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« Mission Musk »: démission collective d’un tiers du personnel

« Mission  Musk »: démission collective d’un tiers du personnel

Une vingtaine de fonctionnaires américains intégrés aux effectifs pilotés par Elon Musk, missionnés pour sabrer dans les dépenses publiques et l’administration fédérale, ont présenté leur démission collective mardi 25 février dans un courrier adressé à la Maison-Blanche. Leur départ groupé représente une réduction de près d’un tiers du personnel du Doge, la désormais fameuse commission pour l’efficacité gouvernementale supervisée par le multimilliardaire devenu inséparable de Donald Trump, à laquelle le président républicain a donné corps dès le jour de son investiture, le 20 janvier.

JO: une joie collective retrouvée

JO: une joie collective  retrouvée

L’ancien ministre des transports Clément Beaune  souligne, dans une tribune au « Monde », que la coopération exceptionnelle d’élus aux sensibilités différentes, de patrons et de syndicalistes, de sportifs et d’administratifs que représente Paris 2024 constitue un travail d’équipe que peu d’Etats savent produire. 

Les Jeux sont faits, ou presque. Nous en voulons encore, et les Jeux paralympiques vont nous offrir leur lot d’exploits et de héros. Nous pouvons déjà dire que ces Jeux olympiques de Paris 2024 ont été un moment tellement français : nous avons râlé, nous avons basculé, nous avons adoré.Oui, nombre de Parisiens et de Français ont redouté ces Jeux jusqu’à la veille, des craintes abondamment relayées ou amplifiées par les médias, des experts en tout et des politiciens tirant contre leur camp : « Parisiens en cage », « folie sécuritaire », « on ne va pas être prêt sur les transports ». Avant de chavirer dans l’euphorie dès la cérémonie d’ouverture.

Nous nous sommes extasiés chaque jour un peu plus, de tout, ensemble. Tout était nul, tout est magique ; un détail révélateur m’a frappé : les sympathiques Phryges ont été l’objet de tous les sarcasmes, avant de devenir des icônes. On a fini par tout aimer dans nos Jeux ! Pour ne pas perdre la main, nous avons tout de même ajouté une pincée de polémique, sur la Cène, la scène, la Seine. A coup sûr, dès cette semaine, les mauvais esprits ressurgiront, pour s’attribuer le mérite du succès qu’ils n’avaient pas prévu ou ressusciter nos débats favoris, sur le coût, l’impact, le caractère éphémère de ce moment d’union.

Qu’est-ce que cela dit de nous et que pouvons-nous en tirer ? Nous sommes un peuple très politique. Tout est chez nous matière à débat. Et beaucoup de Français ont été bousculés, angoissés par la période de la dissolution de l’Assemblée nationale : après un stress intense, les Jeux ont été une bouée de sauvetage psychologique, un plaisir de soulagement. C’était le Prozac ou les Jeux, nous avons eu les Jeux.

Il y a plus que cela. Ce moment olympique a montré de manière presque parfaite notre état d’esprit tricolore : celui d’une fierté et d’une joie contrariées, d’une névrose auto-infligée. Le peuple français est l’un des plus pessimistes, comme le montre l’étude annuelle comparée de l’Ipsos ; nous revendiquons un bonheur privé et une tristesse collective. Sans être naïfs ou béats (il y a de la marge), cette vague de joie non réprimée révèle que nous avons, au fond, envie d’être heureux ensemble. Que nous voulons être fiers de la France. Que, même lorsque chacun ne goûte pas chaque détail d’une cérémonie, l’immense majorité des Français a envie de savourer plus que de dénigrer, d’aimer plus que de haïr, de célébrer le beau, le divers, le grandiose

Désindustrialisation : une erreur collective (Louis Gallois)

Désindustrialisation : une erreur collective (Louis Gallois)

Haut fonctionnaire, ancien patron d’Airbus et de la SNCF, passé par le public et la présidence du conseil de PSA, Louis Gallois aborde les responsabilités de la désindustrialisation fut une erreur collective d’après lui ( Dans la tribune

Les conséquences concrètes de ce qui est effectivement un drame national s’inscrivent dans le « paysage » français : chômage massif qui se résorbe lentement mais au prix d’une stagnation de la productivité, déséquilibre extérieur abyssal (la balance commerciale des produits manufacturés est en déficit de 80 milliards d’euros alors qu’elle était à l’équilibre en 2000), perte de souveraineté dont les Français ont pris conscience pendant la crise du Covid, fractures territoriales qui marginalisent des régions entières, sentiment de déclassement. Nous n’avons pas fini de payer la facture de cette négligence collective.

À compter des années 1980, l’image de l’industrie s’est brouillée, devenant synonyme de secteur gris, dépassé, polluant. Comment l’expliquez-vous ? Et pourquoi donc nos voisins allemands et italiens ont su prendre un autre chemin ?

Je pourrais tenter de rechercher des causes culturelles. Le grand salon annuel en Allemagne est la Foire de Hanovre consacrée aux machines. Le grand salon en France est celui de l’Agriculture. D’une certaine manière, la France rêve de sa ruralité perdue. La tradition industrielle est moins forte qu’en Allemagne ou dans le Nord de l’Italie, sauf dans les régions qui justement ont le plus souffert de la désindustrialisation : le Nord, l’Est, les Ardennes, les vallées des Vosges.

Les crises ont succédé aux crises : crise de la sidérurgie, du textile, des chantiers navals. J’ai eu personnellement à en traiter certaines comme directeur général de l’Industrie, au ministère de l’Industrie. En fait, on a baissé les bras. On a cru que l’intégration européenne allait nous dispenser de l’effort.

On est entré dans l’Euro en appliquant les 35 heures et en augmentant les charges sociales mais aussi les salaires ; les Allemands faisaient l’inverse avec Schröder et les lois Hartz. Il y a eu aussi cette illusion que les services remplaceraient l’industrie, que les centres de recherche se substitueraient aux usines ; les questions de compétitivité ont disparu des agendas.

Les Français ont pris conscience de l’ampleur du drame. Le rapport que j’ai rendu fin 2012 sur la compétitivité a coïncidé avec cette prise de conscience. Elle était indispensable pour que les politiques se saisissent vraiment du sujet et s’engagent dans une politique de l’offre, non par idéologie mais parce que c’était l’offre qui était en souffrance. François Hollande en a payé le prix avec les frondeurs. Ceux-ci ont vigoureusement contesté son choix qui était effectivement en rupture avec la préférence traditionnelle de la Gauche pour le soutien keynésien de la demande.

Emmanuel Macron a poursuivi et amplifié ce mouvement. Celui-ci sera durable si les Français ont le sentiment que cette politique réussit. Certains signes sont positifs : emplois industriels en croissance, plus de sites industriels qui ouvrent que de sites qui ferment, succès industriels dans certains territoires dynamiques. Or, l’industrie française continue à perdre des parts de marché par rapport aux autres pays européens, ce qui montre que rien n’est acquis et qu’il reste beaucoup à faire !

La réindustrialisation doit devenir une priorité nationale, reconnue comme telle par les Français. Cela veut dire qu’elle doit faire l’objet d’un débat démocratique conclu devant le Parlement. La planification de l’effort public peut en être l’occasion. La recherche et l’innovation, les compétences, l’énergie, la santé… autant de thèmes sur lesquels les acteurs économiques, les syndicats et l’opinion publique ont besoin de connaître les ambitions et les perspectives de l’action de l’État.
Mais il faut aussi construire le récit de la réindustrialisation : pourquoi réindustrialiser ? Comment cela ouvre-t-il à des métiers passionnants ? Comment cela participe-t-il à la souveraineté nationale et à la transition énergétique et écologique ? Redonner à notre pays des marges de manœuvre vis-à-vis de l’extérieur, créer des richesses durables, retrouver la valeur du « faire » et du « savoir-faire », fabriquer les outils de la décarbonation, saisir les opportunités ouvertes dans le recyclage, les plastiques biodégradables, les matériaux isolants, les systèmes énergétiques décarbonés ; inventer la croissance verte plutôt que d’aller vers une décroissance mortifère. Si, grâce à ce récit, nous donnons aux jeunes l’envie d’aller vers l’industrie, nous aurons fait une grande partie du chemin de la reconquête industrielle.

Parlons de l’avenir pour finir… Quelles devraient être les grandes caractéristiques de l’industrie du futur ?

L’industrie de demain, quels qu’en soient les secteurs, ne sera pas celle d’hier. Elle aura au moins quatre caractéristiques. Elle sera d’abord technologique, d’une part parce que les coûts des pays industrialisés les conduisent vers des activités à forte valeur ajoutée, d’autre part parce que la grande bataille entre les trois blocs – Chine, États-Unis, Europe – va être technologique et que nous ne pouvons pas, à notre mesure, en être absents. Cela suppose de relever notre effort de recherche massivement. Il se situe à 2,2 % du PIB, contre 3,1 en Allemagne avec un objectif de 3,5 et 4,5 en Corée. Il y a un vrai risque de déclassement si nous n’allons pas rapidement vers 3 % au moins, soit 20 milliards de plus par an.

Deuxième caractéristique : l’industrie de demain sera numérisée. C’est une évidence mais pas encore une réalité dans notre tissu de PME qui hésite souvent à s’engager dans le « tout numérique ». La France est un des pays d’Europe où la 5G pénètre le plus lentement alors qu’elle est nécessaire pour le dialogue des machines dans les ateliers.

Troisièmement, l’industrie sera écoresponsable. Cela a deux conséquences : les process industriels devront être décarbonés. Cela va coûter très cher et la rentabilité des investissements de décarbonation sera au mieux différée. Il va donc falloir des aides publiques importantes. Les États-Unis ont mis en place un plan d’aide de plus de 400 milliards de dollars pour la décarbonation de l’industrie (l’IRA). Chaque pays européen fait ses efforts à la mesure de ses moyens. Un grand programme européen, fondé sur la capacité d’endettement de l’Europe, serait la bonne réponse à l’IRA. Mais la transition écologique ouvre aussi des opportunités nouvelles. J’en citais plusieurs il y a quelques instants. Il va falloir les saisir pour que ces nouveaux produits soient fabriqués en France et en Europe. Le précédent des panneaux solaires désormais fabriqués à 90 % en Chine doit nous inciter à la vigilance… et à l’action !

Enfin, l’industrie sera électrique, c’est la conséquence de la décarbonation des process. L’industrie aura besoin d’une électricité décarbonée, abondante, prévisible et compétitive. Cela veut dire que le nucléaire devra rester la base de notre système de production électrique et continuer à représenter de l’ordre de 70 % de l’électricité produite. Les errements de la politique énergétique du passé font que notre production d’électricité décarbonée ne retrouvera son équilibre qu’au-delà de 2035-2040 quand les nouveaux réacteurs qui doivent être lancés, je l’espère le plus rapidement possible, délivreront leur production. D’ici là, nous allons vivre avec des solutions provisoires où le gaz et les importations joueront leur rôle alors que la disponibilité d’une électricité à un prix acceptable et prévisible est une condition essentielle de la réindustrialisation.

Pour une réponse collective face aux cyber menaces

Une réponse collective face aux cyber menaces

 

La dématérialisation de l’information  pénètre de plus en plus l’économie et la société mais en même temps la fragilise grandement Alors que la valeur des entreprises est de plus en plus immatérielle, de nombreuses organisations cherchent à la capter ou à la détruire. Face à cela, la prévention seule ne suffit pas. Il était urgent pour les acteurs économiques de se coordonner et de contre-attaquer. En cela l’inauguration, ce mardi, du Campus Cyber, près de Paris, est une bonne nouvelle estime David Lacombled , président de la Villa numéris ( dans l’Opinion)

Selon le Baromètre Anozr Way paru en janvier, le nombre d’attaques dans le monde double d’année en année. Les pays les plus riches sont les plus exposés. Les Etats-Unis ont concentré la moitié des attaques au monde en 2021 suivis de l’Europe pour un quart. En France, tous les deux jours, une entreprise se fait racketter selon une technique dite de l’hameçonnage (ransomware) lui réclamant une forte rançon pour lever (prétendument) la menace de divulguer ses données ou d’engorger jusqu’à étouffement son système d’information.

Payer ne suffit pas, loin s’en faut, à retrouver l’intégrité de son système. Les entreprises ne communiquent pas sur ce sujet au risque d’attester d’une certaine faiblesse de leurs investissements et leurs processus pour se protéger. Au-delà, l’étude montre des effets de contagions provoquant des dégâts de proche en proche : « une entreprise attaquée en met 150 autres en danger à cause des attaques par rebond». Ainsi, «13% des entreprises victimes de ransomware en France en 2021 sont des entités partenaires ou clientes d’une première victime. Chaque entreprise victime expose en moyenne les données personnelles de 5500 personnes (collaborateurs, clients, patients). »

Talon d’Achille numérique. Les soubresauts géostratégiques, les menaces de guerre en Ukraine, les perspectives électorales et une sortie de crise sanitaire qui n’en finit pas sont autant de facteurs exogènes servant de prétexte à des organisations criminelles pour passer à l’attaque. Des salariés à distance, en télétravail, pour peu qu’ils ne soient pas suffisamment formés aux risques, offrent parfois des possibilités d’entrée dans les systèmes d’information comme on parlerait de voie d’eau dans un sous-marin. Les vulnérabilités humaines constituent autant de portes grandes ouvertes à l’extérieur. Un lien cliqué par mégarde dans un e-mail d’apparence sibylline peut avoir des conséquences désastreuses. Il en va de même pour les personnes trop bavardes sur les réseaux sociaux qui attirent ainsi l’attention. Les attaques sont d’autant plus dommageables que de longs mois peuvent s’écouler avant qu’elles ne puissent être détectées, trop tardivement, pour organiser une riposte adaptée. Par ailleurs, si l’extraction et l’exploitation des données permettent aux entreprises de développer une connaissance intime et de plus en plus prédictive de leurs consommateurs, ces mêmes données en disent également beaucoup de ces entreprises aux pirates pour en dresser la carte des points névralgiques.

Les dommages et les pertes sont difficilement mesurables. Certaines entreprises victimes perdent jusqu’à 25% de leur chiffre d’affaires. Si les attaques contre les institutions publiques, aux systèmes informatiques plus fragiles mais aux caisses vides, telles des hôpitaux, permettent de frapper les esprits, ce sont les PME les plus exposées aux risques car les grandes entreprises sont elles-mêmes mieux équipées pour y parer.

Naturellement, la menace cyber ne se limite pas au seul hameçonnage. Les techniques sont variées et massives. Face à l’insécurité grandissante, il était urgent d’apporter une réponse collective et coordonnée. En cela, la réunion d’un écosystème, regroupant acteurs privés et publics, dans un même lieu permettant de l’incarner, le Campus Cyber, porte la promesse d’une intelligence accrue, d’une mutualisation de connaissances et de ressources pour se défendre à bon niveau. Son succès dépendra, comme PariSanté Campus inauguré il y a quelques semaines, d’une alchimie savante à initier et à faire vivre entre les entreprises, jeunes pousses comme grands groupes, les ministères publics et les acteurs académiques. Sans doute demain des organisations représentatives de collectivités territoriales pourront-elles également apporter leurs connaissances fines du maillage économique.

La France peut ainsi affirmer sa volonté de se défendre et d’exposer ses savoir-faire là où d’autres nations l’avaient devancée. Ainsi, en moins de huit ans, Israël, avec le regroupement de ses entreprises dans un Cyber Park, est devenu le deuxième acteur mondial de la cybersécurité, derrière les Etats-Unis qui concentrent leurs talents à New York. Avec Skolkovo, la Russie dispose elle aussi de son propre centre de recherche. Même dans des guerres cybernétiques, il importe d’afficher le nombre de ses divisions, de ses troupes et de son artillerie.

David Lacombled est président de la Villa numéris.

Covid-19: vers immunité collective d’ici un mois ?

Covid : vers immunité collective d’ici un mois ?

 

 

Il est clair que les contaminations ne sont désormais plus sous contrôle. On espère maintenant du côté du gouvernement aussi des experts que cette extraordinaire propagation va permettre d’atteindre une certaine immunité collective. 20 millions de Français auraient déjà été contaminés au cours de ces deux années passées. Il faut ajouter 15 millions de Français contaminés depuis le 1er janvier 2022. Au total, au moins la moitié de la population a été contaminée et même bien davantage si on tient compte des cas réels non d’identifiés. D’ici un mois environ toute la population française pourrait avoir été touchée par le virus. Le nombre de contaminations quotidiennes continue son incroyable progression et dépasse désormais les 360.000 (calculé sur une moyenne de sept jours glissants). Le niveau d’hospitalisations atteint celui d’avril 2021 et alors que les admissions quotidiennes en réanimation diminuaient, elles marquent maintenant un plateau élevé, avec environ 290 patients pris en charge dans ces services chaque jour. «Nous sommes à des niveaux de circulation jamais mesurés pour aucun virus», note Bruno Canard, virologue à l’université Aix-Marseille et directeur de recherche CNRS.

Sauver la démocratie avec l’intelligence collective ?

Sauver la démocratie avec l’intelligence collective ?

Pour changer les institutions politiques et raviver le processus démocratique, pourquoi ne pas miser sur la participation citoyenne et l’intelligence collective ? Estime Alexis Jeffredo, Université de Lorraine

 

Un article intéressant dans ses intentions mais qui fait d’abord l’impasse sur l’intermédiation des organisations existantes et qui oublie que les différentes expériences évoquées ont toutes échouées du fait du noyautage par l’extrême-gauche.

En avril 2016, en réaction à la « loi Travail », nous assistions à l’émergence du mouvement autogéré « Nuit debout », une initiative citoyenne prenant la forme de manifestations sur des places publiques avec pour but de faire émerger une convergence des luttes.

Dans la continuité, émerge en octobre 2018 le mouvement social des « gilets jaunes », en réaction à « des régimes politiques vieillissants et à la montée des inégalités », et dont l’une des revendications principales portait sur la mise en place du référendum d’initiative citoyenne (RIC).

Ces mouvements ont participé par leur ampleur à un éveil des consciences, aussi bien citoyennes que politiques, sur la nécessité d’inclure plus efficacement les Français dans les processus de décision du gouvernement.

Entre ces deux évènements, l’élection présidentielle de 2017 a atteint un taux d’abstention record (25,3 % au second tour) qui n’avait pas été observé depuis l’élection de 1969 (31,1 % au second tour). Plus récemment, le taux d’abstention aux élections régionales (juin 2021) a atteint le niveau record de 65,7 %, contre 41,59 % en 2015.

Cette augmentation constante du taux d’abstention est le résultat d’une défiance des citoyens envers la politique et non seulement d’un désintérêt pour la chose : 90 % des abstentionnistes-répondants considèrent ce phénomène comme le résultat d’une « rupture entre les citoyens et la vie politique » ; 84 % y voient un signal d’alarme ; 65 % considèrent que cette abstention constitue quelque chose « d’inquiétant pour notre démocratie ».

Ces évènements politiques et sociaux sont les conséquences directes des limites d’un système politique usé et démontrent un besoin fondamental de se recentrer sur des démarches d’intelligence collective pour ré-ouvrir un espace commun de réflexion et d’échange, avec pour finalité concrète la formalisation de nouvelles directives politiques et institutionnelles. En réponse à ces évènements, le gouvernement a mis en place des démarches jusque-là inédites en France : le « grand débat national », lancé par le président de la République (15 janvier – 15 mars 2019), et la « convention citoyenne pour le climat » (octobre 2019 – juin 2020).

Le grand débat national (GDN)

Le GDN a rassemblé 645 000 personnes pour près de deux millions de contributions et mobilisé plus de 10 000 réunions locales. Même si ces chiffres sont encourageants, il s’avère que le taux de participation est directement lié à la situation socio-professionnelle des citoyens, avec un bien plus grand taux de participation chez les populations aisées, si bien que le débat est « filtré sociologiquement ».

De plus, parmi 645 000 personnes, seules 475 000 ont réellement contribué au grand débat, soit 0,7 % de la population française, avec une absence remarquée des 16-24 ans. Plus important encore, la plupart des contributions (71,5 %) sont des réponses à des questions à choix multiples, le GDN prenant ainsi davantage la forme d’un sondage que d’un espace d’échange, de réflexion et d’innovation.

Le GDN concernait 4 thèmes : transition écologique, fiscalité, démocratie et citoyenneté, organisation de l’état et des services publics. Seulement, ces thèmes ont été fixés en amont du débat par le gouvernement et sans consultation des citoyens, limitant ainsi le champ des propositions possibles. De fait, certains thèmes essentiels pour les citoyens demeurent de grands absents du GDN, comme l’emploi, l’éducation ou la santé. Finalement, seuls 8 % des participants au grand débat se disent satisfaits des thèmes choisis.

Enfin, le GDN place les citoyens dans une position de consultants extérieurs et en aucun cas de décisionnaires : 650 pages de synthèses viennent clarifier les préoccupations et les avis des Français, mais aucun système légal ne vient garantir la mise en place des solutions qui y sont évoquées. Le gouvernement a, à plusieurs reprises, précisé « qu’il ne s’agissait que d’un échantillon qualitatif de l’opinion publique, et non d’une série de votes ».

Les points les plus populaires formulés dans le GDN n’ont ainsi pas aboutis : réduction du nombre de parlementaires (86 %), prise en compte du vote blanc (69 %), adoption du référendum d’initiative citoyenne (à l’origine du grand débat, et pourtant absente des propositions formulées par le gouvernement). Même si certaines mesures ont étés adoptées par le gouvernement depuis, notamment concernant le pouvoir d’achat, la plupart des points abordés par le président de la République après le GDN sont encore en discussion : réduction du nombre de parlementaires, suppression de niches fiscales, réduction de la part de l’énergie nucléaire, interdiction du glyphosate, réforme des retraites…

La convention citoyenne pour le climat

La C3 est une des mesures annoncées des suites du GDN, elle regroupe 150 citoyens tirés au sort parmi la population française, avec pour but de proposer des mesures structurantes afin assurer une transition écologique efficace d’ici 2030. Après sept sessions de travail (octobre 2019 – juin 2020), ont émergé 149 propositions sur 6 axes thématiques : le déplacement, la consommation, le logement, le travail, l’alimentation et la constitution.

Lors du dernier rassemblement de la C3 (26-28 février 2021), les membres ont évalué les réponses apportées par le gouvernement à leurs propositions : sur les 98 votants, 38 ont jugé les décisions du gouvernement très insatisfaisantes, 33 insatisfaisantes, 14 passables, 2 satisfaisantes et 5 très satisfaisantes, avec pour finalité une note générale de 3,3/10 concernant la possibilité que les décisions du gouvernement permettent d’atteindre l’objectif fixé à la création de la convention. Le président de la République annonçait une retranscription sans filtres des productions de la C3, mais dans les faits 90 % des propositions n’ont pas été retenues par l’exécutif, soit 134 mesures sur les 149 présentées. Dans le détail, 53 % des propositions sont rejetées (79 propositions), 37 % sont modifiées ou selon les participants « édulcorées » (55 propositions), alors que seulement 10 % sont reprises sans modification (15 propositions).

Les propositions retenues par le gouvernement sont essentiellement cosmétiques : créer des parkings relais ; des vignettes vertes pour les véhicules les moins émetteurs ; taxer davantage le carburant pour l’aviation de loisirs ; généraliser l’éducation à l’environnement dans le modèle scolaire… Parmi les 15 propositions retenues, trois seulement se distinguent : le changement des chaudières au fioul et à charbon d’ici 2030 dans les bâtiments neufs et rénovés ; la réduction de la consommation d’énergie des bâtiments du secteur tertiaires et des espaces publics ; l’interdiction de toute artificialisation des terres si des réhabilitations sont possibles. Cette sélection du gouvernement est à l’origine de l’insatisfaction des membres de la C3, qui la juge non représentative du travail de fond réalisé en réunion, et qui dénoncent un « manque d’ambition du gouvernement », un projet « vidé de sa substance, édulcoré ».

L’intelligence collective comme outil de la vie politique

Même si les démarches présentées jusqu’ici sont inédites en France, elles ne le sont pas pour autant dans le monde : cette méthode de travail, dite d’approvisionnement par les foules (« crowdsourcing »), remporte déjà de nombreux succès dans la recherche scientifique, donnant lieu à ce que l’on nomme « les forums du Web 2.0 », des espaces numériques dans lesquels des milliers de personnes pronostiquent chaque jour les événements et solutions de demain, notamment dans le cadre de l’écologie (EvidenceHubEnergyUse, EcoForum).

 

L’intelligence collective peut être définie comme « une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences ». Son étude a mené à des conclusions encourageantes : il est déjà reconnu que dans des conditions optimales, les groupes de non-experts peuvent être plus efficaces qu’un expert isolé, un phénomène dû à la capacité des groupes à faire preuve d’une correction mutuelle des biais individuels.

Ces groupes s’avèrent d’autant plus efficaces lorsque leurs membres démontrent de la diversité dans leurs modes de vie et de pensée, qu’ils mettent à profit un leadership dynamique et participatif, dans lequel les membres s’ajustent mutuellement sur leurs rôles en fonction des besoins du groupe, et font preuves d’une riche intelligence émotionnelle, soit la capacité d’un individu à identifier et préserver les états émotionnels d’autrui.

Ces éléments ne sont pas systématiquement valorisés dans la vie politique, alors qu’ils sont le fondement même du processus d’intelligence collective.

 

Nous assistons à un changement aussi bien de fond que de forme dans les manifestations publiques : longtemps considérées comme des lieux de contestation, les manifestations se tournent désormais davantage vers une démarche solutionniste, formalisant et proposant des alternatives concrètes pour répondre aux enjeux actuels, aménageant ainsi un espace fertile pour l’essor d’intelligence collective. Le GDN et la C3 ont émergé pour répondre à cette évolution, qui s’incarne notamment au travers d’une demande citoyenne : celle de prendre part activement aux processus décisionnels.

L’une des expressions les plus représentatives de ce besoin se trouve à l’origine même du débat : la mise en place du référendum d’initiative citoyenne (RIC), qui permettrait aux citoyens d’être à l’initiative de projets de loi. De tels manœuvres sont des illustrations de ce besoin d’adopter des démarches d’intelligence collective pour co-construire les politiques publiques de demain. Il existe actuellement 8 formes potentielles de RIC, chacune de ses formes renvoyant à une dimension particulière de la vie politique et donc à une demande spécifique, assurant ainsi leur complémentarité.

Le collectif « Démocratie ouverte » proposait en 2018 un RIC amélioré, rebaptisé dans ce contexte RIC2 pour « Référendum d’Initiative citoyenne et d’intelligence collective », qui s’articule autour de quatre étapes : l’initiative citoyenne, un débat public structuré, un jury citoyen tiré au sort et la mise en place du référendum par un vote majoritaire.

Plusieurs dispositifs privilégiés par le gouvernement français ressemblent au RIC, notamment le référendum d’initiative partagé, consultatif ou d’initiative présidentielle. Seulement, ces propositions rejettent l’aspect le plus fondamental d’une telle démarche :

« Les initiatives citoyennes sans référendums, ainsi que les référendums sans initiative citoyenne ne fournissent pas réellement la possibilité pour les citoyens de produire directement la loi. »


La question de l’initiative citoyenne est essentielle car au fondement de notre démocratie et de notre conscience politique : nous évoluons en France dans une démocratie représentative, un modèle régulièrement contesté pour ses nombreuses limites.

C’est actuellement au rôle de consultants extérieurs que sont limités les citoyens au travers des actions collectives comme le GDN ou la C3. En l’état, le pari de l’intelligence collective n’est fait que dans un sens : la participation des citoyens est réelle, mais elle se fait sans le soutien des décideurs, limitant ainsi toutes possibilités d’entrer dans une démarche d’intelligence collective réelle et durable.

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Par Alexis Jeffredo, Doctorant en psychologie sociale et cognitive, Université de Lorraine

L’auteur de cet article est doctorant au laboratoire InterPsy de l’Université de Lorraine. Il réalise une thèse (« L’intelligence collective des groupes en situation de résolution de problèmes ») sous la direction de Martine Batt, Professeur à l’Université de Lorraine, et Emile Servan-Schreiber, Dr. en psychologie cognitive au Massachusetts Institute of Technology (MIT).

Vaccination : une immunité collective illusoire (OMS)

Vaccination : une immunité collective illusoire (OMS)

Le directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Europe Hans Kluge s’est montré plus pessimiste vendredi sur la capacité d’un taux élevé de vaccination à stopper à lui seul la pandémie, du fait des variants qui ont réduit la perspective d’une immunité collective. Selon des épidémiologistes, il semble désormais illusoire d’atteindre l’immunité collective uniquement grâce aux vaccins, mais ceux-ci restent tout de même cruciaux pour circonscrire la pandémie.

Afghanistan : lâcheté collective

Afghanistan :  lâcheté collective 

. Pour Aurélien Pradié, député LR du Lot et président du groupe d’amitié France-Afghanistan à l’Assemblée nationale, cette offensive est « un échec collectif » pour les pays occidentaux, ( sur Europe 1.)
Des scènes de chaos qui font frémir la planète. Lundi, l’Afghanistan était aux mains des talibans après la prise de Kaboul, la capitale du pays, et la fuite à l’étranger du président, Ashraf Ghani. Vingt ans après avoir été chassés du pouvoir par une coalition menée par les États-Unis, les talibans contrôlent de nouveau le pays. Pour le député Les Républicains de la première circonscription du Lot, Aurélien Pradié, cette prise de pouvoir traduit « un échec cuisant pour les forces occidentales », explique-t-il sur Europe 1.

Une impuissance étrangère 

« Il y a une forme de lâcheté collective et d’impuissance », poursuit le parlementaire, déplorant l’inaction des forces occidentales ces dernières semaines. « Ce qui se passe en Afghanistan aujourd’hui dit beaucoup de ce que la puissance occidentale est devenue depuis quelques décennies : une grande faiblesse. Nous ne savons plus aujourd’hui accompagner vers la liberté des pays. » Les talibans ont lancé une offensive en mai, à la faveur du début du retrait des troupes étrangères. En dix jours, le mouvement islamiste radical a repris le contrôle de presque tout le pays, faisant tomber les capitales provinciales les unes après les autres avant de conquérir Kaboul.

 Cette défaite signe aussi la débâcle des autorités afghanes et des forces de sécurité, pourtant financées par les États-Unis durant des années, qui n’ont pas pu faire face à l’offensive. « Je ne suis pas sûr que les autorités afghanes, depuis plusieurs mois, étaient parfaitement à la hauteur de la situation, mais de la même manière, les autorités américaines ne l’ont pas été », constate le député du Lot. « Et les grandes nations du monde, la France également ne l’a pas été non plus. »

Une menace sécuritaire 

Sur place, les Afghans craignent le retour du régime en place de 1996 à 2001, où les talibans imposaient une version ultra-rigoriste de la loi islamique. Au cours de cette offensive, les talibans ont pourtant promis que personne n’aurait rien à craindre d’eux ou encore que les jeunes filles pourraient retourner à l’école. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le mollah Abdul Ghani Baradar, co-fondateur des talibans, a appelé ses troupes à la discipline. « A présent, c’est le moment d’évaluer et de prouver, à présent nous devons montrer que nous pouvons servir notre nation et assurer la sécurité et le confort dans la vie », a-t-il affirmé.

Pour Aurélien Pradié, ces déclarations ne sont que des faux-semblants. « Les talibans n’ont pas changé », lance-t-il avec force. « Ce sont les mêmes terroristes qu’il y a quelques années. » Et derrière « l’exigence morale » de soutenir la liberté dans le monde, Aurélien Pradié voit dans cette invasion dramatique une nouvelle menace sécuritaire. « Mesurez bien que lorsque les talibans maîtriseront toutes les clés d’un État, y compris les moyens financiers, alors ils pourront encore mieux organiser directement ou indirectement la formation des actions terroristes », assure le député. 

Un accueil pour les défenseurs de liberté

La France s’apprête d’ici lundi soir à évacuer ses derniers ressortissants d’Afghanistan, tandis qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer à 20 heures pour détailler sa stratégie face à cette crise internationale. D’autres puissance occidentales ont également lancé des opérations d’évacuation. Sur place, les locaux s’inquiètent de ne pouvoir trouver refuge dans d’autres pays. Plusieurs appels se multiplient pour accueillir la population en fuite. « Je fais partie de ceux qui considèrent que notre devoir est d’accueillir toutes celles et ceux qui ont contribué à faire vivre la liberté en Afghanistan et qui sont en danger face aux talibans », assure Aurélien Pradié. « Ce n’est pas le moment pour la France de jouer les petits comptables. »

COVID-19: L’IMMUNITÉ COLLECTIVE IMPOSSIBLE EN 2021

COVID-19: L’IMMUNITÉ COLLECTIVE IMPOSSIBLE EN 2021

Compte tenu de l’arrivée de nouveaux variants, l’ immunité collectives visée par les experts sera sans doute impossible à atteindre la fin de l’année en France. Fixé à 60% à la fin 2020, ce taux a grimpé jusqu’à 80% pour être de nouveau relevé à 90% ces dernières semaines.

Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui évoquait début août la possibilité d’atteindre ces fameux 90% d’ici le début de l’automne, ne cache d’ailleurs plus ses doutes quant à notre capacité d’atteindre ce cap:

« La vision que l’on peut avoir de l’immunité de groupe aujourd’hui n’est malheureusement pas celle d’il y a dix-huit ou même six mois » a estimé le « Monsieur Vaccin » du gouvernement dans les colonnes du Journal du dimanche.

« Climat : une responsabilité collective » (Dominique Lefebvre, Crédit Agricole)

« Climat : une responsabilité collective » (Dominique Lefebvre, Crédit Agricole)

Dominique Lefebvre, président du conseil d’administration de Crédit Agricole SA, structure faitière cotée du groupe mutualiste, tire les premiers enseignements de la crise sanitaire sur sa politique sociale et environnementale et souligne les nouveaux enjeux, notamment sur la biodiversité.

LA TRIBUNE – Pensez-vous que la crise sanitaire va changer votre façon d’exercer le métier de banquier ?

 DOMINIQUE LEFEBVRE - Cette crise dure déjà depuis longtemps et nous avons donc moins de chance de retomber sur les traces que nous avions laissé avant la pandémie. Je ne parle pas uniquement du télétravail, mais bien d’un impact sur l’ensemble de l’organisation et des relations au sein du groupe. Autre point fondamental, l’importance de l’humain dans la relation client, surtout dans des situations imprévues. Cela renforce notre conviction que l’humain ajoute beaucoup à tout ce que le digital peut apporter. Enfin, cette crise a mis en lumière la responsabilité collective de notre société. C’est bien sûr plus difficile à appréhender et cela suscite de nombreux débats. Ce qui est certain, c’est que cette crise a permis une prise de conscience très forte sur les enjeux climatiques et sur la société dans laquelle nous voulons vivre. En cela, il y aura bien un « avant » et un « après » Covid.

Cette crise va-t-elle influer sur votre plan climat, que vous avez présenté en juin 2019 ?

Le changer, non. Mais l’accélérer, certainement. Désormais, ce sont nos clients qui nous le demandent, et plus seulement les ONG en assemblée générale. Nous avons également une forte attente de nos salariés, notamment les plus jeunes qui manifestent de nouvelles exigences pour l’entreprise dans laquelle ils souhaitent travailler. C’est un terrain complètement nouveau. C’est l’affaire de tous ! C’est très stimulant que tout le monde s’interroge sur cette responsabilité collective.

Vous comptez aller plus vite sur votre calendrier de sortie de la filière charbon ?

Il ne faut pas nous faire le procès que nous n’allons pas assez vite sur le charbon. La réalité est que le Crédit Agricole est le reflet de l’économie du pays. Notre responsabilité est certes d’agir, soit par les financements, soit par les investissements, et peut être plus encore par le dialogue avec nos clients, mais la responsabilité incombe à toute la société. Et si nous avons une économie qui continue d’être sur une trajectoire d’une augmentation de quatre degrés de la température moyenne, il sera difficile pour nous de s’y extraire. Nous sommes bien tous dans une dynamique collective.

Cette pandémie a-t-elle remis sur le devant de la scène la question de la biodiversité ?

Le GIEC attribue une responsabilité importante du changement climatique sur la dégradation de la biodiversité. Les deux sujets sont donc étroitement liés. En tant qu’agriculteur, j’ai pu assister à l’effondrement de la biodiversité ces vingt dernières années, avec la baisse du nombre d’oiseaux et d’insectes, et des changements d’espèces. Or, les agriculteurs ont besoin de la biodiversité, qui est notre meilleure alliée pour nos exploitations, notamment pour réguler les ravageurs. La biodiversité reste cependant un sujet mal maîtrisé. Nous avons lancé une étude en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle pour mieux qualifier les ressorts de la biodiversité dans les espaces ruraux. Après près d’un siècle d’amélioration des cultures, nous avons toujours énormément de retards à combler sur cette question de la biodiversité.

Quel rôle doit avoir le Crédit Agricole pour accompagner le secteur agricole dans sa transition énergétique ?

Nous pouvons inciter nos clients à mieux prendre en compte la nouvelle demande sociétale qui est désormais adressée à l’agriculture. Le secteur est clairement à un nouveau tournant. Il a réussi à nourrir la population, puis à exporter. Aujourd’hui, la société a de nouvelles exigences : certains veulent des produits bio, beaucoup souhaitent des produits locaux et tous aspirent à des produits de qualité à des prix compétitifs. Ce qui renvoie au débat sur l’alimentation des plus modestes, qui représente toujours le principal défi de l’agriculture française. C’est forcément un long processus et le Crédit Agricole doit accompagner sur la durée les exploitations pour leur permettre de se développer dans un environnement et un marché qui n’existaient pas il y a 20 ans. Nous mettons ainsi en place toute une batterie d’outils, de diagnostics et de financements spécifiques. Mais nous ne souhaitons pas pour autant nous inscrire dans une attitude péremptoire et dans l’exclusion. Nous finançons les projets de méthanisation mais sous la condition qu’ils soient acceptés par les autorités locales et le voisinage.

Pourquoi, selon vous, le secteur bancaire est relativement mal noté par les agences de notation sociale ?

Les banques financent l’économie et l’économie n’est pas encore décarbonée. Peut-être aussi existe-t-il un déficit d’explications vis-à-vis des agences de notation sociale. Dans le cas du Crédit Agricole, qui est un groupe mutualiste, présidé par un agriculteur, nous avons une gouvernance qui intègre les acteurs de la société dans nos structures de décisions. Ce sont ces ressorts internes, presque intimes, qui nous permettent d’être des témoins en prise directe avec ce qui se passe sur le terrain, et ce au plus haut niveau du Crédit Agricole. Mais la spécificité mutualiste n’est pas encore réellement perçue en France, et encore moins en Europe, comme une véritable implication dans la gouvernance.

Le Crédit Agricole s’est doté en 2019 d’une « raison d’être ». Comptez-vous adopter le statut d’entreprise à mission prévue par la loi Pacte ?

Cette question n’a pas été abordée en interne. A titre personnel, je m’interroge sur ce statut qui ne doit pas nous entraîner au-delà de ce que nous souhaitons faire, ni laisser au second plan les autres critères de performances. Si nous arrivons à faire vivre notre raison d’être qui est d’agir chaque jour dans l’intérêt de nos clients et de la société, ce sera déjà une grande réussite.

La filiale bancaire LCL vient d’annoncer un plan de réduction du nombre de ses agences bancaires. Quelle est la stratégie dans ce domaine du Crédit Agricole ?

Tout le monde est persuadé qu’il existe un lien entre le coût d’exploitation et la taille du réseau d’agences. Ce n’est pas complètement faux mais ce n’est pas surtout complètement vrai ! Nous en faisons la démonstration depuis plus de 20 an avec un coefficient d’exploitation parmi les plus bas du marché et un réseau parmi les plus denses en France. Ce qui ne nous empêche pas d’adapter en permanence notre dispositif aux attentes. Mais l’important n’est pas tant le nombre d’agence que le nombre de conseillers que nous mettons en face de nos clients. Quitte à les regrouper dans des agences de taille plus importante car il devient de plus en plus difficile, compte tenu d’une offre de services de plus en plus étendue, de maintenir des petites agences de 2 ou 3 collaborateurs.

Le Crédit Agricole trouve-t-il toujours un intérêt à avoir une structure cotée alors que les banques sont désormais valorisées bien en dessous de leur actif net ?

L’exigence en capitaux des établissements de crédit est effectivement adverse à leur valorisation en Bourse. Cela étant dit, la cotation offre toujours, à nos yeux, plusieurs avantages. Elle nous laisse tout d’abord la possibilité de faire appel au marché, notamment pour des opérations de croissance externe. C’est ainsi que nous avons pu acheter le Crédit Lyonnais. Ensuite, la cotation nous permet de nous « challenger » en permanence au marché et nous oblige, même si l’exercice peut paraître très contraignant, à expliquer et à défendre notre stratégie. Enfin, dans notre modèle, la structure cotée Crédit Agricole SA, n’a pas besoin d’être « alourdie » en capitaux car l’essentiel du capital excédentaire du groupe se situe au niveau des Caisses régionales. Les actionnaires de Crédit Agricole SA n’achètent pas du capital mais bien de la rentabilité.

Climat : une responsabilité collective

Climat : une responsabilité collective

Le juriste Kamel Ajji propose, dans une tribune au « Monde », que la France se dote d’une « armée de la Terre », sur le modèle de la force citoyenne consacrée à la protection de l’environnement, créée aux Etats-Unis par un décret de Joe Biden.Tribune. Le président Joe Biden vient de signer plusieurs décrets relatifs à la lutte contre le changement climatique. Le texte reconnaît la crise climatique comme un élément essentiel de la diplomatie et de la sécurité nationale. Surtout, il prévoit la création d’une force citoyenne consacrée à la protection de l’environnement (Civilian Climate Corps Initiative). Si les contours de ce projet demeurent encore inconnus, l’idée en elle-même devrait inspirer la France et l’Europe.

L’analogie entre la lutte contre le dérèglement climatique et l’armée a une valeur pédagogique et symbolique. Historiquement, les sociétés humaines se sont rassemblées, équipées et ont constitué des armées pour faire face aux menaces extérieures. De la même manière, le dérèglement climatique menace les populations et nous met collectivement en demeure d’agir. Il est donc temps de s’organiser pour parer la menace en créant une armée de la Terre.

 

La comparaison avec l’armée est bien sûr relative. Il ne s’agit pas ici de combattre d’autres nations ou de développer de nouvelles armes mais bien d’intervenir comme une force de préservation de l’environnement. Cette tâche immense requiert une organisation et une planification qui ne trouve que deux équivalents : l’armée et l’administration. Seule une combinaison des atouts de ces deux institutions nous permet de faire face aux défis qui nous attendent.

Nous disposons d’une arme redoutable pour assurer le succès d’une telle initiative : l’enthousiasme et la détermination sans précédent de la jeunesse. Ses appels répétés à l’action des gouvernants peuvent enfin trouver une réponse concrète de nature à engager la société et lui permettre de contribuer activement à la mission du XXIe siècle. En quoi consiste concrètement cette force publique ? La Civilian Climate Corps Initiative doit permettre aux jeunes de s’engager dans les secteurs de la préservation de la biodiversité, de la reforestation, de la protection des eaux et des sols.

 

La France, puissance administrative, peut s’inspirer de ce modèle et aller plus loin. Certes, le service civique offre d’ores et déjà des missions relatives à la protection de l’environnement. Toutefois, il faut changer d’échelle et proposer un imaginaire puissant. Ainsi, nous pouvons créer un service public national de la protection de l’environnement dont la mission consiste à mettre en place des parcours universitaires et des formations professionnelles destinées à former et recruter les futurs agriculteurs, ingénieurs agronomes, enseignants, juristes, chercheurs, soignants, inspecteurs et agents déployés sur notre sol. 

Pandémie : la réponse doit être collective et internationale (Macron)

Pandémie : la réponse doit être collective et internationale (Macron)

Dans une interview au JDD, le président de la république considère qu’il faut mener la guerre contre la pandémie à l’échelle mondiale. Pour Emmanuel Macron, cette « guerre mondiale » ne sera gagnée qu’au prix de la plus grande ­coopération internationale. « Nous sommes désormais engagés dans une lutte contre les variants, qui est une véritable course contre la montre, confie-t‑il au JDD. Sans une action collective internationale rapide, efficace et solidaire, nous prenons le risque que le virus nous échappe. »

 

« Les pays africains nous interpellent à juste titre sur leur accès aux vaccins, indique le chef de l’État. L’initiative ACT-A aura permis de sécuriser plus de 2 milliards de doses de vaccins à bien meilleur prix que si chaque pays les avait négociés séparément, c’est en soi une réussite. Mais nous devons encore accélérer les efforts, car chaque semaine compte. » Au cours des prochains jours, Emmanuel Macron échangera avec ses pairs de l’Union africaine et relaiera leurs messages vendredi lors d’une réunion par visioconférence du G7 organisée par Boris Johnson, qui en assure la présidence cette année.

Comme on l’admet volontiers à l’Élysée, et pour s’en réjouir ouvertement, cette mobilisation accrue n’aurait pas été la même sans le soutien de la nouvelle administration Biden aux États-Unis. Non seulement le président démocrate a rejoint immédiatement l’OMS dès ses premières heures à la ­Maison-Blanche, mais il a également confirmé le déblocage de 4 milliards de dollars pour financer les efforts d’ACT-A. « C’était l’un de mes premiers sujets d’échange avec le président Biden », raconte Emmanuel Macron, tout en se montrant perplexe sur l’absence ou le retard d’autres grandes puissances à rejoindre l’effort collectif. « Nous devons travailler avec les Chinois et les Russes pour que les vaccins développés par leurs scientifiques s’intègrent à ce grand effort multilatéral contre la pandémie – dès lors qu’ils auront fait l’objet des certifications nécessaires par l’OMS », plaide-t‑il.

Le président de la république oublie cependant que les Chinois comme les Russes grâce précisément à leurs vaccins utilisent cet outil pour renforcer leur impact diplomatique dans de nombreux pays en développement notamment en Afrique.

L’offensive pour vacciner toute la planète afin de prendre de vitesse les variants émerge aussi dans la presse scientifique écrit le JDD. Arnaud Fontanet cosigne cette semaine un article dans The Lancet où il insiste sur la « vulnérabilité » paradoxale des pays riches. « La fin de la pandémie », écrivent l’épidémiologiste du conseil scientifique et ses coauteurs (dont Salim Abdool Karim, qui conseille le gouvernement d’Afrique du Sud dans la lutte contre le Covid‑19), ne sera « possible » que lorsque « les vaccins seront distribués de manière équitable à travers le monde ». 

Dérèglement climatique : une responsabilité collective

Dérèglement climatique : une responsabilité collective

Le juriste Kamel Ajji propose, dans une tribune au « Monde », que la France se dote d’une « armée de la Terre », sur le modèle de la force citoyenne consacrée à la protection de l’environnement, créée aux Etats-Unis par un décret de Joe Biden.

Tribune. Le président Joe Biden vient de signer plusieurs décrets relatifs à la lutte contre le changement climatique. Le texte reconnaît la crise climatique comme un élément essentiel de la diplomatie et de la sécurité nationale. Surtout, il prévoit la création d’une force citoyenne consacrée à la protection de l’environnement (Civilian Climate Corps Initiative). Si les contours de ce projet demeurent encore inconnus, l’idée en elle-même devrait inspirer la France et l’Europe.

L’analogie entre la lutte contre le dérèglement climatique et l’armée a une valeur pédagogique et symbolique. Historiquement, les sociétés humaines se sont rassemblées, équipées et ont constitué des armées pour faire face aux menaces extérieures. De la même manière, le dérèglement climatique menace les populations et nous met collectivement en demeure d’agir. Il est donc temps de s’organiser pour parer la menace en créant une armée de la Terre.

 

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La comparaison avec l’armée est bien sûr relative. Il ne s’agit pas ici de combattre d’autres nations ou de développer de nouvelles armes mais bien d’intervenir comme une force de préservation de l’environnement. Cette tâche immense requiert une organisation et une planification qui ne trouve que deux équivalents : l’armée et l’administration. Seule une combinaison des atouts de ces deux institutions nous permet de faire face aux défis qui nous attendent.

La détermination sans précédent de la jeunesse

Nous disposons d’une arme redoutable pour assurer le succès d’une telle initiative : l’enthousiasme et la détermination sans précédent de la jeunesse. Ses appels répétés à l’action des gouvernants peuvent enfin trouver une réponse concrète de nature à engager la société et lui permettre de contribuer activement à la mission du XXIe siècle. En quoi consiste concrètement cette force publique ? La Civilian Climate Corps Initiative doit permettre aux jeunes de s’engager dans les secteurs de la préservation de la biodiversité, de la reforestation, de la protection des eaux et des sols.

 

La France, puissance administrative, peut s’inspirer de ce modèle et aller plus loin. Certes, le service civique offre d’ores et déjà des missions relatives à la protection de l’environnement. Toutefois, il faut changer d’échelle et proposer un imaginaire puissant. Ainsi, nous pouvons créer un service public national de la protection de l’environnement dont la mission consiste à mettre en place des parcours universitaires et des formations professionnelles destinées à former et recruter les futurs agriculteurs, ingénieurs agronomes, enseignants, juristes, chercheurs, soignants, inspecteurs et agents déployés sur notre sol. 

Covid : IMMUNITÉ COLLECTIVE avec 50 à 60 % de vaccinés ?

Covid : IMMUNITÉ COLLECTIVE avec 50 à 60 % de vaccinés ?

Karine Lacombe, infectiologue et cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, n’est pas favorable « à la vaccination obligatoire ». Car « avec un vaccin efficace à 95% », nul besoin de vacciner tous les Français afin d’assurer une immunité de groupe dans la population française. Publicite

« Il suffit que la couverture vaccinale atteigne 50 à 60% pour que l’intégralité de la population soit immunisée, même ceux qui ne veulent pas se vacciner pour protéger les autres », détaille-t-elle.

Jean-Stéphane Dhersin, épidémiologiste et directeur adjoint scientifique de l’Institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS, explique les raisons pour lesquelles ce chiffre pourrait en effet être suffisant.

« En terme d’immunité collective, il est difficile de savoir où l’on se situe car cela dépend du R0 sous-jacent. Pour s’assurer l’immunité collective, il faudrait être aux alentours de 60% de la population française immunisée. »

 6,33 millions de Français de 15 ans et plus ont été contaminés par le Covid-19, soit un peu plus de 11% de la population, soulignait de son côté l’Institut Pasteur début décembre. Si l’infection à Covid-19 ne garantit pas une immunité parfaite et durable, il est à noter que les cas documentés de réinfection restent à ce jour assez isolés.

Coronavirus : l’ immunité collective une illusion

Coronavirus : l’ immunité collective une illusion

L’idée d’une immunité collective collective a pu paraître intéressant à certains politiques qui refusaient le principe du confinement. Le problème c’est que cette immunité collective passe par la contamination de 60 à 70 % de la population mais aussi dans chaque pays par des centaines de milliers de morts. Sans doute des dizaines de millions au plan mondial. « L’hypothèse d’une immunité collective est intéressante mais semble s’éloigner », juge le docteur Jimmy Mohamed, mercredi sur Europe 1. « On partait sur une hypothèse d’immunité collective de 60 à 70% de la population qui devrait avoir le virus pour que le virus disparaisse et que nous soyons quasiment tous immunisés. Dans ce cas on aurait plus de chances de rencontrer une personne immunisée qu’une personne malade. Mais dans ce scénario il y aurait des dizaines voire des centaines de milliers de morts », prévient le docteur.

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