Archive pour le Tag 'concept'

Page 3 sur 6

Le concept de l’inflation temporaire ressorti du tiroir (UE)

Le concept de l’inflation temporaire ressorti du tiroir (UE)

 

 

Sans doute pour se rassurer par rapport au phénomène de l’inflation qui repart très nettement en Europe, l’union européenne sollicite à nouveau le concept d’inflation temporaire. Une inflation qui devrait se situer autour de 2, 4 % en moyenne en 2021 puis retombaient à 2,2 % l’an prochain. Notons que 2,2% s’appliqueront aussi sur la hausse précédente.(soit près de 6% en deux ans).  La commission européenne se réjouit de la progression de la croissance du PIB autour de 5 % en 2021. Un redressement indiscutable mais qui correspond cependant à la chute de 2020 pour 2022 le pronostic de l’union européenne avec une augmentation du pipe à 4,3 % ( prévisions revues en baisse) paraître bien optimiste

Après une chute historique de 6,6% en 2020, l’économie européenne reprend des couleurs. Elle avait retrouvé la croissance au printemps et celle-ci s’est poursuivie à un rythme soutenu durant l’été, grâce à la levée des restrictions sanitaires qui pesaient notamment sur les services liés aux loisirs (hôtellerie, restauration, voyage…).

Dans le détail, Bruxelles a légèrement augmenté sa prévision de croissance du PIB pour 2021, en passant de 4,8% à 5%, tout en abaissant son pronostic pour 2022 à 4,3%, contre 4,5% attendu jusqu’ici, en raison de la nouvelle flambée épidémique qui frappe l’Europe depuis plusieurs semaines, notamment dans les pays d’Europe centrale où la vaccination reste faible.

Le rebond est particulièrement fort en France (+6,6% de croissance du PIB en 2021, +3,8% en 2022) et en Italie (+6,2% et +4,3%), deux pays qui avaient été très touchés par la crise, tandis que le PIB de l’Allemagne, moins touchée en 2020, progressera de 2,7% cette année et 4,6% l’an prochain.

Un nouveau concept du Medef : « le capitalisme décarboné »

Un nouveau concept du Medef : « le capitalisme décarboné »

 

À défaut action concrète et réalisable, les différents responsables politiques économiques se saoulent de mots pour combler le vide environnemental de leur action. Ce que fait par exemple président du Medef en avançant le concept de « capitalisme décarboné ». Le problème c’est que les investissements vers des activités peu productrices de carbone constituent l’exception et la majorité des activités économiques retienne surtout le critère immédiat de rentabilité. Par essence, le capitalisme n’est pas producteur d’éthique. C’est aux pouvoirs publics, de définir le cadre concurrentiel qui intègre les éléments d’intérêt général quitte à le faire en lien  avec les acteurs économiques.Compter sur le seul capitalisme est évidemment une tragique illusion

La tribune du président du Medef dans le JDD

À l’heure où se tient la COP26 à Glasgow, le constat est sans appel : six ans après le grand rendez-vous de Paris en 2015, nous sommes encore loin des objectifs fixés par les 195 signataires de l’accord. Si une étape majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique a bien été franchie, les moyens à mettre en œuvre et les besoins de financement sont colossaux. Le modèle capitaliste doit à présent se transformer pour devenir décarboné.

Selon un sondage Ifop pour le Medef (« Les attentes envers l’État et les entreprises », octobre 2021), 86 % des chefs d’entreprise militent pour une réforme du système capitaliste, tout comme 81 % de l’ensemble des Français. Le capitalisme n’en demeure pas moins incontournable. À l’heure où le monde entier tombe d’accord sur la nécessité de changer, il serait incongru d’opposer la transition écologique et notre modèle, qui est avant tout une « machine à absorber et à accompagner l’évolution du monde ».

On ne peut pas partir de la culpabilité passée du capitalisme pour aboutir à sa condamnation future. Il n’est qu’un outil construit sur l’idée de la transformation permanente des sociétés, comme l’a démontré Joseph Schumpeter : la transition, c’est le savoir-faire même du système capitaliste.

 

Dans un monde qui se réchauffe au risque de remettre en question la survie de l’espèce humaine, seul le capitalisme est capable d’allouer de façon efficace et rapide les sommes colossales qui sont nécessaires pour décarboner nos économies, limiter les émissions de gaz à effet de serre et permettre aux sociétés de s’adapter à un changement climatique déjà bien réel. Lui seul est capable de faire émerger un progrès scientifique et technique susceptible d’apporter des réponses à grande échelle.

Le chantier est sans précédent et impose désormais de sortir du débat moral pour entrer dans celui de l’efficacité : quels effets macroéconomiques de la décarbonation ? Quel usage pour le nucléaire ? Quel rythme ? Quels mécanismes ? Nous devons nous engager dans une décarbonation portée par l’innovation, une croissance porteuse de solutions et responsable. Dans cette transformation, plus que tout autre acteur, les entreprises constituent le laboratoire du nouveau capitalisme et les entrepreneurs l’avant-garde d’un monde décarboné. »

Economie: « L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique !

Economie: « L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique !

  •  
  •  
  •  
  • Les principaux responsables économiques se veulent rassurants et relativisent tous l’importance de l’inflation. Ils ont même inventé un nouveau concept : l’inflation temporaire ! Or dans l’histoire économique on a rarement vu un retour rapide des prix à la baisse après une inflation. L’inflation est en effet conjoncturelle du fait d’une demande alimentée par la reprise économique générale.
  • Mais elle est aussi structurelle en raison des préoccupations environnementales et des restructurations du système de production à l’échelle mondiale  ( voir par exemple l’affaire des composants électroniques, des prix de l’énergie et des métaux).
  •  Le patron de la BNP, dans un entretien au Figaro participe ainsi à ce mouvement d’endormissement de l’opinion concernant l’inflation. Une inflation qui ne cesse de grimper notamment pour les dépenses contraintes et que l’INSEE minimise grâce à la déformation d’un indice devenu obsolète  ( la nature et le montant des dépenses des ménages ont changé avec la crise sanitaire)

 

  • interview (extrait)
  •  
  • Pour le patron de BNP Paribas, la hausse du prix de l’énergie et des matières premières n’est pas de nature à remettre en cause la reprise.
  • Jean-Laurent BONNAFÉ. - 
  •  
  • Les entreprises se portent globalement bien, nous l’observons chez nos clients. Hormis quelques secteurs encore touchés par la crise qu’il faut continuer à accompagner, elles disposent d’une importante trésorerie et de bonnes capacités de financement qui leur permettent d’investir à nouveau. Les mesures mises en place en France et en Europe par les pouvoirs publics, avec le soutien des banques, ont clairement produit leurs effets. La tendance est également positive pour nos clients particuliers même s’il faudra attendre la fin d’année ou début 2022 pour que la consommation retrouve pleinement son niveau d’avant crise. La bonne santé de l’économie et le rebond de l’activité se reflètent dans les résultats solides de BNP Paribas.
  • On voit mal en quoi les résultats financiers de la BNP constitueraient un indicateur de bonne santé économique car la BNP comme les autres banques ont été inondées de liquidités à bon compte de la part de la banque centrale NDLR

« L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique

  • « L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique
  •  
  •  
  •  
  • Les principaux responsables économiques se veulent rassurants et relativisent tous l’importance de l’inflation. Ils ont même inventé un nouveau concept : l’inflation temporaire ! Or dans l’histoire économique on a rarement vu un retour rapide des prix à la baisse après une inflation. L’inflation est en effet conjoncturelle du fait d’une demande alimentée par la reprise économique générale.
  • Mais elle est aussi structurelle en raison des préoccupations environnementales et des restructurations du système de production à l’échelle mondiale  ( voir par exemple l’affaire des composants électroniques, des prix de l’énergie et des métaux).
  •  Le patron de la BNP, dans un entretien au Figaro participe ainsi à ce mouvement d’endormissement de l’opinion concernant l’inflation. Une inflation qui ne cesse de grimper notamment pour les dépenses contraintes et que l’INSEE minimise grâce à la déformation d’un indice devenu obsolète  ( la nature et le montant des dépenses des ménages ont changé avec la crise sanitaire)

 

  • interview (extrait)
  •  
  • Pour le patron de BNP Paribas, la hausse du prix de l’énergie et des matières premières n’est pas de nature à remettre en cause la reprise.
  • Jean-Laurent BONNAFÉ. - 
  •  
  • Les entreprises se portent globalement bien, nous l’observons chez nos clients. Hormis quelques secteurs encore touchés par la crise qu’il faut continuer à accompagner, elles disposent d’une importante trésorerie et de bonnes capacités de financement qui leur permettent d’investir à nouveau. Les mesures mises en place en France et en Europe par les pouvoirs publics, avec le soutien des banques, ont clairement produit leurs effets. La tendance est également positive pour nos clients particuliers même s’il faudra attendre la fin d’année ou début 2022 pour que la consommation retrouve pleinement son niveau d’avant crise. La bonne santé de l’économie et le rebond de l’activité se reflètent dans les résultats solides de BNP Paribas.
  • On voit mal en quoi les résultats financiers de la BNP constitueraient un indicateur de bonne santé économique car la BNP comme les autres banques ont été inondées de liquidités à bon compte de la part de la banque centrale NDLR

« La priorité nationale”: Un concept illégal ?

 » La priorité nationale”: Un concept illégal ? 

Marine Le Pen, « comme d’ailleurs Xavier Bertrand et Eric Zemmour », se comportent en « fossoyeurs » de notre histoire et de notre République, estiment, dans une tribune au « Monde », l’avocat Emmanuel Daoud et les juristes Justine Pointurier et Marie Sudre.

 

Tribune. 
Lors du journal de 20 heures sur France 2, lundi 27 septembre, la présidente du Rassemblement national (RN), Marine Le Pen, a déclaré vouloir mettre en place un référendum d’initiative populaire visant « à réguler drastiquement l’immigration, à rétablir des critères pour l’entretien et le maintien sur le territoire mais aussi pour l’acquisition de la nationalité française, [à mettre en œuvre] la priorité nationale, c’est-à-dire la priorité pour les Français [d’obtenir] un logement social, un emploi et une protection sociale ». 

Pour ce faire, elle veut recourir à la notion de « bouclier constitutionnel » s’inspirant de ce qui existe en Allemagne, permettant, selon elle, que « tout texte international ou toute disposition de ce texte qui est contraire à la Constitution reste purement et simplement inappliqué ».

Le « bouclier constitutionnel » évoqué permet-il d’écarter l’application des textes et conventions internationales qui protègent les droits de l’homme ?

Rappelons que, selon le principe de primauté, le droit européen a une valeur supérieure aux droits nationaux des Etats membres. Ce principe a été rappelé dans un arrêt fondateur de la Cour de justice des communautés européennes (CJCE), Costa contre ENEL, du 15 juillet 1964, et s’applique dans tous les Etats de l’Union européenne (UE).

Cependant, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a jugé, dans un arrêt rendu en 2015, que « la primauté de l’application du droit de l’Union européenne est limitée par les principes constitutionnels qui sont hors de portée de l’intégration européenne ».

Cet arrêt fait référence à l’article 23 de la Loi fondamentale allemande, au terme duquel l’UE doit assurer le respect du « principe de subsidiarité » et garantir « une protection des droits fondamentaux substantiellement comparable à celle de la présente Loi fondamentale ». Il s’agit de préserver l’identité constitutionnelle allemande et les droits fondamentaux qui en découlent.

A la lecture de ces textes, il ressort que la Loi fondamentale ou la Constitution – son équivalent français – ne sauraient s’ériger en un obstacle à l’application du droit européen et des garanties afférentes, bien au contraire. La Constitution doit ainsi assurer une protection supplémentaire des droits fondamentaux et non pas les écarter ou les restreindre contrairement à la volonté de Marine Le Pen et du RN.

 

Travail ou concept d’activité

 

La sociologue Marie-Anne Dujarier montre, dans une tribune au « Monde », que l’association entre activité, utilité et revenu, socle de notre conception du travail, est aujourd’hui ébranlée. (extrait)

 

Tribune. 

 

Depuis les années 1970, des articles de gestion prescrivent la « mise au travail des consommateurs ». Ils suggèrent que cette « main-d’œuvre » motivée, impatiente, innombrable, disponible et surtout gratuite pourrait être avantageusement utilisée et « managée » par les entreprises. Dans les faits, on peut observer trois formes sociales dans lesquelles les clients déploient une activité bénévole productive, profitable pour les entreprises qui l’encadrent.

Premièrement, dans les supermarchés, les stations-service, les gares, les fast-foods ou à La Poste, par exemple, nous coproduisons régulièrement le service que nous achetons. Cette autoproduction dirigée est contrainte et permet de réduire le nombre d’employés de première ligne (guichetiers, caissières, serveuses…).

Le deuxième type est à l’inverse fondé sur le volontariat : la captation dans la foule (« crowdsourcing ») d’informations personnelles, articles, photos, vidéos, blogs, CV, notations, commentaires, likes, etc., offerts volontairement, est une source de profits pour les sites qui les accueillent.

Troisièmement, et plus indirectement, qu’il s’agisse d’acheter de manière éclairée ou de se désabonner d’un service, sortir de la contradiction dans laquelle nous plonge le marketing lorsqu’il nous déclare libre tout en cherchant à orienter nos comportements requiert, là encore, des compétences et des efforts importants.

Mais l’expression « travail du consommateur » fait surgir un doute : puisque ce dernier n’est pas salarié, d’une part, et qu’il n’a pas toujours le sentiment de travailler, d’autre part, peut-on parler de « travail » ? Une floraison d’expressions telles que « travail domestique », « travail du malade », « digital labor » ou « travail bénévole » remettent pareillement en question aujourd’hui la signification que nous attribuons au mot « travail ».

Les historiens et anthropologues montrent qu’il n’existe pas de définition universelle du travail ; il est vain en effet de chercher une substance derrière le substantif. Le mot est plutôt une catégorie de la pensée et de la pratique, construite par les sociétés et donc variable dans le temps. Ainsi, depuis le XIe siècle, la langue française désigne avec ce mot l’activité, cette peine que nous nous donnons pour faire quelque chose. Il est aussi utilisé depuis le XIVe siècle pour parler du résultat de l’activité : l’ouvrage réalisé, la production, progressivement réputée « utile ». Puis il a été associé à l’idée de gagne-pain, et finalement à l’emploi depuis l’époque contemporaine.

L’évolution du concept de décroissance

L’évolution du concept de décroissance

 

L’historien François Jarrige retrace, dans une tribune au « Monde », les évolutions de ce concept depuis le XIXe siècle, quand il a fait surface en même temps que les premiers débats sur l’industrialisation du monde.(extrait)

 

Tribune. 

 

Chaque société a ses tabous ; ils s’accrochent parfois à des mots anodins ou étranges, comme celui de « décroissance », sans cesse repoussé et disqualifié depuis vingt ans. Anxiogène, peu mobilisateur, négatif, réactionnaire, lubie de riche ou concept (déjà) dépassé, tous les arguments éculés pour le discréditer ne peuvent résister au constat implacable, énoncé depuis des décennies maintenant, selon lequel l’extraction et l’accumulation matérielle atteignent leurs limites alors que les imaginaires dominants de la croissance nous poussent vers l’abîme.

Les grands médias s’intéressent aujourd’hui à la décroissance après des décennies de silence ou de déni. Ils y sont évidemment poussés par la force des choses, alors que le dernier rapport du GIEC conclut que « le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie ». Les pires prévisions, répétées depuis des décennies par ceux qui se disaient « décroissants », ne cessent de se confirmer, alors que s’impose l’urgence d’une réduction massive des émissions de CO2, c’est-à-dire de la plupart des flux de matières qui constituent le fondement de nos existences.

La décroissance n’est ni un programme d’action précis ni même une théorie, mais une aspiration née de la conscience aiguë des contradictions et impasses qui caractérisent nos modes de vie, nos infrastructures et nos imaginaires. Ce terme s’inscrit à la fois dans la longue durée des débats sur l’industrialisation du monde, et dans les temporalités plus courtes de l’évolution de l’écologie politique depuis les années 1970.

Envie d’en savoir plus sur la croissance et la décroissance ?

Longtemps, l’idée même de croissance économique n’avait aucun sens, la croissance renvoyant d’abord à la biologie pour décrire l’augmentation de taille des êtres vivants. Le terme fut repris par la théorie économique. Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés vivaient dans un monde relativement stable, gérant la pénurie et des ressources contraintes. Dès les débuts de l’essor industriel, de nombreux doutes sont exprimés à l’égard du projet d’expansion continue de la production, et de nombreuses alertes sont formulées contre le projet moderne d’artificialisation du monde.

La question de la décroissance émerge surtout au XXe siècle, lorsque la croissance devient l’idéologie dominante et l’horizon principal. Le projet moderne d’accumulation matérielle s’intensifie en effet au milieu du XXe siècle ; de nouveaux critères économiques s’imposent afin de la mesurer et d’en faire une référence pour l’action publique (c’est le fameux PIB). C’est ce qui pousse certains observateurs et intellectuels à tenter d’ouvrir la « boîte noire » de la croissance, de pénétrer dans son fonctionnement, d’évaluer ses effets et ses impasses.

Concept de la croissance : Le Bonheur National Brut à la place du PIB ?

Concept de la croissanceLe Bonheur National Brut à la place du PIB ?

 

Le professeur en sciences de gestion, Lars Meyer-Waarden, constate, dans une tribune au « Monde », que, au-delà de la satisfaction immédiate du consommateur, les entreprises cherchent désormais à mesurer son niveau de bien-être pour mieux le fidéliser.(extrait)

Tribune. 

Au lieu de s’en tenir à l’évaluation du produit national brut, agrégat de l’ensemble des productions annuelles d’un pays, de plus en plus d’économistes cherchent désormais à mesurer le « bonheur national brut ». Le Bhoutan a fait figure de pionnier, inscrivant dans sa Constitution la centralité de cette quête. L’ONU a établi un indice mondial du bonheur.

Des pays comme la Nouvelle-Zélande sont allés loin sur le plan pratique, arrimant leurs politiques économiques à des indicateurs concrets de bien-être. En France, le président Sarkozy avait lancé une commission d’étude sur ce thème en 2009 sous la houlette du Prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz.

Mettre au point de nouveaux outils de mesure est un élément fondamental pour faire évoluer les situations. Le raisonnement vaut à l’échelle macroscopique, pour les gouvernants des pays ou des villes, mais également à une échelle beaucoup plus fine, lorsqu’il s’agit de sonder les cœurs et les reins des consommateurs pour concevoir et vendre de nouveaux produits et services.

Traditionnellement, c’est la satisfaction de court terme de ces consommateurs qu’étudient les experts en marketing. Mais, depuis sept ou huit ans, une communauté grandissante de spécialistes se regroupe à l’échelle internationale et commence à construire de nouveaux instruments de mesure permettant d’étudier, au-delà de cette satisfaction, l’impact en matière de bien-être des produits et services proposés.

La notion est complexe. On sort d’un univers cognitif, d’une satisfaction liée par exemple à un bon rapport qualité-prix, une livraison rapide et fluide, une qualité correspondant aux attentes, pour entrer dans un monde plus affectif.

Il s’agit d’évaluer le sentiment de sécurité, de confiance, provoqué par les produits et services proposés, ainsi que leurs conséquences en matière de santé mentale et physique. Les questions posées aux consommateurs portent sur leurs émotions, sur des aspects éthiques, voire spirituels.

D’un point de vue pratique, on passe de mesures immédiates à des enquêtes menées plus tardivement, mesurant les perceptions de moyen terme.

Moins de 10 % des clients satisfaits fidèles

Ces études marketing revisitées sont d’abord nées d’une demande des entreprises elles-mêmes, déçues de l’incapacité des méthodes de mesure traditionnelles à prévoir des comportements très importants pour elles, comme la fidélité ou l’infidélité des consommateurs aux marques.

Les consommateurs sont toujours nombreux à vouloir affirmer leur statut par des achats qui les positionnent socialement, mais, de plus en plus, ils réclament aussi de la transparence pour pouvoir faire confiance

Economie- La décroissance : L’évolution du concept

Economie- La décroissance : L’évolution du concept

 

L’historien François Jarrige retrace, dans une tribune au « Monde », les évolutions de ce concept depuis le XIXe siècle, quand il a fait surface en même temps que les premiers débats sur l’industrialisation du monde.(extrait)

 

Tribune. 

 

Chaque société a ses tabous ; ils s’accrochent parfois à des mots anodins ou étranges, comme celui de « décroissance », sans cesse repoussé et disqualifié depuis vingt ans. Anxiogène, peu mobilisateur, négatif, réactionnaire, lubie de riche ou concept (déjà) dépassé, tous les arguments éculés pour le discréditer ne peuvent résister au constat implacable, énoncé depuis des décennies maintenant, selon lequel l’extraction et l’accumulation matérielle atteignent leurs limites alors que les imaginaires dominants de la croissance nous poussent vers l’abîme.

Les grands médias s’intéressent aujourd’hui à la décroissance après des décennies de silence ou de déni. Ils y sont évidemment poussés par la force des choses, alors que le dernier rapport du GIEC conclut que « le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie ». Les pires prévisions, répétées depuis des décennies par ceux qui se disaient « décroissants », ne cessent de se confirmer, alors que s’impose l’urgence d’une réduction massive des émissions de CO2, c’est-à-dire de la plupart des flux de matières qui constituent le fondement de nos existences.

La décroissance n’est ni un programme d’action précis ni même une théorie, mais une aspiration née de la conscience aiguë des contradictions et impasses qui caractérisent nos modes de vie, nos infrastructures et nos imaginaires. Ce terme s’inscrit à la fois dans la longue durée des débats sur l’industrialisation du monde, et dans les temporalités plus courtes de l’évolution de l’écologie politique depuis les années 1970.

Envie d’en savoir plus sur la croissance et la décroissance ?

Longtemps, l’idée même de croissance économique n’avait aucun sens, la croissance renvoyant d’abord à la biologie pour décrire l’augmentation de taille des êtres vivants. Le terme fut repris par la théorie économique. Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés vivaient dans un monde relativement stable, gérant la pénurie et des ressources contraintes. Dès les débuts de l’essor industriel, de nombreux doutes sont exprimés à l’égard du projet d’expansion continue de la production, et de nombreuses alertes sont formulées contre le projet moderne d’artificialisation du monde.

La question de la décroissance émerge surtout au XXe siècle, lorsque la croissance devient l’idéologie dominante et l’horizon principal. Le projet moderne d’accumulation matérielle s’intensifie en effet au milieu du XXe siècle ; de nouveaux critères économiques s’imposent afin de la mesurer et d’en faire une référence pour l’action publique (c’est le fameux PIB). C’est ce qui pousse certains observateurs et intellectuels à tenter d’ouvrir la « boîte noire » de la croissance, de pénétrer dans son fonctionnement, d’évaluer ses effets et ses impasses.

Décroissance : L’évolution du concept

 

« La décroissance : L’évolution du concept

 

L’historien François Jarrige retrace, dans une tribune au « Monde », les évolutions de ce concept depuis le XIXe siècle, quand il a fait surface en même temps que les premiers débats sur l’industrialisation du monde.(extrait)

 

Tribune. 

 

Chaque société a ses tabous ; ils s’accrochent parfois à des mots anodins ou étranges, comme celui de « décroissance », sans cesse repoussé et disqualifié depuis vingt ans. Anxiogène, peu mobilisateur, négatif, réactionnaire, lubie de riche ou concept (déjà) dépassé, tous les arguments éculés pour le discréditer ne peuvent résister au constat implacable, énoncé depuis des décennies maintenant, selon lequel l’extraction et l’accumulation matérielle atteignent leurs limites alors que les imaginaires dominants de la croissance nous poussent vers l’abîme.

Les grands médias s’intéressent aujourd’hui à la décroissance après des décennies de silence ou de déni. Ils y sont évidemment poussés par la force des choses, alors que le dernier rapport du GIEC conclut que « le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie ». Les pires prévisions, répétées depuis des décennies par ceux qui se disaient « décroissants », ne cessent de se confirmer, alors que s’impose l’urgence d’une réduction massive des émissions de CO2, c’est-à-dire de la plupart des flux de matières qui constituent le fondement de nos existences.

La décroissance n’est ni un programme d’action précis ni même une théorie, mais une aspiration née de la conscience aiguë des contradictions et impasses qui caractérisent nos modes de vie, nos infrastructures et nos imaginaires. Ce terme s’inscrit à la fois dans la longue durée des débats sur l’industrialisation du monde, et dans les temporalités plus courtes de l’évolution de l’écologie politique depuis les années 1970.

Envie d’en savoir plus sur la croissance et la décroissance ?

Longtemps, l’idée même de croissance économique n’avait aucun sens, la croissance renvoyant d’abord à la biologie pour décrire l’augmentation de taille des êtres vivants. Le terme fut repris par la théorie économique. Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés vivaient dans un monde relativement stable, gérant la pénurie et des ressources contraintes. Dès les débuts de l’essor industriel, de nombreux doutes sont exprimés à l’égard du projet d’expansion continue de la production, et de nombreuses alertes sont formulées contre le projet moderne d’artificialisation du monde.

La question de la décroissance émerge surtout au XXe siècle, lorsque la croissance devient l’idéologie dominante et l’horizon principal. Le projet moderne d’accumulation matérielle s’intensifie en effet au milieu du XXe siècle ; de nouveaux critères économiques s’imposent afin de la mesurer et d’en faire une référence pour l’action publique (c’est le fameux PIB). C’est ce qui pousse certains observateurs et intellectuels à tenter d’ouvrir la « boîte noire » de la croissance, de pénétrer dans son fonctionnement, d’évaluer ses effets et ses impasses.

Un nouveau concept : le populisme scientifique

Un nouveau concept : le populisme scientifique

 

Après avoir ouvert un dialogue nécessaire avec la communauté scientifique dans les années 2000, le mouvement pour une science « participative », plus démocratique, a évolué vers l’anti-élitisme, au risque de l’irrationalité, explique Stéphane Van Damme  (Professeur d’histoire des sciences à l’Ecole normale supérieure -Paris) Dans le Monde (extrait)

 

L’expression « populisme scientifique » est couramment utilisée pour dénoncer différents activistes scientifiques omniprésents dans l’espace public, comme Didier Raoult. En Italie, par exemple, il désigne aussi bien les antivaccins, comme le biologiste Stefano Montanari, que les défenseurs de la science, comme le professeur de virologie Roberto Burioni. Ce dernier a fait l’objet d’une étude approfondie de Pamela Pietrucci, chercheuse à l’université de Copenhague, dirigée par David Gruber et Lynda Olman dans le Routledge Handbook for Language and Science, en 2019.

Très actif sur Twitter et Facebook, Roberto Burioni y mène une guérilla contre les discours antivaccins, et ce dès juin 2018, à l’occasion des mesures prises par le gouvernement. Burioni y défend l’éthique du citoyen-scientifique. Son combat aurait même persuadé Beppe Grillo (idéologue du Mouvement 5 étoiles) de signer son « pacte proscience » lancé en janvier 2019 pour soutenir cette éthique dans les politiques publiques nationales. Cette action témoigne de l’évolution des scientifiques dans ces débats, qui sont passés d’une position de figure morale, comme Langevin, Poincaré ou Einstein, à celle de lanceur d’alerte, mobilisés contre les antisciences.

La popularité de Burioni en Italie tient à la fois à un contexte politique polarisé par la montée des extrêmes et aux formes de sa communication, utilisant de violentes saillies polémiques, connues sur le Web italien sous le terme blastata : un commentaire acerbe et sarcastique attirant des milliers de réponses et visant à démonter les fausses informations. Convaincu que les scientifiques doivent sortir de leur réserve, Burioni n’hésite pas à emprunter la rhétorique forte de ses opposants.

Plus largement, si l’expression polémique de « populisme scientifique » s’est imposée pour qualifier les mouvements antivaccins ou antipasse, elle n’a pas encore été véritablement pensée. Dans Le Siècle du populisme. Histoire, théorie, critique (Seuil, 2020), Pierre Rosanvallon présente le populisme comme une « idéologie cohérente qui offre une vision puissante et attractive de la démocratie, de la société et de l’économie ». Plus qu’un symptôme des radicalisations d’aujourd’hui, cette critique de la modernité démocratique est récurrente dans le temps long de l’histoire des démocraties occidentales.

Du côté de l’histoire des sciences, certains travaux s’inspirent des mêmes constats pour explorer ce phénomène qui hante les rapports entre sciences et démocratie. Niels Mede et Mike Schäfer, de l’université de Zurich, en proposent une analyse riche dans un article paru dans la revue Public Understanding of Science en 2020. Pour eux, ce populisme relié aux sciences émerge dans le sillage du tournant « participatif » des années 2000, qui a vu la revalorisation du rôle des amateurs de science et l’association de citoyens à la prise de décision technique aux côtés d’experts.

Le concept d’entropie de l’Univers et ses paradoxes

Le concept d’entropie de l’Univers et ses paradoxes

 

 

 

L’entropie, censée rendre compte de la complexité d’une situation physique, n’est pas commensurable si elle s’applique au contenu d’une bouteille de gaz ou à celui de l’Univers, soulignent les physiciens Wiebke Drenckhan et Jean Farago dans leur carte blanche au « Monde ».

 

Quand le monde était encore jeune, les sociétés humaines se dotaient de druides et de bardes. Leur fonction, tenter d’extraire un peu d’intelligibilité du chaos apparent du monde, en faisait les interprètes des dieux auprès des hommes ordinaires.

Aujourd’hui que nous obéissons à des représentations de l’Univers beaucoup plus rationnelles, la figure du barde n’a pourtant pas disparu : elle s’est réinventée sous les traits contemporains du vulgarisateur philosophe, souvent médiatique, qui se pose en intermédiaire entre l’homme et l’Incompréhensible. Seulement, le mystérieux a de nos jours une déclinaison totalement scientifique, et s’incarne à travers des noms empreints de magie, boson de Higgs, saveur des quarks, entropie de l’Univers…

Ces concepts recouvrent en fait un appareil théorique redoutablement difficile, ce qui tombe bien pour le poète scientifique car, comme dans toute liturgie, le but est aussi de ne pas tout dévoiler. Prenez l’entropie de l’Univers, un concept plein de paradoxes. L’entropie est une mesure de la complexité d’une situation physique quelconque et correspond à peu près à compter le nombre de configurations que le système peut possiblement adopter.

Il s’agit donc d’une grandeur informationnelle, assez loin d’une caractéristique physique intrinsèque comme l’énergie d’une particule ou sa charge. Sa pertinence physique se révèle quand la dynamique chaotique d’un système isolé le conduit à visiter quasiment aléatoirement et sans préférence les différentes configurations qui lui sont accessibles. Dans ce cas, le système atteint après un certain temps un état macroscopique stable, appelé état d’équilibre et caractérisé comme étant celui représenté par les états microscopiques « les plus fréquents », c’est-à-dire celui dont l’entropie est maximale.

Pour un gaz dans une bouteille, une répartition homogène est toujours observée, car les états de ce type sont infiniment plus nombreux que tous les autres réunis, ceux où le gaz n’est pas homogène. On voit que la notion n’a de sens que si le système dispose de temps pour « visiter » ses différentes configurations.

Quand on essaie d’appliquer ce raisonnement aux échelles stellaires et au-delà, quand l’attraction gravitationnelle n’est plus négligeable, il se passe un phénomène paradoxal : à cause de la longue portée de la force gravitationnelle, un immense nuage de poussières et de gaz n’augmente pas son entropie en se dilatant comme le gaz dans la bouteille, mais en faisant exactement le contraire, et en se fragmentant en globules qui se densifient et chauffent, conduisent à l’allumage des réactions thermonucléaires des étoiles, à la vie…

Un nouveau concept : la république écologique de Barbara Pompili !

Un nouveau concept : la république écologique de Barbara Pompili !

 

 

 

 

Une mini loi mais un méga discours de Pompili. Un discours en décalage avec la modestie du texte qui en fait n’a pas retenu grand chose de la convention citoyenne qui finalement s’est retournée contre Macron. Du coup, Pompili a eu la lourde tâche de présenter son projet ratatiné en le survendant avec l’excès habituel des écolos ; Pour preuve du peu d’intérêt des députés, la très maigre audience. Pourtant Pompili n’ pas hésité à employer le terme de république écologique qui doit sans doute se substituer à république française.

 

Un concept creux qui ne veut rien dire. On pourrait aussi bien affubler la république de qualificatif de démocratique, sociale, sociétale, économique, technologique, sanitaire, égalitaire etc . Le terme écologique n’apporte rien et la république qui doit évidemment prendre en compte aussi la dimension environnementale ne peut être réduite à la seule dimension écolo.

 

Barbara Pompili a défendu les contours de la «République écologique» qui doit prendre forme à travers les 69 articles du projet de loi, l’un des plus gros du quinquennat, qui sera examiné pendant trois semaines par les députés. L’ancienne députée EELV veut «une véritable bascule culturelle globale qui fera de l’écologie une réalité du quotidien».  Une expression plus adaptée que la république écologique !

 

Un nouveau concept macronien : l’épargne de conviction !

 

 

 

 

À défaut de vraies réformes le gouvernement aura au moins réussi à faire progresser l’ingénierie SEMANTIQUE. Par exemple en matière d’épargne l’ancienne socialiste Grégoire , SOUS MINISTRE, suggère de développer l’épargne de conviction ! Des explications assez convenues et pour le moins alambiquéés. Bref un discours pseudo techno pour masquer surtout l’immobilisme alors qu’il suffirait de créer un plan d’épargne bien rémunéré destiné au financement des entreprises notamment engagées dans la RSE. Bref quand une ancienne socialiste se noie dans la gestion bureaucratique.

 

L’épargne des Français a considérablement augmenté depuis un an. Plutôt que de taxer ce bas de laine, comme certains le suggèrent, vous souhaitez flécher cet argent…

A cette heure, nous sommes encore au stade de la réflexion. J’ai fait passer l’an dernier un amendement dans le cadre de la loi de finances permettant des donations, dans le cadre familial, exonérées jusqu’à 100.000 €, en vue de financer la création ou le développement de l’entreprise, la construction ou des travaux de rénovation énergétique de la résidence principale d’un descendant, et ce jusqu’au 30 juin 2021. Au-delà de ce mécanisme, nous avons la volonté d’encourager l’investissement productif. Nous réfléchissons aussi à mobiliser ces sommes au bénéfice des jeunes générations.

Avez-vous aussi des projets pour orienter cette épargne vers le financement de la transition énergétique ?

J’y suis bien sûr sensible, en tant qu’ancienne présidente de la commission spéciale de la loi Pacte. Je considère cette loi, adoptée en mai 2019, comme une étape, et non un aboutissement. Cette loi crée toutes les conditions pour l’orientation de l’épargne au service de l’ISR (investissement socialement responsable), des actifs verts et durables (par exemple sous label Greenfin) et de la finance solidaire (sous label Finansol). Ainsi, depuis le 1er janvier 2020, tout contrat d’assurance-vie doit proposer dans sa gamme au moins une unité de compte servant l’une de ces destinations. Il en faudra trois à partir de janvier 2022. Cela entraîne une mutation profonde au sein des banques, des assureurs et des gestionnaires d’actifs.

Avant même l’adoption de la loi Pacte, entre 2018 et 2019, la masse investie dans les fonds ISR avait été multipliée par cinq, passant de 5,4 à 25 milliards d’euros. Dans le même temps, les encours des fonds sous label Greenfin avaient doublé et ceux de Finansol avaient triplé. Nous sommes dans un moment de mutation extrêmement profonde et nous avons d’ailleurs une vraie avance en France. Du côté des investisseurs comme du côté des épargnants, le temps de l’épargne de conviction est arrivé : après avoir constitué une épargne de précaution, les Français souhaitent mobiliser leur épargne au service de leurs convictions, qu’il s’agisse de financer l’économie responsable, la transition écologique ou des projets à impact social.

L’abondance des labels « verts » n’est-elle pas source de confusion pour les épargnants ?

Quand des tendances deviennent structurelles et massives, il est normal qu’il y ait du foisonnement. Je parlerais, du reste, plutôt d’émulation et de créativité. Aujourd’hui, dans cette jungle, certains labels sont autodéclaratifs, d’autres très sectoriels, d’autres encore très engageants. Durant la loi Pacte, une mission sur les labels RSE avait été confiée à la députée LREM Coralie Dubost, s’agissant de l’ensemble des entreprises. Concernant les établissements financiers, le débat est concentré sur trois labels dominants, que j’ai déjà évoqués : ISR, Greenfin, Finansol.

Mais nous voulons aller plus loin. L’Inspection générale des finances a présenté un rapport sur le label ISR qui doit nourrir nos réflexions. Nous pourrions lui apporter encore plus de robustesse, faire en sorte qu’il soit plus éclairant sur le volet transition, pour valoriser la dynamique. Notons aussi que 10 % de l’épargne réglementée gérée par les banques (c’est-à-dire la part non centralisée à la Caisse des dépôts), soit 18 milliards d’euros, sont consacrés à la transition. Nous travaillons avec la Caisse des dépôts pour améliorer l’analyse et le reporting de cette épargne réglementée. C’est un gros chantier, indispensable pour s’assurer que cet argent est bien employé.

Au niveau européen aussi, d’importants changements arrivent, avec la révision de la directive sur l’information non financière (NFRD).

L’Europe entre en action pour bâtir son standard extrafinancier à la suite des travaux réalisés sur la taxonomie européenne verte [qui permet de classer les activités économiques en fonction de leur impact environnemental]. La révision de la directive NFRD est attendue pour fin avril 2021. Il s’agit d’enclencher la création d’une norme européenne de reconnaissance de la performance extrafinancière des entreprises, et nous comptons faire progresser les travaux sur cette directive durant la présidence française de l’Union européenne, à partir du 1er janvier 2022.

L’enjeu est que les entreprises européennes de plus de 250 salariés, d’ici fin 2023-début 2024, communiquent des indicateurs convergents, mais aussi certains indicateurs sectoriels. La directive devrait également prévoir que ces données ESG soient en accès libre et gratuit, pour permettre leur réutilisation par les parties prenantes (presse, ONG, scientifiques…). Il ne faut pas non plus oublier la dimension dynamique, la mesure du chemin parcouru. La publication d’indicateurs ESG ne crée pas ipso facto de mesure de l’impact. Il est indispensable que cette directive s’articule avec la taxonomie et les standards internationaux pour qu’il n’y ait pas de redondance ni de complexité pour les entreprises. Il faut mettre en place une autorité de la norme européenne, qui pourrait être l’Efrag [Groupe consultatif pour l’information financière en Europe]. Celui-ci a, d’ailleurs, rendu un rapport de mission préparatoire sur un référentiel commun d’information extrafinancière. Un autre enjeu est la création d’une autorité indépendante de contrôle.

L’Europe fait-elle le poids face aux Etats-Unis pour imposer ses propres normes ?

Je me bats pour que l’Europe y parvienne. La question est de savoir si l’Europe sera capable de bâtir sa norme pour promouvoir un modèle européen des critères ESG, et ne pas dépendre du modèle américain. Aujourd’hui, le continent de l’ESG, c’est l’Europe ! Selon Morningstar, 82 % des encours de fonds ESG sont européens. C’est l’Europe qui a créé les obligations vertes, c’est la France qui a été le premier Etat à en émettre, et nous lançons d’ailleurs une nouvelle émission d’obligations vertes. Il ne serait pas compréhensible de commettre la même erreur qu’il y a vingt ans avec les normes comptables IFRS, et la délégation de facto aux Etats-Unis et à des acteurs privés de la régulation de ces enjeux. Le risque serait alors que des entreprises européennes soient mal notées, par exemple parce qu’elles ne pratiquent pas l’extraction de gaz de schiste ou parce qu’elles ne fournissent pas de données relatives à la diversité ethnique.

L’examen de la loi climat et résilience, issue des propositions de la Convention citoyenne pour le climat, a débuté à l’Assemblée nationale. Comment accompagner les entreprises pour qu’elles suivent ce mouvement ?

Parmi les entreprises qui sont tenues de faire un bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre (BEGES) aujourd’hui, seulement 30 % les dressent de façon satisfaisante. Notre objectif est que davantage d’entreprises réalisent ce bilan, mais surtout qu’elles le fassent bien. Cela suppose un investissement en matière de ressources. Les BEGES sont un outil stratégique de la transition, et il est indispensable d’emmener le plus d’entreprises possible, mais cette transition est exigeante, et il faut toute une dynamique d’accompagnement. Les articles 16, 17 et 18 de la loi climat et résilience, notamment, visent à mieux accompagner les entreprises face à ces enjeux. Il faut de la formation, il faut permettre aux petites entreprises d’embaucher pour cela. Le dispositif VTE (volontariat territorial en entreprises) vert apporte une aide jusqu’à 8.000 € pour l’embauche d’une personne chargée de ces sujets. Les opérateurs de compétences (Opco), soit plus de 2.000 personnes sur le territoire, pourront aussi apporter leur soutien pour accompagner les DRH des petites et moyennes entreprises.

Beaucoup d’entreprises, et notamment de PME, s’orientent sur la voie de la RSE de façon sincère. Elles ont déjà fait évoluer leur processus de production, d’achat, ont rendu paritaire leur comité de direction… Enfin, nous allons obliger l’ensemble des marchés publics, soit 100 milliards d’euros de commande publique annuels, à intégrer au moins un critère environnemental dans l’attribution et l’exécution des contrats, à l’horizon de cinq ans, c’est-à-dire plus vite que ce que demandait la Convention des citoyens. Les enjeux s’alignent, et l’ESG est sur le chemin pour devenir un élément puissant de compétitivité, mais aussi d’attractivité vis-à-vis des jeunes actifs sur le marché du travail et des consommateurs.

Revenir au concept initial d’entreprise pour une transformation durable

Revenir au concept initial d’entreprise pour une transformation durable

La contribution de l’entreprise à la résolution des crises sociale et environnementale nécessite de redéfinir l’« affectio societatis », la volonté d’agir ensemble, des actionnaires, salariés, dirigeants et partenaires extérieurs des entreprises, suggèrent les expertes financières Sandra Bernard-Colinet et Mathilde Lemoine dans une tribune au « Monde ».

Tribune. 

 

La crise sanitaire a renforcé la pression citoyenne pour accélérer la transformation de l’entreprise en acteur responsable des enjeux sociaux et environnementaux. Certains, pour mieux repousser cette pression, mettent en avant la célèbre affirmation de l’économiste américain Milton Friedman selon laquelle la seule responsabilité sociale de l’entreprise consisterait à faire du profit. Mais cette retranscription est tronquée car la phrase se poursuit par « aussi longtemps qu’elle [l’entreprise] respecte les règles du jeu ». Or ce sont précisément les règles du jeu qui ont changé depuis cinquante ans !

Au départ, il n’était pas question pour les sociétés de prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux dans leur gestion. Les règles du jeu s’inscrivaient dans une logique collective de course à la production. Puis cette logique s’est individualisée par la recherche de l’optimisation de la marge bénéficiaire et d’un retour sur capital rapide.

Désormais, les entreprises ont une responsabilité vis-à-vis du monde extérieur. Elle consiste à intégrer volontairement leurs préoccupations sociales et environnementales à leurs activités commerciales et à leurs relations avec les parties prenantes. La transcription qui en a été faite par les acteurs privés fut de traiter ces nouvelles préoccupations comme des risques (industriels, de réputation) ou des opportunités (relais de croissance) pour leur objet social. Même pour ceux qui s’inscrivent dans la lignée friedmanienne, la logique économique et financière doit tenir compte des critères sociaux et environnementaux.

Les crises récentes, celle de 2008 et celle de 2020, ont de nouveau changé les règles du jeu. Il n’est plus question de se focaliser uniquement sur la préservation de la valeur économique de l’entreprise mais de protéger les biens communs, de participer à la restauration, à la préservation et à l’amélioration des socio-écosystèmes. L’entreprise doit définir comment elle contribue de façon active à la résolution des enjeux sociaux et environnementaux dans toute leur complexité. Tel est l’enjeu du débat sur la contribution des entreprises aux objectifs de développement durable définis par les Nations unies, aux objectifs de décarbonation fixés par l’accord de Paris, ou sur la définition de la « raison d’être » des entreprises et du statut d’« entreprise à mission » actés par la loi Pacte d’avril 2019.

Il ne s’agit plus seulement de mesurer les externalités négatives de l’activité de l’entreprise, par exemple en limitant ou en compensant l’impact de la production industrielle sur les émissions de CO2, mais désormais de trouver les méthodes qui permettront de réduire ces émissions quelle que soit l’évolution de l’activité de l’entreprise. Il ne s’agit plus de parler de croissance inclusive tout en délocalisant dans des pays étrangers des activités encore largement bénéficiaires, mais de préserver et développer des filières génératrices d’emplois locaux tout en assurant leur autonomie financière.

Le modèle de l’entreprise ne répond plus uniquement à la logique économique mais s’inscrit dans une dimension plus collective, dont le cœur du réacteur serait les enjeux sociaux et environnementaux. Ce modèle, qui est bien souvent celui d’entreprises familiales indépendantes des marchés financiers, repose sur la volonté implicite ou explicite des partenaires de collaborer sur un pied d’égalité et que les juristes appellent l’affectio societatis, c’est-à-dire l’élément intentionnel indispensable à la formation du lien qui unit les associés. Sa force opérationnelle réside dans sa capacité à fédérer autour d’un projet entrepreneurial les associés mais aussi les salariés, les fournisseurs, les acteurs locaux tout en parvenant à développer une fierté et un sentiment d’appartenance.

L’affectio societatis a perdu de son influence dans les grandes entreprises soumises à la maximisation de leur rentabilité opérationnelle. Il est temps de revenir à l’essence même de la notion d’entreprise : mettre en commun des biens en vue de réaliser et de partager des bénéfices, qui ne doivent plus être seulement économiques, mais aussi sociaux et environnementaux.

Pour y parvenir, le monde de l’entreprise pourrait s’inspirer de certaines pratiques des acteurs du développement et de l’économie sociale et solidaire qui savent donner un sens à leur action, et mener des actions qui ont du sens. Dans son plan-cadre pour l’aide au développement (PNUAD), l’ONU propose ainsi un outil de modélisation de la transformation que l’on souhaite générer sur une population de bénéficiaires et de mesurer la valeur ajoutée de son action. L’objectif est de vérifier le lien de causalité entre l’action engagée et le changement opéré à long terme sur les bénéficiaires.

Par exemple, si l’objectif poursuivi par une entreprise est d’améliorer la santé, il faut d’abord définir les bénéficiaires, c’est-à-dire le pourcentage de femmes ou d’hommes, les classes d’âge, la zone géographique. Il est également nécessaire de choisir l’action à mener : donner des médicaments ? éduquer ? améliorer l’habitat ? la mobilité ? Ensuite, il conviendra de vérifier que les ressources mobilisées sont bien affectées à l’atteinte de l’objectif et à quelle échéance. Une telle méthode a aussi pour vertu de faire reposer l’engagement social de l’entreprise sur une sorte de convention. Entreprendre au-delà de la seule valorisation du capital économique permet de fédérer les différentes parties prenantes pour contribuer à une transformation durable.

Sandra Bernard-Colinet est membre de la Société française des analystes financiers (SFAF) et ancienne conseillère en investissement à impact auprès du haut-commissariat à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale.

Mathilde Lemoine est chef économiste du groupe Edmond de Rothschild

123456



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol