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Chute de la livre turque : complot ou incompétence ?

Chute de la livre turque : complot ou incompétence ?

L’économiste et politologue Ahmet Insel est estime que la crise de la Turquie est abord uen crise d’incompétence. (Interview sur RFI)

Cette dépréciation de la livre turque est-elle seulement liée au bras de fer entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan ?

Ahmet Insel : Non pas du tout, la dépréciation est en cours depuis fort longtemps. Globalement, en un an, la livre turque a perdu 80% de sa valeur vis-à-vis de la monnaie européenne ou du dollar. Et depuis la réélection du président turc, la dépréciation de la livre turque s’est accélérée. Avant même l’intervention de Trump, (vendredi) hier en début d’après-midi, le matin même, la dépréciation de la livre turque s’était accélérée, dans l’attente du discours du président de la République et surtout de son gendre nommé à la direction des Affaires économiques.

Et il y a eu une très grosse déception par rapport à leur présentation sur la politique économique en cours. (Aussi) La décision de Donald Trump n’a été  qu’un accélérateur dans un déclin déjà en cours depuis fort longtemps.

Aujourd’hui, il y a des problèmes structurels autour de la monnaie turque qui font que, petit à petit, elle est en train de perdre de la valeur ?

L’économie turque a des problèmes structurels. C’est une économie qui a besoin de capitaux extérieurs pour pouvoir poursuivre sa croissance. Il y a un déficit chronique de la balance commerciale. Aujourd’hui, la Turquie a besoin, par exemple, pour couvrir ses opérations courantes de plus de 50 milliards de dollars, alors que la perte de confiance des acteurs économiques, aussi bien internes qu’internationaux à l’égard de la politique en général de Tayyip Erdogan et sa politique économique en particulier, fait qu’il y a un retrait des investissements, un retour des acteurs économiques vers des placements en dollars, donc une fuite devant la livre turque.

Evidemment, le bras de fer annoncé par Donald Trump et la réaction virulente de Tayyip Erdogan par rapport à cette décision ne font qu’accélérer la chute de la livre turque et risquent de se transformer, du coup, peut-être dans les jours à venir, non pas à une crise de devises mais se transformer en une crise de la dette, et peut-être même une récession économique.

Du côté justement des investisseurs et des observateurs de l’économie turque, il y a une critique récurrente : elle porte sur la mainmise du pouvoir turc de Recep Tayyip Erdogan sur la Banque centrale turque.  Qui fait qu’il n’y a pas vraiment de jeu sur les taux d’intérêt qui pourraient permettre de donner un peu de répit à la livre turque.

Tayyip Erdogan a une obsession, à tort ou à raison, peut-être pour des raisons idéologiques même peut-être pour des raisons de croyance : il s’est manifesté depuis quelques années contre l’utilisation de l’outil de taux d’intérêt pour stabiliser la livre turque. Depuis quelques années, la livre turque s’est dépréciée particulièrement parce que Tayyip Erdogan a empêché la Banque centrale turque d’utiliser l’outil des taux d’intérêt.

D’autre part, après les élections du 24 juin dernier, Tayyip Erdogan a nommé son gendre et l’a placé à la direction des Affaires économiques. Il a unifié toute l’administration économique au sein d’un seul ministère à la tête duquel il y a son gendre: c’est-à-dire (que) le Trésor, le Budget, le ministère des Finances, le ministère du Commerce sont réunis sous le contrôle d’une seule personne.

En plus, les capacités ou les connaissances ou la compétence en économie de son gendre ne sont pas mondialement connues, donc cela a entraîné une plus grande perte de confiance des acteurs économiques sur la bonne marche possible de la politique économique turque. Cette mainmise, cet hyper contrôle de Tayyip Erdogan et de sa famille sur l’économie aujourd’hui, a énormément fragilisé la livre turque, voire peut-être les banques turques.

Justement, les banques turques sont en mauvaise posture et cela inquiète beaucoup l’Europe. Quelles conséquences pourraient avoir une défaillance bancaire turque sur l’économie européenne ?

D’abord, il y a quelques banques européennes dont BNP-Paribas, Unicrédit, et BBVA, (qui) sont des actionnaires importants des banques turques. Donc s’il y a une défaillance bancaire en Turquie, la valeur boursière de ces banques européennes risque de chuter. D’ailleurs vendredi dernier, à ma connaissance, ces trois banques en question ont connu une légère dépréciation dans les bourses européennes.

D’autre part, les acteurs économiques européens ont globalement 130 milliards d’euros de créances sur les acteurs économiques turcs. Une défaillance bancaire accompagnée de faillites d’entreprises turques inquiètent un peu la Banque centrale européenne sur ses conséquences sur la liquidité de ses créances. Ce n’est pas un montant très important pour l’économie européenne mais, à la marge dans une conjoncture déjà relativement fragilisée à cause de la guerre économique lancée par Donald Trump vis-à-vis de l’Iran, vis-à-vis de l’Union européenne, vis-à-vis même de la Chine, cette défaillance locale turque peut être un accélérateur de crise que craint la Banque centrale européenne.

« Théorie du complot », non, mais complicité, oui !

« Théorie du complot », non, mais complicité, oui !

La théorie du complit utilisé comme facteur explicatif de tout et n’importe quoi permet la simplification et rassure en quelques sorte. Pas étonnant iles électeurs de Le Pen et Mélenchon sont ceux qui croient le plus à ce phénomène. Cela permet de faire l’économie d’une analyse un peu fouillée en se rangeant derrière des explications populistes, simplistes et souvent caricaturales. D’après une enquête de France Info, les Français ont 18% à croire à une seule théorie du complot, 14% à deux théories, 13% à trois, 9% à quatre et 25% à plus de cinq. Il serait exagéré de donner une légitimité à cette théorie du complot par contre on ne peut nier certaine complicité dans l’habillage de certaines vérités. De ce point de vue, la perte de confiance dans les médias traditionnels est toujours aussi criante. « Le niveau de compromission des médias est effarant », fait remarquer Rudy Reichstadt en analysant le sondage. En effet, 36% des Français estiment que les médias sont largement soumis aux pressions du pouvoir politique et de l’argent, que leur marge de manœuvre est limitée et qu’ils ne peuvent pas traiter comme ils le voudraient certains sujets. Ils sont également 30% à juger que les médias travaillent dans l’urgence et qu’ils restituent l’information de manière déformée et parfois fausse. En cause sans doute le modèle économique des grands médias de plus en plus fragilité c’est par de nouveaux supports notamment Internet. Le journalisme d’investigation coûte très cher et trop de grands médias ce contentent  de reproduire sans autre commentaire les dépêches du gouvernement, des entreprises ou des institutions. En outre la culture de l’immédiateté fait  passer d’un sujet à l’autre, ce qui justifie l’économie d’un approfondissement.  Pire, ils sont 9% à croire que le rôle des médias est essentiellement de relayer une propagande mensongère nécessaire à la perpétuation du « système ». Il reste donc 25% des interrogés qui pensent que globalement, les médias restituent correctement l’information et qu’ils sont capables de se corriger quand ils ont commis une erreur.

Réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 19 au 20 décembre 2017, cette étude a été menée auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, complété par un sur-échantillon de 252 personnes de moins de 35 ans, qui ont été remises à leurs poids réel au sein de l’échantillon lors du traitement statistique des résultats. Au total, 1 252 personnes ont été interrogées. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

 




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