuler en plein crise de souveraineté la fermeture des centrales actuelles qui sont efficaces, non dangereuses et rentables, comme l’était Fessenheim. L’énergie c’est le temps long, il ne faut jamais se tromper.

À quoi cela sert-il de répéter que grâce à un esprit transgressif le régime de l’Arenh qui tue EDF aurait dû être aboli depuis longtemps au lieu de le consolider par le décret du 11 mars 2022 ? Sinon à quoi sert-il d’avoir un esprit transgressif ?

À quoi cela sert-il de répéter que la gazoduc Midcat reliant l’Espagne à l’Europe du Nord est utile, car l’Espagne a des capacités de GNL inusitées ? Refuser cette redondance de sécurité pour le long terme est de la même impréparation vis-à-vis de l’impensable que la fermeture de centrales nucléaires sans une alternative fiable.

À quoi cela sert-il de rappeler que l’arrêt des réacteurs du programme Astrid était une bêtise, car il démobilise les chercheurs qui chercheront autre chose autre part ? Alors que ce type de réacteurs, qui brûle les déchets des centrales actuelles, est la pièce manquante à l’économie circulaire du nucléaire. Il assurera une électricité sans limites pendant au moins 2000 ans à toute l’Europe, puisqu’ils sont le cercle vertueux brûlant les déchets entreposés dans toutes les piscines de refroidissement disposées sur notre continent européens ; sans plus jamais d’uranium minier. De plus, pour appuyer là où cela fait mal, la Russie construit déjà un tel réacteur de nouvelle génération, il sera opérationnel en 2026.

Et puis il y a les causes diverses.

À quoi cela sert-il de répéter qu’au lieu d’interdire le stationnement de scooters à Paris, un décret devrait obliger l’installation de panneaux solaires sur toutes les toitures et façades d’immeubles ; et au lieu de subventionner les éoliennes, payons massivement la disparition des chaudières au fioul ?

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À quoi bon parler du complot « des métaux rares » et de la corruption qui le paye pour contrer l’incontestable progrès qu’est la voiture électrique ? Et pour en revenir au plantage électrique français, à quoi bon répéter qu’Areva a perdu la boule parce qu’il a tout simplement été géré par des incompétences qui comparaient l’entreprise à une cafetière Nespresso ; l’affaire Uramin, qui n’est pas encore jugée, en présente tous les symptômes.

Cet aggiornamento sert à parler vrai, juste quelques secondes, pour tuer le cynisme à la mode dans notre pays et nous redonner l’envie du courage, parce que combien de Françaises et de Français se battraient pour défendre la France ; à la manière héroïque des Ukrainiennes et des Ukrainiens ?

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.

Crise de l’électricité : conséquence des choix incohérents

Crise de l’électricité : conséquence des choix incohérents

 Si le gouvernement multiplie les annonces rassurantes face à la crise énergétique, son discours masque mal le fait que la situation actuelle résulte d’abord de choix qui ont été faits durant les dix dernières années. Et la crise ukrainienne aura servi de révélateur de l’absence d’une vision de long terme de notre politique énergétique. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Ce n’est pas bien, paraît-il, de remuer le passé politique pour parler d’erreurs fatales, surtout s’il est proche. Ce n’est pas bien parce que ce n’est pas positif, pas constructif, cela impose l’humilité aux responsables et n’apporte rien aux éventuelles solutions. Bref, c’est une perte de temps.

En effet, à quoi cela sert-il de répéter que l’électricité française est plantée à cause des deux derniers mandats présidentiels qui ont décidé des choses sans intelligence ni compétences et sans prévoir l’incroyable ? C’est une grave faute politique et non pas un accident industriel.

À quoi cela sert-il d’écrire encore et toujours que ramener la part de l’électricité nucléaire à 50 %, fermer Fessenheim, abandonner Astrid, sans solution opérationnelle fiable ? Le fruit subtil du déclassement PISA dirait : c’était « déconner grave ».

Il n’y a qu’à constater la tragédie industrielle allemande pour s’en rendre compte. Où sera la solution miracle des renouvelables allemands cet hiver ? Dans le charbon ! Alors que l’on dit, à la mode d’un général Tapioca qui se défausserait sur ses guérilleros, que les coupables sont EDF, ou les deux producteurs d’électricité allemands, Uniper en faillite et RWE. La France vaut mieux que cela. Si le bilan énergétique d’Angela Merkel est questionné, qui questionne celui de Paris ?

À quoi cela sert-il de rappeler que la communication performative ne fonctionne pas, ni dans l’industrie ni dans l’énergie? La communication performative est utilisée par le maire d’une commune pour que le couple qui se présente devant lui passe du statut de deux célibataires à celui d’un couple marié. Elle provoque ce changement immédiat.

La communication en imitation de la performative est la cause d’une France en charge mentale excessive, psychologiquement plantée et peut être ex abruto électriquement plantée cet hiver. Cette communication ne donne en effet aucun électron supplémentaire lorsque l’on décide de la construction future de nouveaux réacteurs, sans pour autant annuler en plein crise de souveraineté la fermeture des centrales actuelles qui sont efficaces, non dangereuses et rentables, comme l’était Fessenheim. L’énergie c’est le temps long, il ne faut jamais se tromper.

À quoi cela sert-il de répéter que grâce à un esprit transgressif le régime de l’Arenh qui tue EDF aurait dû être aboli depuis longtemps au lieu de le consolider par le décret du 11 mars 2022 ? Sinon à quoi sert-il d’avoir un esprit transgressif ?

À quoi cela sert-il de répéter que la gazoduc Midcat reliant l’Espagne à l’Europe du Nord est utile, car l’Espagne a des capacités de GNL inusitées ? Refuser cette redondance de sécurité pour le long terme est de la même impréparation vis-à-vis de l’impensable que la fermeture de centrales nucléaires sans une alternative fiable.

À quoi cela sert-il de rappeler que l’arrêt des réacteurs du programme Astrid était une bêtise, car il démobilise les chercheurs qui chercheront autre chose autre part ? Alors que ce type de réacteurs, qui brûle les déchets des centrales actuelles, est la pièce manquante à l’économie circulaire du nucléaire. Il assurera une électricité sans limites pendant au moins 2000 ans à toute l’Europe, puisqu’ils sont le cercle vertueux brûlant les déchets entreposés dans toutes les piscines de refroidissement disposées sur notre continent européens ; sans plus jamais d’uranium minier. De plus, pour appuyer là où cela fait mal, la Russie construit déjà un tel réacteur de nouvelle génération, il sera opérationnel en 2026.

Et puis il y a les causes diverses.

À quoi cela sert-il de répéter qu’au lieu d’interdire le stationnement de scooters à Paris, un décret devrait obliger l’installation de panneaux solaires sur toutes les toitures et façades d’immeubles ; et au lieu de subventionner les éoliennes, payons massivement la disparition des chaudières au fioul ?

À quoi sert-il de démasquer des « happy few » qui ont bénéficié de la désindustrialisation française ? À révéler une forme de décadence industrielle !

À quoi bon parler du complot « des métaux rares » et de la corruption qui le paye pour contrer l’incontestable progrès qu’est la voiture électrique ? Et pour en revenir au plantage électrique français, à quoi bon répéter qu’Areva a perdu la boule parce qu’il a tout simplement été géré par des incompétences qui comparaient l’entreprise à une cafetière Nespresso ; l’affaire Uramin, qui n’est pas encore jugée, en présente tous les symptômes.

Cet aggiornamento sert à parler vrai, juste quelques secondes, pour tuer le cynisme à la mode dans notre pays et nous redonner l’envie du courage, parce que combien de Françaises et de Français se battraient pour défendre la France ; à la manière héroïque des Ukrainiennes et des Ukrainiens ?

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.

Electricité : Une crise , conséquence des choix depuis 10 ans

Electricité : Une crise , conséquence des choix depuis 10 ans

 Si le gouvernement multiplie les annonces rassurantes face à la crise énergétique, son discours masque mal le fait que la situation actuelle résulte d’abord de choix qui ont été faits durant les dix dernières années. Et la crise ukrainienne aura servi de révélateur de l’absence d’une vision de long terme de notre politique énergétique. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Ce n’est pas bien, paraît-il, de remuer le passé politique pour parler d’erreurs fatales, surtout s’il est proche. Ce n’est pas bien parce que ce n’est pas positif, pas constructif, cela impose l’humilité aux responsables et n’apporte rien aux éventuelles solutions. Bref, c’est une perte de temps.

En effet, à quoi cela sert-il de répéter que l’électricité française est plantée à cause des deux derniers mandats présidentiels qui ont décidé des choses sans intelligence ni compétences et sans prévoir l’incroyable ? C’est une grave faute politique et non pas un accident industriel.

À quoi cela sert-il d’écrire encore et toujours que ramener la part de l’électricité nucléaire à 50 %, fermer Fessenheim, abandonner Astrid, sans solution opérationnelle fiable ? Le fruit subtil du déclassement PISA dirait : c’était « déconner grave ».

Il n’y a qu’à constater la tragédie industrielle allemande pour s’en rendre compte. Où sera la solution miracle des renouvelables allemands cet hiver ? Dans le charbon ! Alors que l’on dit, à la mode d’un général Tapioca qui se défausserait sur ses guérilleros, que les coupables sont EDF, ou les deux producteurs d’électricité allemands, Uniper en faillite et RWE. La France vaut mieux que cela. Si le bilan énergétique d’Angela Merkel est questionné, qui questionne celui de Paris ?

À quoi cela sert-il de rappeler que la communication performative ne fonctionne pas, ni dans l’industrie ni dans l’énergie? La communication performative est utilisée par le maire d’une commune pour que le couple qui se présente devant lui passe du statut de deux célibataires à celui d’un couple marié. Elle provoque ce changement immédiat.

La communication en imitation de la performative est la cause d’une France en charge mentale excessive, psychologiquement plantée et peut être ex abruto électriquement plantée cet hiver. Cette communication ne donne en effet aucun électron supplémentaire lorsque l’on décide de la construction future de nouveaux réacteurs, sans pour autant annuler en plein crise de souveraineté la fermeture des centrales actuelles qui sont efficaces, non dangereuses et rentables, comme l’était Fessenheim. L’énergie c’est le temps long, il ne faut jamais se tromper.

À quoi cela sert-il de répéter que grâce à un esprit transgressif le régime de l’Arenh qui tue EDF aurait dû être aboli depuis longtemps au lieu de le consolider par le décret du 11 mars 2022 ? Sinon à quoi sert-il d’avoir un esprit transgressif ?

À quoi cela sert-il de répéter que la gazoduc Midcat reliant l’Espagne à l’Europe du Nord est utile, car l’Espagne a des capacités de GNL inusitées ? Refuser cette redondance de sécurité pour le long terme est de la même impréparation vis-à-vis de l’impensable que la fermeture de centrales nucléaires sans une alternative fiable.

À quoi cela sert-il de rappeler que l’arrêt des réacteurs du programme Astrid était une bêtise, car il démobilise les chercheurs qui chercheront autre chose autre part ? Alors que ce type de réacteurs, qui brûle les déchets des centrales actuelles, est la pièce manquante à l’économie circulaire du nucléaire. Il assurera une électricité sans limites pendant au moins 2000 ans à toute l’Europe, puisqu’ils sont le cercle vertueux brûlant les déchets entreposés dans toutes les piscines de refroidissement disposées sur notre continent européens ; sans plus jamais d’uranium minier. De plus, pour appuyer là où cela fait mal, la Russie construit déjà un tel réacteur de nouvelle génération, il sera opérationnel en 2026.

Et puis il y a les causes diverses.

À quoi cela sert-il de répéter qu’au lieu d’interdire le stationnement de scooters à Paris, un décret devrait obliger l’installation de panneaux solaires sur toutes les toitures et façades d’immeubles ; et au lieu de subventionner les éoliennes, payons massivement la disparition des chaudières au fioul ?

À quoi sert-il de démasquer des « happy few » qui ont bénéficié de la désindustrialisation française ? À révéler une forme de décadence industrielle !

À quoi bon parler du complot « des métaux rares » et de la corruption qui le paye pour contrer l’incontestable progrès qu’est la voiture électrique ? Et pour en revenir au plantage électrique français, à quoi bon répéter qu’Areva a perdu la boule parce qu’il a tout simplement été géré par des incompétences qui comparaient l’entreprise à une cafetière Nespresso ; l’affaire Uramin, qui n’est pas encore jugée, en présente tous les symptômes.

Cet aggiornamento sert à parler vrai, juste quelques secondes, pour tuer le cynisme à la mode dans notre pays et nous redonner l’envie du courage, parce que combien de Françaises et de Français se battraient pour défendre la France ; à la manière héroïque des Ukrainiennes et des Ukrainiens ?

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux.

Des conséquence antisociale du programme la politique de la Nupes

Des conséquence antisociale du programme la politique de la Nupes 

 

En réponse à l’appel d’économistes en faveur du programme de la Nupes aux législatives, l’économiste Thomas Grjebine estime dans le JDD que cette « politique, se disant sociale, pourrait en fait aboutir à des destructions d’emplois industriels ». Il rappelle le scénario de 1981 pour avertir sur les possibles effets pervers d’une relance non-coordonnée avec les partenaires européens.

 

 tribune :

 

« Les conséquences économiques du programme de la Nupes font l’objet de multiples débats dans la presse. S’il devient Premier ministre, Jean-Luc Mélenchon souhaiterait augmenter les dépenses publiques de 250 milliards d’euros, soit l’équivalent de 10 points de PIB actuel. Le débat s’est surtout focalisé sur l’augmentation de l’endettement public consécutive à ces dépenses nouvelles, et moins sur les conséquences sur nos déficits extérieurs et notre tissu industriel d’une telle politique. Une politique, qui se disant sociale, pourrait en fait aboutir à des destructions d’emplois industriels, et à fragiliser le principal canal permettant des hausses de salaires pérennes pour les classes moyennes.

À court terme, les dépenses nouvelles prévues par la Nupes augmenteraient le pouvoir d’achat des ménages et seraient bénéfiques pour la croissance de l’économie française. Ces dépenses seraient même en partie auto-financées grâce à la hausse des recettes fiscales. Les 250 milliards d’euros de dépenses nouvelles (auxquelles il faut ajouter les mesures favorables au pouvoir d’achat comme la hausse du Smic) entraineraient en effet une augmentation forte de la demande agrégée avec des effets d’entrainements positifs sur la consommation, l’investissement (via les carnets de commande), et in fine les recettes fiscales. Une augmentation forte de la demande pourrait advenir même dans l’hypothèse où ces dépenses seraient autofinancées par des recettes supplémentaires, via notamment une fiscalité plus progressive : taxer les plus riches, qui consomment une faible part de leurs revenus, n’a en effet pas d’effet significatif sur la demande.

Si une telle politique expansionniste a des effets positifs sur l’activité à court terme, elle risque cependant de conduire à une aggravation de nos déficits commerciaux, et à accélérer notre désindustrialisation. Avec une circonstance aggravante dans le cas français : plus un pays est désindustrialisé, plus les politiques de relance dégradent son solde commercial (via les importations), car l’appareil productif est incapable de répondre à ce surplus de demande. Cette politique très expansionniste risquerait même d’accélérer notre désindustrialisation car elle conduirait à dégrader la compétitivité de notre industrie et à substituer des importations à la production nationale (Grekou et Grjebine, 2022 ). Keynes lui-même prenait très au sérieux ce danger associé aux politiques de relance non-coordonnées. Elles ne pouvaient être mises en œuvre selon lui que si elles s’accompagnaient de mesures pour en neutraliser les effets, notamment, en certaines circonstances, une dose de protectionnisme.

La relance de 1981 est devenue emblématique de ces effets négatifs d’une relance non-coordonnée, ce qui fait écho à la situation actuelle. La tentative de transformation socialiste bute très vite sur la contrainte extérieure avec une hausse rapide du déficit commercial. Un danger qui avait été anticipé par le programme du Parti socialiste qui considérait l’équilibre du commerce extérieur comme d’une « importance vitale » pour que la transformation puisse aboutir. Pour résoudre ce problème du commerce extérieur, les socialistes comptaient sur la « solidarité des partenaires européens ».

En pratique, la relance française s’est faite à contre-courant des politiques menées par nos principaux partenaires. Le Chancelier social-démocrate Helmut Schmidt, qui faisait du développement de l’appareil productif une priorité, rejette par exemple en 1981 l’option d’une relance en Allemagne car elle aggraverait la compétitivité de son industrie. La relance française intervient d’autant plus à contre-courant que la compétitivité de notre économie s’était fortement dégradée les années précédentes du fait d’un fort différentiel d’inflation entre la France et ses partenaires. L’augmentation des prix fut ainsi dans les années 1970 deux fois plus faible en Allemagne (5 %) qu’en France (10 %) avec pour conséquence une forte dégradation du solde extérieur manufacturier français à partir de 1975.

[Le scénario de 1981] risquerait de se reproduire si la Nupes mettait en œuvre une politique de relance massive et non coordonnée avec nos principaux partenaires 

Le tournant de la rigueur fut ainsi autant le résultat de la relance ratée de 1981 que du différentiel d’inflation avec l’Allemagne qui s’était creusé tout au long des années 1970. Cette contrainte extérieure oblige le gouvernement français à dévaluer à trois reprises entre 1981 et 1983 et à mettre fin à l’indexation automatique des salaires sur les prix avec l’objectif de ramener le taux d’inflation au niveau de l’Allemagne. Si on retient la date de 1983 pour le tournant de la rigueur, le changement de cap est en fait intervenu encore plus rapidement du fait de la dégradation de la balance commerciale. Dès 1982, François Mitterrand explique vouloir « restructurer l’industrie, accroître la compétitivité, sauver ce qui peut l’être de la sidérurgie, reconstituer l’épargne, maîtriser les budgets de l’État ».

Une telle situation risquerait de se reproduire si la Nupes mettait en œuvre une politique de relance massive et non coordonnée avec nos principaux partenaires. Avec la guerre en Ukraine et le retour de l’inflation, le gouvernement allemand a d’ores et déjà appelé les syndicats à la modération salariale pour préserver la compétitivité allemande, ce qui réduit d’autant les marges de manœuvre de la politique économique française. Plutôt que d’un rééquilibrage de la demande au sein de la zone euro, on se dirigerait ainsi vers une aggravation significative des déséquilibres européens. Une situation qui serait d’autant moins soutenable que la France souffre depuis une vingtaine d’années de déficits manufacturiers persistants et d’une forte désindustrialisation. Le tout avec des marges de manœuvre encore plus limitées qu’en 1981 : nos dirigeants ne peuvent ni dévaluer, ni prendre des mesures de protection.

 

Ignorer la contrainte extérieure c’est ainsi prendre le risque d’accélérer encore le cercle vicieux entre déficits extérieurs et désindustrialisation : plus un pays se désindustrialise, moins son appareil productif est capable de répondre à une relance de la demande et plus celle-ci s’adresse aux importations, ce qui renforce encore la désindustrialisation. Or affaiblir l’industrie c’est augmenter la probabilité de détruire ses emplois. C’est aussi réduire les gains de productivité potentiels de l’économie française (beaucoup plus élevés dans l’industrie que dans les services) et c’est ainsi hypothéquer la possibilité de hausses durables des salaires pour les classes moyennes. Soit une politique voulue comme sociale qui pourrait aboutir à des conséquences très antisociales.

Face à une nouvelle aggravation de nos déficits extérieurs, le scénario de 1981 se reproduirait presque inévitablement, avec dans quelques mois un nouveau tournant de la rigueur, qui ne ferait qu’accentuer la désillusion à gauche, et réduirait à néant les chances de mener une vraie politique sociale dans la durée.

Conséquence directe de l’inflation : l’austérité

Conséquence directe  de l’inflation : l’austérité

Pascale Coton, vice-présidente de la CFTC, Geoffroy Roux de Bézieux,  pésident du Medef, ainsi que l’économiste Patrick Artus et le politologue Jérôme Fourquet ont débattu dans le « Monde » des urgences économiques et sociales, jeudi 28 avril, à l’aube du second quinquennat d’Emmanuel Macron.

 

La syndicaliste, le patron, l’économiste et le politologue s’inquiètent des ravages de l’inflation et de son impact sur le pouvoir d’achat et les comptes publics.

Le paysage politique

Jérôme Fourquet : [L’élection présidentielle de] 2017 n’était pas un accident. Le paysage électoral se met tardivement en conformité avec la réalité économique, sociale et culturelle du pays, qui s’est profondément métamorphosé en quelques décennies. Le Parti socialiste et Les Républicains ne représentent plus que 6,5 % des suffrages exprimés. Un nouveau duopole s’installe, mettant aux prises La République en marche et le Rassemblement national. Il n’est pas aussi structurant et agrégateur que par le passé. Ainsi, la France mélenchoniste ne se reconnaît ni dans l’un ni dans l’autre.

En outre, ce duopole met en scène une société en millefeuille, avec un haut qui regarde le bas, et un bas qui regarde le haut : 74 % des cadres et des professions intellectuelles au second tour [de la présidentielle d’avril 2022] ont voté pour Emmanuel Macron, 65 % des ouvriers ont choisi Marine Le Pen. Cette situation est compliquée à gérer politiquement, socialement et économiquement, dans un contexte où les préoccupations autour du pouvoir d’achat sont très fortes.

Pascale Coton : La fracture entre ville et campagne que nous dénonçons depuis des années se reflète dans le résultat de l’élection. Emmanuel Macron réalise ses meilleurs scores dans les grandes villes, Marine Le Pen dans les campagnes, où les habitants éprouvent des difficultés pour aller travailler et sont souvent confrontés à une nette dégradation des services publics. On dit constamment au salarié qu’il y aura un déficit de la retraite, de la Sécurité sociale… Comment voulez-vous qu’il arrive à se projeter correctement et positivement avec ses enfants confrontés à une école abîmée ces dernières années, et une organisation du travail chamboulée ?

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Le vote RN progresse dans les territoires ruraux et périurbains

Geoffroy Roux de Bézieux : Paris a voté à 85 % pour Emmanuel Macron, Colombey-les-deux-Eglises, le village du général de Gaulle, a donné pour la première fois une majorité au Rassemblement national [avec 56,73 % des voix]. Le sous-jacent de cette situation est d’abord économique, avant d’être identitaire. Plus un territoire est désindustrialisé et en perte d’emploi, plus il vote pour les extrêmes. Il faut faire renaître une Datar [Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale] moderne, capable de penser l’aménagement du territoire et l’attractivité régionale. Le développement de la croissance économique dans des villes moyennes qui n’ont pas de spécificités est un sujet majeur.

 

Patrick Artus : Nous sommes revenus dans un monde de rareté. Nous avons un problème de ressources, d’énergie, de matières premières, de transport, de composants, et même d’emploi. A cela s’ajoutent les sanctions contre la Russie et la transition énergétique. La production mondiale de lithium doit être multipliée par 40 pour équiper nos véhicules électriques. Tout cela crée de l’inflation, comme à l’époque des années 1970-1990. Cela va conduire à une remontée des taux d’intérêt, qui imposera des contraintes budgétaires et donc la fin du « quoi qu’il en coûte ». Cela change complètement l’action publique.


Si nous avions aujourd’hui une parfaite indexation des salaires sur les prix et une parfaite indexation des prix sur les coûts des entreprises, nous nous dirigerions vers 20 % d’inflation. Celle que nous avons en Europe aujourd’hui, qui n’est pas loin de 8 %, n’est que l’effet mécanique des matières premières. Il n’y a eu aucun effet boule de neige. Le risque est donc devant nous.

Affaire Mila : La conséquence aussi de la bêtise ordinaire

Affaire Mila : La conséquence aussi de la bêtise ordinaire

 

Au fondement de « l’affaire » Mila se trouve le refus de distinguer entre préjudice (direct) et offense (indirecte), mais aussi entre les êtres humains et les figures non humaines, écrit le sociologue Smaïn Laacher dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. 

On a beaucoup dit, lors du procès des harceleurs de Mila, que nous étions en présence d’un « procès hors norme ». Quantitativement, cela ne fait aucun doute : une vidéo vue environ 35 millions de fois, des centaines de milliers de messages adressés à une seule personne. Et, pour la première fois, dix hommes et trois femmes entre 18 et 28 ans sur le banc des prévenus pour harcèlement et menaces de mort [onze ont été condamnés à des peines allant de quatre à six mois de prison avec sursis mercredi 7 juillet par le tribunal de Paris].

En face, une seule personne, Mila, devenue, malgré elle, une sorte de « chose publique » ; seulement un prénom (même pas un nom de famille) qui suscite exclusivement haine ou soutien, ce dernier se faisant rare publiquement, en particulier venant d’associations féministes et LGBT. Bien entendu, puisqu’il s’agit des réseaux sociaux, dans ce procès comme ailleurs, on s’est empressé d’opérer une distinction entre la « virtualité » et la « réalité », atténuant du même coup le mobile, l’intention et les conséquences. Tous les prévenus ont expliqué leur geste, non à l’aide de ces trois catégories d’intelligibilité, mais par une subite « émotion » leur interdisant tout début de réflexion : « j’ai tweeté à chaud », « j’ai tweeté pour rigoler », « je me suis senti choqué », etc.

 

Le rapport pratique à Twitter des treize prévenus s’inscrit dans une routine, une sorte de préréflexion. La moindre délibération intérieure est inexistante ; leur réaction se réduit à une série de microdécisions sans hésitation ; c’est « liker » ou répondre à la « communauté », comme disent les twittos, ou s’adresser directement à Mila. Comme si le champ de vision se limitait à quelques mots et à un écran, avec un espoir à peine dissimulé d’accès à la lumière et à la célébrité.

 

Ces treize jeunes sont tous issus de milieux populaires, peu ou pas diplômés, certains ayant même été harcelés pendant leur scolarité, faiblement socialisés, majoritairement athées (ou se qualifiant comme tel), et aucun d’entre eux n’est converti à l’islam. Dans ce cas précis, leur « solidarité » avec les musulmans indignés n’est pas une fraternité entre dévots mais le produit d’une affinité sociale avec des jeunes du même âge partageant les mêmes conditions d’existence et le même rapport approximatif à l’islam comme culture et identité. Contrairement à leur affirmation sur la théorie de la « réaction à chaud », ils procédaient, dans une très large mesure, dans une « improvisation réglée » permettant ainsi de faire l’économie, parce que ni possible ni nécessaire, d’une réflexion élémentaire sur leur geste et ses conséquences.

Gifle à Macron : conséquence aussi quand tout se réduit à la com

Gifle à Macron : conséquence aussi quand tout se réduit à la com

France Info revient sur l’événement en interrogeant Élodie Mielczareck, sémiolinguiste spécialisée dans le langage verbal et non verbal, conférencière et autrice.
Son prochain livre, « Anti-bullshit » paraîtra en octobre 2021 chez Eyrolles.

 

  • Avec cet événement, est-ce le corps sacré du président, par définition intouchable, qui tout à coup s’incarne physiquement sous nos yeux pour devenir, l’espace d’un instant, celui d’un semblable ?

C’est l’historien Enrst Kantorowicz qui nous rappelle la distinction entre les deux corps du Roi. Nous en avons souvent parlé. D’un côté le corps sacré du Roi, divin par essence : immortel, intouchable, infaillible. L’historien Patrick Boucheron le rappelle : « dans ce corps mortel du roi vient se loger le corps immortel du royaume que le roi transmet à son successeur ».(L’Histoire no 315, déc.2006). D’un autre côté, le corps communlambda, en un mot : humain, c’est-à-dire semblable à tous les autres. Aussi, qu’il s’agisse du corps du Roi, ou de nos représentants politiques actuels, il navigue toujours entre ces deux dimensions antinomiques : sacré et profane s’y superposent. Avec cette gifle, le corps commun se rappelle violemment aux yeux des caméras.

 

  • De François Fillon à Jean-Luc Mélenchon, la référence au sacré par les politiques est assez fréquente. À travers cette gifle, est-ce la République qui est visée ?

Souvent, la rhétorique politique consiste à (dé)montrer, rendre Sacré et « justifier » la fonction occupée, en un mot : légitimer. Cette légitimité du corps sacré-républicain était jusqu’ici évidente, admise et partagée. Mais ces dernières années, la multiplication des « petites phrases » des divers représentants politiques est symptomatique d’une difficulté à légitimer cette position. On se souvient du leitmotiv de François Fillon durant le « Penelope Gate » : « Au-delà de ma personne, c’est la démocratie qui est défiée » ; ou encore de la déclaration colérique de Jean-Luc Mélenchon : « Ma personne est sacrée [...] la République, c’est moi« , mais aussi celle de Benjamin Griveaux :« Ce n’est pas moi qui ai été attaqué, c’est la République ». En effet, symboliquement c’est bien la légitimité même des Institutions et de la Constitution qui sont visés. Étonnamment, après deux ans de crise Gilets Jaunes, un Grand Débat, des cahiers de doléances par milliers, peu de représentants politiques ou médiatiques interrogent le cadre républicain de cette Vème République, empêchant ainsi toute solution créative et expression collective. Dit autrement, vous ne pouvez pas convoquer en permanence la sacralité de votre corps pour échapper au réel.

 

  • En début de mandat, Emmanuel Macron a convoqué lui-même fréquemment cette symbolique sacrée. Comment analysez-vous le rapport au sacré du président et son évolution ? 

Avant même d’être élu président, Emmanuel Macron a cultivé la représentation d’un président-monarque. Il déclarait dès juillet 2015: « Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. » Ou bien encore « Je ne crois pas au président « normal » (…) Les Français n’attendent pas cela. Au contraire, un tel concept les déstabilise, les insécurise » (Challenges, octobre 2016). À l’opposé de laprésidence normale de Hollande, Emmanuel Macron décline à l’infini le schème de la « verticalité ». Souvenez-vous de sa marche solitaire devant la Pyramide du Louvre. Unpatternqui se retrouve bien évidemment dans les mots présidentiels : les premiers de cordées, versus les derniers ; ceux qui réussissent versus ceux qui ne sont rien. Comme nous le rappelle le sociologue Michel Maffesoli, la post-modernité dans laquelle nous glissons ces dernières années se définit par son horizontalité. Alors que les temps Modernes voient s’exprimer « la Loi des Pères », notre époque fait plus de place à « la Loi des Frères ». Or durant son quinquennat, Emmanuel Macron a montré une certaine réticence à sortir du « périmètre sacré », au sens propre (terme utilisé pour décrire le Palais de l’Elysée), et figuré (dynamiques relationnelles et chaleureuses). D’ailleurs, l’iconographie présidentielle met davantage en scène un président thaumaturge : les mains ont pour fonction de guérir par pouvoir divin, non pour réchauffer les coeurs ou embrasser…

 

  • Assiste-t-on à une remise en cause du caractère sacré de la fonction ? Le président est-il une star comme une autre ?

Ces dernières années, la fonction présidentielle s’est effritée. De manière symptomatique, corps sacré et profane se mélangent. Cela s’amplifie avec la presse people où l’intimité se donne à lire : elle est accessible à tous. Phénomène fortement visible sous la présidence de Nicolas Sarkozy : « Avec Carla, c’est du sérieux ». Ces communications-montages sous la forme de roman-photo jouent l’équilibre entre l’accessibilité du président-comme-tout-le-monde et le président-monarque. De même, le bain de foule joue sur les codes de lastarification. Le président y est mis en scène comme un rock-star, applaudit et photographié par la foule (dans le meilleur des cas). Mais l’équilibre est ténu. Et l’épisode de la gifle nous rappelle que la politique ne saurait impunément se réduire à de  » la com’ « . Lasacralitéconvoque l’univers de l’Etre (non du paraître) et du Sens (c’est-à-dire de ce qui s’incarne et se révèle). Dit autrement, si l’on accepte que le corps présidentiel soit sacré, il convient de ne pas lui faire faire n’importe quoi. De ce point de vue là, l’intervention sur YouTube avec Carlito et McFly est une erreur. Quoiqu’il en soit, le corps Sacré ne saurait exister seul, c’est-à-dire sans sa dimension incarnée. Il est hasardeux de convoquer un corps-présidentiel-sacré sans sa contre-partie plus « terrestre », comme l’attention et l’intérêt porté à l’autre, entre autres. Symboliquement, cette gifle peut être vue comme un rappel forcé à « l’ici et maintenant » (le monde terrestre des émotions versus le monde éthéré du mental). D’une manière tout à fait particulière : la gifle n’est pas le coup de poing ou l’oeuf jeté. La gifle, c’est le rappel à l’ordre du parent qui gronde son enfant. Il y a dans la gifle une dimension infantilisante et narcissique : elle blesse l’amour propre et humilie. Ici, c’est une sorte de verticalité inversée.

 

LAREM/LR : conséquence d’un échec pour Macron ou les républicains ?

LAREM/LR : conséquence d’un échec pour Macron ou les républicains ?

 

Certains éditorialistes se demandent si l’accord passé en PACA entre les républicains et la république en marche traduit un échec de Macron ou au contraire une faiblesse des républicains. Peut-être un peu les deux.

 En effet le parti en marche n’a jamais réussi à s’implanter réellement sur le terrain. Le parti en marche est demeuré virtuel et ne parvient pas non plus à être incarné par des personnalités locales ou régionales. Du coup pour exister lors  des élections départementales et régionales, Macron a un besoin urgent d’alliance car les résultats risquent d’être catastrophiques pour lui.

 Mais c’est sans doute aussi la traduction d’une certaine faiblesse chez les républicains dont plusieurs ont déjà été débouchés au gouvernement par Macron. En cause , notamment le fait que les républicains ne parviennent pas à consacrer un leader national qui s’impose sans discussion sur la scène politique.

Pour preuve, les républicains seront sans doute contraint de soutenir Xavier Bertrand qui a démissionné du parti. Les autres membres des républicains ne font pas le poids. Pour sa part, Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France a jugé qu’en passant un accord avec les macronistes, Renaud Muselier commettait « une erreur » qui bénéficierait au RN.

« En Marche est incapable de se mettre sur la ligne de départ de ces élections régionales. (…) Le président de la République a tout fait, tout essayé, pour qu’elles n’aient pas lieu, et les repousser après la présidentielle. Et maintenant qu’elles ont lieu, il est en train de masquer l’échec à venir avec ces manœuvres », a décrié Xavier Bertrand.

« Il est toujours temps de ne pas se ruer dans la servitude. C’est ce que disait le général de Gaulle et en tout état de cause, Les Républicains n’ont pas vocation à être les supplétifs d’En Marche », dit-il de son ancienne famille politique, dont il a claqué la porte en 2017 mais à laquelle il espère s’imposer comme candidat naturel pour 2022.

Conséquence Brexit : les crustacés britanniques victimes

Conséquence Brexit : les crustacés britanniques victimes

es crustacés britanniques sont les premières victimes des contraintes douanières administratives et des contrôles. Ainsi des volumes très importants de crustacés n’ont pu être exportés comme d’habitude vers l’union européenne. Les retards du à ces opérations douanières ont d’ailleurs conduit les acheteurs à refuser les crustacés britanniques.

Des camions avec des slogans tels que «carnage du Brexit» et «gouvernement incompétent détruisant l’industrie des fruits de mer» stationnaient à quelques mètres du bureau de Johnson’s 10 Downing Street, dans le centre de Londres. La police demandait des détails aux chauffeurs de camion.

«Nous sommes convaincus que le système pourrait potentiellement s’effondrer», a déclaré Gary Hodgson, directeur de Venture Seafoods, qui exporte des crabes et des homards vivants et transformés vers l’UE.

« Le Premier ministre Boris Johnson doit être honnête avec nous, avec lui-même et avec le public britannique au sujet des problèmes de l’industrie », a-t-il déclaré à Reuters. Un opérateur, a-t-il dit, avait besoin de 400 pages de documents d’exportation la semaine dernière pour entrer en Europe.

David Rosie, de DR Collin & Son, qui emploie 200 personnes, envoyait un ou deux camions par nuit en France transportant du crabe, du homard et de la langoustine vivants d’une valeur d’environ 150 000 livres (203 000 dollars). Il a dit qu’il n’avait pas exporté une seule boîte cette année.

Coronavirus: la conséquence du mépris de l’environnement (Jane Goodall)

Coronavirus: la conséquence du mépris de l’environnement (Jane Goodall)

 

 

C’est le « mépris » de notre environnement qui est à l’origine de la crise du Covid-19, estime Jane Goodall, 86 ans, célèbre scientifique britannique qui a consacré sa vie à la défense des animaux – notamment les chimpanzés – et de l’environnement.
Pour la primatologue, éthologue et anthropologue, le moment est venu d’apprendre de nos erreurs et de tenter d’éviter de futures catastrophes, plaide-t-elle dans un entretien accordé à l’Agence France Presse (AFP), à l’occasion de la sortie prochaine d’un nouveau documentaire produit par National Geographic, Jane, un message d’espoir.

Comment percevez-vous cette pandémie ?

Jane Goodall : C’est notre mépris pour la nature et notre manque de respect pour les animaux avec lesquels nous devrions partager la planète qui ont causé cette pandémie, qui avait été prédite de longue date. Car à mesure que nous détruisons, par exemple la forêt, les différentes espèces d’animaux qui l’habitent sont poussées en proximité forcée et des maladies passent d’un animal à un autre, et un de ces animaux, rapproché par force des humains, va probablement les infecter.

Ce sont aussi les animaux sauvages chassés, vendus sur des marchés en Afrique ou en Asie, notamment en Chine, et nos élevages intensifs où nous parquons cruellement des milliards d’animaux, ce sont ces conditions qui donnent l’occasion aux virus de faire le saut entre les espèces vers les humains.

Concernant ces marchés animaliers, que faire ?

C’est une très bonne chose que la Chine ait fermé les marchés d’animaux vivants. C’est une interdiction temporaire dont nous espérons qu’elle deviendra permanente et que d’autres pays asiatiques vont suivre. Mais en Afrique il sera très difficile de stopper la vente de viande de brousse, car tant de gens en dépendent pour leur subsistance. Il faudra penser très attentivement à comment faire, car on ne peut empêcher quelqu’un de faire quelque chose quand il n’a absolument pas d’argent pour vivre ou faire vivre sa famille. Mais que cette pandémie nous apprenne au moins quoi faire pour en éviter une prochaine.

Et il y a de quoi espérer ?

Nous devons comprendre que nous faisons partie du monde naturel, que nous en dépendons, et qu’en le détruisant, en fait, nous volons l’avenir de nos enfants. J’espère qu’en raison de cette riposte sans précédent, ces confinements partout dans le monde, plus de gens vont se réveiller, commencer à penser des façons dont ils pourraient vivre différemment leurs vies.

Tout le monde peut avoir un impact chaque jour, si vous pensez aux conséquences des petits choix que vous faites : ce que vous mangez ; d’où ça vient ; est-ce que ça a causé de la cruauté envers les animaux ; est-ce que ça provient d’une agriculture intensive, ce qui est le cas en général ; est-ce que c’est bon marché grâce à du travail forcé d’enfants ; est-ce que sa production a nui à l’environnement ; combien de kilomètres a-t-il fallu le faire voyager ; avez-vous pensé à marcher au lieu de prendre la voiture ; comment pourriez-vous lutter contre la pauvreté, parce que les gens pauvres ne peuvent pas faire ce genre de choix éthiques, ils doivent faire ce qu’ils peuvent pour survivre, ils ne peuvent pas se poser ces questions sur ce qu’ils achètent, ça doit être le moins cher et ils abattront le dernier arbre parce qu’ils sont au désespoir de trouver de la terre pour faire pousser quelque chose à manger… Ce que nous pouvons faire chacun dans notre vie dépend de qui nous sommes, mais nous pouvons tous faire une différence, tous.

 

Coronavirus: la conséquence d’un type de développement

Coronavirus: la conséquence d’un type de développement 

Face aux pandémies deux attitudes sont possibles, un peu comme face à la crise climatique. On peut considérer que les grandes épidémies ont toujours existé dans l’histoire de l’humanité, qu’elles se produiront encore et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter particulièrement. Les épidémies existent depuis l’Antiquité par exemple la grande peste d’Athènes en 428 av. J.-C., la peste du Moyen Âge qui a tué à peu près la moitié de la population européenne et a fait des dégâts considérables aussi en Asie;  plus près de nous en 1918, la grippe espagnole qui a causé la mort de 50 à 100 millions de personnes.

Une autre attitude consiste à essayer de comprendre les facteurs explicatifs nouveaux qui favorisent le développement d’agents pathogènes. Bien sûr il est toujours difficile de faire des comparaisons avec le passé dans la mesure où les conditions de vie ont beaucoup évolué notamment les systèmes sanitaires et l’hygiène. Nombre de maladies ont pu être combattues avec succès au point qu’on a pu considérer dans les années 70 que les grandes pandémies n’étaient plus à l’ordre du jour et remplacées notamment par les maladies dégénératives dites de civilisation. Force est de constater cependant que depuis une cinquantaine d’années les pandémies se succèdent à un rythme accéléré et prennent des ampleurs plus en plus grandes au plan mondial.

Dans le passé ( et encore aujourd’hui dans certains pays en développement) certaines épidémies comme le paludisme, le choléra on fait des dégâts souvent inexpliqués. Depuis 50 ans, la science a fait de nombreux progrès pour analyser l’origine des maladies ainsi 1500 nouveaux agents pathogènes -dont certains très dangereux- ont été identifiés. À noter que 70 % sont d’origine animale et ont émergé en raison des perturbations liées à la biodiversité. D’une certaine manière, on peut considérer que les pandémies sont favorisées par les bouleversements  de l’environnement en général dont la biodiversité.

Parmi les facteurs qui soutiennent les pandémies, il faut citer la concentration urbaine, les bouleversements écologiques, les comportements collectifs et individuels et la mondialisation.

Comme pour les animaux, l’extrême concentration des populations favorise  l’émergence et la diffusion d’agents pathogènes dangereux. On s’inquiète à juste titre des élevages concentrationnaires d’animaux qui ne peuvent subsister qu’ à coups d’antibiotiques mais on s’inquiète moins de ces villes  surhumaines devenues elles aussi des sortes d’élevages humains. À l’occasion du Coronavirus, on a pu vérifier que la contamination visait surtout ces populations ultra concentrées. Le résultat d’  une politique d’aménagement du territoire et d’un type de croissance qui a transformé une grande partie de la géographie en quasi désert démographique et économique au profit de villes dans l’objectif est d’atteindre 1 million d’habitants et davantage pour les grandes métropoles. La dimension des grandes métropoles est devenue un objectif en soi. Ce qui provoque un déséquilibre dans le rapport homme nature.

Le problème est d’autant  plus grave que cette mode concentrationnaire est à l’échelle mondiale avec des villes de plusieurs dizaines de millions d’habitants devenus ingérables à tous les  points de vue ( sanitaire bien sûr mais aussi sécurité et environnement). La compétition est même devenue officielle à l’échelle internationale notamment au nom d’une croissance dite exogène ( plus la ville est grande plus elle génère des besoins qui ne peuvent être satisfaits que par le marché), ce qui alimente la croissance .

La concentration urbaine bouleverse évidemment les équilibres écologiques et la biodiversité quand le béton et le goudron se substitue à la terre, aux plantes et aux arbres. Malheureusement d’autres bouleversements modifient aussi les équilibres écologiques en zone rurale avec l’utilisation intensive de pesticides, engrais et autres produits chimiques sans parler du remodelage du paysage. Un seul exemple en 50 ans, 80%  des insectes disparus et avec eux une grande partie des espèces animales et du nombre d’oiseaux notamment. Bref les rapports entre l’homme, les animaux et la nature ont été bouleversés. La faune ne dispose plus de l’espace nécessaire pour réguler à l’intérieur d’elle-même les épidémies et sa proximité avec l’humain  facilite la transmission des agents pathogènes dangereux.

Les comportements individuels et collectifs sont aussi des éléments de diffusion des épidémies. Il y a la modification des régimes alimentaires, on devrait dire de la chimie alimentaire qui affecte notamment les capacités d’autodéfense . Les produits chimiques, les additifs, les bricolages génétiques sont en cause. Sans parler des nano particules présentes partout et dans tous les aliments y compris dans l’eau. Des nanoparticules dans les effets commencent à peine d’être étudiés.

La mobilité de masse est aussi un facteur défavorable d’abord parce qu’elle est responsable d’une grande partie des émissions polluantes, ensuite qu’elle favorise les concentrations aussi bien pour les déplacements domicile travail que pour les loisirs. De ce point de vue, on peut  s’interroger ce tourisme de masse qui perturbe à la fois l’environnement et les équilibres des populations locales. D’une façon plus générale,  c’est le volume de mobilité de biens  et de personnes qui méritent d’être en cause. Est-il autant nécessaire que cela pour l’humanité de déplacer aussi loin des biens et des personnes.

Certes on ne reviendra pas à une économie auto suffisante du type de celle du début du XXe siècle où la mobilité se limitait au maximum au territoire du département pour la masse des individus. On ne reviendra pas à l’époque où chacun faisait son pain. Pour autant, est-il  nécessaire d’accepter autant de gaspillages de matières premières, de transport et de logistique pour des produits par ailleurs pas toujours essentiels  qui pourraient être fabriqués plus près des motifs stratégiques, sanitaires voire économiques. Un seul exemple: un simple yaourt  , résultat de lait caillé,  exige pour ses composants de faire 1000 km. Ne parlons pas du papier toilette qui en fait des milliers. Bref, la multiplication et l’ampleur des pandémies n’est pas le fait du hasard, elle résulte de nombreux déséquilibres liés à des politiques environnementales et sociétales suicidaires.

 

« La conséquence de ce choc économique totalement inconnue « ( THIERRY MARTEL, patron de Groupama)

« La conséquence  de ce choc économique  totalement inconnue « ( THIERRY MARTEL, patron de Groupama)

 

THIERRY MARTEL patron de Groupama considère que les conséquences de la crise encore totalement inconnue. Interview dans la Tribune.

 

Quels sont les principaux impacts négatifs que vous anticipez ? Et à quelle hauteur les chiffrez-vous ?

Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, tout chiffrage fiable est aujourd’hui impossible. Nous ne savons même pas combien de temps cette crise va durer, ni en France ni dans le monde, avec l’arrivée massive du coronavirus aux Etats-Unis. Par contre, ce dont je suis certain, c’est que nous allons ressentir les effets négatifs de cette crise sur l’économie durant plusieurs années et que la sortie de crise ne sera pas simple.

 

En tant que grand assureur nous sommes malheureusement habitués à intervenir sur les catastrophes naturelles majeures. Jusqu’à présent, notre réponse était d’envoyer un maximum de forces sur le terrain, collaborateurs, élus mutualistes, agents généraux, pour accompagner concrètement nos clients dans leur détresse. C’est la première fois que nous sommes confrontés à une difficulté qui met nos collaborateurs eux-mêmes en danger. Pour autant, il était impensable de fermer boutique car le rôle d’un assureur c’est d’être présent dans le gros temps. Nous avons donc fait basculer notre organisation dans une forme de proximité à distance. Par exemple, nos réseaux commerciaux ont été mis à l’abri et formés pour appeler nos clients, non pas pour leur faire des offres commerciales, mais pour prendre de leurs nouvelles et les guider. Je voudrais d’ailleurs saluer au passage le remarquable travail de nos opérateurs téléphoniques qui, grâce à la qualité de leurs infrastructures, nous permettent de faire travailler aujourd’hui en France plus de 20.000 collaborateurs à distance [sur un total d'environ 25.000, ndlr].

En début de crise, les assureurs ont été pointés du doigt par leur manque de réactivité. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne partage pas votre avis. Je crois que tout le monde a été pris au dépourvu face à une situation inédite et sans précédent depuis 100 ans. La mesure de la gravité de la situation s’est faite jour après jour avec des mesures de confinement progressivement renforcées et des dispositifs de soutien à l’économie qui ont émergé au fil du temps.

Comme je vous l’ai dit, nous avons respecté à la lettre et sans délai les mesures de protection de nos collaborateurs édictées par le gouvernement en assurant la continuité du service, y compris dans nos activités les plus sollicitées comme l’assistance et le rapatriement sanitaire, [sa filiale Mutuaide a procédé à 155 rapatriements, du 16 mars au 2 avril dernier].

Nous avons également immédiatement pris des mesures pour adapter les garanties – par exemples automobiles – de nos clients qui cherchaient à trouver des solutions adaptées pour continuer à travailler. Réciproquement, nous avons instantanément accordé des facilités à ceux dont les revenus se sont arrêtés du jour au lendemain.

Pour le reste, nous ne pouvons pas régler des sinistres avant qu’ils soient déclarés. Or je peux vous dire que sur ce terrain-là également nous sommes parfaitement à jour. En fait, ce qui nous est le plus reproché c’est une forme de prudence dans la communication. Mais pour ma part, ce qui m’intéresse, c’est d’agir plus que de parler et de ne parler qu’une fois que je suis certain de ce que je dis.

La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher estime que les assureurs doivent aller plus loin en participant davantage au fonds de solidarité mis en place par le gouvernement et dédié aux TPE et aux indépendants. Selon-vous, les assureurs participent-ils suffisamment à l’effort de solidarité nationale ?

Par définition, dans un effort de solidarité, chacun reçoit selon ses besoins et contribue selon ses moyens. En tant que groupe mutualiste nous adhérons totalement à ce principe qui doit englober tous les acteurs de la vie économique car il s’agit d’une forme de reconstruction de l’économie nationale au terme d’une crise d’une extrême violence.

Nous sommes parfaitement prêts à jouer le jeu. Mais qui est capable de prédire quel sera le coût final pour l’assurance de cette crise ? Personne à ce stade. Bien sûr, il vient spontanément à l’esprit que beaucoup de voitures sont au garage ou que certaines activités sont arrêtées. Mais combien de primes ne seront jamais recouvrées en raison des difficultés de nos assurés ? Combien coûteront au final les frais médicaux et les arrêts de travail des personnes malades ou fragiles mais arrêtées par précaution ? Combien coûtera la sur-sinistralité qu’engendre toute crise économique, notamment en matière d’incendie ? Combien les actifs dans lesquels sont investies les prestations que nous devons à nos assurés auront-ils perdu de valeur qu’il faudra compenser ? Personne ne le sait ne serait-ce que parce que personne ne sait combien de temps cette crise va durer. Or il est impensable d’imaginer que les assureurs soient mis en difficulté pour payer les sommes qu’ils doivent à leurs assurés que ce soit sous forme de sinistre ou sous forme d’épargne.

Donc, oui, les assureurs devront contribuer à la solidarité nationale au même titre que les autres secteurs d’activité qui en auront les moyens. Mais dire aujourd’hui quel est le juste calibrage, c’est impossible. Nous sommes néanmoins la seule branche professionnelle à avoir versé spontanément 200 millions dans ce fonds de solidarité [Groupama y a participé à hauteur de 14 millions d'euros selon une clé de répartition basée sur le chiffre d'affaires, ndlr].

Plusieurs assureurs ont pris des engagements supplémentaires à l’échelle de leur groupe, comme Maif qui va reverser à ses assurés 100 millions d’euros. Que propose Groupama ?

Notre choix a été de prendre des mesures ciblées à destination de ceux qui en avaient le plus besoin comme je vous le disais précédemment, que ce soit sur les délais de paiement, l’extension gratuite des garanties ou des réductions de primes. Car l’urgence est de venir en aide à ceux qui souffrent et qui ont vu leurs revenus disparaître du jour au lendemain en raison du confinement.

Par ailleurs, nous avons instantanément donné tous nos masques au personnel médical et nous avons fait des dons à des établissements hospitaliers avec une approche régionale conformément à notre ADN décentralisé. Mais je n’aime pas communiquer là-dessus car je crois que la vraie solidarité c’est celle que l’on fait, pas celle que l’on affiche dans une surenchère de millions.

Pour ce qui concerne le remboursement général des primes, au-delà de l’intérêt médiatique que cela comporte, je m’interroge sur sa pertinence. Tout d’abord les régulateurs demandent aux assureurs de garder un maximum de fonds propres dans les compagnies car l’assurance est, après les Etats, un des derniers remparts en cas de crise majeure. Dans cet esprit, le régulateur a demandé aux sociétés anonymes de surseoir au paiement de leur dividende au titre de 2019. Or, la ristourne générale est aux mutualistes ce que le dividende est aux sociétés anonymes.

Ensuite, le paiement des primes d’assurance ne se fait pas en fonction de la sinistralité du mois. Quand il y a une tempête un mois donné on ne vous demande pas de payer un supplément qu’on vous rembourse le mois d’après s’il se met à faire beau. L’assurance s’évalue sur un cycle annuel et c’est à la fin de l’année qu’on fait les comptes, surtout dans des périodes aussi incertaines.

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Groupama pourra-t-il faire face à ce choc ?

Je vous l’ai dit, nous ne savons pas quelle sera l’intensité finale de ce choc sur le plan des coûts comme sur la chute des marchés financiers. Mais les normes prudentielles qui sont imposées aux assureurs sont sévères et Groupama les satisfait très largement [sa marge de solvabilité était de 178% fin 2019 et se situait autour de 150% à la mi-mars après la tempête sur les marchés financiers, ndlr]. Cela ne doit donc pas inquiéter nos assurés.

Quid de votre activité dans l’assurance agricole ?

Je vous remercie de votre question car elle me permet de rendre hommage au formidable travail accompli par nos agriculteurs pour continuer à alimenter normalement notre pays dont la moitié de l’économie est à l’arrêt. Nous perdons parfois de vue la chance que nous avons dans notre pays d’avoir une agriculture puissante et résiliente. De telles crises doivent nous le rappeler. Vous le savez, ce virus ne touche pas les plantes ni les animaux, la production agricole peut donc se faire dans des conditions normales sous réserve que le climat nous soit plus favorable que ces dernières années. En revanche, l’agriculture connaît des difficultés de main d’œuvre pour les récoltes en plein champ ou l’écoulement de leurs productions en aval. C’est la raison pour laquelle nous avons adapté nos solutions d’assurance et fait la promotion de l’initiative Des bras pour ton assiette [plateforme permettant d'aider les agriculteurs à trouver de la main d'oeuvre, ndlr]

A l’avenir, quel produit d’assurance permettrait de couvrir ce type de crise sanitaire ?

Les catastrophes de nature climatique ou biologique sont toujours couvertes avec la garantie de l’État car elles touchent tout le monde en même temps pour des montants considérables et avec des fréquences tellement faibles qu’il serait impossible de les gérer dans les comptes des compagnies d’assurance. Pour ce qui concerne les pandémies, la dernière de cette importance est la grippe espagnole d’il y a 100 ans.

Il y a deux modèles possibles. Dans le domaine des épizooties (comme la vache folle ou la grippe aviaire) c’est l’État qui prend en charge les décisions d’abattage et les indemnités qui en découlent. Dans le domaine des catastrophes naturelles climatiques, c’est un système partagé entre les assureurs et l’État qui prévaut. Les assureurs couvrent, en partenariat avec la Caisse Centrale de Réassurance, une première tranche de risques basée sur une prime générale légale prélevée uniformément sur tous les contrats. Puis la couverture par l’État intervient dès lors que le cumul des sinistres dépasse 200% des primes annuelles. Nous pourrions nous inspirer de ce deuxième modèle pour les catastrophes sanitaires. La profession a proposé au gouvernement d’y travailler ensemble.

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