Archive pour le Tag 'climatique'

Environnement France : comment piloter réellement l’action climatique ?

Environnement France : comment piloter réellement l’action climatique ?

En lien avec la loi Climat et résilience, le député MoDem Erwan Balanant et 45 autres parlementaires réclament, dans une tribune au « Monde », une évaluation systématique de l’impact climatique des politiques publiques. 

Tribune.

 

Face à l’urgence climatique, le Parlement a adopté plusieurs lois majeures pour permettre à la France de jouer pleinement son rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, et de protéger nos concitoyens des conséquences du réchauffement climatique. En 2019, la loi Energie climat a déclaré l’urgence climatique et réaffirmé l’objectif de neutralité carbone en 2050. Notre pays s’inscrit dans un mouvement global, qui voit nombre de nations prendre conscience de l’enjeu vital de lutter contre les dérèglements climatiques et de sauvegarder notre diversité biologique.

A partir des accords de la COP21 à Paris, la France a connu des avancées significatives en matière de pilotage des politiques publiques au regard de leur impact environnemental, notamment avec la création, en 2019, du Haut Conseil pour le climat (HCC) et la mise en place, fin 2020, d’un nouvel outil d’analyse de l’impact environnemental du budget, le Budget vert. Il est aujourd’hui vital de poursuivre dans le sens d’une évaluation climatique plus efficace des politiques publiques.

 

La représentation nationale examine le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, et ainsi prend le relais du formidable travail des 150 citoyens tirés au sort dans le cadre de la convention citoyenne pour le climat. Même si cette loi est une avancée pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés par la signature de l’accord de Paris en 2015, nombreuses sont les voix pour alerter sur la nécessité d’aller encore plus loin et sur le non-respect complet des objectifs. 

Nous avons affirmé que l’objectif de neutralité carbone devait être une boussole de nos politiques publiques. Pour tracer plus précisément ce cap, l’Union européenne a récemment décidé de rehausser son objectif pour 2030 à – 55 % par rapport au niveau d’émissions de 1990.

Dans son avis publié le 23 février sur le projet de loi Climat et résilience, le HCC a examiné le texte par rapport à l’objectif de neutralité carbone. Analysant également l’étude d’impact du projet de loi, le HCC a regretté que l’évaluation réalisée ne permette pas de véritablement estimer l’impact des mesures proposées sur la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Déjà esquissé par le HCC dans ses précédents rapports de juin et décembre 2019, le constat d’une inaptitude de la France à piloter efficacement son action climatique apparaît aujourd’hui avéré. De plus, dès juin 2019, le HCC pointait les insuffisances de la France en matière de pilotage vers l’objectif de neutralité carbone.

France : comment piloter réellement l’action climatique ?

France : comment piloter réellement l’action climatique ?

En lien avec la loi Climat et résilience, le député MoDem Erwan Balanant et 45 autres parlementaires réclament, dans une tribune au « Monde », une évaluation systématique de l’impact climatique des politiques publiques.

Tribune.

 

Face à l’urgence climatique, le Parlement a adopté plusieurs lois majeures pour permettre à la France de jouer pleinement son rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial, et de protéger nos concitoyens des conséquences du réchauffement climatique. En 2019, la loi Energie climat a déclaré l’urgence climatique et réaffirmé l’objectif de neutralité carbone en 2050. Notre pays s’inscrit dans un mouvement global, qui voit nombre de nations prendre conscience de l’enjeu vital de lutter contre les dérèglements climatiques et de sauvegarder notre diversité biologique.

A partir des accords de la COP21 à Paris, la France a connu des avancées significatives en matière de pilotage des politiques publiques au regard de leur impact environnemental, notamment avec la création, en 2019, du Haut Conseil pour le climat (HCC) et la mise en place, fin 2020, d’un nouvel outil d’analyse de l’impact environnemental du budget, le Budget vert. Il est aujourd’hui vital de poursuivre dans le sens d’une évaluation climatique plus efficace des politiques publiques.

 

La représentation nationale examine le projet de loi portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, et ainsi prend le relais du formidable travail des 150 citoyens tirés au sort dans le cadre de la convention citoyenne pour le climat. Même si cette loi est une avancée pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés par la signature de l’accord de Paris en 2015, nombreuses sont les voix pour alerter sur la nécessité d’aller encore plus loin et sur le non-respect complet des objectifs. 

Nous avons affirmé que l’objectif de neutralité carbone devait être une boussole de nos politiques publiques. Pour tracer plus précisément ce cap, l’Union européenne a récemment décidé de rehausser son objectif pour 2030 à – 55 % par rapport au niveau d’émissions de 1990.

Dans son avis publié le 23 février sur le projet de loi Climat et résilience, le HCC a examiné le texte par rapport à l’objectif de neutralité carbone. Analysant également l’étude d’impact du projet de loi, le HCC a regretté que l’évaluation réalisée ne permette pas de véritablement estimer l’impact des mesures proposées sur la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Déjà esquissé par le HCC dans ses précédents rapports de juin et décembre 2019, le constat d’une inaptitude de la France à piloter efficacement son action climatique apparaît aujourd’hui avéré. De plus, dès juin 2019, le HCC pointait les insuffisances de la France en matière de pilotage vers l’objectif de neutralité carbone.

 

Épisode de gel : la faute au réchauffement climatique

Épisode de gel : la faute au réchauffement climatique

Thierry Castel, chercheur en climatologie, l’épisode de gel brutal pourrait être lié au réchauffement thématique. Interview dans le Figaro.

Un épisode de gel a touché de nombreuses cultures cette semaine en France. Les températures ont chuté, à certains endroits, sous 0 degré à une vitesse jamais observée depuis 1947 pour un mois d’avril. Thierry Castel, chercheur associé dans l’équipe de climatologie du laboratoire Biogéoscience* et enseignant à Agrosup Dijon, s’explique dans le Figaro :

 

Comment expliquer ce froid au mois d’avril, alors que l’on parle à longueur de temps du réchauffement climatique?

Thierry CASTEL. C’est pourtant bien lié. Les différences de températures se réduisent entre la zone polaire et les moyennes latitudes. Cela conduit à moduler les ondulations du «jet» (des vents très rapides situés en Atlantique Nord, qui jouent un rôle important dans la circulation atmosphérique, NDLR). À cause de cela, nous faisons face à des descentes d’air froid et des remontées d’air chaud plus importantes. Par exemple, pendant qu’en février 2017 nous avions en France des températures bien supérieures aux moyennes saisonnières, il a neigé en Libye. Ça va s’accentuer.

 

Peut-on dire que les plantations sont plus touchées qu’avant par ce phénomène de gel?

C’est en réalité la vulnérabilité des plantes au gel qui est accrue, et pas les épisodes de froids qui seraient plus intenses. Je m’explique: normalement à cette période de l’année, les plantations auraient dû pouvoir résister à des températures de -6 ou -7 degrés. Mais à cause du réchauffement climatique que l’on connaît depuis 30 ans, les bourgeons arrivent désormais plus tôt. Une fois qu’ils ont commencé à s’ouvrir, il s’agit d’une phase où les plantes sont extrêmement sensibles au gel. Même s’il ne fait pas très froid, c’est suffisant pour entraîner des dégâts importants. On voit bien ce phénomène dans les vignes, c’est net.

Comment contraindre les entreprises à lutter contre le dérèglement climatique

Comment contraindre les entreprises à lutter contre le dérèglement climatique

Les juristes de l’association Notre affaire à tous, à l’origine du procès « L’affaire du siècle » contre l’Etat pour inaction climatique, expliquent quels sont leurs leviers pour contraindre les entreprises à lutter contre le dérèglement climatique.(le  Monde)

Laure Barbé et Paul Mougeolle sont juristes dans l’association Notre affaire à tous. La première coordonne le groupe de travail Multinationales et le second est en charge du dossier Total.

Notre affaire à tous a remporté le procès « L’affaire du siècle » contre l’Etat pour inaction climatique. Cette première peut-elle ouvrir la voie à des contentieux à l’égard des entreprises ?

Cette victoire a confirmé que le juge était en mesure de contrôler la trajectoire des gaz à effet de serre de l’Etat, non seulement dans l’adéquation des objectifs, mais aussi dans les mesures mises en œuvre. Nous espérons que la justice adoptera une approche similaire avec les entreprises. Cette décision pourrait également avoir des effets indirects : si l’Etat est enjoint à rehausser sa politique climatique, peut-être décidera-t-il d’adopter des réglementations plus ambitieuses à l’égard des entreprises.

Votre association a déjà intenté un procès à Total sur sa stratégie climatique. Où en est-il ?

A ce stade, la procédure est ralentie par des questions sur la compétence des tribunaux. Néanmoins, nous avons gagné en première instance, ce qui nous laisse bon espoir de voir le dossier évoluer sur le fond. A notre sens, Total n’est pas assez ambitieux dans l’évolution de son business model vers les renouvelables. Il vise la neutralité carbone, ce qui constitue un progrès, mais cet objectif ne s’applique qu’à l’Europe. Dans le reste du monde, le groupe prévoit au contraire d’accroître sa production d’hydrocarbures ces dix prochaines années, ce qui pourrait s’avérer fatal à l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris.

Le Groupe Casino est également ciblé. Pourquoi ?

Encore une fois, nous visons l’incohérence entre les annonces et les actes. Le fondement juridique de ce procès est le même que pour Total, même si l’étendue des allégations contre Casino ne porte pas sur l’ensemble de la stratégie climatique mais sur une filière précise. L’enquête de l’ONG Envol vert a démontré que des produits carnés vendus par Casino étaient issus de la déforestation en Amérique du Sud. Et surtout, que les mécanismes de vigilance mis en place par le groupe à l’égard de ses filiales étaient insuffisants.

Réchauffement climatique : le plan mondial de Bill Gates

Réchauffement climatique : le plan mondial de Bill Gates

Pour Les Echos Planète, le cofondateur de Microsoft présente son plan d’action pour réduire à zéro les émissions de carbone du secteur énergétique mondial.

Bill Gates, cofondateur et conseiller technologique de Microsoft Corporation, est coprésident de la Fondation Bill & Melinda Gates. 

 

Voilà environ six ans que Bill Gates a décidé de s’investir activement pour lutter contre le réchauffement climatique, un engagement renforcé par la pandémie actuelle de Covid-19. Désormais persuadé qu’il faut convaincre et agir vite, et qu’il peut y contribuer, il publie chez Flammarion un livre entièrement dédié à la cause : Climat : comment éviter un désastre – Les solutions actuelles, les innovations nécessaires. L’objectif du cofondateur de Microsoft sonne comme un défi vertigineux : parvenir au zéro carbone alors que les émissions de gaz à effet de serre de la planète sont de l’ordre de 51 milliards de tonnes par an. L’ingénieur de formation concentre ses efforts sur le sujet au cœur de toutes les problématiques : l’énergie. Transformer le secteur énergétique de la planète pour le rendre propre et permettre à chacun d’en bénéficier pour continuer à se développer est devenu sa nouvelle bataille. La plus grosse partie de l’ouvrage est ainsi dédiée aux technologies existantes, et balbutiantes, dont le développement et la diffusion constituent des solutions prometteuses. Bill Gates en appelle à une mobilisation des esprits, des financements et de la volonté politique, allant jusqu’à proposer un plan concret pour atteindre l’objectif.
Il livre ses pistes de réflexion et ses espoirs dans un entretien avec Connie Hedegaard, ex-commissaire européenne à l’action pour le climat, dont nous publions en exclusivité la traduction française.

Connie Hedegaard : Permettez-moi de débuter par un aveu de ma part : pendant des années, j’ai pensé que vous ne vous intéressiez pas particulièrement au changement climatique. J’ai le souvenir très clair d’une session de Davos à huis clos, il y a quelques années. La discussion avait porté sur le changement climatique, plutôt que sur d’autres problématiques de durabilité, et vous aviez quitté la salle.

« Il est encore difficile pour de nombreuses personnes d’accepter qu’une simple réduction des émissions, sans trajectoire en direction du zéro émission, ne suffira pas.

Aujourd’hui, vous insistez avec force et gravité sur l’urgence de l’action climatique. Vous commencez votre livre en décrivant cette évolution. Initialement, il vous était « difficile d’admettre que tant que les êtres humains émettr[aient] des gaz à effet de serre, les températures continuer[aient] d’augmenter ». Ce n’est qu’après avoir consulté un groupe de scientifiques du climat « à plusieurs reprises autour de questions de suivi » que vous avez finalement « intégré » la problématique. Comment expliquez-vous ce scepticisme initial, et comment votre expérience peut-elle servir à rallier d’autres acteurs ?

Bill Gates : Le monde est aujourd’hui très différent de ce qu’il était lorsque j’ai commencé à étudier le changement climatique. Nous en savons plus désormais, et avons davantage bâti un consensus autour du problème. Mais il est encore difficile pour de nombreuses personnes d’accepter qu’une simple réduction des émissions, sans trajectoire en direction du zéro émission, ne suffira pas. Il est également difficile d’intégrer l’ampleur des innovations qui seront nécessaires pour atteindre ce chiffre zéro – pour refaçonner fondamentalement l’industrie énergétique, premier secteur d’activité mondial. Dans mon livre, j’explique ce qui m’a convaincu, et ce qui je l’espère convaincra les autres. Je souhaite que les défenseurs du climat continuent de viser l’objectif zéro émission, à travers une réduction des émissions qui nous oriente dans cette direction.

CH : Dans vos comparaisons et métaphores très imagées, vous prenez soin de rendre concrets et accessibles certains concepts abstraits ou complexes. Pensez-vous que cette approche soit essentielle pour faire enfin évoluer les mentalités de ceux qui, malgré les données et preuves scientifiques, semblent continuer de croire que nous pouvons poursuivre le cours normal des affaires ? Des approches similaires vous ont-elles aidé dans votre travail à repousser les frontières technologiques chez Microsoft, ou à promouvoir la santé et le développement au niveau mondial au sein de la Fondation Bill & Melinda Gates ?

BG : Bien que ce livre ne s’adresse pas spécifiquement aux climatosceptiques, j’espère évidemment qu’il les persuadera de la nécessité d’investir sérieusement dans les énergies propres. Les pays qui fourniront le plus d’efforts pour alimenter l’innovation dans ce domaine accueilleront la prochaine génération de sociétés de rupture – ainsi que tous les emplois et toute l’activité économique qui les accompagneront. C’est la raison pour laquelle ces investissements constituent le bon choix, même pour ceux qui ne croient pas à cette réalité pourtant incontestable dans laquelle les êtres humains provoquent des changements climatiques qui auront des conséquences dramatiques si personne ne s’attaque au problème.

L’idée s’effondre selon laquelle le fait de moins voyager en avion ou en voiture pourrait suffire. »

CH : La pandémie de Covid-19 souligne non seulement le prix à payer lorsque nous ignorons la science, mais démontre également qu’un changement de comportement rapide à grande échelle est bel et bien possible, de même que les dirigeants déterminés à résoudre les difficultés peuvent gagner en respect. Comme vous le soulignez toutefois également, la pandémie fournit un autre enseignement majeur : la diminution relativement faible (10 %) des émissions de gaz à effet de serre, conséquence positive des confinements à travers le monde, démontre que les changements de comportements, tels que la baisse du trafic aérien et routier, sont très loin de suffire. La pandémie a-t-elle produit d’autres enseignements qui s’appliquent au changement climatique ? Comment les appliquer idéalement à l’action climatique ?

Des avions cloués au sol aux Etats-Unis lors du premier confinement. Credit:Jassen Todorov/Solent/SIPA

BG : Parmi les leçons observables, l’idée s’effondre selon laquelle le fait de moins voyager en avion ou en voiture pourrait suffire : nous avons besoin d’une innovation massive permettant aux individus de continuer de prendre l’avion, de conduire leur véhicule, et de participer à l’économie moderne, sans pour autant générer d’émissions. C’est là un défi plus difficile encore que le développement et la distribution de vaccins contre le Covid-19 (la plus grande campagne de santé publique de l’histoire).

Cette même forme de coopération étroite entre les gouvernements sera nécessaire à tous les niveaux, ainsi qu’avec le secteur privé. Par ailleurs, de la même manière que nous avons tous un rôle à jouer en respectant le port du masque et la distanciation, les individus doivent chacun jouer un rôle dans la réduction des émissions. Chacun peut défendre les politiques d’accélération de la transition vers le zéro émission, et réduire la prime verte en achetant des produits à empreinte carbone faible voire nulle, de type véhicules électriques ou viande végétale. Cela permettra d’attirer davantage de concurrence dans ces domaines, et en fin de compte de réduire le prix des produits écologiques.

CH : Tout comme l’éradication de la pandémie, affirmez-vous, la lutte contre le changement climatique repose essentiellement sur les sciences et l’innovation. Dans l’ensemble, vous vous dites « optimiste quant à notre capacité à inventer [les outils nécessaires], à les déployer et, si nous agissons suffisamment rapidement, à éviter le désastre climatique ». Quelles expériences ou leçons vous confèrent cet optimisme ?

BG : J’ai personnellement constaté combien les investissements en R&D pouvaient changer le monde. Les recherches soutenues par le gouvernement des Etats-Unis et par les entreprises américaines ont rendu possibles les microprocesseurs et internet, qui ont libéré une quantité phénoménale d’énergie entrepreneuriale autour de la création de l’industrie des ordinateurs personnels. De même, les efforts fournis par le gouvernement américain autour du séquençage du génome humain ont conduit à des avancées majeures dans le traitement des cancers et autres maladies mortelles.

En ce qui concerne le zéro émission, j’observe moi-même de formidables avancées. Breakthrough Energy Ventures, le fonds privé que j’ai mis en place avec plusieurs partenaires, a investi dans plus d’une vingtaine d’entreprises qui travaillent sur des procédés à empreinte carbone faible voire nulle, pour la fabrication de ciment et d’acier, la production et le stockage d’importants volumes d’électricité verte, l’horticulture et l’élevage, le transport des personnes et des marchandises à travers le monde, ou encore le chauffage et la climatisation des immeubles. Beaucoup de ces idées ne verront pas le jour. Mais celles qui y parviennent pourraient bien changer le monde.

CH : Vous écrivez toutefois : « L’innovation n’est pas qu’une question de conception de nouveaux appareils, mais également d’élaboration de nouvelles politiques permettant de présenter et de déployer ces inventions sur le marché le plus rapidement possible ». L’Union européenne, comme désormais la Chine, commence à entreprendre cette forme d’innovation politique.

Dans un effort de rectification d’une structure d’incitation défaillante, qui échoue à prendre en compte ce que vous appelez les « primes vertes », de nombreux pays européens ont mis en place des mécanismes de taxation des émissions de CO2, du gaspillage de ressources, ainsi que de la pollution. Ces mesures politiques réorientent-elles significativement la structure incitative dans la bonne direction ? Un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières permettrait-il de favoriser cette avancée ?

Nous avons besoin d’innovations politiques au même titre que technologiques. »

BG : La tarification du carbone compte parmi les mesures qui produiront une différence, dans le cadre d’une approche globale visant l’augmentation à la fois de l’offre et de la demande relatives aux avancées en matière d’énergies propres. J’évoque bien d’autres idées dans mon livre. Pour développer l’offre d’innovation, les gouvernements pourraient par exemple accroître substantiellement (multiplier par cinq, selon moi) leurs investissements dans la R&D autour des énergies propres. Du côté de la demande, outre le prix du carbone, je pense par exemple à des normes sur la quantité d’électricité ou de carburant issue des sources zéro carbone.

« Il nous faut désormais axer le quotient intellectuel politique et technologique mondial sur l’élimination des émissions. »

Nous avons besoin d’innovations politiques au même titre que technologiques. Nous savons que les mesures politiques et les technologies peuvent ensemble résoudre les plus grands défis. Comme je le décris dans mon livre, la pollution de l’air est en le parfait exemple ; le Clean Air Act américain a formidablement permis d’éliminer certains gaz toxiques de l’air. D’autres solutions politiques incroyablement efficaces ont été mises en place aux Etats-Unis, parmi lesquelles l’électrification des campagnes, l’amélioration de la sécurité énergétique, ou encore la relance économique après la Grande Récession de 2008. Il nous faut désormais axer le quotient intellectuel politique et technologique mondial sur l’élimination des émissions. Mon équipe au sein de Breakthrough Energy, réseau d’initiatives que j’ai créé pour accélérer la transition vers des énergies propres, travaille intensément pour élaborer et promouvoir des mesures politiques audacieuses sur la voie des objectifs climatiques mondiaux.

CH : Comme vous le soulignez, les gouvernements tentent souvent d’utiliser des règles relatives à d’autres problèmes pour réduire les émissions – une approche qui équivaut à tenter de « créer une intelligence artificielle en utilisant un ordinateur central des années 1960 ».

L’introduction de nouvelles législations majeures est toutefois difficile, notamment parce que les producteurs établis s’opposent à des normes plus strictes et autres changements coûteux. Vous qui vous êtes situé du côté « réglementé » dans l’équation réglementaire, quelles solutions ou idées envisagez-vous pour résoudre le problème du retard des politiques ?

BG : Il est nécessaire que les gouvernements agissent pour résoudre ce problème – il s’agit d’opérer une transition du système énergétique mondial tout entier, à une vitesse sans précédent. Les investissements du secteur privé ne pourront aboutir sans des conditions de marché qui récompensent l’innovation et permettent la concurrence des technologies propres, un environnement que les gouvernements doivent contribuer à instaurer, en agissant de manière ciblée, fiable et prévisible.

C’est aussi pour cela que je parle d’innovation non seulement technologique, mais également sur le plan des politiques et des marchés. Les dirigeants politiques doivent réfléchir avec créativité aux meilleurs moyens d’encourager l’innovation en matière d’énergies propres, d’équilibrer les règles du jeu, et d’accélérer la transition énergétique. Mon équipe chez Breakthrough Energy travaille avec plusieurs responsables publics pour développer et promouvoir les politiques nécessaires en direction de l’objectif zéro émissions nettes.

CH : Au-delà des mesures politiques, vous appelez les gouvernements à se montrer plus audacieux dans leurs investissements en recherche et développement autour du climat. Quel rôle doivent ici jouer les universités, à la fois en termes de recherche et de transmission des connaissances nécessaires pour façonner les mesures politiques ?

BG : Les universités offrent un environnement propice aux idées et au développement de technologies propres. La science, la recherche et l’ingénierie au sein des universités à travers le monde comptent parmi les facteurs les plus importants sur la voie du zéro émission nette. Bien entendu, les découvertes doivent s’extraire du seul monde universitaire, pour éclairer des politiques nouvelles et façonner le marché. Certaines institutions académiques fournissent des efforts concertés pour aider leurs professeurs à communiquer plus efficacement, à rendre leurs recherches plus attractives aux yeux des dirigeants politiques, ainsi que pour propulser leurs découvertes technologiques en direction des entreprises et des marchés. Ces aspects sont cruciaux pour éviter un désastre climatique.

CH : Vous insistez pour dire que l’impératif moral de l’action climatique est aussi fort que l’impératif économique, dans la mesure où le changement climatique affecte de manière disproportionnée les plus pauvres de la planète. Mais l’action climatique présente également des implications en termes de répartition. Comme vous le reconnaissez, même la très faible prime verte, destinée à la décarbonation du système d’électricité américain tout entier, risque d’être trop élevée pour les ménages à faibles revenus, et les pays en voie de développement sont beaucoup moins en capacité d’opérer une telle transformation. Comment surmonter ces défis ? Vos travaux sur le déploiement d’autres technologies dans des environnements à revenus faibles produisent-ils des enseignements utiles sur ce point ?

Le dirigeant d’un pays riche devrait se demander ce que fait son gouvernement, ou sa société dans le cas d’un chef d’entreprise, pour rendre la transition écologique accessible dans le monde entier. »

BG : C’est un sujet extrêmement important. Les pays à revenu faible et à revenu intermédiaire consommeront davantage d’énergie au cours des prochaines décennies, à mesure qu’ils s’extrairont de la pauvreté. Nous aspirons tous à des énergies propres, mais ces pays ne les adopteront que si elles sont aussi peu coûteuses que les combustibles fossiles aujourd’hui.

Le dirigeant d’un pays riche devrait se demander ce que fait son gouvernement, ou sa société dans le cas d’un chef d’entreprise, pour rendre la transition écologique accessible dans le monde entier – y compris pour les pays à revenu intermédiaire et à revenu faible. L’accroissement des investissements dans la R&D et dans les mesures politiques nouvelles doit être axé sur cet objectif. Nombre des sociétés dans lesquelles j’investis travaillent sur des idées abordables pour les pays à revenu faible.

CH : Vous comptez parmi les chefs d’entreprise qui aujourd’hui reconnaissent publiquement le rôle indispensable de l’Etat dans la résolution des grandes problématiques. Même parmi ces problématiques, le changement climatique se démarque. La résolution de ce défi nécessitera-t-elle un rôle du secteur public – de manière générale ou dans un domaine particulier – plus grand encore que celui auquel sont habitués même les plus favorables à l’action de l’Etat ?

BG : La transition vers des énergies propres devra être menée de concert par les gouvernements et le secteur privé – comme l’a été la révolution de l’informatique.

Cela signifiera un plus grand rôle de l’Etat, mais seulement parce que son rôle était relativement limité jusqu’à présent. Prenez la nécessaire multiplication par cinq des investissements publics en R&D, que j’ai évoquée précédemment. Cette augmentation placerait la recherche sur les énergies propres au même niveau que la recherche médicale aux Etats-Unis. De la même manière que nous pouvons compter sur les Instituts nationaux de santé pour superviser et coordonner ce travail, nous devrions créer des Instituts nationaux d’innovation énergétique (les NIEI) pour éviter les redondances et veiller à l’utilisation optimale des ressources. Un Institut de décarbonation des transports pourrait quant à lui travailler sur des carburants à faible empreinte carbone. D’autres instituts pourraient se voir conférer une autorité et des responsabilités similaires dans la recherche sur le stockage des énergies, sur les énergies renouvelables, etc.

Les NIEI pourraient également être en charge de la coordination avec le secteur privé. L’objectif consisterait à voir les recherches émerger des laboratoires nationaux, puis conduire à des produits innovants, qu’il s’agirait ensuite de déployer sur le marché à très grande échelle. Nous avons besoin de politiques qui accélèrent l’ensemble du pipeline d’innovation, de la recherche initiale jusqu’au déploiement de masse.  Au-delà des moyens nouveaux de concevoir des matériaux zéro émission, nous pouvons tout simplement utiliser moins de choses.  »

CH : Dans un passage du livre, vous écrivez : « Au-delà des moyens nouveaux de concevoir des matériaux zéro émission, nous pouvons tout simplement utiliser moins de choses. » Certains vous répondraient que le capitalisme repose sur la consommation – plus elle est élevée, mieux c’est. Une solution réelle à la crise climatique dépend-elle d’une nouvelle vision du capitalisme pour le XXIe siècle ? Une conception disons plus qualitative de la « croissance » pourrait-elle constituer le pilier d’un tel système ?

BG : J’estime que les individus du monde riche peuvent et doivent réduire une partie de leurs émissions. Comme je l’explique dans mon livre, je prends moi-même certaines mesures pour réduire et compenser mes propres émissions. La consommation énergétique au niveau mondial est vouée à doubler d’ici 2050, en raison d’une importante croissance des pays à revenu faible et à revenu intermédiaire. La croissance est une bonne chose en ce sens qu’elle permet aux individus de vivre une existence plus productive, en meilleure santé. Nous devons cependant y parvenir sans rendre le problème climatique encore plus difficile à résoudre. C’est pourquoi nous avons besoin d’innovations qui rendent l’élimination des émissions suffisamment abordable pour chacun à travers le monde.

CH : « Ce livre évoque ce qu’il nous faut accomplir [pour éviter un désastre], et pourquoi je pense que nous pouvons y parvenir », écrivez-vous. En votre âme et conscience, pensez-vous réellement que nous y parviendrons tous ensemble à temps ?

BG : Oui, je le pense. Comme je l’écris à la fin de mon livre, je suis fondamentalement optimiste, car j’observe ce que la technologie peut accomplir, et ce que les êtres humains sont capables de réaliser. Ce qu’il nous faut, c’est consacrer les dix prochaines années à l’élaboration et à la mise en place des bonnes politiques, technologies et structures de marché, afin que le monde puisse atteindre l’objectif zéro émission d’ici 2050. Nous n’avons pas de temps à perdre.

Dérèglement climatique : une responsabilité collective

Dérèglement climatique : une responsabilité collective

Le juriste Kamel Ajji propose, dans une tribune au « Monde », que la France se dote d’une « armée de la Terre », sur le modèle de la force citoyenne consacrée à la protection de l’environnement, créée aux Etats-Unis par un décret de Joe Biden.

Tribune. Le président Joe Biden vient de signer plusieurs décrets relatifs à la lutte contre le changement climatique. Le texte reconnaît la crise climatique comme un élément essentiel de la diplomatie et de la sécurité nationale. Surtout, il prévoit la création d’une force citoyenne consacrée à la protection de l’environnement (Civilian Climate Corps Initiative). Si les contours de ce projet demeurent encore inconnus, l’idée en elle-même devrait inspirer la France et l’Europe.

L’analogie entre la lutte contre le dérèglement climatique et l’armée a une valeur pédagogique et symbolique. Historiquement, les sociétés humaines se sont rassemblées, équipées et ont constitué des armées pour faire face aux menaces extérieures. De la même manière, le dérèglement climatique menace les populations et nous met collectivement en demeure d’agir. Il est donc temps de s’organiser pour parer la menace en créant une armée de la Terre.

 

Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Joe Biden promet une réponse mondiale à la crise du climat 

La comparaison avec l’armée est bien sûr relative. Il ne s’agit pas ici de combattre d’autres nations ou de développer de nouvelles armes mais bien d’intervenir comme une force de préservation de l’environnement. Cette tâche immense requiert une organisation et une planification qui ne trouve que deux équivalents : l’armée et l’administration. Seule une combinaison des atouts de ces deux institutions nous permet de faire face aux défis qui nous attendent.

La détermination sans précédent de la jeunesse

Nous disposons d’une arme redoutable pour assurer le succès d’une telle initiative : l’enthousiasme et la détermination sans précédent de la jeunesse. Ses appels répétés à l’action des gouvernants peuvent enfin trouver une réponse concrète de nature à engager la société et lui permettre de contribuer activement à la mission du XXIe siècle. En quoi consiste concrètement cette force publique ? La Civilian Climate Corps Initiative doit permettre aux jeunes de s’engager dans les secteurs de la préservation de la biodiversité, de la reforestation, de la protection des eaux et des sols.

 

La France, puissance administrative, peut s’inspirer de ce modèle et aller plus loin. Certes, le service civique offre d’ores et déjà des missions relatives à la protection de l’environnement. Toutefois, il faut changer d’échelle et proposer un imaginaire puissant. Ainsi, nous pouvons créer un service public national de la protection de l’environnement dont la mission consiste à mettre en place des parcours universitaires et des formations professionnelles destinées à former et recruter les futurs agriculteurs, ingénieurs agronomes, enseignants, juristes, chercheurs, soignants, inspecteurs et agents déployés sur notre sol. 

Changement climatique : la France condamnée et alors ?

Changement climatique : la France condamnée et alors ?

 

Ce n’est pas la première fois, ni  la dernière fois que la France est condamnée à propos de sa politique vis-à-vis de l’environnement. Là il s’agit « de l’affaire dite du siècle fermé « concernant le changement climatique. Le tribunal a donc condamné la France. Cela ne changera pas grand-chose car c’est le privilège des gouvernements de s’asseoir sur des décisions judiciaires. Au mieux il y aura quelques amendes symboliques.

De toute manière la problématique environnementale ne saurait être régulée par la justice uniquement car c’est un problème fondamentalement politique, sociétale, culturel et même démocratique. Cela montre à l’évidence qu’il y a un sérieux décalage entre les déclarations publiques par exemple à propos de l’accord mondial sur le climat porté haut  par la France et sa politique réelle. Le problème c’est qu’il va de même pour la plupart de pays.

L’affaire a été intentée par un groupe d’organisations non gouvernementales (ONG) qui ont accusé l’État français de ne pas respecter ses propres engagements, notamment un plan pluriannuel de réduction des émissions de carbone et l’accord de Paris sur le climat de 2015.

Dans sa décision, le tribunal administratif de Paris a déclaré qu’il y avait «des manquements injustifiés de la part de l’État dans la mise en œuvre des politiques publiques pour lui permettre d’atteindre les objectifs qu’il s’était fixés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre».

Réagissant à la décision, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a déclaré lors d’un briefing qu’il était vrai que peu de choses avaient été faites dans le passé, mais que l’administration actuelle s’efforçait de résoudre les problèmes.

Le gouvernement a déjà déclaré qu’il faisait d’énormes efforts pour répondre au réchauffement climatique et qu’il en faisait plus que de nombreux autres pays.

Cécile Duflot, directrice exécutive d’Oxfam France, l’une des ONG qui ont porté l’affaire, a qualifié la décision de mercredi de «victoire historique pour la justice climatique».

«Pour la première fois, un tribunal français a jugé que l’État pouvait être tenu responsable de ses engagements climatiques.» Elle a déclaré que la décision a servi de «rappel opportun à tous les gouvernements que les actions parlent plus que les mots».

Mercredi à Bruxelles, le plus haut tribunal de l’Union européenne a jugé que la Hongrie avait «systématiquement et constamment» enfreint les limites légales de pollution atmosphérique par les particules, dans certaines régions pendant 12 ans.

Ne pas réduire la problématique environnementale à la seule question climatique

Ne pas réduire la problématique environnementale à la seule question climatique

L’effondrement de la biodiversité est l’indicateur le plus révélateur des atteintes environnementales faites à notre planète. Le réchauffement climatique, rappelle, dans une tribune au « Monde », Christian Amblard, directeur de recherche honoraire au CNRS, ne doit pas masquer les autres causes de la destruction du vivant.

Tribune. Une confusion, porteuse de conséquences potentiellement graves, s’est durablement installée dans le débat public au sujet des préoccupations environnementales actuelles. Elle consiste à considérer que le dérèglement climatique est la seule urgence environnementale, de portée véritablement globale.

Cette confusion, faite sans doute de bonne foi par une grande partie de l’opinion publique, est habilement entretenue par d’autres. Pour ces derniers, cela leur permet de ne pas avoir à répondre de leurs activités destructrices et souvent cupides. Circonstance aggravante, cette confusion est abondamment relayée par de nombreux médias et par la plupart des responsables politiques.

 

L’urgence climatique est évidente et absolument pas secondaire. Bien au contraire, c’est la chronique d’une catastrophe annoncée qui déjà se manifeste très douloureusement, même si cela peut être observé de manière différenciée et différée dans le temps, selon les grandes zones géographiques terrestres. Mais lurgence environnementale ne se réduit pas à l’urgence climatique. 

Le vivant, indicateur des atteintes environnementales

Si le vivant disparaît actuellement sur notre planète, la principale raison n’en est pas, au moins pour le moment, le réchauffement climatique. Les premières causes d’effondrement de la biodiversité sur terre restent la destruction des habitats, les pollutions généralisées des écosystèmes et les destructions directes des espèces. Naturellement, ces différents facteurs interagissent et il en résulte une aggravation et une accélération des perturbations environnementales.

Mais c’est bien le vivant – que l’on peut quantifier au travers de l’évaluation de la dynamique de la biodiversité – qui est l’indicateur le plus intégrateur de toutes les atteintes environnementales faites à notre planète. Rappelons, à ce sujet, quelques chiffres qui ne font, par ailleurs, l’objet d’aucune contestation.

 

On note ainsi la disparition de 68 % des effectifs des espèces de vertébrés sauvages entre 1970 et 2016 (Indice Planète Vivante – Rapport WWF 2020), de 78 % des effectifs d’insectes volants en trente ans (revue Nature, 2017) et de 55 % des effectifs d’oiseaux en vingt-cinq ans sur le territoire français (étude CNRS et Muséum d’histoire naturelle, 2018). La population du lion d’Afrique a décru de 80 % en un siècle (information de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et une baisse de 400 millions d’oiseaux en Europe et de 3 milliards aux USA a été notée au cours des trente dernières années. Plus généralement, il est admis qu’une espèce animale ou végétale disparaît toutes les 20 minutes sur notre planète. 

L’urgence «urgence climatique» confirmée par le PNUD

  • L’urgence «urgence climatique» confirmée par le PNUD
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  • Une étude menée dans le cadre du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), mesure le rapport des différents pays à la problématique environnementale. En moyenne globalement 64 % des enquêtés considèrent qu’il y a bien une urgence climatique. Évidemment il y a des écarts autour de cette moyenne car les sensibilités peuvent être parfois différentes en fonction des autres priorités sociales, économiques ou démocratiques. Ceci étant, les  conséquences néfastes du réchauffement climatique entraîneront certainement des dégâts encore plus importants dans les pays les plus pauvres un peu moins sensibilisé à l’urgence climatique. «Cette enquête a permis de recueillir l’avis de 1,22 million de personnes réparties dans 50 pays du monde, de l’Australie aux États-Unis, de l’Afrique du Sud à la Russie, de l’Argentine aux Philippines, de l’Égypte à la Turquie», selon un communiqué, dont 550.000 personnes de moins de 18 ans et des pays comme l’Irak ou le Pakistan.

 

  •  «L’inquiétude concernant le changement climatique est bien plus répandue que ce que nous savions auparavant», indique Stephen Fisher, sociologue à l’université d’Oxford, à l’AFP. «Et la grande majorité de ceux qui admettent l’urgence climatique veulent une réponse urgente et globale», ajoute-t-il. Environ 80% des Britanniques, Italiens et Japonais se montrent inquiets, une proportion qui tombe aux deux-tiers dans des pays comme les États-Unis, la Russie, le Vietnam et le Brésil. En France, en Allemagne, en Afrique du Sud et au Canada, plus des trois quarts des personnes interrogées parlent d’«urgence mondiale»
  • En matière d’âge, les jeunes sont plus enclins à voir le changement climatique comme une urgence, suivis de près par les 36-59 ans. Parmi les personnes de plus de 60 ans, l’inquiétude est moindre. La proportion de femmes s’inquiétant du changement climatique est supérieure à celle des hommes (de 4% en moyenne parmi les 50 pays).
  • Enfin, pour 54% des personnes interrogées, la solution la plus populaire pour lutter contre le réchauffement est de protéger les forêts et les habitats naturels, suivie par le développement des énergies renouvelables, des techniques d’agriculture plus vertueuses pour le climat et investir plus dans une économie «verte». Seules 30% sont favorables à un régime alimentaire sans viande.
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Changement climatique et pluralité des opinions

Changement climatique et pluralité des opinions

« A quoi sert de mettre en avant, dans un journal de référence, des points de vue qui nient tout ce que la science nous apprend ? », interroge Anne-Sophie Anglaret, lectrice du Monde au sujet d’une tribune sur les réductions d’émissions de gaz à effet de serre parue dans « Le Monde ».

Je vous écris suite à la tribune de Dominique Finon, publiée le 4 décembre dans Le Monde. Je sais que cette tribune ne vient pas de votre rédaction, mais il me semble qu’il serait de la responsabilité du Monde de ne pas propager de tels discours. Le texte de Dominique Finon rentre tout à fait dans ce que plusieurs chercheurs ont récemment décrit, dans la revue Global Sustainability, comme des « discourses of climate delay ».

Autrement dit, des discours qui ne nient plus le changement climatique mais qui prétendent notamment (il y a plusieurs catégories dans leur article) qu’agir serait plus coûteux que de ne pas agir. Au final, comme le démontrent les auteurs, ces discours n’ont pas d’autre but que ceux des climatosceptiques : freiner les tentatives de limiter les émissions de carbone.

Et de fait, Dominique Finon ne propose rien, dans son article, sinon d’aller beaucoup plus lentement. Or tous les climatologues (ce qu’il n’est pas, il faut le rappeler, car la mention « spécialiste du climat », sous son nom, pourrait être trompeuse) s’accordent à dire que nous n’avons pas le temps d’attendre. En faisant croire qu’agir nous mènerait à un choc plus grand que de ne pas agir, Dominique Finon ignore donc sciemment les vrais spécialistes du sujet (dont les prévisions sont horrifiantes, faut-il le rappeler ? Avec des scénarios probables aujourd’hui de 3 à 4° d’augmentation des températures, disparition de niches écologiques à certains endroits, augmentation des morts dues aux canicules, famines, sécheresses, pandémies…).

En tant qu’historienne, je ne peux pas ne pas faire un parallèle avec la place que Le Monde a un jour accordée à Robert Faurisson. Pas pour faire un point Godwin facile, mais parce qu’il me semble que la situation est assez comparable du point de vue du rapport de la science et des médias : en publiant des avis qui s’opposent à ceux de l’écrasante majorité des spécialistes, vous avez peut-être l’impression de favoriser la pluralité. Mais quand le déséquilibre entre spécialistes est aussi énorme, il faut s’interroger : à quoi sert de mettre en avant, dans un journal de référence, des points de vue qui nient tout ce que la science nous apprend ? Les conséquences peuvent être catastrophiques, et la catastrophe climatique n’a pas besoin qu’on lui donne un coup de pouce.

 

 

Anne-Sophie Anglaret, Paris

«Mutation climatique et économie » : Laurent Fabius sort de son rôle

 «Mutation climatique et économie » : Laurent Fabius sort de son rôle

 

Sans doute un mal existentiel, le président du conseil constitutionnel Laurent Fabius, propose une politique de relance plus écologique. Le propos n’est pas incohérent mais il est pour le moins baroque, voire anticonstitutionnel. En effet le rôle des membres du conseil constitutionnel et de s’en tenir strictement à l’analyse juridique des textes proposés par le gouvernement. Pendant tout leur mandat, ils doivent éviter de s’investir sur la scène politique. Par ailleurs, on voit mal ce qui qualifie Laurent Fabius pour parler avec pertinence de la comparaison entre le covid et la relance économique. Pendant tous ses mandats au gouvernement, Laurent Fabius n’a guère fait la preuve concrète de ces convictions dans le champ environnemental. Il a plutôt été un ministre socialiste libéral classique.

«La mutation climatique est, d’une certaine façon, beaucoup plus grave encore que la Covid, y compris en matière de santé», a d’abord affirmé l’ancien ministre socialiste. «Là où est le paradoxe, c’est qu’on ne fait pas, pour lutter contre la mutation climatique, le même effort qu’on fait pour lutter – à juste raison – contre la Covid. (…) Il n’y a pas de vaccin, d’accord, mais il y a un antidote (…) qui s’appelle l’application intégrale de l’Accord de Paris», a-t-il poursuivi.

« La crise climatique n’ est pas une affaire malthusienne »

« La crise climatique n’ est pas une affaire malthusienne » 

L’énergie est un phénomène qui s’appréhende mal avec des équations forgées au siècle dernier pour étudier la multiplication des mouches dans un bocal, observe l’historien Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique au Monde .

Chronique.

 

Le pic est la grande affaire de notre époque : pic de la pandémie, pic de la population mondiale (prédit pour 2050), pic du pétrole (récemment annoncé par BP). Que les émissions de CO2 stagnent en 2019, et voilà poindre l’espoir d’un autre pic salutaire. Cette figure du pic paraît plus naturelle qu’elle ne l’est en réalité. Que des phénomènes disparates s’y conforment repose sur différentes hypothèses : par exemple que les processus en question passent bien par un pic et non plusieurs, ou que la phase de croissance soit bien suivie d’un reflux de même ampleur. Ce sont ces caractéristiques qui confèrent au pic sa vertu prédictive et salvatrice.

L’omniprésence actuelle du pic n’est pas sans rappeler la période de l’entre-deux-guerres. On scrutait alors avec angoisse les courbes de mortalité (de la grippe espagnole entre autres), mais surtout celles des naissances : en 1927, un Congrès mondial de la population réunit, à Genève, le gratin des néomalthusiens – dont John Maynard Keynes, Raymond Pearl, Julian Huxley et Margaret Sanger – pour discuter du pic de population et des moyens de le hâter.

C’est aussi à cette époque que les biologistes établissent les lois mathématiques gouvernant la croissance et l’effondrement des populations. Raymond Pearl, en étudiant les mouches drosophiles dans un bocal, démontre que leur nombre suit une courbe en S (ou logistique) : une croissance lente, puis rapide, suivie d’un point d’inflexion et d’une asymptote. Et il ne s’arrête pas là. Dans The Biology of Population Growth (1925, non traduit), Pearl fait suivre son étude sur les mouches d’une seconde, portant sur la démographie de l’Algérie. Verdict logistique : la population de ce pays culminera à 5,5 millions d’habitants…

La courbe en S s’appliquerait aussi à l’économie. La croissance exponentielle de la consommation de charbon qui a prévalu au XIXe siècle ne peut perdurer : « Le volume de la planète est strictement limité (…) et il n’est pas besoin de projeter la consommation de houille loin dans le temps avant qu’elle n’atteigne un point où son tonnage correspondrait à un globe entièrement composé de charbon » (Raymond Pearl, Studies in Human Biology, 1924, non traduit). Les néomalthusiens conçoivent la Terre à l’instar d’un bocal au sein duquel l’humanité commence à se sentir à l’étroit. Et ces limites planétaires pourraient produire un chaos immense dont la première guerre mondiale n’a donné qu’un avant-goût.

Réchauffement climatique : le conseil d’État met la France en demeure de prendre des mesures

Réchauffement climatique : le conseil d’État met la France en demeure de prendre des mesures

La France se gargarise évidemment de l’accord de Paris sur le climat, le problème c’est qu’elle ne le respecte pas davantage que les autres. Si la France est effectivement en pointe en matière de déclaration concernant la protection de l’environnement en général et le réchauffement climatique en particulier par contre le décalage entre ses proclamations et son action concrète n’a jamais été aussi grand. Pour preuve, la France a encore été condamnée par les autorités européennes. Pire, le Conseil d’État met en demeure la France de prendre des mesures dans les trois mois pour réduire les émissions polluantes concernant en particulier les gaz à effet de serre.

C’était au départ un recours déposé en janvier 2019 par le maire écologiste de Grande-Synthe, Damien Carême ( élu depuis député européen). Cette ville du nord étant à terme potentiellement exposée à des risques de submersion, l’élu avait attaqué l’État pour «inaction climatique». Le gouvernement avait en effet fait la sourde oreille aux appels de l’édile pour de nouvelles mesures en vertu des accords de Paris. Un collectif regroupant quatre associations, «L’affaire du Siècle» et les villes de Paris et Grenoble se sont jointes au recours.

«Le Conseil d’État juge que la requête de la commune de Grande-Synthe est recevable, cette commune littorale de la mer du Nord étant particulièrement exposée aux effets du changement climatique», note d’abord la haute juridiction. Avant de rappeler que si la France s’était engagée à réduire ses émissions de 40% d’ici à 2030, « elle a, au cours des dernières années, régulièrement dépassé les plafonds d’émissions qu’elle s’était fixés et que le décret du 21 avril 2020 a reporté l’essentiel des efforts de réduction après 2020». Le Conseil d’État donne donc trois mois au gouvernement pour « justifier que la trajectoire de réduction à horizon 2030 pourra être respectée”.

Au-delà de ces délais, la décision implique que la Cour pourrait imposer au gouvernement de nouvelles mesures en faveur du climat, si celui-ci ne parvient pas à justifier sa trajectoire au regard des objectifs fixés par les accords de Paris. « Le Conseil d’État sera en mesure de «forcer la main» de l’exécutif pour le sommer d’agir», explique Christel Cournil, professeure de droit public à Sciences Po Toulouse et auteure de Les procès climatiques : entre le national et l’international. Une première en France. 

Changement climatique : revoir l’approche économique

Changement climatique : revoir l’approche économique

 

La sociologue Dominique Méda détaille, dans sa chronique du Monde, l’insuccès des économistes à comprendre la catastrophe écologique avec leurs outils traditionnels

 

Chronique.

 

Les écologistes doivent-ils rompre avec la critique de la croissance, du productivisme et du capitalisme, pour mener de façon réaliste la « transition écologique » ? En 1972, le rapport du Club de Rome intitulé « Les limites à la croissance » (Rue de l’Echiquier, 2012) – plus connu sous le nom de « rapport Meadows », signé des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology Dennis et Donnella Meadows – prédisait un effondrement de nos sociétés avant la fin du XXIe siècle si des mesures drastiques n’étaient pas prises pour ralentir le rythme de la croissance.

Ces résultats étaient immédiatement et violemment critiqués par un économiste, William Nordhaus, futur récipiendaire, en 2018, du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques. Il reprochait notamment aux Meadows de ne pas introduire la notion de prix dans leur modèle : le signal prix permettrait, selon lui, d’organiser la substitution d’une ressource rare à une autre et d’enrayer, grâce au progrès technologique, à la fois le risque de déplétion des ressources naturelles et de pollution. Avec la crise de la fin des années 1970, les travaux des Meadows ont été oubliés et c’est le modèle proposé par Nordhaus qui a été largement adopté, comme le raconte le passionnant ouvrage Les Modèles du futur (La Découverte, 2007).

L’exactitude des projections des Meadows a pourtant été confirmée par un chercheur australien, Graham Turner, qui les a comparées aux données réelles : il met en évidence la validité de la plupart des prévisions de l’équipe du MIT. Quant aux travaux de Nordhaus, ils font, depuis quelques années, l’objet de vives critiques : selon ses contradicteurs, l’économiste aurait minimisé les effets du changement climatique, considérant que celui-ci n’adviendrait que dans un futur très éloigné, et se serait essentiellement intéressé au coût de la transition écologique sans prendre en compte des questions physiques, indiquant par exemple qu’un réchauffement de 6 degrés coûterait 10 points de PIB et que la solution optimale consisterait en un réchauffement de 3,5 °C en 2100…

Dans un article publié en 2019 sur le site Mint Magazine et traduit en français, l’économiste australien Steve Keen dénonce avec vigueur les travaux de Nordhaus. Il aurait, selon lui, omis d’intégrer dans ses équations une notion déterminante pour les climatologues : celle de point de basculement, qui signifie que les évolutions ne sont pas linéaires et peuvent connaître de brusques changements une fois que certains seuils sont franchis. Il conclut ainsi ses réflexions : « Plutôt que d’“intégrer le changement climatique dans l’analyse économique de long terme”, comme le mentionne son prix Nobel, Nordhaus a emmené l’espèce humaine dans une promenade qui la conduit vers la possibilité d’une hécatombe. Lui emportera son prix Nobel dans sa tombe, mais nous, nous devons nous sortir de cette marche vers la mort, maintenant. Etant donné le niveau irrémédiablement mauvais du travail qu’ont fait les économistes sur les conséquences économiques du changement climatique, cette tâche devrait être laissée entre les mains de climatologues comme Steffen, Lenton et Garrett. On peut au moins leur faire confiance pour comprendre ce qu’est le réchauffement climatique. »

 

Changement climatique : record de chaleur en septembre

Changement climatique : record de chaleur en  septembre

En matière de climat, les records succèdent aux records, c’est encore le cas pour le mois de septembre qui n’a jamais été aussi chaud un peu partout dans le monde. Si la douceur continue jusqu’à décembre 2020 pourrait être une année record en matière d’élévation de la température. “Alors que le monde entre dans une période encore plus chaude, certains (épisodes météorologiques) extrêmes sont susceptibles de se produire plus souvent et avec plus d’intensité”, a averti la chercheuse Freja Vamborg, membre du C3S, interrogée par Reuters.

A l’échelle mondiale, le mois de septembre 2020 a été respectivement 0,05 et 0,08 degré Celsius plus chaud que ceux de 2019 et 2016, qui tenaient jusqu’ici les deux premières places du classement.

Suivant les températures du dernier trimestre, qui dépendront de phénomène comme La Niña et de l’état de la banquise dans l’Arctique, l’année tout entière pourrait devenir la plus chaude jamais enregistrée, souligne le C3S.

Urgence climatique : les contradictions du citoyen

Urgence climatique : les contradictions du citoyen

Le politologue Brice Teinturier constate, dans une tribune au « Monde », que les citoyens n’ont pas encore mis totalement en accord leurs comportements individuels avec leurs convictions écologiques.

 

Tribune. Vu de loin, il peut sembler paradoxal que les Français n’aient pas adopté plus de comportements vertueux en matière de protection de l’environnement, alors que cette préoccupation fait maintenant partie des trois ou quatre sujets qu’ils jugent majeurs, ce qui n’était absolument pas le cas il y a quelques années.

Vu de près, le paradoxe s’éclaire.

Tout d’abord, la prise de conscience des enjeux environnementaux et climatiques n’est, malgré tout, pas sans effet sur les comportements : les enquêtes montrent bien que ceux que l’on peut qualifier de vertueux ont incontestablement progressé chez les citoyens et consommateurs français, que ce soit dans l’alimentation, le tri des déchets, la gestion de l’eau, etc. La question est donc celle de l’ampleur du changement, non sa réalité.

Quatre grands freins à un véritable basculement des comportements subsistent néanmoins.

Vouloir, ou le poids des habitudes. Changer de comportement a un coût – psychologique, organisationnel, économique –, a fortiori quand il s’agit de s’imposer des contraintes supplémentaires là où le confort et la facilité peuvent prévaloir. Il ne faut pas non plus négliger l’incivisme d’une partie de la population, qui continue à jeter sans vergogne mégots ou plastiques dans la nature, à prendre la voiture ou l’avion pour de petits déplacements et ne se préoccupe absolument pas du reste de la population.

On touche là une tendance profonde, l’hyper-individualisme, qui concerne 17 % environ de la population, ceux qui, dans nos enquêtes, déclarent : « Dans la vie, ce qui compte, c’est moi d’abord, les autres viennent toujours après. » Le premier obstacle à l’orientation massive des comportements en faveur de l’environnement est donc la tension entre l’individu et le collectif, le consommateur et le citoyen. Le premier veut des cerises en hiver et des mandarines en été. Le second est sensible aux conséquences : aberration écologique, impact énergétique, destruction des ressources, etc.

Savoir, ou l’intensité de la menace perçue. Certes, la dégradation de l’environnement, le changement climatique, la pollution inquiètent de plus en plus. Mais les études montrent aussi que ces questions restent très abstraites pour une grande partie de la population. En revanche, plus la menace est visible, comme le réchauffement climatique ou la multiplication des épisodes de pollution, plus ce savoir abstrait s’enrichit d’une expérience directe du sujet. C’est bien ce qui s’est produit ces dernières années, mais le chemin de la connaissance est encore long à parcourir et peut conduire à une forme de relativisation de la menace – ce qui est différent de la contestation de sa réalité –, nuisant au basculement des comportements.

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Crise climatique : changer de modèle agricole

Crise climatique : changer de modèle agricole 


Le développement de l’agroécologie paysanne et de la permaculture pourrait permettre d’amortir les conséquences du changement climatique et de déployer en France une agriculture durable et résiliente, affirme, dans une tribune au « Monde », Olivier Hébrard, de l’association Terre & Humanisme. Un article intéressant mais qu’il convient de relativiser car les modalités d’exploitation des sols ont déjà évolué avec notamment moins en moins  de labours profonds et  moins de traitements chimiques. Certes,  il reste encore beaucoup à faire mais l’action ne peut s’inscrire que dans le temps pour transformer à la fois l’offre mais aussi la demande. Et de ce point de vue les consommateurs ont aussi une grande responsabilité.

 

Année après année, la fréquence et la sévérité des sécheresses progressent sur nos territoires, conséquences des changements climatiques en cours. En première ligne, le monde agricole souffre tout particulièrement de la récurrence des températures extrêmes, de leur persistance et des longues périodes sans pluie.

Le modèle agricole français actuel reste largement dominé par l’agriculture dite conventionnelle, reposant en partie sur la chimie et bien trop souvent sur une mauvaise gestion des sols, de la biodiversité et de l’eau. Là où ce modèle parvenait à franchir tant bien que mal les sécheresses estivales il y a encore quelques dizaines d’années, avec leur récurrence et leur persistance, il montre à présent clairement ses limites.

Les sols travaillés en profondeur, les engrais minéraux et les pesticides chimiques sont autant de facteurs qui, année après année, fragilisent les sols et leur enlèvent leur aptitude à retenir et stocker les eaux en période de pluies, puis en période sèche, à les redistribuer progressivement aux plantes, aux aquifères profonds, aux sources et aux cours d’eau.

Ainsi, lors des principaux événements pluvieux, ces sols dégradés génèrent plus facilement des crues. A l’inverse, n’ayant pas pu correctement retenir et stocker les eaux lors des périodes de pluies, ils nécessitent alors rapidement une irrigation conséquente. De surcroît, les prélèvements d’eau agricole s’effectuent souvent dans des nappes et des cours d’eau eux-mêmes mal rechargés pendant les périodes hivernales en raison de cette mauvaise gestion globale des sols, ce qui ne fait qu’accentuer leurs faibles niveaux d’étiage.

C’est notamment dans ce contexte global que les demandes de création de retenues d’eau se multiplient. Si parfois elles s’avèrent fondées et légitimes, bien souvent elles visent à répondre aux besoins en eau d’un système agricole devenu aujourd’hui obsolète. L’arrosage massif de grandes surfaces de maïs, destinées à alimenter du bétail qui, normalement, devrait se nourrir à l’herbe, en est un exemple criant. Le projet de barrage de Sivens, dans le Tarn, est un des cas les plus médiatisés de débats portant sur les liens entre ressource en eau et choix du modèle agricole global.

A la lumière des erreurs passées et actuelles, nous savons aujourd’hui que d’autres modèles agricoles et alimentaires sont possibles, mais aussi que le consommateur, qui se trouve en bout de chaîne, représente un vrai levier. Si celui-ci choisit par exemple de consommer moins de viande mais de meilleure qualité, telle que celle issue de vaches nourries à l’herbe et certifiées en agriculture biologique, et dans la mesure du possible selon un approvisionnement en circuits courts, les effets positifs sur les milieux seront notables.

Fessenheim : réchauffement climatique 2 – climat 0

Fessenheim : réchauffement climatique 2 – climat 0

Le GIFEN, qui représente l’ensemble des industriels de la filière nucléaire française, déplore cette décision de fermeture de Fessenheim ( cadeau surtout fait par François Hollande à Europe écologie les Verts en 2012), qui fragilisera considérablement le tissu économique local et contribuera à l’accroissement des émissions de CO2. Par Cécile Arbouille, déléguée générale du GIFEN.

« Aujourd’hui, les équipes d’EDF ont mis à l’arrêt le second réacteur de la centrale nucléaire de Fessenheim (Bas-Rhin), en application du décret gouvernemental du 18 février abrogeant l’autorisation d’exploitation de la centrale par l’électricien français. Quatre mois après l’arrêt du réacteur 1, la mise à l’arrêt du second réacteur met fin, de manière prématurée, au bon fonctionnement d’une installation dont l’Autorité de sûreté nucléaire elle-même, en 2015, rappelait la sûreté irréprochable. Le GIFEN, qui représente l’ensemble des industriels de la filière nucléaire française, déplore cette décision, qui fragilisera considérablement le tissu économique local et contribuera à l’accroissement des émissions de CO2.

Vers l’importation d’électricité fortement carbonée

Depuis sa mise en service en 1977, la centrale nucléaire de Fessenheim produisait en moyenne 11 milliards de kWh par an, soit l’équivalent de 70% de la consommation d’une région comme l’Alsace – avec presque deux millions d’habitants. Sa fermeture est avant tout un coup dur pour  la lutte contre le réchauffement climatique ; l’énergie issue des éoliennes et des panneaux solaires – des énergies intermittentes – ne saurait suffire pour combler l’arrêt de la production de la centrale.

Il y a donc fort à parier qu’il faudra importer de l’électricité produite en dehors du territoire français, à partir de sources fortement émettrices de CO2 comme le charbon ; rappelons que pour 812 g de CO2/KWh, le charbon produit 67 fois plus de CO2 que le nucléaire et ses 12g de CO2/KWh.

Vers un désert économique à Fessenheim

 

La fermeture de Fessenheim suscite également une inquiétude légitime, non seulement pour les entreprises de la filière et leurs collaborateurs, mais aussi pour les populations locales : avec près de 2.000 emplois directs et indirects (salariés EDF, salariés des entreprises prestataires et sous-traitants), mais aussi 14 millions d’euros de taxes versées aux collectivités locales en 2019, elle constituait un véritable poumon économique local.

Son démantèlement, qui devrait débuter en 2025 pour une durée prévisionnelle de 15 ans, ne générera pas autant d’emplois que ceux nécessaires à une centrale en exploitation. Par ailleurs, le « projet d’avenir » initié en 2019 par le Ministre de la Transition écologique et solidaire pour le territoire de Fessenheim ne présente pas d’avancées concrètes et n’apporte pas la clarté nécessaire pour l’avenir du territoire ; en témoigne l’inquiétude manifestée en février dernier par plusieurs élus de la communauté de communes Pays Rhin-Brisach et du Conseil départemental du Haut-Rhin.

Fessenheim, une centrale sure

Enfin, l’ancienneté de Fesseinheim – invoquée par certains pour justifier sa fermeture, n’est pas un argument rationnel : l’Autorité de Sûreté nucléaire, réputée pour sa rigueur et son indépendance, faisait encore valoir en 2018 l’exemplarité des installations de Fessenheim en matière de sûreté. En dépit de la fermeture d’une installation sûre, bas carbone et compétitive, le GIFEN reste plus que jamais déterminé à faire valoir la capacité de la filière nucléaire française à participer au renouvellement du parc nucléaire français et à poursuivre l’exploitation du parc existant.

Le travail cause de la pandémie et du changement climatique) ? Marc Guyot et Radu Vranceanu)

Le  travail  cause de la  pandémie  et du  changement climatique) ? Marc Guyot et Radu Vranceanu)

 

 

 

 

Chronique de Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs d’économie à l’ESSEC dans la Tribune

 

Le déconfinement et la reprise progressive de l’activité dans un grand nombre de domaines a également touché la production de manifestes indiquant la direction que l’humanité doit prendre une fois la crise résolue. La lecture du document « Démocratiser l’entreprise pour dépolluer la planète » est édifiante

 

Celui publié dernièrement par Le Monde et d’autres journaux internationaux ce vendredi 15 mai - Démocratiser l’entreprise pour dépolluer la planète - atteint des sommets à la hauteur de la période que nous vivons. Ses respectables auteurs, tous universitaires reconnus dans leur domaine de spécialisation propre, affirment que l’exploitation des travailleurs dans les entreprises et l’économie de marché sont non seulement la cause du changement climatique mais également celle de la crise du coronavirus. Dès lors, leur proposition pour vaincre le virus et stopper le changement climatique est l’emploi garanti pour tous et la co-représentation des travailleurs dans les conseils d’administration. Bien qu’ils dénomment « green deal » cette proposition, on ne voit pas immédiatement en quoi l’emploi garanti à vie ou l’autogestion pourraient contribuer à stopper la pandémie et diminuer les émissions de dioxyde de carbone.

On y apprend par ailleurs que c’est la soumission de l’hôpital aux lois du marché qui est la cause du nombre élevé de décès dus au coronavirus. Le ministère de la Santé, les ARS et le haut personnel de direction de ces places fortes de l’interventionnisme d’Etat apprécieront. On doit donc déduire en corolaire que les relativement bonnes performances des hôpitaux et des systèmes de santé allemand ou sud-coréen proviennent d’une meilleure résistance à l’économie de marché.

En reprenant un concept ancien, présent dans une littérature très spécifique, les auteurs dénoncent la « marchandisation » du travail, qui, selon eux, ne doit pas être vendu et échangé comme une marchandise ordinaire. Pour les rassurer, nous leur recommandons la lecture des 3.500 pages du code du travail français et particulièrement celle des mille et une règles qui fixent le salaire minimum, la durée maximale du travail, la durée minimale, les congés, la couverture sociale, les modalités de négociation, les sanctions pour licenciement abusif, les droits de chômeurs, etc. Sans considération pour la protection du travail propre à notre pays, ils demandent donc la création d’une garantie d’emploi pour tous, financée en Europe par… la BCE. La suggestion d’un tel transfert de dépenses directement sur la banque centrale rejoint celles des grands partis populistes qui rêvent encore d’un retour aux monnaies nationales et d’une monétisation des dépenses sociales, en tout dédain du risque d’inflation. Cette proposition risque de recevoir un accueil particulièrement froid chez nos amis allemands.

Conscient peut-être que leurs propositions ne sont pas franchement nouvelles, les auteurs du manifeste proposent néanmoins du neuf en matière de novlangue. Les employés ne sont plus des travailleurs mais des « investisseurs en travail ». Les auteurs insistent également sur le fait que les humains au travail ne sont pas des ressources. Faudra-t-il débaptiser dans l’urgence les départements des ressources humaines dans toutes les infâmes entreprises et leur trouver un nom novlangue moins attentatoire à leur dignité ? Nous attendons la position de la ministre du Travail ex-directrice des ressources humaines d’une grande entreprise présumée maltraitante.

En cherchant bien dans le manifeste, il est néanmoins possible de trouver des points sur lesquels il est possible d’être d’accord. Il est dit que les personnels essentiels qui ont travaillé pendant la période de confinement ont témoigné de la dignité du travail et de l’absence de banalité de leurs fonctions. Nous appuyons sans réserve ces paroles qui par ailleurs sont approuvées par 100% des Français.

De notre côté nous estimons que la crise révèle la nécessité d’une révision en profondeur de l’organisation de notre système de soin dont la faille essentielle n’est pas dans les moyens alloués mais dans le gaspillage de ceux-ci du fait d’une centralisation extrême qui a montré encore une fois ses limites. Nous partageons également l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique mais nous estimons que l’objectif de limitation de l’augmentation des températures à 2 degrés en 2050, tel qu’il a été défini par les accords de Paris, peut être atteint par un déploiement courageux de la taxe carbone et par le développement de l’énergie renouvelable tiré par l’innovation technologique et la finance verte.

 

« La crise sanitaire présage la crise climatique »

« La crise  sanitaire présage la crise climatique  »

 

 

Edouard Bard, Climatologue dans une tribune au « Monde » voit dans cette crise une « répétition générale ».

‘La pandémie de Covid-19 n’est sans doute pas d’origine climatique, même si nous n’avons pas encore de certitude sur les éventuels changements environnementaux qui auraient pu rapprocher les populations des animaux hôtes (chauve-souris et pangolin) de l’homme. Néanmoins, l’épidémie en cours donne à réfléchir aux climatologues, car elle préfigure en accéléré la propagation du réchauffement mondial prévu pour les prochaines décennies. La crise provoquée par le coronavirus constitue en quelque sorte une répétition générale, un crash test, pour les sociétés humaines.

Bien évidemment, la vague climatique s’inscrit dans une durée plus longue que celle du Covid-19, mais on constate les mêmes réactions individuelles et collectives face au risque et à l’adversité, avec des réflexes d’incrédulité, de sidération ou de panique. Au début des crises, certains émettent des doutes sur l’importance du problème en remettant en question la parole des experts scientifiques sur des sujets hautement complexes. Les tâtonnements et joutes scientifiques ajoutent à la confusion dans l’esprit des populations et des décideurs, et alimentent de leurs débordements la blogosphère et les réseaux sociaux.

Pour les deux types de crises, on assiste aussi à une remise en question des prévisions fondées sur des modèles mathématiques qui sont pourtant le meilleur moyen pour se projeter quantitativement dans le futur. Les plus extrêmes profitent de l’occasion pour propager des thèses complotistes à la recherche de boucs émissaires.

Au-delà de ces caricatures, les crises épidémiques et climatiques montrent des similitudes bien réelles et malheureuses pour les populations humaines. La crise sanitaire que nous traversons aura un impact plus fort sur les plus pauvres à l’échelle internationale, ainsi qu’au sein de la population d’un même pays. Même si la propagation en Afrique est en retard par rapport à celle des autres continents, on voit déjà s’esquisser un drame humain pour des populations qui n’ont pas les moyens de se protéger et de se soigner. Certains s’inquiètent de la persistance du virus dans certaines régions, constituant des réservoirs permanents prêts à alimenter de nouvelles poussées épidémiques.

Un impact maximal sur les populations pauvres s’observe aussi pour le changement climatique. L’évolution récente des précipitations est beaucoup plus contrastée à l’échelle régionale que celle des températures, et les modèles climatiques prévoient un creusement des contrastes régionaux de précipitations. Le réchauffement et la baisse de la ressource en eau (incluant l’eau « virtuelle » liée aux importations de nourriture) auront un effet catastrophique sur les nations les plus déshéritées, souvent tributaires d’une agriculture précaire pour nourrir des populations sensibles à toute perturbation supplémentaire, comme les épidémies. »

 

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