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PROSPECTIVE France : vers un chaos ingérable

PROSPECTIVE France : vers un chaos ingérable

 

La plupart des observateurs politiques voire des experts ont leur attention mobilisée seulement sur l’échéance présidentielle de 2027. Or il est à peu près certain que cette élection n’apportera pas le remède magique à tous les maux  dont souffre le pays. Au contraire, ce pourrait être le début d’un chaos socio économique -voire sociétal- ingérable.  Il ne s’agit pas en effet d’une petite crise mais d’un changement de paradigme qui affecte la plupart des aspects structurants d’une civilisation. La crise est sans doute d’abord surtout culturelle avec des conséquences dans presque tous les aspects de la société et de son environnement.

Une des caractéristiques de la crise est de présenter un caractère systémique aux interactions complexes et multiples. L’étude trop fragmentée des phénomènes constitue un des facteurs explicatifs essentiels  de l’incompréhension des transformations structurelles que nous vivons. Plus les connaissances se développent et plus elles s’isolent dans leurs domaines sectoriels respectifs favorisant ainsi une perte de cohérence globale.

 

Parmi les facteurs explicatifs, il faut peut-être surtout prendre en compte l’ampleur des transformations sur une période très courte d’une cinquantaine d’années. Le monde a en effet connu davantage d’évolutions en 50-60 ans que pendant des siècles et même des millénaires. Un seul exemple celui de l’agriculture,  passée brutalement d’une activité à caractère artisanal et local  à une activité à dimension industrielle mondiale. Il y a seulement quelques dizaines d’années au début du siècle dernier, l’économie de la France comme celle de la plupart des autres pays comparables reposait essentiellement sur l’agriculture.( Aujourd’hui cela représente seulement 3 % du PIB et % 3% de la population  Bien sûr,  l’agriculture représente encore une activité non négligeable pour la France mais les conditions de production et de vie ont été complètement bouleversées.

 

Le développement industriel puis tertiaire a opéré une véritable révolution dans l’aménagement du territoire et les populations sont désormais concentrées dans les métropoles et les grandes villes. Le même phénomène est en cours dans le monde entier provoquant en même temps un choc des conditions de vie, un choc de production, de consommation  mais aussi un choc des références. Bref on est passé d’une civilisation surtout rurale à une civilisation hyper urbaine. Au-delà des changements matériels, il y a donc surtout une évolution culturelle et sociétale. Une modification des valeurs et des repères de la société.

 

Un autre exemple celui de la formation et du parcours des enfants. Pendant longtemps la plupart des enfants limitaient leurs études à l’âge d’une douzaine d’années( en général en CM2). Quelques pour cent seulement étaient autorisés à poursuivre dans le supérieur. Aujourd’hui la plupart des jeunes se dirigent  vers le bac obtenu à près de 95% quand dans les années 50-60 le chiffre était de moins de 5 % de la population. Les jeunes en très grosse majorité étaient donc formés sur le terrain à partir d’une douzaine d’année (dans des centres d’apprentissage, dans les petites entreprises, dans l’exploitation familiale). On y apprenait évidemment les techniques de l’activité en cause en même temps que les valeurs morales et sociétales. Aujourd’hui on entre dans le monde du travail vers 23 ans en moyenne . Souvent sans expérience concrète de ce monde, de ses avantages bien sûr mais tout autant de ses contraintes individuelles et collectives. L’objet ici n’est pas d’analyser la politique de formation actuelle mais simplement de faire un constat. Ne parlons pas du niveau global des élèves avec dans certaines filières des bacs qui ne valent même pas le certificat d’études primaires de 1930. À l’inverse les élites progressent en compétence et nombre et en qualité. On ne parle pas ici bien sûr des licences et autres Masters de certains domaines qu’on distribue comme des poignées de mains et qui mènent  directement au chômage ou dans l’administration ! (Mécaniquement le niveau baisse par exemple dangereusement  chez les enseignants ! ).  La valeur travail ne cesse de perdre son influence et concerne même les cadres. Une société qui perd régulièrement cette valeur travail est condamnée à terme.

 

Les technologies constituent bien sûr un autre facteur de transformation de nos sociétés mais aussi de nos manières de penser et de nous  comporter. Les technologies ne sont pas pour autant condamnables. Elles peuvent être sources de progrès mais aussi de régression. D’un certain point de vue les progrès scientifiques qu’on retrouve dans les technologies sont assez neutres;  tout dépend de la manière de les utiliser ( exemple l’atome: pour faire de l’énergie ou des bombes ?). Les nouvelles  technologies sont désormais présentes partout dans le monde de la production, de la consommation, dans les ménages et pratiquement chez tous les individus. Le problème avec certaines technologies c’est que leur progrès risque de dépasser les capacités humaines à les contrôler ( voir par exemple les débats actuellement autour de l’IA). Globalement, les technologies ont largement servi le développement économique et donc la richesse globale du pays;  en quelques dizaines d’années, les revenus ont considérablement augmenté et les conditions de vie ont fait un bon considérable même si des  inégalités persistent. et que la très grande pauvreté progresse

 

Aujourd’hui plus d’un Français sur deux a pu accéder à la propriété ce qui était impensable ( très rare) dans les années 45-50. À l’époque beaucoup de familles devaient se satisfaire d’un logement exigu de trois pièces au plus  et l’on dormait à plusieurs par chambre mais aussi par lit. D’autant plus que les familles étaient souvent nombreuses. Aujourd’hui posséder  son logement , résider dans un logement moderne constitue la référence moyenne. Comme la possession d’un ou plusieurs véhicules, les voyages et les accès aux équipements collectifs, à l’information et à la culture.

 

Il est cependant  important de signaler qu’une rupture s’est produite assez récemment concernant le logement devenu inaccessible en propriété comme en  location notamment dans les métropoles et même dans  les villes moyennes. C’est un changement tellement profond qu’il  remet en cause les conditions de vie. Les techniques de construction sont  en cause tout autant que les modalités de financement, la spéculation sur le foncier et l’aménagement du territoire. Plus généralement, la France s’enfonce dans une crise immobilière dont on ne voit pas l’issue.

 

Au plan économique global, on a aussi connu des bouleversements d’ampleur. Le pilier industriel de l’économie a laissé place aux services. La philosophie technocratique à l’époque a considéré que l’industrie était obsolète qu’il convenait de la délocaliser dans les pays pauvres et/ou en développement. L’important étant de maîtriser la chaîne de valeur du fait de notre puissance commerciale et financière. Au début, on a délocalisé des produits non complexes comme par exemple le textile. Progressivement , c’est l’ensemble de la production industrielle qui a été délocalisée ou presque,  y compris pour les produits les plus sophistiqués comme l’aéronautique, l’industrie navale. L’activité industrielle dans des pays développés notamment en France est devenue marginale. En France, l’industrie représentait 13 % du PIB en 2025 par rapport à 28 % en 1960 . En même temps la France a perdu une grande partie de son indépendance économique. La dépendance est même double : celle que nous imposent les grandes puissances par exemple comme les États-Unis dans les activités numériques et celle de pays en développement qui se sont appropriés les activités y compris  les plus complexes. Moins innovante et surtout moins compétitive,  la France accuse régulièrement un déficit de sa balance commerciale (échanges extérieurs) de 50 milliards et plus par an. Ce solde est le véritable thermomètre de la compétitivité du pays. La France n’est pas armée pour affronter la compétitivité mondiale.

 

La richesse annuelle qui résulte de l’activité économique est insuffisante pour couvrir nos dépenses. Pour simplifier:  trop de dépenses et pas assez de recettes. D’où la fuite en avant avec un endettement excessif qui représente aujourd’hui autour de 3600 milliards dont le seul paiement des intérêts annuels sur la tendance sera de 100 milliards d’ici quelques années. Évidemment des chiffres qui semblent assez abstraits à une grande partie de l’opinion publique mais aussi aux décideurs notamment politiques soit par incompétence, soit par lâcheté.

 

Pour bon nombre de Français, ces chiffres paraissent relativement abstraits. Pourtant l’endettement représente un chiffre d’environ 100 000 € par ménage français.! De ce point de vue l’incompétence est générale. Les Français eux-mêmes sont fâchés avec l’économie,   avec ses concepts . Une étude d’un groupe d’assurances mondiales a d’ailleurs démontré dans le cadre d’une enquête concernant 19 pays européens  que la France occupait  la dernière place en matière de compétence économique et financière. D’une certaine manière, il y a malheureusement une certaine cohérence entre l’élite et la population. S’il  fallait s’en persuader il suffirait d’étudier un peu les propositions des principaux leaders politiques dans la perspective de 2027 : complètement inadaptées  aux enjeux de la période et aux perspectives d’avenir. Des catalogues de promesses illusoires, insuffisantes, contradictoires  qui voleront en éclats sous le poids des réalités.

 

La France vit au-dessus de ses moyens et en fait porter le poids financier sur les jeunes et les générations futures. Le gâchis est général et complètement incontrôlé tant  au plan de l’État qu’au niveau territorial. Saufs rares exceptions au niveau territorial,  on se « shoote » aux dépenses nouvelles,  dépenses d’exploitation et investissements. Et souvent  au motif que les projets peuvent bénéficier de subventions de l’Europe, de  l’État et des étagères administratives et politiques  inutiles. Il convient évidemment de procéder rapidement à la suppression de ces étagères inutiles comme les départements, les communautés de communes et autres institutions locales. Trois échelons administratifs sont suffisants : l’État bien sûr, la région et la commune.  La France compte environ 6 millions de fonctionnaires soit une masse salariale de l’ordre de 320 milliards par an. 10 à 20 % en trop si l’on compare avec des pays voisins.

 

Mais il n’y a pas seulement le coût salarial mais les conséquences financières des projets inutiles nourris par l’administration et les politiques. Sans parler du coût financier des procédures administratives imposées aux entreprises.

 

Compte tenu du gâchis généralisé,  chaque administration activité devrait pourtant   faire l’objet d’un audit pour distinguer ce qui était indispensable de ce qui est inutile et relève du gâchis. Cet audit est nécessaire y compris pour les secteurs dits en tension où les effectifs sont pas ne sont pas nécessairement là où il faudrait.

 

La priorité des priorités est de réduire les dépenses en  augmentant la richesse ( le PIB) et ce n’est qu’à cette condition qu’on peut parler de répartition. Et dans cette répartition Il faut accorder une  grande importance à la  recherche- développement notamment dans la Tech  et l’industrie. La France est très en retard globalement sur le niveau de ses investissements en particulier visant la productivité et l’innovation en général. En cause, une absence chronique de vision d’avenir réaliste , de moyens financiers limités par l’endettement, sans parler du refus de planification pour des enjeux stratégiques à long terme. Et  La crise financière est tellement grave qu’il faudra un plan de 10 à 20 ans  pour la résoudre.

 

Comme déjà indiqué,  les programmes électoraux sont complètement inadaptés aux enjeux. Ces projets politiques seront remis en cause par les contraintes internationales mais aussi par les contraintes internes et les contradictions qui caractérisent le pays.

 

En 2027, La présidence de la république se jouera entre Marine  Le Pen et un candidat du centre. Ce candidat du  centre voudra engager rapidement quelques réformes mais il se heurtera immédiatement à l’opposition des couches sociales concernées cela d’autant plus que ce candidat ne peut s’appuyer sur des forces politiques et sociales réelles. Des réactions seront encore peut-être plus violentes vis-à-vis d’une présidente issue du RN pour des motifs sociaux mais aussi politiques. Là aussi le RN manque sérieusement d’appui dans le monde du travail. Sans parler évidemment de sa compétence au niveau national.

 

 

Ajoutons que le chaos social pourrait s’ajouter à un chaos politique avec l’impossibilité par exemple pour le nouveau président d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Une hypothèse qu’il ne faut surtout pas éliminer .

 

L’immobilisme actuel conduit le pays dans le mur ; la crise généralisée justifiera  l’intervention du fonds monétaire international et de la BCE pour exiger un plan de redressement dans tous les domaines. Bref, l’étape du chaos ingérable paraît inévitable. Et cela d’autant plus que Macron s’est efforcé pendant 10 ans d’ ignorer totalement les organisations intermédiaires, devenue toutes exsangues et  pourtant indispensables pour négocier avec un peu de cohérence les sorties de crise. Macron a méprisé les organisations intermédiaires garantes  d’un  fonctionnement réellement démocratique. Ce président aura tué son propre parti. D’une certaine manière, le Parlement est aussi neutralisé certes par l’absence d’une majorité mais aussi par le passage en force ( article 49 -3 notamment de la constitution) des grandes orientations en particulier financières. Macron  a remplacé les organisations et institutions légales par des procédures bidons de concertation dont on a du mal à retenir les résultats et même le nom. Macron a remplacé l’action politique par le bavardage médiatique permanent.

 

Le caractère monarchique de la démocratie française a  sans doute atteint une dimension devenue intolérable. C’est aussi tout le système politique, tout le système démocratique qu’il convient de remettre en ordre. L’objectif étant à tous les niveaux d’associer et de responsabiliser les acteurs économiques sociaux et culturels. Cela suppose de redistribuer les champs de compétences, les champs de responsabilité et les outils d’évaluation et de contrôle. . Cela vaut également pour les collectivités locales qui le plus souvent fonctionnent comme l’exécutif national avec un chef qui décide tout sans concertation et des conseillers qui ne servent pas à grand-chose. En dernier ressort, il faut toujours faire décider par les institutions légales mais il est impératif avant d’associer les acteurs concernés. Répétons encore une fois que l’État qui s’occupe de tout mais bien mal doit se débarrasser de champs d’activité qui peuvent être gérées avec beaucoup plus d’efficacité par les acteurs et leur organisation.  Bref réduire l’action de l’État a des taches réellement régaliennes, gérer mieux ce qui est essentiel et d’intérêt public et stratégique.

 

Parmi les champs régaliens faut citer le problème de la gestion de l’immigration. Il convient d’aborder cette question avec lucidité et courage. La France aujourd’hui n’a plus les moyens de gérer une telle masse d’immigration. Contrairement à ce qui peut être affirmé ici ou là, l’immigration est nécessaire mais son volume doit être adapté progressivement aux besoins économiques du pays et à sa capacité à intégrer ces nouvelles populations. La négation de cette question tout autant que sa caricature relève de l’irresponsabilité et/ou de la démagogie.

 

 

Deux autres exemples de cette mauvaise gestion du  régalien : la sécurité et la question du développement de la drogue en France. Deux aspects où  la puissance publique se montre particulièrement inefficace. Une question de moyens sans doute mais aussi de volonté politique avec en plus une justice complètement dépassée. Une justice qui devrait se débarrasser des questions relativement mineures et les transférer aux responsables locaux notamment les maires aidés de  délégués de justice non professionnels. Le système judiciaire en France est complètement obsolète.

 

Autre exemple celui de la drogue. La France détient malheureusement un des records de consommation de drogue par habitant. Les réseaux sont particulièrement puissants et gangrènent de plus en plus de zones urbaines mais aussi rurales. Les moyens financiers des réseaux sont considérables. En face les moyens de lutte sont dérisoires surtout quand  en plus ces réseaux  n’hésitent pas à recourir à toutes les formes de violence. Dans ce domaine, il convient aussi d’analyser en profondeur les causes de cette gangrène et de mettre en place une stratégie incluant des moyens de lutte et de prévention à la hauteur de l’enjeu. L’insécurité est un domaine typiquement régalien donc de la responsabilité exclusive de la puissance publique qui pourtant se montre pratiquement impuissante sauf à la marge.

 

À l’insécurité montante s’ajoutent aussi des incivilités qui ne cessent de progresser aussi. Si les pouvoirs publics portent une responsabilité,  les citoyens ne peuvent être exonérés de celle-ci. Des citoyens qui ne sont pas complices mais généralement assez passifs face à la dégradation des rapports humains. D’où le repli individualiste qui caractérise l’attitude de beaucoup. La dégradation des rapports humains se traduit par exemple par un abandon progressif de la simple politesse. Combien d’adultes eux-mêmes se dispensent désormais de dire simplement merci, bonjour au revoir quand le savoir-vivre et  le respect l’exigeraient. La société est engagée dans la voie dangereuse de la  » décivilisation ». Et ce n’est pas un décret ou une loi qui pourront  gérer ce problème.

 

On ne peut se  rassurer en objectant que des pays comparables connaissent certaines de nos  difficultés. En effet,  la crise en France est beaucoup plus profonde que dans d’autres pays sur bien  des aspects socio économiques et politiques majeurs. Le sentiment général qui n’est pas sans fondement scientifique c’est que la France aujourd’hui est incapable de se réformer sérieusement compte tenu de l’indigence politique et des contradictions de la société. Même sur la question stratégique de la défense. Pourtant il est impératif de se protéger contre certains bouleversements géopolitiques au plan mondial. Contrairement à ce qui est affirmé la France par exemple n’est pas une grande puissance militaire. Nous manquons de tout , matériel et hommes. C’est tout juste si nous pourrions mobiliser rapidement 30 à 50 000 militaires en face de pays qui disposent d’équipements et de millions de soldats. La seule force un peu réelle  est celle de l’arme nucléaire. Pour le reste, l’armée est complètement échantillonnaire. Un peu de tout mais pas grand-chose face aux besoins. Pour illustrer ce propos il suffit de citer la manière dont nous avons été expulsés du Niger, du Mali, du Burkina Faso par les djihadistes, les milices russes et la mafia des dictateurs en herbe. Rien d’étonnant, nous n’avons mobilisé que 5000 soldats face  à un territoire aussi grand que l’Europe ou presque. La faiblesse de l’armée française est alarmante en dépit des discours grandiloquents de nos responsables. Nous n’avons ni les moyens de nous engager sur des opérations extérieures de manière significative et pas davantage d’assurer la défense et la sécurité intérieure.

 

En outre, pour des motifs démagogiques. La France s’est même permise de supprimer le service militaire obligatoire. Au motif que désormais les conflits sont devenus très technologiques et exigent compétences adéquates. Un argument complètement éculé car les civils possèdent sans doute une autre maîtrise des nouvelles technologies par exemple dans le maniement des drones et plus généralement dans le numérique. La France a besoin d’un autre niveau d’équipement en matériel en état de marche et en personnel. Le rétablissement du service militaire obligatoire constituerait un des aspects de la reconstitution d’une armée à la hauteur des enjeux. Accessoirement cela permettrait un brassage sociologique utile aux uns  et aux autres et à toute la société. Rétablir un service militaire de l’ordre de 10 à 12 mois ne constitue pas un effort impensable à effectuer dans la vie d’un citoyen. C’est aussi l’occasion de solidifier l’adhésion aux valeurs du pays. Un des moyens pour réunifier un pays éclaté. Un des moyens pour renforcer l’esprit de rigueur, et de solidarité. En outre, on pourrait plus souvent et plus significativement recourir aux forces armées pour faire face à certaines catastrophes naturelles ou non et pour assurer la sécurité interne en cas de besoin.

 

Dans beaucoup de domaines, Il  faut donc aussi opérer un transfert de responsabilité vers les acteurs et les territoires dont on aura aussi simplifié l’organisation. Le manque de confiance vis-à-vis des institutions est indiscutable , le sentiment qui domine et que la France est condamnée au déclin. Cette perte de confiance se traduit par exemple dans l’évolution démographique.

On voit mal aujourd’hui où sont les forces politiques,  les personnalités qui sont capables de répondre aux différents enjeux abordés ( la liste évoquée n’est malheureusement pas exhaustive ; on pourrait aussi parler notamment de l’environnement, de la laïcité, de la santé). La France est trop centralisée, bureaucratisée pour gérer de façon cohérente le pays. Par ailleurs sociologiquement les élites sont rarement représentatifs de la population : trop de technocrates, de carriéristes et de fonctionnaires.

 

Rien de fondamental en France ne pourra changer sans d’abord une analyse partagée d’une crise complexe et systémique. Le problème est qu’une analyse un peu rigoureuse est souvent contradictoire avec les stratégies électorales politiques. Dans un pays dont  la culture économique est très faible,  le discours démagogique  l’emporte souvent sur celui de la rigueur et du courage. Et l’immobilisme triomphe des velléités de réforme.

 

Gaston Bessay expert en prospective.

Perspectives France : vers un chaos ingérable

Perspectives France : vers un chaos ingérable

 

La plupart des observateurs politiques voire des experts ont leur attention mobilisée seulement sur l’échéance présidentielle de 2027. Or il est à peu près certain que cette élection n’apportera pas le remède magique à tous les maux  dont souffre le pays. Au contraire, ce pourrait être le début d’un chaos socio économique -voire sociétal- ingérable.  Il ne s’agit pas en effet d’une petite crise mais d’un changement de paradigme qui affecte la plupart des aspects structurants d’une civilisation. La crise est sans doute d’abord surtout culturelle avec des conséquences dans presque tous les aspects de la société et de son environnement.

Une des caractéristiques de la crise est de présenter un caractère systémique aux interactions complexes et multiples. L’étude trop fragmentée des phénomènes constitue un des facteurs explicatifs essentiels  de l’incompréhension des transformations structurelles que nous vivons. Plus les connaissances se développent et plus elles s’isolent dans leurs domaines sectoriels respectifs favorisant ainsi une perte de cohérence globale.

 

Parmi les facteurs explicatifs, il faut peut-être surtout prendre en compte l’ampleur des transformations sur une période très courte d’une cinquantaine d’années. Le monde a en effet connu davantage d’évolutions en 50-60 ans que pendant des siècles et même des millénaires. Un seul exemple celui de l’agriculture,  passée brutalement d’une activité à caractère artisanal et local  à une activité à dimension industrielle mondiale. Il y a seulement quelques dizaines d’années au début du siècle dernier, l’économie de la France comme celle de la plupart des autres pays comparables reposait essentiellement sur l’agriculture.( Aujourd’hui cela représente seulement 3 % du PIB et % 3% de la population  Bien sûr,  l’agriculture représente encore une activité non négligeable pour la France mais les conditions de production et de vie ont été complètement bouleversées.

 

Le développement industriel puis tertiaire a opéré une véritable révolution dans l’aménagement du territoire et les populations sont désormais concentrées dans les métropoles et les grandes villes. Le même phénomène est en cours dans le monde entier provoquant en même temps un choc des conditions de vie, un choc de production, de consommation  mais aussi un choc des références. Bref on est passé d’une civilisation surtout rurale à une civilisation hyper urbaine. Au-delà des changements matériels, il y a donc surtout une évolution culturelle et sociétale. Une modification des valeurs et des repères de la société.

 

Un autre exemple celui de la formation et du parcours des enfants. Pendant longtemps la plupart des enfants limitaient leurs études à l’âge d’une douzaine d’années( en général en CM2). Quelques pour cent seulement étaient autorisés à poursuivre dans le supérieur. Aujourd’hui la plupart des jeunes se dirigent  vers le bac obtenu à près de 95% quand dans les années 50-60 le chiffre était de moins de 5 % de la population. Les jeunes en très grosse majorité étaient donc formés sur le terrain à partir d’une douzaine d’année (dans des centres d’apprentissage, dans les petites entreprises, dans l’exploitation familiale). On y apprenait évidemment les techniques de l’activité en cause en même temps que les valeurs morales et sociétales. Aujourd’hui on entre dans le monde du travail vers 23 ans en moyenne . Souvent sans expérience concrète de ce monde, de ses avantages bien sûr mais tout autant de ses contraintes individuelles et collectives. L’objet ici n’est pas d’analyser la politique de formation actuelle mais simplement de faire un constat. Ne parlons pas du niveau global des élèves avec dans certaines filières des bacs qui ne valent même pas le certificat d’études primaires de 1930. À l’inverse les élites progressent en compétence et nombre et en qualité. On ne parle pas ici bien sûr des licences et autres Masters de certains domaines qu’on distribue comme des poignées de mains et qui mènent  directement au chômage ou dans l’administration ! (Mécaniquement le niveau baisse par exemple dangereusement  chez les enseignants ! ).  La valeur travail ne cesse de perdre son influence et concerne même les cadres. Une société qui perd régulièrement cette valeur travail est condamnée à terme.

 

Les technologies constituent bien sûr un autre facteur de transformation de nos sociétés mais aussi de nos manières de penser et de nous  comporter. Les technologies ne sont pas pour autant condamnables. Elles peuvent être sources de progrès mais aussi de régression. D’un certain point de vue les progrès scientifiques qu’on retrouve dans les technologies sont assez neutres;  tout dépend de la manière de les utiliser ( exemple l’atome: pour faire de l’énergie ou des bombes ?). Les nouvelles  technologies sont désormais présentes partout dans le monde de la production, de la consommation, dans les ménages et pratiquement chez tous les individus. Le problème avec certaines technologies c’est que leur progrès risque de dépasser les capacités humaines à les contrôler ( voir par exemple les débats actuellement autour de l’IA). Globalement, les technologies ont largement servi le développement économique et donc la richesse globale du pays;  en quelques dizaines d’années, les revenus ont considérablement augmenté et les conditions de vie ont fait un bon considérable même si des  inégalités persistent. et que la très grande pauvreté progresse

 

Aujourd’hui plus d’un Français sur deux a pu accéder à la propriété ce qui était impensable ( très rare) dans les années 45-50. À l’époque beaucoup de familles devaient se satisfaire d’un logement exigu de trois pièces au plus  et l’on dormait à plusieurs par chambre mais aussi par lit. D’autant plus que les familles étaient souvent nombreuses. Aujourd’hui posséder  son logement , résider dans un logement moderne constitue la référence moyenne. Comme la possession d’un ou plusieurs véhicules, les voyages et les accès aux équipements collectifs, à l’information et à la culture.

 

Il est cependant  important de signaler qu’une rupture s’est produite assez récemment concernant le logement devenu inaccessible en propriété comme en  location notamment dans les métropoles et même dans  les villes moyennes. C’est un changement tellement profond qu’il  remet en cause les conditions de vie. Les techniques de construction sont  en cause tout autant que les modalités de financement, la spéculation sur le foncier et l’aménagement du territoire. Plus généralement, la France s’enfonce dans une crise immobilière dont on ne voit pas l’issue.

 

Au plan économique global, on a aussi connu des bouleversements d’ampleur. Le pilier industriel de l’économie a laissé place aux services. La philosophie technocratique à l’époque a considéré que l’industrie était obsolète qu’il convenait de la délocaliser dans les pays pauvres et/ou en développement. L’important étant de maîtriser la chaîne de valeur du fait de notre puissance commerciale et financière. Au début, on a délocalisé des produits non complexes comme par exemple le textile. Progressivement , c’est l’ensemble de la production industrielle qui a été délocalisée ou presque,  y compris pour les produits les plus sophistiqués comme l’aéronautique, l’industrie navale. L’activité industrielle dans des pays développés notamment en France est devenue marginale. En France, l’industrie représentait 13 % du PIB en 2025 par rapport à 28 % en 1960 . En même temps la France a perdu une grande partie de son indépendance économique. La dépendance est même double : celle que nous imposent les grandes puissances par exemple comme les États-Unis dans les activités numériques et celle de pays en développement qui se sont appropriés les activités y compris  les plus complexes. Moins innovante et surtout moins compétitive,  la France accuse régulièrement un déficit de sa balance commerciale (échanges extérieurs) de 50 milliards et plus par an. Ce solde est le véritable thermomètre de la compétitivité du pays. La France n’est pas armée pour affronter la compétitivité mondiale.

 

La richesse annuelle qui résulte de l’activité économique est insuffisante pour couvrir nos dépenses. Pour simplifier:  trop de dépenses et pas assez de recettes. D’où la fuite en avant avec un endettement excessif qui représente aujourd’hui autour de 3600 milliards dont le seul paiement des intérêts annuels sur la tendance sera de 100 milliards d’ici quelques années. Évidemment des chiffres qui semblent assez abstraits à une grande partie de l’opinion publique mais aussi aux décideurs notamment politiques soit par incompétence, soit par lâcheté.

 

Pour bon nombre de Français, ces chiffres paraissent relativement abstraits. Pourtant l’endettement représente un chiffre d’environ 100 000 € par ménage français.! De ce point de vue l’incompétence est générale. Les Français eux-mêmes sont fâchés avec l’économie,   avec ses concepts . Une étude d’un groupe d’assurances mondiales a d’ailleurs démontré dans le cadre d’une enquête concernant 19 pays européens  que la France occupait  la dernière place en matière de compétence économique et financière. D’une certaine manière, il y a malheureusement une certaine cohérence entre l’élite et la population. S’il  fallait s’en persuader il suffirait d’étudier un peu les propositions des principaux leaders politiques dans la perspective de 2027 : complètement inadaptées  aux enjeux de la période et aux perspectives d’avenir. Des catalogues de promesses illusoires, insuffisantes, contradictoires  qui voleront en éclats sous le poids des réalités.

 

La France vit au-dessus de ses moyens et en fait porter le poids financier sur les jeunes et les générations futures. Le gâchis est général et complètement incontrôlé tant  au plan de l’État qu’au niveau territorial. Saufs rares exceptions au niveau territorial,  on se « shoote » aux dépenses nouvelles,  dépenses d’exploitation et investissements. Et souvent  au motif que les projets peuvent bénéficier de subventions de l’Europe, de  l’État et des étagères administratives et politiques  inutiles. Il convient évidemment de procéder rapidement à la suppression de ces étagères inutiles comme les départements, les communautés de communes et autres institutions locales. Trois échelons administratifs sont suffisants : l’État bien sûr, la région et la commune.  La France compte environ 6 millions de fonctionnaires soit une masse salariale de l’ordre de 320 milliards par an. 10 à 20 % en trop si l’on compare avec des pays voisins.

 

Mais il n’y a pas seulement le coût salarial mais les conséquences financières des projets inutiles nourris par l’administration et les politiques. Sans parler du coût financier des procédures administratives imposées aux entreprises.

 

Compte tenu du gâchis généralisé,  chaque administration activité devrait pourtant   faire l’objet d’un audit pour distinguer ce qui était indispensable de ce qui est inutile et relève du gâchis. Cet audit est nécessaire y compris pour les secteurs dits en tension où les effectifs sont pas ne sont pas nécessairement là où il faudrait.

 

La priorité des priorités est de réduire les dépenses en  augmentant la richesse ( le PIB) et ce n’est qu’à cette condition qu’on peut parler de répartition. Et dans cette répartition Il faut accorder une  grande importance à la  recherche- développement notamment dans la Tech  et l’industrie. La France est très en retard globalement sur le niveau de ses investissements en particulier visant la productivité et l’innovation en général. En cause, une absence chronique de vision d’avenir réaliste , de moyens financiers limités par l’endettement, sans parler du refus de planification pour des enjeux stratégiques à long terme. Et  La crise financière est tellement grave qu’il faudra un plan de 10 à 20 ans  pour la résoudre.

 

Comme déjà indiqué,  les programmes électoraux sont complètement inadaptés aux enjeux. Ces projets politiques seront remis en cause par les contraintes internationales mais aussi par les contraintes internes et les contradictions qui caractérisent le pays.

 

En 2027, La présidence de la république se jouera entre Marine  Le Pen et un candidat du centre. Ce candidat du  centre voudra engager rapidement quelques réformes mais il se heurtera immédiatement à l’opposition des couches sociales concernées cela d’autant plus que ce candidat ne peut s’appuyer sur des forces politiques et sociales réelles. Des réactions seront encore peut-être plus violentes vis-à-vis d’une présidente issue du RN pour des motifs sociaux mais aussi politiques. Là aussi le RN manque sérieusement d’appui dans le monde du travail. Sans parler évidemment de sa compétence au niveau national.

 

 

Ajoutons que le chaos social pourrait s’ajouter à un chaos politique avec l’impossibilité par exemple pour le nouveau président d’obtenir une majorité à l’Assemblée nationale. Une hypothèse qu’il ne faut surtout pas éliminer .

 

L’immobilisme actuel conduit le pays dans le mur ; la crise généralisée justifiera  l’intervention du fonds monétaire international et de la BCE pour exiger un plan de redressement dans tous les domaines. Bref, l’étape du chaos ingérable paraît inévitable. Et cela d’autant plus que Macron s’est efforcé pendant 10 ans d’ ignorer totalement les organisations intermédiaires, devenue toutes exsangues et  pourtant indispensables pour négocier avec un peu de cohérence les sorties de crise. Macron a méprisé les organisations intermédiaires garantes  d’un  fonctionnement réellement démocratique. Ce président aura tué son propre parti. D’une certaine manière, le Parlement est aussi neutralisé certes par l’absence d’une majorité mais aussi par le passage en force ( article 49 -3 notamment de la constitution) des grandes orientations en particulier financières. Macron  a remplacé les organisations et institutions légales par des procédures bidons de concertation dont on a du mal à retenir les résultats et même le nom. Macron a remplacé l’action politique par le bavardage médiatique permanent.

 

Le caractère monarchique de la démocratie française a  sans doute atteint une dimension devenue intolérable. C’est aussi tout le système politique, tout le système démocratique qu’il convient de remettre en ordre. L’objectif étant à tous les niveaux d’associer et de responsabiliser les acteurs économiques sociaux et culturels. Cela suppose de redistribuer les champs de compétences, les champs de responsabilité et les outils d’évaluation et de contrôle. . Cela vaut également pour les collectivités locales qui le plus souvent fonctionnent comme l’exécutif national avec un chef qui décide tout sans concertation et des conseillers qui ne servent pas à grand-chose. En dernier ressort, il faut toujours faire décider par les institutions légales mais il est impératif avant d’associer les acteurs concernés. Répétons encore une fois que l’État qui s’occupe de tout mais bien mal doit se débarrasser de champs d’activité qui peuvent être gérées avec beaucoup plus d’efficacité par les acteurs et leur organisation.  Bref réduire l’action de l’État a des taches réellement régaliennes, gérer mieux ce qui est essentiel et d’intérêt public et stratégique.

 

Parmi les champs régaliens faut citer le problème de la gestion de l’immigration. Il convient d’aborder cette question avec lucidité et courage. La France aujourd’hui n’a plus les moyens de gérer une telle masse d’immigration. Contrairement à ce qui peut être affirmé ici ou là, l’immigration est nécessaire mais son volume doit être adapté progressivement aux besoins économiques du pays et à sa capacité à intégrer ces nouvelles populations. La négation de cette question tout autant que sa caricature relève de l’irresponsabilité et/ou de la démagogie.

 

 

Deux autres exemples de cette mauvaise gestion du  régalien : la sécurité et la question du développement de la drogue en France. Deux aspects où  la puissance publique se montre particulièrement inefficace. Une question de moyens sans doute mais aussi de volonté politique avec en plus une justice complètement dépassée. Une justice qui devrait se débarrasser des questions relativement mineures et les transférer aux responsables locaux notamment les maires aidés de  délégués de justice non professionnels. Le système judiciaire en France est complètement obsolète.

 

Autre exemple celui de la drogue. La France détient malheureusement un des records de consommation de drogue par habitant. Les réseaux sont particulièrement puissants et gangrènent de plus en plus de zones urbaines mais aussi rurales. Les moyens financiers des réseaux sont considérables. En face les moyens de lutte sont dérisoires surtout quand  en plus ces réseaux  n’hésitent pas à recourir à toutes les formes de violence. Dans ce domaine, il convient aussi d’analyser en profondeur les causes de cette gangrène et de mettre en place une stratégie incluant des moyens de lutte et de prévention à la hauteur de l’enjeu. L’insécurité est un domaine typiquement régalien donc de la responsabilité exclusive de la puissance publique qui pourtant se montre pratiquement impuissante sauf à la marge.

 

À l’insécurité montante s’ajoutent aussi des incivilités qui ne cessent de progresser aussi. Si les pouvoirs publics portent une responsabilité,  les citoyens ne peuvent être exonérés de celle-ci. Des citoyens qui ne sont pas complices mais généralement assez passifs face à la dégradation des rapports humains. D’où le repli individualiste qui caractérise l’attitude de beaucoup. La dégradation des rapports humains se traduit par exemple par un abandon progressif de la simple politesse. Combien d’adultes eux-mêmes se dispensent désormais de dire simplement merci, bonjour au revoir quand le savoir-vivre et  le respect l’exigeraient. La société est engagée dans la voie dangereuse de la  » décivilisation ». Et ce n’est pas un décret ou une loi qui pourront  gérer ce problème.

 

On ne peut se  rassurer en objectant que des pays comparables connaissent certaines de nos  difficultés. En effet,  la crise en France est beaucoup plus profonde que dans d’autres pays sur bien  des aspects socio économiques et politiques majeurs. Le sentiment général qui n’est pas sans fondement scientifique c’est que la France aujourd’hui est incapable de se réformer sérieusement compte tenu de l’indigence politique et des contradictions de la société. Même sur la question stratégique de la défense. Pourtant il est impératif de se protéger contre certains bouleversements géopolitiques au plan mondial. Contrairement à ce qui est affirmé la France par exemple n’est pas une grande puissance militaire. Nous manquons de tout , matériel et hommes. C’est tout juste si nous pourrions mobiliser rapidement 30 à 50 000 militaires en face de pays qui disposent d’équipements et de millions de soldats. La seule force un peu réelle  est celle de l’arme nucléaire. Pour le reste, l’armée est complètement échantillonnaire. Un peu de tout mais pas grand-chose face aux besoins. Pour illustrer ce propos il suffit de citer la manière dont nous avons été expulsés du Niger, du Mali, du Burkina Faso par les djihadistes, les milices russes et la mafia des dictateurs en herbe. Rien d’étonnant, nous n’avons mobilisé que 5000 soldats face  à un territoire aussi grand que l’Europe ou presque. La faiblesse de l’armée française est alarmante en dépit des discours grandiloquents de nos responsables. Nous n’avons ni les moyens de nous engager sur des opérations extérieures de manière significative et pas davantage d’assurer la défense et la sécurité intérieure.

 

En outre, pour des motifs démagogiques. La France s’est même permise de supprimer le service militaire obligatoire. Au motif que désormais les conflits sont devenus très technologiques et exigent compétences adéquates. Un argument complètement éculé car les civils possèdent sans doute une autre maîtrise des nouvelles technologies par exemple dans le maniement des drones et plus généralement dans le numérique. La France a besoin d’un autre niveau d’équipement en matériel en état de marche et en personnel. Le rétablissement du service militaire obligatoire constituerait un des aspects de la reconstitution d’une armée à la hauteur des enjeux. Accessoirement cela permettrait un brassage sociologique utile aux uns  et aux autres et à toute la société. Rétablir un service militaire de l’ordre de 10 à 12 mois ne constitue pas un effort impensable à effectuer dans la vie d’un citoyen. C’est aussi l’occasion de solidifier l’adhésion aux valeurs du pays. Un des moyens pour réunifier un pays éclaté. Un des moyens pour renforcer l’esprit de rigueur, et de solidarité. En outre, on pourrait plus souvent et plus significativement recourir aux forces armées pour faire face à certaines catastrophes naturelles ou non et pour assurer la sécurité interne en cas de besoin.

 

Dans beaucoup de domaines, Il  faut donc aussi opérer un transfert de responsabilité vers les acteurs et les territoires dont on aura aussi simplifié l’organisation. Le manque de confiance vis-à-vis des institutions est indiscutable , le sentiment qui domine et que la France est condamnée au déclin. Cette perte de confiance se traduit par exemple dans l’évolution démographique.

On voit mal aujourd’hui où sont les forces politiques,  les personnalités qui sont capables de répondre aux différents enjeux abordés ( la liste évoquée n’est malheureusement pas exhaustive ; on pourrait aussi parler notamment de l’environnement, de la laïcité, de la santé). Par ailleurs la France est trop centralisée, bureaucratisée pour gérer de façon cohérente le pays.

 

Rien de fondamental en France ne pourra changer sans d’abord une analyse partagée d’une crise complexe et systémique. Le problème est qu’une analyse un peu rigoureuse est souvent contradictoire avec les stratégies électorales politiques. Dans un pays dont  la culture économique est très faible,  le discours démagogique  l’emporte souvent sur celui de la rigueur et du courage. Et l’immobilisme triomphe des velléités de réforme.

 

Gaston Bessay expert en prospective.

Lecornu: le choix entre une ouverture sociale ou le chaos

Lecornu: le choix entre une ouverture sociale ou le chaos

À chaque changement de premier ministre, le champ des possibles se réduit au point maintenant de faire émerger la question de la destitution du président de la république. Bien entendu, l’intéressé n’a nullement l’intention de démissionner de son poste de président. Un départ par la fenêtre hypothèquerait gravement son avenir politique. Or Macron se voit encore en responsabilité soit en Europe, soi-même en France à partir de 2032. Pourtant avec un soutien maintenant limité à 17 % dans le dernier sondage, le chef de l’État est bien sûr toujours légitime mais politiquement complètement discrédité. Cela d’autant plus qu’en dépit d’absence de soutien démocratique, il continue dans beaucoup de domaines de prendre des initiatives contradictoires et contre-productives .

Le plus bel exemple étant sans doute il y a quelques temps ces heures interminables passées au téléphone avec Poutine alors que désormais il ne parle plus à l’intéressé sauf par la voix d’insultes réciproques.

On pourrait relever de nombreuses autres contradictions comme la politique menée en Afrique où désormais la France est remplacée par les Russes, les Chinois, les Indiens et d’autres. Il faut dire que dans ce domaine la politique diplomatique très aristocratique du Quai d’Orsay a contribué à déconsidérer notre pays. Pour parler clair, l’indigence de notre politique de développement porte une responsabilité dans le regard critique des africains et explique en partie le phénomène de l’immigration sauvage.

Le gouvernement et désormais acculé avec trois hypothèses. La première déjà évoquée mais peu vraisemblable : le départ prématuré de Macron qui s’accrochera à son fromage jusqu’au dernier moment. La seconde serait la dissolution de l’assemblée nationale. Une solution sans doute utile pour nettoyer la chambre des députés des clowns et autres gueulards fous  » Insoumis » . Pour autant le résultat des élections risque d’aboutir une nouvelle fois à une absence de majorité. Reste alors la solution sociale avec des concessions forcément de chacun. Dans une déclaration commune- les syndicats- unis pour une fois- réclament « la justice fiscale avec la mise en place de dispositifs qui taxent les très hauts patrimoines et contraigne au reversement des dividendes » et la conditionnalité sociale et environnementale des aides versées aux entreprises. Ils demandent aussi « l’abandon de l’âge de départ à la retraite à 64 ans ».

Les thèmes sont suffisamment larges pour trouver des compromis intelligents. Il faudra en effet prendre des mesures dans le sens d’une plus grande justice sociale et fiscale mais évidemment sans tuer une économie déjà bien malade des prélèvements obligatoires , de la dette et des normes. Restera le difficile totem des 64 ans. Pourquoi ne pas revenir au principe de la retraite à la carte ( en fonction des années de versement et de la pénibilité notamment). Le conclave était sur le point d’aboutir avant d’être fusillé d’une part par le Medef, d’autre part par Bayrou.

On objectera sans doute que des avancées sociales même significatives pourraient être combattues par les syndicats les plus radicaux type Sud. On sait depuis longtemps que ces syndicats ont davantage de préoccupations politiques que de finalités sociales. L’intérêt d’un tel accord serait de donner une vision pour un temps, de réduire des mécontentements souvent d’ailleurs contradictoires, de rassurer l’opinion nationale et internationale et de redonner confiance aux acteurs économiques. Cela éviterait au moins pour un temps d’éviter à la France le déclassement et le ridicule aux yeux du monde entier. Surtout si parallèlement tout est mis en œuvre pour soutenir l’essentiel à savoir la croissance et l’emploi.

Trump, l’organisateur du chaos

Trump, l’organisateur du chaos

.Donald Trump met en lumière les effets du statut de réserve du dollar sur la compétitivité industrielle américaine, suggérant que ce privilège, bien que bénéfique à court terme, nuit à la base industrielle et à l’économie à long terme. Ses propos soulignent un déséquilibre croissant entre Wall Street et Main Street, et un déclin préoccupant de la puissance industrielle des États-Unis. Par Michel Santi, économiste (*) (dans La Tribune)

Sans le dire explicitement, Donald Trump établit une corrélation entre l’incontestable statut de réserve dont bénéficie le dollar et l’impact de celui-ci sur la compétitivité industrielle de son pays. À vrai dire, les faits lui donnent raison, car les emplois industriels ne représentent plus aujourd’hui que 10% des emplois aux Etats-Unis, contre 40% dans les années 80. Certes, le «privilège exorbitant» conféré par le billet vert est-il invoqué -et souvent déploré – par ses usagers non américains. Certes, l’extraterritorialité financière (et donc légale) qui en découle autorise-t-elle les États-Unis à imposer quasi-universellement leurs lois, règlementations et multiples sanctions par de simples décisions administratives applicables du jour au lendemain.

Cependant, l’équipe de Trump estime que ces atouts considérables émanant du statut de leur dollar s’exercent aux dépens de leur balance commerciale, et nuisent aux classes moyenne et inférieure. Ils émettent le diagnostic suivant: les déficits commerciaux accumulés depuis les années 80 ont créé un monstre. La croissance hyperbolique du secteur financier américain n’ayant pu se réaliser que sur les décombres de leur base industrielle. En un mot : Wall Street et la financiarisation massive ont prospéré au détriment de «Main Street». Ce système financiarisé à outrance qui fait quelque part subir un déséquilibre exorbitant aux forces de production – et donc aux citoyens ordinaires – n’est plus tenable pour l’administration actuelle, persuadée que le dollar est le fil à tirer qui permettra de redresser la barre.

Universellement utilisé, son niveau et son succès ne sont pourtant évidemment plus compatibles avec une économie dont l’importance mondiale ne fait que régresser. La part du Produit Intérieur Brut américain n’est en effet plus que de 26% au niveau mondial, alors qu’elle en représentait 40% dans les années 60 ! C’est donc l’attractivité du dollar – qui reste de très loin la monnaie la plus prisée au monde – qui pose problème aux autorités américaines, ou plutôt la manière dont certaines nations visées recyclent leurs propres dollars. D’où cette problématique et ces accusations de concurrence déloyale dans les relations bilatérales dénoncées par Trump, qui marque un point qui est le suivant.

Les nations qui bénéficient d’excédents commerciaux avec les USA, et qui empêchent en même temps leur propre monnaie de s’apprécier, non seulement conservent les dollars encaissés dans le cadre de leurs échanges, mais aggravent la situation en achetant l’actif le plus liquide au monde, à savoir la dette américaine. Cette thésaurisation de dollars agit en remontant sa valeur par le simple jeu de l’offre et de la demande, nuisant au passage aux exportateurs américains, et créant un contexte où ces pays étrangers n’ont plus besoin de fabriquer localement, car il leur est plus facile et moins cher d’importer des biens produits aux États-Unis avec leurs propres dollars. Pour Trump, le déclin industriel, comme la détérioration de la balance des paiements de son pays, ne sont que la conséquence du comportement déloyal de ses partenaires commerciaux qui, exerçant une pression baissière sur leur propre monnaie, renchérissent le dollar, participent activement à l’aggravation des déficits américains, puis recyclent en fin de compte leurs propres excédents en dollars sur les Bons du Trésor et sur des obligations émises par de grandes entreprises américaines.

Ces déficits US massifs, en fait ces «twin deficits», puisqu’il s’agit là à la fois du commercial, mais également de celui affectant la balance des paiements, font en outre courir aux États-Unis un risque de solvabilité, et remettent en cause sur le long terme le statut du dollar lui-même. La force du dollar exerce même ses nuisances sur le secteur de la défense américaine, car il devient moins cher d’acheter du matériel à l’étranger que de le produire soi-même nationalement ! Voilà où Trump et ses conseillers font un lien avec la sécurité de l’Europe, avec l’OTAN, avec les armements donnés aux pays tiers, car ils considèrent que les États-Unis ne sont plus en mesure d’assumer de telles dépenses alors même que leur base industrielle est sapée et que leurs déficits ne font que se creuser. Affirmant que le système est désormais biaisé en leur défaveur, ils se rendent compte que leur jadis privilège exorbitant s’est transformé en une charge exorbitante.

Voilà où entrent en ligne de considération les droits de douane («Tariffs») censés amoindrir ce fardeau américain, mais d’autres décisions et mesures viendront également à la rescousse, comme une détermination sans faille à affaiblir le dollar, couplée à un choc de compétitivité nationale se déclinant en réduction d’impôts et en dérégulations tous azimuts. De fait, les réactions des européens qui entendent désormais dépenser plus – et par que sur leur réarmement- conviennent parfaitement aux intérêts américains qui se verront dès lors déchargés d’une partir substantielle de ce poids. Ce levier et cette menace des tarifs à l’encontre des partenaires européens auront produit leurs effets si l’Union accomplit enfin ce que les autorités américaines lui réclament depuis de nombreuses années. L’unilatéralité et la brutalité des Américains peuvent certes choquer, mais elles auront au moins produit des résultats tangibles et rapides.

Là est, du reste, toute la philosophie de l’approche Trump qui ne craint pas la volatilité que ces réformes et décisions ne manqueront pas d’engranger. Que les nostalgiques de l’ère où les USA adoptaient une attitude graduelle, par étape, se préparent à des décisions tarifaires agressives qui toucheront des économies majeures, à une politique migratoire incisive, à des licenciements en masse, à des audits impitoyables d’institutions publiques, qui – en se conjuguant – produiront des effets parfois cataclysmiques sur la conjoncture financière. Pour la première fois depuis des décennies, un exécutif américain explique à qui veut l’écouter qu’il ne se soucie pas, et qu’il n’est pas influencé, par les marchés financiers. Alors même que la bourse fut la boussole suprême et personnelle de Trump pendant son premier mandat, lui comme ses conseillers font à présent volte-face, affirmant à de nombreuses reprises que leurs décisions et mesures d’aujourd’hui produiront une souffrance provisoire pour des gains futurs : « Short-term pain for long-term gain. » Cette rhétorique se doit d’être prise au sérieux, car l’administration officielle américaine signale de manière explicite sa volonté de détruire les ordres établis, d’adopter une approche volontairement déstabilisante, de mener une guerre ouverte tant politique qu’économique au système, pour instaurer un ordre radicalement différent.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.

Changer la constitution pour éviter le chaos ?

Changer la constitution pour éviter le chaos ?

La légitimité du régime présidentiel de la Ve République est questionnée depuis longtemps. Mais, jusqu’à l’été 2022, ses partisans avaient beau jeu de vanter la stabilité gouvernementale qu’elle offrait. Or cette stabilité a disparu : François Bayrou, ne semble pas plus assuré de rester en poste que son prédécesseur, Michel Barnier. Alors, est-ce le moment d’envisager sérieusement un changement de constitution ? La disparition du « fait majoritaire » aux élections de juin 2022 nous a plongés dans une période d’instabilité que la dissolution de l’Assemblée nationale, deux plus tard, est loin d’avoir résolue. Depuis l’élection de la nouvelle assemblée en juillet 2024, on observe au contraire une exaspération de la crise institutionnelle, avec le vote, pour la première fois depuis soixante ans, d’une motion de censure d’un gouvernement – celui de Michel Barnier, le 4 décembre. Pourtant, alors que la représentativité de nos institutions ne cesse de s’amoindrir, l’Élysée semble vouloir garder le cap de sa politique. La chambre basse, élue directement par le peuple, est aux deux tiers hostile à cette politique. Mais le président a les moyens de passer outre en maintenant un gouvernement compatible avec la ligne qu’il défend et en nommant en conséquence des premiers ministres qui, à l’image de Michel Barnier ou de François Bayrou, sont issus de groupes parlementaires minoritaires. Il fait ainsi la démonstration ad nauseam du potentiel de « coup d’État permanent » que permet l’actuel régime, dénoncé en son temps par un certain François Mitterrand. Dans ce contexte, nombreux sont aujourd’hui les chercheurs, mais aussi les mouvements citoyens, qui en appellent à un changement de Constitution, sans parler des candidats qui font cette proposition à chaque élection présidentielle. Faut-il sortir de la Ve République ? La crise actuelle réactive cette question de façon pressante.

 

par

, Maître de conférence associé, membre du centre de droit pénal et de criminologie, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières

, Professeure de droit public, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières dans The Conversation 

Dans une société démocratique, les textes constitutionnels visent à encadrer l’action du pouvoir de sorte à garantir qu’il s’exerce conformément à la volonté du peuple souverain. Cela passe en France, en particulier, par le fait que les gouvernants respectent les droits fondamentaux et par l’interdiction de concentrer le pouvoir dans les mains d’un seul, comme le rappelle la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 :

« Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de Constitution. »

C’est donc moins à sa capacité à assurer la stabilité du régime, qu’à la façon dont elle garantit – ou non – la représentativité des institutions qu’il faut juger une Constitution.

Or, de ce point de vue, la Constitution de la Ve République ne remplit pas véritablement sa fonction. Quand, scrutin après scrutin, le taux de participation électorale ne cesse de s’effriter, quand la composition sociale de l’Assemblée nationale et du Sénat, mais également, de plus en plus, de leurs électeurs, ne reflète qu’une minorité de la société française – l’Assemblée nationale ne compte que 4,6 % d’employés et aucun ouvrier alors que ces catégories socio-professionnelles sont majoritaires) – quand la révolte des classes populaires en « gilets jaunes » de l’hiver 2018 tourne aussi rapidement à la confrontation violente, que reste-t-il de la représentativité des gouvernants ?

Certes, la Constitution ne saurait être la seule explication à cette crise institutionnelle. Mais en raison de sa fonction d’organisation de l’exercice du pouvoir d’État, elle en est nécessairement l’une des plus déterminantes.

Depuis 1958, la Constitution organise invariablement une hégémonie du pouvoir exécutif au sein de l’appareil d’État.

Moins de la moitié des lois adoptées sont d’origine parlementaire alors que les propositions de loi sont beaucoup plus nombreuses que les projets de loi d’origine gouvernementale.

Toute une série de dispositifs constitutionnels accumulés au cours de la longue existence du régime ont donné à ce dernier une légitimité passant désormais exclusivement par le président de la République, quitte à enjamber le pouvoir législatif. On pense ainsi à l’abandon de l’investiture obligatoire des gouvernements, au pouvoir de révocation du gouvernement par le président, au fait majoritaire renforcé par le quinquennat rendant fictive la responsabilité gouvernementale et improbable une nouvelle cohabitation.

S’y ajoutent un mode de scrutin très majoritaire et une opportune « inversion du calendrier » qui a consolidé la subordination de la majorité parlementaire au pouvoir exécutif. Ainsi dépossédé de l’essentiel de sa fonction, le parlement ne peut plus être le lieu privilégié du débat public sur les grandes orientations politiques de la Nation, un lieu où s’exprimerait une réelle diversité de points de vue.

La situation du pouvoir judiciaire n’est guère plus enviable. Ravalé au rang de simple « autorité » dans les termes de la Constitution elle-même, il n’est pas suffisamment à l’abri de l’influence du gouvernement, qui conserve la main sur les nominations des magistrats. Or le degré d’indépendance de la Justice conditionne directement l’effectivité des droits et libertés des citoyens.

Mais cette subordination des pouvoirs législatif et judiciaire serait impossible sans la domination exclusive du pouvoir présidentiel que permet le texte constitutionnel.

Le président de la République concentre en sa personne un nombre de prérogatives sans commune mesure avec ce qui se pratique dans les autres États européens dont la plupart relèvent d’une tradition parlementaire, mais, également, outre-Atlantique, où le régime présidentiel oblige toujours le chef de l’exécutif à composer avec les autres pouvoirs. Le locataire de l’Élysée, lui, est non seulement le chef de l’État, supposé garant des institutions, mais aussi le chef du gouvernement, dont il nomme et révoque discrétionnairement les membres.

Irresponsable en tout, en ce sens qu’il n’a de comptes à rendre à aucun autre pouvoir et notamment devant le Parlement, puisqu’il a le pouvoir de le dissoudre à sa guise.

L’article 16 de la Constitution lui donne en outre la possibilité de s’arroger les pleins pouvoirs s’il estime – seul – que sont menacées « les institutions de la République, l’indépendance de la nation, l’intégrité de son territoire ». D’autres prérogatives pour lesquelles le chef de l’État n’a aucune autorisation à demander sont énumérées dans la constitution qui, toutes, tendent à un exercice vertical et autoritaire du pouvoir. Depuis l’inscription dans la constitution de la désignation du président au suffrage universel direct en 1962, sa légitimité est d’ailleurs réputée incontestable.

Le pouvoir du président est littéralement illimité puisqu’il s’exerce sans que puissent s’y opposer ni les autres pouvoirs ou autorités constitués. Si la destitution semble la seule limite, elle demeure d’usage assez improbable dans la pratique.

Ni le pouvoir législatif ou judiciaire, ni le peuple lui-même, à l’occasion d’une élection intermédiaire défavorable ou d’un référendum négatif ne peuvent donc s’opposer à la volonté du président. Tout dans le texte de la Constitution concourt à en faire un dirigeant sans partage, contrairement à l’idée que l’on peut se faire d’un régime démocratique où le peuple demeure souverain même entre deux élections présidentielles.

Le texte constitutionnel organise enfin une très large centralisation du pouvoir assurant l’hégémonie de l’État central sur toutes les autres institutions publiques.

En dépit des réformes intervenues depuis 1982, les collectivités locales n’ont qu’un pouvoir d’influence très limité dès lors que leurs dotations restent essentiellement décidées par le ministère des finances.

Sur fond d’austérité budgétaire persistante, la décentralisation s’est ainsi régulièrement traduite par le recul des services publics qui leur étaient confiés. Il en est de même pour d’autres organismes publics censément indépendants et officiellement investis d’une fonction de contre-pouvoir, mais qui, à l’image de l’Université ou de la Justice, ne sont pas dotés des moyens à la hauteur de leurs missions.

C’est dire si, d’un point de vue démocratique, les raisons pour modifier profondément la Constitution et changer de régime ne manquent pas, que l’on en appelle ou non à une « VIᵉ République ».

Bayrou : Vers une suspension provisoire pour les retraites ou vers le chaos

Bayrou : Vers une suspension provisoire pour les retraites ou vers le chaos

Il faudra que le premier ministre fasse preuve d’une grande ingéniosité pour solliciter la sémantique et trouver une formulation qui permette de satisfaire une majorité à l’Assemblée nationale. Un exercice qui paraît a priori impossible en effet à droite on milite pour le maintien intégral de la réforme des retraites et on combat son n’abrogation et même sa suspension. À l’inverse à gauche les socialistes souhaitent que la réforme soit gelée pendant une période de six mois et à l’extrême gauche que la réforme des retraites actuelle soit totalement et immédiatement supprimée.

Une formule du type suspension provisoire partielle déjà très confuse aura des difficultés à trouver une majorité à l’Assemblée nationale.

De toute manière si par hypothèse on devait passer par une motion de censure donc par un rejet des propositions du Premier ministre alors la France pourrait s’engager vers un chaos dont on maîtrise mal les conséquences. En effet l’absence d’accord sur les retraites et au-delà sur le budget pourrait faire dépendre le pays totalement des institutions financières. Voir à cet égard déjà les taux d’intérêt en hausse pour les emprunts français. Le pire évidemment ce sera l’installation d’une véritable instabilité politique pouvant déboucher sur une crise de régime et une décélération d’une croissance déjà orientée vers la stagnation comme le montre la croissance zéro du quatrième trimestre 2024

Société : La France vers le chaos

Société : La France  vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse  choisie par  Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire (ou dépendant de crédits publics) . L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si le RN  croit indiscutablement dans l’opinion par contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

La France vers le chaos

 La France  vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse  choisie par  Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire (ou dépendant de crédits publics) . L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si le RN  croit indiscutablement dans l’opinion par contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

Politique: La France vers le chaos

Politique: La France  vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse  choisie par  Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire (ou dépendant de crédits publics) . L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si le RN  croit indiscutablement dans l’opinion par contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

Politique: La France vers le chaos

Politique: La France  vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse  choisie par  Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire (ou dépendant de crédits publics(. L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si le RN  croit indiscutablement dans l’opinion contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

Bref les partis politiques ligotent Bayrou qui en outre lui-même ne semble pas prendre la mesure de l’ampleur et de l’urgence de la situation et qui paraît maintenant déboussolé dans un costume trop grand pour lui. À tel point que certains l’ont comparé à Jo Biden. L’intéressé ne semble pas disposer de la vigueur qu’il faut face à la rudesse de la tâche.

Les échéances sont sans doute être encore repoussées notamment celle du budget voire du gouvernement. Le problème c’est que la situation globale va rapidement se dégrader et les statistiques confirmer  que la France est engagée maintenant sur une tendance de récession caractérisée par de nombreux plans sociaux et une dégradation financière concernant les comptes publics. Les institutions internationales pourraient bien entrer dans le jeu d’ici quelques semaines pour arbitrer des différends entre des partis politiques complètement irresponsables , incompétents et sans courage.

La France vers le chaos

La France  vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse  choisie par  Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire (ou dépendant de crédits publics(. L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si le RN  croit indiscutablement dans l’opinion contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

Bref les partis politiques ligotent Bayrou qui en outre lui-même ne semble pas prendre la mesure de l’ampleur et de l’urgence de la situation et qui paraît maintenant déboussolé dans un costume trop grand pour lui. À tel point que certains l’ont comparé à Jo Biden. L’intéressé ne semble pas disposer de la vigueur qu’il faut face à la rudesse de la tâche.

Les échéances sont sans doute être encore repoussées notamment celle du budget voire du gouvernement. Le problème c’est que la situation globale va rapidement se dégrader et les statistiques confirmer  que la France est engagée maintenant sur une tendance de récession caractérisée par de nombreux plans sociaux et une dégradation financière concernant les comptes publics. Les institutions internationales pourraient bien entrer dans le jeu d’ici quelques semaines pour arbitrer des différends entre des partis politiques complètement irresponsables , incompétents et sans courage.

France- Les partis politiques conduisent le pays vers le chaos

France- Les  partis politiques conduisent le pays vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse  choisie par  Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire ou dépendant de crédits publics. L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si le RN  croit indiscutablement dans l’opinion contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

Bref les partis politiques ligotent Bayrou qui en outre lui-même ne semble pas prendre la mesure de l’ampleur et de l’urgence de la situation et qui paraît maintenant déboussolé dans un costume trop grand pour lui. À tel point que certains l’ont comparé à Jo Biden. L’intéressé ne semble pas disposer de la vigueur qu’il faut face à la rudesse de la tâche.

Les échéances sont sans doute être encore repoussées notamment celle du budget voire du gouvernement. Le problème c’est que la situation globale va rapidement se dégrader et les statistiques confirmer  que la France est engagée maintenant sur une tendance de récession caractérisée par de nombreux plans sociaux et une dégradation financière concernant les comptes publics. Les institutions internationales pourraient bien entrer dans le jeu d’ici quelques semaines pour arbitrer des différends entre des partis politiques complètement irresponsables , incompétents et sans courage.

Ces partis politiques qui conduisent le pays vers le chaos

Ces partis politiques qui conduisent le pays vers le chaos

Grâce à l’incongrue dissolution de l’Assemblée nationale qui a bouleversé tout le calendrier politique et à l’irresponsabilité totale de la plupart des partis politiques, la France se dirige tranquillement vers le chaos politique mais surtout aussi économique, financier et social. Le tout pouvant aller vers une crise de régime où tous les pouvoirs pourraient devenir obsolètes : celui du gouvernement, celui du Parlement celui aussi du président de la république.

 

Manquerait plus qu’une éclosion sociale ou sociétale pour plonger durablement le pays dans un marasme ingérable. Précisément  une hypothèse qui a choisi Mélenchon le révolutionnaire de papier qui rêve de transformer la France en pays sous-développé mais communiste avec évidemment une dictature du prolétariat assuré par des oligarques pour la plupart anciens fonctionnaire ou dépendant de crédits publics. L’extrême droite a l’air de se résoudre aussi à accélérer la décomposition du régime en poussant Macron  dehors alors que visiblement si son audience croit indiscutablement dans l’opinion pour la pertinence des dysfonctionnements des différents gouvernements par contre ce parti est loin d’être cohérent sur les orientations économiques, sociales et financières.

Dans les autres partis la confusion est encore plus grande au parti socialiste évidemment toujours écartelé entre les néo marxistes et sociaux démocrates, chez les écolos partagés entre la sensibilité environnementale et leurs agitations gauchistes irresponsables. Chez les républicains et les anciens macronistes,  c’est la lutte des leaders qui étouffent les priorités du moment.

Bref les partis politiques ligotent Bayrou qui en outre lui-même ne semble pas prendre la mesure de l’ampleur et de l’urgence de la situation et qui paraît maintenant déboussolé dans un costume trop grand pour lui. À tel point que certains l’ont comparé à Jo Biden. L’intéressé ne semble pas disposer de la vigueur qu’il faut face à la rudesse de la tâche.

Les échéances sont sans doute être encore repoussées notamment celle du budget voire du gouvernement. Le problème c’est que la situation globale va rapidement se dégrader et les statistiques confirmer  que la France est engagée maintenant sur une tendance de récession caractérisée par de nombreux plans sociaux et une dégradation financière concernant les comptes publics. Les institutions internationales pourraient bien entrer dans le jeu d’ici quelques semaines pour arbitrer des différends entre des partis politiques complètement irresponsables , incompétents et sans courage.

Censure de Barnier : Macron risque d’ajouter du chaos au chaos

Censure de Barnier :  Macron risque d’ajouter du chaos au chaos
Quel bilan tirer de la séquence qui va des législatives anticipées de juin à la chute du gouvernement Barnier ? Pour le politiste Thomas Ehrhard, la censure ne traduit pas une « crise » des institutions démocratiques, mais un défaut dans le processus de nomination du premier ministre et dans la méthode de construction d’une coalition majoritaire. Entretien dans The Conversation .

Comment interpréter la séquence qui va des législatives anticipées à la chute du gouvernement Barnier ? Est-ce le symptôme d’une crise institutionnelle ou démocratique ?

Thomas Ehrhard : La censure vis-à-vis du gouvernement de Michel Barnier s’explique par deux facteurs principaux : un processus de formation du gouvernement mal conçu et des raisons stratégiques liées aux élections législatives anticipées de 2025, le RN souhaitant empêcher la gauche de monopoliser l’incarnation de l’opposition.

On beaucoup dit que le RN n’était pas dans l’opposition, qu’il soutenait Michel Barnier : cela est faux. À l’Assemblée nationale, le groupe s’est clairement déclaré dans l’opposition, n’a jamais passé d’accord officiel : il était évident qu’ils allaient censurer, la seule question était celle du moment. Tout est donc très logique dans cette censure.

Je m’inscris en faux contre l’idée que la censure traduirait une « crise institutionnelle ». Les institutions fonctionnent, contrairement à la situation, par exemple, de la IIIe République qui a connu 104 gouvernements entre 1871 et 1940.

Les commissions mixtes paritaires conclusives sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale et sur le projet de loi de fin de gestion du budget 2024 sont le fruit d’un accord entre sénateurs et députés de différents groupes : le système parlementaire a bien fonctionné.

Le vrai problème vient du fait que les groupes, tous minoritaires, sont déjà tournés vers les échéances électorales à venir : probables élections législatives de juillet 2025, élections municipales de 2026 et élection présidentielle de 2027 qui achèveront la fin du macronisme.

Vous avez évoqué « un mauvais processus de formation du gouvernement ». Que voulez-vous dire ? Quels mécanismes devraient inspirer les gouvernants pour la prochaine séquence ?

T.E : Regardons ce qui se passe en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Ces exemples mettent en évidence un problème de méthode, particulièrement manifeste après les élections de juillet 2024 en France, et permettent de comprendre pourquoi la censure est arrivée.

D’abord, le chef de l’État n’aurait pas dû décider du choix de Michel Barnier et il ne doit pas choisir un nouveau premier ministre après la démission de ce dernier. Le premier ministre doit émaner de l’Assemblée nationale.

Dans les autres régimes parlementaires, le chef de l’Etat charge le chef du parti arrivé en tête aux élections législatives de former un gouvernement. Celui-ci doit, ensuite, démontrer qu’il est en capacité d’obtenir une majorité. Mais cela ne se fait pas dans le cadre des déclarations médiatiques, ni d’intentions supposées, contrairement à ce que l’on a vu en France. Cela doit se faire dans le cadre d’un « contrat de coalition », consistant en un accord sur la formation du gouvernement (identifiant les partis participants et la répartition des responsabilités ministérielles) et sur le programme de gouvernement (énumérant les projets de loi, mesures spécifiques, exclusions éventuelles, et calendrier, etc.). L’objectif est d’obtenir l’accord le plus précis possible pour réduire les aléas politiques et, ainsi, de produire une stabilité gouvernementale.

En France, rien de tel n’a été fait, ce qui explique la fragilité du gouvernement de Michel Barnier. Celui-ci ne disposait donc pas des fondements nécessaires à sa stabilité. Il n’y avait même pas d’un accord entre les partis le soutenant, tout juste un « socle commun », dont seules les divergences visibles étaient connues.

Pourquoi Michel Barnier n’a-t-il pu construire une coalition majoritaire ?

T.E : C’est le second enseignement des exemples étrangers : la formation du gouvernement nécessite du temps. Ce n’est pas une option mais une exigence, face à la complexité d’obtenir un « contrat de coalition ».

Pour ne citer que quelques exemples, dix-huit mois ont été nécessaires en Belgique en 2010, sept mois aux Pays-Bas en 2017, puis neuf mois avant qu’un accord de gouvernement soit trouvé en 2021. Six mois ont également été nécessaires à Angela Merkel, en Allemagne, en septembre 2017, et quatre mois à Olaf Scholz, en 2021.

En Espagne, huit mois en 2016 et quatre mois en 2023, après les élections de juillet 2023, avec Pedro Sanchez leader du PSOE, arrivé deuxième, a réussi là où le leader du parti conservateur, arrivé en tête, avait échoué à former un gouvernement.

On constate donc que le délai entre les élections législatives et la formation du gouvernement est inévitablement long. Cette temporalité est inéluctable dans le cas d’une assemblée nationale fragmentée et polarisée, avec des extrêmes forts mais minoritaires, et des partis de gouvernement affaiblis et minoritaires.

Emmanuel Macron chercherait déjà un premier ministre. Cette démarche du président de la République, a parasité le processus de construction d’une majorité selon vous. S’il recommence, les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

T.E : Si le président de la République prend, de nouveau, le risque de choisir un premier ministre, et s’il le fait dans la précipitation, cette double erreur produira inévitablement les mêmes conséquences.

La démission d’Emmanuel Macron, réclamée par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon est-elle une bonne solution ou une solution légitime ?

T.E : Les appels à la démission ne constituent pas une solution à la situation politique actuelle et n’évitera pas la censure d’un prochain gouvernement si le processus de construction d’une coalition majoritaire n’est pas respecté.

Ces appels à la démission sont révélateurs de la manière dont les acteurs politiques appréhendent les enjeux. Au moment – presque inédit depuis 1958 – où le président de la République a perdu toute influence, même au sein de son propre parti (Renaissance), et où le pouvoir exécutif est subordonné au Parlement, les acteurs politiques et commentateurs se focalisent sur le président de la République.

Cela montre que la lecture présidentialiste des institutions parlementaires continue d’influencer le comportement des acteurs politiques. L’échéance électorale vers laquelle les principaux chefs de partis sont tournées est l’élection présidentielle, pas les prochaines élections législatives. Leur objectif n’est pas d’être premier ministre. Si tel était le cas, les discussions ne porteraient pas sur Lucie Castets, Michel Barnier ou autres.

Après les législatives, certains commentateurs avaient placé beaucoup d’espoir dans un renouveau du parlementarisme, de la culture du consensus face à un pouvoir présidentiel vertical. Cet espoir est-il définitivement éteint ?

T.E : Ce renouveau du parlementarisme n’est pas survenu depuis juillet dernier sauf, peut-être, dans la manière dont le gouvernement s’est appuyé sur le Sénat et les commissions mixtes paritaires pour légiférer.

Plus fondamentalement, le parlementarisme reste mal compris en France par de nombreux acteurs politiques et par une majorité de commentateurs. Il est souvent réduit à une opposition entre le pouvoir exécutif et le Parlement, ce qui est erroné. Bien sûr, la collaboration entre les pouvoirs est le préalable, avec un déséquilibre en faveur du pouvoir exécutif pour gouverner, comme c’est le cas dans tous les régimes parlementaires contemporains. Mais l’essence du régime parlementaire réside dans le fait que le gouvernement procède de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas donc pas une quelconque « culture du consensus » qui fait défaut en France – culture que l’on ne trouve pas plus naturellement dans d’autres pays. Le vrai problème réside dans la prédominance de la lecture présidentialiste de nos institutions qui s’est manifestée dès la formation du gouvernement Barnier.

Censure du gouvernement : Macron risque d’ajouter du chaos au chaos

Censure du gouvernement : Macron risque d’ajouter du chaos au chaos

Quel bilan tirer de la séquence qui va des législatives anticipées de juin à la chute du gouvernement Barnier ? Pour le politiste Thomas Ehrhard, la censure ne traduit pas une « crise » des institutions démocratiques, mais un défaut dans le processus de nomination du premier ministre et dans la méthode de construction d’une coalition majoritaire. Entretien dans The Conversation .


Comment interpréter la séquence qui va des législatives anticipées à la chute du gouvernement Barnier ? Est-ce le symptôme d’une crise institutionnelle ou démocratique ?

Thomas Ehrhard : La censure vis-à-vis du gouvernement de Michel Barnier s’explique par deux facteurs principaux : un processus de formation du gouvernement mal conçu et des raisons stratégiques liées aux élections législatives anticipées de 2025, le RN souhaitant empêcher la gauche de monopoliser l’incarnation de l’opposition.

On beaucoup dit que le RN n’était pas dans l’opposition, qu’il soutenait Michel Barnier : cela est faux. À l’Assemblée nationale, le groupe s’est clairement déclaré dans l’opposition, n’a jamais passé d’accord officiel : il était évident qu’ils allaient censurer, la seule question était celle du moment. Tout est donc très logique dans cette censure.

Je m’inscris en faux contre l’idée que la censure traduirait une « crise institutionnelle ». Les institutions fonctionnent, contrairement à la situation, par exemple, de la IIIe République qui a connu 104 gouvernements entre 1871 et 1940.

Les commissions mixtes paritaires conclusives sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale et sur le projet de loi de fin de gestion du budget 2024 sont le fruit d’un accord entre sénateurs et députés de différents groupes : le système parlementaire a bien fonctionné.

Le vrai problème vient du fait que les groupes, tous minoritaires, sont déjà tournés vers les échéances électorales à venir : probables élections législatives de juillet 2025, élections municipales de 2026 et élection présidentielle de 2027 qui achèveront la fin du macronisme.

Vous avez évoqué « un mauvais processus de formation du gouvernement ». Que voulez-vous dire ? Quels mécanismes devraient inspirer les gouvernants pour la prochaine séquence ?

T.E : Regardons ce qui se passe en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Ces exemples mettent en évidence un problème de méthode, particulièrement manifeste après les élections de juillet 2024 en France, et permettent de comprendre pourquoi la censure est arrivée.

D’abord, le chef de l’État n’aurait pas dû décider du choix de Michel Barnier et il ne doit pas choisir un nouveau premier ministre après la démission de ce dernier. Le premier ministre doit émaner de l’Assemblée nationale.

Dans les autres régimes parlementaires, le chef de l’Etat charge le chef du parti arrivé en tête aux élections législatives de former un gouvernement. Celui-ci doit, ensuite, démontrer qu’il est en capacité d’obtenir une majorité. Mais cela ne se fait pas dans le cadre des déclarations médiatiques, ni d’intentions supposées, contrairement à ce que l’on a vu en France. Cela doit se faire dans le cadre d’un « contrat de coalition », consistant en un accord sur la formation du gouvernement (identifiant les partis participants et la répartition des responsabilités ministérielles) et sur le programme de gouvernement (énumérant les projets de loi, mesures spécifiques, exclusions éventuelles, et calendrier, etc.). L’objectif est d’obtenir l’accord le plus précis possible pour réduire les aléas politiques et, ainsi, de produire une stabilité gouvernementale.

En France, rien de tel n’a été fait, ce qui explique la fragilité du gouvernement de Michel Barnier. Celui-ci ne disposait donc pas des fondements nécessaires à sa stabilité. Il n’y avait même pas d’un accord entre les partis le soutenant, tout juste un « socle commun », dont seules les divergences visibles étaient connues.

Pourquoi Michel Barnier n’a-t-il pu construire une coalition majoritaire ?

T.E : C’est le second enseignement des exemples étrangers : la formation du gouvernement nécessite du temps. Ce n’est pas une option mais une exigence, face à la complexité d’obtenir un « contrat de coalition ».

Pour ne citer que quelques exemples, dix-huit mois ont été nécessaires en Belgique en 2010, sept mois aux Pays-Bas en 2017, puis neuf mois avant qu’un accord de gouvernement soit trouvé en 2021. Six mois ont également été nécessaires à Angela Merkel, en Allemagne, en septembre 2017, et quatre mois à Olaf Scholz, en 2021.

En Espagne, huit mois en 2016 et quatre mois en 2023, après les élections de juillet 2023, avec Pedro Sanchez leader du PSOE, arrivé deuxième, a réussi là où le leader du parti conservateur, arrivé en tête, avait échoué à former un gouvernement.

On constate donc que le délai entre les élections législatives et la formation du gouvernement est inévitablement long. Cette temporalité est inéluctable dans le cas d’une assemblée nationale fragmentée et polarisée, avec des extrêmes forts mais minoritaires, et des partis de gouvernement affaiblis et minoritaires.

Emmanuel Macron chercherait déjà un premier ministre. Cette démarche du président de la République, a parasité le processus de construction d’une majorité selon vous. S’il recommence, les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

T.E : Si le président de la République prend, de nouveau, le risque de choisir un premier ministre, et s’il le fait dans la précipitation, cette double erreur produira inévitablement les mêmes conséquences.

La démission d’Emmanuel Macron, réclamée par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon est-elle une bonne solution ou une solution légitime ?

T.E : Les appels à la démission ne constituent pas une solution à la situation politique actuelle et n’évitera pas la censure d’un prochain gouvernement si le processus de construction d’une coalition majoritaire n’est pas respecté.

Ces appels à la démission sont révélateurs de la manière dont les acteurs politiques appréhendent les enjeux. Au moment – presque inédit depuis 1958 – où le président de la République a perdu toute influence, même au sein de son propre parti (Renaissance), et où le pouvoir exécutif est subordonné au Parlement, les acteurs politiques et commentateurs se focalisent sur le président de la République.

Cela montre que la lecture présidentialiste des institutions parlementaires continue d’influencer le comportement des acteurs politiques. L’échéance électorale vers laquelle les principaux chefs de partis sont tournées est l’élection présidentielle, pas les prochaines élections législatives. Leur objectif n’est pas d’être premier ministre. Si tel était le cas, les discussions ne porteraient pas sur Lucie Castets, Michel Barnier ou autres.

Après les législatives, certains commentateurs avaient placé beaucoup d’espoir dans un renouveau du parlementarisme, de la culture du consensus face à un pouvoir présidentiel vertical. Cet espoir est-il définitivement éteint ?

T.E : Ce renouveau du parlementarisme n’est pas survenu depuis juillet dernier sauf, peut-être, dans la manière dont le gouvernement s’est appuyé sur le Sénat et les commissions mixtes paritaires pour légiférer.

Plus fondamentalement, le parlementarisme reste mal compris en France par de nombreux acteurs politiques et par une majorité de commentateurs. Il est souvent réduit à une opposition entre le pouvoir exécutif et le Parlement, ce qui est erroné. Bien sûr, la collaboration entre les pouvoirs est le préalable, avec un déséquilibre en faveur du pouvoir exécutif pour gouverner, comme c’est le cas dans tous les régimes parlementaires contemporains. Mais l’essence du régime parlementaire réside dans le fait que le gouvernement procède de l’Assemblée nationale.

Ce n’est pas donc pas une quelconque « culture du consensus » qui fait défaut en France – culture que l’on ne trouve pas plus naturellement dans d’autres pays. Le vrai problème réside dans la prédominance de la lecture présidentialiste de nos institutions qui s’est manifestée dès la formation du gouvernement Barnier.

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