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« Combler l’insuffisance numérique »

« Combler l’insuffisance numérique »

Cofondateur et directeur de la recherche de la Fondation Internet Nouvelle Génération (Fing), Jacques-François Marchandise propose des moyens de combler la faille numérique dans une interview à la Tribune.  

- Selon le gouvernement, il y aurait 13 millions de Français « en grande difficulté » avec le numérique. Que vous inspire ce chiffre ?

Ce n’est pas si simple. Je ne suis pas, personnellement, d’accord avec l’approche qui consiste à séparer d’une traite ceux qui maîtrisent le numérique, pour qui tout va bien, et ceux qui ne le maîtrisent pas, pour qui tout va mal. Cette vision des choses, censée mettre en lumière le retard de certains à se saisir du digital n’a pas lieu d’être, puisque les raisons pour lesquelles ils ne sont pas usagers ou éprouvent des difficultés vis-à-vis du numérique sont extrêmement variées.

Comment définissez-vous, alors, l’exclusion numérique ?

Il y en a de nombreuses sortes. Il y a d’abord les fractures principales de la société, c’est-à-dire les difficultés sociales et économiques des gens. Par exemple, si l’on vit en dehors de tout lien social, du circuit économique, et que l’on n’a pas d’emploi, le numérique peut accroître l’isolement, même si l’on utilise un ordinateur depuis vingt ans. C’est ce que certains appellent la « fracture numérique secondaire ». Mais pour certaines personnes confrontées à la perte d’emploi, au départ à la retraite ou à d’autres événements de la vie, le numérique peut a contrario avoir un effet de rattrapage, d’amortisseur et de reconnexion, permettant de rétablir ou de maintenir des liens. Une autre forme d’exclusion numérique est liée à la connaissance et à la capacité d’apprentissage. Ce n’est pas toujours, comme on pourrait le penser, une question d’études ou diplôme : il y a de nombreux exemples d’autodidaxie, plus rarement chez des personnes isolées ; mais il faut aussi avoir « appris à apprendre », comprendre le fonctionnement des moteurs de recherche et la manière dont l’information circule en ligne. Il arrive que des personnes qui ont des formations classiques, des diplômes, soient incompétentes en environnement numérique, parce qu’elles ne comprennent pas forcément que plus l’on pose de questions à un moteur de recherche, plus celui-ci restreint les réponses. Nos étudiants d’aujourd’hui sont encore loin d’être tous à l’aise avec cela.

Quoi qu’il en soit, vous êtes opposé à la « rhétorique du retard », qui cible depuis longtemps certaines populations qui utilisent peu le numérique…

Effectivement. Parce que certaines personnes utilisent parfois des outils non-digitaux pour arriver à leurs fins. Et elles s’en sortent bien mieux comme ça ! Or ces personnes ne sont pas forcément en difficulté vis-à-vis du numérique, même si elles peuvent être considérées comme en dehors. Dans les années 2000, la rhétorique du retard a été utilisée pour expliquer le fait que les Français étaient réticents à abandonner le Minitel pour passer à Internet. Mais si cette situation a duré aussi longtemps, c’est parce que les services Minitel marchaient très bien. Ils n’étaient certes pas aussi sophistiqués qu’aujourd’hui, mais on y trouvait déjà des services bancaires, de la livraison de courses à domicile, et on pouvait trouver très vite beaucoup d’informations utiles, comme des horaires de trains. C’était un retard pour le développement du marché, pas forcément pour les usagers.

Est-ce la raison pour laquelle déterminer les populations vraiment en difficulté vis-à-vis du numérique s’avère difficile ?

Certaines personnes qui n’utilisent que très peu Internet ne sont pas en difficulté avec cet outil. Si elles ont des proches ou des collègues qui s’en servent et peuvent les aider, leur peu d’appétence pour le numérique ne les empêche pas de remplir leur déclaration d’impôts en ligne sans problème, de faire des recherches sur Google ou d’accéder à Wikipedia.

Dans quels cas de figure Internet est-il véritablement source de problèmes ?

Dans une enquête récente, nous avons posé le problème dans l’autre sens. Nous nous sommes demandé dans quels cas de figure le numérique donnait du pouvoir d’agir, dans la vie quotidienne ou les choix personnels. On s’est aperçu que, de manière un peu paradoxale, plus on a d’usages numériques, plus on a d’ennuis. En clair, lorsque certaines personnes se contentent d’aller sur Google et de transférer des photos à des proches, elles ont peu de soucis avec Internet. C’est lorsque l’on a plusieurs dizaines d’usages différents – ce qui est le cas pour un internaute moyen – que les problèmes apparaissent. On perd des documents, on ne sait pas comment publier et dépublier des messages sur certains sites, on est parfois angoissé par certains actes sur une appli bancaire ou en traitant ses impôts… Ces nouveaux embarras numériques, comme je les appelle, concernent les gens qui sont déjà connectés. Ensuite, on a constaté que plus les Français ont d’usages numériques non choisis, plus ils ont des ennuis.

C’est par exemple le cas lorsque l’État impose la dématérialisation de certains services administratifs ou de l’impôt sur le revenu ?

Les démarches administratives en ligne sont difficiles pour beaucoup, alors qu’elles sont très utiles pour d’autres. Avant le numérique, il y a d’abord une fracture administrative, le non-recours aux droits, la difficulté à s’orienter, que la suppression de nombreux guichets physiques risque de ne pas arranger. Le numérique peut être positif s’il atténue les difficultés des gens qui ont du mal avec l’administration. Mais le numérique n’a pas le pouvoir de corriger les acronymes incompréhensibles ou la multiplicité des exceptions des procédures administratives. Il arrive souvent que le passage au numérique soit pensé pour simplifier les démarches. L’idée est, par exemple, de cesser de questionner quelqu’un sur ses enfants alors qu’il a indiqué, au début d’un formulaire, qu’il n’en avait pas. Mais historiquement, chaque service administratif a fait sa cuisine de son côté. Tous les ministères, les administrations territoriales et sociales ont procédé à une intégration verticale du numérique, avec leurs propres règles du jeu, leurs modes de navigation et leurs logiques de conservation des documents. Lesquels sont, en outre, souvent modifiés d’une année sur l’autre. Ce qui, in fine, met beaucoup d’usagers dans une situation difficile.

Le monde des services Internet apparaît au moins aussi compliqué…

C’est l’autre espace numérique avec lequel les internautes peuvent être en grande difficulté. C’est ce que j’appelle la fracture servicielle. Ici, le jeu s’est énormément ouvert ces dernières années. De nombreuses plateformes interviennent dans beaucoup de domaines, comme les services à domicile pour les seniors, les services bancaires, l’assurance, la vente à distance. Le problème, c’est qu’une partie d’entre nous ne sait plus très bien de qui il est client. Pour certains, habitués à s’adresser à des vendeurs dans des boutiques physiques classiques, c’est très déstabilisant, déboussolant, et débouche parfois sur une profonde perte de confiance vis-à-vis de ces nouveaux usages.

Qui est concerné par ces fractures administrative ou servicielle ? On présente souvent les jeunes défavorisés ou les seniors comme les populations les plus déconnectées, ce qui impliquerait de concentrer sur elles les politiques d’inclusion numérique…

Certains disent en effet que, de manière caricaturale, l’inclusion numérique concerne les personnes âgées et les pauvres. Mais dans les deux cas, ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a des préjugés sociaux énormes sur les personnes en difficulté économique. Plusieurs études ont montré que les ménages modestes étaient autant – voire plus – équipés en matériel technologique que les ménages plus aisés. Pour y arriver, beaucoup se sont endettés fortement dès le début des années 2000. Ils se disaient que s’ils ne prenaient pas un crédit sur un ordinateur, ils allaient, en gros, mettre en péril l’avenir de leurs enfants… Enfin, les jeunes seniors, eux, constituent, et de loin, la population qui a connu la plus forte augmentation en matière d’usages numériques lors de la dernière décennie. Pourquoi ? Parce que, selon certaines études, ceux qui partent en retraite et sortent d’un environnement professionnel et socialisé se convertissent à Internet pour ne pas se retrouver isolés. En parallèle, certains jeunes ont de réelles difficultés numériques.

Pourquoi ?

Pour diverses raisons. Par exemple, le fait d’exister en ligne suppose d’oser écrire en ligne, ce qui est parfois un problème. Il existe aussi beaucoup d’espaces sociaux numériques dans lesquels la difficulté principale va être la langue – sachant, en outre, qu’on vit dans un pays impitoyable avec l’orthographe. D’autres jeunes, eux, ont du mal à changer de registre en fonction de l’espace numérique (forums, réseaux sociaux, messageries instantanées, e-mails) dans lequel ils se trouvent.

Qui sont alors ceux pour qui Internet pose problème ?

Il existe plusieurs familles de difficultés. Une partie des gens pour qui Internet pose problème considèrent que ce n’est pas de leur époque, que c’est trop compliqué, qu’ils n’y arriveront jamais, qu’ils sont moins bons que les autres. Il y a, ici, une question d’estime de soi. Un autre important facteur d’exclusion numérique, c’est l’isolement tout court. Lorsque l’on n’a pas beaucoup de liens sociaux, un carnet d’adresses pauvre et peu d’échanges avec les autres, on ne sait pas à qui s’adresser pour résoudre ses difficultés sur Internet. Ce qui est intéressant, c’est que, par des biais détournés, le numérique permet de reconstituer un chemin de mise en relation avec autrui. On a par exemple constaté que sur leboncoin.fr, certaines personnes mettent en vente des objets à des prix très bas. Leur véritable objectif n’est pas de vendre, mais d’avoir une interaction physique et sociale avec l’acheteur… Une situation de grave solitude face au numérique, c’est la famille monoparentale, précaire, avec des ennuis qui saturent le temps et l’attention, et personne pour l’aider dans un environnement proche. Ici, la difficulté numérique découle d’abord et avant tout d’un problème social, que l’on soit jeune ou âgé. L’exclusion et l’adolescent isolé dans la cour de récréation sont des problèmes qui n’ont pas magiquement disparu avec le numérique.

Existe-t-il d’autres facteurs de difficulté numérique ?

Il y a le sujet de l’argent et des difficultés économiques. Pendant des années, certains pensaient que pour réduire la fracture numérique, il fallait donner des ordinateurs aux foyers les plus pauvres. Mais ce qu’on constate, c’est qu’il y a déjà du matériel chez les plus défavorisés. En revanche, le prix des abonnements Internet fixe et mobile pose problème. C’est souvent ce qui met en danger le budget des familles les plus pauvres.

Outre les abonnements, il y a encore, notamment dans certains bourgs et villages, des zones blanches où le mobile ne passe pas, et des endroits où se connecter à Internet relève du chemin de croix…

Oui, et cette situation était prévisible il y a vingt ans lorsque les États ont libéralisé le secteur des télécoms. Nous avons créé une situation où l’État n’a pas assez le bénéfice des réseaux les plus solvables dans les zones les plus densément peuplées. Cela l’empêche de réaliser correctement la péréquation dans les campagnes et banlieues moins peuplées et moins rentables, qui intéressent peu – ou pas – les opérateurs privés. Cet ancien choix politique a favorisé la concurrence et le développement numérique, mais laisse le contribuable payer la note des réseaux moins profitables…

Comment, d’après vous, faut-il s’y prendre pour mener une politique d’inclusion numérique efficace ?

Pour y arriver, il faut d’abord utiliser le numérique en articulation plutôt qu’en substitution. Le numérique constitue souvent une stratégie perdante lorsqu’il remplace purement et simplement des interactions existantes. Certaines personnes ne seront pas plus à l’aise qu’avant avec un service entièrement digitalisé parce qu’elles étaient déjà en difficulté précédemment. D’autres personnes, elles, risquent de se retrouver perdues devant un service 100 % en ligne si elles ne bénéficient pas d’aide extérieure ou de médiation pour comprendre comment il fonctionne. D’où l’importance, par exemple, de repenser les médiations sociales et leurs insuffisances au sens large, avec tous les acteurs existants (et pas seulement ceux qui seraient nativement digitaux), en y incluant les médiations numériques. En outre, étant donné que l’isolement constitue un problème majeur, il est fondamental de repenser nos cadres collectifs dans un monde traversé par le numérique. Cela peut permettre, notamment, de mieux former les aidants, les acteurs sociaux et associatifs, aux difficultés numériques – mais aussi de former les acteurs du numérique aux questions sociales.

MINIBIO

Cofondateur et directeur de la recherche de la Fondation Internet nouvelle génération (Fing), Jacques-François Marchandise travaille depuis des années sur la manière dont la société s’approprie les outils digitaux. Il a également fondé, en 1997, le cabinet de conseil en stratégies numériques Items Proposition. Jacques-François Marchandise a notamment participé à la création de plusieurs services numériques, comme celui de servicepublic.fr

Environ 800 000 emplois par an à combler

Environ 800 000 emplois par an à combler

Pas vraiment des emplois tous créés mais des emplois qui résultent de départ à la retraite et de création nette. Pas de quoi vraiment faire diminuer le chômage. C’est l’évolution démographique en faite fera diminuer le nombre de demandeurs d’emploi si la croissance se maintient autour de 1,5 %. En effet dans l’agriculture c’est toujours l’hécatombe, l’industrie n’est guère dynamique et parvient tout juste à ce maintenir il faut donc compter sur le développement des services mais dont certains subiront les effets de la numérisation et de la robotisation entre (les banques par exemple). Selon une étude réalisée par France Stratégie et la Dares (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques), 735 000 à 830 000 emplois seraient créés par an entre 2012 et 2022. Environ 80% des postes à pourvoir seront liés aux départs à la retraite. Les 20% restant étant des créations nettes d’emploi (environ 200 000). L’étude se base sur une hypothèse d’une croissance moyenne annuelle de 1,4% et un taux de chômage en fin de période de 7,9% (contre 9,7% actuellement), le nombre d’emplois créés serait de 796 700 dont 619 300 liés aux départs en retraite des baby-boomers.  A l’horizon 2022, les métiers des services et du commerce devraient continuer à se développer fortement. Avec le vieillissement de la population, de nombreuses créations d’emploi sont à prévoir dans les professions de soin (à l’exception des médecins) et des services à la personne. Les postes à pourvoir seront « particulièrement nombreux parmi les agents d’entretien, les aides à domicile, les enseignants, les aides-soignants et infirmiers, les cadres des services administratifs, comptables et financiers, les conducteurs de véhicule et les vendeurs ». A noter que le métier d’aide à domicile créerait près de 160 000 postes d’ici 2022, soit une hausse moyenne de 2,6% chaque année. Le secteur industriel se stabiliserait. Selon France Stratégie : « les pertes d’emploi seraient moins fortes que par le passé parmi les ouvriers non qualifiés de l’industrie et l’on observerait des créations pour certains métiers d’ouvriers qualifiés ».  Les créations d’emploi concerneraient les techniciens, les agents de maîtrise des industries de process et de la maintenance ainsi que les ouvriers qualifiés de la réparation automobile. Cela peut s’expliquer par les évolutions technologiques des équipements industriels et du développement de voitures toujours plus innovantes. Avec le développement continu des NTIC (Nouvelle technologie de l’Information et de la Communication) et la rationalisation des organisations du travail, les emplois de secrétaires, d’employés de banque ou d’assurances devraient diminuer. Dans l’administration publique, les professions intermédiaires (professeurs, assistantes sociales…) devraient également subir des réductions d’effectif liées aux réductions budgétaires. A contrario, le nombre de secrétaires de direction et d’employés de la comptabilité devrait rester identique. Les techniciens dans les services administratifs, comptables et financiers devraient pour leur part contribuer à 2% de créations nettes d’emplois par an. Le secteur agricole serait toujours sur le déclin. Les départs à la retraite « ne seront pas compensés à l’identique par l’installation de jeunes exploitants ou l’embauche de nouveaux salariés ». C’est le secteur qui perdrait le plus d’emploi d’ici 2022. L’étude note qu’une forte progression des emplois cadres est à prévoir. La croissance de l’emploi cadre serait quasiment deux fois plus élevée que l’ensemble des autres métiers (+1,2% chaque année contre +0,7%). Plus de 200 000 nouveaux emplois seraient créés d’ici 2020 pour les ingénieurs et cadres de l’industrie, le personnel d’études et de recherche et les ingénieurs informatiques.

 

Hollande-Gayet : « La fonction présidentielle est discréditée », (Hervé Morin). ou l’emphase pour combler l’indigence

Hollande-Gayet : « La fonction présidentielle est discréditée », (Hervé Morin). ou  l’emphase pour combler l’indigence

 

Hervé Morin  qui n’a pas écrit ‘ « Voyage au bout de la nuit » comme dirait Lucchini  s’emporte et considère que Hollande a déconsidéré la fonction de président. Il pousse un peu le bouchon l’ami Morin. Certes cette anecdote révélée est plutôt dérangeante pour Hollande mais il n’ya pas mort d’homme. Encore moins atteinte à l’intégrité de la république ; Morin confond la transparence politique avec la propreté  des slips. En fait Morin n’a jamais eu grand chose de très pertinent à dire, il n’a jamais pesé beaucoup  et utilise l’emphase pour masquer le vide de sa pensée politique. Sil fallait condamner tous les présidents de la république qui se laissent aller à quelques infidélités, alors il n’en resterait pas beaucoup. C’est même une tradition (pas seulement française).  Pour Le président du Nouveau Centre, Hervé Morin, est revenu sur la révélation par le magazine « Closer » d’une éventuelle liaison entre François Hollande et Julie Gayet. Les Français ont été nombreux à s’intéresser à la une de Closer vendredi 10 janvier. « Moi le premier », a confié Hervé Morin samedi sur RTL, avouant qu’il s’est procuré le numéro du magazine, qui révélait une supposée liaison entre François Hollande et Julie Gayet.   »François Hollande a un peu plus discrédité la fonction présidentielle, il a franchi un cap supplémentaire », a dénoncé le président du Nouveau Centre. « On n’est plus dans les années 1970″, a concédé Hervé Morin, expliquant « qu’il y a une équation à trouver entre exigence de transparence et le fait de protéger au maximum sa vie privée ». Sans doute une sorte de modèle économétrique de l’apparente vertu !




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