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L’enjeu des sciences cognitives pour l’école (Stanislas Dehaene)

L’enjeu des sciences cognitives pour l’école (Stanislas Dehaene)

 

L’enjeu des sciences cognitives est développé par  Stanislas Dehaene professeur au Collège de France, président du Conseil scientifique de l’Éducation nationale dans une interview à La Tribune.

 

 

- Que peut-on attendre des sciences cognitives ?

STANISLAS DEHAENE - Nous commençons à comprendre comment le cerveau apprend. Ces grands principes de l’apprentissage sont utiles pour les enseignants et pour les apprenants eux-mêmes. Il y a des techniques génériques et des techniques spécifiques, comme pour la lecture où nous avons des recommandations très spécifiques. Le Conseil scientifique a également proposé des évaluations particulières, pour la lecture notamment, pour raccourcir le cycle entre la détection des difficultés et l’intervention.

Qu’est-ce que ne pourront pas faire les sciences cognitives ?

Il y a un certain fantasme, lié à la confusion entre sciences cognitives et neurosciences, l’idée qu’on pourra voir en détail le cerveau de chaque enfant. En réalité, ce ne sont pas tellement les outils des neurosciences qui vont servir les méthodes éducatives. Les neurosciences introduisent des grands principes fondamentaux et le chemin est long pour arriver à la salle de classe, où ce ne seront pas des outils d’imagerie cérébrale qui vont nous servir. La psychologie est au centre des questions d’éducation, pas les neurosciences.

Quelle est justement la différence entre les sciences cognitives et les neurosciences ?

Les sciences cognitives sont un grand ensemble, elles essaient de comprendre le fonctionnement de l’esprit humain. À l’intérieur, les neurosciences en sont une sous-composante qui s’intéresse à la mécanique. Ce qui nous intéresse, c’est le comportement des enfants et le fait de tirer le maximum du potentiel cérébral qu’ont tous les enfants.

Que répondez-vous aux critiques qui s’inquiètent de la proéminence des neurosciences ?

Dans le Conseil scientifique, il y a finalement peu de neuroscientifiques. Et d’ailleurs on ne fait pas des neurosciences, mais de l’imagerie cérébrale. Les vraies neurosciences, c’est regarder les neurones individuels, les synapses, les molécules, les neurotransmetteurs. Personne ne fait cela au sein du Conseil scientifique, car ce n’est pas pertinent. On ne va pas réduire les enfants, mais au contraire les aider à s’épanouir, notamment les enfants d’origine sociale défavorisée dont le cerveau n’a pas été nourri par un environnement enrichi. La connaissance scientifique n’est pas parfaite, mais c’est la seule manière d’avancer.

Quel est le bilan du Conseil scientifique pour sa première rentrée ?

Dans notre rôle de conseil, nous sommes au service des enfants. Nous avons aidé le Département d’évaluation et de suivi des programmes à refondre les évaluations en CP et en CE1, pour détecter les difficultés de lecture et de calcul. Tous les écoliers de France en bénéficient dès cette année et on pourra proposer des interventions spécifiques en cas de difficultés. Autre chantier en cours, l’adaptation des examens pour les enfants qui ont des handicaps sensoriels, attentionnels ou moteurs, pour se concentrer sur ce qu’on veut évaluer en rendant les autres aspects périphériques. Par ailleurs, nous sommes en train de faire une synthèse du corpus de nouvelles connaissances en sciences cognitives et d’en faire un Mooc pour la formation continue des enseignants, pour les écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espé) et pourquoi pas pour les parents. L’école des cadres de l’Éducation nationale est également très demandeuse. Il y a trop de connaissances qui ne sont pas encore partagées avec les enseignants.

Quels sont les rapports entre stress, image de soi et apprentissage ?

On sait que le stress bloque l’apprentissage, les neurones ne peuvent plus bouger. Le syndrome d’anxiété mathématique est bien décrit dans la littérature scientifique. Tous les élèves ont des capacités mathématiques, le reste est une construction sociale. L’école doit valoriser les enfants en leur disant qu’ils ne savent pas tout, mais qu’ils vont apprendre. La méta-cognition, cette image qu’on a de soi-même, joue un rôle fondamental dans les apprentissages. Dans tout cours, il y a le contenu et le méta-contenu, ce que j’apprends sur moi-même.

Pour vous, le langage est un enjeu central.

Un des cinq groupes de travail du Conseil scientifique réfléchit à la pédagogie et à l’apprentissage du langage. Il y a trop d’inégalités en France et c’est peut-être la question centrale dans ce domaine. On a une bonne école, qui est l’une des pires du monde pour réduire les inégalités sociales. L’un des enjeux est l’exposition au langage. Notre rôle ne se cantonne pas à l’Éducation nationale car des études montrent qu’expliquer aux parents est une des actions les plus efficaces.

Votre dernier nouveau livre sur l’homodocens [l'homme enseignant, ndlr] et sa prodigieuse capacité d’apprentissage vient de sortir. Que voulez-vous dire dans ce livre ?

Mon livre est une réponse à cette demande d’accès aux connaissances. J’explique les grands axes du fonctionnement du cerveau et comment fonctionne l’apprentissage, en comparant avec l’intelligence artificielle. D’ailleurs, le cerveau est encore inégalé ! J’explique des principes scientifiques, pas des méthodes. L’un de ces principes est de ne pas faire que des cours magistraux, mais d’alterner avec la mise à l’épreuve : le test fait partie de l’apprentissage. Je propose ainsi 13 grands principes. Ne sous-estimons pas les enfants, c’est sans doute le thème principal de mon livre. Ce sont des super-ordinateurs, donnons-leur les données dont ils ont besoin. C’est le travail de l’école et des parents.

Que dites-vous aux parents ?

Mon livre leur explique comment fonctionne le cerveau de leur enfant. J’aimerais aussi qu’ils comprennent l’importance de l’alternance entre veille et sommeil. Pendant la nuit, le cerveau fait tourner des algorithmes d’apprentissage. Les neurones rejouent ce qu’il s’est passé dans la journée. Le cerveau consolide et fait des abstractions qui le mènent à des découvertes. Par des jeux, des activités et des lectures, les parents peuvent prolonger les apprentissages. Voici une recommandation simple : parlez à votre enfant, les yeux dans les yeux et répondez à ses questions avec un vocabulaire qui convient. Tout n’est pas joué à trois ans. La plasticité cérébrale diminue autour de la puberté, on a du temps.

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BIBLIOGRAPHIE

(*) Le dernier ouvrage de Stanislas Dehaene est « Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines », aux Editions Odile Jacob, (septembre 2018), 384 pages, 22,90 euros.




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