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« Démocratie : Pour un Plan d’action européen « ( Dacian Ciolos)

« Démocratie : Pour un Plan d’action européen « ( Dacian Ciolos)

 

Dacian Ciolos député européen, président du groupe centriste estime dans l’Opinion que la démocratie en Europe est malade.

 

Tribune

 

 

Pour rester en bonne santé, nos démocraties doivent s’adapter : intégrer le numérique sans devenir virtuelles, encourager la participation et l’implication citoyenne sans devenir populiste, défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression sans laisser le chaos prendre le pas sur l’information vérifiée, préserver un débat transparent et respectueux.

L’urgence à rénover nos pratiques démocratiques est pressante pour l’ensemble de nos démocraties, mais elle l’est encore plus pour l’Union européenne. Echelon le plus éloigné de la plupart de nos citoyens, plus que tout autre collectivité, elle doit apporter la preuve permanente de la légitimité de ses décisions, et éclairer le lien entre ses décisions et la vision d’un avenir commun à l’ensemble des Européens.

Quand l’Europe échoue, ses choix sont vite tournés en dérision ou accusés d’être non démocratiques, y compris au terme d’années de débat – parfois difficilement lisibles pour les citoyens

Quand elle échoue, ses choix sont vite tournés en dérision ici et là, ou accusés d’être non démocratiques, y compris au terme d’années de débat certes minutieux et prenant en compte les équilibres complexes d’une Europe diverse, mais aussi parfois opaques et difficilement lisibles pour les citoyens.

Le sursaut de participation aux dernières élections européennes montre l’intérêt grandissant pour l’Europe, en particulier celui de la jeune génération. Il montre à quel point le plan d’action pour la démocratie que vient de présenter la Commission est une opportunité de construire une nouvelle dynamique autour du projet européen, une dynamique alliant une grande démocratie représentative, s’appuyant pleinement sur le Parlement européen, à un engagement citoyen renforcé. C’est d’ailleurs pour cela que nous portons la Conférence sur l’avenir de l’Union européenne. Son succès dépendra de sa capacité à être largement ouverte à la participation citoyenne.

Les chantiers à ouvrir sont multiples. Bien entendu il faut se prémunir face à la Chine, la Russie, la Turquie, et malheureusement aussi à des forces politiques au sein même notre Union qui ont depuis longtemps intégré le potentiel des nouveaux outils du débat public pour affirmer des projets autoritaires. Ils sont passés maîtres dans l’organisation, chez eux, de simulacres de démocratie, et chez nous, maîtres de l’influence et de la manipulation de l’opinion. Le Brexit en est un triste exemple dont l’Europe, y compris le Royaume-Uni, se mordra les doigts encore longtemps.

Mais notre agenda pour la démocratie européenne ne doit pas être seulement défensif. Lutter contre la manipulation de l’information est absolument fondamental, mais se limiter à cela reviendrait à construire une digue fragile face à l’océan et à alimenter la défiance. Il convient au contraire de façon audacieuse d’affirmer dans notre société le rôle et la voix de chaque citoyen. Ne nous limitons pas à lutter contre la propagande, bâtissons aussi la démocratie de demain.

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe depuis 2019. Il est ancien Premier ministre de Roumanie. Sa chronique «Europa» est publiée en alternance avec celle de Manfred Weber, président du groupe PPE, chaque dimanche sur lopinion.fr et le lundi dans le journal.

«UE: la questions des égoïsmes nationaux». (Dacian Ciolos*)

«UE: la questions des égoïsmes nationaux». (Dacian Ciolos*)

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe depuis 2019. ancien Premier ministre de Roumanie, il  insiste sur la question des égoïsmes nationaux.  ( l’Opinion)

 

 

« Wir schaffen das ! Nous y arriverons ! En prononçant ces mots le 31 août 2015, la chancelière allemande Angela Merkel n’avait sans doute pas mesuré l’ire que cette formule allait déclencher à l’extrême droite de l’échiquier politique, ni la frilosité de ses partenaires à répondre à son appel.

Néanmoins, pour bon nombre d’Européens, cette main tendue et cette volonté sans faille de faire passer les valeurs d’accueil et de solidarité avant une gestion étroite et égocentrée d’un pays avait réchauffé le cœur et donné de la fierté de porter les couleurs européennes, bien au-delà des frontières allemandes.

Alors que l’Allemagne vient de prendre la présidence tournante de l’Union, les défis de ces six prochains mois sont au moins aussi grands, sinon plus, que ceux de la crise migratoire de 2015. Déjà, l’extrême droite se tient en embuscade pour souffler sur les braises des drames humains générés par la crise économique, qui suit la crise sanitaire du coronavirus. Déjà, les plans sociaux se succèdent à la Une des journaux.

A nouveau, il s’agit de faire passer nos valeurs et nos principes avant nos égoïsmes nationaux pour construire une réponse solidaire et efficace. Sous l’impulsion notamment de la France et du Parlement européen, s’est dessiné un plan de reconstruction unique en son genre, fondé sur une volonté de solidarité financière sur plusieurs décennies, entre Européens, pour relever les défis de la crise, symbolisé par l’émission de dette commune. Ce sursaut de solidarité doit maintenant avoir un écho au-delà des frontières franco-allemandes ou des portes du Parlement européen et transcender les clivages qui divisent trop souvent nos Etats membres.

Avant d’ajuster les chiffres pour remporter l’assentiment de chacun, les Vingt-sept devront s’entendre sur des principes qui traduisent une vision de l’avenir commun de nos pays

Conditionnalité. La tentation pourrait exister de se focaliser sur les chiffres, rabais et chèques, qui font partie du rituel classique d’une négociation budgétaire dans la dernière ligne droite. Toutefois, on ne fonde pas une politique sur une approche comptable, mais sur une vision et des valeurs partagées. Avant d’entamer la ligne droite permettant d’ajuster les chiffres pour remporter l’assentiment de chacun, les Vingt-sept devront s’entendre sur des principes qui traduisent une vision de l’avenir commun de nos pays. La conditionnalité des fonds à l’Etat de droit en est une. Le développement de ressources propres permettant de donner une véritable autonomie et souveraineté budgétaire à l’Europe en est une autre.

Bien entendu, Charles Michel, qui porte les négociations budgétaires européennes depuis des mois, le sait parfaitement : ces deux principes, Etat de droit et ressources propres sont battus en brèche, notamment par le président hongrois Viktor Orban ou la Pologne du PiS. Ces deux régimes préfèrent tirer les bénéfices à court terme de l’Union sans aucun engagement de long terme. Mais, encore une fois, et comme le Président du Conseil le fait depuis le début de son mandat, les valeurs doivent venir avant les chiffres, et toute inversion des valeurs doit être fermement rejetée. Et c’est en cela – être solide sur nos valeurs – que le renfort de la présidence allemande de l’UE sera attendu.

Dacian Ciolos est député européen, président du groupe centriste et libéral Renew Europe depuis 2019. Il est ancien Premier ministre de Roumanie. Sa chronique «Europa» est publiée en alternance avec celle de Manfred Weber, président du groupe PPE, chaque dimanche sur lopinion.fr et le lundi dans le journal. »




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