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Ralentissement économique ou choc mondial : la France mal préparée

Ralentissement ou choc mondial : la France mal préparée

La politique tarifaire de Donald Trump, actuellement en pause pour trois mois, pourrait provoquer un ralentissement économique mondial. Toutefois, la question demeure sur son ampleur : s’agira-t-il simplement d’un ralentissement ou d’une récession mondiale ? Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, Professeurs à l’ESSEC dans La Tribune .

C’est entendu, la politique tarifaire de Donald Trump, en pause pour trois mois, va provoquer un ralentissement mondial. En revanche, il n’y a pas consensus sur son ampleur. Aura-t-on un simple ralentissement comme le pensent l’OCDE et le FMI ou une vraie récession mondiale comme le craignent un certain nombre d’instituts privés ? Il est bien sûr difficile de répondre, car nul ne peut prédire les choix de Donald Trump.

Si les É.-U. maintiennent des tarifs élevés sur la majorité des importations de Chine et d’Europe et si la Chine réplique – ce qui est déjà le cas alors que l’Europe ne réplique pas, la nature de la crise sera spécifique pour chaque zone. Pour les États-Unis c’est un choc d’offre important. En effet, il va provoquer une forte augmentation des prix de tous les biens importés, une remise en cause des chaines de production existantes et en fin de compte, la relocalisation de la production avec une certaine perte d’efficacité productive. Dans un premier temps, la demande devrait également diminuer, du fait de la hausse des prix des importations. Les entreprises dont le prix de nombreux facteurs de production va augmenter et qui devront trouver de nouveaux fournisseurs sont en situation d’incertitude sur leur profitabilité ce qui va également peser sur la demande globale. Il y aura donc un double effet d’augmentation de l’inflation et d’augmentation du chômage sur fond de ralentissement économique. Une crise du même type devrait affecter la Chine, mais probablement de moindre ampleur du fait de la moindre exposition aux importations et de sa capacité de réorienter la demande vers la consommation interne.

Si dans l’immédiat l’Europe ne répond pas aux É.-U. avec une hausse de son tarif douanier, l’essentiel du choc sera un choc de demande classique engendré par la baisse des exportations. Ce type de choc génère peu ou pas d’ inflation (voire de la déflation), mais un fort ralentissement économique. Tous les pays membres de l’UE seront exposés à ce ralentissement, les plus touchés étant les partenaires commerciaux des É.-U.

Dans cette crise à venir, comme dans toutes crises économiques créées par un choc externe, il est du devoir de chaque gouvernement de préparer un plan de protection et de sauvegarde de l’emploi pour éviter que le chômage ne pèse trop sur leurs concitoyens. Tout plan doit avoir une composante court-terme pour gérer l’urgence et une composante long-terme pour anticiper avec sagesse les éventuels changements structurels. Les considérations de géopolitiques et géoéconomiques ne pouvant plus être ignorées, à long terme, l’UE et la France devront mener une politique de soutien à l’industrie. À court terme, la politique économique comporte une dimension budgétaire et une dimension monétaire.

Pour la France, membre de la zone euro, la politique monétaire est du ressort de la BCE. En période de crise de demande, la tâche de celle-ci est relativement simple, car l’objectif de stabilité des prix et le soutien de l’emploi sont convergents. Si elle est possible, la réduction des taux d’intérêt de court terme devrait favoriser l’investissement et éventuellement contribuer à la dépréciation de l’euro, ce qui est de nature à soutenir les exportations. Avant impact douanier, l’inflation de la zone euro est à 2,2% en mars 2025 et en bonne voie vers 2%, alimentée par la faible croissance européenne. Sans surprise, la BCE a ramené le 17 avril son taux de refinancement de 2,5% à 2,25%, et devrait continuer à le réduire.

La politique monétaire de la zone euro sera forcément tributaire des choix de politique commerciale. Si l’UE décide de répondre à Donald Trump en imposant des tarifs douaniers, il y aura un effet positif sur les prix, qui devrait compliquer la tâche de la BCE. Il serait souhaitable d’éviter cette réaction émotionnelle, du moins le temps de voir plus clairement quels sont les secteurs les plus impactés. L’autre inconnue est le dollar. Dans le passé, à chaque fois qu’un choc majeur a frappé l’économie mondiale, le dollar s’est apprécié. Actuellement, au contraire, le dollar est en forte dépréciation, ce qui est en ligne avec l’objectif de Trump de rétablir l’équilibre de la balance commerciale américaine. Cependant cette baisse du dollar exprime essentiellement la perte de confiance massive dans le billet vert. La contrepartie est une appréciation de l’euro, de nature à pénaliser encore plus les exportateurs européens. D’un autre côté, l’appréciation de l’euro diminue le prix des importations et notamment le prix de l’énergie. Donald Trump de son côté a saisi la baisse des taux de la BCE pour alimenter ses vitupérations contre Powell « l’incompétent » qui ne baisse pas les taux d’intérêt alors que même les Européens le font. De notre point de vue, le gouverneur de la Fed est aligné avec la poussée inflationniste qui va résulter des nouveaux tarifs et de la dépréciation du dollar dans les mois qui suivent.

La politique budgétaire consiste à prévoir une enveloppe d’un montant conséquent avec deux objectifs. Le principal est de protéger les industries exportatrices, l’autre objectif pouvant être de relancer l’activité globale avec des commandes publiques. La Corée du Sud a annoncé un plan de 2 milliards de soutiens d’urgence des constructeurs automobiles et de 23 milliards pour les fabricants de puces électroniques. La Chine prépare également son plan de soutien. L’Espagne de son côté a annoncé un plan de 16 milliards d’euros. L’Allemagne a annoncé en mars un plan d’investissement de 1000 milliards d’euros sur 10 ans, en dépenses militaires et en infrastructure. Ces plans ont été rendus possibles par le faible endettement de ces États. La France de son côté, championne des déficits publics de la zone euro et surendettée, a annoncé une politique de contraction de la dépense publique de 40 milliards et prépare un sévère tour de vis fiscal. En d’autres mots, le gouvernement va accompagner le choc tarifaire par un choc budgétaire amplifiant ainsi l’effet récessif et la hausse du chômage.

Pauvre France, bien dépourvue face à la bise qui vient. N’ayant plus le moindre fonds à dépenser, non seulement le gouvernement ne peut pas protéger nos entreprises et nos concitoyens du choc Trump, mais en plus il va l’aggraver avec son choc budgétaire et fiscal. Nous ne jetons pas la pierre à François Bayrou. Entre deux maux, il faut choisir le moindre et c’est ce qu’il fait. En revanche, Emmanuel Macron et les gouvernements successifs portent une lourde responsabilité dans le dénuement français.

Vers un choc boursier ?

Vers un choc boursier ?

L’année 2025 débute sur une correction notable des marchés, avec un recul de 8,9 % du S&P 500 par rapport à son sommet précédent. Ce déclin survient dans un contexte d’inflation persistante, de tensions commerciales et d’incertitudes monétaires. La situation actuelle évoque des similitudes avec 2018, mais les dynamiques de marché ont-elles changé depuis ? Par Anne-Laure Frischlander-Jacobson, fondatrice d’Evvest dans La Tribune

Le début d’année 2025 s’est ouvert sur une correction notable des marchés. Le S&P 500 affiche 5 656 points, en recul de 8,9 % par rapport à son dernier sommet. Ce repli s’inscrit dans un contexte où inflation persistante, tensions commerciales et incertitudes monétaires pèsent sur les investisseurs. La situation actuelle rappelle en de nombreux points celle de 2018, une année marquée par des turbulences économiques similaires.

Pourtant, 2019 avait surpris par un rebond spectaculaire de 28,9 %. Faut-il s’attendre à un scénario comparable en 2025, ou bien les dynamiques de marché ont-elles changé ?

Un marché sous tension, entre inflation et incertitude

Trois forces macroéconomiques pèsent sur le S&P 500 et brouillent les perspectives.

L’économie américaine ralentit sous l’effet de taux d’intérêt élevés. La consommation fléchit, le crédit se renchérit et l’immobilier marque le pas, signe que la politique restrictive de la Fed produit ses effets.

L’inflation reste au-dessus de 2 %, contraignant la banque centrale à un arbitrage délicat : assouplir trop tôt risquerait de relancer la hausse des prix, mais maintenir des taux élevés prolongerait le freinage économique.

Enfin, la montée du protectionnisme, avec de nouveaux tarifs douaniers américains, alimente l’incertitude et fragilise les chaînes d’approvisionnement. Les investisseurs scrutent la politique monétaire et les tensions commerciales, déterminants majeurs de la trajectoire des marchés en 2025.

Trois trajectoires possibles pour 2025

L’année pourrait suivre trois grands scénarios, en fonction de l’évolution des politiques monétaires et des dynamiques macroéconomiques.

Le scénario central, jugé le plus probable, est celui d’une correction modérée suivie d’une stabilisation progressive. Le S&P 500 pourrait reculer entre 5 100 et 5 400 points, soit une baisse de 10 à 15 % par rapport à son niveau actuel, avant d’amorcer un rebond porté par une détente monétaire. Si la Fed parvient à réduire ses taux sans raviver l’inflation, les investisseurs retrouveront progressivement confiance, favorisant une reprise ordonnée des marchés.

Dans une hypothèse plus optimiste, un rebond express pourrait se produire. Une accalmie sur le front des tensions commerciales et un assouplissement plus rapide de la politique monétaire américaine pourraient propulser le S&P 500 au-delà de 6 500 points, soit une hausse de 15 % ou plus. L’essor des valeurs technologiques, toujours moteur des indices américains, jouerait un rôle clé dans cette dynamique haussière.

À l’inverse, un scénario pessimiste, bien que moins probable, ne peut être écarté. Si l’économie mondiale bascule dans la récession tout en maintenant une inflation persistante, le marché pourrait connaître une chute brutale, ramenant le S&P 500 entre 4 000 et 4 500 points, soit une correction de 20 à 30 %. Un tel contexte, combinant contraction économique et politique monétaire rigide, rappellerait les épisodes de stress financier les plus marquants de la dernière décennie.

Comme en 2018, les incertitudes macroéconomiques pèsent sur le marché, et les investisseurs avancent avec prudence. Pourtant, l’histoire récente a prouvé que les marchés sont capables de résilience. Après une année 2018 difficile, 2019 avait enregistré un spectaculaire rebond. La clé de la reprise tiendra à la capacité des autorités monétaires à ajuster leur politique sans créer de déséquilibre majeur.

Dans un marché où l’incertitude règne, les investisseurs avisés privilégieront une approche diversifiée, en se tournant vers des valeurs défensives et des secteurs capables de résister aux cycles économiques. 2025 pourrait bien être une année charnière, où l’agilité et la prudence feront la différence.

Union européenne : le choc d’ambitions qui manquent

Union européenne : le choc d’ambitions qui manquent

Rien n’est dit, dans le programme de compétitivité de la Commission, de la manière dont vont pouvoir être soutenus simultanément les efforts en matière d’innovation et de décarbonation, dénonce la sociologue dans Le Monde.

Par Dominique Méda

Professeure de sociologie à l’Université Paris Dauphine-PSL et présidente de l’Institut Veblen

 

Alors que les tentatives de déstabilisation de l’Europe se multiplient, qu’un chef d’entreprise américain s’ingère dans la campagne législative allemande pour soutenir un parti d’extrême droite (après avoir fait un salut nazi) et que les conséquences dramatiques de la crise écologique n’ont jamais été autant documentées – « Une chaleur extrême tuera des millions de personnes en Europe sans une action rapide », affirme la revue Nature –, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a prononcé, le 29 janvier, un discours qui ne paraît pas à la mesure des enjeux.

Présenté comme une « boussole pour la compétitivité », ce programme censé donner le cap pour les cinq années à venir propose comme projet phare… « un choc de simplification », cédant ainsi non seulement aux demandes de plus en plus insistantes des organisations patronales mais aussi à la mode (re)lancée de façon spectaculaire par les présidents argentin, Javier Milei, et américain, Donald Trump : déréglementer, déréguler, couper dans les dépenses publiques, mettre l’Etat sous surveillance du marché et donner tout pouvoir aux entreprises et à leurs actionnaires.

Dans ce choc vont être emportés les principaux éléments qui faisaient de l’Europe le leader de la transition écologique et sociale : l’obligation faite aux entreprises de rendre compte de la manière dont elles traitent leurs salariés, leurs parties prenantes et l’environnement (directive CSRD), et dont elles prennent en compte les droits humains tout au long de leur chaîne de valeur (directive sur le devoir de vigilance). En effet, bien qu’Ursula von der Leyen se défende de vouloir remettre en cause les objectifs climatiques européens, ceux-ci ne constituent clairement plus une priorité.

Le choc entre l’économique et le politique

Le choc entre l’économique et le politique

 

Que ce soit sous la pression des Français ou celle des marchés, le nouveau gouvernement ne pourra pas continuer impunément dans la voie tracée par Emmanuel Macron, estime l’économiste Robert Boyer dans une tribune au « Monde ».

Jupiter s’est transformé en marionnettiste. Jusqu’à trouver le nom d’un premier ministre, il a joué à organiser la vie parlementaire à la place des députés, sans avoir besoin de leur demander leur avis. Son projet est clair : donner l’impression d’avoir compris les demandes des citoyens, mais, en fait, ne rien changer par rapport aux lignes rouges définies par ses priorités de 2017. Les marchés financiers se comportent comme s’ils anticipaient qu’aucun changement majeur n’interviendrait et que la stratégie économique d’Emmanuel Macron va finalement se poursuivre. La nomination de Michel Barnier les confirme dans ce pronostic. Que d’erreurs de jugement !

Il n’a été question que de trouver une personnalité charismatique qui rendrait possible l’impossible, tout à fait indépendamment d’une discussion sur l’orientation stratégique du nouveau gouvernement. L’entonnoir imaginé par ses conseillers s’est avéré en fait déboucher sur un cercle vicieux, car le président a d’abord soupesé la candidature d’une personnalité de la société civile, puis de la gauche, pour finalement choisir un premier ministre de droite.

Il faut aussi se souvenir que la décision inopinée de dissoudre l’Assemblée était fondée sur l’anticipation d’un vote de défiance à l’occasion du budget 2025. Ce qu’il aurait été possible de faire, grâce à de discrets contacts tout au long de l’été afin de forger des alliances, est devenu encore plus difficile, compte tenu du rétrécissement de l’ancienne majorité relative, aujourd’hui divisée. On pouvait espérer mieux de la clarification politique annoncée par Emmanuel Macron en juin.

Cette tripartition de l’espace politique bloque l’émergence d’une majorité, car aucun des trois programmes annoncés lors des élections législatives n’est à même de surmonter les faiblesses structurelles de l’économie française.

Malgré un vigoureux soutien aux entreprises, la politique du gouvernement n’a pas créé un retour de la croissance, refondant ainsi la possibilité d’un jeu à somme positive et croissante. La contradiction entre l’économique et le politique est flagrante : selon des modalités diverses, les citoyens ont exprimé des demandes économiques et sociales qui ne peuvent être satisfaites du fait de l’épuisement du régime de croissance. C’est la raison pour laquelle le blocage politique est aussi l’expression de l’affaiblissement progressif de l’économie française.

 

France : l’urgence d’un choc de productivité

France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

Economie France : l’urgence d’un choc de productivité

Economie France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

France : l’urgence d’un choc de productivité

France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

Législatives : Un choc de dépenses de 100 milliards pour la gauche

Législatives : Un choc de dépenses de 100 milliards pour la gauche

Les chiffres des programmes politiques atteignent parfois des centaines de milliards. Mélenchon avait avancé le chiffre de 200 milliards. Officiellement la gauche indique que les nouvelles dépenses pourraient atteindre autour de 100 milliards en 2025 soit à peu près autant que les nouvelles recettes découlant de la politique fiscale qui viserait les plus riches. De toute manière des chiffres assez approximatifs qui n’ont qui ne font pas véritablement le lien entre les dimensions sociales et les dimensions économiques. Tout repose en effet sur des hypothèses de croissance hypothétique. En effet si la France devait encore perdre en compétitivité et en activité économique générale, mécaniquement les rentrées fiscales diminueraient aussi. Sans parler de la hausse des taux d’intérêt d’un pays de plus en plus endettés.

Les programmes des trois principales composantes en tête des sondages prévoient toute des dépenses supplémentaires sans un équilibre certain des ressources. La gauche en particulier

 

« L’alliance  des gauches et des écologistes prévoit 100 milliards d’euros de recettes supplémentaires. Sont attendus, entre autres, un impôt sur les successions des plus hauts patrimoines (17 milliards d’euros), un impôt sur le revenu avec un barème composé de 14 tranches (5,5 milliards d’euros) ou encore la suppression de la flat tax (2,7 milliards d’euros). D’ici 2027, les dépenses pourraient monter à 125 milliards d’euros ».

Une politique fiscal et un chiffrage largement critiqués chez beaucoup d’experts. Désorientation cependant à relativiser car les promesses de campagne se heurtent souvent aux réalités au moment de la gestion.

Industrie : Un choc anti normes en Europe

Industrie : Un choc anti normes en Europe

Trois pays , la France l’Allemagne et l’Italie, sont convenus de favoriser un choc anti norme en Europe. Notons quand même que ce sont ces mêmes pays-sauf l’Italie- qui ont largement complexifier les procédures qu’ils souhaitent  maintenant alléger.

 
Il faut « éliminer les charges administratives inutiles », font désormais valoir les trois premières économies de l’UE, l’Allemagne, l’Italie et la France. Et « simplifier » le mille-feuille de réglementations qui s’impose aux entreprises du territoire, en premier lieu les PME.

 

Dans la déclaration commune des trois pays, on affirme que « la simplification et l’accélération des procédures administratives de l’UE », y compris « pour l’octroi de permis et l’accès aux programmes de financement européens et aux aides d’État ». Et ce, en invitant la Commission à « mettre en œuvre un programme de simplification ambitieux » éliminant les « chevauchements de réglementation ». L’idée serait ainsi de « supprimer » les règles « obsolètes ou non pertinentes » et lancer des « tests de réalité » au niveau européen dans des domaines prédéterminés afin « d’identifier » la « bureaucratie superflue ».

Concrètement, il s’agirait par exemple de « réduire les obligations de déclaration » pour les PME. En effet, en mars 2023, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait annoncé une réduction de 25% des obligations de déclaration pour les PME, afin d’alléger les exigences administratives. Mais selon les trois ministres, il faudrait aller « bien au-delà » de ce seuil.

Par ailleurs sur la question de la compétitivité internationale les trois pays évoqués sont encore loin d’être d’accord. La France souhaitant davantage de régulation et l’Allemagne étend beaucoup plus réticente. Le ministre  français de l’économie constate que « Le déficit commercial entre la Chine et l’Europe a été multiplié par 3 en 10 ans, en passant de 100 à 300 milliards d’euros, il faut donc, à mon sens, savoir s’il ne faut pas réserver les marchés publics à des produits made in Europe, ou avoir un contenu européen dans les appels d’offres, de 40, 50 ou 60%, ou imposer des normes de qualité ou des normes environnementales les plus strictes sur les produits dans les marchés publics », a-t-il fait savoir.

« Le débat sur la préférence européenne doit être poursuivi. Bruno Le Maire a exprimé le souhait de la voir généralisée dans un certain nombre de secteurs, et qu’elle soit portée comme une référence commune dans l’édification des textes », ajoute-t-on dans son cabinet, admettant que « côté allemand, l’enthousiasme est moins élevé ».

 

Le faux choc des savoirs ?

Le faux choc des savoirs ?

Des personnalités et des enseignants réfutent le faux choc des savoirs voulu par le ministre Gabriel Attal. Une pseudo révolution qui sentirait bon l’encre violette des anciennes plumes mais l’argument du collectif , lui, dégage un parfum de corporatisme et qui élude bien des questions. Dans une tribune au « Monde », des personnalités politiques et des enseignants, parmi lesquels Laurence De Cock, Marine Tondelier et Boris Vallaud, s’inquiètent des annonces du ministre de l’éducation nationale destinées à réformer le collège, dont ils jugent les effets potentiellement délétères.

Si nous n’attendions pas grand-chose du « choc des savoirs » dévoilé le 5 décembre par le ministre de l’éducation nationale, Gabriel Attal, nous sommes quand même déçus. Les annonces supposées remédier aux problèmes soulevés par le classement du Programme international pour le suivi des acquis des élèves de 15 ans (PISA) sont encore plus violentes et inadaptées que prévu.

Elles s’adressent à une certaine frange de l’opinion publique prompte à épouser les préjugés sur l’école et qui se laisserait facilement convaincre par un discours fleurant bon la nostalgie des encres violettes s’il s’agit de protéger leurs enfants – un souci bien légitime. Nous nous doutions que les propositions n’auraient rien de progressistes, mais pas qu’elles seraient à ce point réactionnaires, voire dangereuses pour notre école publique.

Reprenons donc : le 5 décembre ont été publiés les résultats très attendus de l’enquête PISA, qui propose un portrait du niveau de réussite des élèves des pays de l’OCDE, selon les disciplines et les appartenances sociales. Quoi que l’on pense de PISA et de l’usage concurrentiel qui en est fait par les politiques et les médias, les chiffres obtenus restent des indicateurs pertinents pour mesurer les écarts existant entre l’intention affichée de démocratisation scolaire et la réalité des faits.

Cette année, le diagnostic reste implacable : la France continue à siéger dans le quarteron des pays les plus inégalitaires, c’est-à-dire ceux pour lesquels la réussite scolaire est très fortement indexée au niveau social des élèves. Mais la situation est encore pire que les années précédentes. Partout, les effets de la pandémie de Covid-19 sont visibles ; chez nous, cela se double d’un fort décrochage en mathématiques. Tous les signaux sont au rouge donc et appelaient au minimum une introspection humble pour tirer un véritable bilan des effets délétères des réformes éducatives qui se sont succédé depuis qu’existe l’enquête PISA (1997).

Meurtre de Thomas à Crépol: Un choc sociétal pour les Français

Meurtre de Thomas à Crépol: Un choc sociétal pour les Français

Contrairement à certains politiques qui veulent rapidement fermer le dossier, le directeur de la tribune, Bruno jeudi estime dans son édito qu’il ne s’agit pas seulement d’un fait divers mais d’un véritable choc sociétal pour les Français.

La mort de Thomas, 16 ans, poignardé lors d’une rixe dans un bal de village, a choqué les Français. La salle des fêtes de Crépol est devenue la sale défaite d’une jeunesse souvent d’origine étrangère, mal intégrée, shootée à l’hyperviolence des réseaux sociaux et insuffisamment sanctionnée quand elle commet des délits.

Combien de temps avant qu’Emmanuel Macron traduise ses déclarations en actes d’autorité ? De la « décivilisation » (Macron) à l’« ensauvagement » (Darmanin) jusqu’à « tenez vos gosses ! » (Dupond-Moretti), la surenchère des mots contre les maux de la société bat son plein. Hélas, derrière, les bonnes réponses tardent. Celles promises par le chef de l’État après les émeutes urbaines n’ont toujours pas été concrétisées. « L’ordre ! L’ordre ! L’ordre ! », avait-il diagnostiqué à chaud. Depuis, l’attente s’est transformée en impuissance.

Celle-là même que le jeune candidat à la présidentielle n’avait cessé de pourfendre avec son « en même temps ». Confronté aux faits, le pouvoir semble débordé. Bien sûr, Emmanuel Macron a recréé des postes de policiers, de gendarmes et de magistrats par milliers. Bien sûr que l’action contre les dealers, qui pourrissent la vie des cités et maintenant de la ruralité, prend du temps. Dans un discours, mardi, passé inaperçu, Bruno Le Maire est sorti de son couloir économique devant les maires. Le ministre est revenu sur cette demande d’autorité en évoquant sa circonscription de l’Eure, passée de la Macronie au RN lors des dernières législatives. Nommant les choses, il a décrit les « deux plaies qui rongent la société : l’islam politique et le trafic de stupéfiants ». Sans dire comment y remédier.

Combien de temps avant que le gouvernement sorte des circonvolutions sur l’immigration irrégulière ? La question sera demain au cœur des discussions à l’Assemblée nationale avec l’examen du projet de loi du gouvernement. Gérald Darmanin joue gros. S’il a laissé les sénateurs de droite durcir son texte, le ministre de l’Intérieur espère trouver une majorité grâce à l’appoint d’une partie des voix LR. Ce sera le crash test politique de cette fin d’année. Face à la menace des extrêmes, le sursaut est indispensable.
Bruno Jeudy

Choc pétrolier en vue

 Choc pétrolier en vue

 

Le baril de pétrole à 150 dollars (voire plus) prochainement, une hypothèse de plus en plus probable estime un papier de la Tribune. Les consommateurs peuvent déjà ressentir les prémices avec un carburant qui atteint les deux euros par litre.

Plusieurs acteurs du marché pétrolier prévoient une hausse des cours, qui évoluent ces derniers jours au-dessus des 120 dollars, en raison d’une offre mondiale qui peine à répondre à la demande, qui pourrait reculer en fin d’année.

Ce pronostic sombre n’est pas formulé par n’importe qui, mais par Jeremy Weir, PDG de Trafigura, l’un des plus importants négociants de matières premières au monde, en particulier de pétrole.

Un tel niveau constituerait une hausse de quelque 22% par rapport au cours actuel du Brent, qui évoluait en fin de matinée au-dessus des 123 dollars le baril, tandis que celui de WTI se situait sous les 122 dollars.

« Nous sommes dans une situation critique », a-t-il indiqué lors d’un débat organisé mardi par le Financial Times. Selon lui, l’embargo des pays occidentaux sur les importations de pétrole en provenance de la Russie, imposé en réponse à son invasion de l’Ukraine en février, est venu exacerber les tensions sur une offre limitée « en raison d’années de sous-investissement ». Ces prix élevés pourraient entraîner « une destruction de la demande probablement à la fin de l’année », prévoit le PDG de Trafigura.

Il n’est pas le seul à voir cette hausse dans sa boule de cristal. Dans une note adressée à leurs clients, les experts de la banque américaine Goldman Sachs ont révisé à la hausse leurs projections de cours moyen du Brent pour le troisième trimestre de 125 à 140 dollars.

 

Santé et dépendance : le choc des “baby-boomeurs”

Santé et dépendance :  le choc des “baby-boomeurs”

La crise sanitaire a montré que le secteur du grand âge est mal préparé pour faire face à des pics de demandes de soins alertent, dans une tribune au « Monde », les économistes de la santé Francesca Colombo et Thomas Rapp, qui expliquent que

Tribune.

 

A bien des égards, la pandémie a testé la résilience de notre système de santé, c’est-à-dire sa capacité à absorber plusieurs chocs sans compromettre durablement le bien-être des Français. Avec quels résultats ?

Les données récemment publiées par l’Organisation de coopération et de développement économiques (« The impact of Covid-19 on health and health systems » – « l’impact du Covid-19 sur les systèmes sanitaires » –, OCDE) montrent que, si la France a consacré des moyens considérables pour faire face à ces chocs, certaines déficiences ont malgré tout été aggravées.

D’un côté, trois indicateurs suggèrent que le système français a plutôt bien répondu à la pandémie.

Tout d’abord, l’écart d’espérance de vie entre les Français et les Européens, historiquement favorable à la France (+ 1,7 année), est resté stable entre 2019 et 2020.

Ensuite, entre janvier 2020 et décembre 2021, la surmortalité en France a été 10 % plus basse que celle observée dans la moyenne des pays européens de l’OCDE.

Enfin, l’accès aux soins a été maintenu grâce notamment au recours massif aux téléconsultations pendant les confinements et à l’augmentation de la capacité en lits de réanimation.

De l’autre, la crise a contribué à fortement accroître – en France comme dans d’autres pays – la prévalence des problèmes de dépression et d’anxiété, qui a notamment doublé lors du premier confinement. Et la pandémie a accru l’importance de problèmes structurels : pénurie de travailleurs, difficultés de coordination et d’intégration des soins, manque de transparence sur la qualité des soins, désinformation, problèmes de formation continue des personnels de santé, etc.

Finalement, si la France n’a pas plus mal encaissé le choc que les autres pays de l’OCDE, la crise nous a appris au moins deux leçons.

Tout d’abord, faute de ressources humaines adaptées, nous sommes mal préparés à faire face à des pics de besoins de santé.

Ensuite, nos politiques de santé sont insuffisamment centrées sur les intérêts des personnes et ne privilégient pas assez la recherche de valeur des soins.

Sous l’impulsion de l’Union européenne, le gouvernement français a répondu à ces enjeux en 2021 par un programme d’investissement massif dans le système de santé. Le plan national de relance et de résilience consacre en effet 6 milliards d’euros pour moderniser les secteurs sanitaire et médico-social, et améliorer l’offre de soins en ville et à l’hôpital.

Ce plan nous permettra-t-il de mieux nous préparer aux chocs futurs ? Cette question est centrale car notre système de santé doit anticiper un nouveau choc, celui de la transition démographique. La crise a montré que le secteur du grand âge était mal préparé pour faire face à des pics de demande de soins. Or nous entrerons dès 2030 dans une période charnière, marquée par l’entrée aux âges « critiques » (75-85 ans) des « baby-boomeurs », c’est-à-dire aux âges auxquels les risques de perte d’autonomie – et les besoins associés – augmenteront fortement.

Corse: le choc Colonna

Corse: le choc Colonna

Une semaine d’émeutes dans l’île aura permis d’obtenir ce que sept années de victoires électorales des nationalistes n’ont pas su concrétiser, analyse le professeur de science politique Xavier Crettiez, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

Avec la mort d’Yvan Colonna, victime de la fureur islamiste et, pour certains, de l’inaction d’un Etat qui se voulait protecteur de ses prisonniers « particulièrement signalés », la Corse risque de renouer avec la violence émeutière qu’elle a connue ces dernières semaines. Le temps du deuil retardera la mèche de la colère, mais nul doute que les plus radicaux célébreront sa mémoire.

Le parcours mémoriel d’Yvan Colonna a été fluctuant : figure dérangeante, après l’assassinat du préfet Erignac en 1998, pour une famille nationaliste dépassée par le choc de l’événement, il sera, au moment de son procès et de la confrontation avec ses acolytes, une figure ambiguë de la « résistance corse » en refusant d’assumer la responsabilité de son engagement militant.

Après son agression dans la prison d’Arles, il acquiert le double statut de victime du terrorisme aveugle, incarné par son agresseur salafo-djihadiste, et de victime d’une politique pénitentiaire d’Etat peu soucieuse de la sécurité de ses incarcérés. Enfin, sa mort, qui survient après un long coma observé par les médias, lui offre ce statut de martyr d’une jeunesse en mal de référents contestataires visibles, à l’heure où les cagoules sont rangées.

 

Traçons quatre lignes d’explications pour comprendre cette résurgence, passée et probablement à venir, de la violence identitaire dans l’île, qui, paradoxe étonnant, se « continentalise », abandonnant le répertoire classique des explosifs clandestins pour celui de l’émeute urbaine, façon black bloc.

L’agression – avant le décès – du plus célèbre détenu corse dans sa prison d’Arles a constitué ce que les sociologues qualifient de « choc moral », compris comme un événement aux retombées émotionnelles puissantes, qui est venu réactiver le sentiment d’injustice tant répandu dans l’île lorsqu’il s’agit de penser son rapport à l’Etat. Injustice mais aussi acharnement, puisque la demande de levée du statut de DPS (« détenu particulièrement signalé ») est ancienne mais toujours refusée, au motif que dans les prisons continentales adaptées la surveillance serait meilleure. La violente agression subie vient remettre en cause la parole légale et instiller le poison du doute sur la volonté de protection des détenus nationalistes. La figure de l’agresseur, un terroriste salafo-djihadiste jugé très dangereux, ajoute au scandale et vient offrir au militant corse une forme d’absolution aux yeux de beaucoup : lorsque le « terroriste » insulaire est victime du terrorisme total des fous de Dieu, il devient martyr.

Guerre Ukraine : se préparer au choc économique

Guerre Ukraine : se préparer au choc économique

 

 Nous sommes à peine sortis d’une crise qui a duré vingt-trois mois. La plupart des grandes économies mondiales ont retrouvé leur niveau de PIB d’avant la pandémie il y a seulement un ou deux mois. C’est le cas des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France, par exemple. Mais il y a des exceptions : l’Allemagne et l’Espagne entre autres. La sortie de crise n’est pas sans embûches. Par Pierre-Antoine Dusoulier, CEO chez iBanFirst. ( La Tribune)

 

L’inflation est le premier problème. La France, qui jusqu’à encore récemment était plus épargnée que nos voisins, a vu son inflation fortement rebondir en février, à 4,1% sur un an. Il y a exactement un an de cela, l’inflation était en progression de 0,6% sur un an. Le pire reste à venir. S’ajoutent désormais les conséquences de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Cela va sérieusement compliquer la trajectoire de la reprise économique. Il faut s’attendre à deux conséquences immédiates pour la France : un regain de l’inflation à court terme qui risque de mettre à mal le pouvoir d’achat des ménages les plus modestes et un maintien du « quoi qu’il en coûte » au-delà de l’élection présidentielle d’avril prochain.

L’Ukraine est pour beaucoup de Français un sujet éloigné. Pourtant, ce qui se passe à l’Est de l’Europe entraîne des répercussions économiques majeures sur notre quotidien. C’est déjà le cas au niveau des produits agricoles. La Russie et l’Ukraine représentent à eux deux plus d’un quart des exportations mondiales de blé, un cinquième des exportations mondiales de maïs et une grande partie des exportations mondiales d’huile de tournesol. La semaine dernière, les prix des céréales ont atteint des niveaux records, 340 euros la tonne pour le blé et 304 euros la tonne pour le maïs. Ce n’est certainement qu’un début.

Après l’invasion russe de la Crimée en 2014, les prix avaient augmenté de 15 à 20 % en moyenne. Il avait fallu quatre à cinq mois pour qu’ils refluent durablement. La situation est différente aujourd’hui. Le marché mondial des matières premières était déjà déstabilisé avant l’invasion de l’Ukraine du fait de la crise de la Covid et de perturbations climatiques importantes entraînant des conséquences négatives sur les récoltes. L’attaque généralisée de la Russie et le bombardement de ports céréaliers ukrainiens stratégiques (Odessa et Marioupol en particulier) a mis quasiment à l’arrêt le commerce mondial de blé.

La France est le plus important producteur de blé de l’Union européenne. Il n’y aura pas de pénurie. En revanche, cela va accentuer le déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché des matières premières agricoles et servir d’accélérateur à la hausse des cours mondiaux. Il faut s’attendre à deux effets immédiats pour l’économie française. Premièrement, l’inflation va continuer d’augmenter dans les mois à venir. Beaucoup d’économistes anticipent un reflux dès le milieu de l’année. C’est peu probable. Tous les indicateurs montrent désormais que la hausse du prix des matières premières (agricoles et énergétiques) est durable. Nous ne serions pas surpris de voir l’inflation grimper à 5% cette année. C’est notre scénario optimiste. Deuxièmement, notre filière de l’élevage va être encore plus en difficulté qu’elle ne l’était jusqu’à présent. Tous les intrants (céréales, mais aussi énergie) sont en forte hausse. Cela risque d’aboutir à une hausse du prix de la viande, par exemple. L’État va devoir intervenir.

Dès fin 2021, le gouvernement français a mis en place indemnité une inflation exceptionnelle de 100 euros attribuée à 38 millions de citoyens, à l’instar d’autres pays européens. Le coût estimé pour les finances publiques est de 3,8 milliards d’euros (soit à peu près l’équivalent du budget annuel de la Culture). L’objectif était de réduire l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur le pouvoir d’achat des ménages. Cela s’ajoute à un autre dispositif existant créé en 2015 et généralisé depuis 2018, le chèque énergie qui s’adresse aux ménages modestes.

Ce fut une réussite. La semaine dernière, l’INSEE a indiqué que le pouvoir d’achat des ménages par unité de consommation (une mesure qui permet de comparer les niveaux de vie des ménages de tailles différentes) a rebondi au quatrième trimestre 2021 de 0,7% par rapport au troisième trimestre. Mais ce n’est qu’un début. Il faudra faire plus pour contrer la hausse combinée de l’énergie, des produits agricoles et des engrais (ces derniers ont déjà augmenté de 79% en un an) qui résulte de l’invasion de l’Ukraine. Le chèque énergie pourrait être étendu prochainement. Nous pourrions également voir l’idée émergée d’un chèque alimentaire face à la hausse des céréales afin d’aider les ménages les plus modestes. Ces mécanismes sont très coûteux pour les finances publiques, mais ils ont prouvé leur efficacité dans le temps. D’autres mesures seront aussi prises en direction des entreprises et des secteurs les plus touchés (comme l’élevage).

Alors que nous pensions sortir du « quoi qu’il en coûte » cette année, tout indique qu’il va demeurer plus longtemps que prévu. Ce ne sera pas pour lutter contre la crise Covid, mais pour combattre les conséquences sur le pouvoir d’achat des Français de la déstabilisation durable des cours mondiaux des matières premières du fait des ambitions impérialistes de la Russie.

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